Après deux mois d'absence, revoilà l'Antichambre de Borat, rubrique où votre interlocuteur revient sur trois films de manière plus directe. Pour cette nouvelle séance, évoquons un thriller avec un concept en or ; la deuxième incursion de Wes Anderson dans l'animation en stop-motion ; et le dernier film de Jean Claude Van Damme. Ready ? Go


 

TG

Contre toute attente, l'un des meilleurs films à suspense récent n'est pas américain, mais danois. Le pays de Lars Von Trier nous a en effet offert The Guilty (Gustav Möller, 2018) cet été.

L'histoire met en scène un policier se retrouvant à un poste d'appel d'urgence en attendant un retour en grade (Jakob Cedergren). Il est alors confronté à un possible enlèvement en direct. Vous avez déjà dû voir ce type de récit au cinéma comme à la télévision, à l'image de The call (Brad Anderson, 2013) ou des milliers de téléfilms passant l'après-midi toute l'année sur nos chaînes. 

En revanche, si on vous dit que le seul point de vue montré à l'écran est celui de l'opérateur et que tout le reste repose sur le son du téléphone, cela devient un peu plus intéressant. Petit à petit, Möller esquisse le portrait de son personnage principal, homme impulsif dévoilant progressivement ce pourquoi il est là.

De la même manière, le réalisateur joue avec les nerfs des spectateurs en le laissant se faire une image de la situation en fonction de ce qui est dit au téléphone. Le spectateur est donc dans une place similaire au personnage principal, découvrant les faits en même temps que lui, ce qui rend l'angoisse et le stress permanent.

Parfois, l'horreur est pire lorsque vous ne la voyez pas. C'est ce que dit en filigrane The Guilty en traitant de sujets aussi affreux que la démence et ses répercussions sur la vie des proches de la personne, ou l'infanticide. Rien ne nous est dévoilé même pas par une quelconque photo ou un journal télévisé. Tout repose sur les détails sordides évoqués au téléphone.

Ainsi, The Guilty tient en haleine du début à la fin et peut s'aider de plusieurs rebondissements bien sentis. Il ne serait d'ailleurs pas étonnant que le film soit choisi par le Danemark pour concourir pour l'Oscar du meilleur film étranger. 


 

IAC

Après le très réussi Fantastic Mr Fox (2009), Wes Anderson revient à l'animation en stop-motion avec L'île aux chiens (2018). Un récit original cette fois, mettant en scène un Japon où les chiens ont été banni sur une île remplie de détritus (où ils sont eux-mêmes considérés comme des déchets) par un parti politique anti-chien. A cela rajoutez le neveu du chef politique en quête de son chien agent de sécurité (si, si).

Si le contexte de base est intéressant, le fait que le film se déroule au Japon laisse un brin perplexe. On a plus l'impression que Wes Anderson a trouvé un bon prétexte pour un trip japonais. Au final, le Japon comme sa culture ont une place fortement limitée dans le film si l'on excepte de très belles estampes. 

Au point de se dire que L'île aux chiens peut se dérouler partout et pas forcément au Japon. Au contraire, le concept d'anticipation fonctionne pleinement, rendant le drame des chiens émouvant tout comme la relation qui unit Atari à Spot, puis Chef.

Toutefois, le récit peut faire penser, du propre aveu d'Anderson (il fut pris de court en pleine écriture), au très bon White god (Kornel Mundruczo, 2014). Un film où les chiens bâtards finissaient souvent abandonnés pour que leurs maîtres ne payent pas une taxe, avant une rébellion des animaux. Ici il s'agit d'une fausse accusation de virus amené par le Chien et potentiellement dangereux pour l'Homme. 

Outre une stop-motion superbe, Anderson se lance dans d'autres types d'animations avec succès. Le film peut également compter sur un beau casting vocal en VO (Bryan Cranston, Liev Schreiber, Edward Norton, Bill Murray, Scarlett Johansson etc), même si certains acteurs ont des rôles particulièrement insignifiants (à l'image de Tilda Swinton). 

D'autant qu'Anderson a la bonne idée de ne pas doubler les personnages japonais en anglais, les laissant parler dans leur langue. Une manière d'évoquer des êtres qui communiquent entre eux malgré la barrière de la langue.


 

Lukas

La dernière fois que Jean Claude Van Damme avait tourné en français dans un rôle conséquent, c'était pour JCVD (Mabrouck El Mechri, 2008). Si le film n'avait pas marché (un peu plus de 150 000 entrées en France), il avait fait son petit effet. Le revoilà en Belgique pour Lukas (2018) avec le réalisateur Julien Leclercq (Gibraltar, Chrysalis) aux commandes. 

Lukas confirme que quand Van Damme va dans un registre plus dramatique, il peut faire des merveilles. Dans le film d'El Mechri mais pas que, puisque Peter Hyams en avait fait un homme traumatisé par la mort de sa femme et un père prêt à tout pour sauver ses enfants dans Timecop (1994) et Mort subite (1995).

Mais aussi Ringo Lam avec les films Replicant (2001) et In hell (2003). Dans ce dernier en particulier, Van Damme incarnait un mec lambda tellement brisé qu'il finissait par devenir une véritable bête. Dans Lukas, on est davantage dans l'inverse, puisque l'épave redevient l'homme d'action implacable qu'il était autrefois (au point de se demander s'il peut mourir) et dont le seul but est de protéger sa fille (Alice Verset).

Ceux qui pensent assister à un film d'action habituel de l'acteur seront forcément déçus. Lukas se présente davantage comme un film intimiste reposant sur Van Damme, son interprétation un brin monolithique et sa capacité à s'effacer. 

Le film repose sur une histoire déjà vue de mec menacé par la justice et devant s'infiltrer dans un milieu mafieux. Avec si possible des policiers pas si propres sur eux. On ne peut pas dire que Leclercq innove et heureusement qu'il y a l'ami Jean Claude pour sauver les meubles, y compris durant les rares scènes d'action.

L'air de rien, Jean Claude Van Damme continue de fasciner quelques réalisateurs. L'ironie veut que ceux qui lui donnent une chance de sortir de l'habituel direct to video sont européens. Comme si le retour au bercail était l'occasion d'y livrer le meilleur de ses talents d'acteur.

Allez à la prochaine !