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7 juillet 2021

Cuvée Donner

Il y a des réalisateurs ancrés dans l'inconscient collectif, alors que l'on ne se souvient pas forcément qu'ils ont fait tel ou tel film. Même si parfois le nom est suffisamment bien mis en avant suite à une série de succès indéniables. Richard Donner était souvent considéré comme un artisan et lui-même se considérait comme tel. Pas forcément un yes man, mais un réalisateur de studio. Pourtant, il a su imposer une patte forte dans le cinéma hollywoodien de ces cinquante dernières années, au point de cumuler les films iconiques dont l'influence se ressent encore aujourd'hui. Le premier venant en tête est son dyptique Superman (1978-80). Un projet sur lequel il n'était pas forcément le premier choix, longtemps cloîtré en écriture et qui a été modifié pour en faire deux films. En sachant que Donner s'est fait viré du second en plein tournage, remplacé par Richard Lester. 

Richard donner

Une ambiance pas forcément très agréable, d'autant que les deux réalisateurs n'avaient pas la même vision des choses et que le départ de Donner avait déconcerté Christopher Reeve, Margot Kidder et Marlon Brando (qui demandera à ce que toutes ses scènes soient retirées du montage de 1980). Bien des années avant le problème Justice League, la Warner avait accepté que Donner donne sa vision des choses dans les 2000's et les deux versions sont désormais disponibles en DVD, parfois même en combo. Si la vision de Superman n'est pas forcément celle à laquelle votre interlocuteur adhère, il faut bien dire que Superman et sa suite restent des films importants pour leur époque et après. Superman a défini le modèle du film de super-héros tel que nous le connaissons encore aujourd'hui et notamment en ce qui concerne l'origin story

Christopher Reeve

Un récit avec un jeune homme découvrant ses pouvoirs, les assumant tout en cachant son identité secrète (même si cette dernière est avant tout un rôle pour Kal-El) et devenant le super-héros qu'il est avec son costume, le possible love-interest et sa mise en danger perpétuelle pour le faire agir plus facilement face à un méchant. Du Spider-man de Sam Raimi à Batman Begins (Christopher Nolan, 2005), en passant par la plupart des origin-stories du Marvel Cinematic Universe (2008-), tous ont plus ou moins repris sa structure narrative, l'imposant comme le modèle du genre, quand bien même des séries et des serials avaient déjà été réalisé dans le genre super-héroïque. De même, la structure du second film avec un héros plus faillible pour diverses raisons (amours, ennemis, le regard des gens, le problème de la double-identité) a également été repris plus d'une fois.

Margot Kidder

L'exemple le plus évident est Spider-man 2 (Raimi, 2004) avec un Peter Parker ne savant plus du tout quoi faire dans sa vie et voyant ses pouvoirs partir du jour au lendemain, avant de redevenir le héros qu'il était en assumant totalement son fardeau. On peut en dire autant de The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008), même s'il se termine sur une note bien plus pessimiste. Superman montrait également avec ses moyens que le kryptonien pouvait voler sans que cela ne soit ridicule. Evidemment les effets ont pris de la bouteille, mais les enfants qui l'ont vu au cinéma en 1978 ont pu constater que quelque chose était possible (bien aidé par Reeve et la superbe musique de John Williams) et il faudra attendre l'avénement des cgi pour aller encore plus loin, notamment avec X Men (Bryan Singer, 2000). La citation de ce dernier n'a rien d'étonnant ici, puisque Donner et sa femme Lauren font partie des producteurs de la franchise. 

Wolverne

Donner a donc eu un impact immense sur le genre : tout d'abord en tant que réalisateur avec deux films qui ont façonné le genre, puis en tant que producteur avec une des meilleures franchises super-héroïques de son temps, capable de se renouveler plus d'une fois au fil des opus et malgré de sacrées tempêtes. L'autre gros point de la filmographie de Richard Donner fut la franchise L'arme fatale (1987-98). On retient primordialement les deux premiers films, ceux écrits en partie par Shane Black et où l'on ressent le plus son style. Deux films en tout point excellents avec leur lot de punchlines superbes ("la pipe ça essoufle", réplique corsée de Roger Murtaugh à une prostituée), un duo Mel Gibson / Danny Glover qui fonctionne terriblement bien et un humour qui ne prend jamais le pas sur la gravité des situations (tous les films sont Restricted aussi bien pour le langage que la violence).

L'arme

Un aspect qui va rapidement changer quand Black n'écrira plus les scénarios. Le troisième restait agréable à regarder, mais partait dans tous les sens au niveau de son scénario. On débutait sur l'histoire des tueurs de flics pour ensuite voguer sur Murtaugh traumatisé car il a tué un pote de son fils alors qu'il était armé, avant de revenir sur les tueurs et les amours de Riggs pour repasser sur Murtaugh traumatisé ; et enfin la conclusion. On pourrait dire qu'il s'agit d'un résumé grossier, mais c'est bel et bien comme ça que se déroule L'arme fatale 3. Le quatrième ne fera que confirmer cela avec une intrigue pas très convaincante, largement alimentée par des sous-intrigues comiques poussives (comme que le gendre de Murtaugh est Chris Rock avec les sous-entendus qui vont avec). Cela est d'autant plus évident lorsque l'on sait que le film n'a été produit que pour sortir la Warner de la muise. 

Fatale 4

En effet, entre 1997 et au moins 2001, le studio a cumulé un lot de casseroles commerciales frappadingues, au point que cela en devenait gênant. Donc quand des Matrix (les Wachowski, 1999) ou Harry Potter à l'école des sorciers (Chris Columbus, 2001) finissaient par arriver, cela tenait presque du miracle après des déconvenus engendrées par des films chers comme Wild Wild West (Barry Sonnenfeld, 1999), Soldier (Paul WS Anderson, 1998), Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997), Battlefield Earth (Roger Christian, 2000) ou Sphere (Barry Levinson, 1998). L'arme fatale 4 a été produit à la va-vite (feu vert fin 1997 alors que le scénario était encore en écriture, tournage dès janvier 1998, sortie programmée en juillet de la même année), car Warner était les deux pieds dans la merde, n'ayant pas de gros films pour l'été 1998 et demandant donc à Richard Donner de sauver les meubles en quatrième vitesse.

Crash

Une sorte de cadeau empoisonné que le réalisateur a tout de même réalisé plus que correctement, comme en atteste la dangereuse scène de poursuite sur l'autoroute (des cascadeurs ont failli passer par dessus la rambarde de travaux ou se prendre la voiture lorsqu'elle sort de l'immeuble) ou même l'ouverture avec l'homme au lance-flamme. Un constat qui confirme que même si tous les scénarios de L'arme fatale n'étaient pas convaincants, en revanche en terme de réalisation, Richard Donner était toujours là pour signer une séquence impressionnante ou fun. Les fans de films d'action se souviendront encore de la voiture souffre-douleur de Murtaugh, de la scène de la bombe sous les toilettes, de l'explosion des deux immeubles (on l'oublie souvent, mais L'arme fatale 3 avait une scène post-générique), du duel Gibson / Gary Busey et des différentes scènes d'hélicoptères meurtriers. 

WC

Là encore, l'impact de Donner sur le cinéma d'action fut évident, car si le buddy movie policier n'était pas nouveau (Walter Hill était passé avant avec 48 heures), le film d'action était en plein changement avec des héros nettement moins baraqués. Une tendance initiée en partie par son producteur Joel Silver qui avait lui-même fait tout le contraire en produisant Commando (Mark L Lester, 1985) et Predator (John McTiernan, 1987) mettant bien en avant les muscles et la force d'Arnold Schwarzenegger. Martin Riggs (Gibson) et Roger Murtaugh (Glover) ont fait le Vietnam. Riggs a perdu sa femme dans un accident de voiture et a des tendances suicidaires depuis. Murtaugh rêve d'une retraite qu'il ne voit jamais, tout en voyant régulièrement sa famille mise en danger. Ce sont des flics faillibles et pas forcément des monsieurs muscle à la Schwarzy ou Stallone. 

Tir

L'arme fatale fut une première étape, Die Hard (McTiernan, 1988) toujours produit par Silver ne fera que confirmer cela. Sans compter que si la carrière de Mel Gibson avait explosé grâce aux australiens Peter Weir, George Miller et Roger Donaldson, c'est L'arme fatale qui fera de lui une star hollywoodienne. L'acteur deviendra au fil du temps l'acteur fétiche de Donner, tournant aussi bien dans le très cool Maverick (1994) que dans Complots (1997) en dehors des Arme fatale. Richard Donner n'était pas l'homme aux deux franchises, car il était également le réalisateur derrière La Malédiction (1976). Après des débuts à la télévision et quelques films méconnus désormais, le réalisateur s'était retrouvé sur cette production Fox faites dans le sillon de films d'horreur autour du Diable comme Rosemary's baby (Roman Polanski, 1968) et L'Exorciste (William Friedkin, 1973).

La malédiction

Soit l'histoire d'un homme (Gregory Peck) se demandant de plus en plus si le fils qu'il a adopté (Harvey Stephens) n'est pas l'Antéchrist.Un énorme succès considéré encore aujourd'hui comme une des références horrifiques des 70's, au point d'engendrer trois suites, une série dérivée et un remake. Une carte de visite pour Donner qui obtiendra ainsi la réalisation de Superman. Les Goonies (1985) est également un de ses films les plus connus, en plus d'être une des productions Amblin les plus appréciées. Réalisé peu après Gremlins (Joe Dante, 1984) et également écrit par Chris Columbus, Les Goonies s'impose comme un film d'aventure familial sympathique avec des gosses suffisamment différents pour adhérer au moins à l'un d'entre eux. Sans compter des méchants de pacotille à l'image de Robert Davi grand chanteur à ses heures perdues.

Les Goonies

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Pas forcément ce que le réalisateur a fait de mieux (de même pour Amblin), mais un métrage qui a marqué son temps et qui a su parler à plusieurs générations comme pas mal d'autres films du réalisateur. Ladyhawke (1985) est nettement moins connu et pour cause, il a subi un bide commercial comme la plupart des films de fantasy sortis après Conan le Barbare (John Millius, 1982). Il n'en reste pas moins un très beau film avec un couple Michelle Pfeiffer / Rutger Hauer du plus bel effet. Chacun subit une malédiction où elle devient un faucon la journée et lui un loup le soir, les empêchant ainsi de se réunir. Au milieu se trouve le sympathique Matthew Broderick, voleur allié des amoureux. Encore peu mis en avant de nos jours (là où Legend de Ridley Scott a été plus ou moins réhabilité), Ladyhawke n'en reste pas moins l'un des meilleurs films du genre des 80's.

Ladyhawke

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Outre ces films, Donner avait également réalisé le remake du Jouet (Francis Veber, 1976) avec Richard Pryor à la place de Pierre Richard ; Scrooged (1988) où Bill Murray se retrouvait dans une version moderne d'Un chant de Noël (Charles Dickens, 1843) ; Rendez-vous chez Max's (1980) débutant par une incroyable scène de suicide par défenestration ; ou encore Radio flyer (1991), drame où il était arrivé in extremis avec un jeune garçon s'échappant d'un foyer toxique en volant avec un wagonnet à roulettes modifié.  La fin de carrière de Richard Donner était moins folle. Tout d'abord Assassins (1995), film anecdotique réalisé durant la mauvaise passe de Sylvester Stallone sur un scénario des soeurs Wachowski largement modifié par Brian Helgeland. La production de Prisonniers du temps (2004) fut une véritable catastrophe.

Timeline

Différents montages, des coupes drastiques (dont un prologue aidant à la compréhension du film), des reshoots tardifs (film tourné initialement en 2002), le score de Jerry Goldsmith rejeté et remplacé par un de Brian Tyler ; et une sortie sans cesse repoussée (fin 2003 aux USA, avril 2004 en France) amenant à un non-événement alors que le film coûtait 80 millions de dollars. Un bide commercial impressionnant pour la Paramount (plus de 43 millions de dollars de recettes totales) et artistique, Timeline ne parvenant jamais à être convaincant dans son approche, idem dans ses scènes de bataille assez ennuyeuses. 16 blocs (2006) n'est malheureusement pas meilleur avec un Bruce Willis qui anticipait déjà la suite de sa carrière, pas aidé par un scénario de flics ripoux voulant liquider un témoin gênant vu et revu.

16 blocs

Mais comme nous l'avons vu plus haut, Donner était également producteur à ses heures. L'un de ses plus beaux projets était l'adaptation des Contes de la crypte (1989-96), engendrant une véritable série anthologique culte. On peut également citer Sauvez Willy (Simon Wincer, 1993) film qui a fait rêver les gamins des 90's ; Génération perdue (Joel Schumacher, 1987), film de vampires qui a participé à ancrer le genre dans une approche plus contemporaine ; et L'enfer du dimanche (Oliver Stone, 1999) que j'ai évoqué le temps d'une vidéo en début d'année. Richard Donner était tenté depuis quelques années de donner suite aux Goonies et de faire un cinquième Arme fatale.

Cryptman

Pour ce dernier, il avait même dit il y a quelques mois : "Ce sera l'épisode final. C'est à la fois mon devoir et un privilège de mettre un terme à la saga. Et c'est très emballant, vous savez... Ahahah ! Ce sera le dernier, je vous le promets." (*). Longtemps une arlésienne, "L'arme fatale 5risque de ne plus voir le jour, Mel Gibson et Danny Glover étant attachés à ce que le réalisateur (qui plus est un ami) revienne à son poste. A moins que cela ne se passe comme avec Top Gun 2 où Tony Scott était censé reprendre du service à la base. Dans tous les cas, c'est un cinéma hollywoodien que l'on aimait beaucoup qui s'en va avec Richard Donner et la Cave de Borat se devait de lui rendre un hommage à l'image de son talent. Bye Richard.

* Propos issus de : https://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Richard-Donner-promet-que-LArme-fatale-5-sera-le-dernier

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Commentaires
P
Très belle idée que de rendre hommage à ce solide artisan d'Hollywood qui faisait l'admiration des plus grands (voir le très bel hommage de Spielberg). Je n'ai jamais été un grand fan de la série "Lethal Weapon" mais je m'incline devant "la Malédiction", "Superman", "Ladyhawke" et même "les Goonies" qui reste une savoureuse madeleine d'enfance. So long Dick.
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