Depuis quelques années, on peut voir deux formes d'été américains. D'un côté, celui avec peu de blockbusters marquants, souvent sortis dès avril ou mai avant que le tout ne s'essoufle en juillet et août, bien que des surprises souvent moins chères peuvent arriver. De l'autre, un embouteillage monstre où les sorties s'entrechoquent avec beaucoup de casse à l'arrivée (demandez à Tonton Besson, il l'a bien compris l'été dernier). Clairement, l'été américain de 2018 se pose dans la première catégorie. Beaucoup de grosses sorties sont arrivées à partir de fin mars jusqu'à début juin comme Ready Player One (Steven Spielberg), Rampage (Peyton Reed), Avengers : Infinity War (les Russo), Deadpool 2 (David Leitch), Solo (Ron Howard) et Ocean's eight (Gary Ross). Puis après tout du moins en France (Jurassic World : Fallen Kingdom est sorti fin juin aux USA) plus rien avant Les Indestructibles 2 (Brad Bird) et quand on voit ce qui est sorti après, on peut dire qu'Hollywood a peut-être sorti ses cartouches trop tôt.

AIW (Matt Taylor)

Infinity War grand gagnant d'un printemps bourré à craquer de blockbusters (affiche réalisée par Matt Taylor).

Au regard des films cités plus haut, on ne compte finalement que peu de blockbusters ou films de studio en dessous des 100 millions de dollars de budget dans les gros films de cet été. En dehors de Mission Impossible Fallout (Christopher McQuarrie) et du film de Brad Bird et si l'on se base sur ce qui est sorti après le 21 juin en France, l'été américain édition 2018 s'est avéré un brin timide et s'est souvent doté de films sympathiques mais pas forcément marquants ou alors de films au potentiel inattendu. Pour ce tour d'horizon, prenons d'un côté des productions à plus de 100 millions de dollars de budget, de l'autre des films de studio qui ont coûté entre 50 et 80 millions de dollars. Soit Skyscraper (Rawson Marshall Thurber), Ant Man and the Wasp (Peyton Reed), The Meg (Jon Turteltaub) ; puis Hôtel Transylvanie 3 (Genndy Tartakovsky), The Equalizer 2 (Antoine Fuqua), Alpha (Albert Hughes) et 22 Miles (Peter Berg).

FK

Jurassic World : Fallen Kingdom pour l'instant grand gagnant du box-office de cet été.

Skyscraper confirme à quel point Dwayne 'The Rock' Johnson est devenu tellement puissant que même si le film n'est pas forcément intéressant, sa présence fera venir le public (293 millions de dollars de recettes pour 125 millions déboursés, et ce malgré l'accueil plus que tiède aux USA). Mais aussi, comme évoqué dans la critique de Rampage (voir Mon ami George ), qu'il est arrivé à la mauvaise époque du cinéma d'action, tout du moins aux USA. Skyscraper comme Bienvenue dans la jungle (Peter Berg, 2003), Central Intelligence (Thurber, 2016), La montagne ensorcelée (Andy Fickman, 2009), Jumanji : Welcome to the jungle (Jake Kasdan, 2017) ou encore San Andreas (Reed, 2015), est un film qui aurait très bien pu se produire dans les 80's-90's avec un Schwarzy ou un Stallone aux commandes.

Skyscraper

A l'image de films comme Double détente (Walter Hill, 1988), Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997), Arrête où ma mère va tirer (Roger Spottiswoode, 1992) ou Daylight (Rob Cohen, 1996). Dans le cas de Skyscraper, Thurber lorgne littéralement sur Die Hard (John McTiernan, 1988), puisque le héros est confronté à des braqueurs se prenant pour des terroristes qui menacent sa famille dans la plus grande tour du monde. Mais aussi vers l'inspiration de ce dernier, La tour infernale (Guillermin, Allen, 1974), puisque la tour finit en partie enflammée au cours du film. Niveau nouveauté, on ne peut pas dire que Skyscraper s'avère notable. En revanche, il s'agit d'un film catastrophe / action suffisamment bien mené pour passer un bon moment. A l'image des films catastrophe que l'on pouvait souvent voir l'été à une époque, à base de volcans qui explosent ou de tornades dévastatrices. 

Skyscraper 2

Si possible avec un héros lambda (mais avec un physique de super-héros, malgré une guibole en moins) et prêt à tout pour sauver ses proches (dont Neve Campbell qu'il est agréable de revoir dans un rôle actif post-Scream). Ici, The Rock qui saute d'une grue pour atterir dans une fenêtre de la tour. Si le film fonctionne c'est aussi en partie grâce à lui et c'est même honnêtement pour lui que l'on se déplace. Remplacez-le par un acteur quelconque et vous êtes sûrs que le film sera déjà moins amusant à suivre (et qu'il fera moins d'entrées également). The Rock est arrivé à un stade où sa seule présence peut vous faire aller voir un film qui n'a en soi rien d'exceptionnel. Vous l'oublierez peut-être même au fil des semaines qui suivent, mais au moins le film est divertissant et peut servir de film du dimanche sur TF1. Passons ensuite au dernier né du Marvel Cinematic Universe (2008-), se passant juste avant Infinity War, avant d'y faire allusion dans ses dernières minutes. 

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Comme on avait déjà pu le voir dans les Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014-2017) ou Black Panther (Ryan Coogler, 2018), Ant Man and the Wasp se concentre uniquement sur les personnages du film, ne s'occupant pas d'événements extérieurs présents dans l'univers Marvel. Une bouffée d'air au regard d'un univers bourré à craquer de clins d'oeil à ce qu'il s'est passé dans tel ou tel film ou alors avec des personnages d'autres films qui servent de guests (le premier Ant Man avait subi la présence de Falcon). Inévitablement, le film joue sur les événements d'Ant Man (Reed, 2015) et de Captain America : Civil War (les frères Russo, 2016), mais dans le cas du dernier film, ils sont évoqués régulièrement durant Ant Man and the Wasp. Donc vous n'avez même pas besoin de voir la baston du bac à sable pour comprendre ce qui arrive à Scott Lang (Paul Rudd).

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C'est donc un Scott sous contrôle judiciaire et devenu patron d'une boîte de sécurité que l'on retrouve dans cet opus. Dans la suite logique du précédent opus, le but d'Hank Pym et de sa fille Hope (Michael Douglas et Evangeline Lilly) est de retrouver madame Van Dyne (Michelle Pfeiffer) restée depuis plusieurs décennies dans le monde subatomique et Scott apparaît comme un moyen de communiquer avec elle, suite à son voyage dans ce même monde. A cela rajoutez une méchante (Hannah John Kamen) qui n'en est pas vraiment une (un peu comme Killmonger dans Black Panther, son but est légitime) et vous obtenez un opus particulièrement sympathique et avec de beaux effets-spéciaux. Certes comme le premier film, on n'assiste pas à un film phénoménal, mais on suit les aventures de Scott, Hope et Hank avec plaisir. D'autant que cette fois, Hope devient Wasp ou la Guêpe.

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Dans le précédent film, on pouvait regretter qu'Evangeline Lilly comme son personnage soit beaucoup trop mise en retrait, surtout au vue de ses possibilités indéniables. Ici, elle forme avec Paul Rudd un duo où les deux personnages sont complémentaires et fonctionnant bien dans les scènes d'action. On voit d'ailleurs que Peyton Reed fait un peu plus SON film, s'amusant davantage durant les scènes d'action en jouant des tailles des personnages, même s'il reprend les moments où Michael Pena cause beaucoup, typique de ce que peut faire Edgar Wright (rappelons que le réalisateur de Shaun of the dead a travaillé durant presque dix ans sur le projet Ant Man, avant de partir pour divergences artistiques).

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(attention spoilers) On peut toutefois regretter que Michelle Pfeiffer a été beaucoup trop montré sur les affiches du film, anticipant dès lors son look et empêchant tout suspense à l'idée que son personnage soit vivant ou pas. Tout comme le gag de la fourmi qui joue de la batterie présent dans la seconde scène-post-générique (inutile mais rigolo) avait déjà été montré dans une bande-annonce. En revanche, la scène post-générique directement liée à Infinity War fonctionne très bien et au moins apparaît hors contexte du film même. (fin des spoilers) Si on devait qualifier The Meg ou En eaux profondes d'une phrase d'accroche, ce serait certainement "Peur bleue avec plus de fric". Pas que le film de Renny Harlin (1999) en manquait, mais The Meg est une production qui a un peu plus de budget (130 millions de dollars pour le Turteltaub contre 60 millions pour le Harlin) et qui lui ressemble beaucoup.

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(attention spoilers) Jugez plutôt. On est à nouveau face à des scientifiques qui font une expérience qui tourne mal (changez "rendre des requins intelligents" par "on a ouvert une couche sous-marine avec un autre écosystème"). Thomas Jane laisse sa place à Jason Statham en grand super-héros des eaux, finissant même par en découdre lui aussi avec le mégalodon dans une séquence un brin surréaliste. Sans compter le "discours émouvant" du patron avec Rainn Wilson (plus Carter Burke que jamais) remplaçant de Sam Jackson. Pour sûr, on pourrait carrément dire que Jon Turteltaub ne s'est pas foulé. D'autant que l'on parle d'un film qui revient de très loin. En effet, The Meg est au départ un roman de Steve Alten qui a vite attiré les pontes de Disney en 1997. Mais le four commercial de Starship troopers (autre film avec des bébêtes produit par le studio) et l'arrivée imminente de Peur bleue ont stoppé la production.

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New Line récupère le bébé en 2005, convoite Guillermo del Toro mais trouve finalement preneur avec Jan De Bont, le réalisateur des deux Speed (1994-97) et de Twister (1996). Sauf que le réalisateur fait passer le budget de 80 à 200 millions de dollars, faisant peur au studio qui stoppe le projet malgré une date de sortie fixée à l'été 2006. Warner reprend les rênes et donne les commandes à Eli Roth. Pas longtemps, car le réalisateur d'Hostel veut un film Restricted et un budget de 150 millions de dollars, ce que lui refuse le studio. Arrive alors Jon Turteltaub, réalisateur souvent lié à Disney (on lui doit les Benjamin Gates ou Rasta rockett) avec un budget un peu moindre. Un budget qui se ressent dans le visuel plutôt charmant, tout comme dans une 3D qui laisse largement court à la profondeur de champ, montrant souvent l'immensité sans fin de l'océan. 

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Pour le reste, même s'il n'a rien d'exceptionnel, The Meg s'impose comme un blockbuster estival amusant, n'hésitant jamais à croquer de manière délirante ses différents personnages même si le sang manque un peu (on est devant un PG-13). Soit une série b fun qui vous rappelle que même dans l'eau les chiens ne meurent jamais. (fin des spoilers). Passons maintenant aux moindres budgets avec Hôtel Transylvanie 3. Depuis ses débuts en 2012, la bande menée par Adam Sandler (la distribution est composée de pas mal de ses potes, allant de Kevin James à Steve Buscemi) fait les beaux jours de Sony Animation. En cause, Genndy Tartakovsky réalisateur et animateur bien connu des gamins des 90's et 2000's, puisqu'il a travaillé sur les célèbres séries animées Les Super Nanas (1998-2005), Samourai Jack (2001-2017), Le laboratoire de Dexter (1996-2003) ou Star Wars Clone Wars (2003-2005). 

Hôtel Transylvanie 3

Un artiste avec un style bien prononcé et grand héritier du cartoon. La preuve avec les Hôtel Transylvanie qui permettent de voir une belle galerie de monstres, allant du loup-garou submergé par ses nombreux louveteaux à Dracula pris entre la gérance de son hôtel et la vie de sa fille. Après le mariage de sa fille et la naissance de son petit-fils, cet opus nous le présente en train de chercher l'amour sur une croisière. L'occasion pour le réalisateur de jouer sur le délire "croisière s'amuse fantastique" avec des poissons humanoïdes pour maîtres d'hôtel ou la descendante de Van Helsing comme capitaine. Sans compter que vous êtes accueillis à Atlantis par un kraken qui chante. Il se dégage un charme certain de ces productions, parlant aux enfants par ses nombreux gags (même si parfois on touche au pipi-caca), tout comme aux adultes par l'univers monstrueux et des personnages globalement adultes et avec leurs problèmes (il n'y a que Dennis et sa copine louve-garou qui soient des personnages enfants majeurs dans les films).

Hôtel Transylvanie 3 2

D'autant que Tartakovsky a beaucoup de tendresse pour ses personnages et que l'animation est excellente. Le passage dans l'avion qui parlera certainement plus aux adultes (ceux qui ont vu certains films de Joe Dante par exemple) est d'ailleurs la scène la plus drôle du film. Après avoir dégommer les trois quarts de la mafia russe du coin, Robert McCall (Denzel Washington) revient pour sa seconde aventure cinématographique (The Equalizer est à l'origine une série télévisée). Le film est moins réussi que le premier, probablement à cause d'une intrigue un peu moins forte. Dans le premier film, Antoine Fuqua insistait beaucoup plus sur la relation entre McCall et Alina (Chloé Moretz), permettant de rendre la croisade du héros beaucoup plus forte. Ici, on est peut-être plus dans le prévisible avec des indices qui sautent aux yeux du spectateur avant le personnage.

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Mais Fuqua alimente le spectacle quand il le faut avec des scènes d'action fun et brutales. Ici, quand Denzel Washington dégomme des bonhommes, on voit le sang qui coule (The Equalizer 2 est un film Restricted comme son aîné). Un aspect qui fait plaisir à voir dans un cinéma américain qui accumule souvent les cadavres en jouant du hors-champ ou d'une accumulation de catastrophes. The Equalizer 2 se révèle également aussi intimiste que le premier par moments, jouant des relations entre les personnages et McCall. A l'image de la scène à suspense où McCall guide son jeune voisin (Ashton Sanders) pour qu'il ne se fasse pas attaquer, laissant désormais la carte du mystère autour du personnage campé par Washington au placard. Donc si The Equalizer 2 n'est pas toujours bon, il s'avère un film d'action plaisant, ne jouant pas sur une hyper-stylisation à outrance.

TE2 2

 

Alpha est un cas d'école dans le genre "on ne sait pas comment vendre un film", ce qui n'a rien d'étonnant quand on voit qui le distribue. Sony n'a jamais su quoi en faire, au point de le repousser un grand nombre de fois (le film est passé de septembre 2017 à août 2018, après avoir été prévu pendant un temps en mars 2018). Curieusement, la presse a été plutôt positive avant la sortie du film, mais c'est malheureusement peu pour convaincre un public dont le studio n'a jamais réussi à lui donner envie. Ainsi, le film a pour l'instant à peine dépassé son budget (59 millions de dollars de recettes pour 51 dépensés) et les recettes ne feront surement pas plus d'étincelles. Dommage, tant Alpha a des qualités que pas mal de blockbusters n'ont pas. A commencer par un certain 10000 (Roland Emmerich, 2008) avec lequel Alpha a été souvent comparé avant sa sortie.

Alpha

Là aussi il est question d'un jeune homme confronté à la nature et éloigné de son propre camp. Sauf que Albert Hughes (qui quitte son frère Allen cette fois-ci) n'est pas Emmerich et ne met pas en scène des mythologies qui n'ont pas lieu d'être. Le héros vit au Paléolithique supérieur, à une époque où l'Homme sait dorénavant parler et s'apprête dans un certain sens à apprivoiser l'animal pour en faire un compagnon. C'est tout le récit d'Alpha, film analysant la relation amicale progressive entre l'Homme et l'Animal, ici symbolisé par un chien-loup. Les rares croyances développées par le film sont des pierres déposées pour les morts, ce qui est un aspect à la fois simple mais très intéressant. D'autant que visuellement, Hughes confirme ce que l'on avait pu voir dans Le livre d'Eli (2010), filmant les décors naturels avec saveur et alignant les plans potentiellement iconiques.

Alpha 2

A l'image du bison balançant Keda (Kodi Smit McPhee) dans le vide, bien aidé par une superbe lumière. Ce qui fait d'Alpha une odyssée préhistorique ravissant et un film d'aventure de bonne tenue. On regrettera toutefois que McPhee manque de charisme, tout comme que la scène d'ouverture apparaisse deux fois, revenant par flashs (les plans sont identiques) après un long flashback amenant à la dite scène. Ce qui n'empêche pas Alpha d'être la grande surprise américaine de cet été et confirmant que même sans son frère, Albert Hughes est capable d'accoucher d'un film de studio de qualité. Enfin, terminons cet article spécial sur la dernière collaboration entre Marky Mark et Peter Berg.

22M

Pour la subtilité, Berg repassera encore une fois, évoquant un patriotisme comme souvent amusant, avec des agents de la CIA particuliers qui font les gendarmes dans le monde via des ambassades américaines. Si cet aspect fait sourire, certaines scènes d'action beaucoup moins. En effet, si les fusillades sont montées et mises en scène avec efficacité, on ne peut pas en dire autant des scènes de corps à corps. Quand on a vu Iko Uwais dans les The Raid (Gareth Evans, 2012-2014) et qu'on le voit dans 22 Miles, on voit un fossé béant. Les scènes sont tellement mal montées (tout est cut et Berg aligne beaucoup trop de plans successifs) et réalisées (il faut aimer voir de la caméra à l'épaule qui ne bouge pas forcément en fonction des mouvements de l'acteur) que l'action en devient absolument illisible.

22M 2

 

D'autant plus sinistre quand on connaît les qualités martiales d'Uwais, certainement un des action men les plus importants d'Asie actuellement. La subtilité n'est pas de mise également avec Mark Wahlberg qui joue un agent autiste. L'acteur joue du côté bavard et émotionnellement instable de son personnage, mais en fait peut-être un peu trop. Dans un contexte similaire, on préféra la prestation plus sobre de Ben Affleck dans The accountant (Gavin O'Connor, 2016). D'autant qu'en plus, le film joue sur un faux-suspense un brin gênant au bout d'un moment, surtout quand Marky Mark cabotine en disant à peu près tout et n'importe. Toutefois, le film s'avère tout de même efficace et peut s'appuyer sur une durée idéale (1h34) pour que ses enjeux fonctionnent à l'écran (convoyer un type important sur 22 miles). Efficace, mais potentiellement oubliable et peu subtil.