En pleines années 80, deux policiers enquêtent dans le milieu du porno en se faisant passer pour des propriétaires d'un peep show à Pigalle...

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Au cinéma, la pornographie est souvent évoquée comme un aspect peu reluisant de la société, synonyme parfois de déviances (voir Leaving Las Vegas où des hommes violent Elisabeth Shue en se croyant dans un porno). Pourtant, il est arrivé que le cinéma en parle avec une certaine tendresse, la preuve avec Boogie nights (1997). Le film qui a permis à Paul Thomas Anderson d'émerger était une ôde au milieu, pas toujours propre sur lui, ni très reluisant, mais avec suffisamment de sympathie pour ne pas le prendre de haut. Sans compter qu'il permettait au déjà regretté Burt Reynolds de signer une de ses meilleures, si ce n'est sa meilleure prestation en réalisateur de films pornographiques pour le cinéma voyant petit à petit son monde s'effondrer. Curieusement, L'amour est une fête (Cédric Anger, 2018) peut se voir comme une suite logique.

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Mais en France, en s'intéressant d'abord à des peep shows, avant de passer au porno tout court. Il intervient dans l'époque qui suit Boogie nights, où la pornographie ne passe quasiment plus dans les cinémas (ou alors dans des peep shows et autres sex shops), mais plutôt sur la sacro-sainte VHS alors émergente. Le film dévoile petit à petit la véritable raison de l'implication des deux héros joués par Guillaume Canet et Gilles Lellouche. Tout cela n'est en fait qu'une opération de police consistant à chopper certains pontes du porno en flagrant délit de fraude. Mais un peu comme celle des héros, cet aspect n'est qu'une vulgaire couverture. L'amour est une fête s'attarde rarement là-dessus, privilégiant décortiquer un milieu un brin magouilleur, pas toujours tendre (le passage radical de saccage dans le peep show), mais où curieusement on s'amuse beaucoup.

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Si bien que curieusement on peut voir dans les tribulations des héros un portrait à la Loup de Wall Street (Martin Scorsese, 2013). Canet a souvent le nez dans la poudre et a l'air un peu dépassé par ce qui lui arrive, renvoyant à son camarade de plage Dicaprio. Là où Lellouche fait une pause dans une vie de famille dont il n'en a plus rien à faire. Plus que la couverture, l'aspect familial s'avère très intéressant car on voit que le personnage de Lellouche est complètement déconnecté de ses responsabilités, ne gérant plus rien et se présentant presque comme un intrus dans sa propre famille. Il n'y a qu'à voir la séquence du match de tennis, à la fois hilarante (Lellouche s'en donne à coeur joie, au point de rêver de le voir commenter du tennis) et gênante (un père qui encourage moins sa fille qu'il ne perturbe le court). Derrière la folie furieuse véhiculée par le duo, on peut aussi rajouter Michel Fau qui joue un ponte du porno.

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Un personnage étrange qui fait souvent peur à Canet (on croit comme lui à un moment qu'il va finir dans une fausse en pleine forêt !), enterrant ses proches lui-même car ça coûte moins cher (certainement l'enterrement le plus délirant que vous verrez dans votre vie) et sortant le fusil en pleine partie de mastermind ! Avec celui de Lellouche, on tient certainement le personnage le plus fascinant du film, le plus jubilatoire aussi. Le film semble regorger d'anecdotes cocasses emmagasinées par Anger durant la préparation du film, tant certaines s'avèrent tellement grosses pour ne pas avoir exister. Enfin, les tournages sont l'occasion pour le réalisateur Xavier Beauvois de s'amuser en maestro du porno low-cost, filmant tant qu'il a de la pellicule. Malgré les magouilles et certaines épreuves, L'amour est une fête montre un monde fascinant, loin de l'image salace que l'on peut parfois y voir. D'autant que les actrices s'en sortent plutôt bien dans des rôles pas forcément simples, à l'image de Camille Razat particulièrement attachante.

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L'amour est une fête est une odyssée aussi jubilatoire qu'intéressante dans le milieu pornographique, bien aidé par un très bon casting.