Qui dit 17 mai, dit anniversaire de votre interlocuteur. Les années passent et me voilà donc avec un quart de siècle, ce qui inévitablement vous donne aussi un bon coup de vieux. Après avoir parler du cinéma asiatique l'an dernier, il m'a paru intéressant d'évoquer dans la Cave de Borat des films océaniens ou faits par des réalisateurs issus de l'Océanie. Inévitablement, il s'agit de films que j'aime bien ou qui m'ont marqué pour diverses raisons. Au passage, j'ai volontairement dégagé les oeuvres de Taika Waititi, car je les ai déjà abordé dans un article spécifique (voir Taika Anthology). Donc si vous êtes prêts, on y va ! 

  • 1- Cocktail (Roger Donaldson, 1988)

Cocktail

On se calme et on boit frais en Jamaïque.

L'australien Roger Donaldson s'est vite fait une réputation à l'international avec l'excellent Le Bounty (1984), troisième film réalisé sur la célèbre mutinerie. Après cela, il a fait des films hors-Australie oscillant entre le très bon (The bank job), le sympathique (Le pic de dante, concurrent bien moins débile de Volcano) et le mauvais (Le pacte, La mutante). Parmi ces films, on retrouve également le fameux Cocktail. Ne nous méprenons pas, il s'agit d'un beau nanar, donc un mauvais film sympathique. Mais c'est un film que je connais depuis mon enfance. En effet, il n'était pas rare à une époque que le film soit diffusé sur TF1 les jours fériés et il se trouve que je le regardais souvent, bien que le ton du film ne soit pas forcément approprié. Ce qui m'avait marqué à l'époque était le côté très "à l'eau-de-rose" de la seconde partie avec Elizabeth Shue tombant enceinte et Tom Cruise essayant de la reconquérir.

Cocktail

Mais en le revoyant, il constate que Cocktail est une sorte de film malade. Heywood Gould a adapté son roman éponyme (1984), mais Universal n'aimait pas trop le script car le personnage de Cruise n'était pas assez aimable et Disney via Touchstone lui a dit exactement la même chose. L'arrivée de Cruise a amené des modifications inévitables et selon Kelly Lynch, le film aurait eu droit à un paquet de reshoots. Ce qui donne un film débutant comme une fable intéressante sur un type aux dents longues (un peu comme si le mec de Risky Business s'était égaré), avant de se terminer en banale romcom. Il arrive toutefois que les punchlines du film soient mémorables ("(Lynch) Tu pense qu'on pourrait vivre avec une personne le jour et la nuit toute sa vie, sans jamais connaître d'autres visages ? - (Cruise) Oui ça s'appelle le mariage !").

  • Séquence culte : On peut difficilement trouver cet extrait en VF sur le net. Donc si un jour, vous désirez entendre William Coryn (voix française régulière de Jackie Chan) chanter très mal le titre phare de Robert Palmer Addicted to love (1985), alors Cocktail en VF est fait pour vous. Au passage, Tom Cruise chante beaucoup mieux dans Rock of ages (Adam Shankman, 2012).

  • 2- Priscilla, folle du désert (Stephan Elliott, 1994)

Priscilla

Bien qu'il a continué à tourner depuis, l'australien Stephan Elliott a fait un peu moins parler de lui ces 25 dernières années. Son second film reste toutefois un des plus marquants des 90's. Priscilla, folle du désert est presque un miracle, tant sa production ne fut pas triste. Le script a été écrit en 1991, mais aucun financement n'avait été trouvé. Le casting a également connu des épreuves, puisque des acteurs furent envisagés sans que cela n'aille plus loin. Même Terence Stamp (qui joue Bernadette) n'était pas sûr au départ d'incarner un personnage aussi éloigné de ce qu'il avait déjà joué. Tout a fini par rentrer dans l'ordre grâce à l'appui du défunt studio Polygram et de la Film Finance Corporation Australia. Priscilla, folle du désert est une des nombreuses belles découvertes que j'ai faites en regardant Arte et depuis j'ai eu la chance de le revoir au cinéma.

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De base, Priscilla est un road movie savoureux avec des personnages attachants et tous différents. Ce qui le différencie de la masse est bien évidemment que nous parlons de drag queens et de transexuels (Bernadette en est une). Des personnages parfaitement incarnés par Stamp, Guy Pearce (encore loin du Los Angeles confidentiel) et Hugo 'Smith' Weaving et que le réalisateur montre sous un jour aussi spectaculaire (les shows sont l'occasion de beaux morceaux de bravoure) que banal. Il y a également des thématiques fortes, que ce soit l'acceptation de soi, à laquelle se rajoute le regard des autres, que ce soit celui des proches ou de personnes lambdas. Elliott ose même parler frontalement d'homoparentalité avec subtilité et douceur. Priscilla est un film drôle, mais aussi terriblement beau. C'est ce qui le rend aussi incontournable.

  • Séquence culte : Vous êtes en plein outback et tout d'un coup une célèbre chanson retentit dans la nuit. Pas de doute, c'est bien notre trio de choc qui s'éclate avec des aborigènes sur I will survive (Gloria Gaynor, 1978).

  • 3- Lorenzo (George Miller, 1993)

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J'ai déjà longuement évoqué George Miller dans cette rubrique (voir Cuvée Mad George ), mais il me paraissait logique de citer mon réalisateur australien préféré aujourd'hui. Plutôt que de citer la trépidante tétralogie Mad Max (1979-2015), abordons ce qui est certainement son film le moins connu. En apparence, Lorenzo pourrait être un biopic ultra-tire-larme comme Hollywood en accouche plein. Nous suivons le couple Odone (Susan Sarandon et Nick Nolte particulièrement investis dans leurs rôles) qui voit du jour au lendemain leur fils Lorenzo (Zack O'Malley Greenburg) atteint d'une maladie rare (l'adrénoleucodystrophie). Miller va alors montrer la souffrance du jeune garçon qui veut montrer qu'il est toujours là, mais également celle de ses parents dans l'impossibilité de pouvoir l'aider.

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A partir de là, le réalisateur montre un combat rude, éprouvant et émouvant de parents voulant sauver leur enfant. Ils ne sont pas seuls, mais même là les avis diffèrent au point de condamner tout potentiel changement. Quant aux médecins symbolisés par feu Peter Ustinov, ils ne souhaitent pas s'avancer et renforcent la solitude des familles. D'autant plus ironique que Miller a fait des études de médecine avant de se lancer dans le cinéma. Lorenzo est un film qui prend aux tripes et marque durablement le spectateur après sa vision. Se dire que ce que l'on voit dans le film n'est qu'une vision fictionnée de ce qui est arrivé à Lorenzo Odone (aujourd'hui décédé) ne fait que renforcer le choc. Donc ne vous fiez pas à son affiche qui paraît bien mignonne, Lorenzo est une oeuvre choc qui ne fait pas de cadeau et la preuve que George Miller n'est pas que le réalisateur de films apocalyptiques.

  • Séquence culte : La séquence pourrait paraître anecdotique au premier abord (le père regarde la définition de la maladie de son fils), mais elle montre bien tout le drame qui se joue devant nos yeux. Le père découvre avec stupeur les symptômes dont souffre ou va souffrir son enfant. Des mots tels que coma, hyperactivité, mutisme, démence, cécité ou mort. Vous pouvez rajouter l'un des morceaux les plus émouvants de la musique classique (l'Adagio for strings de Samuel Barber) et vous avez une scène qui déchire le coeur.

  • 4- Highlander (Russell Mulcahy, 1986)

Highlander

Russell Mulcahy n'a pas vraiment eu de chances si l'on se fit à sa carrière hollywoodienne. Elle aurait pu décoller avec Rambo 3, mais l'australien s'est fait virer au début du tournage et fut remplacé par Peter MacDonald. Il a donc enchaîné avec la suite d'un de ses films, mais cette dernière fut tellement catastrophique que sa carrière ne s'en est jamais remise. Pas même avec le plutôt bon The Shadow (1994) qui avait bidé dans les salles. Et ne parlons même pas de ce qui a suivi, au point de se faire du mal (Résurrection, Resident Evil Extinction). Mais en 1986, il était le réalisateur de Razorback (1984) et celui qui a fait voir des enfants aux yeux lumineux à Bonnie Tyler dans le clip de Total eclipse of the heart (1983), s'apprêtant à rendre notre Totof Lambert national immortel.

Highlander

Highlander a pris un coup de vieux, que ce soit par ses décors en carton-pâte, ses effets-spéciaux ou son rythme un brin mou en dehors des duels à l'épée. Mais c'est un film infiniment sympathique. Sa mythologie est assez fascinante (si l'on se focalise uniquement sur ce film bien entendu) et tient le coup du début à la fin. L'immortalité de Connor MacLeod apparaît rapidement comme un fardeau, le personnage étant rejeté par sa famille et voyant les êtres qu'il aime vieillir et mourir devant lui toujours jeune. Si Totof trouve un de ses rôles phares, c'est également le cas de Sean Connery et de Clancy Brown particulièrement enjoués en mentor et méchant. Puis il y a Queen, alimentant le délire dès le générique. D'autant plus triste de se dire que ce film aurait dû n'en rester qu'un, au vue du désastre qui a suivi. 

  • Séquence culte : La première scène est l'occasion d'évoquer le concept du film : deux immortels s'affrontent dans le but qu'il n'en reste qu'un. Une fois la tête de l'adversaire coupée, celui qui le tue récupère son énergie. Un concept pourtant simple que saccagera la suite en quelques minutes.

  • 5- Garage days (Alex Proyas, 2002)

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Entre Dark city (1998) et I, robot (2004), Alex Proyas n'avait pas chaumé. Il était même loin de ses soucis habituels, allant du development hell à une production chaotique où il finit par perdre le contrôle. L'australien a en fait tourné Garage Days dans sa terre natale, loin des emmerdes hollywoodiennes. Un film tout petit qui n'a pas fait de vague, si bien que peu de personnes connaissent son existence. Dommage car c'est une comédie plutôt amusante et inventive. Le film suit des amis qui essayent de percer dans le monde de la musique. Mais évidemment ils galèrent plus qu'autre chose et Proyas joue beaucoup sur les relations entre les personnages. Des couples se font, se défont, souvent dans le chaos le plus total. Garage Days n'en a pas l'air, mais il offre des séquences purement dingues.

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Un couple baise dans un cimetière avec si possible la punchline bien placée où il faut ("Tu me remplis si bien. C'est comme si on me versait du plâtre à l'intérieur et qu'on le retire et qu'on pose le moule sur tes parties."), quand ce n'est pas un autre qui part dans un délire pas si éloigné du bdsm sur Love is a drug (Roxy Music, 1975). La drogue justement est un élément qui revient régulièrement, que ce soit pour une scène spécifique ou alors un personnage tellement pris dedans qu'il s'invente une petite-amie (si possible dépendante elle aussi). Garage Days n'est donc pas un film à montrer devant tous les yeux et s'avère très surprenant quand Proyas se lâche. La preuve que le réalisateur, même avec peu de moyens et sans passer par la science-fiction ou le fantastique, peut très bien accoucher de films intéressants.

  • Séquence culte : Il suffit parfois que l'un de vos camarades balance de la drogue dans votre boisson et les hallucinations vont commencer à devenir aussi morbides que dingos. D'autant plus s'il s'agit d'un dîner avec vos parents. Proyas signe donc un bad trip bien frappadingue où curieusement les effets-spéciaux de piètre qualité rendent la séquence encore plus dérangeante, qui plus est sur Super freak (Rick James, 1981).

  • 6- Arac Attack (Ellory Elkayem, 2002)

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Là aussi il s'agit d'un film découvert durant mes jeunes années, cette fois-ci grâce à ma cousine qui avait le DVD. Le néo-zélandais Ellory Elkayem s'était fait remarqué en 1998 avec le court-métrage Larger than life, qui mettait en scène une araignée géante à la manière de Tarantula ! (Jack Arnold, 1955). Il revient en 2002 avec Arac Attack, sorte d'adaptation en long-métrage avec plus d'araignées gourmandes. Le film pourrait être vu comme un gros nanar s'il n'était pas de base très porté sur le second degré. Scarlett Johansson (encore loin de s'ennuyer à Tokyo avec Bill Murray) jouait du taser sur son petit-copain trop insistant (Matt Czuchry), avant que ce dernier ne se retrouve à courser en moto des araignées enjouées. Puis il y a toute la partie dans le centre-commercial faisant directement penser à Zombie (George A Romero, 1978).

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Evidemment, Elkayem ne fait pas dans la critique sociale et va davantage dans la parodie. Mais le film fonctionne ainsi, faisant plus rire que peur et c'est probablement pour cela qu'il est aussi amusant à voir. Il n'y a qu'à voir la prestation de David Arquette pour s'en rendre compte, sorte de bad boy revenant au bercail à l'image de bons nombres de héros des 80's-90's. On est davantage dans le cliché et c'est un peu la même chose pour Kari Wuhrer, shérif femme d'action et mère de famille ; ou son fils gamin à lunettes qui a évidemment une longueur d'avance sur tout le monde (Scott Terra, le jeune Matt Murdock de 2003). Il n'y a rien d'extraordinaire dans Arac Attack, mais c'est une série B qui paraît sincère et dézingue des personnages quand elle en a besoin. 

  • Séquence culte : Voici la preuve qu'Arac Attack ne se prend vraiment pas au sérieux. Ainsi, le pauvre chat de Rick Overton subit les assauts d'une araignée très gourmande jusqu'à un final particulièrement... électrique. 

  • 7- Muriel (PJ Hogan, 1994)

Muriel

La même année que Priscilla, folle du désert débarquait un autre film australien majeur avec Bill Hunter. Ce dernier incarne le père corrompu du personnage éponyme dans un rôle bien différent du tolérant et sympathique Bob. Tout comme Guy Pearce et Hugo Weaving après le film de Stephan Elliott, Toni Collette et Rachel Griffiths connaîtront un boom dans leur carrière grâce à Muriel. La première est encore une des actrices les plus demandées d'Hollywood et confirme encore son talent avec des films comme Hérédité (Ari Aster, 2018). La seconde fut un des rôles principaux des séries Six feet under (2001-2005) et Brothers and sisters (2006-2011). Dans Muriel, elles forment un duo en or de bonnes copines qui s'aiment, s'embrouillent et s'aiment à nouveau. Collette incarne une menteuse bercée par des illusions, que ce soit des diplômes achetés par son père, le mariage dont elle découvrira les déceptions ou les copines qui ne sont que de façade.

Muriel

Elle finira par trouver sa voie loin de la toxicité familiale. Rachel Griffiths hérite du rôle de Rhonda, le personnage qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Mais là où Muriel aurait pu n'être qu'une comédie grinçante déjà d'un haut niveau, PJ Hogan y rajoute du drame et une certaine mélancolie. Ses héroïnes connaîtront des hauts et des bas, Muriel étant confrontée au deuil et aux ravages de sa famille, quand Rhonda doit faire face à la maladie qui l'empêche désormais de marcher. Muriel est un film fantastique parvenant à être aussi drôle que touchant. PJ Hogan ne retrouvera jamais vraiment la fougue de ce film, que ce soit avec l'inintéressant Le mariage de mon meilleur ami (1997) ou le peu convaincant Peter Pan de 2003. La preuve que 25 ans après, Muriel est toujours aussi terrible.

  • Séquence culte : Alors que ses soi-disantes copines se bagarrent pour un mec qui n'en valait pas la peine, Muriel trouve le bonheur auprès de Rhonda. ABBA était ringard pour les autres ? Rhonda et elle s'éclatent sur Waterloo (1974) devant un public qui semble au contraire plutôt emballé par le show. Muriel a trouvé sa meilleure amie et elle compte bien fêter sa victoire avec nous.

 

  • 8- Fantômes contre fantômes (Peter Jackson, 1996)

 

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Après l'accueil phénoménal de Créatures célestes (1994), Robert Zemeckis propose un épisode des Contes de la Crypte (1989-96) à Peter Jackson. Le projet mute finalement en film produit par Universal et il est tourné en Nouvelle-Zélande, avec des effets-spéciaux signés par Weta Digital. Si Fantômes contre fantômes a été un bide commercial (30 millions de dollars de budget pour seulement 29 millions de recettes totales), il n'en reste pas moins un premier essai hollywoodien très réussi. The Frighteners a beau être un film de studio, il n'en reste pas moins classé Restricted. Jackson ne déroge pas à ce qu'il sait faire et même si le film est moins dégueulasse et cru que ses précédents (si l'on excepte bien entendu Forgotten silver), Fantômes contre fantômes est un mélange savoureux entre comédie fantastique et horreur. 

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Le ton du film va changer progressivement, passant d'une comédie avec un homme voyant des fantômes (Michael J Fox) et s'amusant avec pour faire des canulars lucratifs à de l'horreur pure. Il est ainsi confronté à un fantôme se présentant sous la forme d'une faucheuse (Jake Busey et son sourire effrayant) et prenant un malin plaisir à en faire un coupable idéal. A cela rajoutez un agent spécial auquel le Ré-animator Jeffrey Combs donne toute sa saveur. Fantômes contre fantômes peut également compter sur des effets-spéciaux qui n'ont pas trop mal vieilli. Après cela, Peter Jackson essayera une première fois de produire un remake de King Kong (Cooper, Schoedsack, 1933) avant qu'Universal ne stoppe la machine. L'occasion de se lancer dans un projet titanesque qui l'occupera environ huit ans, Le Seigneur des anneaux (2001-2003).

  • Séquence culte : Voici une des premières scènes à effets-spéciaux du film à avoir été tourné et une sacrée démonstration de ce que l'on verra par la suite avec les fantômes.

  • 9- Lawless (John Hillcoat, 2012)

Lawless

L'australien John Hillcoat s'est fait repérer avec son troisième film, le western The Proposition (2005). Puis vint La route (2009) où Viggo Mortensen et Kodi Smit McPhee erraient dans des terres post-apocalyptiques pleines de cannibales. Changement de genre à nouveau en 2012 quand il s'attaque à la fratrie Bondurant, trafiquants d'alcool en pleine Prohibition joués par Tom Hardy, Jason Clarke et Shia LaBeouf. Hillcoat retrouve pour l'occasion un autre australien, Nick Cave, qui outre ses talents de musicien, a également scénarisé Ghosts... of the civil dead (1988) et The Proposition pour le réalisateur. Nous voilà donc en 1931 dans l'État de Virginie (terre de John Carter) pour une traque menée par Guy Pearce. Certes il surjoue un petit peu, mais l'acteur réussit par moments à faire exploser la cruauté de son personnage.

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Si bien que quand il s'avère particulièrement injuste, le personnage apparaît aussi indéfendable pour notre bande que pour ses collègues policiers. Si Jason Clarke est moins mis en avant, chaque frère a une personnalité propre qui fait adhérer au trio. Clarke est davantage l'homme d'action, là où Hardy se veut plus posé avant de se déchaîner. Quant à LaBeouf, il est le moins violent et celui qui peine à s'imposer. Dans tous les cas, les acteurs sont excellents et notamment LaBeouf. Vous en aviez marre de ses rôles répétitifs de jeunes hommes à la grande gueule et vous n'êtes pas forcément fan de son délire arty actuel ? Alors voici un parfait entre-deux. A eux rajoutez le charme indéniable de Jessica Chastain et de Mia Wasikowska et vous avez un film de gangsters bien joué et passionnant. 

  • Séquence culte : Lawless n'est pas un film de gangsters radical, mais quand il doit l'être, il ne fait pas de cadeau. Comme quand le camarade LaBeouf se fait savater par Pearce. Pas très loin, il y a également le savatage de Tom Hardy, mais ça c'est une toute autre histoire.

  • 10- L'âme des guerriers (Lee Tamahori, 1994)

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Lee Tamahori est un réalisateur néo-zélandais connu, mais pas forcément pour de bonnes raisons. Certains se demandent même comment il a fait pour passer de ce film à une série de navets. Vous avez surement vu de lui Meurs un autre jour (2002), dernier James Bond avec Pierce Brosnan. Un opus pas plus mauvais que Le monde ne suffit pas (Michael Apted, 1999), mais très artificiel et perdant progressivement de l'intérêt. Avant cela, il y avait eu Le masque de l'araignée (2001), deuxième film avec Morgan Freeman dans le rôle d'Alex Cross, avec un des crashs de voitures les plus dégueulasses de l'histoire. Sans compter XXX 2 (2004) qui se révèle encore plus ridicule que son aîné et bien évidemment le foutage de poire Next (2007). En revanche, L'âme des guerriers est une première oeuvre marquante. 

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Oubliez les films tape-à-l'oeil suscités, ici nous sommes dans une chronique sociale où violences conjugales côtoient le suicide. Autant dire que L'âme des guerriers n'est pas à mettre devant tous les yeux, tant ce que montre Tamahori est désagréable et radical. Quand un mari cogne sa femme, tout est montré et quand il ne montre pas l'inévitable (littéralement le viol) chez un personnage, il le montre avec un autre en temps réel. Comme les personnages féminins du film, le spectateur encaisse et cela fait mal jusqu'à la fin. Temuera Morrison (le Jango Fett de la saga Star Wars) est impressionnant à en faire peur dans le rôle du père et mari abusif. Un être aveuglé par la violence et l'alcool et ne voyant même pas le désespoir qu'il engendre à côté, qu'il soit du côté de sa femme (excellente Rena Owen) ou de ses enfants. Pour ceux qui le souhaitent, il existe une suite réalisée par Ian Mune en 1999.

  • Séquence culte : La première scène choc du film et peut-être la plus marquante de par sa violence gratuite et ce qu'elle montre. 

  • 11- Babe (Chris Noonan, 1995)

Babe

Avec sa suite réalisée par George Miller (1998), Babe est un de ces films qui ont bercé mon enfance grâce au sacro-saint magnétoscope. Je l'ai probablement moins vu que sa suite, mais c'est un film que j'adore et que je trouve toujours aussi fascinant. Chris Noonan n'a pas forcément apprécié l'expérience et des tensions auraient eu lieu entre Miller (scénariste et producteur) et lui lors de la production. Il semblerait tout simplement que le réalisateur de Mad Max s'est tellement impliqué durant la production qu'au bout d'un moment, Noonan a senti que le film allait peut-être lui échapper. Il n'en fut finalement rien. Au vue de ce qui a été fait sur la suite, on peut dire que ce premier volet est beaucoup plus classique dans sa mise en scène. En revanche, on ressent le ton radical que l'on retrouvera dans la suite à travers un grand nombre de scènes.

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Babe est un conte et il explore tout le potentiel cruel de l'exercice. Le petit cochon n'est au départ qu'un animal voué à être mangé et il manquera même à un moment de passer à la casserole. De la même manière, la mort n'est jamais très loin comme le montre ce passage où un des moutons meurt et ne parlons même pas de l'ouverture. Babe fait partie de ces films où l'on comprend leur portée en grandissant. Noonan et Miller ont bien compris que "film familial" ne se résume pas à faire des vannes sur les pets ou à montrer des choses mignonnes. Il s'agit aussi de faire réfléchir son public, même jeune. Pour l'anecdote, James Cromwell (qui a vu sa carrière décoller après le succès du film) est devenu vegan après le tournage. Une preuve comme tant d'autres que Babe est un film pas si anodin.

  • Séquence culte : Comme dit plus haut, l'ouverture est certainement une des scènes les plus marquantes du film. Noonan embarque le spectateur dans un élevage intensif de cochons où émerge notre petit héros parmi tant d'autres petits porcins. La lumière bleutée est froide, les hommes n'ont pas de visage et sont habillés en noir et les mères partent à l'abattoir (pas besoin d'explications, ce qu'il y a d'écrit sur le camion suffit), remplacées par des machines. Même la voix-off rajoute de la tristesse à la chose en évoquant "un paradis des cochons" où ces derniers n'en reviennent jamais. D'ailleurs, on peut admirer la subtilité de la transition, passant des cris de Babe à ceux de gens dans une fête forraine. 

  • 12- La leçon de piano (Jane Campion, 1993)

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Jane Campion est une des réalisatrices les plus connues dans le monde et bénéficie d'une aura certaine depuis au moins 1993. La raison ? Elle est la seule femme à avoir obtenu la Palme d'or. Plus précisément, une palme ex-aequo avec un autre superbe film, Adieu ma concubine. Curieusement, le film de Chen Kaige et La leçon de piano partagent une chose : une histoire d'amour entre trois personnes. Ici, Holly Hunter est tiraillée entre son mari incarné par Sam Neill et son amant joué par Harvey Keitel. Des hommes amoureux d'une même femme et dont les comportements vont changer progressivement. Le personnage de Neill va vite devenir tyrannique à mesure qu'il perdra le contrôle sur sa femme, là où celui de Keitel en apparence rustre se révèle beaucoup plus romantique en fin de compte. 

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Ce trio d'acteurs fantastique rythme le film et on peut également ajouter Anna Paquin (encore loin de côtoyer Wolverine) dans un premier rôle marquant. Puis il y a la musique qui rapproche indéniablement Hunter et son amant. Une magnifique musique signée Michael Nyman qui revient sans cesse comme une ritournelle. Par la suite, Jane Campion est revenu au film en costumes avec dans un premier temps Portrait de femme (1996), film qui mettait en scène Nicole Kidman en femme libre rattrapée par les conventions. Puis il y a eu le monumental Bright star (2009), récit de la sublime histoire d'amour entre le poète John Keats (Ben Whishaw) et sa compagne Fanny Brawne. En soi, La leçon de piano est peut-être l'arbre qui cache la forêt dans la carrière de Jane Campion. Mais quel bel arbre.

  • Séquence culte : Peut-être la scène la plus forte du film après la scène d'amour entre les deux amants. Une erreur qui a des conséquences inévitables. Le personnage d'Hunter est mutique, mais à ce moment-là, on comprend qu'elle hurle sa douleur de l'intérieur.

  • 13- La dernière vague (Peter Weir, 1977)

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Un homme rêve sans cesse d'apocalypse. Pourtant rationnel, il va essayer par tous les moyens de se faire entendre, quitte à passer pour un fou. Vous pensez avoir reconnu Take Shelter (Jeff Nichols, 2011) et pourtant c'est bien le synopsis de La dernière vague, un des premiers films de Peter Weir. Le réalisateur de Mud n'a jamais évoqué s'être inspiré du film de Weir et pourtant les deux films ont énormément de points communs, notamment leur fin. (attention spoilers) Tous les deux montrent une vague inévitable qui s'apprête à déferler sur les environs. On comprend alors que les personnages principaux des deux films (Richard Chamberlain d'un côté, Michael Shannon de l'autre) n'étaient pas fous. C'était tout simplement des prémonitions et les événements des deux films mènent à une conclusion sans appel.

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Les personnages n'ont aucune certitude que ce qu'ils ont vu est vrai, mais ils y croient. On peut également voir dans le final de La dernière vague une conclusion à la Planète des singes (Franklin J Schaffner, 1968) avec le personnage principal à genoux et impuissant face au désastre. Chamberlain est confronté en même temps à une affaire de meurtre tribal, annonçant ce qui va suivre. Avec ce film, Weir explorait les croyances locales symbolisées par les aborigènes face à la société australienne, représentée à travers un personnage qui va changer de point de vue en devenant témoin d'événements inexplicables (Chamberlain donc). (fin des spoilers) Avec ce film, Peter Weir confirmait les espoirs vus dans l'excellent Picnic at Hanging Rock (1975) et cela ne changera pas de sitôt. 

  • Séquence culte (attention spoilers) : La fameuse dernière scène. Surement à cause du budget, Weir ne confronte pas frontalement Chamberlain à la vague, privilégiant le champ-contre-champ. Ce qui ne l'empêche pas de faire peur à travers cette immense vague montant sans cesse. Désolé pour la piètre qualité de la vidéo, mais c'est la seule que j'ai pu trouvé.

  • 14- Les crimes de Snowtown (Justin Kurzel, 2011)

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Justin Kurzel fait partie de ces nombreux réalisateurs australiens émergents du cinéma australien actuel. Mais entre un MacBeth (2015) tellement ennuyeux et bavard qu'il en devenait pénible et un Assassin's creed (2016) qui n'a pas convaincu grand monde, on peut dire qu'il s'est un peu brûlé les ailes. Ce serait toutefois oublier que le réalisateur s'était fait remarquer à la Semaine de la critique en 2011 avec Les crimes de Snowtown. Ce film est d'autant plus marquant qu'il se base sur des faits bien réels survenus entre 1992 et 1999. Tous ne sont pas énumérés dans le film, mais ce qui est vu ou entendu suffit à instaurer le malaise. D'autant que Kurzel se veut beaucoup plus brut dans sa mise en scène que sur son MacBeth, qui est beaucoup plus picturale. La mise en scène de Snowtown n'est pas exceptionnelle, mais elle contribue à l'aspect froid que dégage le film.

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A l'image de ce dernier voyage porté par les paysages ensoleillés ou crépusculaires, en passe d'être remplacés par un bâtiment isolé et fermé. Kurzel montre un quotidien qui ne fait pas dans la dentelle, commençant par des photos pédophiles et allant progressivement vers le viol et le meurtre. Si Lucas Pittaway apparaît plutôt comme un repère pour le spectateur (on découvre la plupart des actions par son personnage), Daniel Henshall (vu depuis dans Okja) explose en gourou diabolique, se présentant d'abord sous un air sympathique avant de devenir une vraie figure du mal. Snowtown n'est pas un film gore, mais il est dérangeant et c'est certainement pour cela qu'il fut interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie en France.

  • Séquence culte : Cette scène est importante car elle montre le mode opératoire de John Bunting (Henshall), Robert Wagner (Aaron Viergever), James Vlassakis (Pittaway) et Mark Haydon (David Walker). Ils tabassaient leurs victimes généralement dans une baignoire, avant de les tuer. La victime enregistrait de force un message d'adieu pour ses proches, afin qu'ils ne s'inquiètent pas de sa disparition. Une certain idée du glauque.

  • 15- Chopper (Andrew Dominik, 2000)

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Continuons dans le rayon "tueur en série australien" avec le premier long-métrage d'Andrew Dominik. Avant de faire de Brad Pitt une incarnation de Jesse James et un chasseur de prime, le réalisateur néo-zélandais était revenu sur une partie de la vie de feu Mark Brandon Read aka Chopper. Tueur particulièrement bavard au point de ne plus trop savoir ce qui est vrai ou faux, Chopper était un peu de la même trempe que le fameux Charles Bronson incarné par Tom Hardy en 2008, que ce soit par ses excès ou ses passages en prison particulièrement sauvages. Pour l'incarner, Dominik a opté pour Eric Bana qui s'était fait connaître en Australie dans une série à sketchs nommée Full Frontal (1993-97). L'acteur a pris du poids et il faut bien dire qu'il est assez imposant à l'écran. Il se révèle d'ailleurs très bon dans un rôle où il doit sans cesse apparaître convaincant aux yeux des gens.

Chopper

Le personnage n'étant pas fiable du tout, il doit donc à chaque fois impressionner son auditoire, y compris le spectateur qui a pourtant eu une toute autre version des faits avant. C'est là aussi où le film de Dominik se révèle plutôt amusant. Là où l'on aurait pu s'attendre à un film trash et radical, le réalisateur signe finalement une sorte d'hybride entre le film de prison, le film de gangsters et la comédie. C'est ce qui permet au film de sortir du lot, bien aidé par la prestation de Bana. Par la suite, l'acteur obtiendra son pass pour Hollywood avec ses hauts et ses bas pour des prestations remarquées, comme dans La chute du faucon noir (Ridley Scott, 2001) ou Munich (Steven Spielberg, 2005). Quant à Dominik, il se peut qu'il arrive enfin à concrétiser son projet autour de Marilyn Monroe. Wait and see comme on dit...

  • Séquence culte : La preuve incroyable du pouvoir de persuasion de Chopper. Un même fait repris en trois versions bien différentes pour un résultat absolument délirant.

  • 16- Utu (Geoff Murphy, 1983)

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Grosse production de son époque et beau succès pour la Nouvelle-Zélande pré-Jackson et Campion, Utu est toutefois un film qui revient de très loin. Copies en mauvais état, remontage pour le marché international enlevant des scènes trop violentes... Le film était devenu rare et oublié au fil du temps. C'est alors que son réalisateur Geoff Murphy, qui a fait son petit tour à Hollywood (le très sympathique Freejack, mais également... Fortress 2), avait décidé ces dernières années de retrouver les négatifs avec son directeur de la photographie Graeme Cowley, de les restaurer et ainsi permettre aux gens de revoir le film dans une version proche de celle sortie en Nouvelle-Zélande. Une nécessité pour un film qui aujourd'hui bénéficie d'une belle édition BR chez La Rabia. Le film prend place durant les Guerres Maories, où ces derniers revendiquaient les terres qu'on leur avait initialement promis face à des colons britanniques récalcitrants.

Utu 3

On suit alors Te Wheke (Anzac Wallace), soldat sous le régime britannique devenu ennemi de la Couronne, suite à une tuerie perpétrée en réponse au massacre d'un village maori par l'armée. S'en suit une croisade saignante à travers la Nouvelle-Zélande, donnant lieu à une bataille générale qui n'aura aucune réponse. Les oppressés deviendront les oppresseurs et les oppresseurs des oppressés, tous dépassés par les événements et agissant aussi mal d'un côté comme de l'autre. A l'image de ce colon (Bruno Lawrence) voulant à tout prix se venger de Te Wheke en perfectionnant son canon, afin qu'il soit plus destructeur. Si la fin apaise la situation, elle n'enlève en rien la fureur des événements précédents. Utu s'apparente aussi bien à un western qu'à un film de guerre ou d'action. C'est ce qui fait sa singularité et sa force.

  • Séquence culte : L'une des scènes les marquantes d'Utu est l'assaut perpétré par Te Wheke et ses hommes sur une maison habitée par un couple (Ilona Rodgers et Lawrence). Une scène de gunfight particulièrement réussie et qui n'a absolument rien à envier aux films d'action de la même époque. 

UTU

  • 17- Mary et Max (Adam Elliot, 2009)

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Depuis 2009, l'australien Adam Elliot n'a réalisé que le court-métrage Ernie Biscuit (2015). La raison est certainement liée à sa manière d'animer ses personnages, à savoir la stop-motion. Toutefois, on aurait pu espérer qu'il continuerait dans le long-métrage après Mary et Max. Le style d'Elliot est assez différent de ceux d'Henry Selick ou d'Aardman. Il accentue d'autant plus les traits de ses personnages, n'hésitant pas à les montrer sous un jour moins favorable. De plus, il se pose également dans un univers plus réaliste. La photographie du film est ainsi partagée en deux temps : l'Australie de Mary qui apparaît plus coloré et le New York de Max à la limite du noir et blanc. Pour ce dernier décor, il y a bien quelques couleurs supplémentaires, mais elles sont tellement rares qu'elles finissent par ressortir des plans quand elles apparaissent. A cela rajoutez le ton adulte d'Elliot.

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Le réalisateur a de la tendresse pour ses personnages, mais n'hésite pas à les montrer dans des conditions difficiles et à aborder des thèmes graves. Max a le syndrome d'Asperger, entraînant ainsi des bouleversements psychologiques et des réactions parfois directes. Le personnage est traité avec le plus grand sérieux et on suit son quotidien avec intérêt, animé par sa personnalité attachante. Mais le quotidien de Mary n'est pas triste non plus entre drames familiaux, suicide, alcoolisme et dépression. Ce qui réunit nos deux héros est la solitude, lui celle d'un homme ayant peu de contact avec les autres, elle d'une petite fille se sentant rejetée (sa mère parle même d'un accident). Le final ne fait que donner le coup de grâce au spectateur. Il y a de belles choses dans Mary et Max, mais la tristesse l'emporte peut-être plus et c'est ce qui en fait un film d'animation atypique de nos jours.

  • Séquence culte : Il y a des scènes difficiles dans Mary et Max, mais celle-ci est certainement la pire du lot. Le film a atteint un tel niveau de désespoir qu'il est difficile de ne pas être ému.

  • 18- Road games (Richard Franklin, 1981)

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Souvent oubliés du grand public, les regrettés Richard Franklin et Everett de Roche ont beaucoup fait pour le rayonnement du cinéma australien au même titre que George Miller. Le duo a ainsi collaboré sur Patrick (1978), Road games et Link (1986). De Roche s'est également fait remarquer avec les scripts de Long weekend et son remake (Eggleston, Blanks, 1978-2008), Harlequin (Simon Wincer, 1981) ou Razorback, des films australiens phares des 70's-80's. De Roche lui proposa de faire une sorte de variante autour de Fenêtre sur cour (1954), d'autant que Franklin connaît Alfred Hitchcock pour l'avoir rencontré lors de ses années d'études à l'UCLA. Road games le confirme par son intrigue (Stacy Keach est face à un tueur insaisissable et cherche par tous les moyens à l'attraper, quitte à être confondu avec lui par plusieurs personnes).

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Rajoutez également un personnage féminin proche du héros (Jamie Lee Curtis privilégiée à Lisa Peers par la firme américaine AVCO-Embassy qui voulait à tout prix une actrice américaine). Road games n'a pas vraiment marché à sa sortie, car vendu en grande partie comme un film d'horreur. Or, le film se présente davantage comme un thriller routier à la Duel (Steven Spielberg, 1971) où le tueur sort rarement de son fourgon. Franklin et De Roche s'amusent surtout à mettre la pression sur leur personnage principal, de plus en plus fatigué et dépassé par la situation, au point d'avoir des visions de kangourou en pleine nuit. Stacy Keach apparaît très rapidement comme sympathique et à vrai dire il vaut mieux, puisqu'on le suit du début à la fin dans ses actions. La fin est peut-être un brin déjà vu, mais cela n'entache en rien un film divertissant et efficace.

  • Séquence culte : Parmi les personnes rencontrées par notre camionneur préféré, il y a cette femme jouée par Marion Edwards. Une auto-stoppeuse un peu envahissante qui va petit à petit croire que Keach est le tueur. Au point de manquer de fuir vers une issue vertigineuse. Qu'importe le mal est fait et Keach deviendra un suspect idéal. Le début d'une belle et grande aventure. 

Road Games

  • 19- Calme blanc (Phillip Noyce, 1989)

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Outre Babe, George Miller a produit d'autres films et parmi eux, il y a Calme blanc. Orson Welles avait commencer à tourner l'adaptation du roman éponyme de Charles Williams (1963), mais elle fait partie des nombreux films inachevés du réalisateur de Citizen Kane. Tony Bill avait essayé de reprendre les droits, mais n'avait pas réussi et au cours des 80's, le réalisateur Phillip Noyce propose le projet à Miller et Terry Hayes (script sur Mad Max 2 et producteur de Beyond the thunderdome). Miller finit par récupérer les droits auprès de la compagne de Welles, Oja Kodar. Le peu de scènes de Calme blanc se déroulant hors de la mer viennent de l'introduction (Nicole Kidman et Sam Neill ont perdu leur enfant dans un accident de voiture). Tout le reste montre notre couple en mer face à un invité surprise (Billy Zane encore loin du Titanic) et le suspense du film repose sur la survie du couple.

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Les autorités ? Elles sont trop éloignées pour agir, quand bien même elles le peuvent. Calme blanc se présente alors comme un huis clos en mer intéressant, doublé d'une course-poursuite, puisque Sam Neill essaye par tous les moyens de trouver le bateau où se trouve sa femme. Pour ce qui est de la fin, on voit qu'il y a eu un rajout. En effet, lors de projections-test, le public n'était pas convaincu de la fin initiale pourtant tout ce qu'il y a de plus logique. Des reshoots de dernière minute furent effectués et on se retrouve avec un rebondissement de trop. Dommage car Calme blanc se révèle convaincant dans son ensemble et est l'un des meilleurs crus de son réalisateur (parce que Salt et Le saint, ce n'est pas très reluisant).

  • Séquence culte : La seule scène de sexe du film n'est pas entre Neill et Kidman, mais avec cette dernière et Zane. Le malaise est certain avec l'oppresseur qui en profite et l'oppressée essayant de se sauver de la situation. 

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  • 20- Gattaca (Andrew Niccol, 1997)

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Il est amusant de se dire que le néo-zélandais Andrew Niccol a été crédité sur deux chefs d'oeuvre en moins d'un an. Paramount ayant préféré prendre un réalisateur plus expérimenté sur The Truman Show (il reste toutefois le scénariste du film de Peter Weir), le premier long-métrage de Niccol fut finalement Gattaca. Flop commercial à sa sortie, le film a suffisamment fait parler de lui pour devenir un des derniers grands classiques des 90's. Comme The Truman Show, Gattaca est une critique particulièrement virulente de notre socté. Une téléréalité poussée à l'extrême pour l'un, une socté régie par l'eugénisme à l'image du Meilleur des mondes (Aldous Huxley, 1932) pour l'autre. Il y a les enfants génétiquement parfaits et ceux qui sont nés normalement avec un temps de vie instauré dès la naissance (un peu comme dans In Time, mais en mieux).

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Niccol confronte deux personnages bien différents : Vincent un homme voué à mourir à 30 ans et voulant à tout prix devenir un astronaute (Ethan Hawke) ; et Eugène un homme parfait pour la socté, mais handicapé (Jude Law). Vincent va alors vivre la vie qu'il veut mener grâce à l'identité d'Eugène et ce dernier va revivre d'une certaine façon grâce à la présence de Vincent. L'intrigue policière a beau avoir une finalité banale, elle permet de mettre à rude épreuve son personnage principal, au point d'être confondu avec le tueur potentiel. Elle montre aussi la manière dont la police s'occupe d'une affaire dans une socté en apparence si parfaite. Gattaca montre une socté peu régie par les émotions et pourtant le film en est rempli, bien aidé par un casting de haut vol et la superbe musique de Michael Nyman. Un premier coup de maître pour un réalisateur qui déçoit un peu depuis quelques années.

    • Séquence culte (attention spoilers) : Une scène similaire apparaît lors du flashback sur la jeunesse de Vincent. Son frère Anton (Loren Dean) et lui nageaient jusqu'à ne plus tenir. Sauf que Vincent battait le frère parfait. Cette scène confirme que ce n'était pas dû au hasard. Cette anecdote montre que la socté de Gattaca n'est pas parfaite et les êtres soi-disant faibles ne le sont pas tant que ça.

  • 21- These final hours (Zak Hilditch, 2013)

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These final hours n'a pas eu la chance de passer dans les salles françaises, malgré une présentation à la Quinzaine des réalisateurs en 2014. Il sortira finalement en direct to video deux ans plus tard. Dommage, car le réalisateur de 1922 signe un film particulièrement convaincant. Dès le départ, nous savons que le film se finira mal : une météorite est tombée sur Terre et elle commence à réduire en cendres le monde. L'Australie est donc en passe de ne plus exister. On suit alors les pérégrinations de James (Nathan Phillips vu dans Wolf creek) dans une atmosphère de chaos. Les gens se suicident, d'autres tuent des personnes qui passent, deviennent fous, certains font la fête en espérant vainement survivre dans un bunker... Un peu comme si on assistait à la phase entre Mad Max et Mad Max 2, le pré et le post-apocalypse.

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En montrant peu mais bien (le budget n'est que de 2,5 millions de dollars), Zak Hilditch parvient à retranscrire un monde en voie d'extinction, à moins que ce soit déjà le cas. James n'est pas un homme parfait : il trompe sa copine (Kathryn Beck) avec une autre femme, qui plus est enceinte de lui (Jessica De Gouw). Un homme qui se défile et dont le but principal est de faire la fête. Il sera finalement rattrapé par la situation, rongé par les remords et accompagné d'une petite fille qu'il a sauvé de pédophiles (Angourie Rice que l'on verra ensuite dans The Nice Guys). Il va retrouver une certaine humanité alors qu'il ne lui reste plus que quelques heures à vivre. Le duo fonctionne pleinement à l'écran et sert de leitmotiv au film. Les deux acteurs font beaucoup dans la réussite d'un film qui mérite un peu plus d'attention.

  • Séquence culte : La scène la plus violente du film ou le sauvetage de Rose (Rice) par James. Une scène qui confirme que l'approche de l'apocalypse amène les esprits les plus dérangés à commettre les pires exactions.

  • 22- Animal Kingdom (David Michôd, 2010)

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Pour un premier long-métrage, on a vu pire comme casting : James Frecheville, Ben Mendelsohn, Joel Edgerton, Jacki Weaver, Sullivan Stapleton (SAS dans la série Strike back), Guy Pearce ou encore Dan Wyllie (le frère de Muriel, mais aussi un des codétenus de Chopper). David Michôd ne pouvait pas rêver mieux et le spectateur non plus. Mendelsohn avait déjà deux décennies de films et séries à son actif, mais c'est Animal Kingdom qui a fait exploser sa carrière, au point qu'il fut difficile de rater son visage durant cette décennie. Ici, il se révèle monstrueux en oncle psychopathe et paranoïaque (le plan où il tient une de ses victimes dans ses bras en pleine nuit est plutôt effrayant). Jacki Weaver a également connu un boom certain dans sa carrière grâce au film, alors qu'elle a débuté dans les 60's.

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Elle se révèle impeccable en chef de meute moins innocente qu'elle n'en a l'air. Un personnage impitoyable derrière des sourires en apparence gentillets, mais cachant un tempérament de lionne prête à bouffer sa proie si elle le peut. Le récit de Michôd est toujours passionnant, confrontant un jeune homme (Frecheville) à une famille de criminels qu'il connaît à peine et dont il va vite regretter d'en faire partie. Un héros vite dépassé par une situation où famille et flics sont prêtes à le dézinguer, jusqu'à ce qu'il prenne les choses en main. Après ce brillant essai, Michôd a confirmé avec l'excellent The Rover (2014), avant de se casser les dents sur War Machine (2017). En attendant The King qui devrait montrer le bout de son nez d'ici peu. En sachant qu'il existe une adaptation en série qui en est à sa quatrième saison.

  • Séquence culte : Une scène qui montre bien le problème Pope (Mendelsohn). Via un plan circulaire, le personnage observe sa proie (la petite-amie de son neveu jouée par Laura Wheelwright) jusqu'à ce qu'il la ramène dans une chambre. Si J (Frecheville) ne venait pas, qui sait ce qu'il se serait passé...

  • 23- Electric Boogaloo (Mark Hartley, 2014)

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L'australien Mark Hartley s'était fait remarquer avec le documentaire Not Quite Hollywood : The Wild, Untold story of Ozploitation (2008), qui s'intéressait au cinéma d'exploitation australien des 70's-80's. Deux ans plus tard, il prenait pour sujet le cinéma d'exploitation philippin avec Machete Maidens Unleashed !, avant de s'atteler au remake de Patrick (2013). Un an plus tard, il revenait avec un des documentaires les plus amusants sur le cinéma américain. En concurrence directe avec The Go Go Boys (Hilla Medalia, 2014) avec les principaux intéressés feu Menahem Golan et Yoram Globus, Electric Boogaloo évoque la Cannon, ce studio qui a touché à tout avant de sombrer à la fin des 80's, à force d'avoir la folie des grandeurs. Le documentaire (qui tient son titre de la suite de Breakin') est l'occasion de faire un petit inventaire de ce qu'a produit la Cannon, mais aussi d'aborder quelques anecdotes croustillantes.

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La rage de Golan envers Jean-Luc Godard quand il a vu son King Lear (1987), au point qu'il a ruiné son exploitation. Portés disparus (Joseph Zito, 1984) est en fait le second film tourné, Portés disparus 2 (Lance Hool, 1985) étant donc le premier jugé moins bon. Les multiples projets annoncés pour finalement peu de films produits, à l'image du "Golem" avec Charles Bronson classé sans suite. Au cas où vous ne le savez pas, le documentaire vous apprend même l'existence de The Apple, une comédie-musicale sur la Génèse (Golan, 1980) ! Electric Boogaloo est un vrai régal à regarder, non seulement parce que le film est drôle et fun, mais également car il évoque cette époque avec un ton piquant, sans être méchant. Puis cela m'a donné envie de voir certains films comme le plutôt bon Runaway Train (Andreï Kontchalovski, 1985) ou les films de Tobe Hooper.

  • Séquence culte : Outre la définition parfaite de ce qu'est Ninja III ("un mélange entre L'exorciste, un film de ninja et Flashdance."), l'un des moments les plus fascinants du film est quand l'actrice Laurene Landon en vient à brûler le script d'America 3000 (David Engelbach, 1985). Selon ses dires, elle serait vite partie du tournage, constatant que les techniciens étaient mal payés. Les risques de la Cannon : beaucoup de films produits, donc des techniciens devant agir vite et bien, quitte à être payés au lance-pierre. 

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  • 24- Master and commander (Peter Weir, 2003)

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Peter Weir a fait du chemin depuis La dernière vague. Progressivement, il est devenu un des réalisateurs australiens les plus sollicités dans le monde avec des grands films à son actif. Witness (1985) contrebalançait totalement les canons de l'époque en ne jouant pas sur les scènes d'action spectaculaires. Mosquito Coast (1986) dévoilait un Harrison Ford mégalo, cherchant à tout prix à construire sa propre société dans la jungle. Le cercle des poètes disparus (1989) est certainement le chef d'oeuvre de sa période américaine, film à la fois beau et terriblement triste, permettant au regretté Robin Williams de trouver un de ses rôles les plus marquants. Puis après le brillant The Truman Show, il se lançait dans le colossal Master and commander. Le film s'est soldé par un échec au box-office (212 millions de dollars de recettes pour 150 millions de budget), si bien qu'aujourd'hui il est un peu oublié.

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Comme Witness, Weir s'est amusé des conventions. Vous voulez voir des batailles navales ? Vous en aurez, mais pas que. Ainsi, Master and commander conte surtout les aventures d'un équipage anglais en pleines guerres napoléoniennes, avec ses hauts et ses bas. La mort n'est jamais très loin, que ce soit à cause des batailles ou des tempêtes. Russell Crowe porte le film avec grandeur face à un Paul Bettany très convaincant. Les deux personnages sont amis, mais le second n'hésite jamais à montrer les erreurs du capitaine quand il le faut. Le moteur du film réside également dans la traque d'un navire français par le navire anglais, ce qui n'est pas forcément signe d'action. Master and commander est donc une grosse production singulière, alliant scènes spectaculaires et moments de réflexion bienvenus. Une certaine idée de la prise de risque à Hollywood.

  • Séquence culte : Master and commander est un film où l'on voit l'argent à l'écran et le meilleur moyen de le voir est de regarder ses batailles navales. La première est un échec cuisant pour l'équipage de Crowe. Le début d'une traque contre vents et marées. 

  • 25- Sauvez Willy (Simon Wincer, 1993)

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Enfin terminons sur un des films cultes des 90's, le genre qui a tourné dans les magnétoscopes de plein de familles durant un grand nombre d'années, avant de sombrer dans l'oubli. C'est un peu mon cas avec Sauvez Willy que je regardais en boucle gamin et que j'ai dû revoir seulement deux fois en dix ans. Aux commandes, on retrouve l'australien Simon Wincer. Il fait partie de ces réalisateurs qui ont permis l'essort du cinéma australie avec le film Harlequin (1980). Plus tard, on l'a retrouvé aux commandes de DARYL (1985) avec Barret Oliver en robot ; d'Harley Davidson et l'Homme aux santiags (1991) où Mickey Rourke et Don Johnson étaient confrontés à la pègre ; ou encore du bien sympathique The Phantom (1996) avec Billy Zane en tenue moulante. Sauvez Willy est typiquement la grosse guimauve sans prétention que l'on regarde un dimanche après-midi en famille.

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Le film n'a quasiment aucun enjeu, si ce n'est Michael Ironside et Richard Riehle en magouilleurs de première essayant de tuer l'orque. Ce n'est pas le cas Jason James Richter qui va changer grand chose, le gamin étant insupportable. Le film se révèle particulièrement prévisible, tant la bande-annonce racontait quasiment tout (comme quoi, les trailers qui en montrent trop, cela ne date pas d'hier). La pauvre orque est évoquée sans cesse comme d'une baleine en VF (c'est peut-être le cas aussi en VO, mais je n'ai pas vérifié). Alors pourquoi Sauvez Willy était si populaire en 1993 ? Peut-être parce que c'était un film avec des animaux et que c'était la grosse sortie familiale du moment. Un film oubliable pour certains, un plaisir coupable ou un nanar pour d'autres. A vous de voir. Pour les plus courageux, il existe trois suites produites entre 1995 et 2010.

  • Séquence culte (attention spoilers) : Évoquée dès l'affiche, la fameuse fuite de Willy est certainement l'une des scènes les plus connues des 90's, au point d'avoir été parodié dans Les Simpson (1989-). Une scène qui sent bon les CGI vite faites au passage.

A la prochaine !