L'équipe d'Ethan Hunt essaye tant bien que mal de mettre fin aux agissements du Syndicat, tout en étant particulièrement surveillée par la CIA...

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A l'heure où Jason Bourne n'a pas convaincu grand monde de son retour et que James Bond attend le premier tour de manivelle du dernier film de Daniel Craig, Tom Cruise continue à alimenter la franchise qui a fait définitivement de lui une superstar. Depuis ses débuts, la franchise Mission Impossible (1996-) a su varier les plaisirs, passant du film hitchcockien au film d'action bas du front, du film plus intimiste à un résultat très spectaculaire, pour terminer sur un retour à la cascade amatrice du crash-test et d'opéra. Mission Impossible est devenue une référence de l'espionnage au cinéma, voire du film d'action, là où c'était le cas de son aîné à la télévision. Des codes spécifiques gardés de la série (le message qui s'autodétruit, les masques très représentatifs, le travail d'équipe devenu à partir du troisième film une évidence, le générique qui révèle tout), mais aussi le challenge de faire toujours plus spectaculaire (escalader une montagne comme le plus grand immeuble du monde ou rester accroché à un avion).

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A cela rajoutez un changement de réalisateurs quasi-systématique avec Brian de Palma, John Woo, JJ Abrams, Brad Bird et Christopher McQuarrie. Quasi car cette fois-ci ce dernier scénariste sur Ghost Protocol (2011) et réalisateur de Rogue Nation (2015) rempile avec les deux casquettes. Comme pour continuer l'aspect sériel entrevu à partir du troisième film, le casting du précédent film est de retour, à l'image de l'inévitable Tom Cruise, de Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Alec Baldwin et Sean Harris. Seul manque à l'appel Jeremy Renner, occupé sur les deux derniers Avengers (les Russo, 2018-2019) et qui honnêtement n'a jamais vraiment servi à grand chose dans la franchise. L'aspect sériel se perpétue également par l'intrigue qui fait directement suite au précédent opus, qui lui-même était introduit par la fin du quatrième volet. Bien que Solomon Lane (Harris) a été arrêté, le Syndicat est toujours omniprésent (couper une tête et il en poussera deux autres) et Ethan Hunt (Cruise) va devoir faire des choix personnels.

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Sans compter que cette fois-ci pour agir, il est accompagné d'un agent de la CIA nommé August Walker (Henry Cavill et sa fameuse moustache qui a foutu en l'air les reshoots de Justice League). Ce qui apporte une tension supplémentaire jouissive. Dans la franchise, la CIA a toujours été plus ou moins inexistante. Seul le personnage d'Alec Baldwin dans le cinquième opus permettait de voir que la CIA existait toujours, menaçant de faire des membres de Force Mission Impossible de vulgaires agents de la CIA. Ici, on voit que les deux agences sont clairement concurrentes, voire que la CIA aura plus tendance à prendre moins de risques. C'est ce que suggère le personnage d'Angela Bassett en début de film, en suggérant qu'Ethan Hunt aurait mieux fait de récupérer la mallette avec le plutonium plutôt que de sauver ses camarades et en soi amis.

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Ce qui se confirme également par les agissements de Walker qui est évoqué dès le départ comme un homme impulsif qui ne fait en général pas de prisonnier. Un côté inhumain qui change littéralement de l'attitude d'Hunt qui s'impose comme un homme qui se préoccupe de ses proches depuis plusieurs films, quitte à éradiquer définitivement le délire james bondien du film de John Woo (2000) qui faisait d'Hunt un super-héros. (attention spoilers) Deux hommes aux agissements différents qui ne pouvaient que se battre face à face au bout d'un moment. Une fois le pot aux roses dévoilé, Walker devient un parfait antagoniste, s'imposant comme un agent dormant n'attendant qu'un petit réveil pour dévoiler tout son potentiel machiavélique. La fin du film nous montre peut-être la fin d'un cycle dans la franchise. Certes le Syndicat n’est pas éradiqué, mais on sent qu'il y aura probablement un avant et un après Fallout.

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On sent qu'il y a eu un accomplissement et cela se confirme également par l'intention de faire d'Ilsa Faust (Ferguson) un membre de l'équipe définitivement. Cet opus étonne également dans sa propension à être à la fois très fun dans ses scènes d’action, mais aussi très sérieux. Le fait d’avoir tourner en partie le film dans un Paris post-attentat se ressent beaucoup, à l’image du faux assaut ou alors de la scène très tendue entre l’équipe, les hommes de la Veuve Blanche (Vanessa Kirby) et une policière (Alix Bénézech). Ce qui se confirme par la suite du film, notamment dans le climax, course-contre-la-montre frappadingue où du plutonium peut exploser à tout moment. Un final totalement maîtrisé et où Christopher McQuarrie mise là aussi sur l’humain. Ilsa comme Benji (Pegg) manquent de se faire tuer sauvagement par Lane.

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Il y a les bombes disséminées à deux endroits différents et ne pouvant être arrêtées que si Hunt appuie sur le bouton à temps. A cela rajoutez que sur place l’ex-femme d’Hunt Julia (Michelle Monaghan) est également présente, renforçant d’autant plus le suspense déjà palpable du final. Si en plus l’ami Tom fait des cabrioles en hélicoptère avec Cavill qui lui tire dessus à la mitraillette lourde, avant de partir sur un affrontement final très similaire à celui de Cliffhanger (remplacez Sylvester Stallone et John Lithgow par Cruise et Cavill et on y est), vous obtenez un des meilleurs moments de bravoure du film d’action US actuel. Il est même assez impressionnant de voir Cavill défiguré avec maquillage craspec à l'appui, en faisant ironiquement une sorte de survivant de l'extrême. Outre le climax affolant, McQuarrie réitère la folie furieuse que l'on retrouvait déjà dans Rogue Nation avec des cascades en dur qui font plaisir à voir.

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Quand il y a de la casse, elle apparaît à l'écran. Il y a peut-être des rajouts à droite et à gauche, mais ça sonne vrai et c'est ce qui rend la saga Mission Impossible géniale pour un fan de films d’action. La poursuite à moto, puis en voiture dans Paris est aussi plaisante que celle de Rogue Nation. La baston dans les toilettes confirme toujours un peu plus que les personnages sont faillibles et rappelle celle de True Lies (James Cameron, 1994). Sans compter l'ascension en plein orage au dessus de Paris qui est une pure séquence à suspense. McQuarrie s'amuse même des soucis du tournage (Cruise s'est blessé lors du passage où il doit sauter d'un immeuble à l'autre) pour rendre Hunt encore plus humain malgré ses actes héroïques fous. Le réalisateur réitère l'exploit de son film précédent et signe un opus sensationnel. Sans compter un casting qui fonctionne toujours aussi bien, agrémenté par un Henry Cavill bestial. (fin des spoilers)

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Christopher McQuarrie continue dans le sillon de son précédent film avec un opus haletant, bien réalisé et toujours aussi frappadingue, avec une ambiance peut-être plus sombre.