Alors que la nouvelle saison des Nuits du bis du cinéma La Scala s'apprête à commencer (*), c'est l'occasion d'un nouveau numéro de Bis on Thionville. Comme d'habitude, on va parler de films diffusés durant ces fameuses Nuits, parfois dans une même soirée ou qui ont des points communs entre eux. Cette fois-ci, parlons de films avec des résurrections, que ce soit des hommes entiers ou des parties de leurs corps. Commençons avec Maniac Cop (William Lustig, 1988), projeté en avril 2017 avec Amityville : La maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979). Un film qui a donné lieu à deux suites entre 1990 et 1993 toujours avec le même trio. Le premier membre est le réalisateur William Lustig, responsable de Maniac (1980) et Vigilante (1983). Le second est le scénariste des films Larry Cohen.

Maniac cop

Soit réalisateur des films It's alive (1974) et Les enfants de Salem (1987), mais également scénariste pour les séries Les envahisseurs (1967-68) et Columbo (entre 1973 et 1974). Enfin, il y a feu Robert Z'dar, le fameux policier en titre. A noter que Lustig s'était fait dégager du troisième film suite aux pressions des producteurs. Il avait alors laisser sa place à Joel Soisson pour le reste des prises de vue. Ce qui explique l'utilisation d'Alan Smithee (ce nom demandé par un réalisateur quand il est en opposition avec la production ou le résultat final) sur le montage de l'éditeur Blue Underground qui est dirigé par... Lustig. Si aujourd'hui Maniac Cop est un véritable film culte, il n'en était pas autant à sa sortie. En effet, le film a été un four commercial malgré un budget correct (1 million de dollars dépensés pour 671 000 dollars de recettes). 

MC 3

Le film met en scène un tueur en costume de policier qui s'attaque à diverses personnes. Bruce Campbell incarne un policier présent au mauvais endroit, au mauvais moment. Sa femme (Victoria Catlin) se fait tuer alors qu'il est avec son amante (Laurene Landon), des flics se font tuer au commissariat alors qu'il est là. A croire que Campbell est taillé pour les personnages de héros malchanceux subissant l'action, au contraire de la faire. (attention spoilers) Le fameux Maniac Cop est en fait un flic accusé d'abus de pouvoir envoyé en prison aux côtés de truands qu'il a coffré. Inévitablement, le policier est agressé mortellement, avant de faire un retour fulgurant d'entre les morts plus fou que jamais. D'autant que comme le suggère le personnage joué par Sheree North, le Maniac Cop s'attaque également à des personnes n'étant pas des criminels, renforçant son aspect incontrôlable. 

MC 2

Z'dar s'impose d'autant plus grâce à un faciès atypique, à l'image de pas mal de gueules du cinéma d'horreur comme Michael Berryman. Le Maniac Cop devient alors une figure impressionnante (d'autant qu'il est souvent filmé dans l'ombre et peut être confondu avec des policiers n'ayant rien à voir avec ses méfaits), dont l'acteur lui donne un certain charisme. Lustig signe des scènes de meurtres de qualité, tantôt directes, tantôt dans la suggestion (le commissaire et son capitaine passent à la casserole hors champ, avant que le réalisateur ne montre le sabre et la main ensanglantée du Maniac). Sans compter une course-poursuite finale particulièrement efficace. (fin des spoilers) Depuis quelques années, Nicolas Winding Refn veut produire un remake, avec Ed Brubaker (auteur du run Winter Soldier) au scénario et John Hyams (réalisateur des deux derniers Universal Soldier). 

Remake

Affiche d'annonce du projet de remake.

Sauf que visiblement le projet semble patiner. En cause selon Larry Cohen un scénario qui serait mauvais. En attendant, le projet semble en stand-by et ce n'est peut-être pas plus mal. Après le policier charcuté mais toujours vivant, passons au classique même de la résurrection, voire de la reconstruction de corps, Frankenstein. Plus particulièrement La fiancée de Frankenstein (1935), suite du film de James Whale sorti en 1931. Des films qui font partie des Universal Monsters, célèbre série de films horrifico-fantastiques du studio dans laquelle on retrouve aussi bien des adaptations de romans (Dracula de Tod Browning) que des originaux (La Momie de Karl Freund). Des films importants qui ont énormément fait dans la représentation populaire de ces personnages, comme le montrera Stephen Sommers dans le remake de La Momie et sa suite (1999-2001) et Van Helsing (2004). 

Bride of Aliens (mai 2018)

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Les deux films de Whale apparaissent comme un dyptique adaptant librement le roman phare de Mary Shelley (1818). (attention spoilers) Dans le premier film, Whale confrontait Victor Frankenstein (Colin Clive) à sa créature (Boris Karloff). Dans le second, Whale revient à l'idée de donner une compagne à la créature. On retrouve également le passage de l'aveugle avec qui la créature se lie d'amitié (OP Heggie). Toutefois dans le film, ce sont des autorités et non la famille de l'aveugle qui le chassent. On ne retrouve pas le passage final en Antarctique, mais Whale trouve une parade symbolique. Dans le roman de Shelley, la créature partait dans le grand blanc, espérant y trouver la mort après avoir appris le décès de son "père". Chez Whale, le créateur et sa créature font la paix. 

LFDF 2

La créature laisse partir son père et sa femme (Valerie Hobson) et celui que l'on appelle parfois Adam se laisse mourir, voyant que la compagne façonnée pour lui ne veut pas de lui. Une manière symbolique et tragique de revenir à l'oeuvre de base. Comme dans le premier film, la créature est haïe par les hommes à cause de ses actes (rappelons qu'il a noyé une petite fille dans le premier opus), mais aussi à cause de son physique. Ce qui intensifie ses réactions excessives, alors même qu'il devient de plus en plus humain. D'autant que la performance de Karloff est encore une fois digne de ce nom, tout comme les maquillages de Jack Pierce, artiste souvent peu connu du grand public, mais dont les travaux s'avèrent encore ancrés dans la culture populaire (il est à l'origine de la plupart des monstres d'Universal). A cela rajoutez la confrontation entre deux visions des apprentis-sorciers. 

LFDF 3

D'un côté, Frankenstein le scientifique qui a vu les ravages de sa création et ne veut plus remettre le couvert. De l'autre, celui qui veut faire comme lui et en vient à la manipulation pour avoir ce qu'il veut (Ernest Thesiger). C'est avec ce dernier que Whale accouche de la scène la plus impressionnante du film, celle des petits hommes. Comme si Frankenstein rencontrait Les voyages de Gulliver (Jonathan Swift, 1721). 83 ans après, la scène fonctionne toujours aussi bien. Le réalisateur se permet même un dernier hommage au roman en faisant introduire l'histoire par Mary Shelley (incarnée par Elsa Lanchester qui joue également la fiancée en titre). Il est juste dommage que la fiancée n'apparaisse finalement que très peu, malgré un look particulièrement iconique (voir les Frankenweenie de Tim Burton).

LFDF 4µ

 

Tout cela fait de La fiancée de Frankenstein à la fois un film respectueux de l'oeuvre initiale, mais aussi une excellente suite. Allez à la prochaine ! 


* Pour les curieux, voici la programmation du 28 septembre : Hostile (Matthieu Turi, 2017) et Les frissons de l'angoisse (Dario Argento, 1975).