David Dunn est devenu un super-héros au fil du temps. Il se fait arrêté par la police alors qu'il s'apprêtait à en finir avec la Bête. L'occasion d'un séjour en psychiatrie aux côtés d'Elijah Price qu'il a autrefois fait arrêter...

Glass

Il est bon de vous prévenir avant de lire ce qui suit : M Night Shyamalan n'est pas forcément en odeur de sainteté dans ces colonnes, c'est même tout le contraire. La plupart des films vus sont en général peu appréciés par votre interlocuteur, à l'exception de quelques uns qui ne se comptent même pas sur les doigts d'une main. M Night Shyamalan n'en reste pas moins intéressant dans son parcours. Il débuta tranquillement (un premier film, Praying with anger, bien accueilli, un second, Wide awake, laissé trois ans dans un carton par Harvey Weinstein peu satisfait du cru), puis survint un succès fracassant avant une chute qui le fut tout autant. Son retour en grâce n'en était que plus surprenant, tout d'abord avec le found-footage The Visit (2015), puis Split (2017) tout deux produits par Jason Blum (aka le type qui produit dix films par an pour deux qui sortiront au cinéma). 

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La fin de ce dernier annonçait à demi-mot l'envie de Shyamalan de donner enfin suite à Incassable (2000), projet qu'il envisage depuis longtemps sans jamais avoir pu le concrétiser. Le succès de Split aidant (278 millions de dollars de recettes pour 9 millions de budget), le réalisateur parvient à négocier avec Universal et Disney (détenteur des droits d'Incassable) pour produire une sorte de troisième opus avec le retour de Bruce Willis et de Samuel L Jackson dans la peau de David Dunn et d'Elijah Price, en plus de James McAvoy dans le rôle de Kevin, l'homme aux multiples personnalités. Alors qu'en est-il de Glass (2019), film qui a pas mal divisé lors de sa sortie en janvier tout en grappillant pas mal de dollars (246 millions de dollars, même si on ressent une légère baisse par rapport à Split et que le budget est également plus gros) ? 

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Votre cher Borat est bien tenté de répondre que Glass fait revenir Shyamalan dans ses pires travers. Mais pour cela, il faut revenir en arrière. (attention spoilers) Son premier succès, Sixième sens (1999), détermine pas mal ce qui va suivre. Oeuvre à twist (ou plus simplement avec un rebondissement qui remet en partie en cause ce que vous avez vu auparavant), le film réussit son coup la première fois. Mais comme on le sait, un twist peut également se retourner contre le film lors des visionnages suivants. Ainsi en comparaison d'un Fight club (David Fincher) sorti la même année auquel le twist n'est finalement qu'un cache-misère pour évoquer d'autres choses, Sixième sens repose trop sur son twist à la revoyure, au point que le voyage se révèle bien moins intéressant que le coup de poker initial.

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A partir de ce film (si l'on excepte Incassable, Split et Le Dernier maître de l'air à la rigueur), Shyamalan va les multiplier au point que cela en deviendra une véritable marque de fabrique. Problème : la construction qui amène à cela ne fonctionne pas vraiment. Dans Signes (2002), le délire de l'extraterrestre qui débarque sur une planète pleine d'eau alors que cette dernière leur est toxique rappelle La Guerre des mondes (HG Wells, 1898) et ses adaptations. Sauf que cela paraît encore moins convaincant que les bactéries tueuses invisibles à l'oeil nu. Le village (2004) se noie tellement dans le symbolisme que cela en devient prévisible (faire partir une aveugle en sachant pertinemment qu'elle ne sera pas une menace pour les habitants, car elle ne pourra pas dire qu'elle a découvert le monde moderne).

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Le problème vient tout simplement de l'écriture se voulant fine, mais qui enfonce les portes ouvertes avec de gros sabots. Ce sera pareil pour son film suivant La jeune fille de l'eau (2005), où le rôle de Paul Giamatti est tellement évident symboliquement que l'on peine à croire que personne n'y pense durant le film. Encore pire, le film est écrit à la base comme un conte pour enfants (Shyamalan le racontait à ses enfants avant de dormir), mais est joué et se prend tellement au sérieux que cela en devient gênant. Phénomènes (2008) continuera de plus belle avec un twist qui laisse pensif tant il paraît improbable (la nature se révolte contre l'Homme et le tue grâce à des neurotoxines), sans compter la dernière scène qui en rajoute une couche. Quant à After Earth (2013), le twist était dévoilé dès les bandes-annonces (Jaden et Will Smith sont bien sur Terre).

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The Visit aura lui aussi droit à son twist prévisible (en plus d'être particulièrement répétitif et ennuyeux). Une technique qui a fini par lasser le public très rapidement. Avec Split, il revenait finalement au principe d'Incassable, à savoir faire un film où les capacités du personnage principal sont évoquées très rapidement (David Dunn est invulnérable sauf face à l'eau, Kevin a des personnalités plus dangereuses que d'autres dont une nommée la Bête), laissant le spectateur observer ce qu'il en fait au fur et à mesure du film. Si bien que quand ils deviennent pleinement ce qu'ils sont, il n'y a pas de retournement de situation. Même le cas d'Elijah Price paraissait de plus en plus évident au fil d'Incassable. Malheureusement, Glass va dans la direction des Sixième sens et consorts. Le twist paraît grossier, d'autant que la révélation arrive à la vitesse de l'éclair, au point de se demander si ce n'est pas une blague.

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La blague continue finalement à base d'explications lourdingues qui ne font que compliquer le raisonnement des personnages en question. D'autant qu'avant cela, on avait également du mal à adhérer à certains aspects. A l'image de Sarah Paulson en docteur qui essaye de faire croire à David, Elijah et Kevin qu'ils ne sont pas des super-héros ou du moins des êtres avec certaines capacités. Problème : le spectateur sait de quoi ils sont capables, faisant du docteur une inévitable nemesis au discours à double-sens, ce qui sera définitivement dit dans le final (faire croire à des gens qu'ils n'ont pas de capacités extraordinaires pour mieux les éradiquer). De même, la gestion de l'hôpital psychiatrique laisse à désirer et on peine à croire que des gens sérieux travaillent dedans (les allers et venues d'Elijah ne sont pas crédibles une seconde).

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Quant au deuxième twist (auquel peut se rajouter un troisième...), il est là aussi tellement surexpliqué que cela en devient presque comique. Shyamalan a souvent été taxé de "petit malin" à cause des multiples retournements de situation de ses films, mais force est de constater que cette expression convient parfaitement à son travail sur Glass. Shyamalan pense être malin avec ses twists et son raisonnement, mais au final il n'est jamais convaincant, ni intelligent dans sa manière de faire. Glass n'a pas que ces défauts d'écriture liés au style du réalisateur-scénariste. Le personnage d'Anya Taylor Joy semble totalement dénué d'intérêt sorti du contexte de Split, au contraire du fils de David (toujours incarné par Spencer Treat Clark) dont le cheminement est en adéquation avec le spectateur (comme lui, il croit en ce qu'est Dunn). David est malheureusement délaissé en plein milieu de film après avoir été présent dès les premières minutes, laissant sa place à Elijah et Kevin. 

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Le retour de Bruce Willis faisait d'ailleurs peur d'avance, car depuis au moins dix ans il accumule les films direct-to-video et des grosses productions avec un air de ne plus en avoir quelque chose à faire. Dans Glass, il s'en sort pas trop mal, retrouvant un peu la sobriété qu'il avait dans Incassable. Sam Jackson s'en sort très bien, d'autant qu'il apparaît comme l'acteur qui a le meilleur rôle du film. Par contre, James McAvoy subit une mauvaise direction d'acteur. Là où dans son propre film il arrivait pleinement à rendre crédible les protagonistes qu'il incarnait, ici c'est clairement la foire et cela devient vite pénible. Même le caméo de Shyamalan paraît aussi lourdingue qu'hors sujet (d'autant que la scène dure). Quant à la non-présence de Robin Wright, elle apparaît aussi triste que ridicule à l'écran (une doublure filmée de dos, empêchant toute émotion entre Willis et elle).

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Toutefois, le discours sur les comics est plutôt bien vu, continuant le cheminement d'Incassable sur le sujet. Là dessus, Shyamalan connaît son sujet et se fait plaisir dans sa réflexion à base de plan machiavélique, combat du bien contre le mal et personnages faisant face à des gens qui les méprisent pour ce qu'ils sont. Tout ne fonctionne pas, mais dans l'ensemble c'est le point fort qui émerge du film. (fin des spoilers) Outre le scénario qui a ses casseroles, on peut également dire qu'il manque clairement une musique digne de ce nom. West Dylan Thordson avait signé un score sympathique pour Split, mais ici il manque la présence d'un James Newton Howard, compositeur d'Incassable et de bons nombres de films de Shyamalan. Surtout si c'est pour reprendre bêtement certains de ses morceaux.

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Chassez le naturel, il revient au galop : telle est la métaphore pour évoquer M Night Shyamalan repartant dans ses pires travers avec Glass.