Suite à un voyage, Woody s'égare avec le nouveau jouet de Bonnie. Mais il va faire une rencontre imprévue qui pourrait changer bien des choses...

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Il s'en est passé des choses depuis Toy Story 3 (Lee Unkrich, 2010). Après Coco (2017), son réalisateur est parti vers d'autres horizons. Pixar a subi de sacrés contre-coups entre les attaques sur sa prétendue baisse de qualité due aux suites (or, ces dernières étaient tout sauf déshonorantes, voire très bonnes) et les accusations d'harcèlement sexuel à l'encontre de John Lasseter. Le réalisateur des deux premiers Toy Story a dû quitter ses fonctions de directeur artistique et créatif chez Pixar et Disney. De la même manière, il s'est désisté du poste de réalisateur sur Toy Story 4, laissant sa place à Josh Cooley, réalisateur des courts-métrages George et AJ (2009) et Riley's first date ? (2015). Réaliser une troisième suite au film de 1995 n'a rien d'étonnant, puisque le studio avait produit une série de courts-métrages plus ou moins longs montrant les aventures de nos héros aux côtés de la petite Bonnie.

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L'absence des jouets sur le grand écran a donc été bien différente de l'époque où l'on attendait ne serait-ce qu'une annonce pour un nouveau film. On ne va pas se mentir, il était quasiment impensable que Toy Story 4 soit aussi définitif que son aîné. Il ne restait donc plus qu'à savoir s'il s'agissait de l'opus de trop ou d'un film de qualité. Cooley annonce la couleur dès les premières minutes. Si Toy Story 3 montrait la fin du voyage du groupe de jouets d'Andy, ce quatrième film montre la fin du voyage de Woody. (attention spoilers) Pendant vingt-quatre ans, nous avons suivi le cowboy dans ses aventures, le voyant changer de point de vue, aidant des jouets ne croyant plus en rien ou en quête d'identité ; et a vu l'enfant qui l'a acheté et aimé laisser sa place à une autre enfant tout aussi aimante. 

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Woody a toujours été un meneur pour les autres, mais il s'est oublié avec le temps et le retour de la Bergère apparaît comme un déclic. Les deux premiers films montraient une relation fusionnelle entre les deux personnages et beaucoup de spectateurs ont été surpris de la non-présence de la Bergère dans le film suivant, à peine évoquée par Woody avec tristesse. La voir partir lui a fait un choc (signant au passage une des plus belles scènes vues au cinéma cette année) et c'est pareil quand il la retrouve. La Bergère a changé, entrant en contradiction avec le modèle qu'en a fait Andy au fil des années. Elle n'est plus une jouvencelle en détresse, c'est même elle qui bat la plupart des adversaires présents sur son chemin au cours du film. La différence avec Woody qui a toujours été vu comme un héros d'action par les enfants, alors qu'il n'en est pas un en réalité.

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De plus, là où le cowboy a toujours préféré être le jouet d'une personne, la Bergère ne voit pas de soucis à devenir le jouet de plusieurs. La conclusion du film n'en est que plus évidente, renvoyant directement à la scène d'ouverture : Woody ne laissera pas la Bergère partir une seconde fois. L'impact de ce final est différent de celui de son aîné, mais il s'en dégage là aussi quelque chose de terriblement beau et logique. Il y aura probablement d'autres projets autour de Toy Story à l'image de courts-métrages ou séries dérivées, mais Toy Story 4 symbolise définitivement un point de non-retour, celui d'une franchise qui a atteint un but précis. Les autres personnages historiques sont ainsi moins présents, Cooley privilégiant Woody volontairement. Buzz apparaît comme un leader qui se cherche.

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Le personnage doit faire face à de nouvelles responsabilités, celles de prendre la relève de Woody et il doute. Le Buzz présent n'est pas sans rappeler celui d'une bonne partie du premier volet. Un personnage incertain et moins sûr de lui, ne sachant pas trop quoi faire. En 1995, Woody le raisonnait dans un état dépressif total. Ici c'est Buzz qui lui donne les mots magiques, confirmant que leur histoire d'amitié est une des plus belles du cinéma. Pour ce qui est des nouveaux personnages, ils évoquent des points déjà vus dans la franchise comme l'abandon. Gabby Gabby est une poupée de porcelaine qui désire être aimée par la petite-fille de la propriétaire d'une boutique et pour cela, elle espère utiliser le vieux disque de Woody pour avoir une plus belle voix. Malgré un air diabolique au premier abord en faisant une sorte de Lotso bis, elle devient de plus en plus touchante une fois que l'on comprend sa démarche. 

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D'autant que ses comparses permettent quelques moments de malaise, rappelant les fameux Gentlemen de Buffy contre les vampires (1997-2003) par leur côté désarticulé. Duke Caboom est un jouet à moto vendu un peu comme Buzz sur un aspect spectaculaire, alors que malheureusement ses options sont limitées par la réalité. Toutefois, il est attaché au petit garçon à qui il a été offert, y faisant toujours référence malgré le rejet qu'il a subi. Fourchette est un jouet fait main et n'étant pas conscient de ce qu'il est devenu. Ce qui vaut un beau running-gag au passage et un attachement direct. Malgré plusieurs scènes drôles, le duo de peluches est moins intéressant car peu touchant et doublé en VF par l'exécrable Jamel Debbouze (qui fait encore une fois n'importe quoi avec son texte) et le laborieux Frank Gastambide. Pixar a atteint un tel niveau en terme d'animation qu'il est difficile d'être surpris et pourtant, Toy Story 4 impressionne par le rendu de la porcelaine sur Gabby Gabby, la Bergère et ses moutons. Comme quoi, Pixar a encore de belles choses à montrer. (fin des spoilers)

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Toy Story 4 arrive après un opus difficile à dépasser. A travers les yeux d'un vieux cowboy amoureux, il confirme que la franchise avait encore des choses intéressantes à raconter.