Après un petit temps d'absence, revoici Bis on Thionville la rubrique qui se consacre aux films diffusés durant les Nuits du bis du cinéma la Scala. Le principe est le même que pour ces soirées : deux films par chronique et avec pour principe d'avoir été projeté lors des Nuits du bis. Soit des films diffusés le même soir, soit des films de différentes soirées qui peuvent avoir des choses en commun. C'est encore le cas aujourd'hui puisque nous allons parler de deux films où le corps est au centre de l'attention. Commençons donc avec Basket Case (Frank Henenlotter, 1982), projeté en décembre 2016 aux côtés de Black Dynamite (Scott Sanders, 2009). Frank Henenlotter n'en est pas à sa première nuit ici, puisqu'il inaugurait cette rubrique en décembre dernier (voir Nuit parfaite pour un carnage en pièces détachées).

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Avant sa révision de Frankenstein (Frankenhooker, 1990) et la créature amatrice de cerveau (Elmer le remue-méninges, 1988), Henenlotter réalisait son premier long-métrage avec Basket Case, baptisé en France Frères de sang. Le premier volet d'une trilogie chapeautée par son réalisateur entre 1982 et 1992, en grande partie grâce à l'essort de la VHS dans les 80's-90's qui a aidé plus d'une production à petit budget ou des grosses ayant fait des bides (des films de John Carpenter par exemple). Basket Case appartient à ces films qui ne seraient plus possible d'être produit dans les conditions actuelles et pour cause, il dépeint un New York bien de l'époque. C'est à dire loin du nettoyage effectué ces dernières années avec ses rues crades, ses coins malfamés, ses prostituées et ses hôtels miteux où l'on se shoote autant qu'on fait des passes. Basket Case coche à peu près tout avec son héros Duane (Kevin Van Hentenryck) séjournant dans un hôtel de bas étage, côtoyant des prostituées et muni d'un désespoir caractérisé par son frère. 

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Pour des raisons évidentes de budget, Henenlotter dévoile Belial le frère siamois finalement séparé de Duane au fur et à mesure, se contentant d'abord de la fameuse malle en osier en titre. Puis il finit par montrer cette créature ressemblant à une tumeur qui a pris de plus en plus de place et ne s'exprimant que par des hurlements. Une marionnette volontairement hideuse, simpliste au vue du budget, animée souvent en stop-motion, mais qui fait largement le job et est crédible dans les diverses situations. Pour Duane, Belial est un fardeau, toutefois il le protège du monde extérieur en le cachant. Belial voit ce que peut faire son frère et espère faire de même, sauf que son apparence rend la chose d'office suicidaire. Donc derrière ses airs de pur film d'horreur d'exploitation, Basket Case donne lieu à un drame familial inspiré et qui vise toujours juste dans son traitement. Passons maintenant à Baby Blood (Alain Robak, 1990), projeté avec Shaun of the dead (Edgar Wright, 2004) en avril dernier. 

Shaun of the Baby Blood (avril 2018)

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Cette fois-ci, nous ne sommes plus aux USA mais en France. Un film qui aura droit à une suite tardive nommée Lady Blood (Jean-Marc Vincent, 2009) avec la même actrice principale Emmanuelle Escourrou. Bien avant la flopée de films français gore sortis dans les 2000's, Baby Blood s'est dévoilé comme une tentative digne de ce nom dans le domaine. Un film où l'on peut trouver une flopée de guests atypiques. Jean-Yves Lafesse en camionneur ouvertement bisexuel. Alain Chabat en victime fagotée comme s'il tournait dans un épisode de Miami Vice (1984-89). Christian Sinniger (qui avait participé à un célèbre canular dans l'émission Ciel mon mardi) en propriétaire de cirque vicieux et violent. Le réalisateur Jacques Audiard en joggeur ou Jean-François Gallotte (qui aujourd'hui a beaucoup moins de cheveux et a été vu dans pas mal de comédies françaises) en amant voyeuriste. Baby Blood se dévoile sous des airs étranges au premier abord et on a un peu de mal à voir où Roback veut en venir. 

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Après un prologue en Afrique, on se retrouve dans un cirque où l'héroïne (Escourrou) est enfantée par une créature ressemblant à une larve. Baby Blood pourrait se contenter d'être un film d'horreur psychologique à la Rosemary's baby (Roman Polanski, 1968), où l'héroïne prend peu à peu conscience que le père de son enfant en gestation n'est pas si bienveillant que ça. Sauf qu'ici le mystère est peu présent, puisque dès les premières minutes on sait à quoi s'attendre. Mieux, le film surprend en faisant littéralement parler le foetus en gestation en quête de sang dont sa génitrice lui donnera en abondance. Si la mise en place fait assez peur (on se croit parfois devant un téléfilm) ainsi que le rythme (c'est un peu mou), Baby Blood gagne des points avec la relation entre l'héroïne et son enfant, faites de compromis et de violences. Evidemment, pour que le petit soit nourri de sang, il faut tuer et l'héroïne va se donner les moyens de le faire malgré sa conscience morale. 

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Robak n'est toutefois pas subtil, puisque le foetus (doublé par ses soins) ne se cache pas pour sortir quelques propos graveleux. Si bien qu'il arrive souvent que le film frise le nanar au vue de certaines situations grotesques ou vulgaires, sans compter un jeu d'acteur parfois excessif ou ridicule. A l'image d'Alain Chabat qui joue la mort avec saveur ou Emmanuelle Escourrou pas toujours convaincante. Toutefois, le film reste toujours amusant ou intéressant dans sa démarche. Les scènes gore fonctionnent, aidées par une équipe d'effets-spéciaux au top. Le film se révèle assez généreux, décimant un grand nombre d'acteurs, allant de poignardés à des corps qui explosent de manière fracassante. Des scènes qui permettent de garder en éveil le spectateur et un beau spectacle trash à la française. Pour le reste, je vous laisse avec l'un des responsables des effets-spéciaux Jean-Marc Toussaint qui nous a offert une jolie introduction avant la séance. L'occasion d'évoquer diverses anecdotes au sujet de la production du film. Encore merci au projectionniste et programmateur Romain et à Grégory Lê pour avoir mis la vidéo sur TonTube. A la prochaine !