Cine Borat

19 février 2017

Un voyage au bout des ténèbres (Cuvée La Quatrième Dimension)

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Une fois n'est pas coutume. A l'instar de Borat, administrateur en chef de Ciné Borat, je vous propose à mon tour une cuvée de mon choix et consacrée à la série La Quatrième Dimension (The Twilight Zone dans la langue de Shakespeare). Ainsi, ce billet va analyser les épisodes suivants :

La Petite Fille Perdue (épisode 26, saison 3)
Le Menteur (épisode 30, saison 3)
Pour les Anges (épisode 2, saison 1)
Personne Inconnue (épisode 27, saison 3)
C'est une belle vie (épisode 8, saison 3)

 

La Petite Fille Perdue (Episode 26, saison 3)

 

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Année : 1962

 

La critique :

Ecrit par Richard Matheson (à qui l'on doit déjà plusieurs opuscules de prestige, notamment L'Homme Qui Rétrécit et Je suis une légende, entre autres) et réalisé par Paul Stewart, la distribution de ce 26e épisode de la saison 3, intitulé La Petite Fille Perdue, réunit Charles Aidman, Robert Sampson, Sarah Marshall et Tracy Stratford. Attention, SPOILERS ! (1) En pleine nuit, Chris et Ruth Miller sont réveillés par les pleurs de leur petite fille Tina, 6 ans. Bien qu'il cherche sa fille, Chris ne la trouve pas, mais il continue de l'entendre, et la voix vient de sous le lit de l'enfant.
Le chien court sous le lit et disparaît lui aussi brusquement. Aidés par Bill, un ami professeur de physique, le couple cherche leur enfant et le chien. 
Bill comprend qu'une porte s'est brusquement ouverte sur la quatrième dimension, et que la fille et l'animal y sont entrés. Grâce à ses connaissances mathématiques, Bill dessine la porte sur le mur derrière le lit. Ils n'ont que quelques minutes pour faire venir l'enfant jusqu'à la porte avant que celle-ci ne se referme pour toujours (1). En l'occurrence, La Petite Fille Perdue marque un tournant rédhibitoire dans The Twilight Zone.

En effet, pour la première fois, l'existence d'une quatrième dimension est clairement évoquée par l'un des principaux protagonistes, en l'occurrence Bill (Charles Aidman), un éminent scientifique qui possède de solides connaissances sur la science quantique. Pour Rod Serling, la quatrième dimension ne correspond pas seulement au temps qui passe. Elle constitue également un univers parallèle qui semble échapper à toute logique rationnelle. En l'occurrence, Rod Serling joue les visionnaires et fait preuve de médiumnité. Nous ne sommes qu'en 1962, mais déjà à l'époque, le créateur de The Twilight Zone annonce l'existence "d'imbrications interdimensionnelles".
Un jargon scientifique corroboré par Bill lui-même à un couple éploré par la disparition de leur fillette de six ans (tout au plus...). 

Pour Rod Serling, il existe dans notre monde contemporain, déjà sous l'égide de la technologie et de la science moderne, des réalités et des mondes qui nous échappent. Mondes qui seraient en corrélation avec notre propre univers sans que nous en ayons conscience. Rod Serling l'ignore encore, mais il vient de donner naissance à la théorie des cordes, plus connue sous le nom de la physique quantique. En résumé, notre monde serait traversé par d'autres dimensions. 
Dimensions dans lesquelles nous pouvons, par inadvertance, nous infiltrer. Pis, ces dimensions invisibles pourraient même influencer le cours de notre existence... en particulier dans La Quatrième Dimension ! Mais Bill et ses fidèles prosélythes doivent faire preuve de vaillance et de pugnacité pour vaincre un monde parallèle qui semble échapper à toute explication scientifique.

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Après avoir minutieusement fouillé toutes les pièces de la maisonnée, le scientifique et ses ouailles parviennent à dessiner une porte fictive à l'aide d'une craie. Pour le patriarche, Chris Miller (Robert Sampson), il est temps d'aller chercher sa fillette de l'autre côté du miroir (ou plutôt du mur...). Hélas, ce nouveau monde n'a rien d'un Eldorado. Confinée dans les ténèbres et dans un monde crépusculaire, la petite Tina (Tracy Stratford) pousse des cris d'orfraie.
Le fidèle canidé de la famille part à sa rescousse. Le père fait évidemment preuve de mansuétude et passe à travers cette porte fictive et interdimensionnelle... Mais pas à n'importe quelle condition... C'est d'ailleurs la grande révélation de cet épisode. Cette interpénétration dimensionnelle est appelée à se refermer. Inexorablement. Tenu vaille que vaille par le scientifique aguerri, Chris parviendra à ramener Tina dans notre monde réel. L'abnégation du savant finira par payer. 
Sans son soutien indéfectible, une partie du corps de Chris serait restée à jamais dans cette autre dimension, l'autre moitié gisant dans notre réalité... Bref, on tient là un épisode complexe qui fait appel à l'érudition du spectateur avisé. Pour les fans, La Petite Fille Perdue constitue l'un des épisodes les plus savoureux et surtout les plus effrayants de toute la série. Bien des années plus tard, cet épisode inspirera, entre autres, le scénario de Poltergeist (Tobe Hooper, 1982).

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_26_:_La_Petite_Fille_perdue

 

Le Menteur (Episode 30, saison 3)

 

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Année : 1962

 

Pour le scénario de ce nouvel épisode, intitulé Le Menteur (épisode 30, saison 3), Rod Serling s'adjoint les services et l'érudition de Frederick Louis Fox. Lamont Johnson assure la réalisation. Ce cinéaste s'est surtout illustré dans l'univers de la série télévisée. On lui doit notamment L'homme à la carabine (1958), Les Accusés (1961), Les Règles du Jeu (1968), ou encore Le jeune Docteur Kildare (1961). Mais revenons à l'épisode Le Menteur (Hocus-Pocus and Frisby de son titre original).
La distribution de cet 95e épisode de la série réunit Andy Devine, Milton Selzer, Peter Brocco, Dabbs Greer et Howard McNear. Attention, SPOILERS ! 
(1) Somerset Frisby, un épicier, agace tout le monde parce qu'il ment sans cesse et se fait passer pour un superhéros en inventant des exploits dans tous les domaines possibles. Le soir, tandis qu'il ferme sa boutique après avoir fait le plein de la voiture de deux clients, il est capturé et emmené dans un vaisseau extraterrestre. 

Là, il reconnaît ses clients, en réalité des aliens, qui lui avouent qu'ils sont très impressionnés par lui et ses connaissances phénoménales. Ils veulent l'emmener de force sur leur planète où ils collectionnent des spécimens hors du commun venus de différentes planètes. Frisby avoue qu'il est un menteur qui a inventé ses exploits, mais les aliens ne comprennent pas le sens du mot « mensonge » et ne renoncent pas à leur projet (1). Pour ce trentième épisode de la saison 3, Rod Serling joue les philosophes aguerris. En outre, le créateur de The Twilight Zone nous propose un débat sur le mensonge à travers un personnage fort en gueule, un certain Somerset Frisby. 
Pompiste et épicier de son état, ce quinquagénaire bedonnant passe la plupart de son temps à raconter des sornettes à ses clients d'infortune.

Heureusement, ces derniers font preuve de magnanimité et de prodigalité, écoutant doctement les affabulations de Frisby. En l'occurrence, ce vulgaire quidam, pur produit de l'Oncle Sam et de l'Amérique des "WASP", ne tarit pas d'éloges sur son compte. Si l'on se rapporte aux divagations de ce mythomane impénitent, Somerset Frisby a conduit vers la victoire les troupes américaines contre l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre Mondiale, a construit plusieurs modèles d'automobiles pour la Ford Motor Company et peut même prédire la pluie et le beau temps en scrutant le ciel et ses myriades de cumulus ningus. Evidemment, de telles hâbleries ont le mérite de provoquer l'hilarité et l'extatisme de ses nombreux comparses. Narquois, ces derniers ne sont pas dupes des jobardises de l'intéressé, au grand dam de Somerset Frisby.

Mais l'homme ventripotent n'en a cure, s'échinant à raconter quotidiennement ses rodomontades. Pour Rod Serling, le mensonge présente plusieurs avantages. Tout d'abord, il permet à l'individu de modeler son existence, même factice, de pouvoir mettre en scène une histoire et surtout de contourner le réel. De surcroît, le mensonge, quand il devient pathologique (mythomanie), permet de faire le grand écart entre le naturel et l'artificiel. Ce qui revient, in fine, à définir la différence entre le normal et le pathologique. Ainsi, le mensonge peut se fourvoyer à la réalité et vice versa.
Le mensonge est donc consubstanciel à la condition humaine. Et c'est cette douloureuse expérience que va apprendre à ses dépens M. Frisby... dans la quatrième dimension ! Ainsi, ses boniments vont l'amener à croiser la route de deux individus énigmatiques.

Ingénus, ces derniers ignorent la signification et les propres roueries d'un mensonge. Ce qui conduit Somerset Frisby à l'intérieur d'une soucoupe volante ! Nos deux hommes étranges sont donc des extraterrestres qui ont quitté une planète exsangue et menacée d'annihilation. Qu'à cela ne tienne, les connaissances faramineuses et l'omniscience de M. Frisby devraient permettre aux aliens de sauver leur monde. C'est par un habile stratagème, pour le moins incongru (un harmonica), que Frisby va pouvoir échapper aux vils desseins de nos êtres anthropomorphiques. 
Ce bref détour par la quatrième dimension va permettre à l'épicier corpulent de regagner son office sous le regard hébété et les railleries de ses amis. Evidemment, une telle escapade n'est possible que dans la quatrième dimension... Personnellement, j'avoue avoir une affection particulière pour cet épisode fantasque qui a sans doute inspiré (en partie) le final de Mars Attacks ! (Tim Burton, 1996).

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_30_:_Le_Menteur

 

Pour les Anges (Episode 2, saison 1)

 

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Année : 1959

 

Pour ce deuxième épisode de la saison 1, intitulé Pour les Anges, Rod Serling, à la fois le créateur et le scénariste de The Twilight Zone, s'adjoint les services et l'érudition de Robert Parrish à la réalisation. Ce cinéaste américain s'est notamment distingué avec L'Enfer des Tropiques (1957), L'Aventure du Rio Grande (1959), Casino Royale (1967) et Danger, Planète Inconnue (1969). La distribution de ce second épisode réunit Murray Hamilton, Ed Wynn, Dana Dillaway, Overholts et Merrit Bohn.
Attention, SPOILERS ! (1) Le 19 juillet 1960, Lew Bookman est un camelot-vendeur âgé de 68 ans qui réalise sans grand succès ses dernières ventes. Un homme habillé de noir (la « faucheuse »), vient l’avertir qu’il l’emmènera le soir même, à minuit. Bookman refuse de le suivre et parvient à le tromper en passant un marché de dupes avec lui. Furieuse d'avoir été jouée, la Mort provoque un accident qui blesse gravement une petite fille qui « prend la place » de Bookman.
Elle mourra à minuit, l'heure à laquelle Bookman devait initialement mourir.

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Déterminé, Bookman va tout essayer pour que la Faucheuse rate son rendez-vous. Il se lance alors dans le plus grand boniment de sa vie et parvient à faire rater son rendez-vous à la Mort (1). Après Solitude, un premier épisode pour le moins claustrophobique, Rod Serling euphémise la tonalité mortifère de la célèbre série science-fictionnelle. En l'occurrence, Pour les Anges s'ouvre de façon banale sur une scène de rue d'été. Lew Bookman, camelot-vendeur de son état, présente divers objets et vêtements de sa collection à la populace. Mais le monsieur chenu, toutefois en parfaite santé, fait surtout l'admiration des enfants. Le vieil homme s'acoquine et sympathise avec Maggie, une fillette de cinq ou six ans (tout au plus). Parallèlement, la Mort vient subrepticement s'immiscer dans le quotidien de Lew Bookman.

Contre toute attente, la Mort ne revêt pas les oripeaux d'un croquemitaine ni d'une faucheuse au physique ingrat et squelettique. En l'occurrence, la Mort s'apparente ici à un homme d'apparence normale, à la chevelure gominée et aux vêtements parfaitement apprétés. Pantois, Lew Bookman croit en une mauvaise gaudriole. Mais le vieux vendeur s'illusionne. Jamais, la Mort n'aura ressemblé d'aussi près à une sorte de ministère bureaucratique et administratif. 
Désormais, il est même possible de négocier les conditions de son décès. Mais gare à ne pas contrarier le pas empressé de la célèbre faucheuse sous peine de subir ses furibonderies ! Le cas de Lew Bookman n'est finalement qu'une croix supplémentaire dans le cahier des charges régenté par la Faucheuse.

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Certes, le vendeur replet tente bien d'esquiver une mort prochaine. La raison évoquée ? Lew Bookman désirerait jouer son dernier boniment et le consacrer au firmament. Une requête qui sera seulement entendue et possible dans la quatrième dimension... En l'état, difficile d'en dire davantage. Mais déjà, à l'époque, Rod Serling tance et admoneste une société morbide qui considère la mort comme une simple formalité bureaucratique. Heureusement, Lew Bookman n'en a cure. 
Par d'habiles stratégème, le soixantenaire égrillard va permettre à la fameuse Maggie d'échapper à un destin funeste. Le vieux camelot-vendeur peut partir en paix, évidemment doté de sa fameuse malette contenant (entre autres) des cravates et des montres défiant toute concurrence. Même la Mort se laisse appâter par le lucre et le vil marchandage. Telle est la conclusion finale de cet épisode aussi attendrissant que cynique.

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_2_:_Pour_les_anges

 

Personne Inconnue (Episode 27, saison 3)

 

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Année : 1962

 

Derrière ce 27e épisode de la saison 3, intitulé Personne Inconnue, on retrouve un certain John Brahm, un cinéaste allemand qui a débuté sa carrière dans les années 1930. On lui doit notamment Jack l'Eventreur (1944), La Pièce Maudite (1947) et Le Miracle de Fatima (1952). A partir des années 1960, John Brahm se centre presque essentiellement sur les séries télévisées, entre autres Les Accusés (1961), Le Jeune Docteur Kildare (1961) et Le Virginien (1962).
Pour le scénario de Personne Inconnue, Rod Serling, le créateur de The Twilight Zone, s'associe à Charles Beaumont, un cacographe surtout spécialisé dans les récits fantastiques et de science-fiction. 
La distribution de ce nouvel épisode de La Quatrième Dimension réunit Richard Long, Frank Silvera et Edmund Glover.

Attention, SPOILERS ! (1) L'histoire commence par une journée ordinaire. David Gurney, qui a trop bu, se réveille avec la gueule de bois. En retard à son travail, Gurney réveille sa femme mais celle-ci ne le reconnaît pas et, effrayée, prétend ne l'avoir jamais vu. Gurney, pensant à une mauvaise blague, se rend à son travail, mais là encore, personne ne le connaît et il est emmené dans un centre psychiatrique. Le médecin de l'asile lui permet de passer deux coups de fils, mais ni le meilleur ami de Gurney ni sa mère ne se souviennent de lui. Gurney, fou de terreur, s'échappe du centre psychiatrique, essayant de trouver un moyen de sortir de cet horrible cauchemar. Il se rend chez le photographe où sont déposées des photos de lui avec sa femme. Mais quand le psychiatre arrive et regarde la photo, David apparaît seul sur la photo et son épouse n'est plus visible (1).

Pour ce 27e épisode de la saison 3, Rod Serling s'appuie sur une dialectique qui tend à s'intervertir. Un procédé récurrent dans l'univers de La Quatrième DimensionBien que datant de 1962, Personne Inconnue est un épisode qui reste d'une effroyable actualité, s'inscrivant dans la mouvance de ces épisodes pessimistes et à la fin éminemment cruelle. Comme si le sort devait invariablement s'acharner sur le héros principal, ici un certain David Gurney.
Cet homme marié devient non seulement un inconnu aux yeux de son épouse qui ne le reconnaît plus, mais aussi un étranger à son travail, auprès de sa famille et dans notre société contemporaine. 
Pis, son nom a même disparu des registres officiels de la mairie. David Gurney ne tarde pas à être suspecté de troubles psychiatriques et psychasthéniques auprès de ses pairs.

Au détour d'une conversation, il rencontre un vieil homme persuadé d'être William Churchill. David Gurney serait-il à son tour victime de dépersonnalisation ? Pourtant, le jeune homme tonne et s'écrie : "Je sais qui je suis...". Peine perdue. Il restera un étranger aux yeux du monde. Déjà à l'époque, Rod Serling fustige et vilipende une société moderne en déliquescence dans laquelle l'individu, à force de se fondre dans la masse, n'existe plus. Il n'est plus que l'ombre de lui-même et un être condamné à disparaître sous le poids d'une nouvelle forme de capitalisme : l'hédonisme ad nauseam.
La perte identitaire fait donc partie des nombreux maux d'une société impitoyable et totalitaire. Et c'est la douloureuse expérience que va vivre David Gurney dans la quatrième dimension. 
Evidemment, la conclusion finale viendra, derechef, étayer le propos indéfectible de Rod Serling, visiblement tourmenté par le devenir de l'homme dans une société en pleine décrépitude.

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_27_:_Personne_inconnue

 

C'est Une Belle Vie (Episode 8, saison 3)

 

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Année : 1961

 

Ce huitième épisode de la saison 3, intitulé C'est Une Belle Vie, est l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Jerome Bixby. D'ailleurs, le cacographe vient prêter main forte à Rod Serling, le créateur de The Twilight Zone, pour scénariser ce nouvel épisode. James Shaldon, inconnu au bataillon, assure la réalisation. La distribution de ce huitième épisode réunit Bill Mumy, John Larch, Cloris Leachman, Don Keefer, Jeanne Bates, Max Showalter et Alice Frost.
Attention, SPOILERS ! (1) Anthony Fremont est un garçonnet capricieux de six ans qui a un pouvoir extraordinaire : il peut faire disparaître les gens, les animaux et les objets, les envoyant « dans le champ de maïs ». Il a d'ailleurs vidé le village de ses voitures et de ses chiens. 
Par conséquent, tout le monde a peur de lui et le flatte continuellement pour ne pas le mettre en colère. Un soir, ses parents organisent une soirée télévision, dont Anthony fabrique le programme.
En colère face à cette situation tyrannique, Dan Hollis, un voisin qui fête son anniversaire, se rebelle contre l'enfant, mais les autres invités terrifiés n'osent le soutenir, et Anthony fait disparaître Dan Hollis. La peur continue de régner (1).

 

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Premier constat, C'est une belle vie débute de façon incongrue et par une présentation de Rod Serling, toujours fidèle au poste. Le célèbre démiurge de la série science-fictionnelle nous présente tout d'abord la carte des Etats-Unis. La situation est alors exposée par un Rod Serling solennel : "Un beau matin, il y a quelques temps de cela, le reste du monde a disparu". Seul le petit village de Pitsville a survécu et semble avoir été épargné par ce mystérieux phénomène.
Hélas, les habitants de Pitsville vivent dans la terreur et sont perpétuellement menacés par un "monstre". Mais ce monstre n'est pas une créature hideuse sortie tout droit d'un livre de science-fiction. Ce "monstre" n'est autre qu'un jeune gosse de six ans, Anthony Fremont, au sourire narquois et au caractère atrabilaire.

Gare à ne pas contrarier les caprices et les moindres désidératas de ce bambin au visage mutin sous peine de disparaître dans un mystérieux champ de maïs ! Voilà pour les inimitiés ! Pour Rod Serling, c'est l'occasion ou jamais de présenter une communauté isolée et claustrée dans ses propres mensonges. Pour survivre, il faut toujours arborer un sourire infatué et surtout ne pas effaroucher le jeune Anthony Fremont. Dès lors, l'épisode accumule les petites anecdotes fantastiques tout en se montrant assez élusif sur ce qui a conduit cette petite communauté à accepter le joug d'un jeune bambin de six ans.
A l'époque, Rod Serling avait-il déjà perçu la future hégémonie de l'enfant-roi dans notre société consumériste ? A moins que cet épisode ne soit une allégorie sur cette petite communauté américaine qui s'est réfugiée dans la bien-pensance et n'est donc plus capable de communiquer. En l'état, difficile de répondre tant le producteur et scénariste se montre évasif dans son propos. Certes, Rod Serling tient un vrai bon concept, mais ne parvient pas réellement à l'exploiter ni à transcender son sujet. A l'image de la conclusion finale, assez décevante par ailleurs. 
Bref, sans être foncièrement honteux, cette nouvelle histoire ne se montre guère éloquente. A réserver uniquement aux fans de La Quatrième Dimension. Que dire de plus ?

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_8_:_C.27est_une_belle_vie

(Cuvée "La Quatrième Dimension" par Alice In Oliver)

 


17 février 2017

Cuvée Gore

En cette semaine où les couples se ruent sur La la land (Damien Chazelle, 2016) ou 50 nuances plus sombres (James Foley, 2017), la Cave de Borat aurait pu faire une énième cuvée pour la Saint Valentin. La troisième en fait pour couronner les quatre ans de cette divine Cave que vous aimez tant suivre. Votre cher Borat y a pensé pendant quelques temps, comme une cuvée se basant sur des clips racontant diverses histoires d'amour ou étapes de romance. Le problème est que la variété de clips évoquant cela se compte par milliers et d'ici que votre cher Borat trouve une conclusion à tout cela, il aurait eu mal à la tête. Votre interlocuteur a finalement décidé de laisser sa chance au jour suivant et aux sorties de la semaine. On connaît ses films mais rarement son nom. Un réalisateur de poids à Hollywood alignant un peu plus de 3 milliards de recettes sur dix films. Si je vous dis Gore Verbinski certains lèveront la main, si je dis Pirates des Caraïbes tout le monde lève le doigt. Cette cuvée sera donc consacrée à ce réalisateur bien mal connu du grand public, parfois évoqué comme un tâcheron par ses détracteurs. Faisons lui honneur d'une manière un peu particulière. Gore Verbinski est un réalisateur qui a toujours fait des films de studio, certains plus modestes que d'autres. 

Si l'on excepte la Fox et Regency pour A cure for wellness (solution de secours après la mort du projet "Bioshock" ?), chaque studio impliqué dans ses films le sont pour une raison. C'est pour cela que cette cuvée rétrospective sera composée de parties concernant à chaque fois un studio. Ready? Go! (attention spoilers)

  • Les années Dreamworks (1997-2002) : Le temps des expérimentations

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Gore Verbinski avec Nathan Lane et Lee Evans sur le tournage de La souris.

En 1994, Steven Spielberg, Jeffrey Katzemberg et David Geffen fondent Dreamworks SKG. Un nouveau studio de cinéma avec quatre sections bien distinctes. La première est consacrée aux films live action, Spielberg en fera une sorte de sous Amblin qui n'aura jamais l'impact auprès de ses fans à cause d'un manque de direction claire. La plupart de ses films depuis 1997 sont produits en grande partie par Dreamworks. La seconde consacrée aux films d'animation permet à Katzemberg de quitter Disney sur un dernier succès (Le Roi Lion, Minkoff, Allers, 1994) et de faire renaître en quelques sortes le rêve de Spielby de faire un studio d'animation (Amblin Animation a fermé ses portes en 1995). La troisième revient à la musique jusqu'à 2005. Il y avait également une section pour les jeux-vidéo qui a été englouti par Electronic Arts en 2000 et à l'origine de la franchise Medal of Honor (1999-2012). Après une carrière dans le clip-vidéo, Gore Verbinski hérite du troisième film produit par le studio après Le pacificateur (Mimi Leder, 1997) et Amistad (Spielberg, 1997). La souris n'est pas un gros budget (38 millions de dollars) et n'a pas de gros casting (Nathan Lane est surtout connu pour être la voix de Timon dans Le Roi Lion, Christopher Walken est avant tout un guest), mais en sortant pour les fêtes de Noël 1997, il s'offre un joli succès (un peu plus de 120 millions de dollars).

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Verbinski signe un premier film et succès lui ouvrant la voie d'une carrière en devenir. La souris a un pitch assez simple: deux frères (Lane et Lee Evans) héritent d'une maison à la mort de leur père (William Hickey) et se mettent à chasser la souris qui y réside. Verbinski compte bien exploser ce pitch à la dynamite en réalisant une sorte d'adaptation déguisée du cartoon Tom et Jerry. Jerry est toujours une souris, le chat est représenté par les deux frères, mais aussi un véritable chat (ce qui confirme la filiation) et même un dératiseur (Walken). Dès les premières minutes, le réalisateur assume parfaitement le côté cartoonesque du film en balançant le corps du père dans les égoûts de la manière la plus gaguesque possible. Dès que les héros seront dans la maison, leur relation avec la souris sera tellement nausive que la souris commencera à prendre goût à leur faire mal. Il n'y a qu'à voir le traitement fait au pauvre Christopher Walken qui visiblement a continué hors champ. Comparé à d'autres films avec des animaux, La souris ne joue pas sur l'anthropomorphisme avec l'animal en titre, ne cherchant pas non plus à la faire parler par voix-off ou avec la voix d'un acteur connu. La souris reste un animal, ce qui n'empêche pas Verbinski d'en faire un véritable personnage qui réfléchie et utilise sa malice pour contrer ses adversaires. La souris finit même par devenir plus attachante que les frères grâce au traitement qu'en fait le réalisateur. La souris lutte et c'est bien pour cela qu'on l'aime bien.

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Les héros veulent la déloger mais en soi ils ne savent même pas pourquoi ils le font. Comme le confirme le final, les trois peuvent cohabiter, c'est juste que les frères en font une fixette délirante et courent finalement à leur propre perte. De même, les deux frères ne se font plus confiance depuis bien longtemps, mais semblent se rapprocher quand ils traquent le rongeur. Le générique prévient assez rapidement : si la fabrique commence à sentir le roucis c'est aussi à cause de ces fils qui ne se sont pas impliqué assez tôt, au point de ne pas avoir senti le vent tourner. A deux ils sont meilleurs le tout sous le regard de leur père. A plusieurs reprises, on peut remarquer des plans montrant le portrait du paternel. Verbinski s'amuse alors à transformer plus d'une fois le tableau avec une expression différente. Choqué quand il voit son fils (Evans) coucher avec son arriviste de femme (Vicki Lewis), ce qui pourrait être la réaction du jeune public (le film est PG) face à une scène un peu trop gourmande. Sévère quand il voit ses idiots de fils fuir leurs responsabilités. Lever les yeux au ciel pour regarder la souris postée sur le tableau. Enfin, heureux quand il voit ses fils s'en sortir. Finalement, La souris peut se voir comme un conte moral, en plus d'une comédie délirante où la voie de la raison se présente sous le profil d'un petit animal. 

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Je crois qu'il est désespéré.

Ce film permet également de voir un aspect qui reviendra beaucoup dans la carrière du réalisateur: la relation de confiance avec ses collaborateurs. Phedon Papemichael sera son premier chef opérateur et ce dernier le suivra par la suite sur The Weather man (2005), soit deux films tournés en hiver. De même pour Alan Silvestri également compositeur de son film suivant Le Mexicain (2001) et qui a bien failli signer le premier Pirates des Caraïbes si Jerry Bruckeimer n'avait pas imposé Hans Zimmer. Par la suite, cette confiance s'est élargi à différentes personnes: Johnny Depp en tant qu'acteur (aussi bien sur les Pirates des Caraïbes que Rango et The Lone ranger); le producteur Jerry Bruckeimer (la trilogie Pirates des Caraïbes, The Lone ranger); les chefs opérateurs Dariusz Wolski (Le Mexicain, la trilogie Pirates des Caraïbes, quatre films à la photo assez solaire dans l'ensemble) et Bojen Bazelli (The Ring, The Lone ranger et A cure of wellness, soit des films à la photo très sombre); et les compositeurs Klaus Badelt (sur La malédiction du Black Pearl et La machine à explorer le temps qu'il a coréalisé), Hans Zimmer (depuis The Ring jusqu'à The Lone Ranger) et Benjamin Wallfisch (A cure for wellness). Malgré le succès de La souris, le film suivant de Gore Verbinski ne se fera pas avant 2000.

Le Mexicain : Photo Brad Pitt, Gore Verbinski, Julia Roberts

Gore Verbinski avec Brad Pitt et Julia Roberts sur le tournage du Mexicain.

Une production un peu plus indépendante au départ, vite rattrapé par l'arrivée du duo Julia Roberts / Brad Pitt . L'occasion pour le réalisateur de se frotter à son premier Restricted (le premier sur trois), le film étant graphique quand il fait parler la poudre sans compter le langage. Le Mexicain (2001) n'est clairement pas un grand film, ni un cru génial de Gore Verbinski. On ne s'étonne même pas que certains l'ont oublié ou qu'ils ne savent pas qu'il en est le réalisateur. Toutefois, le réalisateur se permet d'expérimenter sur le récit et certains aspects qui reviendront dans sa filmographie. Ainsi, l'accent est beaucoup mis sur la caractérisation des personnages. Brad Pitt incarne une petite frappe qui a le chic de s'embourber dans diverses catastrophes. Sa compagne jouée par Roberts est assez caractérielle quand le personnage de James Gandolfini se veut plus calme malgré son statut de tueur. Qui plus est gay, ce qui n'était pas très répandu dans une production hollywoodienne à cette époque. Le regretté interprète de Tony Soprano livre d'ailleurs une prestation assez remarquable, visiblement une de ses plus appréciées. Un personnage qui brouille les pistes de par sa sensibilité et permet de berner tout le monde jusqu'au spectateur dans un twist un brin tiré par les cheveux.

Le Mexicain : Photo James Gandolfini, Julia Roberts

Verbinski s'essaye même au récit à Macguffin (récit autour d'un objet que le héros doit trouver), chose qu'il reprendra largement dans les Pirates des Caraïbes (la clé, le coffre de Davy Jones, la carte des mers). Ici, il s'agit d'un pistolet nommé le Mexicain avec une légende que le scénariste JH Wyman modifie constamment selon les individus concernés. Toutefois, si Le Mexicain n'est pas un cru désagréable à regarder, il est beaucoup trop long pour l'intrigue qu'il développe. Une demi-heure en moins n'aurait pas été de trop. Initialement Gore Verbinski n'a rien à voir avec la seconde adaptation cinématographique de La machine à explorer le temps (HG Wells, 1895). En 1999, Steven Spielberg lance le projet et Simon Wells part sur sa première production live-action après plusieurs années passées à Amblin Animation et Dreamworks, trop heureux de rendre hommage à son ancêtre romancier. Le réalisateur perd petit à petit pied durant le tournage et Spielberg est le premier à l'aider. Cela ira jusqu'au malaise que le réalisateur a qualifié par la suite d'attaque de panique. Toujours aux affaires à Dreamworks (à cette époque, il travaille sur le remake de Ring), Verbinski se voit proposer d'aider Wells dans l'incapacité de reprendre le travail (il s'occupera toutefois de la post-production). 

La Machine à explorer le temps - Time machine : Affiche

Il termine les dix-huit jours de tournage qu'il restait à faire. Il semblerait que ce soit pour des séquences impliquant les morlocks. Verbinski n'est à ce jour toujours pas crédité même comme co-réalisateur. Toutefois il est remercié dans les crédits. Comparé à ce qui est souvent dit autour de cette adaptation (2002), elle n'est pas si catastrophique. C'est un film tout ce qu'il y a de plus correct, loin d'être aussi bon que le film de George Pal (1960) mais avec un charme qui s'en dégage. Il a toutefois un peu pris sur certains plans, quelques fonds verts ou cgi n'aidant pas (à l'image des morlocks à quatre pattes que l'on filme de traviole pour ne pas montrer la laideur des effets spéciaux). Le contexte est totalement différent de l'oeuvre originale ou du film de Pal. Ici, l'inventeur (Guy Pearce) s'active à finir sa machine par desespoir. Il s'agit dans un premier temps d'une manière d'éviter la mort de celle qu'il aime (Sienna Guillory). C'est peut être là où le réalisateur va peut être un peu trop vite en passant très rapidement de la romance à la science-fiction futuriste pure. Le héros n'effectue qu'un essai pour la sauver et à nouveau cela ne fonctionne pas, donc il part pour le futur. Une décision qui paraît un peu improbable d'autant que sa machine fonctionne. Il peut donc essayer plusieurs fois sans problème.

 La Machine à explorer le temps - Time machine : Photo Guy Pearce

Une fois dans le futur, le film devient un peu plus intéressant. Wells dévoile un univers finalement assez crédible et là aussi prenant le pas sur l'adaptation initiale. Si le contexte en 802 701 est quasiment identique, ce qui se passe avant est assez différent du film de George Pal. Le premier film se rapprochait plus de son époque, évoquant la Seconde Guerre Mondiale et une possible guerre nucléaire. Ici Wells mise davantage sur une exploration spatiale qui a mal tourné (la Lune a fini par se désagréger et à se découper en plusieurs morceaux à cause de cités terriennes sur le satellite). Pas plus mal car montre que l'Homme reproduit parfois ses erreurs ailleurs et qu'en faisant cela il court à sa propre perte. Quant à l'inventeur, son temps n'est plus au passé mais au présent et son présent est désormais en l'an 802 701. Donc contrairement à la version avec Rod Taylor ou même au livre, l'inventeur ne reviendra pas au point de départ, vivant pleinement son aventure. Un point de vue pour le moins intéressant et assez logique compte tenu du passif du personnage. Je ne ferais pas de réel commentaire sur The Ring (2002), puisque votre cher Borat en reparlera dans une possible cuvée sur la saga Ring (1998-). Il n'en reste pas moins deux choses essentielles le concernant.

gore ring

Gore Verbinski avec Martin Henderson et Naomi Watts sur le tournage de The Ring.

La première est qu'il s'agit d'un remake réussi où le réalisateur reprend toute l'intrigue du film d'Hideo Nakata (1998), tout en laissant place à sa personnalité. La photo est froide au possible, la vidéo qui sert de leitmotiv au film est bien plus glauque que l'originale et la mythologie autour de Samara / Sadako est un peu changée. La seconde est que The Ring est un véritable billet de sortie pour Gore Verbinski. Partir de Dreamworks avec un énième succès (ses trois films solo ont tous dépassé les 100 millions de dollars de recettes) lui permet de s'embarquer vers des horizons bien plus sensationnelles et confirme son statut de réalisateur à suivre.

  • Les années Paramount (2005-2011) : Le temps de l'intimisme

The Weather Man : Photo Gore Verbinski, Nicolas Cage

Gore Verbinski avec Nicolas Cage sur le plateau de The Weather man.

Entre deux blockbusters chez Disney (La malédiction du Black Pearl, puis le dyptique qui lui sert de suite), Gore Verbinski prend le parfait contrepied en revenant à quelque chose de plus intimiste. Curieusement, il ne revient pas chez Dreamworks. Il faut dire que le studio a commencé à perdre de la vitesse après son départ, manquant d'une réelle identité propre et se contentant souvent de coproductions avec d'autres studios. The Weather Man (2005) sort d'ailleurs la même année où Paramount rachète le studio. Cette même Paramount qui produit ce film au budget incroyablement modeste (22 millions de dollars), le plus bas du réalisateur par la même occasion. De même, il s'agira du premier flop de Verbinski avec un peu plus de 19 millions de dollars de recettes. Malgré l'aura que Verbinski a acquis sur ses premiers films, le film ne se vend pas sur son nom mais plutôt sur celui de son acteur principal. Il n'est jamais fait mention par exemple d'un "par le réalisateur de Pirates des Caraïbes" sur l'affiche du film. La place est laissée à Nicolas Cage encore porteur d'un certain star power, loin des films arrivant en vod ou en dtv. The Weather man confirme surtout une chose essentielle avec cet acteur: il n'est jamais meilleur que quand il va vers des petits budgets et des films plus intimistes. C'est comme cela qu'il a eu l'Oscar avec Leaving Las Vegas (Mike Figgis, 1995) et The Weather man est aussi un beau cas d'école. 

nic

Verbinski lui offre sur un plateau d'argent ce rôle d'homme dépassé par un quotidien catastrophique. Présentateur météo dont on balance toutes sortes de nourriture à cause de prévisions potentiellement ratées. Divorcé et incapable de rétablir un semblant de relation de confiance avec son ex-femme (Hope Davis). Un père qui ne comprend pas vraiment ses enfants, mais sait être là pour les soutenir au bon moment (on reconnaîtra Nicholas Hoult, encore loin d'être un warrior). Un enfant en passe de perdre son père (Michael Caine parfait et tout en retenue). Cage est parfait en homme au bout du rouleau et qui est souvent à ça de péter un plomb. Le seul point de contrôle semble être le tir à l'arc, un sport initialement prévu pour sa fille et qu'il pratique régulièrement ensuite. Il n'y a que peu d'acteurs capables de passer du calme le plus glaçant à la folie furieuse en quelques secondes. Verbinski n'a donc pas choisi Cage pour rien et le film en est grandement aidé. Dans son étude du personnage, Verbinski signe un film pas si éloigné du Mexicain, mais en plus réussi. Moins long, mieux géré au niveau du rythme et mieux écrit. On relèvera le recours à la voix-off à la première personne (la seule fois dans sa carrière malgré une utilisation dans ses deux premiers films et Rango), un procédé qu'utilisera la même année Nicolas Cage dans Lord of War (Andrew Niccol, 2005).

The Weather Man : Photo

Après le dyptique Le secret du coffre maudit / Jusqu'au bout du monde (2006-2007), Gore Verbinski laisse place à une longue absence qui se terminera avec la sortie de Rango (2011). Dès 2008, le réalisateur est rattaché à une adaptation du jeu-vidéo Bioshock (2007). Un FPS déjà fort cinématographique mettant en scène le rescapé d'un accident d'avion en 1960. Ce dernier finissait par découvrir la cité Rapture et des secrets qui finiront par le dépasser. Verbinski devait la faire pour Universal pour une sortie en 2010 sur un scénario de John Logan. Il y a eu deux problèmes. Le premier est que le film était potentiellement trop cher pour les recettes qu'il pouvait effectuer. Le second est que Verbinski souhaitait un film Restricted, ce qui ne convenait pas au studio voulant éviter un bide à la Watchmen (Zack Snyder, 2009). Comme beaucoup de projets qui ne s'étaient pas fait chez Universal à la même époque ("Les montagnes hallucinées" de Guillermo del Toro et "La tour sombre" de Ron Howard), "Bioshock" a été annulé huit semaines avant le début du tournage. Verbinski laissera la place de réalisateur à Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard), tout en gardant un oeil de producteur. Universal n'entendra rien et en 2010 le film est définitivement annulé. Quand la première bande-annonce d'A cure for wellness a été diffusé en octobre dernier, beaucoup y ont vu un moyen pour le réalisateur d'exorciser des idées de "Bioshock".

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Bioshock (concept-art film) (3)

Bioshock (concept-art film) (5)

Concept-arts de Kasra Farahani pour le projet "Bioshock".

Une technique qui est arrivé plus d'une fois chez des réalisateurs, permettant parfois d'exorciser des idées (ET est un dérivé du projet "Night skies"). Quand il revient à Paramount juste après cette malheureuse aventure, le réalisateur va à nouveau vers quelque chose de plus intimiste. Certes le budget est plus gros que celui de The Weather man (135 millions de dollars), mais il y a une raison à cela: Gore Verbinski s'attaque à l'animation. Au vue de son passif avec Dreamworks, on aurait pu penser que le réalisateur irait voir les équipes de Katzemberg pour réaliser Rango. Il n'en sera rien puisque le réalisateur fera appel à ILM. La société d'effets-spéciaux crée par George Lucas a moult fois prouvé son apport majeur aux images de synthèse depuis les 80's et Rango permit à la société de réaliser un long-métrage d'animation entier. D'autant plus fort que Rango symbolise avec Wall-e (Andrew Stanton, 2008) un avènement de l'animation photo-réaliste, même si Verbinski garde un style assez cartoonesque hérité de La souris. De même, si le film n'a pas de directeur de la photographie comme souvent dans le cinéma d'animation, il peut se permettre d'avoir Roger Deakins en "cinematography consultant" (poste qu'il avait d'ailleurs aussi sur Wall-e).

gore rango

Gore Verbinski lors de la préparation de Rango.

Un chef opérateur qui a pris l'habitude de filmer des décors désertiques (Sicario, Jahread, Coeur de tonnerre), mais aussi des films se jouant du western. On pense à deux films des frères Coen en particulier. No Country for old men (2007), western urbain dont le début se situe dans un désert américain. The Big Lebowski (1998), film jouant d'un discours meta dans son ouverture, dézinguant la figure de héros habituel (le Dude un personnage tout sauf charismatique et qui finit souvent par avoir mal), mais aussi le genre western (la chanson country, le tumbleweed qui défile de plan en plan et un narrateur qui se trouvera être un bon vieux cowboy). Ce qui est le cas également de Rango. Dès les premières minutes, Gore Verbinski joue d'un discours meta assez subtil, que ce soit à travers des références précises du cinéma ou de son acteur principal ou la personnalité même de son héros. Rango est un caméléon qui ne sait pas vraiment qui il est, ce n'est même pas son vrai nom (on peut déjà voir une allusion à Sergio Leone). Mieux il est acteur et tout le long du film, il ne va cesser de jouer un rôle. Celui d'un héros, d'un shérif, d'un pistollero, d'une légende. Son introduction se fait même par le prisme du théâtre (sa scène est sa cage de verre, ses partenaires des mannequins ou jouets) avant de briser littéralement le quatrième mur quand la cage se brise sur la route. 

Arizona dream

rango poisson 

Comme un petit air de ressemblance.

Rango trouve sa personnalité en devenant le héros qu'il a créé de toute pièce et en faisant de la ville une scène grandeur nature. Par la même occasion, Verbinski s'amuse avec la filmographie de son doubleur principal (Johnny Depp). Rango finit par attérir sur le pare-brise de Raoul Duke et de Gonzo, les personnages de Las Vegas Parano (Hunter S Thompson, 1972). La représentation des personnages est d'ailleurs assez éloignée du film de Terry Gilliam (1998), Duke ressemblant davantage à Thompson et Gonzo n'a rien à voir avec Benicio del Toro. Puis il y a ce poisson mécanique qui flotte dans les airs, clin d'oeil évident à un plan mythique d'Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993). Le premier teaser servant de façade au site web montrait même le poisson passant sur la route comme si de rien était. On peut rajouter le côté particulièrement excentrique du personnage renvoyant directement à Jack Sparrow. Le plus bel hommage que fait Verbinski est certainement à Clint Eastwood en personnifiant l'acteur en Esprit de l'Ouest à son effigie dans la Trilogie du dollar (Leone, 1964-66). Si Timothy Olyphant l'incarne en VO, la référence est d'autant plus soulignée dans la VF par le choix de prendre Hervé Jolly. Si Jolly ne l'a pas doublé dans tous ses films, il reste une des voix régulières de Clint Eastwood en France. Un clin d'oeil de la version française plutôt bienvenu. En soi, Rango n'est pas un vrai western, ni même un western urbain comme le Coen suscité. 

rango las

Rango clint

Des références iconiques qui alimentent le discours meta du film.

C'est un film qui se joue des codes du genre (mais n'est pas une parodie) et finit par en devenir un, confirmant par la même occasion l'évolution du héros / film. La différence avec The Lone Ranger (2013) qui est un véritable western. Ainsi, le film se déroule bel et bien dans le monde actuel (dont Rango est le seul animal représentant) et la ville est en revanche une vision revisitée d'une ville de western. Au passage, le réalisateur se fade d'un discours écologiste plus que crédible quand on connaît les dérives de Las Vegas. Un point de vue qui apparaît sous la forme d'une résolution après avoir été le fil rouge du film et qui gagne une importance forte. Le film étant PG, son potentiel impact sur un public large est une véritable gageure. Comme on peut le voir tout le long de sa carrière, Gore Verbinski s'est toujours amusé des classifications et Rango ne déroge pas à la règle. Malgré un PG assez invraisemblable, il installe le spectateur dans un univers particulièrement violent (comme dans tout western), un des premiers plans présentent un tatoo coupé en deux et on fume et boit de l'alcool. Un personnage dira même être allé voir des filles de joie! Enfin, Verbinski et Zimmer orquestrent une scène démente de poursuite avec un medley comprenant La chevauchée des Walkyries (Richard Wagner, 1870) et Le beau danube bleu (Johann Strauss, 1866) presque parfaitement synchronisé avec les images. 

Zimmer se permet même des allusions à Ennio Morricone, après avoir ouvertement cité Il était une fois dans l'Ouest (1968) dans le troisième Pirates des Caraïbes. Rango est ironiquement une consécration pour Gore Verbinski qui voit enfin son travail récompensé à sa juste valeur. Le film est un beau succès en salle, un véritable succès critique et surtout il obtient l'Oscar et le Bafta du meilleur film d'animation à la barbe de deux productions Dreamworks. Ce qui en fait peut être le film le plus important de sa filmographie et en tous cas un de ses plus aboutis.

  • Les années Disney (2003-2013) : Le temps des blockbusters spectaculaires

Pirates des Caraïbes : la Malédiction du Black Pearl : Photo Johnny Depp

Après le succès de The Ring, Gore Verbinski est rapidement engagé pour réaliser Pirates des Caraïbes: La malédiction du Black Pearl. Le projet est lancé un an plus tôt par les studios Disney cherchant à produire des films basés sur des attractions de Disneyland. La première en date pour le cinéma (il y a eu un téléfilm basé sur La tour de la terreur avec Steve Guttenberg et Kirsten Dunst en 1997) fut The country bears (Peter Hastings, 2002). Un vrai fiasco diffusé dans peu de pays et qui a grandement fait douter le studio sur le potentiel commercial de Pirates des Caraïbes (Disney continuera avec Le manoir hanté de Rob Minkoff et Tomorrowland de Brad Bird). Jerry Bruckeimer se rajoute à l'équation, donnant au projet une certaine envergure. Les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio travaillent sur le film, se basant notamment sur le jeu-vidéo Monkey Island (1990). Verbinski espère revenir au charme des films d'aventure d'autrefois, d'autant que le film de pirates n'est plus apparu au cinéma depuis le flop commercial de L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995). Pirates des Caraïbes est donc un pari risqué sur lequel Disney a un peu peur de miser même s'il le place en pleine canicule estivale. Au final, le film deviendra le plus gros succès de l'été 2003, pulvérisant la concurrence sur place (Terminator 3 et Bad Boys 2 ne réussiront jamais à passer les 200 millions de dollars de recettes sur le sol américain).

De là à en faire une franchise, il n'y avait qu'un pas... Dès l'ouverture du film, Verbinski met en place les principaux protagonistes du film. Gibbs (Kevin McNally) parle du Black Pearl, bateau fantôme que voit Elizabeth Swann (Keira Knightley) enfant et dont semble venir Will Turner (Orlando Bloom). C'est elle qui signale sa présence et c'est la première personne qu'il voit après le naufrage. L'amour brille sous les étoiles... On peut voir également des personnages qui auront leur importance par la suite à l'image du gouverneur Swann (Jonathan Pryce) et du commodore Norrington (Jack Davenport) et évidemment la pièce aztèque manquante. De même, il iconise Jack Sparrow (Johnny Depp) dès sa première apparition, permettant au spectateur d'avoir déjà un aperçu clair du personnage: une sorte de rock star chez les pirates. Un personnage qui alimente les légendes autour de lui, quitte à travestir une réalité peu reluisante. Depp est d'ailleurs dans un cabotinage plutôt positif, car les facéties de son personnage permettent de rythmer le film et ne sont pas encore un ressort comique pénible. Par la même occasion, le film est un continuel jeu du chat et de la souris avec des personnages poursuivant d'autres personnages durant tout le film. De l'attraction, il reste quoi? Pas grand chose mais Verbinski et les scénaristes ponctuent le film de divers clins d'oeil.

pirates

On a les prisonniers essayant d'amadouer le chien aux clés, Tortuga et son lot d'ivrognes et évidemment les pirates squelettes. Le fantastique est amené par ces derniers et avec des cgi qui ont encore aujourd'hui de beaux restes. On peut même dire que les pirates squelettes sont un véritable ressort angoissant dans les trois quarts de leurs apparitions, voire peuvent déranger le jeune public. PG-13 ou pas, le film a un beau lot de morts sur son chemin. Il n'y a qu'à voir la scène de l'assaut sur le navire du commodore où l'équipage se fait globalement décimé. Après être allé faire The Weather man, revoilà le réalisateur avec Pirates des Caraïbes 2, qui va vite devenir un dyptique comme le furent autrefois Retour vers le futur 2 et 3 (Robert Zemeckis, 1989-90) et Matrix Reloaded et Revolutions (Wachowski, 2003). Avec évidemment des sorties qui les séparent de quelques mois et un tournage gargantuesque. Tournage qui a eu quelques dommages dus à l'ouragan Wilma avec des bateaux dégommés. Des retards qui n'ont pas empêché les films de sortir à temps. Contre toute-attente, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde sont des films aux scores encore aujourd'hui impressionnants, d'autant plus à une époque où la 3D n'était pas revenue sur le devant de la scène. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Gore Verbinski, Johnny Depp

Johnny Depp un peu dépassé et Gore Verbinski en forme sur le tournage du Secret du coffre maudit.

A eux deux ils totalisent près de 2 milliards de dollars de recettes, ce qui en fait les deux plus gros succès de 2006 et 2007. Pour ce qui est de la qualité des films, c'est en revanche un peu plus compliqué. Verbinski opte pour deux approches différentes. Le secret du coffre maudit est un gros film d'aventure continuant parfaitement ce que le réalisateur a entrepris dans le premier opus. Jusqu'au bout du monde est en revanche un film très lent où il faut bien avouer il ne se passe pas grand chose avant les quarante dernières minutes. Ironiquement, c'est le film qui est censé faire la transition qui est le plus réussi (ce qui était déjà le cas de Retour vers le futur 2 et Reloaded, même si pour ce dernier ce n'était pas très dur). Le troisième volet est malheureusement trop long, particulièrement bavard et endort même un peu le spectateur avant un réveil soudain deux heures après le début du film. Il tire malheureusement ce second volet général vers le bas, alors qu'il avait si bien commencé. Comme sur le premier épisode, Verbinski commence le second volet sur Elizabeth et Will, déjouant même l'issue du film précédent. Tous les personnages liés à Sparrow sont désormais considérés comme des pirates et voient l'autorité comme un nouvel ennemi, symbolisée par Lord Beckett (Tom Hollander). Le parfait paradoxe de l'homme d'Etat qui devient aussi crapuleux que ceux qu'il est censé traqué. Mieux encore, il tire toutes les ficelles y compris Davy Jones et ses hommes poissons en possédant son coeur dès la fin du second opus. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Keira Knightley

Une crapule qui finira dans un brasier pas peu mérité (même si Verbinski aurait pu couper sa descente pour nous éviter un incrustation un brin foireuse). A eux seuls, les deux derniers volets de la franchise signés par Gore Verbinski ont un nombre de morts assez spectaculaires, allant du simples figurants aux personnages marquants. L'introduction du troisième opus annonce même la couleur d'une conclusion qui se fera dans le sang et les flammes. La mort du gouverneur Swann est traitée métaphoriquement (il passe dans le monde des morts devant sa fille bel et bien vivante); des pirates pendus durant l'ouverture; Singapour à feu et à sang; Norrington tué; le sidekick de Beckett (David Schofield) dans la mort la plus graphique du film; Chow Yun Fat à peine arrivé qu'il se fait liquider... S'il est le moins réussi des films de Gore Verbinski, il n'en reste pas moins l'épisode le plus meurtrier et ce malgré un PG-13 de moins en moins rassurant. Le réalisateur et ses scénaristes n'épargnent même pas le couple phare de la saga et l'ouverture du second opus était peut être prémonitoire. Elizabeth et Will sont des amants maudits, devant faire face à l'héritage et les erreurs laissés par leurs parents. L'une perd sa seule famille (son père), l'autre essaye de sauver son père (Stellan Skarsgaard) sans y parvenir réellement.

PIRATES KISS

Sans compter un final tragique rendant la tâche encore plus difficile ("Une journée sur terre pour sept années en mer")... Elizabeth gagne d'ailleurs du galon, passant d'une jouvencelle en détresse à une guerrière et seigneur des pirates durant ces deux volets. Probablement le seul personnage féminin qui évolue réellement dans la franchise. Si Davy Jones est un méchant particulièrement charismatique dans le premier volet du dyptique, il est tellement relégué au second plan dans le second que ses apparitions marquantes sont rares. Heureusement les quarante dernières minutes lui laissent largement la place. Jack Sparrow agace malheureusement beaucoup. Si les gags du second opus peuvent encore amuser le spectateur, le one man show de Johnny Depp a tendance à beaucoup lasser dans le troisième opus. Il est finalement assez bénéfique que Gore Verbinski fasse revenir Geoffrey Rush (information qui n'avait pas filtré avant la sortie du second volet, ce qui tiendrait presque du miracle aujourd'hui), qui plus est en le faisant passer du bad guy au compagnon de mer particulièrement important. Verbinski revient également au récit à MacGuffin. Si le premier volet avait le médaillon à la rigueur, il n'était pas à proprement parler un MacGuffin puisque la principale quête était de retrouver le fils Turner. Dans le second film, le point de départ est de savoir qui obtiendra le coeur de Davy Jones le premier. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Bill Nighy

Ce qui amène à un des morceaux de bravoure les plus jouissifs vus durant les 2000's avec ce combat à trois sur une roue lancée à pleine vitesse. D'un côté, l'homme trahi par celui qu'il pensait être son ami. De l'autre, celui qui est tombé en disgrâce à cause du premier et du second. Au milieu, le dit coupable. D'autant plus fou que Gore Verbinski et ses équipes ont quasiment tourné la séquence tel quel, ce qui tient de la véritable prouesse. Des scènes spectaculaires, les deux films en regorge et notamment dans les climax des deux films. D'un côté, le Black Pearl faisant face à un kraken récalcitrant. De l'autre, deux bateaux s'affrontant sur les rives d'un maelstrom! Deux morceaux de bravoure exemplaires où Verbinski se sert d'un budget conséquent pour des spectacles ambitieux et de qualité. On ne peut pas en dire autant de certains réalisateurs faisant des films de studio (n'est-ce pas Roland Emmerich?). Verbinski et les scénaristes permettent même à Disney une possible suite avec une fin ouverte menant à la fontaine de jouvence. Inutile de dire que Disney, Bruckeimer, Rossio, Elliott et le réalisateur Rob Marshall ont foncé directement dedans pour un quatrième volet de sinistre mémoire (2011). Verbinski préféra en rester éloigné et on l'en remerciera jamais assez. La fin d'un cycle.

pirates maelstrom

Après Rango, le réalisateur décide de persévérer dans le western en s'attaquant à une figure de la pop culture américaine. Issu d'un feuilleton radiophonique (1933-54) et des serials, le Lone Ranger et son fidèle compagnon indien Tonto gagnent en popularité avec la série télévisée d'ABC (1949-57). Plusieurs séries et téléfilms seront réalisés par la suite, au point d'engendrer un spin-off peut être plus connu encore Le Frelon Vert (1966-67) qui mettait en scène le petit-neveu du Lone Ranger. Durant les 2000's, Columbia se voit intéressé par le ranger et prévoyait notamment de faire de Tonto un personnage féminin. Le projet tombe à l'eau et à bien failli finir entre les mains des Weinstein. Dès 2008, Disney achète les droits pour une adaptation cinématographique où Bruckeimer et Depp sont rapidement impliqués. Mike Newell, réalisateur de la production Disney / Bruckeimer Prince of Persia (2010), est dans un premier temps envisagé. Le flop de l'adaptation du jeu-vidéo d'Ubisoft a dû surement joué dans son éviction, laissant la place à Verbinski. Armie Hammer est alors engagé pour incarner John Reid, le fameux Lone ranger. Jugé trop cher par le studio, le projet fut pendant un temps sur la voie de l'annulation avant que les différents protagonistes décident de baisser le coût du film. 

gore ranger

Gore Verbinski avec Armie Hammer et Johnny Depp sur le tournage de The Lone Ranger.

Devant sortir dans un premier temps en mai 2013, The Lone Ranger se prend de plein fouet le succès fracassant de Moi moche et méchant 2 (Coffin, Renaud) à l'été 2013, tout comme Pacific rim (Guillermo del Toro) ou The Wolverine (James Mangold). Si le film a tout de même réussi à dépasser son budget de 215 millions de dollars (260 millions de dollars de recettes en tout... soit le budget initial du projet), les chiffres US sont très mauvais (89 millions). Il s'agit d'un semi-échec commercial en quelques sortes au même titre que les malheureux John Carter (Andrew Stanton, 2012) et Tomorrowland. Pire encore, le film se fait dézinguer par la critique qui ne se fait pas prier pour taper sur un blockbuster aussi cher. Après le triomphe de Rango, la douche froide. A l'époque de sa sortie, votre cher Borat était déjà un des défenseurs de The Lone Ranger et il l'est encore aujourd'hui. L'avant-dernier film de Gore Verbinski est certainement un des blockbusters les plus généreux des 2010's et opte pour une vision du western qui n'est pas sans évoquer un certain Little Big man (Arthur Penn, 1970). Le réalisateur reprend le principe d'un vieillard (Tonto) racontant à quelqu'un un récit antérieur, en l'occurrence ici sa rencontre avec John Reid. Mieux, il se sert de ce blockbuster à grand spectacle pour dézinguer une certaine vision des USA, comme il l'a fait sur son précédent film.

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Tonto, une des dernières traces vivantes d'un peuple décimé.

En prenant le point de vue de Tonto dès les premières minutes, le réalisateur montre un certain visage de ce qu'est devenu l'Indien aux USA dans les 30's. Un personnage de foire, un cliché que l'on vient voir pour l'exotisme contre quelques dollars. Tout au long du film, le réalisateur se tiendra bien de prendre le point de vue du peuple indien, peuple massacré par l'Homme Blanc désireux de toucher ses terres. Par quelques plans, on peut voir que l'Homme Blanc s'aide également de main d'oeuvre asiatique, confirmant que les lignes de chemins de fer se sont faits sur le sang des natifs et des immigrés venus chercher le rêve américain. Bien que le nom diffère, le personnage de Barry Pepper n'est pas sans rappeler le général Custer, grande figure des USA dont l'image fut bien entâchée dans le film d'Arthur Penn. La morale du personnage est aussi noire que celle des méchants de l'histoire. Pourquoi serait-il du côté de celui qui veut dévoiler le massacre d'innocents qu'il a commis? Une malhonnêteté qui continuera au cours d'un affrontement sanglant suivant cette révélation. Comme si le personnage n'avait toujours pas compris qu'il est du mauvais côté de la balance. Verbinski n'hésite pas non plus sur la violence, confrontant ses héros à la perte de leur famille. D'un côté, un flashback évoquant les raisons de la vengeance envisagée par Tonto.

Lone Ranger, Naissance d'un héros : Photo Armie Hammer, Johnny Depp

De l'autre, Reid seul survivant d'une tuerie et voyant son frère mourir devant ses yeux. Si Verbinski utilise la formule du buddy movie déjà employée sur le premier Pirates des Caraïbes (Sparrow et Turner n'avaient strictement rien à voir ensemble, mais devaient s'associer dans un but commun), il lie davantage ses deux personnages principaux en les confrontant à leurs douleurs respectives. C'est même cela qui les rend assez attachants: dans leur vengeance, ils arrivent finalement à y voir quelque chose de positif, à savoir rendre la justice quitte à ce que ce ne soit pas légal. Même si Depp donne toujours l'impression d'en faire un peu trop, son rôle est tout de même un peu plus étoffé que celui de Jack Sparrow ou des trois quarts des personnages qu'il a joué dans les 2000's-2010's. Quant à Armie Hammer, il n'a pas encore la carrure pour incarner un héros de premier plan, mais s'en sort avec les honneurs. L'un des méchants (William Fichtner) a par ailleurs des tendances cannibales et n'hésite pas à manger une partie d'un corps vivant ou pas (le personnage d'Helena Bonham Carter n'a pas une jambe de bois pour rien). Un ton assez radical pour un PG-13 et ce quand bien même Verbinski joue sur l'humour et le grand spectacle. La preuve que l'on peut parler de certains sujets qui fâchent dans un film à la visibilité forte. Au niveau de sa réalisation, Verbinski livre un western splendide où son chef opérateur rend l'Ouest particulièrement froid, à la limite du blanc (Verbinski n'a pas fait revenir Bazelli dix ans après The Ring pour rien). 

Mieux encore, avec Hans Zimmer, il se permet une des scènes les plus folles des 2010's avec ce que l'on appelle désormais la "séquence Guillaume Tell". Reprenant l'ouverture du célèbre opéra de Gioachino Rossini (1830), Zimmer synchronise sa musique en fonction des images et des sons, provoquant une osmose parfaite bien plus significative que dans la poursuite de Rango. Un véritable plaisir auquel le réalisateur se rajoute à travers une folie furieuse digne des cartoons de Tex Avery. Le réalisateur revient à La souris le temps de quelques minutes avec un côté enfantin et ludique que l'on avait presque oublié avec la noirceur permanente du film. C'est pour ce type de scène que l'on va voir un film sur grand écran.

  • A cure for wellness (2017) : le temps d'un visionnaire?

A Cure for Life : Affiche

Gore Verbinski s'était fait discret depuis le semi-échec commercial de The Lone Ranger. On annonçait un projet nommé A cure for wellness chez Fox et Regency depuis plusieurs années sans savoir vraiment à quoi s'attendre. Puis en octobre dernier, la Fox a commencé à bombarder le futur spectateur d'affiches et de bande-annonce toutes plus étranges et énigmatiques. Nous avions au moins une certitude: A cure for wellness est le premier film d'horreur de Verbinski à avoir un classement Restricted. Aussi étonnant soit-il, The Ring était PG-13 et ce malgré des scènes dérangeantes (la vidéo, la scène du suicide du père de Samara) ou des plans de visages complètement apeurés et déformés. Comme pour confirmer la filliation, le réalisateur a à nouveau fait appel à Bazelli pour animer ce monde froid qu'est le monde de l'entreprise, mais aussi celui d'un SPA pas forcément si accueillant. Les premiers plans montrant des immeubles sous la pluie peuvent être vus comme des clins d'oeil à The Ring qui montrait des plans similaires. Autant dire que le réalisateur se permet un film mélangeant assez savoureusement violence graphique, suspense et ambiance glauque. Contrairement à toute la vague de films se situant dans des asiles psychiatriques (soit Shutter Island, Sucker Punch et The Ward), A cure for wellness en reste totalement éloigné. 

A Cure for Life : Photo Dane DeHaan

Ici, l'horreur est bel et bien là, jamais issue de l'imagination du héros (Dane DeHann) et il s'agit encore moins d'un jeu de piste comme les trois films suscités. Quand le héros a des visions, c'est en général à cause des produits qu'on lui donne le maintenant tranquille, tout en lui donnant des effets secondaires. A l'image de ces anguilles apparaissant quotidiennement, y compris lors d'un pur fantasme où elles ne sont jamais très loin. Plus il plonge dans sa petite enquête, plus le héros navigue dans l'horreur, l'amenant à remettre en question tout ce qu'il voit (les apparences sont souvent trompeuses). Pour ne pas trop en dévoiler, le réalisateur semble s'être inspiré d'Elizabeth Bathory, la fameuse comtesse qui tuait des vierges en espérant avoir la jeunesse éternelle en buvant leur sang. Ici, on parlera davantage de prendre les ressources de l'être-humain afin d'offrir une jeunesse éternelle. A cure of wellness se baigne dans une atmosphère macabre, sentant l'odeur des horreurs du passé et les haines toujours bien présentes. Verbinski se lâche complètement dans des scènes particulièrement graphiques, allant du passage chez le dentiste rappelant des souvenirs à Dustin Hoffman à l'accident spectaculaire se concluant par la mort lente d'un animal; en passant par un climax jouant sur le gore

A Cure for Life : Photo Mia Goth

 

Les excès du film dans ce domaine pourront peut être déranger certains spectateurs, allant même peut être jusqu'à trouver cela grotesque. Votre interlocuteur est en revanche assez comblé de voir ce type de film d'horreur à la fois généreux et réussi dans le contexte hollywoodien actuel. Si l'on peut toutefois trouver une critique à Verbinski, c'est certainement pour cette scène de masturbation qui paraît totalement gratuite et sans intérêt. On pouvait très bien en rester au caisson. De même pour ces autochtones semblant rester dans le monde des punks des 80's et dans le cliché du buveur de bières. Comme exposé régulièrement par le personnage de Jason Isaacs, la plupart des gens présents dans ce SPA sont des riches hommes et femmes d'affaires qui viennent se ressourcer. Le personnage de DeHann fait partie de ce monde et est dans le même cas. C'est un homme froid, antipathique et le représentant même du cynique employé boursier. Au point de prendre son père pour un faible pour avoir commis l'irréparable et de ne quasiment rien ressentir pour une mère juste partie suite à une vision désastreuse. Les derniers plans du film montrent qu'il y a une évolution chez le personnage. Il a réussi à s'attacher à quelqu'un (en l'occurrence le personnage de Mia Goth) et s'est enfin retrouvé une conscience. Malgré tout le suspense entourant le lieu, le personnage va finalement y voir une conclusion positive. 

A Cure for Life : Photo Jason Isaacs

Sa nemesis n'en paraîtra que plus évidente, son évolution étant inverse à celle du héros. Au final, A cure for wellness est une réussite à l'image de son réalisateur. Une production hollywoodienne qui n'hésite à remuer le spectateur pour lui offrir une proposition pas forcément attendue de sa part. Reste à savoir si le spectateur est prêt à miser dessus. A la prochaine!

10 février 2017

Cuvée vosgienne le retour #2

Après être revenue sur les deux premiers jours de la 24ème édition du Festival de Gérardmer, la Cave de Borat s'attarde dorénavant sur les deux derniers chapitres de cette épopée fantastique et horrifique. Etes-vous prêts à repartir pour le train fantôme en partance pour les Vosges? Go! (attention spoilers)


 Jour 3 : Dézingages de petits poids

Orgueil et Préjugés et Zombies : Affiche

N'ayant pas grand chose à perdre, votre cher Borat s'est dit qu'il n'y avait pas forcément de mal à aller voir ce que donnait Orgueil et préjugés et zombies (Burr Steers, 2016), présenté en compétition. Après Abraham Lincoln chasseur de vampires (Timur Bekmanbetov, 2012), revoici une adaptation d'un roman de Seth Grahame Smith. A la différence que cette fois-ci, l'auteur s'attaquait à un gros monument de la littérature. Comme tout ce qui est un peu hype, Hollywood a rapidement mis le grappin dessus. Un projet à la production tumultueuse, multipliant les départs de société de production (Lionsgate initialement), de réalisateurs (David O Russell, Mike White, Craig Gillespie) et d'actrice (Natalie Portman qui reste productrice) jusqu'à ce que le film se fasse. Au final, il aura fallu presque sept ans pour que le projet sorte dans les salles. Le film a subi un petit bide (10 millions de dollars au box-office US pour 28 millions de budget), n'est pas sorti partout et finalement le Festival de Gérardmer est une des rares fois où il sera projeté en France (dans les bacs le 29 mars prochain). Au final, bien que l'oeuvre soit recontextualisée (les enfants sont envoyés au Japon et en Chine pour apprendre les arts-martiaux après une épidémie de zombification), on est plus devant une adaptation du roman de Jane Austen. Ceux qui s'attendent à une grosse série B qui tâche, jouant sans cesse de la parodie, risquent fort de devoir passer leur chemin.

Orgueil et Préjugés et Zombies : Photo Lily James

Si les maquillages sont bien faits et que les dézingages de zombies sont bel et bien présents (le réalisateur montre même la vision des zombies à travers... des plans flous), l'ensemble se révèle finalement peu horrifique ou fantastique et manque de folie. Le film délaisse d'ailleurs assez rapidement les plus jeunes soeurs pour ne s'intéresser qu'aux deux plus âgées (incarnées par Lily James et Bella Heathcote), sans même les caractériser réellement. Les diverses intrigues d'Austen sont là et si vous avez lu le roman (1813), vu le film de Joe Wright (2005) ou la mini-série avec Darcy (1995), vous ne serez pas dépaysé. En revanche, le film est assez plaisant à regarder, sans transcender et bien joué dans l'ensemble (Matt Smith est jubilatoire en pasteur goujat et fort en gueule). Au moins par son côté classique, le film ne s'enfonce dans le nawak total, ce qui avait été repproché au film de Bekmanbetov. Passons maintenant à la compétition des courts-métrages qui fut une véritable catastrophe jusqu'au palmarès. Peu ou pas de fantastique ou d'horreur, souvent traîtés par dessus la jambe et sans réelle cohérence sur au moins quatre des courts-métrages sur cinq. Limbo (Konstantina Kotzamani, 2016), récompensé pour l'occasion, est le film arty dans toute sa splendeur. Sorte de Sa majesté des mouches en Grèce (pas de parent, des enfants seuls, coin isolé, intolérance), le film s'enfonce dans l'incompréhension et l'ennui (il dure trente minutes, ce qui peut être très long parfois).

Limbo : Photo

Même sans l'apport plus que léger du fantastique (un enfant albinos qui fait peur aux autres enfants et une baleine échouée visiblement vivante), le film est inintéressant et particulièrement lent. Difficile de s'exciter plus dessus. Marée basse (Adrien Jeannot, 2016) part d'un postulat potentiellement fantastique (des gens sont engagés pour tuer des créatures noires), mais le réalisateur n'en fait rien. Il se contente de montrer le personnage dans sa journée quotidienne, sans exploiter le potentiel même du projet. L'acteur Clément Autain a avoué lors de la présentation qu'il s'agissait d'un court-métrage fauché tourné en deux jours. Au vue de l'interprétation globale et de la facture du film, on ne peut que le rejoindre. Margaux (les films de la Mouche, 2016) en rajoutait une couche en étant quasiment hors sujet. Pas que le court soit vraiment mauvais, mais il n'a quasiment rien de fantastique. Au contraire de Grave (Julie Ducourneau, 2016) qui aborde l'horreur petit à petit dans un contexte quasi-similaire (campus movie d'un côté, teen movie de l'autre), Margaux se plante en n'installant son fantastique que dans les dernières minutes dans une confusion totale. Cela n'empêche pas les réalisateurs de singer Rosemary's baby (Roman Polanski, 1968) sans avoir ne serait-ce que sa délicatesse. Margaux est avant tout un teen movie cru jusque dans un passage aux toilettes particulièrement putassier. Un court qui n'avait pas vraiment sa place dans un festival du film fantastique.

pleaselovemeforever

Le plan (Pierre Teulières, 2016) était le premier court-métrage à être réellement ancré dans le fantastique. Manque de bol, il est raté. Là aussi incompréhensible dans ses intentions, récit jamais clair, personnage masculin dont on ne sait pas qui il est, ni son utilité. Reste des maquillages plutôt réussis, ce qui est toujours ça de pris. Enfin, nous avons eu un court-métrage digne de ce nom avec Please love me forever (Holy Fatma, 2016). Un conte autour de la relation mère-fille, allant vers une esthétique proche de Tim Burton sans jamais être ridicule et plutôt drôle. D'un côté, la maman (Annick Christiaens) refaite de partout et dont les éléments à changer viennent d'un jardinier faisant de l'organe un marché. Ce qui permet à la réalisatrice de dévoiler un jardin fantastique particulièrement bien fait. De l'autre, sa fille (Isabelle Carlean Jones) essayant de trouver l'amour auprès d'un jeune garçon sans réel succès. Un côté morbide qui s'installe rapidement, animé par les couleurs blanche, bleue et rouge (la pureté, la froideur et la passion). Au moins, on retiendra un court-métrage de la sélection, ce qui n'était pas chose aisée. Passons probablement à ce que votre cher Borat a vu de pire du festival. En plus de la rétrospective à la MCL et au Paradiso le jeudi, Kiyoshi Kurosawa était présent le 28 janvier pour recevoir un hommage digne de ce nom.

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Kiyoshi Kurosawa présent pour l'hommage qui lui fut dédié.

Cérémonie qui a commencé en retard comme très souvent à l'Espace Lac, engendrant une marche rapide pour votre interlocuteur afin de voir le film suivant au Casino ! Un beau discours pour malheureusement un gros navet présenté. On aurait presque préféré que les programmateurs diffusent Creepy (2016) encore inédit dans nos contrées que son essai français Le secret de la chambre noire (en salles le 8 mars). Il est triste de voir un réalisateur de talent se planter aussi radicalement, encore plus quand on lui fait des louanges durant un peu plus de vingt minutes. On peut même parler de parodie de cinéma français, tant le film accumule les poncifs de notre beau cinéma: plans trop longs pour pas grand chose, silence quasi-permanent pour laisser parler la rue, acteurs qui semblent parfois réciter avec un manque total de naturel (la palme à Constance Rousseau, présente dans la salle), intrigue prétexte pour une énième histoire de fantômes, d'un côté les gens riches, de l'autre ceux qui galèrent... On pourrait continuer longtemps, mais il vaut mieux s'arrêter là. On devine finalement bien avant Tahar Rahim (plutôt convaincant) le twist, au point que cela en devient embarassant quand il comprend la situation une bonne heure après le spectateur. Le secret de la chambre noire est en plus un film affreusement long où l'on se demande quand cela va se finir tout le long de la séance, ou alors s'il va se passer quelque chose.

Le Secret de la chambre noire : Photo Constance Rousseau, Tahar Rahim

2h10 c'est très long quand il ne se passe rien, au point d'envier les spectateurs partis avant la fin du film. Après le somnifère, le réveil avec The girl with all the gifts (Colm McCarthy, 2016), prix du public et de la meilleure musique pour Cristobal Tapia de Veer. Ce qui impressionne dans un premier temps dans The girl with all the gifts est son casting. Le film ne semble pas être une grosse production UK mais on retrouve tout de même Gemma Arterton (il était temps qu'elle revienne au pays après des expériences hollywoodiennes catastrophiques), Paddy Considine et Glenn Close. Comme assez souvent, Arterton écope du rôle le plus sympathique, la scientifique bienveillante mais prête à dégommer du mort-vivant en temps voulu. Un rôle tendre de mère de substitution pour des enfants victimes de leur propre nature et qui change radicalement de la mère vampire qu'elle jouait dans Byzantium (Neil Jordan, 2012). Considine incarne peut être le personnage qui évolue le plus durant le film. Le soldat bien dans ses bottes, respectant sa mission de rester neutre face à des enfants zombiesques qui sont une menace pour ses camarades et lui. Le réalisateur présente un personnage qui retrouve son humanité en même temps qu'il se familiarise avec Melanie (Sennia Nanua, incroyable de maturité dans un tel rôle). Au point d'en faire un personnage émouvant, auquel Considine apporte toute sa puissance charismatique. 

The Girl With All The Gifts : Photo Sennia Nanua

Quant à Glenn Close, cela faisait bien longtemps qu'on ne l'avait pas vu avec un rôle aussi consistant. Elle joue la scientifique cherchant à combattre le virus alors que les chances de rétablir un équilibre sont quasiment mortes. Un personnage trouble auquel le spectateur comme les autres personnages ont bien du mal à lui faire confiance et ce dès les premières minutes. Le film se présente comme un beau mélange entre 28 jours et semaines plus tard (Boyle, Fresnadillo, 2002, 2007) et le jeu-vidéo The last of us (2013). Pour la première référence, on pense directement à la présence militaire omniprésente, même si l'aspect dictatorial n'a pas lieu ici. Les militaires symbolisent en quelques sortes les restes de la race humaine. Le film présente une Angleterre ravagée par un virus à la différence qu'ici les causes ne sont pas médicinales (28 jours plus tard montrait que l'attaque venait d'un chimpanzé cobaye sur un virus). Le problème vient d'un champignon dont les germes ont muté jusqu'à en devenir nausifs pour l'être-humain. Ce qui nous amène à la seconde référence, puisque le décor de The girl with all the gifts est assez similaire à ceux du jeu-vidéo de Naughty Dogs. McCarthy dévoile un Londres où la nature (et donc en soi le champignon) a repris ses droits. Est-ce des décors en dur ou des cgi? Probablement un peu des deux et le rendu est assez impressionnant.

The Girl With All The Gifts : Photo Fisayo Akinade, Gemma Arterton, Glenn Close, Paddy Considine, Sennia Nanua

Une preuve du travail colossal du production designer Kristian Milsted.

Pour ce qui est des zombies, le film est déjà plus généreux qu'Orgueil... et il s'agit aussi du sujet principal du film. Rien à voir avec un contexte de série B, puisque le réalisateur cherche à donner un point de vue singulier au zombie à l'image de George Romero sur Le jour des morts-vivants (1985). Il s'agit aussi d'humaniser le zombie ou tout du moins d'essayer de le sociabiliser. Pour cela, le film prend vite le point de vue de Melanie, enfant né avec le virus mais gardant encore des caractéristiques humains. Melanie sait ce qu'elle est mais ne se voit pas comme un monstre. De même, elle cherche à se sociabiliser en aidant le groupe de militaires et en acceptant d'être muselée pour leur éviter une mort imprévisible. Comparé aux films de zombies habituels où le mort-vivant est un élément central de l'intrigue tout en restant secondaire (le héros est généralement celui qui lui met une balle dans la tête), ici l'héroïne est le zombie, permettant de mieux comprendre le personnage et d'en faire l'enjeu principal. Elle est l'entre-deux: celle qui peut sauver les humains comme ses semblables en les éduquant comme on l'a fait avec elle. Une réussite de plus dans un film de qualité dans un sous-genre horrifique souvent en décrépitude quand il suit un peu trop la mode.


 Jour 4 : Prépare le tartare

Terra Formars : Photo

Votre cher Borat n'a pu assister à la Nuit Décalée qui suivait la projection de The girl with all the gifts. Toutefois, il a pu au moins rattraper un des deux films proposés (le premier était le musical avec des sirènes The lure d'Agnieszka Smoczynska). Votre cher Borat s'était un peu préparé avant son voyage avec Audition (1999), histoire de savoir à quoi s'en tenir avec Takashi Miike. Soit pour les deux du fond un des réalisateurs contemporains les plus prolifiques du Japon, capable de se lancer dans des films trash comme Ichi the killer (2001) ou celui suscité; et des films plus légers comme l'adaptation du jeu-vidéo Phoenix Wright (2012). Avec Terra Formars (2016), on se situe largement dans la seconde partie. L'adaptation d'un manga de Yû Sasuga et Kenichi Tachibana (2011-) mettant en scène des cafards mutants suite à une terraformation martienne et leurs éradicateurs repris de justice. Un point de vue qui n'est pas sans rappeler Starship troopers (Paul Verhoeven, 1997), la grosse critique sociale en moins et des injections de gènes d'insectes chez nos criminels en plus. A partir de là, le film peut se payer toutes les excentricités possibles avec des héros se transformant à base de prothèses et des cgi délirantes. Sans compter des cafards entièrement en cgi (à moins que ce soit de la performance capture, mais on n'y croit pas) et particulièrement meurtriers.

Terra Formars : Photo

Ceux qui s'attendent à un spectacle sobre sans violence graphique risquent d'avoir de grosses surprises devant de multiples décapitations, éventrations et autres découpages de membres. De quoi rappeler le bon temps des shonen des 80's-90's comme Dragon Ball (Akira Toriyama, 1984-95) ou Hokuto no Ken (Buronson, Hara, 1983-88). Un vrai défouloir où se rajoute des dialogues à se rouler par terre. Il n'y a qu'à voir Hideaki Ito dire un "Je reviendrais" dans le sérieux le plus total, alors qu'il sait pertinemment que la réplique provoquera le rire des plus nostalgiques. Eclatons de rire avec le méchant de service (Shun Oguri), sorte de décalque de Zorg le méchant du Cinquième élément (Luc Besson, 1997), le côté diva de la mode en plus. Chacune de ses apparitions est l'occasion de rire de bon coeur. On s'amusera par ailleurs de retrouver Rinko Kikuchi dans une tenue quasiment similaire à celle qu'elle avait dans Pacific Rim (Guillermo del Toro, 2013). C'est notamment ce ton décomplexé qui permet à Terra formars de divertir, voire à se montrer comme un plaisir coupable. La réalisation se révèle efficace et punchy, Miike se permet même d'aller chercher des idées de direction artistique à droite à gauche. Comme pour les passages sur Terre où il cite ouvertement Blade Runner (Ridley Scott, 1982) ou les pyramides réalisées par des créatures extraterrestres renvoyant à Stargate (Roland Emmerich, 1994). Une bonne récréation pour commencer la journée avant d'affronter le dernier gros morceau de la compétition.

grave

On critique souvent le cinéma de genre français, notamment celui qui tourne autour de l'horreur et du fantastique. On dit régulièrement que si le cinéma de genre ne marche pas en France, c'est parce qu'il est automatiquement mauvais ou que le public n'y va pas. Les raisons sont finalement plus complexes. Les divers financiers du cinéma français (CNC, studios, producteurs, mécènes, aides, chaînes de télévision) ne veulent pas de ce type de films, mais aussi les exploitants. D'où une visibilité réduite, là où le cinéma américain peut avoir une meilleure exploitation avec des films parfois encore plus mauvais (il vous suffira de jeter un oeil sur la programmation de vos multiplexes pour le constater). Ce qui revient à faire les fonds de tiroir, trouver des aides dans d'autres pays européens, voire dans le cas de Sam was here (Christophe Deroo, 2016) à tourner le film en anglais pour une meilleure visibilité internationale. Grave n'est pas tourné en anglais, mais il s'agit d'une coproduction franco-belge qui a largement fait le tour des festivals (Toronto, Bordeaux, PIFFF et maintenant Gérardmer) et qui aura une sortie en salles le 15 mars prochain. Au vue du buzz qu'il génère un peu partout dans le monde, on peut se demander à l'heure actuelle si les exploitants feront l'effort de le diffuser décemment mais aussi d'en faire la promotion. 

Grave : Photo

Le fait que Gérardmer lui donne le Grand Prix et le Prix de la critique un peu plus d'un mois avant sa sortie nationale pourrait aider et ce malgré une "interdiction aux moins de 16 ans" qui peut lui porter préjudice. Vient alors une autre question: si le public français est capable de se déplacer pour des films d'horreur américains avec quasiment la même classification, pourquoi ne le ferait-il pas avec un film français ? Certains diront la crainte que ce soit nul car français. D'autres que Grave est surement un énième film qui essaye de copier les ricains, comme ce fut le cas de films comme Promenons nous dans les bois (Lionel Delplanque, 2000). Pourtant il serait bien stupide de passer à côté de Grave pour toutes ces raisons. Grave est probablement ce que le cinéma de genre français a fait de mieux depuis Martyrs (Pascal Laugier, 2008) et le statut n'est pas peu mérité. Toutefois, Julie Ducourneau ne va pas aussi loin que Laugier, ne tombant pas dans le trash pur et dur. Son film est même initialement un pur campus movie avec les bizutages, les soirées étudiantes, la vie en communauté ou les amours naissants. Pour contrebalancer un sujet qui va aller de plus en plus dans le dérangeant, la réalisatrice installe même un humour parfois noir, parfois bienveillant pour contrebalancer. Un élément qui permet de rendre l'horreur d'autant plus forte par la suite. 

Grave : Photo Garance Marillier, Rabah Naït Oufella

Le bizutage reste tout de même l'élément perturbateur. C'est par ce simple morceau de viande que la tragédie va commencer pour l'héroïne (Garance Marillier), mais aussi sa soeur (Ella Rumpf) en son temps. Une faim qui devient une obsession engendrée en soi par un régime végétarien contenant cette pulsion cannibale. D'abord comme une démangeaison, puis par des envies de plus en plus morbides. Le final enfonce le clou en montrant que cela est probablement issu d'une pratique héréditaire. Un détail qui apparaît comme le dernier coup de grâce d'un film qui décontenance le spectateur. Ainsi, le dernier quart d'heure choque, terrifie, met mal à l'aise et cela fait du bien de voir un film qui vous retourne autant l'estomac. Grave peut également compter sur des acteurs plus que convaincants à l'image de la révélation Garance Marillier qui hérite d'un rôle principal pas forcément évident. Pour un premier long-métrage, Julie Ducourneau marque les esprits et on espère la revoir aussi en forme par la suite. Passons dorénavant au film qui a clôturé ce beau voyage. Là aussi une séance de rattrapage puisque votre cher Borat n'avait pu assister à la Nuit Phantasm où était projeté les deux premiers volets de cette saga de cinq films (1979-2016). Tous orchestrés de près ou de loin par Don Coscarelli, ce qui est une gageure dans les franchises horrifiques. Il est en effet rare qu'un réalisateur s'attache autant à une franchise, l'un des cas les plus évidents étant Wes Craven sur la tétralogie Scream (1996-2011).

Phantasm: Remastered : Affiche

Phantasm est devenu un film culte au fil du temps, sans quoi il n'aurait certainement pas eu de suites. Il est arrivé à la bonne période pour lancer des sagas horrifiques, comme le confirmeront les franchises Halloween (1978-2009) et Vendredi 13 (1980-2009) débutées à la même période. D'ailleurs pour rester dans la filiation, le thème principal de Phantasm n'est pas sans rappeler celui de John Carpenter pour son film, à la fois très répétitif et stimulant. Le film en lui-même est pas mal mais manque certainement de punch. Il manque une réelle étincelle pour faire totalement adhérer et ce malgré une durée habituelle pour un film d'horreur (1h28). De même, Coscarelli ne précise pas assez l'univers qu'il développe, laissant peut être trop de mystère au sujet du croque-mort (Angus Scrimm) et de ses intentions. Des éléments peut être plus précisés dans les volets suivants, mais en l'état laissent un peu pantois. Il n'en reste pas moins que le croque-mort est un merveilleux personnage de boogeyman et Angus Scrimm réussit parfaitement à le rendre menaçant. Sa dernière apparition est même quasiment identique au final des Griffes de la nuit (Craven, 1984). Inspiration ou comme le veut la légende, Craven ne savait définitivement plus comment finir son film? Mystères et boules de gomme. Il n'en reste pas moins un cru intéressant qui donne envie de s'intéresser aux films suivants. A la prochaine!

05 février 2017

Le massacre du dimanche

Chaque dimanche est une épreuve pour les Sharks. Une véritable déchéance pour ce club de football américain où se rajoute les problèmes d'égos entre joueurs mais aussi du staff...

L'Enfer du dimanche : affiche

Cinéaste en demi-teinte depuis plusieurs années (on mettra toutefois en avant le mal aimé Alexandre), Oliver Stone a toutefois une belle carrière derrière lui. Ce qui restera certainement son dernier chef d'oeuvre (à l'heure actuelle en tous cas) est L'enfer du dimanche (1999). Un film particulier car le réalisateur a eu énormément de problèmes à le réaliser. Dans un premier temps, le réalisateur travaille sur un premier traitement, avant d'incorporer celui de John Logan et d'enchaîner sur des réécritures afin de colmater tout. La NFL avait refusé de s'associer au film, impliquant des difficultés supplémentaires. Qui dit refus de la NFL, dit changements de noms des clubs et même du championnat, puisque rattachés à la ligue. C'est un peu comme si un réalisateur français voulait s'attaquer à la Ligue 1 et ne pouvait pas utiliser les noms de clubs comme le Paris Saint Germain ou l'Olympique de Marseille ou le titre Ligue 1. Le Superbowl est par exemple nommé ici la Pantheon Cup. Un problème en apparence, mais plus utile qu'on ne le croit, permettant à Stone d'avoir une totale liberté pour évoquer des sujets sensibles. Le réalisateur peut également sur un casting plein à craquer de têtes connues: Al Pacino, Cameron Diaz, Dennis Quaid, Jamie Foxx, LL Cool J, James Woods, Matthew Modine, Jim Brown, Aaron Eckhart, John C McGinley, Elizabeth Berkley, Lela Rochon, Lauren Holly et Charlton Heston. A noter qu'Oliver Stone incarne le commentateur des matchs et qu'il est doublé par George Eddy, ancien sportif et entraîneur et commentateur célèbre sur Canal +. 

l'enfer du dimanche

En soi, le film brasse beaucoup de sujets différents sur une durée assez spectaculaire mais finalement légitime. Près de trois heures dans le monde du football américain, sport dont les français connaissent en grande partie à cause du Superbowl et de l'impact de ce sport sur la culture américaine. Si vous n'avez jamais vu un match ou même cette fameuse finale, Any given sunday risque de vous être d'un grand secours pour vous aider à comprendre le fonctionnement de ce sport sur le terrain et tout ce qui en découle. Sponsors, célébrité des uns et des autres, joueurs capricieux, manager un peu trop impliquée sur le terrain, staff pas forcément en adéquation avec le coach, la drogue, l'alcool, prestations médiatiques, problèmes médicaux... L'enfer du dimanche évoque tous les travers du football américain, parfois comme s'il s'agissait d'une immense entreprise en perdition. Tous ces problèmes entraînent des complications sur le terrain, que ce soit les problèmes de staff ou ceux entre l'égos des joueurs. Tous les acteurs cités plus haut ont une place forte dans l'échiquier et des personnalités qui amènent le désordre dans cette équipe de football américain. Comme évoqué plus haut, il y a souvent des dualités entre différents domaines. L'entraîneur campé par Al Pacino est sans cesse remis à sa place par la manager jouée par Cameron Diaz. Celui qui s'occupe du terrain et celle qui doit s'occuper de l'aura médiatique du club. Deux visions différentes à laquelle se rajoute certains membres du staff se rattachant davantage aux côtés de la jeune héritière. 

 L'Enfer du dimanche : Photo

Al Pacino continue dans un registre un peu cabotin, mais en étant curieusement plus sobre. Quand il s'énerve, nous n'avons pas à faire à un énième resucé de Tony Montana qu'il offre parfois. Il joue un personnage à bout de nerfs qu'il ne faut pas chercher. Quant à Cameron Diaz, elle optait pour un virage sérieux plutôt bienvenu, changeant de la girl next door ou de la jolie fille à draguer qu'elle jouait beaucoup depuis The Mask (Chuck Russell, 1994). Elle est ici une véritable femme de poigne, capable de faire peur au plus baraqué des hommes. Au sein de l'équipe, il y a un affrontement conséquent entre les personnages de Jamie Foxx, Dennis Quaid et LL Cool J. Le premier est le rookie lancé en orbite beaucoup trop tôt, prenant la grosse tête et finissant par se mettre tout le monde à dos jusqu'à son entraîneur. Au passage, Oliver Stone nous offre un magnifique petit clip où l'ami Jamie (rappeur à ses heures) se fait un petit plaisir égocentrique avec jolies demoiselles en bikini. Le second est le vieux brisquard qui pense encore être dans le coup et voit que petit à petit il n'est plus la star du club. Un rôle qui va comme un gant à Dennis Quaid, dont la carrière s'apprêtait à devenir un véritable champ de mines. Quant au troisième, c'est la grande gueule qui perd sa popularité à cause du premier et essaye de lui mettre des bâtons dans les roues au bon moment. 

Puis il y a le troisième cas de divergence entre James Woods et Matthew Modine. Deux docteurs aux méthodes très différentes, l'un peu amateur de mensonges (Modine), l'autre prêt à tout pour faire jouer des footballeurs quitte à les envoyer à la morgue (Woods dans un rôle finalement assez proche de son propre caractère, un parfait connard en d'autres termes). Toutefois, on peut remarquer que vers la fin du film, Modine se prend également au jeu, devenant aussi crapuleux que son ancien supérieur. Il ne faut jamais longtemps pour que les âmes deviennent corrompues. Les commotions cérébrales dans le football américain ont été abordé récemment dans Concussion (Peter Landesman, 2015), mais peut être ici avec un peu plus de sarcasme. Il n'est pas étonnant que Stone, réalisateur critique envers les USA et ses institutions (la NFL en fait en quelques sortes partie), ait un regard aussi radical sur le milieu, tout en épousant le fonctionnement de ce sport. Stone se révèle particulièrement passionnant quand il s'attaque au jeu même, évoquant les règles de manière ludique comme les tactiques potentielles pour gagner. L'air de rien, le football américain est un sport où la stratégie a un rôle clé, au delà de l'aspect purement physique qui rapprocherait ce sport du rugby par exemple. A l'image d'un match en lui-même (souvent assez long, reposant sur des phases d'attaque entre deux publicités), Stone s'attarde sur quelques matchs cruciaux histoire de familiariser le neophyte. Une gageure d'un cinéaste qui veut faire comprendre un sport à travers le terrain et ses coulisses. Enfin, il termine son film sur un des plus beaux fuck du cinéma. 

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Un grand et passionnant film sur le football américain, agrémenté de prestations remarquables.

 
L’enfer du dimanche - Bande Annonce FR


Article initialement publié le 21 décembre 2011.

Show me the money!

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genre: comédie dramatique
année: 1996
durée: 2h20

l'histoire: Jerry Maguire est un agent des stars du sport américain. Mais sa vie mondaine lui pèse. Une nuit, il rédige une note où il tente de définir le sens qu'il voudrait donner à sa vie. Cette note provoque son licenciement. Seule Dorothy, son assistante, et Rod, un footballeur, vont lui rester fidèles. 

la critique d'Alice In Oliver:

En vérité, Jerry Maguire, réalisé par Cameron Crowe en 1996, appartient à la catégorie des "feelgood movies", soit les comédies dramatiques dans la pure tradition américaine. D'ailleurs, certaines critiques lui reprocheront d'être un peu trop niais, voire naïfs et bourrés de bons sentiments.
Ce n'est pas totalement faux. Toutefois, nous serons moins lapidaires.

Franchement, Jerry Maguire reste un bon film de genre, qui a le merite de se concentrer sur des personnages attachants.
Attention, SPOILERS ! Jerry Maguire (Tom Cruise) est la parfaite caricature du golden boy. Tout lui sourit. Il travaille comme agent pour les stars du football américain. Il gagne beaucoup d'argent et couche régulièrement avec une lobbyste.

Show me the money

Ensuite, Jerry Maguire est un homme respecté et apprécié dans son entreprise. Pourtant, un jour, Jerry finit par se lasser de cette vie facile et sans surprise.
Un soir, il décide d'écrire une note, une sorte de confession, clamant sa volonté de changer une profession dictée par les requins et la loi du plus fort.
Dans un premier temps, cette note lui vaut un tonnerre d'applaudissements. Toutefois, cette confession reste terriblement utopiste.

En résumé, Jerry prône le côté humain au profit du pognon. Le lendemain, il est renvoyé sur le champ. C'est alors le retour à la case départ.
Par chance, il réussit à convaincre un joueur de football américain, Rod Tiwell (Cuba Gooding Jr) et sa nouvelle secrétaire (Renée Zelleweger), secrètement amoureuse de lui. Jerry doit rapidement se refaire une santé et s'imposer comme une nouvelle référence dans son domaine.

jerry et cuba

Les premiers temps sont extrêmement difficiles. Tout seul, il doit mener une lutte acharnée contre un système corrompu, implaccable et parfaitement huilé.
A partir de ces différents éléments, le film de Cameron Crowe égratigne un milieu sans pitié, où l'amitié et la confiance sont des valeurs particulièrement friables.
Au final, Jerry ne pourra compter que sur sa secrétaire, devenue sa femme, et sur le soutien indéfectible de Rod Tiwell.

Certes, l'intrigue reste archi prévisible et la fin est connue de tous. Pour faire vite, et au risque de casser tout suspense, le film finit bien.
Evidemment, Jerry parvient à se sortir de cette mauvaise passe et à gagner une nouvelle réputation. Mieux encore, il arrive à sauver un mariage à la dérive.
Donc, peu ou prou de surprises au tableau de bord.

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Toutefois, le film peut s'appuyer sur d'excellents acteurs. En dehors de Tom Cruise, Cuba Gooding Jr et Renée Zellweger, on retrouve Bonnie Hunt, Kelly Preston, Jonathan Lipnicki, Eric Stoltz et Lucy Liu.
Ensuite, cette comédie dramatique teintée de romantisme peut compter sur une bande originale de qualité et justement appropriée aux différentes séquences du film. Enfin, Cameron Crowe parvient à rendre son personnage principal attachant.
Ce qui n'était pas forcément gagné au regard de sa personnalité. Même chose pour les seconds rôles, avec un mention particulière pour Renée Zellweger, Bonnie Hunt et Cuba Gooding Jr.


La critique de Borat

Au cours des années 90, Tom Cruise s'impose petit à petit comme une institution de l'entertainment hollywoodien. Devenu une star suite à Top gun (Tony Scott, 1986), l'acteur a su bien s'entourer, attire les réalisateurs prestigieux (Oliver Stone, Barry Levinson, Rob Reiner ou Sydney Pollack) et devient producteur de ses films avec Mission Impossible (Brian De Palma, 1996). Alors quand l'acteur se paye un véritable véhicule, il cherche le bon sujet. Ici cela tombera sur un agent seul contre tous. Pour réaliser et écrire le film, l'acteur va chercher Cameron Crowe, ancien journaliste devenu réalisateur et dont le principal fait d'armes à l'époque est Un monde pour nous (1989), aka le film où John Cusack lève une radiocassette devant la maison de sa copine. Jerry Maguire (1996) n'est pas un film indépendant mais un film du milieu (50 millions de dollars de budget) encadré par un studio (Tristar), ce qui à l'époque se faisait encore beaucoup à Hollywood. Le fait que le film a eu un énorme succès (quasiment du 50/50 entre les USA et l'international avec plus de 270 millions de dollars de recettes) n'a rien d'étonnant. C'est une époque où les spectateurs se déplaçaient massivement autour d'une star, quitte à ce que le budget soit moins fort. D'autant que plus que les 80's où il émergeait, les 90's sont les années Cruise, celles qui installeront son star power

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Rien d'étonnant à ce que l'acteur se retrouve avec un rôle où le pouvoir est roi. Jerry Maguire n'est pas vraiment un film sur la NFL, il a un pied dedans sans que cela soit le vrai sujet. Au départ, la NFL est un moyen comme un autre pour Jerry de gagner sa vie (son boulot comprend initialement des vedettes de tous bords), quand par la suite ce sera sa dernière roue du carosse. Son unique client sera un footballeur américain de couleur (Cuba Gooding Jr) essayant de percer lui aussi dans un monde carnassier où le sport n'est qu'une façade. Deux outsiders se liguant contre un establishment sournois qui ne pense qu'à casser l'autre pour se faire le plus d'argent possible. La NFL devient le sujet au fur et à mesure du film à travers Rod Tiwell. Jerry est la victime d'un système qu'il a fait prospéré et qu'il a critiqué. Qu'importe que les gens pensent comme lui, en dénonçant le système il est devenu un paria. Le milieu n'a pas envie d'être remis en question et encore moins par un de ses plus prestigieux agents. D'un autre côté, Tiwell n'a pas le succès qu'il devrait avoir à cause du système privilégiant souvent des joueurs sortant de l'école et faisant ainsi monter leur côte. Le fait que Jerry en fasse son seul client permettra à Rod d'acquérir le statut qu'il n'a jamais eu autrefois, car son agent était trop dispercé. 

L'image est reine pour pouvoir avancer et cela passe plus par les sponsors et les publicités que par les performances. Jerry et Rod forment un drôle de duo, pas celui des buddy movies mais deux personnes qui se complètent et s'aident mutuellement. Puis les deux personnages permettent la fameuse scène du téléphone où le "Show me the money. I love black people", moment délirant s'il en est des 90's. A cela se rajoute une romcom pour sauver tout cela du drame ambiant. Même là, Cameron Crowe ne rend pas la romance entre le patron et son employée / associée (Renée Zellweger) si facile, multipliant les petits rebondissements. Crowe réussit à rendre attachant son duo, bien aidé par l'interprétation des acteurs. Cruise fait le show, court, danse, mais se révèle un peu plus vulnérable que d'habitude ou tout du moins sort de son image virile. Zellweger trouve là un des ses premiers rôles marquants, mère beaucoup trop jeune, amoureuse de son patron qui s'en rendra compte un peu tard et sa seule aide. L'actrice y est touchante, tout comme Bonnie Hunt en grande soeur protectrice ("Si tu foire je te tue"). Comme souvent dans ses films, Cameron Crowe sort un jukebox porteur de chansons faisant sens. Secret garden (Bruce Springsteen, 1996) pour la première soirée entre amoureux; Free Fallin (Tom Petty, 1989) pour le passage où il a réussi à négocier un contrat juteux; Horses (Ricky Lee Jones, 1989) pour montrer la relation entre Jerry et le petit (Jonathan Lipnicky). Les morceaux ne sont pas là pour faire joli, ils font parties intégrante des émotions des personnages.

Jerry Maguire est une success story forte et positive dans un milieu sans pitié et pas sûr que cela a changé depuis. C'est dire si son culte n'est finalement pas si anodin.


Article initialement publié le 5 février 2012.


Ce n'est pas un marsouin mais un dauphin!

Un détective animalier est engagé pour retrouver Flocon de Neige, le dauphin servant de mascotte aux Dauphins de Miami...

Ace Ventura

Comme certains le savent déjà, votre ami Borat est un fan devant l'éternel de Jim Carrey. Comique venant du Canada, ayant tourné dans un peu tout et n'importe quoi avant d'accéder à une célébrité fulgurante. En l'occurrence l'année de naissance de votre interlocteur, mais cela est une autre histoire. Parmi les quelques apparitions de l'ami Jim à l'époque, on retiendra une rockstar s'épanouissant sur Welcome to the jungle (Guns n' roses, 1987) dans La dernière cible (Buddy Van Horn, 1988), le pote de Nicolas Cage dans Peggy Sue s'est mariée (Francis Ford Coppola, 1986) ou extraterrestre coloré dans Earth girls are easy (Julien Temple, 1988). Alors quand Jim Carrey a enfin trouvé le succès, ce fut par trois films tournés coup sur coup: Ace Ventura (Tom Shadyac, 1994), The Mask (Chuck Russell) et Dumb and dumber (Farelly). Si les spectateurs retiennent davantage les deux derniers, votre cher Borat leur préfère les aventures de ce détective animalier pur et dur. Peut être parce que c'est avec Menteur menteur (Shadyac, 1997) le film qui a fait aimer cet acteur à votre interlocuteur et qui l'a profondément marqué. Dès le départ, Jim Carrey impose sa marque et confirme une chose: sans lui, le film ne tiendrait pas très longtemps.

 

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Son interprétation est le fil conducteur du film, sa folie furieuse fait la richesse du film, sa puissance comique héritée de Jerry Lewis permet au film d'être emprunt de sa personnalité. Tom Shadyac l'avait compris avec ce film et le fera encore sur Menteur menteur. L'acteur fait le show mais il est assez bien dirigé pour qu'on ne tombe pas dans l'acteur en roue libre. Ce qui ne s'est pas passé sur Ace Ventura en Afrique (Steve Oedekerk, 1996), où Jim Carrey alignait tellement les scènes lourdingues que cela en devenait lassant. Tout dans ce premier film semble encore contrôlé pour laisser place au comique. Ce sera pareil pour The Mask qui passera d'un comic-book sombre à un film globalement comique par sa seule présence. La trame d'Ace Ventura est très simple et est avant tout un véhicule pour l'acteur. Nous avons donc un personnage principal détective animalier en mission. Laquelle? Retrouver la mascotte des Dolphins, l'équipe de football américain de Miami, kidnappée à quelques jours du Superbowl. Le football américain est d'ailleurs assez présent dans le film allant de caméos de joueurs au méchant même, ancien joueur devenu fou après avoir raté le but de la finale. Le film baigne dans la NFL sans en être totalement lié, ce qui ramène un peu de piquant à l'ensemble.

Ace Ventura double vitrage

L'ami Dan Marino est toutefois un peu plus présent que ses collègues, le méchant ayant un gros litige contre lui. Le footballeur semble bien s'amuser dans son propre rôle, au même titre que les trois quarts des acteurs autour de Jim Carrey. On remarquera des têtes connues par ci, des âmes égarées de l'autre (Sean Young, désolé pour elle), une actrice s'apprêtant à vivre elle aussi une bonne année (Courteney Cox en plein lancement de la série Friends) et même des invités surprises (le groupe Cannibal corpse qui garde encore une image positive du tournage de leur scène). Tous participent à un délire général qui prend dans son final des proportions gargantuesques. Shadyac et Carrey vont quand même jusqu'à faire une référence particulièrement explicite à The crying game (Neil Jordan, 1992), non seulement dans le contenu même du "twist", mais aussi en reprenant la fameuse chanson du film. Le film est totalement débile (peut être plus que Dumb and dumber), mais il assume pleinement sa connerie à travers son personnage principal. Tout tourne autour d'Ace Ventura, ce personnage excentrique, voire complètement dingo aux méthodes surréalistes, allant même jusqu'à se retrouver en asile psychiatrique pour chercher des affaires du fameux Ray Finkles. Puis il s'agit certainement d'un de ces films où il est difficile de passer à la VO tant la VF marque durablement le fan avec un lot de répliques succulentes.

Un véritable régal que cette comédie où Jim Carrey est le roi du Superbowl. On en redemande encore.


 

Article initialement publié le 9 décembre 2009.

Le dernier boy scout

Un détective et un ancien footballeur de la NFL vont être liés par une affaire de meurtre où politiques et organisateurs de matchs sont concernés...

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Pour les moins de vingt ans, Shane Black est le réalisateur du plutôt pas mal Iron Man 3 (2013) et encore ils ont dû oublier son nom. Mais pour les jeunes des 80's-90's, celui qui n'était alors que scénariste symbolise à lui seul le cinéma d'action avec un sens du phrasé savoureux. "Nous ne sommes pas trop vieux pour ces conneries" de L'Arme fatale (Richard Donner, 1987) c'est lui, idem pour le répertoire ahurissant de Last Action Hero (John McTiernan, 1993). On peut même dire que Shane Black était le roi du pétrole dans les 90's, puisqu'il était le scénariste le mieux payé de l'histoire du cinéma. Pour Le dernier samaritain (Tony Scott, 1991), il empochera une enveloppe de plus d'1 million de dollars, ce qui relèverait de l'impensable de nos jours. Néanmoins, le script sera modifié, principalement dans son dernier acte (le fils du sénateur était impliqué dans le groupuscule autour de la NFL). Ce sera la dernière fois que Black collabora avec le producteur Joel Silver avant Kiss kiss bang bang (Black, 2005), le scénariste ayant déjà été échaudé par les problèmes survenus sur L'Arme fatale 2 (Donner, 1989). Tony Scott sera tout aussi remonté contre Silver et la vedette Bruce Willis, manquant de se faire virer en plein tournage. Le compositeur Michael Kamen livrera vite fait, bien fait sa composition par amitié pour Silver. *

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Des coulisses catastrophiques pour un film qui marchera correctement sans faire de grands scores. The last boy scout s'ouvre d'une manière particulière, remontant aux vieux amours de Tony Scott. Un véritable clip où les symboles de la NFL s'entrechoquent (logos, joueurs, casques) sous la bannière étoilée du drapeau américain. A cela se rajoute un Bill Medley (que vous connaissez certainement pour Time of my life) déchaîné entouré de cheerleaders et d'un guitariste en forme. C'est la fête du vendredi soir et Friday night's a great night for football est une chanson pétaradante (les trompettes sont de sortie) le genre qui casserait la baraque dans un stade lors du Superbowl. Tony Scott utilise tous les codes du clip vidéo (allant jusqu'à montrer le clip à travers une véritable télévision), tout en donnant dès la séquence suivante un contrepoint monumental avec une tuerie lors d'un match sous une pluie battante. A partir de maintenant, Scott et Black ne vont jamais cesser de dézinguer cette belle idéologie de la NFL véhiculée par le générique, avec pour sujet principal la corruption autour de paris truqués. Vingt-cinq ans avant The nice guys (2016), Black dézinguait déjà une industrie prospère et puissante (autrefois le football américain, aujourd'hui l'automobile) à travers une banale histoire pulp. 

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Les personnages liés par la NFL ne sont jamais montrés sous un jour sympathique. On pourrait même parler de mafia de l'ombre, avec de l'argent et de la coke à rabord, dévoilant des dérives peu scrupuleuses du sport. Inutile de dire que la politique s'installe également dans les enjeux du film, ce qui ne sent jamais trop bon. Pour preuve, que met en scène The last boy scout? Un ancien footballeur (Damon Wayans) tombé pour des cas de drogue et de paris truqués. Le personnage de Bruce Willis n'a rien de reluisant non plus. Viré des services secrets pour avoir tabasser un sénateur un peu trop porté sur la chose, il est devenu détective par besoin et s'est enfermé dans l'alcoolisme. Deux héros que Scott et Black ne cherchent jamais à réellement valoriser et qu'ils associent plus en tant qu'anti-héros. La différence avec Riggs et Murtaugh ou Jack Slater qui sont des flics et des héros purs et durs, bien qu'avec des failles. Pour le reste, Black ne change pas son fusil d'épaule et continue dans le genre qu'il affectionne : le buddy movie. Le scénariste reprend tout ce qui a fait son succès jusqu'à présent, en le modifiant évidemment comme il le fait assez souvent. Le détective face à une affaire trop grosse pour lui (déjà le cas des deux premières Armes fatales), le blanc et l'afro-américain, la fille du détective (Danielle Harris ici) servant de monnaie d'échange (tout comme dans L'arme fatale ou plus tard The long kiss good bye) et tenant tête à son père (anticipant le personnage d'Angourie Rice dans The Nice guys).

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A cela se rajoute que le détective peut se voir comme un complément encore plus désabusé du John McClane de l'époque. La vision de Black et Scott n'est finalement pas si éloignée du McClane désorienté d'Une journée en enfer (McTiernan, 1995). On peut même dire qu'il s'agit de tuer le mythe Bruce Willis instauré par 58 minutes pour vivre (Renny Harlin, 1990), où McClane apparaissait plus gentil que dans Die Hard (McTiernan, 1988). Au passage, l'acteur trouve l'un de ses meilleurs rôles post-John McClane, ce qui est déjà pas mal même dans des 90's plutôt bien remplies (M Night Shyamalan, Luc Besson, Terry Gilliam et même Michael Bay sont heureusement passés par là). La formule de Shane Black est facilement lisible, mais il réussit à remodeler la formule miracle du buddy movie qui a fait son succès sur les Armes fatales en y rajoutant toujours des nuances. Scott s'occupe de dynamiter un peu cela par sa réalisation et comme on est chez Joel Silver, on a droit à de temps en temps une petite explosion. Dans cet aspect pulp et un peu hard boiled, Scott anticipe de peu True romance le script de Quentin Tarantino qu'il mettra en scène en 1993. D'ailleurs, Tarantino a souvent évoqué Black comme une inspiration, ce qui concorde avec ces deux films précisément. Même si le duo formé par Bruce Willis et Damon Wayans est quand même du côté de la loi, ils ne sont pas non plus irréprochable et sont face à une situation qui les dépasse, comme les personnages de True Romance. La boucle est bouclée.

Tony Scott et Shane Black mitraillent les rouages peu scrupuleux de la NFL dans ce polar pas si banal qu'il n'en a l'air.


 

Article initialement publié le 2 février 2014.

* http://www.imdb.com/title/tt0102266/trivia?ref_=tt_trv_trv

03 février 2017

Cuvée vosgienne le retour #1

Non votre cher Borat n'était pas en stand by ces derniers jours, au point d'être absent de la blogosphère depuis le début de la semaine dernière. On peut même dire qu'il s'est fait plaisir entretemps, naviguant de salle en salle, à pied ou en voiture, dans le froid ou sous la pluie, dans la gadoue ou la neige solide. Comme l'an dernier, votre cher Borat est parti dans les Vosges pour la nouvelle édition du Festival de Gérardmer. A deux différences prêtes: accrédité en tant que blogueur pour le blog que vous lisez actuellement (on ne fait pas dans la fraude ici -NDB) et présent les quatre jours de la manifestation (bon cinq avec l'arrivée). J'en remercie bien évidemment le Festival et son service de communication pour l'accréditation qui m'a été donné. Mettons les choses au clair: je n'ai interviewé personne, n'ai pas vu les trois quarts des personnalités présentes (même si ce fut le cas de certaines), je ne pourrais donc pas vous dire si Audrey Fleurot est aussi belle en vrai que sur grand écran (ce qui est vrai à 99%), ni si Jean Paul Rouve portait bien la barbe. J'ai vu des films et uniquement des films (je suis même tombé sur Bouge! sur W9, ce qui devrait ravir les fans d'Ophelie Winter), car un festival de cinéma c'est surtout ça. Il a fallu faire des choix dans la programmation assez gargantuesque (celui qui dit avoir tout vu doit avoir un très bon sommeil) et certains films ne pouvaient être vu dans les temps impartis. Pensées donc pour Prevenge (Alice Lowe, 2016), On l'appelle Jeeg Robot (Gabriele Mainetti, 2016), Real (Kiyoshi Kurosawa, 2013) ou Seuls (David Moreau, 2017) qui n'avait qu'une séance exceptionnelle (dont les places se sont vite envolées). 

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Vu que nous en sommes encore au présentation de cette première cuvée consacrée au festival, autant commencer par les petites anecdotes. Votre cher Borat a assisté jeudi après-midi à une drôle de séance photo. Il est environ 16h30, il fait plutôt correct devant le Grand Hôtel, puis j'observe un photographe amateur juste devant une des nombreuses barrières. Son but était certainement de prendre des photos du jury ou d'invités sortant de l'hôtel. Il se trouve qu'il a surtout photographier au moins une trentaine de fois l'entrée avec des gens lambdas et des voitures. Pour la paparazzade, ce n'est pas terrible terrible ("Chérie! J'ai fait 500 photos aujourd'hui! -Il y a des célébrités dessus? -Non juste l'entrée de l'hôtel."). Pour ce qui fut de la météo, il a surtout fait froid, le soleil a parfois bien aidé et il a surtout plu dimanche matin (contre les deux jours la dernière fois). Les commerçants se sont encore une fois faits plaisir avec des vitrines aussi glauques que sympathiques. En voici un petit florilège.

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Ceci est une pharmacie.

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Les animaux font de drôles de choses ici.

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Un trou dans la programation de samedi m'a laissé le temps d'aller voir l'exposition Pulsions intérieures à l'Espace Lac. Un peu de tout avec du cyberpunk, des vanités qui plairaient bien à Guillermo del Toro, une sorte de poulpe féminin semblant sortir des nouvelles de Lovecraft, le Predator... Là aussi il y avait de belles choses à voir comme le montre ces photos.

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Le festival fut également l'occasion de rencontrer quelques uns de mes followers en chair et en os, ce qui permis de discuter des films vus mais aussi parfois d'assister à une projection ensemble. Mercredi fut un moment de repérages et de promenade, permettant d'immortaliser le lac gêlé dont certains se sont faits un plaisir de le voir de plus prêt. Quelques photos avant de passer aux choses sérieuses. (Attention spoilers)

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Jour 1 : Celui qu'on retient

Forbidden Room

Pour le premier jour, votre cher Borat a décidé de consacrer la plupart de sa journée à la rétrospective consacrée à Kiyoshi Kurosawa. Toutefois, il a pris soin d'aller voir des films qu'il ne risquerait pas de croiser à sa sacro-sainte médiathèque, véritable mine d'or pour l'amateur de cinéma asiatique. Au revoir donc Real, Séance (2000), Retribution (2006) et Vers l'autre rive (2015), d'autant que certains étaient diffusés quasiment en même temps entre la MCL et le Paradiso sur cette seule journée. Peu pratique pour ceux qui désirent voir les films sur deux jours par exemple. Par ailleurs, notons que les copies des films vus étaient en très mauvais état, pleines de rayures ou de points. La première fois que votre cher Borat a entendu parler de Kaïro (2000), ce fut par le biais de son remake. Souvenez-vous, on en avait brièvement parler dans le passage sur Cursed (2005) lors de la rétrospective de Wes Craven. Un film qu'il devait réaliser avant que les Weinstein ne lui refourgue l'autre casserole. Finalement ils ont produit le remake à peu de frais avec Jim Sonzero à la réalisation et Kristen Bell en rôle principal. Heureusement à peu près tout le monde a oublié ce film pour privilégier un peu plus l'original. D'autant qu'au vue d'extraits, Pulse reprend le même déroulement que le film de Kurosawa, mais aussi des scènes à l'identique (le fantôme qui danse, la pendaison ouvrant le film, l'amie qui s'évapore littéralement). Sur ce terrain là, on peut même dire que The Ring (Gore Verbinski, 2002) paraît bien plus inspiré alors qu'il reprend lui aussi peu ou prou la même histoire que Ring (Hideo Nakata, 1998). 

En parlant de ce film, Kaïro peut se voir comme un ersatz du film de Nakata, ce qui peut être une critique comme pas du tout. Kaïro se révèle plus efficace que Ring, notamment parce que Kurosawa voit plus large dans son concept. Il ne se repose pas sur le support matériel destructeur contrairement à Nakata. La disquette est peut être un point de départ, mais les fantômes vont plus loin encore: ils s'infiltrent dans internet, la télévision, au point de passer plus rapidement dans le monde des vivants. Le ressort technologique n'est qu'un véhicule pour les fantômes et la base de leur invasion, là où Sadako repose entièrement sur la fascination autour de la vhs maudite. Contrairement au film de Nakata ressemblant plus à un film d'enquête, les héros ne cherchent jamais à trouver l'origine du problème. Ils essayent de survivre en restant unis. A travers ce film d'horreur, Kurosawa s'offre une parabole sur la solitude, la plupart des personnages essayant de s'en sortir souvent en vain, rattrapés par les fantômes du passé ou des fantômes tout aussi seuls et avides de trouver d'autres personnes seules. Un cercle vicieux où la solitude se nourrit de la solitude, au point de donner lieu à un Japon qui s'évapore dans les murs. Les héros essayeront de se sauver, mais même ceux avec des amis finiront par partir. 

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Kaïro est un film terriblement pessimiste, ne laissant quasiment aucun échappatoire à ses personnages principaux. Certains meurent dans des conditions tragiques au possible (suicide par saut dans le vide ou par balle dans la tête ne sont que des exemples). A cela, on notera des apparitions fantômatiques différentes et tout aussi angoissantes. La première est celle présentée ci-dessus avec ce fantôme se déplaçant de manière dérangeante en quasi-plan-séquence. Le second principal fantôme n'est pas sans rappeler le futur Slender man, créature inventée par le web et connue pour avoir été à l'origine d'un fait divers (des jeunes ont tenté de tuer leur camarade en se disant sous les ordres de la créature). La référence envers le film est bel et bien possible. Kurosawa continue l'allusion au web en le faisant se déplacer par des bugs informatiques, rendant sa position impossible à deviner. Kaïro s'impose comme un film glaçant, angoissant et plus représentatif de notre société que Ring. Revenons en arrière avec Charisma (1999). Pas du tout le même registre et le fantastique est même assez rare dans le film. Kurosawa signe ici un film plus intimiste, prenant plus de temps à se mettre en place, au point de n'être pas très clair dans ses intentions au départ. Mais plus le film avance, plus il devient intéressant et lisible. 

charisma

On ne comprend pas au départ l'intérêt du réalisateur de déplacer son personnage principal (Koji Yakusho) hors de la ville. Kurosawa prend son temps, montre les différents personnages gravitant dans le coin (des petites frappes essayant de couper un arbre, le jeune homme essayant de le protéger et une botaniste et sa soeur) et montre un héros qui se retrouve à travers une situation qu'il semble seul à maîtriser. L'affaire qui l'amène et celle qui a lieu semblent directement liées. Dans les deux cas, il s'agit d'histoires où les deux camps ne peuvent être raisonner, où il n'y a pas de solution valable. Dans le premier cas, l'inspecteur n'a pu sauver un député d'un forcené. Dans le second cas, il ne peut sauver le charisma (arbre qui a tendance à détruire l'écosystème autour de lui) de l'acharnement de chacun. Toutefois et c'est là que le fantastique prend le pas, l'arbre se reforme à travers un autre visuel et libère des sortes de spores. Kurosawa reste assez mystérieux sur ces effets, s'y intéressant finalement peu alors qu'ils montrent en filigramme des militaires par des flashs. Le dernier plan sera l'occasion de voir le chaos généré par cette sorte de possession. Le charisma a réussi sa vengeance: il a déclenché un chaos autour de lui à travers la violence qu'on lui a donné. On remarque que tous les personnages courent à leurs pertes, en dehors de l'inspecteur.

CHARISMA 1

La soeur de la botaniste (Yoriko Douguchi) a été tué, l'homme d'affaire s'est fait tiré dessus; et les hommes de main se sont perdus dans la forêt et meurent à cause de champignons vénéneux. Même le petit protégé de l'inspecteur (Hiroyuki Ikeuchi) finira par se perdre en chemin. Seul l'inspecteur finira par retrouver sa voie et part faire son travail une fois ressourcé. Après l'intimiste, restons dans la campagne japonaise avec Loft (2005). Avant Le secret de la chambre noire (2016) samedi, Kurosawa offrait déjà une sorte de ratage au festival. Pas que Loft soit totalement mauvais, mais son récit est assez mal écrit et s'éloigne des possibilités qu'il peut exploiter. A l'image de cette momie finalement peu intéressante pour le réalisateur et qui ne sert pas vraiment le récit, puisque l'archéologue (Etsushi Toyokawa) n'est pas hanté par la momie mais par la femme qu'il a tué. De même, le fait que l'écrivaine (Miki Nakatani) crache de la boue est vite expédié. Celui qui pense à une réincarnation de la momie à la place de l'héroïne peut se mordre les doigts. A cela se rajoute la structure même du récit. Le film peine à commencer, le milieu réussit à être un minimum intéressant, quand la fin accumule tellement les rebondissements foireux qu'elle en devient lassante et ridicule. A cela se rajoute que Miki Nakatani est mauvaise et que Kurosawa joue beaucoup trop sur les jump-scares

LOFT 

Il aurait peut être mieux valu aller voir autre chose. Passons maintenant à la très bonne surprise du jour et premier film vu de la compétition. Cela fait presque neuf ans que je n'avais pas été voir un film de M Night Shyamalan au cinéma (Phénomènes fut même rappelons-le le premier film sur lequel j'ai écrit sur Allociné). J'avais vu par la suite The last airbender (2010) et After Earth (2013) à la télévision, ce qui était déjà trop d'honneur. Il faut dire aussi que Shyamalan n'a jamais été ma tasse de thé et la structure de ses films allant vers un twist de fin ne m'a jamais convaincu. Or, Incassable (2000) n'en a pas vraiment et sans être l'immense référence que certains évoquent, il s'impose comme un film cohérent sur le thème du super-héros et de sa nemesis. Split ne joue pas non plus sur un twist alambiqué, changeant radicalement la vision du film. Le principal argument de suspense (est-ce que Kevin a une 24ème personnalité?) est distillé au fur et à mesure du récit. On ne peut donc pas parler de twist puisque Shyamalan prépare son spectateur largement en amont. Revenant à quelque chose de moins cher et plus petit chez Jason Blum (il lui devait son retour sur le devant de la scène avec The visit), le réalisateur signe un film efficace jouant avec un décor proche du labyrinthe. Shyamalan s'amuse d'autant plus du lieu qu'il n'est jamais précisé avant la fin du film.

Split 

Dans le même registre, Shyamalan met largement en avant le personnage d'Anya Taylor Joy par rapport aux deux filles à cause de son côté unique par rapport à elles. Les flashbacks peuvent apparaître comme un procédé vu et revu, mais Shyamalan utilise le principe avec logique. Des faits glauques sont évoqués et permettent de mieux comprendre l'isolement du personnage. Le
réalisateur va même plus loin en laissant son destin en suspens, quittant un ogre pour un autre. Un an après la présentation de
The Witch (Robert Eggers, 2015) au festival, la jeune actrice confirme tous les espoirs mis sur elle avec un nouveau rôle fort. Pour le reste, on ne voit pas toutes les personnalités de Kevin (environ six à l'écran), mais James McAvoy fait un travail remarquable. L'acteur porte les différentes personnalités de Kevin, sachant autant provoquer l'effroi que le rire carnassier. Sans lui, le film y perdrait énormément, à moins de trouver un acteur capable d'aller aussi loin dans la performance. Par contre, la séquence post-générique intensifiée par la musique n'a finalement rien à faire là. Cela sent le teasing pour évoquer une possible attente autour d'une suite d'un film du réalisateur. Ce n'était peut être pas le bon endroit pour faire cela. Le film sortira le 22 février au cinéma.


Jour 2 : Amour numéro 2

David Lynch: The Art Life : Photo David Lynch

La seconde journée commença tôt le matin en compagnie d'un des réalisateurs américains les plus bizarres de son époque. A l'heure où il s'apprête à sortir de sa retraite cinématographique (et en soi télévisuelle), le réalisateur Jon Nguyen boucle une trilogie documentaire consacrée à David Lynch (il avait déjà réalisé Behind the scenes sur Inland Empire et The interview project) en compagnie de Rick Barnes et Olivia Neergaard Holm. Le sous-titre du film The art life est une expression du réalisateur consistant à tourner sa vie autour de l'art et qui lui est survenu lors de ses jeunes années. Là où beaucoup pourraient penser qu'il ne s'agit que de cinéma, ce documentaire est là pour réparer l'affront. Oubliez les films post-Eraserhead  (qui est d'ailleurs à peine évoqué), ce n'est pas le sujet du trio sur ce film. A la rigueur on peut voir des essais ou des extraits de courts-métrages, mais le 7ème art n'est pas au centre du film, ni même le sujet. Lynch y dévoile son enfance, sa vie personnelle (ses premiers amours, sa fille Jennifer), sa découverte de l'art et donc de la peinture et de la sculpture. Une partie de son art que l'on connaît peu ou pas assez et dont ce documentaire permet de voir à travers le prisme du cinéma.

David Lynch: The Art Life : Photo David Lynch

Un art tout aussi étrange que celui qu'il véhicule au cinéma, où l'artiste utilise des matières déjà utilisées, les assemble, les dégrade...D'autant que Nguyen semble avoir nouer une véritable relation de confiance avec Lynch, permettant d'entrer dans son intimité. Il montre alors l'artiste en pleine réalisation de peintures ou sculptures, chose qui n'est pas sans rappeler le travail d'Henri Georges Clouzot avec Pablo Picasso (Le mystère Picasso, 1955). Nguyen y rajoute même un petit côté attendrissant en montrant l'artiste en compagnie de sa plus jeune fille, les deux s'amusant tout autant avec un pinceau. De quoi faire attendre le fan de David Lynch avant de le retrouver en mai prochain en forme si possible (sortie du film le 15 février).  Fallin, fallin... Après Split, continuons dans la compétition avec Rupture (Steven Shainberg, 2016). Difficile de parler de Rupture sans passer par les spoilers. Puisque vous êtes prévenus depuis le milieu de cette cuvée, autant y aller franco. Le film a ou semble avoir deux références majeures. La première est Martyrs (Pascal Laugier, 2008) pour les recherches qu'effectuent ces différentes personnes autour de l'héroïne (Noomi Rapace). Une quête qui dure sur les trois quarts du film comme le film de Laugier avant une révélation devenant de plus en plus évidente. Si le réalisateur ne va pas jusqu'au torture porn, il y a tout de même la quête de vouloir faire assimiler la peur dans le corps humain à travers la peur elle-même.

Rupture : Photo Noomi Rapace

Ce qui peut passer par les araignées, les serpents, l'eau... Une forme de torture en fin de compte, même si cela ne va pas jusqu'au tabassage ou au corps écorché vif. Une fois la quête révélée, on en vient à la seconde référence, la saga des Body Snatchers plus connue en France sous le nom des Profanateurs de sépultures (1956-2007). Même si le traitement est différent et amené d'une autre manière, le principe est identique: faire de leur espèce évoluée la seule et unique et éradiquer l'espèce humaine. Pas de souche ici, mais un changement de morphologie suite à l'assimilation de la peur. Une trame intéressante qui a le mérite de sortir un peu du lot. En résultes, un film intéressant sans être extraordinaire. En revanche, le film a un immense défaut: ses CGI. Il y a peu de séquences qui en ont besoin, mais rien que le morphing est d'une laideur à toute épreuve. On dirait que les effets ont été fait à la va vite ou pas fini. C'est peut être même la raison de sa non-présence au PIFFF en décembre dernier. Dommage car cela gâche des plans importants du film. Sortons de la compétition à nouveau avec le franco-américain Sam was here (Christophe Deroo, 2016) vu en compagnie d'une de mes followeuses. Certainement le film le plus énigmatique du festival, peut être un peu trop à notre goût. Beaucoup d'éléments laissés en suspens, sans avoir une réelle signification ou un réel élément d'explication.

Sam Was Here : Affiche

Qui est Eddy, le fameux animateur de radio (Sigrid La Chapelle) ? Visiblement un être vu de dos à la gestuelle tordue et alimentant son émission par des extraits de VHS (ce qui ne nous rajeunit pas). Son étrangeté n'est pas sans rappeler l'univers de Silent Hill au passage (remember les infirmières). Quelle est cette lumière rouge que l'on voit continuellement au cours du film? Un élément qui pourrait faire tomber le film dans un délire à la Black Mirror (2011-), où l'on attend sans cesse un retournement de situation glauque qui n'arrive finalement jamais. Sam (Rusty Joiner) est-il une victime ou ce que le réalisateur nous montre est faux et il s'agit bien d'un meurtrier? Même si le personnage se défend comme il peut et que le réalisateur insiste beaucoup sur ses débordements sanguinolents (ralentis inclus), on ne peut pas vraiment parler de meurtrier. Pourquoi ces masques? Un moyen de punir sans que cela ne se remarque? On peut rajouter que Sam ne voit personne, mais est toujours au bon endroit ou qu'il appelle sa femme qui ne sait pas qui il est. Est-ce que le désert est une sorte de purgatoire au même titre que la fausse-vie de Jacob dans L'échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1990) ? Le film est tellement mystérieux qu'on a bien du mal à en sortir avec les idées claires. Il n'en reste pas moins un film intéressant, qu'on aurait même voulu voir plus long pour un peu plus d'explications (déjà que Deroo a étiré un de ses courts-métrages). 

sam

La musique de Christine n'est pas sans rappeler Kavinsky notamment son titre Nightcall (2010), capable d'ambiancer des plans du désert avec un côté opressant bienvenu. La réalisation est plutôt efficace, prouvant que les réalisateurs français sont capables de faire de belles choses dans l'horreur et le fantastique même avec un budget réduit. Malheureusement il y a les trois quarts du temps la contrainte de partir à l'étranger et de les tourner en anglais pour une meilleure visibilité. Ce qui s'est confirmé: avant même sa présentation à Gérardmer, Sam was here a eu droit à une sortie technique le 4 janvier dernier. Dommage car cela ne rend pas justice à un effort plus que sympathique. Enfin terminons cette cuvée par le premier gros choc de la compétition. André Ovredal s'était vu propulsé sur le devant de la scène par un found footage de sinistre mémoire (Troll Hunter, 2010), avant un passage très court aux USA fait de projets inachevés et de courts-métrages discrets. Le voilà revenu avec ce que votre cher Borat a vu de mieux de cette édition 2017. The autopsy of Jane Doe (2016) est une véritable montagne russe qui commence de manière rock'n rollesque (avec humour grinçant à l'appui) et se transforme petit à petit en morgue hantée. Ovredal fait même mieux: économie de temps (une nuit) et de lieu (une morgue en dehors de la scène de crime ouvrant le film), ce qui permet un budget économisé au maximum pour les acteurs (Emile Hirsch et Brian Cox tout de même) et des effets-spéciaux de qualité.

Jane doe

En soi, le réalisateur l'avait déjà fait sur son précédent long: forêt, acteurs inconnus, found footage et juste quelques créatures à rajouter dans le champ. A la différence que cette fois, Ovredal réalise quelque chose d'intéressant et sa réalisation bien plus stable (le found footage ou l'art de secouer une caméra pour faire croire à du mouvement) et maîtrisée. Il n'y a qu'à voir l'utilisation optimale du cadavre (Olwen Kelly), véritable personnage à lui tout seul alors qu'il ne fait rien à proprement parler. Ce n'est qu'une silhouette sur une table d'opération. Pourtant, de ce cadavre, Ovredal en fait une réussite graphique impeccable qu'on ouvre, dégomme, referme, flambe... Un peu comme Grave (Julia Ducournau, 2016) dont on reparlera la semaine prochaine, il faut avoir les nerfs bien accrochés pour admirer ce spectacle macabre et ne faisant pas dans la dentelle. En même temps, qui dit autopsie dit corps et le but est de trouver les causes de la mort d'une personne, ce qui revient à aller voir absolument partout. Ovredal se fait alors un plaisir de montrer des côtes, de la peau, des os brisés, de la cervelle (rappelant à certains une séquence phare de Saw 3 en nettement plus subtile), des organes... Cela pourrait être vulgaire si ce n'était pas raccord au métier de nos héros (des médecins légistes père et fils).

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Ainsi le réalisateur peut s'aider de ce statut pour livrer un film glauque et crade, mais légitime dans ce qu'il expose. Pour que le film fonctionne si bien, il fallait bien deux acteurs capables de tenir la chandèle du spectateur durant 1h26. Si Brian Cox n'a plus rien à prouver, Emile Hirsch nous avait bien manqué en rôle principal depuis un petit moment. Le revoir en forme et avec un bon rôle était la meilleure chose qui puisse arriver. Un prix du jury jeune plus que méritant. Allez à la semaine prochaine!

24 janvier 2017

Cuvée 100% Mickey #5

Après quatre cuvées déjà bien remplies, le cycle Disney s'achève dans la Cave de Borat. Productions, classiques, séries télévisées, courts-métrages, votre cher Borat semble avoir fait à peu près le tour de ce qu'il voulait évoquer avec vous. Mais il reste quelques trucs par ci, par là à évoquer pour terminer ce voyage. Alors soyez prêts pour la dernière ligne droite de ce séjour au pays de Mickey Mouse. (attention spoilers)

  • Des classiques en musique

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Tout commença par une double page.

La première fois que votre cher Borat a entendu parler de La boîte à musique (1946), ce fut par un livre CD sobrement titré Les plus belles chansons des grands films de Walt Disney. Un bel objet offert au noël 1997 où il y avait une filmographie plutôt complète des films du nabab avec photos à l'appui, dont une de ce film (voir ci-dessus). A une époque de découverte cinéphilique (merci à la vhs), je ne savais pas qu'il me faudrait presque vingt ans pour le voir. Contrairement à Mélodie du sud (Foster, Jackson, 1946) qui a eu droit à une sortie en VHS, La boîte à musique n'en a jamais eu en France depuis les 80's, du moins sans être coupé (comme souvent, certaines anthologies ont fini charcuté dans des VHS individuelles ou compilations). Il n'est jamais sorti en DVD par chez nous et une annonce d'un BR n'est pas prête d'arriver. Une rumeur a circulé durant l'année 2015 quant à une ressortie, mais on n'en a jamais vu le bout de la jaquette. C'est là où l'on se dit qu'internet fait parfois de belles choses, puisque le seul moyen pour les français de le voir est... le téléchargement. En effet, le film est sorti en DVD aux USA et au Canada en 2000 dixit Wikipedia et une autre est sorti au Danemark en 2007, permettant des transferts de qualité correcte. Contrairement à Mélodie du sud (connu principalement pour ses scènes animées et sa tendance à l'Oncle Tom), le film n'a rien de polémique: il s'agit d'une anthologie musicale, renouant avec le principe de Fantasia (1940).

jaquette 

Jaquette de la plupart des éditions connues.

On ne connaît pas les raisons pour lesquelles Disney ne souhaite pas le diffuser plus globalement, faisant du film une rareté certaine notamment en Europe. D'autant plus quand on sait que le film a eu un prix symbolique (meilleur film d'animation) durant l'édition 1946 du Festival de Cannes. En attendant les curieux devront se contenter de cette solution de secours ou d'éditions importées. Au contraire d'autres anthologies réalisées durant les 40's, tous les courts-métrages sont musicaux ou au moins chantés. C'est aussi un temps où le studio fait des économies. Pinocchio (1940), Fantasia et Bambi (David Hand, 1942) ont coûté cher et n'ont pas été des succès commerciaux, notamment à cause de la perte du florissant marché européen en pleine guerre. Roy Disney insiste auprès de son frère pour qu'il produise des films moins chers et cela passera par des anthologies de courts-métrages entre Saludos Amigos (Norman Ferguson, 1942) au Crapaud et le maître d'école (1949). La boîte à musique a d'ailleurs une place importante puisqu'il s'agit du premier film Disney inédit à sortir dans les cinémas européens. Il faudra attendre Cendrillon (1950) pour que le studio se relance dans les long-métrages originaux et retrouve un gros succès d'estime. Après avoir abordé un peu d'histoire, passons maintenant au film lui-même. 

pierre et le loup

Tous les courts-métrages n'ont pas la même saveur, ni la même direction mais ont tous un charme certain dans leur domaine. Pierre et le loup est par exemple très classique dans son exécution, reposant en grande partie sur une histoire et une musique très connus. Le public a désormais l'habitude de voir des contes revisités par Walt Disney et ce segment ne déroge pas à la règle. Voulant coller au plus près à l'histoire, Clyde Geromini reprend tout l'aspect musical instauré par Sergueï Prokofiev (les personnages sont symbolisés dès l'introduction par des instruments comme pour le conte musical). Il n'y a pas non plus d'édulcoration, le réalisateur sauvant juste le canard d'une mort certaine. Quant au fameux loup, il est une menace permanente, montré comme un animal affamé attendant son festin avec impatience. Dans un registre plus tragique, La baleine qui voulait chanter au Met (Geromini, Luske) termine La boîte à musique sur une note triste à la limite du dérangeant. Votre cher Borat l'a déjà évoqué au cours de Bloody Disney , les films Disney ont toujours abordé des histoires troubles, souvent contrebalancées par de l'humour mais pas toujours. Comme pour remettre les pendules à l'heure quatre ans après Bambi, le court-métrage aborde frontalement le destin fulgurant d'une baleine chanteuse d'opéra.

LA BALEINE

Comme deux autres courts-métrages du film, cet opus est assez proche du cartoon avec cette baleine accumulant les rôles majeurs à l'opéra (Roméo et Juliette par exemple) devant des spectateurs subjugués. Le court est assez drôle de par la variété des passages comiques et l'aspect cocasse de la situation (la chanteuse mise en hauteur pour être face à la baleine par exemple). Certainement le court le plus long du film (quinze minutes), La baleine qui voulait chanter au Met avance pas à pas, s'attardant longuement sur les prouesses techniques de son héros avant de passer à la chute brutale. On ne s'y attend pas vraiment et c'est peut être ce qui marque le plus dans cette fin. Pas parce que la bête meurt (tout en continuant de chanter au paradis) mais que son destin se conclue à une vitesse folle. Disney rappelle encore une fois qu'outre le côté enfantin de ses films, il sait taper là où ça fait mal au bon moment. Pour rester dans l'aspect cartoonesque, continuons avec The Martins and the Coys (Milt Kahl), Casey at the bat (Jack Kinney) et Johnnie Fedora and Alice Bluebonnet (Kinney). Les deux premiers sont fortement inspirés de l'univers de Tex Avery, voire plus généralement des Looney Tunes avec des personnages complètement dingues et un sens du gag s'en rapprochant beaucoup.

johnny et alice le parapluie bleue

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 Comme un petit air de ressemblance. 

D'un côté, deux familles qui s'entretuent avant de se rassembler à travers les deux survivants et terminant leurs vies en se chamaillant comme leurs parents avant eux! Un côté délirant allant jusqu'aux multiples coups de feu, finissant par être une routine. De l'autre, un match de baseball délirant où la star finit par rater son coup. Ce court aura d'ailleurs une suite plutôt amusante et probablement plus gaguesque encore, Casey bats again (Kinney, 1954) disponible sur le DVD de Mélodie cocktail (1948). Dans ce court, ce personnage finissait par prendre sa revanche en faisant de ses filles des championnes de baseball! Le troisième peut se voir comme un ancêtre du Parapluie bleu (Saschka Unseld, 2013), à la différence que les amoureux sont des chapeaux. Dans les deux cas, une charmante histoire d'amour entre deux objets inanimés. Les autres crus tiennent davantage de l'expérimental en comparaison de ceux cités précédemment. All the cats join in (Kinney) prolonge le dernier effort de Saludos amigos en montrant la main animée d'un dessinateur s'exécutant en temps réel alors que le court-métrage commence. Des lignes apparaissent, des personnages aussi, le crayon interragie avec les personnages pour le plus grand plaisir du spectateur. On peut voir un semblant de nudité, ce qui est tout de même rare chez le studio pour être souligner.

Un court qui semble avoir inspiré les géniteurs de Fantasia 2000 (1999) avec la séquence Rhapsody in blue, puisque la musique est également composée de jazz. Même rythme endiablé, même type de musique, mais cette fois-ci l'aventure n'a pas besoin de coups de crayon pour exister. Les autres sont moins intéressants, mais pas moins charmant à regarder à l'image de ces instruments jouant ensemble (cf la première photo) comme cet oiseau allant vers la lune. La boîte à musique est donc une anthologie de qualité, voire la meilleure depuis Fantasia, la plus imaginative aussi. Non abordé encore dans ces colonnes, ce cycle Disney est l'occasion d'évoquer le dernier classique du studio. Déjà revenu au bercail pour La princesse et la grenouille (2009), les réalisateurs Ron Clements et John Musker s'attaquent définitivement aux CGI avec Moana (2016) après avoir tourné autour depuis le début de leurs carrières. Enfin pas tout à fait, puisque les tatouages de Maui sont réalisés en animation traditionelle, rappelant les interventions des chanteuses dans Hercule (Clements, Musker, 1997). Zootopie (Howard, Moore, 2016) est revenu en début d'année avec un scénario fort et un ton adulte franchement bienvenu, Moana revient davantage au public enfants-adolescents de Frozen (Lee, Buck, 2013), ce qui n'est pas forcément un problème. Le duo a déjà fait dans le récit dit "de princesses", notamment en mettant en scène deux princesses emblématiques nommées Ariel et Jasmine.

MOANA

Toutefois, c'est peut être la première fois que le duo va aussi loin dans le musical, Moana restant dans la mouvance de Frozen. Dès les premières secondes, la chanson Tulou Tagaloa entre en jeu pour mettre dans l'ambiance polynésienne générée par le film. Il est d'ailleurs assez agréable que les parties chantées en tokelau sont conservées à la fois en VO et en VF, évitant les traductions foireuses et renforçant l'attention du studio de s'imprégner d'une culture sans l'américaniser. Si les chansons se tiennent bien en VF (même si on regrette parfois le "parler-chanter" sur Where you are / Notre terre par exemple), on préféra largement la VO souvent plus naturelle. Dans l'ensemble, les chansons fonctionnent toutes bien, certaines plus que d'autres, mais on tient un musical Disney de grande qualité sans que l'aspect musical ne soit réellement envahissant et tourne au clip (une chose que l'on pouvait parfois ressentir dans Frozen, notamment sur Let it go). Disney aborde à nouveau les numéros musicaux comme pour une comédie-musicale type Broadway, jouant de la scénographie et les chansons rythment constamment l'action à l'image du morceau I am Moana, répétée par trois fois à des moments clés. Toutefois, le meilleur morceau composé par Lin Manuel Miranda et Opetaia Foa'i est certainement Shiny.

Non seulement seule la chanson est un véritable moment envoûtant (même en VF pour le coup), mais en image c'est un pur moment d'humour noir. On découvre un méchant particulièrement salaud avec nos héros qui n'est pas sans rappeler le mythique Oogie Boogie. Les réalisateurs vont même assez loin, puisque le spectateur assiste petit à petit à un ballet de lumières similaire à L'étrange noël de Mr Jack (Henry Sellick, 1993) qui est absolument ravissant. Rien que pour cette scène et la plupart des scènes aquatiques bluffantes, la réalisation de Moana est un véritable plaisir pour les yeux. Si La princesse et la grenouille était un beau film, on ne pouvait pas dire qu'il était impressionnant dans sa réalisation. Moana confirme les efforts engendrés par Tangled (Howard, Greno, 2010) sur le travail de lumière et le studio peut également s'aider des progrès de Pixar depuis Le monde de Némo (Andrew Stanton, 2003) pour signer des scènes aquatiques monumentales. Par ailleurs, plus que Mad Max et ses suites (George Miller, 1979-2015), le film fait plutôt penser à son ersatz Waterworld (Kevin Reynolds, 1995) puisque Moana se déroule globalement en mer, qui plus est avec un vaisseau marin quasi-similaire et son héroïne nouant une drôle de relation avec l'eau. Sans compter l'affrontement avec les kakamoras, engendrant un bon petit moment d'action.

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On peut également parler du climax n'étant pas sans rappeler les jeux de rôle avec des attaques des deux camps une après l'autre, changeant des combats frontaux habituels. Pour le reste, plus qu'un film de princesse comme il a souvent été catalogué, Moana est avant tout un récit mythologique où les croyances polynésiennes sont particulièrement fortes. L'Eau est un personnage à part entière et les divinités deviennent négatives quand elles perdent leur bien le plus précieux. Quant à Moana / Vaiana (l'héroïne change de noms selon certains pays, à cause de copyright ou mauvaise connotation), il s'agit d'une princesse qui ne cherche pas le prince charmant mais à ce que son quotidien redevienne stable. Un personnage féminin fort qui n'attend pas l'aide des autres pour réussir sa mission. Le fait que les réalisateurs ont évité toute forme de romantisme est également assez rare, car même dans Mulan (Bancroft, Cook, 1998) l'héroïne avait des sentiments pour son instructeur. Une émancipation des héroïnes Disney présente depuis Frozen qui fait toujours plaisir à voir et participe à les faire sortir des clichés. Clements et Musker ont signé un retour bien plus fracassant que leur précédent film. Les studios Disney continuent d'évoluer dans le meilleur dans ce troisième âge d'or.

  • Productions en vrac !

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Intéressons nous maintenant à quelques productions. Au cours des 50's, les studios Disney commencent à produire des films live-action non-considérés comme des classiques (Mélodie du sud, Danny le petit mouton noirMary Poppins, L'apprentie sorcière et Peter et Elliott le dragon sont les seuls live-action considérés comme tels). Le patron se fait alors plaisir en allant chercher parmi deux grands récits de la littérature européenne. En premier lieu, L'île au trésor (Robert Louis Stevenson, 1883), un véhicule pour la star du studio Bobby Driscoll sous la direction de Byron Haskin en 1950. Le second film, plus ambitieux et cher, est encore aujourd'hui considéré comme un des indispensables du studio. On le sait, Walt Disney était un grand amateur de science et c'est aussi cela qui l'a amené à expérimenter dans l'animation (la caméra multiplane par exemple). Il n'y a donc rien d'étonnant à le voir adapter un roman de Jules Verne, qui plus est un de ses plus connus 20 000 lieues sous les mers (1870). A cette époque, Richard Fleischer n'a pas encore la réputation qu'il aura par la suite. Le fils de Max Fleischer (créateur de Betty Boop et réalisateur de la première série animée Superman) a souvent été considéré comme un simple tâcheron, notamment à cause de son côté touche à tout (comédie, western, science-fiction, aventure, horreur...) et sa tendance à travailler avec les studios.

20.000 lieues sous les mers : photo James Mason, Kirk Douglas, Paul Lukas, Peter Lorre, Richard Fleischer

Il est d'autant plus beau que certains de ses films sont aujourd'hui considérés comme des classiques, à l'image de cette adaptation de Jules Verne, Soleil vert (1973) et Le voyage fantastique (1966) pour rester dans la science-fiction. Ce sera également pour lui l'occasion de faire tourner pour la première fois Kirk Douglas, figure de proue de ses Vikings (1958), tout en dirigeant un casting de qualité comprenant également James Mason et Peter Lorre. Encore aujourd'hui, 20 000 lieues sous les mers est un film qui fonctionne très bien. Sur le plan du visuel, le film n'a pas tant vieilli que ses années ne le suppose. Il n'y a qu'à voir le Capitaine Nemo (Mason) et son équipage en lutte contre un calmar. Une séquence difficile à réaliser (il était question dans un premier temps de tourner la scène de jour, mais ça ne fonctionnait pas), mais qui se révèle particulièrement épique et spectaculaire. D'autant que le calmar récalcitrant durant le tournage (cela rappelle un certain Bruce dans un célèbre film de Steven Spielberg) se révèle finalement crédible à l'écran et plutôt bien fait dans son design. On peut en dire autant de celui du Nautilus suffisamment animal pour faire croire aux gens qu'il s'agit d'un monstre. En ce qui concerne le récit, on peut observer qu'il regorge de personnages contradictoires. Nemo pourrait se montrer comme un héros car s'il s'en prend aux bateaux, c'est parce que les équipages exploitent les habitants d'une île. En soi, on peut même aller parler de vengeance vu qu'il faisait parti de ces gens exploités.

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Toutefois, il est aussi pirate donc un pillard à l'image des hommes qu'il combat et qu'il tue. Ned (Douglas) se retrouve en plein confort, mais il cherche avant tout de s'évader de ce vaisseau qui l'opresse. Quant au professeur (Paul Lukas), il trouve la présence de Nemo intrusive tout en gardant une fascination pour le scientifique qu'il est. Des personnages qui alimentent largement les péripéties et rendent le film intéressant. Par ailleurs, on peut penser que l'escapade entre Douglas et les indigènes a inspiré Gore Verbinski pour une scène similaire dans le second opus des Pirates des Caraïbes (2006). Les studios Disney ont essayé d'y revenir il y a quelques années pour une sorte de préquelle. Gros budget (on parlait de 200 millions de dollars à l'époque), beaucoup de tournage sur fonds verts donc d'effets-spéciaux, David Fincher aux commandes ce qui signifie implication massive du réalisateur y compris dans le marketing, 3D, tournage prévu en Australie pour bénéficier des impôts locaux... Le premier hic est venu du casting, allant de Brad Pitt à Channing Tatum sans qu'aucun ne soit réellement choisi. Or, le studio voulait au moins un acteur bankable pour lancer le projet. Le second hic est arrivé quand Disney a accumulé trois flops successifs: Mars needs moms (Simon Wells, 2011), John Carter (Stanton, 2012) et The Lone Ranger (Verbinski, 2013). Ce dernier sera le coup de grâce pour le studio, peu désireux de se lancer à nouveau dans un pari risqué. 

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Il n'en reste pas moins que Bryan Singer et Christophe Gans en ont profité pour (re) lancer leurs adaptations respectives, l'un chez la Fox, l'autre chez les chinois. Quant au projet de Disney, il est probablement en train de prendre la poussière. On n'avait pas encore eu l'occasion d'en parler, cette fin de ce cycle permettra donc d'évoquer un peu Hollywood Pictures. Au même titre que Touchstone qui produit des films dits "plus matures" ou encore un peu familiaux, Hollywood Pictures est une filiale de Disney produisant des films plus adultes encore. Touchstone a fait ses preuves, Hollywood peut ouvrir ses portes en 1989. Un studio qui n'a pas perduré à cause d'échecs commerciaux et s'est finalement éteint en 2006. Au hasard, on pourra citer les films La main sur le berceau (Curtis Hanson, 1992), Nixon (Oliver Stone, 1995), Un cri dans l'océan (Stephen Sommers, 1998) ou Sixième sens (M Night Shyamalan, 1999) parmi les films phares du studio. On relève également beaucoup de catastrophes aussi bien artistiques que commerciales, à l'image de Judge Dredd (Danny Cannon, 1995) ou Les visiteurs en Amérique (Jean-Marie Poiré, 2001). Tout cela pour en venir au tout premier film produit par Hollywood Pictures, Arachnophobie (1990). Une coproduction avec Amblin qui permet au producteur Frank Marshall de passer à la réalisation sous l'oeil avisé de son ami Steven Spielberg à la production. 

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Beaucoup s'en souviennent encore puisqu'il s'agit d'un des rares films d'horreur avec des araignées tueuses qui ne soient pas géantes. Ce sont même d'authentiques araignées présentes dans la plupart des plans, donnant au film une certaine authenticité. Même si le film n'hésite pas à faire de l'humour comme assez souvent chez Amblin (malgré toutes les saloperies commises par les Gremlins, l'humour de Joe Dante est toujours présent), Marshall signe un vrai film d'horreur pouvant faire peur aussi bien aux spectateurs lambdas qu'aux arachnophobes en ne jouant jamais sur la surenchère. C'est aussi pour cela que son personnage principal joué par Jeff Daniels est lui-même phobique des araignées. Marshall permet aux spectateurs de s'identifier à un héros capable de surmonter sa phobie dans des situations dangereuses pour lui. Un élément qui permet au spectateur de s'identifier bien plus au héros, car il n'est pas un bourrin ou un homme d'action. C'est simplement un docteur qui essaye de sauver sa peau et celle des habitants (et ce malgré que ces derniers ne sont pas très reconnaissants). De même, le personnage de John Goodman fait son boulot en liquidant des insectes. Il ne devient pas un héros en le faisant, il fait juste son travail et c'est aussi pour cela que le spectateur se familiarise assez rapidement avec ce personnage parfois proche du cartoon. 

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Elles sont partout!

C'est la différence avec le scientifique (Julian Sands) qui apparaît comme une sorte de méchant déguisé. C'est lui qui amène l'araignée dans ce coin paumé et c'est lui aussi qui préfère avoir des exemplaires vivants pour ses recherches. Il court à sa propre perte comme le docteur en ne croyant pas Daniels. Marshall assume parfaitement son film comme de l'horreur, même s'il joue parfois sur l'humour, donnant lieu à un film assez atypique et particulièrement efficace. On n'en demande pas plus et Arachnophobie remplie largement son contrat en s'imposant même comme une référence du film avec des araignées tueuses. Pour terminer cette cuvée, j'en profite pour vous montrer quelques dessins réalisés depuis quelques temps sur Disney et ses collaborateurs. Allez à la prochaine!

Tarzan

Tarzan.

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Jessica Rabbit, femme de Roger.

Clochette

Clochette et le vaisseau du Capitaine Crochet.

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La bande à Winnie l'ourson.

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Mulan.

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Aladdin et le Génie.

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Jasmine.

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Sam Flynn et Quorra, personnages issus de Tron Legacy (Joseph Kosinski, 2010).

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Variation autour de Toy Story 4.

 

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Zorro, grand héros de la littérature popularisé par Disney dans les 50's.

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Les Muppets, dont les droits appartiennent à Disney depuis les 90's.

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Jiminy Cricket et Pinocchio.

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Pocahontas.

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Tic et Tac rangers du risque.

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Lilo et Stitch en pleine imitation d'Elvis Presley.

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Le Prince Philippe face à Maléfique.

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Honey Lemon et Baymax avec armure.

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Fred et Hiro.

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Go Go Tomago et Wasabi.

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Baymax sans armure.

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Quasimodo et Esmeralda.

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La petite sirène.

19 janvier 2017

Cuvée 100% Mickey #4

Après une absence de quelques semaines, la Cave de Borat revient en cette nouvelle année. Reprenons le voyage chez Mickey là où nous l'avons laissé. Après les super-héros, le passage aux CGI ou encore les courts-métrages, continuons à explorer l'héritage gigantesque d'un studio qui regorge encore de secrets. Ready? Go! (Attention spoilers)

  • Productions en vrac !

Mars

Reprenons ce petit tour d'horizon des productions Disney en commençant par Mars needs Moms (Simon Wells, 2011). Un film dont peu de personnes connaissent encore l'existence malgré sa sortie récente. Il y a quelques temps, la Cave de Borat était revenue sur le cinéma de Robert Zemeckis, y compris sur son attirance pour la performance capture. Un procédé qui n'a pas réussi à convaincre sous sa direction, mais chez d'autres oui (Avatar n'est qu'un exemple). Disney met le grappin sur sa société Imagemovers Digital à la fin des 2000's. Le premier projet sera Le drôle de noël de Scrooge (2009), le second le film de Wells que produit Zemeckis. Scrooge n'a pas été un grand succès, mais il a rempli suffisamment les caisses pour parler de petit succès (plus de 325 millions de dollars de recettes). C'est une autre histoire pour l'autre. Même si The Lone ranger (Gore Verbinski, 2013), Tomorrowland (Brad Bird, 2015) ou John Carter (Andrew Stanton, 2012) n'ont pas été des succès, leurs recettes ont tous dépassé leurs budgets. On parlera donc plutôt de semi-échec plutôt que flop total, même si tous les trois ont eu de mauvaises recettes domestiques (entre 73 et 93 millions de dollars). On ne peut pas en dire autant de Mars needs Moms qui a coûté 150 millions de dollars et s'est ramassé avec un peu plus de 38 millions de dollars de recettes.

Milo sur Mars : photo Simon Wells

Pour tout dire, le film est sorti directement en DVD par chez nous et pour en rajouter une couche était diffusé en 3D dans les salles. Il est même à l'origine de l'arrêt des productions Imagemovers en route, dont le fameux remake de Yellow Submarine (George Dunning, 1968) par Zemeckis, Disney ayant laissé tomber le studio dès janvier 2011. Il n'y a qu'un pas pour dire que Zemeckis est revenu au cinéma live-action à cause de ce flop retentissant. La question qui vous brûle les lèvres est surement "est-ce que c'est aussi mauvais que ça en a l'air?". La réponse est non même si on parlera d'un film moyen, voire un minimum attachant malgré ses défauts. Bien que son nom ne dit peut être rien au grand public, Simon Wells n'est pas un inconnu et pas mal de ses films (pour Amblin comme Dreamworks) ont tourné dans les magnétoscopes des enfants des 90's-début 2000's. Quelques exemples au hasard: Les quatre dinosaures et le cirque magique (coréalisé avec Phil Nibbelink, Dick et Ralph Zondag, 1993), Balto (1995) ou Le Prince d'Egypte (coréalisé avec Brenda Chapman et Steve Hickner, 1998). Pour Zemeckis, le choix est d'autant plus évident que Wells a été storyboarder sur plusieurs de ses films. Pour le réalisateur, c'est une première à la fois dans le tout CGI (ses films étaient globalement réalisés en animation traditionnelle) et bien évidemment la performance capture.

Milo sur Mars : photo

Comme sur les précédents films de Zemeckis, le procédé est à nouveau peu concluant, avec toujours le même problème principal: les expressions faciales avec les émotions qui vont avec. Pour preuve Joan Cusack a le visage tellement lissé que ses expressions se réduisent au minimum syndical. Idem pour le jeune héros incarné par Seth Green qui a régulièrement un visage ahuri comme seule expression et Dan Fogler a presque toujours un air jovial. Si on reconnaît les acteurs, ils ne dégagent finalement rien. La technique est également peu convaincante plus d'une fois, le film ressemblant assez souvent à une série de cinématiques pour jeux-vidéo qu'à un réel long-métrage, pas aidé par un rythme particulièrement molasson. Certains décors peinent également à être crédibles, Imagemovers n'ayant jamais fait dans le futurisme. Les textures de Mars s'avèrent rapidement rigides une fois que les personnages ont le nez dehors et ne parlons même pas du design assez laid des martiens, réservant encore moins d'émotions qu'aux humains (il faut voir la reine qui a l'air systèmatiquement énervé quand les mâles sont hilares). Pour ce qui est du récit, il y a un fond assez intéressant mais traîté trop souvent en surface. Par exemple, le film nous dévoile une civilisation constituée en grande partie de femelles.

Milo sur Mars : photo

Voilà une expression faciale de Joan Cusack. Cela vend du rêve non ?

Ces dernières n'ont tellement plus l'habitude de materner qu'elles en viennent à kidnapper des mères terriennes pour qu'elles éduquent les filles. Des mères qui ne seront pas renvoyées sur Terre mais vaporiser. Quant aux hommes, ils sont laissés dans une case poubelle ou emprisonnés, laissés à leur propre sort. Inutile de dire que les bébés garçons finissent eux aussi à Poubelle Land. Wells ne fait pas dans la dentelle, portant un regard peu reluisant de l'humanité à travers le regard de ces martiens amateurs d'eugénisme. Par la même occasion, il dévoile un personnage devenu adulte beaucoup trop tôt, essayant de sortir ce souvenir en optant pour une attitude rigolarde. Toutefois, le film ne dévoile réellement ces cartes que dans son dernier quart d'heure. Avant cela, il faudra se taper une aventure peu convaincante, consistant à visiter des pièces quasiment identiques. On peut également repprocher un personnage féminin principal douteux au langage djeuns merveilleusement douteux. Certes, votre cher Borat a vu ce film dans un doublage français, mais au vue des détails cela doit être un beau charabia aussi en VO. Au final, Mars needs moms est un film qui a beaucoup de potentiel, mais se perd souvent et joue trop sur le terrain comique. Toutefois, le film ne mérite pas le désastre financier qu'il a engendré.

Milo sur Mars : photo Simon Wells

Le sidekick féminin chébran t'as jamais vu ça.

Partons maintenant dans les 70's, une époque où les studios se cherchaient encore dans l'héritage du grand chef. Si les films d'animation se tiennent (bien aidés par l'expérience de Wolfgang Reitherman aux commandes des trois quarts), les productions ont bien du mal à emballer. Si certaines marquent leurs époques comme Freaky Friday (Gary Nelson, 1976), on a du mal à en retenir un grand nombre de nos jours. Alors quand Christopher Nolan cite Le trou noir (Nelson, 1979) comme une de ses inspirations pour Interstellar (2014), le film revient dans les mémoires et intéresse à nouveau. Le trou noir (je vous vois venir petit copain) fait partie des rares tentatives du studio pré-Star Wars dans la science-fiction, au même titre que John Carter ou La montagne ensorcelée (John Hough, 1975). Produit en grande partie à cause du succès du film de George Lucas, avec casting colossal qui va avec (Robert Forster, Maximilian Schell, Anthony Perkins, Ernest Borgnine et Yvette Mimieux), le film s'est soldé par un flop commercial certain. S'il n'a peut être pas l'aura de Tron (Steven Lisberger, 1982), il fait en revanche partie de ces oeuvres marginales du studio revalorisées par le public. Si le film n'est pas le plus facile à trouver (toujours pas de BR et le remake un tant envisagé est aujourd'hui abandonné), la VHS avait permis de lui faire gagner une petite réputation à partir des 80's.

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Ne passons pas par quatre chemins, Le trou noir a pris un sacré coup de vieux, peut être plus que Tron. Il n'y a qu'à voir ce pauvre robot plus ridicule qu'autre chose. Idem pour les autres robots aux looks pas si éloignés de ceux des Daft Punk ou des cylons de la série Battlestar galactica. Beaucoup d'aspects sont hérités de la série Star Trek (1966-69) comme les commandes, le jargon plutôt scientifique ou l'équipage lui-même avec un pilote, un scientifique ou des techniciens. Le passage dans le trou noir servant de climax vaut son lot d'excentricités, valables principalement au côté très manichéen de la chose. D'un côté, Shell finit par fusionner avec le robot Maximilian avant de devenir un être seul coincé dans un Enfer particulièrement réaliste. De l'autre l'équipage vit un drôle de trip: les plans montrent nos héros hurlant tout en démultipliant leurs visages, avant de terminer leur voyage dans un couloir de cristal. Ils ont vécu le trou noir comme une sorte de jugement divin. Un aspect assez kitsch dans le second cas, mais qui a le mérite de donner une alternative intéressante et visionnaire aux passages phares d'Interstellar et Contact (Zemeckis, 1997). Si l'aspect science-fictionel est plutôt bien géré, on peut toutefois trouvé le film particulièrement lent, consistant à explorer dans ses grandes largeurs les rouages d'un vaisseau stabilisé non loin du trou noir et aux moeurs douteuses.

Le Trou noir : Photo

Info principale du film: les Daft Punk viennent donc de l'Espace.

De plus, si vous cherchez un space opera actif passez votre tour, l'action ne commence que dans les dernières minutes. Le trou noir n'est pas un film fantastique, mais dans sa tentative de film black science il est un curieux exemple, qui plus est venant d'un studio dont ce n'est pas le genre de prédilection.

  • Treasure of the golden sun: une épopée télévisée

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Parlons un peu de séries télévisées à présent. La Cave de Borat s'est déjà penchée sur le sujet à ses débuts, les séries animées Disney ont largement contribué à l'enfance de votre interlocuteur. Principalement datées des 90's, les séries Disney ont su fédéré un certain public même chez les moins nostalgiques à travers des titres phares. Soyons exhaustifs avec quelques exemples parmi les plus originaux: La bande à Dingo (1992-93), Tic et Tac rangers du risque (1989-90), La cour de récré (1997-2001), Timon et Pumbaa (1995-99), Super Baloo (1990-91) ou encore Couacs en vrac (1996). Dans ces séries, La bande à Picsou (1987-90) a une place primordiale. Elle a plus ou moins été le fer de lance de cette vague Disney Television Animation qui a encore de beaux jours devant elle, comme le confirme La garde du Roi Lion (2016-). Ce fut aussi un jeu mythique de la NES (1989) remis au goût du jour il y a quelques temps pour le bonheur des joueurs nostalgiques ou découvrant le jeu. La bande à Picsou connue aussi sous le nom DuckTales s'apprête à faire son grand retour cette année sur le petit écran avec un casting renouvellé et prestigieux: David 'Doctor Who' Tennant en Picsou, Danny Pudi (Community) en Riri, Ben 'Jean Ralphio' Schwartz en Fifi, Bobby Moynihan (membre actuel du Saturday Night Live) en Loulou ou encore Beck Bennett (autre membre du SNL) en Flagada Jones. 

La Bande à Picsou (2017) : Affiche

Affiche du reboot de la série.

Un événement plutôt attendu en raison de la qualité de la série et du potentiel d'un retour, La bande à Picsou étant globalement constitué d'épisodes individuels, quand bien même certains sont en plusieurs parties. Si votre cher Borat vous parle de cette série aujourd'hui, c'est surtout pour évoquer plus longuement le pilote. Pour rappel, le pilote est le premier épisode d'une série et celui de La bande à Picsou est particulier car il compte cinq parties. Soit 1h40 tout de même, à raison d'épisodes de vingt minutes. Au final, c'est un épisode aussi long que Le trésor de la lampe perdue (1990) qui sert de conclusion à la série d'origine. Comme ce fut le cas de la plupart des épisodes (même si des efforts seront faits à partir de la seconde saison), la diffusion française de la série fut pour le moins chaotique, l'ordre des épisodes étant totalement modifié. Ainsi, les trois premiers épisodes ont été diffusé après vingt-trois autres et les deux derniers en 29ème et 30ème places (!). Impossible à suivre en temps réel, il arrivait que les épisodes en plusieurs parties étaient rassemblés le temps d'une diffusion ou de sorties vidéos. Ce fut le cas de Treasure of the golden suns (1987) que votre cher Borat avait pu découvrir enfant, avant de revoir l'ensemble il y a quelques années (les joies d'internet).

La Bande à Picsou : Photo

Ces épisodes permettent de bien poser les bases de la série en présentant les personnages déjà connus comme les nouveaux. Parmi ces derniers, la petite cane Zaza et sa grand-mère Mamie Baba; et l'aviateur barjo Flagada Jones. Avec Picsou et ses neveux, ils font partie du corpus de personnages principaux de la série et les trois premiers épisodes serviront à introduire tout ce petit monde. Les neveux sont emmenés chez Picsou par un Donald parti sur un porte-avion. Mamie Baba et sa petite-fille arrivent suite à une demande de nounou pour s'occuper des neveux, histoire de seconder le majordome Arsène. Flagada est employé par Picsou comme aviateur privé. Quant aux premiers ennemis sur la route de Picsou, ils nous sont bien connus puisqu'il s'agit des Rapetou et de Gripsou. Toutefois, le méchant de cette épopée n'est pas vraiment ces cinq filous, mais un homme nommé El Capitan à la recherche de la Vallée des soleils d'or. Ravivé par les événements du premier épisode (les Rapetou essayent de lui voler une partie de la carte présente dans un de ses bateaux), le plus riche des canards se met alors en chasse, naviguant d'un endroit à l'autre (destinations sud-américaines comme glacées). 

Treasure of the golden sun

Jaquette d'un laserdisc japonais.

Les scénaristes se sont amusés dans le traitement des personnages, puisque l'ami Picsou devient de plus en plus fanatique de l'or jusqu'à atteindre son paroxysme dans le dernier épisode. D'ailleurs les petits ne sont pas loin de le rejoindre dans sa folie furieuse. L'or rend fou et perd ceux qui essayent de le garder pour eux. Quasiment tous les personnages ayant un bout de la carte ou en possession de trésor sont fous d'or jusqu'à provoquer leur propre perte. Il n'y a qu'à voir les villageois qui se rebellent d'un pseudo conquistador se prenant pour un dieu à cause de sa pièce d'or; ou encore El Capitan dont la soif finit par être ridicule. Il n'y a qu'un pas pour que Picsou le rejoigne dans sa bêtise. Ce que réussit à faire Treasure of the golden suns est de donner envie de regarder la série, mais surtout raviver le sens de l'aventure des récits de Picsou. Ce qui rappelle à votre interlocuteur le temps où il lisait Picsou Magazine ou Mickey Parade où se cotoyaient récits italiens et Don Rosa. Le bon vieux temps...

13 janvier 2017

Séance qui toque aux portes du paradis

En cette seconde semaine de janvier, il était temps pour l'Antichambre de Borat de trouver le chemin de 2017 pour une nouvelle séance. Pour les retardataires de 2016, rappel des titres: il s'agit d'une chronique irrégulière où trois films sont abordés dans des critiques plus courtes, mais pas moins de qualité pour donner des avis plus rapides. Au programme: le retour de la célibataire à la culotte culte; Sam Peckinpah rencontre le prix nobel de littérature; et un requin amateur de belle blonde. Ready? Go! (attention spoilers)


 

Bridget Jones Baby : AfficheIl est casse-gueule de parler d'une suite quand on n'a jamais évoqué les précédents opus, alors revenons-y rapidement. Le journal de Bridget Jones (Sharon Maguire, 2001) a permis à Renée Zellweger d'exploser après des années de seconds-rôles notables (dans Jerry Maguire notamment).

L'occasion de découvrir la fameuse Bridget, célibataire pleurant sur All by myself le jour de son anniversaire, tout en essayant de choisir entre le goujat sexy et le dandy coincé. Une romcom amusante sur le célibat et pas tant réservée aux femmes qu'on le dit. L'âge de raison (Beeban Kidron, 2004) sentait fort le bis repetita, au point que le spectateur restait devant uniquement pour ses acteurs.

On pouvait penser que Bridget Jones's Baby (Maguire, 2016) serait une suite trop tardive (douze ans quand même), faites avant tout pour faire revenir Miss Zellweger sur le devant de la scène. Il n'en est finalement rien.

Si on préféra le premier pour sa fraîcheur et un côté moins prévisible, on s'amuse toujours autant des aventures de l'amie Bridget. Ses conflits sentimentaux (son Darcy d'amour jamais là ou le nouveau venu trop présent ?), ses aventures journalistiques souvent spectaculaires, l'interprétation de Renée Zellweger... Bridget est de retour et on peut même dire qu'elle nous avait manqué.

Au même titre que l'impayable Darcy (Colin Firth toujours à même de se montrer ridicule), Bridget est un personnage terriblement attachant que l'on aime accompagner avec le temps. Ce troisième volet ne la met pas dans ses derniers retranchements, mais avec une vraie nouvelle direction (l'arrivée d'un enfant), il réussit à continuer le voyage avec plaisir. Au point de faire oublier le second opus de l'équation.

Le fait que Hugh Grant ne soit pas de la partie aide aussi, évitant une répétition douteuse. Si Bridget Jones's Baby n'est pas une conclusion, on espère que cette saga reste sur cette bonne note.


 

592714Jaume Collet Serra a une filmographie pour le moins singulière, au point que l'on s'y perd parfois. Entre actioners et horreur, le réalisateur espagnol a surtout démontré un penchant pour la série B efficace ou profondément nanarde. Ainsi après avoir montrer un Liam Neeson à la recherche d'une chaudière (le délirant Run all night), voici The shallows (2016).

On ne demande pas forcément à un survival d'avoir un scénario monumental, ce sous-genre étant voué à aller à l'essentiel en un laps de temps court (1h30 en général). Toutefois, un film y gagne souvent avec une excellente réalisation et une ambiance de qualité. C'est le cas par exemple d'Alien (Ridley Scott, 1979) ou Gravity (Alfonso Cuaron, 2013). 

The shallows n'a clairement pas le même impact, ni le même intérêt. Il s'agit avant tout d'un film estival qui devrait se trouver un public sur les chaînes de la TNT. Dit comme cela, on pourrait penser que c'est insultant et pourtant le film fonctionne pour ce qu'il est. 

Le scénario se résume à une jeune femme (Blake Lively) cherchant à se sauver d'un requin alors qu'elle est éloignée de la plage. Collet Serra ne ménage pas son héroïne puisqu'il l'affaiblit histoire d'accentuer sa fatigue et donner plus de suspense. On regrettera par contre la surpsychologie de son héroïne, finalement inutile et peu convaincante.

A ce titre, comme beaucoup de réalisateur voulant en faire trop, Collet Serra balance une séquence servant par la suite en ouverture. Une approche que l'on retrouve de plus en plus souvent (Don't Breathe de Fede Alvarez par exemple) et qui ne sert finalement à rien.

Dans son approche, The shallows se présente comme une série B, pourtant son réalisateur ne prend pas son sujet à la légère. Il en fait quelque chose de sérieux, pas vraiment fun, ni spectaculaire. Il se veut même très expéditif avec les victimes, à base de cgi ne cherchant pas le gore. 

Au final c'est peut être ça qui fait le charme de The shallows et un candidat sérieux dans le film de requin. En s'éloignant de la surenchère, Collet Serra réussit à divertir. Pas inoubliable, mais pas un mauvais film.


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Terminons cette séance par une dernière séquence plus classique. En 1973, Sam Peckinpah a déjà une réputation d'ours mal léché faisant peur aux studios hollywoodiens. En cause? Un tempérament de feu sur les tournages dû à son alcoolisme et à la drogue; une tendance à la violence graphique au ralenti qui ne plaît pas à tout le monde et un cinéma fait de gueules. 

Parmi elles se retrouvent James Coburn et Kris Kristofferson, vedettes de Pat Garrett et Billy the kid. Les deux acteurs incarnent deux légendes fortes de l'Ouest. D'un côté, le vieux briscard Pat Garrett (Coburn) se découvrant une conscience en devenant shérif. De l'autre, le Kid resté truand et continuant sa croisade en échappant aux autorités (Kristofferson).

Deux amis devant s'affronter à cause de la loi qui les sépare désormais. Le vieil homme en vient à se demander s'il ne s'est pas trompé de voie en pourchassant son ancien ami, quand l'autre essaye de le fuir par tous les moyens. Le final, qui plus est en huis clos, sera fatal pour l'un d'entre eux, car le destin en a voulu ainsi. Un dernier acte violent qui contraste avec l'aspect global du film.

Ceux qui adorent la violence hard boiled de Peckinpah seront assez étonnés de retrouver un film purement mélancolique, loin du dézingage de Guet apens (1972). Un aspect novateur pour le réalisateur, car même si le film a son lot de morts, il n'est jamais aussi radical que la plupart des films du réalisateur. 

C'est ce qui le différencie de ses aînés, peut être aussi parce que c'est le dernier western de son auteur. Terminer cette partie de sa carrière sur un film plus beau, peut être même plus accessible.

Pour preuve, cette bande originale signée Bob Dylan (qui a d'ailleurs un petit rôle marquant) dont certains titres sont encore parmi ses chansons les plus connues. On pense directement à Knockin' on heaven's door utilisée pour le final avec une signification plus qu'évidente. En résultes, une oeuvre magnifique clôturant un cycle pour son réalisateur sur l'image d'un cowboy ayant mis fin à son fardeau. 

A la prochaine!

09 janvier 2017

L'or en direct

Votre cher Borat vous parle en direct live pour la cérémonie des Golden Globes. L'heure de réactions, de dire les récompenses, de se marrer ou pas. Alors soyez prêt pour une nuit de folie (ou pas) !

2h: Après dix mille heures passées devant un tapis rouge, les Golden Globes commencent avec un petit show musical visiblement inspiré de La la land (Damien Chazelle, 2016). Hé oui comme souvent, le film n'est toujours pas sorti chez nous, mais vu sa date initiale (il devait sortir face à Moana le dernier Disney), ce n'est peut être pas plus mal. Il sortira finalement le 25 janvier.

2h10: Meilleur acteur pour un second rôle pour Aaron Taylor Johnson dans Nocturnal animals (Tom Ford, 2016). Une excellente prestation d'un film dont on reparlera très rapidement dans ces colonnes. 

Nocturnal Animals : Affiche

2h12: Meilleur acteur dans une série dramatique pour Billy Bob Thornton dans Goliath (2016-). Une série où il joue un avocat au bout du rouleau voyant l'occasion d'affronter son ancien partenaire sur une affaire.

Affiche

2h23: Meilleure actrice dans une série comique ou musicale pour Tracee Ellis Ross dans Black-ish (2014-). Ici avec son mari à l'écran Anthony Anderson.

Photo Anthony Anderson, Tracee Ellis Ross

2h26: Meilleure série comique ou musicale pour Atlanta. Soit l'histoire de jeunes essayant de percer dans le rap.

Photo Brian Tyree Henry, Donald Glover, Keith Stanfield

2h36: Prévisible, Sarah Paulson meilleure actrice dans une mini-série ou téléfilm pour American Crime Story (2016-) . Elle joue la procureur face à OJ Simpson incarné par Cuba Gooding Jr. Vite rejoint par un second prix pour meilleure mini-série ou téléfilm.

Photo Christian Clemenson, Sarah Paulson

2h47: Meilleur second-rôle dans une mini-série ou téléfilm pour Hugh Laurie dans The Night Manager (2016). Il y incarne le trafiquant d'armes que recherche le personnage de Tom Hiddleston.

 Photo Hugh Laurie

2h52: Seul musical du corpus, il était évident que la bande originale de Justin Hurwitz pour La la land soit récompensée. Idem pour la chanson City of stars.

3h01: Meilleur second rôle féminin pour Viola Davis dans Fences (Denzel Washington, 2016) où elle incarne la femme de Denzel Washington dans les USA des 50's.

Fences : Photo Denzel Washington, Viola Davis

3h10: Meilleur second rôle féminin dans une mini-série ou téléfilm pour Olivia Colman dans The night manager. C'est elle qui met Tom Hiddleston sur la piste d'Hugh Laurie.

Photo Olivia Colman

3h14: Toujours aussi prévisible, Ryan Gosling meilleur acteur pour une comédie ou un musical pour La la land. On attend donc Emma Stone dans quelques minutes. Se rajoute le meilleur scénario pour Damien Chazelle.

La La Land : Photo Ryan Gosling

3h28: Zootopie (Howard, Moore 2016) évidemment meilleur film d'animation. Mouchoirs pour les français pensant vainement que Ma vie de courgette (Claude Barras, 2016) avait une chance de passer devant Disney ou Imagination.

zootopie 

3h37: Paul Verhoeven revient à Hollywood avec un film français récompensé en meilleur film étranger. Soit l'un des plus beaux pieds de nez à Hollywood, ce temple du cinéma qui a tant fait pour le foutre dehors il y a dix-sept ans. 

 Elle : Affiche

3h39: Meilleur acteur dans une mini-série ou téléfilm pour Tom Hiddleston dans The night manager.

 Photo Tom Hiddleston

3h49: Claire Foy meilleure actrice dramatique pour The Crown (2016-). Elle y joue ni plus, ni moins qu'Elisabeth II alors en pleine succession de George VI. S'en suit le prix pour meilleur série dramatique.

Photo Claire Foy

4h07: Meryl Streep récompensée par le trophée Cecil B DeMille. Outre les nominations hasardeuses voire opportunistes que lui donnent les cérémonies de récompenses (dont les Golden Globes), Meryl Streep reste une très grande actrice. Il n'y a qu'à la voir dans Sur la route de Madison (Clint Eastwood, 1996) pour s'en rendre compte. Discours émouvant symbolisant la diversité et la mixité à l'heure du futur règne du démon orange.

Sur la route de Madison : Photo Meryl Streep

4h20: Damien Chazelle meilleur réalisateur. L'effet boule de neige qui veut qu'un film soit voté à chaque catégorie se confirme encore.

4h27: Meilleur acteur dans une série comique ou musicale pour Donald Glover dans Atlanta. Rappelons qu'il sera le nouveau visage incarnant Lando Calrissian dans le spin-off sur Han Solo.

4h38: Emma Stone meilleure actrice dans un film comique ou musical dans La la land. S'en suit la meilleure comédie ou musical.

La La Land : Photo Emma Stone

4h50: Encore du prévisible avec Casey Affleck pour meilleur acteur dramatique dans Manchester by the sea (Kenneth Lonergan, 2016). Il incarne un homme revenant dans sa ville natale suite à la mort de son frère. Un rôle qui devait initialement revenir à Matt Damon avant qu'il ne se retire (il reste producteur).

Manchester by the sea : Photo Casey Affleck

4h58: Isabelle Huppert meilleure actrice dramatique pour Elle. Souvenez vous initialement des actrices hollywoodiennes qui ne voulaient pas jouer son rôle car trop particulier. Aujourd'hui elles doivent se mordre les doigts.

5h03: Moonlight (Barry Jenkins, 2016) sacré meilleur film dramatique. Un film suivant un jeune afro-américain au fil du temps qui sortira le 1er février. 

Moonlight : Affiche

Que conclure? L'ensemble s'est avéré bien prévisible (comme d'habitude), l'effet boule de neige marche toujours autant dans les récompenses et Hacksaw Ridge (Mel Gibson, 2016) n'a pas eu droit à la reconnaissance qu'il aurait pu avoir. A voir si cela se confirme aux Oscars.

06 janvier 2017

Le robot venu de l'Espace

Années 50. Un robot de plusieurs mètres s'écrase dans un coin paumé des Etats-Unis. Un petit garçon va se lier d'amitié avec ce "géant de fer"...

Le géant de fer (2)

Quand Brad Bird se lance dans son premier film, il a déjà une longue expérience . Protégé de Milt Kahl (un des neuf sages de la maison Disney), animateur chez Disney durant les 80's après son diplôme de la CalArts (école d'animation crée par Walt Disney en 1961), il effectue un de ses premiers gros travaux en signant le seul épisode animé de l'anthologie Histoires fantastiques (1985-87) Le chien de l'épisode aura droit à une saison de 10 épisodes sous le nom de Family Dog (1993) toujours sous l'oeil de Steven Spielberg et l'ajout de Tim Burton, camarade de Bird durant ses jeunes années. Il scénarise aussi le sympathique Batteries not included (Matthew Robbins, 1987) pour le compte d'Amblin encore une fois. Son plus gros travail restera son statut de consultant et réalisateur pour la série Les Simpson entre 1990 et 1998, notamment sur deux épisodes mettant en scène Krusty le clown (le premier étant le braquage commis par Tahiti Bob, l'autre ses retrouvailles avec son père). Il fut également consultant et animateur sur Les Razmoket (1991-2004), The critic (certains se souviennent de cette série en partie à cause de l'épisode des Simpson avec les courts-métrages) ou King of the hill (1997-2010). Une expérience dans un grand studio, des relations fortes entre le cinéma et la télévision, Brad Bird ne pouvait finir que par tutoyer la réalisation d'un long-métrage au bout d'un moment. Son coéquipier Mike Judge l'a fait avec le cinéma live action (Office Space, 1999) et son camarade Burton encore avant, Bird le fera par l'animation.

THE IRON GIANT

Le réalisateur lance la production du Géant de fer (1999) alors que la partie animation de Warner Bros commence à sentir le roucis. N'ayant jamais réussi à s'imposer, se contentant de la télévision comme principal support de création (notamment Les animaniacs), Warner Bros Animation ne sait pas comment évoluer au cinéma. Space jam (Joe Pytka, 1996) est le seul qui a réussi à fonctionner au box-office, fort d'un mélange entre live-action et animation et d'un pitch aussi délirant qu'improbable (une star du basket ball face à une icône de l'animation). Excalibur l'épée magique (Frederik Du Chau, 1998) est sorti dans un quasi-anonymat avec des dépassements de budget, des années de gestation chaotiques et un réalisateur parti en cours de route. Ses dépassements ont entraîné bien des galères à Bird, puisqu'à ce stade Warner ne voulait plus donné autant d'argent, entraînant des coupes subventionelles. A cela se rajoute aussi la débâcle du Roi et moi (Richard Rich, 1999), autre remake du film avec Yul Brunner entrant en concurrence avec le film live d'Andy Tennant. Le premier sorti n'a pas été le premier servi. Budgeté à 70 millions de dollars, Le géant de fer se plantera à l'été 1999, ne parvenant jamais à atteindre ne serait-ce que son budget. Toutefois, le film réussit à se faire très rapidement une aura critique, d'autant que Brad Bird est aujourd'hui un réalisateur accompli aussi bien dans l'animation que dans le live-action

WAR GIANT

Edité sans aucun effort par la Warner dans nos contrées, le film bénéficiera en février prochain d'une édition BR digne de ce nom, après une ressortie pour le moins douteuse en décembre. Pour cause, la version signature contenant au moins deux séquences supplémentaires n'a jamais été diffusé en France et ce malgré les affiches publiées. Depuis le 4 décembre, Le géant de fer est donc diffusé dans les salles françaises dans sa version de 1999 sous l'ordre du studio. Une belle supercherie qui n'a pas empêché votre cher Borat de le voir enfin dans des conditions dignes de ce nom et de voir à quel point, ce Géant de fer est un des plus beaux bijoux animés des 90's. Si le film a parfois un peu perdu dans l'expressivité de certains personnages, le film n'a finalement que très peu vieilli et on reconnaît tout de suite le style cartoonesque de Bird. Voir The Iron Giant après ses films suivants, c'est aussi remarquer des personnages aux figures récurrentes: l'agent Kent Mansley est quasiment une caricature de Brad Bird à l'image de Syndrome dans Les Indestructibles (2004) et le marin ressemble à Skinner le chef de Ratatouille (2007). On retrouve aussi la mère protectrice à l'image d'Helen Parr dans le film de super-héros et le fils un brin casse-cou. On peut aussi trouver un goût pour la robotique que le réalisateur continuera à exploiter par deux fois. 

the iron giant gif

L'intelligence artificielle est encore plus poussée à travers Athena dans Tomorrowland (2015) et faire d'un robot une arme destructrice en cas de légitime défense a été abordé aussi dans Les Indestructibles. Mais là où Le géant de fer marque définitivement la filmographie de Bird dès son premier film c'est son sens du retro, s'inspirer du cinéma d'autrefois pour faire des films profondément inventifs dans leur mise en scène. Pimenter le film de super-héros en revenant à James Bond; donner un air carte postale à Paris; ou encore faire du retro-futurisme: tout le style bati par Bird commence avec ce film. Joe Dante et Brad Bird ne sont pas de la même génération et pourtant Le géant de fer et Matinee (1993) se répondent. Les deux films naviguent dans un contexte sous haute tension, où la moindre étincelle peut provoquer une Troisième Guerre Mondiale. La Guerre Froide est montrée dans les deux films à travers les yeux des citoyens, mais aussi en exposant l'armée. Ce qui peut donner des moments de panique où l'imbécilité de l'Homme en vient à provoquer des catastrophes humanitaires (l'Homme est un loup pour l'Homme). Le cas du Géant de fer est peut être plus particulier, puisque la traque du robot par Mansley finit par le rendre dingue, l'agent n'hésitant pas à menacer et à séquestrer l'enfant pour avoir des informations ou à mettre sa vie en péril pour exterminer l'objet qu'il traque.

Un personnage de raclure jusqu'au boutiste, montrant que le film ne s'adressait peut être pas au jeune public, mais plus vers un public adolescent ou adulte. La peur de la bombe nucléaire se fait ressentir jusque dans les dernières minutes, profondément émouvantes où l'on en vient à avoir des sentiments pour un robot. Le robot est finalement l'être le plus sensible du film, personnage mécanique se découvrant une âme à mesure qu'il entre en contact avec des humains. Bird s'empare de l'héritage d'ET (Spielberg, 1982) pour montrer cette humanisation instauré à travers un enfant en quête d'ami. Tout comme Elliot en son temps, Hoghart le trouvera à travers ce robot qui ne demande que de la féraille. Leur communication se fera à travers des expressions, des réactions ou même la pop culture (il n'est pas étonnant qu'Hoghart fasse du robot un équivalent de Superman). Il symbolise également à lui seul la peur de l'étranger, qui se dit également alien. Le fait que le géant de fer vient de l'Espace n'est finalement pas anodin. Comme Dante, Bird amène aussi le cinéma d'exploitation comme passion de son jeune personnage, seul refuge pour éviter un quotidien morne et rempli d'adultes paniqués par Spoutnik. D'ailleurs, dans les deux cas les films sont plutôt amusants, reprenant bien la manière de montrer la violence et le côté cocasse de ces films (on pense beaucoup à Roger Corman).

Un sublime coup d'essai pour Brad Bird, merveilleusement rétro et retranscrivant une époque cauchemardesque avec justesse.


Article initialement publié le 3 mai 2013.

To live and die in LA

Un flic souhaitant venger la mort de son collègue se met en tête de coffrer son tueur, un faux-monnayeur...

to live and die in la

Au début des années 80, William Friedkin revient de deux échecs cuisants. Sorcerer (1977) s'est vautré face à Star Wars (George Lucas), se faisant allumer par la presse à cause de sa production catastrophique, en plus de recevoir un mauvais accueil critique. Cruising (1980) avait quand à lui généré une polémique autour du milieu homosexuel et Al Pacino renie le film en partie à cause de cela. Aujourd'hui ces deux films sont considérés comme de grands films, voire même de chefs d'oeuvre mais durant longtemps c'était loin d'être le cas. Il en est de même pour To live and die in LA aka Police Fédérale Los Angeles (1985) ressortant dans les salles cette semaine. Le film a marché mais pas suffisamment pour rester dans les mémoires, au point d'être longtemps resté dans l'oubli avant ce soudain retour. Il faut dire que l'oeuvre de William Friedkin a eu un regain d'intérêt depuis la sortie de son dernier film (Killer Joe, 2012). Sorcerer est ressorti au cinéma, aujourd'hui ce film, sans compter son autobiographie. To live and die in LA fait partie des deux films qui auraient dû lancer la carrière de William Petersen, bien avant qu'il ne devienne une star de la télévision avec la série CSI (2000-15). Dommage quand on voit le potentiel incroyable qu'il développe dans ce film mais aussi dans Manhunter (Michael Mann, 1986).

Police Fédérale, Los Angeles : Photo Willem Dafoe

Des rôles troubles où il doit souvent passer par les eaux troubles pour en venir à ses fins (voler des bijoux pour être en relation avec le monnayeur, contacter un criminel qu'il a arrêté). Le casting aligne d'autres têtes connues à l'image de Willem Dafoe, Dean Stockwell, John Pankow (certains se souviennent de lui pour son rôle dans la série Dingue de toi) ou John Turturro. Loin de se répéter dans le polar, Friedkin change complètement d'atmosphère avec ce film, ne tombant pas dans la redite de French Connection (1971). Ici il aborde la police fédérale tenant aussi bien de la protection rapprochée dans son ouverture que dans la traque de faux-monayeur. Comme le film précité, To live and die in LA se focalise sur une seule et même affaire, venant à obséder l'enquêteur pour une raison ou une autre. On retrouve même une course-poursuite en plein milieu du film, histoire de brouiller les pistes. Sauf que la hargne du personnage de Petersen et la course-poursuite sont totalement différentes de celle d'Hackman dans French Connection. Dans ce film, ce n'est pas le flic qui traque le criminel, mais le flic qui fuit les criminels. De plus, la poursuite est plus maîtrisée que dans le film de 1971 qui était constamment rythmée par le tempérament explosif d'Hackman et le fait que Friedkin avait dû tourner très rapidement. 

Police Fédérale, Los Angeles : Photo William L. Petersen

Ici, le réalisateur ne semble plus avoir ce problème, signant une poursuite énergique, entrecoupé d'un moment de repis finalement bien trop calme pour être vrai. Un vrai coup de maître, au vue des problèmes logistiques envisagés et des mouvements de caméra les plus fluides possibles. Petersen joue à cet instant l'homme traqué, soit ce qu'il chasse d'habitude, l'entraînant dans une position stressante et dangereuse. Son implication dans l'enquête est trop personnelle et l'enquête devient épuisante pour lui au même titre que le personnage d'Hackman dans French Connection ou celui de Roy Scheider dans Sorcerer. Le personnage de John Pankow n'en ressortira pas indemne non plus, étouffé par une affaire trop grosse pour lui. Là où French Connection se terminait sous une note au minimum positive, on nage dans le pessimisme ambiant dans To live and die in LA avec des policiers dépassés par leur mission. Un ennemi qui traîne dans les filets de la police, ce dernier n'hésitant pas à liquider le premier lui cherchant des noises, y compris lorsque ce dernier est policier. Toutefois, le personnage de Willem Dafoe aussi violent soit-il est un véritable don juan avec sa compagne, n'hésitant pas à lui proposer une soirée lesbienne ! Une dichotomie intéressante surtout que l'on caricature souvent l'acteur à un jeu cabotin voire surexpressif, ce qui n'est pas le cas ici.

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Le film sent également bon les années 80 avec une ouverture optant pour l'effet clip. Wang Chung débute le film à travers la chanson reprenant le titre du film, collant parfaitement avec l'atmosphère ensoleillée du film et à l'action. Une chanson mélancolique renvoyant directement au sort néfaste des personnages. Peu ressortiront vivant de ce film et souvent dans d'atroces souffrances (l'élément perturbateur comme le final sont assez bien fournis). De la même manière, le générique balance City of the angels, morceau d'une brutalité fracassante, donnant lieu à un ensemble de plans cut rythmé en fonction du tempo du titre. Dans l'ensemble, la bande-originale du groupe est une véritable réussite, à la fois reflet de son époque (synthétiseur, ambiance très 80's) et en parfaite adéquation avec les thèmes du film et les images. L'écouter dans une salle de cinéma est en soi un pur bonheur Dans sa manière de filmer Los Angeles la nuit, Friedkin anticipe le cinéma de Michael Mann post - Dernier des mohicans. Un monde de la nuit qui grouille entre réglements de compte, filatures, night-clubs et sex. Toutefois l'aspect ensoleillé est assez trompeur, puisque la Mort est toujours dans les parages et Friedkin ne fait aucun cadeau, signant des meurtres dégoulinants, montrés de manière frontale ou pas du tout. Le Nouvel Hollywood et son pessimisme ne sont morts dans les 80's, ils ont juste évolué avec le cinéma de l'époque.

Un polar nerveux et pessimiste shooté magistralement par un Friedkin en grande forme.


Article initialement publié le 25 septembre 2012.

05 janvier 2017

Un escadron suicide s'est perdu en chemin

Le gouvernement décide de créer un escadron suicide composé de criminels pour des missions exceptionnelles...

Suicide Squad (real poster)

Charles Roven l'a évoqué plusieurs fois durant la promotion: Suicide Squad (David Ayer, 2016) est le film qu'il a le plus rapidement monté et produit. Une phrase qui reviendra souvent dans la bouche des détracteurs du film et ils n'auront pas tout à fait tord. Le projet même apparaît étonnamment vite mis en place par la Warner Bros et DC, au contraire de super-héros plus fédérateurs comme Flash ou Wonder Woman. D'autant plus qu'ici les personnages principaux sont des méchants envoyés par le gouvernement américain pour des missions secrètes, pour ne pas dire faire le sale boulot. Un comic-book lancé en 1987 et qui a une nouvelle version depuis 2012 avec comme têtes d'affiche Deadshot, Harley Quinn ou El Diablo. Il n'est pas étonnant de retrouver ces trois personnages dans l'adaptation, tout comme Rick Flagg, Captain Boomerang et Amanda Waller, figures historiques de l'escadron suicide. Les costumes sont critiqués dès le premier photocall montré, certains criant aux cosplays de luxe, mais cela semble se calmer avec la première bande-annonce. Une vidéo initialement dédiée à la Comic Con 2015, avant de finir sur la toile après une avalanche de vidéos leaked. Une bande-annonce assez sombre, augurant une ambiance au moins proche de ce qui avait été fait sur Man of steel (Zack Snyder, 2013) et Batman V Superman (Snyder, 2016) et avec une version triste de I started a joke par ConfidentialMX et Becky Hanson.

Suicide Squad : Photo Jared Leto, Margot Robbie

Une mise en bouche balayée par des trailers suivants bien plus colorés et fun, tout comme le reste de la promotion (il n'y a qu'à voir l'affiche ci-dessus pour s'en rendre compte). A cela se rajoute ce qui semble être une projection-test qui a mal tourné, au point d'en venir aux inévitables reshoots. Le public ne risque pas de voir ce premier montage un de ces jours, la Warner semblant totalement frustrée au point d'en venir à sortir une extended cut avec treize minutes supplémentaires. On peut aussi noter que David Ayer a depuis décroché une sorte de spin-off avec Harley Quinn nommé Gotham City Sirens et vous comprendrez pourquoi il a été si mignon durant la promotion de Suicide Squad. Comme si cela ne suffisait pas, les trailers regorgent de plans absents des deux montages disponibles. Pas forcément de quoi dire qu'ils sont essentiels, d'autant que le public comme votre interlocuteur ne savont rien du contenu du premier montage. Mais il y a de quoi s'inquiéter quand ces plans sont récurrents dans les trois trailers, notamment celui d'Harley Quinn tirant avec sa batte de baseball en pleine rue. Un plan qui sera même utilisé par la Warner sur les réseaux sociaux, histoire de bien confirmer la promotion douteuse du film. Suicide Squad est malheureusement le reflet typique d'un studio qui ne sait pas quoi faire de la franchise qu'il est en train de mettre en place et se casse la figure en paniquant.

Suicide Squad : Photo Adewale Akinnuoye-Agbaje, Margot Robbie

Vous pouvez chercher ce plan dans la version cinéma ou l'extended cut, il n'est ni dans l'un, ni dans l'autre.

La sortie en deux temps de BVS avait déjà semé le doute quant au manque de confiance de Warner envers les productions DC. Comme si Zack Snyder n'avait pas fait cinq films pour le studio auparavant ou que la trilogie de Christopher Nolan (2005-12) n'avait pas amassé assez d'argent. Avec Suicide Squad, il est surtout question d'un problème de ton, le film au vue de sa photographie et de ses personnages semble sombre, alors que le côté comique et flashy semble très forcé. Un film trop hybride pour convaincre pleinement, entraînant un sérieux malaise avec comme impression de voir un film qui n'est pas fini, avec un script qui n'est pas à la hauteur du potentiel. A noter que le sacro-saint premier montage devait logiquement avoir des défauts communs avec les autres, tant certains défauts sont irréversibles n'en déplaisent à certains. (Attention spoilers) Le film se révèle assez fidèle à la série de 2012 que ce soit par les membres récurrents, la mise en avant de Deadshot (comme sa relation avec sa fille), le fait que Waller (Viola Davis) est une parfaite marionnettiste ou que Harley (Margot Robbie) finisse par se faire la malle. Sur ce point le film est difficilement attaquable, tout comme sur certains aspects des costumes (désolé de le dire, mais le costume d'Harley était déjà très sexy en bande-dessinée), à moins de dégommer le comic-book initial (idem pour 300).

Suicide_Squad__2_

En revanche, le script accumule de belles casseroles tenant aussi bien de l'histoire elle-même que du développement des personnages. On a ainsi bien du mal à comprendre comment Enchantress (Cara Delevingue) a autant de facilité pour échafauder son plan, tout comme l'histoire ne repose que sur un sauvetage dans une ville où l'on va d'un point A à un point B jusqu'à atteindre le boss final. On tique également beaucoup sur le côté un peu trop gentillet de ces criminels, passant presque pour des enfants de coeur au fur et à mesure que le film avance. Deadshot (Will Smith) tire pour subvenir aux besoins de sa fille; Harley est une psychopathe amoureuse; Captain Boomerang est surtout un braqueur beauf; El Diablo (Jay Hernandez) est le cliché du chicanos macho en quête de rédemption... Seul Killer croc (Adewale Akinnuoye Agbaje) n'a jamais d'excuse de son statut de carnassier prêt à bouffer tout ce qui lui passe sous la main. Un revirement qui peine sérieusement à convaincre, malgré que Harley a de grandes parts d'ombre masquées à travers des flashbacks. L'extended cut lui offre d'ailleurs des moments intéressants qui honnêtement aurait pu être mis dans le montage cinéma sans problème. Ses flashbacks sont ainsi renforcés, le Joker (Jared Leto) étant très loin d'en faire sa muse, se conduisant comme le psychopathe dégénéré qu'il est avec elle. Elle manque de se faire violer, subit un bon lot d'électrochocs et pourtant elle l'aime, quitte à tuer diverses personnes.

enchantress

Le Joker apparaît surtout comme un homme avec sa chose. On ne lui la pique pas mais il en fait ce qu'il en veut. Quitte à la laisser entre les griffes d'une certaine chauve-souris. Le second extrait en particulier permet de voir qu'Harley n'est pas une psychopathe idiote et simple sous-fifre de Mr J. Toute une séquence nous la montre en pleine psychanalyse sur le champ de bataille, faisant même augmenter le temps de présence de Katana (Karen Fukuhara). Ce personnage est d'ailleurs un formidable foutage de gueule, ne servant quasiment à rien au film et aux moments de visibilité tellement rares que cela en devient un événement. Son passé est même à peine évoqué puisqu'elle n'apparaît qu'en cours de route. Le fait de la voir à visage découvert lui permet de trouver un peu de sens face à une Miss Quinn encore masqué sous le sourire du Joker. A ce titre, ne nous penchons pas plus sur Slipknot (Adam Beach), dont la présence durant la promotion n'aurait même pas dû exister. Puis il y a le fameux cas Enchantress. Le scénario tout comme le traitement du personnage sont totalement à la ramasse et le mot est faible. Déjà parce que Cara Delevingue joue terriblement mal, semblant encore trop inexpérimentée pour se voir promeut dans un blockbuster (ce qui n'augure pas forcément du bon pour Valerian de Luc Besson). Ensuite parce que le personnage est mal écrit, devenant une sorte de prêtresse à la Gozer dans Ghostbusters (Ivan Reitman, 1984) avec un décor sur fond vert raté ou ridicule c'est selon.

Sans compter un plan dont on ne comprend pas bien le sens, si ce n'est conquérir le monde comme les trois quarts des méchants fantastiques de comic-book movies. Ce n'est pas non plus en la faisant dire à l'amour de son hôte qu'il n'a pas de couilles que cela va en faire une méchante badass. Sans compter un retournement de situation aussi téléphoné que ridicule et qui aurait mieux fait de ne pas exister pour plus de dramaturgie. Comme si David Ayer se voyait incapable, voire dans l'incapacité de pouvoir montrer quelque chose de pessimiste même dans son final. On remarquera également à quel point les bidasses n'ont aucune personnalité, servant juste de chair à canon anonyme. Finalement le personnage qui s'en sort le mieux est Amanda Waller, crapule en puissance prête à tout pour sauver la pauvre pomme, quitte à engager des criminels et à jouer avec eux. Elle en vient même à provoquer Bruce Wayne (Ben Affleck), ce dernier lui renvoyant qu'il en sait finalement assez pour qu'on veuille acheter son silence. Au niveau du raccord avec l'univers le film s'en sort plutôt bien, permettant au DCVerse de se développer dans un ensemble crédible. Ainsi, Suicide Squad se déroule après BVS, Flash (Ezra Miller) attrape le boomerang en Australie et Batman continue à lutter contre le crime à Gotham. Des passages certes courts mais discrets et permettant une cohérence bien meilleure que la sinistre séquence "Justice League" de BVS.

Au niveau de la réalisation, il est malheureusement bien triste de voir que le potentiel entrevu au moins dans la première bande-annonce est gâché par des fautes de goût. L'ouverture est ainsi une des pires présentations de personnages jamais vues dans un cbm. On a droit à des présentations éclairs avec plans bourrés d'écritos défilant tellement rapidement que l'on n'a pas le temps de lire et quand bien même c'est le cas, les informations sont tellement risibles qu'on se demande pourquoi elles sont là. Puis il y a ces petits effets flashy qui bousillent les trois quarts des plans, au point qu'ils déforment parfois l'image. Logiquement ces effets ont été instauré après le premier montage, ce qui est d'autant plus triste que les plans sans ces effets sont beaux et intéressants. Ainsi les flashbacks avec le Joker et Harley sont souvent foutus en l'air par ces effets, y compris lors de la scène des électrochocs qui auraient dû être un pur moment glauque. Sans ces effets, Ayer confirmait qu'il voulait faire un film sombre au moins dans sa photographie (merci Roman Vasyanov), ce qui est une quasi-constante sur le reste du film. Même la musique plus que correcte de Steven Price est évincée pour des raisons tout aussi putassières par des chansons qui n'ont clairement rien à faire là. Il n'y a pas besoin d'aller très loin pour comprendre que la Warner a voulu surfer sur le succès des Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) et Deadpool (Tim Miller, 2016), d'autant que Spirit in the sky (Norman Greenbaum, 1969) est également reprise. Sauf que Suicide Squad n'a rien à voir avec eux, que ce soit par l'univers ou les personnages. Une plantade de plus. (fin des spoilers)

Suicide Squad n'est pas une honte, c'est surtout un immense gâchis qui risque de faire bien du mal au DCVerse, bien aidé par une Warner qui ne sait absolument pas ce qu'elle fait avec.

31 décembre 2016

Tell me 2017, do you bleed?

Avant de passer le nouvel an, certains le verre à la main, d'autres la tête dans la bassine (les deux en même temps marchent aussi, croyez votre cher Borat sur parole), il était temps de faire le bilan cinématographique de l'année. Avant cela, faisons un petit hommage à ceux qui nous ont quitté cette année qu'ils soient liés au cinéma ou non: Vilmos Zgismond, Michel Delpech, Michel
Galabru, Yves Vincent, David Bowie, David Margulies, Alan Rickman, Franco Citti, Ettore Scola, Maurice White, Umberto Eco, Andrzej Zulawski, Tony Burton, Gilbert R Hill, Larry Drake, Ronit Elkabetz, Guy Hamilton, Prince, Billy Paul, Siné, Mohammed Ali, Anton Yelchin, Maurice G Dantec, Bud Spencer, Robin Hardy, Roger Dumas, Michael Cimino, Abbas Kiarostami, Dominique Mézerette, Kenny Baker, Arthur Hiller, Gene Wilder, Joe Polito, Curtis Hanson, Bill Nunn, Herschell Gordon Lewis, Pierre Tchernia, Steve Dillon, Leonard Cohen, Robert Vaughn, Alice Drummond, Gotlib, Michèle Morgan, George Michael, Carrie Fisher, Claude Gensac, Debbie Reynolds et d'autres que votre interlocuteur aurait oublier. Comme chaque année, commençons par le mauvais. Curieusement, votre cher Borat a su se dépatouiller entre le pire du pire, évitant de se faire mal aux yeux ou de s'énerver devant Camping 3 (Fabien Onteniente), Les Visiteurs 3 (Jean Marie Poiré) ou même Independence day Resurgence (Roland Emmerich). En revanche, il y a eu une pléthore de films très moyens, parfois à la limite du passable et des déceptions parfois foudroyantes.

Jem

Attaquons le gros du flop avec Jem et les hologrammes (Jon Chu, 2015), disponible sur le net quelques mois avant sa sortie française pour cause de sortie américaine en octobre 2015. Les plus curieux, plus ou moins privés de le voir en salles pour cause de non-diffusion quasi-évidente, se seront donc fait un plaisir de voir la chose sur le net, qui plus est dans les versions qu'ils souhaitaient (open bar avec vo, vost et même vf, si ce n'est pas beau). C'est ainsi que votre cher Borat a été se faire mal aux yeux devant ce film adapté de la série animée des 80's. Le genre qui pique par des couleurs flashy mais surtout un montage changeant systèmatiquement de format dans une même scène, parfois même le temps de quelques secondes. Permettez à vos yeux de vous délecter de 30 secondes de formats 2:35, youtube, téléphone portable, facebook, twitter ou gopro combinés. Sans compter la cucucherie des actions, mais cela à la rigueur on s'y attendait au vue de ce qui est adapté. On a même droit à une
séquence post-générique pour une suite qui ne verra jamais le jour, le film étant un des plus gros bides de l'an dernier. Comme quoi, le public n'est pas prêt à voir tout et n'importe quoi passer les frontières du cinéma. Pas loin de le rejoindre de par sa surenchère, il y a eu aussi le fameux Sharknado 3 (Anthony C Ferrante, 2015) vu au Festival de Gérardmer. Il n'y a rien de pire qu'un film se prenant pour un nanar alors qu'il n'est qu'une sombre purge.

sharknado 3

Le pire est encore que le film essaye de compenser sa nullité par des guests tous plus improbables (ils ont été chercher Bruno Salomone quand même). L'ennui est quasiment total, d'autant que comme souvent avec The Asylum, les effets-spéciaux sont d'une horreur d'autant plus affligeante que le studio s'en met plein les fouilles avec cette saga de pacotille. L'hôpital qui se fout de la charité. Au rayon du foutage de gueule, 10 Cloverfield lane (Dan Trachtenberg) est un beau lot aussi. Le film a ses qualités (de très bons acteurs, une héroïne mémorable, un certain sens du suspense), sauf que le reste ne tient pas. Beaucoup trop long pour le genre qu'il aborde (le survival), ne se finit pas au bon moment (ou tout du moins un quart d'heure trop tard), une histoire un peu trop similaire à des récits issus de la série La quatrième dimension et du magazine Métal Hurlant (en plus réadapté dans la série Metal Hurlant Chronicles)... 10 Cloverfield lane a déjà plusieurs défauts à son actif, mais c'est encore pire quand on pense à l'aspect totalement mercantile de l'entreprise. Ce n'est certes pas le premier film à exploiter une franchise à partir de quasiment rien, mais la manière de le faire est vraiment gênante. Soit prendre un script, le modifier pour faire comme si c'était une histoire dans un même univers, changer la fin par la même occasion pour mieux coller (alors que la fin originale était bien plus crédible, mais ça c'est une autre histoire) et mettre le titre du film original pour glâner plus de spectateurs qu'initialement prévu.

10 Cloverfield Lane : Affiche

Un type de manigance à vomir. Votre cher Borat n'a pas encore vu Assassin's creed (Justin Kurzel), mais il est visiblement bien partie pour rejoindre le Warcraft de Duncan Jones. A vouloir tout contrôler, Blizzard a probablement bousiller les ambitions du réalisateur de Moon, au point de donner lieu à un film qui plaira peut être aux fans (et encore ce n'est pas gagner), mais laissera le public principal (les néophytes) sur le carreau. Un statut qui ne s'est pas démenti au vue du flop colossal qu'il représente aux USA (merci la Chine pour les recettes internationales). Au point de se demander si une trilogie aura bien lieu comme initialement prévu. Ce qui est relativement problématique tant Jones accumule les intrigues "à suivre", faisant de ce film un véritable résidu d'inutilité attendant les volets suivants pour se terminer. Problématique également quand vos personnages sont peu convaincants, vos acteurs mauvais et votre direction artistique quelconque. Au point de trouver déjà plus plaisant Gods of Egypt (Alex Proyas). On peut plus ou moins parler de "film malade" en parlant du dernier film du réalisateur de The Crow. C'est clairement son plus mauvais film et on voit qu'il a voulu mettre des choses issus de son précédent projet "Paradise Lost". Le film est ambitieux, les plans varient entre le beau et le mauvais, les idées sont parfois sérieusement WTF, certains acteurs cabotinent  comme pas possible (décidément Gerard Butler n'a jamais réussi à passer le cap post-300) quand d'autres ont l'air plus absents. 

gerard butler

"Borat a mieux parler de notre film que de Warcraft! Ahou! Ahou!"

Mais son récit est au moins intéressant à suivre, ce qui est déjà autre chose que Warcraft. Il est déjà plus plaisant de voir un film même mauvais qui a des idées (même mal représentées) qu'un film qui ne fait même pas le minimum syndical. Passons désormais aux déceptions et films moyens avec nos amis super-héros. Une année plutôt bien garnie comme le confirmera encore le top 10, mais qui aura beaucoup déçu comme le prouve Suicide Squad. Subissant les aléas de son studio de fabrication, le film de David Ayer ne s'avère pas mauvais, au mieux sympathique, au pire moyen. Le problème principal étant qu'il n'est pas le film qu'on nous a vendu. Entre des bandes-annonces qui dévoilent des plans qui ne seront pas dans le film (ou se contredisant dans l'ambiance) et un film considérablement changé suite à des reshoots survenus après un premier montage présenté, Suicide Squad est devenu une oeuvre problèmatique entre une cohérence d'univers et un problème véritable d'identité. Sans compter des défauts dont votre cher Borat vous parlera davantage l'an prochain. Captain America: Civil War (les frères Russo) a beau donner la marchandise et bien introduire de nouveaux personnages, il a en revanche lui aussi bien du mal à se trouver une identité. Bloqué entre des éléments issus des films Captain America et une sorte de réunion d'Avengers qui tourne mal, Civil War a aussi bien du mal à justifier son titre.

Harley Quinn (2016)

Le film se contente de citer un run dans son titre et au cours du film pour faire joli, sans réellement s'intéresser aux problématiques passionnantes du comic-book. Il ne s'agit pas forcément de rester dans la fidélité, mais au moins d'utiliser un minimum certaines trames sinon cela ne sert à rien, si ce n'est vendre des livres pour en faire la promotion. L'apocalypse n'a pas vraiment eu lieu pour les X Men non plus. Pas que le film soit moyen, mais il symbolise une immense déception et surtout le volet le plus faible de la saga depuis... X Men Origins: Wolverine (Gavin Hood, 2009). Même Deadpool (Tim Miller) se révèle bien plus crédible de par sa simplicité jamais cachée. X Men Apocalypse (Bryan Singer) aurait pu être un grand film, il ne fait malheureusement que le service minimum et fait un peu n'importe quoi avec sa mythologie, là où le changement de timeline amenait justement à un remaniement logique. Il y a bien des chances que le glouton fasse oublier cette petite déroute en mars prochain. Money Monster (Jodie Foster) avait un potentiel, il ne fait pourtant que du surplace. Déjà vu et un brin téléphoné, il rappelle surtout beaucoup Mad City (Costa Gavras, 1997), ce qui renforce son aspect daté. Blood father (Jean François Richet) ne passionne pas plus, surtout aidé par un Mel Gibson en pleine forme, confirmant qu'il est un des meilleurs acteurs de sa génération. L'occasion aussi pour lui d'aborder des thèmes quelques peu autobiographiques comme l'alcoolisme ou la rédemption.

X_Men_Apocalypse__1_

Une rédemption atteinte ailleurs, mais on en reparlera. Le dernier opus des Tortues Ninja risque fort de s'imposer comme un petit nanar, fort d'un style décomplexé faisant plaisir à voir au détriment de passionner. On n'en demande pas forcément plus et il s'avère déjà moins sérieux que son aîné. The shallows (Jaume Collet Serra) est un film correct parfaitement délectable en plein été, mais pas forcément un film qui restera dans les mémoires. Le retour de Tom Cruise dans le rôle de Jack Reacher ne convainc pas vraiment. L'acteur peut faire ce qu'il veut, il ne peut faire tenir un script aussi peu intéressant et faible en scènes mémorables, là où son aîné cassait littéralement la baraque sans demander de pardon. La folle histoire de Max et Léon (Jonathan Barré) est honnêtement un bon film. Il n'en reste pas moins une petite déception, ressemblant parfois beaucoup trop à une série de sketchs avec un fil conducteur un peu trop faible. En comparaison, La cité de la peur (Alain Berbérian, 1994) a suffisamment de fil conducteur pour faire marcher ses gags sans problème. Passons désormais au fameux top 10. Ready? Go!

  • 10- Le garçon et la bête de Mamoru Hosoda 

Le garçon et la bête : Photo

Après un rattrapage vidéo de ses précédents films, votre cher Borat a réussi à voir le dernier film de Mamoru Hosoda au cinéma. Le garçon et la bête a su se frayer un petit chemin dans les salles, mais ce n'est pas encore maintenant que le réalisateur aura autant de distribution qu'un film de Hayao Miyazaki, visiblement le seul réalisateur japonais à exister pour les exploitants. Ce n'est pas le meilleur cru de son réalisateur, Les enfants loups Ame et Yuki (2012) ayant été un monumental coup de massue. Toutefois Le garçon et la bête est un sacré film, continuant les expérimentations techniques de son auteur. De même, la famille est toujours au centre des tribulations de ses personnages, cette fois-ci avec la relation entre deux pères et leur fils. L'un l'ayant élevé durant plusieurs années, l'autre le retrouvant après des années d'absence. A cela, Hosoda rajoute une nemesis plus que logique, pimentant un peu plus un film où la situation familiale principale est sur le point d'éclater. Mamoru Hosoda confirme son statut plus que légitime d'héritier de Miyazaki aussi bien par la sensibilité de conteur et par sa virtuosité de réalisateur.

  • 9- Arrival de Denis Villeneuve 

Premier Contact : Photo

Un peu moins d'un an avant la séquelle de Blade Runner, Denis Villeneuve confirme la singularité de son cinéma et fait une entrée fracassante dans la hard science. Le réalisateur canadien prend même le parfait contre-pied des trois films du même acabit sortis ces dernières années. Pas de survival en 3D comme Gravity (Alfonso Cuaron, 2013), ni d'épopée à travers les trous de verre à l'instar d'Interstellar (Christopher Nolan, 2014) et encore moins de comédie comme The Martian (Ridley Scott, 2015). Arrival se singularise par une sobriété et un côté anti-spectaculaire changeant radicalement des films précités. Une manière de se démarquer et d'aller vers une science-fiction finalement moins présente, reposant avant tout sur une coopération entre deux types d'individus (l'Homme et l'Extraterrestre). On ne peut pas trop parler de ce film sans le spoiler, mais il s'agit d'une belle oeuvre de science-fiction évoquant le temps, le médium du cinéma mais aussi le parcours émotionel d'une femme dont le but est de sauver le monde le plus rapidement possible. A ce titre, Amy Adams signe une des meilleures prestations, si ce n'est la meilleure, à la fois discrète et attachante. Il serait peut être temps de la mettre un peu plus en valeur, au détriment de certaines actrices un peu trop en vogue.

 

  • 8- Une vie entre deux océans de Derek Cianfrance

Une vie entre deux Océans : Photo Alicia Vikander, Michael Fassbender

Probablement l'ascenseur émotionel de l'année, le genre à faire sortir le kleenex régulièrement tant la beauté du récit est à en pleurer. Le film de Derek Cianfrance a d'ailleurs été beaucoup critiqué sur cet aspect potentiellement lacrymal, mais en soi le cinéma n'est-il pas fait pour émouvoir le spectateur, le faire rire ou pleurer ou les deux à la fois? Ou ce dernier a-t-il désormais honte de pleurer devant un film? Peut être un peu des deux, il n'en reste pas moins qu'Une vie entre deux océans est un beau et dur mélodrame et émeut de par la tristesse et la tragédie qui s'en dégage. Puis il y a évidemment le couple Michael Fassbender / Alicia Vikander absolument touchant et crédible. Pour la seconde fois, Cianfrance a fait les entremetteurs de fortune et c'est probablement l'alchimie de ce couple naissant qui en fait un duo parfait. D'autant que le réalisateur aborde les enjeux moraux à travers deux visions d'un même drame plus ou moins différentes (le remord d'un côté, l'amour possessif de l'autre). Après Blue Valentine (2010) et The place beyond the pines (2012), Cianfrance confirme son don pour évoquer des couples sur plusieurs époques, les cassant pour mieux les faire renaître ou pas. Dans tous les cas, des films réussis.

  • 7- Hacksaw Ridge de Mel Gibson

hacksaw ridge

 

Embourbé dans des projets qui ne se font pas notamment à cause de ses problèmes personnels, Mel Gibson est revenu tel un miracle. Tout d'abord en tant qu'acteur cet été, puis comme réalisateur cet automne. Si Hacksaw Ridge a ses défauts (notamment une tendance à sacraliser un peu trop lourdement son héros dans les dernières minutes), il a un impact tel qu'on finit par en faire abstraction. Parcours intéressant d'un homme aux convictions fortes face à une hiérarchie ne le voyant que comme un boulet, le film prend une tournure fracassante dès que le personnage débarque sur le front. Imaginez la scène du débarquement d'Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) multiplié par dix et vous aurez une certaine idée d'un film de guerre violent et sentant le souffre. Gibson aborde l'héroïsme dans les deux camps, ne faisant pas du Japonais un ennemi plus sanguinaire ou cruel que l'Américain, mais aussi en prenant le point de vue d'un père bouffé par les remords et la perte de ses amis. La guerre est plus que des dates, c'est avant tout la Mort qui rôde et les mains sales pleines de sang. Pas de la violence craspec, plutôt une certaine idée de la réalité et on ne remerciera jamais assez Mel Gibson pour avoir réussi à monter un film aussi particulier à l'heure où les films Restricted sont mal vus à Hollywood.

  • 6- The Nice Guys de Shane Black

The Nice Guys

Shane Black nous avait manqué, enfin le vrai Shane Black, celui qui croque ses propres personnages dans un environnement de pur pulp. The Nice Guys est là pour nous démontrer que le scénariste n'a rien perdu de son écriture punchy, faites de répliques bien senties et permettant à certains acteurs d'en ressortir grandi (Robert Downey Jr l'en remercie encore). Black reste dans un genre dont il est passé maître (le buddy movie), aligne des clins d'oeil ou archétypes de son écriture, se fait même plaisir en mettant en scène ses héros à une époque dont se contrefout la plupart du public (les 70's). Sans compter les situations absurdes et spectaculaires agrémentés par des personnages dépassés ou en apparence très forts. Black offre même un rôle en or à Ryan Gosling, parfait père alcoolique et piteux détective. Le réalisateur quant à lui se révèle plus posé, maintenant rôdé à la fois par un film du milieu personnel (Kiss Kiss Bang Bang, 2005) et un blockbuster pur jus (Iron Man 3, 2013). Un vrai régal qui rappelle à quel point Shane Black est indispensable au cinéma d'action depuis 1987.

  • 5- Elle de Paul Verhoeven

Elle : Photo Isabelle Huppert

Popaul le violent est enfin revenu et il n'est pas allé avec le dos de la cuillère. Si le film reste choquant dans ses thèmes, Paul Verhoeven ne cherche pas le trash, y compris dans sa scène de viol. Une scène qui va à l'essentiel, ne s'envenimant pas de plans vulgaires ou potentiellement dégueulasses. Une gageure d'autant que le réalisateur a déjà montré des viols dans son cinéma et s'évite une redite. Malgré un ton merveilleusement caustique, Popaul signe presque une pure comédie de moeurs avec une héroïne indépendante et fière de l'être face au Mâle qui rode et la désire. Sans compter des second-rôles tout aussi piquants et jubilatoires. Isabelle Huppert s'avère le choix parfait pour incarner l'héroïne, au même titre que Virginie Efira dans un rôle de sainte aux moeurs pas si catholiques. Par ailleurs, la scène du dîner de Noël tout comme l'accouchement réservent encore de beaux lots de fous-rires. En venant tourner en France et dans la langue de Molière, Popaul a tourné le meilleur film français de l'année et on l'en remercie.

  • 4- Batman V Superman: Dawn of justice de Zack Snyder

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Mutilé d'environ trente minutes lors de sa sortie en salle, Batman V Superman nous est revenu plus beau, plus propre et plus ravissant encore à travers un beau ultimate cut que l'on peut qualifier de "director's cut". BVS avait déjà un impact fort, il en a d'autant plus dans sa version définitive. Zack Snyder continue à explorer Superman en le confrontant à une nemesis pleine de rage et de violence. Une certaine chauve-souris faisant son retour sur grand écran à travers Ben Affleck, bien plus convaincant qu'en Homme sans peur. Alimenté par un psychopathe en puissance, le duel est avant tout idéologique, d'un côté l'ombre de l'autre la lumière, l'Homme face au Dieu, la peur contre l'espoir. Snyder ne fait pas de cadeau avec ses personnages principaux, explorant leurs failles et des facettes inexplorées jusqu'à présent (Clark Kent en enquêteur, Batman ultra-violent comme sorti de The dark knight returns). En ramenant un peu de mythologie dans l'univers du super-héros, Zack Snyder a probablement signé son film le plus ambitieux, conspué en début d'année, avant d'être réévalué au bout de quelques mois. Les vrais étaient là dès le départ.

  • 3- Zootopie de Byron Howard et Rich Moore

Flash

L'année de Disney fut pour le moins exceptionnelle aussi bien commercialement (entre Marvel, Pixar, Lucasfilms et la filiale mère, ils battent la concurrence à plate couture) que qualitativement. Si Moana (Clements, Musker) a démontré que Disney sait toujours aborder les récits d'aventure aidé par le savoir-faire de réalisateurs plus que rôdés, Zootopie a confirmé tous les espoirs entraînés par plusieurs productions animées de grande qualité. Disney est en plein troisième âge d'or et Zootopie apparaît véritablement comme le sommet. Film policier véritable doublé d'une comédie de moeurs bien sentie, le film est un joyeux cocktail où il fait peut être un peu trop bon vivre. Les apparences sont souvent trompeuses, les magouilles règnent toujours en maître derrière un soi-disant discours de tolérance. On ne peut pas dire que le studio fait dans la dentelle, y compris en se payant la police et son manque de tact ou l'administration dévoilée à travers des paresseux! Ce qui en fait peut être le film du studio le plus adulte, le moins ciblé sur un public en particulier aussi depuis... Atlantide l'empire perdu (Wise, Trousdale, 2001).

  • 2- The Strangers de Na Hong Jin

The strangers

La Corée du sud a considérablement posé sa patte sur cette année cinématographique, dégommant même les américains à leur propre jeu (le jubilatoire Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho). Si d'autres beautés nous attendent l'an prochain (The age of shadows de Kim Jee Woon, Tunnel de Kim Seong-hoon ou Okja de Bong Joon-ho), cette année fut bien chargée avec le nouveau film du réalisateur de The chaser en point de départ. Le réalisateur quitte le polar pour entrer dans le fantastique. Découpé en deux grosses parties (une plus policière, l'autre allant très loin dans l'autre genre précité), The Strangers remue, fait mal et marque considérablement de par certaines idées laissés parfois à l'interprétation du spectateur. Une descente aux enfers qui ne laisse aucun échappatoire à ses protagonistes, y compris dans son final. Imaginez un peu L'exorciste qui rencontre Memories of murder et vous vous ferez une petite idée de ce petit bijou, confirmant définitivement Na Hong Jin comme une valeur sûre d'un cinéma sud-coréen plus qu'indispensable.

  • 1- Mademoiselle de Park Chan Wook

Mademoiselle

Après un passage aux USA pour le moins hitchcockien (Stoker, 2013), Park Chan Wook revient avec une claque. Pas du même acabit que The Strangers, mais plus saugrenue, plus maîtrisée, moins violente. Chaque plan transpire de la minutie de son réalisateur, s'attardant sur le moindre détail, certains pouvant même échapper au spectateur le plus attentif. D'autant plus dans une intrigue moins complexe qu'elle n'y paraît. Le réalisateur se veut également moins fataliste qu'il ne pouvait l'être autrefois (souvenons nous des fins de Sympathy for Mr Vengeance et Old Boy), offrant même un brin d'espoir à travers un couple d'actrices absolument magnifiques à faire tomber amoureux (Kim Min-hee et Kim Tae-ri). Le réalisateur impose également un traitement de la sexualité d'une rare sobriété, filmant les corps avec délicatesse et une sensualité à toute épreuve. Une gageure à l'heure où un grand nombre de scènes de sexe repose sur la vulgarité, voire le rentre-dedans. Mademoiselle s'impose même comme le cru favori de votre cher Borat dans la filmographie de son réalisateur. En tous cas, c'est certainement le film le plus passionnant de cette année et aussi le plus passionné.

 Pour terminer voici les coups de coeur de cette année, en vous souhaitant la bonne année! 

  • The Hateful eight de Quentin Tarantino
  • Creed de Ryan Googler
  • Summer camp d'Alberto Marini
  • Freaks of nature de Robbie Pickering
  • Cooties de Jonathan Milott et Cary Murnion
  • Steve Jobs de Danny Boyle
  • Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson
  • Deadpool de Tim Miller
  • The revenant de Alejandro Gonzalez Inarritu
  • Moonwalkers d'Antoine Bardou Jacquet
  • Saint amour de Benoît Delépine et Gustave Kervern 
  • Room de Lenny Abrahamson
  • Jodorowsky's Dune de Frank Pavich
  • Midnight Special de Jeff Nichols
  • Le livre de la jungle de Jon Favreau
  • Krampus de Michael Dougherty
  • Hana et Alice mènent l'enquête de Shunji Iwai
  • The neon demon de Nicolas Winding Refn
  • The Witch de Roger Eggers
  • Le monde de Dory d'Andrew Stanton
  • The Conjuring 2 de James Wan
  • Le bon gros géant de Steven Spielberg
  • Jason Bourne de Paul Greengrass 
  • Ghostbusters de Paul Feig 
  • Star Trek Beyond de Justin Lin
  • Pete's dragon de David Lowery
  • Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho
  • Kubo and the two strings de Travis Knight
  • Don't breathe de Fede Alvarez 
  • The accountant de Gavin O'Connor
  • Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier 
  • Alliés de Robert Zemeckis
  • Moana de Ron Clements et John Musker
  • Rogue One de Gareth Edwards

29 décembre 2016

Ils sont tous partis vers une galaxie lointaine, très lointaine

Au départ il était question de parler de Gotlib, disparu le 4 décembre dernier. Puis George Michael nous a quitté dimanche, suivit deux jours après par Carrie Fisher et Claude Gensac. Plutôt que de faire quatre articles différents qui auraient été affreux et tristes à écrire, un hommage groupé n'est peut être pas un mal (même si l'aspect douloureux est bel et bien présent). Commençons comme il se doit par évoquer Marcel Gottlieb. Votre cher Borat l'a découvert assez tard alors même qu'il venait de quitter l'école à l'aide d'un numéro spécial de Fluide Glacial lui étant consacré. Un magazine qu'il avait créé en 1975, au même titre que L'écho des savanes trois ans auparavant. Deux joyeux bordels existants encore de nos jours et amusant encore de fétiches lecteurs à l'aide de demoiselles et d'hommes dans des situations souvent gourmandes et croquantes. Mais Gotlib s'était également fait connaître des années auparavant dans les magazines Vaillant (1945-69) et Pilote (1959-89). La bande-dessinée Nanar, Jujube et Piette (1962-65) donne même lieu aux débuts du chien Gai Luron qui finira par devenir le héros principal. Un chien inspiré de Droopy et à la joie de vivre à faire pâlir le premier mort-vivant venu. Une fois à Pilote, l'auteur-dessinateur collabore avec René Goscinny sur Les Dingodossiers (1963-67), dont découlera la Rubrique-à-brac encore bien connue de nos jours.

Gotlib

 

gai luron

Et pour cause, certains des personnages célèbres créés par Gotlib viennent de là. Que ce soit le pauvre Isaac Newton se prenant
inlassablement une pomme sur la tête; la coccinelle ou encore les mythiques Bougret et Charolles. Deux policiers forts reconnaissables, le premier armé de sa pipe et d'une moustache grise inspiré de Gébé, le second étant le portrait crâché de son auteur (d'ailleurs, Gotlib s'est très souvent dessiné au cours de ses diverses publications). Ils n'étaient pas les seules caricatures présentes dans leurs aventures, puisque Fred et Goscinny étaient également présents en tant que méchants récurrents. Une parodie de la série Les cinq dernières minutes  (1958-96) qui aura droit à une adaptation quelque peu oubliée, Les vécés étaient fermés de l'intérieur (Patrice Leconte, 1976) où nos deux héros étaient incarnés par Jean Rochefort et Coluche! Co-créé avec Jacques Lob, Gotlib dessine un des super-héros français les plus connus, le mythique Super Dupont. Un bérêt, une moustache, un marcel, un patriotisme à toute épreuve, des super-pouvoirs dignes de Superman et combattant l'Anti France avec ferveur. Des personnages qui restent en tête, un artiste à l'irrévérence forte et cet hommage sert aussi à exhumer quelques dessins. Suite au Sony Hack en 2014, votre cher Borat avait été inspiré.

Isaac Newton

Isaac Newton encore une fois touché par la pomme face à une coccinelle un peu hagarde.

Super Dupont

Il était question de mettre en scène nos deux inspecteurs favoris en pleine investigation dans le bureaux de Sony, avant de passer à l'assaut chez les Nord-coréens avec certainement la même ferveur délirante que la Team America. L'occasion d'aborder les projets les plus délirants à l'aide de deux personnages âgés et encore un peu représentatif de l'époque de leur création. En résultera au moins deux sketchs que je vous présente ci-dessous. Le premier est introductif, quand le second évoque ce mail improbable évoquant un possible crossover entre Zorro et le Django de Django Unchained (Quentin Tarantino, 2013). Chose qui
se fera finalement sur papier avec Dynamite Comics aux commandes comme très souvent dans ce genre de coups foireux. Passons désormais à George Michael, bête de scène s'il en était. Un chanteur qui nous quitte le jour de Noël alors que l'un de ses faits d'armes est une chanson de noël, il y a de quoi y perdre son latin. Tout le monde n'est pas fan de cet artiste, votre cher Borat n'est pas non plus un fan irréductible. Pourtant certaines chansons restent en mémoire et notamment le fameux Last christmas (1984), single réalisé à l'époque où il était l'une des figures de Wham! aux côtés d'Andrew Ridgeley. Un clip kitsch à souer, une chanson qui n'est pas loin de l'être aussi et pourtant elle est facile à retenir, pas forcément désagréable et que l'on écoute au moins une fois tous les ans.

Bougret et Charolles à la rescousse de Sony

Bougret et Charolles au temps de Zorro et du western

L'année prochaine, cela risque d'être un poil macabre de chanter Last christmas. La même année, les Wham! avaient déjà été remarqué par deux autres gros tubes. Le premier est Wake me up before you go go, grand moment chorégraphique s'il en était et évidemment Careless Whisper. Un grand moment de génie, slow parfait et avec un saxophone inaugural inoubliable. Même Deadpool embrasse dessus (bon il aime aussi les licornes). Une fois en solo, l'ami George changera de style, moins pop, plus expérimental parfois (notamment dans sa seconde période) et même un poil plus sexué. Le célèbre I want your sex (1987) en est bien la preuve, faisant tomber en émoi les femmes mais aussi les hommes. Un clip coquin par la même occasion où de belles femmes apparaissent en lingerie et l'ami George face caméra avec des cheveux plus courts, barbe de trois jours et boucles d'oreilles. A la même époque, on retiendra également Faith, commençant sur un morceau d'orgue avant que Michael ne se déhanche en faisant de la guitare pour notre plus grand plaisir. Puis il y a eu certainement ma chanson préférée de cet artiste, dont votre cher Borat avait déjà évoqué le clip autrefois (voir Cuvée Fincher). Freedom 90, chanson énergique au possible ryhtmée par un piano endiablé, un clip sexy en diable avec les plus belles mannequins de l'époque et un tube immortel sur les ondes au même titre que son interprète. Voici donc une playlist faisant honneur au roi Michael.

D'aussi loin que votre interlocuteur se souvienne, il connaît Claude Gensac depuis assez jeune. Elle symbolisait une image qui a duré plusieurs décennies et encore largement alimentée par la télévision: celle de la femme cinématographique de Louis de Funès, sa fameuse "biche". Un faire-valoir en apparence et pourtant un personnage à part entière, devenant un véritable repère pour les spectateurs. La femme du Gendarme de Saint Tropez, la belle-mère d'Oscar, la décendante d'un homme hiberné, la complice d'un meurtre... Plus rare depuis la mort de l'acteur (notamment à cause de producteurs  elle avait depuis quelques années refait son apparition au théâtre et dans quelques films. Pour les enfants post-50's, elle fut aussi la voix de la belle-mère diabolique de Blanche Neige dans le film produit par Walt Disney (1937). Finissons cet article hommage en évoquant la mythique Princesse Leia. On évoque souvent une malédiction des sagas cultes, certains acteurs finissant parfois enfermés dans un rôle si iconique qu'il bousille leur carrière. Si Carrie Fisher a vécu constamment avec cette image de princesse intergalactique et générale de la rébellion, fille d'un seigneur de la mort et soeur d'un des plus grands jedis de tous les temps, elle était bien plus que ça. On l'oublie souvent, mais en dehors des six Star Wars qu'elle a tourné (oui, Holiday Special compte aussi), l'actrice avait su montrer qu'elle pouvait s'entourer de grands cinéastes.

claude gensac

 

Dès 1980, John Landis l'engage pour devenir un des meilleurs running-gags de la comédie américaine. Imaginez une jeune femme prête à se marier et qui se fait poser un lapin par son futur époux. Imaginez ensuite la colère envenimant tout son être au point de commettre une vengeance aussi incendiaire et explosive. Vous aurez alors l'ex de Jake Blues (John Belushi)! Un personnage qui revient au cours du film toujours dans l'idée de tuer son ancien amant de manières diverses. L'actrice se retrouvera par deux fois aux côtés de Tom Hanks, tout d'abord dans le remake du Grand blond avec une chaussure noire (L'homme à la chaussure rouge de Stan Dragoti, 1985), mais surtout dans The Burbs (Joe Dante, 1989). Un film récemment remis en lumière grâce à Carlotta et qui fut longtemps bien peu considéré. Une véritable satire au vitriol des banlieues pavillonnaires si chères aux américains, avec des gens paranoïaques au moindre changement, devenant même progressivement un show délirant contemplé par Corey Feldman et ses amis. Fisher incarne en quelques sortes la voie de la raison de ce pauvre Tom Hanks, tiraillé entre des voisins douteux et le fait de vouloir être tranquille avec sa femme et son fils. La même année, Rob Reiner fait d'elle la meilleure amie de Meg Ryan dans l'impayable Quand Harry rencontre Sally

Slave Jedi Leia

Un personnage servant de conseiller au même titre que Bruno Kirby pour Billy Crystal. L'actrice s'essaye à l'écriture par la suite (devenant même script-doctor, notamment sur Hook de Steven Spielberg) et fait un beau lot de caméo. Que ce soit dans Scream 3 (Wes Craven, 2000) où elle est archiviste ou dans Jay et Bob contre-attaquent (Kevin Smith, 2002) le temps de se dévoiler en bonne-soeur. Lorsqu'il sera question de revenir à Star Wars, elle dira oui et actuellement son destin dans la guerre des étoiles au cours d'un Episode VIII encore sans titre laisse entrevoir un beau casse-tête. Le mois de décembre 2017 risque d'être larmoyant. 

25 décembre 2016

Cuvée 100% Mickey #3

En ce jour de Noël, on ouvre les cadeaux, s'embrasse sous le gui (pour les chanceux) ou s'amuse à regarder les rares films que daignent montrer nos chaînes de télévision entre deux documentaires animaliers. Plus banalement, vous essayez de décuver ou de digérer le repas et les boissons de la veille en vous disant que ce sera pareil demain. Puis à un moment vous allez regarder vos messages, faire un tour sur le web pour voir si le dernier gros blockbuster a finalement montrer de nouvelles images et peut être tomber par hasard sur ce blog que vous connaissez ou non. Après cette longue introduction qui n'a pas vraiment de sens, la Cave de Borat vous souhaite un joyeux Noël et vous offre une nouvelle cuvée pour fêter l'arrivée du divine enfant. Après les longs,
passons au format court dans ce petit cycle Walt Disney en nous intéressant à quelques courts-métrages de Disney et Pixar. (Attention spoilers) Commençons par le plus long avec le fief de Luxo. Votre cher Borat ne reviendra pas sur l'intégralité de leur filmographie courte, l'ayant déjà fait en grande partie par le passé. Il s'agit donc de s'intéresser à des courts qui n'ont pas été évoqué dans ces colonnes, à commencer par Le parapluie bleu (Saschka Unseld, 2013). Présenté tout d'abord au Festival de Berlin, il servira finalement d'avant-programme à Monsters University (Dan Scanlon, 2013).

Синий зонтик (англ. "The Blue Umbrella") from Voice-made on Vimeo.

Le décalage est d'ailleurs assez fort, puisque là où la préquelle du film de Pete Docter est particulièrement cartoonesque, le court est plutôt photoréaliste. Au point parfois de se demander si c'est bien de l'animation ou du live-action légèrement modifié. La prouesse technique n'en est que plus grande et frappante, confirmant qu'à ce niveau Pixar est devenu quasiment imbattable (Wall-e avait déjà donné le coup de grâce à la concurrence). La photographie de Brian Boyd rappelle celle de Jordan Cronenweth pour Blade Runner (Ridley Scott, 1982), faites de pluie, signaux lumineux et d'obscurité. Le parapluie bleu et le rouge dont il tombe amoureux sont à vrai dire les seules réelles sources de lumières du court-métrage. Par la même occasion, le court-métrage fait directement référence aux premiers courts-métrages du studio (de Luxo Jr à Knick Knack) et évidemment à la saga Toy Story (1995-) en mettant en scène des personnages de type objet ou censés être inanimés. On voit progressivement qu'outre les parapluies principaux, certains éléments du décor ont des réactions à l'image de cette conduite d'eau poussant le parapluie au sol ou cette bouche d'égoût qui lui souffle dessus. De même, on remarquera que quand le parapluie bleu s'avèra mal en point, certains auront un air triste.

Le Parapluie bleu : Affiche

Une personnification du quotidien en quelques sortes, où les éléments font rencontrer des êtres inanimés ou pas (les propriétaires des parapluies finissent par boire un café ensemble). On s'amusera d'ailleurs du fait que les humains ne montrent jamais leur visage. Ils ne font que marcher sous des parapluies ou conduire une voiture. Ils n'ont d'ailleurs pas vraiment de personnalité, la plupart des "marcheurs" ayant des parapluies identiques, à la limite même de la déprime en dehors de notre couple également symbolisé par les couleurs bleue et rouge. Le garçon et la fille dans ce qu'il y a de plus banal comme représentation. Un peu comme dans Toy Story avec Andy, on voit même un attachement des propriétaires pour leurs objets. Le propriétaire du parapluie bleu aurait pu en prendre un autre, il finira par revenir sur ses pas pour le retrouver. Pour ce qui est du scénario, il est souvent simple chez Pixar en ce qui concerne les courts-métrages, mais suffisament pertinent pour durer quelques minutes sans problème. Avec des idées simples on fait parfois des miracles et Le parapluie bleu en fait partie avec son histoire d'amour entre deux parapluies, puis potentiellement celle de leurs propriétaires respectifs. Passons ensuite à Lava (James Ford Murphy, 2015). Un court-métrage qui a reçu des critiques assez négatives, certains jugeant la chanson servant de leitmotiv un peu trop mièvre, voire affreusement ridicule.


I LAVA YOU - Pixar (Full Engsub) par IsabellaLindley1

Au contraire de ces dernières, votre cher Borat la trouve particulièrement envoûtante et apaisante, en plus d'être bien interprétée par Kuana Torres Kahele et Napua Greig. Toutefois en vo, elle passe peut être un peu mieux que sa traduction française. La chanson renvoie directement aux chansons hawaïennes, certains iront même jusqu'à faire allusion au chanteur Iz (le réalisateur serait visiblement fan de sa reprise d'Over the rainbow). Dans tous les cas, une chanson contant l'amour de deux volcans, un en éruption, l'autre éteint, d'abord avec le point de vue du premier, puis du second avant de finir à l'unisson. Là encore une histoire entre deux êtres normalement déshumanisés et pourtant cela fonctionne. Un peu comme Inside out (Docter, 2015) dont il est l'avant-programme (après avoir été diffusé en juin 2014) et The good dinosaur (Peter Sohn, 2015), James Ford Murphy joue d'un savant mélange entre décors quasiment photoréalistes et proches de ce que l'on peut voir sur les îles possédant des volcans; et la personnification de ses volcans plus cartoonesque. Une difficulté pour les animateurs puisque les volcans devaient gronder tout en chantant, rester le plus naturel possible tout en gardant des émotions. Par ailleurs, il est assez cocasse que le plan final a un camarade plus ou moins similaire dans le dernier film Disney Moana (Clements, Musker, 2016). Le hasard des choses parfois.

Lava : Affiche

Même si certains regretteront la chanson, Lava reste un des plus beaux court-métrages du studio, de par sa richesse graphique folle. A souligner également que la 3D était bien plus utile sur Lava qu'Inside Out, jouant parfaitement de la profondeur de champ particulièrement grande du film notamment par de longs travellings aériens. La même année pour la sortie de The Good Dinosaur, Sanjay Pastel revenait sur son enfance à travers Sanjay's Super team. L'idée était de montrer le conflit identitaire du réalisateur, entre les convictions hindoues de sa famille et ses propres héros issus de la télévision. L'enfant est plus ou moins suggéré comme étant le réalisateur, dixit l'écrito ouvrant le film ("d'après une histoire presque vraie") et les photos servant au générique de fin. Le rituel des séries animées le matin se confrontent à celui du rituel hindou, un conflit entre le père et le fils, le premier cherchant à faire comprendre à son fils que la religion a son intérêt et en soi peut aussi créer des héros. Ce que constate Sanjay à travers une expérience très personnelle. Il en vient à imaginer que le fait d'avoir éteint la bougie revient à libérer un démon représenté de manière difforme, puisque ce dernier absorbe des divinités et symbolisé par le violet. Les divinités présentées Vishnu (en bleu), Durga (en rouge) et Hanuman (en vert) finissent par affronter le démon, mais le salut viendra quand le petit tuera son idole à travers ce jouet super-héros.

'Sanjay's Super Team' Oscars 2016 Short Film (Animated)-HD from Ana Lucia Pio Borges on Vimeo.

Désormais, ses idoles ne seront plus uniquement des super-héros américains, mais également les divinités comme souvent à l'origine des héros modernes. Cela est symbolisé par le retour du jouet, mais aussi le point lumineux sur le front engendrés par Vishnu. Les deux peuvent cohabiter dans l'esprit du jeune garçon. Il est d'ailleurs ironique que les personnages du show télévisé soient plus ou moins représentés de la même manière que les divinités, comme pour confirmer la réappropriation de ces dieux de nos jours sous une autre forme. Toutefois, Pastel n'en fait pas des super-héros de la manière que Brad Bird. Ainsi, l'affrontement est moins frontal, renvoyant plus ou moins au jeu de rôle avec des attaques de défense principalement. Une manière de varier les plaisirs et surtout de donner lieu à un spectacle inédit. On peut aussi souligner le travail absolument formidable sur la lumière, encore plus fantastique sur un grand écran. Evoquons maintenant le dernier court-métrage de Pixar diffusé en avant-programme du Monde de Dory (Andrew Stanton, 2016). Piper (Alan Barillaro, 2016) impressionne lui aussi par un photoréalisme spectaculaire. La plage présente a l'air plus que vraie, idem pour l'eau et seuls les oiseaux et crustacés semblent un peu plus cartoonesques et encore. Le réalisme frappe, bien plus que dans le long de Stanton. 

Si le court s'avère ravissant, il se révèle en revanche trop simple dans son scénario. Le court manque également de réels rebondissements en comparaison des opus cités plus hauts, eux aussi simples mais savant faire monter le suspense dans leurs intrigues. Toutefois en terme de récit d'apprentissage, on pourrait le rapprocher de Bambi (David Hand, 1942) avec cet enfant partant à la découverte de la nature grâce à sa mère. Le film est assez perfectible en soi, mais il s'avère au moins sympathique et permet à Pixar d'expérimenter. Peu après Monstres et cie (Pete Docter, 2001), les studios Pixar ont commencé à faire des petites extensions de leurs films. La nouvelle voiture de Bob (Docter, 2002) fut le premier d'un grand lot de courts-métrages souvent réalisés pour la sortie vidéo ou depuis en avant-programme de films Disney ou ressorties (ce fut le cas de Small fry et Partysaurus Rex). Le dernier en date qui vaille la peine d'être évoqué est Riley's first date (Josh Cooley, 2015), séquelle d'Inside out. Ces petites extensions permettent parfois d'éviter la suite de trop ou d'aller dans d'autres directions. On avait vu cela avec Baby sitting Jack Jack (Brad Bird, 2005) qui était carrément un élément oublié de l'intrigue des Indestructibles (Bird, 2004), prolongeant le plaisir du final. Riley's first date s'amuse un peu plus du concept initial (voir comment les émotions régissent notre vie) en prenant globalement le point de vue du père entraperçu dans le film (une sorte de QG militaire dirigé par la Colère) et celui du potentiel petit-copain de la petite Riley (un skate-park intérieur). 

Inside Out - Riley's First Date from Maria Grazia on Vimeo.

Le Père découvre les joies de l'adolescence balbutiante de sa fille, ce qui a tendance à l'effrayer, là où la Mère en fait des caisses en ne savant pas trop comment s'y prendre. On tombe dans le cliché connu et souvent évoqué au cinéma du père ne voulant pas du copain de sa fille et ce dernier finit par le convaincre. Ici l'argument sera la musique, qui plus est par l'inoubliable Back in black (AC/DC, 1980). Inutile de dire qu'il est impératif de voir ce court-métrage en VO, la VF ne comportant quasiment aucune voix du film (vous croyez que Charlotte LeBon va se déplacer pour même pas vingt secondes de présence de Joie?) et alignant les fautes de goût de langage. Imaginez vous celui de Kev Adams dans tout ce qu'il entreprend et vous aurez une vague idée désagréable de la chose. Au moins la VO évite ce problème, en plus d'être déjà mieux représentative des personnages dans le film original (Amy Poehler était littéralement Joie). Beaucoup de spectateurs se sont plaints de l'annonce d'un Toy Story 4 pour les années à venir, pourtant Pixar déblaie le terrain depuis 2011. Un peu comme les Cars Toons mais en plus consistants, les studios Pixar ont commencé à miser sur des scénettes autour de l'après Toy Story 3. Le studio a commencé avec trois court-métrages (Vacances à Hawaï, Small fry et Partysaurus Rex), il est depuis passé aux épisodes spéciaux avec Toy Story of terror (Angus MacLane, 2013) et That time forgot (Steve Purcell, 2014), diffusés sur la chaîne ABC et disponibles en DVD par chez nous. 


Toy Story Of Terror - Full Movie - Part 1/6... par gaubaccuc9x05

S'intéressant aux aventures quotidiennes de nos jouets favoris chez la petite Bonnie, les courts étaient au pire sympathiques, au mieux amusants. Dans tous les cas au moins attachants. Ces épisodes spéciaux vont déjà un peu plus loin. Le premier est l'occasion pour le studio de s'intéresser quasiment pour la première fois à l'horreur, en multipliant les clins d'oeil parodiques. Les premières minutes renvoient aux films de vampires classiques, comme on peut voir une allusion directe à La nuit des morts-vivants (George A Romero, 1968) avec cette femme blonde pourchassée dans un cimetière. Le hérisson bavarois Mr Pricklepants, en bon amateur de cinéma et théâtre, sera l'hôte spécialiste évoquant les codes du cinéma d'horreur. Que ce soit les personnages qui disparaissent, les endroits à ne pas aller ou une créature qui rôde (en l'occurrence un lézard voleur de jouets pour le propriétaire du motel). Sans compter les allusions à Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) avec un gérant de motel particulièrement douteux (merci Norman Bates) et une toile de douche s'enlevant pour laisser place à la menace. Toy Story of terror est aussi l'occasion pour les scénaristes d'aborder la psychose de Jessie, à savoir la claustrophobie. La cowgirl y sera confrontée continuellement durant cet épisode et finira par combattre cette phobie qui lui traîne depuis qu'elle a été abandonné. 

Toy Story Metrage (affiche Mike Mignolia)

 

Affiche réalisée par Mike Mignola.

Une évolution pour le personnage, confirmant que ces extensions ne sont pas forcément là pour faire joli et prolonger banalement la franchise (à la différence des Cars Toons). Comme souvent, ce court est également l'occasion de découvrir de nouveaux personnages comme cette sorte de GI Joe et sa miniature, le dernier jouet issu d'une collection, une sorte de Transformers ou même des legos. That time forgot revient quant à lui à l'essence même du premier opus en montrant des jouets qui ne sont pas conscients d'en être. Ainsi, Woody, Buzz, Trixie, Rex et le chaton d'or se retrouvent chez un ami de Bonnie avec tout un univers de jouets. Des sortes de gladiateurs dinosaures, une sorte de patriarche machiavélique et une arène où des jouets se font dégommer par notre bande de dinosaures. Leur mythologie est très poussée avec des décors forts et des accessoires multiples. Reptillus Maximus comme la plupart de ses camarades ne savent pas qu'ils sont des jouets, faisant directement penser au Buzz d'autrefois. A la différence que nos chers dinosaures se prennent pour des combattants sanguinaires comme à l'époque des Romains et qu'ils voient le fait de jouer avec des enfants comme étant une forme de rédition inacceptable. Ainsi les gentils jouets, puis nos camarades deviennent des cibles malheureuses, ce qui donne des scènes pas si éloignées des peplums

  

Ce qui fait le bonheur du méchant de service, profitant des jeux-vidéo du petit pour faire ce qu'il veut avec des âmes insouciantes. Un court qui permet aussi au dinosaure Trixie de voir qu'elle peut être plus qu'une simple dinosaure et que les rôles que lui donne Bonnie ne sont en rien réducteurs. Il vaut mieux cela que de n'avoir aucune attention, comme on peut le voir avec le jeune ami de Bonnie avec beaucoup de jouets pour finalement peu d'intérêts. De quoi attendre en toute confiance le quatrième film Toy Story, en espérant avoir des nouvelles de la bande à Woody par des Toy Story Toons aussi inspirés. Après avoir longuement évoqué Pixar, passons maintenant aux studios Disney. Depuis Paperman (John Kahrs, 2012), Disney s'est remis à la production de courts-métrages pour ses avant-programmes (sauf pour Zootopie). L'occasion d'expérimenter eux aussi de nouvelles techniques et de permettre au studio de confirmer un troisième âge d'or plus ou moins confirmé depuis Tangled (Howard, Greno, 2010). Pour le second court-métrage de cette collection, le studio Disney s'en remet à l'inimitable Mickey Mouse. Get a horse (Lauren MacMullan, 2013) avait servi d'avant-programme à Frozen (Lee, Buck, 2013) mais votre cher Borat n'avait pas pu le voir à cause d'un petit retard. Il avait pu le découvrir lors de son récent séjour à Disneyland, qui plus est en 3D.


Mickey Mouse - get a horse (2013) par FrankSmash15

L'occasion de voir à quel point la 3D peut faire de très belles choses quand elle est bien utilisée. D'autant qu'elle contribue parfaitement au délire même du court-métrage. En effet, MacMullan nous présente tout d'abord ce qui semble être un film d'époque, du type que Walt Disney produisait et le format s'avère très restreint. Le court reprend le principe même des mésaventures entre Mickey et Pat Hibulaire, ce dernier cherchant comme souvent à kidnapper Minnie. On croit alors qu'il s'agit peut être d'un court-métrage restauré, avant d'apercevoir ce qui semble être un rideau autour de l'écran jusqu'à ce que Mickey et Horace passent à travers l'écran et laissent apparaître une salle de cinéma! A partir de là, la 3D prend tout son sens, l'écran apparaissant comme de la pure profondeur de champ, Mickey et Horace sont ensuite au second plan et le spectateur finalement au premier en admirant le spectacle. La transition entre les deux décors se fait par la couleur et l'animation, puisqu'une fois dans la salle, les personnages sont en images de synthèse et non plus en noir et blanc. Un excellent rendu en comparaison d'une célèbre série faisant les beaux jours des petits (mais si, vous avez certainement déjà vu des images de La maison de Mickey, ne faites pas les innocents chers lecteurs).

 Mickey, à cheval ! : Affiche

Le court joue sans cesse entre un aspect meta (les personnages finissent les propres créateurs de l'histoire et des éléments interragissent avec l'écran, seul vecteur entre l'univers toon et la salle de cinéma) et un vibrant hommage à Walt Disney, ce dernier redevenant la voix de Mickey grâce à des enregistrements. L'hommage va même plus loin puisque Oswald le lapin chanceux apparaît dans le court-métrage. Le lapin ancêtre de Mickey avait été subtilisé à Walt Disney par le producteur Charles Mintz et Disney avait créé la souris en conséquence. Walt Disney n'a jamais pu revoir son personnage lui revenir, au contraire de son neveu Roy puisque les droits sont allés au studio en février 2006. Une histoire d'échange entre un présentateur sportif d'ABC que désirait NBC et le lapin. Depuis, on a pu voir le lapin cocréé par Ub Iwerks dans le jeu-vidéo Epic Mickey et sa suite (2010-12), devenant maître d'un monde où règnent les personnages oubliés de Disney. Son apparition dans Get a horse symbolise son retour définitif dans la mythologie Disney en intégrant la bande à Mickey. Revoir Get a horse en 2D (le film est disponible sur le DVD et le BR de Frozen) fait perdre un peu de la magie du court-métrage. Toutefois, il serait bête de bouder son plaisir devant ce court-métrage inventif et absolument maîtrisé.

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Passons ensuite à l'Oscar du meilleur court-métrage animé 2015 et avant-programme de Big Hero 6 (Don Hall, 2014), Le festin (Patrick Osborne, 2014). Dans sa structure, le court-métrage n'est pas sans rappeler l'une des séquences phares de Up. Au lieu de voir une parcelle de vie à travers des gens qui vieillissent, meurent ou se retrouvent seuls, Osborne prend le point de vue d'un chien en prenant chaque jour quelques secondes de sa vie. Son rapport à la nourriture évolue en fonction de ce qui arrive dans la vie de son maître. Se contentant de ce qu'il pouvait trouver dehors, le chien change une fois qu'il a rencontré celui qui deviendra son maître. Se nourissant à sa faim, le chien a parfois des petits plus selon ce que mange son maître. Puis un jour, le maître rencontre sa compagne visiblement fan de légumes et les menus sont moins gourmants, plus sains. Du jour au lendemain le couple se brise (le temps de deux plans) et les mauvaises habitudes reprennent. Le maître tombe dans les travers de la dépression. Le chien ne le remarque pas tout de suite, se contentant de ce qu'on lui donne avant de remarquer le brin d'herbe habituel que déposait la compagne de son maître. Le Festin est un court assez sombre, abordant l'abandon (le maître trouve Winston relativement jeune et dans la rue), puis la dépression de manière indirecte par le prisme d'un élément improbable (la nourriture en l'occurrence).


Le Festin - Disney Pixar [HD] par addictomovie

Il faudra bien le meilleur ami de l'homme pour que le maître retrouve le chemin de la raison. Il faut parfois se contenter de peu ou de petites choses de temps en temps. Winston finira par voir les étapes d'un couple à travers ce qu'on lui donne à manger, avec joie ou désintérêt. L'animation reprend le même système que Paperman (le système Meander) utilisé cette fois avec de la couleur. Un rendu de qualité, jouant très bien des lumières (ensoleillée au début et à la fin, ténébreuse au milieu). Enfin terminons sur le dernier cru du studio, servant d'avant-programme à Moana. Evidemment pour l'instant, le court-métrage n'est pas disponible sur le net et vous devrez aller voir le dernier Disney en salle pour le découvrir. Toutefois, le teaser devrait vous donner une idée du concept d'Inner workings (Leo Matsuda, 2016). Si l'animation est plutôt pas mal en dehors de certains corps (une demoiselle se retrouve avec des formes un peu spectaculaires il faut bien le dire), il faut bien avouer que l'histoire est un mix avec peu d'inspiration d'Inside out et Paperman. Le personnage d'Inner workings est lui aussi un employé de bureau déprimé à l'idée d'aligner les dossiers dans une ambiance quasiment mortuaire, alors qu'il pourrait très bien s'amuser. Il tombe également amoureux d'une vendeuse de lunettes de soleil rencontrée par hasard.

Toutefois, le film reprend davantage du film de Pixar puisque cette fois ce ne sont plus les émotions qui gèrent l'homme mais le Cerveau et le Coeur personnalisés pour l'occasion. Le cerveau est la figure rationelle, là où le coeur est plutôt partisant du plaisir. Sauf qu'à force de rester dans le sérieux, on passe à côté de sa vie et on n'évolue pas. Quasiment le même concept à peu de chose près. Pas que le court ne soit pas bien de lui-même, mais clairement on sent un vrai manque d'inspiration par rapport aux court-métrages cités dans cet cuvée. On ne peut pas réussir à chaque fois. Allez à la semaine prochaine!

18 décembre 2016

Cuvée 100% Mickey #2

La Cave de Borat continue son cycle à travers le cinéma de Walt Disney. Après nous être intéressé aux relectures et au passage du studio à l'animation en images de synthèse, allons vers d'autres horizons au pays de Mickey. (Attention spoilers)

  • Disney revient aux contes

Enchanted adams

Outre les relectures de La belle au bois dormant et Cendrillon effectuées par Robert Stromberg et Kenneth Branagh (2014, 2015), les studios Disney sont revenus par deux fois aux contes à travers des productions live-action. Enchanted (Kevin Lima, 2007) a d'ailleurs une particularité : il est le premier film Disney à utiliser de l'animation traditionelle depuis 2004 (La ferme se rebelle fut le dernier, rappelons-le). Des passages animés plutôt ravissants pouvant s'aider de l'expérience du réalisateur (on lui doit notamment Tarzan) et annonciateurs du look cgi des prochains films Disney post-Robinson. Ils servent à introduire les personnages à Andalasia, monde typique des contes de fées qui est un genre récurrent du studio. L'occasion pour le studio de parodier ses propres films avec une certaine habileté, tout d'abord en évoquant des clichés récurrents. La jeune femme fleur bleue qui tombe amoureuse du prince au premier regard (Amy Adams et James Marsden), dont la mère ne veut pas de cette liaison (Susan Sarandon) et s'aide d'un valet (Timothy Spall) pour la faire disparaître. Pour le reste, Enchanted cite au moins trois classiques précisément: Blanche Neige et les sept nains (David Hand, 1937), Cendrillon (1950) et La belle au bois dormant (Clyde Geronimi, 1959). Pour la première, Kevin Lima cite tout d'abord la scène de rangement chez les nains (Giselle demande aux animaux du coin de nettoyer l'appartement de Patrick Dempsey).

enchanted dessin

Après l'avoir envoyer dans notre monde, la Reine Narissa cherche à tuer Giselle une bonne fois pour toutes et quoi de mieux que par des bonnes pommes rouges empoisonnées ? D'ailleurs, le costume de la reine renvoie directement à celui de la belle-mère de Snow White, sans compter qu'elle se transforme aussi en vieille dame pour piéger sa future belle-fille. S'ajoutent ensuite les points communs avec La belle au bois dormant. La chanson True Love's kiss renvoie directement à Once upon a dream, d'autant qu'elle est aussi chantée par les deux amoureux lorsqu'ils se rencontrent. Comme Maléfique, la reine se transformera en dragon à la différence que cette fois c'est la princesse qui tuera le dragon et non l'amant. A noter que dans les trois films, l'héroïne est réveillée par le baiser de son prince charmant. Quant à Cendrillon, Lima reprend l'histoire du soulier (pas en vair toutefois) et du bal. Le film reprend même l'aspect livre ouvert et refermé pour symboliser le début et la fin du film, renvoyant à la méthode initiée par Walt Disney dès 1937. On regrettera certainement le côté très fleur bleue, voire carrément romcom du film, à l'image de toute la sous-intrigue sur le couple Dempsey-Idina Menzel qui n'a au final que peu d'intérêt. Ironiquement d'ailleurs la future reine des neiges ne chante pas, y compris le final laissé à Carrie Underwood.

 Il était une fois : Photo Amy Adams, Kevin Lima

Menzel devra attendre 2013 pour casser la baraque avec Disney. Puis il y a le côté un peu prévisible qui peut aussi jouer au fil du film, malgré un casting plutôt en forme (beaucoup ont enfin fait attention à Amy Adams grâce à ce film, il était temps...). Mais en cette période de Noël c'est un film idéal à regarder en famille. On ne peut pas en dire autant d'Into the woods (2014). Rob Marshall avait déjà montré ses limites avec le nauséabond remake musical de 8 1/2 de Federico Fellini (Nine, 2009), puis le déjà oublié quatrième Pirates des Caraïbes (2011), ici on atteint le point de non-retour. Le problème quand une comédie-musicale est mauvaise n'est pas le trop-plein de chansons, un musical devant en être fourni pour en être un, c'est même sa principale raison d'exister. En revanche, si les chansons ne sont pas bonnes, là les ennuis commencent à arriver. On a beau chercher après la vision, aucune ne reste en tête si ce n'est négativement. Ainsi l'une d'entre elle est même un bordel cacophonique, où tout le monde chante en même temps dans un brouhaha horrible. En soi les acteurs ne chantent pas si mal, d'autant que certains ont déjà montré qu'ils savaient chanter (James Corben et Anna Kendrick notamment). Mais les chansons et la manière de les interpréter ne sont clairement pas bonnes. Puis il y a un aspect pénible qui peut ruiner n'importe quel musical: chanter des dialogues (comprendre chanter "passe moi le sel"). Ce qui est le menu fretin d'Into the woods.

into the woods poster

A cela se rajoute une histoire qui en englobe beaucoup trop, au point de faire un peu tout et n'importe quoi. La sorcière (Meryl Streep) en vient à être à la fois celle qui condamne le Boulanger (Corben) à rester stérile et celle qui emprisonne Raiponce (Mackenzie Mauzy). Les différents éléments qu'elle demande au Boulanger et à sa femme (Emily Blunt) amènent à des personnages de contes (Jack l'enfant aux haricots magiques, Raiponce, Cendrillon, le Chaperon Rouge). Evidemment, tous n'ont pas la même importance (Rapunzel n'a aucune consistance, le Chaperon Rouge n'existe véritablement que durant le premier acte) et c'est bien tout le problème. On peut également se demander où est l'intérêt pour Disney de réadapter Cendrillon alors que leur remake live sortait trois mois après, tout comme Jack et le haricot magique qui aura droit à deux nouvelles adaptations (une live supervisée par Vince Gilligan, une autre en animation). Certes les personnages existaient dans le musical de Broadway, mais leurs retours dans ces circonstances laissent circonspect. On peut aussi s'amuser du comportement douteux de certains personnages, raccords visiblement avec le musical mais dans le cadre présent dans un film tout ce qu'il y a de plus familial (et encore le film a été visiblement bien recadré par les scénaristes).

A l'image d'un prince particulièrement forniqueur (Chris Pine) ou les demi-soeurs de Cendrillon se payant une garde-robe un poil vulgaire. On pourra aussi noter des morts évoquées le plus vite possible, puisqu'il faut mettre le plus de la comédie musicale dans un film qui dure déjà deux bonnes heures. La preuve avec la femme du boulanger morte dans des circonstances à peine évoquées et partant du film à la vitesse de l'éclair. Parfois c'est bien quand ça s'arrête.

  • La révision de Borat #5

atlantis

Pour rappel, la Révision de Borat est une sous-catégorie de critiques effectuées par votre cher Borat où il revient sur son avis délivré sur un film. La critique initiale est laissée et en dessous une autre plus positive (John Carter d'Andrew Stanton par exemple) ou négative (ce fut le cas de Prometheus de Ridley Scott). Etant donné que nous sommes dans la Cave de Borat, vous n'aurez pas la critique d'Atlantide l'empire perdu (Wise, Trousdale, 2001) ici. Toutefois, revenir sur le cinéma de Walt Disney permet ce type d'initiative. Revenons un peu sur un des films méconnus des studios Disney, en raison d'un succès plus que modéré (il n'a pas dépassé son budget aux USA et fut sauvé par les chiffres internationaux). Il y a plusieurs films Disney dont les spectateurs peinent à se souvenir, entre les films à sketches hors Fantasia (qui a déjà vu Le crapaud et le maître d'école ? Pas tous à la fois les gars), Dingo et Max (Lima, 1995) ou un bon nombre des crus des 2000's. A vrai dire, on ressent souvent un black-out chez certains spectateurs entre Tarzan (Lima, Buck, 1999) et au moins La princesse et la grenouille (Clements, Musker, 2009), reconnaissable à une perte de vitesse à la fois commerciale et artistique. Ironiquement, un cru aussi détesté par ses géniteurs comme Taram et le chaudron magique (Berman, Rich, 1985) a fini par acquérir une réputation, à force d'être évoqué comme une "merde" par la presse encore aujourd'hui (n'est-ce pas Studio Ciné Live ?).

nautilus

Il est aujourd'hui réhabilité au moins comme un bon cru auprès de la génération l'ayant découvert en vhs ou en dvd. Il n'est pas étonnant de rattacher Taram à Atlantis The Lost empire, puisque les deux films n'ont pas de chansons (à part pour le générique de fin du film de 2001) et surtout se positionne avec un regard plus adolescent - adulte. Un voeu du studio au début des 2000's avant de voir que cela ne fonctionnait pas dans les salles (l'échec commercial de La planète au trésor fut pour le moins brutal), tout comme c'était aussi le cas dans les 80's avant Oliver et compagnie (George Scribner, 1988). Un film qui apparaît presque comme une anomalie pour le studio (comme Taram), puisque même le genre et ses personnages n'ont rien de réellement enfantins et on sent que les réalisateurs de La belle et la bête ont voulu revenir à quelque chose qui plaisait à Walt Disney : Jules Verne et l'expérimentation scientifique. D'ailleurs, il n'est pas étonnant que le sous-marin s'appelle le Nautilus... A ce vaisseau, se rajoute la technologie atlante à l'image de ces vaisseaux volants, ce robot crabe servant à protéger le reste des fondations de l'ancienne île aux yeux du monde ou ces fameux robots formant un bouclier géant autour de la cité. On voit également les prémices de la Ière Guerre Mondiale à travers les costumes avec masque à gaz ou les mitraillettes lourdes. Idem pour les sortes de delta-planes.

atlantis cité

La guerre se prépare et est ici représenté par un groupe de mercenaires prêts à en découdre pour l'argent. D'ailleurs, ils l'avouent quasiment tous lors de leur entrevue avec Milo: ils sont là pour le cash, rien de plus, là où Milo est réellement passionné par ce qu'il entreprend. Pour perpétuer l'aspect totalement marginaux de certains personnages, l'une des rares paroles en français de la Taupe (complètement censurées en vf) sont "est-ce que vous voulez coucher avec moi" (la baffe n'en est que plus méritée).  On est quand même loin des princesses et du politiquement correct évoqué par les détracteurs du studio. De même pour les actions des méchants, Rourke apparaissant comme un baroudeur sans foi, ni loi quand Helga a un look de femme fatale dès sa première apparition. Quant à la princesse Kida, elle se révèle être un personnage n'hésitant pas à en découdre et particulièrement sexy, apparaissant presque comme un équivalent de Milo. Pour preuve, elle essaye de sauver son peuple d'un déclin potentiel, là où lui adopte cette culture enterrée depuis des siècles pour en faire sa nouvelle terre. L'amour brille sous les étoiles... Le travail sur la culture atlante est pour le moins intéressant, puisque l'équipe a crée un langage et une écriture, en plus d'une histoire propre avec des divinités vivantes prenant une femme pour corps, sacrifice qui semble se faire de génération en génération. 

atlantis gif

Le Roi évoquera même le destin funèbre de son peuple après un prologue spectaculaire et dévastateur. Sa soif de pouvoir et de guerre a provoqué la perte de l'Atlantide et les dieux n'en ont fait qu'une bouchée. Un personnage qui payera par la mort de sa femme offerte en sacrifice et manquant de perdre sa fille. Si l'on excepte la chanson du générique à l'utilité particulièrement pauvre (pour le coup, on préfèra même la version française...), la musique de James Newton Howard est un véritable bijou en puissance. Le genre qui donne un côté épique pour le moins savoureux aux images, voire multiplie leur intensité par deux. Le compositeur avait déjà fait quelques merveilles sur Dinosaure (2000), mais là c'est un sans faute. Pas étonnant que Disney le reprendra encore pour La planète au trésor (Clements, Musker, 2002). En résultes un film d'aventure à l'ancienne, porté par un look imaginatif et changeant complètement de ce que nous offre Disney habituellement. Les spectateurs n'étaient peut être pas prêts à un cru de ce type, même si Dinosaure avait déjà montré quelques prémices à travers un récit parfois plus radical (l'ouverture renvoyant à une célèbre séquence de Fantasia). Un cru à redécouvrir à l'heure où Disney instaure un troisième âge d'or.

  • Productions en vrac!

rocketeer

Outre l'animation, les studios Disney sont connus depuis les 50's pour des productions live-action. La plus connue à cette époque est certainement l'adaptation de 20000 lieues sous les mers (Richard Fleischer, 1954). Ce cycle spécial Disney est l'occasion aussi d'évoquer certaines productions, notamment celle-ci. En 1991, Disney se lance dans le super-héroïsme. Un sous-genre encore en balbutiement, dont le souvenir de la plupart des spectateurs vient surtout des serials et autres séries télévisées, au contraire de vrais films de cinéma. Ainsi depuis la sortie de Superman (Richard Donner, 1978), on pourra noter l'arrivée au cinéma des personnages de comics Dick Tracy (chez Disney toujours dans un film qui a salement vieilli), le Punisher, Howard the duck, Batman, Captain America et bien évidemment du Rocketeer. Issu du comic-book de Dave Stevens datant de 1982, il met en scène un jeune aviateur découvrant une rocket et devient ainsi un héros dans les 30's. The Rocketeer (Joe Johnston, 1991) arrive à une époque où le super-héros commence à peine à devenir un phénomène au cinéma, d'autant qu'en plus il fait partie d'une vague de films utilisant des héros pulp. Outre le film de Warren Beatty précité, on notera plus tard l'arrivée de The Shadow (Russell Mulcahy, 1994) et Le fantôme du Bengale (Simon Wincer, 1996).

the rocket

Des films un peu kitschs, jouant parfois un peu trop avec l'aspect pop (Dick Tracy ses couleurs criardes et ses personnages grimés, The Phantom et son costume moulant franchement ridicule), dont ressort vraiment The Rocketeer. Le costume est déjà plus sobre (une veste en cuir, un casque, la rocket et des bottes!) et en dehors d'un homme de main volontairement cartoonesque, le film se révèle déjà un poil plus terre à terre que ses concurrents. Le fantastique n'a pas lieu d'être, au contraire des aventures d'Indiana Jones se déroulant sur la même période et avec les mêmes ennemis (les nazis encore et toujours). Le point commun n'est d'ailleurs pas étonnant puisque Joe Johnston a longtemps travaillé pour Lucasfilms y compris sur les films de Steven Spielberg (1981-89). Rien d'étonnant pour lui d'adapter ce héros pulp hérité des serials et de films comme les Indiana Jones. Comme plus tard, Captain America (2011) continuera l'héritage de The Rocketeer toujours sous la direction de Johnston. De même, le film rend hommage à l'époque où il se situe, citant dans un premier temps Errol Flynn sous un air fort sombre à travers le méchant incarné par Timothy Dalton. Un acteur égocentrique et collaborateur des nazis sur le sol américain. Même le gangster incarné par Paul Sorvino ne lui fera pas de cadeau une fois la nouvelle su, en bon patriote qu'il est.

rocketeer girl

A cela se rajoute le look très glamour de Jennifer Connelly, renvoyant à Bettie Page dixit l'auteur du comic-book. L'actrice n'aura probablement jamais été aussi rayonnante que dans le film de Joe Johnston. Sans compter la présence d'Howard Hawks, inventeur de la fameuse rocket (Terry O'Quinn). Le pionnier de l'aviation devient ainsi une sorte de mentor pour le héros (Billy Campbell), jusqu'à lui offrir un avion dans les dernières minutes du film. Si Campbell n'est pas vraiment charismatique, son interprétation est suffisament sympathique pour que l'on puisse trouver son personnage attachant. D'autant qu'il est secondé par un Alan Arkin parfait que l'on qualifierait davantage de second père pour le héros (ses parents ne sont jamais évoqués), le seul qui croit en lui. Le film a tout de même pris dans la figure, non aidé par des incrustations de piètre qualité lors de la première envolée du Rocketeer. Ce type de problèmes apparaîtront un peu moins par la suite, les actions du Rocketeer se déroulant plutôt la nuit comme tout justicier masqué qui se respecte. The Rocketeer bénéficie aussi d'un des meilleurs scores du regretté James Horner, véritable ôde à l'aventure. Classe, épique, trépidant, Horner avait mis les petits plats dans les grands pour ce retour au pulp. Le film n'aura pourtant pas l'accueil mérité. Il faudra attendre plusieurs années pour qu'il se taille une vraie réputation, au point que Disney veuille produire une séquelle avec un personnage féminin.

Avec les moyens actuels, il y a possibilité que cette séquelle aille plus loin que son aîné dans les ballets aériens. Mais malheureusement James Horner ne sera plus là pour lui donner ce côté épique si jouissif... Allez à la semaine prochaine!

11 décembre 2016

Cuvée 100% Mickey #1

Parfois les voyages nous inspirent des idées, souvent les plus folles sont les meilleures dit-on. En allant chez Mickey Mouse en août
dernier, votre cher Borat a eu une révélation: cela faisait très longtemps qu'il n'avait pas revu une bonne partie des classiques des studios Disney. Un cycle qui dure depuis son retour du sacro-saint Disneyland avec les pieds lui servant de lumières (car plein d'ampoules, les casseroles sont à votre droite- NDB) et qui se poursuit encore à l'heure où je vous écris (soit 130 courts et longs-métrages comportant classiques et productions aussi bien Marvel, Pixar ou Touchstone). Votre cher Borat a déjà évoqué un grand nombre de films ou courts, que ce soit dans des critiques individuelles, des dossiers ou dans la Cave de Borat, alors pourquoi faire encore des cuvées sur l'empire Disney? Parce que tout n'a pas été évoqué et qu'il y a donc encore de quoi causer un petit peu. Puis, quoi de mieux que de faire un patchwork de ce que fait le studio le plus puissant d'Hollywood dans le plus beau bordel de la blogosphère ? Ces cuvées rythmeront au moins ce mois de décembre, car c'est les fêtes, cela vous changera du schmilblick des courses, des cadeaux et qu'un peu d'émerveillement ne vous fera pas de mal cher lecteur! Alors es-tu prêt à repartir au royaume de Disney? Go! (attention spoilers)

  • Des relectures pas si anodines

les 101

Contrairement à ce qui se dit ces derniers temps, les studios Disney n'ont pas attendu les 2010's pour se mettre à faire des remakes de leurs films animés. Ainsi, la firme s'en était remis à John Hughes pour produire Les 101 dalmatiens (Stephen Herek, 1996). Quasiment identique (sauf que Roger n'est plus compositeur mais concepteur de jeux-vidéo et Anita travaille directement pour Cruella qui n'est plus une simple amie), Glenn Close en pleine séance de cabotinage et un charme en moins quasi-total. Disney osera même la production d'une séquelle (sans John Hughes, heureusement pour lui) en 2000 sous la direction de Kevin Lima. Un film dont on se souviendra notamment pour le splendide caleçon léopard (avec queue incluse) de Gérard Depardieu et cette séquence horriblement ridicule où Ioan Gruffudd tirait sur une corde avec un chien. Puis comme une averse en plein cagnard, Disney envisage des remakes de ses classiques (elle l'avait déjà fait avec ses productions comme La montagne ensorcellée ou L'espion aux pattes de velours) à la fin des 2000's. Au point de friser l'overdose au vue du lot de films annoncés. Vous vous souvenez des articles canulars de votre interlocuteur sur des films lives Disney *? Hé bien certains sont dedans depuis, jugez plutôt:

  • La belle et la bête (Bill Condon, sortie le 22 mars)
  • Merlin l'enchanteur
  • Dumbo (Tim Burton)
  • Le Roi Lion (Jon Favreau)
  • Winnie l'ourson (Marc Forster)
  • Mulan
  • Blanche Neige et les sept nains (les deux films de 2012 n'ont pas suffit)
  • Aladdin (Guy Ritchie),
  • Peter Pan (David Lowery)
  • un film sur la Féé Clochette avec Reese Witherspoon (à moins que ce soit le même projet autour de Peter Pan)
  • un film sur Cruella avec Emma Stone
  • un autre sur le Génie
  • un autre sur Une nuit sur le Mont Chauve issu de Fantasia
  • un film sur le Prince Charmant
  • une suite à Mary Poppins (Rob Marshall, avec Emily Blunt remplaçant Julie Andrews)
  • Pinocchio
  • La petite sirène (à ne pas confondre avec le projet avorté de Working Title avec Sofia Coppola et Chloe Moretz)

On peut en rire mais tout ces projets sont bel et bien en production, certains à des stades plus avancés que d'autres. La raison? Le succès foudroyant du lamentable Alice au pays des merveilles (Tim Burton, 2010). Interessons nous donc à trois remakes de classiques plus ou moins animés sortis depuis 2014. Vu à la télévision, Maléfique (Robert Stromberg, 2014) est ce que l'on peut appeler un Angelina Jolie's movie au même titre que Salt (Phillip Noyce, 2010). L'actrice s'y est investie dès son arrivée sur le projet et le film repose quasiment que sur elle, incarne le rôle principal et fait même jouer sa fille à peine née. A la différence d'Alice, Maléfique offre un point de vue singulier puisque met en avant la célèbre méchante. Mieux, il justifie sa haine envers le royaume. Pourquoi pas, après tout cet élément est absent du film de Clyde Geronimi (1959) et c'est toujours cela de pris pour étoffer l'intrigue. Sauf que Stromberg modifie les trois quarts de l'histoire à sa sauce, au point d'oublier qu'il est censé adapter La belle au bois dormant. Maléfique devient assez rapidement un monumental bordel où le spectateur assidu s'amuse à remarquer ce qui vient du Disney et ce qui est modifié. Le Roi Stéphane (Sharlto Copley) est en soi une merveille de non-sens. Père inquiet pour sa fille dans l'animé, il est ici un immonde connard. 

Maléfique : Affiche

Il coupe les ailes de Maléfique par vanité (séquence surréaliste, puisque l'anti-héroïne n'a rien ressenti lors du découpage alors que ce sont des membres à part entière de son corps); renvoie sa fille (Elle Fanning) lors de son retour, l'envoyant directement à la pointe; manque de tuer Maléfique alors qu'elle fait la paix avec lui, engendrant sa propre mort par dessus le marché. A ce stade, ce n'est définitivement plus elle la méchante du film mais lui. A force de vouloir rendre son méchant initial positif, le film se casse la figure jusqu'à la description même du personnage. Ainsi, son corbeau (Sam Riley) et elle veillent sur Aurore, au point que les trois fées (Imelda Staunton, Juno Temple et Lesley Manville) sont totalement évincées du film ou employées à la seconde prêt de présence syndicale. Idem pour la scène du baiser. Le Prince Philippe (Brenton Thwaites) a beau être introduit, sa présence se résume au strict minimum. Comme il connaît peu Aurore, il ne peut éprouver d'amour sincère envers la jeune fille au contraire de Maléfique qui commence à la voir comme une nièce (la petite l'appelle même "Marraine"). Même le dragon n'est plus Maléfique mais son Corbeau métamorphe (encore une modification). Si au niveau du script le film ne cesse de faire n'importe quoi, la direction artistique est en revanche de qualité. On regrettera même quelques catastrophes (le look de Maléfique enfant, le visage des fées retouché quand elles sont petites), mais le film est quasiment inattaquable à ce sujet. On a longtemps parlé d'une séquelle, mais rien depuis bien longtemps n'a été évoqué. Pas plus mal, le spectateur préférant se souvenir du Disney originel.

Maléfique : Photo

C'est un non mesdames au lifting cgi pas beau du tout. Vous pouvez refermer le cercueil.

Passons à Cendrillon (Kenneth Branagh, 2015). Disons le franchement, le film original (1950) n'était pas parfait et c'est même pour cela que ce type de lifting made in Disney by Disney est finalement pas si inutile qu'il n'en a l'air (même topo pour Le livre de la jungle de Jon Favreau). Si l'animation est encore aujourd'hui magnifique (notamment la robe et les souliers de l'héroïne), le film doit son intérêt principal à ses second-rôles, que ce soit les souris, la marâtre, Lucifer ou le Duc. Des personnages qui aident énormément à faire passer la pilule, compensant une héroïne beaucoup trop fade. Contrairement à ce que dévoilait la bande-annonce, le film se veut beaucoup moins lisse qu'il n'en a l'air et réussit là où l'original se plantait. Dès les premières minutes, Branagh remet son héroïne (Lily James) au centre de l'intrigue, sans qu'aucun second-rôle ne lui vole finalement la vedette (on ne regardait pas Cendrillon pour Cendrillon, aujourd'hui si). Elle n'est plus une jolie façade, elle est le rôle principal et le restera du début à la fin du film. Le début s'attarde longuement sur la relation unissant l'héroïne à ses parents (Hayley Atwell et Ben Chaplin), un aspect dégagé en un seul plan dans l'ouverture du film du trio Geronimi / Jackson / Luske. La détermination de Cendrillon à vouloir s'en sortir se réflète dans le combat de sa mère pour vaincre sa maladie. De ce fait, même si elle subira les assauts de sa belle-mère (Cate Blanchett merveilleusement méchante), elle continuera le combat pour s'imposer dans la maison.

cendrillon

Une différence nette avec son avatar animé qui subissait absolument tout, quitte à accepter son statut de souillon sans rechigner. Statut méprisé par Walt Disney jusqu'à La belle au bois dormant où une évolution s'imposera, le Prince Charmant (Richard Madden) a lui aussi droit à un traitement de faveur. Il n'est plus une simple apparition et a une véritable personnalité. Le personnage se voit obligé de trouver une compagne pour succéder correctement à son père de plus en plus malade (Derek Jacobi), peu aidé par un Duc jouant de son autorité et quelque peu avide d'argent (Stellan Skarsgard). Dramatiser ses rôles principaux permet de rendre l'histoire meilleure et un peu moins cliché, ce dont on ne va pas se plaindre. Le tout symbolisé par une scène de bal particulièrement bien chorégraphiée et réalisée. Les second-rôles sont également de qualité, Cate Blanchett étant parfaite en belle-mère traumatisée par un premier mariage raté et tenant Cendrillon responsable du second ratage, son père préférant s'occuper de sa fille plutôt que d'elle. Une jalousie maladive quelque peu malsaine et plutôt bien retranscrite à l'écran. Pour ce qui est du visuel tout n'est pas parfait, Branagh ayant tendance à partir dans le fluorescent y compris pour les costumes, ce qui ne plaira pas à tout le monde. Si les costumes sont dans l'ensemble superbes et à la hauteur d'une production de ce type, on pouvait s'attendre à un peu mieux pour la robe de Cendrillon aussi jolie soit-elle.

Cendrillon : Photo Cate Blanchett

Une bonne surprise à laquelle se rajoute Peter et Elliott le dragon (David Lowery, 2016). Si Cendrillon était au moins agréable à regarder, c'était moins le cas du film de Don Chaffey (1977). Vieillissant, horriblement guimauve et aux chansons mal écrites en plus d'être trop présentes (ce qui n'était pas prévu initialement), l'original était un film dont on préférait même ne plus se souvenir de son existence. Cela tombe bien, David Lowery dépoussière tout cela en ne reprenant quasiment rien de l'original et encore mieux, il bonnifie le concept initial. On retrouve l'amitié entre le petit (Oakes Fegley) et le dragon, l'invisibilité de ce dernier, le premier est toujours orphelin et finit par trouver une famille qui l'aime, un homme (Karl Urban) cherche à capturer le dragon pour la fortune et la gloire. Toutefois, la vision de Lowery n'a strictement rien à voir avec celle de Chaffey. Le film a été tourné en Nouvelle Zélande, profitant des magnifiques montagnes et forêts, là où l'original se déroulait dans un village au bord de mer. Les chansons servant à un musical lourdingue sont totalement zappées, laissant la place à des chansons folk sentant bon l'Americana d'autant que le lieu n'est pas spécifié. La musique n'est pas imposée au spectateur, elle sert de toile de fond et installe une ambiance bien particulière.

Peter et Elliott le dragon : Affiche

Elliott n'est plus non plus un dragon gaffeur, accumulant les bêtises en ville (comme casser des barrières), mais une créature protectrice et à préserver. Un message de tolérance quelque peu absent de l'original et qui ne fait pas de mal alors que les espèces animales menacées d'extinction augmentent. Initialement, Elliott devait être moins présent dans le film original, d'où le pouvoir d'invisibilité servant avant tout à économiser de l'argent. Aujourd'hui il se dévoile un peu plus et n'est donc plus un running gag que l'on utilise de temps en temps pour dynamiter un film manquant de rythme.  Le réalisateur se révèle d'ailleurs assez brutal en évoquant le destin de son jeune héros dès les premières minutes. Comme le disait le réalisateur à Cinémateaser ce
mois-ci (numéro 60), la séquence est montrée du point de vue d'un enfant de 4 ans, évitant que le choc soit trop violent pour lui et le spectateur jeune. Cela permet à l'enfant un deuil plus efficace auprès de l'aura protectrice du dragon, chose que Peter fera en retour une fois plus âgé en protégeant son ami dragon. Par contre, visuellement le dragon a une forme assez étrange, se rapprochant plus du chien que du cracheur de feu. Mais Lowery a déjà fait un miracle: faire oublier un aussi mauvais film avec un autre de qualité. Sorti cet été entre deux blockbusters (comparé au Livre de la jungle, il n'a été budgeté qu'à 65 millions de dollars), le film n'a pas été un grand succès (un peu plus de 142 millions de dollars de recettes).

Peter et Elliott le dragon : Photo

Peut être que la vidéo l'aidera à se faire une meilleure réputation, en tous cas votre cher Borat sera le premier à le soutenir. Comme quoi, les remakes de classiques Disney ne sont parfois pas une si mauvaise chose, à condition de prendre des candidats qui méritent un peu plus d'attention.

  • Disney mise sur les images de synthèse

Chicken Little : Affiche Mark Dindal

Suite à l'insuccès de La ferme se rebelle (Finn, Sanford, 2004) et d'autres déconvenues antérieures, les studios Disney décident de passer aux CGI comme leurs collègues chez Pixar (alors en pleine négociation houleuse d'un nouveau contrat). Croyant que si le film de 2004 n'avait pas marché était à cause de l'utilisation de l'animation traditionelle (alors que c'était juste parce qu'il était mauvais), Disney s'embourbe dans un imbroglio qui durera même après l'arrivée de John Lasseter au département animation. Il faudra au moins attendre Tangled  (Greno, Howard, 2010) pour avoir un style concluant en cgi de la part du studio, même si des efforts seront faits sur Bolt (Williams, Howard, 2008). Avant cela, on aura droit à de belles catastrophes à commencer par Chicken Little (Mark Dindal, 2005). Votre cher Borat ne s'étendra pas plus sur cette Guerre des mondes du pauvre souvent incohérente (des personnages sont devant un vaisseau extraterrestre gros comme un paté de maisons mais ne le voit pas; le père qui bousille l'avenir de son fils en le faisant passer pour un idiot; des aliens qui vaporise des gens sans raison; un monde pas clair) et laid. Par contre, il vous conseille de le voir en version québécoise. Déjà car il n'y a plus la pénibilité d'entendre Lorant Deutsch dans le rôle principal.

Chicken Little : Photo Mark Dindal

Mais surtout car les québécois francisent tout, que ce soit les titres ou même les noms des personnages et certaines chansons! Ainsi Chicken Little devient le flamboyant Petit Poulet et Queen, les Bee Gees et Patti LaBelle ont droit à une traduction mémorable de We are the champion (1977), Staying alive (1977) et Stir it up (1985). Ce qui donne un charme bis totalement involontaire qui durera quelques minutes avant de s'évaporer. Passons à The Wild (Steve Williams, 2006) qui n'est pas un classique Disney comme il est souvent évoqué. Il s'agit en fait d'une production CORE Feature Animation distribuée par le studio aux grandes oreilles. On a souvent dit que ce film était un plagiat de Madagascar (Darnell, McGrath, 2005) et pourtant il se trouve qu'il a été écrit bien avant la production Dreamworks. Le problème est qu'il est sorti presque un an après. Cela n'empêche pas les deux films d'être mauvais, mais il est bon d'être au courant de ce fait pour briller en société. Une preuve de plus de la guerre entre Disney et Dreamworks après les problèmes rencontrés avec Fourmiz (Darnell, Johnson, 1998) et 1001 pattes (John Lasseter, 1998); puis Le monde de Némo (Andrew Stanton, 2003) et Gang de requins (2004). Comme les scripts ont dû circulé un peu partout, les histoires sont plus ou moins similaires au détail près. 

The Wild : Affiche

Une affiche mensongère, cet alligator n'étant pas une menace et les gnous ne sont pas à New York.

Les deux films mettent en scène un petit groupe d'animaux issus du zoo de Central Park (même plan pour montrer la fermeture du lieu), dont un lion et une girafe (masculine chez Dreamworks, féminine chez Disney), même virée dans New York avant d'aller en Afrique, même parcours initiatique pour le lion (il n'a jamais mis les pieds dans la savane), retour aussi en toute fin par bateau. On ne peut pas dire que The Wild et Madagascar brillent par leur originalité, rien qu'à jouer à ce petit jeu des différences. De plus, les deux films jouent sur l'aspect comique à la différence que The Wild navigue constamment dans le pipi caca. Il n'y a qu'à prendre pour exemple cet animal en train de se soulager en pleine jungle sur ce qui semble être des toilettes (vive l'anthropomorphisme) ou cette tortue qui pète lors d'une drôle de partie de curling turtle. Le film se veut drôle mais il est surtout lourd tout le temps, accumulant les situations grotesques et les sidekicks pénibles. A l'image de ce lionceau miaulant durant tout le film avant de rugir ou ce koala qui dit une bêtise à chaque fois qu'il ouvre la bouche. On ne remerciera pas de sitôt Didier Gustin pour le piteux doublage de ce personnage ("ces gnous sont très flippants, mais ils ne sont pas mauvais en smurf", "il n'y aurait pas quelqu'un qui aurait une couche culotte à me prêter?").

The Wild : Photo Steve Williams

Pas beau d'aller chercher chez les concurrents...

Sans compter plus tard cette sous-intrigue avec des gnous se prenant pour des prédateurs, tout en étant danseurs et chanteurs. On notera également de bons gros clichés comme ce kangourou et son ami hippopotame parlant le langage djeuns (vu en français, mais l'idée ne vient certainement pas de la vf), le pingouin sortant tout droit d'Happy feet (George Miller, 2006), le serpent qui ne peut s'empêcher de tout raconter ou ces sortes d'insectes déguisés en bavaroises en pleine jungle africaine! On s'amusera aussi des joies du cinéma, où un petit bateau peut suivre sans problème un cargo à l'heure où les côtes africaines sont pleines de pirates. Pour ce qui est de l'animation, certains animaux sont mieux animés que d'autres quand les décors se révèlent souvent mal réalisés ou peu crédibles (le lion peut passer au dessus de sa clôture au zoo, mais n'arrive pas à sauter une barrière où est son fils à la même hauteur ?). The Wild s'avère être une belle catastrophe, le genre de chose que l'on évite de voir seul sous peine d'un ennui et d'un agacement à toute épreuve. La première production Disney supervisée par John Lasseter fut Bienvenue chez les Robinson (Stephen Anderson, 2007). Le film est adapté d'un album de William Joyce, un auteur très prisé par les studios d'animation puisqu'il a également inspiré les studios Blue Sky (Robots et Epic de Chris Wedge, 2005, 2013) et Dreamworks (Rise of the guardians de Peter Ramsey, 2012).

The Wild : Photo

Les rebeus du zoo de Central Park, de belles têtes de porte-bonheur.

Inutile de dire qu'à part le film de Ramsey, tous ont été des ratages et Meet the Robinson les rejoint. Pas que le film soit une purge, mais il a énormément de défauts qui en font un mauvais film. L'une de ses grandes tares est de devoir exploiter une vingtaine de personnages plus ou moins importants car font parties d'une même famille. Ainsi, on remarque rapidement que
l'univers semble trop grand pour cette durée (environ 1h30) et on assiste davantage à une longue exposition sans réel enjeu, ce qui entraîne un ennui poli. On comprend rapidement que le grand nombre de personnages permet de compenser le manque d'intrigue (l'album adapté ne semble pas en avoir plus non plus, puisque Wilbur et son ami devait chercher la dent du grand-père!). Sauf que quand tout s'accélère vers la fin, il est un peu tard et le spectateur n'est plus captivé par ce délire autour des paradoxes temporels et des erreurs du passé après une heure à attendre que cela se passe. D'autant que le méchant est très mal écrit et le twist autour de son identité n'en est que plus risible. Il s'agit finalement d'un être épris d'une rancoeur futile, à l'attitude beaucoup trop bizarre (le type est présenté comme un bonhomme ayant porté depuis trente ans le même costume) et finalement manipulé par un chapeau démoniaque. Le vrai méchant est finalement le chapeau qui n'est donc pas qu'un objet, mais cette explication arrive dans le dernier acte.

Bienvenue chez les Robinson : Affiche Stephen J. Anderson

A force de faire attendre le spectateur, il est déjà en train de s'endormir... Enfin pas trop au vue de l'hystérie collective régnant dans la famille Robinson entre des grenouilles qui chantent, une matriarche qui a toujours raison, son frère qui a un canon à nourriture, un grand-père qui s'habille à l'envers, un robot couteau-suisse, un chien avec des lunettes, un livreur de pizzas déguisé en super-héros, une pieuvre maître d'hôtel, un mec ventriloque et dont sa femme est sa marionette avec qui il a eu des enfants (!)... Le film montre tout ce petit monde durant près d'une heure, alors que la plupart sont inutiles dans l'intrigue. Le personnage de Lewis se révèle progressivement assez agaçant à force de se dénigrer sans cesse sans raison, tout en piquant la mèche quand ça ne va pas pour lui. Dommage car quand le film aborde le terme de la famille et de la science, il ne s'en sort pas trop mal. Des thèmes qui auraient certainement plu à Walt Disney, grand rêveur du futur s'il en est. A cela se rajoute des séquences chantées sans intérêt uniquement là pour compenser l'accélération de l'action (une simple musique aurait mieux fait l'affaire). Disney n'est pas au point non plus avec son style cgi encore trop approximatif pour combattre la concurrence et avec des personnages aux formes encore trop improbables entre anorexie et bedaine trop excessive. Des défauts encore bien présents pour les humains de Volt mais qui change dès Tangled.

Raiponce : Affiche

Disney trouve enfin son style en revenant à quelque chose proche de l'animation traditionelle. Les textures des décors sont entre la peinture et le photoréalisme (l'herbe ou certains bâtiments en attestent), ce qui n'empêche pas un petit aspect cartoonesque de se présenter. Une pure beauté visuelle auquel se rajoute une bien meilleure animation des personnages, que ce soit des corps (les personnages ressemblent davantage à ceux dessinés début 2000's que de ceux qui ont suivi) ou même leurs spécificités (les cheveux de Raiponce par exemple sont très bien mis en valeur par la lumière). Après dix ans d'errements artistiques entre recherche du public adolescent finalement sans espoir, ratages, expérimentations et même un bref retour à l'animation traditionelle (le sympathique La princesse et la grenouille), Disney retrouve grâce par un nouveau récit de conte. Si l'héroïne du film de Ron Clements et John Musker était une évolution en étant afro-américaine et une employée au détriment d'être une princesse, l'action de Tangled est racontée par le personnage de Flynn Rider et non Raiponce. Ce qui permet au studio de ne pas se priver du public masculin, comme le suggère également le titre original. Cette même opération sera faites sur Frozen (Lee, Buck, 2013) avec un succès encore plus retentissant. Le film reprend les codes du conte à la Disney en les repensant de la même manière que les réalisateur des Disney fin 80's-début 90's. Ainsi, Raiponce n'est pas une coquille vide, fille malheureuse de rester seule dans sa tour et découvrant le monde avec un petit brin de naïveté bienvenu grâce à un brigand.

Raiponce : Photo Nathan Greno

A la différence que Flynn n'est pas un mendiant essayant de survivre comme Aladdin, mais un petit truand volant ironiquement la couronne de la mère de Raiponce. Un personnage assez sympathique auquel on peut rajouter les cartoonesques caméléon et cheval accompagnant nos jeunes héros. Le portrait de la sorcière est assez ambigu, puisqu'elle devient aussi possessive qu'une mère avec son enfant, tout en étant une parfaite méchante cherchant à obtenir et garder ce qui lui appartient selon elle. Sa fin est même assez tragique, pas loin de rejoindre celle de la reine de Blanche Neige. Là aussi un beau plongeon dans le vide avant un atterrissage sauvage. A noter qu'il sera de bon ton de voir le film plutôt en vo, la voix de Romain Duris correspondant bien peu au personnage de Flynn, d'autant que ce n'est pas lui qui chante la rare chanson concernant son personnage. Même cas pour Isabelle Adjani pourtant amatrice de pull-marine. Tangled apparaît ainsi comme un renouveau pour Disney, une entrée dans un troisième âge d'or attendu depuis le début des 2000's et un retour également vers de gros succès populaires. A bien y regarder à part peut être Les mondes de Ralph (Rich Moore, 2012), tous les classiques Disney depuis Tangled ont eu un succès fort, confirmé encore récemment par les chiffres de Moana (Clements, Musker, 2016). L'ère du changement est arrivée. Allez à la semaine prochaine!


* Si vous les avez oublié, revoici les liens: Disney remake Disney et Cuvée Disney by Borat .