En 1995, Carol Danvers se retrouve au centre d'un conflit entre les Krees, les Skrulls et les Terriens...

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Bien qu'on le spoile à coup de projets à venir avec des personnages spécifiques, le fan du Marvel Cinematic Universe (2008-) attend le fameux Endgame des frères Russo avec impatience. Après Ant Man and the Wasp (Peyton Reed, 2018), c'est au tour de Captain Marvel (Boden, Fleck) de combler le vide. Qui plus est dans un film solo qui ne se situe pas du tout dans le temps présent, mais en 1995. Soit le premier anniversaire de votre interlocuteur, mais aussi l'année où John Doe s'attaquait aux sept péchés capitaux et où Francky Vincent nous parlait de ses fruits de la passion. Tout un programme donc. En fait pas tellement si l'on se fit au film. Depuis quelques temps, Marvel produisait des films sympathiques voire plutôt bons, sortant parfois du lot grâce à des réalisateurs inspirés (Ryan Coogler et Taïka Waititi en tête) ou en se dégageant de l'aspect serial

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Puis voilà Captain Marvel qui se sent obligé de raccrocher des wagons, au point très souvent d'en être ridicule. (attention spoilers) L'exemple le plus évident est la perte de l'oeil de Nick Fury (Samuel Jackson) en mode blague. Ou alors Djimon Hounsou et Lee Pace qui reprennnent leurs personnages vus dans Les Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) sans raison valable, ni grand intérêt. On passera sur le Tesseract dans l'Espace par miracle ou alors le nom du projet "Avengers initiative" tenant plus du foutage de poire de trop. Le film veut entretenir un rapport avec la suite de films dont il est une préquelle, mais ce n'est finalement que du vulgaire fan-service pour satisfaire quelques personnes. En revanche, le traitement de Nick Fury (en dehors de la vanne précitée) est assez cohérent avec la suite du MCU, puisqu'il apparaît dépassé par la menace qu'il est censé éradiquer. Une réaction qui rappelle celle qu'il a dans Avengers (Joss Whedon, 2012), puisqu'il en vient justement à former le groupe car il ne peut rien faire face à une invasion imminente.

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Mais outre ces éléments, le film souffre plus généralement d'un gros problème d'écriture. Carol Danvers apparaît comme très froide et distante dans ses réactions, ce qui n'est en rien arrangé par le jeu de Brie Larson qui va justement dans ce sens. Si cela marchait sur un personnage qui justifiait ce traitement comme Envy Adams dans Scott Pilgrim vs the world (Edgar Wright, 2010), c'est nettement moins le cas pour ce qui est d'une super-héroïne qui n'est jamais attachante et se croit tellement surpuissante qu'elle en devient agaçante. Pour rester dans le MCU, Black Widow (Scarlett Johansson) apparaît avec plus de failles par son passé d'espionne endoctrinée ou son impuissance face à certains événements, permettant de s'attacher un minimum à elle (quand bien même elle est souvent sous-exploitée).

Captain Marvel : Photo Brie Larson, Jude Law

Même si le traitement des Skrulls reste correct et permet justement de trouver des personnages sympathiques dans le film, ils sont malheureusement très éloignés de la vision des comics où ils sont clairement une menace et ont même engendré un sacré run paranoïaque (Secret Invasion, 2008). De la même manière, le schéma narratif est tellement vu et revu qu'il finit par être pénible. On a donc dans un premier temps "le méchant qui n'en est pas un et la personne censé être gentille qui ne l'est pas". Soit un aspect déjà vu dans... Iron Man (Jon Favreau, 2008), Iron Man 3 (Shane Black, 2013) et The Winter Soldier (Russo, 2014). Continuons avec le MacGuffin du pauvre aka le chat Goose. Les réalisateurs insistent tellement dessus que l'on devine bien évidemment que l'animal n'est pas là par hasard et une fois que l'on sait le pourquoi du comment, la facepalm n'est jamais très loin (merci Men In Black d'ailleurs).

Captain Marvel : Photo

Puis enfin il y a les flashbacks tellement répétés que l'on se demande si ce n'est pas fait pour gagner du temps. On notera également cette merveilleuse incohérence où le personnage de Gemma Chan a beau se prendre une dérouillée par Captain Marvel, mais arrive quand même à se sauver, prendre un vaisseau, attaquer le vaisseau skrull avant de se faire dégommer par Marvel, alors que cette dernière aurait dû être sortie bien avant Chan. Quant au climax, il est d'une pauvreté hallucinante tant ce qu'il montre est d'une platitude incroyable. Pour vous donner une idée, même celui de Pacific Rim Uprising (Steven S DeKnight, 2018) montre plus de choses. Si l'écriture du film est déjà une catastrophe, le reste continue de faire exploser l'ambulance. Anna Boden et Ryan Fleck ne brillaient déjà pas par leurs écriture et mise-en-scène sur Half Nelson (2006) , film typé "cinéma indépendant US" dans tout ce qu'il y a de plus poseur et reposant avant tout sur la performance de Ryan Gosling.

Captain Marvel : Photo Brie Larson

Autant dire que les voir sur une grosse-production faisait peur d'avance et cela se confirme par la réalisation fade, pas aidée par le montage des scènes d'action où l'accumulation de plans courts est de rigueur. Ainsi, au moins cinq plans sont nécessaires pour montrer Sam Jackson prendre un virage. On notera également qu'Interstellar (Christopher Nolan, 2014) a dû plaire aux réalisateurs pour réaliser une scène spécifique. Comme si cela ne suffisait pas, les effets-visuels sont également aux fraises. Dans l'ensemble, les Skrulls sont bien réalisés, mais ce n'est pas le cas de leur morphing. Puis tout ce qui est transformation de Captain Marvel ou utilisation de ses pouvoirs est une catastrophe totale tant le rendu fait artificiel et mal fait (il vous suffit de regarder les bandes-annonces pour vous en rendre compte).

Captain Marvel : Photo

Ne parlons même pas de Goose absolument dégueulasse quand il est en CGI, alors que Marvel est capable de mettre en scène un raton-laveur humanoïde de manière impeccable. Certes, ce n'est pas la première fois que le studio se fait critiquer pour cela, mais en 2019 et avec 152 millions de dollars de budget, il est lamentable de voir des effets-visuels pareils. Certains choix artistiques du film confirment également que Marvel se repose un peu trop sur ses acquis. Ainsi le monde des Krees ressemble beaucoup trop à la planète Sakaar de Thor Ragnarok (Waititi, 2017), d'autant plus que la musique de Pinar Toprak lorgne énormément sur celle de Mark Mothersbaugh pour le même film. Mais le pire exemple reste le choix de faire une soundtrack comme pour les deux Gardiens de la galaxie (Gunn, 2014-17).

Captain Marvel : Photo

Dans ces films, Gunn justifiait leur utilisation par le walk-man de Peter Quill (Chris Pratt), seul élément qu'il lui reste de sa mère (Laura Haddock), ce qui rendait l'utilisation de cette compilation émotionnellement intéressante. Ici, les pistes débarquent de manière aléatoire sans aucune cohérence. A quoi bon mettre Man on the moon de REM (1992) si les personnages ne vont pas sur la Lune ? Pourquoi mettre Just a girl de No Doubt (1995) alors que les paroles n'ont absolument aucun rapport avec ce que fait Danvers ? Ou alors utiliser une chanson que Danvers ne connaît même pas dans une bulle mentale (Come as you are de Nirvana, 1992). Le seul véritable élément que l'on retiendra dans ce film est le caméo de feu Stan Lee, parfaitement cohérent dans l'époque et que les fans du cinéma de Kevin Smith comprendront assez facilement. (fin des spoilers)

Captain Marvel : Photo Brie Larson

A l'heure où le MCU va vivre la fin d'une ère, Captain Marvel fait peur quant au traitement à venir de son personnage principal, tant il est tout sauf attachant et que son entrée sur scène est honteuse.