Cinquante nuages de gris...
En allant voir le puissant Christian Grey, Anastasia Steele ne s'attendait pas à tomber amoureuse d'un homme aux moeurs bien particulières...
Désolé je n'ai pas pu m'empêcher de préférer la parodie!
Le ridicule ne tue pas, le cinéma l'a souvent démontré au fil des années. Pourtant avec un film comme 50 nuances de Grey cela faisait longtemps que votre cher interlocuteur n'avait pas ri autant devant un film au cinéma et ce involontairement. Mais déjà il faut remettre dans le contexte. Votre cher Borat a découvert le bouquin chez sa meilleure amie et je me suis mis à faire le jeu du "stop" (en gros vous faites défiler les pages et stop!). Je suis ainsi tomber sur les passages croustillants (et au combien mal écrits) du tampon, de la sucette Christian Grey ou encore de la cravache avec serre-fesses. Les fins gourmets comprendront de quoi je parle. Alors elle m'a dit "viens on va le voir au cinéma pour la ST Valentin comme ça on sera fixé", un autre ami fidèle s'est rajouté, mais finalement on l'a vu mercredi. En ce jour à 13h30 raz de marrée total avec adultes ayant passé la cinquantaine certainement pas là pour voir le dernier Disney et surtout pas accompagné des petits. Donc séance à 16h pour une franche rigolade en puissance. Le film commence par un plan de nuage gris sur lequel s'insère le titre.
Nuage gris, 50 nuances de Grey, grey c'est gris en anglais = insert cliché!
Et dites vous que vous n'êtes pas au bout de vos peines. Le problème principal du film et on s'y attendait totalement c'est son total manque de prises de risques (certains diront cela de manière plus vulgaires mais je ne suis pas sale). Universal oblige, donc Hollywood, le film n'a d'érotique que sa catégorie car il fallait bien le mettre dans une case. En fait, on n'est jamais très loin de la romcom bas de gamme avec la romance compliquée entre un homme et une femme, plus particulièrement entre la jeune fille prude et le beau milliardaire, mais évidemment il faut que cela change un peu alors Mr Grey sera un adepte du sado-masochisme. Et là ça bloque pour Universal, car s'ils y vont à fond c'est le NC-17 soit l'interdiction pure et dure aux moins de 17 ans. Alors qu'avec un bon vieux Restricted R, ils peuvent avoir les jeunes mais accompagnés d'un adulte! Donc pas de séquences à proprement dites violentes, pas de passages trop gourmands et croquants (exit le passage du tampon trop gore, exit le passage de la sucette trop explicite) et une nudité filmée au stricte minimum pour la plus grande hilarité du spectateur se sentant rapidement au mauvais endroit au mauvais moment. Il est donc très amusant de voir comment la réalisatrice Sam Taylor Johnson a fait pour ne pas trop montrer nos fougueux acteurs.

Ainsi, pour Dakota Johnson on en restera au nombril pour les plans en steadycam (oui chers spectateurs masculins, vous verrez les seins de la miss et même plus d'une fois), mais vous verrez la miss dans le plus simple appareil sans montrer le sacro-saint sexe de la miss. Ah si une fois, le temps de quelques secondes dans un plan large! Quant à Jamie Dornan, ce n'est pas tellement mieux puisque le coco est quasiment filmé uniquement au niveau du torse (on croit voir revenir l'ombre de Taylor Lautner dans Twilight, tant Dornan a le don de tomber la chemise) et quand ce n'est pas ça, on voit légèrement ses poils pubiens avant de se retourner pour montrer la lune! Quant aux scènes de SM (!), elles feront plus rire qu'autre chose tant elles sont ridicules voire d'un désintérêt total. On ne peut même pas parler en soi de SM tant cela sent le produit aseptisé made in Hollywood qui se veut horriblement sexy. Alors oui de temps en temps cela claque mais clairement il n'y a pas de quoi s'emballer. Même les téléfilms érotiques d'M6 sont plus chauds, c'est vous dire un peu le niveau de la chose. Sans compter que l'on nous fait croire que Mr Grey est une sorte de dominant alors qu'à la moindre requette de madame, il abdique sans broncher! D'où un côté romantique à se rouler par terre à plus d'un titre.

Quant aux deux acteurs stars, ils n'ont clairement pas l'air à leur place et cela s'est vu d'autant plus au cours de la promotion. Il n'y a clairement pas de rapport de couple, lui jouant les Edward Cullen avec un beau porte-feuille, l'autre la timide à deux francs qui découvre la flamme intérieure. D'ailleurs, il n'est pas étonnant de faire des parallèles avec la saga Twilight, le récit proposant même différents repas de famille comme dans les romans et films issus de l'imagination de Stephanie Meyer. Tant qu'on est dans la case pompage, n'oublions pas ces passages repris au plan près à Neuf semaines et demi (le glaçon) et Basic Instinct (la scène de sexe vue du plafond). D'ailleurs il est incroyable de voir à quel point le meilleur second-rôle est certainement le garde du corps de monsieur Grey incarné par Max Martini! Exit donc Marcia Gay Harden (que l'on verra le temps de deux scènes!), la chanteuse Rita Ora (dans deux-trois plans maxi!), Jennifer Ehle (maman de la miss qui passe pour une grosse coquine durant toutes ses scènes) ou même Eloise Mumford que l'on voit longtemps (rôle insipide de la fille plus dévergondée que sa collocataire)! Ce que l'on peut admirer aussi c'est ce nombre de dialogues délirants parfois issus du roman même (au moins que j'ai pu lire). Ah les fameux "Bébé" de Mr Grey en fin de phrase, c'est d'un merveilleux ridicule. Déjà que dans le roman il osait le "tu mouille, Bébé?"... Mais je dois dire que la plus marquante fut certainement les incroyablements subtiles "Mademoiselle Steele, j'ai envie de vous baiser jusqu'à la semaine prochaine." et "Je ne fais pas l'amour, je baise!"
Répliques salaces de comptoir! Borat approved!
Sans compter le réglement de Mr Grey qui réside de la pignolade involontaire avec régime légitime (bah oui c'est connu pour bien baiser il faut bien manger!), pas d'alcool et pas de clopes ou drogues. C'est génial! Surtout qu'en plus, le film accumule les passages bluettes à l'image du vol en planeur, du vol en hélicoptère, première fois, stylo machouillé, lèvre mordue, passé trouble du personnage principal (vive le cliché!)... Clairement si vous attendez du SM, allez voir ailleurs. Mais surtout le film n'a aucune réflexion sur le SM et encore moins de réel fond. Le film accumule les situations répétitives sans grand intérêt du type: "je veux pas, mais finalement si, oh mais ça c'est trop mais je veux quand même essayer". C'est relativement lassant surtout que le film dure quand même deux bonnes heures. Quant à la réalisation, outre les coupes jubilatoires, on aura droit parfois à des aberrations visuelles comme cette scène commençant en plan large, continuant en plan rapproché, pour revenir en large le temps d'un déplacement pour revenir en rapproché! C'est clairement du grand n'importe quoi! Rester en plan rapproché paraît tellement logique! Pour ce qui est de la musique, on évitera d'en parler trop longtemps, le travail de Danny Elfman se résumant à deux morceaux déjà vus et revus, bouffés par un grand nombre de chansons allant de l'insipide Ellie Goulding (la chanson comme le clip renvoient à une romcom mignonne en bonne et due forme, renforçant le côté délirant de ce film) à la reprise gourmande et croquante de Beyonce de son Crazy in love. Mais là où Cinquante nuances de Grey a atteint son sommet dans l'hilarité générale (la salle était honnêtement plié en quatre) c'est dans son final entre l'escroquerie cinématographique (on peut clairement parler de foutage de gueule) et la connerie délirante. Autant dire que l'on tient probablement une des fins de film les plus hilarantes de tous les temps. C'est con pour un film premier degré qui n'a rien de comique initialement.

Une comédie hilarante dans son premier degré délirant et accumulant les fautes de goût jubilatoires. Comment ça ce n'est pas une comédie?
PS: Je ne peux m'empêcher de rajouter ces deux merveilleuses parodies bien plus fun que le film chroniqué aujourd'hui.
