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13 août 2015

Le phénomène Gyllenhaal

Billy Hope est un boxeur venant de gagner le championnat avant de subir la mort brutale de sa femme. Afin de retrouver la garde de sa fille suite à ses excès, Hope devra se reconstruire...

La Rage au ventre : Affiche

Le sport est rarement montré sous un jour intéressant au cinéma, tout du moins il se focalise souvent sur les coulisses plutôt que sur le terrain même. Si le football, le basket ou le tennis sont populaires, ils ont rarement passé le cap du cinéma ou alors dans de mauvaises conditions. La boxe reste le sport le plus abordé du cinéma et il n'y a qu'à voir le nombre de films sortis depuis Rocky de John C Avildsen pour s'en rendre pleinement compte, biopics ou fictions. Southpaw (La rage au ventre par chez nous) rentre parfaitement dans les box. Produit par les machines à Oscars Weinstein; réalisé très rapidement par Antoine Fuqua (qui venait juste de sortir The Equalizer); scénarisé par Kurt Sutter showrunner de la série Sons of anarchy, Southpaw est un projet solide arrivant ni trop tôt, ni trop tard pour les Oscars. Malgré une promotion qui a dû bien coûté à Tonton Harvey, le film devrait se rembourser assez rapidement bien aidé par son acteur principal. Jake Gyllenhaal a encore une fois joué au yoyo, passant de la crevette squelettique de Nightcrawler de Dan Gilroy à une montagne de muscles ahurissante dans Southpaw. Comme souvent ces dernières années, on voit primordialement un film avec Jake Gyllenhaal pour voir sa nouvelle performance. L'acteur n'en est pas à son premier coup et ses collaborations avec David Fincher, Denis Villeneuve ou autrefois Richard Kelly en atteste.

Southpaw (photo)

Ici il joue les boxeurs. Ce qui veut dire entraînement intensif que l'on voit également à l'écran sous le son d'Eminem (qui devait initialement jouer le rôle principal) et un physique impressionnant. Reste à savoir si l'acteur s'en sort bien malgré l'investissement physique notable. Car c'est toujours beau un acteur qui s'investie physiquement mais encore faut-il le reste (cf Christian Bale qui a fait littéralement un bide avec American Hustle de David O'Russell). Jake Gyllenhaal se retrouve parfois dans le cliché de l'homme desespéré (le passage du flingue ou le crash de la voiture), pas toujours aidé par l'écriture de Sutter. Conformément à son habitude, les jurons pleuvent et pas toujours de manière subtile. Preuve en est ce passage où Gyllenhaal colérique s'en prend à son ancien collaborateur. Idem cette séquence inutile où il rend visite à une femme en pleine nuit. On ne sait trop pourquoi, si ce n'est jouer sur le cliché de la toxicomane de famille des bas quartiers. Ce n'est pas demain la veille que la chanteuse Rita Ora (déjà réduite à l'état de caméos dans Fast and furious 6 de Justin Lin et 50 nuances de Grey de Sam Taylor Johnson) va s'imposer au cinéma. La descente aux enfers du héros est même assez cliché jusqu'à ce qu'il aille dans la salle de Forest Whitaker et fait trop penser au misérable Rocky V d'Avildsen.

La Rage au ventre : Photo Jake Gyllenhaal, Rachel McAdams

Jugez plutôt: enfant qui ne s'entend plus avec son père, maison vendue, déménagement en banlieue, manager qui vous lâche au profit d'un jeune loup prétentieux (Curtis Jackson aka 50 Cent qui ne vaut décidément pas un kopeck au cinéma, ne réussissant jamais à convaincre). A cela rajoutez deuil, dépression et prétention. Le personnage principal devra renaître pour ce qui lui payait sa maison: la boxe. Si l'on est forcément en terrain connu, Southpaw s'en sort plutôt bien dans sa seconde partie. Kurt Sutter fait dans la simplicité mais le traitement est plus efficace. Plus qu'un film sur la boxe, c'est un drame familial qui se passe à l'écran. Le père en deuil cherchant à retrouver l'amour de sa fille qu'il a laissé de côté avant d'en perdre la garde. La boxe n'est plus un sport ou un catalyseur, mais un moyen de survie. Au détriment d'une marche pétaradante à la Rocky, Eminem sort un titre hargneux à l'image de son poulain à l'écran qui se débat dans un entraînement drastique à un match qui peut relancer sa carrière (et par conséquent sa vie). L'apprentissage d'une nouvelle méthode, plus tactique que sauvage, permet de montrer un homme dont la violence est partie, où il s'est pardonné à lui-même.

La Rage au ventre : Photo Jake Gyllenhaal

Une des raisons pour lesquelles sa femme est morte est qu'il s'est battu avec un autre boxeur. Si sa fille lui fut repris, c'est à cause de ses excès et son tempéramment suicidaire et nausif pour elle. Le voyage vers la rédemption sera rude mais nécessaire pour que le personnage évolue. C'est aussi là que le film d'Antoine Fuqua touche au but: c'est hors du ring que les coups se donnent le plus. Preuve en est cette série de séquences se trouvant au centre d'accueil où la petite refuse de voir son père. Des séquences émouvantes que magnifie Gyllenhaal par un jeu sobre et triste. Le nerf du film est évidemment là et en grande partie dans ces séquence. Moins subtile mais tout aussi poignante est la scène où Forest Whitaker frappe pour canaliser sa colère.
Gyllenhaal porte souvent le film à lui tout seul et une fois libéré des clichés du boxeur richard, il n'en devient que meilleur. Whitaker est parfait aussi en entraîneur des bas quartiers. Oona Laurence en impose face à Gyllenhaal quand Naomie Harris fait le job sans réel plus en assistante-sociale. La réalisation de Fuqua se veut simple, bien moins stylisée que pour The Equalizer et c'est plutôt dommage. Il en vient même à reprendre des techniques employées par Michael Mann sur Ali en filmant au plus près des boxeurs, sans jamais faire d'étincelle. Il n'en reste pas moins que certains plans sont assez puissants comme lors de la défaite de Billy Hope où les coups explosent le visage de Gyllenhaal.

La Rage au ventre : Photo Forest Whitaker, Jake Gyllenhaal

Une allusion évidente à Raging Bull et évidemment à Jake La Motta mais ici dans des conditions légèrement différentes. Kurt Sutters n'est pas toujours très subtil et notamment avec l'adversaire de Billy Hope qui est d'une rare vulgarité (ce qui n'aide évidemment pas Miguel Gomez à être charismatique pour deux sous) comme certains passages suscités. On citera également cette scène sur le lit où Rachel McAdams est en position lassive, histoire de la vulgarisé au possible. Par ce défaut d'écriture arrivant souvent, Southpaw souffre souvent avant de dévoiler ses dernières cartouches une bonne fois pour toutes. Southpaw aurait pu être meilleur sans ces gros sabots et breloques. Il n'en reste pas moins un film poignant qui ne manque souvent pas de punch. Le film fut endeuillé durant sa promotion par la mort du compositeur James Horner. Southpaw est une de ses dernières compositions avec The 33 (film sur les mineurs chiliens avec Antonio Banderas) et le remake des Sept Mercenaires que doit réaliser Antoine Fuqua. Le compositeur signe une ost douce, sortant du drame à Oscars en évitant le plus possible le pathos. Elle ne prend par exemple jamais de place sur le son général et magnifie même ce plan-séquence où la montagne de muscles s'effondre littéralement sous la douche sous le poids du deuil. Une composition parfaite pour ce genre de film.

Dommage que Southpaw possède des défauts aussi notables, car il s'agit d'un bon drame familial avec un trio d'acteurs impeccables.

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Commentaires
N
Aborderas tu equalizer?
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B
C'est surtout que plusieurs passages sont à côté de la plaque dans la première partie. La seconde est bien plus intéressante.
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S
Très bon film du genre mais aussi une partie mélo mal intégré au récit je trouve. Un bon moment mais qui n'atteint pas le niveau d'autres chefs d'oeuvres sur la boxe
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B
Il y en a pourtant de très bons même des chef d'oeuvres.
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T
Pas vu et, franchement, ça ne me m'attire pas du tout. Déjà que les films de boxe ne sont pas trop ma came, en général...
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