Romancier s'étant mis à l'écriture dès les 60's, Clive Barker s'est imposé au fil des décennies comme une véritable référence de l'horreur et du fantastique. Dans les 80's, l'auteur a connu un boom dans sa carrière suite à une déclaration phare de Stephen King : "J'ai vu l'avenir de l'horreur, son nom est Clive Barker". Dès lors, le cinéma s'est intéressé à ses oeuvres et Barker a commencé à faire de même en scénarisant les adaptations de ses romans ou nouvelles. Alors que Le maître des illusions (Barker, 1995) vient de sortir en BR et que les trois premiers Hellraiser s'apprêtent à faire de même en septembre, l'occasion était trop belle pour que la Cave de Borat revienne sur un grand nombre d'adaptations liées à Clive Barker à travers deux cuvées. Dans ce premier volume, il sera question de revenir un peu sur la franchise Hellraiser (toujours en production), comme sur ses réalisations. (attention spoilers)

  • Hellraiser 1 à 3 (1987-92) : Chroniques de Cénobites

Hellraiser (Matt Ryan Tobin)

Bannière réalisée par Matt Ryan Tobin.

Le Jour du bis survenu le 30 juin dernier fut l'occasion pour votre cher Borat de découvrir les trois premiers Hellraiser sur grand écran, souvent dans des versions non-censurées. A l'origine, Hellraiser est un roman nommé The Hellbound heart et publié en 1986. L'histoire d'un homme nommé Frank qui recherche le plaisir suprême. Il finit par tomber sur un cube sous forme de casse-tête qui l'emmène dans le monde des Cénobites. Des êtres qui ont fait de la souffrance et du plaisir leur crédo et qui font donc de Frank leur objet de torture et autres joyeusetés. A cela se rajoute Julia la femme de son frère Rory avec qui il a eu une liaison. Lorsque ce dernier fait tomber du sang dans sa chambre, Frank finit par revenir à la vie et demande à Julia de lui amener des gens pour pouvoir retrouver sa forme humaine définitive. Une amie de Rory Kirsty finit par se rendre compte d'éléments louches autour de Julia et appelle les Cénobites pour qu'ils reprennent Frank.

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Couverture du roman.

Après des expériences malheureuses en compagnie du réalisateur George Pavlou (Transmutations et Rawhead Rex, 1985-86), Barker décide d'adapter son roman lui-même en passant à la réalisation. New World Pictures (boîte de production fondée par Roger Corman en 1970) produit l'adaptation pour une facture d'environ 900 000 / 1 million de dollars. Le titre Hellraiser fut suggéré par Christopher Figg, producteur sur les trois premiers opus mais également de Dog Soldiers (Neil Marshall, 2002), We need to talk about Kevin (Lynne Ramsay, 2011) ou de Mandy (Panos Cosmatos, 2018). Le titre que voulait Barker, Hellbound, sera finalement utilisé pour la suite du film. Alors que le film a été tourné en Angleterre et devait logiquement se situer dans le pays de sa Majesté, New World a suggéré que l'action se déroule finalement aux USA et Barker a dû dégager des aspects trop anglais en salle de montage, quitte à redoubler ses acteurs pour qu'ils fassent plus américains. 

Clive Barker

Sean Chapman et Clive Barker sur le tournage d'Hellraiser.

Le réalisateur voulait le groupe de musique électronique Coil, il aura finalement une musique plus symphonique par Christopher Young. Une musique classieuse à l'image d'un compositeur bien trop sous-estimé de nos jours, à cause parfois de films peu reluisants dont il a fait la musique (La mutante par exemple). Comme beaucoup d'oeuvres saignantes des 80's, Barker a dû coupé quelques plans ou scènes jugés trop violents ou gores. Outre un certain succès, Hellraiser reste encore aujourd'hui une référence de l'horreur des 80's. Les maquillages ont beau avoir 31 ans dans les dents, ils restent magnifiques à l'image du quinté de Cénobites : Pinhead (Doug Bradley qui sera également de Cabal et de Livre de sang), Chaterrer (Nicholas Vince), Soeur Nikoletta (Grace Kirby), Butterball et l'Ingénieur. Des personnages qui ont tous un look particulier qui permet de les différencier facilement. Le premier a des clous sur la tête. Le second a la mâchoire apparente et des yeux comme un nez quasiment invisibles.

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La troisième a un ceintre sortant de son cou à la chair béante. Enfin, les derniers sont des créatures plus fantasques, le premier a une bonne tête et des lunettes de soleil et l'autre est une créature en deux parties, un peu comme une version déviante de Kuato dans Total Recall (Paul Verhoeven, 1990). Des créatures que l'on voit malheureusement peu dans le film, mais qui bénéficient d'un visuel fort et d'un certain charisme. C'est tout le contraire de Frank (Chapman) que l'on voit sous diverses formes en fonction des meurtres de Julia (Clare Higgins). Des maquillages volontairement dégueulasses, où la chair est apparente comme les nerfs. Sans compter le climax qui réserve là aussi son lot d'horreurs graphiques. Les maquillages permettent de montrer que Barker en a à revendre, permettant de gommer certains défauts.

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Le réalisateur met en scène une histoire qui se déroule globalement dans une même maison et en particulier dans la chambre où est mort et réside désormais Frank. D'où des scènes de meurtres un brin redondantes et se ressemblant beaucoup. Les rares décors différents sont la chambre de Kirsty (Ashley Laurence), la chambre d'hôpital où elle se retrouve ou le bar où Julia va trouver ses victimes. Pour ce qui est du récit, l'ensemble s'avère assez fidèle en dehors de certains changements. Kirsty n'est plus une amie de Rory qui devient Larry (Andrew Robinson), mais sa fille. D'où une relation plus forte et la volonté de la jeune fille de sauver à tout prix son père de sa belle-mère et son oncle. Un aspect qui reviendra également comme moteur dans Hellbound (1988), Kirsty cherchant à tout prix à retrouver son père, probablement pris dans les ténèbres alors que sa place légitime n'est pas là. 

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Il fut d'ailleurs question que Larry revienne dans un traitement de la suite, mais différentes raisons ont été évoqué au sujet de la non-présence d'Andrew Robinson (conflit d'emploi du temps, sur le salaire ou tout simplement la non-envie de l'acteur de revenir). Après avoir été monteur non-crédité sur le précédent film, Tony Randel (réalisateur de l'impayable adaptation ricaine de Ken le survivant) se retrouve à la réalisation, tandis que Clive Barker reste producteur et scénariste sur cette suite directe. Le film a d'ailleurs eu quelques ennuis comme quand Nicholas Vince a reçu un crochet à la mâchoire lors du tournage d'une scène. Le budget qui aurait dû être plus conséquent est finalement monté à 3 millions de dollars, à cause de problèmes financiers de la New World. Des scènes ont été supprimé, une mettant en scène les interprètes de Pinhead et de Soeur Nikoletta (ici jouée par Barbie Wilde) en chirurgiens face à Kirsty et la jeune Tiffany (Isabelle Boorman).

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Visiblement les effets-spéciaux ne fonctionnaient pas et la scène pouvait prêter à confusion avec d'autres éléments du film. En effet, Hellbound ou Les écorchés en France s'intéresse davantage à la mythologie des Cénobites, notamment en donnant un visage aux quatre figures phares. Pinhead apparaît dès l'ouverture comme un officier britannique dans les 20's. Dans un affrontement entre les quatre Cénobites en chef et le professeur Channard devenu lui-même un Cénobite (Kenneth Cranham), les premiers redeviennent humains et dévoilent par exemple Chaterrer sous les traits d'un adolescent. Il s'agit de les montrer sous leur vrai visage alors qu'ils sont dominés par un même adversaire. On nous présente également le Leviathan, seigneur des Cénobites que Christopher Young introduit avec une corne de brume qui reproduit le son de "God" en morse.

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Une sorte de losange géant en lévitation dont un rayon noir ressort. Le film nous dévoile également tout un lot de cubes casse-têtes, montrant bien que le monde des Cénobites est plus accessible qu'il n'y paraît. Randel semble s'être bien amusé avec l'univers visuel, se permettant un labyrinthe amusant avec comme point d'orgue le fameux seigneur. Si les passages en stop-motion (les fameux membres de Channard en mode attaque) et le fameux plan d'extérieur sur la maison de Channard avec l'orage qui gronde ont pris du plomb dans l'aile, il faut bien dire que Hellbound est magnifique et réserve de beaux plans iconiques en puissance. C'est peut-être tout cet aspect mythologique qui rend cette suite davantage intéressante qu'Hellraiser, alors que ce dernier était déjà de bonne tenue. Le méchant principal donc Channard est un être aussi frappadingue avant qu'après sa transformation. Un être cruel qui fait de ses patients des cobayes pour ses expériences et veut à tout prix en garder certains sous la main. 

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C'est le cas de Tiffany, une adolescente traumatisée par la mort de sa mère tuée par le professeur, car la petite était trop précieuse pour lui (elle adore résoudre des casse-têtes, ce qui est parfait pour décrypter les cubes). Le retour de Julia est l'occasion là-aussi de beaux maquillages comme une version bien masochiste de la fiancée de Frankenstein. Le fait que le film se situe en partie dans un asile psychiatrique rappelle en soi le principe des Griffes du cauchemar (Chuck Russell, 1987), où les héros eux aussi dans un asile affrontaient Freddy Krueger. Une manière pour Kirsty comme Tiffany de montrer qu'elles ne sont pas folles et comptent bien se battre en remettant tout dans l'ordre initial et rentrer chez elles. Randel se permet même de jouer à un moment sur la perception des héroïnes, leur faisant croire qu'elles sont à l'asile alors qu'il ne s'agit que d'une version fantasmée et dégueulasse (les patients servent de cobayes pour ne pas dire victimes à Channard).

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L'aventure Hellraiser aurait pu s'arrêter sur deux films de qualité, mais non. Clive Barker reste à la production mais n'est que consultant sur le troisième film. Initialement prévu chez New World, le studio fait faillite faisant tourner à vide la pré-production d'un Hellraiser 3 encore très balbutiant avant que Trans-Atlantic ne rapplique. Tony Randel ne rempile pas à la réalisation car sa vision était trop sombre selon les producteurs, mais co-scénarise le film avec Peter Atkins (déjà scénariste sur le second film). C'est Anthony Hickox qui lui succède avec à son CV les deux Waxwork (1988-92) ou Prince Vaillant (1997). Le tournage a eu lieu aux Etats-Unis cette fois-ci et le changement de décor s'avère bien évident, notamment en ce qui concerne l'ambiance du film. Doug Bradley a dû passer par des maquillages moins bien faits car l'heure était à la rapidité. Hickox n'a pu tourner dans une église de Caroline du Nord pour le climax, à cause des trop grandes convictions religieuses de l'Etat. 

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Ce qui s'est soldé par un tournage en studio, ce qui n'a pas plu à une partie de l'équipe non plus. C'est là que les frères Weinstein entrent en jeu en devenant les distributeurs du film via Dimension Films. Une fois en place, des reshoots sont organisés pour rajouter des scènes à effets-spéciaux, visiblement sous l'impulsion de Clive Barker. Le film nous a été présenté lors du Jour du bis dans une version non-censurée via une copie venant de ESC Editions et inutile de dire qu'on arrivait très facilement à repérer les rajouts. Et pour cause, ils étaient non seulement en qualité VHS et clipsés assez maladroitement avec le montage cinéma dans son format normal, mais aussi sans sous-titrage (même anglais). En espérant pour les acquéreurs du coffret trilogie à venir que ce problème sera résolu.

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Ces rajouts sont avant tout des plans en plus, dont le seul utile est celui où Pinhead en tant que soldat passe avec la journaliste Joey Summerskill (Terry Farrell) devant une boutique avec un homme vendant un des cubes. Le camarade projectionniste Romain nous avait prévenu en disant que Hell on Earth était rythmé comme un film d'action. Il n'avait pas tord et c'est d'ailleurs tout le problème de ce troisième opus. Le ton est nettement différent, allant plus dans l'horreur grotesque et spectaculaire que dans l'horreur crasse et dérangeante des deux premiers volets. Un rendu à la Weinstein qui amène à des séquences gores pour pas grand chose, jouant sur les détails les plus délirants. Quand ce n'est pas le climax filmé comme un film d'action avec des explosions partout, où le spectateur pourra s'amuser à dire boom en visant la première direction possible tel un gamin qui s'imagine des explosions avec ses jouets ! 

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Même Bradley pourtant très classe sur les deux premiers films en vient à baisser les bras, tombant dans un cabotinage sidérant et triste. Toutefois pas le temps de s'ennuyer (ou de s'endormir puisque la projection s'est déroulée après 1 heure du matin tout de même) devant ce troisième épisode tellement il est bourrin, au contraire d'être un bon film. Au niveau de la mythologie, ce troisième volet semble faire un peu tout et n'importe quoi avec le cube qui devient ici un moyen de tuer Pinhead et non de le ramener chez les Cénobites. Le délire autour des deux entités de Pinhead aurait pu être bien amené mais tout semble grand-guignolesque, d'autant que Bradley en fait des caisses en sortes d'antéchrist. Les personnages qui gravitent autour n'ont rien d'intéressant non plus, que ce soit la journaliste qui rêve sans cesse de son père au Vietnam alors qu'elle ne l'a jamais vu ; la femme un peu nunuche qui se fait toujours avoir (Paula Marshall) ; ou la tête de gondole JP, sorte de Ben Affleck low cost en bien moins convaincant (Kevin Bernhardt). 

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Paye ton cheap

Dans sa phase d'action, Hickox fait des disciples Cénobites d'infortune de Pinhead des sortes d'hybrides qui se déplacent tel le Terminator ou Robocop. Ce qui leur donne des airs involontairement drôles, d'autant que les effets-spéciaux tiennent beaucoup moins la route que sur les précédents opus. A l'image de ce morphing qui semble avoir été réalisé uniquement parce que c'était tendance à l'époque, aujourd'hui merveilleusement ridicule. Même au niveau de la réalisation, le film ressemble souvent à un téléfilm comme on en voit plein sur TF1 du lundi au vendredi l'après-midi, avec un petit truc Hollywood Night histoire de garder les jeunes en émoi (soit une scène de sexe). Je n'ai pas été plus loin dans la franchise, d'autant que visiblement cela empire toujours un peu plus. Barker est resté consultant encore sur le quatrième opus Bloodline (1996). Dernier opus sorti au cinéma, il est signé Alan Smithee soit le pseudonyme que les réalisateurs utilisent quand ils ne sont pas satisfait d'un film ou en désaccord avec la production.

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Ici Kevin Yagher et Joe Chapelle, le premier grand maquilleur s'il en est (notamment sur plusieurs opus de la franchise Freddy Krueger et Volte / face), le second réalisateur d'un des pires opus de la franchise Halloween (le sixième plus exactement). Le cinquième volet (Inferno, 2000), sorti en direct to video donc, a la particularité d'avoir été le premier long-métrage de Scott Derrickson, le réalisateur de Doctor Strange (2016). Rick Bota a ensuite enchaîné les trois opus suivants entre 2002 et 2005 (Hellseeker, Deader et Hellworld). Après une longue absence, les Weinstein ont remis le couvert avec Revelations et Judgement (Garcia, Tunnicliffe, 2011-2018). Depuis des années, un remake est dans le gouffre du development hell. Il fut proposé à Pascal Laugier (Martyrs) comme au duo Alexandre Bustillo / Julien Maury (A l'intérieur) qui se sont vite désistés pour différents artistiques. 

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Patrick Lussier (réalisateur du délirant Hell driver 3D) fut longtemps accroché au poste de réalisateur avant de se désister lui aussi en 2011. Barker a écrit un script, mais le projet n'avance pas du tout au point de se demander s'il est réellement d'actualité. D'autant plus depuis les déboires des frères Weinstein accumulés depuis l'automne dernier. En attendant, la franchise continue à faire gémir les bacs à soldes. Si vous désirez continuer un peu le voyage dans le monde d'Hellraiser, voici une vidéo du camarade Alt 236 qui est revenu sur l'aspect mythologique développé par les films, mais également sur l'univers étendu décrit dans des romans ou des bandes-dessinées. 

  • Clive Barker dans le monde de la réalisation

Cabal

Clive Barker aurait pu s'arrêter à Hellraiser en tant que réalisateur. Pourtant il a continué sur sa voie en s'attaquant à son roman Cabal (1988) à ses risques et périls. Le roman met en scène Boone, un jeune homme aux troubles psychiatriques. Son psychiatre le docteur Decker pense qu'il est le psychopathe qui règne dans le coin depuis quelques temps. Boone rêve régulièrement d'une ville peuplé de monstres se trouvant sous un cimetière nommée Midian. Une fois trouvée, il se fait mordre par un des monstres. Alors qu'il s'échappe du cimetière, Decker et la police l'accueillent et pensant que c'est l'assassin le tue. Alors qu'il est à la morgue, Boone disparaît et on apprendra par la suite qu'il est toujours vivant à cause de la morsure, devenant lui aussi un monstre avec un certain pouvoir et fait désormais partie de la communauté de Midian. Il sauve sa petite-amie Lori de Decker qui se révèle être le tueur et ce dernier avec l'aide de la police organise un raid pour liquider les monstres de Midian. 

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Couverture du roman.

En 1989, Barker signe un contrat de trois films avec la boîte de production Morgan Creek pour Cabal, sa possible suite (même si Barker parlait plus de trilogie) et une adaptation de sa nouvelle Son of celluloid issu du troisième opus de ses Livres de sang (1984). Le réalisateur doit changer le titre initialement Cabal comme en France pour Nightbreed, car Morgan Creek disait que le titre du roman ne dirait rien aux spectateurs et que Nightbreed était plus commercial. Le tournage semble bien se passer, la première projection-test ne fonctionne pas trop, des ajustements sont donc faits et Cabal est mieux accueilli lors de la seconde, à part que le public ne semble pas convaincu de la mort de Decker (incarné par le réalisateur David Cronenberg dit Crocro). Si l'on en croit les propos de Cédric Delelée dans le numéro 257 du magazine Mad Movies (novembre 2012), le studio comme la Fox qui distribue le film pensaient alors qu'il fallait faire des reshoots avec Crocro parce qu'il était probablement le personnage préféré du public. 

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C'est là que Cabal va prendre une toute autre direction. Initialement prévu pour durer 2h30, le studio coupe drastiquement dans le métrage au point qu'il ne dure dans son montage cinéma que 1h42. Ou 1h34 si l'on se fit à Allociné, IMDB ou même la jaquette du DVD Warner. Ou 1h37 quand on met en route le film sur le même DVD. L'Exorciste 3 (William Peter Blatty, 1990) subira le même genre de coupes drastiques, même si cela n'a jamais relevé le niveau du film. Le monteur Richard Marden (déjà présent sur les deux premiers Hellraiser, mais également connu pour Le limier) démissionne, laissant sa place au très respectable Mark Goldblatt (monteur de certains des meilleurs films d'action américains des 80's-90's, à l'image des deux premiers Terminator ou Commando). Cabal se solde par un four commercial retentissant (8 millions de dollars de recettes sur le sol américain pour environ 11 millions de dollars de budget) car très mal vendu ; et tombera malheureusement dans l'oubli pendant longtemps. 

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Affiche pour The Cabal Cut.

A la fin des 2000's, Mark Miller qui travaille pour la société de production de Barker Seraphim Films apprend par Goldblatt que des copies VHS des deux montages existent. Il les trouve (les montages dessus durent entre 145 et 159 minutes) et la plus longue est projetée à la convention Horrorhound à Indianapolis en 2010. Morgan Creek laisse faire et Russell Cherrington remonte le film à l'aide des dites VHS, de la version cinéma et du script de Barker. C'est que l'on appelle le Cabal Cut et il dure 2h25. A cela se rajoute un autre montage, un director's cut géré par Barker et l'éditeur Shout ! Factory à partir d'archives issues de la Warner. Une version sortie en 2014 d'une durée de deux heures. Je n'ai vu que la version cinéma, toutefois on peut déjà parler du contenu du Cabal Cut au vue des renseignements lus à droite et à gauche. Selon Delelée, The Cabal Cut ne rend pas le film meilleur, toutefois il a ses atouts. La relation entre Boone (Craig Sheffer connu pour avoir joué dans la série Les frères Scott) et Lori (Anne Bobby) est accentuée.

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Jaquette étrangère du director's cut.

On suit un peu plus le quotidien du couple (lui est ouvrier, elle chanteuse de cabaret) et Lori voit sa relation avec la petite Babette (Kim Robertson) davantage développé par un lien télépathique. Decker apparaît comme un tueur possédé par son masque, ce qui le rend peut-être aussi monstrueux que les habitants de Midian. Le climax à Midian dure dans cette version une bonne quarantaine de minutes, déjà impressionnante dans sa version cinéma. Dans cette version, Lori se suicide en fin de film pour rester aux côtés de Boone et des autres. Decker n'est pas remis sur pied par le prêtre Ashberry (Malcolm Smith) dans l'idée d'en faire un équivalent de Boone. Reste que dans sa version cinéma, Cabal se révèle déjà être un très bon film. Est-ce que Morgan Creek avait finalement bien fait de couper dans le tas ? Peut-être, en attendant le montage de Goldblatt est solide et montre que Barker a encore progressé depuis Hellraiser.

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Ici pas de décor unique et une intrigue qui mise sur une multitude de personnages, la plupart étant les habitants de Midian. Un univers qui sent le souffre et que l'on découvre pleinement lors de l'excursion de Lori. L'occasion de voir un tas de personnages intéressants et aux différents looks comme pouvoirs. Une femme est couverte d'épines vénéneuses qu'elle peut lancer. Un homme a des parties avec des dents qui sortent du ventre et attaquent. Un homme également victime de Decker n'a quasiment plus de peau au niveau de son crâne. Certaines créatures ont un aspect différent quand elles sont au soleil, engendrant dans un certain sens leur destruction (Babette ressemble à un mélange entre la vieille dame mangeuse de chats dans Hellboy 2 et la mouche de Crocro). Quant à leur chef, il s'agit de Baphomet un être géant et enchaîné, dont Boone deviendra en quelques sortes le successeur. 

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Bien que le film soit parfois très manichéen (les monstres ne sont finalement pas ceux de Midian, mais Decker et la police qui sont des figures de respectabilité en principe de par leur statut, mais en fait de dangereux psychopathes), Barker dévoile des monstres violents mais défendant leur territoire face à des adversaires qui ne leur feront aucun cadeau. Un message de tolérance qui prend sens dans un climax d'une violence graphique folle, où à peu près tout le monde se fait dézinguer dans le sang et les flammes. Un festival pyrotechnique aussi surprenant que totalement dingue. Les maquillages des personnages sont magnifiques, comme le masque de Crocro minimaliste mais prémonitoire, car le look du tueur dans les films Collector (Marcus Dunstan, 2009-2011) sera plus ou moins le même.

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De par le caractère impossible de leur relation amoureuse, Boone et Lori ne sont pas sans rappeler un couple que mettra lui aussi en musique Danny Elfman, celui formé par Liam Neeson et Frances McDormand dans Darkman (Sam Raimi, 1990). Là aussi un être torturé et différent qui doit s'éloigner de celle qu'il aime pour la protéger, tout en gardant un oeil sur elle quand même face à des ennemis sans scrupule. Il y a quelque chose de beau dans cette histoire d'amour, probablement accentué dans le Cabal Cut, mais prend déjà sens ici. Sans compter l'amour que porte Barker pour ses monstres au point de finir le film sur une pointe d'espoir en ce qui les concerne. Quand on pense aux possibilités du final de la version cinéma, on se dit qu'il y avait peut-être plus de potentiel à ce que Cabal soit une franchise qu'Hellraiser en son temps. Un beau rendez-vous manqué qui changera peut-être avec la production d'une série annoncée ces derniers mois avec Barker aux commandes. 

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C'est dans cette atmosphère un brin désastreuse que Barker stoppe son contrat avec le studio et finit par se lancer dans l'adaptation de The last illusion (1985). Cette nouvelle issue du sixième opus des Livres de sang (1992) met en scène le détective privé Harry D'Amour (personnage qui reviendra dans les romans et nouvelles de Barker à l'avenir, y compris face à Pinhead) enquêtant sur la mort du magicien Swann. Une affaire où il en viendra à affronter des démons essayant de prendre le corps de Swann, suite à une querelle qui date depuis qu'il est devenu magicien. Le maître des illusions (1995) commence sa production sous de mauvais auspices, puisque Polygram alors avec des problèmes financiers aux fesses revend le projet à MGM, qui l'envoie chez United Artists alors en déconfiture depuis le bide commercial de La Porte du paradis (Michael Cimino, 1980).

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Christopher Young devait initialement composer la musique du film, mais suite aux reports de production, il n'était plus disponible laissant sa place à Simon Boswell (compositeur de Santa Sangre). Le film sera coupé de dix minutes lors de sa sortie salle, avant que le director's cut ne sorte en Laserdisc. En France, il sortira comme un direct to vhs dans sa version salle, y compris lorsque MGM finira par le sortir en DVD. Le chat qui fume lui a désormais offert un retour en fanfare avec son director's cut en BR. Le maître des illusions est le moins bon film de Barker, probablement à cause des problèmes financiers survenus durant la production. Malgré des fulgurances vers la fin, le film pâtit d'une facture technique pas si éloignée d'un téléfilm (même si sympathique, le téléfilm) et a certains effets-spéciaux qui font mal aux yeux.

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A l'image de ce passage où D'Amour (campé par un Scott Bakula très solide) affronte une chose transparente avec des cgi particulièrement datées. De même, l'intrigue en elle-même n'est pas très passionnante. On suit donc dans un premier temps Swann (Kevin J O'Connor, Benny dans La Momie) qui affronte son ennemi Nix (feu Daniel von Bargen) dans le désert. Une ouverture percutante où Nix apparaît comme un gourou dont Swann a réussi à s'extirper comme certains de ses camarades. Avec ses camarades, il sauve une jeune fille dont se servait Nix, Dorothea. Nix est emprisonné après un duel de magie loin d'être aussi fun que dans un Harry Potter et l'on passe après sur D'Amour. Dès lors, Swann sera relégué au second-plan dans une intrigue où les péripéties ont du mal à s'enfiler de manière intéressante. D'Amour va voir diverses personnes et tombe sur des fanatiques de la secte de Nix. 

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Ce qui permet dans un sens de présager le retour du magicien fou, mais également une mort particulièrement radicale pour un des fanatiques. L'histoire d'amour entre D'Amour et Dorothea adulte (Famke Jannsen qui explosera la même année avec GoldenEye) semble artificielle, comme pour rajouter une sous-intrigue sentimentale. Le film trouve en fait de l'intérêt à cause de Nix, ce gourou fou-furieux qui fait un peu ce qu'il veut de ses fanatiques à l'image de ce final où les pauvres apprendront à leur dépend que leur amour pour lui n'est pas réciproque. On notera également la mort de Swann particulièrement saignante et un bel hommage en fin de film à l'excellent L'au delà (Lucio Fulci, 1981). Mais pour le reste, on pouvait s'attendre à mieux de Clive Barker. A la prochaine !