One cut of the dead ou Ne coupez pas ! (Schin'ichirô Ueda, 2017) est certainement le phénomène japonais du moment (en plus du dernier film Dragon Ball) et il arrive enfin dans les salles françaises, après quelques projections événements. Un film qui fut produit en huit jours en partie par des étudiants de l'école d'art dramatique Enbu Seminar à Tokyo. Une oeuvre faites par jeunes qui en veulent et qui est devenue progressivement une petite bombe grâce au bouche-à-oreille. Après une diffusion dans un cinéma art-et-essai du coin début novembre 2017, il fut ensuite acheté par un distributeur et petit à petit a conquéri le monde par des festivals et des sorties au cinéma dans certains pays. Pour un film qui a coûté l'équivalent de 25 000 dollars, ses chiffres au box-office japonais sont pour le moins spectaculaires avec l'équivalent de 27 millions de dollars récoltés. 

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Sans compter les chiffres internationaux qui sont loin de démériter avec plus de 30 millions de dollars de recettes, ce qui en fait un des films les plus rentables dans le monde à l'heure actuelle. Pour lui faire honneur, votre interlocuteur vous suggère de ne rien lire à partir du "attention spoilers" si vous n'avez pas vu le film, car One cut of the dead est un film qui se déguste sans en savoir plus, pas même un pitch car ce dernier pourrait donner trop d'indices (d'où son absence en début d'article). Puis il serait bête de rater une surprise. 


ATTENTION SPOILERS 

Dans sa première partie, One cut of the dead se définit comme un pur film d'horreur fauché. On sent un certain amateurisme qui n'est pas sans rappeler les premières oeuvres dégénérées de Peter Jackson. Une volonté de bien faire qui tient du génial, d'autant que Ueda se permet... de filmer le tout en plan-séquence. Pour un film avec aussi peu de moyens, voir ce genre de petites ambitions fait clairement plaisir, d'autant que le chef-opérateur Takeshi Sone réussit à pleinement exploiter le décor (un bâtiment abandonné et ses légers entourages). On ne peut d'ailleurs pas parler de found footage (soit un film retrouvé par quelqu'un) ou de caméra subjective, car le caméraman n'est pas un personnage du film au contraire de TJ Miller dans Cloverfield (Matt Reeves, 2008). La seule interraction véritable est due à quelque chose que le spectateur saura par la suite. 

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Le plan final de cette partie confirme d'ailleurs cela avec une surélévation de la caméra (comme pour un mouvement de grue) qui s'avère impossible à faire pour un seul personnage. Ce qui donne un peu l'impression que le caméraman est le spectateur et observe ce qui se passe. Plus amusant encore est le portrait que montre Ueda de comment un film fauché peut se faire. Ainsi, on se retrouve avec un réalisateur (Takayuki Hamatsu) cherchant à tout prix à finir son film, quitte à faire un rituel pour faire débarquer de véritables morts-vivants. Le but ? Faire ressentir de vraies émotions à son actrice principale qui peine sérieusement à le convaincre (Yuzuki Akiyama).

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Ueda réussit à faire rire à chacune des apparitions d'Hamatsu, le montrant toujours caméra à la main en vue de mettre en danger son équipe pour avoir les meilleurs plans possibles. Quant à son actrice, elle suivra le schéma classique des héroïnes de films d'horreur : la victime apeurée qui va vite devenir une véritable guerrière. Puis quand arrive la fin d'une première partie aussi amusante, on s'étonne de voir le générique de fin qui défile quasiment en temps réel (rappelons que nous sommes face à un plan-séquence). En fait, ce que vous venez de voir est un film qui a été diffusé sur internet et maintenant Ueda peut vous emmener un mois plus tôt en montrant l'équipe du film d'horreur en train de préparer, puis de tourner le film. One cut of the dead est en fait une magnifique déclaration au cinéma en montrant des gens faisant tout pour réussir leur film. 

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Ce qui renvoie en soi à la production même de One cut of the dead, film fait avec très peu et initialement voué à une diffusion confidentielle, dont on verra quelques coulisses durant le véritable générique de fin. C'est aussi pour cela qu'il vaut mieux être vierge avant de le voir, tant la surprise de la seconde partie est impressionnante. Certains aspects un peu étranges de la mise en scène ou de la narration de la première partie deviennent clairs, voire rendent encore plus délirant la production du film fictif que le film fictif. La seule interraction du caméraman avec des personnages du film se fait à cause de l'immobilisation du premier caméraman suite à un mal de dos ! De même, des choses qui paraissaient normales dans la première partie deviennent des imprévus hilarants, à l'image d'un acteur tellement ivre qu'il arrive à peine à bouger et dont les actions tiennent souvent du hasard (Manabu Hosoi).

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Ou encore de la femme du réalisateur tellement prise dans son rôle qu'elle finit par le devenir (Harumi Shuhama), entraînant là aussi des scènes bidonnantes. L'exercice de style d'Ueda aurait pu tomber dans un cynisme mal venu, mais la démarche apparaît rapidement comme sincère, montrant un petit (le réalisateur) faisant tout pour que son projet se concrétise, qui plus est dans des conditions impossibles (le film doit être tourné et monté en direct pour une diffusion simultanée sur le net et avec une durée précise). Les grands sont symbolisés à la fois par ses producteurs qui lui imposent ces conditions, mais également par certains acteurs qu'il malmène volontairement en jouant le réalisateur de son film (ils sont capricieux). Ueda montre également un portrait de famille intéressant avec des gens qui espèrent réussir dans le cinéma d'une manière ou d'une autre, quitte à être des petits.

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Le père espère réaliser ce qu'il a envie de faire. La mère veut jouer et ce malgré ses problèmes d'implication (on nous suggère que personne ne l'engage à cause de cela). La fille est virée d'un tournage où elle est assistante et finira par devenir celle de son père lors du tournage (Mao). Ces gens, plus que la productrice (Yoshiko Takehara) qui donne sa chance au héros, apparaissent d'office comme des personnages sympathiques tant ils sont prêts à remuer ciel et terre pour s'aider mutuellement dans leur projet commun. Tous ces éléments font que One cut of the dead n'est pas qu'un énième film à buzz. Sa réputation est plus que légitime et il est même normal qu'il soit autant mis en avant depuis plusieurs mois. C'est à la fois une comédie particulièrement drôle, mais aussi une superbe lettre d'amour d'un réalisateur au 7ème Art. Déjà un indispensable de cette année.