"Le cinéma français c'est de la merde !", "L'animation française n'est pas assez attractive et doit être plus mignonne, c'est peut-être ce qui explique ses bides"... Vous en avez marre d'entendre systématiquement les mêmes reproches envers le cinéma français ? Alors cette rubrique est faites pour vous. Les films français de qualité ne manquent pas, qu'ils soient des 70's ou des 2000's. L'occasion d'évoquer des films français ou réalisés par des français que j'aime à divers degrés ; ou même quelques curiosités qui mériteraient un peu plus de visibilité. Comme vous avez déjà pu le voir par le passé, le cinéma d'animation a une grande place dans mon coeur. En ce 28ème anniversaire, voici trois films d'animation vus durant mes jeunes années à (re) découvrir !

  • La ballade des Dalton (1978)

bALLADE

La Cave de Borat était revenue très longuement sur la franchise Astérix en live-action ou en animation (voir Cuvée par Toutatis ! ). Mais quid de l'Homme qui tire plus vite que son ombre en partie façonné par René Goscinny lui aussi ? On l'oublie souvent, mais Lucky Luke a eu une sacrée carrière cinématographique. Cinq films live-action ont été réalisé entre 1970 et 2009 : le turc Red Kit (Aram Gülyüz, 1970) ; Le Juge (Girault, Chentrens, 1971) adaptation du tome éponyme (Morris, Goscinny, 1959), mais sans Luke ; les films de Terence Hill et James Huth (1991 et 2009) ; et Les Dalton (Philippe Haïm, 2004). Mais il fut également la star de quatre films et cinq séries animés. Si Daisy Town est sorti bien avant (Goscinny, Morris, 1971), le public retient davantage le second opus.

Dalton

René Goscinny ayant créé son propre studio d'animation depuis 1974, La ballade des Dalton devient le deuxième film des Studios Idéfix, le dernier également, le studio fermant ses portes après la mort du scénariste. Si Astérix chez les Belges sera son testament d'écrivain (Goscinny, Uderzo, 1979), ce film sera le cinématographique. Plus inventif et intéressant que le premier film, La ballade des Dalton nous dévoile les frangins préférés de la justice américaine (après les Rapetou) contraints de liquider diverses personnes pour toucher l'héritage de leur oncle. Le tout supervisé par leur plus grand ennemi, el senor Luke. Evidemment, sa présence fait supposer que cela ne va pas se passer comme prévu.

Luke

Surtout que les Dalton ne sont pas des tueurs, au contraire de petits truands se faisant avoir par le bout du nez. Reste donc à voir comment Lucky Luke va parvenir à sauver les meubles. Chaque victime est l'occasion d'un nouveau stratagème improbable, le meilleur permettant un trip d'une grande générosité. Une scène qui permet à Goscinny et Morris de dévoiler tout leur amour pour le cinéma (aspect déjà largement présent dans la bande-dessinée), avec un bel hommage au Bal des sirènes (George Sidney, 1944), à Chantons sous le pluie (Donen, Kelly, 1952) ou aux musicals de leur temps tout simplement. Idem pour la scène de montagnes russes plutôt jouissive.

Singing

Même si l'animation a un peu pris (c'est également le cas des Astérix supervisés par Goscinny, malgré leurs qualités indéniables), le film est une réussite amusante et un film pour enfants de qualité. Par la suite, Lucky Luke s'imposera moins avec la compilation d'épisodes de la série des 80's Les Dalton en cavale (1983). Un film sympathique (votre interlocuteur a largement visionné la VHS enregistrée durant son enfance), mais au montage inévitablement particulier (on sent le montage à l'arrache). Quant à Tous à l'Ouest (Olivier Jean-Marie, 2007), il s'agit d'un film avec une très belle animation, mais au scénario manquant d'un peu de folie.

  • Interstella 5555 : The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem (2003)

Interstallaa

Les Daft Punk ont rapidement su s'entourer des meilleurs pour leurs clips. C'est ainsi que Spike Jonze racontera les aventures d'un chien handicapé affublé d'un ghetto-blaster diffusant Da Funk (1995) ; ou que Michel Gondry s'amusera à personnaliser chaque instrument à l'aide de figurants divers dans Around the world (1997). Alors qu'ils enregistrent l'album Discovery (2001), le duo et Cédric Hervet ont alors l'idée d'un film d'animation utilisant la musique. Enfants des 70's-80's, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo sont fans de séries animées japonaises et parmi elles, il y a Albator de Leiji Matsumoto (1978-79). Le créateur de Galaxy Express 999 se rajoute à la fête et même s'il n'est pas character designer (au contraire de superviseur visuel), son style est clairement présent à travers le dessin des personnages.

Guitare

Toei Animation se rajoute alors pour cette production cinématographique franco-japonaise. Une expérience qui rappelle les cas Ulysse 31 (1981-82), Inspecteur Gadget (1983-86) ou Oban Star Racers (2006) pour la télévision. Bien que l'album s'arrache à plus d'1 million d'exemplaires et que des extraits sous forme de clips sont régulièrement diffusés (dont l'inusable One more time), le film fini ne sort que deux ans après la sortie de l'album et s'avère un beau bide commercial (on parle d'un peu plus de 40 000 dollars pour 4 millions de budget). Il faut dire que le film est muet, juste rythmé par la musique des Daft Punk et quelques bruitages. On peut donc comprendre que l'exercice de style n'a pas forcément plu à tout le monde. D'autant que l'histoire n'est pas non plus extraordinaire.

bande

On suit un groupe de musique extraterrestre kidnappé par un magnat du disque clairement inspiré du Swan de Phantom of the Paradise (Brian de Palma, 1974). Ce dernier leur enlève leurs souvenirs et change leur couleur de peau pour qu'ils paraissent plus humains (le fameux Harder, Better, Faster, Stronger). Une sorte de ranger de l'Espace amoureux de la chanteuse part alors à leur rescousse pour les ramener au bercail. L'histoire est donc très simple, faites d'héroïsme, d'immortalité (le magnat se nourrie des disques enregistrés et en soi des artistes qu'il utilise pour gagner des années de vie) et de critique de l'industrie du disque (ce qui s'avère fort ironique quand on sait que Daft Punk faisait l'événement à chaque nouveau disque annoncé). Néanmoins, le film a le mérite d'être assez court (un peu plus d'une heure) et de se suivre sans déplaisir.

Ranger

De plus, le film bénéficie d'une très belle animation de la Toei. Première aventure des Daft Punk avec le cinéma (et pas la dernière), Interstella 5555 est un coup d'essai sympathique qui se savoure comme une belle extension visuelle de Discovery (qui est déjà une sacrée réussite). Un film qui est allé très régulièrement dans le lecteur DVD, que ce soit pour l'animation ou la musique. Il faut dire que l'on parle d'une époque où pour écouter de la musique, il fallait acheter le CD ou écouter la radio (quand bien même ça passait). Pas de Tontube en ce temps-là et une toile qui avait bien du mal à trouver le mot connexion. L'occasion de faire plaisir aux yeux et aux oreilles. Par ailleurs, c'est à partir de là que les Daft Punk vont commencer à se présenter à travers des masques de robots (y compris dans le film). Le début d'une longue histoire.

  • Persepolis (Satrapi, Paronnaud, 2007)

Persepolis

A la base de la bande-dessinée qui a servi de modèle au film, il y a l'histoire de Marjane Satrapi : une iranienne ayant vécu la révolution islamique à la fin des 70's, avant de quitter définitivement l'Iran au cours des 90's. Voulant avant tout écrire et dessiner pour elle, Satrapi se met à l'oeuvre avec la bande-dessinée Persepolis. Une oeuvre autobiographique publiée avec succès entre 2000 et 2003 qui va mener son auteur vers le monde du cinéma, en compagnie de Vincent Paronnaud (lui aussi auteur de bandes-dessinées). Bien qu'il montre des phases de sa vie souvent très amusantes (cf le passage Eye of the tiger où Chiara Mastroianni chante magnifiquement faux) et des points de vue satiriques géniaux (Satrapi et Paronnnaud zigouillent le radicalisme religieux sans se gêner), Persepolis reste un film particulièrement sombre, montrant les dérives d'un pays aussi bien politiques qu'idéologiques.

Punk

Il fait aussi le portrait d'une héroïne contestataire ne savant pas où se situer dans le monde qui l'entoure. Au bout d'un moment, Marjane ne sait plus ce qu'elle est et est autant une étrangère dans son pays que dans les pays qu'elle visite. De même, le film aborde très bien la dépression, qui plus est chez une jeune adulte. Marjane est en pleine rupture, elle est loin de son pays et sa famille lui manque... beaucoup de choses entrent en compte et on suit l'héroïne essayant de s'en sortir progressivement. Un traitement qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler le fameux Mary et Max d'Adam Elliot sorti deux ans plus tard. Satrapi évoque également la perte de son oncle Anouche, symbole à lui seul de la rébellion envers la politique iranienne de l'époque. Persepolis montre donc un portrait de l'Iran peu élogieux et il n'est pas très étonnant que le pays a très peu apprécié le film, au point de le censurer.

anouche

Il n'en reste pas moins que le point de vue autobiographique de Satrapi est certainement plus pertinent ou moins polémique que celui d'Argo (Ben Affleck, 2012) sur un autre événement lié à l'Iran. Persepolis est un grand premier film, bénéficiant au passage d'un doublage fantastique (outre Mastroianni, citons également Simon Abkarian et Danielle Darrieux). Le duo reviendra aux affaires sur le bien sympathique Poulet aux prunes (2011), avant que chacun partent de son côté.

Satrapi

A la prochaine !