Après les événements d'Avengers Infinity War, les Avengers s'apprêtent à affronter Thanos d'une manière ou d'une autre...

Endgame

Le final d'Infinity War (les Russo, 2018) était un coup de poker plutôt étonnant et ce bien que Marvel est absolument incapable de ne pas se taire sur ses futurs projets, qui bien évidemment se déroulent après sa suite Avengers Endgame (films comme séries). Même la scène post-générique d'Ant Man and the Wasp (Peyton Reed, 2018) était plutôt pas mal, car elle annonçait la possible utilisation de la dimension subatomique. Endgame (Russo) était donc très attendu, d'autant qu'il se présente un peu comme la fin d'une ère pour le Marvel Cinematic Universe (2008-), malgré l'inévitable Phase 4 qui arrivera après la sortie de Spider Man Far from home (Jon Watts) en juillet prochain. Qu'en est-il alors de ce quatrième Avengers partageant son titre avec celui d'une suite d'Highlander ? Hé bien du bon et du très mauvais. 

E2

On peut déjà commencer par dire que le premier volet du dyptique (soit Infinity War) est bien meilleur, tant dans l'écriture que dans sa gestion du temps. Les trois heures annoncées d'Endgame faisaient peur sur le papier, cela se confirme en voyant le film. Le film est beaucoup trop long et son milieu est clairement la partie la plus pénible et laborieuse. (attention spoilers) Nous avons facilement une heure réussie avec un bon début et une bonne fin (même si elle tire en longueur au bout d'un moment, à force de vouloir tout conclure) et 1h30 de déchets et de remplissages. Le début n'est pas sans annoncer la couleur. Tous les problèmes avec Thor (Chris Hemsworth) commenceront ici avec un personnage en pleine déprime qui en vient à couper la tête de Thanos (Josh Brolin). Dit comme cela la séquence peut paraître très solennel, mais la manière de montrer l'événement tourne presque à la rigolade. 

E3

Comme si les Russo contrebalançaient le côté sérieux de la scène par l'attitude je-m'en-foutiste du personnage qui en tue un autre. Malheureusement, le pauvre Thor va subir une écriture absolument lamentable, le faisant passer pour un Dude avec un fort embonpoint durant tout le reste du film (avec ou sans prothèse, c'est comme ça arrange les réalisateurs). Vous voyez la blague rigolote (en étant généreux) qui est réutilisée jusqu'à plus soif ? Le traitement de Thor ressemble à cela durant plus de deux heures. On relève souvent au cours du film qu'une situation peu propice à des vannes ou gags va vite dégénérer à cause d'un humour lourdingue qui n'a rien à faire dans un film au contexte pourtant très sérieux. On pouvait déjà regretter ces changements de ton dans Infinity War, mais ici c'est catastrophique.

E4

La situation est un peu pareil avec Bruce Banner (Mark Ruffalo) qui s'est désormais transformé en Professeur Hulk, sorte d'hybride entre sa personnalité et celle du géant vert. Le mélange n'est pas inintéressant, mais la tendance à faire du personnage une usine à gags agace très rapidement. En comparaison, même un personnage habituellement plus rigolo comme Ant Man (Paul Rudd) est bien mieux traité que ces héros historiques du MCU. D'ailleurs, on notera à quel point les Russo passent rapido sur l'expérience de ce dernier dans la dimension subatomique, bien aidé par Splinter qui passait par là. Outre l'humour, le plus gros problème du film reste une thématique qu'il aborde, à savoir le voyage dans le temps. Grâce à la dimension subatomique à laquelle il a accès grâce au tunnel quantique d'Hank Pym (Michael Douglas), Scott Lang propose aux héros restants de faire revenir les disparus. Ce qui mène à chercher les gemmes de l'infini dans le passé pour les ramener dans le présent et les mettre dans un nouveau gant.

E5

Et là nous arrivons aux fameuses 1h30 ratées. On peut désormais commencer le bingo des incohérences. La plupart des contacts entre les personnages dans leurs versions passé et futur n'ont aucune incidence, à l'image du Captain America d'aujourd'hui (Chris Evans) se battant avec le Captain de 2012 ou Starlord (Chris Pratt) se prenant une rouste par War Machine (Don Cheaddle) pour que ce dernier récupère la gemme du pouvoir. La palme revient à Loki (Tom Hiddleston) qui se balade dans le temps sans problème avec le Tesseract, puisque Steve Rogers et Tony Stark (Robert Downey Jr) iront le chercher en 1970 ! Le scénario d'Endgame devient rapidement une véritable fumisterie, d'autant que ces scènes sont affreusement longues. Outre des extraits de films du MCU (on admirera Natalie Portman créditée au générique... pour des plans datant de 2013) recadrés ou en résolution douteuse, on notera également des scènes se déroulant entre les scènes connues, entraînant un sentiment de mauvaise blague.

Avengers

Une certaine idée du recyclage à la Marvel.

En fait, les seuls moments forts sont ceux avec Hawkeye (Jeremy Renner) et Black Widow (Scarlett Johansson) et ceux qui amènent un retournement de situation intéressant (mais fort compliqué) avec Nebula (Karen Gillan). Tout simplement parce que ce ne sont pas des scènes de remplissage et qu'elles amènent le film dans sa direction finale. Enumérer les divers paradoxes temporels jamais exploités relevant du mal de tête, on finit par laisser tomber tant les Russo n'en ont absolument rien à faire de détails pourtant essentiels à leur récit. Que dire également du cas Captain Marvel (Brie Larson) qui relève définitivement du foutage de poire dans son traitement ? En fait, elle n'apparaît qu'au début et à la fin. Une fois que Thanos est mort, elle repart dans l'Espace. Sauf que Thanos a bien précisé qu'il avait rétabli un certain équilibre dans l'univers en claquant des doigts.

E6

Donc Captain Marvel sert à quoi dans l'Espace ? De la même manière, elle ne prend part à aucun moment à la mission des Avengers dans le temps et réapparaît en pleine bataille finale en deus ex machina à la façon d'Aragorn, Legolas, Gimli et des fantômes dans Le retour du roi (Peter Jackson, 2003). Non seulement, le personnage est sous-exploité, mais son traitement reste toujours aussi négatif. A peine revenue sur Terre, Carol Danvers apparaît comme arrogante, prête à en découdre seule avec un titan qu'elle peinera sérieusement à affronter dans les dernières minutes du film. De la même manière, vous vous souvenez de sa copine pilote (Lashana Lynch) et de sa fille (Akira Akbar) présentes dans le film d'Anna Boden et Ryan Fleck ? Il ne sera jamais fait mention d'elles dans le film, que ce soit par une simple ligne de dialogue ou une quelconque allusion.

E7

Les personnages n'existent à aucun moment dans l'esprit de Danvers, renforçant le côté terriblement froid et peu attachant du personnage. Autant dire que l'on va bien s'amuser avec elle durant la Phase 4... Dans le même genre, on peut s'étonner que Judy Greer et Bobby Cannavale soient absents ou pas mentionnés (idem pour les potes de Lang), alors que la fille de Scott est présente (ici jouée par Emma Fuhrmann). Thanos perd également un peu en intérêt au fil du film, puisqu'il n'est vraiment présent que pour le grand final. Un autre souci déjà observé dans les autres films des frères Russo est la réalisation et le montage des scènes d'action. On voit clairement les plans tournés par eux et ceux faits par la seconde équipe, puis il arrive que l'action soit illisible (ne vous inquiétez pas, les créatures de Thanos sont toujours impossibles à voir correctement à l'oeil nu).

E8

Mais évidemment tout n'est pas à jeter dans Endgame et heureusement. Le traitement de plusieurs personnages étonne notamment ceux peu mis en avant autrefois. Ainsi, le personnage le plus intéressant du film est Nebula. Non seulement Karen Gillan est excellente dans le rôle (elle l'a toujours été), mais surtout son personnage évolue encore un peu plus dans Endgame. Nebula s'humanise aux côtés des autres personnages (Stark et Rocket Raccoon en tête) et sa confrontation avec son homologue du passé montre deux visions d'un même personnage. D'un côté, le personnage libre de l'influence du père toxique et pleurant l'absence de sa soeur, de l'autre, la femme encore endoctrinée et prête à tout pour être bien vue de Thanos. Le tir de la Nebula du présent confirme qu'elle tue le passé pour mieux renaître, mais aussi l'amour qu'elle porte à Gamora (Zoé Saldana) présente dans sa version passée.

E9

Pour ce qui est d'Ant Man, il aurait presque été plus logique de prendre d'office son point de vue, plutôt que de passer par une longue introduction vite balayée par une ellipse temporelle de cinq ans. Le personnage découvre le chaos post-Infinity War sans savoir ce qui s'est passé et une fois qu'il le sait, sa première réaction est de voir si sa fille est toujours vivante. Cela fait passer le personnage de braqueur rigolo à père désespéré, le rendant encore plus sympathique qu'il ne l'était déjà. La scène au monument aux morts est d'autant plus stressante que le spectateur ne sait pas non plus si Cassie est toujours parmi nous ou partie comme la famille d'Hawkeye. Ce dernier en n'ayant plus rien à perdre trouve peut-être sa plus belle incarnation dans le MCU. On voit là un homme totalement brisé, ne trouvant qu'un maigre réconfort dans le meurtre de criminels. A cela on peut également rajouter le passage douloureux de la gemme de l'âme, valant des adieux tragiques mais beaux à Black Widow.

E10

Puis il y a les cas Iron Man et Captain America qui font leurs adieux définitifs à la franchise, l'un par la mort, l'autre par un vieillissement symbolique. La plus belle manière de faire partir ces deux figures du MCU. Bien que l'on ressent par moment le fan-service, le grand rassemblement du final est assez dingue et donne lieu à une baston générale plutôt bienvenue. Même la scène spécifique avec diverses super-héroïnes est plutôt pas mal, même si l'on se dit que Marvel s'excuse surtout de la piètre mise en valeur de ses héroïnes durant une vingtaine de films. Endgame confirme également que comparé à ce que suggère certaines choses, quand vous êtes morts, il n'y a parfois pas de retour. Vision (Paul Bettany) n'est pas revenu, la Gamora du présent, Black Widow et Iron Man non plus. Ils se sont sacrifiés et ne reviendront pas. Il y aura donc bien un avant et un après Endgame dans le MCU. (fin des spoilers)

E11

La fin du jeu commençait bien, mais elle s'est vite enlisée dans des défauts phénoménaux avant un grand final. Beaucoup trop moyen pour être considéré un bon film.