Qui dit fin du mois, dit Nuit du bis et donc possiblement un nouveau numéro de Bis on Thionville, rubrique qui évoque les films diffusés lors de ces fameuses nuits du cinéma La Scala. Aujourd'hui, revenons sur la dernière soirée de 2018. Commençons avec Dolls (Stuart Gordon, 1987). L'idée du film vient du producteur Charles Band, connu notamment pour ses productions à bas budgets, si possible tournées rapidement (à l'image de ce que fait Roger Corman). Parmi elles, la série des Ghoulies (1985-94), les Puppet Master (1989-2018) mais aussi l'effroyable Rawhead Rex (George Pavlou, 1986). A cette époque, le producteur a la folie des grandeurs et rachète le studio de feu Dino de Laurentiis, ainsi que le château Castello di Giove en Italie avec sa boîte de production Empire International Pictures. 

12 2018

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Une folie industrielle qui s'est vite arrêtée en 1988 quand des problèmes financiers inévitables ont pointé le bout de leur nez, au point que Band a dû fondé une autre société de production Full Moon Entertainment. Pour en revenir à notre sujet, Band avait sous la main une affiche avec une poupée tenant des yeux pour un projet nommé "The Doll". Il confie le bébé au scénariste Ed Naha qui lui avait signé Troll (celui-là même qui donnera lieu malgré lui au mythique Troll 2). Gordon et lui ont ensuite participé au scénario de Chérie, j'ai rétréci les gosses (Joe Johnston, 1989) aux côtés de Brian Yuzna, producteur sur Dolls. Si au départ l'idée était de montrer une seule poupée, Naha en a rajouté un grand nombre dans le scénario. Tourné en Italie, le film a un temps failli passer par la case reshoot, Band souhaitant rajouter diverses scènes afin de rendre le film plus gore. 

Dolls

Finalement, Gordon a laissé tomber car cela n'allait pas avec le ton du film. Les scènes avec les poupées nécessitant beaucoup de post-production, le réalisateur avait même eu le temps d'enchaîner avec From Beyond (voir Nuit de Noël à tendance sado-maso) qui sortira ironiquement avant. Des scènes au passage excellentes, d'autant que les poupées sont très bien faites, expressives au possible , animées de manière convaincante et en vieillissant bien. Si au préalable la courte durée du film étonne (1h17 générique compris), le réalisateur a bel et bien livré le film qu'il voulait : "Le scénario était plus long à l'origine, mais il était impossible de le mettre tel quel en images. Pour respecter les délais de tournage, j'ai renoncé à filmer certaines scènes ou plans. (...) Avec dix ou quinze minutes supplémentaires, Dolls n'aurait pas été meilleur." (*).

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On veut bien le croire tant le film va l'essentiel, mettant bien en place son action avant d'enchaîner les scènes horrifiques. Tout repose sur l'atmosphère étrange du manoir des créateurs de poupées (Guy Rolfe et Hilary Mason), avec ces poupées soi-disantes inoffensives mais bien moins innocentes la nuit tombée. En gros, imaginez Toy Story (John Lasseter, 1995) qui rencontre Small Soldiers (Joe Dante, 1998), avec d'un côté les jouets qui s'animent d'eux-mêmes et de l'autre des jouets qui s'expriment avec violence. Vers la fin, on comprend un peu mieux le côté humain des jouets, mais il est vrai qu'avant cela, le mystère perdure et tant mieux tant Gordon n'a pas besoin de cela pour les faire exister. Gordon se fait même plaisir avec un rêve frappadingue où l'ours en peluche grandit et s'avère particulièrement gourmand. 

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On peut reprocher le jeu excessif de la plupart des acteurs et un look parfois so 80's (les punks sorties d'un clip de Cindy Lauper), mais dans l'ensemble on ne boude pas son plaisir devant Dolls. Gordon s'était dit intéressé pour tourner une suite à une époque. Le traitement montrait Ralph (Stephen Lee) devenu le beau-père de la petite Judy (Carrie Lorraine) et les créateurs des poupées étaient envoyés à leur domicile sous la forme de poupées. Malheureusement cela ne s'est jamais fait. Passons maintenant à L'horrible invasion ou Kingdom of the spiders (John Cardos, 1977). Une séance particulièrement cocasse puisque malheureusement les sous-titres étaient catastrophiques. Ainsi, des sous-titres étaient introuvables quand les personnages parlaient, des mots disparaissaient aussi, au point qu'il valait mieux avoir un bon anglais pour comprendre les dialogues déjà pas folichons du métrage. 

L'horrible invasion

Ce qui n'empêchait pas l'amusement devant un film souvent pas triste, à l'image de ce que véhicule le personnage de William Shatner. Le Captain Kirk est montré comme un dragueur bien lourdingue et de son temps, se focalisant sur une autre femme quand il n'atteint pas sa cible. Puis évidemment il y a le passage à mourir de rire où sa nièce saute dans ses bras, avant qu'il ne la jette comme un vulgaire sac à patates par terre, alors qu'il y a encore plus d'araignées au sol que sur le lit ! Car oui, comme ne le suggère pas le titre français, on parle bien d'araignées tueuses. Les 70's, une époque où les films avec des animaux tueurs étaient légions, que ce soit Les dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) ou Les rongeurs de l'apocalypse (William F Claxton, 1972) pour ne citer qu'eux. Sans compter Tarantula (Jack Arnold, 1955), sorti deux décennies plus tôt, qui mettait en scène des araignées géantes.

 

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Dans l'ensemble, Cardos s'en sort bien avec ses araignées suffisamment en masse pour susciter une menace, bien que certaines sont bien en caoutchouc. Un peu comme pour Soudain les monstres (voir Cuvée Bis #6), on se doute que certaines arachnides ont dû passé à la casserole, l'époque étant moins à la gentillesse envers les animaux au cinéma. Des choses qui ont heureusement bien changé depuis. Le plan final, gros matte-painting des familles, est un peu gros, mais il a le mérite de rester dans le ton pessimiste et sans espoir véhiculé progressivement par le film. Reste que dans le même genre, un film comme Arachnophobia (Frank Marshall, 1990) est plus maîtrisé sur la durée. Allez à la prochaine !