Cine Borat

01 mai 2016

Cuvée sous une pluie mauve battante

Vous êtes en soirée, tout se passe dans la joie et la bonne humeur, vous finissez par vous poser à un endroit et regardez bêtement les réseaux-sociaux au bout d'un moment. Puis votre tête change quand vous apprenez qu'une des plus grandes rockstars vient de nous quitter. Quand vous le dites aux gens présents autour, la réponse est sans appel: "oh mais on le savait déjà", à la limite du "on s'en fout". A l'heure où le monde est de plus en plus connecté, ce retour à la réalité tardif fut pour le moins brutal. Prince est mort à 57 ans, la même année que le Dieu Bowie, à croire que le rock'n roll n'a pas assez souffert en ce début 2016. L'occasion pour la Cave de Borat de lui rendre un hommage pour le moins personnel comme toujours. Ma "rencontre" avec Prince fut tardive, tout du moins elle n'a pris sens que vers la fin de mon adolescence. Quand bien même j'avais déjà vu Batman (Tim Burton ,1989) lors du printemps de l'an 2003, je n'avais jamais fait réellement attention à la musique. Je dirais même qu'elle m'avait laissé
indifférent en dehors du score de Danny Elfman, dont le thème m'était déjà familié par la série Batman (1992-99). Pourtant, les années passent, les visionnages aussi et cette bande-originale de Prince commence à prendre sens. Supplantant son "rival" Michael Jackson (il avait aussi été contacté par la Warner), Prince semble particulièrement inspiré par le Dark Knight, s'imprégnant pleinement de l'univers jusqu'à en reprendre le look pour quelques clips autour de l'ost.

Prince

Plus qu'un coup commercial (Warner est à la fois la maison de disque de l'artiste et le studio derrière le film), une véritable oeuvre
symbolisée à elle seule par la Batdance. Le titre a beau être ridicule (n'ayons pas peur de le dire), la chanson est un sommet, naviguant entre trois bonnes couches: la première bénéficiant d'un monumental solo de guitare (un plaisir à l'écoute), le second évoquant le personnage de Vicky Vale (Kim Basinger dans le film) et la troisième bien foutraque revenant un peu au délire premier. En sachant que ce titre fut une solution de remplacement pour une autre chanson nommée Dance with the devil, jugée trop sombre par le chanteur. Il est d'autant plus curieux qu'aussi populaire est cette chanson, elle n'est jamais diffusée durant le film, y compris en générique de fin (c'est le très beau slow Scandalous qui en fait office). Ce qui ne l'empêchera pas d'être un des singles les plus vendus du Kid de Minneapolis. Le clip signé Albert Magnoli (réalisateur de Purple Rain) est un pur bonheur, Prince s'en donnant à coeur joie, cheveux longs dans sa batcave ou mi Batou, mi Joker avec des danseurs chauve-souris ou amateurs de sourires. Sans compter toute la tension sexuelle entre les mouvements de bassins du Kid et les magnifiques danseuses ressemblant à Vicky Vale. Des bijoux il y en a d'autres sur l'ost, Partyman (le clip permet à Prince de faire des merveilles en Joker) et Trust présentant un pur moment d'expression pour l'impitoyable Jacko Nicholson et de beaux moments de musique pop.

Prince

Puis il y a eu Purple Rain (1984). La chanson tournait déjà sur mon Ipod (à une époque où je m'en servait encore) avant même de voir le film de Magnoli sur D17 il y a quelques années désormais. Un beau nanar avec tous les clichés de la success story: la romance un peu cochonne (les 80's tout ça, tout ça), la fille sans le sou bien mignonne, le héros montant dans le monde de la musique, les rivaux véreux (si possible obsédés sexuels), le succès, l'entourage tortueux (père alcoolique, mère adultère)... Mais s'il y a bien une chose à sauver, ce sont les shows musicaux avec des chansons crées pour l'occasion. Ce qui fait de Purple Rain un projet crossmedia de haut vol, avec Oscar de la meilleure musique à la clé. L'occasion de voir Prince comme le véritable showman qu'il était, capable de partir dans des performances monstrueuses et des solos de guitare dignes de ce nom. Ne retenir de cet album que son titre éponyme serait fort désagréable, au vue de titres superbes comme I would die 4 u ou Let's go crazy (qui n'est pas sans rappeler la chanson finale d'Howard the duck!), mais Purple Rain est si beau, si fracassant. Un pur slow où la guitare pleure, où le romantisme est total et la performance indéniable. On y revient souvent que ce soit pour les paroles ou le solo final valant à lui seul l'écoute.

Prince 2

 

Pour continuer le voyage musical, je vous invite à aller voir en dessous la petite playlist que je vous ai concocté. Des smacks, des corvettes rouges en 1999, de la crème et même des reprises à l'américaine. Prince est parti, son royaume est en deuil espérant que sa voix ne soit pas oublié. Sa guitare ne s'arrêta pas de pleurer avant longtemps sous la pluie mauve... Allez à la semaine prochaine. 

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25 avril 2016

Un héros au grand coeur, avec un gros sabre

Wade Wilson alterne les missions de pacotille jusqu'à ce qu'un cancer  se déclare. Suite à une mauvaise expérience, il cherche désormais à se venger. Surtout qu'ils ont en leur possession sa petite-amie...

Deadpool (2)

Sept ans : c'est ce qu'il a fallu à Ryan Reynolds pour monter le projet Deadpool. Au lieu de lancer le spin-off lié à la saga X Men (les droits du personnage sont rattachés aux mutants, tout comme le Surfer d'argent aux Fantastic Four), la Fox impose la présence de l'acteur dans X Men Origins: Wolverine (Gavin Hood, 2009). Mieux, s'il n'accepte pas, le studio lui fait comprendre qu'il pourra faire une croix sur le rôle. Alors l'acteur s'exécute pour ce qui sera un véritable carnage. En plus d'être une véritable bouse, le film détruit le personnage en lui enlevant toute allusion au quatrième mur et en déformant le personnage jusqu'à plus soif. Un vrai foutage de gueule qui a enterré pendant un temps l'idée de voir cet anti-héros au cinéma. Pendant ce temps, Ryan Reynolds part chez DC Comics pour une aventure sans lendemain (Green Lantern de Martin Campbell, 2011), avant qu'un test en CGI ne filtre sur le net. Si cela n'a jamais été prouvé, il semblerait que ce soit bien l'acteur qui a lancé la vidéo et par chance, elle enthousiasme le public et la Fox. D'autant que, malgré les événéments survenus durant la production de Fantastic Four (Josh Trank, 2015), la Fox a changé de direction. Adieu Tom Rothman, jamais avare pour montrer son mépris pour la franchise X Men. Par la même occasion, cette dernière a retrouvé des couleurs sous l'impulsion de Bryan Singer, Matthew Vaughn et James Mangold depuis 2011.

Deadpool (7)

Pourtant Deadpool de Tim Miller n'est qu'un petit investissement pour le studio: 55 millions de dollars de budget (sans la promotion qui a dû être bien chiffré également). En comparaison, le premier X Men (Singer, 2000) avait coûté 75 millions. A cela rajoutez qu'il s'agit d'un comic-book movie restricted, ce qui n'était pas arrivé chez Marvel depuis Punisher War Zone (Lexi Alexander, 2008). Rien que pour cela, Deadpool apparaît comme un enjeu certain, à l'heure où les studios ont peur de miser sur des films à moyen ou gros budgets avec cette classification. Preuve en est avec Batman V Superman Dawn of justice (Zack Snyder, 2016), qui devra attendre sa sortie vidéo pour avoir droit à une version R. Néanmoins, nous avons vu plus d'une fois que le PG-13 pouvait engendrer des scènes violentes et aborder des thèmes sombres. Voir la saga X Men dans son ensemble. Sauf que Deadpool opère dans un monde gore et violent, justifiant cette classification en plus de l'aspect sexuel et des termes graveleux. Quand bien même le ton est bon enfant (on reste dans un univers fun jouant d'humour), Tim Miller se fait plaisir en massacrant le plus de bonhommes envoyés au casse-pipe. La scène de l'autoroute, entrecoupée de moult flashbacks, en est le plus bel exemple, Deadpool zigouillant le premier ennemi venu dans cette scène spectaculaire. D'autant plus quand on sait que cette scène ne contient quasiment que des éléments numériques. Un véritable tour de force au vue de cette scène purement jouissive et lisible, alignant les moments excentriques dignes de Deadpool. 

Deadpool : Photo Ed Skrein, Gina Carano, Ryan Reynolds

C'est aussi à cela que l'on reconnaît la fidélité certaine au médium initial: cette tendance à arrêter l'action pour dire une vanne. Soit ce qu'il ferait parfaitement dans un comic-book, y compris revenir à un événement antérieur (ce qu'il fait tout le long du film). Sans compter tout l'aspect "quatrième mur brisé", Reynolds s'adressant plus d'une fois au public dans sa narration jusqu'aux scènes post-générique. Mieux, le récit est à l'image du personnage. Ne vous attendez pas à un grand récit super-héroïque, où le héros sauve le monde. Sous ses airs de film d'action débridé avec un peu de fantastique (on a quand même des mutants qui se régénèrent ou ayant des pouvoirs), Deadpool n'est ni plus, ni moins qu'une romcom débridé avec un super-héros! Finalement il utilise son héroïsme non pas pour une grande cause, mais pour son propre besoin, à savoir sa vengeance et sauver sa petite-amie (Morena Baccarin encore loin de ses capacités). Vous me direz, ce n'est pas la première fois qu'un super-héros sauve sa belle (Spider-man passe son temps à le faire), mais jamais cela n'a été l'enjeu principal d'un film de ce type. On ne pouvait pas trouver plus ironique pour évoquer un super-héros pareil. Il faut bien avouer que Deadpool ne serait pas grand chose sans l'implication sans faille de Ryan Reynolds.

Deadpool (3)

Bien plus concerné que sur Green Lantern (pas dur en même temps), l'acteur est Deadpool et on sent qu'il tient le personnage. Sans lui pas de projet et si la réalisation du novice Tim Miller ressemble à beaucoup de blockbuster, le show de Reynolds permet de compenser. Il est d'autant plus agréable de voir le film en VO pour se délecter des vannes de l'acteur, allant de la comparaison entre Gina Carano et Rosie O'Donnell au nom du personnage Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand), en passant par une petite réflexion sur Charles Xavier (James ou Patrick? Telle est la question!). D'autant plus que l'univers dans lequel évolue Deadpool fait oublier le carnage Wolverine (on change les origines, à l'image du nettoyage opéré depuis First Class), tout en semblant se dérouler dans la temporalité de Days of future past (Singer, 2014). En soi, ce n'est pas tant un problème, tant ce film semble hors du temps dans la saga, tout en y restant attaché. On s'amusera de la présence de la jeune héroïne et de Colossus (sous une forme plus BD et retrouvant son accent russe), atouts charmes de plus à une entreprise peut être simple, mais terriblement amusante et changeant de ce que l'on voit d'habitude. Reste les méchants manquant un peu d'intérêt, mais le combat final a néanmoins de bons ressorts (avec une apparition délirante d'un vaisseau vu dans le Marvel Cinematic Universe). Une suite est d'ores et déjà prévue au vue du succès fracassant du film et le buzz autour de la scène post-générique devrait permettre de réaliser un beau petit rêve pour les fans de comics. Notons également le caméo digne de ce nom de l'ami Stan Lee. De quoi vendre du rêve à la Maison des idées.

Deadpool (9)

Une pause récréative dans l'univers des X Men, avec un concept assumé autour d'un héros jouissif au possible.

17 avril 2016

Frank Castle punit enfin la racaille comme il se doit

Après douze ans d'attente, Daredevil faisait son grand retour à la télévision. Fort d'une perte des droits de la Fox, le Démon de Hell's Kitchen était entré avec fracas dans le Marvel Cinematic Universe, faisant oublier le sinistre film de Mark Steven Johnson (2003). Après la première saison de Jessica Jones (2015), voici la seconde de l'Homme sans peur avec pour nouveautés le retour de deux personnages phares de Marvel. Le premier n'est autre que le Punisher, adapté trois fois sans jamais avoir eu une vision digne de ce nom. Entre une série Z pas loin de rejoindre les films de la Cannon (1989); un film fidèle aux premiers écrits de Garth Ennis mais trop sage (2004); et une War Zone sanglante mais grotesque (2008), le ton n'a jamais été juste entre le trop gentil et le trop excessif. Il était temps que cela change et Jon Bernthal apparaît rapidement comme une évidence. (Attention spoilers) Le Punisher n'a pas besoin d'apparaître pour faire une première impression spectaculaire. Comme un pied de nez au film de Lexi Alexander, la mafia irlandaise s'est rassemblée sans savoir qu'elle va passer à la casserole. "Une armée" dira le seul survivant. Non, juste un seul homme n'ayant plus rien à perdre et comptant bien faire ce que la police n'a pas réussi à faire: éradiquer la criminalité à Hell's Kitchen. Mais à la différence de Daredevil (Charlie Cox), Frank Castle ne se fait pas prier pour tuer ceux qu'il combat.

Daredevil saison 2 (1)

La rencontre entre ces deux personnages n'a rien d'étonnante, les scénaristes reprennent même une histoire où le Punisher enchaîne Daredevil et l'oblige à tirer sur un mauvais garçon. Le rôle du vigilante est au centre de cette saison et d'autant plus en confrontant deux visions différentes, celle du samaritain protecteur des innocents et celle du purificateur. Jusqu'où le vigilante doit-il aller pour appliquer ce qu'il croit être bon? La frontière entre le sauvetage et le crime n'est finalement pas si grande. Si Matt Murdock est devenu un héros durant la première saison, il en vient à se demander si lui-même ne va pas trop loin, si son rôle est aussi légitime que celui du Punisher. Des questions existentielles parfois évincées par l'intrigue comportant la Main, mais qui ont le mérite d'interroger sur le rôle du héros. Une thématique que n'aborde jamais le MCU (Captain America se demande surtout dans quel monde il vit), au contraire de la trilogie Spider-man (Sam Raimi, 2002-2007) où le héros s'interrogeait sans cesse sur son statut de héros et grandissait. La série ne s'endort pas sur des flashbacks au sujet de Castle, le récit allant à l'essentiel et se focalisant à la fois sur les recherches de Karen Page (Deborah Ann Woll) et sur les propos de Castle. De même, il ne s'agit finalement que d'une introduction, le personnage réglant ses comptes avec les auteurs du massacre de sa famille, avant d'arborer un magnifique gilet-par-balle avec une belle tête de mort blanche dessus.

Daredevil saison 2 (Daredevil)

Un Punisher capable d'aligner charisme, violence et émotion (le discours de Castle au cimetière est un parfait crève-coeur). On attendait cela depuis 1989, les scénaristes de Daredevil nous l'ont enfin donné. A cela rajoutez la performance de Jon Bernthal, n'ayant rien du vulgaire bourrin tirant partout. Le second retour concerne la belle Elektra (Elodie Yung), laissée dans la fosse aux spin-off par la Fox en 2005. Elle peut être vu comme agaçante voire pénible, mais pour rappel le personnage de Frank Miller a toujours été particulier, jouant de ses charmes pour s'imposer et tuer. Une parfaite emmerdeuse en quelque sorte, arrivant toujours au mauvais moment avec de mauvaises augures. Les scénaristes ont préféré opter pour des flashbacks, histoire d'évoquer la relation préexistante entre Murdock et elle, puis montrer sa relation avec Stick (Scott Glenn) qui revient lui aussi pour notre plus grand plaisir. Pour commencer, montrer deux êtres s'aimant mais aux comportements trop différents; puis comment elle est devenue une guerrière. Dans son sillage vient également la Main, qui prend le reste de l'intrigue. Certaines intrigues restent encore une fois en suspens (le trou et les adolescents entraînés), mais devraient gagner en importance dans la troisième saison et peut être dans The Defenders, la grande réunion des héros Marvel / Netflix. On pensait Nobu mort (Peter Shinkoda), mais comme tout bon méchant mystique revient de plus bel pour un affrontement final riche en émotion et particulièrement saignant. 

Daredevil saison 2 (Elektra)

La prophétie voudrait qu'Elektra soit l'héritière de la Main et le final n'en devient que plus évident. Si Elektra doit devenir la guerrière que la prophétie annonce, elle devra mourir en protégeant l'amour de sa vie. De là à dire que l'an prochain elle reviendra dans une robe rouge, il n'y a qu'un pas. On est également heureux de revoir Vincent d'Onofrio, toujours aussi bestial en Wilson Fisk. Il offre même un beau moment de terreur, le duel entre Murdock à découvert et lui tenant toutes ses promesses. L'affrontement entre les deux adversaires est désormais sous différents visages, plus un seul. Foggie (Elden Henson) et Karen prennent plus les devants, le premier en se débrouillant seul face à Murdock partant de plus en plus de son statut d'avocat, la seconde en évoluant toujours un peu plus. Nous l'avions quitté encore perdue, désormais Karen est une femme qui s'impose et devrait encore s'affirmer par la suite. Le côté procédural est toujours intéressant, montrant les rouages du pouvoir et les magouilles universelles avec des dommages collatéraux. Les épisodes ont beau duré entre cinquante et soixante minutes, le récit est si passionnant et la réalisation si punchy que c'est tolérable. Rien à voir avec Game of thrones, où les scénaristes se réveillent toujours en fin de saison pour donner le coup de grâce (le réveil pour d'autres). La réalisation est à nouveau à la hauteur des attentes, notamment dans des corps à corps bien filmés et un nouveau plan-séquence de qualité. S'il n'est pas total contrairement à celui de la première saison, il n'en reste pas moins un merveilleux tour de force, d'autant que c'est un pur moment d'action. Pas tous les jours que vous verrez cela chez Marvel. (Fin des spoilers)

Daredevil saison 2 (Punisher)

Une seconde saison magistrale interrogeant sur le rôle du vigilante et introduit merveilleusement le Punisher.

13 avril 2016

Il y a des choses que l'on ne peut oublier, même chez les héros

Détective privée et ancienne super-héroïne, Jessica Jones voit se profiler le retour d'un ennemi qu'elle désirait oublier...

Jessica Jones (4)

Le Marvel Cinematic Univers a beau engendré les milliards de dollars chaque année, la qualité n'est pas forcément au rendez-vous. Alors quand la Maison des idées s'est décidée à inclure des séries télévisées dans le MCU, il y avait de quoi avoir peur. Pourtant, c'est bien là qu'est arrivé le véritable intérêt de cet univers qui commençait sérieusement à devenir redondant. Pour preuve, une réalisation souvent sommaire, changeant rarement des carcans du blockbuster habituel. A ce niveau seul Les gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) avait réussi à sortir du lot, fort d'une direction artistique sublime et d'un second degré plus présent. Si Agents of Shield a eu du mal à démarrer (au point de perdre petit à petit ses spectateurs, ceux qui sont partis n'étant jamais revenu), elle a fini par trouver sa voie. C'est néanmoins l'association Netflix / Marvel qui a davantage plu avec Daredevil en mars 2015, puis Jessica Jones en novembre dernier. Daredevil est apparu comme une bouffée d'air frais, montrant un univers violent et bénéficiant d'une réalisation bien plus punchy que n'importe quelle série de super-héros (au revoir The CW). De quoi augurer du bon pour Jessica Jones, projet tenant à coeur à la scénariste Melissa Rosenberg (qui a à son compte la série Dexter mais aussi... les Twilight). Comme elle le souligne ce mois-ci dans Cinemateaser, le projet était d'abord un procedural (une affaire par semaine) pour ABC. Ce qui est raccord avec le personnage (Jessica Jones est détective privée), mais aurait vité été redondant et peu inspiré à l'image des débuts d'Agents of Shield.

Photo David Tennant

Le projet traîne mais reprend vie grâce à Netflix, ce qui s'avère d'autant plus cohérent que l'univers de Jessica Jones est pour le moins adulte. Il n'en reste pas moins que l'héroïne est moins connue que le démon de Hell's Kitchen, Iron Fist ou encore le Punisher. Un défi pour la Marvel, peu habituée à mettre en valeur des héros moins connus. Le succès des Gardiens de la galaxie a peut être aidé, d'autant que l'oeuvre adaptée, Alias signé Brian Michael Bendis et Michael Gaydos, est réputée notamment grâce à son ton. En plus de créer une nouvelle héroïne, Bendis a également produit un pur récit pulp, rendant le super-héros normal dans un univers tout ce qu'il y a de plus banal. La série reprend ce principe, tout comme certaines cases (ce qui est assez rare chez Marvel). Là où Daredevil est très actif, Jessica Jones est tout ce qu'il y a de plus anti-spectaculaire. Jessica (Krysten Ritter) utilise ses pouvoirs mais à la manière d'un Hancock (en plus de l'addiction à l'alcool), le corps à corps est peu concluant pour ses adversaires, elle qui bénéficie d'une certaine force. Ce qui est le cas aussi d'un certain Luke Cage, patron de bar (Mike Colter). Le super-héros né en pleine Blaxplotation fait ses premiers pas dans le MCU avant d'avoir sa propre série, l'occasion d'explorer son passé et de voir sa relation avec Jones. Un véritable bonheur de voir ce héros prendre forme en étant fidèle à sa personnalité. Le gars cool qui laisse passer les coups avant de les donner. Certainement un des points forts de cette première saison, alors qu'il n'est qu'un second-rôle. Un bel avant-goût avant septembre prochain. 

Photo Krysten Ritter

(Attention Spoilers) Cage n'est pas que le love interest de service (ou sex friend c'est selon), les scénaristes ont cherché à le lier à Jones plus intimement. Le traumatisme de Jones est le même chez Cage: elle a tué une femme sous l'emprise de Kilgrave (David Tennant), lui a perdu sa femme. Il s'agit de la même personne. Le passé de Jones est trouble, évoqué par flashbacks allant de son adolescence catastrophique (mort de ses parents, mère adoptive qui ne l'aime pas) à cet événement tragique. D'où une tendance à l'autodestruction causée par l'alcool. A l'image d'Alias, les scénaristes ne laissent aucune zone d'ombre à son héroïne, permettant un traitement psychologique de qualité et sortant du lot. D'autant que Krysten Ritter s'en sort merveilleusement bien, donnant un côté vulnérable fabuleux à Jones. La série aborde même des thèmes pour le moins impressionnants avec les femmes en point d'orgue. Alors que la Marvel est régulièrement raillée sur ses films (entre Black Widow qui peinait à convaincre et les jouets de personnages féminins retirés de la vente), voir autant de personnages féminins forts dans ses séries fait plaisir. Si l'avocate incarnée par Carrie Anne Moss est avant tout secondaire, elle reste une femme de poigne, avocate ambitieuse et venimeuse à la fois.  En revanche, les scénaristes ont parfaitement compensé l'absence de Carol Danvers aka Captain Marvel (l'amie de Jessica dans Alias) en créant un nouveau personnage.

Photo Carrie-Anne Moss

Une demi-soeur pour Jessica (Rachael Taylor), sa principale confidente et amie, les deux femmes ayant une alchimie quasi-parfaite. Kilgrave apparaît comme un méchant charismatique, bien aidé par l'interprétation remarquable de David Tennant. Oubliez le mélancolique Doctor Who, ici vous êtes face à un pervers pouvant manipuler les esprits des gens. Son entrée est par ailleurs savoureuse, s'invitant dans un appartement, faisant d'un mari et sa femme ses esclaves et mettant les enfants au placard. Au diable la petite qui veut aller aux toilettes, elle fera sur elle. Sous ses allures de gentleman (il est toujours habillé élégamment), Kilgrave n'en reste pas moins une parfaite pourriture, violant des jeunes filles tout en abusant de leurs faits et gestes. Par ailleurs, ce n'est pas tous les jours chez Marvel que vous entendrez parler de viols et d'avortement de mineurs, rendant la série d'autant plus glauque et frappante dans ses thèmes. Petite ombre au tableau: Wil Traval. En plus d'incarner un flic un brin idiot, l'acteur s'en sort difficilement, parvenant rarement à sortir de son air bénêt quand ce n'est pas la mâchoire serrée. Certains diront qu'au vue de son personnage, cela n'est pas étonnant, les scénaristes introduisant ni plus, ni moins que Nuke. Un méchant connu notamment pour avoir un beau drapeau américain tatoué sur le visage! Si l'introduction est intéressante (traitement militaire avec des pilules le calmant ou pas du tout), le traitement général n'est pas vraiment à la hauteur. (fin des spoilers)

Jessica Jones (photo Nuke)

Une première saison adaptant très bien Alias et muni de thèmes forts et bien traîtés.

10 avril 2016

Cuvée Bis #5

Cette semaine, la Cavee de Borat va naviguer dans les années 80 et particulièrement sous le signe du rat. La Scala a consacré une Nuit du bis à nos chers rongeurs amateurs de ratatouille le 25 mars dernier. Tout d'abord en projetant Quenottes de Pascal Thiébaux et Gil Pinheiro, Grand-prix du court-métrage au dernier Festival de Gérardmer (voir Cuvée vosgienne #2), puis First Blood de Ted Kotcheff (1982) et Les rats de Manhattan de Bruno Mattei (1984). Si dans le premier long, les rats sont de courtes durées (à peine le temps de montrer Rambo dans les égoûts), dans le second c'est nettement moins le cas. Commençons donc avec le film culte de Kotcheff, réalisateur toujours dans les bons tuyaux pour dénoncer les injustices (Wake in fright dézinguait la chasse aux kangourous). Initialement, First Blood est un roman de David Morrell (1972) rendant hommage à ses élèves devenus soldats durant la Guerre du Vietnam. Sylvester Stallone a beau ne pas être le premier choix (il est également scénariste du film), il n'en reste pas moins Rambo. Moins que Rocky Balboa qu'il porte encore actuellement, John Rambo reste le second personnage phare de l'acteur, un rôle anthologique que l'on reconnaît automatiquement. Si le boxeur gueule le nom de son amour dans le public, Rambo a lui aussi son cri du coeur avec "ce n'était pas ma guerre!". Derrière ces paroles se cachent un mal évident qui n'a strictement rien à voir avec l'incompréhension engendrée par ses suites (même le bon John Rambo réalisé par Sly himself en 2008).

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Affiche réalisée par Greg Lê.

Ici pas de guerrier indestructible qui bouffe du soviétique au petit déjeuner entre deux explosions. Rambo a beau être un ancien soldat entraîné à tuer, il n'en reste pas moins un homme et c'est cela que veut montrer Ted Kotcheff. Mieux, le début touche au but et correspond parfaitement à un reflet de l'Amérique dans les 80's. Les USA ont bien changé depuis la fin de la Guerre du Vietnam, la guerre est devenue synonyme de honte que l'on ne veut pas voir et avec elle ses soldats. First Blood touche autant au but que la seconde partie de Né un 4 juillet (Oliver Stone, 1989) sur ce point. Kotcheff et Stallone interrogent sur le statut du vétéran devenu subitement marginal, que la société rejette au lieu de l'aider à se réinsérer. Le discours du shérif (Brian Dennehy) en est la preuve: Rambo peut bien voyager mais pas dans sa ville, il ne veut pas d'un vagabond "chez lui". Le passé militaire de Rambo ne changera rien, il n'aura pas droit au respect. Il est jugé comme un voyou par les forces de l'ordre avant comme après l'explosion. Les flashbacks sont très brefs mais leur impact est énorme: le flashback est raccord avec les plans du présent. L'horreur ne s'est pas terminé, elle continue de plein fouet. La guerre est devenue civile, celle d'un seul homme pour regagner le respect qu'il n'a plus. Rien à voir avec un film d'action lambda.

Rambo : Photo Sylvester Stallone, Ted Kotcheff

First Blood est un film qui fait mal sous ses atours de divertissement, qui plus est avec Stallone acteur déjà fort populaire. La violence est psychologique, jamais dans le graphique, y compris dans sa seule mort filmée au ralenti sans montrer l'impact. Le colonel Trautman (Richard Crenna) n'est que secondaire encore, arrivant tard et agissant peu. Comme il le dit, il protège les flics contre Rambo, mais est-ce bien utile? Jamais. La destruction aura bien lieu, personne ne l'a évité. La partie survival est absolument merveilleuse, Rambo restant avant tout humain il saigne, souffre à l'écran, a peur. La scène des rats le dévoile bien, une simple banalité devenant une frayeur pour notre ancien bérêt vert. En face de lui, des rigolos ne savant pas à quoi s'attendre. A l'image de cette escouade ne vérifiant pas ce qu'elle a fait exploser et se prenant en photo devant la mine dégommée. Cette armée n'est pas celle qui a formé Rambo, c'est celle d'un autre temps, plus laxiste, moins guerrière. La confrontation n'en devient que plus pertinente. Le final est un sommet, un véritable crève-coeur où Stallone prouve comme dans Rocky (John Avildsen, 1976) qu'il peut émouvoir, qu'il est crédible à ce niveau-là. Un moment de lâcher-prise qui renforce le coup de gueule général du film. On ressort de First Blood les larmes aux yeux, malgré une chanson bien inutile (ah les 80's et cette tendance à mettre toujours une chanson en générique de fin).

Rambo : Photo Brian Dennehy, Sylvester Stallone, Ted Kotcheff

John Rambo et le shérif, deux personnalités aux idéaux bien différents.

Ce ne sera pas le cas par la suite, les larmes de tristesse laissant place à un rire bien fort. Après cette copie bien belle (le film étant ressorti cet été), passons au film culte de Vincent Dawn évidemment en version française (on savoure un nanar dans des conditions adéquates). Mr Dawn ou Nono Mattei pour les fins connaisseurs, réalisateur italien à qui l'on doit les mythiques Virus Cannibale (1980) ou Cruel Jaws (1995). Regarder un navet au cinéma est relativement pénible, au point d'en devenir une épreuve pour parvenir à la fin. Mais un nanar en revanche est l'occasion de se retrouver dans une salle riant de bon coeur, ce qui fut le cas avec Les rats de Manhattan. L'ami Mattei ouvre les hostilités avec quelques stock-shots du désert (on ne change pas les mauvaises habitudes) et des motards pour poser le contexte post-apocalyptique. Hé oui n'oublions pas que les 80's furent synonymes de Mad Max like et notamment venant d'Italie. Remember l'inimitable 2019 après la chute de New York (Sergio Martino, 1983). Puis Mattei plante défintivement son décor dans un quartier quelconque, avant que les personnages n'aillent dans un des immeubles. Manhattan? Non, probablement un quartier en ruine de l'Italie des 80's! En tous cas, un titre français bien mensonger car il n'est jamais fait mention d'une quelconque "Grosse Pomme". La galerie de personnages est pour le moins magique, remplie de clichés mémorables.

Les rats de Manhattan

On a ainsi un Snake Plissken du pauvre en meneur, sa copine blonde, la jeune femme de couleur nommée sobrement Chocolat, la femme qui crie, la belle pin-up et son étalon frustré, l'homme spirituel, le potentiel traître, l'homme de main tout aussi frustré, un amateur de jeu-vidéo et le scientifique répondant au doux nom de Noé. Notre groupe d'élite découvre alors que quelques rats traînent dans le coin et qu'une petite installation scientifique est au sous-sol. Sans compter des réserves qu'ils se font un plaisir de manger copieusement. Rarement vous verez des gens manger autant de sucre en poudre à la seconde! Mais petit à petit, les rats prennent le pouvoir, les tuant un par un avec une frénésie spectaculaire. On ne voit pas les techniciens, mais au vue des agressions, on peut clairement penser que ces derniers balançaient aveuglément des rats en pleine figure des acteurs. Cela n'en devient que plus cocasse, une flopée venant de droite, d'autres de gauche, certains d'en face... A cela rajoutez que les rats ont un meneur ou tout du moins un qui revient souvent dans les plans: un rat blanc albinos! Le mal est là! Les mises à mort en elle-mêmes sont géniales d'absurdité, allant de la fille coincée dans son sac de couchage et bouffée de l'intérieur par le rat (avec yeux exhorbités de l'actrice s'il vous plaît) à des marées de rats se faisant un festin. 

Les rats

 

Le regard qui tue.

La plus délirante restant bien évidemment notre étalon de service, digne héritier de Jean-Michel Torché, tombant dans une bouche d'égoût de manière hasardeuse, avant que des techniciens ne lui balancent des rats. A ce rythme-là, n'oublions pas une version française d'anthologie qui valait à elle seule le déplacement. Le verbe est fleuri, le génie de la traduction tient du merveilleux. Voici donc quelques échantillons qui feraient plaisir à Mike et Phillip, les camarades d'Hitman le cobra (Godfrey Ho, 1987): "Saligaud", "Salaud", "Dégueulasse", "Quelle dégueulasserie!"... Notons également la fille qui crie avec la même intonations, quand bien même elle se stoppe par moment pour reprendre de plus belle. Il faut tout de même avouer qu'il ne se passe pas grand chose, Mattei restant dans le huis clos total dans ce qu'il y a de plus basique (on se barricade, fait des rations, survit). La référence au futur est assez pauvre, étant surtout un prétexte pour planter un décor vide. Mais le rire engendré par les personnages ou les situations permet de canaliser cet ennui, au point de se prendre au jeu. Par ailleurs, comment ne pas éclater de rire devant un twist aussi ahurissant? Terminons sur la musique avec quatre notes inlassables tapées au Bontempi, au point d'en devenir un gimmick comique. Le rire, un facteur indéniable pour apprécier Les rats de Manhattan. Je termine comme souvent sur le programme de ce mois. Allez à la semaine prochaine!

Green Room : Affiche

Alien (3)


07 avril 2016

Pedowolf, Pedowolf, ce n'est pas Mickey Mouse...

Aujourd'hui va marquer une date dans l'histoire de ce blog (roulements de tambour): nous allons enfin en finir avec la saga Twilight. L'occasion d'évoquer les deux derniers volets symbolisant l'épisode IV (un nouvel espoir?), matrice universelle coupée en deux car cela rapporte plus. Une schéma qui s'est popularisé depuis le dernier Harry Potter (David Yates, 2010, 2011) et qui va bientôt toucher le monde des super-héros (Avengers: Infinity War des frères Russo et Justice League de Zack Snyder auront le même sort). (attention spoilers) Nous avions quitter nos vampires et loups-garou en pleine baston générale concluant sur la mort de la vénéneuse Victoria (Bryce Dallas Howard). Hésitation (David Slade, 2010) était peut être un épisode mieux réalisé et plus actif, les enjeux n'en restaient pas moins ennuyeux. Ce qui le différencie de ses aînés bien plus stupides et donc drôles à regarder (ou pas diront certains). La première partie de ce dyptique signé Bill Condon réussit un véritable tour de force: réaliser près de deux heures de vide. Le film ne raconte quasiment rien, se reposant sur le trio "mariage / lune de miel / accouchement". On ne peut même pas parler de film de transition, car il faudrait au moins des éléments d'intrigue pour y mener. Prenons l'exemple de Matrix Reloaded (les Wachowski, 2003): il annonce clairement les événements à venir (les doutes de Néo sur son statut d'élu, la guerre), tout en instaurant une tension qui va s'intensifier (retour de Smith et notamment son passage dans le monde réel).

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie : affiche Twilight - Chapitre 5 : Révélation 2e partie : affiche

Ici rien n'annonce quoi que ce soit en dehors du final. Pendant deux heures, on nous fait attendre sur du néant car le plus important constitue l'opus suivant. On voit bien ici la manoeuvre malhonnête (mais terriblement enrichissante) des producteurs de faire durer le plaisir. Alors on attend la seconde partie en rigolant un bon coup, car il faut bien avouer que la première accumule les casseroles malgré tout. N'oublions pas que nous sommes dans l'univers de Stephenie Meyer, jamais avare en ridicule et en mythologie de comptoir. Commençons avec l'ami Taylor Lautner toujours aussi ridicule lorsqu'il fait tomber la chemise en pleine crise d'énervement. Il en vient même à provoquer un affrontement entre vampires et loups sur sa seule bêtise. Mais surtout et c'est le clou du spectacle, Jacob tombe amoureux d'un bébé. Pardon il s'est imprégné d'un bébé, ce qui dans tous les cas relève du génie pédophile. Les fans auront bien du mal à faire gober une quelconque explication rationnelle à tout cela. D'autant plus que le loup passe quand même d"amoureux malheureux de Bella" à "amoureux de la fille de son amour d'enfance". On ne peut pas faire plus glauque que notre camarade Pedowolf. Un élément qui ne plaira d'ailleurs pas trop à la maman, réflexion que tout le monde devrait avoir mais bon, vraisemblablement c'est normal que les loups s'imprégnent de bébé dans le monde de Meyer...

Twilight

Mais ne vous inquiétez pas, les vampires en tiennent aussi une bonne couche et ce dès les premières minutes. Rappelez-vous: nos vampires brillent au soleil, ce qui est rare à Forks (riez, c'est prescrit par la SECU -NDB). Un détail dont Meyer et les scénaristes se contrefoutent depuis Hésitation avec le passage de la clairière. Voici donc un mariage à ciel ouvert, en plein soleil avec des vampires tout sauf brillants. A quoi bon installer une mythologie si c'est pour la zapper en cours de route? Ce n'est même pas étonnant, étant donné que Meyer ne cesse de cracher sur ce qui a été fait depuis Dracula de Bram Stoker (1897). Nos gardiens de la morale continuent dans le ridicule en séquestrant Bella enceinte (Kirsten Stewart), loin de son père (Billy Burke) qui, rappelons-le, est quand même un policier pas très futé. Mieux encore, Edward (Robert Pattinson) nous évoque ses origines, comme quoi il ne tuait finalement que des salauds criminels et sa future femme de lui dire que ce n'est pas si grave. Après tout, il n'a tué que des mauvaises personnes que la justice ne punit pas. Edward Cullen un super-héros avec les dents longues. Le personnage d'Edward est déjà particulièrement creux, si on lui rajoute un côté vigilante cela n'en devient que plus cocasse.

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie : photo Bill Condon, Kristen Stewart, Robert Pattinson

Quand est-il de la fameuse scène de sexe qu'on nous a tant vanté durant la promotion? Rob Pattinson avait dit que si on devait vraiment faire comme dans le livre, ce serait un film Restricted. Comme si Summit allait se risquer à un Restricted alors qu'elle peut se faire un maximum d'argent avec un PG-13. En résulte une scène de sexe où Edward casse surtout le lit, précédé d'une scène totalement inutile où Bella se prépare sur de la musique pop. Elle aura eu le temps de se laver les dents, remarquer qu'Alice Cullen (Ashley Greene) lui a mis de la belle lingerie dans ses affaires (pour des soirées gourmandes et croquantes) et autres banalités. La scène ne sert à rien mais le compteur continue à tourner. Même sur l'accouchement, Condon ne réussit rien, bloqué par le PG-13 l'empêchant d'atteindre les sommets d'un David Cronenberg en grande forme (The Brood notamment). Stewart est recomposée en cgi pour lui donner un air de cadavre ambulant, des plans furtifs et flous montrent Pattinson en train de la sucer de partout et aussi sortir le bébé. Les seuls plans à peu près corrects du film représentent le rêve de Bella, arborant enfin du sang avec une montagne de cadavres. Passons donc au second film, puisque c'est ce qui nous intéresse réellement. Bella devient une héroïne en devenant vampire, son mari lui faisant chasser la biche (les animaux méritent de mourir, vous le savez bien, ils sont surement des criminels). 

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie : photo Bill Condon, Elizabeth Reaser, Peter Facinelli, Robert Pattinson, Taylor Lautner

Elle fait son apprentissage, fait même des bras de fer, saute, court... Condon accumule les scénettes ridicules afin de montrer l'évolution de Bella. Manque de bol, il réussit à réaliser une des scènes les plus laides des deux films: Bella et Edward courant dans la forêt. Banal en apparence il suffit de montrer nos héros en train de courir. Une évidence diront certains. Pourtant, on voit bien que les acteurs ne sont pas raccords au décor et ne courent pas vraiment. Au final, on a des acteurs sur fond vert au ralenti dans ce qu'il y a de plus dégueulasse. Si Twilight 4 était vide, Twilight 5 est en revanche d'une laideur incroyable avec des CGI semblant sortir d'un autre temps. Prenons le personnage de Renesmée, l'enfant d'Edward et Bella qui grandit à une vitesse folle. Vous vous souvenez du bébé de Bradley Cooper dans American Sniper (Clint Eastwood, 2014)? Ce n'est rien à côté des montages poupée / image de bébé de Twilight 5. Vraisemblablement l'équipe a vu que l'animatronique ne fonctionnait pas et le CGI est devenu une solution de secours. Ce qui n'est en rien réussi pour autant. Le comble étant quand même le final avec le visage de Mackenzie Foy à peine vieillie ajouté sur un corps d'adulte. Pour ce qui est du scénario, c'est toujours pareil: les Volturi ont peur de la petite alors ils partent en guerre contre les Cullen et leurs amis. Voilà donc sur quoi nous attendions dans cet épisode IV: des vampires italiens débarquant aux USA par le miracle du Saint Esprit pour s'entretuer avec d'autres vampires.

Twilight - Chapitre 5 : Révélation 2e partie : Photo Kristen Stewart, Mackenzie Foy, Robert Pattinson, Taylor Lautner

A cela se rajoutent d'autres vampires dont certains peuvent manier l'eau (!), ce qui accumule des personnages-guests (on reconnaîtra Lee Pace, Rami Malek ou Joe Anderson). Jacob dévoile aussi au père Swan qu'il est un loup de la manière la plus ridicule possible (enfin un personnage qui se pose des questions sur Jacob se déshabillant tout le temps), ce qui amène le padre a voir que sa fille a une "enfant adoptive". Absurde premier degré quand tu nous tiens... Le vice va pourtant plus loin. Condon se fait plaisir dans un affrontement avec des têtes coupées, des loups déchaînés, des vampires se foutant sur la tronche, des morts en pagaille, certains étant des personnages phares de la saga. Bella apparaît même comme plus puissante qu'Edward, ce qui est tout de même bien amusant (Edward se fait passer pour un super-héros ténèbreux depuis Fascination). Pour le coup, on peut même dire que c'est plaisant à regarder. Il se passe enfin quelque chose dans cette saga, ce qui n'était pas arrivé depuis la bataille d'Hésitation. On regrette même qu'on soit devant un film PG-13, le sang ne pouvant pas gicler. Le nawak est même atteint avec une fissure dans le sol enneigé menant à des flammes. Puis l'action se coupe, tout ceci n'était qu'un rêve et tout est bien qui finit bien. On en vient à se demander si Meyer (car c'est pareil dans le livre) ne se moquerait pas de ses lecteurs ou des fans de la saga. Le foutage de gueule par excellence, où au final ce qui était un minimum plaisant est victime d'un vulgaire twist. Pour preuve que l'univers Twilight est en soi une escroquerie (cinq films pour si peu à dire) et qu'elle n'a jamais cessé de montrer que Meyer est une auteure catastrophique. Le final met une petite dernière en faisant un générique type Le retour du roi (Peter Jackson, 2003) avec tous les acteurs de la saga qui défilent. Crachat définitif. (fin des spoilers)

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Deux films aussi mauvais l'un que l'autre, le premier d'un vide intersidéral, l'autre véritable foutage de gueule. Une conclusion à l'image de la saga: lamentable et parfois drôle.

06 avril 2016

JCVD dans l'oeil du Bison

street_fighter,1

Genre: action, arts martiaux
Année: 1994
durée: 1h35

l'histoire: En Asie du Sud, le général Bison menace de faire éclater la guerre mondiale si on ne lui accorde pas 20 milliards de dollars, en échange de la vie de 63 membres des nations alliées qu'il a pris en otage.

la critique d'Alice In Oliver:

En vérité, Street Fighter, réalisé par Steven E. de Souza, est le film d'action qui lancera la mode des adaptations de jeu vidéo de baston au cinéma.
Quelques années plus tard, ce nanar de premier choix rencontrera d'autres concurrents dignes de nom, notamment Mortal Kombat, sans compter certaines inepties sorties récemment, au hasard, Tekken ou encore The King of Fighters.

Street Fighter est évidemment l'adaptation d'un jeu vidéo éponyme, créé par Capcom, et qui connaîtra un immense succès sur les consoles et les bornes d'arcade. D'ailleurs, à l'époque, ce jeu vidéo avait provoqué une véritable polémique dans les journeaux spécialisés, à savoir quel est était le personnage le plus fort dans Street Fighter. Pas de panique, le film de Steven E. de Souza ne délivre pas la réponse. Il essaie lamentablement de planter son décor et son scénario, par ailleurs inexistant. Attention, SPOILERS !

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Le général Bison (Raul Julia) menace de faire éclater une Troisième Guerre Mondiale si on ne lui verse pas 20 milliards de dollars dans les plus brefs délais. Mais heureusement, le colonel Guile (Jean-Claude Van Damme) a bien l'intention de faire échouer les plans du militaire maudit.
A partir de ce scénario débile, Steven E. de Souza en profite pour faire l'éloge de l'armée américaine, toujours prête à donner une leçon aux terroristes en herbe.

A partir de ces différents éléments, Street Fighter tente de présenter ses différents personnages. Ils sont à peu près tous là: Blanka, Honda, Chun-Li, Sagat, Vega, Balrog, Ken, Ryu, Cammy...
Pourtant, le film est victime de la profusion des personnages, certains ne servant à rien. Pour d'autres, ils ne ressemblent pas du tout aux protagonistes en vue dans le jeu vidéo, notamment Dhalsim.

Street-Fighter-2

Et que dire du maquillage de Blanka ? On croirait assister au retour de Lou Ferrigno dans la série Hulk, mais non...
Bref, on a la sensation d'asssister à une série B fauchée, totalement nanardeuse. Preuve en est avec Jean-Claude Van Damme qui cabotine à mort dans cette arnaque cinématographique. D'ailleurs, Street Fighter ne propose aucun combat entre les personnages en présence.
Il faudra donc attendre la fin et l'affrontement final entre Bison et Guile pour en avoir pour son argent.

street_fighter_1994_reference

Ne vous attendez donc pas à voir des boules de feu et des combats homériques (oh non !). Reste la prestation du regretté Raul Julia, génial en général sadique, au rire sardonique. C'est le seul à surnager dans ce gros nanar d'action.
D'ailleurs, au moment du générique, le film est dédié à sa mémoire. Le seul bon moment de Street Fighter !
Continue ???

La critique de Borat

Super Mario Bros (Rocky Morton, Annabel Jankel, Roland Joffé, 1993) a beau avoir été un échec total, il a ouvert la voie à toutes les adaptations de jeux-vidéo qui ont suivi. Un an après, Sony et Universal se lancent dans l'adaptation de Street Fighter, le jeu de baston phare de Capcom (il n'y a pas que les zombies de Resident Evil dans la vie) et plus particulièrement de Street Fighter 2, opus le plus populaire sorti en 1991. A la réalisation on retrouve Steven E de Souza, scénariste des merveilleux Commando (Mark L Lester, 1985) et Die Hard (John McTiernan, 1988), soit un choix évident. Jugez plutôt: le scénariste de deux films d'action mémorables des 80's sur un projet avec des personnages n'ayant pour seul enjeu que de se battre. A cela rajoutez l'inimitable Jean Claude Van Damme au sommet de sa gloire et de sa forme. Si Street Fighter: L'ultime combat est un succès mondial, il a bien du mal à convaincre le public et comme souvent les joueurs. Le plus grand défaut du film est avant tout qu'il ne s'agit pas d'un film de baston. Le film est bourrin, joue sur les corps musclés des combattants, les scènes d'action, mais ressemble davantage à un film de guerre.

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Or, ce n'est pas ce que le spectateur recherche d'un film adapté d'un des meilleurs jeux de combats. Encore moins dans un film mettant en scène JCVD. Pire encore, on se demande très souvent quand vont arriver les combats, car (heureusement) le film en a quand même quelques uns. Après une courte mise en bouche avec Vega (Jay Tavare) terminant son adversaire (même pas un combat en quelques sortes), on espère voir Ryu (Byron Mann) l'affronter. Que nenni! Le combat n'a même pas commencé que Jean Claude débarque avec un blindé pour dire qu'il embarque tout le monde! De même, le passage où Ryu et Ken (Damian Chapa) sont face à Sagat (Wes Studi) tourne court, se résumant à une blague de mauvais goût (ils essayent de vendre de fausses armes). Par ce détail, on touche à un autre problème: le fait de faire un blockbuster tout public jusque dans le ton général. Les morts ont beau être présents (évidemment ce sont rarement des gentils), pas de sang qui gicle, pas de baston saignante. D'où cette tendance à l'humour souvent lourdingue pour contrebalancer le fait que le film n'est pas violent. Preuve en est les personnages en général, de fervents militaires (America Fuck Yeah!), des imbéciles heureux (Zangief tient la palme du personnage le plus stupide du film) ou un beau sidekick évidemment afro-américain (Miguel A Nunez JR aka Dee Jay).

Mais revenons aux combats si rares qu'on peine à les trouver même dans cette critique. Ces derniers n'arrivent finalement que dans la dernière demi-heure et encore il faut prendre son mal en puissance. Les adversaires commandés par Bison (Raul Julia) n'ont aucune répartie, ce qui entraîne des bastons pauvres, ne parvenant jamais à convaincre celui qui se fait plaisir à titiller les touches de sa manette. On peut dire ce que l'on veut de Mortal Kombat (Paul WS Anderson, 1995), mais il a au moins le mérite de jouer sur le tournoi et de montrer des bastons qui ne tournent pas au débile. Ce n'est pas toujours très fin, pas toujours beau, mais les combattants se battent. Dans Street Fighter cela n'arrive jamais et quand bien même il y a un vrai combat, force est de constater un drame: Raul Julia fait terriblement peine à voir. Bouffé par un cancer de l'estomac, l'acteur est particulièrement amaigri et évidemment incapable de se battre convenablement, si ce n'est dans des plans rapprochés. Au mieux, il gagne en lévitant et en donnant des coups d'électricité à Jean Claude. C'est avant tout un méchant de présence, subissant les coups de JCVD comme de Chun Li (Ming Na bien avant d'être l'indispensable Cavalerie d'Agents of Shield) et cabotinant beaucoup. Il faut dire que sur ce point, Julia semble véritablement s'amuser à affronter Van Damme verbalement.

D'autant plus quand le doublage français se fait un plaisir de balancer des punchlines nanardesques. Un duel verbal qui vend plus de rêve que les combats: "Je sais que tu adore te faire mousser à la tv, sale pervers!"; "Tu ravalera tes paroles Guile. -Quand tu veux pauvre con!"; "tu vas me montrer ce que tu as dans ton calbut"; "c'est les huissiers salopard! Ton cul est en fin de crédit et je viens le prendre!"... Ce type de répliques permet heureusement de garder l'amateur de nanar éveillé, d'autant que le film est tout de même un minimum divertissant. Il dure 1h30 (sans le générique de fin), ce qui permet de ne pas subir le supplice trop longtemps. Pour ce qui est de la réalisation, outre des scènes d'action pauvres, on retient aussi une économie de moyens souvent délirante. Il n'y a qu'à voir ces décors en carton pâte avec ces fausses pierres évidentes. Quelle idée également de mettre des bruits de kaïjus durant l'affrontement entre Zangief (Andrew Bryniarski) et Honda (Peter Navy Tuiasosopo) pour un effet au combien ridicule. N'oublions pas le pauvre Blanka (Robert Mamonne) transformé en sorte de créature de Frankenstein dans un accoutrement délirant. Comment peut on croire qu'un petit gars musclé peut devenir un géant avec des cheveux longs rouges et un teint vert? L'effet sera aussi ridicule dans Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997) avec le personnage de Bane.

Outre un scénario simpliste à faire pâlir celui de Commando (les méchants voulant dominer le monde contre les gentils, si possible de l'armée américaine), De Souza accumule les personnages dans une pure optique de fan service. Comme pour dire "au moins, on ne pourra pas dire que ce n'est pas fidèle". Sauf que ce n'est pas en mettant quinze tonnes de personnages des jeux à l'écran que le film gagne en fidélité. D'autant plus que le film prend des libertés avec certains et relègue des personnages phares en second plan. Par exemple, Ryu et Ken devraient être les rôles principaux au vue de leur popularité et pourtant c'est Guile qui en hérite. Au pire certains personnages sont purement fonctionnels, à l'image de Cammy White incarnée par Kylie Minogue. Il est bien sinistre de voir le pauvre Jean Claude se battre si peu. D'autant plus que quand il donne des coups, le pauvre Raul Julia peut difficilement les parer. Il n'y a pas de réel combat, c'est Van Damme qui se fait plaisir avec son punching ball, le tatouage du Stars and Stripes bien en vue. Il est d'autant plus triste de le voir dégommer ses adversaires avec des pistolets. On n'engage pas un artiste martial pour seulement le faire tirer au pistolet. Néanmoins, il semble se faire plaisir dans un de ses films les plus populaires (pas forcément pour de bonnes raisons). Quant au reste du casting, il repose essentiellement sur du cabotinage, quand ce n'est pas une transparence évidente.

Une adaptation qui se trompe complètement de genre, en plus de sombrer dans le nanar délirant avec un JCVD en forme.


Street Fighter - Bande annonce

31 mars 2016

Une franchise qui ne veut pas mourir, ce n'est jamais bon signe

Cela fait bien longtemps qu'Hollywood essaye de relancer les franchises sur lesquelles elle s'est enrichie. En général, celles ayant germer dans les années 80, âge d'or du blockbuster qui a vu naître autant de cinéastes (John McTiernan, Paul Verhoeven, James Cameron ou Tony Scott) que de producteurs à succès (Jerry Bruckeimer et Joel Silver en tête). Encore l'an dernier, on pouvait compter les retours de franchises sur nos doigts: Mad Max Fury Road de George Miller, Jurassic World de Colin Trevorrow, Poltergeist de Gil Kenan, Terminator Genisys d'Alan Taylor, Creed de Ryan Coogler et Star Wars The Force Awakens de JJ Abrams. Dans une moindre mesure, on peut rajouter la série Ash vs Evil Dead, suite de L'armée des ténèbres (Sam Raimi, 1992). Parmi tous ces reboots / remakes / sequelles / préquelles de franchises, il y a la saga Alien qui ne veut pas mourir. Enfin que la Fox ne veut pas éradiquer. Un mal qui remonte pourtant aux années 90. En plus d'avoir eu une production catastrophique (réorientation du projet, David Fincher remplaçant Renny Harlin au pied levé, remontage, script non-terminée avant le tournage...), Alien 3 (1992) ne fonctionne pas au box-office américain, en plus de subir des critiques assassines. Pourtant, Fincher donne lieu à un merveilleux coup de théâtre en tuant l'héroïne de la trilogie. Un dernier tour de piste pour Ellen Ripley et une conclusion en or en accord avec Sigourney Weaver.

Alien 3 

La trilogie Alien se terminait pourtant bien...

Ce n'est pourtant pas ce que souhaite la Fox quand elle appelle Joss Whedon pour scénariser un quatrième Alien. L'auteur de Buffy contre les vampires s'étonne lui-même de l'appel, pensant que la franchise ne peut continuer sans Ripley. Voici donc Alien Resurrection (1997), film fait pour l'argent par un frenchy fraîchement débarqué et content d'être là (Jean Pierre Jeunet). Le film ne sert à rien dans la franchise, mais il rapporte grandement à la Fox et Ripley, même clonée, est de retour sous les traits de Sigourney Weaver. On peut déjà voir ce film comme une relance desespérée d'un studio ayant besoin de sa franchise à succès. Toujours aussi opportuniste, la Fox relance à nouveau le xénomorphe en produisant un crossover avec le dyptique Predator (1987, McT, 1990, Stephen Hopkins) en 2004. Si cela marche en comics chez Dark Horse alors pourquoi pas au cinéma? Sur le papier, cela pouvait donner un film fun, l'affrontement entre le xénomorphe et le chasseur extraterrestre ayant tout pour faire un film jouissif. Sur l'écran, c'est avant tout un film mou, peinant à justifier son statut (après tout, le film se déroule avant Alien) et aux nouveaux personnages totalement fades, simples chair à canon d'un affrontement pauvre et PG13. Sa suite Requiem (les frères Strauss, 2008) plus gore a réussi à faire pire, avec des éclairages tellement sombres que l'on ne parvient jamais à voir le combat. Un dyptique bien nazebroque qui aura pourtant eu son petit succès en salles.

AVP

C'était quand même mieux sur papier.

Suffisant pour que la Fox continue le massacre avec une préquelle. Au départ, Prometheus est un film terriblement ambitieux, devant servir de tremplin pour le gendre de Ridley Scott, Carl Rinsch. Il est question de faire une préquelle en deux films. Mais la Fox revient sur ces décisions: Rinsch est débarqué (il finira sur la galère 47 Ronin), le studio désirant absolument Scott et menaçant de ne rien produire s'il ne revient pas sur la franchise. Le studio ayant peur de se lancer dans un dyptique Restricted aux recettes non-sûres, il préfère ne miser que sur un film, au risque de produire une suite à l'avenir. Le pauvre Damon Lindelof subit les déclarations des fans, alors que finalement il n'a que remanié le script de Jon Spaihts (le responsable de ce foutoir c'est lui). A cela se rajoute le fait que certaines scènes alternatives sont bien plus pertinentes que les scènes retenues; les agissements des personnages souvent hasardeux; une tendance pénible au fan service; et des questions laissées en suspens par une fin ouverte qui n'en devient que plus ridicule. C'est là où la saga Alien commence à sentir le roussi. Prometheus n'est pas le succès annoncé, pire encore la suite attendue n'est mise en production qu'au cours de l'année 2014 pour une sortie en octobre 2017. Le titre devient Paradise lost, Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et la tête de David (Michael Fassbender) devant faire face aux Ingénieurs sur leur propre terre.

Prometheus : affiche

Prometheus, un fiasco qui ne cesse de se faire sentir.

Tout cela est bien beau, mais encore faut-il que le projet soit attendu. Quand Aliens de James Cameron (1986) a été lancé, il y avait une peur que le film soit moins bon que le film de Ridley Scott (1979), pas que le film original soit tombé dans l'oubli. Aujourd'hui, Prometheus reste un film très polémique, entre ses fans et ceux qui ont purement détestés, ces derniers étant particulièrement nombreux. Le premier jet de Paradise Lost est signé Jack Paglen, scénariste du sinistre Transcendance (Wally Pfister, 2014), ce qui n'a rien de rassurant. Coup de théâtre de plus, la Fox décide finalement de donner sa chance à Neill Blomkamp, le réalisateur de District 9 ayant fait fureur fin 2014 avec des concept-arts pour une possible suite d'Alien Resurrection. Contrairement à ce qui a été dit, Blomkamp voulait revenir à l'esprit d'Aliens tout en faisant bien suite au film de Jeunet. Sigourney Weaver est même d'accord, le réalisateur l'ayant fait tourner dans Chappie (2015). Le projet semble bien parti jusqu'à ce que la Fox décide de privilégier le film de Scott. Qui devient subitement une trilogie dixit le réalisateur. Alien 5 n'a finalement plus lieu d'être ou plutôt est renvoyé aux calendes grecques. Pendant ce temps, Paradise Lost change de titre et devient Alien: Paradise Lost, puis Alien Covenant (manque plus que Master Chief dans le titre et vous avez une adaptation d'Halo -NDB).

Alien 5 (concept-art) (2)

Alien à la sauce Blomkamp, un projet qui ne verra probablement jamais le jour.

Ce qui est plutôt drôle puisque le réalisateur ne souhaite pas faire revenir le xénomorphe. Qu'il a pourtant réintroduit dans la timeline dans Prometheus. Une manière de capitaliser sur le titre Alien, au cas où les deux personnes du fond ne sauraient pas que Prometheus était une préquelle d'Alien ou non ou finalement si... même Ridley Scott ne sait plus comment qualifier ce film, changeant de versions selon les années, les mois, les jours. Cela se confirme d'autant plus quand Katherine Waterston est engagée pour jouer le premier rôle. Dans Alien Covenant il sera donc question du vaisseau Covenant se rendant sur une planète censée être un paradis perdu, dix ans après Prometheus. C'est là que l'équipage trouve la tête de David (qui sera toujours joué par Fassbender). Qu'en est-il de Shaw? Retirée du scénario et officiellement annoncé en février dernier. De Prometheus, il ne restera que David, soit un bien maigre lot de consolation pour faire croire à une suite. Au point de se demander si l'équipe s'est rendu compte du naufrage du film de 2012, quitte à faire oublier définitivement les évènements du précédent film. Quant à Ridley Scott, il fait toujours autant rire en disant vouloir faire plus effrayant qu'Alien, chose qu'il devait déjà faire avec Prometheus. Demian Bichir (The Hateful eight), Danny McBride (Tropic Thunder), Billy Crudup (Watchmen), Amy Seimetz, Carmen Ejogo (Selma), Callie Hernandez, Jussie Smollett (Empire), Benjamin Rigby et Alexander England (Gods of Egypt) ont depuis rejoint le casting de cette belle galère, dont le tournage vient de commencer. Personne n'entend certains fans d'Alien crier et cela depuis vingt-trois ans.

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30 mars 2016

Quand vingt minutes de trop tuent un film

Suite à un accident, une jeune femme se retrouve prisonnière d'un bunker. Est-ce que le propriétaire veut la protéger du monde extérieur ou lui veut du mal?

10 cloverfield lane

Tel Ed Harris dans un film bien connu de James Cameron, 10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg est sorti des abysses il y a deux mois. Vous aurez bien compris pourquoi, le film reprenant exactement le même mode de promotion que Cloverfield (Matt Reeves, 2008). Un teaser qui en dit très peu, un projet sorti de nulle part... le hic vient surtout du titre. Inutile de tourner autour du pot, 10 Cloverfield Lane n'a strictement aucun rapport avec le film de Reeves. Il s'agit d'un script original vulgairement modifié pour être rattaché à Cloverfield, suite à une requête de la Paramount. Une manière terriblement opportuniste de créer une franchise sur du néant. Le but selon JJ Abrams (bon producteur qu'il est) est de faire une saga type La Quatrième dimension (1959-1964), mais encore faut-il en avoir les moyens. On ne peut pas placer Cloverfield dans un titre, sous prétexte de vouloir rattacher différents films qu'on n'arrive pas à promouvoir autrement. 10 Cloverfield Lane aurait très bien pu n'être qu'un huis-clos, ce qui n'avait rien de dégradant. Mais ses producteurs en ont décidé autrement, jouant la carte de l'arnaque à laquelle les fans de l'original fonceront tête baissée, car on leur fait miroiter une séquelle à un film qu'ils adorent, ce qu'ils ne verront jamais. Les scénaristes essayent bien de meubler en utilisant des easter-eggs (allusions visuelles comme verbales), mais rien n'y fait. Dès lors, essayons de prendre 10 Cloverfield Lane pour ce qu'il est réellement: un huis-clos.

10 Cloverfield Lane : Photo

(Attention spoilers) Après un début à la Psychose (l'héroïne part subitement de chez elle avec le peu d'affaires qu'elle peut, laissant son petit-ami sur le carreau), le film rentre vite dans le vif du sujet en jouant d'une certaine ambiguité. Dès sa première apparition, Howard n'inspire pas confiance et cela se révèlera comme une évidence au fil du film. Le personnage navigue sans cesse entre calme, sympathie et excès de colère, permettant une belle palette d'émotions à John Goodman. La réussite principale du film tient presque uniquement sur l'acteur, Goodman se donnant à coeur joie pour prendre le spectateur (tout comme ses hôtes) par surprise. D'autant que les scénaristes se sont bien amusés pour le rendre mystérieux jusqu'au bout. La photo de la jeune fille en est la preuve. Si dans un premier temps, Howard en parle comme de sa fille, Emmett (John Gallagher Jr) évoque qu'il s'agit d'une adolescente disparue. Dès lors, il est difficile de croire Howard dans ses agissements quand bien même il est sincère. On peut le voir comme un père blessé refusant de quitter sa fille, au point de kidnapper des demoiselles pour assouvir un besoin paternel. Ce qui ne l'empêche pas d'être possessif au point d'en être maladif. Il parle de confiance mais encore faut-il qu'elle soit réciproque et la peur de l'autre est toujours destructrice.

10 Cloverfield Lane : Photo

Il dit également que l'air est irrespirable, mais est-ce vrai ou cache t-il une autre catastrophe? Seul le dernier acte peut y répondre. En soi, 10 Cloverfield Lane préserve ses vingt dernières minutes avec ingéniosité, permettant au spectateur de rester le plus possible dans un contexte de huis-clos. Tout se joue entre les trois personnages: le père et ses enfants de substitution. Jusqu'à quand cela va t-il durer? On ne sait même pas combien de temps se passe, aucune donnée n'étant donné au spectateur, rendant le tout encore plus flou. Si Emmett est avant tout l'intermédiaire improbable, le seul personnage pouvant faire face à Howard est Michelle (Mary Elizabeth Winstead). La dernière arrivée mais aussi celle se méfiant de tout. Elle apparaît rapidement comme une héroïne forte, capable de se prendre en main et d'agir si possible. Cela faisait longtemps que Mary Elizabeth Winstead n'avait pas fait parler d'elle. Trop longtemps tant sa prestation fait plaisir à voir. S'imposer aussi bien face à John Goodman fait plaisir à voir, tant le duel de position fonctionne. On pourra toujours trouver le côté MacGyver (tin tin tin... c'était la note musicale de cette critique -NDB) un brin délirant, mais le traitement de l'héroïne aide beaucoup à passer outre. Malheureusement, il a fallu que l'équipe soit trop gourmande. Un huis-clos est souvent court, afin que le spectateur se concentre sur un laps de temps suffisant pour que le suspense prenne. 

10 Cloverfield Lane : Photo John Gallagher Jr., John Goodman, Mary Elizabeth Winstead

Alors quand vous dépassez les 1h40, vous avez intérêt à avoir une résolution digne de ce nom. Le film aurait pu se terminer au bon moment: Michelle découvre la vérité et finit par partir. Mais non, il fallait rajouter un vaisseau extraterrestre sorti de nulle part et bien seul dans la campagne américaine. Dans la première version du scénario, Michelle découvrait une ville en flamme, conduisant le film vers une histoire post-apocalyptique. Un enjeu bien plus crédible que la solution finale, sorte de twist improbable auquel on ne croit jamais. La femme que l'on aperçoit devant le bunker a été contaminé par des aliens ou c'est autre chose? Pas de réponse à l'horizon alors qu'avec un contexte de destruction apocalyptique ou bactériologique aurait eu plus de sens. Ce qui renforce le fait que les événements de Cloverfield n'ont rien à voir avec ceux de 10 Cloverfield Lane, les deux créatures étant trop différentes. Comme par panne d'imagination, le réalisateur ne s'ennuie même pas et cite La guerre des mondes de Steven Spielberg (2005). Une volonté du producteur, bien connu pour être un grand admirateur de Spielby au point d'avoir fait un hommage bourratif (Super 8, 2011)? Ce ne serait pas étonnant, il n'en reste pas moins que le décalque est vomitif, reprenant une scène dans les moindres détails. Il est d'autant plus triste que cette scène ne sert qu'à rallonger un film qui n'en avait pas besoin. On aurait pu assister à un bon film, au final on voit un film trop long pour ce qu'il a à raconter et peinant définitivement à convaincre. A cela rajoutez une musique de Dean McCreary qui en fait des tonnes, soulignant chaque moment de tension jusqu'à plus soif. (fin des spoilers)

10 Cloverfield Lane : Photo John Goodman, Mary Elizabeth Winstead

Un film qui aurait pu être bon, s'il n'avait pas une résolution ratée et un sens de l'opportunisme vomitif. Reste le duel entre Mary Elizabeth Winstead et John Goodman.

27 mars 2016

Cuvée jamais faites

Plus de 951 350 visiteurs!

La semaine dernière est sorti un film attendu de beaucoup de cinéphiles. Jodorowsky's Dune de Frank Pavich sort enfin en France, après des problèmes avec la veuve de Moebius depuis deux ans. Un documentaire qui revient sur un projet maudit dès sa création et qui ne dépassera jamais le stade de la pré-production. Un cas à part? Non et ce même à l'époque. Chaque année des projets sont abandonnés faute de temps, de financements, d'envie des studios... Les raisons sont souvent multiples, certains projets morts réussissent même à avoir plus d'aura que des films que leurs initiateurs ont fini par réaliser. Ils ne verront jamais le jour, mais fascinent certains spectateurs ou cinéphiles de par la proposition qu'on leur a fait à une époque ou le traitement souvent excitant. C'est ainsi que la Cave de Borat va revenir sur quelques projets qui n'ont jamais vu le jour, en se basant principalement sur le livre Les plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund. Les autres sources seront précisées en temps voulu. Prêt? Allons-y!

  • Spider-man de James Cameron : Le projet super-héroïque le plus ambitieux depuis Howard the Duck!

Transformation

Spidey version Big Jim, un sujet qui colle.

L'Homme Araignée a bien failli débarquer au cinéma avant 2002. Tout d'abord chez la Cannon avec Albert Pyun (Captain America), mais surtout avec James Cameron au cours des années 1990. Le réalisateur de Terminator se lance assez rapidement dans l'entreprise en s'y attelant dès 1990. Il fait acheter les droits pour Carolco, qui le lui rend bien depuis le succès fracassant de Terminator 2 (1990). Le film est bien parti pour être lancé après la production de True Lies (1994) et se paye même l'aprobation de Stan Lee. D'autant que la Marvel préfère s'associer à un réalisateur de renom plutôt qu'à des productions de seconde zone, à l'heure où elle aurait bien besoin de se renflouer les caisses (la maison d'édition est criblée de dettes). Le réalisateur a même un casting potentiel: Leonardo Dicaprio en rôle titre, Nikki Cox en Mary Jane, Michael Biehn et Lance Henriksen en Electro et Sandman et Maggie Smith en Tante May. Mais un empêchement de dernière minute va détruire le rêve de Big Jim. La Carolco, en pleine faillite suite à l'échec commercial de L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995), lui dévoile que l'ensemble des droits n'est pas en leur possession et est obligée de déposer le bilan. Big Jim essayera bien de chercher l'appui de la 20th Century Fox, mais le studio ne suivra pas, laissant progressivement les droits aller chez Sony qui ne demandait que cela.

WTC

Une ouverture spectaculaire.

Le cinéaste se révèlera effondré avant de partir sur un paquebot qui fera de lui le roi du monde. "Les gens de la Fox ont été si frileux qu'ils ont laissé passer une occasion en or. Pour quelques centaines de milliers de dollars en frais d'avocat. Ils auraient pu clarifier la situation juridique et se rendre propriétaire d'une franchise qui leur aurait rapporté des milliards." (*). Au final, la Fox se payera les droits des X Men, franchise générant qualité et profit depuis 2000; des Fantastic Four qui peinent sérieusement à trouver un intérêt; et de Daredevil avant de les redonner à Marvel pour notre plus grand bonheur. Alors qu'en est-il de cette adaptation jamais réalisée? Elle anticipe plusieurs années en avance la trilogie de Sam Raimi, mais avec un ton plus radical, à l'image de ce que son réalisateur a fait depuis le début de sa carrière. Surement que Big Jim aurait fait un film Restricted, jouant sur l'ambiguité sexuelle et un ton plus adulte encore que la trilogie de Raimi. Le site Spider-man the Scriptment  (http://dantom.altervista.org/spider_ing_script.html) permet de se faire une idée, à travers un traitement assez détaillé et regorgeant de storyboards. Le récit est fait en flashback, démarrant sur un long travelling arrière laissant peu à peu apparaître Peter Parker racontant son parcours.

Electro

Il a alors 17 ans, est conscient de son statut de looser (Mary Jane vient le voir uniquement par intérêt) et Cameron évoque la mort de ses parents comme un drame qu'il aurait voulu empêcher. Une thématique qui n'apparaîtra jamais chez Raimi (ses vrais parents sont Ben et May) et devait servir initialement de piste narrative pour le reboot de Marc Webb, avant que l'entreprise tombe dans la pure garde de droits. Il s'agit aussi d'un jeune homme n'ayant pas conscience du courage qu'il a en lui. Il se fait piquer par l'araignée radioactive lors d'un séminaire et Big Jim s'est fait plaisir pour la transformation progressive de son héros. Le personnage est pris de visions sordides avant de se retrouver le lendemain sous un pont. Rebelote quand il se retrouve avec une énorme toile gluante sous ses draps au réveil. La transformation de Peter est organique et Cameron joue sur un traitement qui n'est pas sans rappeler La mouche (David Cronenberg, 1986). Là où Raimi transformait le temps d'une nuit son héros en un vrai homme physique, Cameron le faisait progressivement et de manière bien plus crade. De même une de ses premières virées nocturnes consiste à aller voir Mary Jane, alors qu'elle est en train de se déshabiller (Peter Parker, un merveilleux stalker). Il la protègera un jour où Flash la tapera, avant que les tourtereaux ne fassent des galipettes sur le Pont de Brooklyn! Pas sûr de voir cela dans un PG-13! Spider-man est dans un premier temps un phénomène de foire, une star de la télévision.

Mary Jane

Peter Parker, un stalker avec des toiles d'araignée dans les poches.

C'est à travers cet objet que l'on découvre Carlton Strand, réinvention d'Electro par Cameron auquel un flashback dévoilera sa transformation christique. Une petite frappe ayant été électrocutée au point de véhiculer de l'électricité. L'occasion de décimer quelques malfrats et s'imposer dans la finance grâce aux données informatiques dans lesquelles il s'infiltre. Strand est un homme aussi riche que Donald Trump et a comme homme de main l'Homme Sable. On est bien loin du personnage nazebroque du dernier film de Marc Webb (2014) et encore une idée qui sera reprise par Raimi. Si l'on se fit aux différents storyboards visibles, le personnage aurait peut être été moins volumineux que dans Spider-man 3 (2007), mais le défi reste de taille en 1994. Spidey devient rapidement un héros, confronté aux maux de la société et à des méchants cherchant à le dézinguer. Il devra se confronter à la mort de Ben dans des conditions reprises à l'identique dans le film de Raimi (toujours le voleur que laisse Spidey partir et tuant Ben en lui volant sa voiture). Le premier affrontement arrivera lorsque Peter refuse de dévoiler son identité à Strand. Ce dernier trouve en Jonah Jameson le meilleur moyen de rendre Spidey impopulaire. La raison de la haîne de Jameson envers l'araignée n'en devient que plus logique. Strand va plus loin en vendant des costumes à l'effigie de l'araignée pour utiliser son image.

Ben

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités."

Le pauvre Peter apprend également qu'il ne peut pas toujours sauver tout le monde, preuve en est ce gamin se jettant malheureusement par dessus un toit, voulant se sauver du feu. Peter manque également de garder l'argent d'un braquage pour les besoins de Tante May. Il préfèra le jeter par la fenêtre. Une scène de fuite montre Spidey essayer de survivre entre les hélicoptères et les immeubles. Des scènes qui anticipent huit ans avant les spider-cams de Sam Raimi. Pas de doute qu'un gars comme Big Jim, capable de se lancer dans des projets aussi ambitieux visuellement (Terminator 2 un des plus grands défis d'ILM), était l'homme évident pour un sujet aussi complexe que Spider-man. Même si cela n'aurait pas été parfait, cela aurait pu donner quelque chose de suffisamment convaincant. Spidey se retrouve ensuite confronté à Strand ayant kidnappé MJ et il manque de la tuer avant que Spidey ne disjoncte. Strand meurt dans sa chute vertigineuse après avoir réduit en charpie l'Homme Sable et Peter finit par révéler à MJ qu'il est Spider-man avant de s'envoler dans les derniers instants. Un élément que reprendra quasiment tel quel Sam Raimi dans son film en 2002...

Sandman

  • Superman lives de Tim Burton: un fiasco de plus pour DC Comics

The death of Superman lives

Affiche du documentaire de Jon Schnepp.

Au début des années 90, Superman n'est déjà plus, supplanté par le Cape Crusader de Gotham Les droits ne sont plus aux Salkind, mais à la Cannon même si c'est toujours Warner Bros qui distribue. La Warner finit par reprendre les droits et confie le projet à Jon Peters. Ce dernier est déjà coutumier de DC Comics puisqu'il a produit les Batman de Tim Burton (1989, 1992), ce dernier n'ayant jamais caché que leur relation fut particulièrement houleuse. Peters veut faire un film grand public et au potentiel marketing fort, mais a dans son collimateur La mort de Superman de Dan Jurgens (1992-1993), soit le parfait contre-exemple de film commercial. Certes le choix est évident car Superman n'est pas réapparu au cinéma depuis 1987, mais choisir sa mort comme retour risque soit de provoquer un raz de marée autour d'un personnage aussi iconique (comme ce fut le cas lors de sa version papier), soit un dégoût certain. Jonathan Lemkin (la série 21 Jump Street) se lance dans une première version du script, puis
Gregory Poirier et enfin Kevin Smith. Ce dernier s'est fait une place dans le cinéma indépendant américain par un univers propre, fait de glandeurs, comics et amours. Puis évidemment Smith est un fan de comics et ira même plus loin en scénarisant quelques aventures de ses héros préférés (Daredevil en est la plus belle preuve).

Araignée

Concept-art de l'affrontement entre Superman et l'araignée.

Smith raconte que le producteur avait différentes directives, certaines relevant du grand n'importe quoi: un nouveau costume, Superman ne vole pas (!), un assistant robot gay (!!) et une araignée géante. Le script finira par être livré en 1997 sous le titre Superman lives. Selon cette version, Lex Luthor s'allie à Brainiac pour tuer le soleil et empêcher Superman d'utiliser ses pouvoirs (il les tient en partie des radiations et de la lumière du soleil). Le robot créé par Jor-el intitulé Eradicator est alors activé pour protéger Superman. L'extraterrestre envoie alors Doomsday pour tuer Superman, ce qui finit par arriver... avant d'être ressuscité par l'Eradicator! Brainiac débarque à Metropolis quand l'Eradicator détruit le satellite bloquant le Soleil, Superman retrouve ses pouvoirs et doit faire face à une araignée mécanique pour sauver Lois Lane de Brainiac. Tout est bien qui finit bien: Lois est sauvée, Brainiac éliminé, Lex Luthor envoyé derrière les barreaux. A ce stade, Superman lives ne sent déjà pas très bon, risquant d'être trop long, voire de rater complètement le retour du super-héros. Preuve en est ce robot ridicule et improbable. Mais le projet continue d'avancer et Tim Burton est engagé en tant que réalisateur. Choix étrange quand on sait le destin du cinéaste sur la franchise Batman, où la Warner lui a montré la porte après Batman returns pour faire des films plus grand-public avec Joel Schumacher. Est-ce que Warner reconnaissait ses erreurs? Peut être, mais dans tous les cas, Superman n'est pas Batman.

Superman lives concept 2 

Concept-art.

Même si l'on parle du Burton des grands jours, ses Batman étaient gothiques, jouaient sur un aspect parfois cartoonesque et sexuel et valorisaient les freaks. Avant Man of steel (Zack Snyder, 2013), Superman n'a jamais été qualifié de freak et encore moins considéré ainsi. Néanmoins, les différents costumes démontrent que la vision aurait été sombre et l'affrontement entre Doomsday et Superman aurait dû faire couler le sang. Déjà à cette époque, il est question de ne pas faire apparaître le slip du personnage ou un peu moins. Burton évoque tout de même des craintes, n'étant pas le premier à s'attaquer à Superman au cinéma au contraire de Batman. Le réalisateur fait engager Wesley Strick (Wolf de Mike Nichols), puis Dan Gilroy (Nightcrawler) afin de refaire le script à sa manière. Nicolas Cage doit incarner le kryptonien ce qui n'a rien d'étonnant: un nom d'artiste venant de Luke Cage, un fan de comics indéniable et a nommé son fils Kal-el. Dans tous les cas, Burton et Cage sont couverts puisque la Warner les payera film abouti ou pas. Le réalisateur se réjouit du choix de Cage: "On m'a dit que Nicolas Cage était de la partie, et que j'avais toute lattitude pour faire ma version de Superman. Je me suis dit: 'Parfait, d'autant plus que j'adore Nic Cage.' Je l'ai donc rencontré, et nous sommes convenus qu'on se concentrerait d'abord sur l'idée que Superman est un extraterrestre, un marginal, et ensuite sur les sensations qu'on éprouve à être Superman. Mon problème avec Superman est simple: comme personnage de comics il est parfait, mais, comme personnage de cinéma, on ne s'interroge jamais sur le fait que ce type se déplace en costume bleu avec une ceinture jaune curieuse" (**).

Superman lives concept

Concept-art.

"Avec Nic, on s'est dit par conséquent qu'on devait analyser l'essence de Superman, à savoir son sentiment d'appartenance à une autre planète, son impossibilité à révéler d'où il vient, et l'obligation qu'il a de cacher sa différence. (...) Pour la première fois, tu aurais cru au fait que personne ne puisse reconnaître que Clark Kent est Superman, à sa capacité de changer physiquement son identité -évacuez l'idée simpliste d'ôter sa paire de lunettes pour changer de personnalité. Et cela sans artifices, ni maquillage: Nic est le genre d'acteur qui peut réussir ce genre de choses" (**). Dans le documentaire The death of Superman lives: What happened? de Jon Schnepp (2015), différents noms sont donnés pour divers rôles: Sandra Bullock en Lois Lane, Chris Rock en Jimmy Olsen, Christopher Walken en Brainiac et déjà Kevin Spacey en Lex Luthor. Mais petit à petit, le développement prend du temps, les millions de dollars dépensés commencent à s'accumuler et le projet s'enfonce dans sa préproduction. Burton se veut amer, jurant qu'il a perdu plusieurs années pour rien: "Depuis le début, Warner Bros traînait la patte. Chaque fois qu'une date de tournage était fixée, peu de temps après, elle était repoussée." (**) Il pointe aussi du doigt le fait que le studio croyait dur comme fer avoir réussi Batman et Robin (1997), avant de recevoir un beau lot de bois verts par la presse et le public. Le studio avait peur de couler à nouveau une franchise de super-héros. A cela se rajoute les tensions avec Jon Peters, Burton se retrouvant à devoir batailler pour imposer ses idées.

Nic_Cage

Il n'est pas beau Nic Cage?! 

"Pour que le film ait eu une chance de se faire, il aurait fallu que Warner Bros se débarasse ou de Jon ou de moi (...) Rendre meilleur un scénario est une chose, mais passer son temps en réunion et pédaler dans le vide en est une autre. (...) avoir travaillé aussi longtemps et avec autant d'ardeur pour que tout tombe à l'eau est dévastateur." (**) Superman lives s'arrête subitement au cours de l'année 1999. Burton part faire son hommage à la Hammer (Sleepy Hollow, 1999). Nicolas Cage finira par incarner Ghost Rider dans deux adaptations entre le navet (le premier) et le gros nanar des familles (le second), avant de devenir l'emblématique Big Daddy de Kick Ass (Matthew Vaughn, 2010). Peters reprend l'idée de l'araignée mécanique pour Wild Wild West (Barry Sonnenfeld, 1999), désastre spectaculaire aussi bien artistiquement que commercialement. Quant à l'ami Sup, il accumulera les projets (dont un signé JJ Abrams) avant de revenir en 2006 sous la direction de Bryan Singer pour un résultat peu convaincant. Superman lives est l'exemple typique de la galère dans laquelle Warner et DC se sont retrouvés pour revenir sur le devant de la scène. Batman aura un destin similaire avec un Year One de Darren Aronofsky trop sombre et une suite à Batman et Robin immédiatement annulé (où Cage devait jouer l'Epouvantail!). La rencontre des deux titans n'aura pas non plus lieu sous la direction de Wolfgang Petersen. Joel Silver se lance dans la production de Wonder Woman au début des années 2000, accumulant les scénaristes jusqu'à l'arrivée de Joss Whedon. Le projet n'avancera pas plus et il faudra attendre cette année pour voir enfin l'Amazone au cinéma. Quant à Justice League Mortal de George Miller, il mordra la poussière à cause de la grève des scénaristes en 2008.

  • Halo de Neill Blomkamp: Quand les studios tuent un projet

Halo 4 (jaquette)

Nous sommes en 2005, le jeu-vidéo commence à mieux se porter que le cinéma économiquement, ce qui n'empêche pas ce dernier de venir le piller que ce soit pour la réalisation de film ou tout simplement des adaptations. En 2005, nous en sommes déjà à un bon paquet de purges, en commençant par Super Mario Bros (Rocky Morton, Annabel Jankel,1993). Les défauts sont évidents: ce qui marche en jeu ne l'est pas forcément au cinéma, trop de fan-service, pas assez de fidélité et une tendance à donner les projets à de vulgaires tâcherons (Paul WS Anderson en tête). Pourquoi 2005? C'est en cette année que démarre la production d'Halo, l'adaptation du jeu phare de la XBox. Un FPS de science-fiction où vous incarnez le soldat Master Chief, envoyé pour combattre les Covenants, créatures aliens et fanatiques. Si la série a tutoyé aussi bien le très bon que le mauvais, elle a toujours eu le mérite d'avoir de bonnes phases de FPS et d'être d'une qualité visuelle indéniable. Microsoft décide donc de lancer une adaptation avec Alex Garland (Sunshine, Ex-machina) au scénario. L'accueil n'est pas forcément au beau fixe avec les studios, Microsoft tenant à contrôler le projet. Universal et 20th Century Fox se mettent d'accord sur la production et la distribution: le premier pour les USA, le second pour le monde.

Master chief

Master Chief, un héros d'action fait pour le grand écran.

Microsoft doit se contenter de 10% sur les recettes du film et 5 millions de dollars pour les droits. Peter Jackson est rapidement engagé uniquement en tant que producteur et prend sous son aile Neill Blomkamp. Le réalisateur sud-africain doit réaliser son premier film, avant tout connu pour son court-métrage Alive in Joburg (2006) et diverses publicités. "Mon agent à LA m'a mis en contact avec Mary Parent qui produisait Halo. Elle m'a dit, 'Jackson a vu ton travail et il veut te rencontrer . Il faut que tu ailles en Nouvelle-Zélande pour qu'il voie si tu peux faire l'affaire'. L'idée de faire Halo m'intéressait beaucoup, je trouve cet univers génial et super stimulant. Alors j'ai sauté dans l'avion et je l'ai rencontré avec Fran [Walsh] et tout le monde à Weta. J'ai découvert tout l'univers créatif qu'il a construit là-bas, et je suis resté!" Néanmoins, Microsoft adhère difficilement au travail de Blomkamp et ce malgré l'appui des développeurs des jeux, Bungie. "Trop atypique" dira le réalisateur. Ce qui a planté le projet Halo n'est pas tant la vision brute de Blomkamp, mais les ententes entre les studios. D'un côté, Microsoft toujours derrière le dos des exécutifs, de l'autre deux studios hollywoodiens ne savant pas quel budget donner et comment gérer cet argent. Le projet tombe en miette suite à ces problèmes de gestion.

"Je pense que les choses auraient été différentes si Peter avait été à ma place. Le fait qu'il n'était pas directement impliqué a empêché le film de se faire." Si Blomkamp n'a pu réaliser Halo, Peter Jackson a néanmoins produit son premier long District 9 (2009). De plus, le réalisateur a réutilisé l'anneau spatiale comme postulat d'Elysium (2013). Halo a depuis été adapté en mini-série ou film d'animation, mais de manière confidentielle. Quant au cinéma, rien ne s'est fait depuis l'arrêt du projet d'Universal et Fox. Quant aux adaptations de jeux-vidéo, une seule a trouvé l'adhésion des spectateurs: Silent Hill de Christophe Gans (2006). C'est tout? Oui c'est tout.

  • Gladiator 2 de Ridley Scott: quand l'improbable tutoie le génie

Gladiator

Cette cuvée est aussi faites pour dévoiler quelques projets cocasses, qui heureusement ne verront pas le jour. C'est indéniablement le cas de Gladiator 2. Revenons en 2000. Le film de Ridley Scott casse littéralement la baraque au box-office et est salué par la critique. Ridley Scott retrouve l'aura qu'il n'avait plus depuis très longtemps et Russell Crowe accède au statut de superstar. Le peplum est relancé après des décennies de disette. Mais la fin de Gladiator est sans alternative: (attention spoilers) Maximus est mort sous les honneurs après avoir liquider Commode (Joaquin Phoenix). (fin des spoilers) Malgré cela, une suite est écrite par John Logan, Scott la confirmant à Empire en 2003, mais sans Russell Crowe. "C'est la génération d'après. L'histoire romaine est terriblement exotique, et les époques sont plus fascinantes les unes que les autres" Lucius Veras, fils de Lucilla (Connie Nielsen) en sera le héros. Alors que l'équipe est en pleine contradiction, Russell Crowe décide de faire écrire le scénario au musicien Nick Cave et scénariste à ses heures (on lui doit The proposition et Lawless de John Hillcoat). Cave ironise sur ce début de collaboration (avec un peu de spoilers): "J'ai reçu un coup de fil: 'Salut mec, c'est Russell.' 'Russell qui?' 'Russell Crowe" Et moi je suis là, je dis à ma femme: 'Putain, c'est Russell Crowe!' Il dit: 'Tu t'intéresse encore à l'écriture de scénarios?' 'Nan, plus maintenant, pas envie.' 'Et si c'est pour écrire Gladiator 2?' 'D'accord. T'es pas mort dans Gladiator 1?' 'Tu te débrouille, mec."

Maximus est dans l'au-delà et les dieux romains l'envoient chercher Héphaïstos, dieu faisant croire en un unique dieu, celui des chrétiens. S'il réussit, Maximus retrouvera sa femme et son fils. Le dieu convainc l'ancien soldat devenu gladiateur que son enfant pourrait être en danger. Ils se retrouvent dans le monde des vivants à Lyon, où Lucius massacre les chrétiens. Rome est tout aussi pourri, nourri par la haîne et les maladies. Pendant ce temps, Lucius liquide un chef chrétien en faisant passer les adeptes du Christ pour responsables des catastrophes naturelles du pays. Maximus sauve son fils (sorti du paradis certainement par le miracle du Saint Esprit!) et prend les armes aux côtés des chrétiens persécutés dans une forêt. C'est finalement le fils de Maximus qui tue Lucius et Maximus se retrouve à vivre différentes périodes de l'histoire (les croisades, les guerres mondiales, le Vietnam...). Si certaines choses s'avèrent un minimum intéressantes (notamment ce qui concerne les tueries des Romains sur les chrétiens), Cave semblait partir dans un délire improbable, où Maximus devenait une sorte de demi-dieu assistant à la Mort jusqu'au XXIème siècle. Difficile de croire aussi à cette mythologie où des dieux romains envoient éradiquer un dieu prônant un seul, confrontant deux religions de manière idéologique alors que le combat sur Terre tend à détruire une des religions pour en asseoir une autre.

Un gros schmilblick à faire comprendre aux spectateurs, d'autant plus que l'aspect mythologique était absent dans le film original. Le virage de Nick Cave n'aurait certainement pas convaincu et encore moins les fans de Gladiator. Scott dira que Cave "a pris du plaisir à le faire.", mais le projet se plante aussi rapidement qu'il est né. Cave aura bien droit au mot de la fin: "C'était un film absolument anti-guerre. Et Russell [a dit]: 'Nan, mon pote. Nan'... Ridley Scott aurait quand même lâché: 'J'adore ce scénario mais ça ne peut pas marcher'. Puis ils ont envoyé le chèque, fin de l'histoire. ça a pris, genre, deux semaines. Le dites pas à Russell Crowe."

  • Le point Christophe Gans

Rahan

S'il y a bien un réalisateur qui symbolise à lui seul le development hell, c'est bien notre ancien journaliste de Starfix. A lui seul, on peut compter au moins six projets tombés à l'eau au cours des années 2000. Pour Rahan, le réalisateur envisage Mark Dacascos en rôle titre et prévoit comme La guerre du feu (Jean-Jacques Annaud, 1981) un film quasi-muet. Plus particulièrement, il devait narrer les aventures une chasseuse voulant tuer Rahan avant d'en tomber amoureuse. "J'ai entendu des choses incroyables sur ce projet, des gens qui disaient 'Pourquoi les personnages ne sont pas blancs? Pourquoi ils sont presque toujours nus?' Vous proposez Rahan et c'est RRRrrrr!!! que le cinéma français produit..." (3) Bob Morane est un projet datant des années 80, qui avait fini par pouvoir se faire dans les années 2000 sous le titre L'aventurier. Le scénario était signé Stéphane Cabel et Roger Avary, se basant sur les six romans où Bob Morane affronte l'Ombre Jaune. "Ce sera extravagant. Le Pacte des loups vous semblera bien terne en comparaison. Nous utiliserons des décors sans fioritures -Londres à Noël en 1959 et la Birmanie durant la décolonisation- mais avec des créatures de la magie noire, tirées de la mythologie taoïste et bouddhiste, qui se mêleront au combat. Ce sera bizarre, comme une version sérieuse des Aventures de Jack Burton de John Carpenter" (4). Vincent Cassel se révèle enthousiaste pour incarner Bob Morane. Michael Rooker, Maggie Cheung, Mark Dacascos et Franco Nero complètent la distribution.

Bob Morane

"Bob Morane contre tout chacal, l'aventurier contre tout guerrier!"

Là où Rahan s'est planté à cause de questions banales, Bob Morane tire sa révérence par malchance. "Quand l'épidémie du Sras s'est déclarée alors qu'on préparait Bob Morane, qu'on devait tourner en Asie, je n'air rien pu faire pour sauver le film." (3). Continuons avec Onimushua, adaptation du jeu phare de Capcom. "[Il] a été préparé au Japon quasiment jusqu’au moment de la construction des décors. Il se trouve que le producteur de ce film – Samuel Hadida, qui a fait tous mes films – était aussi le producteur de L'imaginarium du Docteur Parnassus (2009), de Terry Gilliam, au cours duquel est décédé l’acteur Heath Ledger. Au moment de sa mort, les compagnies d’assurance sont tombées sur Hadida et ils ne savaient pas encore si Gilliam arriverait à finir le film. (...) Tout est donc demeuré bloqué un certain temps, y compris les comptes de banque. J’étais en préparation pendant ce temps et lorsque nous avons appris la triste nouvelle, nous savions aussi que c’était cuit pour nous. Le film s’est écroulé sur lui-même et il a fallu sauver le soldat Parnassus alors que nous sommes restés dans la caserne." (5) Le Cavalier suédois, adaptation du roman de Leo Perutz, doit un temps se faire avec Vincent Cassel et produit par Thomas Langmann, mais ce dernier finit par lui refiler le reboot de Fantomas.

Fantomas

"Ce projet lui tenait à cœur et il a essayé de le monter plusieurs fois avec beaucoup de réalisateurs. Quand je suis arrivé sur le film, il avait déjà dépensé en développement plusieurs millions d’euros. Au départ, il voulait absolument que je fasse quelque chose qui rappelle un peu les adaptations de comic book qu’on connaît actuellement [Gans citait à l'époque Iron Man de Jon Favreau] (...) et très rapidement je me suis rendu compte que le naturel revenait au galop, qu’il avait envie de revenir aux adaptations avec Louis de Funès et que le film de comic book était quelque chose qu’il comprenait beaucoup moins que le côté farceur des films de de Funès des années 60. Comme je lui disais : d’une part, ce n’est pas ce que nous avions écrit et, d’autre part, Louis de Funès est mort et il n’y a et n’aura jamais personne pour le remplacer" (5). Le réalisateur renchérit en disant qu"un film, ça ne se monte pas simplement en débloquant de l’argent. Surtout dans le cas de films un peu hors normes, comme ceux que j’aime faire, il faut qu’une entente claire et profonde unisse tous les partenaires artistiques et financiers." (4) Un projet qui devait réunir Vincent Cassel et Jean Reno et qui est aujourd'hui purement annulé. A celui-là on peut rajouter l'adaptation de Dark Agnès de Robert E Howard, dont il parlait en 2011. Pas de doute que Christophe Gans pourrait mettre en scène les aventures sanglantes d'une héroïne issue de l'auteur de Conan le barbare. Mais encore faut-il lui en donner les moyens. En attendant, il est reparti sur son adaptation de 20 000 lieues sous les mers pour le compte de Pathé. En espérant que cette fois les planètes s'alignent une bonne fois pour toutes.

Agnès de Chastillon

  • Paul Verhoeven: dernières heures à Hollywood...

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Au début des années 90, Paul Verhoeven a tout pour lui. Il est un réalisateur hollandais ayant réussi à Hollywood, arrivant souvent à être un merveilleux poil à gratter par sa vision subversive, dégueulasse et sexuée. Sa relation avec Arnold Schwarzenegger est au beau fixe, Total Recall (1990) étant un succès. Ils espèrent même remettre le couvert avec une séquelle inspirée de Minority Report toujours écrit par Philip K Dick (1956). Les mutants de Mars auraient acquis le don de prédire les crimes et délits, don qu'une société compte exploiter. Schwarzy est peu convaincu, le projet tombe à l'eau et la nouvelle finira par être adaptée par Steven Spielberg en 2002. Popaul le violent et Arnie vont tout de même se retrouver le projet Crusade. Un scénario signé Walon Green, scénariste de La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969). Nous sommes en 1095 et le pape Urbain II lance les hostilités des croisades pour libérer Jérusalem des musulmans. Schwarzy doit incarner le voleur Hagen, réussissant à s'échapper par un miracle inventé (imaginez Jack Slater faisant croire que Léo Zeprout est vivant) et se lance dans l'armée aux côtés de l'escroc Ari. Un personnage qui est décrit comme changeant de religions à volonté. Le scénario évoque des scènes de viols, castrations, massacres, Hagen étant même attaché à l'intérieur d'un âne mort devant des hyènes qui ne demandent qu'à en faire leur quatre heures. 

L'ami Schwarzy aurait dû finir le film sur cette punchline bien craddingue: "Inspirez profondément et avec la puanteur de la mort dans le nez, allez dire à Dieu que vous avez restauré Son Royaume!" D'un côté, les croisés pillards et barbares, de l'autre des juifs et musulmans persécutés et victimes. La religion sied bien au Hollandais violent, lui qui travaillera des années sur une vision plus humaine du Christ, avant de finalement poser cela dans un livre (2015). D'autant plus qu'ici il doit dépeindre les dérives du christianisme. Gary Goldman est toutefois engagé pour lisser un peu le scénario. En plus de Schwarzy, Verhoeven se paye Jennifer Connelly, Charlton Heston, John Turturro et Gary Sinise pour un tournage en Espagne. Mais comme le Spider-man de Big Jim, Crusade est victime de la banqueroute de Carolco. Verhoeven demande trop (entre 125 et 170 millions de dollars), Schwarzy est trop payé... Le studio stoppe la production faute de trouver un accord entre le réalisateur, l'acteur et eux, réduisant à néant l'audace d'une telle entreprise, odyssée sanguinolente et sans merci. Du Restricted pur, où Popaul aurait pu aller encore plus loin que le monumental La chair et le sang (1985). Popaul se lancera également dans Dinosaur toujours avec Walon Green, où un mammifère suivait des dinosaures en voie de s'éteindre à cause d'un astéroïde.

Vous pensez au film du même nom produit par Disney en 2000? Cela tombe bien, puisqu'initialement c'est le studio qui devait produire le film, rechignant de payer 40 millions de dollars pour un récit "horrible et émouvant" selon le réalisateur (6). Il faut dire aussi que le Hollandais violent perd de sa superbe fin des années 90, dézingué par la critique et boudé par la public en à peine deux films (le polémique Showgirls et Starship troopers). Hollow man (2000), qu'il renie, ne fera qu'enfoncer le clou. Popaul essayera bien de revenir, mais Hollywood ne veut plus de lui, au grand dam de ses fans qui attendront six ans pour le revoir en pleine forme avec Black Book.

Allez à la semaine prochaine!


 * Propos issus de Mad Movies numéro 238 (février 2011).

** Propos issus de Tim Burton: Entretiens avec Mark Salisbury.

3 Propos tenus dans: http://www.telerama.fr/cinema/je-suis-un-cineaste-cinephile-qui-veut-faire-des-films-populaires-christophe-gans,108689.php

4 Propos issus de: http://filmmaker.over-blog.com/article-bob-morane-de-christophe-gans-62610518.html

5 Propos tenus dans: http://www.panorama-cinema.com/V2/article.php?categorie=1&id=364

6 Propos issus de Mad Movies numéro 287 (juillet-août 2015).

16 mars 2016

L'Epice au commencement

Les lecteurs croyant que ce dossier est une critique de Dune (1984), circulez il n'y a rien à voir. A vrai dire, la genèse du projet Dune est tellement fourmillante que passer directement à la critique du film de David Lynch n'aurait pas été très agréable à lire. Il était donc plus légitime d'en parler dans un dossier-cinéma digne de ce nom, d'autant que Dune reste un des films dont la production fut la plus explosive et a dû passé par différentes phases parfois douloureuses pour ses intervenants. Il s'agira également de développer l'après-film de Lynch, également pas mal en son genre.

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Affiche du documentaire Jodorowsky's Dune

Origines du projet

A l'origine, Dune est une saga littéraire de Frank Herbert débutée en 1965 et qui se poursuivra jusqu'au septième tome publié en 1985 (sans compter les opus post-thume). Une oeuvre réputée pour être inadaptable de par sa longueur et ses nombreuses descriptions. Une adaptation en un seul film de tout cet univers est quasiment impossible à dévoiler au cinéma. Pourtant, un seul semble y croire et même très sérieusement: un certain Alejandro Jodorowsky. Celui qui dénigre le cinéma de Steven Spielberg s'est mis à avoir une folie des grandeurs avec le projet Dune. A cette époque, Jodo est déjà connu pour ses films et notamment le western psychédélique El Topo (1970). A l'instar d'Eraserhead (le premier film de Lynch, ironie quand tu nous tiens) ou de The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman (1975), El Topo devient rapidement un phénomène en instaurant les Midnight Movies, ces films exploités dans de petites salles aux USA mais ayant eu un succès retentissant. Jodorowsky a alors la côte, réalise La montagne sacrée (1973) et va utiliser sa notoriété naissante pour le projet Dune en 1974. Quant à l'origine du projet, les dires divergent.

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Affiche pour commencer la production, faite à une époque où Douglas Trumbull était encore sur le projet.

Le livre Les plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund (2013) expose comme quoi Jodo aurait eu une sorte de "rêve éveillé", lui donnant envie de faire un film du livre. Il aurait lu toute la journée le livre avant d'appeler le producteur Michel Seydoux (grand-oncle de Léa et un des membres du conseil de surveillance de Pathé), qui avait distribué El topo et La montagne sacrée en France. Jodo parle d'une coproduction entre les USA et la France avec 10 millions de $ de budget (énormissime pour l'époque) et ils en auraient convenu à Los Angeles (*). La version de Seydoux est assez différente (**): "J'ai appelé Jodo pour lui proposer de faire un film avec moi. Il m'a répondu: 'Pourquoi pas?' et quand je lui ai demandé ce qu'il voulait, il m'a dit: 'Dune'. J'en ai donc acheté les droits pour 100 000 $ (...) Une forte somme à l'époque, mais pas grotesque vu le best-seller que c'était." Les deux cocos n'avaient pas lu le livre avant de conclure le marché, mais ils sont suffisament motivés pour convaincre Frank Herbert de leur céder les droits ("je crois que Frank Herbert a été séduit par l'originalité de notre tandem" dit Seydoux **). Douglas Trumbull, auréollé par le succès de 2001 (Stanley Kubrick, 1968), est approché par Jodo et Seydoux. Petit à petit, le trio ne s'entend pas. Jodo dira de Trumbull qu'il ne supportait pas "sa vanité, ses airs d'homme d'affaires et ses tarifs exhorbitants". Trumbull, quant à lui, dira que sa rencontre avec Moebius "lui [a] laissé des souvenirs inoubliables" (**).

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Concept-art de Chris Foss du Palais d'or.

Préparation en amont

Douglas Trumbull éjecté, Jodo contacte Dan O'Bannon, scénariste et surtout concepteur des SFX de Dark Star (John Carpenter, 1974). O'Bannon, chargé des effets-spéciaux, dit à Jodo assez rapidement qu'il faudra un storyboard complet. "Comme il ne savait pas bien ce qu'était un storyboard, je lui ai expliqué et ça l'a tellement emballé qu'il a décidé de faire celui de tout le film, plan par plan" dira le futur scénariste d'Alien (*). Pour le storyboard, ce sera Moebius aka Jean Giraud qui s'en chargera. Jodo est très enthousiaste et multiplie les compliments à la chaîne: "Moebius était un génie, dôté d'une rapidité étonnante. Je me suis lancé: 'Dessine un pantalon bouffant, ajoute des chaussures, mets lui une armure' et il travaillait aussi vite qu'un ordinateur et avec un talent fou (...) Giraud a réalisé 3000 dessins, tous merveilleux. Grâce à son talent, le script de Dune est un chef d'oeuvre. On dirait que les personnages sont vivants; on suit les mouvements de la caméra; on visualise le montage, les décors, les costumes..."  (**). Une bible selon les principaux intéressés qui n'aurait été imprimé qu'à douze exemplaires selon Seydoux et dont seulement deux auraient été conservé en dehors des studios (**).

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Jodo et Moebius accompagnés d'un garde Harkonnen.

A Moebius se rajoute dans un premier temps Chris Foss, illustrateur anglais s'étant occupé de livres d'Isaac Asimov et autres couvertures de romans de science-fiction. Encore une fois, Jodo se révèle enthousiaste au possible: "[il veut créer] des entités magiques, des véhicules vibrant comme des poissons qui nagent dans les profondeurs mythiques d'un océan dont ils tirent leur essence... Des bijoux, des animaux-machines, des mécanismes dotés d'une âme (...) Pas de cette science châtrée, gonflée d'impérialisme, de pillage, d'arrogance" *. HR Giger se rajoute également à l'entreprise, notamment en travaillant sur les Harkonnen. Il gardait un souvenir incroyable de sa première incursion dans le cinéma: "Jodorowsky m'a demandé de faire quelques dessins et j'avais toute liberté. C'était extraordinairement favorable à la créativité, comme si j'étais invité par un musée"  (*). Plus élogieux que ça, on ne peut pas faire mieux.

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Le Palais Harkonnen par HR Giger.

Musique maestro!

Assez rapidement, la musique devient un point central du projet. Virgin Records propose Mike Oldfield, auteur du Tubular Bells qui a rendu phare la musique de L'exorciste (William Friedkin, 1974), mais Jodo choisit les Pink Floyd! Le groupe avait déjà fait des bandes-originales de film pour More et La vallée de Barbet Schroeder (1969, 1972) et venait de signer Dark Side of the Moon (1973). Quant à la première rencontre, les avis divergent une nouvelle fois. Jodo dira qu'il aurait pété un câble en allant à leur studio à Abbey Road en les voyant en train de manger des hamburgers plutôt qu'à l'écouter. Roger Gilmour aurait alors rattrapé Jodo et s'excuse, avant que le réalisateur ne leur projette La montagne sacrée. Nick Mason, batteur du groupe, n'est en revanche pas du même avis: "Je n'ai jamais vu La montagne sacrée... Je n'ai aucun souvenir d'une réunion à Abbey Road, et nous mangions rarement un steak frites... Je n'ai jamais vu David courir après qui que ce soit pour faire des excuses, et nous n'aurions jamais traité quelqu'un de façon si cavalière, surtout si nous l'admirions, à moins qu'il ne s'agisse d'un inconnu entré par hasard comme un dingue". *

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Concept-art de Chris Foss.

Qui croire dans tout ça? On ne sait pas trop, mais Jodo dira ensuite que le groupe a "décidé de participer au projet... en produisant un double album intitulé Dune. Ils sont venus à Paris pour parler des aspects financiers et, après une discussion serrée, nous sommes arrivés à un accord: Pink Floyd ferait presque toute la musique" * Le groupe doit alors signer la partie concernant les Atréides. Il est alors dit que le groupe français Magma, plus agressif, s'occuperait des Harkonnen.

Casting d'anthologie

On pourrait croire qu'avec des noms prestigieux pour l'entourer dans la direction artistique, Jodo s'arrêterait. Il n'en est rien, sa folie des grandeurs allant jusqu'au casting. Brian Herbert, fils de l'auteur, annonce que Jodo se verrait bien dans le rôle du Duc Leto Atréides (joué par Jurgen Prochnow dans le film de Lynch pour vous donner une idée), Orson Welles serait le baron Harkonnen, David Carradine serait le Dr Kynes (Max von Sydow chez Lynch), Charlotte Rampling en Lady Jessica (Francesca Annis) et Brontis Jodorowsky doit jouer Paul (Kyle MacLachlan). Jodo fait entraîner des années durant son fils à divers arts du maniement et du combat. Rampling refuse le rôle, Carradine veut le rôle du Duc et Welles comme un certain Mick Jagger sont principalement des rumeurs, même si Jodo a convaincu le réalisateur de Citizen Kane par du vin et de bons dîners. * Mais Jodo n'y va pas de mains mortes pour le rôle de l'empereur Shaddam Corrino IV, puisqu'il veut ni plus, ni moins que Salvatore Dali. Il modifie d'ailleurs le personnage du roman. "Dans ma version, l'empereur est fou... il vit sur une planète artificielle en or (...) en symbiose avec un robot identique à lui-même. La ressemblance est telle que les sujets ne savent jamais s'ils sont en présence de l'homme ou de la machine" *

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Un vaisseau pirate par Chris Foss.

A entendre Jodo, on ne serait pas loin de Metropolis (Fritz Lang, 1927), où les ouvriers confondent la jeune femme et la machine ayant le même visage. Mais Dali se veut gourmant, très gourmant. Jodo lui parle de tournage de sept jours pour ses séquences et Dali exige 100 000 $ de l'heure. Une somme invraisemblable et qui le serait encore aujourd'hui. Même Amanda Lear, choisie pour incarner la princesse Irulan et muse du surréaliste, dira à Jodo que "Dali est comme un taxi; plus le temps passe, plus il est cher et... moins vous voulez payer" *. Jodo finira par trouver un compromis en réduisant son rôle à deux pages et Seydoux choisit de ne le payer que pour les plans importants, ce qui revient à trois minutes! Mais la descente continue avec les positions de Dali vis à vis de la dictatre chilienne de Pinochet. Jodo étant chilien, il voit cela d'un mauvais oeil et confirmant ce qu'il avait vu au tarot bien avant (Jodo est un grand amateur de tarot), il laisse tomber Dali. 

Dernier tour de manivelle

En octobre 1976, Frank Herbert finit par voir ce qui se passe à Paris: 2 millions dépensés et un travail qui relèverait d'un film de 14 heures sur les 180 minutes initialement prévues. Herbert se désiste et quand Seydoux et Jodo vont aux USA pour des soutiens supplémentaires, c'est la douche froide. "Sur les cinq studios que nous avons démarchés, deux nous ont juste dit: 'ça ne nous plaît pas, merci, au revoir' et les autres ont demandé plus d'explications. Bizarrement, c'est chez Walt Disney qu'ils étaient les plus proches de la compréhension. (ironique quand on voit certaines de leurs productions futures comme Tron ou le prochain Star Wars -NDB) Mais pour être honnête, ils ont tous cherché des excuses pour ne pas entrer dans le projet." **. Seydoux évoque alors qu'il était prêt à prendre en compte des éventuels dépassements de budget, mais la vision de Jodo pose trop de problèmes aux studios. Si les studios ne veulent pas se lancer dans l'aventure, c'est en grande partie pour le côté ingérable du réalisateur. Jodo se veut encore plus cynique évoquant que "cela ne s'est pas fait à cause des USA qui n'ont pas voulu donner le réseau de 2000 salles nécessaire pour rentrer dans les frais".

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Il évoque ensuite que Dune avait "30 ans d'avance" et qu'il était parti pour tourner au Sahara, ce qui au vue de la grande quantité de scènes sur la planète Dune (qui porte bien son nom) est tout à fait logique. ** Jodo en ressort mauvais, mais se console en disant que sa rencontre avec Moebius lui a permis de réaliser la bande-dessinée L'incal (1981-1989). Beaucoup y voient l'héritage du projet Dune dans cette bande-dessinée qui continue d'attirer l'attention, tout comme La caste des Méta-Barons (avec Juan Gimenez, 1992-2003). S'il y en a bien un autre qui vit mal la fin du projet, c'est bien Dan O'Bannon qui passera par un séjour en hôpital psychiatrique avant de rebondir avec Alien (Ridley Scott, 1979), où il retrouvera HR Giger et Moebius. 

Arrêt chez Dino de Laurentiis

Suite à la déconvenue Jodorowsky, Michel Seydoux finit par vendre les droits du livre à Dino de Laurentiis, intéressé depuis très longtemps par une possible adaptation. Seydoux dira ironiquement que "pendant une dizaine d'années, j'ai reçu des royalties permettant d'acheter quelques paquets de cigarettes" **. Le producteur italien, pas connu pour ses bonnes manières, engage Herbert lui-même en 1978, mais en voyant les 175 pages (qui aurait donné un film de trois heures environ), il refuse le scénario. Il engage alors Rudy Wurlitzer au scénario (scénariste de Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah), Ridley Scott à la réalisation et HG Giger toujours à la conception en 1979. Scott prévoit alors un dyptique mais claque assez rapidement la porte. "Après sept mois, j'ai abandonné Dune alors que Rury Wurlitzer avait ramené une première ébauche de script qui était une décente distillation du roman de Frank Herbert. Mais j'ai aussi réalisé que Dune allait donné beaucoup plus de travail que prévu- environ deux ans et demi. Et je n'avais pas le coeur à m'y attaquer à cause de la mort d'un cancer de mon frère Frank quand je préparais le film de De Laurentiis" dira Scott dans Ridley Scott: The Making of his movies

Dune

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Le réalisateur anglais ira finalement réaliser Blade Runner, qui lui attira aussi son lot de galères. C'est alors que le producteur décide d'engager David Lynch en 1981. Il est auréollé de l'aura d'Eraserhead (1977) et d'Elephant man (1980), ce qui en fait un réalisateur aussi prestigieux que Scott. D'autant que le réalisateur a préféré Dune au Retour du jedi (il avait peur de n'être qu'un simple exécutant de George Lucas). Mais le réalisateur déchante vite face à un scénario qui doit être expéditif et laissant peu de place à un éventuel dyptique comme le voulait Scott (en fait, De Laurentiis voulait juste que le film marche pour ensuite enclencher le bouton suite). Un budget de 40 millions de $ est alloué, conséquent mais pas assez au vue de l'ampleur du projet; et surtout Lynch n'aura jamais le final cut. Ce sera la première et dernière fois que le réalisateur acceptera cela et pas rancunier, fera produire son film suivant, Blue Velvet (1986), par De Laurentiis. Universal veut ainsi un film de deux heures, alors que le premier montage en contient trois. De nouvelles scènes sont donc réalisées afin d'instaurer une continuité et d'aider le spectateur à la compréhension (au final, cela ne l'aidera pas plus que cela). Kyle MacLachlan (Paul Atréides) se voit quant à lui coincé par les éternels contrats à rallonge de de Laurentiis, à l'image d'un certain Arnold Schwarzenegger. Il est prévu qu'il joue encore dans des suites du film, Lynch se mettant à la tâche malgré les soucis de montage.

Dune

A sa sortie en 1984, le film est plus ou moins massacré. Parmi les anecdotes crousillantes, Cédric Délélée, journaliste de Mad Movies, évoquait en août 2013 sa séance de Dune (3). Il évoquait notamment que l'univers était tellement fouilli que des guides avec la chronologie, les personnages et l'univers décrits étaient donné avant les séances. L'éminent critique Roger Ebert disait à sa sortie que le film était "une excursion incompréhensible, laide, non structurée et vaine dans les recoins les plus sombres de l'un des scénarios les plus embrouillés de tous les temps" *. Ce n'est qu'un exemple des critiques néfastes au sujet du film. Jodo, à peine pas cynique, renchérit: "Quand je suis allé voir [le film], (...) j'étais vert de jalousie. Mais ensuite... ça m'a fait tellement plaisir que le film soit si mauvais! Du coup, je revivais! Parce que si David Lynch avait réussi Dune comme ses autres films, je n'aurais pas survécu" *. Mais l'air de rien, le film de Lynch gagne en estime au fil des années, devenant avec justice un film culte et une belle tentative d'approche du roman, malgré ses résumés barbares. Même Frank Herbert a fini par adouber le film. Au point qu'une version longue est produite pour le DVD, où Lynch (il n'aurait jamais dû faire Dune de son propre avis) est crédité comme Alan Smithee, pseudo pour les réalisateurs reniant leur film.

Critique de Dune de David Lynch: La guerre de "L'Epice"

Tentatives récentes 

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James McAvoy dans Les enfants de Dune.

En 2000, Dune débarque sur le petit écran pour une mini-série en trois épisodes. Produite par Sci Fi, pas réputé pour ses partenaires prestigieux (les dernières productions Asylum et Roger Corman viennent de là), la série permet de voir William Hurt en Duc Leto et Giancarlo Giannini en empereur. Fort du succès de la mini-série, Sci Fi remet le couvert avec la séquelle Les enfants de Dune où James McAvoy joue le fils de Paul Atreides et où l'on peut voir aussi Susan Sarandon. Ces séries de six épisodes au total sont disponibles en France, où leur intérêt fut bien moindre. D'autant plus que la suite ne se fera malheureusement pas pour le producteur Richard P Rubinstein. Comme à son habitude, Hollywood ne va pas tardé à se charger d'un possible remake avec Paramount en fer de lance. Problème: le réalisateur envisagé est loin d'être égal à Alejandro Jodorowsky et David Lynch, puisqu'il s'agit de Peter Berg. Un réalisateur encore capable de rechercher l'inspiration dans le travail des deux premiers, tant ses films sont pompeux (Battleship venait renifler sévèrement chez Transformers). Le réalisateur est néanmoins motivé: "Mon Dune sera différent de celui de David Lynch, qui se concentrait surtout sur la rivalité politique des maisons Harkonnen et Atréides pour le contrôle de l'Epice. S'il en sera toujours évidemment question, mon film sera une aventure épique, quelque chose d'audacieux, de violent, de musclé et aussi d'amusant. (...) Quelque chose dans le genre du Seigneur des anneaux, de Star Wars ou d'Indiana Jones, sans pour autant négliger les aspects shakespeariens du livre.4

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Concept-art du projet de remake.

A peine annoncé en 2007 et malgré des concept-arts plutôt prometteur (dire le contraire serait dégueulasse), Berg se désiste en octobre 2009 et ce malgré la rumeur persistante de Robert Pattinson pour le rôle de Paul Atreides (5). Neil Marshall (réalisateur de The Descent mais aussi du très mauvais Doomsday) et Neill Blomkamp (ressortant du succès surprise de District 9) sont pressentis, mais début 2010 c'est finalement Pierre Morel qui s'engage dans la galère, privilégiant ce projet à Rise of the planet of the apes (on l'en remercie). Sauf que cela est moins rassurant encore quand on sait que le frenchy a réalisé les lamentables mais très lucratifs Banlieue 13 (2004) et Taken (2008). Le frenchy fait également partie des réalisateurs de l'écurie Besson à s'être accomodé des gros studios comme Louis Letterier, là où un Alexandre Aja s'avère plus indépendant. Plus d'un an plus tard, même son de cloche: Morel jette l'éponge pour des questions de budget et Paramount voit rouge. 6 Le studio voyait en Dune un projet ambitieux qui devait être d'environ 175 millions de $. Pour une oeuvre pareille, cela s'avérait légitime, mais est-ce que cela en vaut la peine? Au final non, ce remake ne verra probablement jamais le jour, en tous cas pas chez Paramount à moins d'avoir racheté les droits depuis. Au vue de leur expérience, il semblerait que cela soit foutu et peut être tant mieux.

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 Concept art du projet de remake.

Après ces deux projets, le remake de Dune tombe dans l'oubli, preuve que le roman de Frank Herbert reste une véritable rencontre manquée entre l'un des plus grands romans de science-fiction du XXème siècle et le Cinéma.

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Jodorowsky's Dune: résurrection d'un film qui ne s'est jamais fait

Jodo's Dune

Diffusé à Cannes alors même que Jodo présentait La Danza de la realidad (son premier film depuis vingt-trois ans), Jodorowsky's Dune a mis bien du temps à sortir. La principale raison? La veuve de Moebius avait bloqué la diffusion du film suite à son passage à Cannes. Rien n'a filtré depuis, mais c'est surement un arrangement à l'amiable qui a permis au documentaire de sortir en France ce mercredi. Frank Pavish a bénéficié d'intervenants en or, que ce soit par les membres historiques du projet (Jodo et son fils Brontis, Seydoux, Foss, feu HR Giger, le producteur Jean Paul Gibon, Jean Pierre Vignau, Amanda Lear et Christian Vander de Magma) ou des connaisseurs du projet (le producteur Gary Kurtz, Diane O'Bannon veuve du scénariste-concepteur, les réalisateurs Richard Stanley et Nicolas Winding Refn ou des critiques). Le film s'aide également de nombreuses photos d'archives, montrant l'équipe au travail. Les interventions sont d'autant plus pertinantes qu'elles aident à cerner les intentions du projet. Jodo est fidèle à lui-même: il parle énormément et est sans tabou. C'est aussi ce qui fait plaisir à voir dans ce documentaire, où sa verve prend le dessus sur la plupart des intervenants. Il faut le voir parler de son projet comme d'un "prophète" ou piquer une crise au sujet de l'argent, en sortant des billets de banque! Manquerez plus qu'il brûle un de ses billets de 100 euros et on aurait eu droit à une séquence à la Gainsbarre.

Jodorowsky's Dune : Affiche

Une séquence délirante montre même le réalisateur s'arrêter de parler subitement pour récupérer son chat! Des personnages comme Jodo on n'en fait plus, alors assister à un tel show au cinéma donne une certaine saveur au film. Les autres intervenants impliqués sont plus précis, évoquant longuement leur implication. Seydoux signe même un des plus beaux fous-rires que provoque le film quand il aborde la question Dali. Trouvant infaisable la proposition de Dali, le producteur avait alors dit qu'il le payerait en minute importante. Trois minutes au final d'après les calculs de Jodo! Il est aussi intéressant de voir que le projet ne s'est pas fait à cause de sa durée. Jodo n'était pas prêt à faire de concession et c'est une des raisons pour laquelle il n'a pas eu les derniers financements qu'il voulait. C'est ce que soulève par exemple Gary Kurtz qui travaillait sur La guerre des étoiles à l'époque. Il est assez amusant de retrouver Stanley dans le film, étant donné que lui aussi a été témoin d'un naufrage artistique. Celui qu'il a subi sur L'île du docteur Moreau dans les années 90: viré par la New Line, avant de camper pas loin du tournage du film réalisé finalement par John Frankenheimer! On ne pouvait pas trouver oeil plus intéressant pour aborder la folie d'un créateur assistant au naufrage de son bébé. 

Dune (Chris Foss)

Concept-art de Chris Foss.

 

Il est magnifique de voir HR Giger parler de ses concept-arts, dévoilant ce qu'il voulait faire pour le palais Harkonnen. Ainsi il n'est pas étonnant que certains tableaux renvoient au xénomorphe d'Alien. Il évoque également la langue permettant aux vaisseaux d'entrer à l'intérieur du palais comme ces escaliers avec des lames sur les côtés. 36 000 façons de se faire tuer si on ne fait pas attention, les lames se refermant en cas de danger. Mais là où Pavich offre le plus beau cadeau du monde, c'est en dévoilant le fameux livre de Dune, composé des recherches graphiques de Giger, Ross et Moebius (grand absent du film) et du storyboard complet de ce dernier. Si tout n'est pas dévoilé, il est dommage (au cinéma tout du moins) de ne pas pouvoir faire un arrêt sur image sur chaque point de ce document inédit et jamais dévoilé en profondeur jusqu'à présent. Un bijou d'une précision folle à l'image de Jodo et son imagerie chilienne, tout comme Leto ressemble énormément à Blueberry. Mieux encore, le réalisateur de Santa Sangre évoque différentes scènes de son projet et Pavich s'est chargé de les animer. Un véritable bonheur permettant de comprendre définitivement où voulait en venir Jodo avec Dune. Il n'aurait jamais été fidèle au roman, il y va même de la punchline en disant qu'il a "violé Frank Herbert, mais (...) avec beaucoup d'amour!".

Leto (Moebius)

 

Leto Atréides par Moebius.

Preuve en est dans son final où Paul Atréides meurt, tout en renaissant à travers les habitants de Dune. De même, son père est un homme castré qui procréé avec une goutte de son sang, un "amour cosmique" comme le dit Jodo. Une manière comme une autre de donner une fois de plus un ton spirituel au film. Le thème de la mutilation reviendra aussi avec une séquence de torture, où le baron Harkonnen se fait un véritable plaisir à démembrer ce qui semble être Leto. Ce qui n'est pas sans anticiper les mutilations destructrices de Santa Sangre (1989). Le clou du spectacle est évidemment ce plan-séquence d'ouverture sur l'univers, où l'on finit par assister à une attaque d'un vaisseau pirate avant d'atteindre Dune. Une vision époustouflante et incroyable, preuve de la folie furieuse du projet et qui a depuis été reprise dans Contact de Robert Zemeckis (1997). Comme le dit Seydoux, il n'est pas étonnant que le livre de production a été conservé par les studios qu'ils ont visité, surtout quand on voit certains plans utilisés pour soutenir cette thèse. Pas forcément de la paranoïa, mais aussi une preuve qu'un projet infaisable peut mener à des choses concrètes. La semence donné à l'intérieur d'une femme a donné lieu à une scène d'Enter the void (Gaspar Noé, 2009). D'autres exemples sont cités comme Les aventuriers de l'arche perdue (Steven Spielberg, 1980) ou Terminator (James Cameron, 1984), même si l'on n'y croit pas forcément. Preuve que Dune reste un projet qui fait rêver aussi bien les fans de Jodo que les spectateurs fascinés par l'ambition d'un tel projet. Ce qui rend ce documentaire d'autant plus important.


Article initialement publié le 11 décembre 2013.


* Anecdotes et propos rapportées dans le livre Les plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund.

** Anecdotes et propos rapportées dans Mad Movies numéro 265.

3 Voir sur: http://www.mad-movies.com/Articles_L_HEURE_DES_REVISIONS_34_

4 Propos issus de Mad Movies numéro 294 (mars 2016).

5 http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Peter-Berg-abandonne-Dune-2094735

6 http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18602798.html

Autres sources: http://en.wikipedia.org/wiki/Dune_(film)

11 mars 2016

"Je vais t'offrir un monde aux mille et une horreurs..."

Un jeune homme déguisé en Père Noël raconte l'histoire d'Aladin...

Aladin

Il se peut que lors d'une soirée (si possible un anniversaire) on fasse des bêtises. Que dans le feu de l'action, on prenne la mauvaise décision. Cela peut passer par un mauvais choix de film. Alors quand vos meilleurs amis ont la bonne idée de vous faire voir Les nouvelles aventures d'Aladin (2015), non sans une once de cynisme (les petites canailles!), cela sent plutôt mauvais. Pour vous rassurez, ils ont tous fait la gueule pendant et après le visionnage. Donc voilà ce film que redoutait tant votre cher Borat, qu'il avait évité comme la peste (pas même une bande-annonce), même sauvé du nouveau sommet de Black M, jamais avare pour nous polluer les oreilles quand il n'est pas sur les routes. On évitera également de tirer sur l'ambulance Allociné, puisque le site de Webedia s'enfonce tout seul dans les eaux troubles du marketing putassier. Annonçons la couleur: Aladin est probablement le pire film français vu depuis très longtemps et ce n'est pas faute de trouver des candidats potentiels. Certes la phrase est bateau, vouée à être placardée sur les murs, pourtant elle résume parfaitement ce film. (attention spoilers) Le point de vue initial annonce la couleur, puisqu'Arthur Benzaquen décide de jouer la carte de la mise en abîme. On ne rentre pas directement dans le récit à Bagdad, mais de nos jours. On comprend assez rapidement les différents rôles de l'histoire.

Les Nouvelles aventures d'Aladin : Photo Kev Adams, William Lebghil

Kev Adams incarne le jeune sans le sou jouant les Pères Noël, alors qu'il dit à sa princesse (la ravissante Vanessa Guide, lueur d'espoir du film s'il y en a bien une) qu'il est dans la finance et William Lebghil est son pote dans les deux cas. Pas très difficile puisque c'était déjà le cas dans la série SODA. D'ailleurs, ce dernier joue quand même sérieusement mieux qu'Adams, même s'il a un rôle ingrat au possible. La mise en abîme ne sert strictement à rien, si ce n'est de changer l'histoire en plein cours dans ce qu'il y a de plus caricatural. Un enfant auquel il raconte l'histoire veut un changement? Le récit change automatiquement pour lui faire plaisir et la narration en pâtit, car on est sans cesse en train de revenir sur des points inintéressants. Ce qui donne une narration en dent de scie, où l'on s'arrête dans un film déjà pénible à suivre. On verra également vers la fin que le vizir (Jean Paul Rouve) n'est autre que le sous-fifre du sultan/patron Michel Blanc et Audrey Lamy la servante /soeur de l'héroïne. D'autant que le scénariste Daive Cohen change les noms du conte, tout comme l'avait fait les studios Disney en 1992 (hé oui, pas de Jasmine dans le conte des 1001 nuits), renforçant l'idée de faire une histoire à la sauce nawak. Pour ce qui est de la réalisation, on croit malheureusement plusieurs fois être devant un mauvais téléfilm de TF1, avec tout ce qu'il faut en problèmes de rythme. Pour preuve, le film s'enfonce continuellement dans l'effet "mauvaise blague qui dure". Quand une vanne est mauvaise, soit on l'étire jusqu'à plus soif, soit on la ressort continuellement au fil du film.

Les Nouvelles aventures d'Aladin : Photo Eric Judor, Kev Adams

C'est ainsi que Lebghil se retrouve à être insulté de gay ("t'es pas de la jaquette?") ou de "couilles molles" à longueur de scènes. Il est amusant de retrouver un langage aussi fleuri (en plus d'être vulgaire et pas drôle) dans un film s'adressant avant tout à un public familial. De là à dire que les enfants deviennent vulgaires à cause des films, il n'y a qu'un pas que Promouvoir pourrait accomplir. Dans l'optique de la parodie, le réalisateur enchaîne les fautes de goût tout le long du film, à commencer par les tapis tous volants. Ainsi, un plan aérien montre le titre, la caméra avançant jusqu'à taper dedans pour faire un effet gag. Sauf que ce n'est pas drôle et encore plus quand le plan est coupé subitement. Le réalisateur utilisera aussi des bruitages pour ne pas montrer Kev Adams en train de se battre avec une flopée de bonhommes, tout en dévoilant de temps en temps un cascadeur sauter par la fenêtre. Là non plus, si c'est pour faire rire, c'est pas gagné. On a surtout l'impression de voir un film sans le sou avec ce genre de scènes (ce qu'il n'est pas avec 15 millions d'euros de budget). Le film continue de s'enfoncer dans le ridicule avec un clip. Benzaquen trouvait surement cool non seulement de faire chanter Kev Adams, mais en plus de faire une scène sous forme de clip complet comme s'il était diffusé à la télévision. Vous vous souvenez du Rêve bleu? Jugez plutôt.

Insupportable à l'image de la chanson de Black M servant de générique de fin, qui aura au moins le mérite de faire chanter/rapper deux fois les mêmes paroles par Adams et le rappeur de Sexion D'assaut. A force de jouer la carte de parodie en fonçant tête baissée dans ce qu'il ne faut pas faire, Aladin consterne, ennuie et surtout fait pleurer de désespoir un spectateur qui n'en est plus à une couleuvre prêt. Il voudrait bien être Mission Cléopatre (2002), mais Benzaquen n'est pas un Nul. Cela atteint des sommets quand Jean Paul Rouve dit "je suis ton père" à Kev Adams. Quand Dieudonné dit "l'empire contre-attaque" dans le film de Chabat, c'est évident car le moment est propice et Alain Chabat insiste sur la pose (Dieudonné est de dos et on ne voit que son casque). Là c'est juste parce que c'est soi-disant branché et évidemment, il faut faire durer la vanne encore et toujours. Toujours dans cette optique, le passage "stop" entre les dunes. Cela ne marche pas, car on le voit venir et c'est tristement mauvais. Même la rare séquence de combat frontal est laide, jouant sur l'obscurité pour ne pas montrer que ce sont des cascadeurs et pas Adams et Lebghil.  Au mieux on retiendra les décors et les costumes, mais c'est bien pauvre. Quant aux acteurs, soit ils sont désespérants ou agaçants, soit ils sont des guests qui passent (une autre mode bien pénible) à l'image de La Fouine qui passe par la fenêtre. Même le pauvre Eric Judor fait de la peine en Génie de pacotille. (fin des spoilers)

Les Nouvelles aventures d'Aladin : Photo Vanessa Guide

Vanessa Guide, un petit rayon de soleil dans un sommet de médiocrité.

"Ce cauchemar bleu, c'est un voyage terrible. Je suis tombé trop bas, aller trop loin, je ne peux plus retourner d'où je viens..."

10 mars 2016

A la recherche du son perdu

Un jeune DJ en manque de reconnaissance essaye de se lancer grâce à un compositeur sur le déclin...

We are your friend

Le teen movie est un genre qui fait autant d'heureux que de laissés-pour-compte. Le piège est souvent à double-tranchant: la gloire est souvent aussi fulgurante que la traversée du désert. Pour un Tom Cruise (repéré dans Outsiders de Coppola, lancé par Risky Business de Paul Brickman, propulsé par Top Gun de Tony Scott), combien de Matt Dillon ou Rob Lowe (même si ce dernier est revenu de loin ces dernières années) ? Le cas de figure est toujours présent de nos jours et particulièrement chez les stars juvéniles de Disney. Ces dernières souhaitent rapidement s'émanciper, quitte à changer radicalement d'image. Une image trop lisse que certains dynamitent un peu trop vite (Miley Cyrus en est le plus bel exemple). Alors que sa camarade d'High School Musical s'éclate au spring-break, Zac Efron a bien du mal à rebondir faute de propositions dignes de ce nom. Preuve en est les comédies potaches qu'il tourne depuis la fin de la trilogie Disney (ceux qui ont vu Dirty Papy, avec un Robert De Niro toujours prêt à tomber plus bas, comprendront). Sorti durant une fin de saison estivale particulièrement pauvre, We are your friend de Max Joseph a fait coulé beaucoup d'encre de par son échec commercial violent. 9 millions de dollars récoltés au box-office pour 2 millions de budget. On n'ose même pas parler de semi-succès, mais de petite rentabilité. Certes le budget est petit (une production indépendante), mais combien de films avec un budget identique arrive à dépasser largement la mise?

We Are Your Friends : Photo

L'insuccès du film est d'autant plus triste que le film n'a rien de mauvais, victime potentielle de diverses raisons. Le sujet n'a peut être pas attiré, Efron n'a pas donné envie aux spectateurs récalcitrants ou tout simplement que son public ne le suit pas autant que sur les réseaux sociaux, blogs et autres amatrices de fan-fictions (vous n'avez pas idée). Sur ce dernier point, cela n'est pas nouveau, on le voit actuellement avec les chiffres d'Amis publics avec Kev Adams. Il suffit que vous n'êtes pas dans votre genre habituel et votre public ne vous suit pas. C'est ce qui semble arriver à Efron et il faut qu'il ne soit pas le leading man pour attirer les foules (ce sera surement le cas à nouveau avec Baywatch). En voilà une nouvelle fois la preuve et pourtant ce n'est pas sa faute. L'acteur semble avoir gagné en maturité, ce qui n'est pas plus mal. Même s'il fait souvent la gueule (nouvelle marque de fabrique?), c'est toujours plus agréable que le voir sourire bêtement comme il avait autrefois l'habitude. Pas forcément la performance de l'année, mais il s'en sort plutôt bien. L'acteur incarne un jeune DJ cherchant à percer et s'entourant de ses amis (Shiloh Fernandez, Alex Shaffer et Jonny Weston) pour des soirées diverses où il doit officier. A cela se rajoute un mentor (Wes Bentley) qui va lui apprendre à sortir des automatismes. Le récit est en soi très classique et ne vole pas bien haut, reposant sur des airs déjà vus sans être désagréable. 

We Are Your Friends : Photo Zac Efron

We are your friend commence comme un film de potes, à l'image de son titre repris d'un standard du duo Justice (repris d'ailleurs dans le générique, preuve de la bonne volonté du réalisateur). De la bande, il n'y a qu'Efron qui sort réellement du lot. Un peu bloqués dans les clichés, les acteurs font ce qu'ils peuvent, Weston étant surement le plus sincère (d'autant que son rôle n'est pas dans la caricature). Fernandez n'est pas sans rappeler un rôle qu'il a eu dans la série New York Unité Spéciale, à savoir le jeune blanc-bec branché et croyant en son pouvoir de séduction. Quant à Shaffer, c'est la grande-gueule évidente qui s'enflamme pour pas grand chose. Puis le film passe à l'initiation avec un Wes Bentley un peu mieux que d'habitude (il a sévèrement perdu de sa superbe depuis qu'il ne filme plus des sachets). Ce dernier incarne le vieux brisquard, pas à son dernier tube mais commençant à se rouiller. Efron le dit d'ailleurs dès sa première apparition "il a déjà été bon, mais il donne aux gens ce qu'ils veulent entendre". On peut penser que l'un va apprendre des choses à l'autre, alors que pas forcément. Le mentor est avant tout un mentor, il ne changera pas, alors qu'Efron y gagnera forcément. Le film continue sur des bases déjà vues, mais assez solide pour que le spectateur continue à se prendre au jeu. D'autant plus qu'il est suffisamment rare de trouver des films abordant des DJ. Pas les disc-jokey des boîtes de nuit ou des soirées branchées, plutôt ceux qui trustent les tops albums comme Daft Punk (non, on ne citera pas celui qui appuie sur un bouton continuellement).

We Are Your Friends : Photo Wes Bentley, Zac Efron

Pour cela, il va falloir à notre héros un peu plus d'expérience. Il est assez amusant de voir nos protagonistes en train de chercher des sons, le tout étant bien évidemment de trouver celui qui fera danser le public. Sur ce point, We are your friend gagne des points en montrant à quel point certaines danses peuvent amener à avoir un rythme cardiaque qui augmente. Pour cela, le réalisateur joue avec les écritos, les arrêts sur image et certains plans furtifs pour alimenter les explications d'Efron. Le spectateur s'intéresse un minimum à un milieu finalement peu intéressant. De même, le final fait totalement entrer le spectateur dans la fête, jouant sur les attentes et le son lui-même. La musique en elle-même est assez réussie, jouant sur les standards electro avec intérêt. On notera également la scène en rotoscopie pour la vision sous drogue. D'autant que la scène est très réussie et a le mérite d'utiliser cette technique d'animation avec une certaine fluidité, faisant oublier les égarements de l'adaptation de Tolkien par Ralph Bakshi. Reste toutefois une romance contrariée avec Emily Ratajkowski ne servant à rien dans le récit. On retiendra au mieux une scène de sexe bizarre, où les plans sont coupés le plus possible, évitant la nudité trop forte. Un peu too much quand même. On se pose également la question en ce qui concerne le dernier retournement de situation, comme pour revenir au film de potes vers la fin. Là non plus l'événement n'est pas utile et sert avant à combler les trous.

We Are Your Friends : Photo Emily Ratajkowski

Un film tout ce qu'il y a de plus sympathique, pas novateur mais à le mérite de se regarder sans déplaisir.

04 mars 2016

Cuvée Bis #4

Les Nuis du Bis rythment chaque mois le cinéma La Scala et la Cave de Borat y revient régulièrement au terme de cuvées bien senties. Votre cher Borat n'avait pu assister aux deux dernières au cours desquels furent projetés Panic sur Florida Beach de Joe Dante (1993), The wicker man de Robin Hardy (1973), Frankenstein de James Whale (1931), Psychose d'Alfred Hitchcock (1960) et La nuit des morts-vivants de George Romero (1968). A cause de la fatigue des fêtes de noël et du Festival de Gerardmer surtout. Avant d'évoquer l'édition du mois dernier, revenons en novembre 2015 dans les rues bouillantes de New York. (Attention spoilers) Etant donné que nous reviendrons sur l'ami Big John dans le cours de l'année, je n'évoquerai pas New York 1997 (1981) qui était le premier film projeté (tellement mieux au cinéma qu'en DVD). En revanche, c'est l'occasion de parler de The Warriors ou Les guerriers de la nuit de Walter Hill (1979). Votre cher Borat a pris connaissance de son existence en 2005, suite à son adaptation en jeu-vidéo par Rockstar. La jaquette identique à l'affiche du film avait titillé l'oeil de votre cher Borat et il s'était dit qu'un beau jour, il finirait par voir le film. Alors au cinéma, imaginez un peu sa joie.

The Warriors vs Snake Plissken 

Affiche réalisée par Grégory Lê.

A cette époque, Hill est connu pour le scénario de Guet apens (1972) non sans heurt (n'oublions pas que Sam Peckinpah pouvait piquer de sacrées colères, alcoolisé ou pas), réalisé The Driver (1978), permettant à Ryan O'Neal de sortir du rôle de Barry Lyndon et la même année que The Warriors s'implique sur Alien de Ridley Scott. Comme souvent chez Hill, on retrouve une belle flopée de gueules de porte-bonheur. Jugez plutôt: Michael Beck (dont c'est le seul film notable, en dehors de Megaforce et Xanadu que les amateurs de curiosités bis reconnaîtront facilement), James Remar (qui aura droit à une belle carrière de second-rôles notamment chez Coppola), Dorsey Wright (Hair de Milos Forman), Thomas G Waites (l'acteur de The Thing fut si désagréable qu'il n'est pas crédité!) ou encore David Patrick Kelly. Ce dernier est devenu une de mes trognes d'amour favorites depuis l'inimitable Commando de Mark L Lester (1985). Un peu comme Michael Wincott (qu'il a cotoyé sur The Crow d'Alex Proyas), Kelly s'est enfermé dans les rôles de méchant au point d'en devenir un cliché à lui tout seul. Que ce soit dans Twin Peaks (1990-1991), Dreamscape de Joseph Ruben (1984) ou 48 heures également réalisé par Walter Hill (1982). Toujours le rôle de l'enfoiré de première, où il joue merveilleusement d'un sourire vicieux inimitable.

The Warriors

Il finit les trois quarts du temps liquidé (souvent sauvagement), mais on s'amuse toujours bien avec lui (n'est-ce pas Schwarzy?). Alors évidemment quand on le voit dès les premières minutes de The Warriors, le flingue à la main, on pense évidemment qu'il va faire une saloperie dont il a le secret. On sait également que son passage à la casserole sera tout aussi jouissif pour le spectateur. Autant dire que l'on ne risque pas d'être déçu. Son crime? Avoir tuer le grand manitou des gangs de New York. Mais évidemment ce serait trop facile, alors il décide de faire accuser les fameux Warriors du titre. Walter Hill ne s'embête pas avec les présentations longues (même s'il était question d'une scène pré-générique avec le gourou, finalement jugé inutile), le générique y va franco. Crédits arrivant vers le spectateur dans les lignes du métro new-yorkais sur une musique pétaradante, les bandes défilent devant nous, tous ayant une singularité que l'on remarquera encore par la suite. Certains ont des battes de baseball comme accessoires, d'autres chassent en bus, quelques uns sont des sous-fifres, il y a même un gang de filles jouant de leur sexualité pour appâter le mâle ayant soif de sexe. Des gangs semblant sortir d'une bande-dessinée, élément totalement revendiqué par son réalisateur prenant forme jusque dans son affiche.

David Patrick Kelly

David Patrick Kelly, un enfant de salaud de cinéma comme on en fait plus.

En sachant que le réalisateur a même rajouté des vignettes dessinées dans un nouveau montage pour la sortie DVD du film, ce qui a pu gêné quelques fans (ce n'est pas cette version qui fut projetée et probablement tant mieux). Les fameux Warriors ne sont pas non plus des tendres, preuve en est le passage avec le gang de femmes où ils foncent tête baissée (naïfs? Non, ils veulent coucher), Remar arrêté en train d'essayer d'amadouer une policière ou Beck loin d'être sympathique avec Deborah Van Valkenburgh dans leurs dialogues. Si le film contient plusieurs bastons de qualité, il s'agit avant tout d'un survival où la menace est omniprésente, la peur de mourir pour nos héros étant inévitable. Certains finiront au poste, d'autres passeront à la casserole, la violence est omniprésente manquant de donner le coup de grâce à tout moment et par n'importe qui. Puis le fan de GTA IV (2008) s'amusera à reconnaître les décors, les développeurs de Rockstar ayant largement puiser dans les travaux effectués sur l'adaptation du film pour recréer Liberty City. Passons dorénavant à l'édition février 2016 sous le signe de l'au-delà. Déjà vu à la télévision, Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg (1973) gagne évidemment à être vu au cinéma de par la photographie signée par Roeg et Anthony B Richmond. Souvent consacré comme un chef d'oeuvre immanquable du cinéma, ce film peut dérouter par un rythme lent mais terriblement hypnotique.

Don't look now vs L'exorciste 2 

Le spectateur devra donc être attentif pour ne pas louper ne serait-ce qu'un plan furtif, le réalisateur s'amusant au montage. Régulièrement, le montage alterne avec rapidité plans longs et plans furtifs, ces derniers revenant sur des éléments particuliers qui gagneront en importance par la suite. Que ce soit cette diapositive lourde de sens, des visions improbables (comme Julie Christie apparaissant en Italie alors qu'elle est censée être en Angleterre), la voyante aveugle qui apparaît soudainement dans un plan... le tout dans une ambiance morbide où un tueur assassine des femmes. Tous ces éléments auront une signification en temps voulu, Roeg se chargeant de déstabiliser autant le spectateur que le personnage de Donald Sutherland. Le fantastique apparaît finalement peu tout le long du film, alignant ce genre de visions pour mieux perturber un personnage témoin pour le spectateur. Il prendra tout son sens dans un final tragique et percutant, où la diapo dévoile un élément improbable, où Donald Sutherland apprend que ses visions sont prémonitoires. Une sorte de médium sans se rendre pleinement compte de son pouvoir. Preuve en est l'ouverture. Il fonce vers l'étang alors que la diapo est traversée par une flaque rouge. Cet élément prémonitoire ne prend sens que dans son final, permettant un merveilleux coup de théâtre. En soi, certains spectateurs rattacheront Ne vous retournez pas à L'échelle de Jacob d'Adrian Lyne pour son voyage dans l'obscur, avec un personnage perdant pied.

Ne vous retournez pas

D'autant que le réalisateur joue de son décor, par les rues étroites de Venise, son eau omniprésente et ses hôtels interchangeables. Au delà de son voyage trouble où un manteau rouge n'est qu'une façade, Don't look now est aussi un magnifique film sur un couple traumatisé par le deuil. La douleur est évidente entre Julie Christie en venant au mysticisme pour aller mieux et Donald Sutherland sombrant dans l'alcool, tout en voyant une silhouette avec un manteau rouge comme celui de sa fille. Il n'est pas étonnant que ce soit lui qui a les visions, s'en voulant de ne pas avoir pu sauver sa fille à temps. Une scène d'ouverture glaçant le sang avec des plans au ralenti douloureux. La filiation entre Sutherland et le spectateur est telle que l'impact de la mort de la petite en est décuplé. Néanmoins, le couple s'aime malgré la douleur, preuve en est cette scène d'amour pure, n'ayant strictement rien de vulgaire (rapport à certains films voulant montrer du cul pour du cul, n'est-ce pas La vie d'Adèle?). Si Christie irradie la caméra, Sutherland trouve certainement son rôle le plus touchant, bien loin des Body Snatchers. Passons au second film de cette soirée. Avant même de voir le film, votre cher Borat en avait très peur en raison de sa réputation désastreuse. Coupé dans sa version européenne (version originale impossible à voir en Europe avant le DVD), déclenchant des émeutes dans les cinémas (certains cadres de la Warner ont failli y passer), reçu froidement par des spectateurs souvent hilares, L'exorciste 2 (1977) a de quoi effrayer sur le papier.

L'Exorciste 2 - l'hérétique : Affiche

D'autant plus quand William Friedkin, un temps envisagé (le fou est parti sur Sorcerer, un de ses plus grands chefs d'oeuvre, mais ayant foutu en l'air sa carrière par son flop retentissant), se fait un plaisir de dézinguer la suite de son classique. Il est d'autant plus improbable que L'exorciste 2 n'est pas réalisé par le premier tâcheron venu, comme c'est souvent le cas pour les suites de gros succès. John Boorman (qui a failli y rester, tombant malade durant plusieurs semaines) est quand même le réalisateur de très bons films comme Délivrance (1972) ou La forêt d'émeraude (1985). Au final, on comprend assez vite pourquoi le film est considéré comme une des pires suites de tous les temps (même si celle d'Hurlements bat des records). Le contexte de départ est pourtant tout sauf mauvais, traitant de l'après-exorcisme. Un élément peu évoqué au cinéma et qui peut toujours être intéressant pour ce qui est du refoulement ou le traumatisme que cela peut exercer sur la victime. La victime reste la même à savoir Regan (Linda Blair), suivant désormais une psychothérapie utilisant l'hypnose. A cela se rajoute le père Lamont (Richard Burton) choisi par le Vatican pour enquêter sur la mort du père Merrin (Max Von Sydow sur le retour). Passé la première séance d'hypnose plutôt efficace (d'autant plus quand on sait que l'hypnose était encore mal vu en corps psychiatrique), le film part malheureusement en cacahuètes, incapable d'utiliser à bon escient son concept initial.

Linda Blair

"Viens-là grand fou!"

Si la séquence des sauterelles est plutôt bien réalisé (réalisation quasiment irréprochable de Boorman), la plupart des scènes se situant en Afrique partent souvent dans le grand n'importe quoi, jusqu'à des gros plans sur une sauterelle porteuse de Pazuzu! De même, James Earl Jones en vient littéralement à sortir un guépard de sa bouche le temps d'un plan délirant. Par ailleurs, toute la salle a fini hilare sur la séquence dans le village africain, entre un autochtone répétant sans cesse "Kokumo? Je ne connais pas un certain kokumo dans ce village... Kokumo?" (dit comme cela ce n'est rien, mais imaginez-le dans le film) et des africains emmenant le père vers une prostituée! On pense aussi à cette petite fille mutique retrouvant subitement la parole par le miracle du Saint Esprit (où est-ce le terrible Pazuzu qui tire les ficelles?!), provoquant l'hilarité générale (n'oublions pas que nous sommes toujours dans une ambiance bon enfant). Le final enfonce le clou de manière fracassante, avec Burton se jetant sur la doublure de Linda Blair (elle refusait de tourner maquillée comme dans l'original), Kitty Winn (elle aussi sur le retour) brûlant on ne sait trop comment (le corps humain serait-il vecteur de feu?) et un plan final totalement incompréhensible. On ne comprend pas si Louise Fletcher (encore en milieu hôspitalier) est sous hypnose, si Burton et Blair sont morts ou vivants (vraisemblablement ce serait la seconde option), d'autant que l'arrière-plan est totalement improbable, semblant montrer une sorte de paradis.

Sauterelle 

Vous prendrez bien quelques plans de sauterelles?

L'exorciste 2 ne déclenche jamais l'effroi comme son aîné, au contraire d'entraîner le spectateur dans une confusion souvent totale, ne savant clairement pas où il va. Cela se confirme jusque dans l'interprétation de Burton, semblant se demander ce qu'il vient faire là, le tout enrobé d'alcool. Enfin, terminons cette cuvée sur les deux films qui feront la prochaine Nuit du bis prévue pour le 25 mars. Allez à la semaine prochaine!

Rambo

Les rats de Manhattan

28 février 2016

Is there life on Mars? The answer is Matt Damon

Mark Watney est laissé pour mort sur Mars, suite à une tempête. Il va devoir survivre en attendant les secours...

The Martian

Quand un cinéaste que l'on apprécie un minimum se plante plusieurs fois, il y a toujours de quoi le remettre en question. Encore plus quand la carrière de l'intéressé se révèle en dents de scie. Le cas Ridley Scott en quelques sortes. On s'est habitué au fil des années à le voir chuter pour mieux se relever. En général, on assiste à un chef d'oeuvre ou un grand film une fois sur deux. Sauf que le bilan commence à devenir lourd au bout de trois ratés de suite. Prometheus (2012)? Préquelle éloignée ou pas (c'est selon les mois, voire les années), alignant le fan-service et les questions au lieu de donner des réponses. The Counselor (2013)? Pas forcément mauvais, mais assez moyen et ennuyeux, prenant seulement de la hauteur dans sa deuxième heure. Exodus (2014)? Ratage total, allant du traitement des personnages (Josué où es-tu?) à la ramasse aux acteurs jouant mal (la palme à Ben Mendelsohn), sans compter une ambiance épique que l'on attend encore et des effets-spéciaux souvent pas beaux. The Martian (2015) était donc attendu au tournant. Nouvelle purge ou signe de jours meilleurs? Ce serait plutôt la seconde option même si le prochain projet de l'ami Ridley fait très peur (on y reviendra à tête reposée -NDB). The Martian fait donc plaisir à voir, d'autant plus qu'il reste dans la mouvance des derniers hard-science movies, tels Gravity d'Alfonso Cuaron (2013) et Interstellar de Christopher Nolan (2014).

The Martian (3)

Soit de la science-fiction utilisant une technologie plus que réaliste, voire à venir dans un avenir proche. A l'heure où un robot navigue sur Mars et que l'on sait que la planète abrite/abritait de l'eau, il n'est donc pas étonnant de voir un équipage humain aller sur la planète rouge. En ce qui concerne l'équipement, il n'a rien de futuriste, correspondant à peu près à ce que la NASA fait de mieux actuellement. On est loin par exemple des casques lumineux de Mission to Mars de Brian de Palma (2000) et comme dans Total Recall de Paul Verhoeven (1990), la station est l'unique point d'oxygène, Mark (Matt Damon) utilisant sa combinaison pour explorer la planète. Nous ne sommes pas dans Red Planet d'Antony Hoffman (2000), où les personnages enlevaient leurs casques comme si de rien n'était (là où série B, voire Z et hard science sont bien différentes...) et encore moins de créatures aliens à l'horizon. De même, le postulat de départ est tout à fait crédible, même si évidemment nous sommes dans de la science-fiction.(Attention spoilers) Mark est donc laissé pour mort lors d'une tempête, quand le reste de l'équipage (Jessica Chastain, Kate Mara, Sebastian Stan, Michael Pena et Aksel Hennie, un peu trop en retrait) a pu partir.

The Martian (1)

Une fois les blessures pansées, il faut donc opter pour un plan de survie, car Mars n'est pas la porte à côté et nécessite plusieurs années de voyage. Il se peut que Mark ne survive pas dans les temps. Sauf qu'il est biologiste et qu'il y a moyen de faire pousser des patates présentes dans le sol martien. Commence un long périple qui ferait plaisir à la Pataterie, où l'ami Mark essaye de survivre en s'aidant de l'écosystème, mais aussi cherche à trouver le moyen de communiquer avec la Terre. Là encore, la technologie est tout ce qu'il y a de plus logique avec l'utilisation de panneaux solaires. Scott nous a montré Mark durant tout ce temps et à partir du premier message trouvé, il bifurque avec la Terre où la NASA découvre la catastrophe. Le film n'est plus un survival, mais une véritable course contre la montre, où l'on essaye de maquiller le désastre tout en essayant de trouver une solution. C'est là où Jeff Daniels entre en scène dans un rôle pas si différent de celui qu'il tient dans Steve Jobs de Danny Boyle (2015). Le personnage cynique mais réaliste, qui regarde avant tout son porte-feuille avant de prendre une décision. A la limite d'un commercial cherchant les meilleurs moyens de sauver son affaire. Un personnage haïssable mais pourtant assez logique dans son raisonnement. Idem lorsqu'il s'agit de ne pas prévenir l'équipage restant pour éviter qu'il soit paniqué.

Seul sur Mars : Photo Matt Damon

Sauf que si les membres avaient été prévenu, l'ami Mark serait déjà de retour sur Terre. Une erreur de calcul qui servira finalement de dernier rebondissement sur les sons célestes du regretté David Bowie. Néanmoins si la bande-annonce comme les différents arguments évoqués renvoient à un film assez sérieux, il n'en est finalement rien ce qui contraste avec les deux récents films suscités. Même si tout n'est pas sujet à la rigolade (encore heureux), The Martian se veut un divertissement fun, emmené par un Matt Damon totalement enjoué et ne s'en privant pas. Il fait des vannes, danse sur Hot stuff de Donna Summer, fait la posture Matt Damon (celle que parodient Trey Parker et Matt Stone dans Team America)... Il est d'autant plus important que l'acteur transpire la sympathie, surtout que c'est lui que nous suivons durant la plupart du film. Même la scène post-générique est à la limite du what the fuck, sorte de parabole géante formant un happy-end musical délirant. Après des films sérieux jusqu'au possible du supportable (il était difficile de ne pas rire parfois devant Exodus), Scott semble avoir voulu se détendre et ce n'est peut être pas plus mal. S'il ne fait pas mieux que ses prédécesseurs à cause d'une ambition moindre, The Martian fait tout de même plaisir à voir. (fin des spoilers)

The Martian (2)

Ridley Scott revient confortablement avec un pur divertissement de science-fiction, faisant la part belle à un Matt Damon en forme.

24 février 2016

Le clown blanc et le clown noir

La vie d'un clown blanc et un clown noir, duo atypique sévissant à la Belle Epoque en France...

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Comme tout genre qui se respecte, le biopic est omniprésent au cinéma et ce n'est pas le Cinéma Français qui va dire le contraire. Force est de constater que depuis le triomphe commercial de La Môme d'Olivier Dahan (2007), les films biographiques se sont accumulés, qu'ils reviennent sur un fait divers (on peut également les mettre dans la case "biopic") ou une personnalité. Que ce soit dans la chanson, la politique, l'écriture, le cinéma, parfois même la mode, le biopic s'intéresse à tout, au point parfois d'en devenir drôle. Comme lorsque deux films sortent la même année sur un même sujet (remember les films sur Coco Chanel et Yves Saint Laurent), au point de n'intéresser personne. Le dernier biopic venant de nos contrées se nomme Chocolat. Pour sa quatrième réalisation, Roschdy Zem peut s'aider d'Omar Sy en tête d'affiche pour attirer le public  (ce qui est le cas, film déjà millionnaire). D'autant plus que les occasions sont rares désormais de le voir dans un film français (son premier depuis Samba d'Eric Toledano et Olivier Nakache). De multiples libertés ont été prises dans le récit du parcours de Rafael Padilla, que ce soit ses débuts, son passage au théâtre ou d'autres anecdotes du film qui finalement n'ont pas eu lieu ainsi, voire pas du tout. Ce qui est peut être dommage, faisant perdre de la crédibilité au projet qui aurait mérité d'être plus authentique.

Chocolat : Photo James Thiérrée, Omar Sy

Mais n'oublions pas qu'un biopic est souvent romancé et ce, même les meilleurs. C'est par exemple le cas dans Ed Wood de Tim Burton (1995), puisque le réalisateur de Plan 9 from outer space n'a jamais rencontré Orson Welles. Puis au contraire d'un American Hustle (David O Russell, 2013) se foutant complètement de l'histoire qu'il adapte, Chocolat a au moins le mérite de respecter son sujet adapté, tout en signant un beau portrait. (attention spoilers) Il n'empêche que le film soit conditionné par le schéma A-B, même s'il ne démarre pas à la naissance de Padilla (on assistera toutefois à des flashbacks de sa jeunesse en Afrique) et que l'on assiste à une ellipse temporelle peu avant la fin du film. Peut être brutale, mais elle permet de mettre en avant la déchéance du personnage, passant de la gloire à l'ignorance la plus totale avec une certaine violence. Si le film est très classique dans sa manière d'exposer son personnage, il a le mérite de bien mettre en avant ses deux personnages principaux. Malgré son titre et le fait qu'il suit en premier lieu Padilla, le film s'intéresse avant tout au duo qu'il formait avec George Foottit (James Thierrée). C'est d'ailleurs par lui que commence le film et non Chocolat, bien la preuve que Roschdy Zem a voulu les mettre d'égal à égal au lieu de faire de Foottit un vulgaire second-rôle.

Chocolat : Photo James Thiérrée, Omar Sy

D'autant que les deux sont complémentaires: d'un côté, Foottit permet à Chocolat d'aller dans des directions qu'il n'aurait pas tutoyer sans lui, de l'autre, leur duo permet à Foottit de retrouver une gloire qu'il n'a plus depuis longtemps. Padilla sort du rôle de "cro-magnon sauvage" pour épouser un rôle de cascadeur comique. Foottit est le plus expérimenté, c'est donc lui qui monte les shows. Il n'en reste pas moins que sans son atout charme (qui est son clown noir), son show ne fonctionne pas. Le réalisateur n'oublie pas de montrer un envers du décor moins glorieux qu'il n'y paraît, le succès grisant les deux personnages. Padilla devient accro aux jeux au point d'accumuler les dettes. Foottit sera contraint d'abandonner puisque sans son partenaire. De même, en ne prenant assez au sérieux les volontés de son partenaire, il en vient à se l'aliener bêtement. Une scène montre même Foottit essayer vainement de convaincre un public de poivrots. Sans succès. De même pour Padilla, victime de sa couleur de peau, l'empêchant de trouver un public sur les planches. Deux personnages condamnés à rester dans un moule inévitable et interchangeable. Tout simplement car le public ne veut pas voir ce qu'il aime devenir différent. Une réalité déjà visible à cette époque et que l'on retrouve encore de nos jours avec certains comédiens (notamment "faire son Tchao Pantin"). Sous ses atours de film grand-public, Chocolat ose des scènes dures en prison (fait non avéré, néanmoins révélateur d'une époque) tout comme un savatage en pleine rue.

Chocolat : Photo James Thiérrée, Omar Sy

Comme évoquer une époque, celle de la Belle Epoque, propice au changement et notamment pour ce qui est du spectacle. Celle où naissait un duo de clowns blanc et noir, où le cinéma faisait ses premiers pas (le duo fera d'ailleurs un court-métrage pour les frères Lumière, reconstitué pour l'occasion), celle où le Théâtre découvrait enfin le pouvoir de la mise en scène... Cela est bien retranscrit dans le film, de même que l'ambiance terriblement raciste, où l'on met encore des noirs en exposition en les faisant passer pour des barbares. Le paradoxe est atteint lorsque Padilla se retrouve face à ce genre de manifestation, alors qu'il est habillé aussi bien qu'un blanc, avec toute la richesse qui s'impose. On peut aussi noter les réactions sinistres au sujet des couples-mixtes, où la femme est aussi visée que l'homme noir. Si cela n'est évoqué que brièvement, les scènes sont suffisamment fortes pour renforcer ce contexte sociologique violent et choquant. (fin des spoilers) Si la réalisation de Roschdy Zem se révèle assez classique, elle prend néanmoins des envolées merveilleusement burlesques dans ses scènes de cirque absolument superbes. Si Omar Sy confirme dans un contexte tragi-comique, James Thierrée éblouit dans un rôle qu'aurait surement adoré incarner son grand-père (vous irez bien vérifier sur wikipedia, hein? -NDB). Le parfait clown blanc, jouant de son expérience dans le cirque pour créer un personnage sérieux mais professionnel. A noter que le reste du casting est également de qualité, allant de Clotilde Hesme à Olivier Gourmet.

Un biopic parfois trop libre, mais plantant bien une époque et ses préjugés et mettant en valeur deux personnages malheureusement oubliés.

21 février 2016

Cuvée vosgienne #2

Après la cuvée pour les Valentin et les Valentine qui se respectent (les célibataires je ne vous oublie pas), reprenons là où la Cave de Borat s'était arrêtée dans le voyage de Borat à Gérardmer. Après une courte nuit (moins de trois heures de sommeil, vu que nous sommes rentrés vers 6 heures du matin de la Nuit décalée), nous voilà à 11h30 pour la compétition des courts-métrages. La première séance étant pleine, nous nous sommes rabattus sur celle du 31 janvier. De quoi voir que le cinéma de genre a de belles ressources en France, contrairement à ce que l'on croit. (Attention spoilers) A l'heure où Steve Jobs de Danny Boyle est sur nos écrans, il est amusant de voir débarquer Juliet de Marc Henri Boulier. En effet, le court-métrage aligne les publicités faisant directement à la marque amatrice de pommes, que ce soit par le logo de la marque Seed, le look de la publicité ou le blanc revenant régulièrement. On retrouve aussi ce sens de la perfection, revenant à proposer toujours mieux, plus beau, plus perfectionné. Ainsi, les modèles Juliet évoluent rapidement, tout comme le fait de lui donner un modèle masculin. L'ironie veut d'ailleurs que le montage dévoile un journal avec le concepteur disant qu'il ne fera JAMAIS cela, avant de nous dévoiler un spot montrant le modèle (qui a un nom pour le moins évident).

Juliet 

Juliet, un robot qui vous veut du bien.

Les passages télévisés, dixit le réalisateur, font directement penser à Robocop de Paul Verhoeven (1987) ou Starship troopers (1997), de par l'ironie mais aussi les émeutes dévoilées ou les débats complètement puérils. Le court, malgré son anticipation et son message final qui fait froid dans le dos (l'Homme laisse sa place à la Machine, à force de s'entretuer), reste d'une certaine ironie (d'où aussi le rapport avec Popaul le violent), jouant des passages de fiction pour donner lieu à des situations absurdes. Comme Bruno Putzulu ayant du mal à baiser avec sa Juliet parce qu'elle le regarde fixement ou quand il répète exactement ce que dit la publicité (l'Homme devient routinier et proche du robot qui a des réponses programmées). L'aspect des robots n'est d'ailleurs pas sans rappeler la série suédoise Real Humans (que votre cher Borat vous conseille, en plus saisons courtes), même si le projet a été initié depuis 2012. Of men and mice de Gonzague Legout était un peu plus décevant en revanche. Le réalisateur a choisi la facilité en prenant Detroit comme décor, la ville étant synonyme de crise économique, de naufrage industriel entraînant vite le chômage et le désespoir chez ses concitoyens. Néanmoins, la toile de fond sert uniquement à planter le contexte et finalement n'est que facultatif. De même, le recours au second flashback (le braquage en est un en lui-même) est finalement inutile, étant donné que l'on a bien compris que le plus âgé (Nicky Naude) est marié (l'introduction nous montre sa femme) et qu'il ne braque certainement pas une banque pour le plaisir.

Of men and mice

Idem pour son collègue plus jeune (David Atrakchi) en pleine crise devant tant de stress. Ils ne sont en rien des professionnels et cela se voit, les rendant attachants. Les trop longues explications évitent malheureusement le court d'aller vers l'essentiel. En revanche, le réalisateur réussit à donner lieu à une belle ambiance de huis-clos, braquage devenant fantastique suite à un virus balancé par des scientifiques. Le spectateur n'en sait rien, pas même les inspecteurs sur place ne savant pas quoi faire. En revanche, on voit bien les effets superbement réalisés. Au final, Of men and mice s'en sort avec les honneurs notamment par son efficacité. Passons désormais au chouchou de vos trois festivaliers préférés, L'ours noir de Méryl Fortunat-Rossi et Xavier Seron. Si Juliet avait une certaine ironie, L'ours noir y va franco en allant dans la comédie gore. En effet, nous sommes en train de voir une sorte de guide, avec narrateur québécois (tabernacle!) brisant parfois le quatrième mur pour donner des conseils aux protagonistes, ces derniers répondant en regardant le spectateur. En effet, nous suivons un groupe qui va faire face à un ours bien qui ne compte pas être dérangé par des visiteurs bruyants. Pour cause, on ne nous présente pas un ours à proprement parlé, mais un comédien dans un costume d'ours bien mignon, contrastant merveilleusement avec la nature sauvage de l'ours et ses agissements. 

L'ours noir

Les blessures des personnages paraissent anecdotiques (un bras coupé, sang qui gicle, pas un drame, la vie continue!), au point d'en devenir délirantes un peu dans le style de la scène du chevalier noir dans Sacré Graal des Monty Python (1975). Le déluge gore fonctionne parfaitement, bien aidé par un casting qui semble bien s'amuser. On notera également les petits passages de téléachat belge, où un présentateur regarde un peu trop sa coanimatrice dans le bas du dos. Le jury mené par Dominique Pinon a préféré Quenottes de Pascal Thiebaux et Gil Pinheiro. Le court-métrage joue la carte du conte, en prenant l'exemple de la Petite souris, celle qui vous enlève vos dents tombées et met une pièce à la place sous votre oreiller. Sauf qu'ici la souris tient beaucoup à sa collection de dents et il vaut mieux ne pas y toucher. Fort d'un sens de l'ironie saisissant (le final est merveilleux à ce titre), le court rappelle les contes dans ce qu'il y a de plus horrible et moral. Après tout, les contes ne sont pas faits pour émerveiller et les versions initiales sont parfois très éloignées de ce que l'on pense. Preuve en est les contes d'Andersen, où la fatalité est toujours de mise à la fin. Ici, c'est la même chose avec une superbe souris très bien réalisée, dont la voix de Frédérique Bel n'aide
pas à la rendre gentillette, ce qui est un bon point.

Quenottes

Une souris qui a du mordant.

 

Puis on s'amusera de voir que les réalisateurs sont probablement des fans des années 80, au vue des posters des productions Silver L'arme fatale et Commando, ce qui évidemment a fait plaisir à votre cher Borat. Enfin le dernier court Un ciel bleu presque parfait de Quarxx était bien particulier, peut être même trop. A force de brouiller les pistes et multiplier les fausses pistes, le court s'égare trop. Drame horrifique sur un homme seul ne voulant pas perdre sa soeur ou drame familiale tout court avec un homme rachetant ses péchés. Film sur un homme obsédé par les extraterrestres. Récit d'ufologie avec des aliens faisant des expériences sur des humains. Le spectateur en vient parfois à se demander ce que veut dire le réalisateur, bloqué par un trop plein de sujets divers. De même, le court était bien trop long à force à de s'éparpiller (le seul qui allait sur la demi-heure). Après, il faut bien avouer qu'au niveau de la réalisation, il s'en sort plutôt bien, sachant donner une atmosphère poisseuse jusqu'à une scène ufologique bien craddingue (les fans de Fire in the sky de Robert Lieberman devrait en avoir pour leur argent). On retiendra également Jean Luc Couchard qui a le mérite de porter le court sur ses épaules. Après avoir dégusté la compétition des courts-métrages, nous étions en route (toujours sous la pluie) à 14h30 à la MCL pour le seul film en compétition de notre voyage.

Un ciel bleu presque parfait

 

February d'Oz Perkins n'a pas la promotion qu'il mérite. Preuve en est, si vous tapez "February film" sur un moteur de recherche très connu, vous tomberez sur une affiche qui vous dévoile le plan final du film (classe!), sinon il se peut que vous tombiez sur des plans issus du dernier acte (combo!). Comme si il n'y avait pas d'autres moyens de promouvoir un film que de dévoiler des spoilers en pleine face du futur spectateur, ce dernier ne savant pas forcément dans quoi il va aller. Surtout en festival où le festivalier fait souvent des choix de programmations rapport au casting ou au pitch. Conclusion: faites attention à Google Images si vous ne voulez pas vous faire spoiler! Beau casting pour un premier film avec Emma Roberts (qui continue dans l'horreur et ce n'est pas plus mal), James Remar (un vrai guerrier de la nuit) et Lauren Holly (inoubliable copine de Jim Carrey et Jeff Daniels dans Dumb and Dumber), entourant les jeunes Kiernan Shipka et Lucy Boynton. Le principal problème de February est en grande partie sa lenteur. Bien que relativement court (1h33), le film accumule les poncifs du cinéma indépendant ricain avec une lenteur qui devient problèmatique, au point d'endormir le spectateur (même si votre cher Borat accusait aussi le coup de la fatigue). D'autant que le film tient en trois points de vue, Perkins s'emmêlant les pinceaux, mélangeant parfois les parties entre elles.

February

Heureusement le récit est suffisament compréhensible pour que le spectateur ne s'y perd pas, d'autant que l'on navigue entre passé et présent. Le récit avec Emma Roberts prend de plus en plus de sens, le scénario délivrant petit à petit ses indices. Le récit de February est certainement son point fort, à condition de bien suivre. On évoque souvent les exorcismes au cinéma, mais pas forcément ce qui survient ensuite. Le parcours de la jeune fille possédée nous est donc raconté avant et après, l'avant consistant à voir où sa possession l'a mené et de nos jours, son "chemin de croix" (!) pour retrouver le Diable. Le Diable devient ici une ombre que l'on invoque devant une chaufferie (rien de mieux que le feu), le réalisateur ne cherchant pas à le représenter sous une forme trop grossière. L'héroïne aura beau faire des sacrifices, les amené là où le Diable lui est apparu, rien n'y fera. Le Diable qu'elle a tant aimé et qu'on a expulsé de son corps ne reviendra pas. Le final est en soi ambigu, le spectateur voyant le désespoir de l'héroïne, mais n'oublie pas non plus ses crimes ignobles possédée ou pas. Elle n'a plus de raison de vivre et le seul moyen pour elle d'expulser son mal-être est en criant et pleurant. Pour cela, il faut bien avouer que le film peut compter sur ses actrices, Emma Roberts en tête dans un rôle bien plus dur que d'habitude. Rien à voir avec l'adolescente en quête de médiatisation de Scream 4 de Wes Craven (2011). Le rôle est plus sensible, d'autant qu'il est joué par deux actrices, Roberts prenant la relève.

February 2

Jusqu'ici tout va bien...

Au final, les deux actrices sont complémentaires: Shipka passant de jeune fille à l'écart à tueuse en puissance et Roberts en jeune femme en quête de rédemption, cherchant à en finir. La partition est d'autant plus bluffante qu'elle ne surjoue pas, ne partant pas dans les sourires jusqu'aux oreilles ou dans les rires diaboliques (même si on aura droit aux injures), restant d'une froideur impitoyable durant les meurtres. Si February ne convainc pas totalement, il a au moins le mérite de sortir du lot par son récit et ses actrices. Terminons le Festival de Gérardmer édition 2016 sur une nouvelle projection hors-compétition avec Cooties de Jonathan Millott et Cary Murnion (2014) au Paradiso. Un film qui faisait partie des vieilles livraisons du festival (en dehors des rétrospectives), surement pour occuper les cases horaires manquantes ou les futures sorties DTV. C'est ainsi que le remake de Douce nuit, sanglante nuit datant de 2012 s'est retrouvé hors-compétition. On se demande s'il n'aurait pas mieux fallu aller chercher un Krampus, film de studio certes mais au moins inédit dans nos contrées, ce remake étant tout de même disponible facilement sur le net (comme Pay the ghost ou Freaks of nature, pas aidés par leurs sorties rapides en VOD). Trêve de bavardage, Cooties y va franco dès son introduction. Sous ses allures de comédie horrifique, le film se veut peut être moins barré qu'il n'y paraît. En effet, si le film accumule tout de même des scènes comiques, il est tout de même assez éloigné d'un Freaks of nature pour faire une comparaison festivalière.

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Cooties : Affiche

De par son introduction qui fait froid dans le dos (imaginez le générique de Lord of war avec des poulets terminant en nuggets, avec une substance noire qui se répand), ses scènes gore traîtées de manière assez sérieuses (un bébé se fait quand même bouffé) et un final apocalyptique au possible, Cooties ne fait pas toujours dans la dentelle et c'est aussi ce qui fait sa réussite. Le mélange entre l'horreur pure et la comédie passe terriblement bien et bien aidé par une bande d'acteurs détonnant. Elijah Wood écrivain raté, Alison Pill (la batteuse de Scott Pilgrim) un peu trop gentille, Rainn Wilson prof de sport bourrin (on est bien loin de The office), Leigh Whannel (le scénariste de James Wan) prof amateur de chair et d'expérimentations diverses, Jack McBrayer (30 rock) prof excentrique et même un des méchants de Big trouble in Little China en concierge... Un beau petit monde qui s'engueule pas mal (on aura droit à une inévitable vanne sur Le seigneur des anneaux) et que les réalisateurs font se battre au ralenti avec des gamins zombifiés et dégueulasses. Sur ce film dégoulinant se termine cette expédition vosgienne, allez à la semaine prochaine!

19 février 2016

Une anomalie nommée Lisa

Un homme en déplacement ne semble entendre qu'une seule et unique voix. Jusqu'à ce jour où il tombe sur une jeune femme dans un hôtel...

Anomalisa

Depuis Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze (1999), le scénariste Charlie Kaufman tourne toujours autour de deux thèmes récurrents. Tout d'abord, la crise identitaire présente dans le film suscité (des gens s'emparent du corps de l'acteur, afin de changer leur vie) ou Adaptation du même réalisateur (Nicolas Cage ne réussissant pas à adapter un roman et à la sexualité faites uniquement de fantasmes). Puis, il y a les relations amoureuses houleuses, caractérisant la grande partie de sa filmographie, le point d'orgue étant atteint avec Eternal sunshine of the splotless mind de Michel Gondry (2004). Après l'essai Synecdoche, New York en 2008 et plusieurs projets avortés, Charlie Kaufman récidive dans la mise en scène avec un nouveau projet en compagnie de Duke Johnson, artisan de la stop-motion. Anomalisa est en premier lieu une pièce de théâtre singulière, où les comédiens étaient présents sur scène avec leurs scripts, accompagnés de la musique de Carter Burwell initiateur du projet. Anomalisa au cinéma est dans une optique différente, du fait de la technique utilisée qui est la stop-motion. Au contraire de beaucoup de films en stop-motion, le film n'entre pas dans la sphère du fantastique ou de la science-fiction pour se mettre dans une ambiance particulièrement réaliste.

Anomalisa : Photo

Tout semble vrai et c'est aussi pour cela que quand le film passe au fantastique, le spectateur n'y prête pas attention tout de suite, voire est désarçonné en temps voulu. (attention spoilers) Le contexte même d'Anomalisa n'est pas sans rappeler un cauchemar éveillé, puisque le personnage principal (David Thewlis) ne semble entendre qu'une seule et unique voix. C'est d'ailleurs sur cela que le film commence: un amas de voix sur un fond noir, une sorte de bourdonnement qui désarçonne le spectateur. D'autant plus que cette seule et unique voix est celle de Tom Noonan (acteur de la pièce initiale), utilisée aussi bien pour des hommes que des femmes, provoquant un sentiment de malaise incroyable. D'autant plus qu'il ne donne aucune intonation selon le voeu de Kaufman, donnant un air étrange, comme si tous ces personnages étaient une seule et même personne qui se répondent à chaque interlocution (d'où le brouhaha ouvrant le film). De même, on peut observer que les personnages de Noonan ont quasiment tous le même visage (le malaise peut continuer), au contraire du héros et de Lisa (Jennifer Jason Leigh), la seule personne à avoir une voix différente. Kaufman continue dans l'étrange en faisant cohabiter le temps d'une séquence deux voix au personnage de Lisa, entraînant une confusion à la fois chez le héros et le spectateur. Est-il encore en train de rêver ou Lisa est vraiment en train de muter comme toutes ces personnes? 

Anomalisa : Photo

Les dernières minutes donneront la réponse, mais la scène a de quoi désarçonner, Kaufman brouillant sans cesse la réalité pour faire vivre un véritable cauchemar au héros / spectateur. Avant cela, il donnera lieu à un véritable cauchemar en puissance, faisant entrer Anomalisa dans le fantastique pur. Un peu comme il le faisait avec le personnage de Charlie Kaufman dans Adaptation, lorsque ce dernier faisait des rêves érotiques! Le montage assemblait deux scènes avant le réveil brutal à la réalité. Ici c'est la même chose en beaucoup plus troublant, que ce soit par la paranoïa du personnage devenant évidente, un monde autour qui ne cesse de grouiller et des plans qui restent longtemps en mémoire. Comme ce travelling arrière montrant notre héros courir dans un couloir de plus en plus noir jusqu'à s'en décrocher la machoire! Une scène que l'on ne pourrait pas voir sans des modèles particuliers. Dans un dispositif épuré, les modèles ont des visages séparés en deux parties, soulignés par un trait bien mis en valeur en dessous des yeux. Une simplicité qui n'empêche pas une certaine complexité, les émotions étant bien visibles à l'oeil. De même, les personnages bougent de manière fluide dans des décors plus vrais que nature, renforçant l'anxiété (la folie?) du personnage principal. Au final, on se demande bien si notre héros ne devient pas fou et si sa folie n'est pas issue de ces voix identiques qu'il entend. 

Anomalisa : Photo

Outre la crise identitaire, Anomalisa présente une histoire d'amour contrariée parmi les plus fascinantes créées par Kaufman. Le personnage principal a beau être marié, il semble s'ennuyer et c'est aussi pour cela qu'il demande dans un premier temps à une ex de venir. Un rendez-vous qui n'a finalement pas d'importance, les deux s'étant quitté il y a trop longtemps et ne se désirant plus vraiment (il l'a appelé avant tout pour une distraction, rien de plus). En revanche, son amour pour Lisa vient en particulier de sa voix. Elle ne se sent pas belle, lui adore sa voix et la rassure. Leur amour repose sur la tendresse et leurs voix respectives. Ce qui donnera lieu à une scène de sexe terriblement romantique, sorte d'antithèse de celle particulièrement grasse (mais terriblement hilarante) de Team America de Trey Parker (2005). On se demande parfois si le film n'aurait pu se faire avec des acteurs. Peut être qu'une scène de ce type ne l'aurait pas permis, surtout quand on voit à quoi ressemble une scène de nue dans 50 nuances de Grey de Sam Taylor Johnson (2015). De même pour les rôles joués par Noonan, qui seraient vite des pastiches des clips de Chris Cunningham pour Aphex Twin, Windowlicker (1999) et Come to daddy (1997). Au final, l'animation est idéale, car elle permet de jouer avec les voix, mais aussi de donner un sens purement irréel à cette histoire. Mais cela ne serait rien sans le talent de ses comédiens entre un David Thewlis totalement déprimé, une Jennifer Jason Leigh en pleine résurrection artistique (il était temps) et un Tom Noonan exemplaire au vue du travail fourni. (fin des spoilers)

Un film d'animation singulier, particulièrement représentatif de son auteur et une sorte de cauchemar éveillé en puissance.

17 février 2016

Ceci est une révolution

Steve Jobs raconté à travers trois événements charnières de sa carrière.

Steve Jobs

Projet singulier né de la plume du scénariste Aaron Sorkin (d'après un livre de Walter Isaacson), Steve Jobs aura connu moult péripéties au cours de sa gestation. Le projet débute tout d'abord chez Sony en 2012 avec l'engagement de Sorkin, mais le projet sort du development hell en février 2014 lorsque David Fincher est annoncé comme réalisateur. Sauf que le réalisateur de The Social Network ne semble pas en odeur de sainteté avec le studio, en partie à cause du semi-échec de The girl with the dragon tattoo (2011), mais surtout sa tendance à vouloir tout contrôler. C'est aussi ce qui semble lui avoir coûter la production des suites du film, laissées pour l'instant en suspens (Sony veut les faire, car les droits sont très chers et les renvoyer serait couteux). Christian Bale doit incarner l'ancien patron d'Apple, Fincher en parlant comme l'acteur idéal pour l'incarner. Le réalisateur jette l'éponge quelques mois plus tard et notamment à cause des problèmes marketing. "Je ne voulais tout simplement pas revivre la même situation qu'à l'époque de Fight Club [le département marketing de la Fox n'avait pas su vendre le film, alors que la production s'était bien passée -NDB], à savoir bosser comme une bête pendant des mois et me retrouver face à un type du marketing qui m'aurait dit: 'Qu'est-ce que c'est que ce film? C'est un one-man show! Comment je vais faire pour vendre un one-man show?' Je voulais juste savoir comment ils allaient s'y prendre pour la promotion." (*).

Steve Jobs : Photo Kate Winslet, Michael Fassbender, Michael Stuhlbarg

Comme l'évoque également Fincher, Steve Jobs n'est pas non plus le premier biopic sur cette grande figure médiatique, un premier film ayant été réalisé par Joshua Michael Stern en 2013 avec Ashton Kutcher dans le rôle titre. "Il était nécessaire de se distinguer. J'aurais été rassurée si on m'avait dit, par exemple, que Harvey Weinstein allait se charger de la promo. (...) Avec quelqu'un comme lui aux manettes, j'aurais dit oui, mais j'ai préféré partir." Un remplaçant est vite trouvé: Danny Boyle. Alors que tout semble aller pour le mieux, Bale et Sony quittent le projet en novembre 2014. Le projet aurait pu mourir au stade de la pré-production, il n'en est pourtant rien, Universal reprenant les rènes du projet très rapidement. Bale est à nouveau envisagé avant de se désister encore une fois, tout comme Leonardo Dicaprio (probablement à cause du tournage de The Revenant d'Alejandro Gonzalez Inarritu) et c'est finalement Michael Fassbender qui hérite du rôle de Jobs. En revenant sur une figure comme Steve Jobs, Aaron Sorkin aurait pu refaire la même chose que The Social Network (2010): montrer la naissance d'un milliardaire sous le signe de la tragédie grecque et en allant de A à B (ce que font les trois quarts des biopics). Il décide au contraire de présenter Jobs à travers trois événements marquants, ironiquement les lancements de trois de ses produits phares: le Macintosh 128K en 1984, le NeXT Computer en 1988 et l'iMac en 1998.

Steve Jobs : Photo Makenzie Moss, Michael Fassbender

Pas de mixage des périodes entre elles, elles apparaîtront à l'écran une après l'autre et parfois avec des flashbacks faisant échos à des événements ayant lieu. Un procédé pas si éloigné du théâtre filmé (on est face à trois actes bien distincts, surtout que Sorkin vient du théâtre), ce qui pouvait faire peur. C'est là qu'entre en scène Danny Boyle. Pour différencier les différentes périodes, Boyle est même allé jusqu'à utiliser différents formats (16mm, 35mm et HD) pour avoir un rendu différent à chaque époque. Ainsi, la première partie semble plus authentique quand les dernières (se rapprochant légèrement au niveau du rendu) s'avèrent plus lisses, à l'image de Jobs au fil des années. Si sa réalisation se révèle plus sobre qu'à son habitude (Steve Jobs fait certainement partie de ses films les moins turbulents, très éloigné par exemple de Trance), il permet au film d'avoir une mise en scène fonctionnant parfaitement avec le montage. Preuve en est les entrechocs entre deux scènes de dispute entre Jobs et John Sculley (Jeff Daniels) à deux périodes différentes. Ce qui intéresse primordialement le spectateur a beau se situer dans le flashback, il n'en reste pas moins que l'attention finale se tourne sur les deux séquences, les deux se répondant continuellement. Qui plus est avec une violence certaine, les deux anciens collaborateurs s'affrontant verbalement pour savoir qui va avoir le dernier mot. Le réalisateur de Sunshine s'amuse aussi des effets de style, comme la scène dans le couloir en 1988, où le mur devient le reflet des pensées de Jobs.

Steve Jobs : Photo Seth Rogen

Dans cette même optique, le passage pré-conférence de 1984 joue sur l'interractivité, avec les couplets d'une chanson de Bob Dylan qui défilent en plan large selon les envies de Jobs. De même, la musique de Daniel Pemberton aide beaucoup notamment lors des moments de tension, étant loin d'être purement décorative. Elle n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'ost de Trent Reznor et Atticus Ross sur The Social Network, de par son atmosphère informatique (It's not working) ou le fait de reprendre un thème connu en le modifiant (The Musicians play their instruments? reprenant le thème que l'on entend avant qu'un orchestre ne commence à jouer). La dispute évoquée plus haut bénéficie d'une musique fièvreuse, rendant le duel toujours plus excitant à regarder. Pour ce qui est du scénario, il permet de voir Jobs sous un visage moins idyllique que ce que Apple n'a cessé de vanter au cours des années et ce même après sa mort. Ce film, de par son oeil critique sur son sujet, se révèle donc très intéressant et permet même de mieux cerner un personnage complexe au destin surréaliste. (attention spoilers) La première partie nous dévoile un golden-boy sûr de lui, obsessionnel (vouloir à tout prix faire dire "Bonjour" au Macintosh, au point d'en devenir méprisant) et tout sauf propre sur lui. Son complexe? Une aventure (Katherine Waterson) et une enfant qu'il refuse de reconnaître sur les bras. Cette première partie est un pilote pour toutes les autres.

Steve Jobs : Photo Jeff Daniels, Michael Fassbender

Nous retrouverons à chaque fois les mêmes personnages, à un moment bien précis comme une éternelle ritournelle. Soit Sculley, Chrisanne Brennan, sa fille Lisa, Joanna Hoffman (Kate Winslet), Steve Wozniak (Seth Rogen) et Andy Hertzfeld (Michael Stuhlbarg). Chacun étant une pièce de l'échiquier. Jobs est sûr de lui dans chacune des parties et cela lui joue des tours dans chacune d'elles. Dans la première, il croit tellement en son projet qu'il ne voit pas venir qu'il va se casser la figure. Dans la seconde, il prend son ancien patron à part et s'en prend à lui, tout en montant un projet qui est sûr de capoter. Dans la troisième, ce sera au tour de Wozniak de le remettre à sa place. Des règlements de compte successifs auront lieu, au point d'en devenir un leitmotiv. Si l'affrontement entre Jobs et Sculley est impressionnant, il serait dommage d'oublier celui entre Wozniak et Jobs en fin de film. Jouée crescendo, cette scène n'en devient que plus triste et révélatrice que Wozniak touche au but. Face à un Steve Jobs méprisant et méprisable, Wozniak dit une vérité que beaucoup oublient: le vrai inventeur c'est lui, sans lui pas de Apple, sans lui pas de Steve Jobs, les grandes décisions viennent de lui, Jobs est avant tout le bon vendeur qui remplit les salles de théâtre. Jobs n'a rien inventé et pourtant c'est lui qu'on retient. Sa requête est simple: que Jobs cite l'équipe d'Apple 2. A chaque fois, il le répète, à chaque fois Jobs lui dit non. Le dernier non sera celui de trop et Wozniak compte bien le lui faire savoir.

Steve Jobs : Photo Kate Winslet, Michael Fassbender

Autre point: l'attention de Jobs pour sa fille. S'il ne la reconnaît pas, il lui arrive néanmoins de s'en occuper. Le déclic est pourtant bien tardif, voire ridicule. S'il décide de s'intéresser à elle, c'est parce qu'elle fait un dessin sur le Macintosh. Il refuse même de dire que le nom de l'ordinateur vient du prénom de sa fille. Une hypocrisie qu'il finira par rectifier, mais le mal est fait. Une relation père-fille touchante, entre la fille cherchant à tout prix à ce que son père la reconnaisse pour ce qu'elle est (sa fille et non les restes d'une relation sexuelle) et un père qui s'ignore et ne le comprend que trop tard. Enfin, Hoffman est un monumental second-rôle, volant plus d'une fois la vedette à Jobs. La femme de l'ombre, la confidente, celle qui gère tout, même les pires situations et savant redresser la barre en temps voulu. Quand l'enfant Steve s'égare, maman Joanna le remet dans le droit chemin. N'oublions pas non plus Hertzfeld, informaticien de génie toujours traité avec mépris par Jobs, au point que leurs relations ont toujours été nausives. Si la fin est peut être trop enjolivée (une tendance à montrer Jobs comme un demi-dieu, alors qu'on l'a vu passer pour un connard durant les trois quarts du film), il serait dommage de bouder son plaisir devant un tel numéro. (fin des spoilers) Inutile de dire que la distribution du film est absolument parfaite, allant d'un Fassbender habité à une Kate Winslet en parfait second couteau de façade. Rogen étonne dans un registre totalement sérieux, dépassant le statut d'acteur sympathique pour mieux imposer un rôle dramatique impressionnant. De même, il fait plaisir de voir Daniels continuer dans un registre plus dramatique, rappelant son rôle dans le récent The Martian de Ridley Scott (2015).

Steve Jobs : Photo Michael Fassbender, Perla Haney-Jardine

Une oeuvre dévoilant la personnalité de Steve Jobs sous un autre jour, moins beau, plus critique et sublimé par un casting monumental.


 

* Propos issus de Première numéro 451 (septembre 2014).

14 février 2016

"Lénine, réveille-toi, ils sont devenus fous"

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Genre: drame
Année: 1970
durée: 2h20

l'histoire: A Prague, en 1951, un homme est persécuté par le système malgré son passé irréprochable. Sa femme le désavoue en public et il finit par avouer tout et n'importe quoi avant d'être réhabilité en 1956.

la critique d'Alice In Oliver:

 

Bienvenue dans le cinéma coup de poing et polémique ! Celui de Costa-Gavras, un réalisateur franco-grec, qui suscite souvent les anathèmes de la part de certaines critiques et de la presse cinéma. Des films tels que Z, Music Box, La main droite du diable, Mad City, Le Couperet, Eden à l'Ouest et dernièrement Le Capital en 2012 ont assis sa notoriété. 
Vient également s'ajouter L'Aveu, sorti en 1970. Sur la Toile, il existe tout un débat pour savoir quel est le chef d'oeuvre ("ultime") du réalisateur. Les avis sont partagés entre Z et L'Aveu. Personnellement, ma préférence va pour le second. C'est d'ailleurs pendant le tournage de Z que Claude Lanzmann évoque le roman d'Artur Landon, donc L'Aveu. Le livre intéresse immédiatement Costa-Gavras qui décide d'adapter l'opuscule au cinéma.

Le cinéaste fait à nouveau appel à Yves Montand (qui tenait déjà le rôle principal dans Z). L'acteur adhère lui aussi au projet. Z ayant rapporté un joli succès, Costa-Gavras réalise L'Aveu l'année suivante. Le but du cinéaste est de dénoncer tous les totalitarismes, de droite comme de gauche. Au moment de sa sortie, L'Aveu est honni et voué aux gémonies. 
Conspué et répudié par certains intellectuels communistes, le film dérange et interroge. Plus de vingt après la sortie de 1984, le célèbre roman de Georges Orwell, L'Aveu actualise à sa manière la police de la pensée. Le Big Brother impérial et autoritaire de l'Océanie se transmute ici en régime autocratique à Prague, la capitale de la Tchécoslovaquie. A l'instar de ZL'Aveu connaît lui aussi un immense succès.

 

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Le long-métrage de Costa-Gavras suscite à nouveau les débats et les invectives. Le film devient un véritable phénomène culturel et politique. Hormis Yves Montand, la distribution du film réunit Simone Signoret, Michel Vitold, Gabriele Ferzetti, Jean Bouise et Sacha Briquet. Attention, SPOILERS ! À Prague, en 1951, un haut responsable du régime communiste tchécoslovaque, se retrouve accusé d'espionnage au profit des Etats-Unis. Tout est fait pour lui extorquer des aveux de crimes qu'il n'a pas commis. 
Brisé par la torture, il finit par avouer au tribunal des crimes qu'il n'a pas commis en récitant un texte d'aveux que ses bourreaux lui ont fait apprendre par cœur. On veut l'obliger à se dire partisan de Tito, dirigeant communiste yougoslave, ou de Trotski, tous deux étant des ennemis notoires de Staline.

Après sa réhabilitation en 1956, il émigre vers la France et, s'il condamne le stalinisme, il reste fidèle à l'idéal communiste de sa jeunesse. Mais il se rend compte que même après la mort de Staline, l'URSS et les démocraties populaires ne sont pas aussi libres qu'il l'imaginait et qu'il le voulait. Revenant en Tchécoslovaquie à l'occasion du Printemps de Prague, il assiste, le jour même de son arrivée, à l'invasion du pays par le Pacte de Varsovie. Avec L'Aveu, Costa-Gavras poursuit sa dénonciation des dictatures. Très vite, le film a le mérite de présenter les inimitiés.
Alors qu'il se promène dans les rues de Prague, Anton Ludvik (Yves Montand) est kidnappé par plusieurs hommes. Anton est fait prisonnier dans un endroit qu'il ne connaît pas.

 

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Claquemuré dans une cellule exigüe et vermoulue, l'ancien responsable du régime communiste tchécoslovaque est soupçonné de félonie. Il serait trotskiste et un espion à la solde des Etats-Unis. Les interrogatoires se multiplient. Affamé et déshydraté, Anton est régulièrement sermonné par des gardes-chiourmes omnipotents et atrabilaires. 
Ces derniers le forcent à marcher sans arrêt pendant de longues heures, inlassablement. La moindre pause est immédiatement sanctionnée. A tout moment, Anton est réveillé et de nouveau questionné sur ses anciennes activités. Certes, l'ancien responsable politique n'a rien à se reprocher. Pourtant, ses tortionnaires cherchent à le rendre fou. Au bout de plusieurs mois, Anton n'est plus que l'ombre de lui-même.

Le visage hâve et harassé, il finit par avouer n'importe quoi et par signer des déclarations, même les plus pittoresques. De son côté, sa femme trouve un emploi dans une usine et assiste béate au procès de son mari et d'autres responsables politiques. Evidemment, toute cette mascarade n'est qu'un leurre. Mais peu importe, il faut amadouer la population. 
Plusieurs peines de morts sont nûment prononcées. Certains anciens dirigeants sont condamnés au gibet. Par chance, Anton échappe à la sentence suprême. Autant le dire tout de suite : L'Aveu est un film coup de poing qui interroge et dérange. Costa-Gavras convie le spectateur à partager le long supplice de son personnage principal. Artur Landon se retrouve transformé en Anton Ludvik. Cependant, les initiales du héros (A.L.) ont été conservées. 

 

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Réduit à quia et à un vulgaire cacochyme, Anton Ludvik ne porte plus de nom, mais un matricule, le numéro 3225, qu'il répète à satiété à ses gardes. Réalisé comme un documentaire, L'Aveu se veut impersonnel, sombre, froid, distant et terriblement amer. Le long-métrage contient plusieurs séquences d'une violence inouïe. C'est par exemple le cas de cette pendaison simulée. 
Invité sur la potence, Anton subit les quolibets de ses assaillants. La corde au cou, les pieds sur un socle minuscule, l'homme se débat, tressaillit, gesticule, mais finit par être libéré sous les rires et les épigrammes. Néanmoins, dans L'Aveu, la violence est toujours psychologique. Il est d'ailleurs assez surprenant que le film n'ait pas bénéficié d'une interdiction. 
Que les choses soient claires : le long-métrage s'adresse à un public particulièrement averti. Le regard émacié et famélique d'Yves Montand noie littéralement la caméra de Costa-Gavras. La narration du film est racontée par Anton Luvik lui-même. Sa confession est entendue par quelques intéressés (visiblement des journalistes) qui s'emparent de l'affaire presque quinze ans après les faits. 
Mais le monde est-il prêt à entendre les tortures commises par le régime communiste ? Toujours est-il que le film se conclut sur la phrase suivante : "Lénine, réveille-toi, ils sont devenus fous". Costa-Gavras réalise donc un drame poignant qui peut s'appuyer sur l'extraordinaire composition d'Yves Montand. Probablement son plus grand rôle au cinéma. Bref, en quelques mots, un véritable uppercut cinématographique !

 
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