L'Antichambre de Borat revient plus rapide que l'éclair, avec trois nouveaux films évoqués brièvement. Au programme : Romain Gavras revient au cinéma ; une chronique du quotidien basé sur un fait-divers ; et un film d'horreur bien plus efficace que ce qui sort dans les salles françaises. Ready ? Go ! (attention spoilers)


 

LMEAT

Connu pour ses clips musicaux (Stress pour le duo Justice) ou publicités, Romain Gavras avait tenté son passage par la case cinéma en 2010 avec Notre jour viendra. Un film accueilli assez froidement au point de faire déchanter son réalisateur. Il revient avec Le monde est à toi (2018) muni d'un beau casting.

En effet, le film aligne les beaux numéros d'acteurs, certains livrant même des prestations désopilantes. Isabelle Adjani est convaincante en mère cleptomane menant les hommes de son entourage par le bout du nez. A commencer par son fils (Karim Leklou, parfait Droopy). Adjani ne part jamais dans l'hystérie, élément dans lequel elle s'est souvent illustrée, quitte à être pénible.

François Damiens apparaît peu, mais ses scènes où s'entremêlent des réflexions tordues sur l'immigration sont hilarantes. Quant à Vincent Cassel, il est parfait en oncle totalement influençable. L'occasion pour Cassel de découvrir le monde fou des illuminatis, qui apparaissent comme un leitmotiv hilarant durant une bonne partie du film.

Le monde est à toi a une trame assez classique, compilant quête du héros (vendre des mister freeze au Maghreb), changements de programme, trafics de drogue qui tournent mal, romance contrariée et relation mère / fils envahissante. Mais Gavras parvient à ce que cela fonctionne pleinement.

Un film qui possède un vrai grain de folie (ce qui n'arrive pas tous les jours dans le cinéma français), capable de passer de la comédie délirante à un drame familial. Mais aussi le film à suspense à travers un climax ahurissant où les enfants se vengent de leurs parents en les faisant passer pour des terroristes ! 

Puis ce n'est pas tous les jours que vous entendrez une soundtrack qui passe de Jul à Michel Sardou.


Dogman

On avait quitté Matteo Garrone avec le sympathique film anthologique Tale of Tales (2015). Il nous revient avec un film pas loin de la fable, soit Dogman (2018).

Un film basé sur un fait-divers particulièrement sordide (un toiletteur pour chiens avait torturé, puis tué et découpé un homme qui lui posait problème), dont il s'en éloigne le plus possible. Pour preuve, le film se déroule de nos jours et non plus dans les 80's ; et les actes de torture sont très rares et n'ont rien à voir avec les faits. 

Dans le film, il est surtout question de montrer David contre Goliath, le petit toiletteur face au colosse impulsif du coin (Marcello Fonte récompensé à Cannes et Edouardo Pesce). Qui plus est dans un lieu ressemblant à un décor désertique avec ses réglements de compte et ses rumeurs. 

Garrone analyse un microcosme où la moindre trahison entraîne un isolement forcé. On n'est pas si éloigné d'une sorte de mafia où chacun a un commerce, mais où aucun n'agit face à un adversaire redoutable au détriment de parler pour ne rien dire.

Garrone s'avère intéressant lorsqu'il montre son héros essayant vainement de retrouver la confiance de ses anciens amis. Au point de faire passer le meurtre du colosse pour un tribu déposé en place publique. Au final, il n'est plus qu'un homme seul mis au même rang que l'ennemi public numéro un. 

Toutefois, si le film s'impose comme une fable intéressante dans ce qu'il développe, on aurait peut-être préféré un vrai film basé sur le fait-divers. Le côté "tueur monsieur tout-le-monde" aurait peut-être donné lieu à un film beaucoup plus glaçant et radical. Là où ici le traitement du meurtre est un brin léger.


 

BWO

En octobre 2017, Netflix balançait The Babysitter sur la toile. Le film mettait en scène une babysitteuse moins propre sur elle que les gens le pensent (Samara Weaving) dans un rendu digne de McG (réalisateur des Charlie's angels). A savoir un neo-slasher déjà daté puisque comme Happy birthdead (Christopher Landon, 2017), il arrive dix ans après la guerre. 

Deux mois plus tard, un film au pitch au premier abord similaire débarquait dans les rayons vidéo. Au premier abord, car Better Watch Out (Chris Peckover, 2016) se détache rapidement du postulat classique (deux personnes face à un possible tueur dans une maison) pour aller vers un thriller en huis-clos où les apparences sont trompeuses.

Si bien que le pitch d'origine (une babysitteuse vit une nuit de terreur avec le gamin qu'elle garde) n'en est que plus génialement trompeur. Le réalisateur se révèle d'ailleurs suffisamment malin pour manipuler le spectateur, lui faisant croire qu'il va voir un home invasion classique alors que pas du tout.

Better Watch Out s'amuse à dézinguer les clichés que peuvent représenter les personnages, changeant même en cours de route la perception que peut avoir le spectateur d'eux. Une manière de brouiller les pistes particulièrement efficace, montrant des personnages faussement gentils, souvent ceux que vous n'imaginez pas.

D'autant que le réalisateur ne s'éternise pas, permettant à ce huis-clos d'avoir une durée idéale d'1h35. Le film évite également le gore, privilégiant la suggestion et quelques effusions de sang moins outrancières et en soi moins coûteuses. 

Le casting, dont se détachent Olivia DeJonge et Levi Miller (le Peter du Pan de Joe Wright) se rajoute aux qualités d'un film se finissant sur deux beaux cliffhangers, aussi jouissifs que malins. 

Allez à la prochaine !