Dee est confronté à un complot menaçant de le tuer et peut-être lié à l'impératrice...

Détective Dee 3

Comme évoqué récemment (*), Tsui Hark est probablement un des réalisateurs les plus importants du cinéma contemporain. Un visionnaire qui a toujours repoussé les limites jusqu'à actuellement tester l'HFR 3D (soit filmer en plus de 24 images par seconde, à l'image de Peter Jackson et Ang Lee sur The Hobbit ou Billy Lynn's long halftime walk). Malheureusement en France, on se contente de la 3D et du 4DX (soit des sièges qui bougent durant la séance en fonction des actions du film, mais aussi du vent, des jets d'eau et autres joyeusetés) pour la sortie de Détective Dee : La légende des rois célestes (2018). Une initiative déjà forte pour The Joker et Les Bookmakers qui ont sorti le film quasiment en même temps que les Chinois, soit une rareté au regard de l'état de la distribution française sur les films asiatiques.

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Tournant en 3D native depuis Catching Monkey (film tourné en 2010 uniquement pour tester le format et jamais sorti nulle part), Tsui Hark est un des meilleurs artisans dans le domaine et ce troisième opus de la franchise Détective Dee (2010-) en est la preuve. La profondeur de champ est souvent impressionnante et les qualités de projection étaient suffisamment bonnes pour pouvoir dire que l'image n'était pas plus sombre. On peut même dire que les couleurs s'avèrent souvent pétaradantes à l'image de la scène du dragon, probablement une des plus impressionnantes scènes à effets-spéciaux vues cette année au cinéma. Mais là où Tsui Hark s'en sort le mieux avec la 3D c'est peut-être dans les plans dits "in your face". Ce n'est jamais kitsch, ni grossier et surtout un des meilleurs plans de ce type est dans le climax avec la caméra qui navigue entre les différents yeux d'un roi céleste.

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Clairement, les deux euros en plus ne seront pas payés pour rien face à un spectacle visuel au rendez-vous. On voit que Tsui Hark a désormais les moyens techniques et visuels à sa disposition pour se faire plaisir, loin des difficultés survenues lors de la production des Zu (1983-2001) ou de Green Snake (1993). Ainsi, Détective Dee 3 s'avère aussi beau que le précédent opus qui était exceptionnel en terme d'imagerie visuelle ou de certains morceaux de bravoure de Journey to the west 2 (2017). Le final lui permet même de faire un vibrant hommage à King Kong (Cooper, Schoedsack, 1933). Pour ce qui est de l'intrigue, elle s'avère aussi palpitante que celle des précédents films. (attention spoilers) Les relations entre Dee (Mark Chao) et l'impératrice Wu (Carina Lau) sont toujours au centre de ce troisième film, à un niveau plus radical cette fois-ci.

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En effet, Tsui Hark commence à faire entrevoir les possibles raisons qui auraient pu conduire à ce que Dee finisse en prison pour traîtrise. L'impératrice se méfie de lui, en fait son potentiel ennemi numéro un, tout en se faisant manipuler par les ennemis. Un ennemi de l'intérieur qui par son autorité peut s'en prendre à n'importe qui, d'autant plus s'il commence à être une menace à sa prise de pouvoir. Le réalisateur ne savait évidemment pas à l'avance qu'il ferait un second opus sous forme de préquelle. Toutefois, il a été suffisamment malin pour ne pas donner les raisons précises de la traîtrise de Dee, ce qui avance un face à face plus ou moins inévitable entre l'impératrice et lui si quatrième opus il y a un jour. D'autant que les deux acteurs sont toujours aussi convaincants. A cela se rajoute les fameux ennemis qui ont amené les Tang au pouvoir avec le peu de reconnaissance qui va avec.

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Une vengeance qui paraît aussi logique que celle des ennemis du second film, hommes pris dans une guerre maritime qui ne les concernaient pas. Comme dans les deux premiers films, tout a une signification et même s'il y a quelques rappels au cours du film, le spectateur devra être attentif aux détails. Après les marionnettistes, les gens brûlés à cause d'un scarabée spécifique, ceux transformés en créature ou le monstre marin ; cette fois c'est les hallucinations collectives. Il est précisé au début par Dee qu'un gourou faisait voir des hallucinations au ciel, mais on se prête quand même au jeu jusqu'à voir le subterfuge. Comme dans un tour de magie en fin de compte. (fin des spoilers) Si ce troisième film n'est peut-être pas aussi fou furieux que le précédent, il n'en reste pas moins un divertissement fantastique, ambitieux visuellement et intéressant.

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Tsui Hark revient à Détective Dee avec virtuosité, continuant à faire progresser une intrigue centrale fascinante autour d'une affaire riche en péripéties de qualité.  


* Voir https://www.youtube.com/playlist?list=PLPyZ7KzkqVYLXYGuJU6Ue99H4dHysZohs