Souvenez-vous il y a un an jour pour jour, votre Borat faisait son article annuel pour la Fête de la musique, le bébé de Jack qui tire la langue. L'occasion de ne pas revenir sur un film ou des artistes en particulier, mais sur des clips musicaux qui m'ont marqué (voir Cuvée clippesque). Donc quitte à fêter la musique, autant reprendre le même principe avec une nouvelle mixtape visuelle ! C'est donc parti pour une nouvelle playlist suggestive et passionnée dans la Cave de Borat.

  • We didn't start the fire / Billy Joel / Chris Blum (1989)

Il s'agit du pire oubli que j'ai pu faire l'an dernier dans ma sélection. Je ne suis pas un fan irréductible de Billy Joel, mais j'aime quelques unes de ses chansons et Oliver et compagnie (George Scribner, 1989) est meilleur en VO justement parce que Billy Joel double le chien Roublard. Mais We didn't start the fire c'est autre chose. La première fois que j'en ai entendu parler c'était par une parodie du Joueur du grenier et je ne savais pas d'où ça venait. Quand je l'ai su, ce fut une claque. Enumérant durant les couplets des événements s'étant déroulé entre la date de naissance du chanteur (1949) et l'année d'écriture de la chanson (1989), Billy Joel délivre un constat historique, politique et culturel spectaculaire. Le baby-boomer qu'est le chanteur montre que le feu ne vient pas de sa génération, mais de celles d'avant et qu'il va continuer à brûler encore et encore. Réalisateur du documentaire sur Tom Waits Big Time (1988), Chris Blum donne lieu à une vision qui représente parfaitement le discours du chanteur.

SF

Pochette de l'album Storm Front (1989) où figure la chanson.

Il représente différentes générations qui s'entrechoquent avec des repères chronologiques évidents. Les acteurs changent régulièrement, montrant des familles différentes mais toutes liées par les paroles de Joel. Un père lit le magazine Life, un enfant a une valise à l'effigie du Lone Ranger, une adolescente brûle son soutien-gorge avant de revenir en mode hippie... Billy Joel apparaît régulièrement dans ces scénettes du quotidien, interagissant même avec les protagonistes, en plus de plans où il est attablé derrière un fond qui brûle représentant des images emblématiques (comme la photo d'Eddie Adams où un général vietnamien a abattu un officier) ... jusqu'à ce que la cocotte-minute n'explose. Blum opte pour un retournement de situation brutal, confrontant tout d'abord l'ouverture d'un couvre-chef avec celle d'un cercueil. Au cours du clip, on a pu voir que le décor était parfois filmé de haut. A la fin, Blum montre littéralement que ce décor n'est qu'une façade, comme un microcosme que l'on regarde de loin en train de brûler à petit feu.

Billy Joel

Les dernières secondes servent un montage fracassant, quasiment identique à celui qui ouvre le clip, montrant le désespoir s'entrechoquant avec le bonheur. Un constat amer faisant de ce clip un des plus saisissants qu'il m'ait été donné de voir.

  • Big enough / Kirin J Callinan feat Alex Cameron / Danny Cohen (2017)

Certains connaissent ce clip grâce à ce meme ou gif représentant un homme dans le ciel toujours coiffé d'un chapeau, mais habillé différemment d'un plan à l'autre et hurlant dans les montagnes. Un certain chanteur nommé Jimmy Barnes qui symbolise une des merveilleuses excentricités qui pullulent dans ce clip signé par le photographe / réalisateur Danny Cohen. Le tout orchestré par les chanteurs australiens Kirin J Callinan et Alex Cameron, accompagnés par Molly Lewis. De base, la chanson est assez surréaliste, semblant parler de deux types qui arrivent dans une ville et se demandent s'ils peuvent cohabiter tous les deux. Une chanson qui commence par le sifflement de Lewis, avant d'enchaîner sur une partie rock'n country où Callinan évoque qu'il a mangé son cheval et a couru après un chien qui erre dans la ville ! Après un premier élan de dance, le morceau part totalement en cacahuète pour laisser place à Barnes en pleines vocalises. 

BE 

Pochette du single.

Puis les deux cocos se mettent à citer tout ce qui leur passe par la tête, d'abord des pays, puis des religions, évoquant vouloir la paix dans le monde. Le clip continue le délire savoureux de la chanson, mettant en scène Callinan et Cameron en cowboys, l'un dans les montagnes enneigées, l'autre dans le désert, Lewis pas loin et Barnes en esprit. A partir du moment name-dropping, le montage fait répondre les chanteurs face caméra pour un délire aussi jouissif qu'hilarant. Callinan avait déjà visé le spectateur un peu avant, mais là les chanteurs semblent s'adresser autant à eux-mêmes qu'aux spectateurs, citant les noms des pays comme dans un jeu de rapidité. Un des plus bels ofni du clip musical de l'an dernier tout simplement.

  • Amerika / Rammstein / Jörn Heitmann (2004)

Outre le clip de Pussy (Jonas Åkerlund, 2009) ouvertement pornographique, le groupe allemand Rammstein s'est également fait remarqué dans les 2000's à travers la chanson et le clip d'Amerika. Une chanson qui déglingue le modèle des USA à travers le monde, au point de voir la culture ricaine partout. Quand Till Lindermann chante que devant Paris se dresse Mickey Mouse, il cite bien évidemment le parc d'attraction de Marne-la-Vallée. En dehors de l'empire Disney, il cite les marques Coca Cola ou Wonderbra bien installées dans l'inconscient collectif. Une image qui semble illusoire comme le suggèrent les dernières paroles évoquant la guerre (la chanson est sortie en pleine Guerre en Irak). Le clip de Jörn Heitmann (clippeur pour le groupe depuis 2001 et dont on doit aussi le clip de... Mambo number 5 pour Lou Bega) ne fait qu'accentuer cela en posant en premier lieu le groupe jouant sur la Lune en tenue de cosmonautes. 

Amerika

Pochette du single.

Une référence aux premiers pas de l'Homme sur le satellite, mais aussi à la théorie selon laquelle tout a été tourné en studio par un certain Stanley Kubrick. Le tout sous les yeux rivés du monde entier qui chante le titre avec ferveur. Les USA passent par le drapeau collé sur les combinaisons et bien mis en avant sur plusieurs outils du groupe. On passe alors sur le monde qui regarde Rammstein. Des africains mangent une pizza estampillée américaine. Des inuits sont devant un poste de télévision alors que rien ne pourrait le permettre. Des moines bouddhistes mangent des burgers. Un musulman enlève des baskets Nike bien mises en avant avant de prier vers la Mecque, direction symbolisée par des puits de pétrole tant convoités des américains. Un japonais se coiffe en mode James Dean sur une Harley Davidson. Un indien fume des Lucky Strike. Le Père Noël est en Afrique. 

Rammstein

Malgré leur culture évidente, ces pays ou peuples suivent tous d'une manière ou d'une autre le modèle à l'américaine. Tout le monde vit en Amérique sans s'en rendre compte. Ce qui est génial ou angoissant, à vous de choisir.

  • Don't come around here no more / Tom Petty and the Heartbreakers / Jeff Stein (1985)

Cette cuvée est également l'occasion de rendre quelques hommages. Feu Tom Petty est un artiste que j'ai appris à connaître au fil des années jusqu'à rattraper un bon panel de ses chansons ces deux dernières années. Free fallin (1989) que chante Tom Cruise dans un élan d'optimisme dans Jerry Maguire (Cameron Crowe, 1996). Learning to fly (1991) entendue dans un autre film de Crowe, Rencontres à Elizabethtown (2005) au détour d'un carrefour. Runnin' down a dream (1989) faisait partie de la soundtrack de GTA San Andreas (2004), jeu-vidéo auquel j'ai joué pendant des années en écoutant notamment ce morceau sur les chaînes rock. Tom Petty lui-même apparaissait dans le mauvais Postman (Kevin Costner, 1997). Un de ses meilleurs clips n'est autre que celui de Don't come around here no more. Une version d'Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll, 1869) qui n'a rien à voir avec la grosse tâche que fut le film de Tim Burton en 2010. 

DCAHNM 

Pochette du single.

Jeff Stein s'amuse avec l'imagerie de Carroll et se permet un trip monumental qui passe toujours par le visuel. Tom Petty incarne le Chapelier fou, Dave Stewart (membre des Eurythmics et compositeur de la chanson) la chenille qui fume et Louise Wish Foley l'héroïne Alice. Filmé dans un décor unique, le clip laisse place à toute la dinguerie des écrits de Carroll, jouant comme les équipes de Disney à l'époque sur les drôles de substances que boit Alice, donnant lieu à des hallucinations mémorables. Des personnages apparaissent, Petty se présente sous diverses formes, la tasse de thé est grande puis petite, Alice devient petite avant de devenir un gâteau pour un final gourmand et croquant. Un clip aussi fou qu'honnête avec l'oeuvre qu'il adapte. 

  • Jeremy / Pearl Jam / Mark Pellington (1992)

Depuis que je l'ai découvert à la fin de mon adolescence, l'album Ten du groupe Pearl Jam (1991) est un de mes préférés et un de ceux qu'il m'arrive d'écouter au moins une fois dans l'année pour quelques morceaux. Un album qui ressemble beaucoup à Eddie Vedder pourtant dernier arrivant du groupe, évoquant par moment sa propre histoire (il a découvert adolescent que son père était mort et que celui qu'il considérait comme son père était en fait son beau-père). Des textes souvent rudes ou mélancoliques pour des chansons souvent riches en émotions et qui peuvent parler à tous. Sixième piste de l'album, Jeremy est probablement la plus radicale puisqu'elle se base sur des faits-divers sordides : le suicide de l'adolescent Jeremy Wade Delle durant un cours en 1991 et un camarade de Vedder qui avait fini par tuer une classe entière durant son adolescence.

Eddie Vedder

Eddie Vedder.

Les paroles de la chanson se basent en partie sur le premier cas (même si le second couplet est plus raccord à l'expérience de Vedder), développant le point de vue d'un narrateur omniscient parlant de Jeremy. Des parents absents ou n'y prêtant pas attention, un enfant malheureux et triste et confronté à la violence de ses camarades ("Jeremy spoke in class today" répété comme refrain). Un premier clip fut tourné, financé par le photographe Chris Cuffaro, avant que la maison de disques Epic ne se ravise et engage Mark Pellington, réalisateur du puissant Arlington Road (1999) par la suite. Un clip qui a rapidement fait polémique et MTV avait fait coupé certains plans, suggérant que Jeremy (feu Trevor Wilson) tirait sur ses camarades par un zoom dégueulasse alors que la version non-censurée montrait bien qu'il mettait le canon dans sa bouche. Un autre aspect a fait polémique, puisqu'un aspect censuré dans le montage MTV est beaucoup plus explicite dans la version uncut

Jeremy

Pochette du single.

On voit deux travellings latéraux, le premier droite-gauche montrant les élèves la main sur le coeur, le second dans l'autre sens les dévoilant faisant le salut nazi... laissant Jeremy seul dans sa ligne. Le clip a rarement été diffusé sur certaines chaînes musicales depuis la tuerie de Columbine en 1999. Toujours cette même excuse des médias disant que certaines chansons ou clips amènent à des tueries, alors que le problème est toujours le même. Le clip dévoile l'histoire à travers un livre comme si Vedder le lisait face caméra dans une chambre rouge. L'histoire de Jeremy défile, montrant un enfant créatif mais seul, des parents qui restent impassibles face à sa détresse. Plusieurs personnages indifférents semblent figés dans le temps alors que lui est bel et bien vivant pour citer une autre chanson du groupe. Comme pour confirmer toujours un peu plus l'isolement de Jeremy. Puis arrive l'inévitable. Cette fois-ci, ils l'ont tous vu. 

  • Men In Black / Will Smith / Robert Caruso (1997)

A l'été 1997 deux productions Amblin se sont succédés et ont rafflé la mise : Le Monde Perdu de Steven Spielberg et Men In Black de Barry Sonnenfeld. Succès surprise, le second avait pu miser sur un de ses acteurs principaux pour la promotion : Will Smith également rappeur à ses heures. Le chanteur sample Forget me not (Patrice Rushen, 1982) et la chanson se révèle particulièrement efficace. Ce qui sera un peu moins le cas des essais suivants de Smith sur les films Wild Wild West (la chanson du même titre en 1999) ou Men In Black 2 (Black Suits Comin' en 2002). Voici l'exemple type qu'une chanson réalisée pour un film n'a pas forcément besoin de miser sur des images du dit film dans son clip pour en faire la promotion. Certes il y a quelques plans du film, mais ils sont tellement rares que c'est comme s'ils n'étaient pas là.

MIB

Pochette du single.

Après une introduction avec Tommy Lee Jones permettant d'entrer pleinement dans l'univers du film, le clip laisse Smith dans son rôle de J déambuler dans les couloirs du MIB, avant d'aller sur un décor où les Men In Black font des expériences. Le tout en rapport avec une créature extraterrestre qui se serait échappée d'un caisson. La créature est bien réalisée, même si Robert Caruso joue volontairement sur les plans larges pour ne pas trop la montrer (économie...), laissant parfois Will Smith seul avec les danseurs en fond. Le clip dans son ensemble respecte pleinement l'univers du film sans jamais le dénaturer. Y compris dans le final avec le neurolaser. Caruso se lance ensuite dans une danse de foule pas si éloignée de la scène phare de Thriller (John Landis, 1984). Ce qui donne lieu à un clip particulièrement cool, peut-être l'une des meilleures promotions pour un film.

  • California Love / 2Pac feat Dr Dre et Roger Troutman / Hype Williams (1996)

En 1996, Dr Dre n'est plus le membre des NWA mais un véritable mogul de la musique qui a sous la main un certain 2Pac, bientôt rejoint par des artistes comme Eminem ou 50 Cent. Sortant tout juste de prison pour abus sexuels, 2Pac se lance dans son album All Eyez on Me (1996) et parmi les titres se trouve California Love, probablement le plus gros succès de son auteur. Une virée au langage fleuri dans les rues de Los Angeles, "cité du sexe", de la prostitution et de l'argent. Il existe deux versions du clip qui en fait se chevauchent. La première est en fait un rêve de feu 2Pac, la seconde basée sur le remix du titre se passe dans sa villa. Beaucoup plus classique, la seconde n'a finalement que peu d'intérêt. Toutes deux sont réalisées par Hype Williams, réalisateur spécialisé dans le clip de hip hop ou de rap. Parmi les plus connus, I believe I can fly pour R Kelly (1996), Stronger pour Kanye West (2007) ou Drunk in love pour Beyoncé (2013). 

AEOM

Pochette de l'album où figure California love.

Le choix parfait pour s'attaquer à California Love avec pour inspiration Mad Max : Au delà du dôme du tonnerre (Miller, Ogilvie, 1985). Williams reprend la folie furieuse post-apocalyptique vue dans la série de films de George Miller à sa sauce, gardant toutefois le fameux dôme et une poursuite en fin de clip. Dre apparaît comme une sorte de grand manitou borgne que tout le monde écoute, vite rejoint par 2Pac. Les hommes de Roger Troutman finissent par arriver pour une balade dans le désert. Comme quoi l'univers de Mad Max n'était pas si oublié dans la pop culture jusqu'en 2015. 

  • Le dyptique nu / Blink 182 / Marcos Siega, Nicholas Lam (1999-2016)

Il y a un an, je jouais avec des potes à Guitar Hero et il se trouve qu'un d'entre eux râlait que j'hérite d'un titre de Blink 182. Un groupe que je n'avais pas écouté depuis au moins mon enfance où j'avais dû entendre deux titres revenir en boucle à la radio ou à la télévision. Une vraie cure de jouvence avec souvent des clips sympathiques à la clé. J'aurai pu vous parler de celui d'All the small things (Siega, 1999) où le groupe se payait les Backstreet Boys ou Christina Aguilera (qui aimait beaucoup les fleurs). Ou alors de celui d'Always (Joseph Kahn, 2004) qui usait d'un excellent dispositif (l'image était coupée en trois, chacune des parties étant différentes mais liées à une femme jouée par Sophie Monk). J'ai préféré deux clips plutôt amusants qui se répondent à dix-sept ans d'écart. Il s'agit de What's my age again et She's out of her mind, deux chansons qui symbolisent aussi beaucoup de choses car Tom DeLonge ne fait plus partie du groupe désormais.

EOTS

Pochette de l'album Enema of the state (1999) où se trouve What's my age again.

L'aspect autour de la nudité semble avoir pris de court les membres du groupe, voyant que la petite blague devenait trop grosse et ils avaient peur d'être cantonnés à cela. Si bien que par la suite en dehors de All the small things, les joyeux lurons n'apparaîtront plus nus. Jouant sur le côté adulescent véhiculé par la chanson (les paroles évoquent que personne ne vous prend au sérieux à 23 ans, tout en assumant de faire des conneries), la nudité montre des hommes immatures qui impressionnent les gens peu habitués à ce type de scènes en pleine rue. L'occasion pour l'actrice pornographique Janine Lindemulder de faire un petit coucou à ceux qui l'ont immortalisé sur la pochette de l'album Enema of the state. Si la chanson est moins forte, le clip de She's out of her mind permet un remake de celui de What's my age again mais avec des femmes nues. 

SOOHM

 

Pochette du single.

En l'occurrence trois vedettes d'internet Lele Pons, Hannah Stocking et Vale Genta. Les situations sont reprises à l'identique, souvent en inversant les rôles (des hommes remplacent des femmes et vice versa), Lindemulder laisse sa place à l'acteur Adam DeVine et il est fort possible que certains figurants de l'époque soient également de la partie. Comme quoi tous les moyens sont bons pour s'amuser. 

  • All I Need / Radiohead / Steve Rogers (2008)

A l'origine, le clip d'All I Need n'en est pas vraiment un, d'ailleurs les paroles ne sonnent pas tellement avec le contenu du clip. Il a été tourné sous l'impulsion de MTV avec l'accord des membres du groupe Radiohead pour la campagne MTV EXIT qui vise à sensibiliser le public et à lutter contre le trafic d'êtres-humains et l'esclavage. Il n'en reste pas moins que le clip couplé à la musique déchirante de Radiohead fonctionne parfaitement et s'impose comme une claque spectaculaire. D'autant que la dernière partie (la plus violente émotionnellement) fonctionne encore mieux avec les images. Je l'avais vu pour la première fois sur une des chaînes MTV il y a peut-être dix ans ou juste un peu moins et le clip m'est resté en tête comme la chanson, plus que d'autres que j'ai entendu du même groupe. Par un split-screen, Steve Rogers dévoile le quotidien de deux enfants. Le premier semble vivre aux USA, mais cela pourrait être ailleurs. Son quotidien est celui de beaucoup d'écolier.

AIN

Pochette de l'album In rainbows (2007) où figure All I Need.

Il regarde la télévision avant d'aller à l'école, lit, mange avec ses copains, dessine, joue au football. Le malaise finit par arriver quand on fait attention au second enfant. Un asiatique dormant avec d'autres enfants dans un local, réveillé pour aller travailler. Son but est de faire des chaussures. Les mêmes que portera le petit garçon à gauche. Le réalisateur va plus loin encore puisque des plans sont filmés quasiment à l'identique pour les deux points de vue. Un travelling latéral pour montrer le décor et une figure d'autorité bien différente de chaque côté. Le gamin dessine et l'autre fait des chaussures, la caméra tournant autour d'eux dans le même sens. Certaines choses coûtent plus cher qu'on ne le pense. Il suffit juste de s'en rendre compte.

  • It's my life / Bon Jovi / Wayne Isham (2000)

Des clips qui vous marque il y en a plein, mais pas toujours pour de bonnes raisons. C'est le cas d'It's my life qui fait partie des plus belles horreurs que nous a donné le clip vidéo depuis sa création. La chanson en soi n'a rien de fofolle, à moins d'être un fan irréductible du rockeur derrière le tube Leavin' on a prayer (1986). Son clip en revanche est incontournable pour bien d'autres choses. En apparence, It's my life est un clip comme on en a vu des centaines d'autres. Bon Jovi chante avec son groupe sur une portion de tunnel comme le groupe Simple Plan fera de même sur une autoroute dans le clip de Welcome to my life (2004). Le clip met en scène un garçon joué par Will Estes (vu dans U571 et la série Blue Bloods) essayant de retrouver une copine au concert de Bon Jovi (Shiri Appleby, héroïne de la série Roswell à l'époque). Là encore rien d'incroyable vu que c'est un truc qui revient continuellement dans un tas de clips-vidéo. 

IML

 

Pochette du single.

Non, ce qui reste en tête est la manière dont Wayne Isham (pourtant pas à son premier clip) joue avec le format de son clip. Au lieu de passer d'un format à l'autre pour des plans plus larges, Isham joue avec les bandes en haut et en bas. Un aspect qui n'apparaît heureusement pas sur tout le clip, mais qui offre des plans allongés (car le clip reste en soi dans le même format) absolument dégueulasses au point de ne se souvenir que de ça. A l'image de ces plans à 1'28, 1'53 ou 2'56, la palme au triple zoom sur l'horloge qui devient presque floue tant c'est plein de pixels ! Heureusement que Estes ne fait que de se rattraper après un saut ou de glisser sur une rampe. Sans compter cet arrêt sur image qui ne fait que confirmer le fait qu'Estes est doublé par un cascadeur sur pas mal de plans. Quand je vous disais qu'il était marquant d'une certaine manière.

  • Nouveau western / MC Solaar / Stéphane Sednaoui (1994)

L'amour que j'ai pour MC Solaar date du début de ce siècle. J'ai connu sa musique quand Cinquième as (2001) est sorti avec des titres forts comme Solaar pleure ou Hasta la vista. Même si les clips ne passaient pas toutes les cinq minutes sur M6, voir ceux de ces deux chansons était toujours un bon moment à passer même si les images graves du premier contrebalançaient avec l'aspect BD nourri aux gunfights du second. Outre les chansons, MC Solaar a toujours misé sur des clips un minimum mémorables, à l'image de La vie est belle (2003) fable au sujet pas forcément très joyeux. Mais un d'entre eux date d'avant 2001 et se nomme Nouveau western. Stéphane Sednaoui est un cador dans le monde du clip avec Give it away pour les Red Hot Chili Peppers (1991), Thank U pour Alanis Morissette (1998) ou Summer son pour Texas (1999) à son actif. Pour ce clip, il utilise principalement la technique du travelling avant, montrant ouvertement les rails qui permettent à la caméra d'avancer.

NW

 

Pochette du single.

Nous passons d'un écran à un autre, parfois symbolisé par une fenêtre évidente ou une pancarte servant d'écran. Il est rare que Sednaoui fasse dans le mouvement, mais il se permet quelques fulgurances comme quand la caméra se tourne complètement pour aller dans une autre direction après un changement de lieu. Les décors changent, passant d'un quartier asiatique à un désert américain digne des cowboys cités par MC Claude, sans compter Paris. Comme le suggère la chanson bien connue pour son sample de Bonnie and Clyde (Gainsbourg, Bardot, 1968), le nouveau western se dévoile par un changement d'ère. Les codes sont les mêmes, mais les outils changent ("la carte à puce remplace le remington", Clint Eastwood n'est plus l'Homme sans nom mais Harry Callahan). Sednaoui ne déroge pas à la règle, allant dans trois décors différents comme pour dire que le western n'est plus le genre des grandes prairies, mais le théâtre de lieux urbains où les motels ont des piscines, où les chevaux ont laissé place aux voitures.

MC Solaar

Mais aussi que les USA ont exporté leur modèle partout. Après tout, une de nos bandes-dessinées mythiques n'est autre que Lucky Luke (1946-), née en partie de cet amour pour les westerns et les épopées avec les indiens. Un clip plus complexe qu'il n'y paraît, à l'image du morceau qu'il illustre.

  • Don't delete the kisses / Wolf Alice / Sophie Muller (2017)

En plus d'avoir donner lieu à une des meilleures suites tardives de tous les temps, je ne remercierai jamais assez Danny Boyle de m'avoir fait découvrir le groupe Wolf Alice dans  Trainspotting 2 (2017) avec le morceau Silk (2015). Des chansons magnifiques comme particulièrement rock'n rollesques qui parsèment les deux excellents albums du groupe (My love is cool et Visions of a life). Un véritable électrochoc dont je me suis aussi délecté des concerts sur internet et bien évidemment des clips. Des vidéos souvent très inspirées et naviguant dans tous les genres possibles. You're a germ (Chris Grieder, 2015) est un pur hommage aux films d'horreur avec autant de croquemitaines que de zombies. Moaning Lisa Smile (Ozzie Pullin, 2014) met en avant les freaks durant un concours de danse. Freazy (Youth Hymns, 2015) est un trip sentant bon le champignon hallucinogène. Space and time (Ellie Rowsell, 2018) cite littéralement Melancholia (Lars Von Trier, 2011) avec sa mariée courant dans la forêt. 

VOAL

 

Pochette de l'album Visions of a life dont est issu Don't delete the kisses.

Pour Don't delete the kisses, le groupe a fait appel à une des clippeuses les plus prisées du milieu : Sophie Muller. A son actif des hits comme Don't speak pour No doubt (1996), Murder on the dance floor pour Sophie Ellis Bextor (2001), This love pour Maroon 5 (2004) ou Girl on fire pour Alicia Keys (2012). En apparence le clip est un peu banal. Il met en scène deux personnes (Jack Anderson et Chelsea Edge) qui se rencontrent dans le métro. On voit alors le couple se former au fur et à mesure, prendre soin de l'autre, s'amuser et surtout s'aimer. Un lieu unique qui n'est pas sans rappeler le même parti-pris du clip des Meilleurs ennemis (1996) qui montrait un couple évoluer au fil du temps dans une salle de bain. Si ici nous ne sommes plus dans un plan fixe toujours filmé au même endroit, Sophie Muller garde l'idée du métro comme décor unique, permettant aux héros d'évoluer par des tranches de vie. Ce qui rend la vidéo terriblement belle à l'image de la chanson parmi une des meilleures de Visions of a life

  • Runaway train / Soul Asylum / Tony Kaye (1993)

Bien avant le ramdam autour d'American History X (que ce soit les problèmes de post-production ou le film lui-même), Tony Kaye s'était fait connaître avec le clip de Runaway train. Rien à voir avec le célèbre film de la Cannon où Jon Voight et Eric Roberts essayaient de survivre dans un train. La chanson de Soul Asylum n'est pas vraiment claire, suggérant quelqu'un qui fuit dans un profond désespoir. En revanche, le clip se révèle beaucoup plus direct et fait là aussi office d'électrochoc dans une société américaine où l'on nous précise dès le carton inaugural qu'un million de jeunes disparaissent du jour au lendemain. La version britannique est d'ailleurs différente, puisque le carton comme certains passages sont légèrement différents ("100 000 jeunes perdus dans les rues de Grande-Bretagne"). Si Tony Kaye filme le groupe de la manière la plus banale possible, il ponctue le clip de diverses scénettes liées à ce thème. Un garçon fuit après le meurtre de sa grand-mère par son grand-père. 

RT

 

Pochette du single.

Le grand-père réapparaît par la suite avec une jeune prostituée qui finira dans un gang bang (on est bien chez le réalisateur d'American History X). On la verra ensuite sur un brancard. On passe ensuite à une vieille dame kidnappan le bébé d'une femme alors qu'elle fait une commission. Mais outre cela, la vidéo est d'autant plus marquante car Kaye montre régulièrement les visages de jeunes disparus, précisant leur nom exact et depuis quand ils ont disparu. Plusieurs versions existent avec des disparus différents, parfois selon l'Etat où ils habitaient aux USA. Il semblerait qu'une version australienne existe présentant des victimes d'Ivan Milat. Dans la version originale aujourd'hui difficilement trouvable sur le net (comme la version britannique), le chanteur du groupe Dave Pirner demandait aux gens ayant peut-être vu ces disparus ou s'ils étaient ces personnes d'appeler un certain numéro. Ce que MTV n'a pas voulu diffuser, prétextant ne pas vouloir faire dans le service public...

L'histoire aurait pu s'arrêter là si la vidéo n'avait pas porté ses fruits dans un certain sens. Kaye a dit que près d'une trentaine de cas avait été résolu, le guitariste Dan Murphy que certains cas se sont terminés de façon sordide. Certains disparus restent encore introuvables. Cette vidéo montre que leurs visages resteront toujours dans l'inconscient collectif, jamais oubliés. 

  • Stress / Justice / Romain Gavras (2008)

Le duo Justice a souvent porté un soin très particulier à ses clips. New Lands (Canada, 2012) était une sorte de remake de Rollerball (Norman Jewison, 1975) avec un personnage ressemblant fort à Snake Plissken. DVNO (2008) représentait diverses paroles à travers des logos différents. Mais le duo ne s'attendait certainement pas à être pris dans un tel brouhaha en engageant Romain Gavras, "fils de" et membre du collectif Kourtrajmé, réalisateur du Monde est à toi qui sort le 22 août prochain. Le clip Stress a eu beaucoup de problèmes à sa sortie au point d'être tout bonnement interdit d'antenne. A l'heure où un célèbre site de vidéos se faisait une petite réputation dans un Internet qui n'en demandait pas tant, le clip n'est pas resté longtemps dans l'anonymat. Comme souvent, le débat sur la violence représentée a battu son plein, y compris en ce qui concerne un certain racisme qui serait véhiculé par la vidéo (il a souvent été caricaturé que des noirs s'en prenaient aux blancs, comme pour dire que les noirs sont caractérisés comme violents et sauvages). 

Cross

Pochette de l'album Cross (2007) où figure Stress

Evidemment Stress est un clip violent, montrant plus généralement des jeunes qui tabassent, agressent en bande des hommes comme des femmes, mais aussi des policiers et des touristes étrangers. A l'image du son terriblement énergique et quasiment sans temps mort de Justice, Stress est une odyssée fracassante dans la violence où la destruction d'autrui comme des biens est omniprésente. Un univers où même le caméraman et le perchiste auprès du petit groupe passent à la casserole. Quitte également à dégommer un auto-radio qui diffuse DANCE (2007) du même album, comme pour dire que l'aura pop du groupe auprès du public depuis ce titre n'avait plus lieu d'être. 

  • Smack my bitch up / Prodigy / Jonas Åkerlund (1997)

Encore un clip qui a fait couler beaucoup d'encre et probablement le plus trash de ceux présents dans cette cuvée. Jonas Åkerlund a eu l'idée du clip suite à une soirée un peu trop arrosée et la vidéo joue bien évidemment là-dessus. Tourné en un jour, Smack my bitch up ne fut pas bien accueilli par le label du groupe The Prodigy. Suite à un premier montage, Åkerlund a été viré mais a fini le projet dans son coin, avant de l'envoyer à l'un des membres du groupe Liam Howlett qui a finalement aimé le clip. La vidéo a finalement été censuré un peu partout, au point d'être souvent considérée comme le clip-vidéo la plus controversé de tous les temps. Mais de quoi parle alors Smack my bitch up pour attirer autant les foudres à droite et à gauche ? Il est bon de souligner dans un premier temps qu'il est filmé en vue subjective (le chef-opérateur s'est scotché une caméra 35mm sur son corps) et les substances prises durant le clip (alcool comme drogue) permettent de modifier la perception du personnage considérablement, jusqu'à ce que tout se mélange un peu. 

SMBU

Pochette du single.

A partir d'un certain moment, tout se trouble, change de forme au point de potentiellement signifier un malaise pour le spectateur. Åkerlund brouille les pistes en montrant par exemple le personnage en train de se raser ou mettant un pantalon. Tout simplement parce que les derniers plans nous montrent bel et bien que le personnage principal est une femme. Ce qui change un peu la perception des faits, puisque le spectateur aurait très bien pu prendre ce personnage comme masculin à cause de son comportement violent. Puis évidemment il y a la scène de sexe forte en nudité et qui a dû plaire particulièrement à MTV et aux bonnes moeurs. D'ailleurs, au vue de la pratique de TonTube de dégager certaines vidéos avec des aspects trop coquins, on peut s'étonner de retrouver le clip aussi facilement sur le site. 

  • The Less I Know the better / Tame Impala / Canada (2015)

 

Evoqué tout à l'heure à propos de New Lands, le collectif espagnol Canada s'est forgé une petite réputation. A leur tableau de chasse le clip Up all night pour Beck (2017) où Solene Rigot défonçait tout sur son passage en costume de chevalière, partant à la conquête de l'homme qu'elle aime (Pedro Attenborough). Un de leurs plus beaux travaux est ce clip pour les australiens de Tame Impala. Un clip-vidéo particulièrement abstrait et à l'imagerie particulièrement coloré et sexué. A l'image de ce plan où l'on voit le basketteur joué par Albert Baro faire un cunnilingus à la cheerleader incarnée par Laia Manzanares. A partir de là ne cherchez plus aucune cohérence, le clip se déroulant dans un lycée tout en jouant de la perception qu'a le basketteur des événements. Est-ce que la fameuse scène précitée est un fantasme du héros ? Il y a des chances puisque par la suite, la cheerleader sera dans les bras d'un gorille type mascotte (ou est-ce un vrai gorille ?). Ce qui donne lieu à un clip particulièrement sexy et jouant sans cesse de la métaphore sexuelle. 

TLIKTB

 

Pochette du single.

Ainsi le gorille n'est pas toujours présent physiquement, mais il est toujours là que ce soit par une main autour des cheerleaders, une couverture couleur noire comme l'animal ou des bananes animées. Canada s'offre une magnifique séquence animé alimentée par les fantasmes sexuels du héros. A l'image de certaines scènes vues précedemment comme celle où le héros regarde vers l'horizon alors qu'il cache le sexe d'une femme. Un voyage qui prend fin sur un combat inévitable, mais là aussi particulièrement abstrait. Au final, un délire aussi ravissant que fort visuellement. 

  • Never gonna give you up / Rick Astley / Simon West (1987)

Pour finir cette cuvée, il fallait bien une petite vanne. Mais si, vous avez dû tombé plus d'une fois sans le faire exprès sur ce merveilleux clip de Simon West (à ne pas confondre avec le réalisateur des Ailes de l'enfer). Le fameux "rickrolling" qui consiste à mettre une affirmation fausse comme descriptif de la vidéo (genre "Avengers trailer") pour ensuite enchaîner sur le clip avec Rick Astley une fois la vidéo lancée. Un troll savoureux que vous avez dû voir plus d'une fois sur le net et qui vaut son pesant de cacahuètes. A l'image de ce mémorable déhanché du chanteur vite repris en France par les 2B3, ainsi que ses jeux de mains que j'essaye parfois d'imiter quand je m'ennuie. A la prochaine !