Cine Borat

18 mars 2017

Cuvée Dantesque #1

Cela faisait un petit moment que la Cave de Borat cherchait à exhumer le cinéma de Joe Dante. Disons le franchement depuis plus d'un an, repoussé par manque de temps, d'hésitations et de visionnages intensifs d'une filmographie variée rassemblant films, téléfilms et épisodes de séries télévisées (on évitera de parler de ces derniers). Parfois de véritables raretés où il faut bien le net pour vous aider dans votre croisade (y compris voir le film avec un russe qui double sur les dialogues originaux). Le déclic fut le festival Toute la mémoire du monde qui a eu lieu du 1er au 5 mars en sa présence. L'occasion pour la Cinémathèque française de faire une rétrospective complète jusqu'au 1er avril, où vous pourrez voir tous ses films et même les épisodes de séries qu'il a réalisé, dont ceux d'Histoires fantastiques (1985-87) et de Masters of horror (2005-2007). Mais aussi de développer le festival à travers la France avec l'opération Hors les murs, permettant à des exploitants en dehors de Paris de choisir des films parmi la programmation du festival. C'est ainsi que votre cher Borat a pu revoir Gremlins (1984) et Innerspace (1987) sur grand écran le 11 mars dernier. Mais de quand date mon amour pour le cinéma de Joe Dante? Cela date de Small soldiers (1998) vu en avril 2002 (papa avait enregistré le film sur la 3 en deuxième partie de soirée). 

Il faudra toutefois attendre l'adolescence pour que je me passionne pour son cinéma. La quasi-intégralité de ses films et téléfilms seront chroniqués dans ce cycle à l'exception d'un seul. Il s'agit de son premier film The Movie Orgy, un film évolutif initié dès 1966 en compagnie de Jon Davison (le futur producteur de Robocop et Starship troopers). Il s'agit d'un ensemble d'extraits de films, d'émissions, de cartoons souvent en rapport avec l'actualité et que Dante a monté de façon à en faire un film satirique. Une compilation a fini par être réalisé, regroupant environ sept heures de programme. C'est une version de 4h30 que le public de la Cinémathèque a pu découvrir en début de mois et probablement une des rares copies qui circule. Même le net ne vous sera pas d'un grand secours dans ce cas précis. Alors êtes-vous prêts pour un voyage de plusieurs cuvées dans le monde de Joe Dante? GO! (Attention spoilers)

The_Movie_Orgy

  • Hollywood Boulevard (1976): Quand Godzilla fut dirigé par Paul Bartel

Hollywood boulevard

Dans l'entretien présent sur le BR de Piranhas (1978), Joe Dante évoque qu'il est arrivé chez Roger Corman par des amis venant des cours de cinéma enseignés par Martin Scorsese. Il s'occupe d'abord de faire des bandes-annonces, ce qui revient à nouveau à faire du montage, voire parfois à rajouter des stockshots tournés rapidement. Selon lui, ce fut une manière d'apprendre à gérer le rythme d'un film. Un jour, il va voir Tonton Roger avec Allan Arkush dans l'idée de se frotter à son premier véritable long-métrage (The Movie Orgy est avant tout un exercice de montage). "Il a accepté à la condition de faire le film le moins cher possible [visiblement un pari avec Jon Davison], et de continuer à travailler sur les bandes-annonces pendant la nuit ! Nous avons donc fait Hollywood Boulevard en une dizaine de jours, en travaillant à deux. Pendant que l'un tournait ses prises, l'autre préparait ses scènes et on enchainait rapidement de la sorte, pour avoir plus de matière par jour de tournage." (*). Se rajoute également des extraits de films en tous genres issus du catalogue New World Pictures incorporés au sein même du film. Une manière comme une autre de faire des économies, mais aussi de rajouter un charme bis au film. C'est ainsi que le film tourné par le personnage de Paul Bartel incorpore des passages guerriers de The Big Bird Cage (Jack Hill, 1972).

Girl Hollywood 

Candy une héroïne de choc qui n'a pas peur de la cascade.

Un film de "women in prison" avec Pam Grier se déroulant également aux Philippines. Un film où Candy (Candice Rialson) jouera autant la guerrière surarmée que la femme violée dans une séquence aussi douteuse que certaines peloches de l'époque. Plus drôle encore, Dante et Arkush montre Bartel tourner une variante de son Death Race 2000 (1975), renommé pour l'occasion "Atomic War Brides", avec la même voiture et Frankenstein (David Carradine) remplacé pour l'occasion par l'héroïne. Un Roméo et Juliette se déroulant lors d'une compétition de voitures. Inutile de dire que les scènes vues en salle de projection sont celle du film culte de Bartel. De même, les films du drive in présentés avec le film des personnages sont des productions New World. D'un côté, le film d'épouvante The terror (Corman, 1963) avec Boris Karloff. De l'autre, le film de science-fiction soviétique Battle beyond the sun (Karyukov, Kozyr, 1959) acheté par Tonton Roger, avant de demander des reshoots pour le marché US à son poulain Francis Ford Coppola. Hollywood Boulevard est un film qui transpire l'aura du grand manitou, tant dans la manière d'économiser de l'argent avec des stockshots que dans un tournage rapide à la débrouille.

Car Hollywood 

Death Race Returns.

En mettant en scène un studio de cinéma fauché, Dante et Arkush font directement allusion à la société qui les produit et cela rajoute une petite mise en abîme pour le moins amusante. Même si l'on se doute que Tonton Roger ne castait pas de jolies filles pour ensuite leur faire voir l'arrière d'une camionette ! Ni donner lieu à une mort accidentelle qui fait ironiquement penser à une célèbre scène de Tropic Thunder (Ben Stiller, 2008), comme plus tragiquement à l'accident de Brandon Lee en 1993. On peut aussi noter les prestations remarquées de deux figures phares de la science-fiction. Tout d'abord, Robby le robot de Planète interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956) qui apparaîtra par la suite dans Gremlins et Les Looney Tunes passent à l'action (2004). Puis le mythique Godzilla renommé Godzina au générique au contraire de ce qui est écrit sur l'affiche! On sent bien que Tonton Roger a tout éviter pour payer des droits, même si le costume est complètement identique. Mieux encore, dans le cas de ces deux monstres sacrés du cinéma, ils sont considérés comme des personnages à part entière, voire honnêtement des stars. Le sens
de la référence de Dante envers son mentor se reflète dans cette première fiction et on peut rajouter à cela l'arrivée d'une figure marquante de son cinéma.

Godzilla Hollywood

Robby Hollywood

Godzilla et Robby font coucou à la caméra de Joe Dante et Allan Arkush, en compagnie de Dick Miller.

Dick Miller, acteur pour Corman depuis ses débuts (il a même tourné dans des films utilisés dans Hollywood Boulevard), hérite de son premier rôle chez Dante, celui de l'agent de l'héroïne. L'acteur ne quittera plus jamais le réalisateur trouvant toujours un caméo ou un rôle conséquent pour lui dans ses films et téléfilms. Un rôle musclé ici à l'image d'une scène bien particulière. Au cours d'une mise en abîme bien glauque, l'héroïne manque de se faire violer par le projectionniste croyant à une fille facile en voyant projeté le viol présent dans le film réalisé par Bartel. Encore mieux, un spectateur qui veut se faire rembourser de ces obsénités finit par faire pareil que ce qui le rebute! Il en aura fallu des épreuves pour que Candy devienne une star, continuant malgré les épreuves qui se montrent devant elle (les castings foireux, un braquage délirant, les tournages délirants). On regrette toutefois qu'Arkush et Dante sortent de leur chapeau une intrigue de tueur inspiré du cinéma de Mario Bava. Une sous-intrigue qui ne vaut que pour l'ironie de sa finalité: un tueur écrasé par le Y du panneau Hollywood ! Hollywood Boulevard n'est peut être pas parfait mais il a un véritable charme fou et sa vision du rêve hollywoodien vaut son lot de rigolades assurées. Le début d'une grande carrière. 

  • Piranhas (1978): La baie sanglante

piranha 

Comme à son habitude, Roger Corman sait trouver le bon filon. Rappelons par exemple sa trilogie Carnosaur (1993-96), dont le premier volet était sorti pile poil la même année que Jurassic Park (Steven Spielberg). Mais le producteur avait déjà été voir sur les terres du jeune Steven dans les 70's quand il a acquis le scénario de Piranhas signé Richard Robinson. Un projet qui ressemble fort à Jaws (Spielberg, 1975), ce qui amènera Universal à songer un temps à porter plainte. D'autant que le studio sortait peu avant l'événementiel Jaws 2 (Jeannot Szwarc) et craignait une mauvaise publicité. Il faudra bien que Spielberg intervienne et vante les qualités de pastiche de Piranhas pour qu'Universal laisse tomber. Dixit Joe Dante, le scénario original dévoilait un ours qui chasse des gens finissant dans une eau infestée de piranhas, avant que l'ours lui-même ne les rejoigne à cause d'un feu de forêt ! On ne pouvait pas faire plus invraisemblable même pour Roger Corman. Dante devait à l'époque choisir entre ce projet au script mal fichu et Rock'n roll High School qu'il laisse à son ami Allan Arkush. John Sayles se charge de réécrire ce scénario, ce dernier donnant à l'histoire un caractère politique quand Dante y a rajouté de la science-fiction. Toutefois, Tonton Roger commence à avoir peur de dépasser son budget habituel : les scènes-test lui ont plu mais il hésite à payer.

Piranha victime

Ainsi, le budget est monté jusqu'à 750 000 dollars et il faudra bien que Joe Dante parle d'un partenariat avec United Artists sur les droits internationaux pour que le boss abdique. Eric Braeden fait faux bond à Dante pour le rôle du scientifique, permettant au réalisateur d'engager un de ses acteurs préférés le regretté Kevin McCarthy. L'acteur deviendra comme Dick Miller un des acteurs phares du réalisateur, apparaissant dans un grand nombre de ses films. Dante se paye même le luxe de mettre en scène Barbara Steele, au point de changer le rôle de l'agent du gouvernement en femme. Le réalisateur usera de quelques petites magouilles pour avoir des jeeps de l'armée. Avec un scénario trafiqué où des militaires finissent par gagner contre des piranhas, le tour est joué. Ce qui s'avère d'une totale ironie quand on sait à quel point le film dézingue l'armée. Il n'y a qu'à prendre le postulat de départ. Des jeunes s'introduisent dans une zone de l'armée où ils se feront tués par des piranhas. Ces derniers ont été modifié pour vivre dans des eaux froides, suite à un projet lancé durant la Guerre du Vietnam. Par la même occasion, le scénario de John Sayles ne s'arrête pas en si bon chemin. Dans une campagne de dénigrement violente, l'armée cherche à camoufler l'affaire (malgré les morts), si possible avec un parc de loisirs dont elle possède des parts.

Piranha Dick

Si possible dans une ancienne fonderie de minerais fermée pour cause de pollution. Cette même pollution qui permettra de liquider quelques piranhas. Une thématique assez couillue même pour l'époque et surtout pour un film d'exploitation au départ (Piranhas a gagné ses galons de film culte, ce qui le rend un peu plus prestigieux dorénavant). Les héros (Bradford Dillman et Heather Menzies) seront seuls contre tous, sauvant le plus de monde possible y compris des enfants. Comme le dit Dante sur le BR du film, les 70's pouvaient encore permettre que des enfants passent à la casserole ou soient violemment menacés (même discours pour Jaws). Aujourd'hui il ne pourrait pas ou aurait bien du mal à le faire accepter dans une Amérique hypocrite critiquant le blasphème ou la violence dans les films, alors que la vente d'armes ne semblent pas gêner tout le monde. A ce cynisme ambiant se rajoute le patron du parc (Dick Miller) qui, à l'image du maire dans Jaws, n'écoutera personne sur la menace des piranhas, laissant son public se faire bouffer sur place. Il pourra toujours brailler devant une caméra filmant une plage couverte de cadavres et de blessés, c'est bel et bien lui le responsable de ce massacre. Le personnage de Steele est évidemment savoureux puisqu'elle en sait beaucoup trop et cherche à étouffer l'affaire.

Piranha Barbara

"Il n'y a plus rien à craindre" : le cynisme en un plan.

"Il n'y a plus rien à craindre" dira t-elle dans le dernier plan du film comme si rien ne s'était passé. Le drame est passé, faisons le oublier le plus vite possible. Sous ses atours de série B et en soi de pastiche de Jaws, Piranhas n'est pas si banal qu'il n'en a l'air et son scénario en mode "théorie du complot" y est pour beaucoup. Le film peut également compter sur des effets-spéciaux encore assez crédibles, voire miraculeux au vue de l'époque et du budget. Jouant en grande partie sur la suggestion (les piranhas n'apparaissent vraiment qu'à partir de la scène du radeau), Dante mise en grande partie sur une eau devenant rouge autour des personnages, évitant trop de maquillages. Le plus beau est certainement le corps de Keenan Wyne, perdant un pied au passage et avec des jambes rongés jusqu'à l'os. Pour le reste du film, Dante se révèle généreux, alignant les corps mutilés de partout y compris son camarade Paul Bartel incarnant un moniteur de camp de vacances. Par ailleurs, les apparitions nettes des piranhas tournées dans un bassin et en 8 images par secondes sont encore de grande qualité et ce, bien que ce soit des marionnettes. Des effets-spéciaux de qualité dus à une équipe de jeunes talents qui feront le bonheur d'Hollywood: Chris Wallas (Gremlins, La mouche), Phil Tippett (Robocop, Starship troopers) ou encore Rob Bottin (The thing, Hurlements).

Piranhas pir

Comme souvent à Hollywood, quand un de vos films marchent, on a tendance à vous mettre rapidement dans une case. C'est ainsi que Joe Dante se voit proposer "Orca 2" par le producteur Dino de Laurentiis, film qui restera au stade de projet. En revanche, il a bien failli se frotter aux dents de la mer au début des 80's. L'idée de "Jaws 3-People 0" vient des producteurs Richard D Zanuck et David Brown. L'idée était de s'écarter du film d'horreur et d'aller vers la parodie. C'est ainsi que le projet se rajoute dans la line-up de National Lampoon, série de films en rapport avec une revue comique où l'on retrouve Animal House (John Landis, 1978) et National Lampoon's vacation (Harold Ramis, 1983). Parmi les scénaristes, un certain John Hughes encore loin des teen movies qui feront sa réputation. Joe Dante arrive alors sur ce projet où des jeunes tournent Jaws 3 avant de se faire décimer un par un par un vrai requin. Le script évoque des caméos envisagés de Richard Dreyfuss et de l'auteur Peter Benchley. Bo Derek est vite engagée pour incarner le rôle principal et Dante parvient même à sortir Orson Welles de son chapeau, ce qui n'a visiblement pas plu à Universal ("Orson Welles ? On ne peut pas l'utiliser, il faudrait le mettre sur l'affiche" **). C'est à partir du moment où le script fut terminé que les conflits ont commencé. 

Jaws 3 people 0 

Le seul visuel connu du projet.

Dante parle d'une expérience douloureuse car malaisante, trimballé de réunion en réunion sans que rien ne soit clair. Entre un studio qui vise un public large et des producteurs qui voulaient un film plus grâtiné de l'aveu de Dante, cela ne peut évidemment pas aller. Dès lors, le projet fut vite mis de côté jusqu'à l'annulation. On dit d'ailleurs souvent que ce serait dû à Steven Spielberg, menaçant de quitter le studio s'il n'annulait pas "Jaws 3-People 0". On a un peu de mal à y croire, d'autant plus quand on voit le soutien qu'il a donné à Piranhas et encore plus au vue de la future collaboration entre Dante et lui. Joe Dante a en revanche eu assez de temps pour trouver une proposition moins problématique qui deviendra son quatrième film. Son passage aux studios hollywoodiens attendra. Jaws 3 se fera sous la direction de Joe Alves en 1983 dans une tonalité raccord à la franchise. Quant à Piranhas, il aura une sequelle et deux remakes / reboots. Piranha 2, célèbre premier film de James Cameron (1981) qui lui valu bien des ennuis, au point de se faire virer du tournage. Le film d'Alexandre Aja (2010) aura quelques points communs avec l'original, que ce soit le plongeur tué ou la grosse scène de massacre, le centre de loisirs ayant laissé place au désastreux Spring break. Quant au centre de loisirs, il servira de lieu d'action de sa séquelle (John Gulager, 2012).

  • Hurlements (1981) : Un frisson dans la nuit

Hurlements 

Comme évoqué plus haut, Joe Dante s'est retiré du troisième opus des Dents de la mer quand le producteur Mike Finnell lui a proposé Hurlements. Dante parle de son arrivée sur le projet: "un film de loup-garou qui venait de se 'débarrasser' de son réalisateur [Jack Conrad]. Le scénario n'était pas très bon, et il m'a demandé si cela m'intéressait de reprendre le projet en main. Je me suis dit que ce serait probablement ma seule chance de faire un film de loup-garou" (*). Le réalisateur fait d'abord appel à Terry Winkless pour retoucher le scénario, mais ce sera finalement John Sayles qui redéfinira le script. "Nous nous sommes inspirés des slashers (...) en faisant le film de telle sorte que vous ne sachiez pas qui était le loup-garou, ce qui vous plonge dans l'histoire. Nous voulions que ça ressemble à un 'psycho killer movie'. Nous avons traité le mythe du loup-garou comme un thème déjà connu des gens, qui en avaient entendu parler à la télévision, ou vu des films à ce propos. C'était le premier film à vraiment inclure l'élément supernaturel dans le monde moderne, sans avoir à passer par la case scientifique" (3). Ainsi, le film raconte dans un premier temps la rencontre saignante entre une journaliste (Dee Wallace) et un tueur (Robert Picardo qui fait sa première apparition chez Joe Dante) dans un coin un brin douteux d'une boutique (on y diffuse du snuff movie ou ça en a l'air).

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Dee Wallace et Joe Dante sur le tournage d'Hurlements.

Un tueur que l'on croit abattu durant un temps, avant qu'il ne réapparaisse sous la forme d'un loup-garou en cours de film. Un personnage décrit dès les premières secondes du film comme un tueur capable de scalper ses victimes par des coupures de journaux. On voit même une première allusion à la lycanthropie avec un dessin proche d'un loup-garou. Dante donne dans les premières minutes toutes les pistes pour la suite du film. Pour l'instant Picardo n'est qu'un tueur, pas forcément un loup-garou. De même, on ne sait pas que le thérapeute (Patrick Macnee) abrite tout un groupe de loup-garous dans son centre de repos (lui-même en est un) et pourtant son discours à la télévision annonce cela. Il parle ainsi de retour aux sources, de refoulement de soi et d'animosité intérieure. Le passage en loup-garou n'est pas montré dans le film comme une forme de malédiction, au contraire du Loup-garou de Londres (John Landis) sorti peu après. Même si dans les deux cas, il y a la douleur de la transformation. Les personnages assument pleinement leur état naturel, au point même de coucher ensemble en tant que loup-garou (une des rares scènes de nue de la carrière de Dante) et non en tant qu'homme. D'ailleurs, si Marsha (Elisabeth Brooks) mord le mari de la journaliste (Christopher Stone) c'est avant tout par attirance sexuelle et animale quasiment réciproque.

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Profitez des quelques secondes, c'est le seul plan où vous verrez les loup-garous en entier.

Ce dernier se révèle être un mari insatisfait sexuellement (sa femme ne veut pas à cause du traumatisme) et qui voit ici l'occasion d'assouvir ses pulsions gourmandes et croquantes... sur une drôle de photo psychédélique (on va dire que c'est pour masquer les effets-spéciaux). Dante se révèle également assez raccord avec les codes du genre, n'oubliant pas de citer les balles en argent issues d'une boutique gérée par Dick Miller. Si on ne les tue pas correctement, ils peuvent se régénérer. C'est ce qui explique le soudain retour à la vie du tueur. Pour ce qui est des maquillages, tout n'est pas toujours parfait et c'est le cas aussi du film de Landis. C'est par manque de moyens que l'aspect loup-garou apparaît finalement assez tard via la scène de sexe. Mais comme pour Piranhas, une fois que Dante est lancé il ne s'arrête plus. Il regrette toutefois un côté démonstration d'effets-spéciaux rendant les transformations trop longues. Toutefois, il opte pour des variantes notamment en fonction des morphologies ou des sexes. On le verra notamment avec le dernier loup-garou, loin de l'aspect totalement affreux des autres lycanthropes. Le personnage de Picardo est celui dont on verra le mieux la transformation, probablement plus glaçante encore que celle de David Naughton dans le Landis. Non seulement car il n'y a pas de blague, mais aussi parce que le personnage se transformant n'est pas seul. 

Il est face à une héroïne qui est dans l'incapacité de lui faire face physiquement. On assiste comme elle impuissant devant cet être dont la machoire se développe, le torse se bombe de manière spectaculaire, les doigts ondulent, les griffes apparaissent, les oreilles se dressent...Une vraie vision d'horreur à part entière. De même, si le premier loup-garou apparent n'est pas toujours très beau, il a une présence menaçante. Le seul plan conservé en stop-motion est celui que vous pouvez voir ci-dessus et encore, on nous le montre en fondu enchaîné un peu en "cache misère". C'est également le seul où l'on voit les loups entièrement. Des coupes dues notamment à un look différent des loups sur les plans en stop-motion et un éclairage plus clair. Dante a beau régulièrement évoqué Hurlements comme un film d'horreur comique (à l'image du Loup-garou de Londres), votre cher Borat a bien du mal à le voir comme autre chose qu'un film d'horreur avec parfois des pointes d'humour noir. A l'image de ce générique de fin montrant un steak en train de cuire saignant sur le grill pour Marsha. Mais c'est tout de même assez rare dans un film ressemblant à une tragédie pour son héroïne. Dante et Sayles n'en oublient pas leur cynisme habituel en évoquant un monde de la télévision cherchant à tout prix l'audimat (la palme au personnage de Kevin McCarthy). Y compris mettre en scène une rencontre entre une journaliste télé et un tueur, histoire de recueillir son témoignage sur leur antenne. 

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Dee Wallace vous implore en direct.

Mais également de couper un suicide en direct par une publicité pour de la nourriture canine (on n'est pas très loin de Robocop). Un événement qui n'est pas sans rappeler dans des conditions quasi-similaires (pas de loup-garou évidemment) le suicide en direct de la journaliste Christine Chubbuck en 1974. Si le réalisateur envisage un temps de donner une suite à Hurlements, elle se fera finalement sans lui. Ou plutôt elles puisque le film aura droit à sept séquelles réalisées entre 1985 et 2011 (le dernier est une sorte de remake). La plus connue étant évidemment Hurlements 2 ou Horror à sa sortie française (Philippe Mora), une suite souvent recensée comme une des pires de tous les temps, dont l'un des acteurs fera de multiples excuses à Joe Dante sur le tournage de Gremlins 2 (1990). Un certain Christopher Lee...

  • La quatrième dimension et Cheeseburger Film Sandwich (1983-1987) : l'heure du sketch

La quatrième dimension 

Au cours de sa carrière, Joe Dante a participé à trois films à sketches (le dernier est Trapped ashes), parfois dans des situations
désastreuses. En 1983, il accepte sa première collaboration avec un studio: Warner Bros. Un studio qui fera autant son succès que le début de sa chute, mais cela est une autre histoire. Il s'agit d'une anthologie autour de la série La Quatrième dimension (1954-69) où John Landis, Steven Spielberg, George Miller (qui découvre aussi les studios hollywoodiens après ses deux Mad Max) et lui réaliseront des segments. Un tournage et une écriture qui dépendront d'un drame déjà évoqué dans ces colonnes: la mort de Vic Morrow et deux enfants lors d'un accident d'hélicoptère sur le tournage du segment de Landis (on va éviter les détails sordides). Tout ce qui était prévu s'est finalement cassé la figure au fur et à mesure comme en témoigne le réalisateur. "Au début, le film était supposé avoir des personnages récurrents, qui permettraient le passage d'une histoire à l'autre, et l'idée a été abandonnée. Steven Spielberg devait faire un épisode différent, sur des enfants faisant du 'trick or treat' pendant la nuit, et ça n'a pas marché, donc il a simplement fait le remake d'un épisode de la série" (3). Dante évoque d'ailleurs le principal problème de ce film: le manque d'innovation.

La quatrième dimension joe

Joe Dante sur le tournage de son segment.

Toutes les histoires du film sont issus d'épisodes connus de la série ou en passe de le devenir auprès de nouvelles générations. Les épisodes initiateurs des sketches de Dante et Miller sont d'ailleurs d'autant plus connus désormais, non pas à cause de ce film, mais de la série Les Simpson (1989-) qui en a fait des variations pour ses Simpson Horror Show. Toutefois le réalisateur tout comme Miller gagnent en liberté créatrice, là où ils auront parfois du mal à s'imposer sur leurs films suivants. Pour le réalisateur c'est aussi l'occasion de rencontrer son futur compagnon musical: Jerry Goldsmith. Ce dernier signe même un air assez similaire au thème principal de Gremlins sur le segment de Miller, qui ironiquement met en scène un gremlin s'attaquant à un avion (ce qui renvoie aux origines de la créature). Sur le sketch de Dante, on retrouve des figures connues tels que Dick Miller et Kevin McCarthy. Le premier joue un barman, le second un homme soumis à la volonté destructrice d'un gamin (Jeremy Litch). Dante installe un sentiment d'opression dû notamment au gamin. Ce dernier a le pouvoir de faire faire ce qu'il veut aux gens. S'il veut un steak, il devra être fait sinon la personne incriminée subira son courroux. La famille qui nous est présenté n'est pas vraiment la sienne. C'est avant tout des gens qu'il a choisi pour former un ensemble. La famille parfaite selon ses critères. 

La quatrième dimension kevin

Dante se fait plaisir avec une maison servant de lieu étrange, pas loin de l'univers que développera Tim Burton par la suite. Une maison globalement coloré là où les couloirs sont d'un blanc perturbants, des décors rappelant le cinéma expressionniste allemand (un élément qu'il reprendra dans The Hole), un lapin hideux sortant d'un chapeau de magicien, une première soeur avec une bouche disparue, une autre finissant dans un cartoon à l'issue redoutable... Le sketch finit même sur une note assez sombre, puisque l'héroïne (Kathleen Quinlan) en vient à se sacrifier pour que les autres puissent s'échapper. Même si on pouvait espérer un peu mieux de Joe Dante, il n'en reste pas moins que son sketch est le plus visuellement ambitieux de tout le film. Comme sur les autres sketches avec leurs auteurs respectifs, on ressent sa patte derrière. Ce qui n'est pas un mal sur un tel chantier. Au cours des 80's, Joe Dante est appelé par Landis pour participer à Amazon Women on the moon en compagnie de Carl Gottlieb (scénariste sur la trilogie Jaws), Peter Horton et Robert K Weiss (créateur des séries Weird science et Sliders). Dante parle plus ou moins de tournage commando: quand l'un avait finit de tourner son sketch, un autre arrivait pour faire le suivant et ainsi de suite. Un film qui sortira deux ans après son tournage si l'on en croit Dante, surement à cause de coupes diverses (on peut désormais les voir sur le récent BR).

Cheeseburger film sandwich

Jaquette de la vhs française.

Même s'il ne s'agit pas d'une suite à Hamburger film sandwich (Landis, 1977), Cheeseburger film sandwich en garde le même principe mais avec des réalisateurs différents. Une sorte de patchwork où l'on retrouve des histoires courtes, des publicités, des extraits d'émissions et même un film sans cesse interrompu. Plus que de se focaliser sur chaque réalisateur au risque de se casser les dents, abordons l'oeuvre entière pour ce qu'elle est. Comme souvent dans les films à sketchs, tout n'est pas parfait et certains passages sont moins marquants, voire inégaux par rapport à d'autres. Cheeseburger film sandwich n'en reste pas moins un délire savoureux où chaque auteur se moque de la télévision en général. Si le film dans le film, le fameux space-opera Amazon Women on the moon du titre original, est autant interrompu c'est à cause de la chaîne de télévision. Certaines histoires sont plus isolées, servant de petits court-métrages comme le montre l'ouverture signée Landis, avec un Arsenio Hall confronté aux appareils de son appartement. Au rayon de ce type de sketchs, Joe Dante a une place de choix se payant deux des passages les plus cyniques du film. Dans le premier, un homme (Archie Hahn) est dézingué par deux critiques dans une émission qu'il regarde. Malgré les attaques, le téléspectateur continuera de regarder jusqu'à la parole de trop. Mais mieux encore, il y a le fameux enterrement.

Cheeseburger film sandwich éloge

Robert Picardo sert de maître de cérémonie, différentes personnalités sont là pour témoigner, la veuve pleure... Mais le ton est totalement différent de ce que l'on a l'habitude de voir lors d'une éloge funèbre. Ici l'heure est au déballage et aux petits anecdotes scabreuses. Deux répliques bien chargées à l'appui: "Félicitations Harvey, tu n'as jamais été en quarante-cinq ans aussi performant que dans la virginité cadavérique!", "Harvey a écrit son testament sur son zob. Son avocat lui a dit 'ça tiendra pas debout à la cour!". Des répliques pinces sans rire entre la gêne quasiment totale et le sarcasme merveilleux. Le dernier sarcasme achèvera le spectateur, suggérant plus ou moins que cet enterrement est joué quasiment tous les dimanche à l'église! Le réalisateur reviendra en fin de film avec une pastiche de Sex madness (Dwain Esper, 1938), où Carrie Fisher vient voir le docteur Paul Bartel pour lui expliquer qu'elle a une maladie sociale. Fisher est tombée dans la dépravation depuis son arrivée en Californie, entraînant un mari pas prêt. Le Sida n'est pas évoqué même si on peut y penser. Il y a évidemment une surdramatisation du film, comme parfois on en retrouve dans de vieux films préventifs. Tout aussi mémorable, on retiendra le sketch de Weiss avec des pirates pillant un bateau de la MCA Home Video pleines de vidéos pirates. Un sketch qui a une résonnance toute actuelle, puisque la cible des majors n'est plus la VHS enregistrée, mais le téléchargement illégal. 

Cheeseburger film sandwich pirates

"Cap sur ce vaisseau de la MCA! Allons piller quelques VHS et Beta Max!"

"La loi fédérale punit sévèrement toutes reproductions et distributions illégales... -Ouh je tremble de peur. Ouh! Whahahahaha!" : trente ans après on en rigole encore. Gottlieb s'attaque quant à lui à une suite de L'homme invisible (James Whale, 1933) avec une homme qui n'est pas vraiment invisible et en joue un peu trop. Ce qui donne des effets comiques pour le moins cocasses. Dans Titan Man (Weiss), un jeune homme (Matt Adler) essaye de prendre un préservatif en toute discrétion pour vivre pleinement sa relation avec la belle Kelly Preston. Ce qui aura des conséquences désopilantes au moins pour le spectateur. Dans un passage type sitcom signé Landis, Michelle Pfeiffer verra son enfant égaré par le docteur Griffin Dunne. L'occasion pour le réalisateur de refaire tourner ses acteurs de Série noire pour une nuit blanche (1985) et du Loup garou de Londres. Steve Guttenberg fera quant à lui les frais de Rosanna Arquette en lui présentant sa carte d'identité et son permis de conduire pour voir ses antécédents sentimentaux. Le nouveau coupe-gorge des tombeurs du samedi soir! Dans le dernier du lot signé Landis, Marc McClure (le frère de Marty dans la trilogie Retour vers le futur) se voit offrir une vidéo à son nom par le patron du vidéo-club (le mythique Russ Meyer). Ce qui l'amène à voir une fiction érotique devenant bel et bien réelle.

Cheeseburger Film Sandwich : Photo Russ Meyer

Russ Meyer a une vidéo rien que pour vous.

N'oublions pas non plus le portrait d'une Penthouse Pet of the Month vivant dans le plus simple appareil tous les jours et partout (Monique Gabrielle). De quoi ravir les yeux des hommes comme ceux des femmes. Les publicités ne sont pas en reste, valant souvent elles aussi un bon lot de fous-rires. Ainsi, vous verrez Joe Pantoliano avec un remède anti-calvitie repris quasi-tel quel dans Les Simpson (l'épisode Simpson et Délila où Homer retrouvait des cheveux grâce au dimoxinil). On aura ensuite droit à diverses publicités pour le programme de BB King permettant de réintégrer les "noirs sans swing" ("black without soul" en anglais). Voici donc David Alan Grier chantant Chim Chim Cher-ee (1964) ou Close to you (1970) pour vos parties de jambes en l'air devant la cheminée par exemple, au piano ou avec une tenue bien folklorique. Vous n'êtes pas prêts d'oublier Don 'No soul' Simmons. Dans une publicité signée Gottlieb, on verra le Cosmopolitan Museum Art vendre toutes ses pièces suite à la fin de son bail. Même les sarcophages sont à vendre! Comment ne pas évoquer "Le mariage de la soie", roman érotique avec un complot présidentiel autour de la première dame, visiblement amatrice d'amants dans les petits quartiers de la Maison Blanche? Les SAS n'ont qu'à bien se tenir. 

Pour ce qui est des émissions, on ne compte que sur les aventures du pauvre Henry Silva dans la savoureuse Bullshit or not. Grâce à Joe Dante, vous saurez enfin qui est le monstre du Loch Ness et surtout comment le Titanic à couler. Attention le ridicule ne tue pas, mais le rire peut être. Evoquons enfin le fameux fil conducteur du film (en dehors de notre ami bidochonesque se baladant de sketch en sketch), le fameux Amazon Women of the moon. Un film sans cesse interrompu, coupé, alignant les problèmes techniques et même le coup de la pellicule brûlée (Grindhouse n'a clairement rien inventé). Quand on pense que cela va aller, c'est reparti pour un tour avec une coupure de publicité. Un film de science-fiction so 50's avec les costumes et maquettes kitschs ou ratés qui vont avec (il faut voir cette lune qui explose avec un bout encore accroché à un fil). Le scénario? Un équipage type Enterprise arrive sur la Lune accueilli par des femmes bienveillantes ou pas. L'occasion pour les hommes restants et même un robot (car oui, certains disparaissent au cours du film, si possible lors des coupures) de dompter quelques amazones ("J'espère que vous avez les choses bien en main? -Affirmatif!"). Alors moqueur Cheeseburger Film Sandwich? Non, il s'amuse avec la télévision et le cinéma en général, mais toujours avec tendresse. Même si certains passages sont fort corrosifs, l'ambiance reste bon enfant et tous les réalisateurs semblent s'être amusé dans ce délire foutraque mais terriblement drôle. 

 Allez à la semaine prochaine!


* Propos issus de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

** Propos tirés de : https://www.ecranlarge.com/films/interview/901672-joe-dante-interview-carriere-3eme-partie

3 Propos tirés de http://www.ecranlarge.com/films/interview/901667-joe-dante-interview-carriere-1ere-partie

Autres sources:

  • Mad Movies numéro 238 (février 2011).
  • Mad Movies numéro 264 (juin 2013)


08 mars 2017

Le dernier voyage du glouton

2029. Logan commence à avoir des symptômes étranges. Sa guérison automatique se manifeste moins, ses griffes se rétractent et son ami Charles Xavier a des crises de plus en plus fortes. C'est alors que Laura arrive dans leur quotidien...

Logan

James Mangold n'était pas le premier choix sur The Wolverine (2013), ce qui ne l'avait pas empêché de retravailler le scénario à sa guise. Il en résultera un film qui revenait au personnage de manière très personnel, faisant oublier le terrible spin-off de Gavin Hood (2009). Pas forcément un carton au box-office (comme d'autres, il s'est pris Moi, moche et méchant 2 de plein fouet), le film n'avait pas forcément été bien accueilli par le public, peut être à cause d'un aspect moins spectaculaire par rapport aux autres films de la franchise. Un second montage que l'on qualifie davantage d"unrated" que de version longue mettra plus de monde d'accord. En effet, ce montage avait le mérite de montrer que Wolverine (Hugh Jackman) pouvait se retrouver dans un film à la violence plus graphique. Alors quand Deadpool (Tim Miller, 2016) cartonne malgré son classement Restricted (interdiction aux moins de 17 ans avec accompagnement pour les deux du fond), Mangold et Jackman voient une bonne raison de faire pareil avec un Wolverine 3 finalement baptisé Logan. Une baisse de budget certes, mais une somme assez confortable même avec un tel classement (on parle de 127 millions de dollars). Dès la séquence d'ouverture, on sait que Logan sera différent de ses aînés. L'air de rien, il est bon de rappeler qu'en dehors de Deadpool à la violence graphique fun, l'univers des X Men a rarement été gentillet.

Logan : Photo Hugh Jackman, Patrick Stewart

Le premier opus de Bryan Singer (2000) et First class (Matthew Vaughn, 2011) débutaient par une même séquence de déportation à Auschwitz. Durant les différents opus, les X Men font face à la haine de différentes manières: xénophobie, expériences, terrorisme et même la dictature amenant à l'extermination. Si Logan continue le chemin engagé par The Wolverine, il n'en reste pas moins plus violent, plus dur, plus crade, plus graphique (et pourtant la scène de la machine dans The Wolverine valait son pesant de cacahuètes). Le film pose un regard plus adulte sur le personnage à l'image du précédent film de Mangold et surtout le réalisateur peut montrer toute la brutalité du personnage. Jusqu'à présent, Logan était une machine à tuer dont on ne voyait pas toujours l'ampleur brutale à cause du PG-13. The Last Stand (Brett Ratner, 2006) et X Men Origins Wolverine avaient même eu tendance à en faire une sorte de nounours. Mangold montre ici toute la sauvagerie du personnage (et en soi celle de Laura), mais pas seulement parce que le personnage l'est, mais parce que l'environnement dans lequel il vit est impitoyable. Days of future past (Singer, 2014) avait déjà montré un futur tenant de la dictature dans un monde ravagé et à la violence forte. Logan se déroulant dans la nouvelle timeline (il fait suite à X Men Apocalypse et Deadpool), c'est un autre vision du futur qui apparaît. 

Logan : Photo Hugh Jackman, Stephen Merchant

Si celui de DOFP tenait du monde de Terminator (Singer avait d'ailleurs consulté James Cameron), celui de Logan tient davantage de Mad Max. Là où Singer allait droit au but au sujet de sa vision du futur, Mangold dévoile son univers futuriste progressivement. (attention spoilers) Par bribes, il réussit à développer un univers au combien dramatique, peut être plus vicieux que celui de Singer. On voit que Logan peine de plus en plus à se régénérer et même à sortir correctement ses griffes (sans compter les mains qui tremblent). Pas longtemps après, on apprend que Charles Xavier (Patrick Stewart) a des sortes de migraines de plus en plus fortes, au point d'avoir engendrer un drame. Mangold nous présente après qui est Laura, cette petite fille qui a les mêmes capacités que Logan. Il n'y a pas de suspense dessus, il s'agit d'X23 (Dafne Keen) mutante crée par Essex Corporation dont X Men Apocalypse (Singer, 2016) annonçait la présence. Pas de trace de Mr Sinister, mais toute une armée de mercenaires en chasse et un scientifique qui aimerait bien récupérer ses petites créatures (Richard E Grant). Des personnages crapuleux qui n'ont d'autre job que de nuire. Mieux, Mangold opte pour les révélations à travers ce Victor Frankenstein des temps modernes. Si les mutants meurent ou sont proches de l'être (comme Logan et le professeur), c'est à cause de boissons synthétiques que l'on retrouvent un peu partout. Une contamination à grande échelle qui consiste à tuer les mutants pour en créer d'autres avec leurs gênes. 

Logan : Photo Boyd Holbrook, Hugh Jackman

L'Arme X 2.0 en quelques sortes et comme Logan a ses données récoltés par Essex, ils ont pu donner naissance à Laura avec son ADN. Par la même occasion si Logan a dû mal à se régénérer, c'est à cause de ces produits et de l'adamantium qu'Essex lui a posé dans les 80's. Si la tournure opérée dans Apocalypse était illogique par rapport au reste de la saga, le retour de l'adamantium dans le corps de Logan est justifiée ici pour entraîner sa chute. La haine envers les mutants est toujours là, elle a juste changé de forme. Il ne s'agit plus de phobie comme c'était le cas dans les autres opus de la franchise (même dans DOFP), mais d'extermination. Ce contexte précis fait de Logan l'opus le plus noir et sinistre de la franchise. La mort rôde sans cesse jusqu'à un final bouleversant qui ne fera aucun cadeau du côté du bien ou du mal. Comme évoqué plus haut, le film n'est pas seulement violent et adulte, il est aussi particulièrement graphique. Dans leurs assauts, Wolverine et Laura sont meurtriers: ils décapitent, coupent des bras et des jambes, poignardent, défigurent... Les adversaires feront de même sans se priver, quitte à jouer sur la sensibilité des héros. Logan souffre à l'écran, subissant des assauts qu'il ne peut plus cicatriser à l'image de cette plaie béante qu'il a au ventre. Dans le contexte de Deadpool, cela apparaissait fun car l'ambiance était comique.

Logan : Photo Dafne Keen, Hugh Jackman

 

Logan ne l'est pas et quand les personnages tuent c'est avec une brutalité sans précédent. La séquence qui confirme le plus cela est l'arrivée d'X24, autre mutant créé par Essex à l'effigie de Wolverine (Jackman). Si Laura a une certaine humanité, X24 n'a aucun libre-arbitre, il est une machine à tuer. La scène est d'autant plus violente qu'elle arrive sur un passage émouvant et la créature devient alors un cauchemar en pleine nuit. Ce qui en fait un ennemi redoutable qui peut attaquer avec une brutalité sans précédent aussi bien des enfants que des adultes. Le film ne repose toutefois pas que sur la violence et le pessimisme de son traitement, il est avant tout un road movie sanguinolent avec trois personnages principaux traqués. Logan ne croit plus en rien, est devenu un vieil homme et son seul but est de faire des courses en limousine pour subvenir aux besoins de Charles et de son ami Caliban (Stephen Merchant). La notion de père en ce qui concerne Xavier n'est pas étonnante. Même si Logan l'a connu plus jeune, il l'a surtout cotoyé une fois âgé et leur relation s'est curieusement toujours faites de professeur à élève. D'ailleurs, rarement Logan l'a appelé par son prénom au cours de la franchise, préfèrant le terme professeur. Quand il y a eu le drame suscité, il a été le seul à rester auprès de lui. Xavier est la seule famille de Logan, le seul lien qu'il lui reste d'humanité avec Caliban. Laura devient un membre affectif de plus de ce quatuor qui va vite devenir un trio: le père, le fils, la petite-fille.

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Laura doit apprendre à canaliser sa rage et à rester un être capable d'émotions. De même, elle sera une aide pour Logan dans des moments critiques. Les deux se complètent. X23 devient plus qu'un cobaye issu d'un ADN, elle devient sa fille. Il ne la protège pas comme un de ses camarades X Men, mais comme il l'aurait fait à l'époque pour Malicia. Soit un être plus jeune auquel il tient, à la différence que Laura et lui semblent plus intimes du fait de leur ADN commun. Laura est le dernier être qui lui donne un peu d'espoir, même à travers un rêve utopique. Rêve issu d'un comic-book X Men, chose que réfute complètement Logan en évoquant qu'à la différence d'une bande-dessinée, les gens meurent vraiment. Ou quand la réalité dépasse la fiction. Le tout alimenté par trois prestations monumentales. Jackman et Stewart quittent leurs personnages avec force et émotions, quand Dafne Keen signe une prestation forte notamment pour son jeune âge. Caliban quant à lui est un personnage un peu sacrifié, mais bien plus intéressant que la version montrée dans Apocalypse (ce n'est d'ailleurs plus le même acteur et ce n'est pas plus mal). Il n'en reste pas moins un personnage important car le seul pouvant repérer des mutants. Mangold signe un film emprunt de pessimisme mais aussi d'amour et d'espoir. On se prend même à rire parfois au cours de certaines répliques, présentes pour éviter un ton trop macabre. Un film qui risque de marquer au fer rouge la franchise X Men pour longtemps. (fin des spoilers)

Logan : Photo Hugh Jackman

Logan est le coup de massue sur la franchise qu'aurait dû être X Men Apocalypse. Une prise de risques violente et sauvage qui marquera durablement le comic book movie.

06 mars 2017

"En premier lieu, il y a une opportunité. Puis vient la trahison."

Renton revient au bercail, ce qui a tendance à alimenter les rancunes même vingt ans après...

t2

Il y a des suites qui font fantasmé depuis tellement longtemps que l'on finit par penser qu'elles ne se feront jamais ("Hellboy 3" par exemple). Puis quand elles arrivent, on finit parfois avec un tel mauvais film que l'on regrette d'avoir souhaiter son existence (mais si, un célèbre film sorti en mai 2008, vous finirez bien par trouver). Depuis la sortie de Trainspotting (Danny Boyle, 1996), beaucoup de spectateurs espéraient une suite. D'autant plus quand Irvine Welsh a pris les devants avec le roman Porno (2002). Pendant longtemps, les relations entre Danny Boyle et Ewan McGregor ont été houleuse suite à un différent malheureux (l'acteur n'avait pas aimé d'être écarté de La plage au profit de Leonardo Dicaprio, permettant ainsi une rallonge de budget au réalisateur). Puis au fil des années, les deux commencent à parler d'un éventuel retour, peut être pour les vingt ans du film. En 2015, la chose se confirme. McGregor, Jonny Lee Miller, Ewen Bremner et Robert Carlyle reprennent du service, ainsi que Kelly MacDonald et divers second-rôles de l'original (dont James Cosmo). Boyle réalise et John Hodge reprend du service au scénario. Dans un premier temps, Boyle souhaitait adapter Porno, avant de partir vers autre chose après des premiers essais ratés (le réalisateur a avoué à Cinemateaser qu'il y avait peut être trop d'intrigue).

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner

Ainsi, T2 Trainspotting se passe bien vingt ans après les événements du premier film et non neuf comme initialement prévu. Pour Boyle, le principe était de faire vieillir ses acteurs en même temps que ses personnages. Un processus qu'a exercé par exemple Richard Linklater sur la trilogie Before (trois films réalisés entre 1994 et 2012 focalisés sur un même couple) ou Boyhood (un film tourné entre 2002 et 2013). (attention spoilers) Au contraire de Trainspotting, Boyle n'utilise pas la voix-off car ne prend plus le seul point de vue de Renton (McGregor). Dès les premières minutes, il prend celui des quatre personnages principaux avant de passer au générique, confirmant ainsi qu'il ne se focalise plus sur un seul personnage mais sur le groupe. Des éléments de Porno ont été conservé. Si Sick Boy (Lee Miller) n'est plus pornographe, il reste toujours un mec accro à la cocaïne et veut faire chanter des hommes riches avec des vidéos chaudes un peu compromettantes. De même, sa petite-amie (Anjela Nedyalkova) l'aide dans ses aventures. On nous montre Spud (Bremner) dès les premières minutes à une thérapie de groupe et le personnage songe aussi au suicide. Quant à Begbie (Carlyle), il ne pense qu'à se venger de Renton (McGregor). Toutefois, ce ne sont que des bribes et le film ne repose pas sur Porno pour exister. Le cas de Renton est peut être le plus particulier. L'ouverture nous le présente sportif, les cheveux mi-longs et victime d'un accident. 

T2 Trainspotting : Photo Anjela Nedyalkova, Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

On en saura les causes plus tard dans le film, mais on sent qu'il y a un problème entre ce qu'il dit en arrivant en Ecosse et cette ouverture contradictoire. Renton ne semble pas être revenu au pays par hasard, quelque chose ne colle pas. Vingt ans ont passé, les regrets et les rancoeurs (Begbie en est la preuve chaotique) sont toujours là, voire d'autant plus présents qu'en 1996. Le monde a évolué mais pas eux. Boyle n'a pas peur de montrer que ses personnages sont devenus des vieux cons. Des adultes qui essayent de vivre avec leur temps (cf le discours de Renton au restaurant), mais semblent encore coincés dans les 90's. Renton a perdu ses amis et son retour apparaît comme une délivrance pour lui. Francis est perdu d'avance, même si le personnage a un discours changeant au cours du film. Spud est toujours le type malchanceux et l'ouverture du film est l'occasion de le confirmer à des sommets stratosphériques. Il est aussi celui qui essaye de remettre un peu d'ordre entre tous les protagonistes. Sick Boy est toujours mêlé à toutes sortes d'embrouilles pour ne pas changer. Outre ses acteurs / personnages, Boyle renvoie également un miroir au spectateur et à lui-même. Le spectateur qui a découvert son second long-métrage à l'époque ou entre 1996 et 2017 peut lui aussi ressentir un sentiment de nostalgie et le réalisateur lui en offre un lors d'une scène bien particulière.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller

Au cours du film, Renton, Sick Boy et Francis semblent être les seules personnes âgées de plus de quarante ans dans une boîte de nuit bondée de jeunes. Ces mêmes jeunes scandant un tube phare des 80's comme si c'était la dernière chanson à la mode. Comme si le spectateur, tout comme ces jeunes ou même ces adultes dans le cas des trois protagonistes, ne pouvaient que revenir sans cesse en arrière. Par nostalgie, par envie d'écouter ce qui se faisait avant, de constater peut être que "c'était mieux avant". Un peu comme découvrir ou revoir Trainspotting maintenant et se souvenir de la britpop et de la dance des 90's. Un retour en arrière qui donne lui aussi un coup de vieux au spectateur, plus qu'il ne le pense au départ. Quant à Boyle, son style a évolué depuis les 90's. Son aspect clippesque s'est diversifié avec différents outils et selon l'époque. Sa réalisation est devenue plus maîtrisée, son sens du montage aussi en compagnie de Jon Harris (son monteur depuis 127 heures). Il reprend d'ailleurs la technique des plans incrustés sur des murs ou images en mouvement héritée de Steve Jobs (2015). Des images souvent en rapport avec le passé renvoyant à un aspect rétrospectif issu autant des pensées que des dires des personnages. Boyle signe un film particulièrement nostalgique et mélancolique où les amis devenus ennemis se sont tous perdus pour finalement se retrouver.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

Ils sont tous encore des jeunes adultes à la ramasse (les rides se sont juste rajoutées), incapables de prendre leurs responsabilités. Même le plus âgé de tous, finalement le personnage au comportement le plus immature. Il n'y a pas d'âge pour être paumé, ni pour retrouver ses amis perdus. Attendre vingt ans pour réaliser T2 Trainspotting a finalement été bénéfique. L'équipe était assez mature pour se relancer dans l'aventure et a trouvé le bon moment, voire la bonne époque pour le faire. Comme sur le précédent film, le réalisateur a réussi à faire un cocktail subtil entre comédie et drame, à la différence que le glauque a quitté le navire. La drogue n'est finalement que très secondaire dans le récit, là où elle était au centre de tout autrefois. Dans ce second opus, c'est la tristesse qui prédomine. Celle du temps qui passe, des gens qui sont partis (Tommy, le bébé, la mère de Renton), de l'isolement, de la peur de vieillir. Boyle avait signé en 1996 un film générationnel, il se peut que sa suite douce-amère le soit tout autant d'une autre manière. T2 Trainspotting n'aura certainement pas l'aura de son iconique premier opus, certains étant visiblement prêt à lui tailler les veines (vous tomberez facilement sur les critiques des Inrocks et de Télérama sur google). Mais il n'en reste pas moins un superbe film triste, où Boyle se lâche davantage que sur son précédent film qui reposait beaucoup sur le script d'Aaron Sorkin. L'utilisation de Silk (Wolf Alice, 2015) pour le final n'est pas anodine. Il s'agit d'une chanson triste qui correspond parfaitement à l'état d'esprit mélancolique des personnages. (fin des spoilers)

On ne l'attendait plus et pourtant Danny Boyle signe probablement l'une des plus belles suites qu'il a été donné de voir sur un grand écran. 

03 mars 2017

John et Bill sont partis vers d'autres contrées

En un mois, le cinéma a perdu deux acteurs qui avait la particularité d'être assez prolifique. Votre cher Borat va leur rendre un hommage digne de ce nom. En plein Festival de Gérardmer, votre interlocuteur avait appris la mort de John Hurt pris par le crabe. L'acteur britannique avait durablement marqué le cinéma depuis les années 70, au point d'accumuler les premiers et seconds rôles mémorables très rapidement. Le premier est l'un des dommages collatéraux du glaçant Richard Attenborough dans L'étrangleur de Rillington Place (Richard Fleischer, 1971). Toutefois, il faudra attendre la fin des années 70 pour qu'il trouve deux gros rôles. Le premier dans le rôle d'un prisonnier dans Midnight express (Alan Parker, 1978) et le second le pauvre Kane dans Alien (Ridley Scott, 1979). L'acteur y gagne une véritable importance en devenant l'élément déclencheur du film, l'occasion d'un effet gore parmi les plus mémorable du cinéma. Il trouve certainement son plus grand rôle l'année suivante chez David Lynch. Grimé de partout à cause du rôle, il parvient à transmettre des émotions dans le rôle de John Merrick, se payant même une des plus touchantes répliques du cinéma: "Je ne suis pas un animal, je suis un être-humain". Un personnage existant dont le spectateur compatit à la douleur aussi bien corporelle et psychologique (les gens tolérants sont toujours bien peu présents).

Elephant Man : Photo John Hurt

John Hurt dans Elephant Man.

L'acteur se met également au doublage avec Le seigneur des anneaux (Ralph Bashki, 1978) où il incarne Aragorn, mais aussi dans deux adaptations de romans de feu Richard Adams signées Martin Rosen, La folle escapade (1978) et The plague dogs (1982). A chaque fois des animaux face à des dangers divers (le premier une garenne en danger de destruction, le second les hommes faisant des expériences sur les animaux). Il sera le fameux Seigneur des ténèbres dans Taram et le chaudron magique (Berman, Rich, 1985), certainement le méchant le plus graphique des studios Disney et donc un des plus iconiques. L'acteur continuera dans le doublage avec notamment Poucelina (Don Bluth, 1994) et incarnera divers narrateurs dans sa filmographie. On pense à celui du dyptique de Lars Von Trier Dogville / Manderlay (2003-2005) et au Parfum (Tom Tykwer, 2006). D'autres se souviennent davantage de la série Monstres et merveilles (1988) où il comptait des histoires sous la tutelle de Jim Henson. Les 80's sont l'occasion pour lui de tourner un Michael Cimino (La Porte du paradis, 1980), le dernier Peckinpah (Osterman week end, 1983) et devenir le symbole de l'opprimé face à la dictature (1984 de Michael Redford). Si les 90's ont été bien rempli, les 2000's furent mieux fournies en rôles phares.

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John Hurt dans 1984.

Guillermo del Toro lui offre un rôle en or avec le Dr Broom dans Hellboy (2004). Le premier film tourne entièrement sur la relation entre le père et son fils. Lui incarne un père surprotecteur peinant à comprendre son fils et Ron Perlman un fils un brin immature. L'acteur viendra reprendre son rôle pour l'ouverture magistrale d'Hellboy II (Del Toro, 2008). Bien que n'étant qu'un guest dans la saga Harry Potter (2001-2011), John Hurt avait été assez remarqué dans le rôle du vendeur de baguettes magiques Mr Ollivander. Par ces deux exemples, John Hurt prouvait qu'il pouvait aller vers des films issus de la pop culture, au même titre qu'autrefois il avait contribué à faire naître un phénomène du même genre avec Alien. C'est ainsi qu'il a aussi incarné l'émouvant War Doctor dans le téléfilm anniversaire de la série Doctor Who, L'heure du docteur (2013). Au cours des années 2000 et 2010, l'acteur accumule les seconds-rôles dans des productions diverses et semblent attirer les jeunes réalisateurs. C'est ainsi qu'il se retrouve en plein massacre rwandais dans Shooting dogs (Michael Caton Jones, 2005); devient ironiquement un dictateur proche
de Big Brother dans V pour Vendetta (James McTeigue, 2006); est le père un brin fêtard de Kirsten Dunst dans Melancholia (Von Trier, 2011); ou encore le meneur révolutionnaire de Snowpiercer (Bong Joon ho, 2013).

Hellboy : Photo John Hurt, Ron Perlman, Rupert Evans

John Hurt et Rupert Evans dans Hellboy.

On peut le voir actuellement dans les salles françaises en prêtre dans Jackie (Pablo Larain, 2016). Parmi les derniers films qu'il a tourne on trouve Darkest hour de Joe Wright, où il incarne le président du conseil britannique Neville Chamberlain face à Gary Oldman largement grimé en Winston Churchill au début de la Seconde Guerre Mondiale. Une prestation que l'on risque de ne pas voir avant fin 2017. Passons maintenant à la mauvaise nouvelle de dimanche dernier. Bill Paxton vient de nous quitter suite à une opération chirurgicale qui a mal tourné. Dans les acteurs fétiches de James Cameron, on cite en général ce cher Schwarzy, Sigourney Weaver ou Michael Biehn. Mais on oublie un peu Bill Paxton qui fut de la plupart de ses films phares. Un des punks liquidés par le T-800 dans Terminator (1984). Le marine le plus tchatcheur de la troupe menée par Ellen Ripley (Weaver) dans Aliens (1986). L'homme qui a failli piquer la femme d'Arnie dans le génial remake de La totale (True Lies, 1994). Enfin, c'était lui qui trouvait le coeur du titanic dans le film aux onze Oscars (1997). Avec ces rôles, Paxton ne devient pas forcément une star, mais un second-rôle que l'on va retrouver de plus en plus à Hollywood. C'est ainsi qu'on le retrouve dans les 80's et 90's dans des rôles divers. 

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Bill Paxton dans Aliens.

Avant Aliens, John Hughes en faisait un militaire un brin débile dans son décomplexé Weird Science (1985). En 1987, il fait partie de l'aventure Aux frontières de l'aube, premier gros film de Kathryn Bigelow. Il y incarne un vampire punk aux côtés de sa camarade d'Aliens Jenette Goldstein.  En 1990, il poursuit son grand chelem science-fictionel en devenant le seul acteur à avoir affronter et à être tué à la fois par le Terminator, le xénomorphe et le fameux Predator dans un second volet souvent mal aimé (Stephen Hopkins, 1990). Un opus très différent, pas loin du post-apocalypse (la ville de Los Angeles est le théâtre d'une guerre des gangs destructrice) et le pauvre Bill devra faire face au chasseur extraterrestre dans un métro bien saignant. Les années 90 lui valent de beaux moments, parfois même davantage au premier plan. C'est ainsi qu'il incarne un des astronautes d'Apollo 13 dans le biopic de Ron Howard (1995) aux côtés de Tom Hanks et Kevin Bacon. L'année d'après on le retrouve dans Twister (Jan de Bont), où il s'efforce de chasser une tornade avant d'essayer d'en échapper aux côtés d'Helen Hunt. Un rôle pas forcément tout en finesse dans un film qui en manque parfois aussi, mais qui lui permet d'avoir un rôle principal dans une grosse production. Idem pour le remake de Monsieur Joe (Ron Underwood, 1998) où il côtoie Charlize Theron.

predator

 

Bill Paxton et Maria Conchita Alonso dans Predator 2.

 

Un personnage assez insignifiant qui permet une fois de plus à l'acteur d'être dans un rôle principal dans un film vu par le plus grand nombre. Un plan simple (Sam Raimi, 1998) est probablement un des films les plus appréciés de sa carrière, permettant à l'acteur de tomber dans du pur film noir là encore dans un rôle principal. Pourtant, c'est Billy Bob Thornton qui tire largement la couverture lors des cérémonies. Dans les 2000's et 2010's, l'acteur se veut toujours aussi prolifique mais on a parfois du mal à lui trouver des rôles phares au cinéma. Membre de l'équipage de l'U571 (Jonathan Mostow, 2000), alpiniste plein au as dans Vertical Limit (Martin Campbell, 2000), sergent instructeur fort en gueule dans Edge of tomorrow (Doug Liman, 2014), photographe qui a la malheureuse idée de se mettre sur le chemin de Jake Gyllenhaal dans Nightcrawler (Dan Gilroy, 2014)... L'acteur s'épanouit en fait ailleurs, à la télévision notamment. HBO lui offre un rôle de mormon polygame dans la série Big Love (2006-2011). En 2012, Kevin Costner lui propose d'être la co-star de sa mini-série Hatfields and McCoy, véritable succès d'audience en mai 2012. Ce qui lui permet de renouer avec le western, genre qu'il avait cotoyé dans Tombstone (George P Cosmatos, 1993). En devenant le principal antagoniste de la première saison d'Agents of Shield (2014-), l'acteur a considérablement apporté à la série. 

Un Plan simple : Photo Bill Paxton, Billy Bob Thornton

Billy Bob Thornton et Bill Paxton dans Un plan simple.

Gangrénée par des scripts de qualité plus que médiocre durant une bonne quinzaine d'épisodes, la série a commencé à devenir intéressante avec son arrivée. Le méchant merveilleusement cabotin et sournois qu'auront bien du mal à affronter l'agent Coulson (Clark Gregg) et Nick Fury (Samuel Jackson). L'acteur venait juste de camper l'équivalent de Denzel Washington dans le remake télévisé de Training day (Antoine Fuqua, 2001). Son décès pourrait faire mourir la série sur sa seule première saison... Bill Paxton s'était également mis à la réalisation de long-métrages dans les 2000's avec le très remarqué Emprise (2001). Un film d'horreur dans lequel l'acteur joue également. L'histoire d'un veuf et ses enfants partant à la chasse aux démons dans une quête sanguinaire. Par la suite, il signera le plus confidentiel Un parcours de légende (2005) un des premiers gros films de Shia LaBeouf. On le reverra encore cette année dans The circle (James Ponsoldt, 2016) où il incarnera le père d'Emma Watson et dans Mean Dreams (Nathan Morlando, 2016), la fuite de deux adolescents en possession de drogue face au père de la fille (Paxton), accessoirement flic corrompu. En résultes, deux acteurs qui resteront encore dans les mémoires à travers des rôles divers et variés. Des incontournables. 

Emprise : Photo Bill Paxton

Bill Paxton, Jeremy Sumpter et Matt O'Leary dans Emprise.

01 mars 2017

Cuvée sous le signe du X #2

Après être revenue sur les films sortis durant la décennie 2000, la Cave de Borat termine ses cuvées consacrées à la saga X Men avec la décennie 2010.

  • X Men First Class (2011) : Un nouvel espoir

First Class

Après deux films ayant mis en péril la franchise (tout du moins artistiquement), la Fox ne sait pas vraiment quoi faire de ses mutants. D'autant plus que les Fantastic Four n'intéressent déjà plus grand monde (le reboot de 2015 ne fera qu'accentuer cela) et que les droits de Daredevil sont sur le point de revenir à Marvel. Contre toute attente, Bryan Singer finit par revenir au bercail. On dit tout d'abord qu'il doit réaliser X Men Origins Magneto que chapeaute le scénariste (et parfois réalisateur) David S Goyer depuis plusieurs années. Il choisit finalement de s'intéresser au run First Class (Jeff Parker, Roger Cruz 2006-2007). "D'autres films sur les origines devaient être tournés, comme celui sur Magneto, mais je me suis dit que son histoire n'était pas suffisante pour justifier un long-métrage. Nous avons donc incorporé dans notre script certaines idées du scénario d'origine, comme le désir de vengeance du personnage suite à la mort de ses parents durant l'Holocauste. C'était plus intéressant d'un point de vue dramatique." *. Singer prévoyait déjà à l'époque une trilogie sous forme de préquelles en cas de succès. Pourtant, le réalisateur des deux premiers X Men finit par partir sur Jack le chasseur de géants qu'il doit réaliser pour la Warner, la Fox décidant de fixer la date de sortie à juin 2011. Il reste toutefois au poste de producteur et choisit Matthew Vaughn, le réalisateur qui devait initialement lui succéder sur X Men: L'affrontement final (Brett Ratner, 2006). Le réalisateur a gagné en réputation, bien aidé par Kick Ass (2010) ou même Stardust (2007).

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Jennifer Lawrence, Matthew Vaughn, Michael Fassbender, Rose Byrne

De plus, cela permet au réalisateur de tourner principalement en Angleterre, lui évitant de rester trop loin de sa famille et d'être dans les délais (le film rentre très vite en production pour pouvoir sortir le film dans les temps). Si Jamie Moss (Rise of the Planet of the apes) et le duo Ashley Miller / Zack Stentz (Thor) s'occupent des premières versions, c'est finalement Jane Goldman qui signe le scénario définitif avec Vaughn. Même si la direction de la Fox a changé, la production ne se déroule pas sans accroc, le problème des délais trop courts imposant des mesures drastiques et des dommages collatéraux. Parmi eux, le chef-opérateur Ben Seresin renvoyé au début du tournage et remplacé par John Mathieson. Vraisemblablement des problèmes avec Vaughn. Mathieson ne doit pas moins en rester au style déjà imposé par Seresin. Mais comme on dit : jamais deux sans trois. "Je suis arrivé en octobre. J'ai tourné jusqu'à Noël, et je devais revenir ensuite, mais cela ne s'est pas fait. Il y a eu sept chef-op sur ce film (...) il m'arrivait de donner mon opinion et de partager mes idées (...) mais je passais surtout mon temps à rattraper mon retard, d'autant que le scénario était régulièrement retouché. De mon point de vue, le film se faisait vraiment au jour le jour. (...) A la fin, l'équipe ressemblait à une gigantesque armée, et le plateau à un énorme champ de bataille." (*). Le casting est entièrement renouvelé vu qu'il s'agit d'une préquelle, en dehors de Hugh Jackman reprenant le rôle de Wolverine le temps d'un caméo ("allez vous faire enculer.").

X-Men: Le Commencement : photo January Jones, Matthew Vaughn

Emma Frost plus fidèle à son modèle initial.

L'emploi du temps de Benjamin Walker l'empêche de jouer Beast, il sera remplacé par Nicholas Hoult qui est également le Jack du film de Singer. Suite à un désaccord, Alice Eve laisse sa place à January Jones dans le rôle d'Emma Frost. Sur ce dernier élément, il confirme à quel point Singer a fait le ménage dès First Class sur des aspects qui ont été instauré en son absence. Emma Frost change non seulement d'interprète, mais aussi d'époque (exit l'adolescente-pré-adulte de Wolverine, c'est une mutante d'une trentaine d'années) et de contexte. Emma Frost correspond davantage au personnage du comic-book en faisant partie du Club des Damnés, ce club où la lingerie est reine pour cacher quelques manigances. Sur ce même point, comment ne pas citer Charles Xavier (James McAvoy) infirme à la fin du film, alors qu'il est montré sur ses deux jambes dans The last stand et Wolverine (Gavin Hood, 2009), qui se situe dans les 70's-80's ? N'oublions pas non plus Moira MacTaggert, docteur dans L'affrontement final sous les traits d'Olivia Williams devenant agent de la CIA en 1962 incarnée par Rose Byrne. Des changements multiples qui se confirmeront dans Days of future past (Singer, 2014) et Apocalypse (idem, 2016). La faute aussi à un canon pas toujours cohérent et à des problèmes au sein de la production. Il n'en reste pas moins que faire oublier définitivement Wolverine au sein de la timeline n'est un drame pour personne.

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Matthew Vaughn, Michael Fassbender

"Tuer ne t'apportera pas la paix. -La paix n'a jamais été une option."

First Class apparaît comme la renaissance de la franchise, celle que l'on attendait depuis 2003 et à laquelle on ne croyait plus. Le film réinstalle un univers et des personnages connus, tout en leur donnant une définition que l'on n'avait pas vu autrefois. Charles est un conférencier réputé, mais aussi un grand fêtard (une de ses premières apparitions le montre en train de descendre quelques litres de bière) et amateur de jolies femmes. Vaughn nous présente alors un fait inattendu: Mystique (Jennifer Lawrence) devient ici la meilleure amie de Charles et ils se connaissent depuis l'enfance. Jusqu'à présent, on connaissait surtout la belle bleue comme un personnage malicieux et faisant partie des mutants radicaux, mais souvent dépourvue de réelle personnalité. Vaughn met en valeur le personnage comme jamais auparavant, en montrant un aspect intime intéressant et qui permet au personnage de se renouveller, de ne pas rester le personnage bleu sexy qui se métamorphose. On connaissait Erik Lehnsherr (Michael Fassbender) comme un être rongé par l'Holocauste (la scène d'ouverture reprise plan par plan), mais nous ne connaissions pas l'entre deux. Ce film dévoile une face d'autant plus sombre et vengeresse, atteignant des sommets macabres et ce malgré le PG-13 (le superbe montage alterné sur l'action de la pièce). S'il entre dans les X Men, c'est aussi pour pouvoir se rapprocher de Sebastian Shaw (Kevin Bacon), un mutant pouvant reprendre toute forme d'énergie et impliqué dans la mort de ses parents.

Missile

Ce qui est paradoxal car malgré cet événement, Lehnsherr a le même point de vue que Shaw. Frankenstein et sa créature en quelques sortes. Vaughn a la bonne idée d'alterner entre les points de vue de Charles et d'Erik, montrant deux hommes ayant grandi dans des milieux différents et s'étant toujours débrouiller tout seul (Charles évoque le peu d'attention que lui porte sa mère, Erik perd ses parents durant l'Holocauste). Ils étaient faits pour se rencontrer, mais leurs raisonnements sont différents. C'est là qu'entre en jeu Raven: elle a grandi avec Charles, mais ce dernier ne la voit que comme une petite fille ou soeur; Erik la voit comme une femme et l'aime comme elle est. Le rejet qu'il fait de sa transformation humaine est un aspect qui avait déjà été montrer dans The Last Stand, quand Erik la laisse dans le fourgon une fois redevenue humaine. Il y a donc une certaine cohérence sur cet aspect. Raven s'affirme en tant que femme fière de sa mutation en rejoignant Erik dans son combat radical, tout en partant l'esprit tranquille avec l'approbation de son ami de toujours. Charles et Erik sont deux êtres qui ont appris à s'aimer et qui se brouillent sur un événement tragique dû à leurs divergences. Vaughn revient au discours de Singer dans le premier film (en plus de la scène des échecs): Charles et Erik forment les deux faces d'une même pièce, le problème est que l'un est trop bon, l'autre trop mauvais et qu'ils sont en soi irrécupérables. A cela se glisse des personnages peut être moins forts que ce trio, mais ayant un certain charme. 

X-Men: Le Commencement : photo Matthew Vaughn, Michael Fassbender

Même si tous n'ont pas des descriptions fantastiques (on pense à Riptide et Azazel), ils sont actifs et suffisamment bien représentés à l'écran pour ne pas passer inaperçu. Beast gagne en intérêt également sous les traits de Hoult, malgré un maquillage laissant parfois à désirer à l'image de certains CGI. Dévoilé dans The last stand comme un politicien un brin chatouilleux avec Logan, il apparaît ici comme un personnage complexé par sa nature, essayant de la cacher jusqu'à commettre l'irréparable. Le mythe de Docteur Jekyll et Mr Hyde personnifié en une mutation définitive. En prenant pour cadre une époque historique bien précise (ce qui était parfois flou dans la franchise jusqu'à présent), Vaughn joue avec la Guerre Froide et plus particulièrement sur la crise des missiles en 1962. Les Mutants deviennent aussi bien les instigateurs de l'événement (Shaw et sa bande) que des menaces potentielles pour les Hommes. Ces mêmes hommes qui ne savent pas comment juger les Mutants, si ce n'est comme des bêtes de foire que l'on regarde devant une vitre. Leurs rares défenseurs passent pour des fous, voire sont rejetés (le sexisme ambiant autour de MacTaggert). Une ambiance tendue parfaitement représentée, tout en y ajoutant un peu de Swinging London à l'image de ce que fera Vaughn sur Kingsman (2015). Un parfait mélange symbolisé par Shaw campé par un Kevin Bacon en grande forme, méchant machiavélique mais toujours classe et amateur de bonnes punchlines. First Class est à la fois la renaissance de la saga X Men, mais aussi un retour aux sources salutaire et nécessaire.

  • The Wolverine (2013): Un gaijin au pays des samouraïs

The Wolverine

Avant même la sortie d'X Men Origins Wolverine, la productrice Lauren Shuler Donner cherchait déjà à lui donner une suite, si possible au Japon comme le suggère une des scènes post-génériques (celle supprimée de la version DVD au profit de celle avec Deadpool). Christopher McQuarrie, scénariste d'Usual Suspects (Singer, 1996) et déjà intervenu sur X Men (idem, 2000), est chargé d'écrire le scénario basé sur le run de Chris Claremont et Frank Miller (1982) imposé par Hugh Jackman (également coproducteur). Darren Aronofsky se retrouve à la réalisation, mais un conflit au sujet de la distance avec sa famille le contraint à partir. A cela se rajoute le drame de Fukushima en 2011 et voilà l'équipe contrainte de trouver de nouveaux décors (en Australie notamment). Beaucoup de réalisateurs feront la queue pour prendre la place du réalisateur de Black Swan: Antoine Fuqua (L'élite de Brooklyn), Gavin O'Connor (Warrior), Justin Lin (Fast and furious 3 à 6), José Padilha (Tropa de Elite), Mark Romanek (One Hour Photo), Duncan Jones (Moon), Doug Liman (qui a failli réaliser le spin-off sur Gambit) et Gary Shore (Dracula Untold). C'est finalement James Mangold qui emporte le morceau, avec des réécritures de Mark Bomback (Unstoppable) qu'il supervise. La question d'un film Restricted fut évoquée mais n'a finalement pas eu d'appel... tout du moins en salles. Pour trouver la version longue ou plutôt une version non-censurée (soyons honnête), votre cher Borat a galéré un petit peu.

Wolverine : le combat de l'immortel : photo

Deux gaijins face à une longue dynastie. 

La Fox a multiplié les éditions, au point de ne plus s'y retrouver. Il y a donc le DVD sans (aucune édition DVD ne l'ont), le BR
simple sans, le coffret BR ou DVD avec les deux spin-off sans, le coffret intégrale DVD ou BR sans, un combo BR 3D / 2D sans, un steelbook avec combo 3D / 2D avec et enfin un digibook BR avec (celui que j'ai). Heureusement que pour Days of future past, le Rogue Cut aura une édition plus facilement trouvable et sans avoir besoin de la chercher partout. Au final, cette version aurait dû
sortir en salles, d'autant que certains plans étaient déjà présents dans les bandes-annonces. On pense à l'explosion dans le village et à l'agression en pleine nuit de yakuzas sur Logan. Pour la première, la scène est plus violente (Yuko broie tout un lot d'hommes de main avec une machine !) et plus rallongée par le passage de l'explosion totalement absent du montage salle. La scène devient plus fun, plus fluide et moins expédiée. La seconde s'arrêtait à l'évanouissement de Logan après avoir vu Jean Grey (Famke Jannsen) et il se réveillait ensuite chez le vétérinaire. C'est tout un passage supplémentaire qui se dévoile, avec Logan balancé d'un toit et attaqué au tazer. Il sera sauvé dans les deux cas par Mariko (Tao Okamoto), même si cela apparaît plus pertinent dans cette version. Comme souvent ces plans voire scènes furent évincés car le film était déjà trop long ou trop graphique. Certains plans ont donc des effusions de sang supplémentaires, invisibles en salles à cause du PG-13 et correspondant davantage au ton et à la personnalité de Logan.

Wolverine : le combat de l'immortel : Photo Hugh Jackman

Pour apprécier pleinement The Wolverine c'est cette version qu'il faut privilégier et particulièrement si vous ne l'avez jamais vu. Une frustration qui n'arrivera pas sur Logan (Mangold, 2017), puisqu'il a eu droit au classement Restricted. On voit que le succès de Deadpool (Tim Miller, 2016) a aidé dans la décision de la Fox. Mangold aurait pu revenir à une préquelle se déroulant après la purge de Gavin Hood et pourtant il prend le pari risqué de faire suite à L'affrontement final. Il prend néanmoins suffisamment de distance (sept ans entre les deux films) pour que cela soit crédible. Quand le film commence réellement (après le flashback spectaculaire et le rêve), Logan est un homme errant, parti de l'Institut Xavier et encore traumatisé par la mort de Jean Grey. Les différentes scènes de rêves (voire visions comme le montre la scène du toit) le confirment avec une certaine brutalité (comme dans X Men, ce type de rêve le réveille brusquement avec les griffes dehors). Il s'en veut de l'avoir tuer car c'était celle qu'il aimait par dessus tout. Une part romantique que l'on a rarement vu du personnage, même si Singer et Ratner avaient insisté sur le fait qu'il aimait la télépathe jusqu'à en pleurer. Le fait de trouver quelqu'un d'autre et cette fois-ci bien moins destructrice (Mariko donc) lui permet de faire définitivement le deuil et d'en finir avec l'histoire de Jean. Le chemin de croix continue puisque dans cet opus Logan a le corps parasité par Viper (Svetlana Khodtchenkova), l'empêchant de se régénérer correctement et subissant bien plus les coups.

The Wolverine

Un plan que vous ne verrez que dans la version extended.

Logan devient proche d'un homme, subissant les coups qu'il prend avec de beaux effets de flou montrant ses réactions à la douleur. Les scènes d'action n'en deviennent que plus intéressantes, permettant de voir jusqu'où peut aller Logan. L'occasion également d'entendre enfin la signification du terme Wolverine (glouton) au bout du sixième film de la franchise. Le réalisateur continue en misant sur un duo de gaijins, terme japonais évoquant les étrangers de manière péjorative. Un aspect qui n'est pas sans rappeler Black Rain (Ridley Scott, 1989), où l'Américain (Michael Douglas) et le Japonais (feu Ken Takakura) faisaient équipe seuls contre tous. Le principe est le même ici avec Logan et Yuko (Rila Fukushima). D'un côté, l'Occidental immortel (certains évoqueront ronin, samouraï sans maître) qui vient voir un ancien ami, de l'autre une jeune femme traîtée comme un jouet par celui qu'elle pourrait considérer comme son père (Hiroyuki Sanada). Deux êtres rejetés et formant un duo fusionnel dans une famille rongée par toutes sortes de pouvoir (le grand-père par celui de l'immortalité, le père par celui de l'argent) et dont le seul point positif reste une femme loin d'être fragile (Tao Okamoto). Un univers pas forcément connu du personnage incarné par Hugh Jackman, découvrant comme le spectateur un monde où les coups bas sont de rigueur (la haine du père pour sa propre fille et Yuko atteint des sommets incroyables dès le retour au domaine Yashida).

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Si l'on excepte un final partant un peu trop dans les CGI (mais permettant en soi une renouveau pour le personnage), The Wolverine montre le personnage comme rarement et dans un contexte plus intimiste. Un contraste qui a peut être désarçonné les spectateurs à sa sortie en salles.

  • X Men Days of Future Past (2014) : Renaissance d'un univers

Affiche DOFP (2)

Matthew Vaughn reste à la barre de cette suite (initialement) de First Class. Il veut mettre en scène l'assassinat de JFK du point de vue des mutants, tout en abordant la Guerre du Vietnam et les droits civiques. Il semble que ce soit l'avancement du projet vers le voyage dans le temps qui l'a fait quitter la pré-production pour réaliser Kingsman. Bryan Singer reprend les rênes, bien content de revenir définitivement sur la saga qu'il a initié. Il garde néanmoins les points abordés par Vaughn, notamment en faisant du président suscité un mutant dont Erik Lehnsherr n'a pas pu dévier la balle meurtrière. Idem pour le Vietnam où Raven fait rapatrier des mutants (dont Havok toujours incarné par Lucas Till) à la barbe de William Stryker (Josh Helman). Simon Kinberg songeait également à intégrer Juggernaut (personnage qu'il avait lui-même introduit dans The Last Stand), Nightcrawler, Jubilee et Psylocke, ces trois derniers finiront par être des protagonistes d'Apocalypse. Singer part davantage dans une adaptation libre de Days of Future Past (même si c'était le titre de production du film sous Vaughn), run de Chris Claremont et John Byrne (1981) où Kitty Pride partait en 1980 pour que Mystique ne tue pas le sénateur Kelly et engendre la mort de mutants par les Sentinelles. Sur ce point, le réalisateur modifie un point central puisque ce n'est plus Kitty, mais Wolverine qui part dans le passé. Pride n'en reste pas moins le vecteur lui permettant de voyager jusqu'en 1973 (là aussi période modifiée et à peu près raccord avec celle envisagée par Vaughn).

X-Men: Days of Future Past : Photo James McAvoy, Patrick Stewart

Passé et futur réunis le temps d'une scène.

De même, ce n'est plus Kelly mais Trask (Peter Dinklage), le créateur des Sentinelles, que Mystique tue. Days of Future Past est aussi un véritable problème de logistique, puisque Singer doit jouer avec l'emploi du temps de ses acteurs, le réalisateur jonglant entre les acteurs qu'il a déjà dirigé autrefois (sauf Ellen Page qui était présente dans le film de Ratner), une bonne partie du casting de First Class et de nouveaux arrivants (à l'image de Dinklage ou Omar Sy). Il faut dire que DOFP est à la fois une suite à The Wolverine, mais aussi une séquelle de First Class, tout en finissant par être un renouvellement de la timeline de la saga. Si la version salle était déjà d'un bon niveau, il faut bien dire que le Rogue Cut gagne beaucoup plus en cohérence au niveau de son montage, tout en rajoutant des scènes. Un plan de la première bande-annonce dévoilait Malicia (Anna Paquin) secourue par Lehnsherr (Ian McKellen). Des plans que Singer avait supprimé à contre-coeur lors de la phase finale de montage. Le personnage est de nouveau intégré et de manière logique, tout du moins si on n'évoque pas une incohérence malheureuse. En effet, Malicia avait pris le sérum dans The Last Stand, lui faisant perdre ses pouvoirs. Or, ici elle les a. Sérum défaillant? Peut être mais cela n'est pas précisé, tout comme l'énigme entourant le retour de Charles Xavier (Patrick Stewart) dans le futur qui plus est toujours infirme (voir Cuvée sous le signe du X #1) ou Magneto retrouvant ses pleins pouvoirs. Un manque d'informations dont la saga X Men commence sérieusement à pâtir.

Malicia

Malicia, un rajout dans le second montage pour le moins pertinent.

Un signe aussi que Singer cherche à retirer ce qui ne lui convenait pas dans les opus précédents et ce malgré qu'il reste dans la continuité. Comme montrer un Stryker bien plus jeune que dans Wolverine où il était bien trop âgé sous les traits de Danny Huston. Pour rester dans les incohérences, il est assez improbable que le personnage de Mystique soit capturée suite à l'assassinat de Trask. Tout simplement parce qu'on l'imagine mal s'évader des centres de Stryker et réapparaître au début des années 2000 comme si de rien n'était. Même si Singer reprend le point initial des comics, au cinéma on a un peu de mal à y croire. Pour revenir à Malicia, le rôle paraît essentiel et modifie le montage salle considérablement. Dès son sauvetage, le film change de trajectoire les scènes du futur. Le sauvetage permet même de faire un montage alterné entre Magneto dans le passé, récupérant un casque dans un musée (scène présentée de manière classique dans le premier montage) et celui du futur, sauvant Malicia à l'Institut Xavier (devenu un laboratoire pour disséquer des mutants) et où la mort d'Iceberg (Shawn Ashmore) est modifiée. Dans le montage originel, il mourait suite à l'assaut final des Sentinelles où il sauvait Magneto. Le rajout de Rogue donne un sens plus tragique et beau à la mort de Bobby Drake (il se sacrifie pour sauver son ancienne petit-amie, tout en faisant ses adieux à Kitty Pride avant cela), mais aussi plus de cohérence. En prenant les pouvoirs de Kitty, Malicia peut lui permettre de se reposer et protéger Magneto juste avant une attaque des Sentinelles, ce qui était impossible dans le premier montage. 

X-Men: Days of Future Past : Photo Jennifer Lawrence

De plus, on nous apprend par Malicia pourquoi les Sentinelles peuvent reproduire les pouvoirs des mutants pour les tuer. Ce qui était autrefois complètement évincé du récit pour privilégier la piste Mystique. Le Rogue Cut permet aussi de raviver l'amour qu'a Beast pour Raven dans une scène d'amour bestiale. Une scène pas si anodine, car Hank en viendrait presque à accepter sa nature sauvage. Un rajout permet également à Mystique d'endommager le Cérébro et ainsi de ne pas se faire repérer par Xavier par la suite. Des rajouts qui permettent de voir que Raven n'est pas mauvaise, regrettant par la même occasion de s'être éloignée de Charles pour rester auprès d'Erik. Ce qui marque particulièrement cet opus est le regard totalement pessimiste porté à ses personnages, que ce soit dans le passé ou le futur. L'univers futuriste peut paraître soudain, d'autant que l'univers sur les trois premiers films n'a jamais été clairement défini ("un futur pas si lointain" disait X Men). Si l'on part du principe que The Last Stand se situe en 2006, rajoutez les sept années le séparant de The Wolverine, puis les deux ans qui sépare le film de sa scène post-générique annonçant DOFP. Au final, on tombe sur 2015 et DOFP se déroule en 2023. Il se peut donc que l'avenir radieux laissé par The Last Stand soit perverti subitement, donnant lieu à un nouvel Holocauste. Le réalisateur va même plus loin puisque même les Hommes essayant de sauver les Mutants ou pouvant les engendrer sont exécutés ou cloîtrés dans des camps à faire pâlir les nazis.

Iceberg

Days of Future Past, un film qui ne laisse aucun échappatoire à ses héros.

Le réalisateur multiplie également les exécutations brutales, rendant même émouvantes les morts de personnages installés juste pour ce film. Certains sont incinérés, d'autres éventrés, Colossus (Daniel Cudmore) est à la fois tué par un coup mortel au crâne et par un écartelement en plan large, Iceberg est au départ décapité avant que son crâne ne soit éclaté...  Singer repousse très souvent les limites du PG-13 pour dépeindre cet univers post-apocalyptique et sans pitié. Il ne l'est pas moins avec les personnages de 1973. Charles apparaît comme un homme blessé et repproche à Erik son abandon, tout comme ce dernier regrette que son ancien ami ne l'a pas soutenu dans sa cause. Deux personnages irréconciliables jusqu'à un final où le mutant magnétique met en danger son propre peuple à force d'actes trop radicaux. Singer aborde également le thème de la drogue avec ce sérum permettant à Xavier de retrouver ses jambes, mais l'empêchant d'exercer ses pouvoirs de télépathe. Il faudra bien une scène entre le Charles de 73 et le Xavier de 2023 pour que le personnage se reprenne définitivement. Par ailleurs, le sérum permet curieusement à Beast d'être le personnage à la contextualisation la plus crédible sur toute la franchise. Ainsi, en 1963 Hank McCoy devient Beast. Dans les 70's, il trouve un sérum permettant de réguler la bestialité et son teint bleu, ce qui rend crédible son passage télévisé dans X2 où il est blanc comme un cachet.

Happy end

Les morts ne sont jamais enterrés tant qu'il y a de l'espoir.

Enfin dans The Last stand, il accepte pleinement sa condition bleue sous les traits de Kelsey Grammer. Dans une saga où la cohérence est parfois toute relative, on aurait presque envie d'applaudir. On doit une des scènes les plus impressionnantes de ces dernières années au nouvel arrivant Quicksilver (Evan Peters). Singer ne se fait d'ailleurs pas prier pour en faire le fils de Lehnsherr le temps d'une private joke bien sentie. La scène permet de voir toutes les capacités du personnage dans un temps ralenti où il peut s'exécuter. Un vrai bijou qui sera réitéré dans Apocalypse. Et Logan dans tout cela? Le choix de le prendre comme corps propice au voyage dans le temps est logique, puisqu'il existait déjà à cette époque. Cela permet même une superbe séquence de paradoxe temporel, puisque Logan devient perturbé en 1973 quand il est face à Stryker. Toutefois, on remarquera une petite erreur avec le retour de l'adamantium. Un geste de Mariko? Peut être mais jamais signalé. Logan apparaît également comme un être meurtri, le seul qui pourra entretenir la mémoire d'un monde qui n'existera plus. Il a vu trop d'amis mourir et le voir débousolé quand il revoit ses amis finalement vivants dans la nouvelle timeline rend la scène émouvante. L'univers X Men tel que nous le connaissions est définitivement changé, partant vers d'autres horizons. Un recommencement.

  • Deadpool (2016) : Le trip qui a mis longtemps à devenir réalité

Deadpool (photo promo Burt Reynolds)

"Je vous avais bien dit que je viendrais faire un petit tour dans la Cave de Borat. Un peu trop de comics, Borat. Enfin pas assez des miens. Arrête de t'exciter sur Batou, les chauves-souris ça mort trop!"

On évoque souvent des réalisateurs accrochés à des projets durant plusieurs années, quitte à ce qu'il ne se concrétise jamais. Dans le cas présent, il s'agit d'un acteur. Quand Ryan Reynolds signe avec la Fox pour incarner Deadpool, le personnage sarcastique créé par Rob Liefeld et Fabian Nicieza, le studio lui impose de jouer dans X Men Origins : Wolverine sinon il pourra faire une croix sur le personnage. Marvel avait déjà essayé de concrétiser une adaptation avec Artisan, puis New Line avant que les droits ne finissent chez Fox. Le verdict est sans appel: le film de Gavin Hood massacre complètement le personnage, reçoit des critiques négatives en pagaille (plus que pour The last stand) et la Fox met finalement en stand by l'éventualité d'un spin-off sur Deadpool. Pourtant Reynolds y croit encore et ce même s'il part faire Green Lantern (Martin Campbell, 2011) pour Warner / DC. Le film se plante et l'acteur revient immédiatement au mutant, attendant le feu vert de la Fox. A l'époque on parle notamment de Robert Rodriguez à la réalisation. Une vidéo-test datant de 2012 (!) et montrant le personnage dans une course-poursuite finit par tomber sur la toile "involontairement". La rumeur veut que ce soit l'acteur lui-même qui l'a fait filtré. Il n'en reste pas moins que quelques temps plus tard, la Fox donne enfin le feu vert avec l'animateur Tim Miller à la réalisation.

Deadpool

Le script se voit révisé avec des personnages enlevés comme Cannonball, Wyre et Garrison Kane pour des raisons de budget. Cable fut envisagé avant d'être mis de côté pour une éventuelle séquelle. Un budget qui s'estime à 55 millions de dollars, ce qui en fait l'enveloppe la moins chère donnée à un film de la franchise X Men. Pas étonnant que le film se soit rentabilisé à la vitesse de l'éclair. Daniel Cudmore fut approché pour reprendre le rôle de Colossus qu'il tient depuis X2, avant de refuser car sa voix aurait été remplacée. C'est finalement trois acteurs qui joue le mutant métalique: Andre Tricoteux pour la motion capture, Greg LaSalle pour les traits du visage et Stefan Kapicic pour l'interprétation vocale à l'accent russe à couper au couteau. Un détail qui permet de rappeler que Colossus est initialement un personnage de nationalité russe. Le personnage gagne curieusement en personnalité, là où il était jusqu'à présent un second couteau de poigne et dont les répliques devaient se compter sur les doigts d'une main. On y croise un personnage droit dans ses bottes, peut être un peu trop et commençant à peine à se déchaîner dans les dernières minutes. Il est accompagné de la sympathique Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand), mutante assez récente dans la mythologie et dégageant beaucoup d'énergie. 

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Contrairement à ce qui a été dit depuis sa sortie, Deadpool n'a jamais eu vocation d'être un film subversif. Si briser le quatrième mur pour parler directement au spectateur et montrer la violence d'un héros c'est l'être, alors bons nombres de films le sont. Le seul point qui aurait pu le faire croire est le fait que le film a été évoqué comme inattendu dans le monde des comic book movies du fait de son personnage principal et du traitement Restricted du film. Cela en reste là. Pour ce qui est de la violence, le film se rapproche davantage de la violence qui défoule d'un film de Quentin Tarantino que du ton dramatique et sombre opéré sur la franchise. Si le Restricted est là, c'est avant tout à cause du langage et des zigouillages saignants et graphiques de l'ami Deadpool. Têtes découpées, bonhommes éjectés, écrasés, embrochés, transpercés, tirs en pleine tête... Tim Miller ne lésine pas sur les morts dans cet opus plus que représentatif du personnage qu'il adapte. Certains n'aimeront pas l'humour autocentré et souvent très con du film, il n'en reste pas moins que le film Deadpool fait du Deadpool. Le personnage est aussi bavard, con et violent que dans les comics et on voit que Ryan Reynolds était le seul candidat possible pour l'incarner. Il est véritablement Deadpool et se fait un plaisir notamment dans les vannes meta. L'acteur peut s'amuser sur Green Lantern (une figurine, une réplique "Pas de combinaison verte, ni animé"), sa propre personne ("homme le plus sexy de l'année" selon un magazine) ou Wolverine (une figurine à l'effigie de son... personnage dans ce... film). 

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De même, le personnage se moque même de l'univers dans lequel il interragie. "McAvoy ou Stewart ? On s'y perd dans la chronologie" Voilà ce qui résume le casse-tête d'un grand nombre de fans en général. Voici la version de votre cher Borat: First class > X Men > X2 > The Last Stand > The Wolverine > DOFP > Apocalypse > Deadpool > Logan. Vous ne trouverez certainement pas plus clair. Tim Miller signe au passage des origines bien plus crédibles du personnage. Wade Wilson n'est ni plus, ni moins qu'un ancien des forces spéciales ayant attraper le cancer et parti dans le but de se soigner. Sauf qu'il tombe sur des malfrats qui font faire exploser son potentiel mutant, au point d'hériter d'un corps potentiellement laid. Comme évoqué plus haut, le film est à l'image du personnage. Il n'est pas un héros et son but premier dans le film est de retrouver une gueule d'ange pour revoir sa fiancée (Morena Baccarin). Ce qui fait de Deadpool une romcom super-héroïque qui reprend les trois quarts des sommets du genre jusqu'à la chanson romantique à souhait (Careless Whisper de Wham!, 1984). L'amour, le départ, la traversée du désert et le retour du guerrier! Complètement classique mais amusant à suivre, Deadpool le confirme d'autant plus par un récit reposant globalement sur une course-poursuite entrecoupée de flashbacks, avant un final spectaculaire sur une sorte d'héliporteur du SHIELD à peine voilée.

Deadpool (7)

Au passage, soulignons les effets-spéciaux particulièrement soignés au vue du budget, certains étant même largement supérieurs à ceux d'X Men Apocalypse. En résultes, un trip totalement volontaire qui ne parlera pas à tout le monde, mais qui a le mérite de s'assumer. Par ailleurs il vaut mieux voir le film en VO, la traduction française (même au niveau des sous-titres) passant à côté des trois quarts des répliques du film.

  • X Men Apocalypse (2016) : Rififi chez les mutants

X Men Apocalypse

Days of future past n'était pas encore sorti que Bryan Singer annonçait déjà X Men Apocalypse. Comme tous les opus depuis 2013, chaque nouveau film est annoncé par une scène post-générique dans le film d'avant, à l'image de ce que fait Marvel dans son Cinematic UniverseThe Wolverine annonçait DOFP, ce dernier présentait le futur ennemi encore enfant construisant les pyramides d'Egypte avec les quatre cavaliers de l'apocalypse qui l'observent. L'ouverture nous renvoit quelques décennies plus tard avec un Apocalypse vieillissant (Oscar Isaac) qui cherche un nouveau corps. Le personnage a beau se décrire comme un dieu durant les trois quarts du film, il n'en reste pas moins que comme dans toutes religions ou croyances, tout le monde n'y adhère pas et peut le voir d'un oeil néfaste. C'est le sujet même de Batman V Superman (Zack Snyder, 2016) sorti deux mois plus tôt. C'est ainsi que le personnage se fait enfermer dans son propre tombeau durant plusieurs millénaires avant d'être réveillé par des fanatiques. S'il y a bien une chose qui déçoit dans ce film c'est certainement son méchant. Apocalypse parle énormément mais il ne fait au final pas grand chose. Il tue quelques bonhommes, impose la figure de dieu qu'il est aux yeux des autres personnages, prêche la bonne parole, détruit des lieux, mais n'est jamais impressionnant. Le seul moment où il l'est c'est dans son affrontement mental avec Xavier. 

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Là, le personnage devient une véritable source de cauchemar pour son adversaire, dégommant un Xavier dépassé et terrassé par un adversaire trop fort pour lui. Il lui faudra bien un peu d'aide pour survivre à son assaillant. La vf n'aide pas non plus (votre interlocuteur ne l'a vu que dans la langue de Molière), en faisant des caisses sur la réplique phare du personnage. Ainsi, "Everything they've built will fall! And from the ashes of their world, we'll build a better one!" (soit globalement "tout ce qu'ils ont construit va s'effondrer! Et sur les cendres de leur monde, nous en construirons un meilleur!") devient "tout ce qu'ils ont construit s'effondrera! Et sur les cendres fumantes de leur monde en ruine, on en batiront un meilleur!". Le tout avec une voix complètement modifiée et ridicule. A cela se rajoute un final puant le CGI de piètre qualité, engendrant une surenchère pas loin du kitsch. Jusqu'à présent, en dehors de quelques ratés (Wolverine notamment), la saga a toujours bénéficié d'effets-numériques de qualité ou novateurs. On ne peut pas en dire autant ici où dès les premières minutes, certains CGI foireux se font sentir. Si les CGI ne sont évidemment pas tous mauvais, on a globalement l'impression de voir un film peu joli à regarder. Heureusement le film peut compter sur une scène pour faire oublier ce naufrage graphique parfois flagrant. Encore une fois, Singer repose sur l'amigo Quicksilver au point de penser que le personnage a droit à sa scène gimmick dans chaque film où il apparaît.

Plus longue, plus d'enjeux, plus d'effets-spéciaux (la séquence a lieu durant une explosion), plus de figurants à gérer. Si possible avec de la bonne musique (Sweet dreams d'Eurythmics, 1983). Un résultat merveilleux où Singer dévoile à nouveau tout le potentiel filmique de ce personnage. Chose que n'a pas réussi à montrer Joss Whedon dans Age of Ultron (2015). Outre Apocalypse, ses cavaliers ne sont pas non plus très mémorables. Du lot, on retiendra certainement Tornade (Alexandra Shipp). Singer est le premier à citer les origines africaines du personnage et voit en Mystique une idole. Ironique quand on sait qu'elle sert un mutant se prenant pour un dieu (il façonne ses cavaliers à son image) et vivant de cette adoration. Le fait que Mystique soit son héroïne annoncera son retournement de veste dans les dernières minutes et une arrivée inévitable chez les X Men. C'est la seule du groupe qui semble avoir une réelle caractérisation. Quant aux autres, ils laissent un sérieux goût amer ou une totale indifférence. Psylocke (Olivia Munn) est un atout sexy plus qu'autre chose et manque sérieusement de personnalité. Même problème chez Archangel (Ben Hardy). D'autant plus frustrant quand on connaît le révisionnisme constant de Singer depuis 2011. Si Archangel a toutefois plus de présence que son homologue dans The Last Stand, on a bien du mal à voir autre chose qu'un personnage fonctionnel.

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Magneto est également une déception flagrante. On en serait resté sur le mutant à la limite du terroriste de 1973, le personnage y aurait davantage gagner. Le personnage haineux aurait été plus maléable pour Apocalypse, car plus révolté, plus violent. Singer et Kinberg lui rajoutent un trauma de plus qui apparaît comme redondant, comme si le personnage ne pouvait exister que par la barbarie engendrée par l'Homme autour de lui. Certainement l'élément de trop, auquel se rajoute un passage à Auschwitz pour le moins douteux. Singer semble mieux se débrouiller dans le traitement de ses précieux X Men. Le réalisateur doit rebâtir une franchise qu'il a lui-même détruite dans DOFP. Ce qui implique de montrer des personnages historiques sous un nouveau visage. Outre Tornade, Cyclope (Tye Sheridan), Jean Grey (Sophie Turner) et Nightcrawler (Kodi Smit McPhee) sont également de retour. Scott n'est pas encore le meneur et n'a pas non plus son fameux lance-laser (il attendra la séquence pré-générique de fin où il arbore le costume des comics 80's). Nightcrawler est un mutant opprimé que Mystique sauve de combats de mutants en cage. Quant à Jean Grey, Singer fait son possible pour montrer le Phénix qu'il voulait dévoiler dans Son troisième opus. Largement mise en avant dans le film, l'héroïne dévoile sa phase sombre à travers des visions destructrices (annonciatrices d'Apocalypse mais pas que) et le final totalement explosif. 

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L'héroïne risque fort de dévoiler davantage de son potentiel dans le prochain volet. Au final, on préfèra certainement la partie apprentissage que la partie destructrice. Chose qui aurait dû s'inverser normalement... Au passage citons l'utilité toute relative de Jubilee. Plusieurs apparitions dans la franchise mais aucune d'importance, confirmant le peu de potentiel que voit en elle les différents cinéastes de la franchise. En voulant en faire trop, Singer se plante également sur un autre aspect. Dans la timeline actuelle, nous avions laissé Logan entre les mains de Mystique en 1973. Nous finissons par le retrouver en 1983 en Arme X (Singer reprend le costume qu'il a dans le run de Barry Windsor Smith) chez Stryker évidemment amnésique et avec ses griffes en adamantium. Si cela enlève un problème de justification pour Logan, on a bien du mal à comprendre comment la seule mémoire d'un autre temps a pu se faire berner aussi facilement par le père Stryker une seconde fois. Heureusement, le Xavier de cette temporalité (au courant du drame qu'il a évité) devrait lui raconter tout dans un futur proche. Mais il s'agit d'un élément dont on se serait bien passé même si la scène est particulièrement fun et saignante. X Men Apocalypse n'est peut être pas un mauvais film, mais il laisse un sentiment de déception. L'impression de ne pas avoir vu le grand film qui aurait marquer le renouveau de la franchise. Les jeunes mutants disent en sortant de la séance du Retour du jedi (Richard Marquand, 1983): "Là où on est d'accord c'est que le troisième est toujours le plus nul." On ne croit pas si bien dire.

  • Quel avenir pour la franchise?

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Pour conclure cette cuvée, penchons nous sur les futurs projets de la franchise X Men. Si la Fox accumule les projets depuis désormais plusieurs années, l'avenir de la saga n'est pas aussi tracé qu'il n'y paraît. A la sortie d'X Men Apocalypse, seuls deux films étaient en production: Logan et Deadpool 2. Simon Kinberg dans une optique à peine voilé de sauver les meubles évoquera quelques temps la possibilité d'un crossover entre les X men et les Fantastic Four de Josh Trank.  Autant dire que le four total du film en 2005 a sonné le glas de cette hypothèse, d'autant que Michael B Jordan a rejoint le Marvel Cinematic Universe depuis (la malédiction de la Torche?).Tous les autres ne sont que projets ou arlésiennes qui traînent depuis plusieurs années. L'exemple le plus criant est certainement le cas "Gambit". Annoncé en grande pompe en 2015 (il était même venu avec les autres acteurs de la franchise à la Comic Con), Channing Tatum aurait dû incarner le lanceur de cartes magiques dans Apocalypse au départ. Comme souvent au cours de la franchise, il fut écarté assez rapidement car il n'y avait pas de place pour lui. On annonce en même temps un spin-off d'abord réalisé par Rupert Wyatt (Rise of the Planet of the apes). Alors que l'on parle de plus en plus de Léa Seydoux pour le rôle principal féminin (rumeur qui n'a jamais été confirmée par la principale intéressée), Wyatt part et se justifie: "l'avancement de la date du tournage est entré en conflit avec mon agenda et d'autres projets." (**). Doug Liman débarque en novembre 2015 au poste de réalisateur. Suite à des réécritures multiples et un tournage qui n'arrive jamais, le réalisateur de La mémoire dans la peau part lui aussi vers de nouvelles aventures... celles de la Justice League Dark de Warner / DC. 

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A l'heure actuelle, le projet n'a ni réalisateur, ni date de tournage. Des rumeurs évoquaient en décembre dernier l'arrivée de Frank Darabont, mais depuis plus rien. Si ce n'est Simon Kinberg évoquant un projet toujours d'actualité. Il en faudra bien plus pour rassurer. Il en va de même avec "X Factor" en panne sèche depuis plusieurs années aussi. Longtemps dévolu à Jeff Wadlow (le réalisateur de Kick Ass 2 ne doit plus y être attaché aujourd'hui), le projet semblait au point mort jusqu'à l'arrivée de Joe Carnahan au scénario ces derniers jours. On parle d'ailleurs d'une insertion dans un possible "Deadpool 3", d'autant que Cable et Domino seront du second. Longtemps une blague de la séquence post-générique de Deadpool, Cable partenaire récurrent de Wade Wilson dans les comics devrait être le personnage central de la séquelle. Une implication d'autant plus confirmée par Apocalypse, où l'on voyait des membres d'Essex corporation, entreprise gérée par Sinister à l'origine même de... Cable. On dénombre plusieurs acteurs intéressés pour le jouer, à l'image de Stephen Lang, Russell Crowe ou Pierce Brosnan. Tim Miller ne rempilera pas à la réalisation, visiblement pour différents artistiques. Le réalisateur sera finalement David Leitch, un des co-réalisateurs de John Wick (2014). Drew Goddard s'est rajouté au script en compagnie des scénaristes du premier film Rhett Reese et Paul Wernick. 

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Le tournage devrait se dérouler cet été. En revanche, le projet autour des New Mutants réalisé par Josh Boone (Nos étoiles contraires) semble un peu plus avancer. En mai dernier, le réalisateur évoquait les personnages qu'il est censé mettre à l'écran: Cannonball (vole et pulvérise ce qui est sur son passage), Magik (une téléporteuse), Wolfsbane (elle se transforme en louve), Mirage (une télépathe pouvant contrôler diverses énergies), Sunspot (utilise l'énergie solaire) et Warlock (un être mi-machine, mi-alien) (3). Un projet qui semble déjà en meilleure voie que les deux précités. La suite directe d'Apocalypse censée se dérouler dans les 90's sera écrite à nouveau par Simon Kinberg et des rumeurs évoquent même qu'il pourrait le réaliser. D'autant que Bryan Singer est censé réaliser une nouvelle adaptation de 20000 lieues sous les mers (Jules Verne, 1870) pour la Fox. Toutefois, le réalisateur d'une grande partie des X Men avait parlé de son envie de partir dans l'Espace. Sophie Turner et James McAvoy ont plus ou moins fait comprendre qu'ils devraient tourner dans un nouvel X Men cet été. On verra bien pour les autres dans ce projet appelé "Supernova" selon certains. La saga semble en revanche bien plus perdurer sur le petit écran. Depuis quelques semaines, la série Legion est diffusée sur la chaîne FX et semble globalement convaincre les critiques. 

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Votre cher Borat n'a encore rien regardé, mais la bande-annonce diffusée à la Comic Con était assez particulière. Autant que le pitch. La série chapeautée par Noah Hawley (la série Fargo) met en scène le fils de Charles Xavier, David Haller ou Legion, jeune homme pensionnaire d'un hôpital psychiatrique (Dan Stevens). En effet, il semble qu'il soit schizophrène et ces différentes personnalités peuvent l'amener à acquérir des pouvoirs comme la télépathie. Une série qui a un visuel pour le moins attirant et un certain grain de folie. La première saison contiendra huit épisodes (trois sont déjà diffusés à l'heure actuelle). Un autre projet de série a fait parler de lui ces derniers jours. Stephen Moyer y incarnera Reed, personnage dont les enfants sont des mutants traqués par le gouvernement. Ils finissent par découvrir une société mutante sous-terraine. Jamie Chung reprendra le rôle de Blink, mutante pouvant créer des portails, autrefois incarné par Fan Bingbing dans DOFP. Bryan Singer réalisera le pilote pour cette série qui sera normalement diffusée sur Fox. A la semaine prochaine!


Article initialement publié le 14 mai 2016.

* Propos issus de Mad Movies numéro 241 (mai 2011).

** Propos reccueillis dans: https://www.ecranlarge.com/films/news/945366-le-realisateur-rupert-wyatt-quitte-le-film-gambit

3 http://www.allocine.fr/diaporamas/cinema/diaporama-18652514/?page=6


27 février 2017

Le bronze en direct

Après les Golden Globes, votre cher Borat va suivre pour vous les Oscars en direct. Cela va être long (votre cher Borat est parti pour rester debout jusqu'à un peu plus de 6 heures du matin), il n'y aura peut être pas à boire et à manger, on verra bien. Soyez prêts!

2h35: Tu commence par Justin Timberlake, c'est autre chose qu'une seule seconde des Césars. Comment ça je suis de mauvaise foi et je dis ça sans avoir regarder ka cérémonie vendredi soir ? Vous regardez une édition des Césars une fois, vous n'oubliez jamais l'ennui total que dure ces quatre heures de cérémonie. JAMAIS.

2h37: Déjà une vanne de Jimmy Kimmel sur Matt Damon. Décidément, ces deux là sont tellement faits pour s'aimer. 

2h44: Meilleur second-rôle masculin pour Mahershala Ali dans Moonlight (Barry Jenkins, 2016). Un acteur que l'on connaît malheureusement peu et qui arbore le cinéma et la télévision américaine depuis un bon bout de temps (L'étrange histoire de Benjamin Button notamment). Il incarne le gangster qui prend sous son aile le héros du film.

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2h52: Première pub! Vas-t-on dépasser les douze publicités de 2014 ?

2h58: L'Oscar des meilleurs maquillages décerné à Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini et Christopher Nelson pour Suicide Squad (David Ayer, 2016). Il y avait en effet de quoi faire, mais bon il y avait bien plus de travail sur Star Trek Beyond (Justin Lin, 2016)...

Suicide Squad : Affiche

3h: Meilleurs costumes pour Colleen Atwood sur Fantastic Beasts (David Yates, 2016).

Les Animaux fantastiques : Photo Dan Fogler, Eddie Redmayne, Katherine Waterston

3h05: Deuxième pub!

3h11: Meilleur documentaire pour Life, animated (Roger Ross Williams, 2016). Il présente Owen Suskind, un homme atteint d'autisme sorti de son isolement à travers les films Disney.

Life, Animated : Photo Owen Suskind

3h19: Troisième pub!

3h26: Meilleur montage sonore pour Sylvain Bellemare sur Arrival (Denis Villeneuve, 2016).

 Premier Contact : Photo Amy Adams

3h29: Meilleur mixage sonore pour Kevin O'Connell, Robert McKenzie, Andy Wright et Peter Grace sur Hacksaw Ridge (Mel Gibson, 2016).

Tu ne tueras point : Photo Vince Vaughn

3h32: Quatrième pub!

3h41: Meilleur second rôle féminin pour Viola Davis dans Fences (Denzel Washington, 2016). Elle y incarne la femme du personnage de Washington. L'actrice avait été nommé déjà deux fois sans avoir de récompense.

Fences : Photo Viola Davis

3h57: Oscar du meilleur film étranger pour Le client (Asghar Farhadi, 2016). Un film où un couple part vivre dans un appartement où résidait une prostituée et dont un des clients refait son apparition. Farhadi n'a pas souhaité venir à la cérémonie en protestation contre Donald Trump.

Le Client : Affiche

4h03: Cinquième pub!

4h08: Meilleur court-métrage animé pour Piper (Barillaro, Sondheimer, 2016). Un beau court-métrage de Pixar qui avait en revanche un récit un peu trop simple. 

 Piper : Photo

4h12: Meilleur film d'animation pour Zootopie (Howard, Moore, 2016). Un film plus que légitime dans une catégorie où le niveau était très haut.

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4h15: Meilleurs décors pour Sandy Reynolds-Wasco et David Wasco sur La la land (Damien Chazelle, 2016). 

 La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

4h22: Sixième pub!

4h31: Meilleurs effets-spéciaux pour Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R Jones et Dan Lemmon sur Le livre de la jungle (Jon Favreau, 2016). 

Le Livre de la jungle : Photo Neel Sethi

4h36: Meilleur montage pour Robert McKenzie sur Hacksaw Ridge

 Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

4h40: Septième pub!

4h43: The White Helmets (Orlando von Einsiedel, 2016) meilleur court-métrage documentaire. Il est consacré aux casques blancs travaillant en Syrie.

The White Helmets : Affiche

4h50: Sing (Kristof Deak, 2016) meilleur court-métrage de fiction. Une histoire d'amitié entre deux jeunes filles à Budapest dans les 20's à travers une drôle de chorale.

Sing : Affiche

4h55: Huitième pub!

4h58: Meilleure photo pour Linus Sandgren sur La la land

La La Land : Photo John Legend

5h08: Neuvième pub!

5h14: Meilleure musique pour Justin Hurwitz sur La la land

5h16: Meilleure chanson pour City of stars dans La la land.

5h22: L'heure de l'hommage aux morts avec une musique bien larmoyante comme il faut. Jennifer Aniston cite évidemment Bill Paxton décédé ce dimanche. On reparlera de ce grand acteur dans la semaine.

5h24: Dixième pub! 

5h27: Matt Damon se fait encore éclaté avec la séquence "personnalité face à une prestation d'acteur". Jimmy Kimmel regarde We bought a zoo (Cameron Crowe, 2011), film avec Matt Damon bien évidemment. "Ben Affleck and a guest" pour Damon, c'est irrésistible.

5h30: Meilleur scénario original pour Kenneth Lonergan également réalisateur sur Manchester by the sea

Manchester By the Sea : Affiche

5h34: Meilleur scénario adapté pour Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney pour Moonlight.

Moonlight : Photo promotionnelle Barry Jenkins

5h37: Onzième pub! Cette année ça va, je n'ai eu que des publicités en rapport avec le cinéma, parce qu'il y a deux ans c'était du cul, du cul, du cul à cette même heure.

5h41: Damien Chazelle pour meilleur réalisateur.

La La Land : Photo promotionnelle Damien Chazelle

5h47: Meilleur acteur pour Casey Affleck dans Manchester by the sea

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck

5h53: Meilleure actrice pour Emma Stone dans La la land. Au passage, citons l'absence d'Amy Adams dans les nominations au profit de Meryl Streep qui est nommée chaque année pour tout et n'importe quoi. S'il y a bien quelque chose de honteux dans cette édition des Oscars c'est bien cela.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

6h: Douzième pub! On y est arrivé finalement!

6h04: La la land meilleur film.

6h13: Meilleur twist ever, Warren Beatty s'est finalement trompé d'enveloppe, il s'agit de Moonlight! Probablement le plus beau fou-rire de cette nuit, voire de l'année. Les mecs ont fait une private joke (involontaire) à Donald Trump en citant ce passage de Miss Universe 2016! 

Brandan Fraser


Que retenir de cette nuit? La la land s'est fait attendre et comme on pouvait le penser, n'a pas tout raflé. Moonlight et Manchester by the sea ont bien tiré leur épingle du jeu. Hacksaw Ridge est reparti avec de la technique comme on pouvait s'y attendre. Jimmy Kimmel a fait du Kimmel, ce qui peut être un peu redondant pour ceux qui connaissent son late show. Puis surtout quelle fin à mourir de rire! Allez bonne nuit, votre serviteur s'en va rejoindre son lit.

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22 février 2017

Borat n'a jamais atteint la ville des étoiles

Deux âmes cherchant à trouver le succès finissent par se rencontrer au fil des saisons...

la la land

Moins présent dans les 90's (beaucoup d'animés, moins de live-action), le musical au cinéma est redevenu à la mode au début des 2000's, attirant même l'attention des studios. Toutefois, mesurons nos propos puisqu'en général il s'agit d'adaptations d'oeuvres préexistantes. On pense notamment à Chicago (Rob Marshall, 2002), Le fantôme de l'opéra (Joel Schumacher, 2004), Rent (Chris Columbus, 2005), Sweeney Todd (Tim Burton, 2007) ou Les misérables (Tom Hooper, 2012). Les paroliers sont recherchés aussi, à l'image de Lin Manuel Miranda sur Moana (Clements, Musker, 2016). Alors quand un musical original entre en scène, soit il attire l'attention, soit se plante au point d'être oublié ou a simplement un succès d'estime. La la land (Damien Chazelle, 2016) aurait pu avoir le même destin que le premier film du réalisateur, Guy and Madeline on a Park Bench (2009). Un film indépendant en noir et blanc et n'ayant strictement rien rapporté. Si la presse a visiblement bien reçu le film, il n'a par exemple jamais montré le bout de son nez en France. Quand La la land sort, son réalisateur a depuis une certaine réputation. Celle du réalisateur de Whiplash (2014), film musical mais pas une comédie-musicale qui avait des tendances à aller vers le cinéma d'horreur. La la land a pourtant été écrit juste après son premier film, avec le fidèle Justin Hurwitz en charge de la musique et des chansons à nouveau.

La La Land : Photo Ryan Gosling

Le film ne trouve finalement des financements qu'après le succès de Whiplash et le succès est à nouveau présent au point que le film est actuellement bien parti pour raffler quelques Oscars. Miles Teller et Emma Watson étaient pressentis pour jouer le couple
star. Il décline visiblement pour une histoire de gros sous. Rien d'étonnant au vue des échos disant que l'acteur aurait pris le melon. Elle à cause du tournage imminent de La Belle et la bête (Bill Condon, 2017), un autre musical d'ailleurs. Quand bien même ils étaient les premiers choix, on a bien du mal à voir en eux le duo de La la land surtout après avoir vu les prestations de Ryan Gosling et Emma Stone. Les deux étaient faits pour ces rôles et on le comprend assez rapidement. Mieux encore, ils ont déjà été en couple à l'écran (Crazy, stupid, love de Ficarra et Requa et Gangster squad de Ruben Fleisher), ce qui aide beaucoup pour l'alchimie entre les personnages. Beaucoup soulignent la performance quasi-hors norme du duo phare. Votre cher Borat a un avis un peu plus nuancé à ce propos. Ces deux acteurs ont rarement été mauvais par le passé, en tous cas selon votre interlocuteur. Gosling avait perdu de sa superbe dans Only god forgives (Nicolas Winding Refn, 2013) où il s'enfermait trop dans la caricature du Driver. Stone a eu quelques passages à vide dans des blockbusters.

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En général à cause de problèmes d'écriture avec des personnages fades (ce fut le cas du Fleisher susnommé) ou n'évoluant pas (la pauvre Gwen Stacy dans le second Amazing Spider man). Dans La la land, ils livrent de bonnes prestations dans la tendance de Crazy, stupid, love. Lui en mec un peu trop sûr de lui, elle dans la fille qui se cherche une forme d'idéal (à la différence que Nana a un emploi stable, ce qui n'est pas le cas de Mia). Stone semble même y avoir injecter du vécu comme le démontre les scènes d'auditions assez similaires aux propos qu'elle a tenu lors de la promotion du film. Au final, les deux acteurs sont bons, chantent et dansent très bien, mais ils ne sont pas meilleurs que d'habitude. Ils sont dans la droite lignée de ce qu'ils ont déjà effectué, ce qui n'est déjà pas si mal. Gosling se paye même la scène la plus drôle du film, à en faire pleurer de rire les Modern Talking sur une reprise que l'on qualifiera de "oulala". On voit que Chazelle a bien plus de moyens que sur ses précédents films (27 millions de dollars séparent La la land et Whiplash) et en joue énormément. Que ce soit par un long plan-séquence d'ouverture, une photographie qui met largement en avant les couleurs (notamment des robes) ou divers plans d'ensemble jouant beaucoup de la scénographie. Le problème est que cela s'avère bien tape à l'oeil. Pas que cela ne soit pas beau ou bien fait, juste qu'on a l'impression que Chazelle veut parfois en faire trop, qu'il est moins authentique que sur son précédent film.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Whiplash était peut être un film moins cher, mais Chazelle rendait son film totalement dynamique et sauvage. La la land est déjà plus hollywoodien dans sa forme, ce qui contraste énormément et curieusement passionne moins. C'est là où on arrive à la fameuse musique du film. Les parties instrumentales d'Hurwitz sont de qualité et votre cher Borat aurait presque préféré que le film ne tombe pas dans les chansons. La partie purement musicale est bien plus raccord à ce qu'est le film (un ensemble jazzy de qualité) que les chansons qui ne sont pas nombreuses. Pire encore, elles sont loin d'être marquantes. Certains ont critiqué le fait que Moana réutilisait par trois fois une même chanson. Toutefois, la chanson était citée à différents moments clés du film et il y avait des variations. Ici, City of stars ou Another day of sun sont cités deux, trois fois sans aucun changement, les paroles sont juste enlevées. City of stars et Start of fire (bien aidée par un son totalement différent du reste du film, amenant de la nouveauté bienvenue) sont des chansons qui sortent du lot, mais là non plus pas de quoi retenir les paroles encore et encore. D'autant plus quand le film arrive au syndrome "parler-chanter", consistant à chanter de potentiels dialogues comme "passe moi le sel" ou "j'ai été sur la plage et c'était sympa". Another day of sun souffre de ce syndrome dans toutes ses paroles et c'est quelque chose qui irrite votre interlocuteur dans les musicals.

La La Land : Photo John Legend

Malgré les défauts ou choses qui le déplaisent dans ce film, votre cher Borat ne parle pas d'un mauvais film, loin de là. Le propos du film est en soi ce qui est le plus intéressant. (Attention spoilers) On suit deux êtres essayant de trouver le bonheur sentimental et professionnel. D'un côté, un homme cherchant à ouvrir un club de jazz, mais se contente pour l'instant de faire du piano-bar et des petits jobs. De l'autre, une femme voulant devenir actrice et se contentant de vendre du café dans un studio d'Hollywood. Les deux se cherchent, se trouvent, se quittent, s'aident et se retrouvent d'une certaine manière, soit le BA-BA de la romcom habituelle. On ne peut pas dire que La la land sort du lot à ce niveau. Beaucoup ont dit que La la land était un film dur notamment à cause de son final faussement désenchanté. Pourtant, qu'on le veuille ou non, les personnages ont atteint leur objectif, c'est juste qu'ils ne l'ont pas fait ensemble. Pessimiste d'un point de vue sentimental, mais plein d'espoirs au niveau professionnel. Chazelle montre un couple qui se fait et se défait peut être pour de bonnes raisons, soit un point de vue qui change un peu de l'habituel Hollywood. Le dernier problème de votre cher Borat à propos de ce film touche à l'affect pur. Il n'est ni passionné, ni touché par cette histoire, ses personnages et leurs parcours, au contraire de films aussi récents (A monster calls par exemple). Dès lors, difficile d'avoir envie de soutenir La la land, malgré des qualités bien visibles... (fin des spoilers)

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La la land est un film au propos et à la musique intéressante, certainement même un bon film, mais dont l'aspect affectif dépendra des spectateurs. Dans ces colonnes c'est non.

19 février 2017

Un voyage au bout des ténèbres (Cuvée La Quatrième Dimension)

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Une fois n'est pas coutume. A l'instar de Borat, administrateur en chef de Ciné Borat, je vous propose à mon tour une cuvée de mon choix et consacrée à la série La Quatrième Dimension (The Twilight Zone dans la langue de Shakespeare). Ainsi, ce billet va analyser les épisodes suivants :

La Petite Fille Perdue (épisode 26, saison 3)
Le Menteur (épisode 30, saison 3)
Pour les Anges (épisode 2, saison 1)
Personne Inconnue (épisode 27, saison 3)
C'est une belle vie (épisode 8, saison 3)

 

La Petite Fille Perdue (Episode 26, saison 3)

 

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Année : 1962

 

La critique :

Ecrit par Richard Matheson (à qui l'on doit déjà plusieurs opuscules de prestige, notamment L'Homme Qui Rétrécit et Je suis une légende, entre autres) et réalisé par Paul Stewart, la distribution de ce 26e épisode de la saison 3, intitulé La Petite Fille Perdue, réunit Charles Aidman, Robert Sampson, Sarah Marshall et Tracy Stratford. Attention, SPOILERS ! (1) En pleine nuit, Chris et Ruth Miller sont réveillés par les pleurs de leur petite fille Tina, 6 ans. Bien qu'il cherche sa fille, Chris ne la trouve pas, mais il continue de l'entendre, et la voix vient de sous le lit de l'enfant.
Le chien court sous le lit et disparaît lui aussi brusquement. Aidés par Bill, un ami professeur de physique, le couple cherche leur enfant et le chien. 
Bill comprend qu'une porte s'est brusquement ouverte sur la quatrième dimension, et que la fille et l'animal y sont entrés. Grâce à ses connaissances mathématiques, Bill dessine la porte sur le mur derrière le lit. Ils n'ont que quelques minutes pour faire venir l'enfant jusqu'à la porte avant que celle-ci ne se referme pour toujours (1). En l'occurrence, La Petite Fille Perdue marque un tournant rédhibitoire dans The Twilight Zone.

En effet, pour la première fois, l'existence d'une quatrième dimension est clairement évoquée par l'un des principaux protagonistes, en l'occurrence Bill (Charles Aidman), un éminent scientifique qui possède de solides connaissances sur la science quantique. Pour Rod Serling, la quatrième dimension ne correspond pas seulement au temps qui passe. Elle constitue également un univers parallèle qui semble échapper à toute logique rationnelle. En l'occurrence, Rod Serling joue les visionnaires et fait preuve de médiumnité. Nous ne sommes qu'en 1962, mais déjà à l'époque, le créateur de The Twilight Zone annonce l'existence "d'imbrications interdimensionnelles".
Un jargon scientifique corroboré par Bill lui-même à un couple éploré par la disparition de leur fillette de six ans (tout au plus...). 

Pour Rod Serling, il existe dans notre monde contemporain, déjà sous l'égide de la technologie et de la science moderne, des réalités et des mondes qui nous échappent. Mondes qui seraient en corrélation avec notre propre univers sans que nous en ayons conscience. Rod Serling l'ignore encore, mais il vient de donner naissance à la théorie des cordes, plus connue sous le nom de la physique quantique. En résumé, notre monde serait traversé par d'autres dimensions. 
Dimensions dans lesquelles nous pouvons, par inadvertance, nous infiltrer. Pis, ces dimensions invisibles pourraient même influencer le cours de notre existence... en particulier dans La Quatrième Dimension ! Mais Bill et ses fidèles prosélythes doivent faire preuve de vaillance et de pugnacité pour vaincre un monde parallèle qui semble échapper à toute explication scientifique.

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Après avoir minutieusement fouillé toutes les pièces de la maisonnée, le scientifique et ses ouailles parviennent à dessiner une porte fictive à l'aide d'une craie. Pour le patriarche, Chris Miller (Robert Sampson), il est temps d'aller chercher sa fillette de l'autre côté du miroir (ou plutôt du mur...). Hélas, ce nouveau monde n'a rien d'un Eldorado. Confinée dans les ténèbres et dans un monde crépusculaire, la petite Tina (Tracy Stratford) pousse des cris d'orfraie.
Le fidèle canidé de la famille part à sa rescousse. Le père fait évidemment preuve de mansuétude et passe à travers cette porte fictive et interdimensionnelle... Mais pas à n'importe quelle condition... C'est d'ailleurs la grande révélation de cet épisode. Cette interpénétration dimensionnelle est appelée à se refermer. Inexorablement. Tenu vaille que vaille par le scientifique aguerri, Chris parviendra à ramener Tina dans notre monde réel. L'abnégation du savant finira par payer. 
Sans son soutien indéfectible, une partie du corps de Chris serait restée à jamais dans cette autre dimension, l'autre moitié gisant dans notre réalité... Bref, on tient là un épisode complexe qui fait appel à l'érudition du spectateur avisé. Pour les fans, La Petite Fille Perdue constitue l'un des épisodes les plus savoureux et surtout les plus effrayants de toute la série. Bien des années plus tard, cet épisode inspirera, entre autres, le scénario de Poltergeist (Tobe Hooper, 1982).

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_26_:_La_Petite_Fille_perdue

 

Le Menteur (Episode 30, saison 3)

 

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Année : 1962

 

Pour le scénario de ce nouvel épisode, intitulé Le Menteur (épisode 30, saison 3), Rod Serling s'adjoint les services et l'érudition de Frederick Louis Fox. Lamont Johnson assure la réalisation. Ce cinéaste s'est surtout illustré dans l'univers de la série télévisée. On lui doit notamment L'homme à la carabine (1958), Les Accusés (1961), Les Règles du Jeu (1968), ou encore Le jeune Docteur Kildare (1961). Mais revenons à l'épisode Le Menteur (Hocus-Pocus and Frisby de son titre original).
La distribution de cet 95e épisode de la série réunit Andy Devine, Milton Selzer, Peter Brocco, Dabbs Greer et Howard McNear. Attention, SPOILERS ! 
(1) Somerset Frisby, un épicier, agace tout le monde parce qu'il ment sans cesse et se fait passer pour un superhéros en inventant des exploits dans tous les domaines possibles. Le soir, tandis qu'il ferme sa boutique après avoir fait le plein de la voiture de deux clients, il est capturé et emmené dans un vaisseau extraterrestre. 

Là, il reconnaît ses clients, en réalité des aliens, qui lui avouent qu'ils sont très impressionnés par lui et ses connaissances phénoménales. Ils veulent l'emmener de force sur leur planète où ils collectionnent des spécimens hors du commun venus de différentes planètes. Frisby avoue qu'il est un menteur qui a inventé ses exploits, mais les aliens ne comprennent pas le sens du mot « mensonge » et ne renoncent pas à leur projet (1). Pour ce trentième épisode de la saison 3, Rod Serling joue les philosophes aguerris. En outre, le créateur de The Twilight Zone nous propose un débat sur le mensonge à travers un personnage fort en gueule, un certain Somerset Frisby. 
Pompiste et épicier de son état, ce quinquagénaire bedonnant passe la plupart de son temps à raconter des sornettes à ses clients d'infortune.

Heureusement, ces derniers font preuve de magnanimité et de prodigalité, écoutant doctement les affabulations de Frisby. En l'occurrence, ce vulgaire quidam, pur produit de l'Oncle Sam et de l'Amérique des "WASP", ne tarit pas d'éloges sur son compte. Si l'on se rapporte aux divagations de ce mythomane impénitent, Somerset Frisby a conduit vers la victoire les troupes américaines contre l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre Mondiale, a construit plusieurs modèles d'automobiles pour la Ford Motor Company et peut même prédire la pluie et le beau temps en scrutant le ciel et ses myriades de cumulus ningus. Evidemment, de telles hâbleries ont le mérite de provoquer l'hilarité et l'extatisme de ses nombreux comparses. Narquois, ces derniers ne sont pas dupes des jobardises de l'intéressé, au grand dam de Somerset Frisby.

Mais l'homme ventripotent n'en a cure, s'échinant à raconter quotidiennement ses rodomontades. Pour Rod Serling, le mensonge présente plusieurs avantages. Tout d'abord, il permet à l'individu de modeler son existence, même factice, de pouvoir mettre en scène une histoire et surtout de contourner le réel. De surcroît, le mensonge, quand il devient pathologique (mythomanie), permet de faire le grand écart entre le naturel et l'artificiel. Ce qui revient, in fine, à définir la différence entre le normal et le pathologique. Ainsi, le mensonge peut se fourvoyer à la réalité et vice versa.
Le mensonge est donc consubstanciel à la condition humaine. Et c'est cette douloureuse expérience que va apprendre à ses dépens M. Frisby... dans la quatrième dimension ! Ainsi, ses boniments vont l'amener à croiser la route de deux individus énigmatiques.

Ingénus, ces derniers ignorent la signification et les propres roueries d'un mensonge. Ce qui conduit Somerset Frisby à l'intérieur d'une soucoupe volante ! Nos deux hommes étranges sont donc des extraterrestres qui ont quitté une planète exsangue et menacée d'annihilation. Qu'à cela ne tienne, les connaissances faramineuses et l'omniscience de M. Frisby devraient permettre aux aliens de sauver leur monde. C'est par un habile stratagème, pour le moins incongru (un harmonica), que Frisby va pouvoir échapper aux vils desseins de nos êtres anthropomorphiques. 
Ce bref détour par la quatrième dimension va permettre à l'épicier corpulent de regagner son office sous le regard hébété et les railleries de ses amis. Evidemment, une telle escapade n'est possible que dans la quatrième dimension... Personnellement, j'avoue avoir une affection particulière pour cet épisode fantasque qui a sans doute inspiré (en partie) le final de Mars Attacks ! (Tim Burton, 1996).

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_30_:_Le_Menteur

 

Pour les Anges (Episode 2, saison 1)

 

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Année : 1959

 

Pour ce deuxième épisode de la saison 1, intitulé Pour les Anges, Rod Serling, à la fois le créateur et le scénariste de The Twilight Zone, s'adjoint les services et l'érudition de Robert Parrish à la réalisation. Ce cinéaste américain s'est notamment distingué avec L'Enfer des Tropiques (1957), L'Aventure du Rio Grande (1959), Casino Royale (1967) et Danger, Planète Inconnue (1969). La distribution de ce second épisode réunit Murray Hamilton, Ed Wynn, Dana Dillaway, Overholts et Merrit Bohn.
Attention, SPOILERS ! (1) Le 19 juillet 1960, Lew Bookman est un camelot-vendeur âgé de 68 ans qui réalise sans grand succès ses dernières ventes. Un homme habillé de noir (la « faucheuse »), vient l’avertir qu’il l’emmènera le soir même, à minuit. Bookman refuse de le suivre et parvient à le tromper en passant un marché de dupes avec lui. Furieuse d'avoir été jouée, la Mort provoque un accident qui blesse gravement une petite fille qui « prend la place » de Bookman.
Elle mourra à minuit, l'heure à laquelle Bookman devait initialement mourir.

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Déterminé, Bookman va tout essayer pour que la Faucheuse rate son rendez-vous. Il se lance alors dans le plus grand boniment de sa vie et parvient à faire rater son rendez-vous à la Mort (1). Après Solitude, un premier épisode pour le moins claustrophobique, Rod Serling euphémise la tonalité mortifère de la célèbre série science-fictionnelle. En l'occurrence, Pour les Anges s'ouvre de façon banale sur une scène de rue d'été. Lew Bookman, camelot-vendeur de son état, présente divers objets et vêtements de sa collection à la populace. Mais le monsieur chenu, toutefois en parfaite santé, fait surtout l'admiration des enfants. Le vieil homme s'acoquine et sympathise avec Maggie, une fillette de cinq ou six ans (tout au plus). Parallèlement, la Mort vient subrepticement s'immiscer dans le quotidien de Lew Bookman.

Contre toute attente, la Mort ne revêt pas les oripeaux d'un croquemitaine ni d'une faucheuse au physique ingrat et squelettique. En l'occurrence, la Mort s'apparente ici à un homme d'apparence normale, à la chevelure gominée et aux vêtements parfaitement apprétés. Pantois, Lew Bookman croit en une mauvaise gaudriole. Mais le vieux vendeur s'illusionne. Jamais, la Mort n'aura ressemblé d'aussi près à une sorte de ministère bureaucratique et administratif. 
Désormais, il est même possible de négocier les conditions de son décès. Mais gare à ne pas contrarier le pas empressé de la célèbre faucheuse sous peine de subir ses furibonderies ! Le cas de Lew Bookman n'est finalement qu'une croix supplémentaire dans le cahier des charges régenté par la Faucheuse.

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Certes, le vendeur replet tente bien d'esquiver une mort prochaine. La raison évoquée ? Lew Bookman désirerait jouer son dernier boniment et le consacrer au firmament. Une requête qui sera seulement entendue et possible dans la quatrième dimension... En l'état, difficile d'en dire davantage. Mais déjà, à l'époque, Rod Serling tance et admoneste une société morbide qui considère la mort comme une simple formalité bureaucratique. Heureusement, Lew Bookman n'en a cure. 
Par d'habiles stratégème, le soixantenaire égrillard va permettre à la fameuse Maggie d'échapper à un destin funeste. Le vieux camelot-vendeur peut partir en paix, évidemment doté de sa fameuse malette contenant (entre autres) des cravates et des montres défiant toute concurrence. Même la Mort se laisse appâter par le lucre et le vil marchandage. Telle est la conclusion finale de cet épisode aussi attendrissant que cynique.

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_2_:_Pour_les_anges

 

Personne Inconnue (Episode 27, saison 3)

 

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Année : 1962

 

Derrière ce 27e épisode de la saison 3, intitulé Personne Inconnue, on retrouve un certain John Brahm, un cinéaste allemand qui a débuté sa carrière dans les années 1930. On lui doit notamment Jack l'Eventreur (1944), La Pièce Maudite (1947) et Le Miracle de Fatima (1952). A partir des années 1960, John Brahm se centre presque essentiellement sur les séries télévisées, entre autres Les Accusés (1961), Le Jeune Docteur Kildare (1961) et Le Virginien (1962).
Pour le scénario de Personne Inconnue, Rod Serling, le créateur de The Twilight Zone, s'associe à Charles Beaumont, un cacographe surtout spécialisé dans les récits fantastiques et de science-fiction. 
La distribution de ce nouvel épisode de La Quatrième Dimension réunit Richard Long, Frank Silvera et Edmund Glover.

Attention, SPOILERS ! (1) L'histoire commence par une journée ordinaire. David Gurney, qui a trop bu, se réveille avec la gueule de bois. En retard à son travail, Gurney réveille sa femme mais celle-ci ne le reconnaît pas et, effrayée, prétend ne l'avoir jamais vu. Gurney, pensant à une mauvaise blague, se rend à son travail, mais là encore, personne ne le connaît et il est emmené dans un centre psychiatrique. Le médecin de l'asile lui permet de passer deux coups de fils, mais ni le meilleur ami de Gurney ni sa mère ne se souviennent de lui. Gurney, fou de terreur, s'échappe du centre psychiatrique, essayant de trouver un moyen de sortir de cet horrible cauchemar. Il se rend chez le photographe où sont déposées des photos de lui avec sa femme. Mais quand le psychiatre arrive et regarde la photo, David apparaît seul sur la photo et son épouse n'est plus visible (1).

Pour ce 27e épisode de la saison 3, Rod Serling s'appuie sur une dialectique qui tend à s'intervertir. Un procédé récurrent dans l'univers de La Quatrième DimensionBien que datant de 1962, Personne Inconnue est un épisode qui reste d'une effroyable actualité, s'inscrivant dans la mouvance de ces épisodes pessimistes et à la fin éminemment cruelle. Comme si le sort devait invariablement s'acharner sur le héros principal, ici un certain David Gurney.
Cet homme marié devient non seulement un inconnu aux yeux de son épouse qui ne le reconnaît plus, mais aussi un étranger à son travail, auprès de sa famille et dans notre société contemporaine. 
Pis, son nom a même disparu des registres officiels de la mairie. David Gurney ne tarde pas à être suspecté de troubles psychiatriques et psychasthéniques auprès de ses pairs.

Au détour d'une conversation, il rencontre un vieil homme persuadé d'être William Churchill. David Gurney serait-il à son tour victime de dépersonnalisation ? Pourtant, le jeune homme tonne et s'écrie : "Je sais qui je suis...". Peine perdue. Il restera un étranger aux yeux du monde. Déjà à l'époque, Rod Serling fustige et vilipende une société moderne en déliquescence dans laquelle l'individu, à force de se fondre dans la masse, n'existe plus. Il n'est plus que l'ombre de lui-même et un être condamné à disparaître sous le poids d'une nouvelle forme de capitalisme : l'hédonisme ad nauseam.
La perte identitaire fait donc partie des nombreux maux d'une société impitoyable et totalitaire. Et c'est la douloureuse expérience que va vivre David Gurney dans la quatrième dimension. 
Evidemment, la conclusion finale viendra, derechef, étayer le propos indéfectible de Rod Serling, visiblement tourmenté par le devenir de l'homme dans une société en pleine décrépitude.

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_27_:_Personne_inconnue

 

C'est Une Belle Vie (Episode 8, saison 3)

 

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Année : 1961

 

Ce huitième épisode de la saison 3, intitulé C'est Une Belle Vie, est l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Jerome Bixby. D'ailleurs, le cacographe vient prêter main forte à Rod Serling, le créateur de The Twilight Zone, pour scénariser ce nouvel épisode. James Shaldon, inconnu au bataillon, assure la réalisation. La distribution de ce huitième épisode réunit Bill Mumy, John Larch, Cloris Leachman, Don Keefer, Jeanne Bates, Max Showalter et Alice Frost.
Attention, SPOILERS ! (1) Anthony Fremont est un garçonnet capricieux de six ans qui a un pouvoir extraordinaire : il peut faire disparaître les gens, les animaux et les objets, les envoyant « dans le champ de maïs ». Il a d'ailleurs vidé le village de ses voitures et de ses chiens. 
Par conséquent, tout le monde a peur de lui et le flatte continuellement pour ne pas le mettre en colère. Un soir, ses parents organisent une soirée télévision, dont Anthony fabrique le programme.
En colère face à cette situation tyrannique, Dan Hollis, un voisin qui fête son anniversaire, se rebelle contre l'enfant, mais les autres invités terrifiés n'osent le soutenir, et Anthony fait disparaître Dan Hollis. La peur continue de régner (1).

 

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Premier constat, C'est une belle vie débute de façon incongrue et par une présentation de Rod Serling, toujours fidèle au poste. Le célèbre démiurge de la série science-fictionnelle nous présente tout d'abord la carte des Etats-Unis. La situation est alors exposée par un Rod Serling solennel : "Un beau matin, il y a quelques temps de cela, le reste du monde a disparu". Seul le petit village de Pitsville a survécu et semble avoir été épargné par ce mystérieux phénomène.
Hélas, les habitants de Pitsville vivent dans la terreur et sont perpétuellement menacés par un "monstre". Mais ce monstre n'est pas une créature hideuse sortie tout droit d'un livre de science-fiction. Ce "monstre" n'est autre qu'un jeune gosse de six ans, Anthony Fremont, au sourire narquois et au caractère atrabilaire.

Gare à ne pas contrarier les caprices et les moindres désidératas de ce bambin au visage mutin sous peine de disparaître dans un mystérieux champ de maïs ! Voilà pour les inimitiés ! Pour Rod Serling, c'est l'occasion ou jamais de présenter une communauté isolée et claustrée dans ses propres mensonges. Pour survivre, il faut toujours arborer un sourire infatué et surtout ne pas effaroucher le jeune Anthony Fremont. Dès lors, l'épisode accumule les petites anecdotes fantastiques tout en se montrant assez élusif sur ce qui a conduit cette petite communauté à accepter le joug d'un jeune bambin de six ans.
A l'époque, Rod Serling avait-il déjà perçu la future hégémonie de l'enfant-roi dans notre société consumériste ? A moins que cet épisode ne soit une allégorie sur cette petite communauté américaine qui s'est réfugiée dans la bien-pensance et n'est donc plus capable de communiquer. En l'état, difficile de répondre tant le producteur et scénariste se montre évasif dans son propos. Certes, Rod Serling tient un vrai bon concept, mais ne parvient pas réellement à l'exploiter ni à transcender son sujet. A l'image de la conclusion finale, assez décevante par ailleurs. 
Bref, sans être foncièrement honteux, cette nouvelle histoire ne se montre guère éloquente. A réserver uniquement aux fans de La Quatrième Dimension. Que dire de plus ?

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_8_:_C.27est_une_belle_vie

(Cuvée "La Quatrième Dimension" par Alice In Oliver)

 

17 février 2017

Cuvée Gore

En cette semaine où les couples se ruent sur La la land (Damien Chazelle, 2016) ou 50 nuances plus sombres (James Foley, 2017), la Cave de Borat aurait pu faire une énième cuvée pour la Saint Valentin. La troisième en fait pour couronner les quatre ans de cette divine Cave que vous aimez tant suivre. Votre cher Borat y a pensé pendant quelques temps, comme une cuvée se basant sur des clips racontant diverses histoires d'amour ou étapes de romance. Le problème est que la variété de clips évoquant cela se compte par milliers et d'ici que votre cher Borat trouve une conclusion à tout cela, il aurait eu mal à la tête. Votre interlocuteur a finalement décidé de laisser sa chance au jour suivant et aux sorties de la semaine. On connaît ses films mais rarement son nom. Un réalisateur de poids à Hollywood alignant un peu plus de 3 milliards de recettes sur dix films. Si je vous dis Gore Verbinski certains lèveront la main, si je dis Pirates des Caraïbes tout le monde lève le doigt. Cette cuvée sera donc consacrée à ce réalisateur bien mal connu du grand public, parfois évoqué comme un tâcheron par ses détracteurs. Faisons lui honneur d'une manière un peu particulière. Gore Verbinski est un réalisateur qui a toujours fait des films de studio, certains plus modestes que d'autres. 

Si l'on excepte la Fox et Regency pour A cure for wellness (solution de secours après la mort du projet "Bioshock" ?), chaque studio impliqué dans ses films le sont pour une raison. C'est pour cela que cette cuvée rétrospective sera composée de parties concernant à chaque fois un studio. Ready? Go! (attention spoilers)

  • Les années Dreamworks (1997-2002) : Le temps des expérimentations

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Gore Verbinski avec Nathan Lane et Lee Evans sur le tournage de La souris.

En 1994, Steven Spielberg, Jeffrey Katzemberg et David Geffen fondent Dreamworks SKG. Un nouveau studio de cinéma avec quatre sections bien distinctes. La première est consacrée aux films live action, Spielberg en fera une sorte de sous Amblin qui n'aura jamais l'impact auprès de ses fans à cause d'un manque de direction claire. La plupart de ses films depuis 1997 sont produits en grande partie par Dreamworks. La seconde consacrée aux films d'animation permet à Katzemberg de quitter Disney sur un dernier succès (Le Roi Lion, Minkoff, Allers, 1994) et de faire renaître en quelques sortes le rêve de Spielby de faire un studio d'animation (Amblin Animation a fermé ses portes en 1995). La troisième revient à la musique jusqu'à 2005. Il y avait également une section pour les jeux-vidéo qui a été englouti par Electronic Arts en 2000 et à l'origine de la franchise Medal of Honor (1999-2012). Après une carrière dans le clip-vidéo, Gore Verbinski hérite du troisième film produit par le studio après Le pacificateur (Mimi Leder, 1997) et Amistad (Spielberg, 1997). La souris n'est pas un gros budget (38 millions de dollars) et n'a pas de gros casting (Nathan Lane est surtout connu pour être la voix de Timon dans Le Roi Lion, Christopher Walken est avant tout un guest), mais en sortant pour les fêtes de Noël 1997, il s'offre un joli succès (un peu plus de 120 millions de dollars).

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Verbinski signe un premier film et succès lui ouvrant la voie d'une carrière en devenir. La souris a un pitch assez simple: deux frères (Lane et Lee Evans) héritent d'une maison à la mort de leur père (William Hickey) et se mettent à chasser la souris qui y réside. Verbinski compte bien exploser ce pitch à la dynamite en réalisant une sorte d'adaptation déguisée du cartoon Tom et Jerry. Jerry est toujours une souris, le chat est représenté par les deux frères, mais aussi un véritable chat (ce qui confirme la filiation) et même un dératiseur (Walken). Dès les premières minutes, le réalisateur assume parfaitement le côté cartoonesque du film en balançant le corps du père dans les égoûts de la manière la plus gaguesque possible. Dès que les héros seront dans la maison, leur relation avec la souris sera tellement nausive que la souris commencera à prendre goût à leur faire mal. Il n'y a qu'à voir le traitement fait au pauvre Christopher Walken qui visiblement a continué hors champ. Comparé à d'autres films avec des animaux, La souris ne joue pas sur l'anthropomorphisme avec l'animal en titre, ne cherchant pas non plus à la faire parler par voix-off ou avec la voix d'un acteur connu. La souris reste un animal, ce qui n'empêche pas Verbinski d'en faire un véritable personnage qui réfléchie et utilise sa malice pour contrer ses adversaires. La souris finit même par devenir plus attachante que les frères grâce au traitement qu'en fait le réalisateur. La souris lutte et c'est bien pour cela qu'on l'aime bien.

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Les héros veulent la déloger mais en soi ils ne savent même pas pourquoi ils le font. Comme le confirme le final, les trois peuvent cohabiter, c'est juste que les frères en font une fixette délirante et courent finalement à leur propre perte. De même, les deux frères ne se font plus confiance depuis bien longtemps, mais semblent se rapprocher quand ils traquent le rongeur. Le générique prévient assez rapidement : si la fabrique commence à sentir le roucis c'est aussi à cause de ces fils qui ne se sont pas impliqué assez tôt, au point de ne pas avoir senti le vent tourner. A deux ils sont meilleurs le tout sous le regard de leur père. A plusieurs reprises, on peut remarquer des plans montrant le portrait du paternel. Verbinski s'amuse alors à transformer plus d'une fois le tableau avec une expression différente. Choqué quand il voit son fils (Evans) coucher avec son arriviste de femme (Vicki Lewis), ce qui pourrait être la réaction du jeune public (le film est PG) face à une scène un peu trop gourmande. Sévère quand il voit ses idiots de fils fuir leurs responsabilités. Lever les yeux au ciel pour regarder la souris postée sur le tableau. Enfin, heureux quand il voit ses fils s'en sortir. Finalement, La souris peut se voir comme un conte moral, en plus d'une comédie délirante où la voie de la raison se présente sous le profil d'un petit animal. 

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Je crois qu'il est désespéré.

Ce film permet également de voir un aspect qui reviendra beaucoup dans la carrière du réalisateur: la relation de confiance avec ses collaborateurs. Phedon Papemichael sera son premier chef opérateur et ce dernier le suivra par la suite sur The Weather man (2005), soit deux films tournés en hiver. De même pour Alan Silvestri également compositeur de son film suivant Le Mexicain (2001) et qui a bien failli signer le premier Pirates des Caraïbes si Jerry Bruckeimer n'avait pas imposé Hans Zimmer. Par la suite, cette confiance s'est élargi à différentes personnes: Johnny Depp en tant qu'acteur (aussi bien sur les Pirates des Caraïbes que Rango et The Lone ranger); le producteur Jerry Bruckeimer (la trilogie Pirates des Caraïbes, The Lone ranger); les chefs opérateurs Dariusz Wolski (Le Mexicain, la trilogie Pirates des Caraïbes, quatre films à la photo assez solaire dans l'ensemble) et Bojen Bazelli (The Ring, The Lone ranger et A cure of wellness, soit des films à la photo très sombre); et les compositeurs Klaus Badelt (sur La malédiction du Black Pearl et La machine à explorer le temps qu'il a coréalisé), Hans Zimmer (depuis The Ring jusqu'à The Lone Ranger) et Benjamin Wallfisch (A cure for wellness). Malgré le succès de La souris, le film suivant de Gore Verbinski ne se fera pas avant 2000.

Le Mexicain : Photo Brad Pitt, Gore Verbinski, Julia Roberts

Gore Verbinski avec Brad Pitt et Julia Roberts sur le tournage du Mexicain.

Une production un peu plus indépendante au départ, vite rattrapé par l'arrivée du duo Julia Roberts / Brad Pitt . L'occasion pour le réalisateur de se frotter à son premier Restricted (le premier sur trois), le film étant graphique quand il fait parler la poudre sans compter le langage. Le Mexicain (2001) n'est clairement pas un grand film, ni un cru génial de Gore Verbinski. On ne s'étonne même pas que certains l'ont oublié ou qu'ils ne savent pas qu'il en est le réalisateur. Toutefois, le réalisateur se permet d'expérimenter sur le récit et certains aspects qui reviendront dans sa filmographie. Ainsi, l'accent est beaucoup mis sur la caractérisation des personnages. Brad Pitt incarne une petite frappe qui a le chic de s'embourber dans diverses catastrophes. Sa compagne jouée par Roberts est assez caractérielle quand le personnage de James Gandolfini se veut plus calme malgré son statut de tueur. Qui plus est gay, ce qui n'était pas très répandu dans une production hollywoodienne à cette époque. Le regretté interprète de Tony Soprano livre d'ailleurs une prestation assez remarquable, visiblement une de ses plus appréciées. Un personnage qui brouille les pistes de par sa sensibilité et permet de berner tout le monde jusqu'au spectateur dans un twist un brin tiré par les cheveux.

Le Mexicain : Photo James Gandolfini, Julia Roberts

Verbinski s'essaye même au récit à Macguffin (récit autour d'un objet que le héros doit trouver), chose qu'il reprendra largement dans les Pirates des Caraïbes (la clé, le coffre de Davy Jones, la carte des mers). Ici, il s'agit d'un pistolet nommé le Mexicain avec une légende que le scénariste JH Wyman modifie constamment selon les individus concernés. Toutefois, si Le Mexicain n'est pas un cru désagréable à regarder, il est beaucoup trop long pour l'intrigue qu'il développe. Une demi-heure en moins n'aurait pas été de trop. Initialement Gore Verbinski n'a rien à voir avec la seconde adaptation cinématographique de La machine à explorer le temps (HG Wells, 1895). En 1999, Steven Spielberg lance le projet et Simon Wells part sur sa première production live-action après plusieurs années passées à Amblin Animation et Dreamworks, trop heureux de rendre hommage à son ancêtre romancier. Le réalisateur perd petit à petit pied durant le tournage et Spielberg est le premier à l'aider. Cela ira jusqu'au malaise que le réalisateur a qualifié par la suite d'attaque de panique. Toujours aux affaires à Dreamworks (à cette époque, il travaille sur le remake de Ring), Verbinski se voit proposer d'aider Wells dans l'incapacité de reprendre le travail (il s'occupera toutefois de la post-production). 

La Machine à explorer le temps - Time machine : Affiche

Il termine les dix-huit jours de tournage qu'il restait à faire. Il semblerait que ce soit pour des séquences impliquant les morlocks. Verbinski n'est à ce jour toujours pas crédité même comme co-réalisateur. Toutefois il est remercié dans les crédits. Comparé à ce qui est souvent dit autour de cette adaptation (2002), elle n'est pas si catastrophique. C'est un film tout ce qu'il y a de plus correct, loin d'être aussi bon que le film de George Pal (1960) mais avec un charme qui s'en dégage. Il a toutefois un peu pris sur certains plans, quelques fonds verts ou cgi n'aidant pas (à l'image des morlocks à quatre pattes que l'on filme de traviole pour ne pas montrer la laideur des effets spéciaux). Le contexte est totalement différent de l'oeuvre originale ou du film de Pal. Ici, l'inventeur (Guy Pearce) s'active à finir sa machine par desespoir. Il s'agit dans un premier temps d'une manière d'éviter la mort de celle qu'il aime (Sienna Guillory). C'est peut être là où le réalisateur va peut être un peu trop vite en passant très rapidement de la romance à la science-fiction futuriste pure. Le héros n'effectue qu'un essai pour la sauver et à nouveau cela ne fonctionne pas, donc il part pour le futur. Une décision qui paraît un peu improbable d'autant que sa machine fonctionne. Il peut donc essayer plusieurs fois sans problème.

 La Machine à explorer le temps - Time machine : Photo Guy Pearce

Une fois dans le futur, le film devient un peu plus intéressant. Wells dévoile un univers finalement assez crédible et là aussi prenant le pas sur l'adaptation initiale. Si le contexte en 802 701 est quasiment identique, ce qui se passe avant est assez différent du film de George Pal. Le premier film se rapprochait plus de son époque, évoquant la Seconde Guerre Mondiale et une possible guerre nucléaire. Ici Wells mise davantage sur une exploration spatiale qui a mal tourné (la Lune a fini par se désagréger et à se découper en plusieurs morceaux à cause de cités terriennes sur le satellite). Pas plus mal car montre que l'Homme reproduit parfois ses erreurs ailleurs et qu'en faisant cela il court à sa propre perte. Quant à l'inventeur, son temps n'est plus au passé mais au présent et son présent est désormais en l'an 802 701. Donc contrairement à la version avec Rod Taylor ou même au livre, l'inventeur ne reviendra pas au point de départ, vivant pleinement son aventure. Un point de vue pour le moins intéressant et assez logique compte tenu du passif du personnage. Je ne ferais pas de réel commentaire sur The Ring (2002), puisque votre cher Borat en reparlera dans une possible cuvée sur la saga Ring (1998-). Il n'en reste pas moins deux choses essentielles le concernant.

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Gore Verbinski avec Martin Henderson et Naomi Watts sur le tournage de The Ring.

La première est qu'il s'agit d'un remake réussi où le réalisateur reprend toute l'intrigue du film d'Hideo Nakata (1998), tout en laissant place à sa personnalité. La photo est froide au possible, la vidéo qui sert de leitmotiv au film est bien plus glauque que l'originale et la mythologie autour de Samara / Sadako est un peu changée. La seconde est que The Ring est un véritable billet de sortie pour Gore Verbinski. Partir de Dreamworks avec un énième succès (ses trois films solo ont tous dépassé les 100 millions de dollars de recettes) lui permet de s'embarquer vers des horizons bien plus sensationnelles et confirme son statut de réalisateur à suivre.

  • Les années Paramount (2005-2011) : Le temps de l'intimisme

The Weather Man : Photo Gore Verbinski, Nicolas Cage

Gore Verbinski avec Nicolas Cage sur le plateau de The Weather man.

Entre deux blockbusters chez Disney (La malédiction du Black Pearl, puis le dyptique qui lui sert de suite), Gore Verbinski prend le parfait contrepied en revenant à quelque chose de plus intimiste. Curieusement, il ne revient pas chez Dreamworks. Il faut dire que le studio a commencé à perdre de la vitesse après son départ, manquant d'une réelle identité propre et se contentant souvent de coproductions avec d'autres studios. The Weather Man (2005) sort d'ailleurs la même année où Paramount rachète le studio. Cette même Paramount qui produit ce film au budget incroyablement modeste (22 millions de dollars), le plus bas du réalisateur par la même occasion. De même, il s'agira du premier flop de Verbinski avec un peu plus de 19 millions de dollars de recettes. Malgré l'aura que Verbinski a acquis sur ses premiers films, le film ne se vend pas sur son nom mais plutôt sur celui de son acteur principal. Il n'est jamais fait mention par exemple d'un "par le réalisateur de Pirates des Caraïbes" sur l'affiche du film. La place est laissée à Nicolas Cage encore porteur d'un certain star power, loin des films arrivant en vod ou en dtv. The Weather man confirme surtout une chose essentielle avec cet acteur: il n'est jamais meilleur que quand il va vers des petits budgets et des films plus intimistes. C'est comme cela qu'il a eu l'Oscar avec Leaving Las Vegas (Mike Figgis, 1995) et The Weather man est aussi un beau cas d'école. 

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Verbinski lui offre sur un plateau d'argent ce rôle d'homme dépassé par un quotidien catastrophique. Présentateur météo dont on balance toutes sortes de nourriture à cause de prévisions potentiellement ratées. Divorcé et incapable de rétablir un semblant de relation de confiance avec son ex-femme (Hope Davis). Un père qui ne comprend pas vraiment ses enfants, mais sait être là pour les soutenir au bon moment (on reconnaîtra Nicholas Hoult, encore loin d'être un warrior). Un enfant en passe de perdre son père (Michael Caine parfait et tout en retenue). Cage est parfait en homme au bout du rouleau et qui est souvent à ça de péter un plomb. Le seul point de contrôle semble être le tir à l'arc, un sport initialement prévu pour sa fille et qu'il pratique régulièrement ensuite. Il n'y a que peu d'acteurs capables de passer du calme le plus glaçant à la folie furieuse en quelques secondes. Verbinski n'a donc pas choisi Cage pour rien et le film en est grandement aidé. Dans son étude du personnage, Verbinski signe un film pas si éloigné du Mexicain, mais en plus réussi. Moins long, mieux géré au niveau du rythme et mieux écrit. On relèvera le recours à la voix-off à la première personne (la seule fois dans sa carrière malgré une utilisation dans ses deux premiers films et Rango), un procédé qu'utilisera la même année Nicolas Cage dans Lord of War (Andrew Niccol, 2005).

The Weather Man : Photo

Après le dyptique Le secret du coffre maudit / Jusqu'au bout du monde (2006-2007), Gore Verbinski laisse place à une longue absence qui se terminera avec la sortie de Rango (2011). Dès 2008, le réalisateur est rattaché à une adaptation du jeu-vidéo Bioshock (2007). Un FPS déjà fort cinématographique mettant en scène le rescapé d'un accident d'avion en 1960. Ce dernier finissait par découvrir la cité Rapture et des secrets qui finiront par le dépasser. Verbinski devait la faire pour Universal pour une sortie en 2010 sur un scénario de John Logan. Il y a eu deux problèmes. Le premier est que le film était potentiellement trop cher pour les recettes qu'il pouvait effectuer. Le second est que Verbinski souhaitait un film Restricted, ce qui ne convenait pas au studio voulant éviter un bide à la Watchmen (Zack Snyder, 2009). Comme beaucoup de projets qui ne s'étaient pas fait chez Universal à la même époque ("Les montagnes hallucinées" de Guillermo del Toro et "La tour sombre" de Ron Howard), "Bioshock" a été annulé huit semaines avant le début du tournage. Verbinski laissera la place de réalisateur à Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard), tout en gardant un oeil de producteur. Universal n'entendra rien et en 2010 le film est définitivement annulé. Quand la première bande-annonce d'A cure for wellness a été diffusé en octobre dernier, beaucoup y ont vu un moyen pour le réalisateur d'exorciser des idées de "Bioshock".

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Bioshock (concept-art film) (3)

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Concept-arts de Kasra Farahani pour le projet "Bioshock".

Une technique qui est arrivé plus d'une fois chez des réalisateurs, permettant parfois d'exorciser des idées (ET est un dérivé du projet "Night skies"). Quand il revient à Paramount juste après cette malheureuse aventure, le réalisateur va à nouveau vers quelque chose de plus intimiste. Certes le budget est plus gros que celui de The Weather man (135 millions de dollars), mais il y a une raison à cela: Gore Verbinski s'attaque à l'animation. Au vue de son passif avec Dreamworks, on aurait pu penser que le réalisateur irait voir les équipes de Katzemberg pour réaliser Rango. Il n'en sera rien puisque le réalisateur fera appel à ILM. La société d'effets-spéciaux crée par George Lucas a moult fois prouvé son apport majeur aux images de synthèse depuis les 80's et Rango permit à la société de réaliser un long-métrage d'animation entier. D'autant plus fort que Rango symbolise avec Wall-e (Andrew Stanton, 2008) un avènement de l'animation photo-réaliste, même si Verbinski garde un style assez cartoonesque hérité de La souris. De même, si le film n'a pas de directeur de la photographie comme souvent dans le cinéma d'animation, il peut se permettre d'avoir Roger Deakins en "cinematography consultant" (poste qu'il avait d'ailleurs aussi sur Wall-e).

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Gore Verbinski lors de la préparation de Rango.

Un chef opérateur qui a pris l'habitude de filmer des décors désertiques (Sicario, Jahread, Coeur de tonnerre), mais aussi des films se jouant du western. On pense à deux films des frères Coen en particulier. No Country for old men (2007), western urbain dont le début se situe dans un désert américain. The Big Lebowski (1998), film jouant d'un discours meta dans son ouverture, dézinguant la figure de héros habituel (le Dude un personnage tout sauf charismatique et qui finit souvent par avoir mal), mais aussi le genre western (la chanson country, le tumbleweed qui défile de plan en plan et un narrateur qui se trouvera être un bon vieux cowboy). Ce qui est le cas également de Rango. Dès les premières minutes, Gore Verbinski joue d'un discours meta assez subtil, que ce soit à travers des références précises du cinéma ou de son acteur principal ou la personnalité même de son héros. Rango est un caméléon qui ne sait pas vraiment qui il est, ce n'est même pas son vrai nom (on peut déjà voir une allusion à Sergio Leone). Mieux il est acteur et tout le long du film, il ne va cesser de jouer un rôle. Celui d'un héros, d'un shérif, d'un pistollero, d'une légende. Son introduction se fait même par le prisme du théâtre (sa scène est sa cage de verre, ses partenaires des mannequins ou jouets) avant de briser littéralement le quatrième mur quand la cage se brise sur la route. 

Arizona dream

rango poisson 

Comme un petit air de ressemblance.

Rango trouve sa personnalité en devenant le héros qu'il a créé de toute pièce et en faisant de la ville une scène grandeur nature. Par la même occasion, Verbinski s'amuse avec la filmographie de son doubleur principal (Johnny Depp). Rango finit par attérir sur le pare-brise de Raoul Duke et de Gonzo, les personnages de Las Vegas Parano (Hunter S Thompson, 1972). La représentation des personnages est d'ailleurs assez éloignée du film de Terry Gilliam (1998), Duke ressemblant davantage à Thompson et Gonzo n'a rien à voir avec Benicio del Toro. Puis il y a ce poisson mécanique qui flotte dans les airs, clin d'oeil évident à un plan mythique d'Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993). Le premier teaser servant de façade au site web montrait même le poisson passant sur la route comme si de rien était. On peut rajouter le côté particulièrement excentrique du personnage renvoyant directement à Jack Sparrow. Le plus bel hommage que fait Verbinski est certainement à Clint Eastwood en personnifiant l'acteur en Esprit de l'Ouest à son effigie dans la Trilogie du dollar (Leone, 1964-66). Si Timothy Olyphant l'incarne en VO, la référence est d'autant plus soulignée dans la VF par le choix de prendre Hervé Jolly. Si Jolly ne l'a pas doublé dans tous ses films, il reste une des voix régulières de Clint Eastwood en France. Un clin d'oeil de la version française plutôt bienvenu. En soi, Rango n'est pas un vrai western, ni même un western urbain comme le Coen suscité. 

rango las

Rango clint

Des références iconiques qui alimentent le discours meta du film.

C'est un film qui se joue des codes du genre (mais n'est pas une parodie) et finit par en devenir un, confirmant par la même occasion l'évolution du héros / film. La différence avec The Lone Ranger (2013) qui est un véritable western. Ainsi, le film se déroule bel et bien dans le monde actuel (dont Rango est le seul animal représentant) et la ville est en revanche une vision revisitée d'une ville de western. Au passage, le réalisateur se fade d'un discours écologiste plus que crédible quand on connaît les dérives de Las Vegas. Un point de vue qui apparaît sous la forme d'une résolution après avoir été le fil rouge du film et qui gagne une importance forte. Le film étant PG, son potentiel impact sur un public large est une véritable gageure. Comme on peut le voir tout le long de sa carrière, Gore Verbinski s'est toujours amusé des classifications et Rango ne déroge pas à la règle. Malgré un PG assez invraisemblable, il installe le spectateur dans un univers particulièrement violent (comme dans tout western), un des premiers plans présentent un tatoo coupé en deux et on fume et boit de l'alcool. Un personnage dira même être allé voir des filles de joie! Enfin, Verbinski et Zimmer orquestrent une scène démente de poursuite avec un medley comprenant La chevauchée des Walkyries (Richard Wagner, 1870) et Le beau danube bleu (Johann Strauss, 1866) presque parfaitement synchronisé avec les images. 

Zimmer se permet même des allusions à Ennio Morricone, après avoir ouvertement cité Il était une fois dans l'Ouest (1968) dans le troisième Pirates des Caraïbes. Rango est ironiquement une consécration pour Gore Verbinski qui voit enfin son travail récompensé à sa juste valeur. Le film est un beau succès en salle, un véritable succès critique et surtout il obtient l'Oscar et le Bafta du meilleur film d'animation à la barbe de deux productions Dreamworks. Ce qui en fait peut être le film le plus important de sa filmographie et en tous cas un de ses plus aboutis.

  • Les années Disney (2003-2013) : Le temps des blockbusters spectaculaires

Pirates des Caraïbes : la Malédiction du Black Pearl : Photo Johnny Depp

Après le succès de The Ring, Gore Verbinski est rapidement engagé pour réaliser Pirates des Caraïbes: La malédiction du Black Pearl. Le projet est lancé un an plus tôt par les studios Disney cherchant à produire des films basés sur des attractions de Disneyland. La première en date pour le cinéma (il y a eu un téléfilm basé sur La tour de la terreur avec Steve Guttenberg et Kirsten Dunst en 1997) fut The country bears (Peter Hastings, 2002). Un vrai fiasco diffusé dans peu de pays et qui a grandement fait douter le studio sur le potentiel commercial de Pirates des Caraïbes (Disney continuera avec Le manoir hanté de Rob Minkoff et Tomorrowland de Brad Bird). Jerry Bruckeimer se rajoute à l'équation, donnant au projet une certaine envergure. Les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio travaillent sur le film, se basant notamment sur le jeu-vidéo Monkey Island (1990). Verbinski espère revenir au charme des films d'aventure d'autrefois, d'autant que le film de pirates n'est plus apparu au cinéma depuis le flop commercial de L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995). Pirates des Caraïbes est donc un pari risqué sur lequel Disney a un peu peur de miser même s'il le place en pleine canicule estivale. Au final, le film deviendra le plus gros succès de l'été 2003, pulvérisant la concurrence sur place (Terminator 3 et Bad Boys 2 ne réussiront jamais à passer les 200 millions de dollars de recettes sur le sol américain).

De là à en faire une franchise, il n'y avait qu'un pas... Dès l'ouverture du film, Verbinski met en place les principaux protagonistes du film. Gibbs (Kevin McNally) parle du Black Pearl, bateau fantôme que voit Elizabeth Swann (Keira Knightley) enfant et dont semble venir Will Turner (Orlando Bloom). C'est elle qui signale sa présence et c'est la première personne qu'il voit après le naufrage. L'amour brille sous les étoiles... On peut voir également des personnages qui auront leur importance par la suite à l'image du gouverneur Swann (Jonathan Pryce) et du commodore Norrington (Jack Davenport) et évidemment la pièce aztèque manquante. De même, il iconise Jack Sparrow (Johnny Depp) dès sa première apparition, permettant au spectateur d'avoir déjà un aperçu clair du personnage: une sorte de rock star chez les pirates. Un personnage qui alimente les légendes autour de lui, quitte à travestir une réalité peu reluisante. Depp est d'ailleurs dans un cabotinage plutôt positif, car les facéties de son personnage permettent de rythmer le film et ne sont pas encore un ressort comique pénible. Par la même occasion, le film est un continuel jeu du chat et de la souris avec des personnages poursuivant d'autres personnages durant tout le film. De l'attraction, il reste quoi? Pas grand chose mais Verbinski et les scénaristes ponctuent le film de divers clins d'oeil.

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On a les prisonniers essayant d'amadouer le chien aux clés, Tortuga et son lot d'ivrognes et évidemment les pirates squelettes. Le fantastique est amené par ces derniers et avec des cgi qui ont encore aujourd'hui de beaux restes. On peut même dire que les pirates squelettes sont un véritable ressort angoissant dans les trois quarts de leurs apparitions, voire peuvent déranger le jeune public. PG-13 ou pas, le film a un beau lot de morts sur son chemin. Il n'y a qu'à voir la scène de l'assaut sur le navire du commodore où l'équipage se fait globalement décimé. Après être allé faire The Weather man, revoilà le réalisateur avec Pirates des Caraïbes 2, qui va vite devenir un dyptique comme le furent autrefois Retour vers le futur 2 et 3 (Robert Zemeckis, 1989-90) et Matrix Reloaded et Revolutions (Wachowski, 2003). Avec évidemment des sorties qui les séparent de quelques mois et un tournage gargantuesque. Tournage qui a eu quelques dommages dus à l'ouragan Wilma avec des bateaux dégommés. Des retards qui n'ont pas empêché les films de sortir à temps. Contre toute-attente, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde sont des films aux scores encore aujourd'hui impressionnants, d'autant plus à une époque où la 3D n'était pas revenue sur le devant de la scène. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Gore Verbinski, Johnny Depp

Johnny Depp un peu dépassé et Gore Verbinski en forme sur le tournage du Secret du coffre maudit.

A eux deux ils totalisent près de 2 milliards de dollars de recettes, ce qui en fait les deux plus gros succès de 2006 et 2007. Pour ce qui est de la qualité des films, c'est en revanche un peu plus compliqué. Verbinski opte pour deux approches différentes. Le secret du coffre maudit est un gros film d'aventure continuant parfaitement ce que le réalisateur a entrepris dans le premier opus. Jusqu'au bout du monde est en revanche un film très lent où il faut bien avouer il ne se passe pas grand chose avant les quarante dernières minutes. Ironiquement, c'est le film qui est censé faire la transition qui est le plus réussi (ce qui était déjà le cas de Retour vers le futur 2 et Reloaded, même si pour ce dernier ce n'était pas très dur). Le troisième volet est malheureusement trop long, particulièrement bavard et endort même un peu le spectateur avant un réveil soudain deux heures après le début du film. Il tire malheureusement ce second volet général vers le bas, alors qu'il avait si bien commencé. Comme sur le premier épisode, Verbinski commence le second volet sur Elizabeth et Will, déjouant même l'issue du film précédent. Tous les personnages liés à Sparrow sont désormais considérés comme des pirates et voient l'autorité comme un nouvel ennemi, symbolisée par Lord Beckett (Tom Hollander). Le parfait paradoxe de l'homme d'Etat qui devient aussi crapuleux que ceux qu'il est censé traqué. Mieux encore, il tire toutes les ficelles y compris Davy Jones et ses hommes poissons en possédant son coeur dès la fin du second opus. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Keira Knightley

Une crapule qui finira dans un brasier pas peu mérité (même si Verbinski aurait pu couper sa descente pour nous éviter un incrustation un brin foireuse). A eux seuls, les deux derniers volets de la franchise signés par Gore Verbinski ont un nombre de morts assez spectaculaires, allant du simples figurants aux personnages marquants. L'introduction du troisième opus annonce même la couleur d'une conclusion qui se fera dans le sang et les flammes. La mort du gouverneur Swann est traitée métaphoriquement (il passe dans le monde des morts devant sa fille bel et bien vivante); des pirates pendus durant l'ouverture; Singapour à feu et à sang; Norrington tué; le sidekick de Beckett (David Schofield) dans la mort la plus graphique du film; Chow Yun Fat à peine arrivé qu'il se fait liquider... S'il est le moins réussi des films de Gore Verbinski, il n'en reste pas moins l'épisode le plus meurtrier et ce malgré un PG-13 de moins en moins rassurant. Le réalisateur et ses scénaristes n'épargnent même pas le couple phare de la saga et l'ouverture du second opus était peut être prémonitoire. Elizabeth et Will sont des amants maudits, devant faire face à l'héritage et les erreurs laissés par leurs parents. L'une perd sa seule famille (son père), l'autre essaye de sauver son père (Stellan Skarsgaard) sans y parvenir réellement.

PIRATES KISS

Sans compter un final tragique rendant la tâche encore plus difficile ("Une journée sur terre pour sept années en mer")... Elizabeth gagne d'ailleurs du galon, passant d'une jouvencelle en détresse à une guerrière et seigneur des pirates durant ces deux volets. Probablement le seul personnage féminin qui évolue réellement dans la franchise. Si Davy Jones est un méchant particulièrement charismatique dans le premier volet du dyptique, il est tellement relégué au second plan dans le second que ses apparitions marquantes sont rares. Heureusement les quarante dernières minutes lui laissent largement la place. Jack Sparrow agace malheureusement beaucoup. Si les gags du second opus peuvent encore amuser le spectateur, le one man show de Johnny Depp a tendance à beaucoup lasser dans le troisième opus. Il est finalement assez bénéfique que Gore Verbinski fasse revenir Geoffrey Rush (information qui n'avait pas filtré avant la sortie du second volet, ce qui tiendrait presque du miracle aujourd'hui), qui plus est en le faisant passer du bad guy au compagnon de mer particulièrement important. Verbinski revient également au récit à MacGuffin. Si le premier volet avait le médaillon à la rigueur, il n'était pas à proprement parler un MacGuffin puisque la principale quête était de retrouver le fils Turner. Dans le second film, le point de départ est de savoir qui obtiendra le coeur de Davy Jones le premier. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Bill Nighy

Ce qui amène à un des morceaux de bravoure les plus jouissifs vus durant les 2000's avec ce combat à trois sur une roue lancée à pleine vitesse. D'un côté, l'homme trahi par celui qu'il pensait être son ami. De l'autre, celui qui est tombé en disgrâce à cause du premier et du second. Au milieu, le dit coupable. D'autant plus fou que Gore Verbinski et ses équipes ont quasiment tourné la séquence tel quel, ce qui tient de la véritable prouesse. Des scènes spectaculaires, les deux films en regorge et notamment dans les climax des deux films. D'un côté, le Black Pearl faisant face à un kraken récalcitrant. De l'autre, deux bateaux s'affrontant sur les rives d'un maelstrom! Deux morceaux de bravoure exemplaires où Verbinski se sert d'un budget conséquent pour des spectacles ambitieux et de qualité. On ne peut pas en dire autant de certains réalisateurs faisant des films de studio (n'est-ce pas Roland Emmerich?). Verbinski et les scénaristes permettent même à Disney une possible suite avec une fin ouverte menant à la fontaine de jouvence. Inutile de dire que Disney, Bruckeimer, Rossio, Elliott et le réalisateur Rob Marshall ont foncé directement dedans pour un quatrième volet de sinistre mémoire (2011). Verbinski préféra en rester éloigné et on l'en remerciera jamais assez. La fin d'un cycle.

pirates maelstrom

Après Rango, le réalisateur décide de persévérer dans le western en s'attaquant à une figure de la pop culture américaine. Issu d'un feuilleton radiophonique (1933-54) et des serials, le Lone Ranger et son fidèle compagnon indien Tonto gagnent en popularité avec la série télévisée d'ABC (1949-57). Plusieurs séries et téléfilms seront réalisés par la suite, au point d'engendrer un spin-off peut être plus connu encore Le Frelon Vert (1966-67) qui mettait en scène le petit-neveu du Lone Ranger. Durant les 2000's, Columbia se voit intéressé par le ranger et prévoyait notamment de faire de Tonto un personnage féminin. Le projet tombe à l'eau et à bien failli finir entre les mains des Weinstein. Dès 2008, Disney achète les droits pour une adaptation cinématographique où Bruckeimer et Depp sont rapidement impliqués. Mike Newell, réalisateur de la production Disney / Bruckeimer Prince of Persia (2010), est dans un premier temps envisagé. Le flop de l'adaptation du jeu-vidéo d'Ubisoft a dû surement joué dans son éviction, laissant la place à Verbinski. Armie Hammer est alors engagé pour incarner John Reid, le fameux Lone ranger. Jugé trop cher par le studio, le projet fut pendant un temps sur la voie de l'annulation avant que les différents protagonistes décident de baisser le coût du film. 

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Gore Verbinski avec Armie Hammer et Johnny Depp sur le tournage de The Lone Ranger.

Devant sortir dans un premier temps en mai 2013, The Lone Ranger se prend de plein fouet le succès fracassant de Moi moche et méchant 2 (Coffin, Renaud) à l'été 2013, tout comme Pacific rim (Guillermo del Toro) ou The Wolverine (James Mangold). Si le film a tout de même réussi à dépasser son budget de 215 millions de dollars (260 millions de dollars de recettes en tout... soit le budget initial du projet), les chiffres US sont très mauvais (89 millions). Il s'agit d'un semi-échec commercial en quelques sortes au même titre que les malheureux John Carter (Andrew Stanton, 2012) et Tomorrowland. Pire encore, le film se fait dézinguer par la critique qui ne se fait pas prier pour taper sur un blockbuster aussi cher. Après le triomphe de Rango, la douche froide. A l'époque de sa sortie, votre cher Borat était déjà un des défenseurs de The Lone Ranger et il l'est encore aujourd'hui. L'avant-dernier film de Gore Verbinski est certainement un des blockbusters les plus généreux des 2010's et opte pour une vision du western qui n'est pas sans évoquer un certain Little Big man (Arthur Penn, 1970). Le réalisateur reprend le principe d'un vieillard (Tonto) racontant à quelqu'un un récit antérieur, en l'occurrence ici sa rencontre avec John Reid. Mieux, il se sert de ce blockbuster à grand spectacle pour dézinguer une certaine vision des USA, comme il l'a fait sur son précédent film.

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Tonto, une des dernières traces vivantes d'un peuple décimé.

En prenant le point de vue de Tonto dès les premières minutes, le réalisateur montre un certain visage de ce qu'est devenu l'Indien aux USA dans les 30's. Un personnage de foire, un cliché que l'on vient voir pour l'exotisme contre quelques dollars. Tout au long du film, le réalisateur se tiendra bien de prendre le point de vue du peuple indien, peuple massacré par l'Homme Blanc désireux de toucher ses terres. Par quelques plans, on peut voir que l'Homme Blanc s'aide également de main d'oeuvre asiatique, confirmant que les lignes de chemins de fer se sont faits sur le sang des natifs et des immigrés venus chercher le rêve américain. Bien que le nom diffère, le personnage de Barry Pepper n'est pas sans rappeler le général Custer, grande figure des USA dont l'image fut bien entâchée dans le film d'Arthur Penn. La morale du personnage est aussi noire que celle des méchants de l'histoire. Pourquoi serait-il du côté de celui qui veut dévoiler le massacre d'innocents qu'il a commis? Une malhonnêteté qui continuera au cours d'un affrontement sanglant suivant cette révélation. Comme si le personnage n'avait toujours pas compris qu'il est du mauvais côté de la balance. Verbinski n'hésite pas non plus sur la violence, confrontant ses héros à la perte de leur famille. D'un côté, un flashback évoquant les raisons de la vengeance envisagée par Tonto.

Lone Ranger, Naissance d'un héros : Photo Armie Hammer, Johnny Depp

De l'autre, Reid seul survivant d'une tuerie et voyant son frère mourir devant ses yeux. Si Verbinski utilise la formule du buddy movie déjà employée sur le premier Pirates des Caraïbes (Sparrow et Turner n'avaient strictement rien à voir ensemble, mais devaient s'associer dans un but commun), il lie davantage ses deux personnages principaux en les confrontant à leurs douleurs respectives. C'est même cela qui les rend assez attachants: dans leur vengeance, ils arrivent finalement à y voir quelque chose de positif, à savoir rendre la justice quitte à ce que ce ne soit pas légal. Même si Depp donne toujours l'impression d'en faire un peu trop, son rôle est tout de même un peu plus étoffé que celui de Jack Sparrow ou des trois quarts des personnages qu'il a joué dans les 2000's-2010's. Quant à Armie Hammer, il n'a pas encore la carrure pour incarner un héros de premier plan, mais s'en sort avec les honneurs. L'un des méchants (William Fichtner) a par ailleurs des tendances cannibales et n'hésite pas à manger une partie d'un corps vivant ou pas (le personnage d'Helena Bonham Carter n'a pas une jambe de bois pour rien). Un ton assez radical pour un PG-13 et ce quand bien même Verbinski joue sur l'humour et le grand spectacle. La preuve que l'on peut parler de certains sujets qui fâchent dans un film à la visibilité forte. Au niveau de sa réalisation, Verbinski livre un western splendide où son chef opérateur rend l'Ouest particulièrement froid, à la limite du blanc (Verbinski n'a pas fait revenir Bazelli dix ans après The Ring pour rien). 

Mieux encore, avec Hans Zimmer, il se permet une des scènes les plus folles des 2010's avec ce que l'on appelle désormais la "séquence Guillaume Tell". Reprenant l'ouverture du célèbre opéra de Gioachino Rossini (1830), Zimmer synchronise sa musique en fonction des images et des sons, provoquant une osmose parfaite bien plus significative que dans la poursuite de Rango. Un véritable plaisir auquel le réalisateur se rajoute à travers une folie furieuse digne des cartoons de Tex Avery. Le réalisateur revient à La souris le temps de quelques minutes avec un côté enfantin et ludique que l'on avait presque oublié avec la noirceur permanente du film. C'est pour ce type de scène que l'on va voir un film sur grand écran.

  • A cure for wellness (2017) : le temps d'un visionnaire?

A Cure for Life : Affiche

Gore Verbinski s'était fait discret depuis le semi-échec commercial de The Lone Ranger. On annonçait un projet nommé A cure for wellness chez Fox et Regency depuis plusieurs années sans savoir vraiment à quoi s'attendre. Puis en octobre dernier, la Fox a commencé à bombarder le futur spectateur d'affiches et de bande-annonce toutes plus étranges et énigmatiques. Nous avions au moins une certitude: A cure for wellness est le premier film d'horreur de Verbinski à avoir un classement Restricted. Aussi étonnant soit-il, The Ring était PG-13 et ce malgré des scènes dérangeantes (la vidéo, la scène du suicide du père de Samara) ou des plans de visages complètement apeurés et déformés. Comme pour confirmer la filliation, le réalisateur a à nouveau fait appel à Bazelli pour animer ce monde froid qu'est le monde de l'entreprise, mais aussi celui d'un SPA pas forcément si accueillant. Les premiers plans montrant des immeubles sous la pluie peuvent être vus comme des clins d'oeil à The Ring qui montrait des plans similaires. Autant dire que le réalisateur se permet un film mélangeant assez savoureusement violence graphique, suspense et ambiance glauque. Contrairement à toute la vague de films se situant dans des asiles psychiatriques (soit Shutter Island, Sucker Punch et The Ward), A cure for wellness en reste totalement éloigné. 

A Cure for Life : Photo Dane DeHaan

Ici, l'horreur est bel et bien là, jamais issue de l'imagination du héros (Dane DeHann) et il s'agit encore moins d'un jeu de piste comme les trois films suscités. Quand le héros a des visions, c'est en général à cause des produits qu'on lui donne le maintenant tranquille, tout en lui donnant des effets secondaires. A l'image de ces anguilles apparaissant quotidiennement, y compris lors d'un pur fantasme où elles ne sont jamais très loin. Plus il plonge dans sa petite enquête, plus le héros navigue dans l'horreur, l'amenant à remettre en question tout ce qu'il voit (les apparences sont souvent trompeuses). Pour ne pas trop en dévoiler, le réalisateur semble s'être inspiré d'Elizabeth Bathory, la fameuse comtesse qui tuait des vierges en espérant avoir la jeunesse éternelle en buvant leur sang. Ici, on parlera davantage de prendre les ressources de l'être-humain afin d'offrir une jeunesse éternelle. A cure of wellness se baigne dans une atmosphère macabre, sentant l'odeur des horreurs du passé et les haines toujours bien présentes. Verbinski se lâche complètement dans des scènes particulièrement graphiques, allant du passage chez le dentiste rappelant des souvenirs à Dustin Hoffman à l'accident spectaculaire se concluant par la mort lente d'un animal; en passant par un climax jouant sur le gore

A Cure for Life : Photo Mia Goth

 

Les excès du film dans ce domaine pourront peut être déranger certains spectateurs, allant même peut être jusqu'à trouver cela grotesque. Votre interlocuteur est en revanche assez comblé de voir ce type de film d'horreur à la fois généreux et réussi dans le contexte hollywoodien actuel. Si l'on peut toutefois trouver une critique à Verbinski, c'est certainement pour cette scène de masturbation qui paraît totalement gratuite et sans intérêt. On pouvait très bien en rester au caisson. De même pour ces autochtones semblant rester dans le monde des punks des 80's et dans le cliché du buveur de bières. Comme exposé régulièrement par le personnage de Jason Isaacs, la plupart des gens présents dans ce SPA sont des riches hommes et femmes d'affaires qui viennent se ressourcer. Le personnage de DeHann fait partie de ce monde et est dans le même cas. C'est un homme froid, antipathique et le représentant même du cynique employé boursier. Au point de prendre son père pour un faible pour avoir commis l'irréparable et de ne quasiment rien ressentir pour une mère juste partie suite à une vision désastreuse. Les derniers plans du film montrent qu'il y a une évolution chez le personnage. Il a réussi à s'attacher à quelqu'un (en l'occurrence le personnage de Mia Goth) et s'est enfin retrouvé une conscience. Malgré tout le suspense entourant le lieu, le personnage va finalement y voir une conclusion positive. 

A Cure for Life : Photo Jason Isaacs

Sa nemesis n'en paraîtra que plus évidente, son évolution étant inverse à celle du héros. Au final, A cure for wellness est une réussite à l'image de son réalisateur. Une production hollywoodienne qui n'hésite à remuer le spectateur pour lui offrir une proposition pas forcément attendue de sa part. Reste à savoir si le spectateur est prêt à miser dessus. A la prochaine!

10 février 2017

Cuvée vosgienne le retour #2

Après être revenue sur les deux premiers jours de la 24ème édition du Festival de Gérardmer, la Cave de Borat s'attarde dorénavant sur les deux derniers chapitres de cette épopée fantastique et horrifique. Etes-vous prêts à repartir pour le train fantôme en partance pour les Vosges? Go! (attention spoilers)


 Jour 3 : Dézingages de petits poids

Orgueil et Préjugés et Zombies : Affiche

N'ayant pas grand chose à perdre, votre cher Borat s'est dit qu'il n'y avait pas forcément de mal à aller voir ce que donnait Orgueil et préjugés et zombies (Burr Steers, 2016), présenté en compétition. Après Abraham Lincoln chasseur de vampires (Timur Bekmanbetov, 2012), revoici une adaptation d'un roman de Seth Grahame Smith. A la différence que cette fois-ci, l'auteur s'attaquait à un gros monument de la littérature. Comme tout ce qui est un peu hype, Hollywood a rapidement mis le grappin dessus. Un projet à la production tumultueuse, multipliant les départs de société de production (Lionsgate initialement), de réalisateurs (David O Russell, Mike White, Craig Gillespie) et d'actrice (Natalie Portman qui reste productrice) jusqu'à ce que le film se fasse. Au final, il aura fallu presque sept ans pour que le projet sorte dans les salles. Le film a subi un petit bide (10 millions de dollars au box-office US pour 28 millions de budget), n'est pas sorti partout et finalement le Festival de Gérardmer est une des rares fois où il sera projeté en France (dans les bacs le 29 mars prochain). Au final, bien que l'oeuvre soit recontextualisée (les enfants sont envoyés au Japon et en Chine pour apprendre les arts-martiaux après une épidémie de zombification), on est plus devant une adaptation du roman de Jane Austen. Ceux qui s'attendent à une grosse série B qui tâche, jouant sans cesse de la parodie, risquent fort de devoir passer leur chemin.

Orgueil et Préjugés et Zombies : Photo Lily James

Si les maquillages sont bien faits et que les dézingages de zombies sont bel et bien présents (le réalisateur montre même la vision des zombies à travers... des plans flous), l'ensemble se révèle finalement peu horrifique ou fantastique et manque de folie. Le film délaisse d'ailleurs assez rapidement les plus jeunes soeurs pour ne s'intéresser qu'aux deux plus âgées (incarnées par Lily James et Bella Heathcote), sans même les caractériser réellement. Les diverses intrigues d'Austen sont là et si vous avez lu le roman (1813), vu le film de Joe Wright (2005) ou la mini-série avec Darcy (1995), vous ne serez pas dépaysé. En revanche, le film est assez plaisant à regarder, sans transcender et bien joué dans l'ensemble (Matt Smith est jubilatoire en pasteur goujat et fort en gueule). Au moins par son côté classique, le film ne s'enfonce dans le nawak total, ce qui avait été repproché au film de Bekmanbetov. Passons maintenant à la compétition des courts-métrages qui fut une véritable catastrophe jusqu'au palmarès. Peu ou pas de fantastique ou d'horreur, souvent traîtés par dessus la jambe et sans réelle cohérence sur au moins quatre des courts-métrages sur cinq. Limbo (Konstantina Kotzamani, 2016), récompensé pour l'occasion, est le film arty dans toute sa splendeur. Sorte de Sa majesté des mouches en Grèce (pas de parent, des enfants seuls, coin isolé, intolérance), le film s'enfonce dans l'incompréhension et l'ennui (il dure trente minutes, ce qui peut être très long parfois).

Limbo : Photo

Même sans l'apport plus que léger du fantastique (un enfant albinos qui fait peur aux autres enfants et une baleine échouée visiblement vivante), le film est inintéressant et particulièrement lent. Difficile de s'exciter plus dessus. Marée basse (Adrien Jeannot, 2016) part d'un postulat potentiellement fantastique (des gens sont engagés pour tuer des créatures noires), mais le réalisateur n'en fait rien. Il se contente de montrer le personnage dans sa journée quotidienne, sans exploiter le potentiel même du projet. L'acteur Clément Autain a avoué lors de la présentation qu'il s'agissait d'un court-métrage fauché tourné en deux jours. Au vue de l'interprétation globale et de la facture du film, on ne peut que le rejoindre. Margaux (les films de la Mouche, 2016) en rajoutait une couche en étant quasiment hors sujet. Pas que le court soit vraiment mauvais, mais il n'a quasiment rien de fantastique. Au contraire de Grave (Julie Ducourneau, 2016) qui aborde l'horreur petit à petit dans un contexte quasi-similaire (campus movie d'un côté, teen movie de l'autre), Margaux se plante en n'installant son fantastique que dans les dernières minutes dans une confusion totale. Cela n'empêche pas les réalisateurs de singer Rosemary's baby (Roman Polanski, 1968) sans avoir ne serait-ce que sa délicatesse. Margaux est avant tout un teen movie cru jusque dans un passage aux toilettes particulièrement putassier. Un court qui n'avait pas vraiment sa place dans un festival du film fantastique.

pleaselovemeforever

Le plan (Pierre Teulières, 2016) était le premier court-métrage à être réellement ancré dans le fantastique. Manque de bol, il est raté. Là aussi incompréhensible dans ses intentions, récit jamais clair, personnage masculin dont on ne sait pas qui il est, ni son utilité. Reste des maquillages plutôt réussis, ce qui est toujours ça de pris. Enfin, nous avons eu un court-métrage digne de ce nom avec Please love me forever (Holy Fatma, 2016). Un conte autour de la relation mère-fille, allant vers une esthétique proche de Tim Burton sans jamais être ridicule et plutôt drôle. D'un côté, la maman (Annick Christiaens) refaite de partout et dont les éléments à changer viennent d'un jardinier faisant de l'organe un marché. Ce qui permet à la réalisatrice de dévoiler un jardin fantastique particulièrement bien fait. De l'autre, sa fille (Isabelle Carlean Jones) essayant de trouver l'amour auprès d'un jeune garçon sans réel succès. Un côté morbide qui s'installe rapidement, animé par les couleurs blanche, bleue et rouge (la pureté, la froideur et la passion). Au moins, on retiendra un court-métrage de la sélection, ce qui n'était pas chose aisée. Passons probablement à ce que votre cher Borat a vu de pire du festival. En plus de la rétrospective à la MCL et au Paradiso le jeudi, Kiyoshi Kurosawa était présent le 28 janvier pour recevoir un hommage digne de ce nom.

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Kiyoshi Kurosawa présent pour l'hommage qui lui fut dédié.

Cérémonie qui a commencé en retard comme très souvent à l'Espace Lac, engendrant une marche rapide pour votre interlocuteur afin de voir le film suivant au Casino ! Un beau discours pour malheureusement un gros navet présenté. On aurait presque préféré que les programmateurs diffusent Creepy (2016) encore inédit dans nos contrées que son essai français Le secret de la chambre noire (en salles le 8 mars). Il est triste de voir un réalisateur de talent se planter aussi radicalement, encore plus quand on lui fait des louanges durant un peu plus de vingt minutes. On peut même parler de parodie de cinéma français, tant le film accumule les poncifs de notre beau cinéma: plans trop longs pour pas grand chose, silence quasi-permanent pour laisser parler la rue, acteurs qui semblent parfois réciter avec un manque total de naturel (la palme à Constance Rousseau, présente dans la salle), intrigue prétexte pour une énième histoire de fantômes, d'un côté les gens riches, de l'autre ceux qui galèrent... On pourrait continuer longtemps, mais il vaut mieux s'arrêter là. On devine finalement bien avant Tahar Rahim (plutôt convaincant) le twist, au point que cela en devient embarassant quand il comprend la situation une bonne heure après le spectateur. Le secret de la chambre noire est en plus un film affreusement long où l'on se demande quand cela va se finir tout le long de la séance, ou alors s'il va se passer quelque chose.

Le Secret de la chambre noire : Photo Constance Rousseau, Tahar Rahim

2h10 c'est très long quand il ne se passe rien, au point d'envier les spectateurs partis avant la fin du film. Après le somnifère, le réveil avec The girl with all the gifts (Colm McCarthy, 2016), prix du public et de la meilleure musique pour Cristobal Tapia de Veer. Ce qui impressionne dans un premier temps dans The girl with all the gifts est son casting. Le film ne semble pas être une grosse production UK mais on retrouve tout de même Gemma Arterton (il était temps qu'elle revienne au pays après des expériences hollywoodiennes catastrophiques), Paddy Considine et Glenn Close. Comme assez souvent, Arterton écope du rôle le plus sympathique, la scientifique bienveillante mais prête à dégommer du mort-vivant en temps voulu. Un rôle tendre de mère de substitution pour des enfants victimes de leur propre nature et qui change radicalement de la mère vampire qu'elle jouait dans Byzantium (Neil Jordan, 2012). Considine incarne peut être le personnage qui évolue le plus durant le film. Le soldat bien dans ses bottes, respectant sa mission de rester neutre face à des enfants zombiesques qui sont une menace pour ses camarades et lui. Le réalisateur présente un personnage qui retrouve son humanité en même temps qu'il se familiarise avec Melanie (Sennia Nanua, incroyable de maturité dans un tel rôle). Au point d'en faire un personnage émouvant, auquel Considine apporte toute sa puissance charismatique. 

The Girl With All The Gifts : Photo Sennia Nanua

Quant à Glenn Close, cela faisait bien longtemps qu'on ne l'avait pas vu avec un rôle aussi consistant. Elle joue la scientifique cherchant à combattre le virus alors que les chances de rétablir un équilibre sont quasiment mortes. Un personnage trouble auquel le spectateur comme les autres personnages ont bien du mal à lui faire confiance et ce dès les premières minutes. Le film se présente comme un beau mélange entre 28 jours et semaines plus tard (Boyle, Fresnadillo, 2002, 2007) et le jeu-vidéo The last of us (2013). Pour la première référence, on pense directement à la présence militaire omniprésente, même si l'aspect dictatorial n'a pas lieu ici. Les militaires symbolisent en quelques sortes les restes de la race humaine. Le film présente une Angleterre ravagée par un virus à la différence qu'ici les causes ne sont pas médicinales (28 jours plus tard montrait que l'attaque venait d'un chimpanzé cobaye sur un virus). Le problème vient d'un champignon dont les germes ont muté jusqu'à en devenir nausifs pour l'être-humain. Ce qui nous amène à la seconde référence, puisque le décor de The girl with all the gifts est assez similaire à ceux du jeu-vidéo de Naughty Dogs. McCarthy dévoile un Londres où la nature (et donc en soi le champignon) a repris ses droits. Est-ce des décors en dur ou des cgi? Probablement un peu des deux et le rendu est assez impressionnant.

The Girl With All The Gifts : Photo Fisayo Akinade, Gemma Arterton, Glenn Close, Paddy Considine, Sennia Nanua

Une preuve du travail colossal du production designer Kristian Milsted.

Pour ce qui est des zombies, le film est déjà plus généreux qu'Orgueil... et il s'agit aussi du sujet principal du film. Rien à voir avec un contexte de série B, puisque le réalisateur cherche à donner un point de vue singulier au zombie à l'image de George Romero sur Le jour des morts-vivants (1985). Il s'agit aussi d'humaniser le zombie ou tout du moins d'essayer de le sociabiliser. Pour cela, le film prend vite le point de vue de Melanie, enfant né avec le virus mais gardant encore des caractéristiques humains. Melanie sait ce qu'elle est mais ne se voit pas comme un monstre. De même, elle cherche à se sociabiliser en aidant le groupe de militaires et en acceptant d'être muselée pour leur éviter une mort imprévisible. Comparé aux films de zombies habituels où le mort-vivant est un élément central de l'intrigue tout en restant secondaire (le héros est généralement celui qui lui met une balle dans la tête), ici l'héroïne est le zombie, permettant de mieux comprendre le personnage et d'en faire l'enjeu principal. Elle est l'entre-deux: celle qui peut sauver les humains comme ses semblables en les éduquant comme on l'a fait avec elle. Une réussite de plus dans un film de qualité dans un sous-genre horrifique souvent en décrépitude quand il suit un peu trop la mode.


 Jour 4 : Prépare le tartare

Terra Formars : Photo

Votre cher Borat n'a pu assister à la Nuit Décalée qui suivait la projection de The girl with all the gifts. Toutefois, il a pu au moins rattraper un des deux films proposés (le premier était le musical avec des sirènes The lure d'Agnieszka Smoczynska). Votre cher Borat s'était un peu préparé avant son voyage avec Audition (1999), histoire de savoir à quoi s'en tenir avec Takashi Miike. Soit pour les deux du fond un des réalisateurs contemporains les plus prolifiques du Japon, capable de se lancer dans des films trash comme Ichi the killer (2001) ou celui suscité; et des films plus légers comme l'adaptation du jeu-vidéo Phoenix Wright (2012). Avec Terra Formars (2016), on se situe largement dans la seconde partie. L'adaptation d'un manga de Yû Sasuga et Kenichi Tachibana (2011-) mettant en scène des cafards mutants suite à une terraformation martienne et leurs éradicateurs repris de justice. Un point de vue qui n'est pas sans rappeler Starship troopers (Paul Verhoeven, 1997), la grosse critique sociale en moins et des injections de gènes d'insectes chez nos criminels en plus. A partir de là, le film peut se payer toutes les excentricités possibles avec des héros se transformant à base de prothèses et des cgi délirantes. Sans compter des cafards entièrement en cgi (à moins que ce soit de la performance capture, mais on n'y croit pas) et particulièrement meurtriers.

Terra Formars : Photo

Ceux qui s'attendent à un spectacle sobre sans violence graphique risquent d'avoir de grosses surprises devant de multiples décapitations, éventrations et autres découpages de membres. De quoi rappeler le bon temps des shonen des 80's-90's comme Dragon Ball (Akira Toriyama, 1984-95) ou Hokuto no Ken (Buronson, Hara, 1983-88). Un vrai défouloir où se rajoute des dialogues à se rouler par terre. Il n'y a qu'à voir Hideaki Ito dire un "Je reviendrais" dans le sérieux le plus total, alors qu'il sait pertinemment que la réplique provoquera le rire des plus nostalgiques. Eclatons de rire avec le méchant de service (Shun Oguri), sorte de décalque de Zorg le méchant du Cinquième élément (Luc Besson, 1997), le côté diva de la mode en plus. Chacune de ses apparitions est l'occasion de rire de bon coeur. On s'amusera par ailleurs de retrouver Rinko Kikuchi dans une tenue quasiment similaire à celle qu'elle avait dans Pacific Rim (Guillermo del Toro, 2013). C'est notamment ce ton décomplexé qui permet à Terra formars de divertir, voire à se montrer comme un plaisir coupable. La réalisation se révèle efficace et punchy, Miike se permet même d'aller chercher des idées de direction artistique à droite à gauche. Comme pour les passages sur Terre où il cite ouvertement Blade Runner (Ridley Scott, 1982) ou les pyramides réalisées par des créatures extraterrestres renvoyant à Stargate (Roland Emmerich, 1994). Une bonne récréation pour commencer la journée avant d'affronter le dernier gros morceau de la compétition.

grave

On critique souvent le cinéma de genre français, notamment celui qui tourne autour de l'horreur et du fantastique. On dit régulièrement que si le cinéma de genre ne marche pas en France, c'est parce qu'il est automatiquement mauvais ou que le public n'y va pas. Les raisons sont finalement plus complexes. Les divers financiers du cinéma français (CNC, studios, producteurs, mécènes, aides, chaînes de télévision) ne veulent pas de ce type de films, mais aussi les exploitants. D'où une visibilité réduite, là où le cinéma américain peut avoir une meilleure exploitation avec des films parfois encore plus mauvais (il vous suffira de jeter un oeil sur la programmation de vos multiplexes pour le constater). Ce qui revient à faire les fonds de tiroir, trouver des aides dans d'autres pays européens, voire dans le cas de Sam was here (Christophe Deroo, 2016) à tourner le film en anglais pour une meilleure visibilité internationale. Grave n'est pas tourné en anglais, mais il s'agit d'une coproduction franco-belge qui a largement fait le tour des festivals (Toronto, Bordeaux, PIFFF et maintenant Gérardmer) et qui aura une sortie en salles le 15 mars prochain. Au vue du buzz qu'il génère un peu partout dans le monde, on peut se demander à l'heure actuelle si les exploitants feront l'effort de le diffuser décemment mais aussi d'en faire la promotion. 

Grave : Photo

Le fait que Gérardmer lui donne le Grand Prix et le Prix de la critique un peu plus d'un mois avant sa sortie nationale pourrait aider et ce malgré une "interdiction aux moins de 16 ans" qui peut lui porter préjudice. Vient alors une autre question: si le public français est capable de se déplacer pour des films d'horreur américains avec quasiment la même classification, pourquoi ne le ferait-il pas avec un film français ? Certains diront la crainte que ce soit nul car français. D'autres que Grave est surement un énième film qui essaye de copier les ricains, comme ce fut le cas de films comme Promenons nous dans les bois (Lionel Delplanque, 2000). Pourtant il serait bien stupide de passer à côté de Grave pour toutes ces raisons. Grave est probablement ce que le cinéma de genre français a fait de mieux depuis Martyrs (Pascal Laugier, 2008) et le statut n'est pas peu mérité. Toutefois, Julie Ducourneau ne va pas aussi loin que Laugier, ne tombant pas dans le trash pur et dur. Son film est même initialement un pur campus movie avec les bizutages, les soirées étudiantes, la vie en communauté ou les amours naissants. Pour contrebalancer un sujet qui va aller de plus en plus dans le dérangeant, la réalisatrice installe même un humour parfois noir, parfois bienveillant pour contrebalancer. Un élément qui permet de rendre l'horreur d'autant plus forte par la suite. 

Grave : Photo Garance Marillier, Rabah Naït Oufella

Le bizutage reste tout de même l'élément perturbateur. C'est par ce simple morceau de viande que la tragédie va commencer pour l'héroïne (Garance Marillier), mais aussi sa soeur (Ella Rumpf) en son temps. Une faim qui devient une obsession engendrée en soi par un régime végétarien contenant cette pulsion cannibale. D'abord comme une démangeaison, puis par des envies de plus en plus morbides. Le final enfonce le clou en montrant que cela est probablement issu d'une pratique héréditaire. Un détail qui apparaît comme le dernier coup de grâce d'un film qui décontenance le spectateur. Ainsi, le dernier quart d'heure choque, terrifie, met mal à l'aise et cela fait du bien de voir un film qui vous retourne autant l'estomac. Grave peut également compter sur des acteurs plus que convaincants à l'image de la révélation Garance Marillier qui hérite d'un rôle principal pas forcément évident. Pour un premier long-métrage, Julie Ducourneau marque les esprits et on espère la revoir aussi en forme par la suite. Passons dorénavant au film qui a clôturé ce beau voyage. Là aussi une séance de rattrapage puisque votre cher Borat n'avait pu assister à la Nuit Phantasm où était projeté les deux premiers volets de cette saga de cinq films (1979-2016). Tous orchestrés de près ou de loin par Don Coscarelli, ce qui est une gageure dans les franchises horrifiques. Il est en effet rare qu'un réalisateur s'attache autant à une franchise, l'un des cas les plus évidents étant Wes Craven sur la tétralogie Scream (1996-2011).

Phantasm: Remastered : Affiche

Phantasm est devenu un film culte au fil du temps, sans quoi il n'aurait certainement pas eu de suites. Il est arrivé à la bonne période pour lancer des sagas horrifiques, comme le confirmeront les franchises Halloween (1978-2009) et Vendredi 13 (1980-2009) débutées à la même période. D'ailleurs pour rester dans la filiation, le thème principal de Phantasm n'est pas sans rappeler celui de John Carpenter pour son film, à la fois très répétitif et stimulant. Le film en lui-même est pas mal mais manque certainement de punch. Il manque une réelle étincelle pour faire totalement adhérer et ce malgré une durée habituelle pour un film d'horreur (1h28). De même, Coscarelli ne précise pas assez l'univers qu'il développe, laissant peut être trop de mystère au sujet du croque-mort (Angus Scrimm) et de ses intentions. Des éléments peut être plus précisés dans les volets suivants, mais en l'état laissent un peu pantois. Il n'en reste pas moins que le croque-mort est un merveilleux personnage de boogeyman et Angus Scrimm réussit parfaitement à le rendre menaçant. Sa dernière apparition est même quasiment identique au final des Griffes de la nuit (Craven, 1984). Inspiration ou comme le veut la légende, Craven ne savait définitivement plus comment finir son film? Mystères et boules de gomme. Il n'en reste pas moins un cru intéressant qui donne envie de s'intéresser aux films suivants. A la prochaine!

05 février 2017

Le massacre du dimanche

Chaque dimanche est une épreuve pour les Sharks. Une véritable déchéance pour ce club de football américain où se rajoute les problèmes d'égos entre joueurs mais aussi du staff...

L'Enfer du dimanche : affiche

Cinéaste en demi-teinte depuis plusieurs années (on mettra toutefois en avant le mal aimé Alexandre), Oliver Stone a toutefois une belle carrière derrière lui. Ce qui restera certainement son dernier chef d'oeuvre (à l'heure actuelle en tous cas) est L'enfer du dimanche (1999). Un film particulier car le réalisateur a eu énormément de problèmes à le réaliser. Dans un premier temps, le réalisateur travaille sur un premier traitement, avant d'incorporer celui de John Logan et d'enchaîner sur des réécritures afin de colmater tout. La NFL avait refusé de s'associer au film, impliquant des difficultés supplémentaires. Qui dit refus de la NFL, dit changements de noms des clubs et même du championnat, puisque rattachés à la ligue. C'est un peu comme si un réalisateur français voulait s'attaquer à la Ligue 1 et ne pouvait pas utiliser les noms de clubs comme le Paris Saint Germain ou l'Olympique de Marseille ou le titre Ligue 1. Le Superbowl est par exemple nommé ici la Pantheon Cup. Un problème en apparence, mais plus utile qu'on ne le croit, permettant à Stone d'avoir une totale liberté pour évoquer des sujets sensibles. Le réalisateur peut également sur un casting plein à craquer de têtes connues: Al Pacino, Cameron Diaz, Dennis Quaid, Jamie Foxx, LL Cool J, James Woods, Matthew Modine, Jim Brown, Aaron Eckhart, John C McGinley, Elizabeth Berkley, Lela Rochon, Lauren Holly et Charlton Heston. A noter qu'Oliver Stone incarne le commentateur des matchs et qu'il est doublé par George Eddy, ancien sportif et entraîneur et commentateur célèbre sur Canal +. 

l'enfer du dimanche

En soi, le film brasse beaucoup de sujets différents sur une durée assez spectaculaire mais finalement légitime. Près de trois heures dans le monde du football américain, sport dont les français connaissent en grande partie à cause du Superbowl et de l'impact de ce sport sur la culture américaine. Si vous n'avez jamais vu un match ou même cette fameuse finale, Any given sunday risque de vous être d'un grand secours pour vous aider à comprendre le fonctionnement de ce sport sur le terrain et tout ce qui en découle. Sponsors, célébrité des uns et des autres, joueurs capricieux, manager un peu trop impliquée sur le terrain, staff pas forcément en adéquation avec le coach, la drogue, l'alcool, prestations médiatiques, problèmes médicaux... L'enfer du dimanche évoque tous les travers du football américain, parfois comme s'il s'agissait d'une immense entreprise en perdition. Tous ces problèmes entraînent des complications sur le terrain, que ce soit les problèmes de staff ou ceux entre l'égos des joueurs. Tous les acteurs cités plus haut ont une place forte dans l'échiquier et des personnalités qui amènent le désordre dans cette équipe de football américain. Comme évoqué plus haut, il y a souvent des dualités entre différents domaines. L'entraîneur campé par Al Pacino est sans cesse remis à sa place par la manager jouée par Cameron Diaz. Celui qui s'occupe du terrain et celle qui doit s'occuper de l'aura médiatique du club. Deux visions différentes à laquelle se rajoute certains membres du staff se rattachant davantage aux côtés de la jeune héritière. 

 L'Enfer du dimanche : Photo

Al Pacino continue dans un registre un peu cabotin, mais en étant curieusement plus sobre. Quand il s'énerve, nous n'avons pas à faire à un énième resucé de Tony Montana qu'il offre parfois. Il joue un personnage à bout de nerfs qu'il ne faut pas chercher. Quant à Cameron Diaz, elle optait pour un virage sérieux plutôt bienvenu, changeant de la girl next door ou de la jolie fille à draguer qu'elle jouait beaucoup depuis The Mask (Chuck Russell, 1994). Elle est ici une véritable femme de poigne, capable de faire peur au plus baraqué des hommes. Au sein de l'équipe, il y a un affrontement conséquent entre les personnages de Jamie Foxx, Dennis Quaid et LL Cool J. Le premier est le rookie lancé en orbite beaucoup trop tôt, prenant la grosse tête et finissant par se mettre tout le monde à dos jusqu'à son entraîneur. Au passage, Oliver Stone nous offre un magnifique petit clip où l'ami Jamie (rappeur à ses heures) se fait un petit plaisir égocentrique avec jolies demoiselles en bikini. Le second est le vieux brisquard qui pense encore être dans le coup et voit que petit à petit il n'est plus la star du club. Un rôle qui va comme un gant à Dennis Quaid, dont la carrière s'apprêtait à devenir un véritable champ de mines. Quant au troisième, c'est la grande gueule qui perd sa popularité à cause du premier et essaye de lui mettre des bâtons dans les roues au bon moment. 

Puis il y a le troisième cas de divergence entre James Woods et Matthew Modine. Deux docteurs aux méthodes très différentes, l'un peu amateur de mensonges (Modine), l'autre prêt à tout pour faire jouer des footballeurs quitte à les envoyer à la morgue (Woods dans un rôle finalement assez proche de son propre caractère, un parfait connard en d'autres termes). Toutefois, on peut remarquer que vers la fin du film, Modine se prend également au jeu, devenant aussi crapuleux que son ancien supérieur. Il ne faut jamais longtemps pour que les âmes deviennent corrompues. Les commotions cérébrales dans le football américain ont été abordé récemment dans Concussion (Peter Landesman, 2015), mais peut être ici avec un peu plus de sarcasme. Il n'est pas étonnant que Stone, réalisateur critique envers les USA et ses institutions (la NFL en fait en quelques sortes partie), ait un regard aussi radical sur le milieu, tout en épousant le fonctionnement de ce sport. Stone se révèle particulièrement passionnant quand il s'attaque au jeu même, évoquant les règles de manière ludique comme les tactiques potentielles pour gagner. L'air de rien, le football américain est un sport où la stratégie a un rôle clé, au delà de l'aspect purement physique qui rapprocherait ce sport du rugby par exemple. A l'image d'un match en lui-même (souvent assez long, reposant sur des phases d'attaque entre deux publicités), Stone s'attarde sur quelques matchs cruciaux histoire de familiariser le neophyte. Une gageure d'un cinéaste qui veut faire comprendre un sport à travers le terrain et ses coulisses. Enfin, il termine son film sur un des plus beaux fuck du cinéma. 

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Un grand et passionnant film sur le football américain, agrémenté de prestations remarquables.

 
L’enfer du dimanche - Bande Annonce FR


Article initialement publié le 21 décembre 2011.

Show me the money!

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genre: comédie dramatique
année: 1996
durée: 2h20

l'histoire: Jerry Maguire est un agent des stars du sport américain. Mais sa vie mondaine lui pèse. Une nuit, il rédige une note où il tente de définir le sens qu'il voudrait donner à sa vie. Cette note provoque son licenciement. Seule Dorothy, son assistante, et Rod, un footballeur, vont lui rester fidèles. 

la critique d'Alice In Oliver:

En vérité, Jerry Maguire, réalisé par Cameron Crowe en 1996, appartient à la catégorie des "feelgood movies", soit les comédies dramatiques dans la pure tradition américaine. D'ailleurs, certaines critiques lui reprocheront d'être un peu trop niais, voire naïfs et bourrés de bons sentiments.
Ce n'est pas totalement faux. Toutefois, nous serons moins lapidaires.

Franchement, Jerry Maguire reste un bon film de genre, qui a le merite de se concentrer sur des personnages attachants.
Attention, SPOILERS ! Jerry Maguire (Tom Cruise) est la parfaite caricature du golden boy. Tout lui sourit. Il travaille comme agent pour les stars du football américain. Il gagne beaucoup d'argent et couche régulièrement avec une lobbyste.

Show me the money

Ensuite, Jerry Maguire est un homme respecté et apprécié dans son entreprise. Pourtant, un jour, Jerry finit par se lasser de cette vie facile et sans surprise.
Un soir, il décide d'écrire une note, une sorte de confession, clamant sa volonté de changer une profession dictée par les requins et la loi du plus fort.
Dans un premier temps, cette note lui vaut un tonnerre d'applaudissements. Toutefois, cette confession reste terriblement utopiste.

En résumé, Jerry prône le côté humain au profit du pognon. Le lendemain, il est renvoyé sur le champ. C'est alors le retour à la case départ.
Par chance, il réussit à convaincre un joueur de football américain, Rod Tiwell (Cuba Gooding Jr) et sa nouvelle secrétaire (Renée Zelleweger), secrètement amoureuse de lui. Jerry doit rapidement se refaire une santé et s'imposer comme une nouvelle référence dans son domaine.

jerry et cuba

Les premiers temps sont extrêmement difficiles. Tout seul, il doit mener une lutte acharnée contre un système corrompu, implaccable et parfaitement huilé.
A partir de ces différents éléments, le film de Cameron Crowe égratigne un milieu sans pitié, où l'amitié et la confiance sont des valeurs particulièrement friables.
Au final, Jerry ne pourra compter que sur sa secrétaire, devenue sa femme, et sur le soutien indéfectible de Rod Tiwell.

Certes, l'intrigue reste archi prévisible et la fin est connue de tous. Pour faire vite, et au risque de casser tout suspense, le film finit bien.
Evidemment, Jerry parvient à se sortir de cette mauvaise passe et à gagner une nouvelle réputation. Mieux encore, il arrive à sauver un mariage à la dérive.
Donc, peu ou prou de surprises au tableau de bord.

jerry-maguire

Toutefois, le film peut s'appuyer sur d'excellents acteurs. En dehors de Tom Cruise, Cuba Gooding Jr et Renée Zellweger, on retrouve Bonnie Hunt, Kelly Preston, Jonathan Lipnicki, Eric Stoltz et Lucy Liu.
Ensuite, cette comédie dramatique teintée de romantisme peut compter sur une bande originale de qualité et justement appropriée aux différentes séquences du film. Enfin, Cameron Crowe parvient à rendre son personnage principal attachant.
Ce qui n'était pas forcément gagné au regard de sa personnalité. Même chose pour les seconds rôles, avec un mention particulière pour Renée Zellweger, Bonnie Hunt et Cuba Gooding Jr.


La critique de Borat

Au cours des années 90, Tom Cruise s'impose petit à petit comme une institution de l'entertainment hollywoodien. Devenu une star suite à Top gun (Tony Scott, 1986), l'acteur a su bien s'entourer, attire les réalisateurs prestigieux (Oliver Stone, Barry Levinson, Rob Reiner ou Sydney Pollack) et devient producteur de ses films avec Mission Impossible (Brian De Palma, 1996). Alors quand l'acteur se paye un véritable véhicule, il cherche le bon sujet. Ici cela tombera sur un agent seul contre tous. Pour réaliser et écrire le film, l'acteur va chercher Cameron Crowe, ancien journaliste devenu réalisateur et dont le principal fait d'armes à l'époque est Un monde pour nous (1989), aka le film où John Cusack lève une radiocassette devant la maison de sa copine. Jerry Maguire (1996) n'est pas un film indépendant mais un film du milieu (50 millions de dollars de budget) encadré par un studio (Tristar), ce qui à l'époque se faisait encore beaucoup à Hollywood. Le fait que le film a eu un énorme succès (quasiment du 50/50 entre les USA et l'international avec plus de 270 millions de dollars de recettes) n'a rien d'étonnant. C'est une époque où les spectateurs se déplaçaient massivement autour d'une star, quitte à ce que le budget soit moins fort. D'autant que plus que les 80's où il émergeait, les 90's sont les années Cruise, celles qui installeront son star power

jerry

Rien d'étonnant à ce que l'acteur se retrouve avec un rôle où le pouvoir est roi. Jerry Maguire n'est pas vraiment un film sur la NFL, il a un pied dedans sans que cela soit le vrai sujet. Au départ, la NFL est un moyen comme un autre pour Jerry de gagner sa vie (son boulot comprend initialement des vedettes de tous bords), quand par la suite ce sera sa dernière roue du carosse. Son unique client sera un footballeur américain de couleur (Cuba Gooding Jr) essayant de percer lui aussi dans un monde carnassier où le sport n'est qu'une façade. Deux outsiders se liguant contre un establishment sournois qui ne pense qu'à casser l'autre pour se faire le plus d'argent possible. La NFL devient le sujet au fur et à mesure du film à travers Rod Tiwell. Jerry est la victime d'un système qu'il a fait prospéré et qu'il a critiqué. Qu'importe que les gens pensent comme lui, en dénonçant le système il est devenu un paria. Le milieu n'a pas envie d'être remis en question et encore moins par un de ses plus prestigieux agents. D'un autre côté, Tiwell n'a pas le succès qu'il devrait avoir à cause du système privilégiant souvent des joueurs sortant de l'école et faisant ainsi monter leur côte. Le fait que Jerry en fasse son seul client permettra à Rod d'acquérir le statut qu'il n'a jamais eu autrefois, car son agent était trop dispercé. 

L'image est reine pour pouvoir avancer et cela passe plus par les sponsors et les publicités que par les performances. Jerry et Rod forment un drôle de duo, pas celui des buddy movies mais deux personnes qui se complètent et s'aident mutuellement. Puis les deux personnages permettent la fameuse scène du téléphone où le "Show me the money. I love black people", moment délirant s'il en est des 90's. A cela se rajoute une romcom pour sauver tout cela du drame ambiant. Même là, Cameron Crowe ne rend pas la romance entre le patron et son employée / associée (Renée Zellweger) si facile, multipliant les petits rebondissements. Crowe réussit à rendre attachant son duo, bien aidé par l'interprétation des acteurs. Cruise fait le show, court, danse, mais se révèle un peu plus vulnérable que d'habitude ou tout du moins sort de son image virile. Zellweger trouve là un des ses premiers rôles marquants, mère beaucoup trop jeune, amoureuse de son patron qui s'en rendra compte un peu tard et sa seule aide. L'actrice y est touchante, tout comme Bonnie Hunt en grande soeur protectrice ("Si tu foire je te tue"). Comme souvent dans ses films, Cameron Crowe sort un jukebox porteur de chansons faisant sens. Secret garden (Bruce Springsteen, 1996) pour la première soirée entre amoureux; Free Fallin (Tom Petty, 1989) pour le passage où il a réussi à négocier un contrat juteux; Horses (Ricky Lee Jones, 1989) pour montrer la relation entre Jerry et le petit (Jonathan Lipnicky). Les morceaux ne sont pas là pour faire joli, ils font parties intégrante des émotions des personnages.

Jerry Maguire est une success story forte et positive dans un milieu sans pitié et pas sûr que cela a changé depuis. C'est dire si son culte n'est finalement pas si anodin.


Article initialement publié le 5 février 2012.

Ce n'est pas un marsouin mais un dauphin!

Un détective animalier est engagé pour retrouver Flocon de Neige, le dauphin servant de mascotte aux Dauphins de Miami...

Ace Ventura

Comme certains le savent déjà, votre ami Borat est un fan devant l'éternel de Jim Carrey. Comique venant du Canada, ayant tourné dans un peu tout et n'importe quoi avant d'accéder à une célébrité fulgurante. En l'occurrence l'année de naissance de votre interlocteur, mais cela est une autre histoire. Parmi les quelques apparitions de l'ami Jim à l'époque, on retiendra une rockstar s'épanouissant sur Welcome to the jungle (Guns n' roses, 1987) dans La dernière cible (Buddy Van Horn, 1988), le pote de Nicolas Cage dans Peggy Sue s'est mariée (Francis Ford Coppola, 1986) ou extraterrestre coloré dans Earth girls are easy (Julien Temple, 1988). Alors quand Jim Carrey a enfin trouvé le succès, ce fut par trois films tournés coup sur coup: Ace Ventura (Tom Shadyac, 1994), The Mask (Chuck Russell) et Dumb and dumber (Farelly). Si les spectateurs retiennent davantage les deux derniers, votre cher Borat leur préfère les aventures de ce détective animalier pur et dur. Peut être parce que c'est avec Menteur menteur (Shadyac, 1997) le film qui a fait aimer cet acteur à votre interlocuteur et qui l'a profondément marqué. Dès le départ, Jim Carrey impose sa marque et confirme une chose: sans lui, le film ne tiendrait pas très longtemps.

 

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Son interprétation est le fil conducteur du film, sa folie furieuse fait la richesse du film, sa puissance comique héritée de Jerry Lewis permet au film d'être emprunt de sa personnalité. Tom Shadyac l'avait compris avec ce film et le fera encore sur Menteur menteur. L'acteur fait le show mais il est assez bien dirigé pour qu'on ne tombe pas dans l'acteur en roue libre. Ce qui ne s'est pas passé sur Ace Ventura en Afrique (Steve Oedekerk, 1996), où Jim Carrey alignait tellement les scènes lourdingues que cela en devenait lassant. Tout dans ce premier film semble encore contrôlé pour laisser place au comique. Ce sera pareil pour The Mask qui passera d'un comic-book sombre à un film globalement comique par sa seule présence. La trame d'Ace Ventura est très simple et est avant tout un véhicule pour l'acteur. Nous avons donc un personnage principal détective animalier en mission. Laquelle? Retrouver la mascotte des Dolphins, l'équipe de football américain de Miami, kidnappée à quelques jours du Superbowl. Le football américain est d'ailleurs assez présent dans le film allant de caméos de joueurs au méchant même, ancien joueur devenu fou après avoir raté le but de la finale. Le film baigne dans la NFL sans en être totalement lié, ce qui ramène un peu de piquant à l'ensemble.

Ace Ventura double vitrage

L'ami Dan Marino est toutefois un peu plus présent que ses collègues, le méchant ayant un gros litige contre lui. Le footballeur semble bien s'amuser dans son propre rôle, au même titre que les trois quarts des acteurs autour de Jim Carrey. On remarquera des têtes connues par ci, des âmes égarées de l'autre (Sean Young, désolé pour elle), une actrice s'apprêtant à vivre elle aussi une bonne année (Courteney Cox en plein lancement de la série Friends) et même des invités surprises (le groupe Cannibal corpse qui garde encore une image positive du tournage de leur scène). Tous participent à un délire général qui prend dans son final des proportions gargantuesques. Shadyac et Carrey vont quand même jusqu'à faire une référence particulièrement explicite à The crying game (Neil Jordan, 1992), non seulement dans le contenu même du "twist", mais aussi en reprenant la fameuse chanson du film. Le film est totalement débile (peut être plus que Dumb and dumber), mais il assume pleinement sa connerie à travers son personnage principal. Tout tourne autour d'Ace Ventura, ce personnage excentrique, voire complètement dingo aux méthodes surréalistes, allant même jusqu'à se retrouver en asile psychiatrique pour chercher des affaires du fameux Ray Finkles. Puis il s'agit certainement d'un de ces films où il est difficile de passer à la VO tant la VF marque durablement le fan avec un lot de répliques succulentes.

Un véritable régal que cette comédie où Jim Carrey est le roi du Superbowl. On en redemande encore.


 

Article initialement publié le 9 décembre 2009.

Le dernier boy scout

Un détective et un ancien footballeur de la NFL vont être liés par une affaire de meurtre où politiques et organisateurs de matchs sont concernés...

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Pour les moins de vingt ans, Shane Black est le réalisateur du plutôt pas mal Iron Man 3 (2013) et encore ils ont dû oublier son nom. Mais pour les jeunes des 80's-90's, celui qui n'était alors que scénariste symbolise à lui seul le cinéma d'action avec un sens du phrasé savoureux. "Nous ne sommes pas trop vieux pour ces conneries" de L'Arme fatale (Richard Donner, 1987) c'est lui, idem pour le répertoire ahurissant de Last Action Hero (John McTiernan, 1993). On peut même dire que Shane Black était le roi du pétrole dans les 90's, puisqu'il était le scénariste le mieux payé de l'histoire du cinéma. Pour Le dernier samaritain (Tony Scott, 1991), il empochera une enveloppe de plus d'1 million de dollars, ce qui relèverait de l'impensable de nos jours. Néanmoins, le script sera modifié, principalement dans son dernier acte (le fils du sénateur était impliqué dans le groupuscule autour de la NFL). Ce sera la dernière fois que Black collabora avec le producteur Joel Silver avant Kiss kiss bang bang (Black, 2005), le scénariste ayant déjà été échaudé par les problèmes survenus sur L'Arme fatale 2 (Donner, 1989). Tony Scott sera tout aussi remonté contre Silver et la vedette Bruce Willis, manquant de se faire virer en plein tournage. Le compositeur Michael Kamen livrera vite fait, bien fait sa composition par amitié pour Silver. *

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Des coulisses catastrophiques pour un film qui marchera correctement sans faire de grands scores. The last boy scout s'ouvre d'une manière particulière, remontant aux vieux amours de Tony Scott. Un véritable clip où les symboles de la NFL s'entrechoquent (logos, joueurs, casques) sous la bannière étoilée du drapeau américain. A cela se rajoute un Bill Medley (que vous connaissez certainement pour Time of my life) déchaîné entouré de cheerleaders et d'un guitariste en forme. C'est la fête du vendredi soir et Friday night's a great night for football est une chanson pétaradante (les trompettes sont de sortie) le genre qui casserait la baraque dans un stade lors du Superbowl. Tony Scott utilise tous les codes du clip vidéo (allant jusqu'à montrer le clip à travers une véritable télévision), tout en donnant dès la séquence suivante un contrepoint monumental avec une tuerie lors d'un match sous une pluie battante. A partir de maintenant, Scott et Black ne vont jamais cesser de dézinguer cette belle idéologie de la NFL véhiculée par le générique, avec pour sujet principal la corruption autour de paris truqués. Vingt-cinq ans avant The nice guys (2016), Black dézinguait déjà une industrie prospère et puissante (autrefois le football américain, aujourd'hui l'automobile) à travers une banale histoire pulp. 

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Les personnages liés par la NFL ne sont jamais montrés sous un jour sympathique. On pourrait même parler de mafia de l'ombre, avec de l'argent et de la coke à rabord, dévoilant des dérives peu scrupuleuses du sport. Inutile de dire que la politique s'installe également dans les enjeux du film, ce qui ne sent jamais trop bon. Pour preuve, que met en scène The last boy scout? Un ancien footballeur (Damon Wayans) tombé pour des cas de drogue et de paris truqués. Le personnage de Bruce Willis n'a rien de reluisant non plus. Viré des services secrets pour avoir tabasser un sénateur un peu trop porté sur la chose, il est devenu détective par besoin et s'est enfermé dans l'alcoolisme. Deux héros que Scott et Black ne cherchent jamais à réellement valoriser et qu'ils associent plus en tant qu'anti-héros. La différence avec Riggs et Murtaugh ou Jack Slater qui sont des flics et des héros purs et durs, bien qu'avec des failles. Pour le reste, Black ne change pas son fusil d'épaule et continue dans le genre qu'il affectionne : le buddy movie. Le scénariste reprend tout ce qui a fait son succès jusqu'à présent, en le modifiant évidemment comme il le fait assez souvent. Le détective face à une affaire trop grosse pour lui (déjà le cas des deux premières Armes fatales), le blanc et l'afro-américain, la fille du détective (Danielle Harris ici) servant de monnaie d'échange (tout comme dans L'arme fatale ou plus tard The long kiss good bye) et tenant tête à son père (anticipant le personnage d'Angourie Rice dans The Nice guys).

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A cela se rajoute que le détective peut se voir comme un complément encore plus désabusé du John McClane de l'époque. La vision de Black et Scott n'est finalement pas si éloignée du McClane désorienté d'Une journée en enfer (McTiernan, 1995). On peut même dire qu'il s'agit de tuer le mythe Bruce Willis instauré par 58 minutes pour vivre (Renny Harlin, 1990), où McClane apparaissait plus gentil que dans Die Hard (McTiernan, 1988). Au passage, l'acteur trouve l'un de ses meilleurs rôles post-John McClane, ce qui est déjà pas mal même dans des 90's plutôt bien remplies (M Night Shyamalan, Luc Besson, Terry Gilliam et même Michael Bay sont heureusement passés par là). La formule de Shane Black est facilement lisible, mais il réussit à remodeler la formule miracle du buddy movie qui a fait son succès sur les Armes fatales en y rajoutant toujours des nuances. Scott s'occupe de dynamiter un peu cela par sa réalisation et comme on est chez Joel Silver, on a droit à de temps en temps une petite explosion. Dans cet aspect pulp et un peu hard boiled, Scott anticipe de peu True romance le script de Quentin Tarantino qu'il mettra en scène en 1993. D'ailleurs, Tarantino a souvent évoqué Black comme une inspiration, ce qui concorde avec ces deux films précisément. Même si le duo formé par Bruce Willis et Damon Wayans est quand même du côté de la loi, ils ne sont pas non plus irréprochable et sont face à une situation qui les dépasse, comme les personnages de True Romance. La boucle est bouclée.

Tony Scott et Shane Black mitraillent les rouages peu scrupuleux de la NFL dans ce polar pas si banal qu'il n'en a l'air.


 

Article initialement publié le 2 février 2014.

* http://www.imdb.com/title/tt0102266/trivia?ref_=tt_trv_trv

03 février 2017

Cuvée vosgienne le retour #1

Non votre cher Borat n'était pas en stand by ces derniers jours, au point d'être absent de la blogosphère depuis le début de la semaine dernière. On peut même dire qu'il s'est fait plaisir entretemps, naviguant de salle en salle, à pied ou en voiture, dans le froid ou sous la pluie, dans la gadoue ou la neige solide. Comme l'an dernier, votre cher Borat est parti dans les Vosges pour la nouvelle édition du Festival de Gérardmer. A deux différences prêtes: accrédité en tant que blogueur pour le blog que vous lisez actuellement (on ne fait pas dans la fraude ici -NDB) et présent les quatre jours de la manifestation (bon cinq avec l'arrivée). J'en remercie bien évidemment le Festival et son service de communication pour l'accréditation qui m'a été donné. Mettons les choses au clair: je n'ai interviewé personne, n'ai pas vu les trois quarts des personnalités présentes (même si ce fut le cas de certaines), je ne pourrais donc pas vous dire si Audrey Fleurot est aussi belle en vrai que sur grand écran (ce qui est vrai à 99%), ni si Jean Paul Rouve portait bien la barbe. J'ai vu des films et uniquement des films (je suis même tombé sur Bouge! sur W9, ce qui devrait ravir les fans d'Ophelie Winter), car un festival de cinéma c'est surtout ça. Il a fallu faire des choix dans la programmation assez gargantuesque (celui qui dit avoir tout vu doit avoir un très bon sommeil) et certains films ne pouvaient être vu dans les temps impartis. Pensées donc pour Prevenge (Alice Lowe, 2016), On l'appelle Jeeg Robot (Gabriele Mainetti, 2016), Real (Kiyoshi Kurosawa, 2013) ou Seuls (David Moreau, 2017) qui n'avait qu'une séance exceptionnelle (dont les places se sont vite envolées). 

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Vu que nous en sommes encore au présentation de cette première cuvée consacrée au festival, autant commencer par les petites anecdotes. Votre cher Borat a assisté jeudi après-midi à une drôle de séance photo. Il est environ 16h30, il fait plutôt correct devant le Grand Hôtel, puis j'observe un photographe amateur juste devant une des nombreuses barrières. Son but était certainement de prendre des photos du jury ou d'invités sortant de l'hôtel. Il se trouve qu'il a surtout photographier au moins une trentaine de fois l'entrée avec des gens lambdas et des voitures. Pour la paparazzade, ce n'est pas terrible terrible ("Chérie! J'ai fait 500 photos aujourd'hui! -Il y a des célébrités dessus? -Non juste l'entrée de l'hôtel."). Pour ce qui fut de la météo, il a surtout fait froid, le soleil a parfois bien aidé et il a surtout plu dimanche matin (contre les deux jours la dernière fois). Les commerçants se sont encore une fois faits plaisir avec des vitrines aussi glauques que sympathiques. En voici un petit florilège.

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Ceci est une pharmacie.

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Les animaux font de drôles de choses ici.

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Un trou dans la programation de samedi m'a laissé le temps d'aller voir l'exposition Pulsions intérieures à l'Espace Lac. Un peu de tout avec du cyberpunk, des vanités qui plairaient bien à Guillermo del Toro, une sorte de poulpe féminin semblant sortir des nouvelles de Lovecraft, le Predator... Là aussi il y avait de belles choses à voir comme le montre ces photos.

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Le festival fut également l'occasion de rencontrer quelques uns de mes followers en chair et en os, ce qui permis de discuter des films vus mais aussi parfois d'assister à une projection ensemble. Mercredi fut un moment de repérages et de promenade, permettant d'immortaliser le lac gêlé dont certains se sont faits un plaisir de le voir de plus prêt. Quelques photos avant de passer aux choses sérieuses. (Attention spoilers)

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Jour 1 : Celui qu'on retient

Forbidden Room

Pour le premier jour, votre cher Borat a décidé de consacrer la plupart de sa journée à la rétrospective consacrée à Kiyoshi Kurosawa. Toutefois, il a pris soin d'aller voir des films qu'il ne risquerait pas de croiser à sa sacro-sainte médiathèque, véritable mine d'or pour l'amateur de cinéma asiatique. Au revoir donc Real, Séance (2000), Retribution (2006) et Vers l'autre rive (2015), d'autant que certains étaient diffusés quasiment en même temps entre la MCL et le Paradiso sur cette seule journée. Peu pratique pour ceux qui désirent voir les films sur deux jours par exemple. Par ailleurs, notons que les copies des films vus étaient en très mauvais état, pleines de rayures ou de points. La première fois que votre cher Borat a entendu parler de Kaïro (2000), ce fut par le biais de son remake. Souvenez-vous, on en avait brièvement parler dans le passage sur Cursed (2005) lors de la rétrospective de Wes Craven. Un film qu'il devait réaliser avant que les Weinstein ne lui refourgue l'autre casserole. Finalement ils ont produit le remake à peu de frais avec Jim Sonzero à la réalisation et Kristen Bell en rôle principal. Heureusement à peu près tout le monde a oublié ce film pour privilégier un peu plus l'original. D'autant qu'au vue d'extraits, Pulse reprend le même déroulement que le film de Kurosawa, mais aussi des scènes à l'identique (le fantôme qui danse, la pendaison ouvrant le film, l'amie qui s'évapore littéralement). Sur ce terrain là, on peut même dire que The Ring (Gore Verbinski, 2002) paraît bien plus inspiré alors qu'il reprend lui aussi peu ou prou la même histoire que Ring (Hideo Nakata, 1998). 

En parlant de ce film, Kaïro peut se voir comme un ersatz du film de Nakata, ce qui peut être une critique comme pas du tout. Kaïro se révèle plus efficace que Ring, notamment parce que Kurosawa voit plus large dans son concept. Il ne se repose pas sur le support matériel destructeur contrairement à Nakata. La disquette est peut être un point de départ, mais les fantômes vont plus loin encore: ils s'infiltrent dans internet, la télévision, au point de passer plus rapidement dans le monde des vivants. Le ressort technologique n'est qu'un véhicule pour les fantômes et la base de leur invasion, là où Sadako repose entièrement sur la fascination autour de la vhs maudite. Contrairement au film de Nakata ressemblant plus à un film d'enquête, les héros ne cherchent jamais à trouver l'origine du problème. Ils essayent de survivre en restant unis. A travers ce film d'horreur, Kurosawa s'offre une parabole sur la solitude, la plupart des personnages essayant de s'en sortir souvent en vain, rattrapés par les fantômes du passé ou des fantômes tout aussi seuls et avides de trouver d'autres personnes seules. Un cercle vicieux où la solitude se nourrit de la solitude, au point de donner lieu à un Japon qui s'évapore dans les murs. Les héros essayeront de se sauver, mais même ceux avec des amis finiront par partir. 

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Kaïro est un film terriblement pessimiste, ne laissant quasiment aucun échappatoire à ses personnages principaux. Certains meurent dans des conditions tragiques au possible (suicide par saut dans le vide ou par balle dans la tête ne sont que des exemples). A cela, on notera des apparitions fantômatiques différentes et tout aussi angoissantes. La première est celle présentée ci-dessus avec ce fantôme se déplaçant de manière dérangeante en quasi-plan-séquence. Le second principal fantôme n'est pas sans rappeler le futur Slender man, créature inventée par le web et connue pour avoir été à l'origine d'un fait divers (des jeunes ont tenté de tuer leur camarade en se disant sous les ordres de la créature). La référence envers le film est bel et bien possible. Kurosawa continue l'allusion au web en le faisant se déplacer par des bugs informatiques, rendant sa position impossible à deviner. Kaïro s'impose comme un film glaçant, angoissant et plus représentatif de notre société que Ring. Revenons en arrière avec Charisma (1999). Pas du tout le même registre et le fantastique est même assez rare dans le film. Kurosawa signe ici un film plus intimiste, prenant plus de temps à se mettre en place, au point de n'être pas très clair dans ses intentions au départ. Mais plus le film avance, plus il devient intéressant et lisible. 

charisma

On ne comprend pas au départ l'intérêt du réalisateur de déplacer son personnage principal (Koji Yakusho) hors de la ville. Kurosawa prend son temps, montre les différents personnages gravitant dans le coin (des petites frappes essayant de couper un arbre, le jeune homme essayant de le protéger et une botaniste et sa soeur) et montre un héros qui se retrouve à travers une situation qu'il semble seul à maîtriser. L'affaire qui l'amène et celle qui a lieu semblent directement liées. Dans les deux cas, il s'agit d'histoires où les deux camps ne peuvent être raisonner, où il n'y a pas de solution valable. Dans le premier cas, l'inspecteur n'a pu sauver un député d'un forcené. Dans le second cas, il ne peut sauver le charisma (arbre qui a tendance à détruire l'écosystème autour de lui) de l'acharnement de chacun. Toutefois et c'est là que le fantastique prend le pas, l'arbre se reforme à travers un autre visuel et libère des sortes de spores. Kurosawa reste assez mystérieux sur ces effets, s'y intéressant finalement peu alors qu'ils montrent en filigramme des militaires par des flashs. Le dernier plan sera l'occasion de voir le chaos généré par cette sorte de possession. Le charisma a réussi sa vengeance: il a déclenché un chaos autour de lui à travers la violence qu'on lui a donné. On remarque que tous les personnages courent à leurs pertes, en dehors de l'inspecteur.

CHARISMA 1

La soeur de la botaniste (Yoriko Douguchi) a été tué, l'homme d'affaire s'est fait tiré dessus; et les hommes de main se sont perdus dans la forêt et meurent à cause de champignons vénéneux. Même le petit protégé de l'inspecteur (Hiroyuki Ikeuchi) finira par se perdre en chemin. Seul l'inspecteur finira par retrouver sa voie et part faire son travail une fois ressourcé. Après l'intimiste, restons dans la campagne japonaise avec Loft (2005). Avant Le secret de la chambre noire (2016) samedi, Kurosawa offrait déjà une sorte de ratage au festival. Pas que Loft soit totalement mauvais, mais son récit est assez mal écrit et s'éloigne des possibilités qu'il peut exploiter. A l'image de cette momie finalement peu intéressante pour le réalisateur et qui ne sert pas vraiment le récit, puisque l'archéologue (Etsushi Toyokawa) n'est pas hanté par la momie mais par la femme qu'il a tué. De même, le fait que l'écrivaine (Miki Nakatani) crache de la boue est vite expédié. Celui qui pense à une réincarnation de la momie à la place de l'héroïne peut se mordre les doigts. A cela se rajoute la structure même du récit. Le film peine à commencer, le milieu réussit à être un minimum intéressant, quand la fin accumule tellement les rebondissements foireux qu'elle en devient lassante et ridicule. A cela se rajoute que Miki Nakatani est mauvaise et que Kurosawa joue beaucoup trop sur les jump-scares

LOFT 

Il aurait peut être mieux valu aller voir autre chose. Passons maintenant à la très bonne surprise du jour et premier film vu de la compétition. Cela fait presque neuf ans que je n'avais pas été voir un film de M Night Shyamalan au cinéma (Phénomènes fut même rappelons-le le premier film sur lequel j'ai écrit sur Allociné). J'avais vu par la suite The last airbender (2010) et After Earth (2013) à la télévision, ce qui était déjà trop d'honneur. Il faut dire aussi que Shyamalan n'a jamais été ma tasse de thé et la structure de ses films allant vers un twist de fin ne m'a jamais convaincu. Or, Incassable (2000) n'en a pas vraiment et sans être l'immense référence que certains évoquent, il s'impose comme un film cohérent sur le thème du super-héros et de sa nemesis. Split ne joue pas non plus sur un twist alambiqué, changeant radicalement la vision du film. Le principal argument de suspense (est-ce que Kevin a une 24ème personnalité?) est distillé au fur et à mesure du récit. On ne peut donc pas parler de twist puisque Shyamalan prépare son spectateur largement en amont. Revenant à quelque chose de moins cher et plus petit chez Jason Blum (il lui devait son retour sur le devant de la scène avec The visit), le réalisateur signe un film efficace jouant avec un décor proche du labyrinthe. Shyamalan s'amuse d'autant plus du lieu qu'il n'est jamais précisé avant la fin du film.

Split 

Dans le même registre, Shyamalan met largement en avant le personnage d'Anya Taylor Joy par rapport aux deux filles à cause de son côté unique par rapport à elles. Les flashbacks peuvent apparaître comme un procédé vu et revu, mais Shyamalan utilise le principe avec logique. Des faits glauques sont évoqués et permettent de mieux comprendre l'isolement du personnage. Le
réalisateur va même plus loin en laissant son destin en suspens, quittant un ogre pour un autre. Un an après la présentation de
The Witch (Robert Eggers, 2015) au festival, la jeune actrice confirme tous les espoirs mis sur elle avec un nouveau rôle fort. Pour le reste, on ne voit pas toutes les personnalités de Kevin (environ six à l'écran), mais James McAvoy fait un travail remarquable. L'acteur porte les différentes personnalités de Kevin, sachant autant provoquer l'effroi que le rire carnassier. Sans lui, le film y perdrait énormément, à moins de trouver un acteur capable d'aller aussi loin dans la performance. Par contre, la séquence post-générique intensifiée par la musique n'a finalement rien à faire là. Cela sent le teasing pour évoquer une possible attente autour d'une suite d'un film du réalisateur. Ce n'était peut être pas le bon endroit pour faire cela. Le film sortira le 22 février au cinéma.


Jour 2 : Amour numéro 2

David Lynch: The Art Life : Photo David Lynch

La seconde journée commença tôt le matin en compagnie d'un des réalisateurs américains les plus bizarres de son époque. A l'heure où il s'apprête à sortir de sa retraite cinématographique (et en soi télévisuelle), le réalisateur Jon Nguyen boucle une trilogie documentaire consacrée à David Lynch (il avait déjà réalisé Behind the scenes sur Inland Empire et The interview project) en compagnie de Rick Barnes et Olivia Neergaard Holm. Le sous-titre du film The art life est une expression du réalisateur consistant à tourner sa vie autour de l'art et qui lui est survenu lors de ses jeunes années. Là où beaucoup pourraient penser qu'il ne s'agit que de cinéma, ce documentaire est là pour réparer l'affront. Oubliez les films post-Eraserhead  (qui est d'ailleurs à peine évoqué), ce n'est pas le sujet du trio sur ce film. A la rigueur on peut voir des essais ou des extraits de courts-métrages, mais le 7ème art n'est pas au centre du film, ni même le sujet. Lynch y dévoile son enfance, sa vie personnelle (ses premiers amours, sa fille Jennifer), sa découverte de l'art et donc de la peinture et de la sculpture. Une partie de son art que l'on connaît peu ou pas assez et dont ce documentaire permet de voir à travers le prisme du cinéma.

David Lynch: The Art Life : Photo David Lynch

Un art tout aussi étrange que celui qu'il véhicule au cinéma, où l'artiste utilise des matières déjà utilisées, les assemble, les dégrade...D'autant que Nguyen semble avoir nouer une véritable relation de confiance avec Lynch, permettant d'entrer dans son intimité. Il montre alors l'artiste en pleine réalisation de peintures ou sculptures, chose qui n'est pas sans rappeler le travail d'Henri Georges Clouzot avec Pablo Picasso (Le mystère Picasso, 1955). Nguyen y rajoute même un petit côté attendrissant en montrant l'artiste en compagnie de sa plus jeune fille, les deux s'amusant tout autant avec un pinceau. De quoi faire attendre le fan de David Lynch avant de le retrouver en mai prochain en forme si possible (sortie du film le 15 février).  Fallin, fallin... Après Split, continuons dans la compétition avec Rupture (Steven Shainberg, 2016). Difficile de parler de Rupture sans passer par les spoilers. Puisque vous êtes prévenus depuis le milieu de cette cuvée, autant y aller franco. Le film a ou semble avoir deux références majeures. La première est Martyrs (Pascal Laugier, 2008) pour les recherches qu'effectuent ces différentes personnes autour de l'héroïne (Noomi Rapace). Une quête qui dure sur les trois quarts du film comme le film de Laugier avant une révélation devenant de plus en plus évidente. Si le réalisateur ne va pas jusqu'au torture porn, il y a tout de même la quête de vouloir faire assimiler la peur dans le corps humain à travers la peur elle-même.

Rupture : Photo Noomi Rapace

Ce qui peut passer par les araignées, les serpents, l'eau... Une forme de torture en fin de compte, même si cela ne va pas jusqu'au tabassage ou au corps écorché vif. Une fois la quête révélée, on en vient à la seconde référence, la saga des Body Snatchers plus connue en France sous le nom des Profanateurs de sépultures (1956-2007). Même si le traitement est différent et amené d'une autre manière, le principe est identique: faire de leur espèce évoluée la seule et unique et éradiquer l'espèce humaine. Pas de souche ici, mais un changement de morphologie suite à l'assimilation de la peur. Une trame intéressante qui a le mérite de sortir un peu du lot. En résultes, un film intéressant sans être extraordinaire. En revanche, le film a un immense défaut: ses CGI. Il y a peu de séquences qui en ont besoin, mais rien que le morphing est d'une laideur à toute épreuve. On dirait que les effets ont été fait à la va vite ou pas fini. C'est peut être même la raison de sa non-présence au PIFFF en décembre dernier. Dommage car cela gâche des plans importants du film. Sortons de la compétition à nouveau avec le franco-américain Sam was here (Christophe Deroo, 2016) vu en compagnie d'une de mes followeuses. Certainement le film le plus énigmatique du festival, peut être un peu trop à notre goût. Beaucoup d'éléments laissés en suspens, sans avoir une réelle signification ou un réel élément d'explication.

Sam Was Here : Affiche

Qui est Eddy, le fameux animateur de radio (Sigrid La Chapelle) ? Visiblement un être vu de dos à la gestuelle tordue et alimentant son émission par des extraits de VHS (ce qui ne nous rajeunit pas). Son étrangeté n'est pas sans rappeler l'univers de Silent Hill au passage (remember les infirmières). Quelle est cette lumière rouge que l'on voit continuellement au cours du film? Un élément qui pourrait faire tomber le film dans un délire à la Black Mirror (2011-), où l'on attend sans cesse un retournement de situation glauque qui n'arrive finalement jamais. Sam (Rusty Joiner) est-il une victime ou ce que le réalisateur nous montre est faux et il s'agit bien d'un meurtrier? Même si le personnage se défend comme il peut et que le réalisateur insiste beaucoup sur ses débordements sanguinolents (ralentis inclus), on ne peut pas vraiment parler de meurtrier. Pourquoi ces masques? Un moyen de punir sans que cela ne se remarque? On peut rajouter que Sam ne voit personne, mais est toujours au bon endroit ou qu'il appelle sa femme qui ne sait pas qui il est. Est-ce que le désert est une sorte de purgatoire au même titre que la fausse-vie de Jacob dans L'échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1990) ? Le film est tellement mystérieux qu'on a bien du mal à en sortir avec les idées claires. Il n'en reste pas moins un film intéressant, qu'on aurait même voulu voir plus long pour un peu plus d'explications (déjà que Deroo a étiré un de ses courts-métrages). 

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La musique de Christine n'est pas sans rappeler Kavinsky notamment son titre Nightcall (2010), capable d'ambiancer des plans du désert avec un côté opressant bienvenu. La réalisation est plutôt efficace, prouvant que les réalisateurs français sont capables de faire de belles choses dans l'horreur et le fantastique même avec un budget réduit. Malheureusement il y a les trois quarts du temps la contrainte de partir à l'étranger et de les tourner en anglais pour une meilleure visibilité. Ce qui s'est confirmé: avant même sa présentation à Gérardmer, Sam was here a eu droit à une sortie technique le 4 janvier dernier. Dommage car cela ne rend pas justice à un effort plus que sympathique. Enfin terminons cette cuvée par le premier gros choc de la compétition. André Ovredal s'était vu propulsé sur le devant de la scène par un found footage de sinistre mémoire (Troll Hunter, 2010), avant un passage très court aux USA fait de projets inachevés et de courts-métrages discrets. Le voilà revenu avec ce que votre cher Borat a vu de mieux de cette édition 2017. The autopsy of Jane Doe (2016) est une véritable montagne russe qui commence de manière rock'n rollesque (avec humour grinçant à l'appui) et se transforme petit à petit en morgue hantée. Ovredal fait même mieux: économie de temps (une nuit) et de lieu (une morgue en dehors de la scène de crime ouvrant le film), ce qui permet un budget économisé au maximum pour les acteurs (Emile Hirsch et Brian Cox tout de même) et des effets-spéciaux de qualité.

Jane doe

En soi, le réalisateur l'avait déjà fait sur son précédent long: forêt, acteurs inconnus, found footage et juste quelques créatures à rajouter dans le champ. A la différence que cette fois, Ovredal réalise quelque chose d'intéressant et sa réalisation bien plus stable (le found footage ou l'art de secouer une caméra pour faire croire à du mouvement) et maîtrisée. Il n'y a qu'à voir l'utilisation optimale du cadavre (Olwen Kelly), véritable personnage à lui tout seul alors qu'il ne fait rien à proprement parler. Ce n'est qu'une silhouette sur une table d'opération. Pourtant, de ce cadavre, Ovredal en fait une réussite graphique impeccable qu'on ouvre, dégomme, referme, flambe... Un peu comme Grave (Julia Ducournau, 2016) dont on reparlera la semaine prochaine, il faut avoir les nerfs bien accrochés pour admirer ce spectacle macabre et ne faisant pas dans la dentelle. En même temps, qui dit autopsie dit corps et le but est de trouver les causes de la mort d'une personne, ce qui revient à aller voir absolument partout. Ovredal se fait alors un plaisir de montrer des côtes, de la peau, des os brisés, de la cervelle (rappelant à certains une séquence phare de Saw 3 en nettement plus subtile), des organes... Cela pourrait être vulgaire si ce n'était pas raccord au métier de nos héros (des médecins légistes père et fils).

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Ainsi le réalisateur peut s'aider de ce statut pour livrer un film glauque et crade, mais légitime dans ce qu'il expose. Pour que le film fonctionne si bien, il fallait bien deux acteurs capables de tenir la chandèle du spectateur durant 1h26. Si Brian Cox n'a plus rien à prouver, Emile Hirsch nous avait bien manqué en rôle principal depuis un petit moment. Le revoir en forme et avec un bon rôle était la meilleure chose qui puisse arriver. Un prix du jury jeune plus que méritant. Allez à la semaine prochaine!

24 janvier 2017

Cuvée 100% Mickey #5

Après quatre cuvées déjà bien remplies, le cycle Disney s'achève dans la Cave de Borat. Productions, classiques, séries télévisées, courts-métrages, votre cher Borat semble avoir fait à peu près le tour de ce qu'il voulait évoquer avec vous. Mais il reste quelques trucs par ci, par là à évoquer pour terminer ce voyage. Alors soyez prêts pour la dernière ligne droite de ce séjour au pays de Mickey Mouse. (attention spoilers)

  • Des classiques en musique

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Tout commença par une double page.

La première fois que votre cher Borat a entendu parler de La boîte à musique (1946), ce fut par un livre CD sobrement titré Les plus belles chansons des grands films de Walt Disney. Un bel objet offert au noël 1997 où il y avait une filmographie plutôt complète des films du nabab avec photos à l'appui, dont une de ce film (voir ci-dessus). A une époque de découverte cinéphilique (merci à la vhs), je ne savais pas qu'il me faudrait presque vingt ans pour le voir. Contrairement à Mélodie du sud (Foster, Jackson, 1946) qui a eu droit à une sortie en VHS, La boîte à musique n'en a jamais eu en France depuis les 80's, du moins sans être coupé (comme souvent, certaines anthologies ont fini charcuté dans des VHS individuelles ou compilations). Il n'est jamais sorti en DVD par chez nous et une annonce d'un BR n'est pas prête d'arriver. Une rumeur a circulé durant l'année 2015 quant à une ressortie, mais on n'en a jamais vu le bout de la jaquette. C'est là où l'on se dit qu'internet fait parfois de belles choses, puisque le seul moyen pour les français de le voir est... le téléchargement. En effet, le film est sorti en DVD aux USA et au Canada en 2000 dixit Wikipedia et une autre est sorti au Danemark en 2007, permettant des transferts de qualité correcte. Contrairement à Mélodie du sud (connu principalement pour ses scènes animées et sa tendance à l'Oncle Tom), le film n'a rien de polémique: il s'agit d'une anthologie musicale, renouant avec le principe de Fantasia (1940).

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Jaquette de la plupart des éditions connues.

On ne connaît pas les raisons pour lesquelles Disney ne souhaite pas le diffuser plus globalement, faisant du film une rareté certaine notamment en Europe. D'autant plus quand on sait que le film a eu un prix symbolique (meilleur film d'animation) durant l'édition 1946 du Festival de Cannes. En attendant les curieux devront se contenter de cette solution de secours ou d'éditions importées. Au contraire d'autres anthologies réalisées durant les 40's, tous les courts-métrages sont musicaux ou au moins chantés. C'est aussi un temps où le studio fait des économies. Pinocchio (1940), Fantasia et Bambi (David Hand, 1942) ont coûté cher et n'ont pas été des succès commerciaux, notamment à cause de la perte du florissant marché européen en pleine guerre. Roy Disney insiste auprès de son frère pour qu'il produise des films moins chers et cela passera par des anthologies de courts-métrages entre Saludos Amigos (Norman Ferguson, 1942) au Crapaud et le maître d'école (1949). La boîte à musique a d'ailleurs une place importante puisqu'il s'agit du premier film Disney inédit à sortir dans les cinémas européens. Il faudra attendre Cendrillon (1950) pour que le studio se relance dans les long-métrages originaux et retrouve un gros succès d'estime. Après avoir abordé un peu d'histoire, passons maintenant au film lui-même. 

pierre et le loup

Tous les courts-métrages n'ont pas la même saveur, ni la même direction mais ont tous un charme certain dans leur domaine. Pierre et le loup est par exemple très classique dans son exécution, reposant en grande partie sur une histoire et une musique très connus. Le public a désormais l'habitude de voir des contes revisités par Walt Disney et ce segment ne déroge pas à la règle. Voulant coller au plus près à l'histoire, Clyde Geromini reprend tout l'aspect musical instauré par Sergueï Prokofiev (les personnages sont symbolisés dès l'introduction par des instruments comme pour le conte musical). Il n'y a pas non plus d'édulcoration, le réalisateur sauvant juste le canard d'une mort certaine. Quant au fameux loup, il est une menace permanente, montré comme un animal affamé attendant son festin avec impatience. Dans un registre plus tragique, La baleine qui voulait chanter au Met (Geromini, Luske) termine La boîte à musique sur une note triste à la limite du dérangeant. Votre cher Borat l'a déjà évoqué au cours de Bloody Disney , les films Disney ont toujours abordé des histoires troubles, souvent contrebalancées par de l'humour mais pas toujours. Comme pour remettre les pendules à l'heure quatre ans après Bambi, le court-métrage aborde frontalement le destin fulgurant d'une baleine chanteuse d'opéra.

LA BALEINE

Comme deux autres courts-métrages du film, cet opus est assez proche du cartoon avec cette baleine accumulant les rôles majeurs à l'opéra (Roméo et Juliette par exemple) devant des spectateurs subjugués. Le court est assez drôle de par la variété des passages comiques et l'aspect cocasse de la situation (la chanteuse mise en hauteur pour être face à la baleine par exemple). Certainement le court le plus long du film (quinze minutes), La baleine qui voulait chanter au Met avance pas à pas, s'attardant longuement sur les prouesses techniques de son héros avant de passer à la chute brutale. On ne s'y attend pas vraiment et c'est peut être ce qui marque le plus dans cette fin. Pas parce que la bête meurt (tout en continuant de chanter au paradis) mais que son destin se conclue à une vitesse folle. Disney rappelle encore une fois qu'outre le côté enfantin de ses films, il sait taper là où ça fait mal au bon moment. Pour rester dans l'aspect cartoonesque, continuons avec The Martins and the Coys (Milt Kahl), Casey at the bat (Jack Kinney) et Johnnie Fedora and Alice Bluebonnet (Kinney). Les deux premiers sont fortement inspirés de l'univers de Tex Avery, voire plus généralement des Looney Tunes avec des personnages complètement dingues et un sens du gag s'en rapprochant beaucoup.

johnny et alice le parapluie bleue

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 Comme un petit air de ressemblance. 

D'un côté, deux familles qui s'entretuent avant de se rassembler à travers les deux survivants et terminant leurs vies en se chamaillant comme leurs parents avant eux! Un côté délirant allant jusqu'aux multiples coups de feu, finissant par être une routine. De l'autre, un match de baseball délirant où la star finit par rater son coup. Ce court aura d'ailleurs une suite plutôt amusante et probablement plus gaguesque encore, Casey bats again (Kinney, 1954) disponible sur le DVD de Mélodie cocktail (1948). Dans ce court, ce personnage finissait par prendre sa revanche en faisant de ses filles des championnes de baseball! Le troisième peut se voir comme un ancêtre du Parapluie bleu (Saschka Unseld, 2013), à la différence que les amoureux sont des chapeaux. Dans les deux cas, une charmante histoire d'amour entre deux objets inanimés. Les autres crus tiennent davantage de l'expérimental en comparaison de ceux cités précédemment. All the cats join in (Kinney) prolonge le dernier effort de Saludos amigos en montrant la main animée d'un dessinateur s'exécutant en temps réel alors que le court-métrage commence. Des lignes apparaissent, des personnages aussi, le crayon interragie avec les personnages pour le plus grand plaisir du spectateur. On peut voir un semblant de nudité, ce qui est tout de même rare chez le studio pour être souligner.

Un court qui semble avoir inspiré les géniteurs de Fantasia 2000 (1999) avec la séquence Rhapsody in blue, puisque la musique est également composée de jazz. Même rythme endiablé, même type de musique, mais cette fois-ci l'aventure n'a pas besoin de coups de crayon pour exister. Les autres sont moins intéressants, mais pas moins charmant à regarder à l'image de ces instruments jouant ensemble (cf la première photo) comme cet oiseau allant vers la lune. La boîte à musique est donc une anthologie de qualité, voire la meilleure depuis Fantasia, la plus imaginative aussi. Non abordé encore dans ces colonnes, ce cycle Disney est l'occasion d'évoquer le dernier classique du studio. Déjà revenu au bercail pour La princesse et la grenouille (2009), les réalisateurs Ron Clements et John Musker s'attaquent définitivement aux CGI avec Moana (2016) après avoir tourné autour depuis le début de leurs carrières. Enfin pas tout à fait, puisque les tatouages de Maui sont réalisés en animation traditionelle, rappelant les interventions des chanteuses dans Hercule (Clements, Musker, 1997). Zootopie (Howard, Moore, 2016) est revenu en début d'année avec un scénario fort et un ton adulte franchement bienvenu, Moana revient davantage au public enfants-adolescents de Frozen (Lee, Buck, 2013), ce qui n'est pas forcément un problème. Le duo a déjà fait dans le récit dit "de princesses", notamment en mettant en scène deux princesses emblématiques nommées Ariel et Jasmine.

MOANA

Toutefois, c'est peut être la première fois que le duo va aussi loin dans le musical, Moana restant dans la mouvance de Frozen. Dès les premières secondes, la chanson Tulou Tagaloa entre en jeu pour mettre dans l'ambiance polynésienne générée par le film. Il est d'ailleurs assez agréable que les parties chantées en tokelau sont conservées à la fois en VO et en VF, évitant les traductions foireuses et renforçant l'attention du studio de s'imprégner d'une culture sans l'américaniser. Si les chansons se tiennent bien en VF (même si on regrette parfois le "parler-chanter" sur Where you are / Notre terre par exemple), on préféra largement la VO souvent plus naturelle. Dans l'ensemble, les chansons fonctionnent toutes bien, certaines plus que d'autres, mais on tient un musical Disney de grande qualité sans que l'aspect musical ne soit réellement envahissant et tourne au clip (une chose que l'on pouvait parfois ressentir dans Frozen, notamment sur Let it go). Disney aborde à nouveau les numéros musicaux comme pour une comédie-musicale type Broadway, jouant de la scénographie et les chansons rythment constamment l'action à l'image du morceau I am Moana, répétée par trois fois à des moments clés. Toutefois, le meilleur morceau composé par Lin Manuel Miranda et Opetaia Foa'i est certainement Shiny.

Non seulement seule la chanson est un véritable moment envoûtant (même en VF pour le coup), mais en image c'est un pur moment d'humour noir. On découvre un méchant particulièrement salaud avec nos héros qui n'est pas sans rappeler le mythique Oogie Boogie. Les réalisateurs vont même assez loin, puisque le spectateur assiste petit à petit à un ballet de lumières similaire à L'étrange noël de Mr Jack (Henry Sellick, 1993) qui est absolument ravissant. Rien que pour cette scène et la plupart des scènes aquatiques bluffantes, la réalisation de Moana est un véritable plaisir pour les yeux. Si La princesse et la grenouille était un beau film, on ne pouvait pas dire qu'il était impressionnant dans sa réalisation. Moana confirme les efforts engendrés par Tangled (Howard, Greno, 2010) sur le travail de lumière et le studio peut également s'aider des progrès de Pixar depuis Le monde de Némo (Andrew Stanton, 2003) pour signer des scènes aquatiques monumentales. Par ailleurs, plus que Mad Max et ses suites (George Miller, 1979-2015), le film fait plutôt penser à son ersatz Waterworld (Kevin Reynolds, 1995) puisque Moana se déroule globalement en mer, qui plus est avec un vaisseau marin quasi-similaire et son héroïne nouant une drôle de relation avec l'eau. Sans compter l'affrontement avec les kakamoras, engendrant un bon petit moment d'action.

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On peut également parler du climax n'étant pas sans rappeler les jeux de rôle avec des attaques des deux camps une après l'autre, changeant des combats frontaux habituels. Pour le reste, plus qu'un film de princesse comme il a souvent été catalogué, Moana est avant tout un récit mythologique où les croyances polynésiennes sont particulièrement fortes. L'Eau est un personnage à part entière et les divinités deviennent négatives quand elles perdent leur bien le plus précieux. Quant à Moana / Vaiana (l'héroïne change de noms selon certains pays, à cause de copyright ou mauvaise connotation), il s'agit d'une princesse qui ne cherche pas le prince charmant mais à ce que son quotidien redevienne stable. Un personnage féminin fort qui n'attend pas l'aide des autres pour réussir sa mission. Le fait que les réalisateurs ont évité toute forme de romantisme est également assez rare, car même dans Mulan (Bancroft, Cook, 1998) l'héroïne avait des sentiments pour son instructeur. Une émancipation des héroïnes Disney présente depuis Frozen qui fait toujours plaisir à voir et participe à les faire sortir des clichés. Clements et Musker ont signé un retour bien plus fracassant que leur précédent film. Les studios Disney continuent d'évoluer dans le meilleur dans ce troisième âge d'or.

  • Productions en vrac !

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Intéressons nous maintenant à quelques productions. Au cours des 50's, les studios Disney commencent à produire des films live-action non-considérés comme des classiques (Mélodie du sud, Danny le petit mouton noirMary Poppins, L'apprentie sorcière et Peter et Elliott le dragon sont les seuls live-action considérés comme tels). Le patron se fait alors plaisir en allant chercher parmi deux grands récits de la littérature européenne. En premier lieu, L'île au trésor (Robert Louis Stevenson, 1883), un véhicule pour la star du studio Bobby Driscoll sous la direction de Byron Haskin en 1950. Le second film, plus ambitieux et cher, est encore aujourd'hui considéré comme un des indispensables du studio. On le sait, Walt Disney était un grand amateur de science et c'est aussi cela qui l'a amené à expérimenter dans l'animation (la caméra multiplane par exemple). Il n'y a donc rien d'étonnant à le voir adapter un roman de Jules Verne, qui plus est un de ses plus connus 20 000 lieues sous les mers (1870). A cette époque, Richard Fleischer n'a pas encore la réputation qu'il aura par la suite. Le fils de Max Fleischer (créateur de Betty Boop et réalisateur de la première série animée Superman) a souvent été considéré comme un simple tâcheron, notamment à cause de son côté touche à tout (comédie, western, science-fiction, aventure, horreur...) et sa tendance à travailler avec les studios.

20.000 lieues sous les mers : photo James Mason, Kirk Douglas, Paul Lukas, Peter Lorre, Richard Fleischer

Il est d'autant plus beau que certains de ses films sont aujourd'hui considérés comme des classiques, à l'image de cette adaptation de Jules Verne, Soleil vert (1973) et Le voyage fantastique (1966) pour rester dans la science-fiction. Ce sera également pour lui l'occasion de faire tourner pour la première fois Kirk Douglas, figure de proue de ses Vikings (1958), tout en dirigeant un casting de qualité comprenant également James Mason et Peter Lorre. Encore aujourd'hui, 20 000 lieues sous les mers est un film qui fonctionne très bien. Sur le plan du visuel, le film n'a pas tant vieilli que ses années ne le suppose. Il n'y a qu'à voir le Capitaine Nemo (Mason) et son équipage en lutte contre un calmar. Une séquence difficile à réaliser (il était question dans un premier temps de tourner la scène de jour, mais ça ne fonctionnait pas), mais qui se révèle particulièrement épique et spectaculaire. D'autant que le calmar récalcitrant durant le tournage (cela rappelle un certain Bruce dans un célèbre film de Steven Spielberg) se révèle finalement crédible à l'écran et plutôt bien fait dans son design. On peut en dire autant de celui du Nautilus suffisamment animal pour faire croire aux gens qu'il s'agit d'un monstre. En ce qui concerne le récit, on peut observer qu'il regorge de personnages contradictoires. Nemo pourrait se montrer comme un héros car s'il s'en prend aux bateaux, c'est parce que les équipages exploitent les habitants d'une île. En soi, on peut même aller parler de vengeance vu qu'il faisait parti de ces gens exploités.

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Toutefois, il est aussi pirate donc un pillard à l'image des hommes qu'il combat et qu'il tue. Ned (Douglas) se retrouve en plein confort, mais il cherche avant tout de s'évader de ce vaisseau qui l'opresse. Quant au professeur (Paul Lukas), il trouve la présence de Nemo intrusive tout en gardant une fascination pour le scientifique qu'il est. Des personnages qui alimentent largement les péripéties et rendent le film intéressant. Par ailleurs, on peut penser que l'escapade entre Douglas et les indigènes a inspiré Gore Verbinski pour une scène similaire dans le second opus des Pirates des Caraïbes (2006). Les studios Disney ont essayé d'y revenir il y a quelques années pour une sorte de préquelle. Gros budget (on parlait de 200 millions de dollars à l'époque), beaucoup de tournage sur fonds verts donc d'effets-spéciaux, David Fincher aux commandes ce qui signifie implication massive du réalisateur y compris dans le marketing, 3D, tournage prévu en Australie pour bénéficier des impôts locaux... Le premier hic est venu du casting, allant de Brad Pitt à Channing Tatum sans qu'aucun ne soit réellement choisi. Or, le studio voulait au moins un acteur bankable pour lancer le projet. Le second hic est arrivé quand Disney a accumulé trois flops successifs: Mars needs moms (Simon Wells, 2011), John Carter (Stanton, 2012) et The Lone Ranger (Verbinski, 2013). Ce dernier sera le coup de grâce pour le studio, peu désireux de se lancer à nouveau dans un pari risqué. 

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Il n'en reste pas moins que Bryan Singer et Christophe Gans en ont profité pour (re) lancer leurs adaptations respectives, l'un chez la Fox, l'autre chez les chinois. Quant au projet de Disney, il est probablement en train de prendre la poussière. On n'avait pas encore eu l'occasion d'en parler, cette fin de ce cycle permettra donc d'évoquer un peu Hollywood Pictures. Au même titre que Touchstone qui produit des films dits "plus matures" ou encore un peu familiaux, Hollywood Pictures est une filiale de Disney produisant des films plus adultes encore. Touchstone a fait ses preuves, Hollywood peut ouvrir ses portes en 1989. Un studio qui n'a pas perduré à cause d'échecs commerciaux et s'est finalement éteint en 2006. Au hasard, on pourra citer les films La main sur le berceau (Curtis Hanson, 1992), Nixon (Oliver Stone, 1995), Un cri dans l'océan (Stephen Sommers, 1998) ou Sixième sens (M Night Shyamalan, 1999) parmi les films phares du studio. On relève également beaucoup de catastrophes aussi bien artistiques que commerciales, à l'image de Judge Dredd (Danny Cannon, 1995) ou Les visiteurs en Amérique (Jean-Marie Poiré, 2001). Tout cela pour en venir au tout premier film produit par Hollywood Pictures, Arachnophobie (1990). Une coproduction avec Amblin qui permet au producteur Frank Marshall de passer à la réalisation sous l'oeil avisé de son ami Steven Spielberg à la production. 

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Beaucoup s'en souviennent encore puisqu'il s'agit d'un des rares films d'horreur avec des araignées tueuses qui ne soient pas géantes. Ce sont même d'authentiques araignées présentes dans la plupart des plans, donnant au film une certaine authenticité. Même si le film n'hésite pas à faire de l'humour comme assez souvent chez Amblin (malgré toutes les saloperies commises par les Gremlins, l'humour de Joe Dante est toujours présent), Marshall signe un vrai film d'horreur pouvant faire peur aussi bien aux spectateurs lambdas qu'aux arachnophobes en ne jouant jamais sur la surenchère. C'est aussi pour cela que son personnage principal joué par Jeff Daniels est lui-même phobique des araignées. Marshall permet aux spectateurs de s'identifier à un héros capable de surmonter sa phobie dans des situations dangereuses pour lui. Un élément qui permet au spectateur de s'identifier bien plus au héros, car il n'est pas un bourrin ou un homme d'action. C'est simplement un docteur qui essaye de sauver sa peau et celle des habitants (et ce malgré que ces derniers ne sont pas très reconnaissants). De même, le personnage de John Goodman fait son boulot en liquidant des insectes. Il ne devient pas un héros en le faisant, il fait juste son travail et c'est aussi pour cela que le spectateur se familiarise assez rapidement avec ce personnage parfois proche du cartoon. 

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Elles sont partout!

C'est la différence avec le scientifique (Julian Sands) qui apparaît comme une sorte de méchant déguisé. C'est lui qui amène l'araignée dans ce coin paumé et c'est lui aussi qui préfère avoir des exemplaires vivants pour ses recherches. Il court à sa propre perte comme le docteur en ne croyant pas Daniels. Marshall assume parfaitement son film comme de l'horreur, même s'il joue parfois sur l'humour, donnant lieu à un film assez atypique et particulièrement efficace. On n'en demande pas plus et Arachnophobie remplie largement son contrat en s'imposant même comme une référence du film avec des araignées tueuses. Pour terminer cette cuvée, j'en profite pour vous montrer quelques dessins réalisés depuis quelques temps sur Disney et ses collaborateurs. Allez à la prochaine!

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Tarzan.

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Jessica Rabbit, femme de Roger.

Clochette

Clochette et le vaisseau du Capitaine Crochet.

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La bande à Winnie l'ourson.

Mulan

Mulan.

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Aladdin et le Génie.

Jasmine

Jasmine.

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Sam Flynn et Quorra, personnages issus de Tron Legacy (Joseph Kosinski, 2010).

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Variation autour de Toy Story 4.

 

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Zorro, grand héros de la littérature popularisé par Disney dans les 50's.

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Les Muppets, dont les droits appartiennent à Disney depuis les 90's.

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Jiminy Cricket et Pinocchio.

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Pocahontas.

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Tic et Tac rangers du risque.

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Lilo et Stitch en pleine imitation d'Elvis Presley.

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Le Prince Philippe face à Maléfique.

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Honey Lemon et Baymax avec armure.

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Fred et Hiro.

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Go Go Tomago et Wasabi.

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Baymax sans armure.

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Quasimodo et Esmeralda.

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La petite sirène.

19 janvier 2017

Cuvée 100% Mickey #4

Après une absence de quelques semaines, la Cave de Borat revient en cette nouvelle année. Reprenons le voyage chez Mickey là où nous l'avons laissé. Après les super-héros, le passage aux CGI ou encore les courts-métrages, continuons à explorer l'héritage gigantesque d'un studio qui regorge encore de secrets. Ready? Go! (Attention spoilers)

  • Productions en vrac !

Mars

Reprenons ce petit tour d'horizon des productions Disney en commençant par Mars needs Moms (Simon Wells, 2011). Un film dont peu de personnes connaissent encore l'existence malgré sa sortie récente. Il y a quelques temps, la Cave de Borat était revenue sur le cinéma de Robert Zemeckis, y compris sur son attirance pour la performance capture. Un procédé qui n'a pas réussi à convaincre sous sa direction, mais chez d'autres oui (Avatar n'est qu'un exemple). Disney met le grappin sur sa société Imagemovers Digital à la fin des 2000's. Le premier projet sera Le drôle de noël de Scrooge (2009), le second le film de Wells que produit Zemeckis. Scrooge n'a pas été un grand succès, mais il a rempli suffisamment les caisses pour parler de petit succès (plus de 325 millions de dollars de recettes). C'est une autre histoire pour l'autre. Même si The Lone ranger (Gore Verbinski, 2013), Tomorrowland (Brad Bird, 2015) ou John Carter (Andrew Stanton, 2012) n'ont pas été des succès, leurs recettes ont tous dépassé leurs budgets. On parlera donc plutôt de semi-échec plutôt que flop total, même si tous les trois ont eu de mauvaises recettes domestiques (entre 73 et 93 millions de dollars). On ne peut pas en dire autant de Mars needs Moms qui a coûté 150 millions de dollars et s'est ramassé avec un peu plus de 38 millions de dollars de recettes.

Milo sur Mars : photo Simon Wells

Pour tout dire, le film est sorti directement en DVD par chez nous et pour en rajouter une couche était diffusé en 3D dans les salles. Il est même à l'origine de l'arrêt des productions Imagemovers en route, dont le fameux remake de Yellow Submarine (George Dunning, 1968) par Zemeckis, Disney ayant laissé tomber le studio dès janvier 2011. Il n'y a qu'un pas pour dire que Zemeckis est revenu au cinéma live-action à cause de ce flop retentissant. La question qui vous brûle les lèvres est surement "est-ce que c'est aussi mauvais que ça en a l'air?". La réponse est non même si on parlera d'un film moyen, voire un minimum attachant malgré ses défauts. Bien que son nom ne dit peut être rien au grand public, Simon Wells n'est pas un inconnu et pas mal de ses films (pour Amblin comme Dreamworks) ont tourné dans les magnétoscopes des enfants des 90's-début 2000's. Quelques exemples au hasard: Les quatre dinosaures et le cirque magique (coréalisé avec Phil Nibbelink, Dick et Ralph Zondag, 1993), Balto (1995) ou Le Prince d'Egypte (coréalisé avec Brenda Chapman et Steve Hickner, 1998). Pour Zemeckis, le choix est d'autant plus évident que Wells a été storyboarder sur plusieurs de ses films. Pour le réalisateur, c'est une première à la fois dans le tout CGI (ses films étaient globalement réalisés en animation traditionnelle) et bien évidemment la performance capture.

Milo sur Mars : photo

Comme sur les précédents films de Zemeckis, le procédé est à nouveau peu concluant, avec toujours le même problème principal: les expressions faciales avec les émotions qui vont avec. Pour preuve Joan Cusack a le visage tellement lissé que ses expressions se réduisent au minimum syndical. Idem pour le jeune héros incarné par Seth Green qui a régulièrement un visage ahuri comme seule expression et Dan Fogler a presque toujours un air jovial. Si on reconnaît les acteurs, ils ne dégagent finalement rien. La technique est également peu convaincante plus d'une fois, le film ressemblant assez souvent à une série de cinématiques pour jeux-vidéo qu'à un réel long-métrage, pas aidé par un rythme particulièrement molasson. Certains décors peinent également à être crédibles, Imagemovers n'ayant jamais fait dans le futurisme. Les textures de Mars s'avèrent rapidement rigides une fois que les personnages ont le nez dehors et ne parlons même pas du design assez laid des martiens, réservant encore moins d'émotions qu'aux humains (il faut voir la reine qui a l'air systèmatiquement énervé quand les mâles sont hilares). Pour ce qui est du récit, il y a un fond assez intéressant mais traîté trop souvent en surface. Par exemple, le film nous dévoile une civilisation constituée en grande partie de femelles.

Milo sur Mars : photo

Voilà une expression faciale de Joan Cusack. Cela vend du rêve non ?

Ces dernières n'ont tellement plus l'habitude de materner qu'elles en viennent à kidnapper des mères terriennes pour qu'elles éduquent les filles. Des mères qui ne seront pas renvoyées sur Terre mais vaporiser. Quant aux hommes, ils sont laissés dans une case poubelle ou emprisonnés, laissés à leur propre sort. Inutile de dire que les bébés garçons finissent eux aussi à Poubelle Land. Wells ne fait pas dans la dentelle, portant un regard peu reluisant de l'humanité à travers le regard de ces martiens amateurs d'eugénisme. Par la même occasion, il dévoile un personnage devenu adulte beaucoup trop tôt, essayant de sortir ce souvenir en optant pour une attitude rigolarde. Toutefois, le film ne dévoile réellement ces cartes que dans son dernier quart d'heure. Avant cela, il faudra se taper une aventure peu convaincante, consistant à visiter des pièces quasiment identiques. On peut également repprocher un personnage féminin principal douteux au langage djeuns merveilleusement douteux. Certes, votre cher Borat a vu ce film dans un doublage français, mais au vue des détails cela doit être un beau charabia aussi en VO. Au final, Mars needs moms est un film qui a beaucoup de potentiel, mais se perd souvent et joue trop sur le terrain comique. Toutefois, le film ne mérite pas le désastre financier qu'il a engendré.

Milo sur Mars : photo Simon Wells

Le sidekick féminin chébran t'as jamais vu ça.

Partons maintenant dans les 70's, une époque où les studios se cherchaient encore dans l'héritage du grand chef. Si les films d'animation se tiennent (bien aidés par l'expérience de Wolfgang Reitherman aux commandes des trois quarts), les productions ont bien du mal à emballer. Si certaines marquent leurs époques comme Freaky Friday (Gary Nelson, 1976), on a du mal à en retenir un grand nombre de nos jours. Alors quand Christopher Nolan cite Le trou noir (Nelson, 1979) comme une de ses inspirations pour Interstellar (2014), le film revient dans les mémoires et intéresse à nouveau. Le trou noir (je vous vois venir petit copain) fait partie des rares tentatives du studio pré-Star Wars dans la science-fiction, au même titre que John Carter ou La montagne ensorcelée (John Hough, 1975). Produit en grande partie à cause du succès du film de George Lucas, avec casting colossal qui va avec (Robert Forster, Maximilian Schell, Anthony Perkins, Ernest Borgnine et Yvette Mimieux), le film s'est soldé par un flop commercial certain. S'il n'a peut être pas l'aura de Tron (Steven Lisberger, 1982), il fait en revanche partie de ces oeuvres marginales du studio revalorisées par le public. Si le film n'est pas le plus facile à trouver (toujours pas de BR et le remake un tant envisagé est aujourd'hui abandonné), la VHS avait permis de lui faire gagner une petite réputation à partir des 80's.

the black hole

Ne passons pas par quatre chemins, Le trou noir a pris un sacré coup de vieux, peut être plus que Tron. Il n'y a qu'à voir ce pauvre robot plus ridicule qu'autre chose. Idem pour les autres robots aux looks pas si éloignés de ceux des Daft Punk ou des cylons de la série Battlestar galactica. Beaucoup d'aspects sont hérités de la série Star Trek (1966-69) comme les commandes, le jargon plutôt scientifique ou l'équipage lui-même avec un pilote, un scientifique ou des techniciens. Le passage dans le trou noir servant de climax vaut son lot d'excentricités, valables principalement au côté très manichéen de la chose. D'un côté, Shell finit par fusionner avec le robot Maximilian avant de devenir un être seul coincé dans un Enfer particulièrement réaliste. De l'autre l'équipage vit un drôle de trip: les plans montrent nos héros hurlant tout en démultipliant leurs visages, avant de terminer leur voyage dans un couloir de cristal. Ils ont vécu le trou noir comme une sorte de jugement divin. Un aspect assez kitsch dans le second cas, mais qui a le mérite de donner une alternative intéressante et visionnaire aux passages phares d'Interstellar et Contact (Zemeckis, 1997). Si l'aspect science-fictionel est plutôt bien géré, on peut toutefois trouvé le film particulièrement lent, consistant à explorer dans ses grandes largeurs les rouages d'un vaisseau stabilisé non loin du trou noir et aux moeurs douteuses.

Le Trou noir : Photo

Info principale du film: les Daft Punk viennent donc de l'Espace.

De plus, si vous cherchez un space opera actif passez votre tour, l'action ne commence que dans les dernières minutes. Le trou noir n'est pas un film fantastique, mais dans sa tentative de film black science il est un curieux exemple, qui plus est venant d'un studio dont ce n'est pas le genre de prédilection.

  • Treasure of the golden sun: une épopée télévisée

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Parlons un peu de séries télévisées à présent. La Cave de Borat s'est déjà penchée sur le sujet à ses débuts, les séries animées Disney ont largement contribué à l'enfance de votre interlocuteur. Principalement datées des 90's, les séries Disney ont su fédéré un certain public même chez les moins nostalgiques à travers des titres phares. Soyons exhaustifs avec quelques exemples parmi les plus originaux: La bande à Dingo (1992-93), Tic et Tac rangers du risque (1989-90), La cour de récré (1997-2001), Timon et Pumbaa (1995-99), Super Baloo (1990-91) ou encore Couacs en vrac (1996). Dans ces séries, La bande à Picsou (1987-90) a une place primordiale. Elle a plus ou moins été le fer de lance de cette vague Disney Television Animation qui a encore de beaux jours devant elle, comme le confirme La garde du Roi Lion (2016-). Ce fut aussi un jeu mythique de la NES (1989) remis au goût du jour il y a quelques temps pour le bonheur des joueurs nostalgiques ou découvrant le jeu. La bande à Picsou connue aussi sous le nom DuckTales s'apprête à faire son grand retour cette année sur le petit écran avec un casting renouvellé et prestigieux: David 'Doctor Who' Tennant en Picsou, Danny Pudi (Community) en Riri, Ben 'Jean Ralphio' Schwartz en Fifi, Bobby Moynihan (membre actuel du Saturday Night Live) en Loulou ou encore Beck Bennett (autre membre du SNL) en Flagada Jones. 

La Bande à Picsou (2017) : Affiche

Affiche du reboot de la série.

Un événement plutôt attendu en raison de la qualité de la série et du potentiel d'un retour, La bande à Picsou étant globalement constitué d'épisodes individuels, quand bien même certains sont en plusieurs parties. Si votre cher Borat vous parle de cette série aujourd'hui, c'est surtout pour évoquer plus longuement le pilote. Pour rappel, le pilote est le premier épisode d'une série et celui de La bande à Picsou est particulier car il compte cinq parties. Soit 1h40 tout de même, à raison d'épisodes de vingt minutes. Au final, c'est un épisode aussi long que Le trésor de la lampe perdue (1990) qui sert de conclusion à la série d'origine. Comme ce fut le cas de la plupart des épisodes (même si des efforts seront faits à partir de la seconde saison), la diffusion française de la série fut pour le moins chaotique, l'ordre des épisodes étant totalement modifié. Ainsi, les trois premiers épisodes ont été diffusé après vingt-trois autres et les deux derniers en 29ème et 30ème places (!). Impossible à suivre en temps réel, il arrivait que les épisodes en plusieurs parties étaient rassemblés le temps d'une diffusion ou de sorties vidéos. Ce fut le cas de Treasure of the golden suns (1987) que votre cher Borat avait pu découvrir enfant, avant de revoir l'ensemble il y a quelques années (les joies d'internet).

La Bande à Picsou : Photo

Ces épisodes permettent de bien poser les bases de la série en présentant les personnages déjà connus comme les nouveaux. Parmi ces derniers, la petite cane Zaza et sa grand-mère Mamie Baba; et l'aviateur barjo Flagada Jones. Avec Picsou et ses neveux, ils font partie du corpus de personnages principaux de la série et les trois premiers épisodes serviront à introduire tout ce petit monde. Les neveux sont emmenés chez Picsou par un Donald parti sur un porte-avion. Mamie Baba et sa petite-fille arrivent suite à une demande de nounou pour s'occuper des neveux, histoire de seconder le majordome Arsène. Flagada est employé par Picsou comme aviateur privé. Quant aux premiers ennemis sur la route de Picsou, ils nous sont bien connus puisqu'il s'agit des Rapetou et de Gripsou. Toutefois, le méchant de cette épopée n'est pas vraiment ces cinq filous, mais un homme nommé El Capitan à la recherche de la Vallée des soleils d'or. Ravivé par les événements du premier épisode (les Rapetou essayent de lui voler une partie de la carte présente dans un de ses bateaux), le plus riche des canards se met alors en chasse, naviguant d'un endroit à l'autre (destinations sud-américaines comme glacées). 

Treasure of the golden sun

Jaquette d'un laserdisc japonais.

Les scénaristes se sont amusés dans le traitement des personnages, puisque l'ami Picsou devient de plus en plus fanatique de l'or jusqu'à atteindre son paroxysme dans le dernier épisode. D'ailleurs les petits ne sont pas loin de le rejoindre dans sa folie furieuse. L'or rend fou et perd ceux qui essayent de le garder pour eux. Quasiment tous les personnages ayant un bout de la carte ou en possession de trésor sont fous d'or jusqu'à provoquer leur propre perte. Il n'y a qu'à voir les villageois qui se rebellent d'un pseudo conquistador se prenant pour un dieu à cause de sa pièce d'or; ou encore El Capitan dont la soif finit par être ridicule. Il n'y a qu'un pas pour que Picsou le rejoigne dans sa bêtise. Ce que réussit à faire Treasure of the golden suns est de donner envie de regarder la série, mais surtout raviver le sens de l'aventure des récits de Picsou. Ce qui rappelle à votre interlocuteur le temps où il lisait Picsou Magazine ou Mickey Parade où se cotoyaient récits italiens et Don Rosa. Le bon vieux temps...

13 janvier 2017

Séance qui toque aux portes du paradis

En cette seconde semaine de janvier, il était temps pour l'Antichambre de Borat de trouver le chemin de 2017 pour une nouvelle séance. Pour les retardataires de 2016, rappel des titres: il s'agit d'une chronique irrégulière où trois films sont abordés dans des critiques plus courtes, mais pas moins de qualité pour donner des avis plus rapides. Au programme: le retour de la célibataire à la culotte culte; Sam Peckinpah rencontre le prix nobel de littérature; et un requin amateur de belle blonde. Ready? Go! (attention spoilers)


 

Bridget Jones Baby : AfficheIl est casse-gueule de parler d'une suite quand on n'a jamais évoqué les précédents opus, alors revenons-y rapidement. Le journal de Bridget Jones (Sharon Maguire, 2001) a permis à Renée Zellweger d'exploser après des années de seconds-rôles notables (dans Jerry Maguire notamment).

L'occasion de découvrir la fameuse Bridget, célibataire pleurant sur All by myself le jour de son anniversaire, tout en essayant de choisir entre le goujat sexy et le dandy coincé. Une romcom amusante sur le célibat et pas tant réservée aux femmes qu'on le dit. L'âge de raison (Beeban Kidron, 2004) sentait fort le bis repetita, au point que le spectateur restait devant uniquement pour ses acteurs.

On pouvait penser que Bridget Jones's Baby (Maguire, 2016) serait une suite trop tardive (douze ans quand même), faites avant tout pour faire revenir Miss Zellweger sur le devant de la scène. Il n'en est finalement rien.

Si on préféra le premier pour sa fraîcheur et un côté moins prévisible, on s'amuse toujours autant des aventures de l'amie Bridget. Ses conflits sentimentaux (son Darcy d'amour jamais là ou le nouveau venu trop présent ?), ses aventures journalistiques souvent spectaculaires, l'interprétation de Renée Zellweger... Bridget est de retour et on peut même dire qu'elle nous avait manqué.

Au même titre que l'impayable Darcy (Colin Firth toujours à même de se montrer ridicule), Bridget est un personnage terriblement attachant que l'on aime accompagner avec le temps. Ce troisième volet ne la met pas dans ses derniers retranchements, mais avec une vraie nouvelle direction (l'arrivée d'un enfant), il réussit à continuer le voyage avec plaisir. Au point de faire oublier le second opus de l'équation.

Le fait que Hugh Grant ne soit pas de la partie aide aussi, évitant une répétition douteuse. Si Bridget Jones's Baby n'est pas une conclusion, on espère que cette saga reste sur cette bonne note.


 

592714Jaume Collet Serra a une filmographie pour le moins singulière, au point que l'on s'y perd parfois. Entre actioners et horreur, le réalisateur espagnol a surtout démontré un penchant pour la série B efficace ou profondément nanarde. Ainsi après avoir montrer un Liam Neeson à la recherche d'une chaudière (le délirant Run all night), voici The shallows (2016).

On ne demande pas forcément à un survival d'avoir un scénario monumental, ce sous-genre étant voué à aller à l'essentiel en un laps de temps court (1h30 en général). Toutefois, un film y gagne souvent avec une excellente réalisation et une ambiance de qualité. C'est le cas par exemple d'Alien (Ridley Scott, 1979) ou Gravity (Alfonso Cuaron, 2013). 

The shallows n'a clairement pas le même impact, ni le même intérêt. Il s'agit avant tout d'un film estival qui devrait se trouver un public sur les chaînes de la TNT. Dit comme cela, on pourrait penser que c'est insultant et pourtant le film fonctionne pour ce qu'il est. 

Le scénario se résume à une jeune femme (Blake Lively) cherchant à se sauver d'un requin alors qu'elle est éloignée de la plage. Collet Serra ne ménage pas son héroïne puisqu'il l'affaiblit histoire d'accentuer sa fatigue et donner plus de suspense. On regrettera par contre la surpsychologie de son héroïne, finalement inutile et peu convaincante.

A ce titre, comme beaucoup de réalisateur voulant en faire trop, Collet Serra balance une séquence servant par la suite en ouverture. Une approche que l'on retrouve de plus en plus souvent (Don't Breathe de Fede Alvarez par exemple) et qui ne sert finalement à rien.

Dans son approche, The shallows se présente comme une série B, pourtant son réalisateur ne prend pas son sujet à la légère. Il en fait quelque chose de sérieux, pas vraiment fun, ni spectaculaire. Il se veut même très expéditif avec les victimes, à base de cgi ne cherchant pas le gore. 

Au final c'est peut être ça qui fait le charme de The shallows et un candidat sérieux dans le film de requin. En s'éloignant de la surenchère, Collet Serra réussit à divertir. Pas inoubliable, mais pas un mauvais film.


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Terminons cette séance par une dernière séquence plus classique. En 1973, Sam Peckinpah a déjà une réputation d'ours mal léché faisant peur aux studios hollywoodiens. En cause? Un tempérament de feu sur les tournages dû à son alcoolisme et à la drogue; une tendance à la violence graphique au ralenti qui ne plaît pas à tout le monde et un cinéma fait de gueules. 

Parmi elles se retrouvent James Coburn et Kris Kristofferson, vedettes de Pat Garrett et Billy the kid. Les deux acteurs incarnent deux légendes fortes de l'Ouest. D'un côté, le vieux briscard Pat Garrett (Coburn) se découvrant une conscience en devenant shérif. De l'autre, le Kid resté truand et continuant sa croisade en échappant aux autorités (Kristofferson).

Deux amis devant s'affronter à cause de la loi qui les sépare désormais. Le vieil homme en vient à se demander s'il ne s'est pas trompé de voie en pourchassant son ancien ami, quand l'autre essaye de le fuir par tous les moyens. Le final, qui plus est en huis clos, sera fatal pour l'un d'entre eux, car le destin en a voulu ainsi. Un dernier acte violent qui contraste avec l'aspect global du film.

Ceux qui adorent la violence hard boiled de Peckinpah seront assez étonnés de retrouver un film purement mélancolique, loin du dézingage de Guet apens (1972). Un aspect novateur pour le réalisateur, car même si le film a son lot de morts, il n'est jamais aussi radical que la plupart des films du réalisateur. 

C'est ce qui le différencie de ses aînés, peut être aussi parce que c'est le dernier western de son auteur. Terminer cette partie de sa carrière sur un film plus beau, peut être même plus accessible.

Pour preuve, cette bande originale signée Bob Dylan (qui a d'ailleurs un petit rôle marquant) dont certains titres sont encore parmi ses chansons les plus connues. On pense directement à Knockin' on heaven's door utilisée pour le final avec une signification plus qu'évidente. En résultes, une oeuvre magnifique clôturant un cycle pour son réalisateur sur l'image d'un cowboy ayant mis fin à son fardeau. 

A la prochaine!

09 janvier 2017

L'or en direct

Votre cher Borat vous parle en direct live pour la cérémonie des Golden Globes. L'heure de réactions, de dire les récompenses, de se marrer ou pas. Alors soyez prêt pour une nuit de folie (ou pas) !

2h: Après dix mille heures passées devant un tapis rouge, les Golden Globes commencent avec un petit show musical visiblement inspiré de La la land (Damien Chazelle, 2016). Hé oui comme souvent, le film n'est toujours pas sorti chez nous, mais vu sa date initiale (il devait sortir face à Moana le dernier Disney), ce n'est peut être pas plus mal. Il sortira finalement le 25 janvier.

2h10: Meilleur acteur pour un second rôle pour Aaron Taylor Johnson dans Nocturnal animals (Tom Ford, 2016). Une excellente prestation d'un film dont on reparlera très rapidement dans ces colonnes. 

Nocturnal Animals : Affiche

2h12: Meilleur acteur dans une série dramatique pour Billy Bob Thornton dans Goliath (2016-). Une série où il joue un avocat au bout du rouleau voyant l'occasion d'affronter son ancien partenaire sur une affaire.

Affiche

2h23: Meilleure actrice dans une série comique ou musicale pour Tracee Ellis Ross dans Black-ish (2014-). Ici avec son mari à l'écran Anthony Anderson.

Photo Anthony Anderson, Tracee Ellis Ross

2h26: Meilleure série comique ou musicale pour Atlanta. Soit l'histoire de jeunes essayant de percer dans le rap.

Photo Brian Tyree Henry, Donald Glover, Keith Stanfield

2h36: Prévisible, Sarah Paulson meilleure actrice dans une mini-série ou téléfilm pour American Crime Story (2016-) . Elle joue la procureur face à OJ Simpson incarné par Cuba Gooding Jr. Vite rejoint par un second prix pour meilleure mini-série ou téléfilm.

Photo Christian Clemenson, Sarah Paulson

2h47: Meilleur second-rôle dans une mini-série ou téléfilm pour Hugh Laurie dans The Night Manager (2016). Il y incarne le trafiquant d'armes que recherche le personnage de Tom Hiddleston.

 Photo Hugh Laurie

2h52: Seul musical du corpus, il était évident que la bande originale de Justin Hurwitz pour La la land soit récompensée. Idem pour la chanson City of stars.

3h01: Meilleur second rôle féminin pour Viola Davis dans Fences (Denzel Washington, 2016) où elle incarne la femme de Denzel Washington dans les USA des 50's.

Fences : Photo Denzel Washington, Viola Davis

3h10: Meilleur second rôle féminin dans une mini-série ou téléfilm pour Olivia Colman dans The night manager. C'est elle qui met Tom Hiddleston sur la piste d'Hugh Laurie.

Photo Olivia Colman

3h14: Toujours aussi prévisible, Ryan Gosling meilleur acteur pour une comédie ou un musical pour La la land. On attend donc Emma Stone dans quelques minutes. Se rajoute le meilleur scénario pour Damien Chazelle.

La La Land : Photo Ryan Gosling

3h28: Zootopie (Howard, Moore 2016) évidemment meilleur film d'animation. Mouchoirs pour les français pensant vainement que Ma vie de courgette (Claude Barras, 2016) avait une chance de passer devant Disney ou Imagination.

zootopie 

3h37: Paul Verhoeven revient à Hollywood avec un film français récompensé en meilleur film étranger. Soit l'un des plus beaux pieds de nez à Hollywood, ce temple du cinéma qui a tant fait pour le foutre dehors il y a dix-sept ans. 

 Elle : Affiche

3h39: Meilleur acteur dans une mini-série ou téléfilm pour Tom Hiddleston dans The night manager.

 Photo Tom Hiddleston

3h49: Claire Foy meilleure actrice dramatique pour The Crown (2016-). Elle y joue ni plus, ni moins qu'Elisabeth II alors en pleine succession de George VI. S'en suit le prix pour meilleur série dramatique.

Photo Claire Foy

4h07: Meryl Streep récompensée par le trophée Cecil B DeMille. Outre les nominations hasardeuses voire opportunistes que lui donnent les cérémonies de récompenses (dont les Golden Globes), Meryl Streep reste une très grande actrice. Il n'y a qu'à la voir dans Sur la route de Madison (Clint Eastwood, 1996) pour s'en rendre compte. Discours émouvant symbolisant la diversité et la mixité à l'heure du futur règne du démon orange.

Sur la route de Madison : Photo Meryl Streep

4h20: Damien Chazelle meilleur réalisateur. L'effet boule de neige qui veut qu'un film soit voté à chaque catégorie se confirme encore.

4h27: Meilleur acteur dans une série comique ou musicale pour Donald Glover dans Atlanta. Rappelons qu'il sera le nouveau visage incarnant Lando Calrissian dans le spin-off sur Han Solo.

4h38: Emma Stone meilleure actrice dans un film comique ou musical dans La la land. S'en suit la meilleure comédie ou musical.

La La Land : Photo Emma Stone

4h50: Encore du prévisible avec Casey Affleck pour meilleur acteur dramatique dans Manchester by the sea (Kenneth Lonergan, 2016). Il incarne un homme revenant dans sa ville natale suite à la mort de son frère. Un rôle qui devait initialement revenir à Matt Damon avant qu'il ne se retire (il reste producteur).

Manchester by the sea : Photo Casey Affleck

4h58: Isabelle Huppert meilleure actrice dramatique pour Elle. Souvenez vous initialement des actrices hollywoodiennes qui ne voulaient pas jouer son rôle car trop particulier. Aujourd'hui elles doivent se mordre les doigts.

5h03: Moonlight (Barry Jenkins, 2016) sacré meilleur film dramatique. Un film suivant un jeune afro-américain au fil du temps qui sortira le 1er février. 

Moonlight : Affiche

Que conclure? L'ensemble s'est avéré bien prévisible (comme d'habitude), l'effet boule de neige marche toujours autant dans les récompenses et Hacksaw Ridge (Mel Gibson, 2016) n'a pas eu droit à la reconnaissance qu'il aurait pu avoir. A voir si cela se confirme aux Oscars.

06 janvier 2017

Le robot venu de l'Espace

Années 50. Un robot de plusieurs mètres s'écrase dans un coin paumé des Etats-Unis. Un petit garçon va se lier d'amitié avec ce "géant de fer"...

Le géant de fer (2)

Quand Brad Bird se lance dans son premier film, il a déjà une longue expérience . Protégé de Milt Kahl (un des neuf sages de la maison Disney), animateur chez Disney durant les 80's après son diplôme de la CalArts (école d'animation crée par Walt Disney en 1961), il effectue un de ses premiers gros travaux en signant le seul épisode animé de l'anthologie Histoires fantastiques (1985-87) Le chien de l'épisode aura droit à une saison de 10 épisodes sous le nom de Family Dog (1993) toujours sous l'oeil de Steven Spielberg et l'ajout de Tim Burton, camarade de Bird durant ses jeunes années. Il scénarise aussi le sympathique Batteries not included (Matthew Robbins, 1987) pour le compte d'Amblin encore une fois. Son plus gros travail restera son statut de consultant et réalisateur pour la série Les Simpson entre 1990 et 1998, notamment sur deux épisodes mettant en scène Krusty le clown (le premier étant le braquage commis par Tahiti Bob, l'autre ses retrouvailles avec son père). Il fut également consultant et animateur sur Les Razmoket (1991-2004), The critic (certains se souviennent de cette série en partie à cause de l'épisode des Simpson avec les courts-métrages) ou King of the hill (1997-2010). Une expérience dans un grand studio, des relations fortes entre le cinéma et la télévision, Brad Bird ne pouvait finir que par tutoyer la réalisation d'un long-métrage au bout d'un moment. Son coéquipier Mike Judge l'a fait avec le cinéma live action (Office Space, 1999) et son camarade Burton encore avant, Bird le fera par l'animation.

THE IRON GIANT

Le réalisateur lance la production du Géant de fer (1999) alors que la partie animation de Warner Bros commence à sentir le roucis. N'ayant jamais réussi à s'imposer, se contentant de la télévision comme principal support de création (notamment Les animaniacs), Warner Bros Animation ne sait pas comment évoluer au cinéma. Space jam (Joe Pytka, 1996) est le seul qui a réussi à fonctionner au box-office, fort d'un mélange entre live-action et animation et d'un pitch aussi délirant qu'improbable (une star du basket ball face à une icône de l'animation). Excalibur l'épée magique (Frederik Du Chau, 1998) est sorti dans un quasi-anonymat avec des dépassements de budget, des années de gestation chaotiques et un réalisateur parti en cours de route. Ses dépassements ont entraîné bien des galères à Bird, puisqu'à ce stade Warner ne voulait plus donné autant d'argent, entraînant des coupes subventionelles. A cela se rajoute aussi la débâcle du Roi et moi (Richard Rich, 1999), autre remake du film avec Yul Brunner entrant en concurrence avec le film live d'Andy Tennant. Le premier sorti n'a pas été le premier servi. Budgeté à 70 millions de dollars, Le géant de fer se plantera à l'été 1999, ne parvenant jamais à atteindre ne serait-ce que son budget. Toutefois, le film réussit à se faire très rapidement une aura critique, d'autant que Brad Bird est aujourd'hui un réalisateur accompli aussi bien dans l'animation que dans le live-action

WAR GIANT

Edité sans aucun effort par la Warner dans nos contrées, le film bénéficiera en février prochain d'une édition BR digne de ce nom, après une ressortie pour le moins douteuse en décembre. Pour cause, la version signature contenant au moins deux séquences supplémentaires n'a jamais été diffusé en France et ce malgré les affiches publiées. Depuis le 4 décembre, Le géant de fer est donc diffusé dans les salles françaises dans sa version de 1999 sous l'ordre du studio. Une belle supercherie qui n'a pas empêché votre cher Borat de le voir enfin dans des conditions dignes de ce nom et de voir à quel point, ce Géant de fer est un des plus beaux bijoux animés des 90's. Si le film a parfois un peu perdu dans l'expressivité de certains personnages, le film n'a finalement que très peu vieilli et on reconnaît tout de suite le style cartoonesque de Bird. Voir The Iron Giant après ses films suivants, c'est aussi remarquer des personnages aux figures récurrentes: l'agent Kent Mansley est quasiment une caricature de Brad Bird à l'image de Syndrome dans Les Indestructibles (2004) et le marin ressemble à Skinner le chef de Ratatouille (2007). On retrouve aussi la mère protectrice à l'image d'Helen Parr dans le film de super-héros et le fils un brin casse-cou. On peut aussi trouver un goût pour la robotique que le réalisateur continuera à exploiter par deux fois. 

the iron giant gif

L'intelligence artificielle est encore plus poussée à travers Athena dans Tomorrowland (2015) et faire d'un robot une arme destructrice en cas de légitime défense a été abordé aussi dans Les Indestructibles. Mais là où Le géant de fer marque définitivement la filmographie de Bird dès son premier film c'est son sens du retro, s'inspirer du cinéma d'autrefois pour faire des films profondément inventifs dans leur mise en scène. Pimenter le film de super-héros en revenant à James Bond; donner un air carte postale à Paris; ou encore faire du retro-futurisme: tout le style bati par Bird commence avec ce film. Joe Dante et Brad Bird ne sont pas de la même génération et pourtant Le géant de fer et Matinee (1993) se répondent. Les deux films naviguent dans un contexte sous haute tension, où la moindre étincelle peut provoquer une Troisième Guerre Mondiale. La Guerre Froide est montrée dans les deux films à travers les yeux des citoyens, mais aussi en exposant l'armée. Ce qui peut donner des moments de panique où l'imbécilité de l'Homme en vient à provoquer des catastrophes humanitaires (l'Homme est un loup pour l'Homme). Le cas du Géant de fer est peut être plus particulier, puisque la traque du robot par Mansley finit par le rendre dingue, l'agent n'hésitant pas à menacer et à séquestrer l'enfant pour avoir des informations ou à mettre sa vie en péril pour exterminer l'objet qu'il traque.

Un personnage de raclure jusqu'au boutiste, montrant que le film ne s'adressait peut être pas au jeune public, mais plus vers un public adolescent ou adulte. La peur de la bombe nucléaire se fait ressentir jusque dans les dernières minutes, profondément émouvantes où l'on en vient à avoir des sentiments pour un robot. Le robot est finalement l'être le plus sensible du film, personnage mécanique se découvrant une âme à mesure qu'il entre en contact avec des humains. Bird s'empare de l'héritage d'ET (Spielberg, 1982) pour montrer cette humanisation instauré à travers un enfant en quête d'ami. Tout comme Elliot en son temps, Hoghart le trouvera à travers ce robot qui ne demande que de la féraille. Leur communication se fera à travers des expressions, des réactions ou même la pop culture (il n'est pas étonnant qu'Hoghart fasse du robot un équivalent de Superman). Il symbolise également à lui seul la peur de l'étranger, qui se dit également alien. Le fait que le géant de fer vient de l'Espace n'est finalement pas anodin. Comme Dante, Bird amène aussi le cinéma d'exploitation comme passion de son jeune personnage, seul refuge pour éviter un quotidien morne et rempli d'adultes paniqués par Spoutnik. D'ailleurs, dans les deux cas les films sont plutôt amusants, reprenant bien la manière de montrer la violence et le côté cocasse de ces films (on pense beaucoup à Roger Corman).

Un sublime coup d'essai pour Brad Bird, merveilleusement rétro et retranscrivant une époque cauchemardesque avec justesse.


Article initialement publié le 3 mai 2013.