Un homme devient tétraplégique et traumatisé, suite à une agression ayant causé la mort de sa femme. Un de ses clients lui propose alors de lui injecter une puce lui permettant de remarcher et en soi de se venger...

Upgrade

Entre un The Purge et un Insidious, la boîte de production Blumhouse produit également des films originaux. Parmi eux, un certain Upgrade (2018). Étonnement, si le film est distribué aux USA par Universal et que le logo mappe-monde apparaît bien sur la copie française, c'est le petit distributeur Apollo Films qui s'en occupe dans nos contrées. Ayant moins de force de frappe qu'une major, Apollo a fait ce qu'il a pu pour sa première distribution de film étranger. Avec ce film, Blumhouse se sort un temps de l'horreur et du fantastique pour aller vers la science-fiction et l'anticipation. Le réalisateur n'est pas un inconnu et il se peut même que le public connaisse son visage depuis 2004, puisqu'en plus d'être scénariste du film, il était une des vedettes de Saw (James Wan, 2004).

U3

Acteur, scénariste et réalisateur, Leigh Whannell est une des figures de proue des Insidious (dont il a réalisé le troisième opus) et le scénariste de Dead Silence (Wan, 2007). Upgrade est sa seconde réalisation et une manière de montrer qu'il est capable de sortir de l'horreur, y compris chez Blumhouse. Si Upgrade n'est pas une révolution dans ce qu'il développe, en revanche son traitement est particulièrement intéressant. On nous présente d'emblée Grey (Logan Marshall Green, vu dans Prometheus) comme quelqu'un de manuel dans un monde qui ne l'est plus vraiment. Le contraste apparaît avec sa femme (Melanie Vallejo) qui se révèle plutôt accroc aux nouvelles technologies (et travaille là-dedans), allant de l'aide-ménagère à la voiture autonome. Par ce couple, Whannell (également scénariste du film) montre l'ancien et le nouveau monde.

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Si le monde manuel est toujours là, il semble marginalisé comme ici un mécanicien qui répart de vieilles voitures de collection. Des voitures qui ne peuvent pas être piratées au contraire de voitures autonomes. C'est de là que viennent les malheurs du héros, à savoir la mort de sa femme et sa tétraplégie. Dès lors, le film part sur le chemin de la loi du talion. Whannell aurait pu aller simplement sur les plates bandes de son copain James Wan, qui avait signé il y a onze ans l'excellent Death Sentence. Pourtant, il revient à nouveau vers la technologie pour orchestrer la vengeance de son héros. Ainsi, grâce à une puce électronique implantée dans son corps, Grey peut à nouveau marcher et donc assouvir sa vengeance. (attention spoilers) Evidemment pour le réalisateur, c'est aussi l'occasion d'aborder le pacte avec le diable, ici entre un homme qui désire remarcher et se venger à l'aide d'une puce qui a une intelligence artificielle très développée.

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Stem n'est pas qu'une aide au quotidien, il est également connecté au cerveau de Grey et lui permet de contrôler pleinement ses mouvements. Un aspect devenant de plus en plus perturbant à mesure que le film avance et que Whannell parvient à bien mettre en scène. Et pour cause, il a la bonne idée de donner une démarche robotique à Grey qui devient de moins en moins naturelle. Mais pas que, puisque la mise-en-scène elle-même devient de plus en plus statique et épouse les mouvements du héros, ce qui se révèle assez impressionnant dans les scènes d'action. Comme si la mise-en-scène avait aussi évolué en fonction de ce que devient le héros. Si le récit vengeur n'est pas nouveau, Whannell parvient à en tirer autre chose, montrant un homme qui se déshumanise progressivement jusqu'à n'être plus qu'une machine avec un autre cerveau aux commandes. Il n'y a pas de happy-end dans Upgrade.

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Il n'y a qu'un homme seul, vidé par la mort de sa femme et dont le seul but est de la venger dans un dernier élan de désespoir. En comparaison de Death Sentence où le personnage de Kevin Bacon s'enfonçait toujours un peu plus dans une spirale de violence, Grey se présente comme un homme littéralement brisé que le retour de ses fonctions motrices n'arrivera pas à sauver de ses remords et de sa tristesse. A cela, rajoutez une excellente prestation de Logan Marshall Green, épousant merveilleusement des gestuelles différentes selon les situations. L'aspect futuriste se révèle assez simple en raison du budget du film (comme souvent chez Jason Blum, des montants allant de 1 à 10 millions de dollars), mais est suffisamment efficace pour avoir une bonne ambiance. Le futur dévoile une police tout sauf efficace, se contentant désormais de drones pour intervenir, quand bien même ils fonctionnent correctement.

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C'est tout le paradoxe puisque la mort de la femme de Grey est due à une faille dans le système qui empêche d'identifier les criminels. Même si l'ensemble n'est pas totalement développé, Whannell dévoile comme principaux antagonistes des hommes avec des aspects robotiques, voire des armes présentes dans leur chair (ce qui n'est pas sans rappeler un passage phare de Videodrome). Des êtres eux aussi largement déshumanisés, se contentant de tuer tel des soldats. Enfin, Whannell signe une course-poursuite particulièrement jouissive, jouant là aussi sur le mélange des différentes formes de voiture tout en alimentant une certaine tension. Comme quoi, quand Blumhouse se donne les moyens de faire des films dignes de ce nom avec des petits budgets, cela donne ce genre de petite pépite. (fin des spoilers)

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Leigh Whannell signe un film passionnant sur la déshumanisation et l'impossibilité du deuil dans un contexte futuriste très sympathique.