Atlantic City, l'ancienne ville du vice et du péché
Années 20, Atlantic City. Les USA sont en pleine prohibition. Nucky Thompson s'est imposé dans le coin, notamment en faisant circuler de l'alcool. Mais des agents venant de l'extérieur ont un oeil sur ses amis et lui...

Un scénariste des Soprano (Terence Winter), Martin Scorsese (en plus de réaliser le pilote) et Marky Mark (tiens ça me fait penser qu'il faudrait en parler dans la Cave de Borat- NDB) à la production et HBO chaîne cablée par excellence: voilà le cocktail de Boardwalk Empire qui sévit sur le paf pour notre plus grand plaisir depuis bientôt quatre saisons. A cela rajoutez un casting de rêve composé de Steve Buscemi, Kelly Macdonald, Michael Pitt, Michael Shannon, Paz de la Huerta, Shea Whigham, Stephen Graham, Michael Stuhlbarg (qui venait de tourner avec Marty dans Hugo Cabret), Vincent Piazza, Michael K Williams, Anthony Laciura, Gretchen Mol, Jack Huston, Aleksa Palladino et Dabney Coleman. Commençons par la saison 1 diffusée en 2010. La série se situe en 1920, alors que la prohibition touche à son plein. Un sujet qui fascine toujours autant l'Amérique comme on a pu le voir récemment avec Lawless de John Hillcoat. Un temps où l'alcool coulait en cachette et se trouvait finalement partout. Au niveau de la reconstitution, c'est du grand art que ce soit au niveau des costumes (grande classe à l'image de la garde-robe de Buscemi), des véhicules ou de l'environnement.

On a vraiment l'impression d'être dans cette époque et c'est ce qui fait la richesse de la série. Ce qui tient aussi est une certaine fidélité historique, puisque parmi les intrigues, on trouve l'ascenssion progressive d'Al Capone (Graham à l'écran). La série retranscrit bien l'ambiance de l'époque: le Klux klux klan dégomme du noir, les flics intègres (soit très peu et dont fait parti Shannon) qui essayent de débusquer et les contrebandiers. Evidemment, c'est surtout ces chaleureux cocos qui font le show de Winter. Le pire étant que bien évidemment ce sont des politiciens qui jouent avec le feu et parmi eux, Nucky Thompson (Buscemi). Le trésorier d'Atlantic City mais aussi un vilain garçon qui a des alliances douteuses comme laisser passer de l'alcool ou jouer de sa personnalité pour avoir des privilèges. Le personnage a donc non seulement des appuis politiques, mais aussi dans la police (son frère est le commissaire!) et la criminalité. Son homme de main est James Darmody (Pitt), fils du commodore et d'une prostituée de treize ans son aîné. Un petit malfrat qui essaye de grimper dans la criminalité de plus en plus et aussi de se détacher progressivement de l'influence de Nucky.

Un point qui atteindra son sommet dans la deuxième saison, dont nous reparlerons bientôt. A cela se rajoute le personnage de Macdonald, immigrée subissant les violences de son mari et cherchant à gagner plus d'argents auprès de Thompson. Ce dernier vraisemblablement très amoureux fera tout pour la sortir de la merde et notamment en éjectant le mari perturbé par l'alcool. L'intrigue mélange donc habilement politique, crime et la notion de famille. Il faut savoir bien s'entourer à moins de passer à la casserole. Mais surtout, la femme de Pitt (Palladino) est assez fascinante puisqu'elle est plus attiré par les femmes. Un sujet pour le moins tabou en cette époque et le pire étant que ses actes auront parfois des répercussions sur la sauvagerie de son mari. Surtout qu'initialement il croit qu'elle couche avec le mari de son amante! En parrain local ne se limitant à aucun travers pour gagner des voix, Buscemi s'avère merveilleux. Habituellement cantonné aux seconds-rôles souvent rigolards (on pense inévitablement à son rôle d'obsédé sexuel dans Armageddon) ou de petites frappes qui passent vite à la moulinette (Fargo en est le meilleur exemple), l'acteur se révèle franchement charismatique dans ce premier rôle qui arrive quand même alors qu'il a passé la cinquantaine.

Mieux vaut tard que jamais, puisqu'il est impitoyable et les actions de son personnage en fait un méchant d'anthologie. Michael Pitt (petite frappe superbe d'ambiguité) et Michael Shannon (complètement frappadingue en flic un peu trop porté sur les croyances) se révèlent aussi impeccables, tout comme le reste de la distribution. Le générique se marie bien avec le furieux Straight up and down de Brian Johnson Massacre (le genre de chanson où on voudrait que cela continue encore longtemps) avec tous les dilemmes du personnage: Buscemi face à ses amis les bouteilles, la richesse et cela devant sa ville. Le tonnerre qui gronde annonce le calme avant la tempête. C'est un peu en cela qu'apparaît cette première saison: elle met dans l'ambiance et les problèmes arriveront en masse dans la seconde saison. Les complots autour de Nucky commencent à apparaître et l'on se demande quelles saloperies vont tomber sur une raclure pareille.
Une première saison qui brosse le portrait passionnant d'une période charnière des USA, mêné de mains de maître par Steve Buscemi.