Une jeune femme et son père sont attaqués par des alligators, alors que l'Etat de Floride est pris dans un ouragan...

Crawl

Il s'en est passé des choses pour Alexandre Aja depuis Horns (2013). Si le film avec Daniel Radcliffe était bien réalisé, il n'en restait pas moins très prévisible. C'est aussi le début d'une série de malchances pour le réalisateur français. Horns est racheté par les Weinstein et sort plus d'un an après sa présentation à Toronto (Metropolitan l'a sorti en France un mois avant les USA). Il enchaîne avec un film plus dramatique, La neuvième vie de Louis Drax (2016). Si le film ne vous dit rien, c'est normal. Après une présentation à Toronto, le film attendra plus d'un an avant d'être diffusé, puisque Miramax a été racheté par beIN Media Group et les nouveaux patrons n'avaient pas grand intérêt pour le film. Aja a bien essayé de sortir le film au cinéma un peu partout, mais Miramax comme Summit (qui a racheté les droits aux USA) l'ont laissé dans un carton, avant de le distribuer majoritairement en vidéo. 

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La neuxième vie de Louis Drax, un film qui a failli coûter cher à Alexandre Aja.

Du coup, le film est sorti en France comme un direct to video en 2017 grâce à Carlotta. Mais ce ne serait pas tout si le réalisateur n'avait pas vu la plupart de ses projets abandonnés pour diverses raisons. La palme à son adaptation de Space Adventure Cobra (Buichi Terasawa, 1978-84) qui ne se fera probablement pas. Ou alors dans une énième version, puisque le script tel qu'il était encore en 2015 est trop ressemblant d'un film sorti depuis, à savoir Les Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014). Sans compter la question de trouver un acteur principal fort, capable d'attirer les foules, la bande-dessinée n'étant pas vraiment populaire aux USA (chose qui a fait défaut à Luc Besson avec son Valérian par exemple). En l'instant, le projet est au point mort comme une série tirée de Scanners (David Cronenberg, 1981).

Cobra

Cobra le projet qui fait envie, mais que personne ne veut financer.

Par chance, Aja a reçu ces dernières années le script de Crawl par le producteur Craig Flores (300). Comme souvent (c'était déjà le cas sur Piranha 3D), le réalisateur est repassé sur le script sans être crédité, sortant l'histoire du seul sous-sol d'une maison et augmentant considérablement le nombre d'alligators présents à l'écran (initialement un). Après un arrêt faute de financements, il contacte Sam Raimi avec qui il avait failli faire Les messagers dans les 2000's. Le projet se fait finalement avec Raimi et la Paramount à la production. Une expérience qui semble porter un minimum ses fruits, car avec une concurrence disneyenne féroce (entre le Spider-man et le remake du Roi Lion), le film a tout de même récolté plus de 48 millions de dollars pour seulement 13 millions de dollars de budget et a été bien accueilli.

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L'ironie veut qu'en cette sinistre année 2019 où la plupart des films américains intéressants sont animés ou sont sortis aux USA l'année dernière, Crawl a plus de gueule que la quasi-totalité des grosses productions hollywoodiennes sortis depuis janvier. Un constat assez affolant qui illustre le niveau de fainéantise des blockbusters annuels, mettant plus d'argent dans les cachets exorbitants de certains acteurs plutôt que dans les effets-spéciaux et le visuel qui en auraient plus besoin. Aja a insisté pour que les effets-spéciaux (et en particulier les alligators joués en partie par des mecs en costume vert) soient la partie principale du budget et cela s'en ressent. Les crocodiles sont très bien faits, sans compter certains aspects peu ragoûtants. On pouvait penser au préalable qu'un film d'alligators par Aja ferait redite après Piranha 3D (2010).

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Sauf que le réalisateur change totalement d'ambiance. Si Piranha 3D avait ses moments de tension, il n'en restait pas moins un film fun et régressif, ne se prenant pas trop au sérieux. Crawl lorgne davantage du côté de Jaws (Steven Spielberg, 1975), lui faisant même un clin d'oeil en citant son climax pour une scène bien craspec. A l'heure où les films d'horreur de studios hollywoodiens sont synonymes de films sans grand intérêt, faits à la va-vite ou se complaisant dans la parodie et les automatismes (le jump scare notamment), voir un film d'horreur de studio prenant le genre au sérieux fait plaisir à voir. D'ailleurs, les rares jump scares sont très bien amenés et n'ont pas besoin d'une musique qui s'arrête et reprend pour exister. Aja s'amuse même de l'arrière-plan, permettant ainsi de toujours garder le spectateur en haleine dans des moments soi-disants calmes. De la même manière, le réalisateur ne ménage pas non plus ses personnages.

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Les plus secondaires finiront au menu d'alligators particulièrement gloutons, quand les héros (le père et sa fille joués par Barry Pepper et Kaya Scodelario) subiront plus d'une attaque des animaux avec blessures et autres joyeusetés en pagaille. Le duo Pepper / Scodelario fonctionne du tonnerre, amenant d'office à s'identifier à leurs personnages. (attention spoilers) Un père et sa fille confrontés au délabrement d'une maison qui n'a plus rien de familial. Le bâtiment apparaît comme une métaphore de la situation familiale, avec un père divorcé qui ne veut pas vendre sa maison car elle symbolise ses plus belles années ; et une fille qui préfère avancer. Par cet aspect, Aja parvient à rendre ses personnages d'autant plus humains. C'est aussi là où l'on voit ce qui différencie un réalisateur qui prête attention à l'écriture de ses personnages même dans un film d'horreur ; et un vulgaire tâcheron qui va multiplier les personnages dans le but d'aligner les cadavres. (fin des spoilers)

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Quasiment le même budget qu'un film Blumhouse et pourtant un film meilleur et plus travaillé que leurs productions. Comme quoi c'est possible à Hollywood.