"Le cinéma français c'est de la merde !", "Le cinéma français n'est pas ambitieux et n'a rien de novateur"... Vous en avez marre d'entendre systématiquement les mêmes reproches envers le cinéma français ? Alors cette rubrique est faites pour vous. Les films français de qualité ne manquent pas, qu'ils soient des 2010's ou des 90's. L'occasion d'évoquer des films français ou réalisés par des français que j'aime à divers degrés ; ou même quelques curiosités qui mériteraient un peu plus de visibilité. En ces temps où les masques tombent, voici trois films à (re) découvrir ! 

  • Malevil (Christian de Chalonge, 1981)

Malevil

Oui, il existe de la science-fiction française hors Luc Besson au cinéma. Et oui, le cinéma apocalyptique français existe également. On peut même dire qu'il existait avant les deux premiers long-métrages de George Miller. La preuve avec La jetée (Chris Marker, 1962) ou Paris qui dort (René Clair, 1924). Confirmant l'héritage science-fictionnel français (après tout, La Planète des singes est un roman français), Malevil est l'adaptation très libre du livre de Robert Merle (1972). Libre car il y a pas mal de changements, y compris sur le sort des personnages. Ce qui n'empêche pas Christian de Chalonge de signer un film post-apocalyptique intéressant l'année de Mad Max 2 (Miller, 1981).

Dutronc

Si chez Miller, on sort les motos, les camions et les voitures, ici on est plutôt à cheval et en marche (les pieds, pas le parti). Si dans Mad Max 2 on est déjà dans un monde ravagé et désertique, ici on est carrément dans l'après explosion nucléaire, à l'image de ce que l'on verra par la suite dans le téléfilm de Nicholas Meyer, Le jour d'après (1983). Les corps qui subissent le coup des radiations, le manque de nourriture (mais pas de picole, le décor principal étant un château avec une cave à vins), la vie entre survivants, puis la découverte de survivants bien moins aimables. Le rythme de Malevil est peut-être très lent par moments, De Chalonge signant un film apocalyptique contemplatif, ce qui pourra rebuter certains. Ce qui veut dire également une action rare et un film qui va davantage miser sur l'ambiance.

Survivants

Ce qui n'est jamais un souci, d'autant plus que le film peut compter sur un casting solide, de Michel Serrault à Jacques Villeret simplet, en passant par Jean-Louis Trintignant en leader aux méthodes extrêmes. L'air de rien, le film avait connu un petit succès avec 1,4 million d'entrées, loin du bide du Terminus (Pierre-William Glenn, 1987) avec le roi de la boîte à coucou, sorti quelques années plus tard et plus proche de l'univers de Miller. Au passage, une autre adaptation de Malevil a été réalisé en 2013, cette fois-ci pour la télévision, avec Anémone, Bernard Yerlès et Jean-Pierre Martins.

  • L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot (Bromberg, Medrea, 2009)

Clouzot

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot (1964) est un film dont le public a enfin pu voir les rushes (ou du moins une bonne partie) dans l'excellent documentaire césarisé de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea. L'histoire débute au début des 60's. Henri-Georges Clouzot n'a plus rien à prouver avec des films comme L'assassin habite au 21 (1942), Les diaboliques (1955), Le salaire de la peur (1953) ou La vérité (1960) à son actif. Ses méthodes souvent radicales sur les tournages sont également bien connues. Il tombe alors en dépression suite à la mort de sa femme Véra, avant de revenir avec un projet censé changer la donne. L'histoire d'un gérant d'hôtel jaloux faisant vivre un enfer à son épouse. Il engage Serge Reggiani et Romy Schneider pour les rôles vedettes et fait divers essais.

Essais

 

Les essais doivent servir de base aux séquences de rêves et fantasmes de Reggiani qui seront en couleur, les parties dites "normales" devant être en noir et blanc. Columbia dit banco. Mieux, le studio lui donne un budget illimité. Si Clouzot s'éclate comme un petit fou sur les scènes en couleur (les rushes sont absolument démentiels et spectaculaires, le réalisateur ayant expérimenter jusqu'à plus soif), les choses ne se passent pas très bien sur le tournage principal qui va s'avérer être un vrai bordel. Le réalisateur réécrit le scénario constamment, improvise beaucoup au point de fatiguer les techniciens et ne parvient pas à diriger trois équipes de tournage convenablement. Reggiani et lui ne s'entendent pas du tout, au point que l'acteur finit par partir, laissant un temps sa place à Jean-Louis Trintignant.

Schneider

Mais le sort s'acharne : Clouzot fait un infarctus et laisse définitivement tomber L'Enfer. Un rendez-vous manqué rapidement devenu culte et qui n'est plus vraiment un fantasme désormais. Le documentaire montre un Clouzot aussi bien au sommet de son art que totalement dépassé par une situation où il a beaucoup trop de choses sur les épaules. Il est d'autant plus dommage que le film aurait dû être un tremplin post-Sissi pour Schneider et l'actrice devra encore attendre un peu avant d'exploser en France. Comme quoi, les pleins pouvoirs ont également leurs limites. Le documentaire est également un moyen de voir des scènes non-tournées jouées par Jacques Gamblin et Bérénice Bejo. Evidemment, c'est plus simple et moins fort, mais cela reste intéressant à voir.

  • L'Enfer (Claude Chabrol, 1994)

Chabrol

En 1993, Claude Chabrol décide d'adapter le scénario d'Henri-Georges Clouzot à sa sauce. François Cluzet, Emmanuelle Béart, Marc Lavoine, Nathalie Cardone, André Wilms et Mario David (qui jouait initialement dans la version de Clouzot) reprennent les rôles tenus autrefois par Reggiani, Schneider, Jean-Claude Bercq, Dany Carrel, Maurice Garrel et André Luguet. Curieusement, le tournage se passe pour le mieux et le film attire 931 118 entrées. Evidemment, Chabrol n'avait pas un budget illimité (un peu plus de 5,1 millions d'euros) et son film ne joue pas vraiment sur l'expérimentation. En revanche, il s'impose comme un véritable film d'horreur où plus vous avancez, plus la jalousie devient extrême.

Amour

 

Le spectateur est alors en totale empathie pour Béart, à la fois terriblement sensuelle et martyrisée de la pire des manières par un mari fou. On pense parfois que cela va aller mieux, mais le cercle vicieux revient systématiquement avec des dérives encore plus spectaculaires. Le mari est inarrêtable, sombrant dans une folie furieuse qui fait peur. La domination qu'il exerce sur sa femme met mal à l'aise et son emprise sur elle laisse le spectateur impuissant. D'autant que Chabrol ne dévoile aucune fin, laissant le spectateur se faire une idée de ce qui va arriver... ou pas. Ce qui risque de lui faire imaginer le pire. Cluzet s'avère véritablement frappadingue, semblant réviser pour son futur rôle des Petits mouchoirs (Guillaume Canet, 2010)... ou son prochain monologue sur Fabrice Luchini.

Dépression

Sauf qu'ici on n'a pas trop envie de rire. Surtout que le personnage est véritablement irrécupérable, faisant même culpabiliser sa femme et pensant que c'est elle qui est folle. Ce qui rend la scène chez le médecin d'autant plus sinistre. Chabrol signe un film glaçant et impressionnant sur la jalousie maladive et autant dire que les 1h40 seront parfois bien difficiles.

Colère

A la prochaine !