récupérateur de cadavres

Genre : horreur, épouvante 
Année : 1945
Durée : 1h18

Synopsis : Le docteur MacFarlane a besoin de cadavres pour ses recherches. Gray, un pilleur de tombes, lui fournit les corps, mais la demande devenant trop grande, il tue délibérément une fillette paralysée. Les meurtres vont se succéder. 

 

La critique :

Parmi les éminents réalisateurs du noble Septième Art, on omet souvent de préciser l'érudition, voire l'omniscience de Robert Wise derrière la caméra. La crise financière et internationale de 1929 oblige le jeune adulescent à interrompre ses études. Il s'expatrie alors vers les Etats-Unis et débute dans l'industrie cinématographique dès 1933 en tant que monteur. C'est presque de façon aléatoire que Robert Wise échoit à la mise en scène puisqu'il supplante, à la dernière minute, Gunther Von Fritsch sur le tournage de La Malédiction des hommes-chats (1943). 
Robert Wise enchaîne alors les séries B impécunieuses, notamment A Game of Death (1945), Né pour tuer (1947), ou encore Nous avons gagné ce soir (1950), des productions qui lui permettent néanmoins de s'ériger une solide réputation dans le milieu hollywoodien.

Le metteur en scène devra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à l'orée des années 1950 pour connaître son premier succès triomphal dans les salles obscures. Via Le jour où la Terre s'arrêta (1951), Robert Wise corrobore et avalise sa clairvoyance derrière la caméra. Dès lors, sa carrière connaît une ascension fulgurante grâce à plusieurs oeuvres clinquantes et sérénissimes, entre autres Les rats du désert (1953), Marqué par la haine (1956), West Side Story (1961), La Maison du Diable (1963), La mélodie du bonheur (1965), La canonnière du Yang-Tsé (1966), Le mystère andromède (1971), L'Odyssée du Hindenburg (1975), ou encore Star Trek, le film (1979). 
A travers cette filmographie chatoyante, Robert Wise montre également son caractère polymorphe et éclectique, passant ainsi de l'épouvante, de la science-fiction, du film martial à la comédie musicale sans sourciller. 

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Au moment où il réalise Le Récupérateur de Cadavres, sorti en 1945 et également connu sous le cryptonyme de The Body Snatcher, Robert Wise n'est pas encore ce metteur en scène avisé et orfèvre qu'il deviendra à postériori. A l'origine, ce long-métrage horrifique est l'adaptation d'une nouvelle, Le voleur de cadavres, de Robert Louis Stevenson. L'histoire originelle s'inspire également d'une histoire vraie et plus précisément d'un terrible fait divers "qui secoua la ville d'Edimbourg dans les années 1827-1828 et dans lequel fut impliqué le docteur Robert Knox, célèbre anatomiste écossais" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_R%C3%A9cup%C3%A9rateur_de_cadavres). William Burke et William Hare sont deux immigrants irlandais venus prêter main forte au docteur Knox. Au nom de la recherche scientifique et médicale, et avec l'assentiment béat du docteur Knox, les deux comparses commettent une série d'assassinats sanglants et terrifiants.

Arrêtés par la police, William Burke et William Hare revendiquent au moins les meurtres de 17 personnes, dont les cadavres ont été disséqués et anatomisés pour assouvir leur soif d'avidité, de vanité et de cupidité. Le récupérateur de cadavres a donc pour aspérité de retranscrire ce fait divers scabreux et sordide. A ce sujet, rappelons que le film sort à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et dans un contexte de décrépitude sociologique et sociétale. L'Europe est à l'agonie et encore tarabustée par le spectre du nazisme et du Troisième Reich, en dépit de la défection puis de la mort d'Adolf Hitler. Par sa roguerie et sa condescendance, Le récupérateur de cadavres réactive tous ces macchabées putréfiés, sacrifiés et tuméfiés lors d'un conflit épouvantable et encore imprimé par le sceau de l'Holocauste, qui deviendra ultérieurement la Shoah.

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En outre, le film de Robert Wise est souvent répertorié parmi les classiques somptuaires de l'épouvante. Reste à savoir si ce métrage horrifique mérite de telles flagorneries et de tels dithyrambes. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Au moins, The Body Snatcher peut s'enorgueillir d'une distribution soyeuse via les participations concomitantes de Boris Karloff, Bela Lugosi, Henry Daniell, Edith Atwater, Russell Wade, Rita Corday, Sharyn Moffett et Robert Clarke. Attention, SPOILERS ! (1) En 1831, le Docteur McFarlane (Henry Daniell) dirige l’Ecole de médecine d’Edimbourg. Donald Fettes (Russell Wade), élève de MacFarlane, souhaite soigner une petite fille victime de paralysie. MacFarlane se laisse convaincre mais a besoin d’un cadavre afin de préparer l’opération. 
Il fait alors appel aux services de John Gray (Boris Karloff)... (1) Mais ce dernier est un homme spécieux et obséquieux qui ne tarde pas à faire chanter le médicastre.

Le récupérateur de cadavres, c'est avant tout la rencontre, presque impromptue, entre Bela Lugosi et Boris Karloff. Pourtant, selon certaines galéjades, les deux comédiens se honnissent et s'invectivent d'injures en catimini. Alors que Bela Lugosi reste l'interprète voluptuaire du Dracula de Tod Browning en 1931, Boris Karloff a culminé les firmaments des oriflammes via Frankenstein (James Whale, 1931) et La Fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935). Toutefois, la fameuse confrontation entre ces deux acteurs antagonistes reste factice, voire élusive puisque Bela Lugosi apparaît dans un rôle mineur. Que soit. Le récupérateur de cadavres est aussi une production estampillée "RKO", une firme qui a déjà signé plusieurs classiques faramineux, notamment sous la férule de Jacques Tourneur (La Féline en 1942 et Vaudou en 1943). 

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Avec un titre aussi indécent et racoleur, Le récupérateur de cadavres n'élude pas les épigrammes ni les quolibets circonstanciés, d'autant plus que le film évoque sans barguigner un détrousseur de macchabées ; un didactisme qui réédite la barbarie et le primitivisme de la Seconde Guerre Mondiale, même si l'histoire du film est censée se dérouler au XIXe siècle. Certes, le scénario régenté par Robert Wise a de quoi faire frémir et pousser quelques cris d'orfraie lors de la sortie du film en salles. Au nom de la médecine et du complexe d'Icare, un éminent praticien s'adonne à des expérimentations scientifiques sur des cadavres précédemment meurtris par un serial killer peu amène (pléonasme !). 
Derechef, on songe aux exactions et aux impudicités proférées par le Troisième Reich via cette odontologie chirurgicale qui sacrifie des juifs et des résistants sans se soucier de l'éthique, d'une quelconque doctrine, d'une déontologie ou d'une certaine forme de mansuétude.

Le récupérateur de cadavres peut également escompter sur l'interprétation vétilleuse de Boris Karloff. Naguère, le comédien campait une créature anthropomorphe, hétéroclite et confectionnée à partir des organes et de l'équarrissage de divers macchabées. Désormais, l'acteur se retrouve dans un rôle antinomique. Le voici à son tour dans la peau d'un plagiaire et d'un pillard des morts. Un oxymore... Dans sa roguerie et son impertinence, l'artiste égrillard noie littéralement le film par sa seule présence. Le reste du casting fait le job, mais n'entrave aucunement le charisme du comédien polymathique. Certes, à raison, les contempteurs pourront maronner et clabauder après une première segmentation un peu trop emphatique et logorrhéique, atténuant de facto le rythme du film. 
A contrario, il faudrait se montrer rustre et particulièrement vachard pour ne pas discerner les qualités de ce film épouvantable. Par ailleurs, le métrage se conclut sur ce bon vieil adage d'Hippocrate : "L'homme s'élève dans l'erreur, mais il apprend dans la tragédie". Cependant, même si The Body Snatcher justifie son visionnage, il reste néanmoins inférieur aux productions citérieures de la société RKO. On songe encore une fois à Vaudou et à La Féline (toujours la même antienne...), deux autres classiques faramineux qui ont largement estourbi les persistances rétiniennes en leur temps.

 

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/le-recuperateur-de-cadavres-wise