Millennium SS Army
Avant le débarquement en Normandie, une unité de soldats américains est envoyée pour faire exploser un brouilleur nazi présent dans un village français. Sauf que ce qu'ils vont découvrir n'était pas au programme...

On ne change pas un concept qui marche. Depuis au moins Cloverfield (Matt Reeves, 2008), JJ Abrams entretient le mystère autour de ses films, qu'il se contente de les produire ou plus rarement de les réaliser. Son arme : le marketing et si possible en misant sur un buzz tardif pouvant titiller l'intérêt des spectateurs, alors que ces derniers n'ont parfois même pas idée de l'existence du projet. Le teaser de Cloverfield dévoilait une fête qui dégénère lorsqu'une explosion survient au loin et que la tête de la Statue de la liberté s'écrase dans le quartier. Le film n'avait même pas de titre, le teaser se contentant de dévoiler sa date de sortie. Sa séquelle (10 Cloverfield lane de Dan Trachtenberg, 2016) débarquera deux mois après le premier teaser. Quant au troisième opus (The Cloverfield Paradox de Julus Onah, 2018), on aura l'occasion de parler de sa sortie d'ici peu.

Super 8 (Abrams, 2011) avait d'abord dévoilé l'extrait où le train déraille dans une version différente de celle du film fini, avant de passer à des bandes-annonces plus classiques. Overlord (Julius Avery, 2018) a eu droit au même traitement, au point de croire dans un premier temps à un quatrième Cloverfield (ce qui heureusement n'est pas le cas). Rythmée par Hells bells (AC/DC, 1980), la bande-annonce n'a été dévoilé qu'en juillet dernier pour une sortie en novembre. Une sortie qui en l'instant sent plutôt l'échec aux USA face à un Grinch (Cheney, Mosier, 2018) toujours aussi populaire et surtout plus familial (Overlord est Restricted, ce qui est rare pour un film de studio américain, même avec 38 millions de dollars de budget). Pourtant, il serait dommage de bouder son plaisir devant cette production Bad Robot qui a un peu plus de consistance qu'un Cloverfield (oui, oui même le premier).

Overlord se présente comme une série B naviguant entre film de guerre et horreur. On n'est pas ici dans un côté pastiche du film de guerre à tendance uchronique à l'image d'Inglourious Basterds (Quentin Tarantino, 2009) ou Iron Sky (Timo Vuorensola, 2012), lorgnant fortement du côté du cinéma bis italien des 70's-80's sans vraiment en retrouver le charme. Ici, Avery fait un film sérieux et quand bien même il s'avère fun voire jubilatoire, il n'en reste pas moins que le réalisateur et les scénaristes Bill Ray (Hunger Games, Captain Phillips) et Mark L Smith (The Hole de Joe Dante, The revenant) ne prennent pas les genres qu'ils abordent à la légère. Ce qui est plutôt salvateur, Overlord n'étant pas sans rappeler des films comme Quand les aigles attaquent (Brian G Hutton, 1968), où Clint Eastwood et Richard Burton se retrouvaient à infiltrer un village autrichien habillés en nazis avant de liquider tout ce qui passe.

Chez Avery, il est également question d'infiltration (les soldats américains débarquent en territoire occupé par les nazis), mais également de mission double (faire sauter la radio nazie, puis réduire à néant les expériences qu'ils ont commis sur la population). Un contexte qui n'est pas sans rappeler la série de jeux-vidéo Wolfenstein (1981-), reposant là aussi sur un soldat infiltré et dégommant des nazis humains comme surnaturels. Une référence pourtant rejetée par le réalisateur dans les colonnes de Cinemateaser (*). Une réplique de John Magaro durant l'ouverture fait même référence à une scène d'Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) où Barry Pepper évoquait qu'avec une bonne visibilité, il pouvait tuer Adolf Hitler et arrêter la guerre. De même, la violence se veut souvent crue mais sans forcément tomber dans le gore pour le gore.

A ce propos, on peut regretter que sur certains aspects, Avery mise davantage sur des CGI signées ILM plutôt que sur des maquillages spéciaux, à l'image de l'énorme balafre de Pilou Asbaek présente ci-dessus. Même si les CGI n'ont rien d'affreux, bien au contraire. Comme on peut le constater, Overlord n'est pas neuf au niveau du récit, mais il a le mérite de délivrer la marchandise et d'aligner quelques beaux morceaux de bravoure, comme de prendre son temps pour dévoiler ses personnages. Chaque membre important est bien décrit, allant du jeune soldat pas sûr de ses capacités et devant prendre les armes au bout d'un moment (Jovan Adepo) au caporal qui en a déjà vu des vertes et des pas mûres (Wyatt Russell dans un rôle que n'aurait pas renier son père Kurt). Le scénario suggère même des relations sexuelles craspecs entre la villageoise Chloé (Mathilde Ollivier) et le SS en chef du coin (Asbaek).

Avery n'hésite pas non plus à montrer que certains français sont adeptes de la collaboration. Ce qui permet à Overlord de rester dans un registre sérieux et crédible, et ce bien que normalement le personnage d'Adepo ne devrait pas être là, puisque la ségrégation dans l'armée (les soldats blancs avec les blancs, les soldats noirs avec les noirs) s'est arrêtée en 1948 aux Etats-Unis. On peut également s'étonner du niveau d'anglais de Chloé et encore plus du petit-frère de 8 ans (Gianny Taufer), comme que personne ne repère Adepo dans la base nazie. Mais il serait bien dommage de ne pas profiter de cette série B horrifique qui aligne deux excellents plans-séquences, tout comme un climax jouissif où l'aspect fantastique à base de nazis surhommes (morts comme vivants) prend tout son sens. Les dernières minutes rappelent même que l'on est face à une production JJ Abrams : le secret défense avant tout.

Une série B sérieuse, respectueuse des genres qu'elle aborde et aussi jouissive que fun. Pas tous les jours que vous verrez cela à Hollywood ces derniers temps.
* "Même si on m'en parle très souvent, je n'ai pas été inspiré par le jeu-vidéo Wolfenstein - étant jeune, j'ai joué à des titres comme Doom ou Duke Nukem mais je n'ai jamais été un gros gamer." (numéro 79, novembre 2018).