Cine Borat

25 septembre 2016

Cuvée Bis #6

Alors que la Nuit Bis repartait vendredi pour une nouvelle saison, forte de deux grosses ressorties (Predator de John McTiernan et La planète des vampires de Mario Bava), la Cave de Borat va revenir sur deux de ces soirées atypiques que vous connaissez bien dans ces colonnes. La première a eu lieu le 20 mai en rapport avec la convention le Rayon Vert. Pour marquer le coup, les organisateurs ont commencé les hostilités au cinéma La Scala pour un double-programme gavé au super. L'occasion aussi de finir la soirée avec un petit dessin gratuit (ce qui est toujours agréable) et notamment pour les jeunes plus présents que d'habitude. Commençons avec le fameux Superman 3 (Richard Lester, 1983), début de la grosse galère de l'ami Superman sur grand écran (même si vous savez le peu d'intérêt qu'a votre interlocuteur pour le kryptonien avant Man of steel). Mesurons tout de même nos propos (Borat aurait-il diverses personnalités? -NDB) en évoquant que la suite sera pire (le mémorable Superman 4 où la Cannon a eu les yeux plus gros que le ventre). N'en reste pas moins qu'au final, Superman s'efface progressivement du récit (d'autant plus le cas pour Margot "Lois Lane" Kidder qui ne fait que passer) dans un récit sentant tout de même fort la comédie. Richard Pryor s'impose tout le long du film, au point que son personnage devient plus important que le méchant (Robert Vaughn reprenant plus ou moins la partition de Gene Hackman en Lex Luthor) et Superman, alors que c'est avant tout un sidekick comique!

Superman vs Punisher (nuit du bis)

 

Affiche réalisée par Greg Lê.

Le personnage a une surexploitation pour le moins délirante, le spectateur le voyant galérer pour trouver du travail avant de devenir un as de l'informatique. Si bien que parfois Superman 3 ressemble davantage à une comédie pivot pour Pryor qu'à un film de super-héros. Toutefois, même si le film a très mal vieilli et est les trois quarts du temps en pilotage automatique, Lester a parfois des bonnes idées. A l'image du combat entre Clark Kent et Superman, jouant de l'aspect schizophrénique du personnage. Est-ce que Kent a besoin des pouvoirs de Superman pour exister ou est-ce la sensibilité de Kent qui fait Superman? Un traitement un peu maladroit, mais qui a moins le mérite de ressortir d'un film assez oubliable. Passons au second film de la soirée. Les moins de vingt ans ne le savent pas toujours et en viennent parfois à se demander quels héros Marvel sont désormais chez Disney ou ailleurs, voire à citer DC Comics dans le pire des cas. Marvel a longtemps balancé les droits de ses héros à n'importe qui (y compris la Cannon!), souvent pour éponger des dettes colossales (notamment durant les 90's). Ainsi George Lucas a produit Howard the duck (William Huyck, 1986) avec le succès que l'on connaît et le célèbre monteur Mark Goldblatt a adapté le Punisher en 1989. Un film que votre cher Borat n'avait pas vu depuis une paye (genre sur RTL 9 aux alentours de 2003) et que les Nuits Bis m'ont permis de revoir dans une ambiance digne de ce nom.

punisher

Il s'agit de la plus mauvaise adaptation du personnage, le portrait étant globalement à côté de la plaque. Le passé tortueux du personnage a été coupé au montage, selon le voeu de Goldblatt qui trouvait que cela ne fonctionnait pas. On lui donnerait bien raison si Dolph Lundgren était un minimum convaincant et réussissait à donner de l'émotion à son personnage. Ce qui lui manque cruellement dans le rôle du Punisher, tueur de racailles en tous genres et surtout un père et un mari éploré par la mort de sa famille. Dolphie est un homme d'action bourrin comme on adore en voir, mais là on attend un peu plus de lui que le héros qui fait la gueule. Louis Gossett Jr permet de contrebalancer le manque de charisme de Dolphie et donne justement un peu d'ampathie à Frank Castle de par leur histoire d'amitié. Néanmoins tout n'est pas à jeter et Punisher s'impose principalement comme une gros série B voire Z, qui serait peut être passé un peu mieux si on ne parlait pas du Punisher. En tant que film d'action, Punisher s'en sort correctement, alignant la bourrinade correcte, bien aidé par l'art du montage de Goldblatt (on parle du monteur de Commando et d'un paquet de films de Michael Bay). Preuve en est le dernier acte dans un immeuble rappelant le principe du beat'em all ou l'assaut de la maison qui n'est pas sans rappeler le film suscité avec Schwarzy. Passons désormais au Jour du Bis survenu le 25 juin dernier avec cinq films à la clé. Tout d'abord This is Spinal Tap, probablement le mockumentaire le plus connu du cinéma (1984).

Jour du bis 2 

Affiche réalisée par Greg Lê.

Un véritable baptême du feu pour Rob Reiner, un des acteurs principaux de la sitcom All in the family (1971-79) et futur enfileur de perles hollywoodiennes (Stand by me, Princess Bride, Misery...). Les têtes connues derrières les moustaches, les perruques et le cuir moulant défilent, au point que cela en devient un jeu de tous les reconnaître. Harry Shearer (voix phare des Simpson, dont Ned Flanders, Seymour Skinner et le révérend Lovejoy) en guitariste; Michael McKean (le frère de Saul Goodman dans Better Call Saul) en chanteur; Fred Willard (le président dans Wall-e et patron de Ron Burgundy dans Anchorman) en policier; Bruno Kirby (l'ami de Billy Cristal finissant avec Carrie Fisher dans Quand Harry rencontre Sally) en chauffeur bavard; Billy Crystal et Dana Carvey en serveurs mimes; Fred Drescher (la nounou d'enfer) en impressario; Angelica Huston en sculptrice; et même Patrick McNee. A vrai dire, votre cher Borat n'a pas connu Spinal Tap par le film (qu'il voyait pour la première fois lors du Jour du bis), mais par Les Simpson (1989-). L'épisode Un permis pour Otto Bus (saison 3, épisode 22) montrait Bart et Milhouse au concert
des Spinal tap et il se trouve que des problèmes techniques se multipliaient comme dans le film. Il est bon de souligner que si aujourd'hui Spinal Tap est un film culte (au point d'engendrer des disques et tournées), il a eu bien du mal à s'imposer en France. Une projection a bien eu lieu en 1986, mais le film avait fini directement en VHS, son exploitation au cinéma n'ayant pas eu lieu avant 2000.

En soi, This is Spinal Tap n'est pas hilarant au point de se rouler par terre, mais il a le mérite de faire rire par petites touches. (attention spoilers) Tout d'abord en se payant la tête de tous les groupes de rock de son époque ou antérieurs. La plus grosse influence reste les Beatles que ce soit pour la première formation du groupe ou le fait que dès qu'une femme est entrée dans le groupe, cela a commencé à chauffer (vous voulez un schéma détaillé?). De même, le final n'est pas sans rappeler le destin des Runaways, à la renommée discrète aux USA mais à la popularité fulgurante au Japon. A cela se rajoute les mémorables problèmes techniques, allant du décor ridiculement minuscule au décor qui ne s'ouvre pas (le moment gênant et donc hilarant par excellence). Sans compter la naïveté totale des membres du groupe, sorte d'adulescents de trente ans ne voulant pas grandir et ne comprenant pas qu'ils sont devenus has been. (fin des spoilers) D'autant que Rob Reiner respecte le principe du documentaire, tout en montrant ce qu'il veut, entre archives, interviews, coulisses et concerts. Une musique qui est assez entraînante, malgré des paroles particulièrement débiles. Passons ensuite à The food of gods aka Soudain les monstres (Bert I Gordon, 1976), adapté d'un "épisode" d'une nouvelle d'HG Wells (ce qui a valu une franche rigolade dans la salle en voyant le générique). Pas sûr qu'HG Wells lui-même s'y serait retrouvé dans cette production animalière. Sans compter qu'il s'agit en fait d'une sequelle d'un autre film partiellement adapté de Wells et réalisé par Gordon: Village of the giants (1965).

SOUDAIN LES MONSTRES

A l'attaque!

Ce film n'est d'ailleurs pas sans rappeler le célèbre Les rongeurs de l'apocalypse (William F Claxton, 1972), puisque là aussi nos héros doivent faire face à des animaux devenus énormes. Comparé au premier film qui jouait sur les expérimentations qui dégénèrent, ici nos animaux grandissent à cause d'une matière les faisant grandir. D'où des coqs, des moustiques et surtout des rats géants sur une petite île où il vaut mieux ne pas être. Manque de bol, des sportifs, deux couples (un jeune, un vieux) et deux représentants d'une entreprise sont encore sur l'île et vont devoir survivre face aux assauts de nos amis les bêtes. Evidemment vu l'époque, vous vous doutez bien que nous ne sommes pas à l'heure des animaux en cgi, encore moins devant une grosse production hollywoodienne friquée. Donc le principe revient à mixer deux mêmes plans en un seul pour montrer à la fois les acteurs censés être petits et les animaux censés être grands. Une vieille technique qui fonctionne plutôt bien durant la plupart du film, si ce n'est quelques couacs. Comme les mouvements au ralenti des animaux (même dans les plans suscités) souvent ridicules ou des plans rapprochés avec des maquettes mal foutues. A l'image de ce coq qui s'attaque au personnage principal (Marjoe Gortner, héros de Starcrash) de l'intérieur, alors qu'on ne le voit pas à l'extérieur. Un bonheur délirant d'autant plus que les parties coq et homme sont mal coordonnées.

soudain

Par ailleurs, comme le soulignait quelques spectateurs, on ne retrouve pas le fameux crédit disant que les animaux n'ont pas été mis en danger ou tué sur le tournage. Au vue du carnage général (on pourrait s'amuser à compter le nombre de rats explosés au fusil et autres explosions), on ne vous fait pas de dessin quant à leur sort. Outre une technique variante, le film peut gagner ses galons de nanar par une version française succulente (les punchlines misogynes toujours un bonheur rigolard) et des coupes parfois spectaculaires. A l'image de ce moment romantique où le sportif et la représentante en viennent à s'amouracher, avant la subite venue du mari de la femme enceinte! Puis comme évoqué plus haut, les personnages sont tous des clichés et cela en devient merveilleusement drôle. Le sportif au grand coeur, le salaud de première qui veut exploiter le liquide, la vieille dame dépassée par la situation, la femme enceinte qui est vite sur pied après avoir accouché... On en a pour tous les goûts, y compris dans un final ouvert, propice à une énième suite (La malédiction des rats de Damian Lee, 1989). Tout un programme! Passons probablement au grand événement de la journée, la cerise sur le gâteau (et pourtant ce qui arrive après est encore un beau morceau) avec présentation s'il vous plaît. Après avoir accueilli Joe Alves en février 2015 pour une projection de Jaws (Steven Spielberg, 1975) et Jaws 3D (Alves, 1983), le Jour du bis a laissé place à Les dents de la mer 4 : La revanche (Joseph Sargent, 1987).

JAWS_4

Vous ne trouverez pas accroche plus jubilatoire. 

Vu que le film de Joe Alves n'a pas marché comme il l'entendait, le patron d'Universal Sidney Scheinberg en vient même à renier le film, ne le comptant pas dans sa possible trilogie (Alves a moyennement apprécié). Scheinberg en bon exécutif veut lancer au plus vite pour l'été 1987 un Jaws 4, qui plus est en faisant de sa femme Lorraine Gary (aka Madame Brody dans la saga) l'héroïne du film. En retrait dans le premier film, elle avait été plus présente dans le second opus signé Jeannot Szwarc (1978), puis absente du troisième. La revanche du titre est donc aussi celle de Gary qui a enfin tutoyé le haut de l'affiche. L'intrigue se désolidarisant du troisième, Lance Guest et Mitchell Anderson succèdent à Dennis Quaid et John Putch dans le rôle des fils Brody. Mais voilà, suite à une production en quatrième vitesse, le film aligne les catastrophes: scénario écrit à la va-vite (on n'a pas le temps!), des reshoots donnant lieu à la fin de film la plus délirante rarement vue (on en reparlera), mer des Bahamas agitée, requins qui déconnent (comme toujours sur la franchise), des invités de dernière minute (comme des yachts débarquant dans le champ)... Que le film a pu se faire aussi rapidement tient parfois du miracle. Jaws 4 réussit pourtant à faire moins au box-office que Jaws 3D, terminant le règne cinématographique de la saga (et peut être pas un mal). Quant à Michael Caine, il touchera un peu plus d'1 million de dollars pour son second-rôle, argent qui servira à construire sa nouvelle maison (anecdote connue mais qui fait toujours rire) !

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Votre cher Borat posant avec la bête.

En soi, cet épisode n'est pas un nanar ou tout du moins il ne l'est qu'à de rares moments. On rigolera davantage devant un Peur bleue (Renny Harlin, 1999), lui-même se trouvant un divertissement décomplexé dès le départ. Jaws 4 est avant tout un mauvais film, fait pour de mauvaises raisons, mais pas forcément une purge. Sargent reprend les principes de ses aînés: jouer sur le point de vue subjectif du requin pour éviter de trop le montrer (ou contrecarrer les soucis techniques), le thème de John Williams, un requin vorace... Sauf que comme le dit l'accroche de l'affiche "cette fois-ci, c'est personnel" ! Le requin ne semble vouloir s'en prendre qu'aux Brody, mère, fils et même petits-enfants. Ainsi la petite du fils Brody (Guest) manque de se faire manger tout cru (ce sera la monitrice qui passera à la casserole), le plus jeune fils sert d'apéritif en ouverture et la grand-mère a un lien plus ou moins télépathique avec le requin. Ce qui donne un scénario un poil surréaliste voire délirant, auquel il faut rajouter une petite romance entre Lorraine Gary et ce vieux loup de mer de Michael Caine (dont la chemise passe souvent de mouillée à sèche, à cause de la chaleur des Bahamas et de la longue préparation des plans), Roy Scheider ayant définitivement quitté le navire. Mais indéniablement si on doit retenir quelque chose de Jaws 4, c'est bien sûr son ahurissant final. (attention spoilers) Contre-toute-attente, l'ami Mario Van Peebles et camarade du fils Brody en vient à affronter le requin malgré lui (lui-même mourant dans des conditions jubilatoires), avant de finir croqué et plongé sous l'eau. C'est alors que par le miracle du saint-esprit, il revient à peine amoché! Autant dire qu'on tient probablement un des meilleurs moments involontairement comiques des 80's. (fin des spoilers)

ténèbre jaquette

Après les animaux en tous genres, passons dorénavant à Ténèbres (Dario Argento, 1982). Un film qui revient au tueur de femmes (mais pas vraiment un giallo puisque des hommes sont également tués), avec un récit de tueur en série exécutant des personnes en s'inspirant d'un auteur. Un tueur quelque peu particulier, dont le mode de fonctionnement peut prêter à confusion à mesure que le spectateur avance vers la résolution. (attention spoilers) Un peu comme Catherine Tramell (Sharon Stone) dans Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992), l'auteur s'inspire de ses romans pour tuer et profite de sa tournée littéraire pour exécuter quelques personnes qui le dérange. Un journaliste, des gens un peu trop proches de la vérité, une ancienne amante gênante, un inspecteur, son collaborateur (John Saxon en mode touriste parfois)... Le côté alambiqué du film est parfois étrange, car si le personnage sort de l'aéroport dès la seconde séquence, il n'a pu commettre le premier meurtre en Italie servant d'ouverture. Reste que les meurtres sont toujours bien réalisés, le pire sort étant laissé aux dames. Le meurtre de la jeune fille est peut être le plus cruel, car Argento fait monter le suspense en privilégiant d'abord une poursuite entre un doberman et elle. Le tueur ne donne sa sentence que bien après, une fois qu'il sait qu'elle est au courant de ses méfaits. Quant celui du couple lesbien est peut être le plus barbare, les deux femmes se faisant littéralement massacrées.

 

Toutefois, contrairement au film de Verhoeven, Argento fait plutôt un film à enquête, laissant le spectateur vierge de possible source de tueur jusqu'à la résolution. Pas un mal car le réalisateur peut jouer comme il veut avec les nerfs de ses spectateurs. La différence avec Tramell dont on est quasiment sûr qu'elle est la tueuse jusqu'à l'inévitable confirmation. (fin des spoilers) Enfin, c'est un bonheur d'écouter au cinéma la musique des Goblins, reformés le temps de cette composition. Une bande-originale riche en électronique, reprise avec brio par le groupe Justice en 2007. Votre cher Borat vous laisse faire la comparaison avec les deux morceaux ci-dessus. Enfin terminons cette cuvée avec un film français. A l'image de La classe américaine (Hazanavicius, Mézerette, 1993), A la recherche de l'ultra-sex (2014) est un remontage de plusieurs films afin de donner lieu à une toute autre histoire. Sauf que là nous ne sommes plus à la Warner, mais dans le monde merveilleux du film érotique voire pornographique vu par le duo Nicolas et Bruno (Message à caractère informatif). Soit un visionnage de 2500 films datant entre 1974 et 1995. Comme La classe américaine à l'époque, il s'agit d'une commande de Canal + cette fois-ci pour fêter les trente ans de la chaîne. Rien de plus normal quand on rappelle qu'initialement la chaîne était cataloguée par "Cinéma, Foot, Porno". Le film mélange assez savoureusement science-fiction, sentaï ou film policier. 

A la recherche de l'Ultra-sex : Affiche

Preuve en est avec les enquêtes saugrenues de Christian Coiffure et de drôles de dames faisant deviner des indices avec leur sexe; des aventuriers de l'Espace sortant d'une mauvaise parodie X de Star Trek; un sentaï où les héroïnes ont les seins non-couverts; ou encore une jeune asiatique agressée façon Evil Dead par des câbles usb à son travail (ah les japonais!) ! Le tout réuni autour de l'ultra-sex volé et déclanchant une frénésie sexuelle dingo sur la planète Terre. On s'amusera des différentes piques envers divers artistes ressemblant souvent fort aux acteurs des films concernés: le général Demis Roussos, l'inspecteur Kassovitz, Antoine de Caunes, l'église Guillaume Galienne, la planète Mireille Darc ou encore les Daft Punk passent au crible du duo. Néanmoins, le meilleur extrait provient certainement de ce court-métrage se déroulant dans un magasin de jouets, Toy Shop (Chuck Vincent, 1980). Imaginez une seconde, Ken avec poutre apparente et Barbie en porte-jartelles quand les lumières sont éteintes; le Captain Kirk en relation gourmande et croquante avec Uhura; Miss Peggy qui trompe Kermit; ou une poupée gonflable avec bouche édentée mangeant des pénis de poupées! Le duo a même trouvé une version porno de Cyrano de Bergerac. Votre cher Borat vous laisse imaginer sous quelle forme est le pic, le roc, que dit-il la péninsule. Une salle hilare durant un peu plus d'une heure, qui plus est après quatre films d'affilée (en général, on commence à entendre des roupillons), c'est toujours cela de pris. Allez à la prochaine! 

toy shop

Vous ne verrez plus jamais une poupée gonflable de la même manière.


22 septembre 2016

Le jour de l'Apocalypse a sonné

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Genre : épouvante, horreur (interdit aux - 12 ans)
Année : 1995
Durée : 1h43

Synopsis : L'Espagne est sur le point de fêter Noël. Un prêtre théologien découvre avec effarement que l'Antéchrist verra le jour avant l'aube. 

La critique d'Alice In Oliver :

Alex de la Iglesia est un réalisateur, producteur et scénariste espagnol, repéré par Pedro Almodovar dès le début des années 1990. C'est même ce dernier qui finance son premier long-métrage, Action Mutante (1992). Déjà, avec ce tout premier film, Alex de la Iglesia impose sa marque de fabrique, un cinéma à la fois condescendant, hétéroclite et plutôt affable en termes de séquences sanguinolentes.
Une réputation qu'il confirmera par la suite avec Mort de Rire (1999), Mes chers voisins (2000), 800 balles (2002), Le crime farpait (2004), Crimes à Oxford (2008) ou encore Balada Triste de Trompeta (2010). Vient également s'ajouter Le Jour de la Bête, réalisé en 1995, et qui constitue le second long-métrage du cinéaste.

Certes, le film n'obtient qu'un succès d'estime, même au sein de ses frontières ibériques. Toutefois, Le Jour de la Bête se démarque dans plusieurs festivals et remporte une multitude de récompenses, entre autres, le grand prix du jury au Fantastic'Arts, ainsi que le prix Goya des meilleurs effets spéciaux. La distribution du film réunit Alex Angulo, Armando De Razza, Santiago Segura, Terele Pavez et Natalie Sesena. Attention, SPOILERS ! (1) Le prêtre Ángel Beriartúa a décodé l'Apocalypse de Jean et est parvenu à déterminer le jour de la naissance de l'Antéchrist. 
Selon ce message, l'Antéchrist naîtra le 25 décembre 1995 à Madrid, où débute une vague de vandalisme et de criminalité. En revanche, il ignore tout du lieu où il viendra au monde. 

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Convaincu qu'il faut arrêter cette naissance satanique, le prêtre se joint à un fan de death metal, José Maria, pour essayer, par tous les moyens, de trouver où l'événement aura lieu. Il va donc tout mettre en œuvre pour le découvrir, en cherchant à s'attirer les faveurs du Diable. Dans un Madrid survolté, il s’efforce d'obtenir la collaboration du "professeur Cavan", un charlatan vedette d'une émission de télévision. (1) Certes, par certains aspects, le scénario du Jour de la Bête n'est pas sans rappeler certains grands classiques de l'épouvante, notamment L'Exorciste (William Friedkin, 1973), La Malédiction (Richard Donner, 1976) et Rosemary's Baby (Roman Polanski, 1968) dans une moindre mesure. 
Depuis plusieurs décennies, de nombreux films ont tenté de s'approprier la thèse de l'Apocalypse sous l'égide de l'Antéchrist, mais sans jamais parvenir à renouveler un genre plutôt anomique.

C'est justement la grande force du Jour de la Bête. Narquois, Alex de la Iglesia s'inspire de plusieurs grands classiques horrifiques, tout en y apportant une note humoristique. D'où l'impression d'assister à un long-métrage décalé, licencieux et égrillard mais qui n'oublie jamais son sujet principal, à savoir l'avènement (encore une fois...) de l'Antéchrist. Ainsi, la première partie du long-métrage s'apparente à une comédie satirique et à une critique au vitriol de la société ibérique. 
En outre, la capitale espagnole et ses habitants en prennent pour leur grade. Certes, la foi religieuse (en particulier catholique) est encore très prégnante, mais Alex Iglesia bouleverse et fustige les préceptes établis. Il suffit de prendre le scénario du film pour s'en rendre compte. 

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Ainsi, le synopsis se focalise sur la quête d'un curé, Ángel Beriartúa, pour stopper la naissance de l'Antéchrist. Pour y parvenir, il doit s'approcher de ses fidèles et céder à son tour à la tentation du péché. La première demi-heure du film se résume à une série de facéties, de déprédations et de gaudrioles assénées par un prête complètement hystérique ! Le héros se transmute lui-même en suppôt satanique. Une façon comme une autre de flagorner l'Antéchrist... 
Pour cela, il doit supporter les railleries mais aussi le soutien indéfectible de José Maria, un fan de death metal. Puis, après toute une série de rebondissements incongrus, le long-métrage devient de plus en plus oppressant et comminatoire. Pourtant, tout commence de façon un peu futile.

A cours d'idées, Angel Beriartua décide de se rendre au domicile du Professeur Cavan, une sorte de gourou doué de (pseudos) talents d'exorciste et de médiumnité. Séquestré, le charlatan assiste ébaubi à un rituel satanique. Contre toute attente, la séance préfigure bel et bien l'apogée de l'Antéchrist. Le compte à rebours a sonné. Ángel Beriartúa et ses acolythes n'ont plus que quelques heures pour stopper l'Antéchrist et ses prosélythes. Malgré ses allures de comédie horrifique, Le Jour de la Bête n'en reste pas moins un film riche, passionnant et complexe. 
A l'instar de L'Exorciste, lui aussi vitupère une société en déliquescence. Finalement, personne ne semble se soucier de l'arrivée de l'Antéchrist, sauf un curé complètement azimuté ! Le Jour de la Bête analyse également ce délitement de la cellule familiale. José Maria est un métalleux tancé par sa marâtre et flanqué d'un paternel au teint livide et apathique. Au cours de son périple dans la capitale madrilène, le père Ángel Beriartúa sera sans cesse confronté à la populace, à la plèbe et aux opprimés. 
Le Jour de la Bête, c'est aussi cette curieuse allégorie sur les propres maux de notre société moderne et consumériste. Des maux dans lesquels vient s'immiscer le rejeton méphistophélique ! Seul petit bémol, le long-métrage souffre parfois de son budget famélique. Mutin, Alex Iglesia élude prestemment les apparitions de la "bête" démoniaque, préférant la carte du suspense et de la suggestion. 
Mais ne soyons pas trop sévères, on tient là un bon, voire même un excellent film d'épouvante.

21 septembre 2016

Le retour du guerrier

Jason Bourne arpente la Grèce avant de sortir à nouveau de sa retraite. Entre la CIA toujours à ses trousses et des vérités qui dérangent, Bourne va subir une nouvelle chasse à l'homme à travers l'Europe... 

Jason Bourne : Affiche

Nous avions quitté Jason Bourne dans les eaux troubles de l'Hudson en l'an 2004, sa quête de mémoire terminée. Paul Greengrass en était resté là, tout comme Matt Damon laissant le soin aux producteurs de continuer la saga Bourne sans son ingrédient principal. Une bêtise qui a donné lieu à un spin-off de sinistre mémoire et que tout le monde a déjà oublié à juste titre. Une suite à The Bourne Legacy (Tony Gilroy, 2012) fut pourtant évoquée pendant un temps, certains espérant vainement un crossover avec Bourne et Aaron Cross, le personnage joué par Jeremy Renner. Justin Lin est même évoqué pour le réaliser, avant qu'il ne se retrouve sur la seconde saison de True Detective (2015), puis Star Trek Beyond (2016). L'annonce finit par tomber en septembre 2014 : Paul Greengrass revient sur la franchise avec Matt Damon dans ses bagages. Le projet de suite au spin-off tombe à l'eau aussi sec, laissant place à un nouvel opus des aventures de Jason Bourne. Cette fois-ci, Paul Greengrass laisse de côté Tony Gilroy, fort de diverses divergentes au cours de la production des deux films qu'il a réalisé. Il scénarise le film en compagnie de Christopher Rouse, monteur de longue date de la franchise, preuve que le réalisateur n'est pas revenu pour rien sur la franchise qu'il a popularisé (malgré les critiques au sujet de sa réalisation forte en shaky-cam).

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Relancer une franchise comme celle de Jason Bourne était risqué et on l'avait déjà remarqué sur The Bourne Legacy. Bourne a retrouvé sa mémoire et il n'est pas question de refaire la même erreur que le film de Gilroy en remettant l'action durant un même récit (*). D'autant plus que l'absence (prolongée) de Bourne permet d'explorer de nouvelles pistes. A commencer par un monde de plus en plus touché par le terrorisme et l'hyper-sécurisation de la CIA régulièrement relayées, notamment par le lanceur d'alerte Edward Snowden. The Bourne Legacy n'ayant fait que raconter la même chose que ses prédécesseurs, il n'avait aucun regard nouveau sur la franchise, là où ce nouvel opus peut aller vers quelque chose de plus pertinent. (attention spoilers) Les années ont passé, Bourne n'est désormais plus qu'un fantôme qui réveille les peurs les plus anciennes des patrons des services secrets. Treadstone n'est plus, mais les restes sont toujours là, enfouis sous le tapis et n'attendant qu'un petit coup de pouce pour exploser en pleine figure de leurs instigateurs. En cause des responsables (symbolisés par Tommy Lee Jones) toujours en place et ce malgré les casseroles, appuyant de leur présence pour faire des coups en douce. Pour preuve, l'intrigue même ne tourne pas tant autour de Jason Bourne que du jeune PDG d'une boîte lançant un nouveau moyen de stockage. Bourne n'est qu'un fantôme qui passe, servant de diversion pour la CIA pour ne pas montrer le réel problème à suivre à tout le monde.

Jason Bourne : Photo Alicia Vikander

Par cette sous-intrigue devenant intrigue même, Greengrass et Rouse font directement allusion au récent problème qu'ont eu les services du renseignement américain. Pour cause, Facebook, Apple ou encore Google ne veulent pas divulguer des informations sur la vie privée de leurs utilisateurs, y compris dans des affaires criminelles. Une situation qui n'a pas toujours été la même autrefois. Greengrass peut utiliser avec ce type d'affaires un véritable boulevard en ne citant jamais ces fameuses entreprises, tout en y faisant directement allusion. Jason Bourne ayant été malgré lui un lanceur d'alerte comme Snowden, il n'y avait pas grand intérêt à revenir sur cette affaire, alors qu'ici le propos s'avère pertinent et d'actualité. D'autant plus quand l'on parle de contre-espionnage. En soi, le personnage particulièrement trouble incarné par Alicia Vikander (et qui n'a pas révélé toutes ses cartes) représente la nouvelle forme d'attaque que la CIA redoute (d'autant plus depuis Snowden) : la cyber-criminalité. Alors même que la CIA utilise des données allant à l'encontre de la vie privée de ceux qu'elle est censée défendre. Un constat que l'on pouvait déjà voir avec les manigances de Noah Vosen (David Strathairn) dans La vengeance dans la peau (Greengrass, 2007) et décuplé ici à travers ce réseau social qui fait tant peur à la CIA. 

jason bourne

De même, par le biais du personnage de Vincent Cassel, Greengrass interroge sur l'après-Bourne. Ses divulgations ont compromis plusieurs agents sur le terrain et Asset en faisait partie. L'occasion d'une vengeance évidente, Bourne devenant à ce stade une cible à abattre en particulier. Un point de vue intéressant, prouvant que même dans sa bonne action, Bourne a entraîné des dommages collatéraux. Bourne lui-même est devenu une ombre, agissant à la recherche d'autres souvenirs et voyant à nouveau que ceux qui le suivent finissent entre quatre planches. Il est voué à être seul et à agir seul, ne pouvant faire confiance en personne comme le confirme le final. La réalisation posera toujours autant de problèmes, les non-amateurs de la shaky cam selon Greengrass gueulant à la lisibilité. On leur dira toutefois que la réalisation de ce film est nettement plus fluide que sur les précédents opus, bien plus maîtrisée aussi que toutes les productions hollywoodiennes ayant utiliser ce style à outrance à la suite de La mort dans la peau (Greengrass, 2004). A l'image des Transformers (Michael Bay, 2007-) ou du "Bourne like" Safe house (Daniel Espinosa, 2012). Si la scène à Athènes se révèle bien stressante, la poursuite à Las Vegas est particulièrement spectaculaire et s'avère un morceau de bravoure digne de la course dans La mort dans la peau. (fin des spoilers)

Jason Bourne revient tel un seigneur dans le cinéma d'espionnage, évoquant une actualité brûlante avec pertinence.


 

* Pour rappel, le film de Gilroy se déroulait en même temps que La vengeance dans la peau, qui lui-même se déroulait entre les deux dernières scènes de La mort dans la peau.

14 septembre 2016

Cuvée fantaisiste et musicale

Suite à son passage dans la maison de Mickey (celle de Marne la Valley, pas celle de la télévision), votre cher Borat s'est lancé dans un visionnage compulsif de classiques ou productions Disney. Revoir des films qu'il n'avait pas vu depuis longtemps, quitte à remettre en question son jugement. Voir que les VHS tiennent bien le coup (la bonne vieille bande n'est toujours pas morte sachez le!), découvrir des films aussi (souvent pour le pire)... et aussi faire des recherches. La Cave de Borat va exhumer aujourd'hui les dossiers de Walt Disney Pictures dans la section "projets inachevés". Walt Disney a toujours déclaré que Fantasia (1940) était son film le plus ambitieux et probablement celui qu'il appréciait le plus. Il envisageait de faire plusieurs films, changeant sans cesse les courts-métrages. La guerre ayant provoqué la fin du marché européen friant des films produits par Disney, Fantasia se planta en ne pouvant se contenter du marché américain. Le rêve de Disney partit en fumée, laissant des idées pour de futurs films dans un cahier jamais exploité. Ce qui n'empêche pas le producteur de miser par la suite sur des films compilations, notamment musicaux (Mélodie Cocktail, 1948) et de repenser à ressusciter le projet Fantasia. Il faudra pourtant attendre une décennie après sa mort pour qu'un projet de ce type refasse surface.

musicana

C'est ainsi que le projet "Musicana" est entré en pré-production à la fin des 70's. A l'époque, il est bon de rappeler que les studios Disney étaient en plein changement, les vétérans passant le flambeau à une nouvelle génération d'animateurs (parmi eux: Ron Clements, John Musker, Tim Burton, John Lasseter ou le regretté Joe Ranft). A cela se rajoute le départ de Don Bluth et d'une flopée de créatifs en vue de créer son propre studio. Une crise qui s'emportera jusqu'au triomphe de La petite sirène (Clements, Musker, 1989) et chroniquée dans le documentaire Waking sleeping beauty (Don Hahn, 2009). L'initiative de "Musicana" venait de vétérans du studio avec à leur tête Wolfgang Reitherman, animateur et réalisateur de la plupart des films d'animation du studio depuis Les 101 dalmatiens (1961). La plupart des courts-métrages prévus avait déjà été esquissé par divers dessins préparatoires (voir le documentaire ci-dessous pour vous donner une idée de l'avancée flagrante du projet) et scénarios, certains avaient même leurs morceaux déjà prévus. Le principe était de faire des courts musicaux basés sur les cultures mondiales. Le premier avait beaucoup inspiré Melvin Shaw et se basait sur la Nouvelle Orléans. Bien avant La princesse et la grenouille (Clements, Musker, 2009), les batraciens faisaient de la musique sur des nénuphars avant d'être débarquées par un navire arrivant à bon port. 

Les studios ne semblaient pas lésiner sur les moyens, puisque le morceau devant servir au court devait être chanté par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong. Le second court misait sur la culture inca et aztèque avec une chanson d'Yma Sunac une soprano péruvienne. "Le dieu de la pluie" devait être réalisé par Ken Anderson et mettre en scène un singe volant un diamant au dieu de la pluie avec pour cadre l'Inde. "Le rossignol et l'empereur de Chine" aurait pu être la première adaptation d'un conte d'Hans Christian Andersen par Disney et ce bien avant La petite sirène. D'autant plus que ce court-métrage permettait de relier "Musicana" à Fantasia par la seule présence de Mickey. Ce dernier amenait le rossignol à l'empereur pour lui enseigner la valeur d'un véritable oiseau et non d'une poupée y ressemblant. Par ailleurs, John Lasseter faisait partie de l'équipe artistique ayant travaillé sur ce court-métrage et serait à l'origine de la plupart des croquis. "Finlandie" se basait sur la composition de Jean Sibelius et devait proposer un duel entre la déesse du soleil et le dieu de la glace forcément épique au vue de certains passages du morceau. Pour finir, Disney s'inspirait des Mille et une nuit bien avant Aladdin (Clements, Musker, 1992) en mettant en scène Ali Baba en oiseau sous l'air de Shéhérazade de Nikolaï Rimsky Korsekov (1888). 

Tout ceci aurait pu avoir lieu si les dirigeants avaient voulu produire un film ambitieux et sortant du lot au début des 80's. D'autant plus que Fantasia a été largement reconsidéré et est ressorti plusieurs fois dans le monde au fil des décennies. "Musicana" est stoppé en 1981 alors que la phase créative était quasiment terminée. Wolfgang Reitherman prit sa retraite suite à ce coup d'éclat, perdant l'occasion de terminer sa carrière sur un film qui aurait peut être marquer les esprits. La peur du flop l'a emporté sur la créativité. Un second opus à Fantasia a toutefois bien eu lieu, fort de l'impulsion de Roy Disney souhaitant rendre hommage à son oncle et à son voeu d'offrir de nouvelles anthologies animées et musicales. Fantasia 2000 (1999) a coûté plus cher et n'a pas été un franc succès non plus, dépassant seulement de 10 millions de dollars son budget (80 millions). La France se prive même d'un événement certain en ayant très peu de salles IMAX, format dans lequel le film fut en grande partie diffusé. En revanche, le film est très bien accueilli ce qui conforme Roy Disney de lancer "Fantasia 2006" en 2002. Pas trop longtemps car le projet se casse la figure, suite à des coupes budgétaires dues aux flops d'Atlantide l'empire perdu (Wise, Trousdale, 2001) et de La planète au trésor (Clements, Musker, 2002). Si le premier a tout de même réussi à se rembourser (plus de 180 millions de dollars pour un budget de 120, ce n'est pas affreux, mais pas bon quand même), le second accuse une perte de 30 millions de dollars, en plus d'offrir un score spectaculairement bas aux USA (un peu plus de 30 millions).

fantasia 2000

Fantasia 2000, la promesse de Roy Disney pour faire perdurer le rêve de son oncle.

Une catastrophe industriel qui entraîne l'annulation d'un autre projet tout aussi ambitieux. Une décision qui conforte la perte de vitesse certaine sur le marché de l'animation par Disney au début des années 2000. Si les films se produisent toujours, il s'avère que les problèmes internes s'accumulent au fil des productions. Dinosaure (Zondag, Leighton, 2000) est un ancien projet de Paul Verhoeven que Disney a considérablement remanié. Empire of the sun de Roger Allers devait adapter Le prince et le pauvre (Mark Twain, 1882), avant de devenir Kuzco (Dindal, 2001) et dans ce processus, abandonner les chansons écrites par Sting. Sans compter La ferme se rebelle (Finn, Sanford, 2004), catastrophe totale faisant entrer le studio dans l'ère de l'image de synthèse sur une mauvaise réaction (les dirigeants disaient que si le film n'avait pas fonctionné, c'est parce qu'il était en animation traditionnelle...) et sans identité visuelle. Puis on remarque aussi que Pixar (et dans une moindre mesure Dreamworks dirigé par l'ancien associé Jeffrey Katzemberg) pique de plus en plus la vedette à son patron, jusqu'à ce que Michael Eisner (PDG de Disney encore à l'époque) envisage de produire des suites de films Pixar sans eux. Un bordel général qui amène même Roy Disney à quitter son poste, désapprouvant définitivement la politique d'Eisner. Voilà dans quelle ambiance s'est déroulé la pré-production de "Fantasia 2006", plus ou moins voué à l'échec.

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La planète au trésor, une des causes de l'abandon de "Fantasia 2006".

Le projet a toutefois réussi à devenir réalité, puisque les courts-métrages prévus (tout du moins ceux dont on connaît l'existence) ont été produit et diffusé entre 2003 et 2006 avec l'appui de Don Hahn à la production. Des courts que peu connaissent, dissimulés parfois sur certains DVD (encore faut-il le savoir), sans jamais avoir une visibilité digne de ce nom. L'occasion pour votre cher Borat de faire un peu de lumière sur eux. En soi, le concept de "ces restes de 'Fantasia 2006" ne sont pas si éloignés de "Musicana", puisqu'il s'agit également de mettre en scène des courts musicaux autour du monde. Le plus connu est certainement Destino (Dominique Monféry, 2003), puisque sa gestation a commencé sous l'impulsion de Walt Disney. Le producteur a fait la rencontre de Salvador Dali lors d'un dîner organisé par Jack Warner durant les 40's. Les deux artistes voient l'intérêt de travailler sur un court-métrage musical pouvant servir à une nouvelle anthologie. Disney lui offre une place dans le bureau de John Hench et les deux artistes se mettent à faire divers storyboards, croquis et peintures. Disney voit tout de même que Dali s'emmêle un peu trop les pinceaux et de peur que tout cela soit beaucoup trop abstrait pour le public, finit par laisser tomber l'aventure. Disney et Dali restent toutefois en contact, passant même des vacances ensemble! Destino refait surface quand Roy Disney décide de terminer ce qu'a commencé son oncle. Au début des 2000's, le neveu de Walt Disney sort le dossier des archives et s'aide de John Hench (dernière source vivante autour du projet) pour rétablir un véritable ordre et une sorte de script. 

Avec cela, Monféry et ses collaborateurs du studio d'animation Disney à Paris réalisent un vieux fantasme de spécialistes d'art. Diffusé au cours de l'année 2003 à travers différents festivals, il a même été dévoilé en Espagne le temps d'une projection exceptionnelle. Désormais on peut voir ce court-métrage sur le BR de Fantasia 2000, en compagnie d'un making-of. On voit encore avec ce court-métrage que les studios Disney se cherchaient une identité à travers l'image de synthèse, preuve en est cet homme coincé dans une statue essayant de sortir de son appartenance au bloc. Un plan qui a mal vieilli, mais pas pire que quelques horreurs qui suivront dans la filmographie de Disney. On voit que les images de synthèse ne sont encore qu'un ajout pour des plans plus complexes. On retrouve évidemment le style de Dali avec les différentes textures des lieux ou personnages et ses figures de style (les horloges, les femmes, l'étrange, les fourmis...). Idem au niveau de l'histoire qui s'avère bien abstraite. Une femme se transforme plusieurs fois (et son changement de forme peut être vu comme une sorte de résurrection), tombe amoureuse d'une statue devenue vivante, avant que son coeur ne soit entièrement dédié à elle. Le tout sur la charmante ballade orchestrée par Armando Dominguez rendant l'association entre le dingo Dali et le magnat Disney tout à fait possible, forte d'une animation de qualité et d'un romantisme abstrait de tous les instants. Pour sûr c'est le court le moins narratif du lot, mais aussi le plus ambitieux. Passons ensuite à Lorenzo (Mike Gabriel, 2004 *), qui nous embarque dans la nuit argentine.

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Un projet de Joe Grant issu des 40's lui aussi et finalement mis en scène par le réalisateur de Pocahontas (1995). Par ailleurs, c'est Don Hahn qui a suggéré à Gabriel de miser sur le tango pour la rythmique générale du court-métrage. Une musique et une danse parfaite quand on parle du pays de Diego Maradona. L'image de synthèse est également présente mais plus armonieuse, du fait d'un univers nocturne jouant avec la peinture et l'animation traditionnelle. Le court met en scène un gros chat ayant le malheur de ricaner d'un chat noir sans queue. Sa vengeance lui sera fatale, puisque désormais sa queue sera une entité à part entière. L'occasion d'une danse épuisante et endiablée à l'issue inévitable. Gabriel revient à un aspect purement cartoon, déjà par le rendu assez grossier des personnages (le gros chat se moquant des plus maigres et battu par son arrogance), puis l'enchaînement de gags provoqué par la queue vivante. On pourra admirer également le rendu fabuleux des couleurs et le jeu avec des aspects plus fluorescents. Si Lorenzo touche à la morale (ne pas se moquer de ce qui n'est pas comme nous), il est surtout un cartoon particulièrement mordant, pas si éloigné de ce que faisait Disney avec les Silly Symphonies (1929-39). A l'origine One by one (Pixote Hunt, 2004) est une chanson non-retenue de Lebo M pour Le Roi Lion (Minkoff, Allers, 1994). Gardée sous le coude, elle fut réutilisée en vue de se retrouver dans un des courts-métrages de "Fantasia 2006". 

Les premières minutes laissent augurer un court pour le moins radical et changeant de l'ambiance moraliste mais coloré du précédent. Un orage, une plume multicolore tombant sur un mur saupoudré de barbelés et détritus en tous genres. Nous sommes dans un bidonville d'Afrique du sud dans toute sa tristesse. L'introduction a pour le moins le mérite d'être violente et pourtant, elle apparaît comme un faux-semblant. Le court montre juste des enfants trouvant en cette plume une forme d'espoir et elle leur donne envie d'effectuer des cerf-volants. Leur quotidien a l'air ennuyeux et triste et pourtant via cette activité, ils voient un moyen de s'évader de leur quotidien. Dès lors que l'on quitte le village, le court devient plus coloré (avec une préférence pour l'orange) comme pour confirmer le faux-semblant de départ. Il était temps de laisser entrer le soleil dans ce bidonville trop ancré dans les ténèbres. Enfin terminons sur ce qui est le court le plus glauque de tous, The little match girl (Allers, 2006). Certains auront vite reconnu le titre anglais de La petite fille aux allumettes d'Andersen (1845), probablement un des contes les plus noirs de l'auteur. Ce court est également une étape pour Disney et l'ensemble de l'animation, puisqu'il s'agit du dernier projet à avoir utiliser le CAPS. Il s'agissait d'un système permettant d'informatiser le processus d'encrage et peinture sur des plans durant la post-production. 

 

Contrairement à La petite sirène et Frozen (Lee, Buck, 2013) eux aussi adaptés d'Andersen (et très librement en ce qui concerne le second), The little match girl se révèle assez fidèle au conte qu'il adapte, même s'il change de lieu (Moscou au lieu du Danemark) et qu'il est moins clair en raison de sa longueur (pas de père évoqué, ni de précision sur la mort de la grand-mère). De bien maigres changements au regard de la fidélité globale du court-métrage. Il est certainement le plus beau du lot, le plus mélancolique et par la même occasion le plus tragique. Un peu comme si les enfants du précédent court finissaient vraiment mal. Allers, comme il l'avait fait sur Le Roi Lion avec Mufasa puis Scar, ne donne aucun espoir à l'enfant qu'il met en scène, la faisant vivre et mourir dans l'indifférence la plus totale, éprise de rêves inassouvis dans le froid glacial de Moscou. Ce n'est qu'à ce moment précis que l'on comprend que la grand-mère est elle aussi décédée, les deux âmes en peine se retrouvent pour toujours et à jamais. Alors que durant plusieurs années, les studios Disney peinaient à émouvoir faute de projets taillés pour (il fallait au moins revenir à Lilo et Stitch, voire Le bossu de Notre DameThe little match girl se révèle être un sacré coup de grâce, pas aidé par la musique au combien tragique d'Alexander Borodin. Nous avons la preuve par deux fois que Fantasia ne s'est pas résumé à deux films, malgré que l'on pourrait presque parler de troisième film dans le cas évoqué. Si les financiers ont vite laissé tomber, les créatifs ont toujours prouvé que c'était possible. Avec l'apport de John Lasseter, il se peut qu'un nouveau Fantasia puisse voir le jour. Risqué mais à l'heure actuelle, Disney est couvert pour un petit moment (merci Marvel et Lucasfilm), quitte à se risquer à un petit succès d'estime. A la prochaine!


 

 * Pour voir le court-métrage : https://www.animmex.net/video/7429/walt-disney-short-films-lorenzo

07 septembre 2016

Seance gavée au super

Après quelques semaines d'absence, l'Antichambre de Borat fait son grand retour avec le plein de super. Je rappelle le principe comme toujours en début de chronique: trois films seront critiqués durant cette séance de manière plus brève, plus rapide mais tout aussi pertinente. Au programme: un Captain pas très charognard, des mutants en perdition et des tortues estivales. Ready? Go! (attention spoilers)


 

Civil war

On commence avec le dernier opus du Marvel Cinematic Universe. Captain America Civil War était d'autant plus attendu qu'il se base sur le fameux run initié par Mark Millar (2006-2007). Soit la rencontre fracassante entre le camp de Captain America contre la loi de recensement des super-héros et les pros-loi menés par Tony Stark. Finalement on est contraint de dire que l'on ronge son frein en regardant cette piètre adaptation.

Pas que le film soit mauvais, mais quand on prend pour titre Civil War, on s'attend à un peu mieux que l'énième blockbuster Marvel où l'on se met sur la tronche. Surtout on cherche souvent le rapport avec le run. En dehors de la loi qui passe très rapidement au second plan et les clans, pas grand chose en rapport.

A la rigueur on préféra ce Civil War à Age of Ultron (Joss Whedon, 2015), fort déjà d'un méchant de qualité et des héros face à leurs jugements. Zemo (Daniel Brühl) a utilisé un plan merveilleux permettant aux deux membres majeurs des Avengers de s'affronter. Une simple étincelle et tout explose.

Au final, même si on retrouve des caractéristiques propres aux films précédents du Captain (Bucky, sa volonté de protéger les citoyens et ce même contre leur volonté, l'homme du passé dans un présent qui ne lui correspond pas), on pense souvent plus à un Avengers 2.2. La raison vient notamment du grand nombre de héros présents ici, dont certains sont là pour annoncer leur présence dans le MCU. Il n'en reste pas moins que sur ce point, le film s'en sort plutôt bien.

Black Panther (Chadwick Boseman) s'offre des origines plutôt convaincantes, quand Spider-man (Tom Holland) fait oublier Andrew Garfield et le foutage de gueule The Amazing Spider-man (Marc Webb, 2012, 2014) en quelques minutes. Pas que le personnage a une présence monumentale mais le peu vu laisse augurer de bonnes choses pour son Homecoming l'été prochain.

Si l'action est souvent présente dans tout ce qu'il y a de plus sympathique (la baston à l'aéroport avec Giant Man en est la preuve), on s'attendait à un peu mieux qu'un bourre-pif basique des frères Russo. Ce qui le différencie d'un Batman v Superman (Zack Snyder, 2016) bien plus mythologique et donc puissant.


 

X Men Apocalypse

Dire que votre cher Borat attendait avec impatience le nouveau X Men tient de l'euphémisme. Pas que la déception fut très présente, mais quand on constate que X Men Apocalypse passe à côté du grand film de super-héros qu'il aurait pu être, cela reste un peu en travers de la gorge.

Days of Future Past (Bryan Singer, 2014) avait mis la barre haute, relançant la franchise en la faisant entrer dans une nouvelle timeline. Singer pouvait faire évoluer sa franchise vers des horizons différentes, sans avoir de compte à rendre à personne (pas étonnant qu'il a effacé progressivement des éléments visibles dans L'affrontement final et Wolverine). Ici, il le fait encore mais semble davantage dans la simplicité.

Les nouveaux personnages sont majoritairement déjà vus et Singer cherche avant tout à montrer ce qu'il n'a pas pu faire. Comme le passé criminel de Tornade (Alexandra Ship) ou les balbutiements du Phénix (Sophie Turner). Pour le dernier cas, c'est certainement le point le plus intéressant, Singer donnant la vision du personnage qu'il voulait développer pour son X Men 3. Une image destructrice attendant patiemment de sortir jusqu'à un final explosif.

Pour d'autres personnages c'est en revanche bien laborieux. Erik Lehnsherr (Michael Fassbender) n'avance pas, comme pour dire que le malheur ne cessera de lui tomber dessus. Sauf qu'ici cela commence à devenir un peu lourd. Psylocke (Olivia Munn) n'est malheureusement qu'un argument sexy quand Singer passe lui aussi à côté d'Archangel (Ben Hardy) en en faisant un personnage insipide.

Si Oscar Isaac n'est pas aussi mauvais qu'il a été dit depuis la sortie du film en Apocalypse, on peut regretter qu'il ne soit pas aussi important que la menace qu'il est réellement. Il n'est souvent qu'un personnage qui parle beaucoup et laisse ses cavaliers faire le gros du travail.

Si on s'amusera de la présence de Wolverine (Hugh Jackman) en Arme X, on peut toutefois se demander où est la logique là dedans. En étant conscient qu'il va rencontrer William Stryker (Josh Helman), pourquoi irait-il à nouveau tomber dans la gueule du loup?

On regrettera également une profusion de cgi numériques peu discrets, entraînant parfois des scènes pas forcément jolies. La différence du tour de force de ce que l'on peut désormais baptiser "le moment Quicksilver", bijou d'ingéniosité. En résultes, un opus divertissant mais en demi-teinte, le premier depuis au moins le pitoyable Wolverine (Gavin Hood, 2009).


 

tmnt 2

Pour terminer, évoquons le dernier opus des aventures des Tortues Ninja. Le reboot (Jonathan Liesbesman, 2014) n'était pas resté dans les mémoires et ce malgré un succès plutôt impressionnant (plus de 490 millions de dollars de recettes pour 125 investis). La faute à un script qui était surtout un remake déguisé des deux premiers films (Barron, 1990; Pressman, 1991), s'enfonçant dans un sérieux pénible. D'autant plus qu'il n'atteignait pas celui de la bande-dessinée se rapprochant des Daredevil de Frank Miller, notamment dans sa violence graphique.

Voyant que l'angle était à changer, Michael Bay produit un film beaucoup plus fun, jouant la carte du film estival et de la séquelle bigger and louder. Soit la formule qu'il avait utilisé sur Bad Boys 2 (2003) avec un sens de la destruction multiplié par dix sur l'échelle du kaboom.

Inutile de dire que Dave Green ne fait qu'un travail de tâcheron, au même titre que Liebesman sur le précédent film. Le sens du cadre (on perd une bonne partie des plans de traviole comme les lens flares), les explosions, le final avec les éléments dans le ciel (renvoyant directement à Transformers 3), certains plans douteux sur Megan Fox, l'humour lourd... Tout amène à Michael Bay et ce malgré qu'il ne dirige absolument rien. 

Un tare comme une gageure, le savoir-faire technique de Bay entraînant un manque de personnalité total de son réalisateur attitré. D'où un film totalement impersonnel répondant davantage à un cahier des charges.

Il n'en reste pas moins que ce TMNT Out of the shadows est bien plus amusant que son prédecesseur et on est content de revoir les Tortues dans un film au minimum divertissant, à la limite même du gros nanar de studio. Toujours cela de pris après tout dans un été cinématographique qui a eu du mal à se réveiller.

Si on aurait pu se passer de Shredder (Brian Tee) utilisé pour la quatrième fois en six films et d'un Krang pas totalement convainquant, on regrettera que Rocksteady et Bebop ne soient pas plus présents au regard du potentiel fou des personnages sur grand écran. Par contre, on évitera de parler longtemps de Casey Jones, véritable catastrophe en puissance que ce soit en tant que personnage ou d'acteur (Stephen Amell continue de jouer Green Arrow à la télé, vaut mieux en rester là). En résultes, un second opus complètement con mais assumant pleinement sa bêtise. 

A la prochaine!


03 septembre 2016

La génération Britney Spears découvre le springbreak

Spring Breakers : Affiche

genre: drame (interdit aux - 12 ans)
Année: 2012
Durée: 1h30

l'histoire: Pour financer leur Spring Break, quatre filles aussi fauchées que sexy décident de braquer un fast-food. Et ce n’est que le début… Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d’enfer, elles se retrouvent devant le juge, mais contre toute attente leur caution est payée par Alien, un malfrat local qui les prend sous son aile.

La critique d'Alice In Oliver:

Avant Spring Breakers, sorti en 2012, le réalisateur, Harmony Korine, avait déjà fait parlé de lui via des films étranges, chocs et sans concession. C'est par exemple le cas de Gummo, réalisé en 1997. Toutefois, c'est vraiment avec Spring Breakers que le cinéaste va se faire connaître, créer le buzz et provoquer la polémique. En effet, Spring Breakers fut présenté en compétition à la Mostra de Venise.
Au niveau de la distribution, ce drame américain réunit James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson, Rachel Korine et Heather Morris.

 

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Certes, au moment de sa sortie, Spring Breakers n'a écopé que d'une interdiction aux moins de 12 ans. Pourtant, le film aurait largement mérité une interdiction aux moins de 16 ans. Non pas que le long-métrage soit particulièrement gore et/ou sanglant, mais il s'agit d'une vision sans concession sur un nouveau phénomène aux Etats-Unis, le spring break.
Aussi est-il nécessaire de rappeler les grandes lignes du scénario. Attention, SPOILERS ! Quatre jeunes filles, Candy, Faith, Brit et Cotty, sont amies depuis la maternelle.

Spring Breakers : Photo Ashley Benson, Rachel Korine, Selena Gomez, Vanessa Hudgens

Lassées de leur vie monotone d'étudiantes à l'université, elles décident d'aller en Floride pour participer au spring break annuel et découvrir de nouveaux horizons. N'ayant pas d'argent, trois d'entre elles braquent un fast-food pour récolter la somme suffisante à leur séjour. 
Peu après leur arrivée, leur joie est interrompue à la suite de leur arrestation par la police lors d'une fête où était consommée de la cocaïne. Les quatre amies se retrouvent en garde à vue; par chance, un rappeur et trafiquant de drogue excentrique du coin connu sous le nom d'Alien paie leur caution et les prend sous son aile.

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Les filles le suivent, et la descente aux enfers commence. Pour elles, rien ne sera plus jamais comme avant. Vous l'avez donc compris: le spring break est une sorte de rite américain qui consiste à réunir plusieurs étudiants pour une semaine de sexe, de drogue et de rock'n'roll (enfin là, le rock est remplacé par le rap). Lors de ces réunions étudiantes, tous les excès sont permis et autorisés jusque la débauche la plus totale. Spring Breakers suit donc la descente aux enfers de quatre jeunes femmes prêtes à tout pour participer au prochain spring break.
Ce qui va les conduire à commettre l'irréparable et à sombrer dans la déchéance la plus totale.
 

Spring Breakers : Photo Ashley Benson, Rachel Korine, Selena Gomez, Vanessa Hudgens

Techniquement parlant, Harmony Korine filme l'épopée de ces quatre héroïnes comme un clip de rap et de R'n'B, le but étant de mettre en scène des parties de débauche à base d'alcool, de cocktails, de couleurs, de drogues, de sexe et d'en mettre plein la vue à tout le monde.
Certes, présenté comme cela, Spring Breakers ressemble à un film festif. Pourtant, la fête cède vite à la tragédie et à la vision sans concession d'une jeunesse en manque totale de repères. Le cinéma d'Harmony Korine n'est pas sans rappeler celui de Gus Van Sant mais surtout celui de Larry Clark.

SPRINGBREAKERS

A ce sujet, rappelons que Harmony Korine reste le scénariste de Kids (du même Larry Clark). Clairement, le cinéaste joue la carte du cliché et de la caricature via l'histoire de quatre bimbos adolescentes, sorties tout droit d'une agence pour top model.

Attention à ne pas regarder Spring Breakers au premier degré, donc comme un clip avec des jolies filles et des mecs bodybuildés et tatoués ! Derrière ce côté festif et déluré, se cache une critique acerbe de l'Amérique d'aujourd'hui. La middle class américaine en prend pour son grade: perte de valeur et d'idéologie, la défaite de l'éducation et une société de consommation uniquement basée sur l'apparence et l'excès sont les thématiques essentielles de ce drame finalement très contemporain. Un film choc en tout cas qui mérite largement le débat et la polémique.


La critique de Borat

Aux USA, il existe un phénomène que beaucoup de français essayent d'investir depuis plusieurs années. Instauré à partir de 1936 par nos chers amerloques (toujours de grands inventeurs), le Springbreak ("vacances de printemps" pour les intimes) a commencé à exploser dans les 60's. Ce qui a conduit à une débandade de plus en plus spectaculaire, déluge de débauche alimentant les numéros d'Enquêtes exclusives avec Nanard de La Villardière paradant sur les plages de Cancun. Les films s'en inspirent aussi désormais comme Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010), 22 Jump Street (Lord, Miller, 2014) et bien évidemment Springbreakers. Ce film de 2012 a peu à peu gagné une aura de film culte, bien aidé par un casting alignant les stars teens (Selena Gomez et Vanessa Hudgens viennent de l'écurie Disney, Ashley Benson est une des actrices principales de la série Pretty Little Liars) et l'impayable James Franco devenu une star de la scène indépendante américaine. D'autant plus que le chef opérateur Benoît Debie a gagné en réputation depuis ce film, ses anciens travaux étant plus valorisés qu'autrefois. Le réalisateur Harmony Korine était déjà connu comme scénariste de Kids et Ken Park (Larry Clark, 1995, 2002) et était passé à la réalisation avec le remarqué Gummo (1997). Springbreakers est en soi son film le plus populaire. A l'occasion de sa diffusion sur Arte en juillet dernier, votre cher Borat s'était dit qu'il allait enfin voir ce fameux "film générationnel", celle de Britney Spears dixit Slate. Là aussi où votre cher Borat semble prendre un méchant coup de vieux tant ce "film générationnel" lui passe au dessus de la tête, et ce malgré la comète Britney lui ayant bien explosé la figure au début des 2000's.

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Springbreakers appartient parfaitement à ce type de film dépassé par leur sujet. (attention spoilers) Korine dévoile quatre filles (les trois précitées et Rachel Korine, "femme de") braquant un diner. Le but? Aller au sacro-saint Springbreak tel qu'on le connaît: de l'alcool qui rentre dans la gorge autant qu'il coule à flot; des torses nus aussi bien masculins que féminins et des bikinis que Korine et Debie filment avec attention. Le but? Montrer la dépravation de ce type de manifestation bordélique en jouant le jeu de tourner durant l'événement. Le résultat? Quelque chose de vulgaire, qui lasse rapidement, devenant progressivement un spot de publicité pour l'événement (alors qu'il veut surement faire le contraire). A force de ne pas juger directement l'événement, ni ses personnages, Korine ne parvient pas à le faire comprendre au spectateur de manière pertinente. C'est bien tout le problème de Springbreakers : dénoncer sans jamais être clair et avancer péniblement au cours de ses 1h32 de métrage. Preuve en est, Korine a une méchante tendance à remontrer sans cesse divers plans, histoire de combler les blancs de plus en plus présents au fil du film. Quitte à ce que cela n'ait plus aucun sens, les plans en question n'ayant rien à voir avec l'intrigue mise en place au moment de leur nouvelle intégration. Pire encore quand le réalisateur insiste sur les départs successifs de ses héroïnes. Celui de Selena Gomez, la plus fragile du groupe, devient une épreuve à force de la voir chouiner sans cesse durant cinq bonnes minutes. 

Spring Breakers : Photo Ashley Benson, James Franco, Rachel Korine, Vanessa Hudgens

Même topo pour Rachel Korine. Tout cela passerait d'autant plus si les héroïnes étaient intéressantes et / ou sympathiques. Or, on a souvent l'impression qu'elles sont envoyées au charbon. Pire encore, elles ne passionnent pas et fatiguent très rapidement le spectateur. Les actrices auront beau faire ce qu'elles peuvent, elles ne pourront pas sauver les meubles avec des personnages aussi creux. Ce sont des filles paumées essayant de sortir de leur quotidien misérable en faisant quelque chose de plus grand et qui leur semble inaccessible. Tout cela est bien beau sur le papier, mais cela est particulièrement ennuyeux et les personnages sont si mal écrits que l'on se désintéresse d'elles. Pour preuve le personnage de Selena Gomez. Il n'est pas étonnant que la première du groupe à partir soit la plus prude. Korine va même plus loin en appelant le personnage Faith, soit "foi" dans la langue de Molière. Il ne manque plus qu'elle soit une adepte de l'église le dimanche... Korine ne s'est pas fait prier, il l'a fait. On a vite l'impression également que les dialogues sont improvisés tant ils sont horriblement mal écrits. Un gamin de douze ans serait capable de faire mieux que ces tirades métaphysiques balancées sans aucune cohérence. Evidemment, le pire n'est pas encore atteint, car finalement le Springbreak ne représente qu'un tiers du film, tout le reste concerne le personnage d'Alien (Franco). Au final, la manifestation dénoncée ne tient même pas sur une demi-heure de film montre en main, au point d'évoquer un possible gâchis.

Korine part ensuite dans le film de gangsters de pacotille, avec un James Franco faisant une très mauvaise imitation de Gary Oldman dans True Romance (Tony Scott, 1993), des jumeaux jamais exploités et un parrain du crime à l'importance tenant du néant. Ils ne sont là que pour montrer que les filles finissent par évoluer tels des enfants perdues, acceptant le vide de leur existence, si possible en liquidant leur mentor. Encore une fois, si cela est pertinent sur le papier, ce n'est pas le cas à l'écran. La réalisation n'a rien d'innovante, ni de grandiose. Si Debie fait un travail de lumière de qualité (les plans nocturnes sont parmi les rares grands moments du film), le reste de la mise en scène (les placements de caméra comme le cadrage) est terriblement banal, présentant toutes les tares du cinéma indépendant américain actuel. Un côté poseur, une tendance à se regarder filmer, quitte à rendre le tout artificiel. Pour comparer, Lost River (Ryan Gosling, 2014) qu'a filmé Debie donnait beaucoup plus de belles images donnant lieu à des moments poétiques. On cherche encore cela dans Springbreakers, y compris dans la séquence Everytime. On commence par reprendre la chanson de Spears, avant de mettre l'originale au bout du premier refrain. A quoi bon faire une reprise pour l'évincer au bout d'une minute trente? Ce serait sans compter sur l'hilarité générale de la scène, avec Franco se prenant pour Stevie Wonder, avant de pointer son flingue devant la caméra avec une tête de déglingué de la cafetière indigne d'un slow. La faute de goût de trop. Pour montrer une jeunesse perdue et qui s'ennuie, on privilégiera davantage Les lois de l'attraction roman comme film (Easton Ellis, 1988; Avary, 2002). Plus crade peut être, mais bien plus pertinent. (fin des spoilers)

Springbreakers fatigue rapidement et impose le sentiment de beaucoup de bruit pour rien. 


Spring Breakers (2012) - Bande Annonce... par Eklecty-City

31 août 2016

Cuvée Hakuna Matata en toute sécurité

Après une semaine d'absence, la Cave de Borat revient pour votre plus grand plaisir (ou pas, au vue de la profusion de trolls polluant la partie "commentaires" ces derniers temps). Amatrice de tout et de rien, la Cave de Borat a déjà abordé des séries et notamment animées, que ce soit les reliques de l'enfance de son géniteur ou des séries plus récentes et tout aussi croustillantes. Puis il arrive de tomber sur la perle rare, le haut de gamme de la curiosité, le panard du surréaliste... en zappant. Les joies de la nuit font parfois que l'on titille la télécommande, pas forcément parce qu'on s'ennuie mais parce qu'on recherche quelque chose pour nous tenir éveiller. De la plus grosse connerie à l'intéressant (souvent quand vous tombez sur la divine Arte), la télévision est un vivier à n'importe quoi. Tout cela pour en venir au week-end dernier où votre cher Borat s'est retrouvé dans la maison de Mickey, ses merveilles, ses attractions, ses explosions nocturnes, ses parades et sa vie dans un palace. Avec un de ses amis, l'impitoyable Borat s'est mis à zapper, constatant progressivement que toutes les chaînes n'avaient pas de son (là où l'on se dit que la TNT en Lorraine n'est pas si mal) et qu'en plus la seule chaîne qui diffusait les jeux olympiques ce soir-là ne fonctionnait pas du tout (Borat grand supporter de salon). Disneyland étant ce qu'il est, la télévision diffuse plusieurs chaînes Disney et parmi elle une drôle d'initiative. 

Timon et Pumba

Vous connaissez tous Timon la mangouste et son fidèle phacochère Pumbaa, les deux sidekicks délirants du Roi Lion (Minkoff, Allers, 1994). Après avoir eu leur série animée entre 1995 et 1999 et un film entièrement consacré à leur rencontre (Le Roi Lion 3 de Bradley Raymond, 2004), les studios Disney ont décidé de réunir à nouveau nos deux larrons pour... une série éducative! Vous vous demandez donc comment votre cher Borat et son ami ont fini par tomber dessus. Il se trouve que le canal 2 chez Disneyland est entièrement dédié à cette série de seulement neuf épisodes nommé Wild about safety produit entre 2008 et 2012. Pas sûr que tous ont été doublé, mais ces courts-métrages ont le mérite de rester longtemps en mémoire. Les voix de l'internet n'étant pas impénétrables, votre cher Borat vous a trouvé quelques extraits pas piqué des hannetons de cette série délirante. Ils ne sont malheureusement pas en français, le rare extrait trouvé étant filmé à travers une télévision. Voulant la qualité pour la qualité, autant passer à la VO. Il faut bien dire que les conseils de Timon et Pumbaa sont un vrai moment de rigolade et notamment dans son doublage français exécuté par Michel Elias et Jean-Philippe Puymartin, doubleurs du duo depuis leurs débuts. Indéniablement, ce qui fait tenir devant ces épisodes souvent délirants de cette série éducative (rappelons-le, car il n'y a pas de but narratif comme dans la série d'autrefois) c'est son duo.

Timon et Pumba se cachent

"Je crois qu'on s'est fait repéré par Borat, Timon. -Mais non il croit toujours que c'est la savane. -Je ne crois pas..."

Tout repose sur eux et encore heureux, car sans l'attachement que l'on peut avoir pour ces personnages, cela en deviendrait aussi ridicule (quoique) qu'agaçant. Pour cela il est de bon ton de faire une description du contenu des épisodes. Le scénariste Douglas Segal prend un sujet donné: les dangers de la maison, dans l'eau, du feu, d'internet, les transports ou encore l'écologie. Des bonnes valeurs pour nos bambins qui ne demandent que Timon et Pumbaa pour leur faire prendre conscience qu'il faut tout prévoir pour "être en toute sécurité" (slogan qui revient continuellement durant les épisodes). Timon sert toujours de cobaye et Pumbaa prêche la bonne parole, arguant des conseils aussi mémorables que désopilants. Par exemple dans Safety Smart: In the Water! (2009), Pumbaa évoque subtilement le fait que si vous ne mettez pas de crème solaire en plein cagnard, vous allez passer un bon moment de solitude: "si tu veux jouer au soleil, fais attention à ne pas finir rouge vermeil !" Devant une telle candeur, on se bidonne sous sourcilier. On sera bien peu convaincu aussi des conseils de Pumbaa concernant internet, constituant à dire qu'il faut se méfier des pseudos ou visuels de certaines personnes ou à supprimer des mots de passe, ce qui en vient à en refaire d'autres encore et encore. Puis au vue du public visé, on aurait bien du mal à ne pas voir toute forme de contrôle parental se pointer au cours de l'épisode.

Timon et Pumba dansent

 

"Essayons de meubler comme on peut Pumbaa entre deux paragraphes!"

Puis désolé ami Pumbaa, quand tu veux participer à un concours sur le net (ou même ailleurs), tu es obligé de passer par tes coordonnées et pour le faire en toute sécurité l'effectuer avec tes parents si tu es un petit loulou. On s'amusera également beaucoup de l'épisode Safety Smart: At home! (2008) montrant des câbles électriques sous des tapis, où Pumbaa nous dévoile des fils écrasés voire complètement foutus! Sans compter que nos héros nous démontrent souvent des éléments tenant du bon sens comme si c'était nouveau, à l'image de cette montagne de multi-prises. Sauf que parfois on a bien besoin de multi-prises pour gagner de la place et par la même occasion éviter de mettre de prises de courant partout. Idem dans In the Water où il faudrait être quand même un peu stupide pour plonger là où on a pied, quitte à se payer le sol (même si cela arrive plus qu'on ne le croit). Histoire d'en rajouter une bonne couche, nous avons droit à un résumé merveilleux en musique pour terminer l'épisode. Ce qui vaut parfois des chansons tenant du nawak le plus total, et pour cause, certaines traductions sont tellement foireuses qu'il n'y a pas de rime. Nos doubleurs doivent meubler pour essayer de trouver quelque chose de ressemblant, tout en essayant d'être un minimum cohérent (ce qui devient vite une épreuve). Pour ce qui est de l'animation, elle peut s'avérer particulièrement variante, mais dans l'ensemble c'est plutôt pas terrible.

hakuna matata

Le duo est animé globalement de manière assez grossière (surtout Pumbaa), certains plans sont issus des différents films ce qui revient à du pur recyclage, d'autres ont des décors quasiment vides n'attendant que les personnages pour avoir un peu de vie... On voit que cette série éducative a été faites en comité restreint, seulement vouée à être diffusé sur le net ou dans les parcs Disney. Pour dire, même la série animée a mieux vieilli malgré ses vingt ans d'âge. Votre cher Borat n'est clairement pas le public visé de cette série (difficile de le nier), mais il vaut mieux rire de Wild About Safety que la prendre au sérieux. Les plus drôles des découvertes se font parfois en appuyant sur un bouton. Allez à la prochaine!

25 août 2016

See you space cowboy

En 2071, Spike Spiegel et Jet Black sont deux chasseurs de prime voyageant à bord du Bebop. La criminalité ayant augmentée depuis que les Hommes sont partis de la Terre, les primes augmentent toujours plus...

Cowboy-Bebop-Header

On évoque souvent les séries télévisées lives comme majeures, on oublie parfois que les séries animées ont tout autant à dire. On pourrait citer Les Simpson (1989-) ou South Park (1997-), mais en général on retient surtout l'influence des séries animées japonaises. S'imposant dans le quotidien des jeunes français depuis la fin des 70's via des émissions comme Récré A2 (1978-1988) ou le Club Dorothée (1987-1997), les séries japonaises ont fini par exploser (au grand désarroi de Ségolène Royal), alimentant largement le téléchargement et les ventes vidéos dorénavant. Outre les émissions suscitées, la chaîne Canal + s'est beaucoup intéressé à l'animation japonaise des 80's aux 2000's, que ce soit en diffusant des films d'Hayao Miyazaki en salles (Porco Rosso et Mon voisin Totoro notamment), mais aussi des séries. Parmi elles se trouvait Cowboy Bebop (1998). A la différence de beaucoup de séries diffusées à la même époque, il s'agit d'une série originale, ne se basant donc sur aucun manga. Un pari risqué d'autant que la genèse de la série est particulière. Si vous regardez bien le générique, il n'est jamais fait mention du studio Bones. Même si ce n'était pas le cas à cette époque, la plupart des gens ayant travaillé sur Cowboy Bebop ont fondé Bones par la suite, minimisant la part de Sunrise dans l'entreprise. Pour cause, le studio misait à cette époque sur une série type Gundam qui finalement n'a pas trouvé son public. De même, la série a eu du mal à être diffusée.

asteroid_blues

Des épisodes furent d'abord montrés dans le désordre sur la célèbre chaîne TV Tokyo, avant de finir intégralement sur WOWOW durant l'année 1998, et rediffusée sur Animax où elle gagne en popularité. D'où parfois des épisodes moins importants que d'autres dans la chronologie ou une impression que l'arc narratif global avance peu. En France, elle débarquera au cours de l'été 2000 sur Canal + et aux USA dans la célèbre émission nocturne Adult Swim (devenue aujourd'hui une chaîne de télévision à part entière) dès 2001. Un film animé sera réalisé en 2001 et sera distribué dans nos contrées en octobre 2003 par Sony. Suite à la sortie du coffret DVD de Dybex en 2007, la série a gagné d'autant plus en réputation, s'imposant comme un joyau de l'animation souvent cité au même titre que des long-métrages. Une adaptation live américaine a longtemps été évoqué avec Keanu Reeves, mais jamais rien ne s'est fait. Il faut dire qu'après le ratage de Dragon Ball Evolution (James Wong, 2009), la Fox n'a certainement pas voulu continuer dans cette voie. La série se déroule en sessions (d'où les vinyles du coffret de Dybex), certains titres faisant directement référence à des films ou chansons. Au hasard: Sympathy for the devil (session 6), Toys in the attic (session 11), Black dog serenade (session 16), Speak like a child (session 18), Pierrot le fou (session 20) ou le film nommé Knockin' on heaven's door. De même, la bande-originale dans son ensemble est un pur bijou de jazz signé Yoko Kanno et comme pour continuer dans l'influence américaine, la plupart des chansons sont interprétées en anglais. 

Ballad of fallen angels

N'ayons pas peur de le dire, la série est particulièrement influencée par les USA que ce soit dans sa musique ou dans son univers. Bien que les personnages ont les fameux yeux carrés chers au style japonais, le style de la réalisation renvoit davantage aux USA et à ses stéréotypes. Une manière comme une autre de trouver un public à l'étranger, mais aussi de montrer l'héritage du cinéma américain sur la culture nippone. En soi, Cowboy Bebop est un véritable maelstrom, alignant buddy movie, fantastique, science-fiction, histoire de yakuzas ou encore film noir. Beaucoup se seraient plantés avec un mélange aussi éclectique et pourtant Schinichiro Watanabe maîtrise tous les codes des genres évoqués, citant même plusieurs films en particuliers. (attention spoilers) Dans Toys in the attic, la trilogie Alien (Scott, Cameron, Fincher, 1979-1992) est constamment cité. Tout d'abord par sa créature (en fait du homard avarié ayant muté!) se déplaçant en plan subjectif, tout comme le xénomorphe dans Alien 3 ou plus généralement, on peut aussi évoquer le requin de Jaws (Steven Spielberg, 1975). De même, comme Ripley dans le film original, Spike Spiegel se retrouve rapidement seul pour lutter contre la créature au sein du Bebop. Le climax se trouve même identique à celui d'Aliens, puisque le chasseur de prime en vient à virer la bestiole par le vide ordure direction l'Espace! Le premier épisode Asteroid blues n'est pas sans rappeler Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 1967), avec son duo de criminels fuyant les autorités et finissant exécutés en pleine poursuite.

sympathy for the devil

Jamming with Edward (session 9) montre une intelligence artificielle sujette aux émotions et symbolisé par un néon rouge, ce qui fait directement penser au célèbre HAL 9000 de 2001 (Stanley Kubrick, 1968). Toutefois, là où HAL tue pour installer sa suprémacie, notre satellite fait des figures sur une Terre quasiment abandonnée car il s'ennuie. Une parfaite anti-thèse. Les terroristes de Gateway shuffle (session 4) ne sont pas non plus sans rappeler les pirates du Château dans le ciel (Hayao Miyazaki, 1986), eux aussi très attachés à leur mère. Outre son méchant qui ne veut pas vieillir (pensée au Tambour de Volker Schlöndorff), Sympathy for the devil cite encore James Cameron à travers ce personnage sortant des flammes après l'explosion de son véhicule. De là à voir un hommage à Terminator (1984), il n'y a qu'un pas. Outre les références à des films et aux genres, Cowboy Bebop a une véritable identité lui permettant de naviguer entre tout ces genres sans jamais s'égarer. A cause d'un rythme de diffusion pour le moins chaotique, la série s'est rapidement tenue à des épisodes mythologiques et des stand-alone. En général, certains de ces derniers sont moins bons car moins importants. Ganymede Elegy (session 11) permet de découvrir un peu du passé de Jet Black (et son ancienne compagne), mais on préféra davantage Black dog serenade revenant sur le moment où Jet a perdu son bras gauche.

Toys in the attic

En cause, des passages en noir et blanc dignes de films noirs, aspect que l'on peut rattacher aux flashbacks de Spike servant d'introduction à la série. Mushroom samba (session 17) n'avance pas à grand chose si ce n'est quelques gags avec le personnage d'Ed. Wild horses (session 19) est l'occasion de rappeler la conquête de l'Espace, bien loin des années 2070 et confronter nos héros d'aujourd'hui aux vestiges du passé. Cowboy funk (session 22) est l'occasion d'une pure comédie avec un cowboy plus vrai que nature en pleine quête identitaire et se frottant à Spike. Ce qui donnera lieu à un duel délirant symbolisé par la destruction du toit d'un immeuble. Le terroriste à arrêter? Rien à faire! Le duel sera idéologique entre le cowboy d'aujourd'hui (les chasseurs de prime sont appelés ainsi) et celui d'autrefois. L'occasion à nouveau pour Watanabe de citer le cinéma américain et ses fiers cowboys (et aussi se payer les films de samouraïs par la même occasion). Un épisode qui permet aussi de compenser la dureté des épisodes diffusés peu avant ou qui vont suivre. Pierrot le fou est quant à lui peut être l'épisode le plus violent de la série, avec le final The real falk blues (sessions 25 et 26) et le film. Ce dernier aurait pu servir de conclusion supplémentaire, mais cela n'aurait eu strictement aucune logique au vue du final. Faire une histoire se déroulant peu avant paraissait plus logique, permettant de garder le plus de personnages historiques. 

cowboy funk

Y compris les petits vieux, le chef indien ou les présentateurs de l'émission Big shots (représentés par un cowboy de couleur et une cowgirl blonde et décolleté ouvert !). Ce qui en fait peut être un simple épisode de deux heures, mais un épisode fun, où Watanabe peut expérimenter bien plus dans sa mise en scène et se montrer plus ambitieux. On remarque d'ailleurs que comme dans ces épisodes (et en général ceux avec Vicious), Spike est en position d'échec, se faisant attaquer violemment avant de réussir à battre son adversaire, parfois de peu. Pierrot le fou est l'occasion de montrer un homme conditionné par des scientifiques et devenant un véritable psychopathe quasi-indestructible. Un aspect que l'on retrouvera dans le film avec le personnage de Vincent. Ce dernier tout comme Gren dans Jupiter jazz (sessions 12 et 13) a survécu à la guerre sur Titan, auquel a participé également Vicious l'antagoniste de Spike. Une guerre évoquée avant tout du point de vue des vétérans, devenus des tueurs ou des êtres génétiquement modifiés. On s'amusera également des épisodes Gateway shuffle et Brain scratch (session 23), deux épisodes particulièrement lié à la société d'aujourd'hui. Le premier aborde les dérives de l'activisme écologique (Greenpeace est à peine visé), prêt à tout pour imposer leur loi quitte à devenir des terroristes pires que ceux qu'ils dénoncent. On peut aussi noter que le macguffin ne sera pas révélé, laissant les causes de la chasse à la prime mystérieuse. 

Brain_scratch

Le second s'attaque au sujet des sectes avec Brain scratch, une nouvelle secte qui connecte les esprits à un casque pour conserver l'aura de la personne même morte. Inutile de dire que son fondateur n'est autre qu'un hacker ayant réussi à expulser son esprit de son corps malade. L'occasion d'aborder l'emprise psychologique que peut avoir ce type d'organisation (que ce soit par des télévisions ou des capteurs), tout en abordant également leur emprise médiatique. Ainsi, l'introduction de l'épisode est assez amusante puisqu'il montre les chaînes télévisées racontant toutes la même chose au fil du zappage de l'ami Spike. Toutes reviennent au même: promouvoir la secte ou évoquer ses dangers. En parler en revient à lui donner de l'importance et à l'imposer dans le quotidien. La mythologie de la série, quant à elle, se développe selon deux points de vue. Si Jet et Ed ont leurs histoires propres, l'accent est davantage donné à Spike et Faye Valentine. Spike est dévoilé assez rapidement comme un ancien membre de Red Dragons, clan de yakuzas auquel il était associé à Vicious avant de vouloir raccroché. Durant la plupart des épisodes, les deux hommes s'affrontent jusqu'au grand final, signe de point de non-retour. Spike avait sa Julia, il n'a désormais plus rien à perdre quitte à partir du Bebop. Faye essayera bien de l'empêcher de partir (montrant peut être des sentiments amoureux refoulés), rien n'y fera.Quasiment synchrone avec l'air célèbre du générique de fin, le soldat Spiegel dégommera un par un, étage par étage les ennemis sur son chemin. 

The real folk blues 2

On pense autant au jeu-vidéo consistant à aller de niveau en niveau, avant de s'attaquer au boss de fin; qu'aux célèbres films de John Woo The Killer (1989) et Hard Boiled (1992), remplis de gunfights saignants comme d'une répartition en niveau (final dans l'église dans le premier, final dans l'hôpital dans le second). L'aspect yakuza est également bien représenté avec ses guerres internes et les gros bonnets tombant un par un de la manière la plus crade, Vicious ne faisant pas dans la dentelle. Sans compter l'utilisation du Jeet Kune Do, art-martial de Bruce Lee, permettant souvent des combats impressionnants et précis. Le final est en soi un monumental crève-coeur, terminant la série sur une vraie fin et laissant tomber toute sorte de fin ouverte. Spike partira tel le Samouraï incarné par Alain Delon sous un faiseau lumineux. Sa mission est finie, il peut partir vers les étoiles... Quant à Faye Valentine, on nous la présente souvent comme une pin-up agaçante et attirant les ennuis, mais c'est un être plus complexe qu'il n'y paraît. C'est avant tout une jeune femme malheureuse cherchant un but à sa vie, au contraire de retrouver sa mémoire. Elle est un fantôme errant dans l'Espace avec des dettes impossibles à rembourser, manipulée depuis qu"elle est réveillée" et définitivement seule. Si elle reste auprès du Bebop, c'est avant tout car c'est sa seule famille. C'est aussi pour cela qu'elle ne veut pas que Spike part voué à une mort certaine. Watanabe introduit même le found footage ("vidéo retrouvée" initialement) avec Speak like a child avec la vidéo de Faye adolescente et retrouvée par Spike et Jet. On était encore loin du boom engendré par Le projet Blair Witch (Sanchez, Myrick, 1999). Faye est en soi un personnage terriblement mélancolique et beau, se cachant derrière un air de femme fatale pour éviter de montrer sa fragilité. Ce qui en fait un personnage féminin majeur de la science-fiction. (fin des spoilers)

The_real_folk_blues

Cowboy Bebop est un parfait maelstrom de différents genres, alignant les personnages attachants et une réalisation du tonnerre.


Article initialement publié le 9 septembre 2010.

17 août 2016

Le Spartiate contre le Phénix

demolition man

genre: science fiction, action
année: 1993
durée: 1h55

l'histoire: En voulant arrêter en 1996 Simon Phoenix, le sergent John Spartan se rend coupable d'un homicide et est condamné à l'hibernation, tout comme Phoenix. Ce dernier s'évade en 2032 et se révèle totalement incontrôlable. Seule chance de l'arrêter: ressusciter Spartan.

la critique d'Alice In Oliver:

Certes, au milieu des années 90, la carrière de Sylvester Stallone est toujours sur le déclin. L'acteur hésite encore entre les comédies et les films d'action bêtes et bourrins. Indéniablement, Demolition Man, réalisé par Marco Brambilla en 1994, appartient à la seconde catégorie.
Pourtant, Demolition Man n'est pas forcément si stupide qu'il n'y paraît.

Le scénario est plutôt intéressant. Dans la première partie du film, donc, en 1996, un policier, John Spartan (Sylvester Stallone) et un criminel sadique, Simon Phoenix (Wesley Snipes), s'affrontent dans une époque violente et sans merci. Suite à une bavure, John Spartan est condamné à l'hibernation.
Même chose pour Phoenix.

Demolition Man : Photo Sylvester Stallone

Bien des années plus tard, en 2032, la société a bien changé. La violence a été éradiquée. Les individus déviants et indésirables ont été chassés et vivent désormais dans les bas fonds de la ville.
C'est la seconde partie de Demolition Man. Sorti de sa période d'hibernation, Phoenix échappe aux policiers et sème la panique dans la ville.

Un seul homme peut l'arrêter: John Spartan. Lui aussi est ramené à la vie. A partir de ces différents éléments, Marco Brambilla signe une série B d'action fun et décomplexée, qui ne cesse de jouer sur les décalages temporels.
En 2032, la société américaine est devenue ultra puritaine. Désormais, la moindre grossièreté est relevée et réprimandée.
On ne se torche plus avec du PQ mais avec des coquillages.

Demolition Man : Photo

Pour Marco Brambilla, c'est une façon comme une autre de dénoncer une société bien-pensante, moralisatrice et intolérante.
Certes, Spartan est de retour pour stopper les activités criminelles de Phoenix, mais il va aussi éveiller la conscience révolutionnaire de quelques militants revendicatifs. Encore une fois, le propos du film est intéressant.

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Paradoxalement, il est également victime de ses deux vedettes principales, qui viennent sans cesse rappeler qu'elles ne sont pas ici pour réfléchir, mais pour se foutre sur la tronche.
Niveau action, Demolition Man délivre largement la marchandise. Sylvester Stallone et Wesley Snipes cabotinent.
Finalement, les deux acteurs semblent beaucoup s'amuser dans ce nanar sympathique, l'ensemble ne manquant pas d'humour ni d'autodérision. Malheureusement, Marco Brambilla n'est pas John McTiernan ni Paul Verhoeven et passe à côté de sa satire des Etats-Unis.


La critique de Borat

L'année 1993 a été témoin d'un choc des titans par films interposés. Qui plus est deux films jouant avec l'aura de leur star respective. Deux action men qui ont sorti les 80's de l'ennui par des films aussi punchy qu'explosifs. A la gauche de votre cher Borat, Arnold Schwarzenegger dit Schwarzy ou Arnie. A sa droite, Sylvester Stallone aka Sly ou l'Etalon Italien. Cette année-là, les deux acteurs décident de jouer dans des films semi-parodiques: Last action hero de John McTiernan et Demolition Man de Marco Brambilla. Les deux ont d'ailleurs une vanne associant l'autre acteur. Ainsi dans le premier, Stallone est le Terminator et dans le second, Arnie est devenu président des Etats-Unis suite à un nouvel amendement ! Toutefois, c'est l'interprète de Rocky Balboa qui gagnera son duel, le film de McT se plantant au box-office face à Jurassic Park de Steven Spielberg. Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui les deux films sont tout aussi cultes, leurs intérêts ayant encore augmenté avec le marché vidéo et les rediffusions. Au delà de jouer avec l'image de nos stars, ils n'ont finalement pas grand chose à voir entre eux. Last action hero met en scène Schwarzy en tant que personnage de cinéma ne savant pas qu'il en est un. Demolition Man est avant tout un film d'anticipation, où Stallone est le policier John Spartan face au psychopathe Simon Phoenix incarné par Wesley Snipes.L'acteur amateur de bastons n'était pas encore le chasseur de vampires que l'on connaît et commence à se faire une réputation par Passager 57 (Kevin Hooks, 1992) ou New Jack City (Mario van Peebles, 1991).

dem-man-sex

Le mettre en face d'une star déjà établie est une prime merveilleuse où il faut être à la hauteur. Là où Stallone tire beaucoup, Snipes tatanne dans un style bien plus sérieux et brutal que la castagne de son aîné. C'est aussi ça la richesse de cet affrontement: deux styles différents qui se combattent pour le plaisir du spectateur. On peut parler de jeu du chat et de la souris entre deux époques différentes. (attention spoilers) En 1996, Spartan réussit à coffrer Phoenix. Malheureusement, celui que l'on appelle Demolition Man n'a pu voir que les otages étaient encore dans l'immeuble et se voit condamner comme son rival criminel à la prison cryogénisée. Revoilà les deux briscards du XXème siècle en 2032, le criminel toujours avec ses capacités, l'autre toujours potentiel policier mais avec des dons pour la couture ! Il se trouve que la cryogénisation entraîne une sorte de lavage de cerveau, notamment en injectant des notions liées à la génétique de l'individu. Demolition Man nous dévoile un monde étrange, utopie devenant de plus en plus improbable à mesure que l'on avance dans le film. Le spectateur est à l'image de Stallone et Snipes: il découvre le monde de 2032 en même temps qu'eux, en ayant les informations au compte-gouttes. Les règles de San Angeles (les deux villes ayant été réunies suite à un tremblement de terre) sont certainement ce qui fait le sel du film, le scénario dévoilant progressivement cet univers avec un maximum de détails devenant terriblement possibles dans notre monde contemporain. 

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On observe ainsi une tendance au politiquement correct, un aspect dystopique sous ses abords bienveillants. Certes, il n'y a plus de violence dans les rues, mais ce pacifisme est contredit par le contrôle des naissances, de la nourriture, de la conduite en voiture (pilotage automatique sur rail), du langage (une insulte, une amende) et du sexe (plus de fluide corporel car c'est sale, vive la réalité virtuelle !). Rien de bien méchant dit comme cela, mais les libertés individuelles en prennent un sacré coup avec un conditionnement pareil. D'autant plus quand il paraît normal pour ses habitants quelques peu aveugles des intentions de leurs dirigeants. Evidemment, tout cela serait trop beau si ce conditionnement ne se faisait pas dans le sang des résistants (Denis Leary en tête, lui qui jouera des capitalistes cyniques et jubilatoires par la suite). Le monde de Demolition Man est donc loin d'être aussi mignon qu'il ne veut le paraître. Jusqu'au rachat de Taco Bell / Pizza Hut (cela dépend des pays où le film est sorti) de tous les restaurants des USA dans une guerre délirante pour la propriété des restaurants du pays. La viande n'est pas bonne pour la santé, mais rien ne vaut une bonne pizza ou un gouleyant taco sortant d'une multinationale pleine aux as ! Y compris ne garder de la musique que de vulgaires spots de publicité dont tous les gens de notre époque veulent oublier (imaginez l'ami Ricoré en boucle à la radio). Sous ses abords de divertissement burné digne de son producteur Joel Silver, Demolition Man est loin d'être stupide et propose une lecture amusante d'un futur pas si innocent qu'il n'en a l'air.

Comme Last Action Hero, Demolition Man est aussi un film PG-13 et ce malgré un beau lot de morts dès son introduction. Comme le McT, Brambilla s'en amuse en ne faisant pas d'effusion de sang et en montrant davantage le héros et son antagoniste se battrent au corps à corps plutôt que de se tirer dessus violemment. Cela conforte aussi avec un monde où la violence revient en même temps que le retour des deux personnages à la vie réelle. Le PG-13 est ludique puisque le film en joue et au final ce ne sont pas des giclés de sang qui auraient changé grand chose. La réussite du film tient également dans ses répliques notamment en version française. Voici un petit florilège de répliques bien senties:

  • Le docteur Cocteau (Nigel Hawthorne) s'échangeant quelques joyeusetés: "Soyez heureux! 
  • Soyez enculé!"
  • Sandra Bullock s'appropriant les expressions d'autrefois: "On va lui faire la pipe à ce mec!
    -La peau! On va lui faire la peau à ce mec!"

  • Ou encore: "Chef! Vous savez quoi? Vous me cassez les coudes, compris?
  • Vous avez dit les coudes? Casser les coudes?
  • Ouais.
  • C'est presque ça!"
  • Wesley Snipes en pleine prose: "Tu te rappelle des trente passagers du bus que t'as fait crâmer en voulant me coincer?! Ils étaient déjà morts! Aussi froids qu'une glace Häagen Dazs!"
  • Wesley toujours: "Juste avec mon petit doigt, je vais te coincer le cul dans la friteuse!"

Finalement on tient peut être le rôle le plus jouissif de Stallone, l'acteur semblant bien se marrer à jouer l'action man dans un monde qui ne lui convient pas. Un peu comme pour évoquer que son passage à la comédie n'était pas approprié. L'acteur reprendra le look de Spartan pour le personnage Barney Ross qu'il tient dans les Expendables (Stallone, West, Hugues, 2011-2014). Snipes se révèle être un antagoniste en or, parfait dans son cabotinage extrême. Sandra Bullock se révèle amusante, sorte d'entre-deux dans son temps accumulant les lapsus (elle est nostalgique d'un temps qu'elle ne connaît pas). Sans compter le reste de la figuration alignant les têtes connues (Roy Schneider, Benjamin Bratt, Bob Gunton, Glenn Shadix, Bill Cobbs...). On s'amusera également de la bande-originale de qualité d'Elliot Goldenthal, dont le thème a par la suite été utilisé plus d'une fois dans des bandes-annonces (Men In Black notamment).

Un film d'action à tendance anticipation aussi divertissante qu'intelligente. 

12 août 2016

Séance de pur divertissement

L'antichambre de Borat est de retour pour vous jouer un mauvais tour (en ces temps de folie pokémonienne, rien de mal à se faire plaisir). Pour ceux qui l'auraient déjà oublier (six séances désormais): trois films, trois critiques plus courtes, mais toujours gourmandes et croquantes. Au programme: le seigneur de la jungle, Roald Dahl par le roi de l'entertainment et un film révolutionnaire. Ready? Go! (attention spoilers)


 

tarzanAprès le film en motion capture (Reinhard Klooss, 2013), le Seigneur de la jungle revient sous la direction de David Yates (les derniers Harry Potter). Une commande de la Warner qui s'est éternisé sur de nombreuses années, entraînant de multiples changements de casting. Un tournage commencé en fin 2014-début 2015, avec certainement moult reshoots, un réalisateur se désintéressant progressivement de son film pour un autre (Les animaux fantastiques), balancé en plein été alors qu'il aurait dû sortir avant, une promotion ratée... The legend of Tarzan a toutefois trouvé son public, s'imposant comme un petit succès d'estime malgré les retours négatifs.

Pourtant le film n'est pas le navet annoncé. Sans être excellent, ni dénué de défauts, il s'avère un divertissement tout ce qu'il y a de plus acceptable. Son principal problème vient de ses effets-spéciaux numériques. Il y a trop de plans sentant le fond vert, trop de doublures numériques et des animaux mal animés à l'heure du photo- réalisme ultra-poussé (voir les derniers opus de La Planète des singes).

Le film n'apporte rien non plus à la mythologie du personnage. Il ne s'agit pas d'une origin story, mais le réalisateur ne peut s'empêcher d'y revenir par des flashbacks finalement peu utiles. D'autant plus quand les événements sont relatés par les personnages bien avant. 

Il se dégage en revanche un ton de pur film d'aventure, loin des délires pyrotechniques estivaux. Pour preuve, la contextualisation (Tarzan revient au Congo alors que les Belges traitent en esclaves les autochtones et pillent les ressources naturelles) est vraiment bien amenée et permet une base historique solide au film. 

Si Alexander Skarsgaard manque sérieusement de charisme, il peut compter sur l'appui de second-rôles réussis pour avancer dans son périple. A commencer par Jane Porter campée par Margot Robbie. Si le personnage n'est pas forcément actif, il n'est pas forcément une demoiselle en détresse qui braille tout le temps comme dans le film Disney (Lima, Buck, 1999). De même, Samuel Jackson est un excellent acolyte, permettant même un peu d'humour au film. Par contre, il serait grand temps d'arrêter de donner toujours le même rôle à Christoph Waltz. Si l'on aura oublié le film d'ici là, Tarzan est loin de démériter dans un été pour le moins maigre.


le bgg

Votre cher Borat évoquait il y a quelques séances Bridge of spies (2015), passons désormais au cru 2016 de Steven Spielberg, Le Bon Gros Géant. Bien la preuve qu'il ne faut pas écouter les avis cannois (souvent l'occasion de dézingages gratuits et violents car "c'est Cannes"), il ne s'agit pas de la daube annoncée par la presse (notamment Mad Movies qui l'a bouffé tout cru).

Contre toute-attente, Spielby revient au film enchanteur, celui qu'il exploite depuis au moins ET (1982), également scénarisé par feu Melissa Mathison. L'esprit de Roald Dahl est bel et bien là, Spielby et Mathison utilisant un certain lot de thèmes récurrents de l'auteur en se les appropriant. L'orphelin trouvant une figure tutélaire (comme Matilda, Charlie ou James), la maturité bien trop rapide des enfants (on peut ainsi rapprocher Sophie des enfants d'ET) ou le fantastique s'immissant dans un cadre réaliste (Sophie traverse l'Angleterre actuelle avec le géant) en font parties. Le voyage est d'autant plus charmant que le duo Sophie-Géant est pour le moins adorable, bien aidé par leurs interprètes respectifs (Ruby Bunhill et Mark Rylance).

A cela, Spielby ajoute un sens de la technique toujours aussi spectaculaire, passant du film historique à suspense à un conte faisant rêver petits et grands. A l'image des scènes à l'arbre à rêves (véritable émerveillement), preuve que Janusz Kaminski peut aussi s'occuper d'univers fort colorés et magiques. De même, le réalisateur se voit bien aidé de son expérience sur Tintin (2011) pour signer des plans plus longs, comme dans la scène de cache-cache. Spielby utilise au maximum ses différents décors pour mieux exploiter leur scénographie.

On peut également rajouter une performance capture de qualité, particulièrement sur Rylance. On notera quelques fautes de goût (des instants pétomanes un peu lourds et un dénouement peut être un peu rapide), mais ce serait bien peu pour parler de film raté. Même moins grandiose (on préféra Bridge of spies), Spielby s'impose toujours comme le roi de l'entertainment. Surtout, ce blockbuster laisse augurer du bon pour le très ambitieux Ready Player One qu'il tourne actuellement.


tron mondo

Fut une époque où Disney osait miser sur des productions ambitieuses en les promouvant de manière digne (soit ce qui n'est pas arrivé pour John Carter et Tomorrowland). Un temps loin des rachats de grosses firmes et où le studio s'essayait à la science-fiction. On pense au Trou noir (Gary Nelson, 1979) et surtout à Tron (Steven Lisberger, 1982). 

Echec commercial à sa sortie, Tron est devenu un film culte salué pour ses images de synthèse révolutionnaires et ayant engendré une suite (Joseph Kosinski, 2011) qui n'a pas réussi à créer une nouvelle franchise. Sa suite a beau avoir de plus beaux cgi (et ce malgré quelques fautes de goût), elle n'a pas le capital sympathie de son aîné. Le film a évidemment pris de l'âge, victime des progrès techniques qu'il a engendré. On peut également dire que l'ordinateur centrale est particulièrement laid. 

En revanche, il en gagne du point de vue de l'écriture. Lisberger livre un univers froid et violent, où la moindre erreur entraîne la chute du personnage. Que ce soit par des duels de freesbees modernes ou des courses de pods stressantes. Ce qui était impressionnant autrefois ne l'est peut être plus maintenant, en revanche l'effet est bien là. 

Idem pour le discours du film loin d'être gentillet. Il n'est pas étonnant que le héros soit un programmateur déchu. Lisberger met en avant la créativité face à un patron (David Warner) bousillant son jeu, en installant des programmes destructeurs tel un ordinateur de plus en plus avide de pouvoir. Ou quand l'intelligence artificiel prend le dessus sur l'homme qui l'a créé. La créativité face au commerce vicieux: on ne pouvait pas faire plus subversif chez Disney et pourtant c'est le cas.

C'est aussi ce qui la diffère de sa suite: cette dernière n'a aucun oeil critique, là où son aîné interroge le spectateur sur l'intérêt pour lui de garder son âme, tout en étant un bon divertissement. D'autant plus quand le programmateur est incarné par le fantastique Jeff Bridges. 

Au final, Tron n'est peut être pas un film parfait, mais son message est fort et sa représentation d'un monde virtuel n'a rien de vulgaire, ni de ridicule, là où d'autres films plus récents se planteront. Le jeu-vidéo n'en était qu'à ses balbutiements et pourtant Tron est probablement une des meilleures représentations de ce support. Définitivement révolutionnaire. 

A la prochaine!

10 août 2016

Cuvée gravée dans la peau

Après les aventures d'Ethan Hunt et du double-zéro l'an dernier, la Cave de Borat va s'intéresser à une autre franchise marquante du cinéma d'espionnage. On aurait pu évoquer les missions du fameux Harry Palmer (Michael Caine pour les intimes), mais restons aux Etats-Unis avec Jason Bourne. Créé en 1980 par Robert Ludlum, le personnage avait déjà été adapté en 1988 pour la télévision, avec Richard Chamberlain dans le rôle de Bourne. De même, Jean Van Hamme n'a jamais caché s'être inspirer de La mémoire dans la peau pour la bande-dessinée XIII (1984-). Jugez plutôt: un tueur, qui plus est soupçonné d'avoir tué le président des Etats-Unis, se retrouve sur une plage totalement amnésique. Cette cuvée va ainsi revenir sur la trilogie et le spin-off servant de quatrième opus, à l'occasion de la sortie de Jason Bourne de Paul Greengrass. Ready? Go! (attention spoilers)

  • La mémoire dans la peau (2002) : L'espionnage a un nouveau nom

La Mémoire dans la peau : Affiche

L'air de rien, il faut revenir à Jack Ryan pour trouver une franchise 100% américaine de films d'espionnage. Trois opus à l'époque (deux autres se rajouteront en 2002 et 2014), dont on ne retient en général qu'A la poursuite d'Octobre Rouge (John McTiernan, 1990). Puis il y a eu les deux premiers Mission impossible (Brian de Palma, John Woo, 1996, 2000), la trilogie parodique Austin Powers (Jay Roach, 1997-2002) et l'adaptation de la série Drôle de dames (McG, 2000) dont on évitera de parler, tout comme les premiers opus de Spy kids (Robert Rodriguez, 2000, 2002). Le genre reste prioritairement anglais avec l'impitoyable James Bond qui régne de mains de maître sur le genre, même si on notera un beau lot de casseroles (dont pas mal venant de la période Roger Moore). Puis vint le seigneur Bourne, Jason Bourne. 007 n'est pas encore parti en vacances prolongées que Bourne se prépare sous l'impulsion du producteur Frank Marshall, collaborateur notable de Steven Spielberg. Cela ne s'est pas fait sans difficulté, le réalisateur Doug Liman venant du milieu indépendant et Universal n'étant pas d'accord sur bien des points. Comme on peut le penser, Universal voulait certainement plus d'action. Si le film en a, il mise davantage sur l'infiltration. Une chose que James Bond avait perdu, tout comme Ethan Hunt sous la direction de John Woo, au profit de scènes d'action toujours plus acadabrantesques dans les deux cas.

Bourne la nuit 

A cela se rajoute des réécritures dues au studio allant jusqu'à déplacer la sortie du film de septembre 2001 à juin 2002 aux USA. Dans cette optique, le film a dû passer par des reshoots pour des scènes alternatives, histoire que les événements soient antérieurs à 2001 et donc aux attentats du World Trade Center. Il n'en sera finalement rien, le montage initial ayant passé les projections-test sans encombre. Le début et la fin alternatives sont toutefois disponibles sur le DVD (et probablement le BR) pour une "version longue explosive" (ah les arguments marketings...). Pour réduire les coûts, Universal songeait également à tourner à Montréal plutôt que Paris, ce qu'a refusé Doug Liman avec raison, voulant avant tout être authentique. Heureusement, tant l'atmosphère de La mémoire dans la peau (The Bourne Identity) est européenne et on reconnaît facilement la ville, là où un tournage à Montréal aurait certainement été bien différent. Le film n'est pas un succès retentissant, mais la critique le promulgue avec attention. En France, l'accueil est plus mitigé avec un peu plus de 700 000 entrées, faute d'une sortie en septembre, synonyme de moins d'attente et donc de moins de spectateurs dans les salles. Pourtant, le film est aussi bien accueilli par la presse et gagne en réputation chez les spectateurs au fil des rediffusions télévisées. Un succès qui permet à Matt Damon de s'imposer définitivement dans le paysage hollywoodien et de montrer qu'il peut être un leading-man solide.

Chris cooper

Le scénariste Tony Gilroy et Liman vont dans une direction opposée aux derniers James Bond: anti-spectaculaire et surtout un personnage qui n'est pas forcément attachant (et ce même si Bond a des tendances machistes certaines). Mieux encore, le personnage est amnésique et tout le long des trois premiers opus, il cherche ses origines. Chaque opus sera l'occasion d'explorer une phase de son passé, à chaque fois un événement antérieur au précédent. Ici il s'agira de l'événement qui l'a rendu amnésique. Là où le scénario est habile est dans le fait que le spectateur est aussi vierge que Bourne. Même si le début aligne les montages alternés entre Bourne et le bureau de la CIA que dirige Alexander Conklin (Chris Cooper), le spectateur n'a jamais une réelle longueur d'avance, ne savant pas forcément dans quoi il est embarqué. Il avance comme Bourne dans les souvenirs de ce dernier, au point d'en devenir un témoin privilégié. Au fur et à mesure du film, on remarque aussi un aspect schizophrénique qui continuera à être exploité dans les volets suivants. Outre les multiples identités, Bourne a de plus en plus peur de l'homme qu'il était autrefois. Même s'il a toutes ses capacités (habileté au combat au corps à corps, au maniement des armes, langues...), il n'est plus l'homme qu'il était autrefois, l'espion indestructible de la CIA. Le personnage se remet constamment en question, y compris dans la gravité de ses actes.

bourne et marie

Sauf que la CIA voit toujours en lui l'agent dévastateur qui en sait beaucoup trop, dont il faut maquiller les faits et le liquider au plus vite pour éviter les fuites. La quête identitaire est donc aussi importante que la chasse à l'homme, sans que l'un n'empiète sur l'autre. D'où l'utilisation évidente du montage alterné. Le seul repère humain de Bourne est Marie (Franka Potente), personnage naïf mais plus attachant que Bourne, lui permettant de garder les idées claires et de ne pas rester seul dans sa quête. Un sidekick plus que bienvenu dans un univers froid, vestige d'un autre temps. Celui de la Guerre Froide, ce temps soi-disant révolu alors que la CIA est encore bien implantée en Europe. Bourne a été conditionné dès les 80's autour du monde. La politique de Bush Jr n'est pas encore au centre de l'intrigue, le film ayant été tourné avant le 11 septembre 2001 (si l'on ne compte pas les reshoots effectués après). Cet aspect sera mieux mis en valeur dans les volets suivants. Toutefois, la CIA n'est jamais montrée sous un beau jour, s'attaquant à des hommes politiques qui ne leur conviennent pas et en faisant le ménage en temps voulu. C'est ce qui se passe avec Nykwana Wombosi (Adewale Akinnuoye Agbaje). Bourne devait s'en charger, c'est finalement le tueur incarné par Clive Owen qui finira le travail, car Bourne a manqué de sang froid. Il n'a pas voulu le tuer devant son enfant.

Bourne fusil

Le fait que la CIA soit aussi critiquée avait fait tiquer le studio, essayant de tout faire pour noyer le poisson, en vain. Même si cet aspect n'aura de réponse que dans le spin-off, on peut voir que le conditionnement de Bourne et ses camarades vient peut être des cachets, ce qui entraîne des effets secondaires comme les maux de tête. Il se peut donc que les tueurs de Treadstone soient ainsi à cause des médicaments. Pour ce qui est des scènes d'action, elles sont radicalement opposées à celles des films de Greengrass, notamment dans les combats. Plus de plans d'ensemble, pas de caméra portée ou si peu. Certains diront tant mieux. On notera également l'excellent gunfight final ou la poursuite dans Paris. Sans compter le merveilleux duel à distance à la ferme, véritable climax avant l'heure.

  • La mort dans la peau / La vengeance dans la peau (2004, 2007) : Un dyptique inattendu

affiche mort 

Malgré le fait que la saga Bourne fut particulièrement prolifique en littérature (douze romans à ce jour, dont trois de Ludlum), il n'y avait pas de plan de suite évoqué par la production, ni même par Matt Damon. Le succès de La mémoire dans la peau a grandement aidé et le producteur Frank Marshall envisage l'idée d'une suite en prenant pour pitch l'enlèvement de Marie, devenue la campagne de Bourne. Doug Liman fut écarté assez rapidement suite à ses mauvaises relations avec le studio sur le premier film, laissant la place à Paul Greengrass (Bloody sunday). Le réalisateur et Damon s'entendent comme larrons en foire, si bien que la star en viendra à bichonner son réalisateur sur les trois films qu'ils feront ensemble. Greengrass devient aussi une caution visuelle sur la saga, quitte à déstabiliser les non-amateurs de shaky-cam. La caméra portée est avant tout utilisée pour plus de réalisme, être au plus près de l'action. A la différence de beaucoup de films qui réutiliseront cette technique par la suite, cela permet plus de dynamisme dans l'action et s'avère suffisamment lisible pour que ce ne soit pas un problème. Un style qui sera plus ou moins repris pour le nouveau Bond incarné par Daniel Craig, tout comme l'aspect infiltration et notamment dans des bains de foule (légions chez Greengrass aussi bien dans celui-ci que dans le film suivant). Ce qui est synonyme également de caméras au plus près des acteurs, notamment lors de la poursuite délirante dans les rues de Moscou, aussi bien à pied qu'en voiture.

mort marie

Cette dernière n'a rien à voir avec celle de Paris présente dans le premier film. Dans celle-ci Bourne avait le dessus, ici il est déjà amoché et essaye avant tout de survivre à la police et à son assaillant (Karl Urban). De même, pour l'affrontement entre Bourne et le tueur joué par Marton Csokas, bien moins statique et plus percutant que le combat dans l'appartement du premier film. Même la photographie d'Oliver Wood est radicalement changée par rapport au film de Liman (qu'il a shooté également), passant à un aspect jaunâtre particulièrement froid. A l'image des villes de Berlin et Moscou à l'esthétique encore fort influencée par ce qu'il reste de la Guerre Froide. Le récit lui-même est baigné dedans, Bourne devant faire face à la première mission de sa carrière. Une mission où il a tué un couple dont le mari était politique. Vladimir Neski était contre la privatisation pétrôlière, entraînant sa mort commanditée par Treastone et un industriel russe Gretkov (Karel Roden). Les mêmes qui font relancer l'affaire en voulant liquider des cibles liées, dont Bourne. Pour notre ancien espion, l'objectif est double: tout d'abord se venger de ceux qui ont tué Marie, puis découvrir cette partie de sa vie qui lui manque. Marie était son seul rapport à l'humanité qui lui restait, une fois qu'elle n'est plus là, il n'a plus rien qui peut l'empêcher de redevenir l'armoire à glace qu'il était. Bourne n'est plus le tueur qu'il était autrefois, mais il est obligé de le redevenir pour survivre à ceux qui le traque.

LANDY

Pamela Landy, une femme de poigne envers et contre tous.

Pour concorder avec cela, il va voir la fille de Neski (Oksana Akinchina) pour s'excuser. Plus que le complot autour de lui qui se manifeste à Berlin comme à Moscou, son but est d'aller voir la petite pour lui dire que sa mère n'a pas tué son père, comme évoqué depuis tant d'années. Le Bourne d'autrefois ne l'aurait jamais fait, concordant avec l'humanité qu'il a retrouvé suite à son amnésie. Greengrass et Gilroy introduisent également le personnage de Pamela Landy (Joan Allen), agent de la CIA traquant elle-aussi Bourne involontairement (initialement elle était à Berlin pour un marché autour d'informations confidentielles) et constatant progressivement que sa hiérarchie lui ment ou n'est pas très fiable. Treadstone est peut être morte, son héritage est toujours là que ce soit ses dirigeants tirant toujours les ficelles (la preuve avec Ward Abbott, cherchant à tout prix à tuer Bourne pour maquiller ses fautes) ou ses tueurs toujours actifs au cas où. Le 11/09 est passé, mais la CIA est toujours dévoilée sous l'oeil du complot et des magouilles. Landy est un personnage intéressant car il est seul contre tous face à ses supérieurs cherchant à tout moment à appuyer sur le siège éjectable. Quant à Bourne, il est le coupable idéal: il a tué les Neski, il a déserté durant deux ans, certains y voient son grand retour, son nouveau coup d'éclat. Boucler la boucle. La fin de La mort dans la peau est énigmatique, montrant un Jason Bourne de retour aux USA, avec sa véritable identité en poche (David Webb). Il n'en faudra pas plus pour lancer un nouvel opus, fort du succès de La mort dans la peau (plus de 288 millions de dollars engrangés). 

poursuit mort

Même en France, le film dépasse le million d'entrées sur une période similaire à son aîné. Preuve que La mémoire dans la peau a gagné en réputation et que ce second volet a su pérénniser la franchise avec brio. Pourtant les choses se dégradent en coulisses. Il semblerait que Tony Gilroy soit trop gourmand au vue de sa production globale d'écriture. Si son cachet augmente, son script est tellement mauvais selon Matt Damon que les scénaristes Scott Z Burns et George Nolfi, qui étaient vraisemblablement déjà intervenu sur le précédent opus, sont appelés pour réécrire (*). Même si les deux films ont été produit séparément, La mort dans la peau et La vengeance dans la peau (The Bourne Ultimatum) sont liés dans leurs scénarios, le troisième opus se déroulant entre les deux scènes finales du second opus, avant de lui donner suite dans ses derniers instants. Certainement une première dans le genre, qui sera reprise de manière opportuniste dans le volet suivant. Le montage est d'ailleurs assez habile, permettant au spectateur de se retrouver, même si on lui demandera d'avoir vu les deux premiers films avant. La vengeance dans la peau s'impose également comme une véritable conclusion, le périple de Bourne pour retrouver sa mémoire touchant à sa fin. Nous connaissons désormais le nom exacte de Bourne, reste à savoir comment il est arrivé à devenir un tueur. 

Nicki

Nicky, un personnage gagnant en importance au fil de la trilogie.

Les flashbacks montrent qu'il a été volontaire pour la mission, mais l'examen tient à l'exécution d'un homme. Une vulgaire cible qu'il a tué par épuisement et non par réelle envie. D'autres ne résisteront pas autant. L'examen ne tient que sur la fatigue du candidat que l'on tortura autant que celui qu'il doit exécuter, que ce soit en l'empêchant de dormir ou en le passant sous l'eau. Des tortures que l'on retrouvera lors des années Bush Jr en Irak ou à Guantanamo. Les secrets de la mémoire de Bourne sont ici moins importants que ce qu'ils symbolisent. On pensait Abbott crapuleux, il a pourtant de beaux concurrents avec Noah Vosen (David Strathairn) et Ezra Kramer (Scott Glenn). Les secrets d'affaires liées à Bourne doivent être éradiqués? Un assassin se chargera de faire taire les sources. Que ce soit un agent de la CIA à l'origine du conditionnement de Bourne, comme d'un journaliste trop curieux. Landy va trop loin dans ses recherches? Elle sera surveillée tout particulièrement, quitte à foncer tête baissée dans un piège. Sur ces deux points, le script de La vengeance dans la peau sous-entend déjà ce que dénoncera Edward Snowden en 2013, à savoir la mise sous surveillance de civils ciblés par la CIA de manière abusive. Comme quoi, la réalité dépasse parfois la fiction de manière fracassante. 

Bourne gif

La vision de la CIA à propos de Bourne est désormais plus que claire: il sait désormais trop de choses et il faut l'éradiquer. D'où un final particulièrement halletant où Greengrass fait de New York un terrain de chat et de la souris avec cascades délirantes à la clé. Cascades folles que l'on retrouve également lors du passage à Tanger. Preuve en est ce suspense lors de la poursuite du tueur lancé aux trousses de Bourne et Nicky (Julia Stiles), valant un plongeon incroyable avant une baston violente dans les toilettes. Nicky est un personnage clé depuis le premier volet, servant d'abord d'intermédiaire basé à Paris, puis témoin donnant des renseignements à Bourne. Désormais, elle sera son acolyte (d'autant plus qu'elle est désormais la cible de la CIA au même titre que Bourne) et mieux encore, on apprend qu'ils étaient en couple autrefois, d'où un certain attachement envers lui. De même, Bourne la protégera tout le long, évitant à Nicky une mort certaine. Greengrass répète la scène entre Bourne et la fille Neski, avec cette fois-ci le frère de Marie (Daniel Brühl). La séquence est quasiment similaire, alignant les champs-contrechamps, le héros déjà assis laissant entrer son interlocuteur, mais une réplique a un double sens. Bourne dit qu'il a tué Marie. Le frère a certainement compris que Bourne ne l'a pas assassiné, sinon il ne serait pas venu le voir.

end

 

En revanche, cela sous-entend bien que si Bourne ne l'avait pas connu, elle serait encore vivante à l'heure actuelle. Des remords qui sont une fois de plus la preuve de l'humanité retrouvée de Bourne. De même, avec le final où il jettera les armes face à son adversaire avant un dernier coup de théâtre. Greengrass prend son temps pour le final, revenant au montage alterné. En même temps que nous voyons Bourne inconscient dans l'eau, les magouilles de la CIA finissent aux informations. Quand la chanson Extreme ways (Moby, 2002), ritournelle plus qu'efficace de la trilogie Bourne depuis le premier opus, se fait entendre, on sait que l'espoir est sauf. Il faudra toutefois attendre cette année pour revoir Matt Damon reprendre son rôle phare.

  • The Bourne Legacy (2012) : Un spin-off inutile

Jason Bourne : l'héritage : Affiche

La vengeance dans la peau est un succès fracassant, doublant les résultats de La mort dans la peau dans ses recettes totales (plus de 400 millions de dollars). Il n'est pas étonnant qu'un quatrième volet est annoncé par le studio. Mais plus les années passent, plus les négociations se déroulent mal, Matt Damon voulant à tout prix Paul Greengrass aux commandes. Le réalisateur part, Damon aussi, préférant se lancer dans Green Zone (2010). Un quatrième opus est toutefois toujours d'actualité pour devenir progressivement un spin-off. Aux commandes, Tony Gilroy le scénariste principal de la franchise. Au vue des déclarations de Damon, l'annonce du réalisateur n'est pas rassurante et cela se confirmera avec ce film. D'ailleurs le public ne s'y est pas trompé, boudant majoritairement ce quatrième opus officiel que tout le monde a probablement déjà oublié. D'autant plus que ce spin-off a coûté plus cher que La vengeance dans la peau (15 millions de plus, soit 125 millions au total) et a moins bien marché (plus de 276 millions, soit moins que La mort dans la peau), l'atout charme n'étant plus là. D'où le retour de Bourne cette année avec la poule aux oeufs revenant au bercail et l'enterrement définitif d'Aaron Cross. Soit Jeremy Renner l'acteur qui s'installe dans toutes les franchises sans réussir à s'y imposer. Souvenez vous à l'époque où l'on disait Tom Cruise foutu et que Paramount avait imposé Renner dans le quatrième Mission Impossible (Brad Bird, 2012) pour servir de possible nouveau leading-man. Jamais arrivé. Comme c'est à nouveau le cas ici.

Jason Bourne : l'héritage : photo Jeremy Renner

Pas que l'acteur soit réellement mauvais. Il fait le job, savate le plus de bonhommes à la vitesse de l'éclair, fait de la moto avec une balle dans l'épaule, combat un loup en cgi... Le problème vient plutôt du personnage. Il est totalement inintéressant, ne parvient jamais à passionner et en plus s'avère n'être qu'une armoire à glace sans consistance. On ne sait pas qui il est, ni comment il est venu à devenir un agent de la CIA et progressivement le spectateur se rend compte qu'il s'en fout. Or, le film dure quand même plus de deux heures et suivre un personnage dont le spectateur se désintéresse complètement peut s'avérer bien pénible. D'autant que cet opus ne semble avoir aucune identité. Il s'avère que The Bourne Legacy reprend le même principe que La vengeance dans la peau: se retrouver entre deux séquences de La mort dans la peau pour ensuite prendre sa propre route. Sauf que les événements de The Bourne Legacy sont quasiment identiques au film de Greengrass. Dans les deux cas, la CIA engage un bonhomme pour faire le ménage (Vosen dans le premier / Eric Bayer dans le second), piloté par un haut ponte dans une section parallèle (Scott Glenn autrefois / Stacy Keach désormais) et se retrouve face à un problème qui les dépasse. Cross donc, un des tueurs non-totalement conditionné et un des rares à n'avoir pas eu à prendre de cachets meurtriers. 

Ce point est probablement le seul d'intéressant dans ce film. Les médicaments sont donc bien une preuve du conditionnement des tueurs comme on pouvait le penser dans La mémoire dans la peau. On le voit par le personnage de Zelijko Ivanek qui tue tous ses collègues dans la société pharmaceutique qui fabrique ces médicaments. Le concepteur devenant trop gênant à cause d'une vidéo, la CIA ne prend pas de risque. Comme les tueurs sont des personnages pouvant poser problème pour la suite, alors on leur change leurs cachets pour les tuer discrètement. Dans un bus, sur un bateau, dans la rue. Personne n'y fera réellement attention et vu le nombre d'identités des bonhommes, cela restera anonyme. C'est bien tout pour ce film servant avant tout de véhicule à des scènes bourrines en tous genres, dont une poursuite à moto sur les trottoirs de Manille qui semble déjà vue et se finissant d'une manière ridicule (voir vidéo ci-dessus). Un final que vous regardez en boucle pour voir à quel point c'est mal fait (et donc horriblement drôle au vue du budget). Terminons cette cuvée en musique en vous disant à la semaine prochaine!


* Voir http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema-21452

08 août 2016

Respirer ! Respirer ! Respirer !

 

 

Pontypool

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h30

 

Synopsis : Pontypool, Ontario. Grant Mazzy, autrefois grande star de la radio nationale, se dirige, comme chaque matin à la station radio de la ville, situé dans le sous-sol de l'église. Il y rejoint Sydney et Laurel, les standardistes. Mais en plein milieu de la matinée, des émeutes font rages dans la région : un terrible virus vient d'être relâché. L'équipe n'a pas le choix : rester dans le sous-sol et informer les populations. 

 

La critique d'Alice In Oliver :

 

Le petit univers des zombies ou un genre moribond depuis trop longtemps maintenant. Certes, La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968) va sonner le toxin de macchabées en pleine insubordination contre notre société anomique. Par la suite, ce sont de nombreux zombies qui pullulent sur nos écrans. Romero réitère avec Zombie (1978) et Le Jour des Morts-Vivants (1985).
Peter Jackson parodie le petit monde des zombies avec Braindead (1992), une série B (voire Z) qui brille surtout par son extravagance. Toutefois, nos chers cadavres ambulants et claudicants peinent réellement à se renouveler. Il faudra attendre les sorties de Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004) et Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer, 2009) pour voir les zombies ameuter à nouveau les spectateurs dans les salles.

Hormis quelques notables exceptions, force est de constater que les morts-vivants ne parviennent plus vraiment à capter notre attention sur grand écran. Qu'à cela ne tienne. Avec Pontypool, sorti discrètement en 2008, le réalisateur canadien, Bruce McDonald, a bien l'intention d'inverser cette tendance. Certes, le cinéaste s'est essentiellement spécialisé dans les séries télévisées.
On lui doit néanmoins quelques longs-métrages méconnus du grand public, notamment Hard Core Logo (1996), Picture Claire (2001) ou encore The Tracey Fragments (2007). En l'occurrence, Pontypool semble provenir de nulle part. A priori, le long-métrage s'apparente à une modeste série B qui doit composer avec un budget impécunieux. Rien ne semble prédestiner Pontypool à marquer durablement les esprits.

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Et pourtant... Avec ce film (à priori) sans envergure, Bruce McDonald parvient à ressusciter les zombies d'outre-tombe. Oui, vous avez bien lu. Pontypool s'impose bel et bien comme l'une des nouvelles références en matière de macchabées à l'allure méphitique. Si le long-métrage reste, encore aujourd'hui, largement méconnu du grand public et même des amateurs de zombies ; il a, à l'inverse, recueilli des critiques unanimement panégyriques. 
Au niveau de la distribution, pas grand-chose à signaler si ce n'est la présence de Stephen McHattie, un acteur canadien qui peut s'appuyer sur une filmographie dense et exhaustive. Viennent également s'ajouter Lisa Houle, Georgina Reilly, Harant Alianak et Rick Roberts. Indiscutablement, la grande force de Pontypool repose sur son scénario perspicace.

Attention, SPOILERS ! Pontypool, Ontario. Grant Mazzy, autrefois grande star de la radio nationale, se dirige, comme chaque matin à la station radio de la ville, situé dans le sous-sol de l'église. Il y rejoint Sydney et Laurel, les standardistes. Mais en plein milieu de la matinée, des émeutes font rages dans la région : un terrible virus vient d'être relâché. L'équipe n'a pas le choix : rester dans le sous-sol et informer les populations. Le scénario de Pontypool s'inspire largement d'une émission à la radio présentée par Orson Welles. Goguenard, le futur génie et réalisateur de Citizen Kane (1946) et de La Soif du Mal (1958) sème un vent de panique dans la population américaine. 
Mutin, Orson Welles reprend la trame scénaristique du roman La Guerre des Mondes (H.G. Wells), avec des soucoupes volantes extraterrestres qui exterminent la population.

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Ce qui devait être une blague se transmute rapidement en émeutes dans plusieurs communautés américaines. Ce petit incident interroge néanmoins le jeune homme et les médias de l'époque sur la diffusion de l'information. Une thématique qui va devenir le socle et le substrat de Pontypool. Pour ceux et celles qui attendent un film de zombies avec de grosses effusions sanguinaires, du gore et des morts-vivants qui fourmillent à l'écran, merci de quitter leur siège et d'aller faire un petit tour.
Avant tout, Pontypool s'apparente à un thriller horrifique et à un huis clos anxiogène. Pour le spectateur aguerri, il faudra se contenter d'un simple studio de radio pour seul fond de décor. Seuls trois personnages relatent des faits et des témoignages qui semblent provenir de nulle part... ou presque !

En effet, la petite ville de Pontypool est sujette à une attaque d'un nouveau type. Malicieux, Bruce McDonald s'ébaudit de cette situation rocambolesque et dissémine volontairement quelques informations élusives. Dès lors, ces mêmes informations sont relatées au conditionnel. En effet, il semblerait que des émeutes aient éclaté dans Pontypool, semant le chaos et le désordre dans la communauté. 
Des êtres humains se seraient soudainement transformés en fous furieux hystériques et cannibalisant leurs victimes ! Pis, un virus serait à l'origine de cette nouvelle forme de contamination. Mais ce virus ne se transmettrait pas par une simple morsure ou par aéorportée... Fin de l'utilisation du conditionnel... La contamination est pour le moins orginale et semble provenir de notre propre débit langagier, le virus se nourrissant de nos propres failles et de notre propre psyché. 

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Dès lors, la tension et la paranoïa montent crescendo. Autrement dit, le virus s'immisce dans nos moyens de communication et plus largement dans cette fonction primitive de l'être humain, à savoir sa capacité à entendre et à comprendre les mots qui lui sont assénés. Bruce McDonald complexifie volontairement son récit et parvient à transcender un sujet pourtant difficile. 
Par exemple, comment lutter contre cette nouvelle forme de contamination ? "Respirer ! Respirer ! Respirer !" suffoque l'une des présentatrices de la radio. A travers cette histoire de paranoïa et de claustrophobie ambiantes, le cinéaste soulève la question de l'information, de la transmission (TV, radio et internet) et de propos éventuellement mensongers pour mieux apeurer un public assouvi au monde des médias et de la télévision. L'air de rien, Pontypool se montre beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît et nécessite plusieurs niveaux de lecture et d'analyse. 
Si certains esprits chagrins pourront éventuellement pester et tonner contre un long-métrage parfois un peu trop volubile, les autres trouveront sûrement, dans Pontypool, la nouvelle égérie du cinéma "zombiesque" et d'épouvante.

06 août 2016

Cuvée fantomatique

Alors que votre cher Borat a pris des vacances bien méritées, revoilà la Cave de Borat toujours plus garnie pour votre plus grand plaisir! En cause, quelque chose d'étrange dans le voisinage. Et qui c'est qu'on appelle? Borat évidemment! Vous l'aurez bien compris nous allons parler de Ghostbusters. A l'heure où le reboot / remake / sequel de Paul Feig s'apprête à sortir sur les écrans français, il était temps de revenir sur cette saga dépassant le simple cadre des deux films. Ghostbusters est revenu sur le devant de la scène depuis 1989 et cette cuvée sera aussi l'occasion d'en parler. Alors êtes-vous prêts à croiser les effluves? Go! (attention spoilers) Dans un premier temps, posons le contexte. Dans les années 70, Ivan Reitman est un réalisateur canadien essayant de percer aux USA. Il fait rapidement la connaissance de Dan Aykroyd et Bill Murray, deux comiques incontournables du Saturday Night Live, ce show déjà fort influent crée par Lorne Michaels. Si Aykroyd se lance rapidement dans le cinéma avec son comparse John Belushi, c'est moins le cas de Murray. Si l'acteur commence à tourner des films dès 1976, il faudra attendre Meatballs aka Arrête de ramer t'es sur le sable que réalise Reitman en 1979. Si leurs rapports n'ont pas été au beau fixe au départ (Murray a envoyé sur les roses le réalisateur lui faisant une remarque sur une vanne), une confiance s'est installée par ce film.

tournage ghostbusters

L'équipe de choc au repos.

A ce duo se rajoute Harold Ramis, scénariste du film que Reitman avait rencontré sur Animal House (John Landis, 1978) en tant que producteur. Le trio se reformera à l'occasion de Stripes (1981) où Murray et Ramis se retrouvaient en bidasses. Au même moment, Aykroyd est en train d'écrire un script sur des chasseurs de fantômes voyageant dans le temps. Il contacte Reitman qui passe un marché avec Columbia Pictures assez rapidement avec une enveloppe de 30 millions de dollars de budget. Toutefois, le scénario devra être remanier, se déroulant dorénavant de nos jours à New York. Désormais associé au projet, Ramis s'occupe des réécritures avec Aykroyd. A cette époque, l'acteur devait jouer aux côté de Belushi avec qui il faisait un duo monumental (notamment dans Les Blues Brothers). Malheureusement, l'acteur succombe à une overdose le 5 mars 1982, manquant de faire entrer Ghostbusters dans les bas-fonds du development hell. Il n'en sera rien, le projet renaissant de ses cendres tel le phénix. Tout s'accélère: John Candy laisse sa place à Rick Moranis dans le rôle de Louis Tully; Bill Murray remplace Belushi; idem pour Eddie Murphy (parti sur Le flic de Beverly Hills) et Ramis se rajoute à la distribution. Sans compter Sigourney Weaver popularisée grâce à Alien (Ridley Scott, 1979) en premier rôle féminin et l'indispensable Annie Potts dans le rôle de Janine, la précieuse secrétaire de notre équipe de choc. Le tournage est d'autant plus délirant que Reitman et son équipe n'ont aucune autorisation pour tourner, parfois tard le soir et les acteurs (Murray en tête) accumulent les improvisations.

bibliothècaire

Soit le propre de toute comédie en fin de compte. Au même titre que le film s'est monté rapidement, il est un succès fracassant à l'été 1984. Au total ce seront près de 300 millions de dollars qu'amassera le film. A cela se rajoute une campagne marketing du tonnerre, allant du SOS Fantômes téléphonique (y compris en France) au tube de Ray Parker Jr déferlant sur les ondes des radios. L'air de rien Ghostbusters, plus connu dans nos contrées sous le titre de SOS Fantômes, n'a pas tant vieilli que ça. Certes, certains effets-spéciaux ont évidemment pris un bon coup dans la figure (mais moins que certains du second film bizarrement) mais c'est le jeu des années qui veut ça. Rappelons tout de même que le film a trente-deux ans au compteur. D'autant qu'il n'a pas de réel contexte historique et a ainsi moins de problème de recontextualisation que certains films de son époque (la différence avec un Rocky IV par exemple). C'est peut être aussi pour cela qu'un reboot ou un remake n'est finalement pas si étonnant, tant les films originaux sont intemporels et finalement de qualité. Mais surtout ce qui marche tout de suite dans Ghostbusters est son casting et notamment ses quatre pilotes (oui quatre comme l'affiche originale l'avait oublié). Tous dans des rôles différents, à la limite du cliché mais automatiquement attachants: le sarcastique et beau parleur Peter Venkman (Murray), l'enthousiaste Ray Stantz (Aykroyd), le scientifique convaincu Egon Spengler (Ramis) et le mec qui se demande ce qu'il fout là Winston Zeddemore (Hudson). 

coquin 

Ray a encore rêvé d'elle, si fort que les draps s'en souviennent...

Dès lors, leurs aventures n'en deviennent que plus plaisantes, fortes de l'éclectisme des personnages. Évidemment, Venkman ressort du lot à cause de Bill Murray, à lui tout seul un festival alignant les punchlines ("on est venu, on l'a eu, il l'a eu dans le cul!") et les gags (on retient son introduction et le passage merveilleux où Slimer lui passe dessus si on peut le dire ainsi). Ray permet par contre deux des meilleures scènes du film. La première étant son rêve gourmand et croquant, valant un bon fou-rire. Puis il y a l'inimitable scène du bibendum chamalow, valant un climax improbable avant le grand final. Un effet visuel remarquable entre cascadeur dans le costume, stop motion, maquettes explosées et foule incrustée grâce à un habile mélange de slow motion. Encore aujourd'hui un véritable tour de force. Là où Reitman, Aykroyd et Ramis réussissent leur coup aussi c'est par le mélange parfait de comédie et fantastique. Reitman sépare les deux genres suffisamment bien pour que la comédie n'empiéte pas sur le fantastique et vice versa, formant un ensemble cohérent et fun. Quand le film est comique, il est jouissif, quand il passe au fantastique il respecte les codes du genre sans jouer de la parodie. L'introduction joue d'abord du côté malicieux du fantôme jusqu'à ce que cela devienne inquiétant. Idem pour le passage où Dana (Weaver) est aspirée par Gozer dans le placard ou l'attaque de Louis du point de vue indifférent de petits bourgeois dans un restaurant!

bibendum

Le script s'attache aussi à dézinguer la bureaucratie avec le personnage savoureux de William Atherton, déjà habitué aux rôles de casse-pieds (il jouera le journaliste cogné par Bonnie Bedelia dans Die Hard). Un responsable écologiste s'en prenant à l'agence, car tout cela n'est pas très bon pour la nature de conserver des fantômes dans un espace surchauffé, au point de balancer des ectoplasmes dans toute la ville. Le type de personnage que l'on adore détester. On s'amusera également de la représentation du maire (David Margulies), parfait profiteur dès qu'il s'agit d'aller chercher des voix pour les futures élections! Au vue du succès du film, on aurait pu penser qu'une suite serait produite rapidement. Columbia insistant, Ghostbusters 2 finira par devenir une réalité en 1989. Si possible avec toute l'équipe pour rempiler, y compris le célèbre Slimer dit Bouffe-tout dans nos contrées, masquotte improbable et involontaire de la franchise. Le film marche moins bien que le premier opus sur le cumul (215 millions de dollars pour un budget estimé à 37 millions) et marque moins les esprits par la même occasion. En cause, peut être la trop grande attente, là où les suites sortent en général deux-trois ans après l'original histoire de rester dans la mémoire des spectateurs. C'est d'ailleurs le point de départ du film. Peter, Ray, Egon et Winston auraient pu être des chasseurs de fantômes actifs et accumulant les affaires. Il n'en est rien, SOS Fantômes n'est plus ou si peu.

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Des has been réduits à faire les cons devant des gosses désintéressés. Au point que certains ont quitté le navire, Egon découvrant les joies de la vie en laboratoire, Venkman celui des plateaux de télévision. Reitman, Aykroyd et Ramis ont finalement bien joué leur coup, s'amusant de l'attente trop longue pour se payer le monde du show business. Les héros n'ont pas tenu face au triomphe de leurs exploits, retombant dans l'anonymat ou perdant ce qui faisait leur charme. C'est certainement la partie la plus intéressante du film, car finalement la plus critique: les Ghostbusters ne sont pas faits pour exister longtemps, juste un peu pour marquer leur temps. C'est ce qui s'est passé en 1984, un peu moins en 1989. Par ce commentaire, Ghostbusters 2 évoque que la franchise n'est pas vouée à perdurer, tout du moins pas sous sa forme initiale (ce qui se confirmera par la suite). Evidemment, nos héros vont se réunir sous l'impulsion évidente de Dana et son petit menacé par Vigo, un démon coincé dans une peinture et cherchant à se réincarner (Wilhelm von Homburg). Le méchant paraît moins important que Gozer dans le premier film, pas aidé par un sidekick avec un accent à coucher dehors (Peter MacNicol). Moins impressionnant aussi. A vrai dire, Ghostbusters 2 joue davantage la carte de l'humour que son prédecesseur pour amener au fantastique. L'ensemble est moins distinct. L'occasion de séquences spectaculaires, nécessitant des cgi peut être plus perfectionnées que sur le premier. 

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Preuve en est le passage où le juge finit par libérer malencontreusement des prisonniers condamnés par ses propres soins à la chaise électrique, valant tout un lot d'effets-spéciaux numériques. Sans compter le pauvre Winston s'offrant une superbe frayeur en prenant un train fantôme en pleine figure. Néanmoins le climax avec la Statue de la liberté a pris sérieusement dans la tronche, surtout que l'utilité de la Statue est finalement minime. Reste un moment loufoque dans l'esprit de la franchise. On s'amusera tout de même un peu plus de l'arrivée tant attendue d'un célèbre paquebot parti en 1912 ! Pendant des années, les fans espéraient un nouvel SOS Fantômes. A l'époque, on ne parle pas encore de reboot (ni même du mot lui-même), mais de séquelle tardive. En attendant, l'équipe se disperse. Reitman devient le ressort comique de Schwarzy par trois fois. Ramis offre à Bill Murray un de ses meilleurs rôles dans Un jour sans fin (1993), avant que ce dernier ne devienne une icône du cinéma indépendant aussi bien chez Sofia Coppola que Wes Anderson. Aykroyd reprend son rôle pour une apparition mémorable dans Casper (Brad Silberling, 1995) avant d'accumuler les second-rôles. Ernie Hudson est de la malheureuse aventure The Crow (Alex Proyas, 1994), avant de devenir le directeur de la prison dans la série Oz (1997-2003). Sigourney Weaver continue la saga Alien par deux fois, avant de partir vers les étoiles avec James Cameron (Avatar, 2009). Rick Moranis devient une star Disney dans Chérie j'ai rétrécie les gosses et ses suites (Johnston, Kleiser, Cundey, 1989-1997), avant de se retirer progressivement suite à la mort de sa femme et d'une certaine lassitude. 

Un logo d'un possible Ghostbusters 3 revient même assez souvent au début de la toile, Dan Aykroyd évoque qu'il y travaille durant les 2000's. Bill Murray en reparle aussi régulièrement, mais à la négative, se payant à chaque fois les différentes moutures du scénario. Si bien qu'on évoque parfois qu'il reviendrait sous forme de fantôme. Une rumeur évoque également l'idée de jeunes recrues formées par Ray et sa bande. Eliza Dushku est ainsi souvent évoquée au casting. Mais tout cela prend subitement fin quand Harold Ramis nous quitte le 24 février 2014. Les fans pleurent et le bouton "reboot" est définitivement actionné par Sony, avec une équipe féminine attirant le courroux des misogynes. Pendant ce temps de gestation spectaculaire, Ghostbusters survit que ce soit en comics (certains sont disponibles en France depuis quelques temps), en séries télévisées ou jeux-vidéo. La première série animée est celle qui revient le plus en tête chez les fans. Diffusée entre 1986 et 1991 sur ABC, The Real Ghostbusters fut lancée par Ramis et JM Straczynski, futur créateur de la série Babylon 5 (1993-98). 140 épisodes mettant en scène nos héros respectifs. Si votre cher Borat n'a pas vu cette série, il a en revanche bien connu la suivante. Si elle ne survit pas longtemps (quarante épisodes diffusés entre septembre et décembre 1997), elle sera très régulièrement rediffusée dans nos contrées, à une époque où les chaînes hertziennes diffusaient encore des séries animées.

La série mettait en scène un New York ayant perdu toute activité paranormale et les Ghostbusters un vestige du passé. On suivait alors Egon reprenant du service suite aux retours des ectoplasmes, avec une nouvelle bande de chasseurs issus de l'université où il enseigne. La bande était assez éclectique allant de l'handicapé en chaise roulante à la jeune femme, en passant par le grand dadet et l'afro-américain. Même au niveau des looks, la série allait avec la mouvance de l'époque (comme une envie de grunge). Sans compter un générique rock'n rollesque reprenant le titre de Ray Parker Jr. En fin de compte, on retient davantage les personnages que les fantômes et c'est ce qui fait aussi le charme de ces Extreme Ghostbusters. Si le projet d'une séquelle a pâtiné durant plus de dix ans, le jeu-vidéo réalisé par Atari en 2009 a eu son petit succès. Scénarisé par Aykroyd et Ramis, il se dévoile finalement comme le troisième opus que nous ne verrons jamais. On y incarne un cinquième Ghostbusters auprès de ceux que nous connaissons (qui n'a pas de nom pour que le joueur se familiarise avec le personnage qu'il incarne) et l'action se déroule en 1991, faisant donc bien suite au précédent film. Pour le coup, les acteurs originaux ont tous repris leurs rôles (oui même Bill Murray), au contraire de la VF où Bernard Murrat n'a pas repris la voix de Venkman, laissant les dialogues sous-titrés. Le personnage de Dana comme de Louis ne sont néanmoins pas présent, permettant ainsi d'installer un nouveau personnage féminin doublé par Alyssa Milano.  

Inutile de dire que l'ami Venkman est fidèle à lui-même en bon tombeur de ces dames qu'il est. L'aventure fait moult clins d'oeil à la franchise, puisque plusieurs passages utilisent des fantômes connus, tels la dame de la bibliothèque, le bibendum ou même Gozer au centre du scénario. En effet suite à une exposition lui étant consacrée, des fantômes et notamment les anciens dirigeants du museum d'histoires naturelles font rage dans différents lieux. L'histoire est plutôt sympathique, parfaitement ancrée dans l'univers que l'on connaît. Pas plus mal quand on sait que les adaptations de franchises en mode vidéoludique sont souvent catastrophiques. D'autant que le jeu a une longue durée de vie et les phases d'action sont de qualité. Le climax permet même à Aykroyd d'exorciser certaines idées de son scénario original. En effet, les derniers instants prennent place sur une île isolée, avant de laisser place à une dimension parallèle! Une idée géniale plutôt bien exploitée où le rookie devra se dépatouiller entre plateformes et fantômes. Comme quoi, si la saga Ghostbusters n'a pas duré longtemps au cinéma, ses créateurs l'ont suffisamment bien pérénnisé sur d'autres supports pour qu'elle survive. Pour finir, quittons nous sur un air bien connu. Allez à la semaine prochaine!

03 août 2016

DC Comics sort de l'ombre

A l'image du dossier sur le Marvel Cinematic Universe, voici enfin son équivalent du point de vue de DC Comics. Il ne s'agira pas de revenir sur tous les films produits par Warner et DC Comics depuis 1978, mais d'évoquer les prémices de ce qui deviendra le DC Verse. Soit revenir au début des années 2000 avec son lot de projets avortés, de mauvaises passes et parfois des meilleures. A l'heure actuelle, nous ne parlerons pas Batman v Superman Dawn Of Justice (Zack Snyder, 2016). Ce dossier étant modifiable avec le temps, cela finira par arriver. Partons pour le DC Verse!

  • La genèse en dents de scie du DC Verse

Au début des années 2000, Warner Bros et DC Comics subissent de plein fouet l'échec que fut Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997). Pas forcément le raté commercial que beaucoup évoquent (228 millions de $ de recettes totales pour un budget de 125, ce n'est pas un bide), mais loin des attentes du studio et dézingué par la critique et le public. La même année, le studio fait appel au producteur Jon Peters (Batman) pour relancer Superman avec Kevin Smith au scénario, Tim Burton à la réalisation et Nicolas Cage en homme d'acier. Le projet avortera pour diverses raisons, notamment le désamour du studio pour le projet (voir Cuvée jamais faites). Pendant ce temps, la Chauve-souris essaye de revenir par divers projets. On parle de Darren Aronofsky pour une adaptation bien violente de Batman Year One (Frank Miller, David Mazzucchelli, 1987), puis de Clint Eastwood pour une autre autour de The Dark Knight Returns (Miller, 1986), puis de la série animée Batman Beyond (1999-2001). La Warner trouve une sorte de compromis: réunir ses deux héros à succès dans un même film. Wolfgang Petersen (L'histoire sans fin) a alors la lourde tâche de réunir ces personnages dans Batman VS Superman aux alentours de 2001-2002. Le script est signé par Andrew Kevin Walker (scénariste de Seven de David Fincher) avant d'être retouché par Akiva Goldsman auquel la Warner n'était vraisemblablement pas rancunière (responsable des Batman de Schumacher).

Batman vs superman

Batman VS Superman immortalisé par son scénariste.

Dans ce projet, Bruce Wayne voyait sa femme mourir d'empoisonnement à cause du Joker. Wayne et Clark Kent devaient s'affronter pour une question d'éthique du héros, de ce qu'il doit faire ou non avant de s'occuper du Joker et de Lex Luthor (*). La Warner décide finalement de faire des reboots individuels (Batman Begins de Christopher Nolan et Superman Returns de Bryan Singer, après un nouveau projet avorté signé JJ Abrams), confiant Troie à Wolfgang Petersen (2004). Le projet sera immortalisé par Akiva Goldsman dans Je suis une légende (Francis Lawrence, 2007) le temps d'une private joke visuelle. La Warner cherche également à féminiser un peu sa ligne super-héroïque. Projet datant déjà de l'ère Tim Burton et ayant changer régulièrement d'actrice-titre (Michelle Pfeiffer, Ashley Judd et enfin Halle Berry), Catwoman finit par voir le jour sous la direction de Pitof en 2004. Le français en parlait encore l'an dernier à Vice (**): "Quand je suis arrivé sur le film, les mecs étaient complètement à la ramasse et le scénario était bancal. Il ne savait pas comment vendre le personnage. Catwoman, c'est simple: soit t'en fais une Fantômette pour les petites filles, soit une salope pour les plus grands. Il n'y a pas d'entre-deux. Durant le tournage je n'avais aucun pouvoir sur rien. (...) tu ne peux prendre aucune décision à cause des mecs au-dessus. (...) à la fin du montage, le film ne ressemblait à rien. On est donc repartis sur douze jours de retake à un mois et demi de la sortie du film."

Catwoman : Photo

Catwoman, un film qui reste encore au travers de la gorge.

Catwoman est encore aujourd'hui un film qui fait horriblement mal au ventre. Particulièrement laid (même si Vidocq se révèle encore pire), souvent vulgaire dans sa manière de filmer son héroïne (voir citation), joué avec les pieds, bourré d'effets-spéciaux pour à peu près tout et n'importe quoi, aussi raccord aux comics que son scénario est vide... Le film ne réussit même pas à être rentable en accumulant péniblement 82 millions de $ de recettes mondiales pour 100 millions de budget. En comparaison, Elektra de Rob Bowman, sortit quelques mois après, a eu plus de rentabilité, bien aidé par un budget beaucoup plus faible (56 millions de recettes pour 43 de budget). Un coup dur empêchant DC Comics d'aller plus loin que Batman et Superman (ils avaient déjà essuyé un revers identique avec Supergirl de Jeannot Szwarc en 1984). Le projet Wonder Woman n'est pas mieux loti durant les années 2000. Produit par Joel Silver et devant initialement mettre en scène Sandra Bullock en Amazone (il était déjà question qu'elle soit Lois Lane dans Superman Lives), le film accumule les scénaristes (Joe Cohen, Todd Alcott et Philip Levens) jusqu'à ce qu'arrive Joss Whedon en 2005. Le futur réalisateur d'Avengers tiendra jusqu'en 2007 au bout de sa seconde proposition de script, son approche ne plaisant à personne.

Wonder Woman

Wonder Woman, une héroïne qui a attendu 75 ans avant d'atteindre le grand écran.

Whedon en parlait ainsi en 2011 à Rookie Magazine: "[Wonder Woman] voyage dans le monde entier, elle est très forte et très naïve en ce qui concerne les gens et le fait qu’elle soit une déesse lui rendait très difficile la compréhension du monde extérieur, comme les guerres, la famine, les souffrances... Sa relation avec Steve [Trevor] lui permet de voir ce que ça fait d’agir en humaine, ce que ça fait d’être plus faible, quand vous avez toutes ces forces qui vous contrôlent et que vous en pouvez rien y faire. C’était cette dualité qui était le concept central du film. Lui qui lui apprend à gérer son humanité et elle qui lui dit ’Ok, c’est bien mais on peut faire mieux encore" Pendant ce temps, Batman retrouve ses lettres de noblesse avec une approche plus réaliste. Batman Begins (2005) imprègne son héros dans une ambiance post-11/09 cauchemardesque, qui prendra d'autant plus de sens dans The Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012). Dès lors, Batman ne sera plus un freak, mais un vigilante sauvant sa ville dans l'obscurité. Le tout dans un univers qui s'effondre grâce à des anarchistes et psychopathes. A contrario, Superman Returns (2006) se plante à force de trop jouer sur la nostalgie (il s'agit d'une séquelle de Superman 2 de Richard Donner et Richard Lester). Le film a beau être sincère dans sa démarche (jusqu'à reprendre le thème de John Williams et le générique du film de Donner), il n'en reste pas moins hors du temps.

The dark knight

Superman passe difficilement le cap des années 2000, n'apparaissant pas comme moderne en comparaison de Batou chez Nolan. Même s'il rentre dans ses frais, le film n'enthousiasme pas grand monde y compris la Warner, qui laisse tomber sa suite devant mettre en scène Doomsday, toujours sous la direction de Singer. On notera également  Constantine (Lawrence, 2005), film pas forcément génial mais qui a le mérite de sortir du lot. Même si le ton crade du comic-book Hellblazer n'est pas forcément au rendez-vous, le film a le mérite de s'aventurer dans le pur fantastique et d'être un minimum divertissant. Le projet de réunir différents héros de DC Comics n'est pas abandonné et c'est ainsi qu'aux alentours de 2006 est annoncé le projet Justice League Mortal. Christian 'Batman' Bale ne souhaite pas y être associé, tout comme Brandon Routh encore officiellement Superman. DJ Cotrona (GI Joe 2) et Armie Hammer (The Lone Ranger) sont alors engagés pour incarné l'Homme d'acier et le Cape Crusader dans un univers parallèle. Il n'y avait donc pas de problèmes d'acteurs comme on pouvait le lire parfois à l'époque. Le reste du casting aurait dû être formé par Jay Baruchel (Maxwell Lord, businessman télépathe), Hugh Keays Byrne (le Martian Manhunter), Santiago Cabrera (Aquaman), Adam Brody (Flash), Common (Green Lantern), Megan Gale (Wonder Woman) et Teresa Palmer (Talia al Guhl). A la réalisation, on retrouvait George Miller, bien aidé par le succès d'Happy feet (2006). Un grand amateur de galères de tournage (Les sorcières d'Eastwick, les deux derniers Mad Max) comme de projets maudits (Contact finalement laissé à Robert Zemeckis) et surtout un des réalisateurs australiens les plus influents de notre époque.

Justice League Miller (concept-art Aquaman)

 Concept-art d'Aquaman pour Justice League Mortal.

Justice League Mortal (storyboard) (1) 

Storyboard de Justice League Mortal.

Le film devait se baser notamment sur La tour de Babel (Mark Waid, Howard Porter, 2000). Lord et Al Ghul piratent Brother Eye, le satellite de surveillance de Batman et si possible des éléments permettant à Batman de battre ses amis de la Justice League s'il y a problème. Comme le suggère le storyboard ci-dessus, Superman aurait dû affronter Wonder Woman dans un combat titanesque. Tout est stoppé par la grève des scénaristes de 2007. La Warner patiente un peu, mais laisse vite tomber quand le crédit australien est annulé. Le projet est annulé au printemps 2008 et Miller reviendra aux aventures de Max Rockatansky avec le succès que nous connaissons. Alors que Warner et DC auraient dû être les premiers sur la réunion des super-héros d'une même écurie, ils annulent leur projet alors qu'Avengers (Joss Whedon, 2012) vient juste d'être annoncé! On ne pouvait pas aussi bien rater le coche. Alors la Warner tatonne et se retrouve à lancer une adaptation de Green Lantern avec un tâcheron aux commandes. Martin Campbell a beau avoir relancer avec brio la franchise 007 par deux fois (GoldenEye en 1995 et Casino Royale en 2006), il n'est pas un grand réalisateur dès qu'il en sort. La preuve avec ce film (2011), où le pauvre Ryan Reynolds se demande ce qu'il fait là entre deux mauvais effets-spéciaux. Pas étonnant qu'il s'en moquera le temps d'une réplique dans Deadpool (Tim Miller, 2016). Les moyens ont beau être là (200 millions de $ tout de même), le film n'a pas les effets-spéciaux que nécessite un space-opera de cette envergure, à l'image du costume de Reynolds entièrement en cgi y compris son petit masque.

Green Lantern : Photo Blake Lively, Ryan Reynolds

Une origin story qui ne convainc jamais, avec des touches d'humour particulièrement pauvres, comme pour contredire les films de Nolan encore en production. Les scénaristes osent même la scène post-générique annonçant Sinestro comme possible méchant pour une suite. Manque de bol, non seulement le contexte est incompréhensible (il aurait peut être fallu montrer le côté obscur de Sinestro bien avant), mais la suite ne verra pas le jour suite à l'échec commercial du film. Warner et DC voulaient se lancer dans un multivers, ils n'auraient pas pu s'y prendre plus mal. Le DC Verse devra attendre et ce n'est pas le fiasco Jonah Hex (Jimmy Hayward, 2010) qui aidera. Pas que le pistolero à la balafre évidente soit connecté à l'univers, mais l'envie de DC d'aller voir ailleurs se plante une nouvelle fois. Script de Neveldine / Taylor (Hyper tension) remanié inlassablement, reshoots, acteurs dont le temps de présence diminue de plus en plus (Megan Fox doit avoir moins de vingt minutes de présence, montre en main), montage final durant moins d'1h20, effets-spéciaux improbables, histoire qui va trop vite quand elle ne s'attarde pas sur des banalités... Seul Josh Brolin semble croire en ce four aussi bien artistique que commercial. Le film ne sortira même pas en salles en France et aura droit à une version québécoise sur les DVD et BR. Quand Christopher Nolan décide de sponsoriser Zack Snyder, autre réalisateur pour Vertigo / DC Comics (300 et Watchmen), la délivrance commence à arriver.

  • Man of steel: le héros qui sauva le DC Verse

Man of steel (bannière)

Suite au succès des Batman de Christopher Nolan, la Warner commence à croire en un retour de Superman sur grand écran avec un traitement plus sombre. Le studio convit Nolan à la réalisation, qu'il décline préférant rester à la production. Il installe néanmoins son frère Jonathan et David S Goyer, déjà à l'origine de sa trilogie, aux postes de scénaristes. Le choix du réalisateur 
ne plaît pas à tout le monde, Zack Snyder ayant le mérite d'attirer autant les louanges que les foudres. Cette fois-ci, l'adaptation sera plus libre que celle de Watchmen (2009), restant très proche du graphic-novel d'Alan Moore et Dave Gibbons (1986-87). Contre toute attente, Man of steel (2013) apparaît rapidement comme le premier film faisant partie de ce qui va devenir le DC Verse. Comme le Marvel Cinematic Universe, tous les films Warner / DC à venir évolueront dans un même univers. DC Comics se veut néanmoins catégorique sur un point: contrairement à Marvel, les séries qu'ils produisent ne font pas parties de ce même univers. Au diable, Arrow, Flash, Supergirl et autres Legends of tomorrow. Une manière de rester cohérent et de voir où sont les priorités. (Attention spoilers) Comme le film de Richard Donner, le film commence sur Krypton mais ici rien du blanc immaculé servant de décors, ni de Marlon Brando avec une perruque impayable. Nous sommes face à un univers proche de la fantasy, avec créatures volantes et d'autres qui ruminent (des plans entièrement composés de CGI, mais bien faits). 

Man of steel

 Lara Lor-Van contemplant la destruction de son monde.

On peut aussi observer que les costumes comme certains décors ont un aspect rappelant le travail de feu HR Giger, notamment la reine arachnide de Captain EO (Francis Ford Coppola, 1986). Une représentation qui n'est pas sans rappeler aussi certains costumes conçus pour Superman Lives. Snyder nous dévoile un monde qui court à sa propre perte, entre une planète en pleine autodestruction et des militaires essayant de prendre le pouvoir. Les premières minutes du film montrent principalement un père (Russell Crowe) essayant de sauver son fils d'un monde où il n'y a aucun avenir. La dernière image que Jor-El verra n'est pas son adversaire le tuant (Michael Shannon correct, mais moins convaincant que Terence Stamp), mais son fils partant pour la Terre. De même pour ce magnifique plan large montrant Lara Lor-Van (Ayelet Zurer) contemplant Krypton en pleine destruction. On dit souvent que Snyder n'est qu'un bourrin, filmant ses héros baraqués au ralenti ou léger accéléré. On oublie pourtant qu'il est parfois capable de susciter l'émotion. C'était le cas dans Sucker Punch (2011) avec ses jeunes filles abusées, c'est encore le cas ici. On regrettera peut être dans cette introduction (et durant tout le film) une tendance à l'arrêt sur image, avec des zooms successifs sur un point particulier. On préférait davantage un plan large que ce genre de zooms qui tiennent trop le spectateur par la main. L'introduction de Kal-El (Henry Cavill) peut paraître étonnante au premier abord, Snyder préférant le montrer comme un monsieur-tout-le-monde au lieu de montrer ses origines frontalement (elles apparaissent néanmoins en flashbacks).

Man of Steel : Photo Dylan Sprayberry, Kevin Costner

Néanmoins, le réalisateur s'amuse avec des raccords regards, un bus qui passe rappelant un accident, la tombe de Jonathan Kent (Kevin Costner que l'on n'avait pas vu aussi touchant depuis très longtemps) amenant à montrer sa mort tragique. Kal-El devient un personnage aux capacités folles, pouvant aussi bien sauver des gens que de les avoir contre lui (le passage du camionneur). Kal-El est avant tout un freak, terme qui apparaît pour la première fois pour qualifier Superman au cinéma. Le monde n'est pas prêt à voir un héros avec de tels pouvoirs (thème encore présent dans Batman V Superman), comme le lui dit son père adoptif. Kal-El apparaît comme un personnage rejeté, qui fait peur (les militaires l'accueillent armes au poing) et devant contenir ses pouvoirs. La scène où son père lui suggère qu'il aurait mieux fait de ne pas sauver ses camarades lors du crash du bus en est la preuve. Cela permet aussi de donner plus de dramaturgie au personnage, cantonné autrefois au héros débarquant pile poil au bon moment avec un sourire colgate. Au contraire de Batman qui se cache derrière un masque de chauve-souris, Kal-El dévoile son seul et unique visage lorsqu'il est en costume. Il est Superman, pas Clark Kent. Sur ce point, Snyder arrête avec une hypocrisie qui dure depuis la création du personnage. Le journaliste Clark Kent apparaît enfin comme une couverture et Lois Lane (Amy Adams qui en impose en journaliste pugnace) sait qui il est dès le départ. Plus question d'une Lois aveugle et amoureuse de la face héroïque d'un même homme.

Man of Steel : Photo Henry Cavill

Henry Cavill est certainement la meilleure incarnation du personnage, sortant enfin du personnage terriblement lisse et devenant homme d'action. La première partie est surement la meilleure, évoquant les ressentiments d'un héros qui s'ignore et découvrant qui il est. La seconde partie montre une autre facette que votre cher Borat cherchait à voir depuis très longtemps: Superman qui se bat et violemment si possible. Une chose qui pose un hic chez beaucoup de spectateurs, mais montrant enfin un Superman se battant, si possible avec d'autres kryptoniens. Un aspect invisible des précédents films, Sup se contentant avant tout de donner des coups dans le vide entre deux câbles. D'ailleurs pour ce qui est des dégâts, il s'agit du sujet même de Batman V Superman: doit-il payer pour avoir sauver les terriens d'une menace plus grande que lui, quitte à ce que cela amène à des dégâts colossaux? Idem pour ce qui est du final menant à la mort de Zod. Beaucoup de spectateurs ont été choqué par le fait que Sup tue quelqu'un. On parle quand même d'un extraterrestre manquant de tuer toute une famille à coup de rayon laser. Sup le tue car il n'y a plus aucun moyen d'arrêter Zod, que ce dernier est prêt à tuer n'importe qui. De plus, on peut voir que Kal-El vit difficilement le fait de devoir tuer quelqu'un. Au final, en plus de redorer le blason de Superman, Man of steel montre le personnage tel qu'il aurait dû être représenter depuis bien longtemps: un freak prêt à se battre pour son prochain.

  • Le DC Verse se forme

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Première photo promo de Justice League.

En deux ans, Warner et DC Comics ont formé un planning de films les menant jusqu'en 2020. Le point de départ était Batman V Superman, présentant non seulement le nouveau Batman (Ben Affleck), mais aussi Wonder Woman (Gal Gadot) et quelques caméos improbables de Flash (Ezra Miller), Aquaman (Jason Momoa) et Cyborg (Ray Fisher). De quoi annoncer une certaine Justice League que tourne actuellement Zack Snyder. Il y en aura bien deux volets mais il semblerait qu'ils ne soient plus rattachés entre eux. Le premier sortira en novembre 2017, l'autre en juin 2019. Si cela n'a pas été confirmé, il se pourrait bien que nos héros affrontent Darkseid et Steppenwolf (déjà présenté dans l'ultimate cut de BVS). Il est aussi question des Mother Boxes, une chez les Hommes, une chez les Atlantes et une autre chez les Amazones. JK Simmons sera le Commissaire Gordon, Willem Dafoe a été officialisé dans le rôle de Vulko, mentor d'Aquaman. Un premier teaser sous forme de longs extraits a été dévoilé au Comic Con. De quoi augurer une réunion forte avec Batman et Wonder Woman à la recherche de nouveaux héros. Flash a l'air pour le moins sympathique, malgré un costume ressemblant un peu trop à une armure et Cyborg n'est pas forcément très beau d'un point de vue visuel. Peut être sera t-il modifier en post-production. Il n'en reste pas moins que ce premier teaser a le mérite d'aligner les plans iconiques (Aquaman et Batman ont l'air de bien s'aimer) sous le rif de guitare des White Stripes et donne envie.

Avant et après, DC compte bien monter un univers cohérent avec films solo pour ses principaux héros. Pourtant le premier film à succéder à BVS n'en fera pas partie, puisqu'il s'agit de Suicide Squad de David Ayer. Amanda Waller (Viola Davis) a l'idée de mettre différents ennemis de personnages de DC dans une même équipe. L'objectif? Faire le sale boulot et s'il y a problème, cela retombera sur eux dans tous les cas. Parmi eux, on compte Harley Quinn (Margot Robbie), Rick Flag (rôle initialement prévu pour Tom Hardy, finalement donné à Joel Kinnaman), Deadshot (Will Smith), Captain Boomerang (Jai Courtney), Killer Croc (Adewale Akinnuoye Agbaje), El Diablo (Jay Hernandez), Katana (Karen Fukuhara), Slipknot (Adam Beach). A voir dans les prochaines heures pour savoir si le film sera le troisième film de qualité du DCVerse. En juin 2017, Wonder Woman reviendra dans une préquelle, la montrant notamment durant la Ière Guerre Mondiale aux côtés de Chris Pine et Saïd Taghmaoui. Pour ce qui est des amazones, Gal Gadot sera entourée de Connie Nielsen, Robin Wright et Lisa Loven Kongsli. Si Michelle McClaren a longtemps travaillé dessus (partie pour raisons artistiques), c'est finalement Patty Jenkins (Monster) qui se chargera de ce film que l'on espère représentatif d'un personnage trop longtemps laissé de côté par le cinéma. La bande-annonce dévoilée à la Comic Con est pour le moins enthousiasmante, montrant bien le potentiel d'action girl de Gal Gadot déjà observé dans BVS. 

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On peut raprocher ces premières images de Wonder Woman à Captain America (Joe Johnston, 2011), avec cette héroïne évoluant dans un univers fort réaliste avec une teinte de surnaturel. Un même penchant aussi pour le serial, valant des scènes d'action punchy et lisibles qui s'annoncent pour le moins jouissives. Pas de méchants dominants, uniquement des soldats de la Triple Entente. Le film s'annonce avant tout comme un récit initiatique, Diana découvrant un monde qu'elle ne connaît pas qui se trouve en temps de guerre. De quoi augurer que du bon aux aventures de Diana Prince. The Flash fut lancé avec Seth Grahame-Smith à la réalisation, avant qu'il ne quitte son poste pour des divergences artistiques. Certains diront qu'il ne s'agit pas d'une grande perte avec un cv comptant notamment Abraham Lincoln chasseur de vampires (Timur Bekmanbetov, 2012). C'est finalement Rick Famuyiwa (Dope) qui s'en chargera. Le duo Chris Miller / Phil Lord (21 Jump Street, The Lego Movie) est crédité comme scénaristes du film, de quoi augurer un film intéressant attendu en mars 2018. Suivra ensuite Aquaman en juillet sous la direction de James Wan (qui signera son second blockbuster après Furious 7). Le scénario est signé Jeff Nichols (Take Shelter) et Jason Momoa aura pour compagne Amber Heard et donc Willem Dafoe en second couteau. Deux films inconnus sont prévus en octobre 2018 et 1er novembre 2019. On murmure que ce soit The Batman écrit et réalisé par Ben Affleck déjà officialisé mais sans date et un possible Suicide Squad 2. Des rumeurs évoquent que le premier mettra en scène le cape crusader à l'Asile d'Arkham. De là à dire que cet opus évoquera le jeu Arkham Asylum (2009), il n'y a qu'un pas.

En avril 2019 surviendra le projet bien particulier Shazam. Soit l'histoire d'un adolescent qui devient un super-héros en criant "shazam". On sait déjà que The Rock doit incarner le méchant Black Adam. Cyborg aura droit à son film en avril 2020 et Green Lantern Corps sortira en juin de la même année. Comme le suggère le titre, le film devrait logiquement s'attarder sur différents personnages portant l'anneau vert synonyme de courage. Un film qui devra faire oublier la bouse signée Martin Campbell, si possible en mettant en scène Jon Stewart et Guy Gardner, deux autres Green Lantern terriens (Hal Jordan n'a pas le monopole). Parmi tous ces projets, un reste pour le moins incertain : Justice League Dark ou Dark Universe que devait réaliser Guillermo del Toro. Un film devant mettre en scène John Constantine, Xanadu, Swanp Thing ou encore Deadman. Del Toro est parti du projet en juin dernier, voyant que comme souvent le projet n'avance pas. Il est toutefois toujours crédité comme scénariste. Le projet semblait revenir sur le tapis cet automne, mais plus aucune nouvelle depuis. Le temps nous le dira... En attendant un film d'animation est en train de voir le jour et devrait sortir en fin d'année ou début 2017.

DCVerse


Article initialement publié le 18 avril 2015.


* Pour plus d'informations, voir ici: http://www.dcplanet.fr/64363-script-du-film-batman-vs-superman-2002-devoile

** Propos issus de: http://www.vice.com/fr/read/jean-christophe-comar-vidocq-interview-912

3 Propos issus de: http://unificationfrance.com/article17265.html

La Marvelverse se diversifie (ou pas)

Quatrième et dernier volet de cette série d'articles sur la Marvel Cinematic Universe avec les oeuvres futures comme les séries. (attention spoilers)

La Phase 3 entre en jeu

Après Ant Man de Peyton Reed (2015), le Marvel Cinematic Universe entre désormais dans sa Phase 3 avec un planning constamment modifié depuis octobre 2014. Deux films se sont rajoutés, un autre a été évincé. Cette phase est annoncée comme "la fin de l'équipe des Avengers telle que nous l'avons connue jusqu'ici." * ("toi aussi, fais des punchlines chez toi pour en mettre plein la vue à la galerie!" -NDB):

MCU Phase 3$

Certains projets alors flous se sont un peu plus dévoilés et on remarque surtout au moins trois films avec des univers et personnages inédits. Mais les événements récents ont montré des signes que la Marvel est surpuissante. Après avoir déclenché une guerre civile à travers ses Avengers, le studio mettra en valeur Docteur Strange le 26 octobre prochain. Un projet qui a fait tourné la tête de talents tels que Guillermo del Toro, David S Goyer ou Neil Gaiman durant les années 2000. Le film sera finalement réalisé par Scott Derrickson, ce qui n'est pas forcément rassurant quand on connaît son CV (s'il se serait refait une santé avec Sinister, n'oublions pas qu'il est l'auteur du remake du Jour où la Terre s'arrêta). Benedict Cumberbatch campera Strange, choix très intéressant quand on sait les qualités de cet acteur. Si l'équipe a précisé qu'il ne s'agirait pas d'une histoire d'origines, changeant radicalement avec la politique initiale de Marvel, les bandes-annonces du film dévoilent quand même pas mal d'éléments y renvoyant. Que ce soit par les éléments montrant Strange à l'hôpital (chirurgien, il a arrêté sa carrière suite à un accident endommageant ses mains) ou son passage chez les tibétains (où Tilda Swinton devrait avoir son lot de séquences phares). Il s'agira surement de flashbacks, mais il y a des chances que le séjour au Tibet soit assez long. Doctor Strange reste un pari risqué, compte tenu d'une popularité pas forcément époustouflante du personnage, tout comme d'une dimension visuelle qui devra être aussi impressionnante que certaines planches de bandes-dessinées.

S'il y a bien un domaine où le personnage est connu c'est bien par sa dimension graphique, l'art de la magie permettant aux dessinateurs des expérimentations magnifiques (notamment psychédéliques). Or, les bandes-annonces font plus penser à Inception (Christopher Nolan, 2010) avec ses multiples plans d'immeubles renversés dans tous les sens qu'aux planches de bandes-dessinées. Reste à voir si Docteur Strange jouera le jeu, en sachant que Cumberbatch et Swinton seront accompagnés de Rachel McAdams, Chiwetel Ejiofor, Mads Mikkelsen (qui n'avait pu se libérer à l'époque pour Thor : The Dark World d'Alan Taylor) et Benedict Wong. Le personnage d'Ejiofor devrait être assez ambigu puisqu'il incarne le Baron Mordo, l'ancien disciple de l'Ancien et rival potentiel de Strange. Reste à savoir si le personnage aura le même intérêt que dans les comics. En sachant que la bande-originale sera signée Michael Giacchino, ce qui changera des ost peu intéressantes de Bryan Tyler, ces dernières ayant tendance à tourner régulièrement en rond. Les gardiens de la galaxie vol 2 est confirmé pour mai 2017 avec James Gunn aux commandes, prouvant l'attachement de Marvel pour sa poule aux oeufs d'or inattendue de l'été 2014. Le film reviendra notamment sur le père de Peter Quill qui sera incarné par Kurt Russell, annonçant peut être un délire à la Indiana Jones et la dernière croisade (pas étonnant puisque Les aventuriers de l'arche perdue était cité dans le premier film). 

Gardiens de la galaxie vol 2 (photo teaser)

Photo teaser des Gardiens de la galaxie vol 2.

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Concept-art des Gardiens de la galaxie vol 2.

On parle même d'une intrusion de ce cher Howard the Duck, Gunn étant bien content du buzz autour de sa séquence post-générique. A bord du navire se trouve également Pom Klementieff (dans le rôle de Mantis, la Madonne Céleste et qui devrait avoir un rôle majeur dans le film), Elizabeth Debicki et il semblerait que Sylvester Stallone serait de l'aventure aux côtés de Nathan Fillion. Il ne serait d'ailleurs pas étonnant que Peter Quill (Chris Pratt) revienne sur Terre que ce soit dans le final ou dans une scène post-générique. Le but ? Anticiper AvengersInfinity War (voir plus bas) où il apparaîtra. Après une apparition remarquée dans Captain America : Civil War (les frères Russo, 2016), le tisseur reviendra dans Spider-man Homecoming en juillet 2017. Une longue bataille a eu lieu pour que Marvel puisse faire entrer Spidey dans son MCU, quitte à obtenir un compromis avec Sony. L'affaire débute suite au semi-échec de The Amazing Spider-man 2 (Marc Webb, 2014). Déjà le fruit d'une affaire de droits en fin d'échéance, la nouvelle franchise s'est plantée à vouloir tout faire trop vite et à bâcler les petits efforts du premier film (2012). Sony a beau essayer de monter les projets Sinister Six et Venom (toujours en préparation à l'heure actuelle), aucun ne semble avancer à vouloir mettre en scène des méchants dont les aventures solo ne peuvent dépendre que du tisseur. Suite au Sony Hack en novembre 2014, des allusions à un second reboot ont commencé à se présenter, notamment pour une intégration dans l'univers Marvel. Des négociations classées sans suite avant un retournement de situation en début d'année dernière. Ce qui fait tout de même la troisième version d'un même personnage en seize ans. 

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Concept-art de Spider Man Homecoming dévoilant le Vautour.

Reste que la tactique de Marvel pourrait s'avérer payante. Comme présenté dans Civil War, le personnage incarné par Tom Holland a 15-16 ans et risque bien de le rester un petit moment. Contrairement aux films de Marc Webb où la promesse d'un héros adolescent s'est vite estompée, il semble que le fait d'avoir pris un acteur de 19 ans soit une excellente idée pour faire durer le plaisir. De plus, présenté comme dans le film des frères Russo, le personnage n'aura logiquement pas droit à des origines. Oncle Ben n'est plus de ce monde, Tante May (Marisa Tomei) et lui vivent dans un appartement seuls, il a déjà acquis ses pouvoirs et il a même le Spider Signal. Une bonne chose qui permet d'aller à l'essentiel, sans revenir sans cesse à des choses déjà vues. Ce que n'avait pas fait Marc Webb en 2012. Le film sera réalisé par Jon Watts, réalisateur de Clown (2014) et surtout du remarqué Cop Car (2015, disponible depuis peu en DTV). Le casting s'étoffe régulièrement avec la star Disney Zendaya (qui ne devrait pas jouer une love interest de Peter Parker), Tony Revolori (The Grand Budapest Hotel) dans le rôle de Flash, Laura Harrier, Logan Marshall-Green, Donald Glover, Angourie Rice (The Nice Guys) et une apparition de Robert Downey Jr sous les traits de Tony Stark. Le Vautour sera incarné par Michael Keaton. En novembre 2017, l'univers Marvel risque de subir un changement radical suite à Thor Ragnarok. Si l'on ne sait rien de l'intrigue (il semblerait que les événements se déroulent en même temps que Civil War), les événements de The Dark World (Taylor, 2013) et Age of Ultron (Joss Whedon, 2015) devraient nous aider. 

Avengers 2 (Hulk et Thor)

Hulk et Thor dans Age of Ultron.

Dans le premier, Loki (Tom Hiddleston) simulait sa mort pour prendre la place d'Odin (Anthony Hopkins). Dans le second, Thor (Chris Hemsworth) y voyait la fin d'Asgard dans un déluge de débauche. Il se peut bien que la chute d'Asgard se fasse grâce à Loki une nouvelle fois. Ragnarok fait également référence au robot ressemblant à Thor dans Civil War (le run initié par Mark Miller en 2006). En sachant que cette fois-ci, Thor ne sera pas le seul Avenger présent, puisque Bruce Banner (Mark Ruffalo) serait de la partie. Parti vers l'infini et l'au-delà à la fin du film de Whedon, Hulk risque fort de se battre au côté du Dieu du tonnerre vraisemblablement en mauvaise posture. Sans compter le costume de gladiateur devoilé à la Comic Con citant Planète Hulk (run phare signé Greg Pak où le géant vert colérique devient un gladiateur de l'Espace !). Cate Blanchett jouera l'antagoniste Hela, tout comme Tessa Thompson (Creed) sera la célèbre Valkyrie, love interest de Thor en BD, Natalie Portman ne semblant pas vouloir rempiler (en même temps on la comprend). Jeff Goldblum et Karl Urban (dans le rôle de l'Executeur) rejoignent également les rangs. Le film sera réalisé par Taika Waititi, à l'origine du remarqué mockumentaire vampiresque What we do in the shadows (2014). Black Panther aura droit à son film solo en février 2018, après son passage remarqué lui aussi dans Civil War. Un projet annoncé depuis plusieurs années mis en scène par Ryan Coogler (Creed). 

Captain America: Civil War : Photo Chadwick Boseman

Black Panther dans Civil War.

Voici donc un super-héros venant d'Afrique, prince du Wakanda. Un homme prenant le costume de la Panthère Noire afin de préserver son royaume des ennemis potentiels du pays voulant mettre la main sur le vibranium. Un métal pouvant absorber les vibrations et presque aussi puissant que l'adamantium, source du bouclier de Captain America. L'acteur choisi pour l'incarner est Chadwick Boseman, qui a incarné James Brown dans le biopic Get on up. Par ailleurs, il se peut très bien que le personnage d'Andy Serkis dans Age of Ultron fasse partie des méchants potentiels du film, puisque lié au vibranium et il est un des adversaires de Black Panther dans les comics. Il se peut même que Bucky (Sebastian Stan) lui soit d'une certaine aide au vue du final de Civil War. Lupita N'Yongo et Dwei Gwira seront les lieutenants du méchant Killmonger, homme d'affaire incarné par Michael B Jordan. Ce qui fait oublier définitivement l'idée d'une séquelle de Fantastic Four (Josh Trank, 2015) et tant mieux. Parent pauvre de la Phase 2 (le film de Peyton Reed n'a pas été un succès fracassant attendu, même si les chiffres internationaux sont bons), Ant Man aura droit à sa suite en juillet 2018 toujours sous la direction de Peyton Reed. L'occasion pour le réalisateur de trouver définitivement son style, un peu bloqué par la pré-production chaotique du premier film. Comme le confirme son titre, le film aura un atout de plus: la Guêpe. On se demandait bien comment Marvel allait utiliser ce personnage aussi évident que ne l'était l'annonce d'Evangeline Lilly, c'est désormais chose faite. 

Ant Man and the Wasp (concept-art)

Concept-art de la Guêpe.

La séquence post-générique avait donc un sens et un concept-art est tombé sur le net. D'autant qu'Evangeline Lilly n'était pas forcément bien exploitée dans le film de Peyton Reed. Ce sera l'occasion de modifier cela. Même si Michael Douglas n'a pas été officialisé, le film pourrait bien tourner autour d'un possible sauvetage de Janet Van Dyne dans la zone inconsciente. Scott Lang (Paul Rudd) devrait continuer ses expérimentations, déjà qu'il peut devenir un géant désormais et est redevenu un fugitif... L'entrée du premier film du MCU à mettre en scène directement une héroïne, Captain Marvel, est donc repoussé à mars 2019. Alors certes on pourra toujours dire qu'il y a eu Black Widow (Scarlett Johansson), mais jusqu'à maintenant la miss n'a toujours pas eu son film attitré. Il mettra en scène Carol Danvers, officier de l'armée de l'air (filliation avec Rhodes aka War Machine?) ayant fusionné avec un alien Kree, lui permettant de voler et d'avoir une grande force. Une manière pour Marvel de répondre à l'annonce de Wonder Woman de Patty Jenkins dans le DC Verse. L'annonce a été faites durant la Comic Con, ce sera à l'oscarisé Brie Larson (Room) de camper la super-héroïne. Une promotion en or pour cette actrice trop longtemps cantonnée aux second-rôles de luxe. Un film qui devrait permettre à Marvel de continuer dans l'univers spatiale et d'explorer un peu plus le monde des Krees, à l'origine des Inhumains.

Afficher l'image d'origine

Brie Larson arrive dans l'écurie Marvel.

Enfin la Phase 3 se terminera sur Avengers : Infinity War des frères Russo, puis un quatrième Avengers qui serait désormais indépendant: un en mai 2018, l'autre en mai 2019. Le premier film devrait adapter Le Gant de l'infini et La Guerre de l'infini, deux runs phares des années 90 signés Jim Starlin. La plupart des héros Marvel vont devoir affronter Thanos (Josh Brolin) dans un affrontement qui s'annonce colossal. Les Russo prévoient une soixantaine de personnages divers et variés. Pour ce qui est du casting tout semble flou, mais e compte risque vite d'être rempli, en sachant que les héros de Netflix seraient aux abonnés absents malheureusement. Pour preuve s'il l'ont se focalise sur la plupart des personnages vus dans le MCU et toujours de ce monde, on en est à au moins une quarantaine. Quant à la Phase 4, Marvel en parle déjà brièvement en annonçant trois films pour mai, juillet et novembre 2020. Il y a des risques que le premier soit The Inhumans, retardé dernièrement ou peut être annulé (rien de précis pour l'instant). Les Krees (ce qui permettrait ainsi de lier Agents of Shield, Captain Marvel et The Inhumans, histoire de rester dans le même univers connecté...) ont crée les Inhumains, ces êtres mutants laissés pour compte. Un d'entre eux, Randac, s'est inséré dans une brume spéciale lui donnant ensuite des dons mentaux. Ce qui a crée des frictions entre les humains non-mutés et les mutants suite à la brume.

La guerre de l'infini

Une fois la paix arrivée, les Inhumains sont menés par Fléche noire (un homme victime de sa voix destructrice) et parmi les plus célèbres de ses camarades, on retrouve la belle Crystal, le chien Gueule d'or ou Medusa. Un univers entre science-fiction et fantasy pour le moins particulier et lié ironiquement aux Fantastic Four (pour l'insert de la bande de Richards c'est rapé). En sachant que Marvel a récupéré les droits de Blade, ce qui pourrait permettre un reboot de cette franchise.

La Marvel s'attaque aux séries

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. : Photo

Suite au succès d'Avengers (2012), la Marvel a cherché à se partager un peu plus sur différents médias et principalement la télévision. La première étape fut Agents of Shield diffusée depuis septembre dernier sur ABC. Il s'agit de la première série Marvel depuis L'incroyable Hulk, mais l'époque n'est plus la même. Le câble est passé par là, les audiences sont moins spectaculaires qu'autrefois sur les networks et surtout on peine à comprendre pourquoi la Marvel a privilégié l'antenne de Disney (ABC en fait partie) qui est une network au câble où elle aurait eu plus de libertés. Proximité indéniablement mais rappelons que Joss Whedon, également aux commandes de cette série, s'était plus d'une fois fait avoir pour les networks que ce soit avec la Fox pour Dollhouse (diffusée à la sauvette durant deux saisons) et Firefly (diffusée n'importe comment et n'importe quand) ou la WB avec Buffy contre les vampires (qui avait fini sur le câble avec UPN) et Angel (supprimée à cause d'un manque cruel de communication). Ensuite, il est ironique de voir que DC Comics s'en sort bien mieux sur ce point que ce soit avec Smallville qui quoi qu'on pense a tout de même durer dix saisons ou la série Arrow qui s'est imposé assez rapidement avec de multiples bonnes critiques. Ce qui n'est pas forcément le cas d'Agents of Shield depuis ses débuts. 

Photo Clark Gregg, Jaimie Alexander

Pas aidé par un manque cruel de personnages connus (Clark Gregg ressuscite en agent Coulson, les autres étant des personnages crées de toutes pièces), la série n'a cessé d'essayer de mettre en scène des caméos histoire de trouver le public de la Marvel Cinematic Universe. Sauf qu'en général, cela ne concerne jamais les Avengers et ce sont toujours des seconds-rôles. Nick Fury (Samuel Jackson) a beau être apparu dès le second épisode, puis le dernier de la première saison, ce n'était qu'un guest de passage. Idem pour Cobie Smulders déjà bien occupé par le tournage de Captain America The Winter Soldier (les frères Russo, 2014) et surtout le final d'How I met your mother. Quant à Jaime Alexander, on peut vraiment parler de fond de tiroir car le personnage de Lady Sif est vraiment un très lointain second-rôle. Pas de quoi s'enflammer donc. Mais le pire vient surtout des audiences de la série qui sont réellement décevantes pour une série de ce type et ne parvient pas réellement à être stable. En deux semaines, la série est ainsi passée de 11,9 millions de téléspectateurs à 8,4. La semaine suivante c'était 7,79 et la série est restée dans les 7 millions durant plusieurs semaines avant de se relancer à 9,3 pour ensuite faire un vrai bide à 5,93 (les fêtes de noël surement) pour remonter à 6,62 et repartir en dessous des 6 millions et le dernier score est encore pire avec 4,91 millions de téléspectateurs. Des chiffres qui sont pour le moins catastrophiques et qui aurait dû amener à une annulation évidente, d'autant que la série est particulièrement chère. Pourtant ABC a reconduit la série pour une seconde saison puis une troisième, mais dans quel intérêt vu qu'elle n'est pas suivie du tout? 

Agents of Shield (affiche) (1)

Des séries plus ambitieuses ont été suprimé avec des audiences plus élevées. Mais là où Agents of Shield se sauve de la mouise c'est grâce tout simplement à un revirement de situation en totale adéquation avec Captain America The Winter Soldier. Après seize épisodes reposant sur un néant total (intrigues qui n'avancent pas, l'annonce de la résurrection de Coulson expliquée correctement au bout de onze épisodes alors que la révélation aurait pu arriver plus tôt, personnages sans relief, beaucoup trop de cgi pour pas grand chose), la série trouve enfin sa voie! Il est rare de voir une série trouver sa voie en cours de route et pourtant les derniers épisodes de la saison 1 s'avèrent vraiment de qualité, jouant habillement sur le côté sérielle et sur l'ambiance du film des Russo pour avancer vers de bonnes bases. Bill Paxton excelle en méchant aux pouvoirs improbables, jouant d'un merveilleux cabotinage (dans le bon sens), les personnages évoluent enfin, May (Ning Ma) s'imposant réellement comme la Cavalerie, Coulson comme le meneur et l'histoire d'amour confuse entre Ward (qui passe génialement du côté obscur) et Skye (Chloe Bennett) tout comme celle de Fitz (Iain De Caestecker) et Simmons (Elizabeth Henstridge) prennent une place importante et intéressante. Même si on s'y attend ces deux relations auront des conséquences dramatiques pour chacun. Quant à l'Hydra, elle fera désormais partie intégrante de la série jusqu'à Age of Ultron.

Agents of Shield (affiche) (2)

La saison 2, en revanche, est fantastique de bout en bout. Prenant le bel envol de la fin de la première saison, elle permet deux arcs narratifs fantastiques directement liés à Skye. Dans un premier temps avec la découverte de ses parents, faisant d'elle une inhumaine et permettant d'adapter Mister Hyde sous les traits de Kyle MacLachlan. Si le maquillage n'est pas toujours parfait, le personnage est plutôt bien traité jouant sur l'ambiguité de son rôle (père aimant et mari épleuré cherchant à tout prix à se venger d'Hydra et du Shield qui lui ont enlevé sa femme et sa fille). Sa mère nous est présentée en revanche comme une inhumaine ce qui amène au second arc. Après avoir réglé dans les grandes largeurs l'affaire Hydra, Agents of Shield s'attarde longuement sur les Inhumains avec des personnages atypiques. La transformation de Skye nous est montré dans un moment émouvant où comme souvent dans les séries de Joss Whedon, un personnage fort meurt dans des circonstances tristes au possible. Toute la partie Inhumaine entrouvre ce qui va arriver au fur et à mesure dans le MCU: l'arrivée des Krees, mais aussi l'évocation d'un dossier comprenant toutes les personnes ayant des pouvoirs dans le monde. Une manière pour le gouvernement américain de tenir en laisse ses héros et ses possibles ennemis.

Agents of Shield (affiche) (3)

Un débat de fond qui annonce Civil War, mais aussi la formation d'une équipe alternative aux Avengers, les Secret Warriors, qui serait dirigée par Skye désormais baptisée Daisy Johnson. Quant au reste des personnages ils s'étoffent tous. Coulson entre en guerre contre une rebellion au sein du Shield (encore une phase géniale de cette saison, permettant de voir deux camps se mettre sur la tronche pour le pouvoir); Ward change de camp à tout va avant de tomber à nouveau dans la tragédie (Whedon ce briseur de coeur professionnel!); Fitz a un bloquage suite au passage du caisson et entre dans une schyzophrénie rendant le personnage terriblement émouvant et attachant. Simmons est présente au fur et à mesure mais le final de la saison 2 risque d'avoir des conséquences dramatiques (Whedon toujours...). Quant à May, elle révèle le temps d'un épisode une sensibilité que l'on imaginait pas et de comprendre à quel point le surnom "Cavalerie" a des consonnances douloureuses. L'arrivée de Mockingbird (Adrianne Palicki) et Lance Hunter (Nick Blood) permettent de belles batailles en couple entre le pro-shield et le pro-shield II. Un spin-off était d'ailleurs initialement prévu sur le duo, puis arrêté avant de revenir sur le devant de la scène. Il est d'ailleurs plus ou moins confirmé par le départ des personnages durant la troisième saison, le couple étant radié suite à une affaire ayant mal tourner.

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La saison 3 acccumule les scores ridicules, mais se maintient grâce à un côté feuilletonesque intéressant. Que ce soit le sauvetage de Simmons ou le Shield contre les rouages du pouvoir. Reste Ward toujours en méchant, ce qui a tendance à empêcher un peu la série d'avancer vers d'autres directions. C'est peut être le principal défaut de cette troisième saison, d'autant que les rebondissements vers la fin deviennent un peu poussif à cause de Ward. En revanche, l'évolution des personnages est toujours intéressante, notamment concernant Daisy Johnson. Cette dernière doit faire face à ses actes sous l'influence de Ward et à la perte à nouveau d'un proche dans un final pour le moins tragique. L'épilogue en serait presque de trop. On remarque aussi une petite innovation dans les cgi de la série, ces derniers ayant un peu plus de gueule. Une saison 4 a été annoncé, mais il se pourrait que la saison soit réduite à cause des audiences catastrophiques du show. Il a été d'ores et déjà annoncé que le Ghost Rider serait là, permettant à la série de se renouveller et faire entrer le MCU dans les Enfers. On regrettera toutefois que Marvel n'a pas voulu montrer le personnage chez Netflix. En espérant que le personnage (qui sera sous sa dernière forme: Robbie Eyes) soit bien réalisé, car ce sera bien triste d'utiliser un personnage aussi visuel pour en faire quelque chose d'ignoble. Pendant plusieurs années, Guillermo Del Toro a essayé de mettre en place une série servant de véhicule à Hulk, mais le projet Avengers a plus ou moins tout fait capoté. D'autant que le réalisateur de Pacific rim voulait surtout rendre hommage à la série de Bill Bixby.

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D'ailleurs à la question de savoir si le projet était annulé, Kevin Feige était plutôt évasif: "Non, pas du tout, nous tentons toujours de mener le projet à terme (...). Mais rien n'est totalement sûr pour l'instant, et aucune date de tournage n'est encore prévue..." 4 Del Toro ne va pas du tout dans ce sens là, évoquant clairement que le projet est mort et enterré. Encore un de plus pour ce cinéaste maudit. Par contre, la Marvel mise beaucoup sur les Defenders, groupe de super-héros qui comprendra Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. Pour le premier, cela faisait un moment que la Marvel comptait reprendre les droits à la Fox, incapable de faire un reboot et ce malgré les atouts Joe Carnahan ou David Slade (qui sont partis à chaque fois devant le manque total d'ambition de la Fox). Ce n'est clairement pas un mal de revoir "l'Homme sans peur" que ce soit au cinéma ou en série même si j'ai bien du mal à le voir en héros sur le long terme. Massacré dans le film de Mark Steven Johnson avec un Ben Affleck tout bouffi dans son costume (cela pourrait changer en Batman vieillissant), le héros aveugle a bien besoin de revenir en forme. Incarné par Charlie Cox, vue dans la série Boardwalk Empire et le film Stardust , il est rejoint par Rosario Dawson, Elden Henson pour l'accolyte Foggy, Deborah Ann Woll et Vincent D'Onofrio dans le rôle phare de Wilson Fisk dit le Caïd. Réussite totale, abordant le personnage de la meilleure des manières (violente, bien scénarisé, s'attardant sur tous les personnages même les plus secondaires), Daredevil est une sommet rare dans le MCU et une preuve que la Marvel peut aborder ses héros de manière plus mature (voir La résurrection de l'Homme sans peur).

Daredevil (affiche)

La deuxième saison continue sur cette lancée, interrogeant Daredevil sur son rôle de vigilante. Le face à face avec le Punisher (un des meilleurs reboots de tous les temps sous les traits du génial Jon Bernthal) vaut son pesant de cacahuètes et l'utilisation de la Main laisse encore des zones d'ombre permettant à une troisième saison de s'imposer (voir Frank Castle punit enfin la racaille comme il se doit). Une saison 3 est déjà confirmée, tout comme un spin-off pour l'impitoyable Punisher. Ce qui a le mérite de donner sérieusement envie et prouve bien que ce personnage n'était pas inadaptable. Jessica Jones a aussi confirmé que Netflix était une valeur sûre. Un ton mature à l'image du comic-book qu'il adapte, capable de parler de sujets aussi brutales que le viol et la manipulation d'autrui. Bien aidé par un méchant merveilleux campé par David Tennant et une Kristen Ritter parfaite en anti-héroïne. On en demandait pas autant que sur Daredevil, mais la série réussit parfaitement son pari d'aller dans une direction moins spectaculaire, mais néanmoins plus glauque (voir Il y a des choses que l'on ne peut oublier, même chez les héros). En sachant qu'une seconde saison est prévue probablement pour 2018. Pendant plusieurs années, Luke Cage a été convoité par la Marvel et le plus vieux projet remonte à celui de John Singleton avec Tyrese Gibson. Cage a été introduit légitimement dans Jessica Jones (les deux personnages étant liés encore une fois) avant d'avoir sa propre série, sous les traits de Mike Colter. 

Jessica Jones (2)

La Comic Con a été l'occasion de dévoiler un petit teaser pour le moins amusant, montrant notre cher Luke faire un festival auprès d'un gang du coin. Le teaser dévoile aussi le méchant incarné par Mahershala Ali, visiblement un gangster règnant sur Harlem et peut être même plus. Une série qui devrait être un peu plus décontractée que les précédentes de Netflix abordant des sujets plus lourds. La série sera diffusée en septembre prochain. Iron Fist fut convoité pendant longtemps aussi par le cinéma avec un projet avec Ray Park (Dark Maul dans La menace fantôme et le Crapaud dans X Men). Un adepte des arts-martiaux au coup de poing spécial dû au pouvoir d'un dragon. Il y a de fortes chances que le personnage Shang Chi fasse partie de l'aventure, puisque c'est avec lui que Daniel Rand fonde les Héros à louer. Les scénaristes auraient vraisemblablement du mal à trouver le ton juste, le personnage ayant quelques éléments fantastiques notables et il faut le bon ton afin de ne pas sombrer dans le grotesque. Finn Jones incarnera Iron Fist et Jessica Henwick la sabreuse Colleen Wing. David Wenham a été officialisé dans le rôle de Harold Meachum, un homme d'affaires directement lié au passé de Danny Rand. Un teaser a été dévoilé, montrant le personnage dans un accident d'avion tout jeune avant de le dévoiler en hôpital psychiatrique et à New York. 

La série est prévue pour 2017 avant une série réunissant Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist (et possiblement le Punisher et Elektra) sous le nom de The Defenders pour 2017. Une réunion qui permettra de faire oublier leur absence dans Infinity War et surtout de permettre à ces vigilantes des bas-fonds de New York de montrer qu'ils sont probablement la meilleure proposition du MCU. En sachant que les épisodes seront diffusés en intégralité sur Netflix, la politique de la plateforme de diffusion étant de tout diffuser d'un seul coup. Une rareté qui commence déjà à faire du mal aux chaînes traditionelles du paf ricain. Quant à l'Agent Carter il peine à convaincre pour l'instant et ce malgré ses atours de mini-série et non possiblement de série sur la longueur. Une seconde saison a été diffusé, mais vu qu'il s'agit d'une série plus ou moins one shot, une troisième saison n'est plus à l'ordre du jour. Enfin, ABC Family a annoncé une série sur la Cape et l'Epée, lui pouvant être invisible grâce à sa cape, elle étant une combattante. Un projet un peu plus porté sur le public adolescent, au vue de la chaîne concernée. 


 Article original publié le 14 avril 2014.


* http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18646237.html

** http://www.ecranlarge.com/article-details-27954.php

*** http://www.ecranlarge.com/article-details-27916.php

4 Propos recueillis dans Pop corn numéro 5 (avril-mai 2014).

Autres sources: http://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=11400.html

Ça balance pas mal à San Diego

Comme chaque année, la Comic Con de San Diego est l'occasion pour les fans de comics d'aller chercher la dédicace, mais aussi pour les studios de dévoiler leurs nouvelles productions. Par ailleurs, la convention a frappé fort pour éviter les fuites, chaque année plusieurs événements finissant par se dévoiler par des vidéos prises durant les conférences. Cette année, l'accès au wifi était facturé de manière colossale ou sur demande et les studios ont dévoilé les bandes-annonces sur le net directement. Nous n'allons pas revenir ici sur les news autour de DC Comics et Marvel, leurs articles respectifs seront mis à jour dans la journée. Cet article s'occupera du reste.

  • Les annonces diverses et variées

Outre les bandes-annonces très attendues (Warner avait fini par lâcher celle de Suicide Squad à cause des nombreuses fuites venant de la convention), la Comic Con est l'occasion d'annonces multiples. On commence donc avec l'ami Kevin Smith. Alors qu'il travaille déjà à une suite sérielle de Mallrats (1995), voilà qu'il s'attaque à un monument de pop culture américaine. Alors que Jack Burton a depuis une véritable réputation en France, c'est un peu moins le cas de Buckaroo Banzaï. Le film de WD Richter (1984) réunissait Peter 'Robocop' Weller dans le rôle principal, Jeff Goldblum en costume de cowboy, Ellen Barkin en love interest, Clancy Brown, John Lithgow en méchant et Vincent Schiavelli et Christopher Lloyd en hommes de main. Un film particulièrement étrange, mélange délirant de comédie et science fiction, avec un soupçon de rock'n roll. Pour vous donnez une idée, Buckaroo est un scientifique qui trouve un moyen d'atteindre la huitième dimension, tout en étant une rock star reconnue! On s'étonnerait presque qu'Hollywood n'a pas mis le grappin dessus plus tôt, surtout depuis que Jack Burton a désormais un remake prévu (heureusement) au point mort. Reste à savoir si Buckaroo Banzai résistera à son passage aux années 2010 (le film est quand même très ancré dans un look 80's), d'autant que Smith n'est pas forcément en grande forme en ce moment (son petit dernier Yoga Hosers s'est fait dézingué  par la presse). Le tout sera diffusé sur Amazon, le site de vente ayant depuis quelques années opter pour la production de films et séries.

Buckaroo Banzai

A l'heure où l'adaptation US et live de Ghost in the shell alimente les polémiques et que le projet Akira revient souvent sur le tapis (heureusement jamais longtemps), voici venir un projet autour de Pokémon. En live. Produit par des américains. Si Legendary a déjà prouvé son intérêt pour le grand cinéma (les derniers Nolan et Del Toro, Blackhat de Michael Mann), ce type de projet a bien du mal à passer. Certes Pokémon n'est pas un jeu utilisant particulièrement le folklore japonais (même s'il en fait parti désormais) et se situant dans un monde imaginaire. Mais cela nécessite un certain respect et une connaissance de l'oeuvre colossale (des jeux, des séries animées, des films...) et non un recopiage comme c'est le cas du récent Warcraft (Duncan Jones, 2016). Or, ce qui vient du Japon et est transformé par les ricains donne lieu à de belles catastrophes, notamment pour ce qui est des mangas. Pour un Speed Racer (les Wachowski, 2008) réussi, un Dragon Ball Evolution (James Wong, 2009) que tout le monde veut oublier (même ceux qui ne l'ont pas vu). D'autant plus que l'annonce de Max Landis ("fils de" à l'origine du piteux Chronicle) au scénario ne rassure pas du tout. On se souvient également de la censure des américains sur la série et les films, le premier ayant fini coupé d'une bonne partie de son premier tiers. On pense aussi légitimement qu'un film Pokémon devrait être poussé visuellement, au vue du bestiaire de petits monstres qui devront être animés en cgi. 

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Il semblerait que le film se base sur le jeu Great Detective Pikachu (2016), ce qui a le chic de refroidir encore plus... Les fans de Divergent l'ont aussi été face aux révélations du studio Lionsgate. A force de faire des films de conclusion en deux parties, il n'est pas étonnant que les chiffres parlent. Divergent 3 (Robert Schwentke, 2016) a moins marché au box-office, entraînant ainsi l'annulation du quatrième film... au cinéma. Le studio a trouvé plus économique de produire un téléfilm qui serait diffusé sur MTV, suivit d'un spin-off. Un pur gâchis auquel les acteurs des films risquent de ne pas rempiler, notamment à cause d'un contrat désormais déloyal. Une preuve de plus qu'adapter chaque volet d'une saga littéraire ne marche pas souvent économiquement, fort d'une lassitude des spectateurs, y compris lorsque la saga est mauvaise. Pour finir voici une bonne nouvelle venant de James Cameron. Non, il n'a pas parlé des dix Avatar qu'il va réaliser dans les prochaines années. Alors qu'il venait fêter les trente ans d'Aliens, Big Jim a évoqué la sortie prochaine d'Abyss (1989) en BR. Aucune édition n'était sortie depuis le DVD, avec notamment un format 4/3 indigne d'un tel film. L'erreur sera réparée l'an prochain, en espérant que True Lies (1994), autre film du réalisateur privé de BR, aura droit lui aussi à ce traitement de faveur.

  • Warner sort les fauves

Suite à l'absence de la concurrence, Warner a sorti l'artillerie. On va commencer par le pire avec King Arthur : Legend of the
sword de Guy Ritchie. Cela fait un moment que le studio essaye de remettre le Roi de Camelot sur le devant de la scène. Avant de s'attaquer au scénario de Jack le chasseur de géants (Bryan Singer, 2013), David Dobkin avait prévu de réaliser Arthur and Lancelot. Un projet finalement mis au placard car trop cher, avant que Guy Ritchie arrive avec un autre projet, qui s'annonce tout aussi onéreux. Devant sortir cet été initialement, il a été repoussé au 22 mars 2017. Au vue de cette première bande-annonce, on comprend un peu mieux pourquoi. Le film se veut une énième origin story avec Arthur partant reprendre son trône après avoir récupérer Excalibur. Dit comme cela pourquoi pas, sauf qu'au contraire d'Excalibur (John Boorman, 1981), King Arthur ne semble pas assumer totalement son aspect fantasy, s'enfonçant dans un réalisme avec photo sombre, où des caméras embarquées suivent des personnages de profil. On reconnaît le style de Guy Ritchie, mais dans ce qu'il y a de plus problèmatique. Il opte pour le même traitement que Sherlock Holmes (2010) : beaucoup de ralentis, une manière de détourner un personnage iconique par un ton vaguement ironique. Sauf qu'Holmes n'est pas Arthur et cette manière de désacraliser le personnage semble peu convenir,
tout comme dans le film d'Antoine Fuqua en 2004.

Alors quand le trailer passe subitement à la fantasy, on a bien du mal à y croire. Y compris avec des cgi d'une rare laideur et des éléphants sortant de nulle part. Même si aucun lieu n'est évoqué, on a bien du mal à croire que l'action se situe en Inde. Le seigneur des anneaux de Peter Jackson (2001-2003) fait encore des émules aujourd'hui. Passons maintenant au positif avec des nouvelles de Lego Batman de Chris McKay. Après des teasers bien sentis, cette nouvelle bande-annonce confirme que le délire Lego pourrait être une excellente surprise, à l'image de The Lego Movie (Lord, Miller, 2014). McKay et ses scénaristes semblent s'être bien amuser avec les personnages de DC Comics et en se payant notamment la relation douteuse entre Batman et Robin. Le passage avec le costume de Robin est en soi raccord avec les allusions engendrées depuis au moins la série avec Adam West, sentant bon la bromance délirante plutôt que la relation père-fils. D'autant que le duo Will Arnett / Michael Cera semble bien s'amuser au doublage. Sans compter la schizophrénie de Batman, Bruce Wayne s'enfermant tellement dans le personnage qu'il finit par l'être définitivement au grand désarroi d'Alfred (Ralph Fiennes). Sortie le 8 février prochain. Alors que Pacific rim 2 a perdu progressivement la plupart de ses arguments de départ (Guillermo del Toro relégué à la production, Charlie Hunnam et probablement Rinko Kikuchi mis sur la touche), King Kong donne de ses nouvelles de manière fracassante.  

A contrario des films de John Guillermin et Peter Jackson (1976 et 2005), il ne s'agira pas d'un remake. Bien qu'il s'agisse toujours d'une expédition (le personnage de John Goodman enquête sur des êtres vivants plus anciens que les hommes et pouvant encore exister), on est davantage dans la variation et les militaires ne semblent pas là pour capturer la bête, mais plutôt pour l'affronter manu militari. Au vue des premières images, le film fait beaucoup penser à Godzilla (2014) où Gareth Edwards jouait avant tout sur le point de vue humain et la menace devrait être constante, fort d'un Kong en terrain connu et ayant peu envie qu'on le dérange. La bande-annonce de Kong: Skull Island dévoile d'ailleurs de superbes plans, arguant aux sceptiques qu'un blockbuster peut lui aussi avoir de belles images. Le casting semble également de qualité avec Brie Larson, Tom Hiddleston, Samuel Jackson et John Goodman. Le film de Jordan Vogt-Roberts sortira le 8 mars.

  • Flash télévisé

On parle souvent du cinéma, mais la télévision est également au rendez-vous à la Comic Con. La chaîne FX en a profité pour dévoiler les premières images de Legion, une série basée sur le fils de Charles Xavier, lui aussi télépathe mais avec des troubles schizophréniques instables. A l'image d'une bande-annonce faisant office de véritable ofni, partant dans toutes les directions, rêve ou réalité qui s'entrechoquent. Le personnage en revient à se poser des questions lorsqu'il finit par rencontrer une autre patiente présente dans ses rêves. Certains reconnaîtront le style de la série Fargo (2014-), également créée par Noah Hawley. Les fans de la saga X Men risquent en revanche de peut être passer leur chemin, à cause du côté exigent, à la limite du trip. D'autant plus que logiquement les X Men devraient être absent. Un mal comme bien, permettant l'indépendance du projet. Il est bon de souligner que Legion est la première série produite par Marvel Television hors de son Cinematic Universe. La diffusion est prévue pour l'an prochain. En revanche, American Gods a grandement plu et pour cause la série adapte un des romans phares de Neil Gaiman. Un auteur que l'on connaît notamment pour Coraline (2002) ou le comic-book Sandman (1989-1996). La série est d'autant plus attendue qu'elle est lancée par Bryan Fuller, showrunner malheureux des séries Pushing Daisies (2007-08) et Hannibal (2013-2015).

L'occasion de la revanche? Peut être bien, d'autant que cette fois il officie sur le câble. American Gods raconte l'histoire d'un taulard (Ricky Whittle) sortant de prison découvrant que sa femme (Emilie Browning) est décédée. Il croise un certain Wednesday (Ian McShane), dieu nordique cherchant à rallier ses compatriotes face aux nouveaux dieux dits américains. Lesquels? La télévision, internet, la voiture et les médias en général. Un point de départ intéressant et une direction artistique qui s'annonce dantesque comme d'habitude chez Fuller. Un gage de qualité qui pourrait être payant. Diffusion l'an prochain sur Starz.

  • Valerian: le film de la réconciliation?

Comme tout le monde le sait (à moins d'avoir vécu sept ans sur une île déserte), Luc Besson et votre cher Borat c'est une
longue histoire d'amour. Malgré des fautes de goût certaines (notamment quand il s'agit de scénariser ses productions), l'ami Besson est ambitieux quoiqu'on puisse dire. Monter une trilogie fantasy (même si mauvaise), un projet de science-fiction avec Bruce Willis ou encore une odyssée sous-marine en France, il faut oser même si Besson a un certain monopole puisqu'il s'autoproduit depuis 2000. Après un Lucy aussi consternant qu'hilarant (2014), Tonton Besson s'est lancé dans un projet ambitieux qui pourrait titiller même ses détracteurs. Comme Bibi. Il se trouve que Besson s'attaque définitivement à Mézières, après avoir collaboré avec lui sur Le cinquième élément (1997). Pour donner un exemple, le design des véhicules comme le fait qu'ils volent venait de planches de Valerian et Laureline, bande-dessinée de Mézières et Pierre Christin qu'adapte Besson. Budget colossal d'environ 200 millions d'euros, casting international (Cara Delevingue, Dane DeHann, Ethan Hawke, Clive Owen, Rihanna, John Goodman et Rutger Hauer), guests délirants (Alain Chabat, Matthieu Kassovitz et Herbie Hancock notamment), tournage à la Cité du Cinéma... Valerian et la cité des mille planètes s'annonce comme un gros événement estival de 2017.

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Autant dire qu'il a mis les américains d'accord, eux qui ont toujours aimé la réalisation à l'américaine de Besson depuis Nikita (1990). Pas de bande-annonce diffusée (le film est en post-production pour un bon moment encore), mais une flopée de concept-arts ravissants et sept minutes de métrage. Les gens sur place ont évoqué une poursuite avec une créature, une scène dévoilant Rihanna dans un cabaret, les deux héros se déplaçant dans une station spatiale, puis attérissant avec leur vaisseau. Il semblerait que le film se déroule sur vingt-quatre heures. L'histoire mettra en scène Valerian et Laureline, agents spatio-temporels du gouvernement du territoire des humains. Ils attérissent sur Alpha, mégalopole où la technologie, les talents et les ressources sont utilisées en bie, jusqu'à un changement radical. Pitch simple (basé en partie sur L'empire des mille planètes, même si Besson évoque une histoire plus "originale") mais pouvant être efficace, reste à voir si Tonton Besson ne va pas accumuler les excentricités. Avec lui, les bonnes intentions peuvent vite se retourner contre lui, qui plus est avec un traitement maladroit (on a vu cela avec plus d'une bouffonerie dans les Arthur). Sans compter que Besson devra faire face à une concurrence identique à John Carter (Andrew Stanton, 2012), George Lucas s'étant inspiré aussi bien des écrits d'Edgar Rice Burrough que de la BD de Christin et Mézières pour Star Wars (1977). Sortie prévue en juillet prochain.

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27 juillet 2016

Séance faisant danser le diable au clair de lune

Cette semaine, l'Antichambre de Borat va faire trembler les murs, faire peur dans les chaumières, . Rappelons le topo de cette rubrique: trois films, trois critiques rapides mais tout aussi complètes et cette fois, ce sera au tour de films d'horreur. Au programme: une histoire vraie pas très catholique, un film d'époque diabolique et une virée sanglante dans le monde de la mode. Ready? Go! (attention spoilers)


 

The conjuring 2

Nous avions laissé l'ami James Wan avec le merveilleusement nanardesque Furious 7 (2015), film ayant accumulé des problèmes aussi bien tragiques que techniques. Le revoilà sur un budget beaucoup plus petit (on passe tout de même de 190 millions de dollars à 40 !) avec la suite de son Conjuring (2013). Après avoir lancer un spin-off que beaucoup veulent oublier (Annabelle, John R Leonetti, 2014), Wan revient sur la franchise qu'il a lancé comme il l'avait fait avec Insidious

Toutefois, à ceux qui craignent la suite directe, n'ayez pas peur. Bien que l'affaire Enfield a eu lieu après l'affaire Perron (1971 et 1977), les films Conjuring sont des stand-alone movies. Deux histoires n'ayant rien à voir ensemble et pouvant se voir indépendamment, même s'il vaut mieux voir le premier pour connaître les Warren. Ce qui n'est pas plus mal à l'heure des shared-universes et des suites se suivant sans cesse. Un peu de liberté ne fait pas de mal, d'autant plus que le réalisateur a pu avoir la liberté qu'il voulait au vue du succès du premier opus. Preuve en est un budget augmenté de 20 millions et toujours le classement Restricted à la clé. Wan peut faire ce qu'il veut et c'est bien pour cela qu'on aime son cinéma.

Comme le premier opus, The Conjuring 2 n'invente rien et c'est aussi en cela que le film s'avère angoissant. Le film a beau être une fiction, il s'inspire d'une autre véritable affaire traîtée par les Warren peu de temps après Amytiville. Pour preuve, un générique de fin qui glace le sang avec photos et enregistrements à la clé. Le côté "histoire vraie" est traîté avec autant de réussite que sur le premier opus, d'autant qu'ici des suspicions de tromperies apparaissent. D'où le personnage de Franka Potente, bien plus suspicieuse et malgré son statut de docteur en paranormal, croit moins à certaines choses que ses collègues plus convaincus. 

Wan lie de manière habile les affaires d'Amytiville et Enfield à travers un démon récurrent. Le cas Amytiville n'est donc pas choisi pour rien, d'autant que le film souligne la similarité entre les deux affaires. L'occasion de belles idées visuelles avec ce démon, à l'image également de ce plan large montrant le chien se transformant en Homme Tordu. Wan multiplie les idées visuelles superbes (on citera également les scènes dans l'au delà superbement shootées par Don Burgess), banalisant les jump scares encore bien présents. On remarquera également que la musique est bien moins entendue, ce qui évite tout sur-effet casse-pied.

Le jeu d'acteur est également à souligner, que ce soit le duo parfait Vera Farmiga / Patrick Wilson et l'impressionnante Madison Wolfe. En résultes, une suite de qualité changeant radicalement de ce que l'on peut voir d'habitude dans le genre horrifique.


 

THE WITCH

Prix du jury Syfy au Festival de Gérardmer, The Witch avait été raté par votre cher Borat, faute de pouvoir tout voir. Il s'est rattrapé au cinéma, d'autant plus qu'avec Evolution (Lucile Hadzihalilovic, 2016), ce sont les deux seuls films du festival à avoir eu une exploitation en salle en France. Une rareté de plus en plus sinistre et triste, d'autant que certains films venant de Gérardmer sont parfois plus excitant que ce qui sort en salle (cf Bone tomahawk, le grand prix de cette édition 2016 signé S Craig Zahler ayant fini en direct to dvd).

L'air de rien, ce premier film de Robert Eggers revient de loin, puisque sa première diffusion datait de 2015 à Sundance, où il récolta le prix de la mise en scène. Le temps de trouver un distributeur (A24 aux USA, Universal dans le reste du monde), le film a pu se faire une nouvelle réputation avec le festival vosgien, preuve que par chez votre cher Borat on a plutôt bon goût.

Un premier film qui se révèle particulièrement radical, puisqu'il s'agit d'un film d'horreur en costume. Ce qui change des purges actuelles, très contemporaines au spectateur. Une prise de risque qui s'avère payante, évitant les jump scares suscités malgré une surabondance de musique dans le premier tiers. Cette dernière est heureusement bien moins présente, à mesure que le scénario met à mal ses personnages. 

En soi, on peut voir The Witch comme un anti-Exorciste. Le film partage avec celui de William Friedkin cette tendance à aborder la foi des personnages. Sauf que le réalisateur évoque plutôt le contraire. Là où le père Karras (Jason Miller) la regagne lors de l'exorcisme, les personnages de The Witch ont tendance à la perdre petit à petit. Plus les drames s'accumulent, moins ils croient en Dieu et à ce qu'il représente jusqu'à un final glaçant au possible. Et plus ils deviennent fous, à l'image de la mère (Kate Dickie) voyant en sa fille une sorcière jusqu'à essayer de la tuer, alors qu'elle-même se familiarise avec un fantôme.

De même, le film accumule les faux-semblants, faisant petit à petit resserrer l'étau sur la fille la plus âgée (excellente Anya Taylor-Joy) pendant que le père (Ralph Ineson) perd de sa superbe jusqu'à une mort tragique. Le film ne cache jamais son appartenance au fantastique ou à l'horreur, montrant très rapidement l'existence de la sorcière dans une séquence particulièrement glaçante et pour le moins gore. Moins de choses sont dites, plus le spectateur s'imagine et a peur. A l'heure où le gore extasie les adolescents de la plus basique des manières, ce type de production subjugue par sa sobriété. Robert Eggers, un artiste à suivre de prêt.


The neon demon (2)

On aurait pu penser que Nicolas Winding Refn resterait dans un registre commercial après Drive (2011). Il avait clairement fait comprendre que non avec Only god forgives (2013), toujours avec Ryan Gosling mais dans un registre beaucoup plus expérimental, citant ouvertement Alejandro Jodorowsky. Au point d'avoir un peu peur de ce Neon Demon, dont beaucoup vantaient les images à Cannes mais peu du reste.

Au final, The Neon Demon s'avère bien moins compliqué que son aîné, bien plus lisible aussi. Le film ne repose heureusement pas que sur les images (superbement réalisée il faut bien le dire), ces dernières nous faisant entrer dans un monde de dégoût et de lumières sous la musique hypnotique de Cliff Martinez. Nous suivons une jeune mannequin (Elle Fanning), fille parfaite selon tout ceux qui la voit. De quoi attiser des convoitises aussi bien masculines que féminines.

Winding Refn brouille les pistes régulièrement, éludant la menace constante de certaines femmes jusqu'à un retournement de situation tardif frappant. Dès lors, on comprend où veut en venir le réalisateur quand il citait la comtesse Bathory, cette femme qui tuait des vierges en espérant devenir immortelle. Un cas déjà traîté dans le plutôt bon La comtesse (Julie Delpy, 2009) et qui trouve une variation plus gourmande et croquante ici. 

Le réalisateur évoque aussi l'ambiance crasse que génère le monde de la mode. Un monde où le temps se résume à deux-trois ans avant de passer par la case poubelle. Il faut toujours plus jeune, toujours plus mince, toujours plus parfait. Le personnage d'Elle Fanning en est la preuve, bouffée petit à petit par l'engrenage autour d'elle, devenant aussi cruelle que ses concurrentes. Los Angeles aime toujours autant tuer ses anges.

Le casting est plutôt de qualité, même si on ne retiendra pas forcément Alessandro Nivola (certains le rapprocheront du personnage de Peter Stormare dans Bad Boys 2 !) ou Karl Glusman. On retiendra tout d'abord le casting féminin, allant de l'adorable Elle Fanning à Jena Malone, reprenant petit à petit sa place dans le paysage cinématographique. L'heure d'un come-back pour le moins mérité pour cette actrice pendant un temps sortie des radars. On retiendra également la prestation éclair mais jubilatoire de Keanu Reeves, parfait salopard à tendance pédophile.

A la prochaine!

22 juillet 2016

C'est ce qu'on appelle une rencontre du troisième type

Des vaisseaux spatiaux débarquent dans les différentes mégalopoles du monde avec un seul but: exterminer la race humaine...

A l'heure où sa suite débarque sur les écrans français, il était temps de revenir à Independence Day. Nous sommes en 1996 et l'allemand Roland Emmerich commence à se faire une petite réputation dans le cinéma américain. Tout d'abord avec Universal Soldier (1992) où les robotisés Jean Claude Van Damme et Dolph Lundgren se mitraillaient, puis avec Stargate (1994), film au combien sympathique où Kurt Russell et James Spader partaient en Egypte en passant par la porte des étoiles. Petit à petit, il gravit les échelons jusqu'à atteindre les voix des studios les plus prestigieux. Le voici donc chez la 20th Century Fox avec un projet qui n'appartient à aucune licence ou franchise, pas même une adaptation de quoi que ce soit. Si on analyse le casting, on trouve de tout : des acteurs confirmés comme Bill Pullman et Jeff Goldblum, des seconds-rôles qui le sont tout autant (Mary McDonnell, Judd Hirsch, Randy Quaid, James Rebhorn, Adam Baldwin et Robert Loggia) et des jeunes loups qui ne demandent qu'à percer (Will Smith, Vivica A Fox, James Duvall et Lisa Jakub). Pourtant le succès d'Independence Day ne repose pas sur eux, ni sur le nom d'Emmerich (sur aucune affiche vous ne lirez "par le réalisateur de Stargate"). Par contre, la bande-annonce aligne les money-shots et surtout le film sort le 3 juillet aux USA. Soit le week-end de la fête nationale et le temps d'action du film. On ne pouvait faire plus logique, au même titre que Bastille day (James Watkins, 2016) est sorti le 13 juillet dernier. 

Les américains se sont rués dessus (le plus gros succès de l'année 1996), les étrangers tout autant (plus de 5 millions d'entrées en France). Aujourd'hui, le film est devenu culte, ses rediffusions sont plutôt régulières et suivies et le film bénéficie même d'une édition spéciale pour le marché vidéo. Pas besoin de suite en soi, Independence Day s'est toujours montré comme un one shot, sans fin ouverte, au point que sa suite n'en est que plus tardive. Il se suffit à lui-même, vestige des 90's où on n'avait pas besoin d'enchaîner les suites. Les one-shots étaient plus privilégiés, à l'image de Demolition Man (Marco Brambilla, 1993) ou Face/off (John Woo, 1997). ID4 faisait partie de cette race et aurait mieux fait d'y rester, notamment à cause de son fond. Vous voulez manger du patriotisme à coup de Living in America? ID4 est fait pour vous! Le titre abrégé ou pas a déjà craché le morceau, comme pour vous montrer que l'on ne vous ment pas sur la marchandise. Le film a beau se dérouler sur trois jours, c'est bien le 4 juillet qui servira de bataille finale. Mais Emmerich va heureusement bien plus loin, faisant de ce film un merveilleux nanar en puissance. Certes, le réalisateur a évoqué depuis quelques années que le film était à prendre au second degré, qu'il s'était amuser à glorifier les Etats-Unis et à les critiquer par la même occasion. Pourtant si le film est fun, on a bien du mal à voir une quelconque critique des USA et encore moins en la glorifiant ainsi. 

C'est même son premier degré délirant qui fait le charme nanardesque de son film, engendrant parfois des fous-rires incroyables. Il n'y a qu'à prendre le président Whitmore (Pullman). Homme superbe (il est même élu homme le plus sexy de 1996), mari et père aimant (houste Clinton!), ancien pilote de chasse durant la Guerre du Golfe, mec potentiellement sympathique, président cool et bon orateur. Le bonhomme n'a quasiment aucune faille en comparaison d'autres personnages du film (Jeff Goldblum par exemple) et remet en place son secrétaire d'Etat à la défence (Rebhorn). On aurait presque envie d'aller dans le premier bureau de vote venu! Mais mieux encore et c'est là que le film se paye une des séquences les plus hilarantes des 90's: dans un élan patriote et courageux, il part à la chasse aux martiens après un discours pétaradant. Aujourd'hui, tous les gosses des 90's seraient plus ou moins capables de le réciter par coeur, au moins la fin. Plutôt que de continuer à en parler, écoutons-le avec la musique de David Arnold qui n'en fait absolument pas des tonnes en fond sonore.

Sortez les briquets, le président des Etats-Unis a parlé. Les fans trouveront votre cher Borat trop cynique. Pourtant on atteint de tels sommets de patriotisme exacerbé que cela en devient hilarant. Soit on est hapé par la bonne parole en jurant sur la Bible, soit on se fend la poire en évitant de se casser une côte. Les personnages autour sont aussi des clichés ambulants. En voici quelques spécimens:

  • l'afro-américain pilote de chasse sympathique (Smith)
  • le scientifique que personne ne veut croire (Goldblum), sombrant un moment dans l'alcoolisme avant de trouver le plan du siècle
  • son père très pratiquant (Judd Hirsch avec une kippa sur la tête)
  • le secrétaire d'Etat qui cache tout, même au président. Ce qui vaut un merveilleux fou-rire, le bonhomme évoquant que la théorie d'Hirsch sur Roswell n'est pas totalement fausse, devant un président américain et un chef des armées abasourdis!
  • le scientifique barjo resté un peu trop longtemps dans la Zone 51 (Brent Spiner)
  • l'aviateur alcoolique qui décide d'arrêter de boire le jour de l'indépendance et proclamant partout que les extraterrestres l'ont kidnappé, en plus de se sacrifier. De là à dire que Randy Quaid s'est un peu trop inspiré de son personnage dans la vie réelle, il n'y a qu'un pas.

On pourrait continuer longtemps, mais chacun a sa place dans l'échiquier, Emmerich posant le plot de la plupart de ses films à venir. Que ce soit Godzilla (1998), The day after tomorrow (2004) ou 2012 (2009), tous reposent sur le même principe d'un film catastrophe choral avec des personnages clichés, fonctionnels mais servant l'intrigue du film. Ils ne sont pas décrits pour n'apparaître que quelques secondes. Les personnages de Will Smith et Jeff Goldblum ne finissent pas ensemble pour rien, certainement les personnages les plus sympathiques du lot, les moins pénibles aussi. Ils font partis de ce fun évoqué, ceux qui font passer la pilule (et heureusement). 

Le scénario repose sur une base simple, transposition de plus de La guerre des mondes (HG Wells, 1898). (attention spoilers) Les aliens arrivent, exterminent tout sur leur passage et on les détruit par un truc improbable (changez bactérie par virus). Rien de nouveau sous le soleil, rien d'inventif non plus. Il n'en reste pas moins que c'est assez divertissant pour que l'on s'en amuse. (fin des spoilers) Pour ce qui est de la réalisation, Emmerich est quand même bien pris dans les rouages de son époque. On le voit au début par des fondus au blanc pour des transitions entre les actions des extraterrestres et les plans de monuments comme la Statue de la liberté. Utilité? Aucune, mais cela devait être cool durant les 90's. On s'amusera également des arrêts sur image sur les personnages ébahis devant les vaisseaux spatiaux. Que ce soit par des zooms ou comme pour Will Smith, le fait de prendre son point de vue avant de montrer ce qu'il voit (le vaisseau). Un effet redondant qui finit par faire rire. Certaines scènes de destruction ont pris du plomb dans l'aile, comme ces plans où un arrière-plan bouge au ralenti, mais pas les acteurs au premier courant rapidement. On pense également au final avec ce vaisseau explosant avec des cgi aujourd'hui dépassés avant d'être traversé par des avions sortis de nulle part! Il n'en reste pas moins que la destruction de monuments reste un pur plaisir, jouant merveilleusement de diverses maquettes. 

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Un gros nanar patriotique, où l'on chante America Fuck Yeah entre deux destructions.


Article initial publié le 13 novembre 2009.

20 juillet 2016

Cuvée Fantastic Mr Dahl

La sortie du Bon Gros Géant était trop bonne pour que la Cave de Borat n'en profite pas. Nous n'allons pas revenir sur la carrière de Steven Spielberg, votre cher Borat lui ayant déjà consacré une rétrospective revenant sur ses réalisations et ses productions cinématographiques ou télévisuelles. Non, votre interlocuteur s'est intéressé à son auteur Roald Dahl et plus particulièrement aux adaptations de ses romans. L'air de rien, le film de Spielby est le huitième à adapter ce romancier pour enfants marquant et illustré par le non moins talentueux Quentin Blake. (attention spoilers) Il est toutefois bon de préciser que l'auteur de Charlie et la chocolaterie fut aussi scénariste, notamment sur la série Alfred Hitchcock présente entre 1958 et 1961 et aussi sur quelques films. Tout le monde connaît On ne vit que deux fois (Lewis Gilbert, 1968), cinquième opus des aventures de 007 où l'espion affronte enfin Blofeld sous les traits de Donald Pleasence. Pas l'épisode le plus brillant, même celui où l'on commence à sentir la routine et les fautes de goût (Sean Connery en mode asiatique sérieusement?), mais il divertit un minimum. En revanche, on retiendra davantage Chitty Chitty Bang Bang (Ken Hughes, 1968), une autre adaptation d'un roman de Ian Fleming par Roald Dahl, qui a également le prestige d'être produit par Albert R Broccoli le grand manitou derrière la saga 007.

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L'auteur de Casino Royale s'était inspiré du comte Louis Zborowski, mort lors d'une course automobile suite à un mauvais virage et inventeur d'une voiture nommée Chitty Bang Bang. Toutefois rien à voir avec l'amateur de martini espion de sa Majesté. Chitty Chitty Bang Bang est un roman pour enfants transformé ici en film à grand spectacle à tendance musical. Un film que votre cher Borat a longtemps vu durant son enfance (peut être pas en entier il est vrai, au vue de sa longueur de 2h20) et qu'il avait quelque peu oublié. Il restait des souvenirs par ci, par là notamment la présence du formidable Dick Van Dyke qui faisait déjà ma joie dans Mary Poppins (Robert Stevenson, 1964). Au point à une certaine époque de confondre les deux films. Il était donc temps de faire une petite cure de jouvence. Finalement nous ne sommes pas si éloigné du Disney suscité, puisque le film de Ken Hughes partage un bon nombre de scènes musicales et des aspects purement farfelus dans un monde plutôt réaliste. Le personnage de Van Dyke est un veuf avec deux enfants et un père un brin débousolé sur le dos. Un inventeur qui n'arrive pas à vendre ses idées, mais réussit toutefois un bonbon flûte! L'occasion pour Dahl de caser une scène dans une confiserie, un an après la publication des aventures du jeune Charlie.

Chitty chitty bang bang

De quoi acheter un vieux tacot autrefois voiture de course, celle qui donne son nom au film et le fameux rapport avec Zborowski. Sans compter tout l'aspect romcom pour le moins charmant avec l'inventeur rencontrant une jeune femme, qui n'est autre que la fille du confiseur (Sally Ann Howes). C'est alors que la narration s'arrête nette pour aller dans une autre direction. Les enfants veulent une histoire, papa va leur en donner et autant dire que toutes les fantaisies sont permises dès maintenant. Comme une voiture qui vole, Gert 'Goldfinger' Fröbe en roi kidnappant les enfants de son village car sa femme les déteste, tout en voulant se débarasser d'elle (!) ou Benny Hill en fabriquant de jouets! Ken Hughes se paye tous les excès puisque son récit le lui permet et tant mieux, tant le spectacle est grandiose. Dès lors, le film devient merveilleusement amusant notamment dans une scène où Van Dyke et Ann Howes doivent jouer devant la cour... des jouets! Une séquence magique dans des décors qui n'en sont pas moins fantastiques. Par la suite, Roald Dahl scénarisera l'adaptation de son propre roman Charlie et la chocolaterie, avant qu'elle ne soit réécrite par David Seltzer (La malédiction). Le conteur a toutefois désaprouvé le film, notamment car il s'intéressait bien trop à Willy Wonka qu'à Charlie. Il faut dire que le titre original (Willy Wonka and the chocolate factory) peut prêter à confusion. Certains choix d'intrigues aussi comme la mise en avant de Arthur Slugworth (Günter Meisner), devenant dans ce film un personnage cherchant à tout prix à obtenir la formule d'un nouveau produit de Wonka. Enfin, c'est ce que nous croyons.

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Le problème des industriels cherchant les secrets du confiseur était déjà dans le roman, mais ce n'était qu'un petit élément provoquant l'exil de Wonka. A cause de ces diverses raisons, le romancier n'a plus voulu que le roman soit adapté. Il faudra bien une visite de Tim Burton chez la veuve de Roald Dahl pour que les choses changent. A choisir, la version de Mel Stuart (1971) est plus appréciable, car moins lourdingue et terriblement moins artificiel. Tout n'est pas réussi chez Stuart et les deux films se répondent quotidiennement. Le déroulement est identique, mais le traitement est différent. Le film de Mel Stuart est un film familial comme Hollywood savait les faire à merveille à une certaine époque. A une époque où le grand spectacle familial ne se résumait pas à prendre le jeune spectateur pour un mangeur de pop-corn. Le film s'en tient par ailleurs uniquement sur le premier roman, là où Burton s'intéresse aussi au second opus Charlie et le grand ascenseur de verre (1978), inadaptable du temps de Seltzer et Stuart.Pas un mal quand on voit que le film de Burton s'égare un peu trop vers la fin, notamment dans la thématique du fils qui rejette son père. Une sous-intrigue qui finalement ne sert pas à grand chose au film, si ce n'est à faire durer le film un peu plus longtemps.

Charlie et la chocolaterie : Affiche 

D'autant que n'ayons pas peur de le dire, Gene Wilder est bien plus charmant et représentant d'une certaine vision du show que Johnny Depp qui se contente de faire le pitre comme il le fait depuis bien trop longtemps. On préfèra toutefois les passages des Oompa Loompas dans le film de Burton, plus imaginatifs, plus pop. Puis le clin d'oeil à 2001 (Stanley Kubrick, 1968) est plutôt rigolo. Sans compter que les enfants sont encore plus insupportables dans le film de Burton, surjouant au possible, y compris Freddie Highmore et son sourire jusqu'aux oreilles. En étant plus sobre que son successeur (il n'y a qu'à voir la scène d'ouverture des deux films pour s'en rendre compte), le film de 1971 est finalement bien plus agréable à regarder que le film de Burton. Ce dernier est même symptomatique de la chute de son réalisateur, à trop vouloir faire dans le familial. Là où autrefois il aurait dézinguer ça dans un film avec des martiens ou un homme avec des ciseaux à la place des mains, ici il fait bien trop dans le mignon et le léger. Le cynisme est parti, la marque commercial reste. Bien qu'il y a eu une adaptation animée du Bon gros géant (Brian Cosgroven, 1989), il n'y a pas eu de transposition live avant Les sorcières en 1990. On ne retrouve pas n'importe qui aux commandes, puisque c'est Nicolas Roeg réalisateur de L'homme qui venait d'ailleurs et Ne vous retournez pas. Autant dire que le décalage est fort, d'autant plus qu'il s'agit d'une production Jim Henson, ce qui veut dire marionnettes et animatroniques au rendez-vous. 

The Witches

Autant dire qu'entre la scène de transformation de Bruno (Charlie Potter) qui n'est pas sans rappeler le rat géant de La quatrième dimension (segment de Joe Dante, 1983), les maquillages des sorcières (en souveraine, Anjelica Huston récolte le ponpon avec un rendu parfaitement dégueulasse) et les petites souris, les équipes de Jim Henson ont fait du beau travail. Par ailleurs, Roeg insiste énormément sur les gros plans sur les visages des sorcières, histoire d'exploiter au maximum les maquillages. Si The Witches est une réussite graphique, elle l'est tout autant dans son scénario. La grand-mère de Luke (Mai Zetterling) installe l'intrigue dès la fin du générique en dévoilant les secrets des sorcières. Les enfants sont leurs proies et elles cherchent sans cesse d'autres moyens de les exterminer. On ne sait pas forcément ce que deviennent les enfants, mais on sait comment ils disparaissent. L'exemple de la grand-mère est ainsi plutôt angoissant voire mélancolique, puisque l'une des victimes se retrouve dans le tableau de son père, tout en vieillissant à l'intérieur. Dès lors, on comprend le combat de la grand-mère pour sauver les enfants des sorcières. Elles essayent de dissimuler dans la masse par un maquillage, des perruques et des gants. Sauf qu'elles sont repérables à leurs yeux violets. Roeg joue parfaitement avec ces éléments et livre un film fantastique de qualité et s'adressant à tous. Une production que n'aurait probablement pas renier Amblin. A noter que Rowan Atkinson apparaît la première fois avec le costume du célèbre Mr Bean. Si l'attente fut moins longue, il se trouve que deux adaptations se sont produits coup sur coup en 1996. 

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La première est signée Danny DeVito, la seconde d'Henry Sellick, ce dernier ayant eu plus de mal en raison de l'utilisation de la stop-motion. Deux films qui n'ont pas eu de succès commerciaux à leurs sorties respectives, le premier se taillant une réputation grandissante par la vidéo, le second beaucoup moins. Matilda joue parfaitement sur le conte, de la voix-off jusqu'à la caricature des personnages. Il n'y a qu'à observer les personnages qui entourent l'héroïne: un père magouilleur (DeVito), une mère qui se préoccupe plus des ragaux du coin (Rhea Perlman), une directrice d'école qui martyrise les élèves (Pam Ferris) et une professeur adorable (Embeth Davidtz). Il y a une forme de féérie pour le moins amusante dans Matilda, DeVito valorisant le plus possible le personnage principal tout le long du film. Si les pouvoirs télékinésiques de Matilda interviennent plutôt tard et ne servent finalement pas à grand chose, ils s'avèrent plausibles dans un contexte de conte. Jusqu'au dénouement qui devient purement logique et beau. Au final, DeVito s'en sort plutôt bien, lui qui s'était déjà attaqué à la fable avec La guerre des Rose (1990). Il doit également beaucoup à Mara Wilson qui tient le film à elle toute seule. James et la pêche géante est un film plus ambitieux encore, d'autant plus que comme évoqué ci-dessus, il utilise la stop-motion. Cette fois-ci, Henry Selick n'a tenu qu'à l'employer que partiellement puisqu'il réalise aussi des séquences lives. En gros, la majorité des scènes entre James et ses tantes sont tournées avec des acteurs et décors réels, celles se déroulant avec les personnages dans la pêche en animation image par image.

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Là aussi, Selick reste dans le conte, n'essayant jamais d'être réaliste. Ainsi, New York fait très carton-pate, voire petite ville de studio, mais certainement pas la Grosse Pomme tel que nous la connaissons. Idem pour le petit village, commune côtière avec l'église qui prédomine et la maison des tantes la plus reculée possible. Le film a un peu pris lors de plusieurs plans du village, idem dans l'animation qui se révèle un peu lente dans les mouvements des personnages. Même si le projet semble plus ambitieux que L'étrange noël de Mr Jack (1993), notamment à cause des scènes aquatiques et aériennes plus complexes, il a nettement moins bien vieilli, ce qui peut lui causer du tord aujourd'hui. Idem pour le ton, un peu plus tendre que le précédent effort du réalisateur. Dommage car sur ce coup-ci, Selick n'était pas envenimé par Burton, uniquement producteur. Il n'en reste pas moins un film sympathique, qui a longtemps tourné dans le magnétoscope de votre cher Borat. James n'est d'ailleurs pas sans rappeler Charlie, tant sa pauvreté et son quotidien morbide lui font rêver de jours meilleurs. Les personnages sont pour le moins attachants (d'autant que le doublage français est de qualité), la séquence des pirates est merveilleusement fun et le film n'est pas trop long. Enfin, terminons cette cuvée spéciale Roald Dahl sur un autre film en stop-motion (tout du long cette fois) avec Fantastic Mr Fox (Wes Anderson, 2009).  

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Un projet de longue date que Wes Anderson voulait faire avec Selick, ce dernier ayant dû au final se désister à cause de Coraline (2009). Alors certes le film est plus récent, les techniques ont également évolué, mais la stop-motion de ce film est impressionnante. Que ce soit les marionnettes / figurines qui sont d'un détail fou (que ce soit le pelage ou les costumes) et à différentes échelles (le renard fait face à des hommes), les décors très grands et les mouvements fluides et superbes de dynamisme, Fantastic Mr Fox est une des plus grandes réussites récentes dans ce format. Pour ce qui est du reste, le film est du pur Wes Anderson transposé en animation. Mr Fox et ses camarades masculins sont tous des sortes de dandy, le fils se sent mal aîmé et se voit en concurrence avec le neveu (on se croirait dans un des tableaux de La famille Tenenbaum ou de La vie aquatique), le casting vocal est impressionnant avec les réguliers (Jason Schwartzman, Bill Murray, Willem Dafoe, Adrien Brody, Michael Gambon) ou pas (George Clooney, Meryl Streep) et on a une construction en chapitre. L'histoire semble respecter les thèmes de Roald Dahl (le héros refuse le conformisme dans lequel il s'est mis, l'enfant essayant de se trouver une place), tout en gardant la personnalité de son réalisateur. Pas une chose facile quand on passe dans un medium qui n'est pas le sien, mais Anderson a réussi son pari. Allez à la semaine prochaine sur l'air phare de Matilda!

14 juillet 2016

La Nuit et le Jour d'une même pièce s'affrontent enfin

Bruce Wayne voit d'un très mauvais oeil Superman après les événements survenus à Metropolis. L'affrontement entre le cape crusader de Gotham City et le kryptonien est inévitable...

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Zack Snyder aurait très bien pu réaliser une suite à Man of Steel (2013), permettant au héros kryptonien de s'imposer d'autant plus dans le milieu super-héroïque actuel. Il n'a pas choisi la facilité en enchaînant avec Batman V Superman: Dawn of justice (2016), pierre majeure du DCVerse confrontant son Superman, une nouvelle vision de Batman et Wonder Woman. BVS est un film qui a de lourdes pressions sur ses épaules, notamment commerciales et une volonté d'initier un univers ouvert envisagé depuis longtemps par DC Comics. Au point de s'être trompé de montage lors de sa sortie en salle. L'ultimate cut que l'on peut voir depuis quelques semaines est le montage qui doit être vu en priorité. Vient alors la question évidente: pourquoi ne pas l'avoir sorti ainsi? Deux raisons apparaissent: le film aurait perdu des séances à cause de sa durée finale de trois heures et il y a toujours le problème du classement Restricted. Qu'il soit PG-13 ou Restricted, l'adolescent américain de moins de 17 ans devra tout de même être accompagné pour le voir. Ceci tient plus de l'hypocrisie des studios qui ne veulent pas perdre d'argent avec un film qui pourrait être trop violent. Le succès de Deadpool (Tim Miller, 2016) est pourtant la preuve qu'il y a un public pour ce type de film super-héroïque plus percutant, mais à la différence de BVS, il n'a coûté QUE 50 millions de dollars. C'est vraisemblablement le prix à payer pour que le réalisateur ait la liberté qu'il veut.

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Un problème que Snyder avait déjà connu avec son Sucker Punch (2011), lui aussi réduit à montrer son vrai montage en vidéo. BVS ne déroge pas à la règle, se trouvant bien plus crédible et logique dans son déroulement que dans la version salle (qui était déjà de qualité). (attention spoilers) Ainsi, tout ce qui concerne le plan de Lex Luthor (Jesse Eisenberg excellent en nerd caractériel) prend davantage de sens dans cet ultimate cut, autrefois cantonné à une simple sous-intrigue de plus et ce malgré l'omniprésence du personnage de Callan Mulvey. On voit que tout part véritablement de la séquence en Afrique, avec l'implication d'une CIA prête à casser des oeufs pour obtenir des informations (on sait désormais que le photographe-espion se nomme Jimmy Olsen) et les hommes de Luthor faisant maquiller le tout pour une attaque de Superman (Henry Cavill toujours grandiose dans le rôle). Dès lors, des petits détails jamais exploités dans le montage initial vont faire leur apparition, permettant au film d'exploiter une belle théorie du complot visant à dégommer Superman en place publique. Pour cela, le plan de Luthor est simple: se mettre certaines personnes dans sa poche pour accuser le super-héros de tous les maux. Prenez une comédienne pour témoigner devant la cour suprême en la faisant passer pour une rescapée de l'attaque africaine et quand ce sera fini, liquidez-la dans l'anonymat le plus complet. Là où la version salle nous montrait que Wallace Keefe (Scott McNairy) était un dommage collatéral de Luthor sans aller jusqu'au bout, ici on nous dévoile qu'il n'était pas prêt à mourir, encore moins de savoir qu'il avait une bombe indétectable pour Superman dans son fauteuil. Un élément zappé de la version salle heureusement rajouté dans ce nouveau montage.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo

Idem pour ces membres du congrès que Luthor essaye d'amadouer et qu'il fait exploser à la cour. L'ajout de Janet Klyburn dans cette théorie du complot n'est pas anodine, permettant plus de précision au sujet de la balle retrouvée dans le carnet de Lois Lane (Amy Adams). Certes, Klyburn n'apporte finalement pas grand chose au film, d'autant plus que l'on avait longtemps cru que le personnage de Jena Malone était Barbara Gordon. Mais elle permet de voir que la CIA était au courant des différentes manigances de Luthor et qu'elle n'avait jamais osé s'y attaquer. Tant que cela reste secret, autant ne pas se mouiller les mains. Lois Lane gagne en épaisseur tout comme Clark Kent en tant que journaliste. Si autrefois cela apparaissait comme un rôle banal uniquement là pour masquer son activité super-héroïque, dans cet ultimate cut ses talents d'enquêteur apparaissent, le montrant aller à Gotham pour mieux connaître les activités de Batman (Ben Affleck) et ses conséquences (il interroge la femme d'un trafiquant d'hommes tué suite à son arrestation par Batman). Mais surtout, Snyder interroge ses personnages sur leurs statuts de héros. C'est ainsi que la haine entre Superman et Batman naît: le premier voit en Batman un criminel semant la terreur à Gotham City, le second un extraterrestre qui peut détruire le monde avec ses pouvoirs. La première scène post-générique de début le dévoile assez violemment en reprenant l'attaque de Metropolis, mais du point de vue de Bruce Wayne.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Henry Cavill

Un dieu vu par un oeil humain et voyant le massacre qu'il a malheureusement engendré. Pour Wayne, Superman représente l'ennemi car il peut tuer tout le monde avec ses pouvoirs. Il est un danger pour ceux qu'il est censé protéger. Ses craintes augmentent à la fois par l'explosion du congrès et par un cauchemar. Snyder exploite plusieurs fois la notion de rêve au cours du film, mais le cauchemar post-apocalyptique de Wayne va peut être plus loin encore. Il montre que Superman peut devenir un élément de peur (notamment pour Wayne) et que Wayne est prêt à se battre contre Superman et ce qu'il représente pour d'autres. Certains y voient peut être un point à venir dans Justice League (que Zack Snyder tourne en ce moment), d'autant plus que l'on peut voir le logo Omega représentant Darkseid et son armée de créatures. D'autant plus que comme il s'agit d'un rêve, Snyder peut aller dans des univers qui n'ont rien de réalistes (ou s'y prêtent à peine), comme ici avec un monde désertique n'étant pas sans rappeler celui de Mad Max 2 (George Miller, 1981). Il faudra bien un moment délirant (les auteurs de DC Comics avaient quand même une sacrée imagination pour donner le même prénom aux mères de ses héros fondateurs !) pour que la folie de Wayne s'arrête. Le combat attendu n'est donc pas seulement physique, mais aussi idéologique. Ceux qui n'attendaient qu'une débauche façon bourrin comme la Marvel a pris un peu trop l'habitude d'en faire ont évidemment été déçu, devant attendre au moins 1h30 avant de voir du bourre-pif furieusement excitant. 

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Amy Adams, Jesse Eisenberg

Or, pour qu'un combat de titans de ce type voit le jour, il faut des raisons. Ce que fait Snyder avec le plan de Luthor visant à les faire s'affronter, engendrant une paranoïa de Bruce Wayne atteignant des sommets et un Superman voyant un être violent face à lui et déterminé à l'éradiquer. Sans un contexte, l'affrontement n'aurait été que bête et stupide et même s'il ne sert pas de climax, il est l'élément central du film que ce soit dans ses causes et ses conséquences. Le portrait de Batman n'a d'ailleurs strictement rien à voir avec ceux de ses aînés, ce qui est une bonne chose. Preuve que l'on peut montrer un personnage sous différentes facettes au cinéma sans que cela soit redondant. Tim Burton en avait fait un freak, sorte de créature de Frankenstein engendrée par la mort de ses parents et comprenant mieux ses ennemis du fait de sa ressemblance avec eux. Une vision qui avait perduré grâce à Bruce Timm et sa merveilleuse série animée (1992-1999). Joel Schumacher avait malheureusement été contraint de faire du tout public, quitte à faire de Batman un rigolo en moule-bite que n'aurait pas renié la série des années 60. Christopher Nolan avait ancré Batou dans un univers post-11/09 fort réaliste, le confrontant à des terroristes mettant sa ville à feu et à sang. Snyder n'est pas loin de la vision de Nolan dans son contexte, mais le fait de vieillir le personnage permet un changement. Batman est devenu un monument de peur, celui qui marque au fer rouge les criminels qu'il condamne. Un juge et un bourreau pas loin de ressembler au Judge Dredd. 

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Sans compter une filiation plus qu'évidente à The Dark Knight returns (Frank Miller, 1986), dont Snyder reprend durant quelques plans certaines cases (Batman transperçant un mur avant de prendre la mitraillette d'un assaillant pour tirer sur un autre; Batman accroché au mur sous un éclair ou ce rêve avec la chauve-souris). Ne parlons même pas de l'affrontement entre Superman et lui renvoyant au dernier acte du run de Miller, que ce soit par les flèches remplies de kryptonite ou le costume robotique de Batman. Il s'agit également d'un Batman vieillissant (plus de quarante ans, des mèches blanches apparaissent), plus massif encore que celui de Christian Bale, plus violent (que ce soit dans le montage original ou l'ultimate cut, Batman ne retient pas ses coups) et paranoïaque (le fait qu'il se méfie de Superman renvoie également à différents runs comme La tour de Babel ou le jeu-vidéo Injustice). D'autant plus que Gotham est tout le temps filmée la nuit, Wayne sortant le jour uniquement pour aller voir le tombeau de ses parents, renforçant cette appartenance aux ténèbres. Un personnage plein de colère (même la course-poursuite utilise le tempérament de Batman pour la rendre plus sauvage) et qui l'utilise sur la mauvaise personne. Pour évoquer son trauma familial, Snyder fait sobre, balançant le drame dès les premières minutes par un ralenti, renvoyant à son Watchmen (2009). D'autant plus que Ben Affleck se révèle parfait pour le rôle, impressionnant physiquement et reprenant le flambeau avec justesse. Il n'y a plus aucun doute, il est Batman. 

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Superman s'interroge également sur son statut de héros, pas aidé par des événements de plus en plus tragiques. La version salle nous montrait seulement Superman dans le congrès en flamme, ici on nous le montre en train de sauver les survivants. Preuve de la bonté du personnage. On voit que le personnage est touché par l'événement, qu'il aurait pu empêcher cela. L'air de rien, Snyder et David S Goyer ont montré un Superman plus pensif, se demandant si ses actes sont bons pour ceux qu'ils sauvent, ce qu'il représente pour eux. Un aspect autrefois balayé pour plus de divertissement, mais qui prennent sens désormais avec un héros plus humain, voire christique. Alors quand le final arrive en mettant en scène l'un des moments les plus iconiques des comics des 90's, l'émotion est bel et bien là dans ce qu'elle a de plus triste (This is my world, probablement un des plus beaux morceaux de l'ost). Snyder aurait pu terminer son film de manière classique, il a pourtant décidé de mettre le coup de grâce. Après avoir fait dans la pyrotechnie et le déluge cgi (parfois pas tous jolis ou lisibles, même si cela passe mieux en le revoyant), Snyder se pose, rend tragique la mort de Superman en la traîtant de la manière la plus humaine possible. Batman et Wonder Woman (Gal Gadot) restent immobiles et impuissants devant le malheur de Lois Lane. Le plan est iconique et fait mal au coeur. Certes l'Amazing Grace sonnera lors de deux enterrements en montage alterné (celui de Superman et celui de Kent), mais la séquence n'a aucune réplique avant celle du prêtre. Superman s'est sacrifié pour sauver des innocents, les USA lui rendent l'hommage qui lui est dû. On pourra dire que Snyder joue sur le patriotisme (et une remarque de Jon Stewart durant le film est assez jouissive à ce propos), mais le traitement n'est pas caricatural et est en soi logique. 

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On attendait aussi beaucoup de Diana Prince, apparaissant pour la première fois au cinéma après le cafouillage de son film durant les 2000's. Il s'agit certainement d'une des bonnes surprises du film, même si elle apparaît finalement peu. Ses apparitions n'en restent pas moins intéressantes, notamment dans son jeu de chat et de la souris avec Bruce Wayne. D'autant plus que ce sont eux qui devront rassembler les justiciers dans Justice League. Elle ne dévoile son costume d'amazone que dans le climax contre Doomsday, mais le personnage est particulièrement épique, bien aidé par le thème très inspiré de 300 (2007), Is she with you? Gal Gadot réussit à donner un charme fou à Wonder Woman, donnant envie de la revoir en juin prochain. BVS ne réussit pourtant pas tout. On pourra être déçu de l'affrontement avec Doomsday, moins fort et alléchant que le combat entre les deux héros. Pire encore, il y a le fameux moment Justice League avec des vidéos toutes plus improbables et gadgets les unes que les autres. Cette scène sort même du film à vouloir l'intégrer dans le récit. Il aurait mieux valu ne reposer que sur la scène entre Flash (Ezra Miller) et Wayne, d'autant plus que la scène peut être vu comme un élément à venir (sauver Lois Lane) et raccord au personnage de Barry Allen qui navigue entre différents temps. Une scène plus intéressante que les vidéos inutiles vues par Diana Prince. (fin des spoilers) La musique d'Hans Zimmer et Junkie XL est finalement de qualité, pouvant être écoutée aussi bien sans le film. Ce qui n'est pas un mal pour le compositeur allemand si l'on se fit à l'ost d'Interstellar (2015), qui se révélait répétitive en écoute seule. 

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill

Zack Snyder signe un film de super-héros puissant, largement réhaussé par un ultimate cut bien plus pertinent.