"Le cinéma français c'est de la merde !", "On ne fait que des comédies racistes ou débiles ou bobo-gauchistes ou..."... Vous en avez marre d'entendre systématiquement les mêmes reproches envers le cinéma français ? Alors cette rubrique est faites pour vous. Les films français de qualité ne manquent pas, qu'ils soient des 2000's ou des 80's. L'occasion d'évoquer des films français ou réalisés par des français que j'aime à divers degrés ; ou même quelques curiosités qui mériteraient un peu plus de visibilité. En ces temps d'élections, voici trois films à (re) découvrir ! 

  • L'événement le plus important depuis que l'Homme a marché sur la Lune (Jacques Demy, 1973)

L'événement

Après le succès de Peau d'âne (1970), Jacques Demy reste dans le conte avec Le joueur de flûte (1972). Il enchaîne ensuite avec une pure farce au titre long comme le bras. Sa compagne Agnès Varda est alors enceinte et le couple parle de la gestation. Elle lui dit notamment que si les Hommes pouvaient tomber enceint, ils se comporteraient mieux avec les femmes. Demy prend cette blague comme un défi et le voilà en train de faire un film où Marcelo Mastroianni se retrouve du jour au lendemain avec un beau ballon. Catherine Deneuve, alors en couple avec l'acteur de 8 1/2, se rajoute à la fête, formant une petite famille face à un événement trop gros pour eux. Demy s'amuse du postulat, montrant son personnage principal pris de malaises, de vertiges et de migraines avant que la vérité n'éclate.

fATIGUE

 

Dans Junior (1994), Ivan Reitman montrait Arnold Schwarzenegger faisant une expérience scientifique. Ici, pas d'injection mais un phénomène plus curieux. Il semblerait que l'ami Marcelo soit enceint à cause de ce qu'il mange. Le discours sur la santé pouvait peut-être être amusant dans les 70's, mais en regardant le film aujourd'hui, cela apparaît comme un cheminement logique. A l'heure où la malbouffe est assez omniprésente et que certains aspects de l'agroalimentaire sont loin d'être reluisants (on l'a vu encore récemment avec certains produits), on peut presque dire que le film était visionnaire avec cet homme enceint parce qu'il mange trop souvent la même chose (des poulets aux hormones notamment).

cOIFFURE

De même, le film interroge sur la réception de cet événement, que ce soit par le couple, leurs amis, leurs clients (il est moniteur d'auto-école, elle est coiffeuse), les scientifiques (qui se ruent dessus comme si c'était la huitième merveille du monde) et les industriels (toujours là pour capitaliser sur le moindre truc alléchant). L'Homme enceint devient le sujet de toutes les discussions, alors que le monsieur en question est le monsieur tout-le-monde par excellence. Un couple dépassé par la situation, devenant aussi bien sujet de société que phénomène de foire, mais qui ne perd jamais la tête. Ils sont face à une situation incroyable, mais reste soudés quoiqu'il arrive.

DOCTEUR

Trop souvent cantonné à l'image d'un créateur de musicals mignons, Demy prouve par quelques piques en plein salon de coiffure qu'il est capable de parler de sujets de société brûlants à sa manière. Dans Les parapluies de Cherbourg (1964), il y traitait de la Guerre d'Algérie et du retour des soldats. Ici il évoque l'avortement avec des femmes s'amusant que maintenant qu'ils sont enceints, les Hommes seront capables de faire une loi pour avorter plus facilement. Nous sommes alors en 1973 et la Loi Veil n'arrivera que deux ans plus tard. Il en est de même pour la pilule, devenant selon elles accessibles à tous, suggérant que ce n'était pas tant le cas à l'époque. Des piques anodines en apparence, mais bien ancrées dans leur époque et rendant le film bien moins inoffensif qu'il n'en a l'air.

fAMILLE

L'événement... ne va malheureusement pas au bout de son concept, terminant sur une pirouette scénaristique un peu trop expédiée. Une fin non-voulue par Demy, pressé par des producteurs et distributeur désirant une fin plus conventionnelle. Dommage, car quitte à faire dans la satire, autant aller jusqu'au bout. Le film ne fonctionnera pas au box-office (350 348 entrées), compromettant même la carrière de Demy par la suite avec des projets plus difficiles à monter (Une chambre en ville notamment) et d'autres concrétisés qui tournent aux flops (Parking en est la preuve extrême). L'événement le plus important depuis que l'Homme a marché sur la Lune fait partie des œuvres un peu oubliées du réalisateur qui mériteraient un nouveau coup de projecteur. Peut-être pas un chef d'œuvre incompris, mais une curiosité intéressante bien aidée par un bon casting. Par contre, on essayera d'oublier les passages vocaux de Mireille Mathieu.

  • Les Bad Guys (Pierre Perifel) 

Bad

Les bonnes relations entre Dreamworks et la France n'ont rien de nouvelle. Si Disney a eu un studio en France (à Montreuil plus précisément), Dreamworks a bons nombres de français au sein de ses animateurs, la plupart venant de l'école des Gobelins. Il n'a pas fallu très longtemps pour qu'un français soit promu réalisateur d'un de leurs films, puisque Bibo Bergeron avait repris en main le troisième film du studio, en compagnie de Don Paul. Si La route d'Eldorado (2000) fut un énorme four commercial (76 millions de dollars de recettes pour 90 millions de dollars de budget), Bergeron a tout de même pu diriger un autre film pour le studio, le désastreux Gang de requins (qui fut toutefois un succès en 2004). Pierre Perifel a fait ses classes chez les Gobelins lui aussi, avant de travailler sur quelques films comme Tous à l'Ouest (Olivier Jean-Marie, 2007).

Groupe

 

Néanmoins, c'est vraiment chez Dreamworks qu'il s'impose en étant animateur sur les Kung fu panda (2008-2016), Monstres contre aliens (Letterman, Vernon, 2009) ou Rise of the guardians (Peter Ramsay, 2012). Au bout de quelques années, Perifel demande à réaliser un long-métrage et il s'intéresse alors à une série de récits pour enfants signée Aaron Blabey (2015-). Après avoir fait une sorte de bande-annonce storyboardée, Dreamworks lui a donné le feu vert. Avec la crise du covid-19, Les Bad Guys a été plusieurs fois repoussé avant d'atteindre les salles en ce début avril. Le star-talent des versions françaises de Dreamworks a toujours varié, allant du très bien (les ShrekLa route d'Eldorado) à l'hasardeux / foireux (Nos voisins les hommesRise of the guardians...). Ici, on est sur une sorte d'entre-deux.

Prison

 

C'est pas mal, mais on voit par exemple une nette différence entre Damien Boisseau jouant le Loup dans la bande-annonce et Pierre Niney qui le double finalement. De même, on peut être horripilé par le générique de fin français se focalisant uniquement sur les star-talents, laissant de vulgaires arrêts sur image sans crédit pour les acteurs de doublage dits "normaux". A croire qu'Igor Gotesman et Doully vont parler au grand public. Bien qu'adapté d'une œuvre littéraire, Les Bad Guys fait pas mal penser à Zootopie (Howard, Moore, 2016). En effet, dans les deux films, des animaux dits dangereux sont mal vus par la société, au point de se conformer à ce statut. Au contraire d'animaux plus mignons qui se permettent des crimes en jouant sur un côté inoffensif au final inexistant. Les deux récits jouent donc sur les apparences trompeuses, les méchants n'étant pas ceux que l'on croit.

Dance

 

Qui plus est en prenant les genres qu'ils abordent avec un minimum de sérieux (le policier et le film de braquage). Néanmoins, les deux films ont des différences indéniables. L'Homme est bien présent dans Les Bad Guys symbolisé notamment par la chef de la police, prête à tout pour coffrer le groupe de braqueurs. Bien que le Loup est mis en avant, chaque membre de la bande a sa personnalité et ses capacités spécifiques. L'animation est superbe et ne se repose pas sur des CGI. Il y a un mélange d'animation traditionnelle en 2D, de 3D et de CGI et le tout fonctionne du tonnerre. Ce qui en fait certainement le film Dreamworks le plus intéressant et novateur visuellement depuis Rise of the guardians (les suites de Dragons étaient très belles, mais étaient dans la continuité du style du premier film).

Poursuite

 

Puis revoir Dreamworks aller vers ce type de style 19 ans après l'inégal Sinbad (Johnson, Gilmore) fait plaisir. Pour preuve la poursuite inaugurale, magnifique morceau de bravoure où il ne manque qu'un peu de funk pour être en osmose totale (on pense aux poursuites délirantes de la série Funky Cops). Ou cette superbe scène de danse, jouant pleinement des effets de la robe du Gouverneur. Là où certains des films Dreamworks ont un humour aussi bateau que lourdingue, celui des Bad Guys est bien dosé et le film se suit sans déplaisir. Les Bad Guys est bien la preuve que quand Dreamworks a un projet en or, le studio va le sublimer. Il apparaît déjà comme un de ses classiques récents et Pierre Perifel est définitivement un artiste à suivre.

  • Inspecteur La Bavure (Claude Zidi, 1981)

Bavure

Claude Zidi s'est imposé tout le long de sa carrière comme un roi de la comédie française, le genre dont les rediffusions de films se cumulent chaque année sur le paf. Souvent les mêmes d'ailleurs, à l'image des Sous doués et de sa sinistre suite (1980-82), du premier film live-action Astérix (1999), des Ripoux (1984-2003) et bien évidemment d'Inspecteur La Bavure. Après avoir fait de lui un potentiel acheteur d'appartement dans Le grand bazar (1973) et le fils de Louis de Funès dans L'aile ou la cuisse (1976), Claude Zidi propose le rôle principal du film à Coluche. Le réalisateur avait d'ailleurs à peine sorti Les sous-doués qu'il était déjà en train de préparer ce film, engendrant ainsi plus de 7 millions d'entrées sur l'année 1980 à lui tout seul. La vitesse de production du second film se ressent par le retour de plusieurs acteurs du précédent.

Passage

 

On retrouve ainsi Feodor Atkine en photographe, Dominique Hulin en flic bourrin, Hubert Deschamps en coéquipier de Coluche, Gaëtan Bloom en clochard ou encore Patrick Zard et Patrick Laurent en copains du héros. Des têtes familières auxquelles se rajoutent d'autres dans un casting rempli d'acteurs déjà bien installés et d'autres qui deviendront des meubles à l'avenir. A l'image de Gérard Depardieu, Marthe Villalonga, Dominique Lavanant, Julien Guiomar, Philippe Khorsand ou Martin Lamotte. Une distribution qui fait beaucoup dans le charme d'Inspecteur La Bavure et amène leur lot de scènes cocasses. Si le personnage de Coluche est aussi naïf que gaffeur (Depardieu n'aura pas besoin de grand chose pour l'amener où il veut), il subit aussi beaucoup de choses. A l'image de la voiture délogée, du passage à tabac en guise de bienvenue ou du bizutage tout aussi évident avec une reconstitution en présence d'un violeur (Khorsand en fureur) et où Coluche doit jouer la victime.

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Ce n'est qu'à la fin que le personnage devient un véritable héros, dézinguant l'image donnée dès le titre dans un pur élan improbable de film d'action. Le père est devenu un héros post-thume, ce ne sera pas le cas du fils. Si le film ne manque pas de gags en tous genres (la filature avec le mannequin est un grand moment de rigolade), Zidi s'amuse également de l'actualité avec un ennemi public numéro 1 passant par la chirurgie esthétique pour être incognito. S'il n'est pas passé par le bistouri, Jacques Mesrine est bien l'inspiration principale du personnage Roger Morzini. Ce qui se ressent jusque dans le look de Depardieu en début de film et le film est d'ailleurs sorti un peu plus d'un an après la mort du gangster. La parodie date aussi bien le film qu'elle ne permet de s'amuser d'une époque révolue. D'autant que le portrait fait du méchant principal du film n'est pas toujours très flatteur.

Gérard

Inspecteur La Bavure est une de ces comédies qui repassent chaque année et que l'on ne regarde pas à chaque rediffusion au risque de se lasser. Néanmoins, on revient vers elle en temps voulu avec plaisir. Comme bons nombres de films de Claude Zidi en fin de compte.

Poupée

A la prochaine !