Dani vient de vivre un drame familial et décide d'accompagner son petit-ami et ses amis à un festival se trouvant en Suède...

Midsommar

En juin 2018, Hérédité est apparu comme une bombe. Alors que beaucoup s'extasiaient devant le bien gênant Sans un bruit (John Krasinski) sorti en France au même moment, le film d'Ari Aster fut un choc pour votre interlocuteur. Le genre de films que l'on oublie difficilement après visionnage de par sa réussite formelle, mais aussi par des images spécifiques qui restent en mémoire. A peine était-il sorti que son réalisateur lançait la production de son nouveau film, un scénario qu'il avait écrit avant Hérédité et qu'il a à peine modifié durant la post-production de son premier long-métrage. Midsommar est donc arrivé la semaine dernière sur les écrans français. Alors est-il aussi marquant qu'Hérédité ? Oui, mais pas de la même manière. Là où Hérédité était un malaise constant sur deux heures, Aster se permet d'être un peu plus gentil avec le spectateur en faisant quelques pauses entre les grosses scènes choc. 

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L'écriture est également différente, même si le réalisateur utilise à nouveau la thématique du deuil. Hérédité allait de plus en plus vers l'horreur, aspirant ses personnages dans un chaos inévitable ; là où Midsommar joue plus sur la description et amène ses personnages et le spectateur dans un trip impressionnant. (attention spoilers) Comme Toni Collette dans Hérédité, Dani (Florence Pugh formidable dans un rôle particulièrement difficile) est en plein drame familial (ses parents et sa soeur viennent de se suicider). Le métrage va l'amener à un processus de deuil douloureux, mais qui aura pour vocation de lui faire reprendre confiance en elle. Elle est vue par les amis de son petit-ami Christian (Jack Reynor) comme un boulet, une personne qui empêche soi-disant leur ami d'avancer dans la vie et ce dernier ne semble pas non plus l'aider au moment où elle a le plus besoin de lui. Ce qui amène inévitablement Dani à penser qu'elle est le problème. Or, le problème vient des autres et Aster va le confirmer durant tout le film. 

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En plaçant le groupe de personnages dans un festival où règne une communauté, Aster va montrer le véritable visage de ses protagonistes. Dani est une femme qui cherche à retrouver goût à la vie. Elle va s'assimiler à la communauté et devenir un de leurs membres importants en devenant la reine de mai. On le comprend d'autant mieux lors de la scène de danse où elle en vient à se faire comprendre bien que les autres personnages parlent suédois ; ou par la scène de pleurs, où les femmes sont en osmose avec elle et l'aident à expulser sa douleur. Ces scènes montrent qu'elle n'est pas seule et que des gens la comprennent dans ses joies et ses peines. En revanche, tous les autres vont accumuler les erreurs, au point de disparaître progressivement. Mark (Will Poulter) a blasphémé la communauté et ses défunts en urinant sur un arbre sacré.

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Josh (William Jackson Harper) a fait de même en prenant des photos d'un livre sacré. D'autres personnages disparaissent, surement parce qu'ils comptaient évoquer ce qu'il s'est passé là-bas en partant du festival. Quant à Christian, c'est plutôt un cumul de différentes choses. Au début du film, il semble que la relation entre Dani et lui soit tendue, voire que la fin du couple est proche. Le drame arrivé, Christian continue à être distant et par la suite, une scène montrera à quel point il n'a aucune attention pour sa compagne et ne cherche même plus à sauver les apparences. Elle vient le voir alors qu'il pose des questions à quelqu'un, parlent ensemble et une fois qu'il a fini, il reprend sa conversation comme si de rien était. Aster ne se focalise pas sur Christian, mais sur Dani et on voit le sentiment de désarroi du personnage.

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Un détâchement que l'on retrouve également au début lorsque Dani est en détresse au téléphone et qu'il met un certain temps à répondre à chaque fois. Mais outre sa compagne, il se met également à dos Josh en prenant le même sujet de thèse que lui. La preuve de son manque d'ambition et de sa lâcheté chronique. Pour contraster avec eux, le seul membre du groupe qui connaît les festivités (Pelle joué par Vilhelm Blomgren) est également le seul à s'intéresser à Dani, à avoir de l'empathie pour elle. C'est ainsi le seul à lui présenter ses condoléances après le drame. Il est possible que Pelle voit en Dani sa reine, même si ce n'est pas clairement dit. Ainsi, plus que les événements qu'il relate, Midsommar se distingue par un traitement des personnages principaux exemplaire, n'ayant jamais peur de les sortir de leur zone de confort, quitte à montrer leurs pires travers.

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Si toute la mythologie autour de la communauté n'est pas évoquée en détail, ce qui est dit ou montré est suffisant pour se prêter au jeu. L'idée des cycles apparaît comme pertinente, d'autant plus quand on met en relation ce qui est montré lors de scènes spécifiques et l'introduction (deux personnes arrivées en fin de vie et une plus jeune se sacrifiant volontairement). L'introduction devient donc une sorte d'avant-goût d'horreurs difficiles à regarder, mais qui ne manquent pas de sens dans la logique de la communauté. En parlant d'horreurs, Aster a encore frappé fort d'un point de vue graphique. S'il ne dévoile pas le suicide même, il montre l'inquiétude de Dani due aux dernières déclarations de sa soeur et à l'impossibilité de pouvoir la contacter. L'impact est le même pour elle que pour le spectateur, car il apprend la nouvelle en même temps qu'elle, voire pire la constate en image.

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Des visages inanimés qui finissent dans des sacs plastiques à la vitesse de l'éclair, mais aussi le mécanisme même du suicide qui fait froid dans le dos ; et enfin un travelling avant donnant sur la chambre où est la soeur et où la caméra ne s'arrête pas sur elle, mais sur son ordinateur où apparaissent les dits messages. Ce qui renforce le côté glaçant de la scène, faisant des cadavres des parties du décor. Il en va de même pour les suicides du rite, dont la réalisation en temps réel repousse sans cesse l'irréparable et quand cela arrive, le choc psychologique est inévitable. Aster ne montre pas tout par la suite, pour éviter la boucherie gratuite certainement, mais également parce qu'au final, il n'a pas tellement besoin de montrer certaines choses. Des personnages disparaissent au cours du film et leur simple disparition suffit à faire comprendre au spectateur qu'il y a un souci.

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Il n'en reste pas moins que Midsommar est une oeuvre radicale à ne pas mettre devant tous les yeux. Un autre aspect risque de décontenancer le spectateur, à savoir le trip. A partir du moment où nos héros sont arrivés à bon port, ils prennent diverses substances. Aster est malin et va donc jouer avec la perception du spectateur. Ainsi, des éléments bougent, parfois dans des situations crades (on pense au camarade Simon qui a l'air d'avoir passer un sale quart d'heure) ou alors à des moments impromptus (comme cette fleur dont le milieu augmente et rapetisse successivement). Ce qui donne l'impression au spectateur de vivre aussi un trip, bon ou mauvais, donnant l'impression d'être en communion avec les personnages du film et de mieux accepter cet univers. Ce qui ne fait que confirmer qu'Ari Aster est aussi bon dans le fond que dans la forme. (fin des spoilers)

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Si Midsommar n'est pas une claque aussi ravageuse qu'Hérédité, il n'en reste pas moins un sacré morceau, désarçonnant son spectateur tout en proposant une écriture de personnage fascinante. Ari Aster confirme l'essai et s'impose comme un des réalisateurs émergents phares des 2010's.