"Le cinéma français c'est de la merde !", "Il y a eu des Palmes d'or françaises ? Comment c'est possible ?"... Vous en avez marre d'entendre systématiquement les mêmes reproches envers le cinéma français ? Alors cette rubrique est faites pour vous. Les films français de qualité ne manquent pas, qu'ils soient des 90's ou de 2010's. L'occasion d'évoquer des films français ou réalisés par des français que j'aime à divers degrés ou même quelques curiosités qui mériteraient un peu plus de visibilité. En ces temps de déconfinement, voici trois films à (re) découvrir !

  • Orfeu Negro (Marcel Camus, 1959)

Orfeu

L'amour impossible d'Orphée et Eurydice transposé dans les favelas de Rio de Janeiro. Voici l'idée qu'a eu Vinicius de Moraes en 1942. Si la pièce n'avait pas pu se monter à l'époque, sa première représentation a eu lieu en 1956 et une adaptation cinématographique a été produite deux ans plus tard avec le français Marcel Camus aux commandes. Une coproduction franco-italo-brésilienne tournée en portugais dans les rues de Rio, avec un casting quasiment composé d'acteurs noirs. Ce qui n'a pas forcément plu au public brésilien, évoquant que Rio a une population bien plus métissée que dans le film et que l'image montrée n'est pas forcément très représentative de la ville.

Negro

 

Ce qui n'empêche pas le film d'être un succès dans le monde, auréolé dans un premier temps par la Palme d'or en 1959, puis par l'Oscar du meilleur film étranger l'année d'après. Orfeu Negro est une plongée fascinante dans les favelas où la pauvreté est aussi présente que la joie de vivre, avec comme contexte un événement populaire par excellence : le carnaval de Rio. A l'image des héros (Orfeo, sa fiancée Mira, l'amante Eurydice et sa soeur Serafina), le spectateur est happé par l'ambiance du carnaval et la musique terriblement entraînante. L'actualisation du mythe dans un décor différent fonctionne (au contraire du Parking de Jacques Demy), alors que la fin, plus portée sur le mythique, était bien casse-gueule dans ce contexte plus réaliste. A cela rajoutez un casting qui fonctionne du tonnerre dans un film envoûtant et réussi.

  • Une journée bien remplie (Jean-Louis Trintignant, 1973)

Journée

Jean-Louis Trintignant est une des légendes vivantes du Cinéma français en tant qu'acteur. Mais saviez vous qu'il avait réalisé deux films ? Une journée bien remplie fut le premier. L'acteur ne se met pas en scène, laissant la place à Jacques Dufilho dans le rôle principal. Il lui offre un rôle atypique d'homme décimant diverses personnes sur un chemin bien défini. Dit comme cela, on pourrait penser à un thriller glaçant. Mais Trintignant réussit à en tirer un film absurde bourré d'humour noir. La scène d'ouverture annonce la couleur, présentant le personnage durant son premier méfait. Un homme sorti de nulle part débarque avec un engin pour alpaguer une voiture avec une personne dedans.

Bien

 

La scène décontenance dans un premier temps, le spectateur se demandant dans quoi il s'embarque. Puis le côté absurde prend le pas et s'accentue d'autant plus au cours du film. A l'image de ce passage délirant où le tueur se trompe de personne et en vient à s'excuser auprès d'elle, tout en lui sauvant la vie... avant de liquider la bonne cible ! La raison de cette traversée sanglante (mais pas gore, loin de là) est évoquée au bout d'un moment, ne justifiant toutefois pas les actes en les qualifiant de légitimes. On ne saura d'ailleurs même pas si l'objet de la vengeance (un proche) avait commis les faits qui lui étaient reprochés ou pas. Pour le personnage de Dufilho et sa famille, il était innocent et la vengeance contre ceux qui l'ont envoyé à la mort est une évidence.

Remplie

Trintignant ne fait même pas de Dufilho un ennemi inquiétant. Habillé comme un majordome, il passe partout sans être réellement inquiété avec son pistolet silencieux et son side-car où il balade sa mère complice (Luce Marquand). Même s'il finit par être révélé au grand jour, le personnage ne changera jamais son fusil d'épaule, ayant toujours une carte d'avance sur tout le monde. Le final réussit même à rajouter un peu de cynisme supplémentaire au film, évoquant un éternel recommencement. Les meurtres sont également très différents et plutôt inventifs, allant du piège vicieux à une longue traque à suspense. Le plus incroyable est que le spectateur peut facilement s'amuser des aventures de Dufilho, comme avec celles de Matt Dillon dans The house that Jack built (Lars Von Trier, 2018).

Une

 

Même si le film de Von Trier est plus trash, on peut toutefois s'attacher au parcours improbable d'un tueur, plus peut-être qu'avec leurs victimes finalement anecdotiques et dont on sait bizarrement qu'elles vont toutes passer à la casserole. Soit faire accepter au spectateur de suivre un personnage moralement déviant, chose dont raffole le cinéma depuis bien longtemps. Trintignant se fait même plaisir en réalisant une course-poursuite jubilatoire dans des petites rues. En résulte, un premier film réjouissant où son réalisateur traite de manière habile un sujet sortant des sentiers battus, qui plus est avec un acteur principal impeccable.

  • Viens chez moi, j'habite chez une copine (Patrice Leconte, 1981)

Viens

Michel Blanc a longtemps alimenté sa filmographie de rôles à la Jean-Claude Dusse, qui plus est sous la direction de Patrice Leconte. Des mecs pas doués en amour voire en rien, pas bien dans leur peau et qui cumulent les casseroles. Mais le personnage de Viens chez moi, j'habite chez une copine va encore plus loin. C'est un véritable tueur. Mais pas un tueur dans le genre "qui tue des gens". Non. Guy est un gars qui s'incruste chez les gens, râle quand ça ne va pas dans son sens et vous attire des emmerdes. Le genre avec la réplique qui fuse au bon endroit et en faisant un personnage génialement détestable. Rien ne va avec Guy. Il cherche du boulot mais à sa manière, ce qui donne un dialogue de sourds ahurissant entre deux tartines et un bain.

Chez

 

Quand il trouve un boulot, il fout dans la merde son ami Bernard Giraudeau à base de vols et de coucherie. Quand il invite une femme chez Giraudeau et Thérèse Liotard, il dit que c'est son appartement et qu'ils sont ses collocataires. Il manque même de les embarquer dans une partouze avec Anémone. Puis il y a les punchlines fracassantes écrites par Blanc qui fusent telles des tirs de mitraillettes :

  • "Qu'est-ce qu'on mange ce soir ? 
  • - J'ai pris du foie. 
  • - Oula ! Je vais peut-être pas bouffer à la maison !"
  • "Vous avez pas la télé, c'est chiant pour le soir."
  • "Ouais j'ai des diplômes. Enfin faut que je remette la main dessus. Enfin, j'en ai... mais je suis français... Non je dis ça parce que de fois… Attendez ne quittez pas, faut que je surveille mon bain."

Ce qu'il y a d'incroyable avec Blanc est qu'il dit ses répliques avec un naturel sidérant. Le spectateur se demandera plusieurs fois si le personnage est sérieux ou totalement ingénu. Ce qui le rend d'autant plus hilarant. Face à la tornade Blanc, Giraudeau et Léotard sont évidemment moins convaincants, mais ils font de bonnes prestations tout de même. L'occasion de revoir également La Francine aka Christine Dejoux en amante passagère. Viens chez moi, j'habite chez une copine est une comédie jouissive où Patrice Leconte s'amuse avec un personnage principal très bien croqué. La forme peut paraître simple, mais le reste emporte le tout.

Anémone

A la prochaine !