Auprès de toi éternellement
Un pensionnat mixte élève des clones humains pour pouvoir faire au moins trois dons d'organe. Au fil des années, Ruth, Kathy et Tommy se découvrent, s'aiment, se quittent, donnent et se retrouvent...

Décidemment, le Cinéma Indépendant ricain se fait de plus en plus au film de genre. Par là, je veux dire que les films dits "lents" s'ouvrent à autre que la comédie ou le drame. On pense aux récents Jusqu'à la fin du monde nous sépare avec Steve Carrell ou Elle s'appelle Ruby où Paul Dano écrit un roman dont l'héroïne finit par débarquer dans le monde réel. C'est aussi le cas de Never Let me go, adaptation du best-seller de Kazuo Ishiguro réalisée par Mark Romanek (clippeur émérite et réalisateur du remarqué Photo Obsession). A son casting, on trouve Carey Mulligan, Keira Knightley (que l'on peut voir depuis mercredi dans Anna Karerine de Joe Wright), Andrew Garfield (le nouveau Spider-man), Charlotte Rampling, Sally Hawkins et Domhnall Gleeson. Le film touche à la science-fiction intimiste, sans passer nécessairement par la case anticipation. On a beau se retrouver dans du clonage, pas de révolution technologique en vue. Même si nous sommes dans un monde où il y a du clonage, il n'y a pas d'aspect fantastique. On est plus dans le drame intime avec un soupçon de science-fiction. De plus, on en sait très peu sur le clonage dans le film. Au départ, on nous montre des jeunes dans un pensionnat. Ce n'est seulement qu'au fur et à mesure que l'on apprend qu'il s'agit d'un centre de clonage et que la durée de vie de nos héros sont plus que limité. Au bout de trois dons envers leurs propriétaires, c'est fini. Soit au bout d'une trentaine d'années tout au plus.

Et nos clones de se retrouver finalement en position d'avenir misérable sans le vouloir. Il n'y a ni révolte, ni changement. Ils ont une durée de vie médiocre et vivrons uniquement pour faire survivre leurs homologues. Nous suivons ainsi trois clones. Ruth (Knightley) et Kathy (Mulligan) sont amis, la première étant moins discrète que l'autre. Elles sont toute deux amoureuses de Tommy, jeune garçon en proie à de violentes colères. Cela ne fera qu'ampirer par la suite. Ruth et Tommy resteront longtemps ensemble avant que Tommy y mette fin. Chacun finira par partir de son côté. Kathy partira comme ambassadeur, lui permettant de surveiller des clones durant leurs dons d'organe. Un privilège pouvant légèrement augmenter sa longueur de vie. Elle finit par retrouver par inadvertance Ruth alors qu'elle venait de faire son deuxième don, puis Tommy. C'est alors qu'ils apprennent une légende: si ils s'aiment réellement, les clones peuvent se faire rallonger la vie. Tels sont les dilemmes de nos héros. Encore une fois, jamais il n'y a d'éléments scienfictionels, mais on comprend très rapidement que Romanek n'en a pas besoin. Le clonage est un prétexte permettant de montrer le périple de ces jeunes gens, débousolés par leurs propres status. Ils n'existent pas aux yeux du monde. Ce ne sont que de vulgaires clones envoyés à l'abbatoire pour que leurs homologues génétiques puissent devenir centenaires.

Cruel constat qu'une société se croyant immortelle alors qu'elle fait preuve de décadence avec ce qu'elle fait. Sans compter que nos clones ne sont même pas élevés en extérieur mais dans des lieux fermés. Il faut qu'ils atteignent un certain âge pour pouvoir se déplacer, évidemment le moins possible. Romanek ne fait pas dans le sensationel, optant pour une oeuvre posée et engagée. Il n'y a rien de grandiloquent et ce n'est pas du Michael Bay (référence à The Island sur le même thème). Par ailleurs, Romanek montre des personnages ne voulant rien savoir de leurs "originaux", vivant une vie alternative en espérant avoir un minimum de bonheur. Knightley étonne comme chez Joe Wright. Oubliez la potiche des Pirates des Caraïbes et la mauvaise actrice en temps général. Ici elle est parfaite en jeune femme souffrant de sa séparation avec l'homme qu'elle pensait être son âme soeur. Garfield est criant (sans jeu de mots) de vérité en jeune homme cherchant vainement à trouver le bonheur ou une solution pour se sauver. Quant à Mulligan, elle est comme à son habitude, rayonnante. Rien que pour ces trois acteurs, ce film est à voir. On relèvera tout de même quelques longueurs ici et là, mais rien de bien méchant.

Un excellent drame malgré le clonage sur le destin magnifiquement tragique de trois clones.