Différentes personnes se retrouvent à l'hôtel El Royale qui se trouve entre deux frontières. La nuit risque d'être mouvementée...

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Drew Goddard n'a réalisé que deux films, mais il a déjà une carrière bien remplie notamment à la télévision. Ainsi, il s'est retrouvé scénariste et producteur sur les séries Alias (2001-2006), Lost (2004-2010), Buffy contre les vampires (1997-2003) et son spin-off Angel (1999-2004) ou Daredevil (2015-2018). Il a également travaillé sur les scénarios de Cloverfield (Matt Reeves, 2008) ou The Martian (Ridley Scott, 2015). Si sa première réalisation La cabane dans les bois (2012) ne fut pas un carton (66 millions de dollars de recettes), il a au moins eu le mérite de rapporter plus que son budget (30 millions de dollars), mais également de se faire remarquer pour son côté meta. A la différence des neo-slashers où les faits et gestes du (des) tueur (s) sont décortiqués par les héros, les héros étaient ici confrontés à des clichés horrifiques divers, apparaissant davantage comme des pantins face à l'oeil de Dieu.

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Un point de vue intéressant qui sortait de l'hommage bateau. Le revoilà avec Sale temps à l'hôtel El Royale (2018), film qui sort à nouveau du lot puisqu'il se déroule presque exclusivement dans un hôtel avec un petit nombre de personnages, le tout en 1969. Une proposition singulière émanant de la Fox... qui a bidé. Pour 32 millions de dollars de budget, il n'a rapporté que 31 millions de dollars. Le côté peu actuel comme le classement Restricted n'ont pas dû aider, ainsi que le manque de grosses vedettes. Outre la série Mad Men (2007-2015), Jon Hamm joue avant tout des second-rôles dans certains films de studio. Jeff Bridges est le vieux briscard par excellence, mais pas forcément signe de carton au box-office (encore moins aujourd'hui). Dakota Johnson et Chris Hemsworth font parties de deux franchises très lucratives, mais pour les films en dehors c'est nettement moins fou.

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Quant à Lewis Pullman, Cailee Speeny (vue dans Pacific Rim Uprising) et Cynthia Erivo (une des Veuves de Steve McQueen), ils sont encore à leurs débuts au cinéma. (attention spoilersSale temps à l'hôtel El Royale a un défaut majeur : les flashbacks ne sont pas toujours utiles et font augmenter la durée très rapidement (le film dure 2h20). Si ceux avec Jeff Bridges et Chris Hemsworth sont plutôt utiles car ils permettent de comprendre certains aboutissements de l'intrigue, certains s'avèrent juste là pour continuer à évoquer ce qui a déjà été dit. Erivo suggère plusieurs fois qu'elle a du mal à s'imposer dans le monde de la musique, pas besoin de la montrer en train de se faire remettre à sa place par Xavier Dolan. Idem pour Pullman qui est caractérisé vers la fin comme un soldat revenu de la Guerre du Vietnam. 

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On ressent une volonté de trop expliquer, là où ces éléments auraient pu se contenter de ce qui est dit. Sans compter que vers la fin le flashback autour de Pullman stoppe l'action en plein moment de suspense, avant de reprendre subitement une fois l'élément spécifique montré (c'est un tireur d'élite avec un certain palmarès), ce qui ne joue pas forcément en faveur du film. En revanche, il aurait peut-être fallu être plus explicite sur certains éléments. On nous suggère qu'un meurtre a eu lieu peu avant le jour de l'action du film, mais l'identité du meurtrier n'est pas forcément très claire. Encore plus en ce qui concerne le meurtrier de Nick 'Ron Swanson' Offerman vu en début de film, puisqu'on ne sait pas si c'est le troisième homme du braquage ou quelqu'un d'autre qui l'a tué. Dommage car le film aurait certainement gagner à aller davantage à l'essentiel. 

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Sale temps à l'hôtel El Royale est une proposition intéressante dans le paysage actuel et sa principale qualité est de faire tenir tout son récit dans un seul et même lieu, au point que l'hôtel devient un personnage à part entière. Un lieu en apparence classe et propre, mais qui a tendance à être bien crade et voyeuriste quand on gratte un peu. D'ailleurs, le mystère autour de la bobine est assez amusant, car au vue de ce qui se passe dans l'hôtel et en se focalisant sur l'époque, on peut facilement deviner ce qu'elle montre. Mais n'en disons pas plus, car cela ne nous regarde pas. Chaque personnage a sa propre histoire et sa propre utilité (même courte) dans le récit. 

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Chacun a ses objectifs : un a une mission, un a un magot à récupérer, une veut sauver sa soeur, une veut survivre et un essaye d'oublier ce qu'il a vu. Le film est chapitré (un peu comme dans un film de Quentin Tarantino) en fonction de la plupart des personnages. Toutefois, Goddard est assez malin pour ne pas montrer les mêmes plans pour un même événement. Ces différents plans permettent ainsi de ne pas rendre le film répétitif. Le personnage de Chris Hemsworth (qui plus est dans un rôle cradingue bienvenu) est suffisamment bien décrit à travers des flashbacks pour que son arrivée à l'hôtel fasse office de menace crédible. Quant au meurtre qui inaugure la soirée, il a au moins le mérite de surprendre. Sans compter un casting parfait dont ressort Cynthia Erivo et ses superbes vocalises. (fin des spoilers

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Si Sale temps à l'hôtel El Royale a quelques soucis d'écriture notables, il n'en reste pas moins un thriller efficace magnifié par son casting et une bonne unité de temps et de lieu.