Cine Borat

07 février 2016

Cuvée vosgienne #1

Après plusieurs cuvées en hommage aux morts, il était temps pour la Cave de Borat de relever la tête. Le week-end dernier, votre cher Borat a assisté à un événement local et pas n'importe lequel: le Festival de Gérardmer! Un projet qui germait depuis un an entre ma amie Aurélie et moi, auquel s'est rajouté le soldat Aymeric, toujours là pour vivre de palpitantes aventures. L'occasion aussi d'un foutu road-trip auquel il ne manquait qu'un peu de Steppenwolf pour cet appel à la nature. Evidemment, nous n'avons pu assister aux cinq jours de festival, comparé à ce que l'on croit, les étudiants vont quand même en cours (ce qui ne les empêche pas de faire la fête, mais cela est une autre histoire). Il a aussi fallu faire des choix de films inévitables, selon les attentes de chacun. Pour ces deux raisons, exit les hommages à Wes Craven (Scream, Le sous-sol de la peur et Les griffes de la nuit) et Alejandro Jodorowski (La montagne sacrée, El topo, Santa Sangre et La danza de la realidad) survenant le mercredi; Bone tomahawk de S Craig Zahler (il faut bien manger!), Grand Prix qui finira malheureusement en DTV en France; la nuit animée (Harmony de Takashi Nakamura et The empire of corpses de Ryôtarô Makihara); ou Lost soul de David Gregory (revenant sur la gestation mythique de L'île du docteur Moreau version 1996).

Gerardmer 2016

Petite précision notable: vous avez beau arborer un magnifique pass, si vous n'avez pas de réservation, vous pourrez toujours vous brosser pour avoir des places de libre. Le bilan étant assez long, la Cave de Borat vous propose cette première partie aujourd'hui et une autre dans deux semaines après la cuvée spéciale Saint Valentin. Alors prêt pour un récit sur nos aventures vosgiennes et avec spoilers? A la bonheur! En ce samedi 30 janvier, nous attendait à 14h30 La rage du démon de Fabien
Delage (2016), venu présenter le film au Cinéma du casino. Présenté comme un documentaire, La rage du démon met en avant un film de George Méliès qui aurait défrayé la chronique. En cause, diverses projections du dit-film ayant tourné à l'émeute, les spectateurs étant pris de sensations violentes. Aucun ne semble se souvenir de ce qui s'est passé, sauf de l'ambiance générale. Il est d'autant plus dommage que le pot aux roses est reconnaissable très rapidement. Hé oui, La rage du démon est un mockumentaire et le premier indice qui y renvoie est inévitablement ses intervenants. Pour que cela colle le mieux possible, le réalisateur français s'est aidé de réalisateurs, journalistes, témoins potentiels et autres (dont un expert en sorcellerie!) et autant dire que ce sont surtout ces derniers qui nuisent au film. Certains sont tellement en train de réciter ou de surjouer que cela n'en devient que plus ridicule. La palme à une experte du paranormal qui lit tellement mal son texte qu'elle n'est jamais naturelle.

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Le Cinéma du Casino entre deux bourrasques.

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Welcome to the real world.

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Heureusement, des cocos comme Christophe Lemaire (qui était dans la salle, ayant pu l'apercevoir le temps de quelques secondes) ou Christophe Gans (le plus crédible, car parle beaucoup et sérieusement comme à son habitude) aident à ce que ce mockumentaire suscite l'intérêt. Le second indice concerne toute une théorie, concernant un disciple de Méliès ayant viré du côté obscur (on nous évoque des oeuvres assez crues avec des dépecements d'animaux). Si ce qui est dit est intéressant, les photos photoshopées de ce protégé inconnu au bataillon le sont beaucoup moins. Heureusement, le film est relativement court (une petite heure) et permet de jouer avec l'héritage du grand Méliès, cinéaste trop longtemps oublié, dont les rêveries semblent hanter les cinéastes encore aujourd'hui. Après une petite pause, direction l'Espace Lac sous une pluie battante et un vent d'enfer pour découvrir les nouvelles aventures de Nicolas Cage. Il se trouve que depuis l'anniversaire de ce dernier (le 7 janvier pour être précis), votre cher Borat s'est mis au défi de voir tous les films du grand Nic Cage qu'il n'avait pas vu. Un marathon que j'évoquerais probablement dans la Cave de Borat, tant il y a à boire et à manger. Alors autant dire que Pay the ghost (2015) était une évidence.

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L'Espace Lac vous souhaite la bienvenue, mais avant cela file d'attente sous des trompes d'eau.

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Petite exposition à l'intérieur.

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A la réalisation, pas forcément un grand nom, mais assez connu pour titiller l'intérêt: Uli Edel, réalisateur de l'impressionnant Moi Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée (1981) et du sympathique Le petit vampire (2000). Pay the ghost met en scène Nic Cage en père de famille perdant son fils lors de la fête d'Halloween. Il se rend compte que plusieurs enfants sont kidnappés le même jour dans des circonstances similaires chaque année. Il est évident que le film part sur une histoire tout ce qu'il y a de plus bancale et le reste du film le confirme jusqu'au final plus qu'évident.Pourtant, on se prête au jeu et le film ressemble un peu plus à un film que les derniers crus de son acteur principal. Rien à voir avec Left behind de Vic Armstrong ou Tokarev de Paco Cabezas (2014), deux belles bouseries qui sentaient le téléfilm jusque dans la réalisation. Même si les incrustations ne sont pas au top, le film a néanmoins un cachet cinématographique beaucoup plus présent. On regrettera toutefois que le film joue constamment la carte du jump-scare facile, au point d'en devenir un immense gag à répétition. Pas mémorable mais mention passable Nic, notamment si vous êtes un bisseux comme votre cher Borat. La nuit porte conseil et la pluie battante continue de sévir. Toujours à l'Espace Lac pour la séance de 22h de Summer camp avec présentation de son réalisateur Alberto Marini. L'occasion pour ce dernier d'évoquer le rôle crucial du producteur Jaume Balaguero, dont la présence a aidé à trouver des fonds.

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La salle de l'Espace Lac.

Pay The Ghost : Photo

Nic Cage un vrai cowboy.

Le film peut aussi s'aider du chanteur Diego Boneta (vu dans le très oubliable Rock of ages d'Adam Shankman) et Jocelin Donahue héroïne du très surcôté The house of the devil de Ti West (2009). Il s'agit certainement de l'un des meilleurs films vus du festival. Le postulat de départ renvoie directement à Vendredi 13 de Sean C Cunningham (1980) avec ses jeunes loups partant préparer un camp de vacances en Espagne. Le chef (Andres Velencoso) est volontairement montré comme libidineux, évoquant que si la jolie américaine est là (Donahue) c'est parce qu'il a couché avec elle. La fille en question est une vraie "sainte nitouche", semblant s'être trompée de lieu. Sauf qu'ici pas de tueur avec un masque de hockey ou de maman éplorée par la mort de son fils. La menace est volontairement floue au départ, histoire de faire travailler l'imagination du spectateur. C'est ainsi que l'on croit dans un premier temps qu'il s'agit du pollen (le passage de la jeep aidant), avant d'observer qu'il s'agit bien de l'eau du puit qui est contaminée. Ce qui permet au film de créer un certain mystère quant aux raisons du mal de nos protagonistes. La bonne idée du film est également de jouer avec ses protagonistes, devenant avides de meurtres seulement durant un court laps de temps, avant de revenir à leur état normal. L'occasion de séquences au second degré parfois très prononcé, comme les deux filles manquant de s'entretuer avant de voir qu'elles sont normales, alors que Boneta est juste à côté en train de liquider un bonhomme!

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Malgré un début très sérieux, Marini se fait plaisir à travers des personnages entre âmes torturées et salopards en puissance. Enfin, là où le film aurait pu s'enfermer dans un happy-end évident (et ce malgré un carnage merveilleux), il se paye un climax de plus où la morale se fait reine et la contamination jouissive. Un vrai bonheur fun à souer qui a le mérite de montrer que le cinéma d'horreur espagnol a de quoi faire, là où ses concurrents européens ont parfois du mal. Il est d'autant plus agréable que les acteurs jouent bien, y compris Boneta sortant complètement de sa zone de confort glamour (oubliez le bellâtre de la comédie-musicale suscitée). Le pauvre est un magnifique souffre-douleur, preuve que les personnages à lunettes sont des victimes éternelles. Après Summer camp, l'Espace Lac accueillait la Nuit Décalée, l'occasion d'une after-party des plus déjantés agrémentée de trois films mais aussi quelques surprises. Il n'est pas étonnant toutefois que les Vrais soient finalement peu à rester jusqu'au bout. Mais tous les trois étions courageux, nous avons survécus! La Nuit a commencé tout doucement avec l'OST du Rocky Horror Picture Show de Richard O'Brien (1975), clin d'oeil évident aux Midnight Movies. Sans crier gare, nous voilà avec une pub pour les pizza Totino's avec le duo Tim Heidecker / Eric Wareheim. Trublions de la série Tim and Eric Awesome Show, Great Job! qui a fait les beaux jours de la chaîne Adult Swim (2007-2010), les voilà dans une publicité à leur image, le genre de délire visuel et musical qu'on ne risque pas d'oublier de sitôt.

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Et la soirée prit une drôle de tournure...

Pourquoi était-elle présente? Certainement car est est parfaite pour une nuit déviante, où le délire bis est souvent de mise et où ce genre de délire frappadingue est toujours l'occasion de bien se fendre la poire. Pour sûr cela a fonctionné du tonnerre. Après une seconde page de réclame beaucoup plus gourmande et croquante (heureusement les enfants étaient couchés), une petite présentation nous attendait avec un cosmonaute, un homme avec une batte de baseball et enfin des amateurs de requins qui n'ont pas tardé à nous balancer les dents de la mer en pleine figure entre deux bonbons, ainsi qu'une femme faisant l'aspirateur (cliché!). Après cela, c'était parti pour Freaks of nature de Robbie Pickering (2015). Longtemps resté dans les scénarios de la Black List d'Hollywood, ce film est finalement sorti en catimini pour Halloween avant de passer à la vod. En France, il n'a même pas droit à une sortie salle, réduit à la vulgaire VOD dès ce mois-ci. L'occasion ou jamais de voir cette petite pépite sur un grand écran, bien plus méritante qu'un bon paquet de films d'horreur sortant en ce moment (notamment les productions au rabais de Jason Blum qui nuisent au genre horrifique). Le contexte du film est assez amusant, d'autant plus qu'il est bien traîté: une petite ville américaine fait cohabiter humains, vampires et zombies jusqu'à ce que des aliens finissent par arriver sur Terre. Dit comme cela, la parodie semble facile et pourtant ce postulat est utilisé de manière crédible, l'humour du film s'avèrant terriblement jouissif.

Freaks Of Nature : Photo Nicholas Braun, Vanessa Hudgens

Night of the living dead.

Bien que les acteurs incarnent des adolescents en fin de session alors qu'ils ont dans la trentaine, ils ont le mérite d'être crédible dans leurs rôles. Nicholas Braun (Le monde de Charlie, Red State) est le parfait puceau essayant de se faire la fille la plus sexy du bahut (Vanessa Hudgens plus désirable que jamais), essayant de s'affirmer par le football américain et vivant dans une famille de fumeurs de joints (merveilleux Joan Cusack et Bob Odenkirk). Mackenzie Davis (la série Half and catch fire) est la pauvre victime d'un vampire sans scrupule (Ed Westwick, parfait salaud) quand Josh Fadem est l'exemple typique du rejeté changeant de condition pour être écouter. On rigole bien évidemment beaucoup de sa famille, véritable poussée d'hormones redneck de père en fils. Un trio détonnant, fruit des trois races dominantes et archétypes bien utilisés. Enfin tout ce petit monde ne serait rien sans Denis Leary, dont le rôle de capitaliste jusqu'au bout des couilles n'est pas sans rappeler celui qu'il incarnait dans Small Soldiers de Joe Dante (1998). Une comédie horrifique rafraichissante qui atteint des sommets dans son dernier acte, où Billy Joel a droit à un petit dézingage des familles ("comme dit ce grand philosophe de votre planète, nous n'avons pas allumé le feu"). On en demandait pas tant de cet apocalypse foutraque (et très bien produit), mais finalement c'est peut être le film le plus jouissif du Festival de Gérardmer. Comble venant du probable seul film de studio présent au festival (Sony à la production). Passons ensuite à la grosse purge de la soirée (et surement du festival tout court), le fameux Sharknado 3 d'Anthony C Ferrante (2015).

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Ce n'est pas la première fois que votre cher Borat voit une production The Asylum, la TNT lui permettant de voir quelques-unes bien nazebroques. Au hasard, Transmorphers 2 (2009), Mega Shark vs Crocosaurus (2010) ou Rise of the zombies (2012). Mais au moins ces mockbusters étaient tellement mal faits qu'ils en devenaient un minimum drôle à regarder. Sauf qu'avec Sharknado, nos chers producteurs peu avares de refourguer tout et n'importe quoi à la chaîne Syfy (qui s'en fout copieusement de diffuser de la merde, avouons-le) ne sont plus dans l'optique rigolarde, mais dans celle du cynisme. Croyant produire des nanars, ils s'enfoncent le doigt dans l'oeil car non, Sharknado ce n'est pas du nanar ("mauvais film sympathique" ne l'oublions pas), ce sont juste des navets répugnants qui se prenent pour des nanars. Sharknado 3 est donc particulièrement horrible, s'enfonçant dans un cynisme lourdingue, jouant de sa bêtise pour aligner les guests poussifs. C'est ainsi que Bo Derek devient la maman de la fadasse Tara Reid; David Hasselhoff devient Neil Armstrong; Frankie 'Malcolm' Muniz se retrouve dans un remake improbable de Sacré Graal (cela se passe de commentaire); le chanteur Ne-yo, Christopher 'Teal'c' Judge et Lou 'Hulk' Ferrigno sont des agents de la Maison Blanche; le duo Penn / Teller revient d'entre les morts de la magie; George RR Martin se fait bouffer au cinéma; Bruno Salomone vient faire coucou à Mitch Buchannon... Ce défilé n'est même pas drôle, il est juste écoeurant, car c'est la seule raison d'être de ce genre de production.

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Plan purement gratuit et au ralenti s'il vous plaît.

Il est tout de même triste de voir des anciennes gloires cachetonner dans pareilles bêtises pour avoir un semblant de popularité. Preuve en est, la star de ces crus n'est autre que Ian Ziering, le blondinet Steve de la série Beverly Hills. Malgré l'argent récolté par ces productions hideuses, le niveau technique est toujours aussi pauvre et pourtant ce Sharknado 3 est peut être le moins dégueulasse des films Asylum. Sans compter cette tendance à l'autoparodie, le "bigger than louder" toujours plus débile (des
requins dans l'Espace...), les publicités gratuites pour Subway et Universal Studio et un twist final qui fera le plaisir des rares fans de cette franchise puante, dont on retiendra surtout la mignonne Cassie Scerbo. Toujours ça de pris à 2 heures du matin. Enfin la nuit se terminait sur LoveMilla de Teemu Nikki, suite d'une série finlandaise plutôt populaire là-bas. Un univers qui n'est pas sans rappeler Freaks of nature, avec une cohabitation de pop culture pour le moins délirante. C'est ainsi que l'amant de l'héroïne (la fameuse Milla du titre) se transforme petit à petit en machine (à la manière de Matt Damon dans Elysium de Neill Blomkamp) jusqu'à ne plus avoir de coeur. Les parents de l'héroïne deviennent des zombies quand ils ont trop bu. Le procédé est d'ailleurs une des idées les plus amusantes du film.

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Les super-héros du film sont également bien particuliers, comme la Femme-guêpe ayant soudainement des dons pour provoquer des gastros!  ces super-héros étrange dont un trompant son ennui en donnant la diahrée à ses ennemis / amis. Un joyeux bordel partant un peu dans tous les sens et peut être trop long (l'effet épisode longue durée peut être). Néanmoins, une bonne direction artistique et des acteurs impliqués aident à tenir le coup. Allez à la semaine prochaine!

05 février 2016

Karaté Kid

Suite au décès de sa mère, le jeune Kyuta finit par suivre un ours guerrier dans un monde d'animaux anthropomorphes. Il va devenir l'apprenti de cet ours du nom de 

Le garçon et la bête : Affiche

Comme il est dit assez souvent, le cinéma d'animation japonais ne se résume pas à un seul homme et n'a pas commencé avec lui. Hayao Miyazaki n'est pas seul à régner dans le milieu, ce que ne semble pas comprendre nos chers cinémas et particulièrement les multiplexes. Pas parce qu'ils ne sont pas vendeurs, mais car ils sont plus singuliers, s'adressant à tous les publics. Mais dans ce cas, qu'en est-il des films Pixar, souvent évoqués comme des modèles pour ce qui est de toucher aussi bien des enfants que des adultes? C'est tout le paradoxe de la représentation de ce cinéma (et à la rigueur de tout le cinéma asiatique) dans nos contrées. Entre un manque de copies et une volonté de ne pas les dévoiler, il y a de quoi pleurer de rater certains chefs-d'oeuvre dans les salles françaises. Alors que Gaumont disait il y a quelques mois que Le garçon et la bête serait diffusé avec plus de copies que les précédents films de Mamoru Hosoda (distribués par Kaze), il y a des chances que cela ne soit pas vraiment le cas, faute aussi d'une publicité bien pauvre. L'exemple du Gaumont à Amnéville est assez triste, car même un film distribué par le studio à la tête du cinéma n'a pas le nombre de séances qu'il faut pour une sortie nationale (deux au lieu des quatre normales). Tout cela pour dire que ce n'est pas demain la veille qu'Hosoda san aura un succès populaire en France. Deuxième projet du Studio Chizu, Le garçon et la bête perpétue le style du réalisateur.

Le garçon et la bête : Photo

Il n'est donc pas étonnant de retrouver ses marques de fabrique. Quatre figures reviennent depuis La traversée du temps (2006) et toujours utilisées de manières différentes. Il y a tout d'abord le plan-subjectif. Dans Les enfants loups Ame et Yuki  (2012), ce plan montrait les enfants courant dans la neige, ce qui donnait un sentiment de montagnes-russes. Ici, il s'agit d'une fuite, celle du jeune Kyuta à travers un univers qu'il découvre. Plus encore, c'est le travelling latéral qui titille l'intérêt du spectateur à chacun de ses films. Dans La traversée du temps, le travelling montrait l'héroïne en train de courir, même hors-champ, histoire d'épouser le mouvement de sa course. Dans Summer wars (2009), il dévoilait toute la famille en moment de deuil avant de s'arrêter sur le couple de héros, l'élément qui a le plus d'importance. Dans Les enfants loups, il montrait le temps qui passe, tout en renouvellant la technique. Le réalisateur passait sans cesse de gauche à droite et vice versa pour dévoiler les enfants à l'école, passant de classe en classe. Dans cette même optique, il reprend ce principe d'aller-retour en utilisant une certaine ironie. On a déjà vu Kyuta au combat, on sait donc de quoi il est capable au contraire de ses adversaires. Il est plus amusant de passer de Kyuta prêt au combat à la fille qu'il vient de sauver, avant de revenir à Kyuta suite aux hurlements de ses adversaires.

Le garçon et la bête : Photo

Les bruits de coups finissent par donner un sentiment comique à la situation. Ce travelling confirme la richesse de ce procédé 
de mise en scène chez Hosoda, sachant le renouveler à chacun de ses films. Le film mettant en scène des guerriers, il est donc logique que le réalisateur revient à Summer Wars et ses combats dantesques. Ces derniers étaient déjà dantesques par leurs rapidité et fluidité, ils n'en sont que plus spectaculaires dans Le garçon et la bête et sont au centre même de l'intrigue. Ici nous ne sommes plus dans un jeu-vidéo (ou une plateforme de jeu), ils sont bien réels. Kyuta est l'apprenti, Kumatetsu le maître. Enfin c'est ce qu'on nous présente au départ, sauf qu'au contraire, c'est plus une relation père-fils que l'on découvre au fil de l'intrigue, une forme de respect mituel que porte l'apprenti finalement plus fort que son maître à un père d'adoption qui finit bien par voir qu'il n'est rien sans son protégé. Un récit d'apprentissage qui marche dans les deux sens. Le petit apprend à son père de substitution à mieux se maîtriser, quand le plus âgé lui apprend le combat. L'un n'est rien sans l'autre. Quand le petit deviendra un homme, il reviendra toujours voir son "père" même s'ils s'engueulent. Enfin, comme depuis au moins La traversée du temps (il faudrait faire plus attention aux films Digimon et au sixième opus cinématographique de One Piece), il y a cet inévitable nuage que tous les fans d'Hosoda san reconnaisse. Un vrai gimmick visuel!

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Pour le reste, ce nouveau cru n'est pas forcément le meilleur film d'Hosoda (le niveau des deux précédents films du réalisateur était tellement fantastique), mais il n'en reste pas moins monumental. L'animation mélange superbement l'animation traditionelle et les images de synthèse, notamment pour un final absolument dantesque et riche en couleurs. (attention spoilers) Outre l'aspect père-fils développé, il y a aussi le rapport à l'héritage.  Kyuta a une nemesis Ichirôhiko, un autre humain s'étant retrouvé dans ce monde anthropomorphique (présenté dès l'introduction par des jeux de lumières rappelant les contes racontés au coin du feu) et élevé par l'adversaire de Kumatetsu. L'affrontement est inévitable et il est d'autant plus étonnant que c'est celui qui a été élevé dans de bonnes conditions qui finit par perdre pied. Le fait qu'il n'a jamais rien connu du monde extérieur, mais aussi que sa douleur est intérieure rend le jeune homme tourmenté et laisse place au côté obscur. On peut s'amuser du parallèle avec une saga galactique, d'autant qu'Hosoda dévoile que les humains peuvent se laisser envahir par un moi intérieur pouvant les consumer. Ce qui n'est pas le cas de Kyuta, dont les sentiments pour sa mère sont évacués par sa fuite. Un thème vite évacué, Hosoda voulant se focaliser sur la relation père-fils plutôt que sur le trauma de son personnage, tout comme interroger le personnage sur sa place dans deux mondes bien distincts. Hosoda n'évite pas la romance en revanche, même si elle n'est pas explicitée ici (pas de baiser ou autres comme dans ses trois précédents films). Cela n'en reste pas moins subtil. Reste le personnage mignon qui ne sert absolument à rien dans le film, juste une caution kawaï pour vendre des peluches. (fin des spoilers)

Mamoru Hosoda s'impose encore une fois avec un superbe récit d'initiation, rempli de beaux combats et à la réalisation riche. 

28 janvier 2016

We can be heroes, just for one day... What d'you say?

Charlie, adolescent isolé, rencontre Sam et Patrick. Avec ces derniers, il compte bien changer son quotidien monotone...

Le Monde de Charlie : Affiche

Les bons teen-movies sont désormais rares de nos jours. Pas que la production a baissé, bien au contraire. Depuis American Pie des frères Weitz (1999), le nombre de productions a considérablement augmenté et notamment dans ce qui se fait de pire. Le genre a même atteint le found-footage avec le lamentable Projet X de Nima Nourizadeh (2012), objet filmé jamais drôle et au combien vulgaire, accumulant les clichés comme on enfile les perles dans un collier. Pourtant la même année sortait The Perks of Being a Wallflower aka Le monde de Charlie dans nos contrées. Le ton est totalement différent: pas de fête où l'on s'enivre en sautant dans une piscine et en se faisant "prendre en flag" par sa meilleure amie en plein acte. Ici, on reviendrait davantage à la richesse du cinéma de John Hughes. Celui qui savait mettre en valeur les outsiders présents dans le titre ("wallflower" renvoie à "laissé pour compte"), sans jamais les prendre de haut ou les ridiculiser. Le casting est assez représentatif du genre (notamment Emma Watson, dont on a vu l'évolution durant dix ans), voire peut faire peur dans certains cas. Ainsi, le choix de Logan Lerman fait un peu peur, surtout qu'à l'époque, il était avant tout le fameux Percy Jackson, héros d'un young adult movie dont tout le monde préfère oublier l'existence. Idem pour Nina Dobrev, surtout connue pour ses émois dans la série Vampire diaries.

Le Monde de Charlie : Photo Emma Watson, Ezra Miller

L'appui d'acteurs adultes comme Paul Rudd, Joan Cusack (deux acteurs ayant commencé dans des teen-movies, l'un dans Clueless d'Amy Heckerling, l'autre dans Sixteen candles de Hughes), Kate Walsh, Dylan McDermott et Tom Savini (qui ne tue personne) a au moins le mérite de titiller l'intérêt. Pourtant, les préjugés tombent rapidement. John Hughes faisait des films ancrés dans leur époque (les objets, les tenues... tout renvoyait aux 80's), mais son traitement rendait ses films intemporels, au point qu'encore aujourd'hui ils parlent à toutes les générations. Le monde de Charlie  de Stephen Chbosky (auteur du roman initial) semble suivre cette même trajectoire, tout en étant plus floue. D'autant plus qu'il n'y a aucune année, ni époque évoquée, même si l'on pense immédiatement aux 80's. L'absence d'ordinateurs et de téléphones portables (tous les appels passent par le téléphone familial) tendent à le confirmer, tout comme la présence de walk-man ou des cassettes audio. On ne peut pas en dire autant de la projection du Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman (1975), puisque depuis sa sortie, des cinémas le diffusent chaque année. La présence d'un standard comme Heroes de David Bowie aussi, à l'heure où ses titres purement FM inondaient les radios. Cette intemporalité joue en la faveur du film, car il lui permettra certainement de bien vieillir au fil du temps, de ne pas paraître démoder.

Le Monde de Charlie : Photo Emma Watson

Tout simplement parce que ces éléments ne sont que purement secondaires, au point de ne pas y faire attention lors de la première vision. Tous les personnages du film sont des "laissés pour compte" et Charlie (Lerman) est malheureusement le moins bien loti. (attention spoilers) Charlie est un personnage terriblement triste et les premières minutes le confirment. Alors que son professeur (Rudd) essaye d'attirer l'attention, Charlie est le seul à avoir la solution, mais ne la dit pas et l'enseignant le voit. Pas parce qu'il est timide, mais parce qu'il sait pertinemment qu'il sera jugé par ses camarades, catalogué comme le premier de la classe, celui que les adolescents regardent d'un mauvais oeil. Il est surtout horriblement seul et son amitié soudaine avec Sam (Watson) et Patrick (Miller) va le sortir de cet isolement. Eux aussi, bien que formant un groupe avec d'autres lycéens, sont jugés comme différents. Patrick principalement parce qu'il est gay et sa relation avec un quaterback est dramatique. L'exemple typique de la relation que certains parents veulent éviter. Ce qui donnera lieu à une scène bien sinistre et qui scellera encore plus l'amitié entre Patrick et Charlie. Là où cet acte paraît héroïque (c'est ce que lui dira Sam), les gens le regardent toujours comme un étranger, voire désormais un monstre. Comme quoi, l'adolescence reste une des pires périodes de l'existence avec ses hauts et son grand nombre de bas. Sur ce point, Le monde de Charlie réussit parfaitement son coup, parvenant à capter précisément ce monde difficile, tout en valorisant ceux qui en ont le plus besoin.

Le Monde de Charlie : Photo Emma Watson, Logan Lerman

Le récit se complexifie par un souvenir profond de Charlie. Lorsqu'il offre un vinyle à Sam, il ne choisit pas n'importe lequel: il lui offre le cadeau de sa tante, le dernier. A ce moment, on ne le sait pas encore, mais sa tante est décédée (Melanie Lynskey). Le flashback finit par nous être dévoilé au cours d'une hallucination et par la suite, il reviendra comme des flashs. Charlie ne doit pas être seul et c'est aussi pour cela que quand ses amis partent, la rechute est immédiate. Les flashs augmentent, les hallucinations aussi, les plans s'enchaînent et le drame de devenir d'autant plus flagrant. Charlie est un garçon traumatisé par la mort de sa tante, car c'est en voulant chercher son cadeau qu'elle a eu son accident. Le traumatisme est tel que ce genre de rechute est inévitable. Chbosky a beau signer un film PG-13, les thèmes qu'il aborde comme la violence faites aux femmes (évoquée en filigrammes à travers la tante et Sam), la dépression, l'adolescence, l'homosexualité sont profonds et changent radicalement des teen-movies récents parlant continuellement de sexualité. Le réalisateur ne fait peut être pas de cadeau à ses personnages, mais cela leur donne davantage de matière, parlant de ces sujets avec force et délicatesse. (fin des spoilers) Le film est d'autant plus crédible que ses acteurs sont impeccables. Logan Lerman subjugue, lui qui est terriblement fade en général. Son interprétation joue énormément dans la sympathie du personnage, lui donnant un air singulier. Idem pour le reste du casting, notamment Watson (cette dernière sortant de l'image d'Hermione Granger) et Miller (confirmant les espoirs de We need to talk about Kevin).

Le Monde de Charlie : Photo Emma Watson, Logan Lerman

Un teen-movie terriblement beau, n'étant pas sans rappeler la plume de John Hughes et avec un très bon casting.

27 janvier 2016

Cuvée Clay, Bill Clay

Il y a des acteurs que l'on reconnaît très facilement: un visage, une voix et des rôles dont on se souvient encore et toujours. Alan Rickman faisait partie de cette catégorie d'acteurs indispensables. Il pouvait être dans le plus mauvais des films, il s'en sortait toujours. Parti la même semaine que le Dieu Bowie, il était bien nécessaire que la Cave de Borat lui rende un hommage digne de ce nom. La première rencontre entre Alan Rickman et moi fut avec Harry Potter à l'école des sorciers de Chris Columbus (2001). Un second-rôle certes, mais un des meilleurs, celui de Severus Rogue. Discret pendant la plupart de la saga, il est néanmoins un rôle que l'on reconnaît facilement. Une figure charismatique, un personnage trouble, Rogue est l'exemple type du personnage qui apparaît peu mais bien. Preuve en est dans La coupe de feu de Mike Newell (2005), où il n'est présent que pour un moment de pure comédie, mais où cela fonctionne totalement. En revanche la seconde partie des Reliques de la mort (2011) permet au personnage de gagner en beauté et là, il faut bien un acteur comme Alan Rickman pour réussir à émouvoir autant. Alors qu'il signe ses dernières heures dans la saga aux huit films (neuf si l'on compte le spin-off à venir), Rickman explose au point de nous faire oublier les autres personnages. C'est son moment et il compte bien en profiter pour voler la vedette à tout le monde. Les épisodes réalisés par David Yates n'ont pas été à la hauteur, mais pour son dernier film, il a permis le plus beau final d'un personnage dans la saga.

Severus Rogue

"Tu vois Potter, dans la Cave de Borat soit tu y es car on t'admire, soit parce que tu es décédé, soit les deux. La dure loi de la vie, médite sur ça!"

Mais Rogue ne fut pas le premier coup de foudre de votre cher Borat, sinon il n'y aurait pas de Nakatomi Plaza en cendres. En 1988, Alan Rickman est avant tout un comédien de théâtre. Die Hard de John McTiernan va tout changer et même rester sur une bonne partie de sa carrière. Il n'incarne pas le héros mais le méchant et comme McT n'est pas du genre à faire n'importe quoi, il utilise parfaitement l'adage légendaire "plus le méchant est bon, meilleur est le film". Dans Piège de cristal, Hans Gruber est au même niveau que John McClane (Bruce Willis), un méchant si méticuleux qu'il en devient fascinant et auquel finalement on s'attache. McT réussit même son coup en reculant leur affrontement par la parade "Bill Clay", donnant lieu à un jeu de dupes merveilleux. Vous enlevez Alan Rickman, le film serait nettement moins bon, d'autant que l'acteur a un rôle en or, le genre qui explose les têtes. Toujours dans le même registre machiavélique, Robin des Bois Prince des voleurs de Kevin Reynolds (1991) n'offre pas le même personnage à Rickman. Là où Hans Gruber était maniéré et terriblement classe, le shérif de Nottingham est très loin de cela. Il transpire la crasse, est montré comme un forniqueur invétéré et quand on lui dit de s'exécuter avec Marianne (Mary Elizabeth Mastrantonio), il y va.

Hans Gruber

"J'ai un message pour toi Bruce: Yippi kaï motherfucker."

 

La scène en est même terriblement drôlatique, d'autant plus improbable au vue de la situation (on parle quand même d'un viol). Le voir s'éterniser pour s'accoupler avec Marianne vaut son pesant de cacahuètes. D'autant que Reynolds insiste beaucoup sur les gros plans, quitte à ce que certains soient disgracieux. Rickman cabotinne mais cela se révèle particulièrement jubilatoire. Toujours dans le rôle du méchant, Rickman pousse la chansonnette dans Sweeney Todd de Tim Burton (2007). Celui qui avait, selon beaucoup de spécialistes, la plus belle voix du monde chante et autant dire que c'est un bonheur immense. Néanmoins, Rickman chante peu, puisqu'il s'agit du méchant et qu'il est rapidement liquidé. Enfin, celui que l'on croit, puisque le juge est peut être celui qui séquestre la fille du barbier, celui qui lui a volé sa femme; il n'a manqué de tuer ni l'un, ni l'autre, ce qui n'est pas le cas du barbier. Au final, Rickman n'incarne pas tant le méchant de l'histoire que celui que l'on veut faire passer pour le méchant. Ce qui en fait un personnage essentiel, reflet d'un film où il y a finalement peu d'âmes pures. Adolescence aidant, votre cher Borat a pu aussi voir l'acteur britannique sous un autre oeil. C'est le cas dans Love Actually de Richard Curtis (2003), où il tire son épingle du jeu dans un casting gargantuesque. Beau-frère de Liam Neeson (avant qu'il ne donne dans la clef de bras) et mari d'Emma Thompson, il s'impose en mari potentiellement volage. 

Nottingham

Potentiel car il ne fait finalement rien avec la secrétaire qu'il désire. Ce qui n'empêche pas cette scène jubilatoire, où ce personnage râleur (un air que Rickman a souvent joué avec autant d'amusement) se retrouve devant un bijoutier peu pressé (Rowan Atkinson). L'agacement du personnage n'en devient que jubilatoire: il stresse, le spectateur en rigole. En 1995, Rickman était déjà associé à Thompson mais pas en couple. Il tombait sous le charme de Kate Winslet, elle de Hugh Grant dans le joli Raison et sentiments d'Ang Lee. On le retrouve aussi dans Le parfum de Tom Tykwer (2006), autre film à costume où il se révèle être un père protecteur face à un tueur cherchant à capturer le parfum de sa fille (Ben Whishaw). Rien à voir avec son rôle chez Burton pour un film tout aussi meurtrier. Mais là où Alan Rickman marquait souvent les esprits était dans ses choix de rôles cyniques. Autant dire qu'avec Marvin dans H2G2 de Garth Jennings (2005) il était servi. Il a beau ne pas l'incarner physiquement (c'est Warwick 'Willow' Davis qui s'en charge), Rickman donne une véritable personnalité à ce robot dépressif à deux doigts de trouver un moyen de se faire exploser! Kevin Smith lui offre aussi un rôle à sa mesure dans le jouissif Dogma (1999): l'ange Metatron, celui qui doit surveiller les allers et venus de la descendante du Christ (Linda Fiorentino) ! Un rôle merveilleusement surréaliste, mais pas plus que d'autres dans le même film. 

H2G2 : le guide du voyageur galactique : photo Garth Jennings, Zooey Deschanel

"Zooey tu es magnifique et je ne peux même pas t'embrasser. -C'est normal tu es un robot Marvin! -Non, je suis un être humain avec de vrais sentiments! Je repars déprimer..."

Enfin je terminerais cette cuvée sur un dernier rôle dans un film au combien méconnu dans nos contrées, Galaxy Quest de Dean Parisot (2000). Aux côtés de Tim Allen et Sigourney Weaver, il incarne une magnifique parodie de Spock/Leonard Nimoy. Sauf qu'à la différence de Leonard Nimoy, l'acteur qu'incarne Rickman est le personnage 24 heures sur 24, ne quittant jamais son costume, même pour aller aux toilettes. Là aussi, le personnage est particulièrement névrosé, bloqué dans un personnage sans jamais pouvoir s'en défaire tout comme ses camarades (Allen le Captain Kirk et Weaver la sexy dure à cuire). Parfait pour un acteur que l'on identifie souvent à un ou deux rôles (en général, Gruber pour les adultes et Rogue pour les plus jeunes). Alan Rickman était capable de tout, capable de passer d'un personnage cynique à un tueur, en passant par un ange délirant et un robot déprimé. Un cas unique partant vers une autre galaxie, là où vive les Thermiens entre deux coups de baguettes. Allez à la semaine prochaine.

Lazarus

 

"Ma cuvée est déjà finie? Bon, je repars vers les étoiles!"

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24 janvier 2016

Cuvée Dieu Bowie

Décidément le mois de janvier est bien meurtrier pour ce qui est des célébrités. Une tristesse marquée notamment par les noms qui partent. Pour cette troisième cuvée mortuaire de cette année 2016, la Cave de Borat va s'intéresser au Dieu Bowie. On le croyait éternel et le choc fut total. Comme un réveil qui vous donne une sacrée gueule de bois et vous fait déprimer pendant le reste de la journée, la semaine, voire le mois si cela continue. David Bowie était une icône, le genre dont on reconnaît automatiquement le timbre de voix ou son physique. L'annonce de sa mort fut un énorme coup de massue à cause de la discrétion du chanteur. Personne ne savait pour son cancer et son dernier album Blackstar était sorti le vendredi précédent. La Cave de Borat se propose donc de revenir largement sur cet artiste hors du commun, à la personnalité si particulière. Mr Bowie et le cinéma c'est une longue histoire d'amour qui prend forme tout d'abord avec L'homme qui venait d'ailleurs (1976). A l'heure où Ziggy Stardust n'était déjà plus, le voilà en train d'incarner un extraterrestre pour Nicolas Roeg. Si ce film permit à Bowie de dévoiler ses talents d'acteurs, ce n'est qu'au cours de l'année 1983 qu'il s'impose. Avec Les prédateurs, il jouait sur son statut d'icône. Le Dieu Bowie incarne une sorte de vampire ne voulant pas vieillir.

L'Homme qui venait d'ailleurs : Photo David Bowie

Le Dieu Bowie, un homme qui venait d'ailleurs.

Le premier film de Tony Scott est très particulier, encore influencé par les clips et les publicités, mais il a le mérite de permettre à Bowie de jouer certains des meilleurs passages. En quête d'immortalité, son personnage se retrouve à vieillir progressivement. Grâce à des maquillages géniaux, le voici en train de vieillir sous nos yeux jusqu'à devenir terriblement vieux. Mieux, la soif du personnage n'est même plus assouvi, le vampire mourrant à petit feu. Nous n'avons pas de réel contexte et pourtant on croit à son personnage. "Forever and ever?" dit-il à Catherine Deneuve à longueur de fois. Une réplique qui fait directement écho à la chanson Heroes (1977). L'apparition de David Bowie n'est pas très longue (elle couvre seulement la première partie du film), mais elle s'avère marquante. En revanche, c'est bien Merry christmas Mr Lawrence de Nagisa Oshima qui marquera les esprits. Ame torturée par un passé trouble, prisonnier ayant une relation ambigüe avec son geôlier, Jack Celliers est un personnage énigmatique qui ne pouvait que convenir à une personnalité comme Bowie. Puis évidemment, il y a Labyrinthe de Jim Henson (1986) où il s'investit particulièrement, écrivant quelques chansons et jouant le méchant du film. Là encore, un rôle bien particulier ayant une relation amour-haine avec l'héroïne incarnée par Jennifer Connelly, capable de la faire danser dans un bal rêvé comme de lui faire faire le pire trajet possible.

Les prédateurs

David dans les bras de Morphée.

Un film pas sans défaut (voir Cuvée in bed with Tonton George), mais qui a le mérite d'être divertissant, d'autant que l'ami Bowie arbore un magnifique moule-bite! Il n'empêche qu'Hollywood est sans appel: des producteurs ont annoncé vouloir faire un remake vendredi soir, soit moins de deux semaines après son décès. Comme quoi le respect à Hollywood, on se torche le cul avec. Par la suite, David Bowie continue de multiplier les apparitions au cinéma, sans jamais trouver un rôle digne de ce nom. Ainsi, on le verra dans Moi Christiane F, 13 ans, droguée, prostituée d'Uli Edel (1981) dans son propre rôle (son apparition a permis à ce film au combien nécessaire de débloquer des fonds); un tueur moustachu dans Série noire pour une nuit blanche de John Landis (1985); Pilate, Ponce Pilate (fils de...) dans La dernière tentation du Christ de Marty (1988); une apparition fantômatique dans la préquelle de Twin Peaks (1992); Andy Warhol dans le biopic Basquiat de Julian Schnabel (1996); ou encore l'ingénieur Nikola Tesla dans Le prestige de Christopher Nolan (2006). Outre ses rôles, David Bowie est un artiste utilisée plus d'une fois au cinéma depuis les années 70. La meilleure utilisation de ses chansons est certainement dans La vie aquatique de Wes Anderson (2004), puisque non seulement elles rythment le film, mais elles sont reprises en portugais par Seu Jorge. Une sorte de leitmotiv particulièrement efficace, d'autant que le chanteur chante à l'écran, devenant un personnage à part entière, un marin de plus dans l'équipage de Steve Zissou (Bill Murray). 

On retient souvent Closer de Nine Inch Nails, mais l'utilisation de The Hearts filthy lesson (1995) dans Seven de David Fincher (idem) est tout aussi marquante. Chanson présente dans le générique de fin, elle permet de garder le malaise ambiant du film, tout en faisant défiler les crédits à l'envers. Dans le sens contraire, il y a bien sûr le générique de début de Lost Highway de David Lynch (1997). I'm deranged (1995) ayant un rythme effreiné à cause de l'orchestration électro, il n'est pas étonnant de retrouver un sentiment de vitesse sur la route de l'autre David. Puis en soi, n'était-ce pas une allusion au tempéramment du personnage de Bill Pullman? Seuls ceux qui ont vu le film peuvent le dire. Modern love (1983) permet un beau moment de folie furieuse dans Mauvais sang de Leos Carax (1986), Denis Lavant se lançant dans une danse violente dans les rues, parfaitement raccord au rythme de la chanson. Fame (1975) est certainement celle qui a été le plus utilisé, avec notamment Rush de Ron Howard (2013) et Foxcatcher de Bennett Miller (2014). Dans les deux cas, il s'agit de scènes de fête, soit dans une discothèque, soit dans une ambiance post-épreuve. Comme souvent, Quentin Tarantino s'est fait plaisir sur la bande-originale d'Inglourious Basterds (2009) et il n'est pas étonnant d'entendre Cat people pour la préparation de Mélanie Laurent. Un des rares moments cool d'un personnage dont l'utilité est encore à chercher. 

Heroes a aussi largement marqué les esprits et notamment dans Le monde de Charlie de Stephen Chbosky (2012). Quasiment intemporel, il ne serait pas étonnant que le film se pose dans les années 80 et Heroes, bien que sorti en 1977, les représente. Elles représentent aussi les personnages du film, cherchant à devenir des héros et particulièrement Charlie (Logan Lernan). Une manière métaphorique d'évoquer le mal-être du personnage, voulant toujours trouver sa place. La chanson devient ainsi libératrice aussi bien pour Charlie que pour Sam (Emma Watson). Puis récemment, il y a eu Moonage daydream (1972) dans Les gardiens de la galaxie de James Gunn (2014) pour un petit moment d'évasion avec des plans contemplatifs de l'Espace. On retiendra en revanche beaucoup plus la reprise de Kristen Wiig de Space Oddity (1969). Dans La vie secrète de Walter Mitty de Ben Stiller (2014), ce dernier rêve constamment sa vie et il n'est pas étonnant de voir celle qu'il convoite lui donner envie de partir à l'aventure. Cette aventure n'est pas dans l'Espace comme le voudrait la chanson, mais en hélicoptère. Alors que l'on aurait pu penser qu'elle serait utilisée dans The Martian de Ridley Scott (2015), c'est finalement Starman (1972) qui fut choisie. David Bowie a surtout incarné son propre rôle dans l'excellente publicité pour Vittel sur Never get old (2003). Toutes ses personnalités sont là, permettant à Bowie de passer définitivement à autre chose en laissant ses doubles. 

Enfin qu'en est-il de la musique du Dieu Bowie? Fort de différentes personnalités (Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Halloween Jack, The thin white duke...), ses albums se diversifient au fil des décennies, selon des périodes. Il y a eu les martiens (Ziggy et Aladdin pour des voyages spatiaux), le glam rock (Halloween et ses élans glamour), Berlin (trilogie où préfigure des héros), la pop pure et dure (les 80's), l'expérimentation (les 90's), la mélancolie (les deux derniers albums)... Autant dire de tout, montrant bien que Bowie était inclassable, malgré une influence certaine dans le monde du rock. Dans la playlist ci-dessus, vous aurez de quoi écouter en boucle. Les aventures de Ziggy Stardust tiraillé entre Mars et jouer de la guitare, tout en faisant des rêves au clair de la lune. Halloween Jack le rebelle et Aladdin Sane ornant son visage de son éclair bleu et rouge. Les années pop où il dansait avec une belle chinoise sur les rifs de Nile Rodgers. Ma chanson préférée Heroes, car on est tous des héros juste pour un jour. L'occasion de voir que Nirvana n'est pas à l'origine de The man who sold the world et que la version de Bowie est bien meilleure. Celui qui ne voulait pas mourir, ne voulait pas nous laisser tomber. Il attendait le jour suivant, nous on voudrait tourner la page. Se dire que David Bowie est toujours là, qu'il n'est pas parti. David, tu vas horriblement nous manquer et tes chansons resteront éternelles, for ever and ever. Allez à la semaine prochaine.

David Bowie

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22 janvier 2016

Un nouveau Creed entre dans la légende

Adonis n'a jamais connu son père et décide d'embrasser le métier de son père: boxeur. Tout simplement parce que son père n'est autre qu'Apollo Creed...

Creed - L'Héritage de Rocky Balboa : Affiche

Rocky Balboa est Sylvester Stallone. Si John Rambo reste son autre personnage indispensable, le personnage n'est pas autant ancré dans l'histoire de l'acteur que l'Etalon Italien. Rocky c'est Sly, le petit monté tout en haut dans son milieu (la boxe / le cinéma), traversant même des turbulences évitables (Rocky IV et ses élans reaganiens) et des chutes vertigineuses (Rocky V symbolise à lui seul la longue traversée du désert qui va suivre pour l'acteur), avant de revenir en champion alors qu'on ne l'attendait plus. Quand il a fallu faire revenir un personnage pour faire son come-back en 2006, ce n'était pas pour rien, tout simplement parce que ce héros lui ressemble. On avait quitté Rocky sur le ring, fatigué mais victorieux. Personne n'attendait un retour, surtout que Rocky Balboa apparaissait comme un chant du cygne. Mais voici Ryan Coogler, réalisateur du remarqué (mais pas forcément très intéressant) Fruitvale station (2013), avec un projet autour de Rocky. Aux premiers abords, le projet n'a rien d'attirant: un spin-off de plus, jouant la carte de la séquelle en faisant revenir Sly et se focalisant sur le fils d'Apollo Creed (Carl Weathers). Même la bande-annonce parvenait difficilement à convaincre, ne sachant pas forcément quoi vendre (un spin-off? Une séquelle? Un pseudo-remake du premier opus?). Creed est au final une excellente surprise, se dévoilant comme une sorte de septième volet officiel.

Creed - L'Héritage de Rocky Balboa : Photo Michael B. Jordan, Tessa Thompson

(Attention spoilers) Le film de Coogler a des aspects renvoyant inévitablement à Rocky de John Avildsen (1976). La romance entre Adonis Creed (Michael B Jordan) et Bianca (Tessa Thompson) fait écho à celle entre Adrian (Talia Shire) et Rocky; le combat n'est pas remporté face à un champion mais Creed ressort grandi; et quelques passages musicaux renvoient à la musique rythmant la saga. La musique n'est toutefois pas reprise telle quelle, ne faisant donc pas dans le fan-service à coup de Gonna Fly Now pétaradant. Même le Duke (Tony Burton) réapparaît à travers son propre fils (Wood Harris), gardant Creed dans une certaine continuité. Le générique en banderole n'est pas repris non plus, permettant à Creed d'avoir une identité propre. De même, Rocky est un second-rôle, apparaissant en temps voulu et la scène d'entraînement est bien là, mais tournée de manière totalement différente. Les marches ne se dévoilent qu'à la fin de manière symbolique, permettant là aussi au film d'imposer une vision nouvelle à l'image du personnage principal. L'attention de Coogler est avant tout porté sur le jeune Creed et la relation qu'il entretient avec Rocky. Dans les deux cas, il s'agit d'hommes blessés par la vie. Adonis est un jeune homme ne savant pas où aller, entre un héritage lourd et une envie de s'en sortir. Il est un enfant illégitime élevé par une mère qui n'est pas la sienne, voulant devenir boxeur et trouvant un père de substitution avec l'ami de son père.

Creed - L'Héritage de Rocky Balboa : Photo Michael B. Jordan, Sylvester Stallone

Son père est avant tout une inspiration, son modèle en tant que boxeur au point d'en devenir peut être une imitation (voir la scène du projecteur). Le personnage ne veut pas apparaître ainsi, se révèlant moins frimeur malgré une tendance à brailler bien fort. S'il veut être le digne fils de son père (ce qu'il recherche avant toute chose), il devra assumer ce lourd héritage et combattre en honneur à son nom. Michael B Jordan étonne d'autant plus que l'on ne l'attendait pas forcément dans ce film. Le spectateur regrette même assez vite d'avoir avant tout voulu revoir Rocky au cinéma. La surprise est d'autant plus grande que l'acteur s'en sort très bien, imposant une figure physique et charismatique. Si l'avenir le veut, le jeune Adonis Creed deviendra une légende aussi intéressante que son tonton. Quant à Rocky, il est toujours restaurateur mais tout le monde le connaît, un symbole que l'on photographie comme un point nécessaire au tourisme de Philadelphie. Il n'en reste pas moins seul et Coogler compte bien le rappeler par deux détails. Le premier est qu'il est toujours debout alors que Paulie n'est plus là (Burt Young). Le chien qu'il avait adopté dans Rocky Balboa non plus. Le second est l'évocation de son fils. Comme pour renvoyer toujours plus à ce qui a été dit plus haut, la photo que l'on nous montre n'a pas été choisi au hasard. Elle montre Sage Stallone, le fils disparu de Sly et non Milo Ventimiglia qui avait incarné Junior dans le dernier volet.

Creed - L'Héritage de Rocky Balboa : Photo Michael B. Jordan

Quand Stallone parle du destin de son fils fictif, on ne peut s'empêcher d'y voir un parallèle évident avec son fils. Le regard triste de l'acteur sonne comme un crêve-coeur, prouvant aussi que Sly n'émeut jamais autant que quand il incarne le boxeur italo-américain. Après des films de piètre qualité (notamment le dernier Expendables), le voir revenir à Rocky est un véritable plaisir. La réalité se confond toujours dans la saga Rocky et en voici encore la preuve. Adonis devient le fils qu'il ne voit plus et Rocky le père qu'il n'a pas eu: les deux se complètent. Le personnage de Tessa Thompson permet aussi de rajouter un peu d'humanité au tout, jeune femme s'imposant seule dans un milieu hostile (la musique) et devant affronter un handicap lourd. Là aussi avec Adonis, ils se complètent mais cette fois-ci en tant que couple. (fin des spoilers) Pour ce qui est des scènes de boxe, Ryan Coogler s'en sort vraiment bien, montrant tous les combats aussi rapides soient-ils et nous plonge dans l'action. Le dernier combat, qui est toujours primordial dans la saga, est un vrai moment bourrin digne de ce nom, où les coups pleuvent, le sang gicle et les yeux enflent. Une intensité que l'on ne retrouvait pas forcément dans Southpaw d'Antoine Fuqua, sorti l'an dernier. On regrettera toutefois que l'adversaire soit comme souvent une grande-gueule avec un certain manque de charisme. C'est bien peu pour bouder son plaisir devant ce septième volet véritable d'une saga que l'on n'attendait plus.

Creed - L'Héritage de Rocky Balboa : Photo Michael B. Jordan

Rocky Balboa signait la renaissance d'un champion, Creed nous dévoile son magnifique successeur.

16 janvier 2016

Merry Christmas Mr Lawrence!

Furyo : Affiche David Bowie, Nagisa Oshima

Genre: drame
Année: 1983
durée: 2 heures

L'histoire: Java 1942. Un soldat anglais défie par une attitude provocante l'officier japonais qui commande de le camp où il est retenu prisonnier.

La critique d'Alice In Oliver:

A l'origine, Furyo, réalisé par Nagisa Oshima en 1983, est l'adaptation de deux romans autobiographiques écrits par Laurens van der Post.
A noter qu'en japonais, Furyo signifie "prisonnier de guerre". Au niveau des acteurs, ce film réunit David Bowie, Tom Conti, Jack Thompson, Ryuichi Sakamoto et Takeshi Sakamoto.
Attention, SPOILERS ! Java, 1942. Dans un camp de prisonniers, s'entassent des soldats anglais, autrichiens, néo-zélandais et néerlandais.

Furyo : photo Ryuichi Sakamoto

Le capitaine Yonoi (Ryuichi Sakamoto) est le chef du camp et impose une discipline de fer. Il est également craint et détesté par ses subalternes.
Mais l'arrivée d'un nouveau prisonnier, Jack Celliers (David Bowie) va changer la donne, ce dernier refusant de se soumettre. Pour le reste, Furyo est probablement l'un des films japonais les plus connus en Europe et à travers le monde.
C'est grâce à ce film que Takeshi Kitano et Ryuichi Sakamoto, également compositeur de la musique du film, vont se tailler une réputation internationale.

La présence de David Bowie n'est sans doute pas étranger au succès et à la réputation du film. A ce moment-là, donc, au début des années 80, l'artiste est au sommet des hits et cartonne avec l'album et la chanson titre, Let's Dance.
Force est de constater que le chanteur et compositeur s'en sort plus qu'honorablement devant une caméra. Mieux encore, David Bowie livre une excellente performance.
En même temps, l'artiste s'est déjà taillé une certaine réputation en interprétant Elephant Man au théâtre.

Furyo : Photo David Bowie

David Bowie n'en est donc pas à son premier coup d'essai. Pour l'anecdote, c'est Robert Redford qui devait interpréter le rôle de Jack Celliers.
Mais l'acteur déclinera finalement l'invitation. Qu'à cela ne tienne, Nagisa Oshima se tourne alors vers David Bowie. Le scénario se concentre presque exclusivement sur la confrontation psychologique entre Jack Celliers et le capitaine Yonoi.
Il s'agit également d'une opposition entre deux cultures avec une petite connotation homosexuelle.

Même si cela n'est jamais dit, le capitaine Yonoi méprise et ressent à la fois une certaine admiration à l'égard de Celliers. David Bowie et Ryuichi Sakamoto interprètent des personnages peu sympathiques mais déterminés. Quant à Takeshi Kitano, il incarne un soldat certes brutal mais c'est paradoxalement le personnage le plus humain et le plus attachant du film.
A l'époque, Takeshi Kitano n'est pas encore la star qu'il devenu aujourd'hui. Le public japonais le connaît surtout pour ses show télévisés et ses numéros comiques.

Furyo : photo Takeshi Kitano

Encore une fois, Furyo aborde plusieurs thématiques passionnantes. J'ai déjà évoqué la confrontation entre deux cultures. Je n'y reviens pas.
Même remarque pour l'homosexualité sous-jacente entre Celliers et le capitaine Yonoi. Mais il ne faudrait pas non plus oublier ces soldats japonais qui doivent appliquer une discipline très stricte, le déshonneur étant puni par le sacrifice et le hara-kiri.
C'est donc le prisonnier lui-même qui doit se punir en se donnant la mort, les autres étant condamnés à regarder son supplice.
Bref, un excellent film qui a bien mérité son statut de classique du cinéma.

La critique de Borat

Lundi dernier, nous avons appris une chose: David Bowie n'est pas éternel. Il nous laisse sa musique, mais également ses films car ne l'oublions pas, Dieu Bowie a eu une bien belle carrière au cinéma. Avant l'hommage légitime que lui rendra la Cave de Borat la semaine prochaine, revenons sur ce qui est certainement le plus grand film de sa carrière. En 1983, le célèbre Ziggy Stardust était à l'affiche de deux films: Les prédateurs de Tony Scott et Merry Christmas Mr Lawrence, plus connu dans nos contrées sous le titre Furyo. Il s'en est passé du temps depuis le scandale de L'empire des sens (1978) et voilà Nagisa Oshima sur un film de guerre ambigu avec une star internationale, mélangeant les langues anglaise et japonaise. Alors que l'époque voudrait que l'on parle du Vietnam, nous voilà revenu dans la fameuse Seconde Guerre Mondiale et particulièrement dans les camps de prisonniers japonais. Le film se base même sur les mémoires du prisonnnier Laurens van der Post, confortant dans un réalisme certain. Même si le duel Yonoi (incarné par un autre chanteur Ryuichi Sakamoto) / Jack Celliers (Bowie) est au centre du film, le point de vue principal vient de John Lawrence (Tom Conti), ce lieutenant faisant le lien entre les geôliers japonais et ses camarades prisonniers.

furyo__1983___06

Le héros c'est Lawrence, témoin des drames du camp, celui que l'on vient réveiller et que l'on voit dans les derniers instants du film. Ce personnage agit peu, mais il est responsable de ses camarades et son utilisation du japonais lui permet de s'imposer auprès d'eux. Il est l'exemple typique du personnage principal que l'on n'attend pas forcément et pour cause, il agit peu et surtout n'est pas au centre de l'intrigue. Il est le témoin de l'action et même si certains passages feront constater que non, ce qui est au centre du film c'est le duel. Un point de vue qui n'est pas sans rappeler le récent Sicario de Denis Villeneuve (2015), où Emily Blunt est supplantée par le personnage de Benicio del Toro apparaissant au premier abord comme un second-rôle. On peut aussi remarquer que son importance lui permet aussi de tenir tête à ses supérieurs. Ainsi toute une sous-intrigue montre Yanoi essayait de savoir qui est expert en armes dans le camp. Une question restée en suspens, mais qui signe plusieurs scènes de tension magistrales. Les relations entre les officiers et les prisonniers sont déjà en froid, ce n'est pas cette simple question qui va changer les choses. Alors qu'en est-il de la relation entre Yanoi et Jack? (attention spoilers) Le film nous présente dans un premier temps des personnages ayant un passé sinistre et qu'ils regrettent. 

Furyo : photo Nagisa Oshima, Ryuichi Sakamoto

D'un côté, un japonais qui n'a pas suivi ses camarades et vit dans le déshonneur le plus total. Quand on sait l'importance de l'honneur dans la culture japonaise, cela n'en est que plus flagrant. D'autres films l'ont montré notamment des films occidentaux jouant sur l'exotisme (en bien comme en mal) et le voir sous l'oeil d'un réalisateur japonais, qui plus est dans un film de guerre, n'en devient que plus intéressant. Lui est vivant, les autres sont tous morts pour l'exemple. Quant à Jack, il a fait subir le martyr à son frère bossu, mais doué pour la chanson. Ce dernier ne nous apparaît que dans les souvenirs de Jack, mais ces derniers tiennent une bonne partie de la séquence où Lawrence et lui parlent. Une séquence de flashback rude et magnifique à la fois, rythmé par les chants du frère et le bizutage que laisse faire Celliers. Par honte d'avoir un frère infirme ou du fait que son frère le suivait sans cesse et qu'il cherchait à s'en débarrasser. On ne sait pas ce qu'est devenu son frère, mais les derniers instants du film renvoient à une mort évidente (qui plus est avec la chanson de l'enfant, renvoyant à un chant du cygne). Déjà par le décor des retrouvailles, qui n'est autre que le jardin dont son frère s'occupait et du fait que Jack vient le rejoindre. Une vision poétique de la Mort permettant d'évoquer celle de Celliers, sans avoir à la montrer frontalement. La métaphore est toujours meilleure, d'autant que durant tout le film, le personnage provoque pour arriver à sa mort imminente. 

Furyo : photo Takeshi Kitano

Outre cet aspect morbide lié aux souvenirs des deux personnages, les deux jouent sans cesse sur une relation sadomasochiste et homosexuelle. Sadomasochiste, car Celliers joue sans cesse la carte de la provocation pour faire sortir Yanoi de ses gonds. Que ce soit par la radio ou les rations récupérées alors que les prisonniers sont en plein jeûne. De plus, Yanoi se force à réprouver ses sentiments pour Celliers, ce qui renvoie à l'homosexualité. La relation entre ces deux personnages est ambigüe, jamais évoquée frontalement (les deux personnages ne communiquent pas), mais Yanoi a une véritable obsession pour lui et cela dès la première scène où ils sont réunis. Le baiser de Celliers n'en devient que plus logique, ce dernier voyant la fascination qu'a le japonais pour lui et la provocation de trop. Outre cela, il y a aussi Hara ce sergent alcoolique et haut en couleur. Ce personnage est assez similaire à Lawrence, car les deux sont des témoins des événements à travers un point de vue différent (geôlier/prisonnier). Il n'est d'ailleurs pas étonnant que le film se termine sur eux parlant ensemble (soit ce qu'ils font durant tout le film). Il est montré comme particulièrement humain, sortant du lot et même s'il s'agit d'un soldat japonais (donc "l'ennemi"), il respire la sympathie. Est-ce grâce à Takeshi Kitano, acteur connu à l'époque comme un présentateur rigolo? Certainement et l'air bênet du personnage renvoie certainement à ce passé de comique, alors qu'aujourd'hui on aurait plus l'image d'un gangster violent. Outre Takeshi, le reste de la figuration est exemplaire et David Bowie réussit son coup dans un registre différent. Cantonné aux rôles fantastiques, le voici enfin dans un rôle ancré dans le réel, ce qui ne l'empêche pas d'exceller. Quant à la réalisation d'Oshima, elle s'avère lente, bien rythmée par la musique hypnotique de Sakamoto et jouant parfaitement sur l'aspect mystique. 

Un film de guerre délaissant le conflit pour suivre un duel hypnotique, entre fascination et amour et avec un casting exemplaire.

14 janvier 2016

Cuvée râleuse mais amusante

Décidément l'année commence bien mal, puisque la Cave de Borat en est déjà à son second hommage en trois cuvées millésime 2016. Deuxième sur quatre en prévision (quand je mettais sous réserve dans la précédente cuvée, ce n'était pas pour rien) et si cela continue, la Cave va devenir la Nécro de Borat. Enfin bon, commençons la cuvée autour d'un de nos monstres sacrés Michel Galabru. Parler d'un acteur pareil est toujours difficile, car il y a à boire et à manger. Avec des rôles à foison que l'on ne compte plus tellement c'est vertigineux, que ce soit au cinéma ou au théâtre, la carrière de Michel Galabru est colossale. On se demande parfois dans quoi on va s'embarquer, car le grand Michel ne l'a jamais démenti: des bouses il en a tourné à la pelle, des rôles avec cachets misérables pour quelques heures aussi, le but étant de manger à la fin de la journée. Encore maintenant, certains critiques (on ne vise personne ici, n'est-ce pas Télérama et Les cahiers du cinéma?!) ne manqueront pas de le dézinguer, car il est non seulement de bon ton de se payer la tête d'un certain cinéma populaire, mais aussi critiquer ses acteurs stars. Michel Galabru en était un et ce malgré un statut particulier. Comparé à ses camarades Louis De Funès ou Jean Lefebvre, le géant Galabru n'a jamais été un rôle principal, mais le second-rôle marquant.

gendarme

"Louis on nous regarde. -Oui en effet. -Soyons sérieux un instant. On pourrait avoir un compliment de Télérama."

De préférence, le gueulard revenchard qui s'énervera pour pas grand chose. Une caricature peut être trop grosse, mais qui a largement fait sa carrière. C'est comme tout dans le cinéma, quand quelque chose marche, on le réutilise inlassablement jusqu'à plus soif. Puis quand il n'y a plus rien, on ressort les acteurs stars pour des caméos. Il n'était donc pas étonnant de le voir goûter à des gourmandises sous la table de San Antonio (on évitera de parler du film, par respect pour le nanar de qualité), ou en pastiche de Marlon Brando chez Dany Boon (il révélait récemment avoir négocier plus de jours pour toucher encore plus, sacré Michel!). Dans les années 90 cela se ressentait déjà, en dehors d'Uranus de Claude Berri (1990) ou la grosse production Astérix (1999), où il jouait tout de même le chef Assurancetourix, rôle conséquent parmi les second-rôles. Il faut dire qu'il avait tellement enchaîné les films entre les années 60 et 80 que le voir si peu provoquait une étrangeté. Reste que la télévision avait fait le travail, le faisant apparaître aussi bien dans des téléfilms que des séries (il était notamment passé voir les équipes de Scènes de ménages, où il jouait un gendarme encore et toujours).

Michel le gaulois 

Michel le Gaulois.

De Michel Galabru, on retiendra pourtant des films particuliers, ceux qui sortent du lot en dehors de certains films aux titres
évocateurs. Pour ces derniers, le catalogue est rempli à l'image d'Arrête de ramer, t'attaques la falaise (Michel Caputo, 1979), Le trouble-fesses (Raoul Foulon, 1976), Le führer en folie (si vous voulez voir des nazis et prisonniers de guerre jouer au football, demandez Philippe Clair) ou Te marre pas... c'est pour rire! (Jacques Besnard, 1982). Beaucoup retiendront les Gendarmes à travers les rues de Saint Tropez, pourtant votre cher Borat n'en est pas familier. Il dirait même que cette saga ne l'a jamais intéressé et quand il finit par voir le premier, l'éclate ne fut pas au rendez-vous. Il préfère voir l'ami Michel ailleurs, même dans la comédie. Le grand bazar de Claude Zidi (1973) lui permet d'être face à Michel Serrault pour la première fois dans un duel entre commerçants, où les Charlots font conneries sur conneries pour notre plus grand plaisir. Ils se retrouvaient chez Edouard Molinaro en 1978 dans La cage aux folles. Même s'il râle aussi beaucoup dedans, le contexte est différent. Il joue le beau-père du fils de Renato, un député qui n'avait certainement pas prévu de se retrouver avec les moeurs homo-sexuelles de la famille en face. L'occasion de voir un Galabru subjugué (en plus d'avoir droit à un magnifique déguisement) et encore plus dans le second opus (1980), où l'ami Serrault deviendra sa Marilyn le temps d'un gâteau explosif! Il y a des cadeaux qui ne se refuse pas.

la cage aux folles

Michel femme d'un soir.

Il finira par revenir dans le troisième opus, mais on préféra éviter de taper sur l'ambulance. Claude Zidi refait appel à ses services pour les célèbres Sous doués (1980), l'occasion pour lui de surveiller les cancres du bac. Là encore le stéréotype du personnage à bout de nerfs devenant un gimmick comique est réutilisé à l'outrance, permettant à Galabru d'exceller. Que ce soit autour d'une partie de flipper ou d'une bombe artisanale, il y a de quoi rendre fou un Michel en pleine circulation. Puis vient le moment où il doit remplacer son ami Louis de Funès venant juste de décéder. Un second-choix certes, mais le papy faisant de la résistance, Galabru s'amuse comme un petit fou et fait oublier le choix initial. Il ne singe pas De Funès, ce rôle est pour lui et il fait admirablement face à Jacqueline Maillan, dont c'est probablement le rôle le plus connue au cinéma. D'autant qu'il faut s'imposer autour du Splendid et des guests en pagaille, dont un certain Jacques qui n'a pas changé. Néanmoins, là où l'on pourrait le cantonner de second-couteau dans des comédies, ce serait oublier que Michel Galabru était capable de toucher aussi des rôles bien plus sérieux. On pourrait en citer plusieurs (notamment Le choix des armes d'Alain Corneau, où il avait pour adjoint le jeune Gérard Lanvin), mais on en retiendra finalement deux.

Le juge et l'assassin

"Ben te voilà mon Michel, ça faisait longtemps! -Oui je suis enfin monté voir les anges."

Les plus connus certes, les plus marquants aussi. Le premier lui permet même d'avoir la reconnaissance du milieu aux Césars. Un beau cadeau offert par Bertrand Tavernier en 1976 avec Le juge et l'assassin. Pas facile d'incarner un tueur de femmes quand vous êtes caricaturé à un acteur de comédie. Pourtant on oublie totalement ce que l'on a vu de Michel Galabru auparavant, non seulement car cela n'a pas lieu d'être, puis tout simplement parce que le travail de composition est fantastique. Un personnage complexe, un des rares serial killer abordés dans le Cinéma Français avec ce qu'il faut de sobriété. Un être malade de violence et rage dans la France pré-Ière Guerre Mondiale. Tavernier trouve l'acteur parfait pour lui faire face avec le fidèle Philippe Noiret. Même si Noiret en impose, on retiendra finalement Galabru. Son apparition dans L'été meurtrier de Jean Becker (1983) est certes courte, mais elle marque durablement. Là encore, le rôle est ambigu, père adoptif d'une Isabelle Adjani perturbée par ses origines. Le rôle est court encore une fois, mais il est émouvant et marque. Derrière sa porte, les langues se délient et les larmes coulent sur le visage d'une jolie fille. Michel l'homme qui râle, qui émeut, fait peur ou rire. Voilà ce que l'on retiendra de Mr Galabru. C'est aussi ce qui en fait une de nos icônes nationales, une madeleine de Proust indispensable à nos chaînes pour des rediffusions qui feront toujours plaisir au public, malgré qu'il a vu les films tant de fois. Allez à la semaine prochaine.

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11 janvier 2016

Globe d'or en live

Si vous vous souvenez bien, votre cher Borat avait osé vous dévoiler les Oscars et les Césars (il faut bien dormir de temps en temps) il y a quelques années. Il est l'heure désormais de s'attaquer en direct aux Golden Globes. De quoi s'amuser ou non, vous le verrez bien assez tôt (ou tard si vous lisez cela ce lundi matin et vous auriez bien raison -NDB) ou en temps réel, si vous êtes assez fou. 

2h02: Caitlyn Jenner a droit à son petit passage dans le discours d'ouverture de Ricky Gervais. Après South Park, l'allusion à la voiture percutante est toujours aussi amusante. Bon c'est l'occasion aussi de taper sur NBC (aucune nomination sur la scène qui présente), Roman Polanski ou encore Pixels qui n'en demandait pas tant.

Caitlyn jenner

2h09: Jonah Hill vient avec un masque foireux d'ours. Faut se faire plaisir comme on dit. Pour le prix de meilleur second-rôle féminin Kate Winslet dans Steve Jobs de Danny Boyle.

Steve Jobs : Photo Kate Winslet, Michael Fassbender, Michael Stuhlbarg

2h13: Maura Tierney en meilleur second-rôle dans une mini-série ou téléfilm dans la série The affair.

Photo Maura Tierney

2h22: Rachel Bloom meilleure actrice dans une série musicale ou comique dans Crazy Ex Girlfriend.

Photo Rachel Bloom, Vincent Rodriguez III

2h24: Pour la meilleure série musicale ou comique, Mozart in the jungle. Soit une première pour Amazon dont il s'agit d'une des séries les plus influentes.

Photo Gael García Bernal

2H34: Ricky Gervais se paye le fait que The martian de Ridley Scott concourt dans la catégorie meilleure comédie ou musical, tout en se payant les infidélités de Ben Affleck pour l'arrivée de Matt Damon.

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2h37: Meilleure mini-série ou téléfilm pour Wolf Hall.

Photo Mark Rylance

2h39: Oscar Isaac meilleur acteur dans une mini-série ou téléfilm pour Show me a hero.

Photo Carla Quevedo, Oscar Isaac

2h47: Jason Statham fait comme son personnage dans Spy de Paul Feig. Sauf que ce n'est toujours pas drôle. Décidément quand ça ne veut pas.

2h48: Meilleur acteur dans une série, mini-série ou téléfilm pour Christian Slater dans Mr Robot. Il était temps de ressortir des DTV, Christian!

Photo Christian Slater

2h54: Après une vanne sur Miss Universe (Jamie Foxx balance un mauvais vote avant de dire le bon), c'est Ennio Morricone pour The hateful eight qui a le Golden Globe de la meilleure musique. Les vrais savent qu'il n'en a pas besoin.

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2h56: Meilleur acteur dans une série pour Jon Hamm dans Mad Men.

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3h07: Meilleur acteur dans une comédie ou musical Matt Damon pour The Martian de Ridley Scott. C'est vrai que ce film était terriblement drôle, on entend encore les bruits de casserole de Mars.

The Martian (photo)

 

3h16: Meilleur film d'animation pour Inside Out de Pete Docter.

Vice Versa : Photo

3h19: Adriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiien! Rocky a le Golden Globe du meilleur second-rôle pour Creed de Ryan Coogler.

Creed- L'Héritage de Rocky Balboa : Photo Sylvester Stallone

3h28: Aaron Sorkin pour le scénario de Steve Jobs.

3h31: Gael Garcia Bernal pour meilleur acteur de série comique ou musicale dans Mozart in the jungle.

3h40: Le fils de Saul de Laszlo Nemes meilleur film étranger.

Le Fils de Saül : Photo Géza Röhrig

3h43: Lady Gaga meilleure actrice dans une mini-série ou téléfilm pour American Horror Story

Photo Lady Gaga

3h52: Avec des concurrents aussi pitoyables, était-ce étonnant de voir l'horrible Writing on the wall de Sam Smith être la meilleure chanson?

3h57 : La meilleure série dramatique est Mr Robot.

4h04: Le Globe Cecil B Demille revient à l'impitoyable Denzel Washington, avec présentation de l'indéniable Tom Hanks. Les rues de Philadelphie se souviennent d'eux.

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4h22: Alejandro Gonzalez Inarritu meilleur réalisateur pour The revenant

Innaritu

 

4h24: Taraji P Henson meillleure actrice dans une série dramatique pour Empire.

Photo Taraji P. Henson

4h32: J Law meilleure actrice dans un film dramatique soit Joy de David O Russell. Soit le film hollywoodien dont la bande-annonce est la plus incompréhensible que votre cher Borat connaisse. 

Joy : Photo Jennifer Lawrence

4h43: The Martian meilleur comédie ou musical. Belle blague quand même. 

4h53: Brie Larson meilleure actrice dramatique dans Room de Lenny Abrahamson.

Room : Photo Brie Larson, Jacob Tremblay

4h57: Leonardo Dicaprio meilleur acteur dramatique pour The revenant. Leo et les Golden Globes une grande histoire d'amour, avec les Oscars une grande histoire de fuck.

5h02: Toujours pas de Valhalla pour Max, ce sera The revenant en meilleur film dramatique.

Alors pour résumer: Ricky Gervais était en forme pour faire le show, les récompenses sont aléatoires entre le désespérant (la meilleure chanson quelle horreur) et le brillant (Inside out), les vedettes venant faire les remises brillaient un peu trop (vive les fonds de teint explosifs!) et on attend de voir les Oscars pour voir si cela va changer. Ne l'oublions pas, les sections sont plus restreintes aux Oscars, cela intensifie le challenge. Bonne nuit à tous!

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10 janvier 2016

Cuvée tantôt chasseuse, tantôt chanteuse

A peine l'année commencée, il faut déjà écrire des cuvées-hommages à ceux qui partent. La Cave de Borat risque fort de donner une double ration, voire triple (sous réserve -NDB) de nécrologies en ce mois de janvier 2016. Alors allons-y, alonso! Certains s'étonneront fortement du contenu de cette cuvée, certainement car ils ne s'y attendent pas, au risque d'être les premiers surpris. Surtout que vous connaissez votre cher Borat pour avoir un coeur de rockeur pleurant sur des bandes-originales, avant de se déhancher sur du disco ou de l'électro. Pourtant comme tout le monde, il apprécie la bonne vieille variétoche qui fait le plaisir des fans du divan rouge du dimanche. Son propriétaire (un certain MD, inconnu au bataillon) avait fait la connerie de dire que Michel Delpech allait bientôt s'en aller. Il a fallu quelques mois après cette drôle d'annonce pour que celui qui était chanteur volent avec les perdreaux, par dessus les champs. Victime d'un cancer de la langue et de la gorge, Michel Delpech avait peur de ne plus pouvoir chanter, ce ne sera malheureusement plus le cas. Ma passion pour ce chanteur vaut bien une cuvée, car rappelons-le, ces chroniques hebdomadaires sont aussi l'occasion d'évoquer des ressentis personnels. Quand j'ai découvert Michel Delpech, ce fut à la radio, sur la fameuse Nostalgie qui donnerait des boutons aux gamins et des cures de rajeunissement aux plus vieux.

Je devais avoir déjà entendu certaines chansons (le flirt n'avait pas de secret pour moi -c'est une boutade, il faut bien vous faire rire un peu), mais Quand j'étais chanteur (1975) fut un bel électrochoc. Alors quand mon père me dit qu'il aime bien Delpech, manu militari j'achète le best-of pour son anniversaire (ou noël, je ne sais plus -NDB). Ces disques ont rythmé une bonne partie de mon adolescence dans la voiture, le tout sans réelle lassitude. Mon père s'était même étonné d'entendre du Michel Delpech en Espagne, ayant remis en route le jukebox, pardon Radio Delpech sans le faire exprès! Certes, les chansons les plus récentes n'étaient pas forcément bonnes, mais ce n'était pas grave. Les meilleures finiraient toujours par revenir suivant la boucle des CD. Pour moi, Michel Delpech c'est un peu tout cela: se souvenir des trajets en voiture dans ce qu'il y a de plus cool, mais aussi avoir une passion commune entre mon père et moi. Autant dire que quand vous apprenez qu'un hommage lui est donné après avoir passer une bonne soirée, cela a de quoi vous donnez un sacré coup. Tout simplement parce que l'ami Michel était un personnage immédiatement sympathique. Une voix reconnaissable, un visage qui respirait la bonhomie et des chansons qui restent longtemps en tête. Tous les chanteurs ne peuvent se targuer de cela. 

Dans les chansons que votre cher Borat a choisi, vous remarquerez certainement une tendance à la nostalgie, la mélancolie. Quand j'étais chanteur (ma préférée) et son chanteur de 73 ans, se rappelant sa jeunesse tout comme sa condition actuelle. Chez Laurette (1965) où Delpech évoque subliminalement sa jeunesse dans le café de sa cousine barmaid. Que Marianne était jolie (1972) avec deux couplets se faisant écho et des conséquences sinistres, contrastant avec la légèreté de la mélodie. Les divorcés (1973) évocation d'un amour terminé. Le chasseur, sa plus belle chanson (1974), magnifique ôde à la nature, où le chasseur se demande bien ce qu'il fout avec un fusil, alors qu'il pourrait admirer un vol de perdreaux par dessus les champs. Le Loir et Cher (1977), chanson fun par excellence où il évoque sa terre natale. Des chansons que l'on retient et qui marquent. Il écrivait autrefois que Mick Jagger n'était plus de ce monde, le temps en a voulu autrement. Amuse toi bien Michel avec les perdreaux, là-haut ton sourire restera ton atout majeur. Allez à la semaine prochaine.

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01 janvier 2016

Cuvée Politiquement Correcte

Avant de commencer cette nouvelle cuvée après une semaine d'absence, il est temps pour votre cher Borat de vous souhaiter...

UNE BONNE ANNÉE!

Après ce petit intermède musical qui vous permet de bien commencer l'année (et aussi parce que Kool and the gang c'est génial), nous pouvons dorénavant commencer la première cuvée de 2016 en ce 1er janvier fort symbolique! Comme l'an dernier en cette période hivernale, nous allons faire honneur à la ville du Colorado la plus connue dans le monde, la divine South Park. La dix-huitième saison avait fait fort en sortant du cadre des épisodes individuels pour une saison avec un arc narratif. Même si des épisodes pouvaient être vus seuls, il y avait toujours une certaine continuité. Puis, c'était l'occasion de voir la chanteuse Lorde sous un nouveau jour (certainement un des meilleurs twists de tous les temps) et de taper un bon coup sur les opérateurs internationaux (l'inception tout ça, tout ça). Conscients que le principe d'arc narratif a fonctionné et a plu au public, Trey Parker et Matt Stone ont récidivé pour une saison dix-neuf sur les chapeaux de roues et traite encore et toujours de sujets politiques comme purement médiatiques, en prenant toujours des cibles précises. (Attention spoilers) Le premier épisode Stunning and brave pose les bases en une scène dans le gymnase. La principale a été viré suite à un viol d'élève à la "Hot Cosby". Evidemment, pas besoin d'aller bien loin pour découvrir qu'il s'agit d'un viol sauvage (le contraire aurait été étonnant), d'autant plus que le "Slow Cosby" est censé évoquer "l'amour" dixit nos camarades canadiens. Bill Cosby ne sera plus cité dans la saison (la saison 18 avait déjà cassé le mythe avec Taylor Swift), mais cette citation improbable (Cosby devient en soi une expression pour signifier ce qui est bien ou mal dans le sexe!) a le mérite de susciter l'attention.

PC

L'occasion d'une petite pique envers Isaac Hayes, qui s'était fâché avec les auteurs suite à un épisode tâclant la scientologie. L'affaire est réglée en deux répliques: "Un chef de couleur auquel les enfants ont fait chanter de la soul et qui a été conduit par les enfants à se suicider. -Non il s'est fait laver le cerveau par une secte!" La messe est dites. On nous présente alors le PC Principal, soit un ambassadeur du politiquement correct. En gros, on ne touche ni aux infirmes, ni aux peuples du monde, ni aux obèses, ni à la condition de la femme, ni aux homo-sexuels, ni aux transexuels... Enfin bref tout le monde. Une bien-pensance jubilatoire d'autant que comme le montre l'épisode Sponsored Content, cette dernière est loin d'être si claire. Randy comme bien d'autres sont bizutés comme à l'université pour accéder au statut de PC, les PC boivent énormément et même si des contrats sont signés pour éviter tout problème, le manoir des PC pourrait presque passer pour un harem où l'on baise dans toutes les chambres! L'ironie est mordante, montrant bien des personnages de grande-gueule qui finalement sont tout aussi incorrects que ceux qu'ils dénoncent. De même, le cas de Caitlyn Jenner suscite dès ce premier épisode un regard intéressant, bien aidé par le piquant des deux scénaristes. En effet, il y a quelques années, le beau-père de Kim Kardashian devenu transexuel avait tué une femme lors d'un accident de voiture, mais aucune charge n'a été retenu contre elle. Mieux, tout le monde semble avoir oublier cela, devenant une héroïne suite à son changement de sexe. 

Caitlyn jenner

Parker et Stone ne semblent pas avoir oublier et s'en amusent merveilleusement en montrant à chaque fois Jenner en voiture, tuant par la même occasion quelques passants, tout cela dans une indifférence provoquant le rire immédiat. Son apparition dans l'épisode Where my country gone? est probablement la meilleure, Jenner partant en écrasant un passant tout en étant applaudi par Barack Obama et ses sujets! Forcément pour Jenner, mais le fait qu'ils s'en foutent complètement et applaudissent le personnage n'en devient que plus délirant. Le second épisode est peut être plus politisé encore puisque non seulement Mr Garrison entre en compagne présidentielle, mais en plus les scénaristes jouent la carte de l'actualité. Suite à une politique d'immigration laxiste, les Canadiens finissent par arriver en masse aux USA et notamment à South Park. L'occasion d'une superbe (et hilarante) chanson de Garrison qui se demande où est passé son pays si grand! Mieux, sa politique d'immigration est aussi stupide et vulgaire que celle de ce cher Donald Trump qui, non content d'être un homme d'affaire vulgaire, se lance aussi dans la politique. Même si on rigole de Garrison (car il faut bien se fendre la poire), son discours sur l'immigration relève juste de la bêtise pure, résumé en une réplique: "Il n'y a qu'une seule politique d'immigration en laquelle je crois, et c'est de tous les enculer jusqu'à la mort!" L'épisode va même plus loin en dévoilant un clone de Trump en président du Canada. La raison pour laquelle les Canadiens sont partis est là et le duo cherche à mettre en garde alors que Trump ne cesse de monter dans les sondages.

Trump

Si les Canadiens sont partis c'est parce qu'ils ont été suffisamment stupide pour prendre le candidat le plus aberrant du lot, parce qu'il les faisait rire. Le contraste va même très loin en montrant des villes désertes et des gens qui se suicident, pendant que l'abruti sort toutes sortes d'obsénités et danse bien tranquillement! Les scénaristes s'interrogent et font de même avec les américains, leur montrant clairement que l'issue avec Trump sera une catastrophe totale, que la rigolade a duré un peu trop longtemps. A partir de là, le cheminement narratif se fera petit à petit, voire beaucoup plus que sur la précédente saison. On découvre petit à petit que les gens sont commandés par la publicité sans s'en rendre compte, au point qu'elles sont devenues... réelles! Un parti-pris totalement délirant et pourtant les scénaristes sont parfaitement crédibles, le personnage de Leslie se révèlant être une sorte de Terminator, pub terriblement humaine et capable de monter les gens contre les autres. C'est le cas du pauvre Kyle qui en vient à se battre avec Stan, ce dernier n'étant pas en reste avec un père PC et épris de la publicité sans s'en rendre compte. De même, jouant la carte du conformisme, South Park devient une ville totalement politiquement correcte, où le moindre pet peut avoir des conséquences incroyables. Pire, derrière cela, il y a toujours une ironie mordante.

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Comme faire un centre-commerciale autour de la maison délabrée de Kenny (vous avez bien lu) ou vouloir dégâcher les sans-abris du centre-ville pour les mettre à l'ancien Sodo Sopa (magnifiques spots de pub). De même, pour le pauvre officier Barbrady qui est envoyé massacrer les enfants déguisés en ninjas car Randy et la mairie croient qu'il s'agit d'ISIS, avant de se refaire jeter par eux! Non seulement le politiquement correct a ses limites, mais il y a également beaucoup de mauvaise foi. Les trois derniers épisodes sont même rythmés de la même manière qu'un thriller avec moults rebondissements et une véritable course contre la montre. Mieux pour ces derniers épisodes, les scénaristes s'amusent toujours un peu plus de la bêtise des américains. Pour se faire comprendre, pas besoin de mots, il suffit d'un bon flingue pour se faire respecter adultes comme enfants! Ainsi, la mère de Cartman n'a jamais aussi bien été écouté par son fils qu'avec un doigt sur la détente! De même, la saison se termine autour d'une convention sur les armes, à l'image des concours de beauté, la maire en venant même à défiler avec son fusil à pompe. Le discours est cynique, terriblement jouissif et digne de leurs auteurs. On s'amusera également du discours de Jimmy au sujet de la liberté de la presse, seul contre la publicité au point d'en devenir leur ennemi numéro 1, comme des PC (le message de Jimmy au PC Principal est probablement le plus beau fou-rire de cette saison).

Certains épisodes s'avèrent plus individuels mais tout aussi monumentaux. L'épisode You're not yelping dézingue certains critiques culinaires (mais cela peut être n'importe quel blogueur) se pensant importants, voire utiles au point de chercher les privilèges. La réponse des restaurateurs comme des critiques est tout aussi percutante et Parker réalisateur s'en amuse beaucoup. La guerre prend même des atours de guerre civile avec de vraies archives de guerre pour appuyer le côté surréaliste de la situation. Celle des restaurateurs se fait avec la subtilité pipi-caca qu'a parfois le duo. L'épisode Safe space revient sur le politiquement correct en s'attaquant aux modérations. L'occasion de dézinguer quelques personnalités comme Steven Seagal, Vin 'Baboulinet' Diesel ou Demi Lovato jugées à cause de leur apparence physique. Avec tant de choses négatives à supprimer, il y a de quoi se jeter par la fenêtre. De même, le pauvre Randy se voit humilier par un caissier l'obligeant à faire des dons pour des petits enfants défavorisés. L'occasion d'utiliser à nouveau le cynisme en évoquant des dons d'Ipad ou en faisant des spots délirants sur l'humiliation avec eux comme porte-étendards. L'occasion de voir la mannequin Gigi Hadid dans une tenue décontractée mais cela est une autre histoire (il y a des enfants qui lisent mes articles -NDB). Même chose pour Tweek x Craig où les personnages éponymes sont contraints d'être ensemble à cause de dessins gay les représentant réalisés par des élèves japonaises!

Butters

L'occasion de bien rigoler avec des habitants toujours plus bêtes, faisant des rapprochements délirants et participant pleinement à cette mascarade. Quant à Cartman et son Cupidon d'amour, ils signeront le moment gênant de cette saison, véritable rigolade en puissance. Cette saison 19 a encore eu de sacrés bons moments, l'occasion de franches rigolades, mais aussi de critiques sévères et violentes avec pour cibles le politiquement correct, les armes, Trump et la connerie des gens. Comme quoi, depuis plusieurs années, il n'y a rien de mieux que de regarder South Park pour se prendre une claque devant une bêtise toujours plus grande. Allez à la semaine prochaine!

31 décembre 2015

Soyez témoins, en 2016 nous irons au Valhalla!

On ne change pas les habitudes du Tonton Borat, en ce dernier jour de l'année c'est l'heure du bilan. Bilan d'une année cinématographique chargée en émotion et comme souvent en mauvais films et déceptions. On ne va pas changer une équipe qui perd, ils sont toujours là afin de former le flop de l'année et autant dire que comme toujours, il y a à boire et à manger. Commençons avec le pire et ce dès le mois de février (ils nous ont fait patienter un mois, c'est toujours sympathique de leur part). Les fameuses aventures gourmandes et croquantes de Christian Grey avec la jeune Anastasia Steele ont valu leur lot de rires et moments gênants en ce début février. En même temps, avec un film qui plonge directement dans la rigolade nanarde avec du gris partout (le mec s'appelle... bon vous avez compris), il ne faut pas s'étonner. Véritable romcom qui s'ignore avec un ancien soumis peu maître de ses moyens et une héroïne mignonne peinant à convaincre, le tout dans un enrobage R tout sauf cochon; 50 nuances de Grey est une rigolade involontaire comme on les adore. Du très mauvais film qui ferait regretter Showgirls du Hollandais violent (1995) en terme de visuel craquant (lui au moins assumer le NC17, quitte à y perdre des biftons). Surtout que quand vous voyez le director's cut de Nymphomaniac de Lars Von Trier (2014) le même jour, ce n'est pas la même limonade.

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Chappie fut une grande déception, voire même un petit navet. Incapable de se renouveler, Neill Blomkamp reprend quasiment le même contexte, sort les mêmes références en essayant vainement de faire croire à du changement... Les défavorisés se retrouvent une nouvelle fois face aux autorités incompétentes aux assauts violents, avec un soupçon de Robocop (décidément, il était temps que Popaul revienne à l'allure où on ne cesse de le citer) et de Short Circuit de John Badham (le robot gentil mais aussi très dangereux). Malheureusement, en dehors du robot adorable (d'un point de vue visuel, le film se tient très bien) et sa maman (Yolandi Visser donne de beaux moments d'émotions, s'éloignant de la caricature de son camarade), cela joue très mal (Sigourney Weaver, plante verte que l'on pose là) et aligne les clichés comme les maillons d'une chaîne. Dommage car les intentions étaient louables mais jamais exploitées correctement. Run all night de Jaume Collet Serra est l'occasion de voir à quel point Liam Neeson est capable de s'enfoncer toujours plus loin, toujours plus bas. Nanar en puissance partant complètement en cacahuète dès ses premiers instants, la nouvelle production action de l'acteur tient toutes ses promesses. Rien qu'avec le pitch partant d'une simple chaudière cassée, vous avez fait la journée du nanardeur de choc pour trois petits euros et cinquante centimes.

Johnny 5

S'enfonçant dans une spirale infernale depuis l'an 2001, Tim Burton donne les derniers clous au cercueil de sa carrière cinématographique avec Big eyes. Un film de scénaristes où le réalisateur s'efface totalement au point que même lorsqu'il essaye de revenir au gothisme, il s'enfonce dans la caricature la plus grossière. Quant au récit, c'est le naufrage intégral, véritable page wikipédia de deux heures dans tout ce qu'il y a de plus inintéressant (si vous voulez voir Wiki, allez sur Wiki) avec un Christoph Waltz plus agaçant que jamais. D'ici quelques années, on analysera véritablement Big eyes comme la fin de la carrière de Tim Burton. On peut toujours dire "à moins que", mais au bout de quinze ans de conneries, cela commence à devenir lourd.  Focus de Glenn Ficarra et John Requa déçoit vis à vis de ses réalisateurs. Avec un script paresseux, le duo derrière Crazy, stupid, love peine à convaincre, à peine sauvés par ses acteurs (Will Smith toujours en mode leading man mais plutôt correct et la raffraîchissante Margot Robbie). Vendu comme un véritable bijou technologique (merci TF1, Allociné, M6, Canal ou D8 pour la rigolade), Pourquoi j'ai pas mangé mon père de Jamel Debbouze est clairement à la traîne. Malgré sept ans de travail, quasiment impossible d'être bluffé devant les images. Pour donner un exemple, le dernier clip de Coldplay (aussi insignifiant soit-il) est mieux réalisé avec un laps de temps de moins de cinq minutes. Quant au récit, il s'agit d'une banale histoire initiatique. Cela devait être un énorme coup visuel selon ses créatures, ce n'est qu'un petit pshit.

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"Seconde fois dans le bilan de Borat et je passe de top à flop. Vaut mieux en rire!"

Au rayon nanar, San Andreas de Brad Peyton a également battu des records avec une scène de bouche à bouche à se rouler par terre. Mais aussi une ouverture sur du Taylor Swift à faire pâlir les responsables de la sécurité routière, Kylie Minogue passant par la fenêtre, de la romcom, des connards écrasés, des catastrophes toujours plus grosses et on en passe pour nos plus grands fous-rires. On demandait peu de ce film catastrophe, on en a eu pour notre argent. Faute de scènes drôles, Spy de Paul Feig pose clairement problème surtout quand il ne repose que sur des situations étirées jusqu'à plus soif. Pas demain la veille que Melissa McCarthy sortira des rôles grossiers qui la sous-emploie. A peine sauvera t-on l'ami Jason Statham toujours mémorable quand il s'agit de cabotiner pour le plaisir du geste. Toujours plus drôle que le film lui-même. Un moment d'égarement a un titre prémonitoire, Jean-François Richet cachetonnant après plusieurs années sans rien faire (Mesrine remonte à 2008). Un remake aussitôt vu, aussitôt oublié, le genre que l'on voit le samedi soir entre potes avant de jouer au freesbee avec le DVD. Pixels de Chris Columbus ne restera pas longtemps dans les mémoires, projet où le réalisateur n'y met aucune personnalité. Dur de dire cela du scénariste phare d'Amblin, mais le film est clairement celui de son producteur. Une des plus acceptables productions récentes d'Adam Sandler, même s'il doit beaucoup à Scott Pilgrim (2010) pour l'aspect visuel. On voit que le film d'Edgar Wright est vite devenu une référence pour ce qui est de parler des jeux-vidéos sur le grand écran...

Un moment d'égarement : Photo Lola Le Lann, Vincent Cassel

"Allez vas-t'en, à cause de toi on est dans le flop de Borat."

Fantastic Four de Josh Trank a en revanche battu des records. Fruit d'une engueulade jubilatoire entre un réalisateur, son studio et son producteur-scénariste par médias interposés, le résultat est évidemment à côté de la plaque. Effets-spéciaux souvent ratés, scénario plus que bâclé jusqu'à une dernière partie incohérente, rythme improbable, des ellipses problématiques, des personnages qui disparaissent trop longtemps du récit, acteurs pas mal ou très mauvais, une heure pour trouver l'élément perturbateur... On se demandait si ce reboot allait faire pire que ses aînés avant sa sortie. Il n'a peut être pas la bêtise des films de Tim Story (2005, 2007), mais pour ce qui est de la médiocrité on n'en est pas loin. Le producteur-scénariste Simon Kinberg croit encore à une suite. Avec une date de sortie supprimée et des résultats aussi catastrophiques (56 millions de $ de recettes américaines, on appelle ça un match de baby-foot), il peut toujours se brosser. Dernier gros naufrage de cette année, MacBeth de Justin Kurtzel est l'exemple typique du film beau mais qui s'avère particulièrement ennuyeux. Bouffé par un texte shakespearien qui endort, l'adaptation ne prend jamais de risque en se contentant d'aligner de belles scènes visuelles (notamment le combat final) et laisser place à un Michael Fassbender en pleine forme laissé un peu trop en roue libre. Comme Roméo + Juliette de Baz Luhrmann, à trop vouloir utiliser le texte, on finit par n'avoir rien à dire. C'est ce qu'avait compris Orson Welles avec ses adaptations: garder l'essence sans que cela ennuie le spectateur. Manque de bol, en 2015 ce n'est pas le cas. Notons que comme à son habitude, Marion Cotillard est insupportable, mais venant de votre cher Borat, vous vous attendiez à quoi?

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Votre cher Borat a gardé le meilleur pour la fin avec Termi le cinquième volet d'une saga très connue. Directement inséré dans les pires retours de franchise de ces dernières années (comble, un certain Die Hard 5 est aussi dans le lot), le film d'Alan Taylor saccage la saga Terminator avec un ton putassier à en vomir. La séquence Cops (avec même la chanson Bad Boys de Bob Marley histoire d'être bien raccord) atteint même le paroxisme de la médiocrité. Ce qui se passait avant était déjà énervant, autant dire qu'à partir de ce moment précis c'est surtout la haine. Quant au pauvre Matt Smith, son importance est tellement maigre que le mettre en avant dans le premier photoshoot promo n'en devient que plus hilarant. Même le pauvre Schwarzy en vient à faire n'importe quoi (le passage du sourire quelle horreur) vu que les scénaristes ne savent plus quoi inventer. Ce film devait être une réinvention de la franchise, il l'a massacré. Même si plus agréable que les films cités plus haut, Furious 7 de James Wan réserve aussi son lot nanardesque. Assumant totalement la connerie de ces désormais blockbusters, les cocos font tout et n'importe quoi, proposant un film entre vengeance, bagnole et bastons en tous genres. On en a pour son argent mais comme on dit "ils n'en ont plus rien à foutre!" Quant à l'hommage à Paul Walker, il est beaucoup trop lourd et pesant sur la dernière bobine. Avec même petite chanson à la clé et insistance sur son possible destin. Un peu poussif sur la fin. 

Terminator Genisys (8)

"Je veux casser quelque chose de beau" disait Tyler Durden.

Au rayon des déceptions moindres, on a bien Foxcatcher de Bennett Miller (pas mal mais terriblement lent), Jupiter Ascending des Wachowski (de bonnes idées mais film charcuté, le vrai retour des réalisateurs étant la série Sense 8), Birdman d'Alejandro Gonzalez Innaritu (un tour de force pas toujours convaincant dans sa mise en scène), Avengers Age of Ultron de Joss Whedon (bien moins bien la seconde fois), Ex Machina d'Alex Garland (là encore de bonnes idées mais cela aurait pu être meilleur, reste Oscar Isaac qui danse), Southpaw d'Antoine Fuqua (film qui se réveille en seconde partie), The Lobster de Yorgos Lanthimos (cela commence bien, cela s'envenime après) et Good night mommy de Severin Fiala et Veronika Franz (trop long à démarrer et peu trop prévisible, mais devient intéressant dans sa seconde heure). Mais trêve de bavardages, passons enfin au top 10 de votre cher Borat. Ready? Go!

  • 10- Microbe et Gasoil de Michel Gondry

Microbe et Gasoil : Photo Ange Dargent, Théophile Baquet

Les diplomés du dernier rang.

On dit souvent que le Cinéma Français perd en intérêt depuis un certain temps, ce top 10 risque de vous faire changer d'avis. Dernier du lot, voici le dernier film de l'ami bricoleur-clippeur. Après une adaptation de Vian qui manquait de corps, Michel Gondry revient à plus simple mais aussi bien mieux. Moins de responsabilités (l'adaptation d'un classique de la littérature est toujours un risque, surtout quand on parle de L'écume des jours), plus de studio derrière ses fesses (remember la sortie bordélique de The Green Hornet où il est arrivé tardivement), Gondry en ressort grandi. Mieux, il signe un des rares teen-movies français de qualité, ce qui n'est pas une mince affaire quand on sait que le dernier en date était Les beaux gosses de Riad Rattouf (2009). Particulièrement tendre et généreux, Microbe et Gasoil est le beau portrait de deux outsiders adorables, road-movie terriblement fun et riche en péripéties fulgurantes, avec parfois les moments sinistres nécessaires en pleine adolescence. Gondry est parfaitement rentré dans ce monde fait d'amours, tristesse et amitié, d'autant plus aidé par le naturel de ses acteurs. Boudé à sa sortie (quand on sort face à Ant Man de Peyton Reed, il y a peu de chance de sauver les meubles), Microbe et Gasoil pourrait bien se refaire une réputation d'ici les années à venir. Ce serait tout à son honneur.

  • 9- Un Français de Diastème

Un Français : Photo Alban Lenoir

A l'heure où les dernières élections font plus pleurer que rire (et le mot est faible), repenser à Un Français n'est pas plus mal. Annoncé bêtement comme "l'American History X français" (merci les sites cherchant le clic), le film de Diastème vaut bien mieux que cela. Odyssée d'un skinhead au fil du temps, il dévoile petit à petit un monde qui fait peur mais aussi d'une tristesse infinie. Son personnage principal (excellent Alban Lenoir) n'est peut être qu'un exemple, mais il correspond bien à une réalité. Prendre ce personnage de sa jeunesse à 2013 permet de voir un cheminement vers le haut socialement, le problème étant que ses camarades vont plutôt de l'autre côté. Même s'il s'en sort mieux, le personnage n'en est pas moins dans un cercle vicieux et terriblement seul. La fin est d'ailleurs assez glaçante dans son genre, nouant aussi bien le ventre du spectateur que du personnage qu'il voit à l'écran. Le coup de poignard de trop. Un parcours sombre et rude qui ne cherche malgré tout pas à choquer pour choquer. Le but n'est
clairement pas de montrer des skinheads se battant avec des gens ou à un florilège de termes racistes, comme on aurait pu y avoir droit avec bien moins de justesse. Il s'agit de montrer à quel point l'association de son "héros" avec ses camarades est un désastre total aussi bien pour eux que pour lui. Les Cahiers du cinéma jouaient la provocation il y a quelques mois avec le titre vulgaire "Le vide politique du cinéma français". Avec Un Français, il est pourtant loin d'être là.

  • 8- Bridge of spies de Steven Spielberg

Le Pont des Espions : Photo Tom Hanks

On avait laissé Spielby sur la note moyenne de Lincoln (2013), l'occasion de voir à quel point il manquait au cinéma. Comme toujours quand il s'absente trop longtemps pour mieux revenir avec un enchaînement de films (Le Bon Gros Géant est déjà tourné, Ready Player One commencerason tournage l'an prochain). Avec Bridge of spies, le charme est évident dès l'ouverture. Bien moins retord que son précédent film, le film a beau s'en tenir à beaucoup de dialogues, il est toujours passionnant dans ce qu'il évoque. La photographie du fidèle Janusz Kaminski renvoie directement à celle de Minority Report (2002), de par son aspect sombre et aussi la paranoïa ambiante du récit. Celle-ci n'est pas celle d'un homme en fuite dans un monde un peu trop contrôlé; mais celle de l'Américain vis à vis du Soviétique (et vice versa) en pleine Guerre Froide. Un simple procès nous est montré comme un banal règlement de compte. Au milieu de ce marasme idéolique sous tension, un certain Tom Hanks émerge merveilleusement comme quasiment toujours chez Spielby (quasiment, à cause du Terminal). De même pour le reste du casting dans un film profondément humain et qui fait réfléchir sur une période aussi improbable aujourd'hui que terriblement dramatique à l'époque. Les fantômes
du Mur de Berlin finissent même par revenir le temps de quelques scènes.

  • 7- Avril et le monde truqué de Christian Desmares et Franck Ekinci

Avril et le monde truqué : Photo

Sorti en toute discrétion le mois dernier, Avril et le monde truqué titille l'oeil par son style. Mélange d'animation traditionnelle
avec un soupçon d'images de synthèse, il dévoile un monde inventé par le dessinateur Tardi. La patte est évidente, elle se ressent dans tous les design des personnages. Manque plus qu'une allusion à Adèle Blanc Sec et on est en terrain connu... bah tient un ptérodactyle dans le générique! Un style bien défini et ravissant qui s'installe dans un pur film d'aventure qui ravira à peu près tout le monde. Les plus jeunes se prendront au jeu avec les péripéties de personnages hauts en couleur bien aidé par un excellent doublage (Jean Rochefort en papy foufou et Philippe Katerine en chat parlant, quel bonheur!). Les plus grands s'amuseront d'un univers steampunk digne de La ligue des gentlemen extraordinaires (l'oeuvre d'Alan Moore, pas sa piteuse adaptation), avec un souci du détail génial. De quoi voir la Tour Eiffel comme une gare de train en hauteur (comme un événement similaire à une production Disney dont nous reparlerons dans cet article) ou de la suie provoquant maladie sur maladie. Alors qu'on ne valorise jamais vraiment l'animation française (et pourtant ce n'est pas faute d'avoir de beaux films), voir ce genre de film aussi inventif au cinéma est un pur bonheur.

  • 6- Inside Out de Pete Docter

Vice Versa : Photo

Joie, quand Leslie Knope est au centre de vos émotions.

Un an d'absence pour Pixar, un an de trop pour nous amateurs de bons films d'animation. D'autant que Monsters University de Dan Scanlon n'était pas non plus un sommet malgré un bon niveau. Avec Inside Out (mais aussi The Good Dinosaur de Peter Sohn), le studio qui nous émerveille depuis vingt ans revient en patron. L'idée d'aller dans le cerveau d'une enfant était intéressante, mais terriblement casse-gueule. Si le traitement n'était pas bon, le film partait en vrille. Ce n'est heureusement pas le cas fort d'une différence d'animation tout d'abord. Inside out développe un magnifique mélange entre cartoon (le cerveau) et photoréalisme (le monde réel), permettant de toujours s'y retrouver entre une imagination débordante et le monde de la pré-adolescence dans ce qu'il y a de plus rude. Les trouvailles au sujet des émotions sont pour le moins ingénieuse entre un passage abstrait redoutable et un monde des rêves ressemblant à Hollywood tout craché. De plus, le film bénéficie d'un casting vocal adéquate en version originale et notamment le choix d'Amy Poehler. On ne pouvait pas trouvé mieux que Leslie Knope pour incarner Joie et autant dire qu'elle est en parfaite adéquation avec son personnage. De même pour Mindy Kaling ou Lewis Black. Quant au discours sur les émotions, il est parfaitement crédible, reposant à la fois sur les souvenirs et sur l'utilisation même de différentes émotions. Un magnifique bijou d'intelligence.

  • 5- Mission Impossible Rogue Nation de Christopher McQuarrie

Mission impossible 5

La saga Mission Impossible a toujours su jouer avec le savoir-faire des réalisateurs. Même si John Woo s'est plus auto-caricaturé qu'autre chose, Brian De Palma, JJ Abrams et Brad Bird ont su montrer leur patte respective au fil des épisodes. Christopher McQuarrie, déjà script-doctor du Protocole fantôme (2011), y apporte la sienne, tout en revenant à l'atmosphère hitchcokienne du premier film et au fun du dernier. De plus, il y a un vrai atour visuel aidant énormément à l'adhésion du spectateur. Alors que des blockbusters ont besoin d'effets-spéciaux pour un plan sans intérêt, Rogue Nation nous balance des cascades et scènes d'action qui méritent largement le détour à cause d'un naturel certain. On est réellement entraîné par les poursuites comme la séquence d'infiltration en plein opéra (Nessun Dorma on ne s'en lasse pas). On revient à une forme d'espionnage avec beaucoup d'infiltrations, mais aussi des séquences très fun comme l'ouverture. Le travail d'équipe est conservé notamment en faisant revenir les désormais figures de la figure (Ving Rhames, Simon Pegg et maintenant Jeremy Renner) autour de Tom Cruise, mais aussi en insérant un rôle féminin de premier choix avec Ilsa Faust. Un personnage en or que personnifie merveilleusement bien Rebecca Ferguson. L'unique blockbuster qui valait la peine cet été.

  • 4- Tomorrowland de Brad Bird

À la poursuite de demain : Photo

Victime d'une promotion qui n'était pas à la hauteur (à peine 1/4 de celle de Star Wars), Tomorrowland a fini par boire la tasse. Sinistre quand on voit le film, bien loin d'être le mauvais film qui ne marche pas. Doué d'une narration au premier abord étrange, elle finit par prendre sens, devenant petit à petit la réinvention d'un monde qui ne demande qu'à réapparaître. Un monde que l'on cherche à tout prix, mais difficile à atteindre. Se basant sur la partie science de Disneyland (le film fait même référence au célèbre It's a small world), Brad Bird et le scénariste Damon Lindelof signe un véritable film d'aventure rappelant aussi bien Le géant de fer par son optimisme certain que Rocketeer de Joe Johnston avec son côté pulp fantastique (le jetpack n'a jamais été aussi cool). L'imagination est débordante, alignant les allusions à Jules Verne mais aussi à la pop culture, le film suscitant un sentiment total d'évasion, une course contre le temps savoureuse. Là encore deux personnages féminins forts avec un robot attachant et à l'histoire complexe (objet de désir mais ne peut éprouver de réel sentiment) et une héroïne optimiste et cherchant à sauver son prochain. Quant à George Clooney, il est un parfait second-rôle au final (le héros c'est Casey, pas Frank même si on le voit bien avant elle). Brad Bird signe un des meilleurs blockbusters récents, un des plus inventifs aussi. Il ne lui reste plus qu'à se refaire une beauté pour faire oublier ce sinistre flop commercial. Un peu comme un certain John Carter...

  • 3- Kingsman de Matthew Vaughn

Kingsman

Certainement la plus grande surprise de cette année, le genre dont on ne croit pas au départ. Au final, le meilleur film d'espionnage de cette année n'est ni un double-zéro, ni une mission impossible, mais un film adapté d'un comic-book signé par l'irrégulier Mark Millar. Un scénariste capable du grandiose (Civil War, Wanted) comme de l'affreux (la suite de Kick Ass olala). Même le retour de Matthew Vaughn dans son univers faisait hésiter. Pourtant, le film est terriblement rafraichissant, savant mélange d'espionnage old school (Michael Caine porte caution en bon Harry Palmer qu'il est) et de spectacle décomplexé n'hésitant pas à s'amuser des codes. La scène pré-générique de fin en est la preuve, faisant directement référence à l'agent 007 et son côté forniqueur; comme l'explosion de têtes est un véritable défouloir. Le célèbre Darcy passe même du gendre idéal à une véritable machine à tuer lors d'une scène bien saignante. Un bon héros ne serait rien sans un bon méchant. Autant dire que l'on s'amusera encore longtemps du cheveu sur la langue de Sam Jackson et de sa phobie du sang. Pareil pour son sidekick joué par la danseuse Sofia Boutella, parfaite en tueuse contortionniste. Kingsman bénéficie aussi d'un lot de chansons utilisées en conséquence, notamment Give it up (ou comment montrer des gens se foutant sur la gueule avec de la funk!) et Money for nothing (rien de mieux qu'un titre cool pour ouvrir le bal). On n'en demandait pas tant.

  • 2- Star Wars The Force awakens de JJ Abrams

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On ne reviendra pas longtemps sur le dernier Star Wars, la critique ayant été publiée la semaine dernière. Un retour aux valeurs exposées par Joseph Campbell, avec de nouveaux personnages auxquels on s'identifie immédiatement. On regrettera que certains ont moins d'importance, mais on se dit toujours que le meilleur sera à venir (ce qui risque d'être le cas). On a également plaisir à retrouver les anciens personnages. Un film qui fait d'autant plaisir qu'il revient à du pur divertissement, avec le moins d'effets-spéciaux possibles, faisant oublier les foutus fonds verts de Tonton George qui nuisaient à sa trilogie. Les étoiles sont désormais dans les yeux de Rian Johnson et le spectateur ne demande que ça. 

  • 1- Mad Max Fury Road de George Miller

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Il est toujours amusant de voir que bons nombres de tops font l'éloge de deux revivals de sagas laissées en suspens depuis les 80's (la prélogie Star Wars ne compte en soi pas, car n'est pas une suite au Retour du jedi). Il est d'autant plus impressionnant que le retour de Max Rockatansky ne vient pas de producteurs peu scrupuleux et avides de franchises mortes, mais de son réalisateur. Germant depuis plus de quinze ans et dans un certain development hell qui failli lui coûter cher sans l'appui de la Warner, Fury Road est un spectacle fiévreux de tous les instants, le genre où on paye sa place au cinéma plusieurs fois pour toujours mieux l'apprécier. Une course-poursuite jubilatoire tenant de l'extase pure, bien aidée par une réalisation époustouflante, montrant que George Miller tourne peut être peu mais à un savoir-faire impressionnant. D'autant plus que les cascades les plus folles sont bel et bien à l'écran, la plupart ayant juste des trucages au niveau des décors. Tout sonne vrai et c'est bien cela qui importe. Outre un Tom Hardy reprenant brillamment le flambeau de Mel Gibson, on retiendra aussi la fameuse Furiosa, guerrière de la route notable que Charlize Theron iconise. Rien à voir avec Tina Turner dans le dôme du tonnerre. Quant aux autres second-rôles, ils s'avèrent divers et variés à l'image d'un méchant gourou de première, endoctrinant le plus possible jusqu'à créer une sorte de religion. De quoi vous emportez directement au Valhalla.

  • Bonus: A most violent year de JC Chandor

A Most Violent Year : Photo Jessica Chastain, Oscar Isaac

Sorti le 31 décembre, il était tout simplement impossible de caser A most violent year dans un top sauf en le voyant le jour même de sa sortie. Ce qui, au vue de sa distribution, était tout simplement impossible (votre cher Borat n'a pu le voir qu'une ou deux semaines après). Le remettre en lumière dans ce top 2015 était l'occasion de lui faire honneur. Oscar Isaac prouve toujours un peu plus qu'il est une valeur à suivre dans ce total reflet de Scarface de Brian de Palma (1983). Plus question de se faire violence dans la drogue, l'immigré qu'il incarne est un héros qui ne tape pas, mais se retrouve dans un monde qui ne demande que cela. Une odyssée pas forcément criminel mais qui montre bien une atmosphère chaotique. En effet, le film prend place en plein sursaut de violence à New York et ce n'est pas les quelques notes optimistes de Marvin Gaye qui vont changer quelque chose. Film qui permet aussi de voir Jessica Chastain dans un rôle bien moins sage, plus sexy aussi. Un polar qui ne serait pas sans rappeler le meilleur de Sidney Lumet. Pas la pire des références.

N'oublions pas non plus les coups de coeur, ceux qui n'ont pas pu se faufiler dans le top:

  • Electric Boogaloo de Mark Hartley
  • It follows de David Robert Mitchell
  • Big hero 6 de Don Hall et Chris Williams
  • Bob l'éponge: Un héros sort de l'eau de Paul Tibbitt
  • American sniper de Clint Eastwood
  • Inherent Vice de Paul Thomas Anderson
  • Citizenfour de Laura Poitras
  • The voices de Marjane Satrapi
  • Blackhat de Michael Mann
  • Lost River de Ryan Gosling
  • La loi du marché de Stéphane Brizé
  • Why don't you play in hell de Sono Sion
  • La bataille de la montagne du tigre de Tsui Hark
  • Tale of tales de Matteo Garrone
  • Victoria de Sebastian Schipper
  • Love de Gaspar Noé
  • Le Petit Prince de Mark Osborne
  • Miss Hokusaï de Keiichi Hara
  • Everest de Baltasar Kormakur
  • Sicario de Denis Villeneuve
  • Crimson Peak de Guillermo del Toro
  • The Martian de Ridley Scott
  • The walk de Robert Zemeckis
  • Notre petite soeur de Hirokazu Kore-eda
  • Spectre de Sam Mendes
  • Hunger Games La révolte Partie 2 de Francis Lawrence
  • The good dinosaur de Peter Sohn

Sur ce, votre cher Borat vous souhaite un bon réveillon du Nouvel An et de toutes manières, on se retrouve très vite en 2016!

PS: Pensées pour ceux qui sont partis: Bernard Maris, Georges Wolinski, Tignous, Philippe Honoré, Cabu, Charb, Rod Taylor, Anita Ekberg, Brian Clemens, Demis Roussos, Geraldine 'Miss Marple' McEwan, Roger 'Navarro' Hanin, Leonard 'Spock' Nimoy, Daniel von Bargen, Robert 'Maniac Cop' Z'dar, Percy Sledge, BB King, Christopher Lee, James Horner, Jean Gruault, Patrick MacNee, Omar Sharif, Satoru Iwata, Roddy Piper, Wes Craven, John Guillermin, Dean 'Jim Douglas' Jones, Melissa Mathison, Lemmy...

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25 décembre 2015

Et si les dinosaures existaient encore ?

JOYEUX NOËL!

L'astéroïde ne s'est finalement pas écrasé il y a 65 millions d'années. Un jeune diplodocus fermier finit par se perdre et essaye tant bien que mal de revenir chez lui...

The good dinosaur (2)

Les studios Pixar auraient dû revenir en mai 2014, il a fallu finalement attendre cette année pour qu'ils fassent leur retour triomphal. La cause? The Good Dinosaur de Peter Sohn (et initié par Bob Peterson, évincé en course) n'était pas prêt et surtout semblait partir dans toutes les directions sans que cela fonctionne. Pas très grave vu que cela a permis aux studios Pixar de travailler davantage dessus. Rappelons que Ratatouille de Brad Bird (2007) avait eu le même problème pour le résultat que nous connaissons. Après l'excellent Inside Out de Pete Docter, Pixar confirme une chose: leurs films nous avaient manqués. Avec ce nouveau cru, il s'agit de découvrir ce qui aurait pu arriver si la Terre n'avait pas été touché par l'astéroïde ayant causé la mort des dinosaures. Un parti pris couillu à l'image du postulat du précédent film des studios. L'ouverture est assez claire, montrant l'astéroïde passer en plein ciel sous le regard des dinosaures. Une manière cocasse d'aborder ce changement total que peut engendrer un tel événement dans notre chronologie. On ne nous précise pas par la suite le nombre d'années s'étant passé entre l'ouverture et l'éclosion des oeufs du couple de diplodocus, rendant The Good Dinosaur totalement intemporel. Le film devient rapidement une utopie pour savoir ce qui se serait passé si l'espèce conquérante suivante n'avait pas existé (l'Homme). L'espèce omniprésente est le dinosaure et il parle. Pas d'anthropomorphisme, juste l'évolution qui veut cela.

Le Voyage d'Arlo : Photo

On ne nous présente principalement le point de vue d'une famille, le voyage d'Arlo permettant de voir ensuite d'autres autochtones. Pas d'immeuble, ni de voiture, ni d'appareil électronique, seulement une famille d'agriculteurs élevant des sortes de poules. Les parents gèrent une ferme qu'ils entretiennent par l'élevage et l'agriculture, les enfants feront de même en temps voulu. Dans cette évocation de la société, on apercevera par la suite des éleveurs de bétails, sous la forme de... tyranosaurus Rex! Des dinosaures inoffensifs contrastant avec l'image de féroces prédateurs que l'on connaît. L'occasion d'un passage lorgnant fortement avec le western, ce dernier mettant en scène rappelons-le les fameux cowboys (les éleveurs de bétail pour les deux du fond). Un digne moment d'aventure et l'occasion d'entendre une nouvelle fois l'ami Richard Darbois et sa grosse voix bien reconnaissable. En revanche, les ptérodactyles comme les célèbres raptors sont montrés comme de véritables charognards, jamais à l'affût d'un bon festin. Alors que le Dinosaure a réussi à instaurer une certaine forme de hiérarchie comme de notion de travail, ce n'est toujours pas le cas de certaines espèces restées à l'état de tueur sanguinaire. De même, le seul tricératops observé peut rappeler les gourous de l'ère hippie, ses cornes devenant le lieu d'une collection improbable d'animaux en tous genres. Pour ce qui est de l'Homme, il n'est qu'au début de son existence et Arlo y voit surtout ce que l'on pourrait appeler un "animal de compagnie".

Le Voyage d'Arlo : Photo

L'Homme est devenu ce que le chien ou le chat est pour lui de nos jours. Ce n'est pas une déchéance, juste un retour des choses compte tenu du contexte développé par le film. Pas étonnant non plus que le Dinosaure parle avant l'Homme, étant donné qu'il a évolué bien avant lui. Il n'en reste pas moins que Spot (un nom que l'on donne généralement aux chiens) est un fidèle compagnon et un véritable chasseur. L'une des natures de l'Homme est déjà en place et qui ne demande qu'à émerger. Il est le seul ami d'Arlo, ce qui conduit à une magnifique amitié, plus qu'un rapport maître-animal. (Attention spoilers) Outre la description de la société des dinosaures qui s'avère particulièrement riche, The Good Dinosaur dévoile habillement les questions de la peur et du deuil en rapport au personnage principal. Arlo est le petit dernier, celui qui a la lourde tâche de passer après les grands frère et soeur. Ils sont un peu brutes et farceurs, tout le contraire de lui qui cherche à trouver sa place. Il est paralysé par la peur et cette dernière va s'intensifier par la mort de son père. Son voyage imprévisible lui permettra de se connaître mais aussi de vaincre sa peur. La peur initial d'Arlo était de partir du domaine familial, vient ensuite la peur de l'inconnu. La grande leçon qu'il apprendra sera le courage. Protéger les siens est une chose, se battre pour eux en est une autre. 

Le Voyage d'Arlo : Photo

La question du deuil est au centre même de la peur du personnage. Arlo vit la mort de son père comme le spectateur. Avec la manière douce qu'a le studio depuis sa création (voir l'ouverture de Là haut de Pete Docter), la mort de ce personnage est traîtée avec justesse, non montré frontalement comme c'est le cas dans Le roi lion de Rob Minkoff (1994). Peter Sohn utilise le fondu au noir afin d'opérer une pause après le choc avant d'évoquer la tragédie par un plan symbolique: une planche de bois entrée dans le sol montrant que les Dinosaures enterrent aussi leurs morts dans le calme le plus plat. Le parallèle est évident, mais le premier film auquel on peut rapprocher The Good Dinosaur est The land before time de Don Bluth (1988). Une référence évidente car la question du deuil est évoquée de la même manière (mort violente avec l'enfant le voyant devant lui) et comme Petit Pied, Arlo va devenir adulte bien malgré lui et trop rapidement. Pas étonnant que les deux films se rapprochent autant, bien aidé par une vision similaire: c'est en vivant le deuil que le personnage découvre sa vraie nature à travers l'amitié et le courage. (fin des spoilers) Même si le film manque parfois de punch (quelques baisses de rythme à noter), son animation est une claque certaine. Comme l'annonçait Inside Out, Pixar sait désormais pleinement jouer sur le mélange cartoon (le design des personnages) et photoréalisme (le reste). Le réalisateur joue même pleinement de ses décors monumentaux par des plans larges du plus bel effet. Une contemplation qui a de quoi plaire.

Le Voyage d'Arlo : Photo

Un voyage initiatique de toute beauté, qui a au moins le mérite de confirmer le retour fracassant de Pixar.

24 décembre 2015

Quand les plus faibles n'ont plus aucun espoir, leur dernière chance est Equalizer

Robert McCall s'en prend à la mafia russe suite à l'agression d'une jeune prostituée qu'il côtoie...

Equalizer : Affiche

On le sait, quand les studios ne savent plus quoi faire, ils reviennent aux valeurs sûres. On parle souvent de reboot ou de remake, mais il arrive qu'ils soient intéressés par d'autres médiums. On pense à la littérature, aux jeux-vidéos mais aussi aux séries télévisées. Alors que ces dernières sont de plus en plus cinématographiques, Hollywood revient parfois sur certains concepts pour les adapter en film. C'est le cas de The Equalizer. Série diffusée entre 1985 et 1989 sur CBS, elle mettait en scène un ancien agent de la CIA faisant le bon samaritain pour les gens le lui demandant. Dès 2010, le projet d'adaptation intéresse Russell Crowe qui voit l'occasion de jouer le rôle titre et Paul Haggis à la réalisation (les deux viennent de tourner Les trois prochains jours). Sans suite, Nicolas Winding Refn prend les rênes et commence à collaborer avec Denzel Washington (pas besoin de scandale, le personnage étant finalement interchangeable). Suite à des différents artistiques, le danois laisse sa place à Antoine Fuqua qui a dirigé Washington dans Training Day (2001). Fuqua est évidemment moins prestigieux, pouvant aussi bien s'en sortir dans le polar (on pense également à L'élite de Brooklyn) comme faire n'importe quoi (remember Le roi Arthur et sa mythologie foireuse). La série se définissait par une mission à chaque épisode, l'équivalent d'une Agence tous risques à la même époque, même si en nettement plus sérieux.

Equalizer : Photo Chloë Grace Moretz, Denzel Washington

Il n'est donc pas étonnant que le film montre différentes affaires s'entrechoquant au cours du récit. Cela permet en soi d'exploiter les capacités du personnage en le voyant sous différents angles. Pas besoin de tout montrer à chaque fois comme le prouve l'histoire du voleur. Un objet rendu, un objet remis et nettoyé, pas besoin de plus pour comprendre que justice a été faites. Cela permet aussi à Fuqua de ne pas répéter sans cesse les mêmes actions, d'autant qu'une affaire a déjà été effectué. On sait de quoi le personnage est capable, pas besoin d'en rajouter. L'Equalizer en titre, Robert McCall, rend justice selon différents ordres. Il peut aussi bien s'attaquer à des criminels qu'à des policiers corrompus. L'affaire centrale concerne une adolescente prostituée et battue (Chloe Moretz), exploitée par la mafia russe. Plus que de simples proxénètes, c'est un réseau qui tient sur tout une ville à base de corruption, de drogue et filles importées ou pas au pays de l'Oncle Sam. Plus gros mais pas impossible à briser. The Equalizer paraît alors comme plutôt simple au niveau de son contenu: un homme fait vengeance pour les autres, sans demander d'argent en retour. Il utilise ses compétences acquises au fil de ses années à la CIA pour s'occuper de criminels en tous genres. Rien de nouveau sous le soleil mais le postulat de départ est suffisamment efficace pour que l'on se prête au jeu. Là où Fuqua gagne des points c'est dans la caractérisation de son personnage principal.

Equalizer : Photo Denzel Washington

 

Il en fait un personnage mystérieux sortant de nulle part, le monsieur-tout-le-monde par excellence qui travaille dans un banal magasin. Puis on apprend son nom, son habitude d'aller au même café (au design volontairement calqué sur Nighthawks d'Edward Hopper et dont en joue le réalisateur à travers différents angles de caméra), son aspect méthodique et évidemment ses capacités. Le passé d'agent de la CIA finit par ressurgir, mais cela pourrait être un ancien militaire qu'un policier à la retraite que l'on trouverait ses compétences aussi spectaculaires. Ce n'est qu'un accessoire pour montrer que c'est un personnage qui sait manier les armes et tabasser le premier venu. De même, le personnage est automatiquement sympathique de par son attitude mais aussi ses actions. A l'époque de la série télévisée, le personnage plaisait aussi à cause de son âge. Denzel Washington (impeccable comme très souvent) a désormais la soixantaine et le choix de le prendre pour le rôle est raccord avec les intentions initiales de la série. On peut même le voir comme une version positive de Creasy, le personnage de Washington dans Man on fire (2004). D'ailleurs, un plan montrant Robert marchant avec une explosion au loin n'est pas sans rappeler un plan similaire au film de Tony Scott. Le café remplace l'alcool et les cuites sont remplacées par un peu de lecture. On s'amusera de l'apport de Sony en terme de placements de produits gratuits. Comme on dit, c'est la maison qui régale, autant en profiter pour mettre quelques smartphones et ordinateurs bien en évidence.

Equalizer : Photo Haley Bennett, Marton Csokas

Face à Robert, il faut bien évidemment un adversaire solide. Nikolaï (Marton Csokas) est le genre de tueur que l'on engage pour faire le ménage. Il est aussi intelligent que Robert, même s'il n'anticipe pas aussi vite que lui. Méthodique, brutal, imprévisible. Si le duel de personnages s'avère suffisamment amusant pour se suivre sans déplaisir, la réalisation vaut également le coup d'oeil. Fuqua stylise un peu plus que d'habitude sa réalisation (l'allusion à Hopper est déjà un beau geste), même s'il lui arrive de trop insister sur des éléments (la scène d'explosion suscitée avec un maximum de plans de coupe ou l'insistance lors du climax sur les gouttes qui tombent). Là où John Wick de David Leitch et Chad Stahelski (là aussi un film de vengeance, même si plus prononcé) s'apparente davantage à une série B qui s'assume, The Equalizer est un vrai blockbuster d'action avec un certain sérieux dans ses scènes d'action tout en étant fun. D'autant qu'avec un classement R, le réalisateur peut s'amuser au niveau des mises à morts. La musique semble beaucoup contribuée à la réalisation, puisque deux scènes s'avèrent particulièrement rythmées ainsi. C'est le cas de la scène entre Nikolaï et une des filles autour du Lac des Cygnes (les facettes douce et sombre apparaissent chez le tueur), mais surtout du climax sur Vengeance de Zack Hemsey. La scène d'action repose sur une synchronisation entre les actions et la musique, donnant lieu à un moment pour le moins fantastique d'environ six minutes. Fuqua s'est remis aux choses sérieuses avec The Equalizer, reste à voir si l'avenir sera meilleur (Southpaw ne l'a démontré qu'à moitié).

Equalizer : Photo Denzel Washington

Simple mais terriblement efficace, The Equalizer est un divertissement de qualité avec un Denzel Washington en grande forme.

23 décembre 2015

Un nouvel espoir

L'Empire est mort mais le Premier Ordre a pris sa place avec la Résistance comme ennemi principal. Les jeunes Rey et Finn se retrouvent en pleine guerre de position intergalactique...

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Trois ans après son annonce, voici enfin arrivé le nouveau Star Wars, premier volet d'une troisième trilogie et cette fois-ci sans George Lucas aux commandes ni de près, ni de loin. Entre les mains de la productrice Kathleen Kennedy (productrice des films de Steven Spielberg comme fait d'arme notable) et des studios Disney, la saga revient avec JJ Abrams aux commandes du premier opus. Le choix d'Abrams n'est pas étonnant étant donné ses faits d'armes sur la franchise Star Trek (morte durant quatre ans avant de revenir en flèche sous sa coupe). Le réalisateur a d'autant plus de responsabilités qu'il doit faire directement suite au Retour du jedi de Richard Marquand (1983) et reprendre une bonne partie du casting initial: Mark Hamill, Carrie Fisher, Harrison Ford, Peter Mayhew, Anthony Daniels et Kenny Baker. Billy Dee Williams manque juste à l'appel (l'équipe a précisé qu'un retour est tout à fait envisageable). Dès les premières secondes, nous sommes en terrain connu: le logo Lucasfilm, la phrase iconique "Il y a longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine" et le texte qui défile sous le thème phare de John Williams (qui signe un score plus intimiste tout en gardant une certaine flamboyance en temps voulu). On garde les traditions, idem pour certaines transitions qui ponctuent le film identiques à celles d'autrefois (trilogie originale comme prélogie). (Attention spoilers) Des traditions il y en a également dans le script, revenant directement à la structure de La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) et donc en soi au héros selon Joseph Campbell.

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Néanmoins, au lieu de faire un vulgaire décalque comme Hollywood adore s'y prêter quand elle n'a plus d'imagination, Abrams et le scénariste Lawrence Kasdan s'en servent afin d'en modifier les codes. Pour reprendre la théorie de Campbell: Rey (Daisy Ridley) prend place dans un monde ordinaire (Jakku/Tatooine) avant l'appel et le refus de l'aventure (elle veut sortir de son quotidien mais attend sa famille), rencontre son mentor (le sage Obi Wan est remplacé par Han Solo le contrebandier héros de guerre), puis le passage du seuil (Rey part de Jakku à cause de Finn et BB-8), les alliés et ennemis (Finn et Chewbacca pour l'un, Kylo Ren, le général Hux et Snoke pour l'autre), "l'accès à la caverne" (la base Star Killer), la dernière épreuve (la mort d'un personnage phare et affrontement inévitable) et la récompense (le sabre-laser). Les étapes du retour et de la résurrection sont laissées de côté, mais pas celle du "retour avec l'objet de la quête" (toujours le sabre). De même, les statuts changent à travers divers personnages historiques ou créés pour l'occasion. Solo passe d'allié à mentor, Rey devient Luke, Finn (John Boyega) et Poe Dameron (Oscar Isaac) sont un mix de Han et Luke (le premier en devenant l'allié principal, l'autre le meilleur pilote de la Résistance), BB-8 est le successeur de R2D2, Kylo Ren (Andy Driver) celui de Vador, Snoke (Andy Serkis) Palpatine et Hux (Domhnall Gleeson) Grand Moff Tarkin (Peter Cushing). Certes, on aurait voulu voir un peu plus de nouveautés, mais ce schéma narratif est vieux comme le monde et la réécriture d'Abrams et Kasdan n'en est que plus salvatrice.

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D'autant plus que The Force awakens est le premier volet d'une nouvelle trilogie. Revenir aux sources tout en les utilisant correctement est en soi un gage de qualité non négligeable, d'autant que ce septième opus réussit là où la prélogie peinait sérieusement à le faire: divertir. Ce septième épisode est un véritable régal de divertissement, sachant aligner les moments de bravoure de qualité et revenir au mélange d'aventure et d'humour qui faisait la richesse de la trilogie originale (et ce malgré les moments tragiques). Le film est une véritable aventure initiatique, où les personnages découvrent un monde inconnu quand le spectateur le retrouve avec plaisir. Les scènes d'X-Wings sont fantastiques, étant à la fois lisibles et jouissives (notamment le final rappelant Star Wars et Le retour du jedi avec plaisir), de même que la première séquence ressortant le Faucon Millenium des abysses avec un mélange subtil de suspense et de malice. La réalisation est en soi un pur bonheur, sortant du tout numérique souvent vomitif de Tonton George, utilisant les cgi à bon escient et se permettant de longs plans pour bien montrer l'action (ce travelling latéral montrant Finn courant en plein champ de bataille est un pur moment épique). Les nouveaux personnages sont même un certain bonheur car génèrent plein de possibilités. Depuis la sortie du film, Kylo Ren (Adam Driver) est souvent critiqué notamment à cause d'un possible manque de charisme. Il aurait été peut être plus judicieux que son visage ne soit pas dévoilé aussi tôt et plutôt vers la fin, mais les faits sont les faits. Il n'en reste pas moins que le personnage est amusant dans ses failles. 

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Il se présente comme le descendant de Dark Vador (ce qu'il est), mais est encore loin d'atteindre sa puissance. C'est un personnage impulsif (il ne contrôle pas ses émotions et certains passages apparaissent comme des gimmicks comiques) et il pense être invincible. La scène de l'interrogatoire comme le duel final confirment qu'il ne l'est pas et surtout qu'il n'est qu'au début de ses capacités. C'est la différence avec Vador: quand on le découvrait dans Star Wars (on ne parle donc pas de la prélogie), il était déjà un sith aguerri, Ren n'est encore qu'à ses débuts et il sera donc pire à l'avenir. On pourra reprocher cet aspect "commencement", mais voir un ennemi prétentieux et finalement faible le rendra finalement bien plus négatif dans les épisodes suivants avec la rancune tenace. De même, Rey n'est finalement qu'aux balbutiements de ses pouvoirs, elle ne fait que les découvrir, ce qui rend son duel avec Ren fascinant. Les deux apprentis s'affrontent tout en montrant une certaine supériorité chez un des protagonistes. L'issue est primordiale car des frustrations de l'un donnera lieu à une revanche pour le moins alléchante. Le temps nous le dira. Rey est symptomatique d'une année 2015 unique: on aura rarement vu autant de films hollywoodiens avoir autant de rôles féminins majeurs. Que ce soit Mad Max Fury Road de George Miller, Mission Impossible Rogue Nation de Christopher McQuarrie, Crimson Peak de Guillermo del Toro, Tomorrowland de Brad Bird ou désormais Star Wars VII. Par la même occasion, Rey n'est pas une héroïne badass: elle sait se battre mais évoque aussi une certaine fragilité, compte tenu de son passé encore bien mystérieux. 

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Une héroïne forte que l'on rêvait de voir depuis bien longtemps au cinéma, tout du moins avec un tel degré de sincérité. Finn n'est pas non plus un héros, il le devient grâce à ses actions. Personnage peu confiant et élevé à la guerre, il est avant tout un grand enfant se rebellant contre l'autorité néfaste qui l'a fait naître. Son côté maladroit lui donne un côté attachant immédiat. Poe Dameron n'est pas encore exploité à sa juste valeur (le film mettant principalement l'accent sur Ren, Rey et Finn), mais il y a un fort potentiel, tout comme le Captain Phasma (Gwendoline Christie) bien peu visible à l'écran et Maz Kanata (Lupita N'yongo dans un rôle numérique de toute beauté) apparaît peu mais très bien. En revanche, le général Hux renvoie merveilleusement aux dérives du IIIème Reich, son discours transpirant de haîne devant des stormtroopers conditionnés à la naissance (très bonne idée au passage) étant tout bonnement fascinant. De quoi renvoyer aux meilleurs passages de La revanche des sith de Tonton George (2005). Quant à Snoke, il ne montre pas encore toutes ses possibilités et son rendu visuel n'est pas forcément à la hauteur d'un film réellement beau. Nous verrons à l'avenir si le personnage évoluera en bon ou en pire, d'autant que nous le voyons ici que sous hologramme. N'oublions pas non plus BB-8, mascotte de première et adorable petit robot. Le retour des figures connues fait également plaisir à commencer par Han et Chewie, duo inséparable toujours aussi amusant (le baroudeur baratineur et sa bonne conscience armée!). L'apparition de C3PO vaut également son pesant de cacahuètes, digne d'un personnage aussi agaçant qu'amusant.

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Le postulat décrit dans le résumé défilant est intéressant sur bien des points. Beaucoup critiquent le fait que l'Empire soit de retour sous un autre nom (le Premier Ordre) et que les événements de la trilogie originale n'ont finalement servi à rien. Il n'en reste pas moins que ceci entraîne une certaine désillusion, que le Mal ressurgit toujours sous une autre forme et souvent là où on ne s'y attend pas. En l'occurrence, tout part de Luke et faire de lui un macguffin humain n'est en rien une mauvaise idée. Cela permet justement de redonner de l'importance à ce personnage, après avoir miser sur Han Solo pour être le premier personnage connu que rencontre les nouveaux personnages. Sa recherche entraîne l'aventure, comme à l'époque Leia entraînait Luke à rechercher Obi Wan pour la retrouver. De même, le départ de Luke n'est pas explicité, se résumant à quelques dialogues et surtout plans (excellent flashback raconté à la manière de montagne russe immersive). Pas besoin de beaucoup d'explications pour comprendre et ce n'est parfois pas plus mal dans un cinéma actuel qui prend de plus en plus le spectateur par la main. (Fin des spoilers) Porté par un excellent casting (les anciens avec un Harrison Ford en pleine forme; comme les nouveaux, Ridley et Boyega risquant d'avoir un merveilleux tremplin mérité), The Force Awakens s'apparente à ce que l'on avait espéré en 1999: le retour d'une des sagas les plus passionnantes du cinéma. Un rêve de gosse où l'on a bien fait d'attendre et où l'absence de Tonton George n'a jamais fait autant de bien à la franchise. Rian Johnson (Brick, Looper) a donc la lourde tâche de faire perdurer cette nouvelle trilogie qui s'annonce d'ores et déjà passionnante.

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La force s'est réveillée pour notre plus grand plaisir avec un premier retour beau, passionnant et avec des personnages donnant envie de les suivre à l'avenir.

20 décembre 2015

Cuvée Faucon laser

Après avoir longuement évoqué son géniteur prolifique, il est grand temps pour la Cave de Borat de revenir sur la saga Star Wars. Mon premier contact avec Star Wars fut avec des tickets à gratter de la Française des jeux lors de la sortie de La menace fantôme (1999). En effet, des jeux avaient été faits à l'occasion de la sortie du film tout comme pour un certain archéologue. De même, lors d'un voyage en République Tchèque au cours du mois d'avril 2000, j'avais pu observer quelques publicités pour la VHS du film (de souvenir, il y avait la course de pods). J'ai fini par découvrir et aimer Star Wars lors de la sortie K7 du premier opus de la prélogie. Ma passion pour la saga n'a cessé de grandir et j'ai ainsi découvert la trilogie originale fin 2002. Après 2005, la passion fut moindre avant d'être ravivée avec l'achat de la trilogie initiale en DVD, les VHS (notamment celle du Retour du jedi) commençant à sentir le roussi. Mais pas le coffret de 2004, celui avec les versions plus ou moins originales de la trilogie! Ce qui change relativement des versions retouchées jusqu'à l'extrême par George Lucas. Depuis, la trilogie originale est redevenu un rituel chaque année. Voilà pour la petite histoire personnelle de votre cher Borat avec cette célèbre saga. Je vais aborder la saga selon les dates de sortie, passant de la trilogie originale à la prélogie. Je ne reviendrais pas sur la série Clone Wars déjà abordé il y a quelques mois (voir Cuvée cartoon sur chaîne), comme le fameux Holiday Special (voir Cuvée Christmas). Etes-vous prêt à passer du côté obscur? Go! (Attention spoilers)

  • La trilogie originale (de 1977 à 1983): La force est avec nous

Star Wars

Affiche réalisée par Noriyoshi Orai.

Après avoir subi plusieurs problèmes avec les studios (notamment des coupes), George Lucas se décide à être le seul propriétaire de son prochain film. Voulant au départ adapter la bande-dessinée Flash Gordon, il y renonce puisque les droits sont déjà entre les mains de Dino de Laurentiis. Il décide alors de partir du film d'Akira Kurosawa La forteresse cachée (deux paysans, une princesse, un mentor, un trésor pouvant aider à la reconstruction d'un clan), tout comme de La princesse de Mars d'Edgar Rice Burrough. La Fox décide de financer son film mais Lucas veut le faire à ses conditions, notamment en obtenant les droits des produits dérivés. Le studio ne croit pas tellement au film et laisse faire, tout comme faire un contrat pour deux suites. Il est d'abord question du sauvetage du frère de Luke Starkiller par ce dernier et un certain Han Solo. Starkiller devient Skywalker et le frère devient la princesse Leia Organa. Une fois le scénario terminé, Lucas s'épaule de Colin Cantwell pour les maquettes, Ralph McQuarrie pour les dessins préparatoires, John Williams à la musique (alors que la musique synthétique commence à s'implanter) ou Ben Burtt pour les effets sonores. ILM est crée pour l'occasion, permettant à Lucas de contrôler au maximum les effets-spéciaux. La sortie est d'ailleurs repoussée à l'été 1977 afin de les finaliser le plus possible. Lorsque Star Wars sort en mai 1977 personne ne s'attend à un tel raz-de-marée et le film se paye même le nouveau film de William Friedkin Sorcerer. Le décalage est évident: un space opera grand public et un thriller psychologique, l'un comme l'autre annonçant la fin du Nouvel Hollywood. L'un par l'annonce des blockbusters estivaux, l'autre car le sérieux du mouvement n'est plus de mise.

Star Wars : Episode IV - Un nouvel espoir (La Guerre des étoiles) : Affiche

Mais surtout, La guerre des étoiles est un véritable succès populaire, devenant au fil des années un objet culturel indéniable et les produits dérivés de se vendre par paquet. La Fox regrette aujourd'hui d'avoir signer ce fameux contrat avec Lucas, qui s'en amuse encore. Quant à un certain Steven Spielberg, il touche toujours aujourd'hui des royalties sur Star Wars, ayant fait un marché avec Tonton George. Le but? Spielby met de l'argent dans Star Wars et Lucas dans Rencontres du troisième type. Dans les deux cas, ce fut bénéfique. Star Wars assoit définitivement la réputation de George Lucas, au point que ce dernier n'a finalement plus réaliser avant La menace fantôme, se focalisant sur son statut de scénariste et surtout producteur. Le film se révèle assez classique dans sa conception, revenant directement au Héros aux mille et un visages de Joseph Campbell (1949). Jugez plutôt: Luke évolue dans un monde ordinaire, puis vient l'appel de l'aventure (il veut devenir pilote comme ses amis), le refus de l'aventure (son oncle Owen repousse l'échéance), la rencontre avec le mentor (Obi Wan Kenobi), arrive le passage du seuil (l'oncle et la tante se font tuer, Luke part sauver la princesse); on arrive aux alliés et ennemis (Han Solo et Chewbacca pour l'un, Dark Vador, les généraux et les stormtroopers), "l'accès à la caverne" (le vaisseau de Vador), la dernière épreuve (la mort d'Obi Wan), la récompense (Luke trouve Leia et fait exploser l'Etoile Noire), le reste de la vision de Campbell étant délaissée. Le héros ne revient pas chez lui, il n'en reste pas moins qu'il a plus d'expérience.

Star Wars : Episode IV - Un nouvel espoir (La Guerre des étoiles) : Photo Alec Guinness, Harrison Ford, Mark Hamill

Equipe de choc pour mission de sauvetage.

Dans son schéma narratif, La guerre des étoiles est finalement assez simple, ce qui ne l'empêche pas d'être efficace dans son fonctionnement. Mieux, les personnages permettent de dépasser cet aspect scénaristique simple, forts d'une caractérisation aux petits oignons. La princesse Leia (Carrie Fisher) n'a rien de potiche, malgré ses atours d'otage. Elle est intelligente, fait face à Dark Vador (David Prowse) avec efficacité et est une figure de prou de la résistance. Obi Wan (Alec Guinness) est l'ancien héros mythique et on a beau le connaître que depuis peu, sa mort choque. Luke (Mark Hamill) est le héros encore naïf et en plein apprentissage, il ne deviendra un véritable héros qu'à la fin. C3PO (Anthony Daniels) est le personnage agaçant par excellence et avec R2D2 (Kenny Baker), ils forment un duo d'inséparables toujours en parfait contraste. Mais là où Lucas signe un personnage incontournable du côté des bons, c'est bien Han Solo (Harrison Ford, l'acteur qui a le plus joué pour George Lucas). Le personnage n'est en rien un héros, il le devient et même ainsi il n'en reste pas moins un personnage particulier, jurant essentiellement sur l'argent qu'il peut toucher pour se sauver la mise. Son métier est d'ailleurs tout sauf sain, puisqu'il est contrebandier. Le seul statut que l'on peut qualifier de reluisant le concernant c'est son don pour le pilotage. C'est ce côté mauvais garçon qui permet en soi de préférer Han Solo à Luke Skywalker et ce, même si ce dernier est le plus sympathique des personnages. 

 Star Wars : Episode IV - Un nouvel espoir (La Guerre des étoiles) : Photo George Lucas

L'ambiguité de Han Solo prime et son compagnon Chewbacca (Peter Mayhew) est tout aussi indispensable, les deux formant un duo formidable, Chewie apparaissant comme la bonne conscience de Solo. Evidemment que seraient des héros sans un bon méchant? Dès son apparition, Vador avec ses airs de conquérant japonais (le casque joue beaucoup) et cette voix trafiquée impose une présence indéniable, magnifiée par le thème signé par un John Williams en grande forme. De même, l'ouverture avec le texte qui défile est une nouveauté notable, permettant aux spectateurs d'avoir un minimum d'informations sur le contexte de manière ludique. Il y a la Résistance, l'Empire et les plans de l'Etoile Noire ont été volé. Tout est dit et le spectateur n'a plus qu'à être pris dans l'action avec l'assaut d'un vaisseau de la Résistance par Vador et ses troupes. De même, la première vraie scène d'action n'arrive qu'avec l'arrivée du Faucon Millenium dans l'antre de l'Empire (en dehors de cette séquence où Han tire le premier, mais ça tout le monde le sait). Nous avons beau être dans un space-opera, le film d'aventure symbolisé fut un temps par le serial (séries de films sous forme d'épisodes comme les Buck Rogers qu'aimait beaucoup le réalisateur) n'est jamais très loin et les péripéties de La guerre des étoiles le confirme. Là où le film retrouve son caractère science-fictionel est dans son climax, encore aujourd'hui sommet pour les effets-spéciaux et véritable moment de suspense. Le final laisse augurer de l'espoir, mais L'Empire contre-attaque (1980) contredira cela. 

 L'empire contre attaque 

Affiche réalisée par Noriyoshi Orai.

Quand Lucas dit ne pas vouloir réaliser la suite de son succès planétaire, il engage un de ses anciens professeurs Irvin Kershner réalisateur des Yeux de Laura Mars (1978). Réticent au départ, Kershner accepte la proposition, Lucas allant même de son petit compliment: "Je t'ai choisi parce que tu sais tout ce qu'un réalisateur hollywoodien doit savoir. Mais tu n'es pas Hollywood" (*). Le réalisateur s'investit énormément, s'imposant dès la pré-production comme un élément essentiel. De même, Lucas engage Lawrence Kasdan au scénario suite au décès de Leigh Brackett. Kasdan n'est pas un inconnu des services de Tonton George puisqu'il est le scénariste des Aventuriers de l'arche perdue (1980). Par ailleurs, Lucas voulait un film bien moins sombre que le résultat initial, ce qui ne sera heureusement pas le cas grâce à Kasdan et au producteur Gary Kurtz. Le tournage se révélera difficile à cause de la première partie se situant sur la planète glacée Hoth, qui prend place en Norvège. De même, l'arrivée du personnage de Yoda entraîne des complications, ce dernier étant une marionnette dirigée et doublée à même le plateau par Frank Oz, un des pontes du Muppet Show aux côtés de Jim Henson. De plus, le sol étant glissant, le plateau de la planète Dagoba devient vite le théâtre de blessés et autres malaises, le réalisateur en venant même à porter un masque à gaz à cause des fumées multiples. La fameuse révélation du film est inconnue des principaux intéressés (Mark Hamill et David Prowse) avant le tournage de la scène. Si Prowse n'a pas la bonne réplique, ce n'est pas le cas d'Hamill dont Kershner insiste sur les prises de vues. 

Star Wars : Episode V - L'Empire contre-attaque : Photo Frank Oz, George Lucas, Irvin Kershner, Mark Hamill

Après Obi Wan, un autre personnage mythologique prend forme avec Yoda.

Contre toute attente, L'Empire contre-attaque est un grand succès, il est même mieux accueilli que La guerre des étoiles et devient rapidement une référence dans le domaine de la suite meilleure que l'original. Là encore, le discours défile mais alerte directement le spectateur. Nous avions laissé la Résistance en plein triomphe, on nous dit que leur QG a été détruit et qu'elle a fuit sur Hoth, où elle est de nouveau attaquée. On nous évoque aussi que Dark Vador fait une fixette sur Skywalker. D'un côté, on nous dit que la Résistance est sans cesse en train de fuir, de l'autre que l'affrontement entre les deux protagonistes est inévitable. Le film commence tambour battant sur le sauvetage de Luke entre stop-motion (les montures de Luke et Han sont réalisées par les équipes de Dennis Muren avec brio, l'effet devenant vieillissant mais toujours plus naturel que des cgi rajoutées) et survival (dont un yéti se rajoutant dans les éditions spéciales alors que le montage initial jouait sur la suggestion). Puis Kershner réalise un merveilleux moment de bravoure avec les troupes aériennes de Skywalker s'attaquant aux AT-AT de l'Empire. Après ces deux séquences, on sait que l'Empire va reprendre le dessus et que le titre du film n'est pas une blague. La Résistance est à la peine, ne pouvant affronter décemment ses ennemis. Même si les AT-AT seront explosés, la défaite est bien là. Ce genre de défaite va s'accumuler au cours du film, que ce soit la carbonisation d'Han Solo ou Luke se faisant battre par Vador. L'Empire a contre-attaqué et tout est remis à zéro.

 Star Wars : Episode V - L'Empire contre-attaque : Photo David Prowse, Irvin Kershner, Mark Hamill

L'un des plus grands twists du cinéma en un plan.

La Résistance est toujours debout, mais elle est affaiblie. Outre un contexte s'assombrissant, le traitement des personnages est également moins naïf et plus brutal. Han est trahi alors même qu'il découvre l'amour; C3PO se fait découper en morceaux par le chasseur de prime Boba Fett (Jeremy Bulloch). Luke est évidemment au centre de tout: on le sauve, il sauve la Résistance, fait son entraînement dans la difficulté (dont un prélude à l'affrontement entre Vador et lui) et affronte son ennemi juré qui lui révèle être son père. Un des meilleurs twists du cinéma, changeant complètement la perception du spectateur au sujet de Vador. On comprend mieux pourquoi il ne l'a pas tué lors de l'explosion de l'Etoile Noire, dans Le retour du jedi (1983) on comprendra pourquoi il n'a pas tué sa fille et en a fait un otage. Ce twist permet à Vador de ne plus être un méchant, mais une âme qui s'est perdue et dont le sentimentalisme lui ferait presque retrouver le chemin de la force. L'Empire contre-attaque a réussi à rendre Vador humain et non plus une machine. Outre le mythique Yoda, le fameux Lando Calrissian (Billy Dee Williams) fait son apparition, ami d'Han Solo lui offrant un merveilleux couteau dans le dos. Il n'en reste pas moins un personnage intéressant, bénéficiant d'une belle dualité entre l'ami et le traître.

 Star Wars : Episode V - L'Empire contre-attaque : Photo Anthony Daniels, Carrie Fisher, George Lucas, Irvin Kershner, Kenny Baker

Un avenir incertain.

Les péripéties se font majoritairement du côté de Han, Luke suivant son entraînement. C'est tout naturellement que l'on voit le Faucon Millenium se faire manger par un ver avant de s'en sortir in extremis! Luke, Leia, C3PO et R2D2 regardent vers l'avenir dans la fenêtre d'un vaisseau au cours de l'avant-dernier plan: il n'a jamais été aussi sombre. L'écriture de "La revanche du jedi" se fait dès 1981 avec Lucas et Kasdan au papier. Il est dans un premier temps question de ne pas faire revenir Harrison Ford selon son propre voeu. Même si l'idée de voir disparaître Han Solo au cours du film n'est pas oubliée, ce ne sera finalement pas le cas à cause... de la vente des jouets. Tonton George et les lois du marketing, début d'une longue histoire douteuse et preuve que le Lucas expérimental des débuts n'est déjà plus. Suite à un énième changement (il ne veut pas de la fin mettant en scène Leia en reine et Luke partant seul), Gary Kurtz finit par ne plus produire le troisième volet de la trilogie originale. Steven Spielberg est convié à la réalisation, mais suite aux problèmes de Lucas avec le Syndicat des réalisateurs d'Amérique (il n'a pas mis de crédits au générique de L'Empire contre-attaque, ce qui a déplu au syndicat), cela ne se fera pas. David Lynch fut aussi dans la short-list, ce dernier préférant s'impliquer dans l'adaptation de Dune qui sortira un an après. Ce sera finalement Richard Marquand qui réalisera ce qui deviendra Le retour du jedi (étant donné que Lucas n'y voyait pas de revanche).

Le retour du jedi

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Initialement prévu pour des wookies, la planète Endor finit par être peuplé par des Ewoks, ces derniers se révélant plus primitifs selon Lucas. Quant au costume d'esclave de Leia qui a valu certainement aux adolescents des 80's de passer de bonnes nuits, il est conçu par Aggie Guerard Rodgers et Nilo Rodis Jamero selon des illustrations de Frank Frazetta, lui-même ayant dessiné les aventures de la Princesse de Mars qui a le même costume. Contrairement à L'Empire contre-attaque, Tonton George veut avoir le contrôle absolu du film et cela se ressent finalement sur le film lui-même. Le fait de montrer des créatures proches de peluches n'est pas étonnant, d'autant plus que Lucas continuera le vice avec deux téléfilms live (le premier une quête guimauve de deux enfants cherchant leurs parents, le second un peu mieux montrant une guerre improbable avec un peuple sortant de nulle part) et une série animée les mettant en scène. C'est peut être le principal défaut du film, puisque les Ewoks prennent beaucoup trop de place et font tourner Le retour du jedi vers un aspect moins sombre. Ce qui dénote complètement de la résolution du film qui est un affrontement entre un père et son fils, le premier voulant convertir son fils, l'autre voulant sauver son père; ou encore ce suspense autour de la destruction de l'Etoile Noire nouvelle génération. En soi, on peut dire que Lucas a plus ou moins gâché la conclusion de sa trilogie avec ces peluches de service. Il n'en reste pas moins que Le retour du jedi est un cru aussi essentiel que bien fait. Il termine bien la trilogie tout en étant un pur divertissement de qualité.

Star Wars : Episode VI - Le Retour du Jedi : Photo Anthony Daniels, Carrie Fisher, Michael Carter, Richard Marquand

John Carter

La Princesse de Mars, inspiration certaine pour le costume de Slave Leia.

Ce fut même le volet préféré de votre cher Borat durant plusieurs années, celui que j'ai le plus vu aussi. Depuis ce serait L'Empire contre-attaque, mais Le retour du jedi n'est jamais loin. L'ouverture a le mérite d'être claire, se permettant même en soi d'être un mini-arc narratif d'une quarantaine de minutes avant la conclusion finale. Le but? Sauver Han Solo des griffes de Jabba le hutt sur la planète Tatooine. Un personnage que l'on cite depuis le début de la trilogie mais jamais montré, se présentant sous les traits d'une larve géante à la langue bien pendue et plutôt libidineuse. Si Leia devient une esclave sexuelle avec un bikini aussi doré, ce n'est pas vraiment étonnant. Suite aux rééditions, Jabba apparaît dans une version cgi improbable dès le premier opus, donnant lieu à une sorte d'anachronisme merveilleux, puisque lié au départ de Solo! C'est un peu comme si vous voyez votre adversaire, le laisser partir et finalement envoyer des hommes lui tirer dessus! La scène du night-club de Jabba a également changé au cours des années, que ce soit la chanson, la créature (passant d'une marionnette à une créature en cgi) et on voit ce qui arrive à la fille qui tombe alors que le montage quasi-initial faisait juste entendre ses cris. Quand Luke apparaît, il est plus affirmé, a un nouveau bras mécanique et peut désormais être considéré comme un jedi, d'autant qu'il s'est passé un an depuis le précédent opus. Le passage sur le véhicule de Jabba est un pur moment d'action, l'équipe de choc affrontant tous les sbires de la larve pendant que cette dernière est liquidée sauvagement par Leia. Après cette ouverture explosive, le film peut enfin conclure la trilogie.

Star Wars : Episode VI - Le Retour du Jedi : Photo David Prowse, Mark Hamill, Richard Marquand

Trois actions vont alors se dérouler en même temps: Han et Leia sur Endor pour désactiver le bouclier (passer une séquence de course pour le moins ébouriffante); Lando devant l'Etoile Noire attendant la destruction du bouclier pour la détruire ("It's a trap!"); et Luke affrontant son père devant Palpatine. Le montage est assez bien fait même si l'intérêt du spectateur va plus vers Luke, soit un moment certes long mais nécessaire. Le dernier affrontement entre Vador et Luke est totalement différent du précédent, le thème de John Williams jouant lui-même sur la tragédie ambiante. Finalement l'ennemi n'est pas Vador mais Palpatine (Ian McDiarmid), celui qui a entraîné la chute des jedis mais aussi celle de son père. Le père a beau tenir les ordres de son maître, il ne peut tuer son fils et c'est pour cela qu'il tue l'Empereur. Il ne peut supporter de voir son fils mourir devant ses yeux. En faisant cet actes, Vador redevient un héros et c'est pour cela qu'il apparaît comme un ectoplasme aux côtés d'Obi Wan et Yoda sous les traits de Sebastian Shaw. Cmme Tonton George veut toujours avoir le dernier mot, nous avons désormais Hayden Christensen dans les versions retouchées depuis 2004. Pourquoi? Parce que selon Lucas, Anakin en tant que jedi est mort avant de devenir Vador. Problème: le personnage est revenu à la force en tuant l'Empereur pour protéger son fils. Ce rajout est donc encore une fois un moyen pour Lucas de pinailler, chose qu'il ne cesse de faire depuis 1997. Enfin, la bataille spatiale est un grand moment virtuose, devenant même un véritable rollercoaster de première dans ses derniers instants. Le retour du jedi termine bien la trilogie, même s'il aurait pu être mieux. Pendant longtemps, Star Wars fut une trilogie mais son créateur en a décidé autrement.

  • La prélogie (de 1999 à 2005) : Un numérique qui manque d'âme

Star Wars

Peinture réalisée par Drew Struzan.

Au cours des années 80, George Lucas revient régulièrement à la trilogie Star Wars. Tout d'abord avec les Ewoks, mais aussi une série animée nommée Droïdes mettant en scène le duo C3PO et R2D2 et évidemment le Star Tours pour les parcs d'attraction Disneyland. Sans compter qu'un univers augmenté est créé au fil des décennies à base de romans et bandes-dessinées, aujourd'hui banni du corpus historique au contraire des nouveaux récits instaurés depuis le rachat de Disney en 2012. Au cours des années 90, Tonton George commence ses fameuses rééditions, accumulant les cgi rajoutées et les modifications en tous genres. Des modifications qui deviendront successives à force que les films ressortent sur différents supports: en 1997 pour une ressortie au cinéma puis VHS; en 2004 pour la sortie de la trilogie en DVD et enfin en 2011 pour le coffret BR. Le plus malheureux étant que Tonton George ne laisse plus la possibilité aux spectateurs de choisir entre la version originale et les remontages, ces derniers étant considérés comme les versions ultimes selon lui. Alors oui, il y a bien les éditions DVD simples qui possèdent les montages plus ou moins originaux comme des versions disponibles sur le net, mais la qualité n'est pas toujours au rendez-vous malgré une bonne initiative (c'est toujours ça de pris).

La menace fantôme 

Affiche réalisée par Drew Struzan.

La même année que les rééditions, George Lucas annonce vouloir faire une trilogie sur les origines du mal, alors qu'il prévoyait durant longtemps de donner suite à la trilogie initiale. Contrairement à la précédente trilogie à la gestation plus hasardeuse (même si Lucas a dit avoir planifier la trilogie, les films se sont faits un par un), la prélogie est prévue dès le départ. Par ailleurs, le réalisateur veut s'aider des nouvelles technologies en jouant sur des fonds verts, l'image de synthèse et la motion-capture. Nous sommes aux balbutiements d'Internet mais la folie Star Wars reprend ses droits. Des gens payent leur place uniquement pour voir la bande-annonce de La menace fantôme au cinéma; des files d'attentes se font pour voir le film en faisant un véritable événement. Pourtant les avis sont mitigés et ne vont cesser de devenir de plus en plus négatif au fil du temps. Le principal problème de La menace fantôme et ce sera le cas des autres volets est son rendu terriblement artificiel. Lucas aligne par exemple les plans montrant absolument tout du premier à l'arrière-plan. Tout est net que ce soit le robot tout au fond du plan ou celui qui est juste devant nous. Cela ne sert à rien, mais Lucas le fait pourtant continuellement et dans la partie à Otoh Gunga, des figurants numériques sont tellement mécaniques dans leurs interactions que l'on croit voir des IA de jeux-vidéos.

Star Wars : Episode I - La Menace fantôme : Photo

Au lieu de voir du cinéma, on a parfois l'impression de se retrouver devant une cinématique de jeu. Alors oui les acteurs sont bel et bien là, des décors paraissent plus naturels que d'autres, mais le fond vert comme les figurants numériques pointent toujours le bout de leur nez. Si La menace fantôme est touché, il en est de même pour le reste de la prélogie. Quant au récit, il s'avère bien compliqué pour pas grand chose. Des séparatistes essayent d'enlever la Reine de Naboo, Padmé Amidala (Natalie Portman). Évidemment, il s'agit d'un complot de Dark Sidious plus connu sous les traits du sénateur Palpatine, aussi originaire de Naboo et cherchant à prendre progressivement de l'influence sur le Sénat et elle. Ce qui sera finalement le cas jusqu'à l'irrévocable, Naboo tombant sous la coupe de Palpatine sans que personne ne s'en rend compte. La menace fantôme accumule donc beaucoup de scénettes politiques ennuyeuses, où l'on devine tout très facilement. De même, Lucas se brûle les ailes en expliquant que les jedis ont des pouvoirs grâce à leur taux de midi-chloriens, changeant complètement la perception qu'a le spectateur de la force. En fait, tout est dans les gênes. De même, Lucas en vient à faire de la mère d'Anakin Skywalker (Pernilla August) une sorte de Marie dans une galaxie lointaine, très lointaine. Anakin est donc issu du saint esprit! Jake Lloyd se révèle particulièrement agaçant, peu aidé par un George Lucas faisant un peu tout et n'importe quoi.

 Star Wars : Episode I - La Menace fantôme : Photo

Comme balancer un sidekick comique à la figure du spectateur en la personne de Jar Jar Bings (Ahmed Best). Là encore l'acteur n'y peut rien car on lui a dit de jouer ainsi. Autant dire que le personnage de Jar Jar restera encore longtemps comme un véritable cauchemar à base de "missa", de bêtises toujours plus grosses ou un rôle dans la bataille finale beaucoup trop présent alors que son utilité tient du néant. Alors que reste-il à retenir de La menace fantôme? Quatre choses: la musique de John Williams particulièrement inspirée; Ewan McGregor et Liam Neeson qui s'en sortent pas si mal et fonctionnent plutôt bien en duo; la course de pods qui reste encore aujourd'hui un des rares plaisirs de la prélogie (et qui pour le coup, se révèle être plutôt jolie à regarder comparé à certains passages du film); et le duel final entre Qui Gon Jinn, Obi Wan et Dark Maul (Ray Park), méchant finalement très peu utilisé. En 2002, George Lucas revient avec L'attaque des clones. Cette fois-ci, Anakin est en fin d'adolescence (Hayden Christensen) et la Guerre des clones est bien partie pour éclater. Encore une fois, on cherche à tuer Padmé Amidala, désormais sénatrice et ce dès l'ouverture du film (au moins, Lucas a le mérite de surprendre par une ouverture choc). Ce qui donne lieu à une sorte d'enquête pulp menée par Obi Wan, probablement le passage le plus intéressant. Dommage que George Lucas préfère les batifolages de son jeune héros avec la sénatrice qui sera la mère de ses enfants. 

L'attaque des clones 

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Évidemment cela pose problème car les jedis ne peuvent pas avoir de relations. Anakin est un cas à part, d'autant plus qu'il s'agit de l'Elu de la fameuse prophétie. Il est d'autant plus dommage que Lucas préfère montrer les amours des tourtereaux plutôt que de s'intéresser à Anakin véritablement. D'où un pèlerinage destructeur sur Tatooine qui montre Anakin partir dans la vengeance et la peur. De même, les doutes d'Anakin n'apparaissent véritablement que dans la dernière heure alors qu'il découvre sa mère morte. Lucas se rattrapera sur La revanche des sith (2005), mais en l'état c'est quand même très peu intéressant. Le début du film n'est pas sans évoquer Blade Runner de Ridley Scott (1982) avec cette ville ressemblant au Los Angeles du film avec néons, bas-fonds et vaisseaux volants. Il ne manque plus que la pluie et on y est. D'autant qu'il y a aussi une traque, rappelant le passage où Deckard tue la femme-serpent. Si certains trouveront cela cool, on a peine à croire Yoda aussi sautillant dans son duel avec le Compte Dooku (Christopher Lee). On voit que l'image de synthèse était inévitable pour Yoda afin de montrer tout le potentiel du personnage. On apprend par la même occasion que les Stormtroopers sont faits selon un même modèle (Temuera Morrison) et qu'il n'est autre que le père de Boba Fett, ce dernier étant finalement un clone plus jeune de Jango (voilà comment on démystifie un personnage en quelques séquences, merci Tonton George). 

Star Wars : Episode II - L'Attaque des clones : Photo

Le plus cocasse étant que les clones ont été créé sans que cela n'a inquiété personne. Évidemment, Palpatine est encore derrière mais encore une fois difficile de ne pas le voir venir. De même, Yoda a réussi très vite à faire sa propre armée dans la même réserve de Kamino. Un engagement tardif pour le moins improbable. Si l'on doit retenir une séquence en particulier, ce n'est finalement pas Yoda contre Dooku mais le passage de l'arène. Un véritable défouloir partant dans tous les sens, avec des droïdes de toutes sortes, des jedis (dont un Sam Jackson qui semble bien s'amuser) et des créatures. Lucas en rajoute même une couche avec R2D2 jouant avec la tête de C3PO, suite à des péripéties toujours plus lourdingues. On ne va pas s'en plaindre surtout quand le film se révèle assez ennuyeux. La revanche des sith (2005), se révèle finalement comme le meilleur opus de la prélogie. Tout d'abord concentré sur sept batailles sur sept planètes, Lucas recentre son intrigue sur Corusant, Utapau et Mustafar. D'autant plus que la série Clone Wars dirigée par Genndy Tartakovsky (2003-2005) aborde déjà largement la bataille des clones et surtout avec plus de tact que Lucas. Par ailleurs, Drew Struzan a eu énormément de mal à réaliser l'affiche du film, vu que les "costards-cravate" servant de responsables marketing furent pour le moins casse-pieds. L'affiche finale est en fait un mélange de deux-trois visuels (le Vador en haut à gauche fut un motif rajouté malgré lui) que le dessinateur d'affiches a fini par mixer selon leurs voeux. Le début de la fin pour ce grand peintre qu'Hollywood s'est arraché avant de lui montrer un beau majeur. 

La revanche des sith 

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Comme L'attaque des clones, ce troisième opus de la prélogie est quasiment réalisé devant des fonds verts, ce qui se voit bien malheureusement à l'oeil nu. Quasiment rien n'est naturel et certaines scènes font toc à cause de ces décors générés numériquement. On pense à la scène sur Mustafar où Hayden Christensen se retrouve à faire des allers-retours devant un décor en arrière-plan plus que limité. Idem l'ouverture qui ressemble plus à une cinématique de jeu. Heureusement, le fond du film est nettement meilleur, même si le traitement n'est pas toujours à la hauteur. Preuve en est Hayden Christensen qui n'est jamais à la hauteur de son rôle quand Ian McDiarmid cabotine beaucoup trop. De même pour le Général Grievous dont l'importance est finalement bien pauvre dans cet opus, alors que dans la série animée il était un véritable ennemi dont la seule présence créait une certaine angoisse (voir la traque de Palpatine en plein Corusant). Là, son duel avec Obi Wan est même particulièrement décevant, réglé en deux temps, trois mouvements. On trouvera également que l'ensemble est prévisible, compte tenu du statut de préquelle devant rattacher les wagons, plus que les deux précédents opus. Ils n'est donc pas étonnant de s'attarder dans l'épilogue sur le devenir des enfants de Luke et Padmé, comme du cheminement amenant Anakin à devenir Dark Vador. Là où en revanche Lucas est intéressant est quand il exploite pleinement le potentiel politique de la saga.

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Palpatine est le dictateur par excellence et surtout celui qui se fait élire par son peuple. Il n'y a donc pas d'excuse: si le mal est arrivé au pouvoir, c'est qu'on l'y a amené. C'est le cas de Palpatine depuis La menace fantôme. Évoquée seulement par petits bouts, l'ascension de Palpatine est tout simplement bluffante et angoissante, car cela peut arriver partout du temps que le peuple abdique. Rien de mieux aussi qu'un apprenti et les soldats de la république détournés de leurs fonctions premières (Anakin de son rôle de sauveur comme de jedi, les stormtroopers de leur statut d'aide militaire aux jedis) comme lieutenants de cette montée au pouvoir. Anakin et Obi Wan, le padawan et son ancien maître, s'affrontent dans un dernier chant du cygne avec la tristesse de la musique de John Williams. Malgré le ton tragique et le discours éploré d'Obi Wan (preuve encore une fois qu'Ewan McGregor était un très bon choix pour le rôle), ce n'est peut être pas là où le film touche le plus au but. Cela tient à une réplique, celle de Padmé suite au passage aux pleins pouvoirs de Palpatine: "Et c'est ainsi que s'éteint la liberté, sous une pluie d'aplaudissements". La tristesse n'en est que plus grande. Allez à la semaine prochaine!


 

* Propos issus de Mad Movies numéro 237 (janvier 2011). 

17 décembre 2015

L'indépendance au delà des limites

On le sait depuis plusieurs années, le mois de décembre est privilégié par les pontes du marketing hollywoodien pour diffuser de nouvelles bandes-annonces. Depuis le début du mois, nous avons eu:

  • une troisième bande-annonce beaucoup trop explicative de Batman V Superman Dawn of Justice de Zack Snyder. D'autant plus que la précédente était déjà bien complète. (https://www.youtube.com/watch?v=OjVk0d9h6o8)
  • les premières images du nouveau Shane Black, The Nice Guys. Soit l'une des plus grosses attentes de votre cher Borat. (https://www.youtube.com/watch?v=Ihb8vCrj2kc)
  • une première bande-annonce pour The legend of Tarzan de David Yates qui commençait sérieusement à sentir le development hell (plus de nouvelles depuis plusieurs mois). Un peu de King Kong de Peter Jackson (2005), beaucoup de cgi et très peu d'intérêt. (https://www.youtube.com/watch?v=CuZfah3O4qw)
  • X Men Apocalypse de Bryan Singer dévoile enfin ses premières images (excepté celles du Comic Con dont certains plans resurgissent), confortant l'idée d'un bon cru à venir (certains diront non, tant pis). (https://www.youtube.com/watch?v=wzEaNggp5WI)
  • un teaser très introductif pour Le bon gros géant de Steven Spielberg. (https://www.youtube.com/watch?v=xBq7rfUiEQs)
  • un teaser pour Kubo and the two strings où les studios Laika (Coraline, ParaNorman) semblent s'être merveilleusement imprégné de la culture asiatique. (https://www.youtube.com/watch?v=7S1F8VJZgrk)
  • le premier trailer de TMNT 2 qui devrait être aussi sobre que son aîné. Au programme: Megan Fox shootée comme dans une publicité Victoria's secret; les plans de traviole toujours là; des explosions partout; Tyler Perry en scientifique lourdingue (ceux qui ne connaissent pas Madea, abstenez-vous); des vaisseaux semblant sortir de Transformers 3... Reste Rocksteady et Bebop qui devraient titiller l'intérêt des rares fans encore restants. (https://www.youtube.com/watch?v=HeaugHGd1Kw)
  • le trailer du remake de Martyrs produit par Jason "je produis des films à 5 millions mais j'ai besoin de 20 millions de $ pour la pub" Blum. En sachant que cette bande-annonce évoque quasiment tout le film jusqu'au troisième acte (c'est ça quand on a vu l'original, on repère tout). (https://www.youtube.com/watch?v=whLR-LWitPc)
  • le teaser totalement vide des Animaux fantastiques de David Yates, spin-off improbable de la saga Harry Potter. (https://www.youtube.com/watch?v=DQFZ1oRJ43I)

Mais il y a deux vidéos que votre cher Borat souhaite évoquer en particulier. Une positive, l'autre négative, dans les deux cas deux sequelles et grosses productions estivales de 2016. Commençons avec la plus proche. Comme on le sait, Hollywood essaye de faire revenir n'importe quel film ou saga par tous les moyens: remake, reboot, préquelle, sequelles tardives, spin-off ou encore entrequel. Néanmoins il arrive parfois que des films sortent à la manière d'anniversaire improbable, histoire de susciter l'événement. On a connu ça avec Halloween 20 ans après de Steve Miner (1997), on aura droit à Independence Day Resurgence le 27 juillet prochain. Vingt ans après le nanar/navet (c'est selon) patriotique de Roland Emmerich, voilà que ce dernier revient sur le film qui a fait explosé sa carrière (même si Stargate y avait déjà grandement contribué). Tout d'abord annoncé comme un dyptique (!), Independence Day Resurgence ne sera finalement qu'un et sans Will Smith, ce dernier étant trop gourmand comme très souvent. Dommage car l'acteur aurait bien eu besoin de ce genre de retour pour renflouer ses caisses, tout comme Bad Boys 3 qu'il ne fera que produire.

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Jeff Goldblum, Bill Pullman, Vivica A Fox, Judd Hirsch et même Brent Spiner (alors qu'il est quelque peu décédé dans le film initial...) seront en revanche de ce film anniversaire symbolique. Au cours des années, Roland Emmerich a souvent évoqué qu'Independence Day était une sorte de parodie, une grosse vanne sur l'Amérique et ses clichés. Ce qui peut toujours prêter à sourire lorsque l'on voit avec quelle outrance le film original joue avec les poncifs (le chien, le drapeau, l'armée, le président, le discours du président, la rédemption...). Avec la bande-annonce de cette séquelle tardive, la rigolade semble partir en cacahuète devant beaucoup desérieux. Certes l'ami Jeff est toujours en mode alarme ("j'en ai marre d'avoir toujours raison" disait-il en 1993) ce qui peut prêter à sourire, mais le ton est tellement premier degré que cela peut en devenir... drôle. Jugez plutôt: nos chers ricains  citoyens du monde entier se sont préparés à une possible invasion depuis 1996. Alors ils ont décidé d'utiliser la technologie alien pour les contrecarrer comme d'établir une base sur la Lune. Sauf qu'évidemment nous sommes dans une suite, donc plus de moyens (200 millions de $ de budget) et la notion "bigger and louder" présente dans quasiment toutes les suites (Phil Lord et Chris s'en étaient notamment amusé dans 22 Jump Street). Donc les aliens reviennnent avec des vaisseaux plus gros face à des humains qui ont plus d'avions! 

De même, la musique joue énormément sur le pessimisme ambiant, dans le même style que ce que nous offre régulièrement les compositeurs de Remote Control Production. On s'amuse également du retour des personnages initiaux. Vivica A Fox essaye de trouver un hélico, son fils est pilote de chasse comme son beau-père (Jessie Usher), Judd Hirsch fait du bateau, Pullman passe pour un parano en pleine fumée quand sa fille (Maika Monroe) s'entiche d'un pilote (Liam Hemsworth). De même, on peut s'amuser de voir la jeune Joey King avec une veste en jean aux couleurs des USA ou William Fichtner face à l'apocalypse ("I don't wanna clone my eyes..."); comme voir des plans lorgnant sur 2012 et Starship Troopers de Paul Verhoeven (1997). Mais le meilleur vient de la réutilisation du discours du président Pullman, qui ne fait que rajouter une couche à une bande-annonce qui amuse déjà bien certains détracteurs de l'original. Bien moins putassier, voici venir le troisième volet des aventures parallèles du Captain Kirk! JJ Abrams étant pris dans d'autres couloirs du space-opera, il fut un temps où Roberto Orci, scénariste des deux derniers opus, en soit le réalisateur. Ce qui fait toujours peur quand un scénariste n'a jamais réalisé de film et qu'il est aussi irrégulier (exemple: The Amazing Spider man 2 l'an dernier).

Star Trek Beyond (photo)

Quittant le poste fin 2014, c'est Justin Lin réalisateur d'une bonne partie des Fast and Furious (du troisième au sixième) qui s'y colle. Ce n'est pas forcément mieux mais sur les deux derniers films qu'il a réalisé, on pouvait noter des efforts certains pour proposer des divertissements amusants à regarder et réalisés correctement. Simon Pegg s'investit d'autant plus qu'il est scénariste aux côtés de Doug Jung. On le sait désormais, les membres de l'USS Enterprise vont devoir effectuer leur mission des cinq ans, donc revenir à la routine de la série télévisée de Gene Roddenberry. Le teaser se veut assez simple, allant à l'essentiel tout en évoquant partiellement l'histoire. Le Captain Kirk et son équipage sont attaqués par des créatures menées par Idris Elba et se crashent sur une planète hostile, où ils semblent obtenir une alliée de choc (Sofia Boutella). Semblant prendre le contrepied d'Into darkness (2013) qui était très sombre, Star Trek Beyond pourrait être une nouvelle aventure fun, une histoire d'aventure comme on en retrouvait par exemple sous l'ère Next Generation (allant de Generations à Nemesis). Preuve en est le choix de la musique de ce teaser qui n'est autre que Sabotage des Beastie Boys, déjà utilisée par JJ Abrams dans Star Trek (2009). Les membres de l'Enterprise sont disséminés un peu partout, McCoy laissé seul (Karl Urban), Scotty (Pegg) se prenant pour Tom Cruise et le Captain fait de la moto entre deux téléportations! 

Star Trek Beyond (photo) (2)

Peut être que Beyond manquera d'enjeux, surtout après deux films portés sur la reconstruction de l'univers Star Trek. Mais ce genre d'opus plus fun est aussi nécessaire afin que la franchise puisse perdurer sur la longueur. Ce qui a souvent été péjoratif sur la saga, faute de scénarios à la hauteur. A voir mais avec un teaser aussi jouissif, il y a de quoi attendre le 24 août tranquillement. 

16 décembre 2015

L'enfant et son robot super-héroïque

Hiro s'aide du robot infirmier de son frère pour trouver qui a volé son invention...

Big hero 6 (affiche nuit)

Le succès de La reine des neiges de Jennifer Lee et Chris Buck (2013) a encore de quoi donner le vertige (Let it go est encore omniprésente dans toutes nos têtes), surtout qu'il a remis définitivement en selle les studios Disney. D'un point de vue financier (Raiponce avait déjà établi le terrain, La reine des neiges a fait le reste du travail) mais aussi au niveau de la qualité, cette dernière se faisant rare depuis plusieurs années dans la Maison de Mickey. Alors que l'on aurait penser Disney continuer dans les contes, il est étonnant de la voir partir dans le monde plus actif des super-héros. Mieux, elle adapte Marvel en animation. Il n'est pas question d'adapter des personnages déjà abordés, ni de rattacher le film au Marvel Cinematic Universe qui appartient aussi au studio. Les personnages adaptés seront les Big Hero 6, héros Marvel créés en grande partie pour toucher le marché japonais et dont les séries sont relativement courtes (quelques runs et pas plus). Pour ce qui est de la fidélité, Disney en accord avec Marvel s'en est détaché au point que les rares fans des personnages pourront crier à l'hérésie. Au moins, on ne pourra pas dire que les scénaristes n'ont pas prévenu, surtout quand on voit le nombre d'adaptations Marvel ratées depuis le début des années 70 (Iron Man n'ayant plus rien à voir avec son modèle BD comme le Ghost Rider devenant surtout un héros nanardesque malgré lui). Par exemple, les héros évoluent à San Fransokyo et non dans la ville de Tokyo et au niveau de l'apparence, un personnage comme Baymax n'a strictement rien à voir avec son modèle BD évoquant plus une machine.

Les Nouveaux Héros : Photo

On peut toujours dire que réaliser un film de super-héros en animation est chose aisée, compte tenu des possibilités infinies du monde animée. Il faut néanmoins que cela soit crédible surtout avec des héros plus "terre à terre" et n'ayant pas de super-pouvoirs. Les Indestructibles de Brad Bird (produit par Pixar et distribué par... Disney) avait mis la barre très haut, pur film d'action avec des teintes d'espionnage et d'une durée équivalente à ses homologues live. Rappelons également que une des premières apparitions de Superman au cinéma s'est faîtes par les cartoons de Max Fleischer. Même les Tortues Ninja ont dû passer par l'animation pour avoir leurs meilleures adaptations (en séries comme film). Big Hero 6 (on évitera le titre français aussi ridicule que passe-partout dans ces colonnes) a beau se situer dans un univers entre San Francisco et Tokyo, il n'en reste pas moins que c'est l'influence japonaise que l'on retient. Le combat de robots le démontre avec ce robot samouraï, tout comme l'arbitre jeune femme coiffée à la japonaise. On notera aussi ce fameux chat bougeant son bras de haut en bas au dessus du café de la tante d'Hiro; et le méchant avec un masque kabuki. De même pour ce qui est des noms de la plupart des personnages (Hiro, Gogo, Tadashi...), le personnage afro-américain héritant même du surnom Wasabi. Quant à Fred, il se déguise en kaïju (fans de Godzilla, bonjour) ! En revanche pour ce qui est des rues, la ville du Golden Gate Bridge (qui a désormais un visuel plus japonais) apparaît comme la référence visuelle évidente.

Les Nouveaux Héros : Photo

On notera également que la scène où Hiro télécharge des données de combats est quasiment identique à celle de Matrix des Wachowski (1999). Pour ce qui est du scénario, il s'avère assez simple (il s'agit d'une origin story avec des héros se formant afin de faire le bien) et repose en grande partie sur la relation entre Hiro et le robot Baymax. Baymax n'est initialement pas un robot de combat mais infirmier, ce qui lui donne un côté naïf terriblement amusant. D'autant que les réalisateurs Don Hall et Chris Williams jouent parfaitement sur le côté cocasse du personnage dans ses premiers instants en insistant sur les situations anecdotiques. Comme montrer le personnage longtemps quand il fait quelque chose de particulier comme passer d'une chambre à une autre; passer par la fenêtre en se dégonflant (longuement); ou tout simplement ne pas pouvoir courir quand on lui demande de le faire. Baymax est une réussite comique incroyable, car sa naïveté lui donne une immédiate sympathie, en dehors de son physique de nounours. Pour ce qui est d'Hiro, il apparaît comme un petit génie scientifique qui est avant tout un enfant. A l'image d'un Simba dans Le roi lion (1994), il subit le deuil de manière frappante et cela est géré plutôt bien par les scénaristes. On évite assez facilement le pathos, ce qui n'est pas plus mal. Il cherche avant tout à savoir comment les bots qu'il a créé ont survécu à l'incendie ayant tué son frère et pour cela il sera aidé par Baymax et les amis de son frère.

Big Hero 6 (photo)

Si ces derniers sont eux aussi bien sympathiques, il n'en reste pas moins que leurs caractéristiques sont plus que simplistes. Ils ne sont là que pour épauler le héros dans sa mission, voire d'être des sidekicks bien utiles mais un peu artificiels. Toutefois, on s'amusera du clin d'oeil plus qu'évident à Alfred Pennyworth, le physique du majordome de Fred étant plus que ressemblant. Le noyau principal reste avant tout la relation entre le jeune garçon et son robot, Hiro y voyant plus un ami qu'un robot. Une relation qui n'est pas sans rappeler certains des plus beaux passages de Terminator 2 de Big Jim (1991). Le méchant n'est finalement pas si impressionnant, même si plus tragique que dans un grand nombre de productions super-héroïques récentes. En soi, on pourrait presque le rapprocher des méchants issus des Spider-man de Sam Raimi, tant les scénaristes ne cherchent pas à le diaboliser malgré la dimension mystérieuse autour de lui. Il ne s'agit pas d'un savant fou cherchant à dominer le monde, mais avant tout d'une vengeance malheureuse. Au niveau de l'animation, ce nouveau Disney réussit son coup, donnant lieu à un véritable blockbuster super-héroïque prenant la relève des Indestructibles. Les scènes d'action sont dynamiques et entraînantes, bien que certains traits d'humour sont parfois un peu lourds. Le climax est par exemple un beau moment de bravoure à lui tout seul. Big Hero 6 confirme en tous cas que Disney a pleinement réussi son retour à l'animation, savant à nouveau raconter des histoires, tout en bénéficiant d'une animation digne de ce nom (ce qui manquait cruellement avant Raiponce). On passera sur la chanson des Fall Out Boys pour souligner que Stan Lee fait probablement un de ses caméos les plus jouissifs (avant celui de Deadpool).

Big Hero 6 (photo 2)

Les studios Disney signent un bon film de super-héros, souligné par une superbe histoire d'amitié entre un enfant et une machine.

13 décembre 2015

Cuvée in bed with Tonton George

Avant de s'attaquer à Star Wars la semaine prochaine, la Cave de Borat tenait à revenir en profondeur sur la filmographie grandiloquente de son géniteur. On caricature très souvent George Lucas à la Guerre des étoiles et à un archélologue amateur de chapeau et de fouet, mais ce serait oublier ses deux premières réalisations tout comme des films où il a été impliqué. Sur ce point, l'ami George a été plus prolifique en tant que producteur et scénariste, engendrant parfois des productions dont il se serait bien passé (notamment des épisodes de saga qui n'existent pas). La Cave de Borat va donc revenir sur une carrière bien remplie et il ne sera pas question de revenir sur les sabres-laser, ni d'aventures aux quatre coins du monde (si ça vous intéresse c'est ici: Le triomphe de Steven). Etes-vous prêts? On y va! (attention spoilers) Après avoir étudié à Los Angeles (il fait partie de la génération des premiers étudiants en cinéma, comme la plupart des représentants du Nouvel Hollywood) et réaliser quelques courts-métrages, il reçoit en 1968 une bourse pouvant lui permettre d'effectuer un stage à la Warner. Faute d'avoir pu le passer au département d'animation qui vient de fermer, il se retrouve sur le tournage de La vallée du bonheur (1968) où il rencontre son réalisateur Francis Ford Coppola. L'ancien protégé de Roger Corman se lie d'amitié avec Lucas, au point d'envisager de fonder un studio ensemble (avec Walter Murch et Caleb Deschanel) qu'ils appeleront American Zoetrope et dont les quartiers seront à San Francisco.

George Lucas

 Portrait de George Lucas réalisé par Drew Struzan.

Sur le tournage des Gens de la pluie de Coppola, Lucas tourne un documentaire Filmmaker (1968) que l'on peut qualifier de making-off et travaille sur le scénario de l'adaptation de son court-métrage Electronic Labyrinth THX 1138 4EB (1967). Le studio doit néanmoins s'associer à la Warner pour pouvoir exister, malgré le désir d'indépendance de ses géniteurs. Tourné en dix semaines pour un budget de 750 000 $, THX 1138 est réalisé sans le moindre problème avec le studio et ce n'est qu'après les projections-tests que les problèmes commencent. Quatre minutes sont coupées, entraînant ni plus, ni moins que la névrose de Lucas de vouloir tout contrôler, y compris de retravailler continuellement ses films à sa guise sans que les studios ne viennent entraver sa vision. Les prémices de l'édition spéciale de la trilogie originale Star Wars en 1997... Quant à Coppola, il s'avère assez intolérant envers Lucas, essayant de se détâcher de son statut de producteur protecteur ("Je ne sais pas du tout ce que c'est que ce truc" dira t-il après une projection *). Le film est un échec commercial à sa sortie en 1971, la Warner laisse tomber American Zoetrope et le film ne se fera une réputation que bien plus tard. En 2004, alors qu'il est en train de conclure la prélogie Star Wars et qu'il sort la trilogie originale pour la première fois en DVD, Lucas revient sur son premier long-métrage en ajoutant un grand nombre d'effets-spéciaux et notamment en les insérant dans les plans originaux.

THX 1138 : Photo Maggie McOmie, Robert Duvall

L'amour, péché de la société moderne instaurée dans THX 1138.

Il est d'autant plus dramatique de constater les différences entre le montage initial qui est très épuré et le director's cut (cette appelation n'a jamais été aussi évidente que chez George Lucas!) dans la vidéo ci-dessous. Des plans sont modifiés au point de changer subitement de décors et pire encore, on observe des problèmes de raccords évidents. On peut difficilement passer de plans issus de 1971 à des cgi de 2004. Pourtant, Lucas ne s'en prive pas, se faisant beaucoup trop plaisir au point que son film ne ressemble plus à grand chose quand on s'éloigne de ses plans originaux. La séquence de la poursuite en devient même improbable avec le rajout d'une micro-scène additionnelle totalement hasardeuse, où des hot-wheels générées par ordinateur sont filmées à une vitesse folle alors que les plans avant comme après sont bien moins rapides. Sans compter le décor qui n'a rien à voir d'un plan à l'autre, passant d'une ville sous-terraine à un circuit ouvert. On peut même parler d'anachronisme pur et simple, voire de massacre même du film original, d'autant que les copies originales sont désormais introuvables sur le marché vidéo. Comme à son habitude, l'ami George a retiré les précédents montages (en 1977, il était déjà revenu dessus) du marché pour n'utiliser que le director's cut.

D'autant plus triste que s'il y a bien un film dont Lucas n'avait pas besoin de retoucher, c'est bien THX 1138. Le visuel est le principal atout du film, jouant sur un blanc qui hypnotise l'oeil. Les murs sont blancs, les costumes des habitants aussi, seuls la ville finit par sortir de cette couleur, tout comme les policiers avec un masque gris et un uniforme noir. Un univers particulièrement froid où même les autres décors paraissent obscures (un banal tunnel comme un escalier sous-terrain forment des décors additionnels). Même si Lucas a toujours avoué lui-même qu'il n'était pas bon scénariste (tout du moins seul), l'histoire de THX 1138 est une dystopie de qualité avec des bases pour le moins solides. La société dans laquelle vit THX repose sur la religion et l'absence de sexualité. La religion agit par des enregistrements tournant en boucle sans aucune interraction avec les pratiquants. Une certaine vision du confessionnal. Quant à la sexualité, elle est purement réprimée synonyme de mort ou prison. Ce serait évidemment trop simple si THX (Robert Duvall) n'y était pas confronté par sa colocataire (Mcomie Maggie). D'autant que la population est manipulée par diverses drogues afin de pouvoir être mieux contrôlé. Plus de drogue, les excès peuvent reprendre. THX 1138 passe donc vite de film d'anticipation à véritable thriller, où le personnage fuit sans cesse une destinée vouée à la destruction et la mort.

THX 1138 : Photo

La vitesse et les voitures déjà au centre du cinéma de George Lucas.

Le final est encore aujourd'hui assez énigmatique, l'issue de THX restant indéterminée. On ne sait pas ce qu'il y a au dessus des sous-terrains et cela peut être mortel pour l'Homme, à l'image de La jetée de Chris Marker (1962). THX part vers un avenir incertain sur le soleil couchant, comme un certain archéologue des années plus tard. Après la débâcle THX 1138, George Lucas part d'American Zoetrope et même si Coppola est toujours à la production, American Graffiti (1973) est le premier film estampillé Lucasfilm. Quand il décrit son second film, Lucas se veut direct: "Je me suis dit 'vous voulez de la chaleur et de l'humanité? Hé bien je vais vous en donner, de la chaleur et de l'humanité. (...) Je me suis rendu compte, après avoir fait THX 1138, que ces problèmes étaient si réels que la plupart d'entre nous devaient y faire face au quotidien. Aussi étions-nous dans un état de frustration permanent. Cela ne faisait que nous rendre encore plus déprimés. C'est pourquoi j'ai fait un film pour montrer qu'il est possibles de se débarasser de certaines frustrations, du sentiment que tout paraît futile" *. United Artists rejette la première version du scénario, il finit par être affiner par le duo Willard Huyck / Gloria Katz pour être pris chez Universal. Une nouvelle fois, Lucas doit faire face à l'absence de final cut et malgré une projection-test enthousiaste, l'exécutif Ned Tanen ne veut pas le diffuser dans l'immédiat, Coppola le menaçant même d'aller voir ailleurs.

American Graffiti : Photo

La grève des scénaristes prend de cours Lucas et Coppola (ils sont membres de la Writers Guild of America) et ne travaillant pas, Universal en profite pour couper quatre minutes du film. Si American Graffiti est un succès commercial important (au point de lancer la série Happy Days), il ne veut pas moins quitter le système des studios en s'autofinançant. D'où l'émergence de Lucasfilm. American Graffiti est un film très nostalgique, où Lucas aborde son enfance notamment quand il faisait des courses de voitures (il a même eu un accident dont il s'en est sorti indemme). L'action se passe au début des années 60, se focalisant sur une seule nuit et avec quatre portraits. Des amis qui vont vivre une nuit de folie comme disait le duo Début de soirée (paye ta référence). Des têtes connues qui ne sont autres que Richard Dreyfuss (qui ne cherchait pas encore des noises aux requins), Ron Howard (futur Richie du paf), Paul Le Mat et Charles Martin Smith (incorruptible dans l'âme), auxquels on peut rajouter un certain menuisier nommé Harrison Ford. Chacun symbolise un aspect typique du teen-movie alors en émergence à Hollywood (même si La fureur de vivre de Nicholas Ray a déjà dix-huit ans quand sort le film de Tonton George): Dreyfuss et Howard vont partir à l'université et vivent (normalement) leur dernière nuit dans leur ville natale; Le Mat est le jeune loubard amateur de banane et blouson noir; et Smith le jeune timide laissé pour compte.

American Graffiti : Photo Cindy Williams, Paul Le Mat, Ron Howard

Certains découvriront l'amour comme Dreyfuss et Smith; Howard devra choisir entre l'université et sa fiancée (Cindy Williams que Coppola embauchera pour Conversation secrète); et Le Mat aura droit à un bien drôle de compagnon de route (Mackenzie Philips). American Graffiti est un pur film nostalgique où l'amour règne en maître, où même les loubards et chauffards sont des jeunes au grand coeur (preuve en est le blouson noir avec qui Dreyfuss reste un moment), où les voitures sont autant des moyens d'aguicher les filles que de faire la course. Ce n'est plus un objet mais un véritable personnage, à l'image de la voiture de La Mat ou celle d'Howard devenant aussi bien un lieu de rupture qu'un lieu de coup de foudre. Une époque où le rock émerge, la bande-originale étant entièrement composée de morceaux connus de Chuck Berry, les Beach Boys (décrié par La Mat au cours du film, détestant "le surf californien"), Buddy Holly, ainsi que des standards qui serviront à beaucoup d'artistes chantant en français (quand vous découvrez que Vanina n'est en rien une création de Dave et que Cloclo est définitivement un des pires pompeurs de l'histoire de la musique). Le final se veut sans équivoque: Dreyfuss part vers d'autres contrées pourtant les écritos ne sont en rien positifs, voire même très noirs. Comme pour nous dire que le bon vieux temps prôné par Billy Joel était vraiment derrière nous. Bien que la suite de Bill L Norton (1979) que produit Lucas fera perdurer les personnages, leurs issues parfois fatales seront conservées.

American Graffiti : Photo Harrison Ford

"Hey Chico tu veux bien faire la course?!"

Une manière bien sinistre d'évoquer une jeunesse qui s'apprête à perdre un de ses présidents les plus populaires et l'inévitable Guerre du Vietnam qui arrive à grand pas. Après avoir construit le Skywalker Ranch et créé ILM par la même occasion (Hollywood peut encore dire merci à Lucas d'avoir créer un des plus grands pôles d'effets-spéciaux des USA) suite au succès de Star Wars (1977), le réalisateur commence à déléguer. Les seuls films qu'il réalise par la suite seront ceux composant la prélogie Star Wars, Lucas s'imposant dorénavant comme producteur et parfois scénariste sur des projets qui lui tiennent plus à coeur. C'est ainsi que Coppola et lui se retrouve à participer à la distribution internationale de Kagemusha d'Akira Kurosawa (1980). Suite à un accord avec la Toho qui ne parvenait pas à terminer le film financièrement, la Fox s'est associé avec les deux réalisateurs pour le faire terminer et obtenir les droits internationaux. Un bon retour des choses quand on sait que Star Wars est grandement inspiré de La forteresse cachée de Kurosawa (1958). Une fresque ambitieuse et remarquable, au scénario malin jouant sur le poids des responsabilité. Le voleur (Tatsuya Nakadai) est pris à son propre jeu entre l'honneur d'incarner un grand chef de clan et le poids de ce rôle. Comme à son habitude, la direction artistique est colossale allant de batailles superbement filmées à un cauchemar où le fantôme du maître pourchasse le voleur dans un univers coloré. Une des Palmes d'or inattaquables selon votre interlocuteur. 

Kagemusha, l'ombre du guerrier : Affiche

On l'oublie souvent mais L'Empire contre-attaque d'Irwin Kershner (1980) avait un avant-programme dans certains cinémas européens et australiens. Longtemps considéré comme perdu et jamais exploité après sa sortie en salle, Black Angel a fini par refaire son apparition il ya quelques années sur la toile suite à la découverte des négatifs chez Universal en 2011. Financé par Lucas, le court-métrage est réalisé par Roger Christian, directeur artistique de La guerre des étoiles et dont le principal fait d'arme de sa carrière sera le redoutable Battlefield Earth (2000) ! Le court-métrage se révèle très contemplatif usant de travellings, zooms et ralentis afin de présenter les décors naturels dans les moindres détails. Si le réalisateur signe de beaux plans dans l'ensemble (bien aidé par la majesté des décors), il n'en reste pas moins que le court-métrage est terriblement basique, reposant sur une toile de fond vite expédiée. Le héros est un ancien croisé (zooms sur ses attirails le temps de quelques secondes) et doit affronter un ange noir (citant le Death Dealer de Frazetta) guidé par un ange féminin et un ermite. Si l'atmosphère de conte est crédible, on peine à s'intéresser face à des enjeux aussi pauvres. L'idée d'une version longue par le réalisateur n'est pas forcément une bonne idée. 

Beaucoup ont reproché le rachat de Lucasfilm par Disney en octobre 2012, pourtant les relations entre George Lucas et le studio aux grandes oreilles existaient depuis longtemps. Le réalisateur faisait même du chantage à la Fox en proposant également Star Wars aux studios Disney. Un Star Tours et une attraction Indiana Jones plus tard, il n'y a donc rien d'étonnant à ce contrat signant la fin d'une ère. Ce serait oublier le film-attraction en 3D Captain EO (1986). Michael Eisner et Jeffrey Katzemberg, deux pontes de Disney ayant fait plus de mal que de bien là-haut, se mettent dans l'idée de créer une attraction avec Michael Jackson. Si George Lucas est approché pour la réaliser, il ne fera que la produire demandant à Francis Ford Coppola de le faire. Endetté jusqu'au coup suite au tournage spectaculaire d'Apocalypse now (1979) et l'échec commercial de Coup de coeur (1982), il accepte sans sourcilier, cherchant le plus de commandes possibles pour s'en sortir financièrement. Rusty Lemorande, futur réalisateur du nauffrage Voyage au centre de la Terre (1989), s'occupe du scénario; Jackson et Angelica Huston sont face à face, HR Giger s'occupe du character design de cette dernière; Jackson compose deux titres et James Horner s'occupe du thème principal. Le premier montage ne fonctionne pas, tout comme la 3D et le budget grimpe entre 17 et 30 millions de $. Eisner dira qu"Il y avait plus de 150 effets-spéciaux, soit plus par minute que George Lucas n'en avait utilisé dans Star Wars!" (**).

Captain eo

L'attraction débute en 1986 et s'est arrêté en avril dernier par chez nous, après un revival suite à la mort du King of Pop en 2009. Alors qu'en est-il de ce fameux projet brassant autant de talents autour? Hé bien pas grand chose. A l'heure où la 3D faisait une courte réapparition, Captain EO n'en utilise finalement que très peu à l'oeil nu et si c'est le cas, cela donne des effets gadgets peu reluisants (un personnage balance un liquide vers le spectateur, whaow!). On nous présente différents personnages improbables, majoritairement des marionnettes et animatroniques, composés d'un chat avec des ailes de papillon (!), deux robots nous rappelant le duo C3P0 / R2D2, un éléphant et des oiseaux siamois! Michael Jackson finit par arriver de dos, confortant son statut d'icône pop par excellence. Le chanteur se débrouille bien pour ce qui est de danser et chanter, mais en tant qu'acteur cela s'avère tout de même assez faible. Après une petite introduction, Coppola nous balance en pleine bataille spatiale, ce qui n'est pas sans évoquer directement Star Wars avec la bataille dans l'Etoile Noire (le Star Tours aura des cinématiques quasiment similaires). Autre influence, le vaisseau crashé se trouve dans un plan n'étant pas évoquer celui d'Alien de Ridley Scott (1979) présentant le Space Jokey. Si les effets-spéciaux s'avèrent assez correctes dans un premier temps, ils finissent par devenir de plus en plus kitschs.

C'est principalement le cas des camarades d'EO devenant subitement des instruments de musique. Les effets-spéciaux sont terriblement datés, semblant être de vulgaires démo-techniques. Idem pour le grand final avec des couleurs vives pétaradantes dont on se serait bien passer. Au niveau de l'intrigue, cela se révèle pauvre avec un héros délivrant un peuple oprimé transformé par le mal. Si jusqu'à maintenant le court se révèle assez cinématographique, Coppola finit par partir dans les travers des clips, avec Jackson chantant et dansant. Dès lors, le court se focalise entièrement sur Jackson et ses chorégraphies aux cadrages interchangeables. Il est d'autant plus triste que la chanson Another part of me a été réalisé pour les besoins de ce court-métrage. Quant à la partition de James Horner, elle n'est pas sans rappeler celle d'Aliens (1986). La même année, Jim Henson et Lucas collaborent ensemble sur le film Labyrinthe, l'occasion de mélanger film live et les marionnettes chères au créateur du Muppet Show. Brian Froud est aussi de l'aventure (il était déjà de l'aventure Dark Crystal) et le réalisateur se paye David Bowie en méchant et à la bande-originale et Jennifer Connelly alors en pleine émergence. Il n'en reste pas moins que cette production Lucas est un échec au box-office. A l'heure où la fantasy n'a jamais été aussi nombreuse à Hollywood, ces projets ne rapportent absolument rien. Labyrinthe est concerné tout comme Taram et le chaudron magique de Richard Rich et Ted Berman (1985), Legend de Ridley Scott (idem) ou Fire and ice de Ralph Bakshi (1983).

Labyrinthe : Photo

Tonton George en compagnie de David Bowie et Jim Henson.

Labyrinthe se rattache davantage encore aux contes et légendes. L'héroïne est montrée en train de jouer à la princesse, avant d'évoquer le Roi Arthur avec le nom de son chien (Merlin) et d'une peluche (Lancelot). La belle-mère (encore un aspect fort des contes présents aussi bien dans Blanche Neige que Cendrillon) se revendique même comme une "marâtre de conte de fée" suite à une énième dispute entre la jeune fille et elle. L'héroïne doit sauver son frère suite à sa faute, engendrant une mise à l'épreuve digne des contes et un méchant sorcier. Le passage de la pomme évoque inévitablement Blanche Neige et les sept nains, tout comme celui du bal Cendrillon (la danse mais également la robe). Enfin, on s'amusera d'un bestiaire varié notamment l'équipe de miss Connelly composée d'une sorte de lutin malicieux, un géant à cornes, un raton-laveur borgne et un chien rappelant celle de Dorothy dans Le magicien d'Oz de Lyman Frank Baum (1900). Quant à l'héroïne se retrouvant dans un lieu imaginaire et essaye d'en sortir par tous les moyens renvoie inévitablement à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (1865) Si Jim Henson réussit souvent à intéresser par de beaux décors, de belles créatures (on parle d'Henson tout de même) et un certain sens du divertissement, le film multiplie tout de même un beau lot de fautes de goût. L'abominable puanteur n'est qu'un réservoir à prout, ce qui fera peut être rire les enfants mais peu les adultes. La scène en pleine forêt avec les créatures rouges laisse sérieusement à désirer. Semblant être fait devant un fond vert, les créatures comme Connelly semblent mal raccordées et l'effet n'en est que plus hideux. 

Labyrinthe

On s'amusera d'autant plus de la faute de goût vestimentaire (voire capillaire) de David Bowie et son merveilleux moule-bite, dont le pantalon en joue énormément! On ne retiendra d'ailleurs pas les chansons du Dieu Bowie malgré un investissement certain et qui se ressent à l'écoute (purement dans sa période 80's). En revanche le climax dans les escaliers est superbement réalisé comme les réglements de compte dans le village. En 1986, George Lucas se met à la production d'une adaptation d'un personnage Marvel. Spider-man? Les X Men? Non, Howard the duck! Le canard de l'Espace débarquant sur Terre et s'entichant de diverses humaines! Un héros dont même Marvel ne savait plus quoi en faire au début des 80's, après l'avoir fait concourir aux élections! Initialement, Tonton George est lucide, voulant produire un film d'animation. En manque de blockbusters estivaux, Universal choisit malheureusement d'en faire un film live. Aux commandes du projet, le duo William Huyck et Gloria Katz les scénaristes d'American Graffiti et d'Indiana Jones et le temple maudit (1984), ce qui peut être vu comme un signe de qualité. Budgeté à 30 millions de $, le film se casse la figure au box-office, devenant un des flops les plus connus de l'histoire d'Hollywood, mais aussi un nanar au culte de plus en plus grand au fil des décennies. Pour Tonton George en revanche c'est une véritable douche froide, devant vendre la filiale informatique d'ILM à Steve Jobs. Pixar est né, George s'en mord encore les doigts. Howard the duck est en soi un film anachronique au vue de sa classification PG. 

Howard the duck

Avec un canard multipliant les allusions sexuelles (je vous passe sur la chevelure phalique comme sa relation zoophile avec la mère de Marty McFly) et le sarcasme du personnage (il râle sans cesse), on se demande bien comment cela a pu passer à la MPAA. Le film n'a rien de tout public et en soi ne s'adresse même pas aux enfants. Il est donc assez improbable de le voir délivrer un PG et non un PG-13 par exemple, compte tenu du contexte. Dans sa première partie, Howard the duck est même sérieusement délirant entre les bars où ça picole, un héros qui fume et boit tout en tapant des loubards effarouchés, une introduction le montrant feuilleter Playduck (avec la double-page au milieu!) tout en dévoilant des photos de divers canettes... Les aventures d'Howard sont purement pour adultes et il aurait mieux valu assumer pleinement que de virer au spectacle familial en plein milieu de film. La seconde partie plus portée sur la science-fiction est également bien moins convaincante, à part si vous voulez voir Jeffrey Jones totalement à côté de la plaque et Howard se prenant pour Chuck Berry à la guitare (les vrais savent). Deux ans plus tard, George Lucas reprend l'écriture sur Willow que réalise Ron Howard. Là encore, le succès n'est pas au rendez-vous (tout du moins pas aussi fulgurant que le voulait Tonton George), ce qui n'empêche pas le créateur de Star Wars de continuer l'aventure sous forme de romans en compagnie du scénariste Chris Claremont.

Willow (BR)

 

En revanche, on se souvient primordialement de Willow comme un progrès exceptionnel dans les effets-spéciaux. Premier film à utiliser le morphing, il permet ainsi de faire changer un personnage de physique à l'oeil nu. Si l'effet est vieillissant et grossier ici, il est la base du T-1000 de Terminator 2 de James Cameron (1991) par exemple. Le film a pris un sérieux coup de vieux aussi comme le montre la créature à deux têtes. Lucas ne s'est pas non plus foulé pour ce qui est du scénario reprenant les bases de la trilogie de JRR Tolkien. Le village de nains remplace la Comté; les sorciers ennemis s'affrontent; la créature à deux têtes remplace le troll de la Moria; deux personnages aux moeurs opposées tombent amoureux (Madmartigan et Sorsha; Aragorn et Arwen); le duo Willow / Meegosh renvoie à Frodon et Sam; le bébé remplace l'anneau (l'issue est identique); Sauron devient une reine maléfique... On peut continuer encore longtemps à chercher les allusions évidentes avec Le Seigneur des anneaux. Malgré cet aspect copieur, le film n'en reste pas moins divertissant, bien aidé par une aventure rythmée et des personnages sympathiques. Ce serait également oublier la sublime ost de James Horner, jouant parfaitement sur l'aventure avec un thème musclé riche en trompettes pétaradantes pour le bonheur de nos oreilles. Elle annonce même certains passages de The land before time (1988), autre production de George Lucas en compagnie de Steven Spielberg et réalisée par Don Bluth.

Etant revenu plus d'une fois sur le chef d'oeuvre du créateur de Fievel (encore en octobre dernier avec la Cuvée deuil symphonique), votre cher Borat passera directement à Tucker sorti la même année. Un projet qui tenait à coeur à Francis Ford Coppola depuis 1973 avec initialement Marlon Brando en rôle titre. Pendant un temps, il songeait à en faire une comédie-musicale sous le même modèle que Mishima de Paul Schrader (que Lucas a produit également) et tenait à avoir Gene Kelly comme consultant. Ce qui aurait donné un film comme Coup de coeur, inenvisageable après 1982 (flop retentissant du film de Coppola engendrant sa ruine). Le projet est finalement relancé grâce à George Lucas qui lui suggère d'y revenir après Captain EO. Si le public ne suit pas, les critiques sont assez élogieuses. A l'image de sa filmographie et particulièrement celle des 80's, Tucker revient avec nostalgie sur un sujet précis. Coup de coeur revenait à l'esprit des musicals d'antan; Outsiders et Rusty James (1983) montraient les adolescents des 50's; Cotton Club (1984) mettait en scène des protagonistes au coeur des 30's ; et Peggy Sue s'est mariée (1986) était un voyage dans le temps dans les années 50 à l'image de Retour vers le futur (1985). Avec Tucker, il s'agit de faire un biopic sur une figure méconnue de l'automobile, celle de Tucker et de sa voiture si merveilleuse que personne n'en a voulu (même cas pour la DeLorean à sa sortie).

Tucker : L'homme et son rêve : Affiche

 

A l'image du réalisateur, Tucker (brillant Jeff Bridges) s'est brûlé les ailes dans son ambition démesurée sans voir la chute qui l'attendait. Si la décennie 80's de Coppola a désormais plus d'intérêt auprès du public (notamment grâce à des éditions DVD ou BR nécessaires), il n'en reste pas moins que cette période fut noire pour lui, faites d'échecs à rebondissements et de commandes inévitables. Tucker, le géant de l'automobile que personne ne voulait entendre et se retrouvant à s'écraser devant des adversaires bien plus importants, avec une voiture bien meilleure. Coppola, ce réalisateur si ambitieux qu'il s'est planté suite à des choix de carrière trop gros pour lui. Tucker et Coppola ont créé leur propre entreprise, ces mêmes entreprises qui aujourd'hui apparaissent comme oubliées ou loin de leur aura véritable. Ce qui fait de Tucker un film semi-autobiographique fantastique et si peu connu du grand public. Il n'a même pas encore droit à une édition DVD ou BR au contraire de ses autres films des 80's. Le mal-aimé. Après plusieurs années passées à étoffer la saga Star Wars, George Lucas revient en 2012 à un projet qu'il essaye de concrétiser depuis 1988. Le but étant de faire un film sur un escadron composé de jeunes aviateurs afro-américains durant la Seconde Guerre Mondiale. Anthony Hemingway finit par le réaliser au cours de l'année 2010 en Europe, ce qui n'empêche pas Tonton George de revenir dessus pour effectuer des reshoots, Hemingway n'étant pas disponible. Red Tails est un échec de plus pour Lucasfilm, l'avant-dernier avant le rachat de Disney.

Red Tails : Photo

Le film est même encore aujourd'hui inédit en France et ce malgré une version française disponible sur des sites de téléchargements. Les voies virales sont nécessaires dans certains cas. Il est d'autant plus dommage que le film est tout ce qu'il y a de plus acceptable, voire divertissant. Même si les scènes d'aviation sont entièrement réalisés en cgi, elles n'en restent pas moins de qualité et permettent de belles scènes d'action. De plus, cela permet d'aborder des phases de l'histoire peu évoquées qui plus est de manière intéressante. Lucas se fait même plaisir autour d'un passage en évoquant Buck Rogers! Même si le film ne restera pas forcément dans les mémoires, il n'en reste pas moins divertissant et énergique, aidé par des personnages particulièrement attachants (notamment David Oyelowo en pilote fougueux et amoureux).Je terminerais cette cuvée sur la dernière production Lucasfilm en date qu'a supervisé Tonton George. Un scénario se basant sur Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare (1600) signé par Lucas lui-même. Strange Magic de Gary Rydstrom, réalisateur du court-métrage Extraterrien et plus connu pour son travail sur le son, a bénéficié d'une sortie pour le moins improbable. Disney n'en voulant pas, sa branche adulte Touchstone l'a repris et voilà le film commençant sa promotion moins de deux mois avant sa sortie! Le film ne pouvait évidemment pas marché et preuve que Disney comme Lucasfilm n'y croyaient pas. 

Strange Magic : Photo

Au vue du résultat, cela n'est pas tellement étonnant. Ne sachant pas où se situer entre romcom (l'elfe est amoureux de la fée, la fée amoureuse de quelqu'un qui ne l'aime pas et finit par aimer le soi-disant méchant de l'histoire), conte (des fées, des elfes, des lutins, des goblins parsèment le film) et comédie-musicale; Strange Magic brasse de tout au point de ne pas ressembler à grand chose. Là où La reine des neiges de Jennifer Lee jouait énormément avec le storytelling de Broadway, là tout semble basique au point que le spectateur ne croit pas aux chansons. Pire, on ne parvient jamais à avoir des émotions palpables pour les personnages quand ils chantent. Cela serait sans compter sur des reprises pour le moins foireuses d'Elvis Presley, Beyonce, Whitney Houston, Bob Marley ou encore Kelly Clarkson, qui ne suscitent donc aucun intérêt, si ce n'est faire tenir le spectateur qui peine sérieusement à s'intéresser à cette histoire. Il était d'autant plus triste pour un fan d'Across the universe (2007) de ne pas reconnaître la superbe voix d'Evan Rachel Wood lors de ses passages chantés. De plus, si l'animation s'avère correcte en général, elle accuse le coup sur les visuels des fées qui ne dégagent aucune émotion. Si la seconde partie s'avère nettement meilleure que la première, il est bien sinistre de voir un film aussi aseptisé et peu intéressant venant de l'imagination de George Lucas. De plus, le film n'est pas sans ressembler à Epic de Chris Wedge (2013) avec la forêt, le méchant quasi-identique d'un point de vue visuel, une héroïne en tenue guerrière... Quant au filtre d'amour pouvant être délivré pour tout le monde renvoie à la scène du bar de Willow! Vraiment pas inspiré George... Il était temps de prendre sa retraite, hein George? Allez à la semaine prochaine!

indiana-jones

 

"Vous croyez franchement que je n'allais pas passer un petit bonjour? C'est la fin de la cuvée sur George Lucas, il est temps pour vous d'aller visiter un musée!"


 

* Propos issus de Cahiers du cinéma, collection Maîtres du cinéma: George Lucas de Karina Longworth (2012).

** Propos issus de http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18640932.html

09 décembre 2015

Fais comme l'oiseau...

Un acteur has-been revient sur le devant de la scène avec une pièce jouée à Broadway. Mais les critiques, les doutes comme sa collaboration avec ses partenaires vont-elles être lui faire perdre la raison?

Birdman (officiel)

Dernier grand vainqueur des Oscars avec quatre statuettes au compteur, Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu est un film plutôt ambitieux surtout si l'on se fit à ce que nous raconte Hollywood ces derniers temps. Faisant partie des réalisateurs mexicains montants aux USA, Innaritu n'a pas cherché le film le plus facile pour passer après Biutiful (2010), même si Birdman se révèle plus léger. A l'image de son ami Alfonso Cuaron, il se lance dans un film contenant un maximum de plans-séquences. Cela aurait été plus simple s'il n'avait pas voulu faire un plan-séquence d'1h59 environ, à l'image de La corde d'Alfred Hitchcock (1948). A la différence que le film d'Hitch se trouvait dans un décor unique (un appartement avec deux pièces ouvertes), Birdman se déroulant dans un théâtre avec cabines et scène, mais aussi sur Time Square, un bar... Le défi logistique est grand (surtout Time Square qui est toujours noir de monde) et qu'un projet aussi particulier soit un succès au box-office, malgré un budget moindre que la norme (18 millions de $), a de quoi amuser. Est-ce que l'engagement de Michael Keaton a réussi à rameuter les foules? Peut être bien, tant le film joue sur la mise en abîme continuellement jusqu'au portrait de ses deux acteurs principaux correspondant aussi bien à la réalité qu'à la fiction.

Birdman : Photo Edward Norton, Naomi Watts

Keaton incarne un acteur voulant faire son come-back au théâtre et son fait d'arme notable est un super-héros avec des ailes. Le tout avec franchise à succès à la clé. Le parallèle avec Michael Keaton est tellement évident que l'on s'amuse à repérer les petits détails. Même si Michael Keaton n'a jamais arrêté de tourner depuis 1992, son départ de la franchise Batman au cours du second épisode a entraîné des choix de films discutables. Au point d'en être réduit à jouer des seconds-rôles. Ce qui permet également de payer ses impôts mais pour un The other guys  (2010), combien de Coccinelle revient (2005) ? En France, il est même parfois reconnu uniquement par sa ressemblance avec le présentateur Julien Lepers! Birdman est donc aussi bien le come-back de Riggan Thomson que de Michael Keaton. Si l'acteur n'a pas eu l'Oscar, il est tellement bien revenu sur le devant de la scène qu'il multiplie des projets prestigieux comme Spotlight de Thomas McCarthy. Le Batman de Tim Burton n'est pas le seul acteur du film à vivre une mise en abîme. Edward Norton n'est plus en odeur de sainteté depuis bien longtemps à Hollywood. Evoqué comme un acteur capricieux dans les studios et médias (ses problèmes avec Tony Kaye et la Marvel sur American History X et L'incroyable Hulk restent en mémoire), l'acteur s'est fait de plus en plus rare au point de devenir un vulgaire guest-star (The Dictator de Larry Charles).

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Son rôle dans Birdman? Un acteur avec des méthodes bien à lui (donc en contradiction avec Riggan) que l'on appelle en dernier recours quand il n'y a plus d'espoir (on ose même une petite boutade sur les Avengers...). De même, le personnage est tellement pris par la méthode de l'Actor's studio (jamais citée mais on pense à elle en particulier) qu'il en vient à avoir un érection pour être le plus crédible sur scène! Mettre mal à l'aise sa camarade? Pas grave du temps que la performance est là. L'ironie veut que Keaton et Norton sont d'anciens super-héros et se retrouvent face à face lors d'un affrontement qui n'a rien de spectaculaire. Il est même merveilleusement ridicule, entre un homme plus âgé et un autre plus jeune en slip kangourou se battant laborieusement pour des choses futiles. On regrette néanmoins que l'ami Norton quitte la scène de manière si violente, surtout qu'il est le personnage le plus jubilatoire du film. Le duo improbable aurait pu éclipser les autres acteurs, ce qui est en soi le cas pour Naomi Watts ou Andrea Riseborough qui ont des rôles moins bien écrits, voire peu intéressants. En revanche, ce n'est pas vraiment la même chose avec Emma Stone et Zack Galifianakis. La première se retrouve dans un vrai rôle d'adulte, l'éloignant définitivement des blockbusters et romcoms. Son rôle est plus grave puisque non seulement elle joue la fille de Riggan, mais aussi une ancienne junkie, ce qui s'avère peu reluisant. Cela lui permet de jouer un rôle plus cynique encore que celui dans Easy E de Will Gluck (2010). Galifianakis joue les impressarios, lui donnant une dimension plus maniérée et intéressante. Oubliez l'excentricité pénible du rôle d'Alan dans les Hangover de Todd Phillips (2009-2013), l'heure est à la sobriété et tant mieux.

Birdman : Photo Edward Norton, Michael Keaton

Si le réalisateur a beaucoup insisté sur le fait qu'il n'aimait pas les films de super-héros en interview, le discours de son film n'a rien de critique. Le fait de revenir au super-héros permet au personnage principal de s'émanciper, de lâcher prise, chose qu'il n'avait pas fait depuis des années. Cela donne même lieu au meilleur passage du film, montrant ce que l'on attend d'un film de super-héros avec quelque chose de purement spectaculaire. Du pur fantasme surtout qu'aucun extrait des films Birdman ne sont montrés, reposant sur ce passage clé. Au mieux, on aura le souvenir des exploits de Keaton en Cape Crusader. On s'amusera également du regard d'Inarritu sur le monde de la critique en la dévoilant sous la personne d'une femme au combien négative. Le message n'est pas forcément bien amené et peut prêter à confusion. Certains n'hésiteront pas à s'amuser de la position du réalisateur dézinguant ceux qui peuvent le critiquer. La réalisation en revanche n'est pas indiscutable. Qu'Inarritu a voulu faire un plan-séquence géant est une chose, il n'empêche que le tour de force exceptionnel n'est pas forcément là. Les transitions pour montrer le temps qui passe sont trop simples (petit cadrage sur des immeubles et on repart dans une direction); les scènes sur le toit entre Norton et Stone sont chorégraphiées à l'identique; de même qu'une scène de couloir devient quelque peu risible. Le cameraman en vient à faire la course pour arriver avant le personnage, pour mieux le cadrer ensuite quand il arrive et le suivre en travelling. L'effet se révèle finalement assez ridicule. On préfèra la sincérité de Victoria de Sebastian Schipper, dont le rendu technique (tourné en temps réel en une seule séquence) est bien plus sidérant au vue des conditions. Enfin, on s'amusera de la musique composée de batteries par Antonio Sanchez rappelant également celle tout aussi jazzy du film Whiplash de Damien Chazelle.  

Birdman (photo)

Si la technique n'est pas toujours à la hauteur, la mise en abîme de Birdman laisse purement songeur et permet à deux acteurs d'en ressortir grandis.