Le Floyd vous dévoile son Mur en long, en large et en travers
Aujoud'hui 21 juin, c'est l'été! Pour les hommes l'occasion de picoller torse nu, pour les filles de sortir le bikini ou le une pièce c'est selon, de siroter un bon cocktail sous une chaleur si étoufante que vous préfériez rester sous un parasol, pour éviter de se prendre le légendaire coup de soleil. Après cette introduction aussi alcoolisée (d'autant plus drôle que votre amigo Borat ne boit pas d'alcool! -NDB) qu'improbable (surtout quand vous allez lire quel est le sujet de cet article), il faut bien avouer que c'est aussi la fête de Jack Lang, heu de la musique. Alors j'aurais pu continuer de vous faire déprimer avec encore du grunge (mais je crois que vous en avez assez eu en mai dans la Cave de Borat) , votre ami Borat va évoquer l'un des albums les plus vendus au monde et venant d'Angleterre, le fameux The Wall. Alors j'aurais pu chroniquer Dark side of the moon (non pas Transformers 3, dont Olivier et moi avons déjà parler avec effroi), mais j'ai choisi en particulier l'oeuvre fleuve des Pink Floyd à la fois pour l'album, mais saussi son adaptation cinématographique.

Au départ, deux projets d'albums sont prévus pour Roger Waters, mais le claviétiste Rick Wright et le batteur Nick Mason trouvent que The pros and cons of Hitch Hiking est trop flou, ce qui donnera ironiquement le premier album de Waters seul. Le projet The Wall est donc privilégié, mais ne sera pas une partie de plaisir au niveau de la fabrication. Tout le monde vous le dira: The Wall est l'oeuvre de Roger Waters au point que le chanteur reprendra moult fois dans des concerts hors Pink Floyd ses chansons. Là où un Paul McCartney se faisait chier à payer des droits sur ses chansons à feu Michael Jackson. Rick Wright sera renvoyé, certains disant à cause de son addiction à la drogue, Waters disant qu'il voulait finir l'album pour 1979 pour les producteurs (Wright ne voulait pas laisser ses vacances), Wright disait que Waters commençait sérieusement à prendre la grosse tête... Bref, cela ressemblait plus à un orage au sein du groupe qu'autre chose. Résultats: le double-album le plus vendu de tous les temps, juste derrière Dark Side of the moon et plus de 30 millions d'exemplaires vendus. Pour un album c'est la classe, le contenu l'est encore plus.

Soit l'histoire de Pink, jeune batard se construisant un mur au point de devenir une sorte de nazillon en puissance. Un point de vue fort que David Gilmour évoquera comme d'un "catalogue des plaintes". Néanmoins, ce serait dommage de bouder son plaisir avec une des oeuvres les plus abouties du groupe. La première partie évoque l'enfance de Pink dans toute sa noirceur. Son père étant mort à la guerre, il ne l'a jamais vu et vit dans une éducation stricte où les poèmes sont assez mal vu de son professeur. La narration se veut assez éclectique, prenant le point de vue de Pink dans ses moindres recoins et ses émotions les plus brutales. Mais évidemment le titre le plus emblématique de ce premier disque est le triplet Another brick in the wall Part 1 (commence tout doucement jouant beaucoup sur le riff de guitare qui tourne en boucle)- The Happiest days of our lives (qui marque justement le conflit entre Pink et son professeur, sorte de sociopathe pas possible)- Another brick in the wall Part 2 (ah ce riff de guitare d'un David Gilmour totalement dans son élément et dégommant tout sur son passage).

De ce trio, beaucoup ne retiennent que le dernier titre, le plus diffusé (et la chanson de Pink Floyd la plus mondialement diffusée, voire emblématique du groupe, ce qui est franchement réducteur) et c'est bien dommage, puisque les trois titres ensemble forment un tout. En sachant que suite à la réalisation du film, les chaînes de télévision type MTV mélangeront les deux derniers titres ensemble, laissant complètement de côté la première partie déjà très réussie. Vraiment très réducteur que ce soit vis à vis du groupe, mais surtout vis à vis du public, qui ne retiendra que la moitié d'un trio explosif. Néanmoins, le premier titre ne doit pas uniquement à ce trio. In the flesh? met tout de suite dans l'ensemble avec une guitare agressive au possible, formant une sorte de final à une dimension rock'n roll des 70's marquées par son lot de clavier (le groupe Supertramp pour n'en citer qu'un) et qui l'utilisera encore jusqu'à l'outrance dans la décennie suivante. Mother revient à un ton accoustique comme on les aime chez le Floyd, pas aux sommets d'un Wish you were here, mais tout à faire respectable.
Idem pour Goodbye Blue Sky au début très fort avant une belle envolée mélancolique. Empty Spaces et surtout Young Lust (encore deux titres qui se complètent mutuellement) reviennent à une aura plus rock'n rollesque pour commencer, avec un son lourd. La première partie joue beaucoup sur une atmosphère sombre avant que Gilmour revienne à un air plus trépidant et fun. Don't leave me now contribue à montrer l'errance latente de Pink dans le desespoir. Le premier disque se termine sur la troisième partie d'Another Brick in the wall avec une énergie folle, traduisant bien l'hystérie de Pink. Le second disque va tout doucement avec Hey you, continuant dans la branche acoustique et typiquement mélancolique de ses auteurs. Après tout, vous n'avez qu'à ouvrir votre coeur et à vous laisser aller. Puis le titre y va franco avec gros riff de guitare pour revenir à de l'acoustic. Magique. Mais ma partie préférée de ce second disque commence à partir du quatrième titre Vera jusqu'à la fin de la première face du deuxième disque. Vera et Bring the boys back home forment un nouveau tout, l'un étant la perte des espoirs de Pink, l'autre le parfait contraire.
Avec ces deux titres, Waters revient sur son propre père qu'il n'a jamais connu, mort comme son personnage durant la IIème Guerre Mondiale. Mais là où le Floyd fait fort c'est avec Comfortably numb. Un des autres titres phares et multi-diffusé du groupe et véritable coup de poignard après les rares espoirs du précédent titre. Une des plus belles chansons du groupe, plongée dans la drogue la plus profonde (le film est peut être plus glauque que les paroles de la chanson). Les synthés font planer, la voix de David Gilmour est parfaite pour le refrain et les rares riffs de guitare emportent tout sur leur passage. Puis arrive le retour bien pugnace avec Run like hell qui tombe dans l'hystérie totale. Si l'album s'avère assez grandiose, je ne suis pas très fan de la fin qui laisse sur sa faim. Dommage. Suite au triomphe de l'album, le réalisateur Alan Parker est sollicité en 1982 pour réaliser l'adaptation cinématographique. Beaucoup disent qu'on ne peut qu'aimer Pink Floyd The Wall si on aime l'album et bien je dois avouer que je ne suis pas un grand fan.
Le film veut à tout prix rendre hommage au contenu du disque, mais dure juste un peu plus que son modèle sonore. Ensuite, une fois qu'on a passé l'enfance de Pink, on part souvent en total what's the fuck, preuve que parfois on ne peut pas tout adapter. Néanmoins, ce n'est pas pour autant que tout est à jeter. L'enfance de Pink est très bien dévoilé. Le jeune homme est terriblement seul et ce n'est pas son professeur tyrannique et limite dictatorial. Le même qui lui donnera envie de s'évader en formant un mur sur lui-même et devenir une sorte de tyran lui-même. Une rock star qui s'ennivre dans le desespoir au point de devenir complètement fou. Bob Geldof fait également beaucoup dans le film, parfaite incarnation de Pink. Complètement anorexique ou tout du moins le fait croire, totalement imprévisible (le passage d'Another brick in the wall part 3 où il zappe avant de dégommer la télé avec sa guitare). A vrai dire, on retiendra surtout les passages animés, notamment ceux mettant en scène les marteaux défilant; le début; et la séquence mettant en scène Comfortably Numb, véritable dézingage de la drogue et d'un sinistre constant. Ce qui permet également de voir Bob Hoskins en manager foireux. Avec le son, c'est beau à en creuver. Petit bémol pour le DVD de Sony qui évidemment et malgré les sous-titres français sont insérés que si tu vas dans le menu.
Or, le menu est complètement improbable au niveau des directions et la notion karaoké ne correspond pas aux sous-titres français, ce qui entraîne un schmilblick au cours de la vision fort désagréable. Bon ça c'était pour l'aspect technique. Pour le reste, The Wall est une oeuvre incontournable qui mérite sa réputation, mais qui peut ardemment se passer de son adaptation.