Cine Borat

21 avril 2017

Il ne fallait pas lui piquer sa femme!

Harry Tasker est un représentant de commerce tout ce qu'il y a de plus banal aux yeux de sa femme et de sa fille. Sauf qu'Harry est en réalité un agent-secret...

True Lies : Affiche

Quand La totale ! (Claude Zidi) sort en 1991, il n'est pas un immense succès avec un peu plus d'1 million d'entrées. Le film n'est pas non plus un chef d'oeuvre, ni une comédie automatiquement attachante comme pouvait en faire son réalisateur (Les Sous doués ou Le grand bazar par exemple). Il reste toutefois assez sympathique (au détriment d'être mémorable) et part d'un concept assez amusant: celui de l'espion confronté au fait que sa femme puisse aller voir ailleurs et passe au final à côté de sa vie de famille. Bobby Shriver finit par parler de ce film à son beau-frère, un certain Arnold Schwarzenegger. Arnie finit par le voir, puis James Cameron qu'il a contacté pour possiblement réaliser un remake. Les deux sont convaincus et en plus, Big Jim peut jouer sur son mirobolant contrat avec la Fox. A une époque où son projet d'adapter Spider-man commence déjà à sentir le roussi, le réalisateur voit son nouveau film à travers ce remake de La totale ! Si Schwarzy n'est pas très enthousiaste à l'idée d'avoir Jamie Lee Curtis comme femme à l'écran, les deux acteurs s'entendront comme larrons en foire lors du tournage. Cameron tourne beaucoup, même plus qu'il ne devait initialement et dépasse son budget initial. Au final, le film naviguera dans les 115 millions de dollars de budget et en engendra près de 380 millions au box-office total lors de l'été 1994. True Lies est un vrai remake de La totale !

TL

(attention spoilers) Il reprend l'ensemble de l'intrigue du film, à savoir l'homme qui fait découvrir de manière cocasse à sa femme qu'il est un espion et devra en même temps terminer sa mission. Arnold Schwarzenegger remplace Thierry Lhermitte, Jamie Lee Curtis Miou Miou, Eddy Mitchell laisse sa place à Tom Arnold dans le rôle du collègue bon copain, Art Malik sera le terroriste remplaçant le trafiquant d'armes Jean Benguigui, et Bill Paxton est l'équivalent de Michel Boujenah. De même, certaines lignes de dialogues et gags (le passage de la mitraillette et des escaliers) sont quasiment conservées. Mais Big Jim ne le fait pas de la même manière que Zidi. Le budget aidant, il voit les choses en grand, fait exploser le concept en allant beaucoup plus loin que le français. La totale ! était avant tout une comédie franchouillarde, True Lies est en revanche un gros film d'action avec des touches comiques bien remarquées. Ce qui en fait non seulement un excellent remake (ce qui est déjà rare quand les USA adaptent un film étranger à leur public), mais surtout l'un des rares cas où le remake dépasse l'original. Cameron a explosé le concept, au point de lui donner davantage d'ampleurs. Il n'y a qu'à prendre l'ouverture pour s'en convaincre. Avant que Gibson (Arnold) ne parle de sa situation, le spectateur ne sait pas qu'Harry Tasker (Schwarzy) cet espion en infiltration qui danse le tango avec une belle demoiselle (Tia Carrere), parle français et arabe et liquide tout sur son passage est un père de famille.

Résultat de recherche d'images pour "true lies"

Cameron montre ainsi un héros au tempérament de feu, aussi efficace que l'ami James Bond (au point que True Lies est souvent considéré comme un des meilleurs films d'espionnage hors 007), mais incapable d'avoir une vie de famille. Son collègue lui fera comprendre quand Harry apprendra l'existence de Simon (Paxton): en n'étant jamais là, sa femme (Curtis) peut avoir envie de voir ailleurs. Une des scènes non retenues au montage (*) montrait d'ailleurs l'héroïne échouant à raviver la flamme de son mari, assoupi à peine sur le lit. Sans compter qu'Harry est tellement lisse dans sa vie privée qu'il pourrait réciter le botin, ce serait identique ("on a l'impression qu'il guérit le cancer!") Il faudra bien une danse lascive (rajout de Cameron qui en a émoustillé plus d'un/e) pour montre à Harry que sa femme a plus d'un tour dans son sac, chose qu'il avait visiblement oublier. Cette aventure commune permettra à ce couple de raviver la flamme un temps éteinte. Par la même occasion, Harry semble avoir perdu de vue sa fille, jeune adolescente qui se demande qui est son père (Eliza Dushku). D'autres scènes coupées ou disons-le un arc entier du film (*) renvoyait à leur relation, même que Schwarzy trouvait que c'était sa meilleure prestation. Cameron reprenait tout un passage de La totale ! où le fils (Sagamore Stévenin) séchait les cours pour jouer dans un groupe. 

TL 2

A la différence que la fille d'Harry était en plus amoureuse d'un des membres, en plus d'en être la chanteuse (on a raté les talents de chanteuse de l'incontournable Faith). Une manière pour le personnage de renouer le contact avant le grand final. Si Big Jim l'a coupé c'est certainement pour une question de rythme et de longueur, car comme évoqué c'était plus ou moins un arc entier du film (le film dure déjà 2h24). Comme quoi, on évoque souvent que Big Jim est un grand bourrin, qui plus est un vrai général sur un tournage, mais ses films ont souvent plus de coeur que ce que beaucoup croient. Pas toujours besoin d'un paquebot qui coule pour montrer de l'émotion. True Lies a beau être un énorme film d'action, il n'en reste pas moins que sur l'aspect comique, le film aligne les punchlines comme jamais. Schwarzy semble même particulièrement à l'aise, qui plus est dans un rôle avec un peu plus de répliques que d'habitude. Rien à voir avec le T-800 (positif ou négatif) où il imposait en priorité une présence physique et avait finalement peu de réplique à dire. Ici, il semble s'éclater comme un beau diable, bien aidé par des partenaires qui lui donnent bien le change (Curtis comme Arnold). Mais alors le roi c'est certainement le regretté Bill Paxton, alignant les vannes salaces devant un Schwarzy rageux tel une mitraillette inarrêtable.

Arnold

Morceaux choisis au hasard tellement il y en a: "elle est comme toutes ces bobonnes, si vous leur appuyez sur le starter, elle vous sucerait un pot d'échappement!", "Un corps à faire dresser les morts pour réclamer leur faveur... un cul de môme de dix ans!", "comme une fleur mourante qui veut qu'on l'arrose". Un personnage merveilleusement pathétique et un Bill Paxton absolument hilarant dans pareil contexte. Pour ce qui est de l'aspect terroriste, il est malheureusement encore plus crédible aujourd'hui, n'en déplaise aux critiques de l'époque et aux associations évoquant un film raciste, car montre des "arabes américains comme des terroristes" ou ont "une haine de l'Amérique, ce qui est un stéréotype des musulmans" (**). Pourtant, dans le film, les terroristes ne sont évoqués QUE comme des fanatiques, participant aussi bien aux trafics d'oeuvres d'art que d'armes et menaçant de bombarder l'Amérique pour venger leurs frères morts. Il n'est jamais dit qu'ils soient musulmans et encore moins qu'ils soient américains. Au final l'amalgame vient davantage des critiques que du film lui-même. Pour ce qui est de l'action, Big Jim s'est fait plaisir. Il reprend l'idée du lance-flamme à l'essence à sa production Point Break (Kathryn Bigelow, 1991). Il déclenche une poursuite délirante entre un cheval et une moto en plein Washington. Il fait également dégommer un pont dans une poursuite démentielle et ne parlons même pas du dernier climax totalement dingue ("T'es viré" ou quand Schwarzy s'entraînait pour l'émission The Apprentice). (fin des spoilers)

Arnold Schwarzenegger. Collection Christophe L.

En faisant un remake de La totale ! , Big Jim a dynamité un concept qui ne demandait qu'à avoir plus d'ambitions. Frappadingue.


Article initialement publié le 29 octobre 2009.

* Pour plus d'informations: http://www.hdvision-mag.fr/2012/01/true-lies-edition-speciale.html

** Propos extraits de James Cameron: l'odyssée d'un cinéaste (David Fakrikian, 2017).


20 avril 2017

Séance étrangement folle dans le cinéma

Longtemps absente de ces colonnes, l'Antichambre de Borat fait son grand retour avec toujours ses trois films chroniqués dans des critiques plus courtes, mais tout aussi succulentes. Au menu cette semaine: un chirurgien amateur d'étranges choses; deux idiots en pleine Seconde Guerre Mondiale; et une plongée dans le cinéma français. Ready? Go! (Attention spoilers)


 

DSLà où le Marvel Cinematic Universe prend des risques sur Netflix (même si la série Iron Fist s'est révélée moins bonne que les précédentes séries), c'est un peu moins le cas sur ses films. Doctor Strange (Scott Derrickson, 2016) avait de quoi faire peur sur plusieurs aspects. 

Il s'agit d'une énième origin story pas si éloignée de celle d'Iron Man (le golden boy arrogant qui perd tout, l'humour pince sans rire et le cabotinage de Benedict Cumberbatch succédant à ceux de Robert Downey Jr). Un aspect récurrent du comic book movie qui aura tendance à peut être lasser le spectateur habitué.

L'autre problématique venait de son réalisateur, auteur du remake du Jour où la Terre s'arrêta (2008) qui reste encore en travers de la gorge de votre interlocuteur. Ensuite, ce film passe après le désastreux Captain America: Civil War (les frères Russo, 2016). Doctor Strange est pourtant une bonne surprise.

Sa mécanique est certes bien huilée (jusqu'au méchant peu convaincant incarné par un Mads Mikkelsen qui s'est encore perdu à Hollywood), mais il s'en dégage un charme incroyable. Peut être parce qu'on voit un peu plus de cinéma et moins d'aspect sérielle comme il est de coutume dans le MCU. Si l'on excepte la scène post-générique, l'ensemble est suffisamment cohérent pour être un véritable stand alone. Une qualité que l'on n'avait pas retrouver dans le MCU depuis au moins Ant Man (Peyton Reed, 2015).

On pouvait craindre par la bande-annonce un aspect visuel fortement inspiré d'Inception (Christopher Nolan, 2010) et en soi de Paprika (Satoshi Kon, 2006). Pourtant, le film en lui-même se détache complètement de cela. La preuve avec cette séquence de trip particulièrement jouissive et un régal sur grand écran. On voit que Derrickson veut exploiter les possibilités de l'univers qu'il développe, y compris dans un climax délirant et osé.

Ce qui fait aussi de Doctor Strange le film Marvel à la direction artistique et réalisation la plus travaillée depuis Les gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014). Au point de croire qu'il faut que le studio aborde des héros plus "visuels" pour avoir ce type de résultat. Avec de tels arguments, on peut donc attendre Captain Marvel tranquillement.


 

MaxLe Palmashow (David Marsais et Grégoire Ludig pour les intimes) a réussi à se faire une réputation sur le net et à la télévision depuis plusieurs années. Au point qu'il était facile d'anticiper un passage au cinéma sur les traces des Inconnus et des Nuls. 

Après des passages chez les copains, le Palmashow et leur réalisateur Jonathan Barré se lancent dans La folle histoire de Max et Léon (2016), comédie mettant en scène deux idiots essayant de survivre durant la Seconde Guerre Mondiale. Un pari risqué (une comédie en costume sur un sujet pas forcément poilant) qui s'est soldé par un petit succès assez mérité (plus d'1 million d'entrées).

Mérité car la proposition du trio en terme de comédie est un peu plus poussée que ce que propose le cinéma français ces derniers temps. Comme quoi pas besoin d'aller chercher des sujets polémiques (n'est-ce pas Romain Levy et Philippe de Chauveron ?) pour marquer un peu les esprits.

D'autant que l'on rigole plus d'une fois avec la bande du Palmashow (les habitués sont de retour jusqu'à l'ami Totof Lambert), alignant les gags cocasses (la propagande selon Monsieur Poulpe un régal), voire assez noires (le nom de la petite fille que l'on voit venir). A cela se rajoute une galerie de personnages plutôt plaisante à l'image du personnage de Julien Pestel, passant du militaire résistant à collabo de première une fois arrivé dans un camp!

Toutefois, cette odyssée française n'est pas sans défaut. Au contraire de La cité de la peur (Alain Berbérian, 1994), La folle histoire de Max et Léon n'a pas de réel fil conducteur, au point de souvent ressembler à une accumulation de gags. Un défaut qui tient malheureusement sur tout le film et ce malgré la qualité des gags et des dialogues. On préfèra La grande vadrouille (Gérard Oury, 1966) ou Papy fait de la résistance (Jean-Marie Poiré, 1983) sur le même sujet.

Mais ne boudons pas trop notre plaisir, d'autant qu'il s'agit d'un premier film. A l'heure où la comédie prime-time sponsorisée par nos chaînes désespère, voir un film comme celui-là fait quand même plaisir. Encouragements pour les soldats Barré, Marsais et Ludig.


 

BertrandEn 1995, Martin Scorsese était revenu sur les films italiens et américains qui l'avait inspiré à travers des documentaires passionnants. Après l'avoir dissuader de le faire, Bertrand Tavernier est parti lui aussi dans l'aventure du voyage à travers le cinéma en se focalisant sur la France. 

Premier opus de ce qu'il annonce comme une série de documentaires, Voyage à travers le cinéma français (2016) est la preuve aux détracteurs qu'un Cinéma français de qualité existe. Quitte à remonter parfois loin dans sa filmographie. Qu'il n'est pas la caricature que beaucoup évoquent en regardant ce qui se produit globalement aujourd'hui.

Il fut un temps où le Cinéma français n'avait pas peur d'innover et Tavernier compte bien le montrer aussi bien aux adultes qui l'ont parfois oublier qu'aux jeunes générations parfois perdues dans un saut de merde. Son discours n'est pas l'inévitable "c'était mieux avant".

Comme Marty, Tavernier évoque ses souvenirs de cinéphile, quitte à revenir sur son enfance. Il n'hésite pas non plus à aborder des films plus populaires (à l'image des séries B tournées par Eddie Constantine), au risque de froisser les plus élitistes. Tavernier revient avec passion sur divers artistes à travers plusieurs chapitres: les compositeurs oubliés à cause du peu d'enregistrements, Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin ou bien évidemment Jean Pierre Melville. 

Il revient également avec tendresse sur sa relation avec Claude Sautet, son premier critique en tant que réalisateur. On ressent l'amour du réalisateur pour les films qu'il aborde (mais aussi les salles de cinéma qu'il a visité au fil du temps), mais aussi un certain sens ludique, puisqu'il donne envie de s'attaquer à ce pan du cinéma. 

Il fait partager sa passion par le prisme d'extraits des films en question, au point que les 3h15 de documentaire s'avèrent intéressantes de bout en bout. Un voyage qui fait plaisir à suivre et dont on attend forcément le second volet.

A la prochaine!

18 avril 2017

Le ou les derniers jedi ?

La saga Star Wars n'a jamais été aussi vivante et pourtant on peut déjà se poser des questions sur son avenir. Si au moins deux films sont en pré-production et en production (parmi eux, le spin-off sur les jeunes années d'Han Solo réalisé par Phil Lord et Chris Miller), on peut se demander comment la saga peut encore évoluer après l'Episode IX que doit réaliser Colin Trevorrow (ce qui horrifie déjà les détracteurs de Jurassic World). Il est peut être un peu tôt pour en parler, Disney et Lucasfilm feront tôt ou tard des déclarations autour de films à venir d'ici quelques années. Toutefois, on peut se demander ce qu'il arrivera d'ici 2020, puisque la logique veut que Lucasfilm sorte un film Star Wars par an. The Force awakens (JJ Abrams, 2015) avait aussi bien plu que pas du tout auprès des fans, certains parlant de vulgaire film sans idée nouvelle à l'horizon, d'autres de grand retour de la franchise après trente-deux ans de galères et casseroles en tous genres. Surtout, il confirmait aux détracteurs comme aux admirateurs que l'univers Star Wars pouvait encore exister au cinéma et faire déplacer des foules sur une quatrième génération. Malgré ses problèmes de production largement relayés par les médias, Rogue One (Gareth Edwards, 2016) a confirmé ce nouvel engouement pour la franchise en montrant que même un spin-off de la franchise pouvait faire aussi bien au box-office qu'un épisode classique.

The force awakens (IMAX 2)

Rogue One: A Star Wars Story : Affiche

Mais également montrer qu'un spin-off de Star Wars pouvait être intéressant, après des téléfilms avec des ewoks particulièrement lamentables (1984-85). Une autre manière de dire qu'il était temps que George Lucas passe la main et que son univers se porte très bien sans lui. Après une année de suspension, les aventures de Rey (Daisy Ridley), Finn (John Boyega) et Poe Dameron (Oscar Isaac) reprendront cet hiver et la Star Wars Celebration était l'occasion de dévoiler un premier aperçu du film. Si la promotion commence aussi tard, c'est aussi parce que The Last Jedi (Rian Johnson) ne joue plus sur l'effet de surprise. Le teaser de The Force awakens avait été montré fin novembre 2014 pour lancer une certaine excitation chez le public, donner envie de retourner dans une galaxie lointaine, très lointaine. Avec The Last Jedi, le public connaît déjà les nouveaux personnages et le fait de commencer la promotion plus tard (comme Rogue One qui, rappelons-le, a un contexte prévisible) est moins problèmatique. Le teaser présent laisse entrouvert plusieurs aspects du futur film, même si il ne s'agit que d'un teaser, une petit mise en bouche en comparaison d'une bande-annonce. (Attention spoilers) Le final de The Force awakens étant ce qu'il est, il n'y a donc rien d'étonnant à voir Rey suivre les rudiments de Luke (Mark Hamill). C'est même tout le but de The Last Jedi car de cet entraînement, Rey deviendra une jedi (ou pas).

The Last Jedi (affiche)

 

L'occasion de lui apprendre ses origines, d'autant que les flashbacks de The Force awakens montraient la possibilité d'une filiation avec les Skywalker à travers le sabre laser de Luke ? Cet opus sera également l'occasion de découvrir l'exil de Luke (probablement raconté par lui-même à Rey), au vue de plans le montrant avec R2D2 face au Captain Phasma (Gwendoline Christie) et sa horde de stormtroopers dans les cendres de son temple jedi. Le titre laisse d'ailleurs planer le doute. Si la traduction française va vers le pluriel, Rian Johnson va plus dans la direction du singulier. Cela amène soit à Luke, soit à Rey dans tous les cas. En comparaison, Kylo Ren (Adam Driver) semble s'être délester de son masque, lui permettant de sortir de l'influence de son grand-père et d'épouser définitivement le côté obscur. Un nouvel affrontement entre Rey et Ren, voire avec Luke semble inévitable. Par la même occasion, ce teaser nous donne un petit aperçu d'autres personnages. Leia (Carrie Fisher) est ainsi montrée de dos toujours à la table de commandement. Il a été confirmé ce week-end que le personnage n'apparaîtra pas dans l'Episode IX, malgré toutes les rumeurs entourant la possibilité de la faire revenir par cgi. Une bonne chose permettant au personnage de partir en beauté. (fin des spoilers) Poe Dameron est montré en pleine alerte, Finn dans un tube de cryogénisation et le Faucon Millenium se retrouve aux prises avec des Tie Tie. Le teaser laisse aussi entrevoir de belles batailles contre des AT-AT ou dans l'Espace, le tout sur un sublime morceau inédit de John Williams. C'est optimiste que l'on peut attendre The Last Jedi jusqu'au 13 décembre prochain.

16 avril 2017

Les griffes de l'ennui

la fin de freddy

 

Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 1992

Durée : 1h36

Synopsis : Après avoir tué tous les enfants de sa ville natale, il cherche à aller dans un nouveau territoire pour y trouver de nouvelles proies... 

La critique d'Alice In Oliver :

Dès le quatrième chapitre, à savoir Le Cauchemar de Freddy (Renny Harlin, 1988), la saga avait déjà montré de sérieux signes d'essoufflement. Certes, par d'habiles subterfuges, Renny Harlin tentait de pallier à l'inanité scénaristique via une jeune héroïne affublée de pouvoirs télékinésiques. Néanmoins, la presse cinéma ne manque pas de tancer et d'admonester une pellicule qu'elle juge obsolète et moribonde. Impression corroborée par le cinquième volet consacré aux supplices du croquemitaine griffu. A l'instar de son devancier, L'Enfant du Cauchemar (Stephen Hopkins, 1990) n'illusionne guère les critiques qui fustigent derechef ce cinquième épisode. 
A contrario, le public répond toujours à l'appel et se précipite en masse dans les salles obscures.

En l'espace d'une quinzaine d'années, Freddy Krueger s'est inscrit dans la culture populaire aux Etats-Unis. Bien consciente du maigre potentiel de la saga et de ses sempiternelles redondances, la firme New Line Cinema produit un sixième opus, intitulé Freddy - Chapitre 6 : La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar, un titre prolongateur. Pour ce nouvel avatar, changement à nouveau de réalisateur en la personne de Rachel Talalay, qui a surtout sévi dans l'univers étriqué des séries télévisées, notamment Ally McBeal (1999), Cold Case : affaires classées (2003), FBI : Portés Disparus (2002), ou encore Supernatural (2007). En outre, La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar constitue le tout premier long-métrage de la cinéaste. Wes Craven, le créateur originel de la franchise, est aussi le grand absent de ce sixième chapitre. Plus question de saborder une franchise déjà en déliquescence !

freddy63

Dépité par les directions spinescentes de cette saga transmutée en entreprise capitalistique, le maître de l'épouvante a depuis longtemps abandonné son croquemitaine d'infortune, au grand dam des fans de Freddy Krueger. Si La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar est nanti d'un budget plutôt conséquent (onze millions de dollars tout de même), il se pare d'une réalisatrice peu coutumière du genre horrifique. Pourtant, Rachel Talalay s'attelle à la tâche et a bien l'intention d'apporter sa modeste pierre à l'édifice. En l'occurrence, les résultats au box-office lui donneront raison puisque le film se solde par un succès commercial. Hélas, le coeur n'y est plus. A l'instar du précédent chapitre, La Fin de Freddy est unanimement répudié par les critiques et la presse cinéma. Pis, L'Ultime Cauchemar est carrément affublé du titre peu glorieux du pire volet de la franchise.

Reste à savoir si le long-métrage est bel et bien la déconvenue annoncée. Réponse dans les lignes à venir... Mais la réponse est hélas positive... La distribution de ce sixième épisode, qui se doit de conclure la saga en apothéose, réunit Robert Englund, Lisa Zane, Shon Greenblatt, Lezlie Deane, Ricky Dean Logan, Breckin Meyer, Yaphet Kotto et Alice Cooper. A noter aussi le caméo de Johnny Depp, une façon comme une autre de rendre hommage au premier chapitre, Les Griffes de la Nuit (Wes Craven, 1984). En outre, Les Griffes de la Nuit se sont transmutés en "les griffes de l'ennui". 
Attention, SPOILERS ! (1) L'abominable Freddy Krueger réussit finalement à tuer tous les enfants de sa ville natale. John Doe, le dernier adolescent de Springwood subit un accident et ne se rappelle plus de rien. 

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Après avoir été retrouvé inanimé sur la route par le psychiatre pour enfants Maggie Burroughs, il est placé dans un hôpital psychiatrique où il se plaint de cauchemars répétés et de sa mémoire défaillante. Convaincu qu'il est le fils caché de l'horrible tueur d'enfants Freddy Krueger, John retourne à Springwood avec Maggie et trois autres adolescents. Bientôt, le groupe se rend compte qu'il ne peut plus quitter la ville et qu'ils sont la nouvelle proie de Freddy Krueger (1). 
Indubitablement, Freddy Krueger s'est depuis longtemps fourvoyé en pur produit marketing. C'est probablement pour cette raison que La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar se voit affubler de la mention "3D", un gadget comme un autre pour leurrer le grand public. Le croquemitaine au visage hideux et carbonisé ne préfigure plus cette terreur de naguère qui masssacrait des étudiants d'infortune dans Elm Street.

D'ailleurs, Rachel Talalay se charge bien d'éloigner le sociopathe onirique de sa genèse meurtrière, pour finalement se retrouver dans Springwood. Par certaines accointances, les habitants de cette ville ne sont pas sans rappeler la communauté extravagante du film The Wicker Man (Robin Hardy, 1973). Malheureusement, la comparaison s'arrête bien là. Ainsi, La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar propose une nouvelle variation onirique sur fond de meurtre et de généalogie familiale, si bien que le spectateur et même les personnages du film ne feront plus la distinction entre la réalité et certaines fantasmagories déviantes. 
Visiblement, Rachel Talalay n'en a cure et se languit de cette dissonance. Hélas, La Fin de Freddy nage invariablement dans le vide. 

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Il faudra donc s'armer de patience avant de percevoir les griffes affûtées de Freddy sectionner l'oreille d'un jeune éphèbe qui souffre par ailleurs de surdité. C'est par ailleurs la seule séquence un tant soit peu ingénieuse du film. Le reste du long-métrage se résume à toute une série de séquences amphigouriques qui peinent lamentablement à raconter une histoire crédible. A aucun moment, Rachel Talalay ne parvient à transcender son récit et les rarissimes bonnes idées qui ponctuent partiellement ce sixième chapitre. De surcroît, La Fin de Freddy prodigue de nombreuses informations sur le passé du croquemitaine. Dans ce sixième volet, la créature onirique doit se colleter avec sa propre fille. 
Dans ce carcan scénaristique, impossible de sursauter ni de frémir. A la rigueur, seules les facéties de Robert Englund, qui cabotine à merveille sous le chapeau de Krueger, maintiennent encore parfois l'illusion. Pour le spectateur aguerri, il faudra supporter de longues séquences outrageantes et d'une incroyable cancrerie, à l'image de cette victime téléportée dans un jeu vidéo et massacrée à coup de joystick. On comprend mieux pourquoi Wes Craven fulminera devant la vision de ce gros navet indigeste et décidera de reprendre en main une saga atone et exsangue, avec Freddy Sort de la Nuit (1994), un septième chapitre un peu plus éloquent.

 

15 avril 2017

2016, l'odyssée du cinéma sud-coréen

Depuis une quinzaine d'années, le cinéma sud-coréen a un rayonnement assez exceptionnel. Si la France n'a pas forcément accès à tout (on attend encore un distributeur pour The age of shadows de Kim Jee Woon), elle a pu découvrir la plupart des réalisateurs phares qui ont émergé de cette vague. Park Chan Wook, Kim Jee Woon, Na Hong Jin, Bong Joon-ho ou encore Kim Seong-Hoon, dont le Tunnel sortira le 3 mai prochain. L'année 2016 ayant été fructueuse en sorties françaises (Man on high heels de Jang Jin manquera à l'appel), il était temps de faire le bilan d'une année sud-coréenne exceptionnelle. Na Hong Jin en est peut être à son troisième film avec The Strangers, il a déjà une solide carrière derrière lui. The Chaser (2008) s'imposait comme un thriller rude, violent et qui glaçait le sang jusque dans ses dernières minutes (ou l'art du climax encore plus sadique que ce que vous avez déjà vu). Un premier film radical et aux personnages immoraux aussi bien dans le bien que dans le mal. The Murderer (2011), sans être aussi fort, avait réussi un subtil mélange entre drame social (le héros essayait de retrouver sa femme partie depuis des années en Corée du sud) et actioner (il était contraint de se défendre après la trahison de son commanditaire). Par ailleurs, il était produit par la Fox via sa filiale International Production, soit quelque chose de nouveau pour le cinéma sud-coréen. 

The strangers

Même chose ici pour The Strangers, permettant des financements solides et une aide potentielle pour sa distribution internationale. Six ans de gestation pour un sujet touchant à diverses religions, ce qui est toujours un brin casse-gueule. Inutile de dire que L'exorciste (William Friedkin, 1973) fut l'une des inspirations notables du réalisateur. Lorsque The Strangers est projeté en mai dernier sur la Croisette, il y a eu comme une forme d'incompréhension. Malgré que chacun de ses films précédents a été projeté au Festival de Cannes, Na Hong Jin n'a toujours pas droit au passage en compétition, au contraire de son camarade Park Chan Wook, se contentant d'un vulgaire "hors compétition". Dommage pour la diversité soi-disant prôné par Thierry Frémaux (on rappelle que la plupart des gens en compétition sont globalement des vieux de la vieille), car il s'agissait d'un des films les plus importants du festival qu'il gère l'an dernier. Après deux crus fortement urbains, le réalisateur va dans les terres campagnardes largement dévoilées par le confrère Bong Joon Ho. (attention spoilers) Le réalisateur scinde son film en deux, quitte à passer d'un genre à l'autre sans trop de problèmes. La première partie est plutôt portée sur le genre policier et n'est pas sans rappeler Memories of murder (Joon Ho, 2003). Des flics un brin bénêts et peu sûrs d'eux, une enquête qui piétine (à la différence de Mother où le suspect est très vite trouvé), un suspect étranger et mutique qui ne cherche pas à prouver sa non-culpabilité (Jun Kunimura)...

TS

Le film tombe dans le fantastique quand la fille du héros tombe dans la folie (Kim Hwan Hee). Trouver le coupable n'est plus une question locale, mais personnelle. Le policier (Kwak Do Won) s'efface pour laisser place au père de famille dépassé par la situation. Le constat est identique pour le shaman (Hwang Jeong Min) et le prêtre catholique confrontés à leurs propres convictions face à un Mal qu'ils n'arrivent pas à combattre. Leurs tentatives (comme celles du père) se solderont toutes par des échecs et ne cesseront d'empirer jusqu'à un climax d'un rare sinistre. Na Hong Jin n'en est pas à son premier coup, mais l'issue de The Strangers est peut être plus glauque encore que celle de The Chaser. Il bousille les derniers espoirs du spectateur d'une conclusion un tant soit peu positive et ne cherche pas à le materner. The Strangers se termine sur un malaise total, celui d'avoir assister à une descente aux enfers destructrice et sans échappatoire. Na Hong Jin fait croire dès le début du film que l'ennemi est ce fameux japonais, le tout alimenté par une xénophobie progressive (étant donné qu'il est étranger, il est une sorte d'intrus). Na Hong Jin intensifie le malaise avec des cauchemars effectués par le héros et des photos compromettantes qui ne feront qu'intensifier les doutes. Toutefois, les dernières minutes révèleront leur lot de révélations. Le vrai méchant est un fantôme qui s'attaque à différentes personnes de la région, les rendant folles jusqu'au drame.

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Un personnage qui apparaît peu mais suffisamment pour provoquer le malaise, notamment lorsque le moment des révélations arrive. Femme mystérieuse, elle devient le Mal incarné déchaînant ses foudres. A cela se rajoute un mort-vivant. Le réalisateur se permet même de contredire la vision classique consistant à tirer ou taper en pleine tête pour le tuer. Un pur moment gore qui fait entrer définitivement le film au rayon fantastique, plus qu'avec le fantôme. Avec ses trois forces du Mal, Na Hong Jin réussit à instaurer le malaise et l'angoisse, la deuxième partie allant vers des directions troublantes et mettant le spectateur dans ses derniers retranchements. (fin des spoilersThe Strangers est un film particulièrement long (2h36), mais cela est nécessaire à la fois pour le changement d'ambiance et pour installer un désespoir progressif. Un film qui prend son temps avant de reserrer l'étau sur ses personnages et le spectateur. On ressort groggy de ce film et cela risque de devenir une marque de fabrique de son auteur. Passons maintenant à Yeon Sang Ho, dont trois de ses films sont sortis en DVD, mais aussi au cinéma. Il ne s'agira pas de parler de The King of pigs (2011), mais de ses deux derniers films portés sur les mort-vivants. Réalisateur issu de l'animation, Yeon Sang Ho s'attaque à son premier film live-action avec Dernier train pour Busan

Seoul Station

Ce dernier fait partie de ces films sud-coréens ayant trouvé un certain public en France (près de 300 000 entrées), si possible en essayant de trouver leur place dans des multiplexes. Sa sortie vidéo fut l'occasion de diffuser son binôme animé Seoul Station sorti également l'an dernier en Corée du sud. Commençons d'abord par cette sorte de préquelle qui se veut beaucoup moins sympathique que Busan. Vous pensiez Busan violent et radical, attendez de voir ce que le réalisateur vous réserve avec Seoul Station. (attention spoilers) Tout part de l'inhumanité de passants face à un vieil homme probablement sdf et en passe d'être zombifié. Un homme essayera bien de trouver de la place dans un refuge ou des médicaments, mais il sera trop tard. Il est le seul qui s'est soucié de cet homme. Car une fois la contamination lancée, il n'y aura plus aucune porte de sortie pour les habitants non-contaminés de Seoul. La rapidité des autorités à tenir un secteur n'est pas sans rappeler 28 semaines plus tard (Juan Carlos Fresnadillo, 2007). Un élément qui reviendra dans le climax de Busan, mais qui n'est pas aussi violent que dans Seoul Station. Que vous soyez civil ou zombie, si vous passez un barrage, vous serez tués. Un peu comme emmener des animaux à l'abattoir. Le film de Fresnadillo avait le même principe en montrant des militaires coordonnés par leur état major pour tirer sur tout ce qui bouge. Idem pour balancer du napalm dans des rues où les civils essayaient de survivre. 

SS

L'Homme est un loup pour l'Homme dit le dicton et le réalisateur ne va cesser de l'évoquer dans ses deux films. Seoul Station se dévoile assez rapidement comme un film où l'espoir n'est plus, jusque dans la description de ses personnages. Si l'héroïne quitte son compagnon en début de film, c'est parce qu'il la fait se prostituer pour payer le loyer pendant qu'il glande sur le net. Le seul avenir visiblement possible pour elle est celui du trottoir. On a connu début de film moins glauque. Mieux, le drame qui se joue devant le spectateur paraît quasiment impossible à détecter. Le réalisateur nous amène sur une fausse piste en évoquant la quête d'un père pour retrouver sa fille. La vérité est beaucoup moins acceptable. Quand le spectateur comprend comme l'héroïne ce qui se passe, il est déjà trop tard. Dès lors, Seoul Station n'est plus un banal film de zombie où une contamination progresse à vitesse grand V. C'est un drame épouvantable où la mort est un moyen de vengeance comme un autre face à un oppresseur barbare. Le réalisateur passe au thriller domestique en même temps qu'il installe son héroïne et son ennemi dans ce qui semble être des appartements témoins. L'horreur n'est pas dehors, elle est à la maison semble dire le réalisateur. (fin des spoilers) Derrière ses atours de film classique dans le genre, Seoul Station est un film particulièrement crade et glaçant qui restera peut être plus en mémoire que le film dont il est le bonus.

SS 2

Ses principaux défauts sont certainement son doublage un brin hystérique (en vo, le film n'ayant pas eu de doublage français) et une animation un poil rigide. On dirait de la rotoscopie, ce qui n'est pas forcément un compliment dans ce cas précis. En comparaison, Dernier train pour Busan apparaît davantage comme un blockbuster, un peu comme si World War Z (Marc Forster, 2013) avait été fait par un bon réalisateur et avec un bon script (désolé...). Il reprend d'ailleurs le principe d'accumulation des zombies, à la différence qu'ici c'est pour ralentir un train en marche ou briser des vitres. Pas seulement une marée zombiesque dégueulasse qui se casse la figure dans des escaliers (souvenez vous qu'une des tares de WWZ était ses plans bourrés de cgi au lieu de maquillages spéciaux). Ensemble les zombies sont une vraie menace, là où chez Forster c'est avant tout un truc pour passer au dessus d'un mur. D'autant qu'en temps normal, Busan se concentre sur un lieu clôt, permettant une menace plus concentrée et moins facile à affronter. Ce qui accentue la vitesse de contamination et les personnages devront s'armer très rapidement pour se défendre (battes de baseball, pistolets et même des poings!). On s'amuse déjà de l'annonce d'un remake américain, tant on sent l'influence exercée par les USA sur ce sous-genre horrifique dans Busan.

Dernier train pour Busan : Affiche

Busan est clairement une contre-proposition de ce que propose le cinéma américain dans le genre depuis plusieurs années (comme le montre WWZ); et il paraît encore plus stupide d'en faire un remake. Un peu comme faire un remake d'un film philippin dans un pays où il n'y a quasiment pas d'acteurs martiaux (erratum: il y aura bien un remake us de The raid)... Outre le film cité plus haut, on pense inévitablement à George A Romero sur ce film précis. Ainsi les passagers en viennent petit à petit à se méfier des uns des autres, notamment quand certains reviennent heureusement vivants de compartiments grouillant de zombies. Vous venez de survivre à l'enfer et on vous en propose un autre. En ne soutenant pas ces gens, les autres passagers (à la xénophobie à peine voilée) vont courir à leur propre perte... Sans compter ce fameux méchant de service au courant de tout et qui fera toutes les saloperies imaginables pour s'en sortir, tel la raclure qu'il est. Outre ces personnages, les survivants ne sont pas forcément des êtres irréprochables. Le boxeur (Ma Dong Seok) est l'exemple typique du râleur stressé. Le père de famille présenté dès les premières minutes (Gong Yoo) achète plus ou moins sa fille avec des cadeaux pour faire oublier son absence (Kim Soo Ahn). Le moyen de se racheter des années de relation catastrophique sera de la sauver par tous les moyens possibles.

Dernier train pour Busan : Photo Dong-seok Ma, Gong Yoo

Un point de vue qui n'est pas sans rappeler celui de Ray Ferrier (Tom Cruise) dans le tout aussi cauchemardesque War of the worlds (Steven Spielberg, 2005). Le même type de personnage dépassé par la situation (à la différence qu'ici il a quand même réussi sa vie) et qui voit l'occasion de se racheter en protégeant son enfant. Si Dernier train pour Busan n'est pas un immense chef d'oeuvre, il n'en reste pas moins une oeuvre terriblement efficace et il donne une bouffée d'air frais dans le genre. Enfin terminons ce bilan sur le film préféré de votre interlocuteur l'an dernier. On avait quitté Park Chan Wook avec Stoker (2013), film américain fortement hitchcockien (L'ombre d'un doute n'est jamais très loin) plutôt pas mal, mais pas forcément aussi marquant que ses aînés. Le réalisateur revient plus en forme que jamais avec l'adaptation cinématographique de Du bout des doigts (le roman de Sarah Waters avait déjà été adapté par la BBC) et Mademoiselle n'est pas sans rappeler la structure d'Old Boy (2004) et Lady Vengeance (2005), ainsi que certaines thématiques. (Attention spoilers) Dans les trois cas, la narration multiplie les points de vue, si possible entre passé et présent et en donnant trois versions d'un même événement. C'est ce que faisait Old Boy dans son climax saignant en confrontant les faits vécus par le héros (Choi Min Sik) et sa nemesis. 

Mademoiselle

C'est ce que fait Mademoiselle en grande partie dans ses deux premières parties (une du point de vue de la servante, une de celui de la mademoiselle qu'elle sert). De la même manière que Lady Vengeance, Park Chan Wook épouse un sujet principalement féminin, où les pivots sont des femmes et où les hommes sont soit des voleurs (le personnage de Ha Jeong Woo est particulièrement gratiné), soit des perverts s'excitant à l'écoute de littérature érotique. Comme dans la trilogie de la vengeance, le réalisateur resserre l'étau autour de certains personnages, les confrontant à leurs propres vices et défauts. Le voleur comme la servante (Kim Tae Ri) se feront plumés comme le furent les personnages de Sympathy for Mr Vengeance (2002), le héros de Old Boy ou le tueur de Lady Vengeance. Une seule erreur peut être fatale et les personnages l'apprennent bien assez vite. Sauf que la servante comme Geum-Ja (Lee Young Ae) dans Lady Vengeance est une héroïne vengeresse. Idem pour la mademoiselle (Kim Min Hee), loin d'être la jolie poupée présentée au spectateur dans la première partie. C'est même tout ce qui fait la richesse du film: tous les personnages semblent jouer un rôle devant d'autres, certains laissant place à des âmes bien moins sages qu'en apparence. Durant toute une partie, le réalisateur joue avec les attentes du spectateur en le faisant revenir à des temps bien plus lointains que les événements précédents, permettant de l'embrouiller toujours un peu plus.

M

Le tout pour l'amener à une troisième partie beaucoup plus évidente. Une gestion du suspense plutôt bien mênée qui rappelle encore une fois les deux derniers films de la trilogie de la vengeance. Toujours dans un aspect féminin fort, le récit évoque un amour lesbien naissant et Chan Wook en fait quelque chose de véritablement beau. Là où Abdellatif Kechiche se complaisait dans des scènes quasiment pornographiques au plus près des corps, au point d'en être vulgaire dans La vie d'Adèle (2013), Chan Wook se révèle bien plus sobre. Mieux il rend le tout véritablement sensuel, envoûtant et curieusement subtil. Il montre les corps en plein acte en montrant le minimum et en jouant sur la relation entre les personnages. La servante est en fascination devant la mademoiselle, au point de vouloir la protéger. La mademoiselle voit en la servante une alliée de poids pour qu'elle puisse s'émanciper et c'est probablement la seule personne qu'elle n'a jamais aimé. Un amour complet qui différencie également Mademoiselle d'autres productions érotiques (on évitera de citer la plus évidente). Mademoiselle n'est pas totalement un film érotique, mais quand il l'est il est loin d'être aussi ridicule dans son traitement. Mieux, comme évoqué, c'est avant tout un film d'amour et le film transpire d'un certain romantisme charnel.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

Le réalisateur peut alors compter sur deux actrices aussi sublimes qu'excellentes. Kim Min Hee amène une pointe de classe et un peu de froideur, là où Kim Tae Ri, de par sa petite expérience d'actrice, donne des airs d'innocence à un personnage qui en a grandement besoin. Quant à Ha Jeong Woo, il se révèle parfait en parfait tocard arrogant ne voyant pas plus loin que le bout de son nez. Son personnage rajoute un petit peu de tension sexuelle, espèrant avoir les faveurs de la mademoiselle. Ce qui mènera à sa perte. (fin des spoilers) Mademoiselle est aussi un des films les plus sophistiqués de son réalisateur. Le contexte japonais-coréen (le Japon a envahi la Corée durant les 30's, y instaurant notamment des aspects culturels inévitables) rajoute du piment dans une histoire initialement basée en Angleterre. Il permet de confronter deux styles différents que ce soit dans la langue, les décors (particulièrement détaillés pour le plaisir des yeux) et même la littérature. Le moindre détail est au service du récit et ce contexte y est pour beaucoup en confrontant deux cultures dans une même pièce. Ce sont ces divers éléments qui font la richesse de Mademoiselle. Ceux qui ont raté sa sortie au cinéma peuvent désormais se rattraper, puisqu'il vient de sortir en vidéo dans une version longue.


08 avril 2017

Cuvée Dantesque #4

Après près d'un mois passé à revenir sur la carrière de Joe Dante, il est temps pour la Cave de Borat de terminer sa rétrospective. Quatrième et dernière cuvée consacrée au réalisateur des Gremlins avec ses trois derniers crus produits entre 2004 et 2014. (Attention spoilers)

  • Les Looney Tunes passent à l'action (2003): La fin d'une époque dingue

Les looney tunes

Durant les 80's, Joe Dante a eu l'occasion de croiser son idole Chuck Jones, éminent animateur, réalisateur et créateur des Looney Tunes. Les deux se lient d'amitié au point que Jones fera une petite apparition dans Gremlins (1984) et tournera un cartoon pour le second opus (1990). Au cours des années 90, la Warner et Joe Dante organisent une réunion avec les animateurs de cartoons Warner encore vivants et certains de leurs films ont été projeté. L'occasion pour eux d'évoquer des anecdotes sur leurs films, ce qui a permis à Dante et au scénariste Charlie Haas d'inclure plusieurs informations pour le projet "Termites Terrace". "C'est l'histoire de la naissance de Bugs Bunny, mais il y a aussi d'autres personnages. Il y avait des interractions avec des stars de cinéma. A cette période, les gens du cinéma et de l'animation se côtoyaient. (...) Et l'histoire a aussi un côté sérieux car elle est tirée de faits réels. (...) On est allé le présenter chez Warner Bros (...) et ils nous ont dit: 'C'est intéressant...' Des gens comme Steven Spielberg ont lu le script et dit : 'Ce film est parfait pour toi. Il faut que tu le fasses !' A l'époque Warner Bros s'intéressait plus à son avenir qu'à son passé. Et l'avenir, c'était Space Jam. Ça leur semblait plus attrayant de réunir un personnage de cartoon et une vedette du sport que de faire un film d'époque pour un public dont la mémoire ne va que dix ans en arrière. Les choses n'ont pas fonctionné et on n'a pas fait d'autres tentatives. Space Jam a connu un énorme succès et ils ont décidé que c'était la direction qu'ils voulaient donner à ces personnages." (*).

Chuck

Toutefois, le réalisateur ne semble pas avoir oublier ce scénario, pensant même que cela ferait un bon livre. Relancer le projet en l'état semble plus ou moins impossible, d'autant qu'il faudrait que Warner donne son accord à un réalisateur qui ne vaut plus grand chose sur le marché hollywoodien. Comme il le dit également, "ce n'est pas comme si je pouvais juste réécrire le script, mettre Woody Woodpecker dedans et dire : 'Voilà ce qui s'est passé avec Walter Lance.' Ce n'était pas ce genre d'histoire." (*). Il s'agissait d'un script mettant en scène Chuck Jones et ses créations et cela ne peut être modifier. Entretemps, la Warner produit diverses séries d'animation reprenant plutôt bien l'esprit des cartoons initiés par Chuck Jones. On pense aux Tiny Toons (1990-95), aux Animaniacs (1993-98) ou à Minus et Cortex (1995-98), ironiquement toutes produites par Spielby. Des projets de suite à Space Jam (Joe Pytka, 1996) ont été lancé avant celle qui survient actuellement, notamment une avec Jackie Chan. Chuck Jones meurt en 2002 et Joe Dante voit l'occasion de rendre un dernier hommage à son mentor, lui qui n'avait pas aimé Space Jam. Les problèmes viendront assez rapidement pour le réalisateur avec des exécutifs peu intéressé par son projet et des responsables marketing voulant que le public retrouve des personnages laissés de côté depuis... Space Jam.

Les Looney tunes Daffy

Dante a dû faire des projections-test avec les exécutifs. Ce qui s'est avéré catastrophique et pour cause, l'animation n'était pas présente. Comme les trois quarts du film sont un mélange de live action et de personnages animés incrustés, cela ne pouvait pas réellement fonctionner sans ça. Ce qui a accentué les problèmes entre Dante et la production, évoquant au moins une vingtaine de scénaristes pour un seul finalement crédité (Larry Doyle) en constante réécritures. Les divergences ont continué durant un an de post-production autour du ton et de certains plans comme les personnages parlant directement à la caméra mal vus du studio. Une aberration pour Dante car c'est un des gimmicks de la plupart des cartoons et pas seulement des Looney Tunes. Selon Dante, "[le film] était très éloigné du script sur lequel j'avais accepté de travailler" (**). Au final, le film n'a pas reçu un accueil critique favorable et le flop commercial fut redoutable (68 millions de dollars récoltés pour 80 de budget). L'échec est d'autant plus dur que quelques mois après, le fidèle compositeur Jerry Goldsmith nous quittait, laissant depuis son réalisateur fétiche dans un embarras musical particulièrement triste. Un peu comme Small Soldiers (1998), Les Looney Tunes passent à l'action est un film qui est aussi passé par une certaine réhabilitation, peut être moins forte mais il a réussi à se trouver un public (votre interlocuteur en est la preuve, l'ayant détesté à sa sortie). 

Les Looney Tunes Scooby

Sammy et Scooby demandent des comptes pour l'adaptation de Raja Gosnell. On se rajoute à la table?

Certainement là aussi parce que le public ne s'attendait pas à un film d'aventure bardé de références pour le public adulte. Des références il y en a notamment au niveau des personnages. Celui de Brendan Fraser a été viré par le vrai Brendan Fraser sur La Momie (Stephen Sommers, 1999). La raison? On voyait plus le cascadeur que l'acteur à l'écran. Le final sera l'occasion pour l'acteur de s'amuser avec sa propre image de star en faisant des caisses sur un tournage. Une séquence digne d'une célèbre scène de Last action hero (John McTiernan, 1993), à la différence que la doublure n'est pas un personnage issu d'un film. L'autodérision de Fraser fait plaisir à voir, lui qui honnêtement a eu son heure de gloire durant un petit temps avant de devenir un brin has been après... Les Looney Tunes passent à l'action. Son père est incarné par Timothy Dalton. Il joue un acteur qui joue un espion (notamment dans Licence to spy, soit à peu de chose près Licence to kill) et également un espion tout court. Dalton joue merveilleusement bien cette caricature évidente de 007, jusqu'à montrer le personnage tabassant ses ennemis en téléphonant ou même attaché. On peut d'ailleurs voir le personnage d'Heather Locklear comme une de ses "girls", vu qu'ils ont un passé commun. Il est bon de remarquer aussi que sa dernière tenue est assez ressemblante de celle de la légendaire Emma Peel dans The Avengers (1961-69).

Les Looney tunes spy

DJ un héros qui s'ignore dans l'ombre de son paternel.

DJ Drake (Fraser) est d'ailleurs souvent dans l'ombre de son père et cette aventure sera l'occasion pour lui de devenir un véritable héros de cinéma. Pas besoin parfois des spotlights et des "moteur, action" pour le devenir. Kate (Jenna Elfman) est l'exemple type de l'exécutif cynique qui croit tout savoir de ce qui fonctionne au cinéma, y compris ce qui est politiquement correct. Au revoir donc Bugs Bunny qui se travestit ou le sidekick qui s'en prend plein la figure (Daffy Duck que l'on vire comme s'il ne faisait pas partie des meubles du studio). Daffy est d'ailleurs qualifié d'idole de "gros dégueulasses des sous-sols" (du moins en vf), sous-entendant plus ou moins les geeks avec une violence verbale forte. Dante enlève volontairement Lola Bunny de l'équation, personnage créé initialement pour Space Jam et dont la rare apparition est sur un poster chez Warner (une version lapine de Bodyguard !). Le cv de madame est également assez amusant puisqu'elle est à l'origine d'une séquelle de L'arme fatale avec des bébés, ce qui a permis aux frères Warner (Don et Dan Stanton) d'emmener voir un film de la franchise à leurs neveux. De la même manière, les frères Warner comprendront bien rapidement que les techniques de rajeunissement de l'audience instaurées par Elfman ne marchent pas à chaque fois. 

Les looney tunes elfman

Un personnage qui évolue heureusement vers le positif, tant son portrait initial est d'un négatif incroyable. Dans sa critique d'Hollywood, Dante n'hésite pas à se moquer de certaines choses. Comme certains personnages de cartoons se plaignant justement d'un politiquement correct plombant et évidemment ce passage où Sammy dézingue son interprète au cinéma Matthew Lillard, notamment en disant qu'il l'a fait passer pour un taré à l'écran. On n'applaudira jamais assez Joe Dante pour cette boutade bien sentie. Daffy dit même au passage qu'il est capable de faire du placement de produit du temps qu'on le paye. Il réussit même un beau passage d'autodérision en revenant à Batman le temps d'une séquence cocasse. Daffy et DJ finissent sur le tournage d'un film Batman réalisé par Roger Corman, avec la Batmobile du film de Tim Burton que devait initialement tourner Dante; et où Batman a un costume ressemblant davantage à celui de Val Kilmer qu'à celui de Michael Keaton (en gros, ça pointe). Au final, Dante aura fait son Batman alors que le personnage était en pleine case reboot. S'il n'a certainement pas pu tout faire en raison des exécutifs, Dante se révèle déjà bien assez acide dans ce qu'il montre.

Les Looney Tunes Batman

Small Soldiers dans une situation quasi-similaire allait peut être plus loin dans le sous-texte, mais l'intrigue était également différente. En satire d'Hollywood, Les Looney Tunes passent à l'action est plus que crédible et certaines choses n'ont d'ailleurs pas changé depuis. Toujours pour une question d'hommage, Dante fait de la Zone 52 (et non 51) un véritable cabinet de curiosités, où Robbie est l'assistant de Joan Cusack. Le martien  Marvin côtoie un dalek issu de la série Doctor Who (1963-) et la créature de Robot monster (Phil Tucker, 1953). Kevin McCarthy passe faire coucou en noir et blanc avec une cosse dans les bras (encore un clin d'oeil aux Body Snatchers), tout comme la plante carnivore de La petite boutique des horreurs (Corman, 1960) et l'alien de Roswell. Cusack fait allusion à "Mant" le film dans le film Matinee (1993) en parlant de fourmis géantes. Peter Graves reprend plus ou moins son rôle de Mission Impossible (1966-1990) en donnant ses instructions sur le fameux MacGuffin du film. Dante se fait plaisir à ce niveau et cela correspond parfaitement à ce joyeux bordel qu'est la Zone 52. Le réalisateur plante son action dans un monde plus ou moins réaliste où les acteurs de cartoons négatifs comme Sam le pirate font parties d'ACME, qui est une vraie agence du crime dirigée par le personnage follement excentrique de Steve Martin. 

Les looney tunes dalek

Le genre qui peut être très excité par son assistante (là aussi Dante ne se prive d'allusions sexuelles assez cocasses pour un film familial, même si c'est léger) et faire crâmer Ron Perlman jusqu'à en devenir squelette. Toutefois, le plus grand coup de folie de Dante (outre un final en animation dans l'Espace absolument délirant) est bien sûr le passage au Louvre. Ne se privant pas des clichés pour représenter Paris (Un homme et une femme en fond sonore, des archives, un aspect carte postale, la Tour Eiffel et le Louvre évidemment), le réalisateur organise une poursuite entre Elmer, Bugs et Daffy dans les tableaux du Louvre. La persistance de la mémoire (Salvador Dali, 1931) rend les personnages aussi mous que les fameuses montres, tout en parlant en symboles. Elmer finit par faire Le cri d'Edvard Munch (1893-1917). Une affiche de cabaret permet à Bugs et Daffy de jouer des danseuses de french cancan bottant les fesses d'Elmer. Par un plan-séquence, il finit par montrer les personnages passer d'un tableau à l'autre avec des costumes et styles raccords aux peintures qu'ils visitent. La scène se termine par Un dimanche après-midi à l'île de la Grande Jatte (Georges Seurat, 1884-86) où Elmer fait des tâches blanches à force de tirer et finit par être soufflé par Bugs à cause du pointillisme!

Une séquence d'animation monumentale prouvant certainement le mieux l'hommage que voulait rendre Dante à Chuck Jones. D'autant que le réalisateur peut compter sur une excellente animation et des progrès techniques en terme d'intégration de personnages plutôt bienvenus. Si Les Looney Tunes passent à l'action n'est pas du niveau d'un Qui veut la peau de Roger Rabbit (Robert Zemeckis, 1988), il a au moins des arguments notables.

  • Masters of horrors (2005-2007): Survivre par la télévision

Vote ou crève manif

Suite au flop des Looney Tunes passent à l'action, Joe Dante a bien du mal à rebondir. Il se fait toutefois remarquer par deux épisodes de la série anthologique Masters of horror écrits par Sam Hamm, scénariste des Batman de Tim Burton (1989, 1992). Le premier est certainement le plus intéressant, car Dante revient à la satire politique genre où il a excellé dans la brillante Seconde guerre de sécession (1997). Dans Vote ou crève (2005), des soldats morts durant une récente guerre sortent de leurs cercueils pour aller voter. Dante ne la cite pas directement, mais il s'agit bien de la Guerre d'Irak commencée deux ans plus tôt et déjà meurtrière pour le front américain. L'ironie veut que l'action du film se situe aux élections de 2008 et que Dante ne pouvait pas savoir qu'elle ne s'arrêterait qu'en 2011. Une guerre aussi catastrophique que celle du Vietnam, à la différence qu'elle a été lancé sur un mensonge (les fameuses armes de destruction massive). Joe Dante interroge son pays en 2005 sur les ravages déjà commis par cette guerre, aussi bien moraux que dramatiques. A nouveau, le réalisateur passe par le prisme des coulisses politiques et par la télévision pour évoquer ce retour soudain de soldats morts. Dans le premier cas, les autorités essayent de maquiller tout cela, sans grand succès et surtout leur plus grand problème est que les zombies ne votent pas pour leur candidat.

Vote ou crève vote

En filigramme, le réalisateur évoque le fameux cafouillage de l'élection présidentielle de 2000 avec une affaire de tricherie de dernière minute. L'épisode se termine sur une note fort patriotique mais nécessaire: les morts n'ont pas leurs votes entendus, alors ils demanderont aux vétérans morts des autres guerres de venir les aider. A ce propos, le réalisateur donne un trauma au personnage principal (Jon Tenney) plutôt intéressant en rapport à son frère revenu du Vietnam. Avec cet événement, il dénonce deux choses: le trauma du Vietnam et plus généralement de la guerre qui entraîne la déchéance du soldat revenu à la mère patrie (la drogue, les tentatives de suicide); mais surtout la vente libre d'armes et les drames infantiles que cela engendre. Là aussi peu de choses ont changé depuis (notamment dans le second cas), mais il est toujours bon de les dénoncer dans une oeuvre visionnée par des millions de téléspectateurs. Le réalisateur s'attaque aussi aux médias avec une émission où les intervenants semblent retourner leur veste selon la situation. Une experte de la constitution ambitieuse (Thea Gill) évoque les bienfaits de ce vote, mais quand elle apprend que le vote est contre le président, le vote des morts lui paraît inconcevable si l'on se base sur la constitution. Par la même occasion il montre un autre intervenant, un révérend (J Winston Carroll) évoquant dans un premier temps que le retour de ces soldats morts est un signe de la main de Dieu.

Vote ou crève tv

Pour les mêmes raisons évoquées plus haut, il parlera ensuite de démons revenus de l'Enfer. Rien de pire que les girouettes qui changent de discours selon les situations qui les arrangent dans les médias. Autre point intéressant, Dante continue dans le sillage de George A Romero sur Le jour des morts-vivants (1985) et Land of the dead (2004) en mettant en scène des zombies particulièrement conscients et causants. Certains avec plus de mal, d'autres beaucoup moins au grand dam des politiques. Un rapport qui peut aussi se rapporter à la culture vaudou où des hommes finissent par revenir au monde, après avoir été déclaré mort. Ce qui a été évoqué autrefois par Jacques Tourneur (Vaudou, 1943) ou Wes Craven (The serpent and the rainbow, 1988). Par la même occasion, le réalisateur ne fait pas d'eux des fanas de chair humaine, ce qui les rapprochent encore une fois du vaudou. Ils sont de retour pour voter et quand leur mission est terminée, ils meurent à nouveau. Un changement intéressant dans la vision actuelle du zombie souvent très carrée. Le réalisateur reste dans le contexte social avec son second épisode La guerre des sexes (2006). Les hommes contractent un virus qui les rend meurtriers envers les femmes. Dante se révèle moins convaincant et va davantage vers la série B pessimiste. Seule une piqure servant de castration chimique (la manière chirurgicale marche aussi) peut amener les hommes à se contrôler, comme le montre le personnage d'Elliott Gould.

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Joe Dante et Jason Priestley sur le tournage de La guerre des sexes.

Sauf que peu d'hommes ont le souhait de perdre leur virilité, même pour une question d'utilité publique. Ce qui amène la mort d'un grand nombre de femmes dans une indifférence quasi-totale, comme le montre le passage de l'avion où deux femmes sont tuées sauvagement pour des raisons aussi futiles que l'accès aux toilettes ou des cris. L'épisode y perd peut être un peu quand il devient un thriller domestique, le personnage de Jason Priestley (il est loin le fringant Brandon de Beverly Hills) finit par succomber au virus et à menacer sa femme (Kelly Norton) et sa fille (Brenna O'Brien). Une issue fatale pour l'une d'entre elle. A cela se rajoute un final riche en cgi plutôt bien faits, mais peut être un peu trop abstrait pour totalement convaincre. Cela reste tout de même un épisode de qualité et au message assez fort et radical.

  • The hole (2009) : Retour vers Amblin

The hole 

Malgré l'aura de ces épisodes, Dante attendra la fin des 2000's pour pouvoir réaliser un nouveau long-métrage, qui plus est dans le milieu indépendant. Présenté à Toronto en 2009, The Hole se fait attendre... environ trois ans. Un malheureux concours de circonstances. Tout d'abord, le film a été tourné en 3D durant une période où les films utilisant ce format étaient rares. Donc peu de salles équipées mais suffisantes pour que le film puisse fonctionner dans ce format. La 3D recommençait à montrer le bout de son nez depuis 2007, aidée par l'explosion de l'IMAX 3D aux USA, avant qu'Avatar (James Cameron, 2009) ne fasse le carton planétaire que nous connaissons. Les salles de cinéma ne s'attendaient pas à un tel raz de marée et ont augmenté leurs salles de projection en 3D juste avant l'arrivée du film de Big Jim et après en conséquence de ce succès. A peine présenté en festival, The Hole est annoncé par son distributeur à l'été 2010. Joe Dante raconte la malheureuse vérité: "Et puis un jour, alors qu'on était en train de tourner, ils ont découvert une solution miracle pour convertir numériquement des films en 3D. Les salles équipées ont tout à coup été envahies par Le choc des titans [Louis Letterier, 2010] et Alice au pays des merveilles [Tim Burton, 2010]. Et vu qu'ils rapportaient beaucoup d'argent, ils restaient à l'affiche. Notre fenêtre de distribution a totalement disparu, du jour au lendemain." (3).

The Hole : Photo Joe Dante

Ce qu'il est bon de préciser également est que les cinémas n'avaient parfois qu'une ou deux salles grand maximum pour projeter un film en 3D en 2009-2010, ce qui permettait comme le dit le réalisateur de les garder plus longtemps à l'affiche. Et plus les films sont nombreux à sortir, moins il y avait de place ou assez d'écrans disponibles pour tout le monde. Suite à cette overdose de conversions à la sauvette (c'est malheureusement encore le cas), The Hole s'est fait littéralement bouffé par une concurrence déloyale au point d'avoir rater son rendez-vous au cinéma. Le réalisateur évoque que le film a pu sortir convenablement en Italie et en Angleterre, mais ce ne fut pas le cas aux USA où il est sorti dans quelques salles, qui plus est sans 3D. Idem en France où il sortira directement en DVD et BR en octobre 2012 avec la possibilité de le voir en 3D. Mais là aussi, tous les foyers ne sont pas équipés de télévision ou de BR 3D. Sauf erreur, même lors de la rétrospective de la Cinémathèque le mois dernier, le film n'a pas été diffusé dans son format initial. "C'est un de ces films qui sera principalement vu à la télévision. Et ça me désole. Désormais, tous les films faits dans cette gamme de budget atterissent directement en vidéo et les gens les voient sur leur ordinateur." (4). Si The Hole n'a pas eu de réelle exploitation, il semble avoir été bien reçu par le public lors de sa sortie vidéo.

The Hole : Photo Joe Dante

Alors que le cinéma et la télévision sont en plein revival 80's, quitte à faire des oeuvres gangrénées par leur nostalgie (Super 8 ou la récente série Stranger things) ou des remakes, The Hole se savoure comme un pur film Amblin sans en être un. Joe Dante ne cherche pas à se revendiquer de son acolyte Spielberg, puisqu'il est lui-même un des fondateurs du style Amblin à l'image de Robert Zemeckis ou Chris Columbus. Il n'a donc pas le problème de JJ Abrams et des frères Duffer qui sont des enfants d'Amblin qui régurgitent plus ou moins ce qu'ils ont vu. Sans compter que The Hole ne s'embourbe pas à se situer dans les 80's comme le font les jeunots et le film est finalement (et heureusement) très intemporel. C'est ce qui le rend d'autant plus savoureux et agréable à regarder. Le principe du trou est de faire peur aux personnages en se basant sur leur peur profonde. Le père qui battait sa mère (Teri Polo), son frère et lui pour le héros (Chris Massoglia), le clown pour son petit frère (Nathan Gamble), l'amie décédée dans un tragique accident pour la voisine (Haley Bennett) et le noir pour l'ancien propriétaire de la maison (Bruce Dern). Le trauma des héros n'a pas besoin d'être surexpliqué par le réalisateur, les faits et le climax s'en chargeront largement. Dante peut alors exploiter à sa juste valeur chacune de ces caractéristiques, puisque chaque personnage va devoir combattre sa peur d'une manière ou d'une autre. 

The Hole : Photo Joe Dante

C'est là que sa réalisation est intéressante, car elle joue parfaitement de la 3D. La profondeur de champ est assez imposante, permettant au réalisateur de bien gérer l'espace des pièces, à l'image du sous-sol où se trouve le trou ou les passages dans le trou. D'abord pour jouer sur l'aspect sans fond du trou ou balancer divers objets vers la caméra. Pour le grand climax, Dante se lâche complètement et revient à l'expressionnisme allemand utilisé sur La Quatrième dimension (1983) pour jouer sur le décor déformé censé représenter une version fantasmagorique du foyer initial du héros. Cet aspect est renforcé par le père apparaissant tout d'abord comme un nuage, puis déformé sur les photos et enfin représenté en colosse. Rien que pour ce type de scènes, The Hole donne envie d'être vu dans son format initial, car rien qu'en 2D on réussit à voir où le réalisateur a pu mettre divers effets pour rendre son film opressant ou graphiquement intéressant. L'aspect Amblin se ressent également dans les affrontements entre le petit et un jouet clown particulièrement agressif, renvoyant aussi bien à Poltergeist (Tobe Hooper, 1982) aussi bien pour l'objet que le passage dans la piscine; qu'à Gremlins (remember le jeu de massacre avec les sales bêtes). Des éléments qui permettent une ambiance de film d'épouvante familial tout ce qu'il y a de plus agréable.

The_hole_clown

 

Puis inévitablement, il y a l'aspect bande des héros avec les deux adolescents plus âgés et le gamin, la girl next door par excellence, le garçon timide et le petit qui prend les devants. The Hole n'a peut être pas la carrure de la plupart de la filmographie de son réalisateur, il n'en reste pas moins un film tout ce qu'il y a de plus recommandable et certainement ce qu'a fait de mieux le réalisateur ces huit dernières années.

  • Burying the ex (2014) : Dernier tour de manivelle

Burying the ex

Juste après The Hole, Joe Dante accepte une commande de Roger Corman achetée par Netflix, encore loin de ce qu'est la plateforme aujourd'hui. Une web-série interractive où le spectateur devait voter ce que devait faire les personnages ou s'ils devaient vivre ou mourir. "À chaque moment clé [le spectateur] était soumis [à] un questionnaire à choix multiple : le héros doit-il ouvrir la porte ou non ? Le sort d’un être fictionnel se retrouvait entre ses mains. Mais pour chaque option, il fallait tourner une version différente du dénouement. Tourner un épisode revenait à en tourner dix, puisqu’il fallait prévoir les cinq ou dix versions alternatives de certaines scènes. C’est un procédé épuisant et compliqué, trop pour moi, mais qui peut certainement donner de bonnes choses si on ne laisse pas tomber." (5). Un projet auquel se rajoute Corey Feldman, acteur présent dans Gremlins et The 'Burbs (1989). Avant cela, le réalisateur avait lancé en 2007 les vidéos (puis le site) Trailers From Hell consistant à commenter les bandes-annonces (et en soi les films concernés) de divers films d'autrefois. Les commentateurs? Des gens du cinéma tels que John Landis, Guillermo del Toro, Eli Roth, Rick Baker ou Edgar Wright. Un concept sympathique et enrichissant qui perdure depuis dix ans désormais, d'autant que ces bandes-annonces proviennent de films souvent oubliés et remis ainsi en lumière.

Splatters

Tu as pris un sacré coup de vieux Corey. 

Le dernier film de Joe Dante date de 2014 et là aussi sa production fut assez catastrophique. Burying the ex est adapté du propre court-métrage d'Alan Trezza, film que n'a pas voulu voire Dante pour ne pas être influencé. "Le film s'est fabriqué très rapidement. Je n'ai pas tourné aussi vite depuis mes années chez Roger Corman. Ça s'est monté à toute vitesse. Nous avions le projet sous la main depuis des années et d'un coup, le budget a été disponible. Mais il fallait le faire immédiatement, car l'argent allait disparaître l'année suivante. Nous avons donc lancé la préproduction et le casting en toute hâte, nous avons tourné... Et puis le film est resté sur une étagère pendant un an. (...) Nous avons eu quatre semaines de prépoduction, nous avons filmé pendant vingt jours... (...) [Ashley Greene] a vécu un vrai cauchemar, car nous avons dû tourner les séquences dans le désordre. Elle était constamment à une étape différente de sa décomposition. Parvenir à rester concentrée, à faire vivre le personnage de façon cohérente, c'était très difficile. Elle devait changer d'état d'esprit constamment." (6). Un tournage commando pour un film qui ne sortira finalement pas en salles, projeté dans quelques festivals comme Venise ou Gérardmer l'an dernier et surtout se fait voler la vedette. 

Burying the Ex : Photo Ashley Greene

Alors que Dante venait de finir le montage, un film au pitch quasiment similaire (un homme voit son ex-petite amie morte revenir dans sa vie) sort au cinéma: Life after Beth (Jeff Baena, 2014). Quasiment impossible de marquer les esprits ou de trouver une audience dans un tel contexte. Par la même occasion, Burying the ex est probablement le plus mauvais film de Joe Dante à ce jour. Dès les premières minutes, on comprend assez rapidement qu'il s'agit du type de pitch qui fonctionne sur un format court, mais pas forcément sur 1h30. Une romcom horrifique où le héros (le regretté Anton Yelchin) se retrouve une copine (Alexandra Daddario) quelques mois après la mort de son ex (de la manière la plus gaguesque si possible), quand cette dernière revient d'outre tombe. Crises de jalousie, adultère, affrontements entre les deux filles et le mec... Tout y est, il ne manque plus que le pote potache et fornicateur qui donne des conseils. Ah ben le voilà sous les traits d'Oliver Cooper aussi pénible que dans Projet X (Nima Nourizadeh, 2012). A cela se rajoute que la morte est probablement un des personnages les plus horripilants vus dans un film ces dernières années. Alors votre interlocuteur en convient que c'est le but. Le héros est en passe de la plaquer avant l'accident, car elle s'impose de plus en plus dans le ménage, au point d'impacter sur le mode de vie du héros. 

Burying the Ex : Photo Alexandra Daddario, Anton Yelchin

Toutefois, cela n'empêche pas de rendre un méchant ampathique ou tout du moins suffisamment réussi pour s'attacher d'une manière ou d'une autre à lui. Là on est juste content qu'elle se prenne un bus. On aurait presque envie de dire merci à ce chauffeur de bus. Son retour confirme encore plus son aspect horripilant et le problème de s'amplifier jusqu'au climax. On peine également à retrouver Joe Dante dans le film. Si ce n'est la présence de Dick Miller ou la passion du héros pour les vieux films (notamment Plan 9 from outer space d'Ed Wood). Même l'humour est au ras des paquerettes, soit sans charme, soit vulgaire. Burying the ex est un film que le fan ou pas de Joe Dante oubliera finalement très rapidement. Actuellement le réalisateur travaille sur deux projets, tout du moins aux dernières nouvelles. On n'en a justement plus concernant "Labirintus", projet scénarisé par Alan Campbell où devraient jouer Rachel Hurd Wood (Le parfum), Mark Webber (Scott Pilgrim)... et Lorant Deutsch. Le film devrait suivre deux spécialistes en paranormal et psychiatrie en quête d'une base soviétique cachée dans un labyrinthe à Budapest. On n'en sait pas plus depuis mars 2016, au point de se demander si le projet n'est pas annulé. Plus concret est "The man with kaleidoscope eyes" dont Joe Dante en parlait encore récemment dans l'émission Bits

Un projet scénarisé par Tim Lucas et revenant sur la gestation de The trip (Roger Corman, 1967). D'après le réalisateur, le projet serait en cours de réécriture et un studio serait dessus. On attend de voir. En attendant continuons à regarder les chefs d'oeuvre d'un cinéaste encore peu considéré et s'étant battu contre des moulins durant toute sa carrière. A la prochaine!


* Voir: https://www.youtube.com/watch?v=x01b21Z2qfQ

** Propos issus de: https://www.ecranlarge.com/films/interview/901672-joe-dante-interview-carriere-3eme-partie

3 Propos tirés de Mad Movies numéro 256 (octobre 2012).

4 Propos tirés de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

5 Propos isssus de: https://carbone.ink/chroniques/entretien-apocalyptique-joe-dante/

6 Propos tirés de Mad Movies numéro 293 (février 2016).

Autre source:

  • http://www.ecranlarge.com/films/interview/901673-joe-dante-interview-carriere-4eme-partie

Pour découvrir Trailers From Hell:

  • le site officiel: https://trailersfromhell.com/
  • la chaîne Youtube: https://www.youtube.com/user/trailersfromhell

01 avril 2017

Cuvée Dantesque #3

Après être revenu sur les années 80 fort spielbergiennes de l'ami Joe Dante, passons aux 90's entre cinéma et télévision. Go! (Attention spoilers)

  • Matinee et Runaway Daughters (1993, 1994): Retour en enfance

Panic

Jaquette du BR français.

Peu après Gremlins 2 (1990), Joe Dante est contacté pour réaliser Matinee. Sur le BR du film, le réalisateur décrit le premier jet comme des jeunes "évoquant le cinéma de leur enfance" avec comme dénominateur commun une salle de cinéma. Une pointe de fantastique se présentait à travers un projectionniste vampire et une gérante de cinéma monstrueuse. "Un conte peuplé de monstres que personne ne voulait produire." La Warner laisse Dante développer le projet sans trop y croire. Un nouveau traitement incluait une star de cinéma rencontrant des enfants, ce qui a amené à la disparition des éléments fantastiques en dehors du mini-film "Mant". Le scénariste Charles S Haas a alors pensé à la crise de Cuba de 1962 comme contexte, l'élément qui a véritablement lancé le projet. Les fonds devaient au départ venir de sociétés étrangères, ce qui a engendré des problèmes de casting. Comme ces fonds peinaient à se concrétiser, Dante a proposé à Universal qui devait seulement le distribuer d'également le produire en rachetant les parts de ces producteurs. Bien que le film n'a pas coûté grand chose, il ne fonctionna pas des masses au box-office, sortant sur trop d'écrans alors que le film aurait eu une meilleure distribution en étant en sortie limitée, puis sur tout le territoire comme cela se fait de plus en plus de nos jours.

Panic cinéma

Dans cette même interview, Dante pointe le problème le plus évident: les studios ne savaient déjà plus vendre ce type de projets, qui plus est fortement nostalgiques ("comment vendre ce truc?" dira Tom Pollock, le vice-président du groupe MCA, après une projection-test). Durant longtemps, celui que l'on nomme aussi Panic sur Florida Beach sera invisible pour le public français. Quasiment jamais diffusé à la télévision (on était loin du culte autour du réalisateur qui existe aujourd'hui), indisponible car aucune édition n'avait dû dépasser la VHS des 90's... il faudra attendre que Carlotta le sorte en BR et DVD en 2011 pour que le film se fasse une véritable réputation en France. Alors que Matinee était un si ce n'est le plus discret de ses films de cinéma (en dehors d'Hollywood Boulevard bien évidemment), il commence à trouver son véritable public de nos jours. Matinee se présente comme deux films en un. D'un côté, le film principal avec le jeune garçon (Simon Fenton) assistant à l'avant-première de la nouvelle production d'un producteur à succès (John Goodman). De l'autre, la dite production d'environ vingt minutes "Mant" (disponible sur le BR), l'histoire d'un homme se transformant en fourmi suite à des radiations chez un docteur. 

Un mini-film que Dante a réalisé dans la plus grande tradition des films qu'il aimait à l'époque, que ce soit La mouche noire (Kurt Neumann, 1958), Godzilla (Ishiro Honda, 1954), Tarantula ou L'homme qui rétrécit de Jack Arnold (1955, 1957). Pas d'effets ringards, ni de pellicule dégueulasse au programme, mais du noir et blanc économique comme à l'époque, des plans pris à droite et à gauche (comme à l'époque où Dante travaillait pour Roger Corman) et des effets-spéciaux dignes de ce nom. La bande-annonce faites pour l'occasion joue notamment sur la réputation du producteur, savant mélange entre William Castle (pour ce qui concerne les pratiques du producteur) et Alfred Hitchcock (sa présentation est digne de celle du Maître du suspense, le cigare en plus). Comme la plupart des bandes-annonces de l'époque, les trois quarts du film sont dedans et les accroches chocs s'alignent. La meilleure? "50% homme, 50% fourmi, 100% terreur." Le film en lui-même est amusant à regarder, surjoué pour miser sur les séquences spectaculaires. Le réalisateur joue aussi des clins d'oeil, tout d'abord en faisant tourner aussi bien ses amis (Kevin McCarthy en général et Dick Miller en soldat) que des acteurs de séries B (William Shallert et Robert Cornthwaite qui jouent respectivement le docteur et le scientifique en chef).

Panic public

Puis en rendant hommage au King Kong de 1933 (la fourmi qui monte progressivement sur un immeuble alors qu'elle se fait mitrailler) et à Godzilla (la réunion entre militaires et scientifiques). Dans le dernier des cas, la référence est d'autant plus pertinente qu'elle renvoie au contexte historique de Matinee (la crise de Cuba était notamment nucléaire et le producteur vide la salle avec un champignon nucléaire projeté qui explose l'écran) et la manière dont l'Homme se débarasse de la chose est identique (une tête nucléaire et c'est fini). Dante rajoute des scènes qui misent sur l'Atomo vision, procédé consistant à rendre une séance plus attractive. Quand le public du cinéma dans "Mant" regarde vers le spectacteur en disant qu'une infirmière se fait agresser, l'actrice jouée par Cathy Moriarthy en costume d'infirmière est bel et bien emmenée par un mec déguisé en fourmi! Idem pour les secousses présentes dans le film ressenties par le public du cinéma grâce à un système de vibration posé sous les sièges. De quoi rêver d'une séance en Atomo vision, une expérience cinématographique qui serait au moins plus attractive qu'un Espace Cosy à Kinépolis... Des idées ingénieuses issues de l'imagination de Castle (tout comme les assurances contre la mort que fait signer Moriarthy aux spectateurs) et dont Dante exhume les pratiques avec malice et candeur.

Panic_fourmi

De la même manière que le réalisateur signe un film quasiment autobiographique (bien qu'il ne l'a pas scénarisé), alignant les magazines, dessins personnels et affiches de divers films (Tales of terror de Roger Corman, Le jour où la Terre prit feu de Val Guest, Qu'est-il arrivé à Baby Jane? de Robert Aldrich, L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford...). Y compris un autre film dans le film, parodie de ce que faisait Disney à une époque en donnant des sentiments à des objets (le plus bel exemple est Herbie). "Le Cadie déjanté" où l'oncle de l'héroïne (Naomi Watts qui faisait ses débuts à Hollywood) se réincarnait en cadie! Un vieux souvenir réadapté par Dante d'un film qui avait aussi bien ennuyé lui que son petit frère. Un élément qui se repète ici avec le héros principal. Ce dernier a le même âge que Dante avait lors des événements et le réalisateur s'amuse de la situation oppressante de l'époque et parfois son surréalisme (se mettre à genoux et les mains sur la tête pour éviter le nucléaire, ben voyons). Tout est là dans le travail de reconstitution pour que le spectateur soit à l'aise. Dante expose aussi une relation attachante entre le producteur et le jeune garçon, ce dernier voyant dans l'adulte un père de cinéma, un modèle qui lui a appris des choses en rapport à ce qu'il aime.

Panic Woolsey

De même, Lawrence Woolsey voit en Gene le passionné qu'il était plus jeune. Matinee est un film qui sent le cinéma de toutes parts jusqu'à en être le sujet même. Pour tout cinéphile qui se respecte, Panic sur Florida Beach est un pur plaisir jouissif, le genre qui confronte le spectateur à sa propre expérience du cinéma dans une salle de cinéma. Que ce soit le multiplexe ou le cinéma de quartier. Un voyage nostalgique pour Dante mais aussi pour le spectateur qui ne fait pas de mal à personne. Un an plus tard, Joe Dante reste toujours dans le cinéma de sa jeunesse avec le téléfilm Runaway Daughters. Il fait partie d'une collection de remakes de films d'exploitation produits par l'American International Pictures pour la chaîne Showtime. Parmi les réalisateurs concernés par la collection, on retrouve Robert Rodriguez (Roadracers avec David Arquette et Salma Hayek), William Friedkin (Jailbreakers avec Shannen Doherty), Mary Lambert (Dragstrip girl avec Mark Dakascos, dont on voit l'affiche de l'original dans le téléfilm de Dante) ou encore John Milius (Motorcycle Gang avec Carla Gugino et Jake Busey). Un casting pour le moins prestigieux à une époque où le câble américain commence à trouver ses marques (HBO venait de diffuser Les contes de la crypte et alignait déjà pas mal de téléfilms). 

Runaway daughters

Comme sur ses précédents films, Dante a fait appel à Charles S Haas ce qui revient à parler de dyptique nostalgique. Le réalisateur s'attaque pour la première fois à un remake véritable depuis son sketch dans La quatrième dimension (1983), InnerSpace (1987) étant avant tout une pastiche du Voyage fantastique (Richard Fleischer, 1966). Votre cher Borat ne vous cache pas que ce fut bien difficile de le trouver même sur le net et qu'il a fallu le voir dans des conditions drastiques (rien de pire que quelqu'un qui parle sur des dialogues, notamment quand il s'agit d'un russe). Toutefois, le film est suffisamment compréhensible pour être vu sans déplaisir. Runaway Daughters se situe un peu plus tôt que Matinee (1956), mais a toujours le contexte de la Guerre Froide mis en évidence. Toutefois cet aspect reste très secondaire et ne prend pas sens dans les actions des personnages. Ainsi, les Américains semblent avoir peur d'un satellite russe, ce qui sera confirmé par un travelling arrière final stoppant sur le passage du dit objet. Ce qui peut être vu comme un clin d'oeil à The 'Burbs (1989), qui commençait et se terminait par un même plan de la Terre vu de l'Espace.

Runaway_daughters_girl

Dante plante d'ailleurs le décor dès le générique avec diverses images d'archives montrant les bals, le rock'n roll, les voitures, la Guerre de Corée, les concours de beauté, Fidel Castro, un extrait d'I was a teenage werewolf (Gene Fowler Jr, 1957), une navette qui s'écrase en plein décollage et la devanture d'un cinéma passant House of wax (André de Toth, 1953) en 3D. Le téléfilm est porté par une intrigue assez simple, se composant de la fugue maquillée en kidnapping de trois adolescentes à la recherche de celui qui a mis en cloque l'une d'entre elles (Julie Bowen, Jenny Lewis et Holly Fields). Il s'agit donc avant tout d'un road movie légèrement vengeur (la violence est rare dans le film). Les péripéties sont assez peu présentes, avant tout l'occasion de quelques scènes déjantées ou glauques. La première étant bien évidemment celle avec des policiers (dont un est joué par Courtney Gains, le plus jeune des voisins louches de The 'Burbs) jouant un peu trop de leur pouvoir avec des demoiselles seules. La seconde est quand les filles sont au prise avec des criminels dangereux liquidés de peu par des policiers. Runaway Daughters se focalise avant tout sur ses héroïnes et curieusement c'est le premier film de Dante depuis La quatrième dimension où il met en scène des filles en premiers rôles.

Runaway daughters roger

Les Corman vous attendent pour un petit barbecue.

Bien qu'il a mis en scène des personnages féminins par la suite, elles étaient avant tout des second-rôles. Si bien que les hommes sont relegués au second plan dans ce film. Ainsi, Bowen joue la fille bourgeoise qui s'ennuie dans sa grande maison; Fields la fille délaissée par le dit petit copain (Chris Young); et Lewis semble vivre dans un cadre un peu trop strict. Trois héroïnes finalement attachantes auxquelles on peut rajouter l'impayable Paul Rudd, clone au grand coeur de James Dean. Dante ose le gros happy-end des familles, quitte à être un petit peu moraliste en faisant du petit-ami un véritable lâche en puissance. Ce qui n'empêche pas Joe Dante de signer un téléfilm tout ce qu'il y a de plus sympathique où il s'amuse à faire tourner ses amis. Ainsi, on voit passer Roger Corman et sa femme en parents du petit-ami; la majorité du casting d'Hurlements (Robert Picardo, Dee Wallace, Christopher Stone et Belinda Balaski) jouent divers parents, auxquels se rajoute Wendy Schaal et Joe Flaherty; Cathy Moriarty en seule femme du gang (entraînant une filliation supplémentaire à Matinee); et enfin Dick Miller en détective privé. Rien de mieux qu'être avec sa famille de cinéma pour aborder les souvenirs d'antan. 

  • La seconde guerre de secession (1997) : War! What is it good for? Absolutely nothing!

La seconde guerre de secession 

Au cours des années 80-90, la chaîne câblée HBO commence à se faire une réputation avec plusieurs téléfilms de prestige. Initialement, La seconde guerre de sécession devait être réalisé par Barry Levinson qui s'est désisté surement à cause de la production fortement compliquée de Sphere (1998). Joe Dante est alors le second candidat et Levinson reste producteur. La seconde guerre de sécession est un projet qui aurait eu du mal à se produire au cinéma, compte tenu de la charge politique colossale qu'il montre au spectateur. La télévision permettait déjà d'aller un peu plus loin, notamment HBO qui avait déjà produit des téléfilms assez politisés, ce qui permettait une continuité. Dans son élan, le réalisateur a dû passé par des coupes: "J'ai dû faire des compromis avec HBO (...) Le film était trop sombre pour eux. Ils voulaient plus d'humour et ils ont coupé pas mal de choses que je trouvais personnellement très drôles [Dante ne précise pas quoi], mais qui n'étaient pas à leur goût" (*). Le téléfilm bénéficiera même d'un passage au cinéma en France, ce qui lui permet d'avoir une petite réputation mais il est difficile à trouver en vente libre. Même problème aux USA où le téléfilm n'est pas sur le site de la chaîne, jamais rediffusé et encore moins facilement disponible.

La seconde guerre de secession Phil

Heureusement, il reste le camarade Dailymotion pour le curieux français... Comme le dit si bien le réalisateur, "le film évoque des sujets brûlant dont on pourrait penser qu'ils ne sont plus vraiment controversés alors que le débat va en s'empirant" (*). Découvrir ou revoir La seconde guerre de sécession en 2017 c'est se prendre une immense claque. Le téléfilm ne reflète pas la réalité de l'époque, mais malheureusement ce qui s'est passé et se passe encore vingt ans après sa diffusion. La crise des migrants due aux guerres; le politique xénophobe et pro-armes; les affaires politico-sexuelles; la quête du buzz des chaînes d'information continue où l'on ne vérifie pas l'information, quitte à faire une bourde; l'interventionnisme militaire immédiat... Le slogan du fameux gouverneur (Beau Bridges) n'est d'ailleurs pas si éloigné de celui de l'actuel président des USA, puisqu'il s'agit de "l'Amérique telle qu'elle devrait être". Dante justifie même cette seconde guerre de sécession (ou guerre civile) sur un mensonge ou tout du moins une erreur de compréhension. Soit ce qui s'est malheureusement passé avec la seconde Guerre en Irak. Au fur et à mesure que le téléfilm avance, le spectateur ne sait plus s'il doit rire ou pleurer, si ce qu'on lui présente n'a finalement pas déjà eu lieu d'une manière ou d'une autre. 

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Ce qui était visionnaire, voire peut être ridicule en 1997 (par exemple, le scandale sexuelle entre le gouverneur et la journaliste renvoie directement au Monicagate) a tellement été multiplié par dix depuis que s'en est choquant. Ce qui fait de La seconde guerre de sécession un film plus qu'important dans le paysage télévisuel comme cinématographique, car il touche au but sans avoir le poids des années sur son dos. La réalité a dépassé la fiction. Le réalisateur a plutôt raison de multiplier les points de vue, car cela permet au téléfilm d'avoir une véritable vue d'ensemble du drame qui se joue devant nous. Dans un premier temps, les politiques se crachent à la figure au sein d'un même pays, car ils campent tous sur leurs positions dans une situation explosive. D'un côté, le président mal conseillé et optant pour une décision importante sur une mauvaise information (Phil Hartman). Le choix d'Hartman n'a d'ailleurs rien d'étonnant dans le rôle du président, puisqu'il imitait Bill Clinton au Saturday Night Live. De l'autre, un gouverneur qui se retrouve envers et contre tous car ne veut pas de migrants dans l'Etat d'Idaho. Les médias se rajoutent ensuite à cela. Largement couvert par la chaîne Newsnet (NN en VO), le conflit devient un moyen d'instrumentalisation à grande échelle via ces médias. L'information qui déclenchera ce problème viendra même d'un journaliste de terrain et non d'un quelconque conseiller.

La seconde guerre de secession army

Les failles du gouverneur viendront d'une journaliste un peu trop proche (Elizabeth Pena) et qui ironiquement est une immigrée mexicaine. Surviennent ensuite les reporters de terrain (Dennis Leary, Miller et Hank Stratton) assistant aux mutineries militaires particulièrement sanglantes et dans leur instant de vérité, l'un d'entre eux sera tué en plein direct, un autre tabassé. Alors que la guerre civile fait rage, la première chose qui vient au rédacteur en chef (Dan Hedaya) est de savoir où est passé le logo de sa chaîne à l'image. Ce dernier est tellement à côté de la plaque qu'il se fait reprendre par son assistante (Jennifer Carlson), qui lui explique qu'il est peut être hors de danger à l'intérieur de sa rédaction mais que le drame est bien à l'extérieur. Rien ne se passe dans sa rédaction, il ne fait de l'audience que sur ses reporters et camaramen restés dehors. Dans le même registre, on retiendra également ce bonhomme aux idées fumeuses comme faire croire que des enfants migrants chantent We are the world sur des stockshots ou faire un téléthon pour les orphelins, si possible en montrant des seins à l'antenne pour faire grimper l'audience. On exploite des pauvres malheureux pour se mettre plein d'oseilles dans les poches. On voit également qu'il y a tout et son contraire dans la rédaction, entraînant des prises de bec entre certains personnages. La plus belle étant celle entre Ron Perlman et Andrew Hill Newman jouant deux personnages complètement à bout. 

La seconde guerre de secession dan

Le premier est assez clairvoyant et voit progressivement ses idéaux se casser la figure, au point de tomber dans une tristesse totale en fin de film. Le second a des propos qui honnêtement peuvent se refléter aussi bien aux USA qu'en France (et ce n'est pas un compliment). Comme le fameux "si on ferme les frontières, il y a aura plus de travail pour les citoyens". Il faudra bien Tonton Roger Corman pour le remettre à sa place. De même lors de l'exécution des militaires mutins, la présentatrice du JT (Joanna Cassidy) en vient à critiquer viruleusement son collègue (Ben Masters) qui préfère passer à autre chose, plutôt que de revenir sur le drame qui vient d'arriver. Puis il y a aussi les personnages de James Earl Jones et Robert Picardo qui cherchent avant tout les enquêtes de fond et sont rembarés car il faut de la news au plus vite pour que le public reste concentré. Dante parle souvent de La seconde guerre de sécession comme un des films les plus importants de sa carrière. On aurait tord de le contredire avec un tel pamphlet, aussi excellent qu'est sa chute volontairement ridicule.

  • The osiris chronicles (1998) : Joe Dante en mode pilote

The osiris chronicles

Jaquette de la VHS américaine.

Pour ceux qui auraient peur rien qu'en voyant la jaquette ci-dessus (particulièrement hideuse pour être gentil), soyez rassurés. The Osiris Chronicles connu également sous le titre de The Warlord : Battle for the galaxy n'est pas un téléfilm, mais le pilote version longue (près d'1h30 quand même) d'une série télévisée qui n'a jamais vu le jour. N'ayons pas peur de le dire: Joe Dante n'est là uniquement que dans un rôle de tâcheron. Le seul rapport commun à ses films est la présence de Dick Miller le temps de quelques minutes en vendeur ambulant. La réalisation ne sort jamais des scories télévisuelles jusqu'aux effets-spéciaux parfois d'une pauvreté folle. Il n'y a qu'à voir le Sublime Planum, dégueulasse en CGI dans des plans larges embarassants et correct en maquillages sur des plans rapprochés. Le récit n'est pas très compliqué malgré la surexplication survenant en ouverture. En fait, The Osiris Chronicles se présente comme une sorte de mélange entre Star Wars (1977-) et Star Trek (1966-). D'un côté, le scénario reprend le principe de la république qui s'effondre. Les rebelles ont battu la république dans une galaxie où la pauvreté, la famine et la surpopulation avaient été éradiqué. Alors pourquoi une guerre? Parce que des gens s'ennuyaient!

The osiris chronicles rod

Le but du personnage incarné par Rod Taylor (rôle initialement voué à Christopher Lee) est de réinstaurer une forme de république avec l'aide du descendant d'un consul devenu un Warlord (soit la partie rebelle). Han Solo et Luke Skywalker laissent leurs places au voleur Justin Thorpe (John Corbett) à la recherche de sa soeur (J Madison Wright). Etant donné que The Osiris Chronicles était censé être le premier épisode d'une nouvelle série, l'intrigue sur le sauvetage de la gamine est laissée en suspens, ce qui ne joue évidemment pas en sa faveur. Idem pour le retour à la république qui devait surement être l'intrigue principale de la série. Pour le second univers repris, il y a l'aspect équipage qui s'en ressent assez facilement, la série Star Trek (1966-69) ayant quasiment inventé ce type de représentation dans le space opera avec un rôle clé pour chaque personnage. On a le vieux briscard (Taylor), sa petite fille en pilote (Elisabeth Harnois), sa fille est arbitre ce qui consiste à négocier entre les peuples (Carolyn McCormick), un garde du corps muet qui ne sert honnêtement à rien (Marjorie Monaghan), Thorpe le capitaine du vaisseau, le Warlord (John Pyper Ferguson) en soutien et le sidekick noir qui parle beaucoup (Darryl Theirse). 

The osiris chronicles dick

"Je suis Dick Miller, regardez moi, je ne fais que passer!"

Idem pour le système de téléportation quasiment similaire à celui employé par le Captain Kirk. Toutefois, ce téléfilm n'est pas désagréable à regarder malgré quelques ratés et ses influences gargantuesques. Juste que si vous attendez quelque chose d'intéressant venant de Joe Dante, ce n'est clairement pas ici.

  • Small soldiers (1998) : Les apparences sont parfois trompeuses

small soldiers

Comme souvent, quand Joe Dante arrive sur le projet Small Soldiers, il n'en est pas forcément l'initiateur. "Small Soldiers a traîné pendant un moment chez Amblin [visiblement le scénario avait été acheté en 1992] , puis était passé chez Dreamworks quand Steven Spielberg a créé le studio. A mon avis, le film ne s'était toujours pas fait parce que la technologie requise n'était pas au point. Je suis arrivé et j'ai apprécié l'idée même au coeur du film, à savoir que le soldats ne sont pas forcément les gentils et que les monstres aux allures bizarres ne sont pas les méchants (...) J'ai pensé que c'était un bon message à envoyer aux enfants." (*) . Le réalisateur travaille avec Stan Winston tout d'abord sur des marionnettes, avant de passer aux images de synthèse. Comme évoqué plus haut, le film est peut être sous l'égide de Steven Spielberg (Dreamworks est son second studio), mais les choses sont différentes de l'époque où les deux larrons travaillaient ensemble. Sur Small Soldiers, Dante n'aura quasiment aucun contrôle et Spielby ne viendra pas l'aider cette fois, car il n'est pas aussi impliqué dans Dreamworks qu'il ne l'était à l'époque d'Amblin. Le principal problème viendra du ton même du film. 

Small soldiers chip

"Il y avait des partenariats avec plusieurs sociétés différentes [dont Burger King] qui voulaient un certain type de film. On m'a d'abord demandé de faire un film 'tendance' pour les ados. Mais quand ils ont commencé à créer le matériel marketing, le ton était orienté vers les jeunes enfants (...) C'était déjà trop tard, la moitié du film était dans la boîte. Alors ils ont taillé dans les scènes jugées violentes, dans les explosions, (...) le prétexte étant que les parents allaient se plaindre." (*). Des reproches déjà faits aux Gremlins (1984, 1990), mais encore une fois Spielby n'est plus là pour le soutenir, d'autant qu'à l'époque il est occupé sur les plages irlandaises. Le réalisateur évoque également que dans ce climat d'incertitude constant, il recevait parfois des pages de scénario de scènes qu'il avait déjà tourné. La fin qu'il désirait à l'usine de jouets est également refusée par les producteurs qui préfèrent une bataille rangée à la maison. Economie surement mais on y perd beaucoup au change. Pas que le climax de Small Soldiers soit mauvais, mais peu avant Alan (Gregory Smith) et Christy (Kirsten Dunst) partent en scooter poursuivis par les jouets, avant de revenir au bercail une fois que la plupart soit bousillée. Le jouet Chip Hazard va quand même à l'usine et ramène à la maison d'Alan sa bande de potes tout frais de l'usine.

Small soldiers Kirsten

Ce qui revient à faire un affrontement, à partir pour revenir à un nouvel affrontement au même endroit, ce qui est un brin redondant. Pas de doute non plus que dans l'usine l'échange aurait peut être été plus violent également. Comme si cela ne suffisait pas, Phil Hartman qui joue le père de Christy est assassiné par sa femme le 28 mai 1998, empêchant ainsi les reshoots demandés par Burger King. Universal retira par la même occasion des plans des bandes-annonces ou spots tv où il est agressé par des jouets. Le film lui est évidemment dédié. Au final, Small Soldiers n'a pas intéressé grand monde à sa sortie, attendant patiemment la vidéo pour se faire une réputation et quand on voit la promotion de l'époque, on comprend un peu plus ce qui s'est passé. Prenons la bande-annonce ci-dessous. On ne voit jamais les Gorgonites pourtant bien représentés dans le logo du film. C'est à peine si on verra les jambes d'Archer dans un autre trailer. Universal (qui distribue le film) a tout misé sur les jouets militaires qui sont en faites les méchants de l'histoire ! On ne comprend même pas quel peut être le sujet même du film, puisque tout ce qui est montré sont des passages où les jouets sont détruits ou d'autres où ils bousillent le décor. Sa publicité au combien mensongère explique peut être son actuelle réhabilitation, puisque le public ne s'attendait certainement pas à un film type Gremlins avec des GI Joe psychopathes et de gentils freaks.

Le contraste se ressent jusqu'au casting de voix pour les dits jouets. A l'origine, Joe Dante souhaitait prendre le casting de Predator (John McTiernan, 1987) pour incarner le commando d'élite. Ce qui se ressent dans le design des jouets assez proche de celui de la bande de portes-bonheur. Au final, le réalisateur trouvera tout aussi bien avec Tommy Lee Jones, Bruce Dern et quatre des Douze Salopards (Jim Brown, Ernest Borgnine, George Kennedy et Clint Walker). Le casting des Gorgonites donne clairement le change avec Frank Langella et trois des Spinal tap (Christopher Guest, Harry Shearer et Michael McKean). Des personnages au design plus fantaisiste et digne du bestiaire déjanté de Gremlins 2. On a une créature qui s'est reconstruit à la manière de la créature de Frankenstein; un cyclope; une créature faisant des tornades (un hommage à Taz ?), un guerrier, un rhinocéros et un colosse au poing de pierre. Quant à nos amis Barbies défigurée jusqu'au boutisme au point de souffrir de déviances sexuelles (Dante qui parasite tout un mythe de "femmes modèles", c'est d'un jouissif), elles sont doublées par les deux grosses actrices de films / séries teen de l'époque Sarah Michelle Gellar et Christina Ricci.

Small soldiers barbies

Le mythe Barbie dézingué en un plan.

D'ailleurs, un des membres du Commando d'élite dira sans ménagement que l'une des poupées "prend toutes les positions", quand un autre demandera s'il peut avoir une permission pour littéralement passer du bon temps avec elles. Quitte à aller toujours un peu plus dans la transgression, autant également faire d'une poupée Jackie Kennedy une guerrière psychopathe! Comme le disait plus haut le réalisateur, il est intéressant de montrer, qui plus est dans un film grand public, qu'un militaire n'est pas forcément quelqu'un de positif et que le freak aussi difforme soit-il est finalement bien plus sage. C'est même toute la richesse du film puisqu'en allant vers ce paradoxe, Dante est à contre-courant de la représentation habituelle du soldat dans le cinéma américain, à la fois guerrier mais aussi très courageux dans une adversité parfois folle. Ici, c'est un destructeur, la caricature du psychopathe qui détruit tout sur son passage, patriotique à en vomir et ne se soucie pas du mal qu'il effectue sur l'adversaire car de toutes manières, il est fait pour l'éradiquer. Comme si un jouet GI Joe avait une conscience. C'est aussi là où Dante se veut le plus critique et certainement le plus pertinent. Les premières séquences sont particulièrement importantes puisque nous présentent tous les problèmes qui vont survenir.

Small soldiers patriote

A l'aide d'un spot de publicité, il nous présente Globotech, une entreprise spécialisée dans l'armement high tech qui essaye de s'impliquer dans les foyers américains. Pour cela rien de mieux qu'une petite OPA sur un fabriquant de jouets, virer un peu de monde et passer pour une entreprise clairvoyante aux yeux du public, alors que pas du tout. La réunion qui suit ressemble étrangement à une qui pourrait avoir lieu à Hollywood. D'un côté, le concepteur créatif qui mise avant tout sur l'univers et les personnages plus positifs (David Cross peut se voir comme une représentation de Joe Dante). De l'autre, le commercial qui mise sur l'aspect guerrier beaucoup plus vendeur des militaires (Jay Mohr dans une position proche des producteurs et patrons de studios). Inutile de dire que ce qui plaît plus au grand manitou (Dennis Leary merveilleux de cynisme) est la seconde option. L'idée même de donner une conscience à des jouets vient d'ailleurs de ce personnage qui veut des jouets plus vrais, qui effectuent le but qu'on leur a fixé. Pour paraphraser une de ses répliques, un jouet n'est plus seulement un jouet quand on lui donne une conscience. Si son but est de faire la guerre, il la fera comme n'importe quel humain. S'il est de se cacher car il est pacifique, il le fera aussi. Rien que par leurs buts différents, les Gorgonites n'ont aucune chance et sont voués à se faire écraser par le Commando d'élite.

 Small soldiers gorgonites

Si le patron n'a fait que donner une idée, il est aussi irresponsable que son employé qui rajoutera des puces militaires dans les jouets. Ce même patron qui dans les dernières minutes dira que ce type de jouets plaira à certaines dictatures d'Amérique du Sud! Le même qui achètera également chaque témoin et fera déplacer un camion avec le logo de la marque, histoire que rien ne s'ébruite. Un cynisme qui se perpétue à travers des choix de musiques parfois très judicieux. Tout d'abord utiliser War (Edwin Starr, 1970) chanson au combien contestataire pour une scène de guérilla urbaine. Ensuite, miser sur La chevauchée des walkyries (Richard Wagner, 1870) pour un petit clin d'oeil à Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979). Dans un premier temps, pour un débarquement aérien des jouets, puis par la réplique "I love the smell of polyurethane in the morning". Dans un sens, même le personnage principal est loin d'être irréprochable, puisqu'il a fait quelques conneries dans d'anciens collèges et lycées et peine depuis à retrouver la confiance de ses parents. Si Les Looney Tunes passent à l'action (2004) s'attaquera plus d'une fois à Hollywood, il n'a jamais le cynisme et la radicalité de Small Soldiers. Ce qui fait peut être de ce film un opus plus intéressant sur plusieurs aspects que les Gremlins et ce malgré tous ses problèmes de production.

Allez à la semaine prochaine!


1 Propos tirés de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

Autre source:

https://www.ecranlarge.com/films/interview/901668-joe-dante-interview-carriere-2eme-partie

Pour ceux qui désirent voir La seconde guerre de sécession (en vf):

  • http://www.dailymotion.com/video/x18u7j7_la-seconde-guerre-de-secession-1-2_shortfilms
  • http://www.dailymotion.com/video/x18u86l_la-seconde-guerre-de-secession-2-2_shortfilms

Pour ceux qui désirent voir The Osiris Chronicles (en vo non sous-titré):

  • https://www.youtube.com/watch?v=FhKZHpoI1NA

25 mars 2017

Cuvée Dantesque #2

Après avoir copieusement évoqué les débuts de Joe Dante, la Cave de Borat continue cette semaine son voyage dans la carrière du réalisateur. Ready? Go! (Attention spoilers)

  • Gremlins 1 et 2 (1984, 1990): le début des emmerdes

Gremlins

Après l'expérience dans la Twilight Zone, Joe Dante reste dans l'écurie Amblin avec un scénario signé Chris Columbus. Initialement, le futur réalisateur de Madame Doubtfire avait écrit un film d'horreur total. Il n'était donc pas question du mélange des genres comique et horrifique/fantastique que nous connaissons désormais ("La mère se faisait décapiter, sa tête roulait le long des escaliers, le chien se faisait dévorer par les Gremlins..." *). De même, Dante travaillait déjà sur ce projet avant même d'être pris pour La quatrième dimension (1983), ce qui l'a amené à avoir une mauvaise idée de l'expérience de studio selon lui. Certes, le film à sketchs a eu des ennuis mais Dante n'était pas vraiment concerné, la Warner laissant tomber assez rapidement le projet ce qui permit une liberté artistique quasiment totale. Ce ne sera pas tout à fait le cas sur Gremlins. Les ennuis ont commencé quand la Warner a découvert le film. "Ils sont tombés amoureux de la première partie plus familiale, et ont été écoeuré par la seconde partie. (...) Ils trouvaient les Gremlins répugnants, ils trouvaient qu'il y en avait trop. De manière avisée, Steven Spielberg leur a répondu: 'Dans ce cas, on retire tous les Gremlins du film, et on appelle ça People, mais le public ne viendra pas voir le film." (**). 

Gremlins Joe 

Joe Dante et un de ses bébés.

Cette banale anecdote confirme une chose évidente: si Spielby n'a pas toujours eu le même point de vue que Dante (il aura même de sacrées réserves sur les deux films Gremlins), il l'a toujours défendu sur les productions Amblin qu'ils ont fait ensemble. La différence avec Small Soldiers (1998) produit par Dreamworks et où Spielby n'était pas vraiment concerné. Le salut viendra de projections-test particulièrement positives et un succès d'autant plus inattendu au vue de sa tonalité générale. Ce qui n'a évidemment pas plu à tout le monde... "Les spectateurs ont pensé qu'il s'agissait d'un film mignon, avec des peluches à la façon des ewoks. Beaucoup de gens ont donc emmené leurs enfants et ont été horrifié de découvrir qu'il s'agissait d'un film d'horreur dans la seconde moitié ! Il y a eu une levée de boucliers, exacerbée par le fait que Steven Spielberg venait de sortir Indiana Jones et le temple maudit, qui avait été également classé PG malgré la scène du coeur arraché. La MPAA a donc décidé, à raison selon moi, de créer un classement intermédiaire entre le PG et le R plus violent, et c'est ce qui a conduit à la création du PG-13, soit l'interdiction aux enfants de moins de 13 ans non accompagnés." (**). Les Gremlins viennent initialement de légendes autour de créatures s'attaquant aux avions de guerre durant la IIème Guerre Mondiale.

Gremlins gizmo

Une idée qui avait donné par la suite le roman de Roald Dahl (1943), ainsi qu'un projet d'adaptation animée chez Disney et surtout un épisode de La quatrième dimension, le même dont George Miller a fait un remake dans le film précité. Le personnage de Dick Miller est le seul personnage qui parle de cette légende, comme pour amener une continuité avec son rôle dans Hurlements (c'est son personnage qui évoquait les rouages de la lycanthropie dans le film de 1981). Dante et Columbus revisitent ce personnage légendaire en lui instaurant des règles précises. Initialement, il s'agit d'un mogwaï qu'il ne faut pas nourrir après minuit, ne pas mettre à la lumière vive et surtout de ne pas faire tomber de l'eau sur lui. Les gremlins arrivent finalement avec ce dernier commandement. Un peu comme les xénomorphes de la saga Alien (1978-), les gremlins ont plusieurs temps de gestation. D'abord sous un aspect mignon à cause de l'eau, puis en cocon suite à de la nourriture et enfin leur forme finale pas loin du reptile. Des êtres perfides, voleurs, destructeurs, qui fument, boivent et même disons le clairement sont de véritables psychopathes. A ce niveau, Dante et Columbus orchestrent un véritable jeu de massacre et pour un film disons familial, on peut même employer le mot trash.  

Gremlins death

Vous voulez un exemple de la violence de Gremlins? En voilà un beau.

Un mec déguisé en Père Noël est attaqué par plusieurs gremlins devant deux policiers indifférents. Ces mêmes bonhommes finiront dans leur fuite avec des freins peu coopératifs. La personne la plus détestable de la ville (qui n'est autre que celle qui servira de décor à la trilogie Retour vers le futur) finira avec une mort digne de ce nom (et donc jubilatoire). Le professeur finira littéralement sous la table quand d'autres personnes seront attaquées dans leur foyer. A ce niveau, la mère de Billy (Frances Lee McCain) est peut être le personnage qui subit le plus les assauts des vilaines bêtes (elle manquera tout de même d'être étranglée, scène merveilleusement choquante pour un jeune public). Mieux, elle les dégomme avec une violence monumentale: un passera au mixeur (voir ci-dessus), un autre dans le micro-onde et le dernier aura droit à un traitement que n'aurait pas renier Norman Bates! Gremlins est souvent considéré comme un film d'horreur familial et sa réputation n'est pas volé. Quand on croit qu'il y en a plus, il y en a encore puisque Dante rajoute au film son cynisme habituel. L'anecdote du personnage de Phoebe Cates en est la preuve la plus évidente. Jusqu'à présent, le film qui se montrait était mignon et typique d'un film de noël classique, allant même jusqu'à citer La vie est belle (Frank Capra, 1946). Puis Gizmo a eu sa transformation et le changement de ton s'est fait petit à petit. 

Gremlins Phoebe

Mais ce passage précis va plus loin encore, puisque Dante dézingue le mythe du sacro-saint réveillon de Noël en évoquant un drame horrible. Kate était déjà un personnage sympathique, elle le devient d'autant plus pour le spectateur en se révélant touchant. Pour le reste, Dante n'épargne pas non plus son héros (Zach Galligan) caractérisé comme un grand bénêt accumulant les bourdes. Un détail que changera un peu le réalisateur sur le second opus et heureusement parce qu'aussi sympathique est Billy, il est quand même un brin stupide. Dans cet opus, on voit rarement les Gremlins en déplacement en dehors de quelques plans (dont un en stop-motion), cadrés jusqu'à la ceinture les trois quarts du temps. Histoire de ne pas montrer sans le faire exprès un technicien ou tout simplement de trop en montrer. Sur ce film, Dante a fait le nécessaire pour montrer le plus possible ses créatures et il n'y a pas forcément besoin de les montrer systématiquement en mouvement. Une chose différente sur le volet suivant où les déplacements sont plus nombreux notamment parce que Dante avait une carte blanche totale. Si Kevin McCarthy n'est pas réellement de la partie, Joe Dante a tout de même trouvé moyen de lui faire un clin d'oeil. C'est ainsi que Billy et Gizmo regarde L'invasion des profanateurs de sépultures (Don Siegel, 1956). 

Gremlins cinéma

Quoi de plus meta que de voir des choses au cinéma alors qu'on est au cinéma?

De même, le film fera différents clins d'oeil à divers films, à l'image du Magicien d'Oz (Victor Fleming, 1939) avec ce gremlin fondant à l'écran (la première production Amblin qui y fait allusion avant Roger Rabbit); le robot Robby et la machine à explorer le temps dans une même scène; et bien évidemment Blanche Neige et les sept nains (David Hand, 1937). Si Gremlins 2 s'est fait, ce n'est initialement pas du voeu de Joe Dante. Le réalisateur enchaîne trois films après Gremlins, la plupart se soldant par des échecs commerciaux et loupe même le coche avec une célèbre chauve-souris (on en reparlera plus bas). C'est alors qu'il est appelé quasiment à la rescousse par une Warner cherchant à faire une suite de ce gros succès de la décennie 80's, tout en ne savant pas comment s'y prendre. Le studio lui a alors donné carte blanche, pensant peut être que le réalisateur allait reprendre la formule du premier film. Manque de pot, la Warner est tombée sur une belle peau de banane. Même si le réalisateur a fait revenir Galligan, Cates, Miller, Jackie Joseph, Keye Luke et bien évidemment Gizmo, La nouvelle génération ne se déroule ni à Noël, ni dans la ville que l'on connaît (cette suite se situe à New York et principalement en huis clos dans un immeuble) et ne parlons même pas du ton. Si Gremlins était un film d'horreur familial, Gremlins 2 est une comédie satirique. 

Gremlins 2

Warner n'a pas semblé le comprendre si on se fit rien qu'à la bande-annonce du film. On a plus l'impression de voir la bande-annonce de la suite d'un film d'horreur que celle d'une comédie satirique. La promotion misait sur la nostalgie angoissante du film (avec musique et voix-off qui en rajoutent une couche), avant de montrer des images du film tout aussi opressantes. Pas de doute que quand le film est sorti, le public s'attendait à tout autre chose. A cela se rajoute une date de sortie américaine modifiée à la dernière minute. Dante évoque aussi de la distance entre ses deux films: "Le film est sorti six ans après Gremlins, et il a coûté trois fois plus cher. Vous ne pouvez pas laisser passer autant de temps. Ghostbusters 2 [Ivan Reitman, 1989] avait eu le même souci l'année précédente, il n'a pas très bien marché non plus. (...) je crois que l'idée même des gremlins était devenue quelque peu dépassée." (**). D'aucun dirait que ce type d'allusion correspond à bons nombres de suites tardives ou reboots qui pullulent ces dernières années (l'exemple évident: Independence Day Resurgence de Roland Emmerich, sorti vingt ans après l'original sans réel attente). Cette séquelle est le fruit d'un coup de folie de Dante, le genre où le réalisateur se lâche complètement sans avoir à rendre de compte à un studio. La Warner l'a laissé faire, elle subira un second film qui ne lui correspond pas.

Par la suite, le réalisateur ne travaillera plus qu'une seule fois avec la Warner et le studio se gardera bien de le remettre à sa place cette fois-ci. Ce sera pour Les Looney Tunes passent à l'action en 2004... Sur cet opus, ce n'est plus Chris Walas qui s'occupe des petites bêtes mais Rick Baker. Au départ sceptique quant à faire mieux que Walas, Dante a donné carte blanche à Baker afin de créer de nouvelles créatures. C'est ainsi que l'on aura droit à un gremlin intelligent et qui parle, une femelle amoureuse de Robert Picardo, un gremlin électrique, un autre dont des légumes poussent sur son corps, une chauve-souris terminant en gargouille, un gremlin araignée, un autre est défiguré à la manière du fantôme de l'opéra... Le film y gagne considérablement, proposant ainsi des nouveautés par rapport à l'original. D'autant que la plupart ont au moins un moment de bravoure. Jusqu'à leur faire faire un show off-Broadway sur New York New York (1977) ! Dante malmène encore une fois la mascotte de la franchise, mais peut être un niveau au dessus. Cette fois, Billy n'est pas responsable de l'arrivée des gremlins. Gizmo n'aurait jamais eu de problèmes s'il n'était pas sorti du tiroir. Mais il tiendra sa vengeance en devenant un guerrier tel John Rambo. Même si le ton est moins trash que dans l'original, Dante réserve quelques moments dignes de ce nom comme le gremlin passant à la broyeuse ou la scène de l'ascenseur assez opressante.

Toutefois, une scène avec un gremlin ne semble pas fonctionner: celle où Dick Miller affronte la chauve-souris en pleine rue. On voit que l'acteur peine à taper dedans et surtout les gens n'ont aucune ou si peu de réactions face à une chauve-souris hideuse qui attaque quelqu'un en pleine rue. Ce qui intéresse davantage Dante sur ce film est de se moquer des dirigeants de grandes entreprises opressant leurs employés à force d'un politiquement correct perturbant. Selon Dante, le personnage de John Glover est un mélange de Donald Trump et Ted Turner et on ressent tout le cynisme qui en découle. Le personnage n'est pas vraiment méchant, c'est son discours qui déconcerte. Tout ce qu'il voit est source d'argent à se faire. Quand il voit la ville de Billy, il y voit le moyen de faire une cité identique dans le New Jersey. Quand il voit Gizmo, il pense merchandising (d'aucun dirait que Dante cite ouvertement la Warner qui s'est bien enrichi sur la mascotte). Son homme de main incarné par Picardo enlève toute créativité aux employés, au point de les confiner dans une unique vision. Un autre cas se présente quand on entend que Casablanca (Michael Curtiz, 1942) sera diffusé sur la chaîne du groupe en couleur et avec une fin heureuse. Tout doit être au goût du patron et de ses subordonnés. Ce qui n'est pas prévu doit être mis à la poubelle. 

Gremlins 2 John

John Glover vendeur de rêve depuis 1990.

C'est ce que fait comprendre le présentateur d'une émission de cinéma (Robert Prosky), disant que les films d'horreur en noir et blanc sont bannis de la programmation car on veut de la couleur. Sans compter la surveillance qu'opère Picardo sur les employés, jusqu'à en virer un (le fidèle Henry Gibson) pour avoir fumer une cigarette. Dans le lot, on peut également rajouter la fameuse vidéo de fin d'antenne, renvoyant avec dix ans d'avance au bug de l'an 2000. En effet, la plupart des chaînes de télévision ont évoqué au fil des années avoir une vidéo au cas où la fin du monde aurait lieu notamment pour 2000. Glover sort de son chapeau une vidéo bien putassière jusqu'aux symboles utilisés: le drapeau américain, la nature qu'ironiquement l'entreprise bousille et le message qui va avec ("Nous espérons que vous avez aimé nos programmes, mais et c'est beaucoup plus important, nous espérons que vous avez aimé la vie"). Un véritable vendeur de rêve. Dante s'amuse également avec le film, alignant les vannes meta plutôt bienvenues. Ainsi, Kate commence à évoquer une autre anecdote sentant fort la pédophilie, avant que Billy ne la stoppe. Une manière comme une autre pour le réalisateur de se moquer de l'une des scènes phares du précédent opus. Dans cette optique parodique, Gremlins 2 est un temps arrêté car les gremlins sont allés dans une salle de projection. 

Gremlins trio

Le réalisateur avait même pensé à montrer des pancartes de gremlins lors des séances du film, histoire de faire croire que les créatures étaient bien dans la salle. Une vanne qui n'a visiblement pas plu à la Warner. Au même titre, le film s'ouvre et se ferme sur des sketchs des Looney Tunes réalisés par Chuck Jones. L'occasion pour le réalisateur de rendre un premier hommage à un de ses mentors déjà présent le temps d'un caméo dans le précédent opus. Enfin, Dante a permis de sortir Christopher Lee de l'agonie dans laquelle fut sa carrière durant les 80's. Un personnage de savant fou faisant la collection des virus et que l'on voit même trimballer une causse (encore un clin d'oeil aux Body Snatchers). Au vue du bêtisier, l'acteur s'est visiblement plus amusé que sur le tournage de Hurlements 2 (Philippe Mora, 1986)... Si le réalisateur a signé d'autres excellents films par la suite, il n'obtiendra jamais un contrôle aussi total sur une production qu'avec Gremlins 2. Un film qui va dans tous les sens, mais réussit totalement à être une oeuvre foutraque, inventive et cinglante. Une race rare. 

  • Explorers (1985): Chronique d'un échec qui aurait pu être évité

Explorers

Dans un premier temps, la Warner offre à Joe Dante l'occasion d'adapter Batman au cinéma. A cette époque, on retient surtout le cape crusader pour la série et le film avec Adam West (1966-68) et dans les kiosques, le personnage subit une transformation radicale à travers des runs signés Frank Miller. "Le studio avait un scénario qui n'est pas celui qui a finalement été tourné [par Tim Burton en 1989], Ivan Reitman était censé le faire mais il a quitté le projet. C'était une adaptation très classique: les parents de Bruce Wayne sont tués, il devient Batman. Robin était là, Alfred aussi. C'était plutôt cool de se voir proposer ça (...) Mais un soir, je me suis réveillé au beau milieu de la nuit en me disant que je ne pouvais pas tourner ce film. Je ne crois pas en Batman en fait. Je n'ai jamais acheté l'idée du manoir dans la colline, du gamin traumatisé, de ce type riche qui se fabrique un alter-ego (...) Si je voulais faire ce film, c'est parce que j'aimais le personnage du Joker en fait. Donc j'ai refusé le projet, et tout le monde m'a pris pour un cinglé, ce qui était peut être vrai" (**). Dans cette optique, le réalisateur avait pensé à John Lithgow pour incarner le Joker. A la place, Dante se lance dans le projet Explorers pour Paramount. Quand Joe Dante s'intègre au projet, il a déjà un scénario et un réalisateur évincé.

Explorers Joe

Joe Dante avec Ethan Hawke et River Phoenix.

En l'occurrence Wolfgang Petersen dont le studio ne voulait pas d'une seconde Histoire sans fin. Dante a eu accès au scénario dans une pièce privée de peur d'un possible espionnage industriel. De son aveu, le scénario n'était pas fini ou tout du moins la deuxième partie était assez pauvre, se résumant à la découverte des enfants de jeunes extraterrestres amateurs de baseball. Une trame qui malheureusement n'a pas vraiment changé dans le résultat final et pire, la Paramount a quasiment obligé le réalisateur à le réaliser et monter au plus vite dans le but de le sortir à l'été 1985, même après le changement de direction qui l'a avancé de deux mois. Une erreur totale qui a engrangé un tournage à la vitesse de l'éclair, un film qui ne semble pas fini et des effets-spéciaux qui ne fonctionnent pas vraiment. Selon Dante, "la fin du film devait dérouler une théorie selon laquelle tous les personnages du film étaient connectés. Ce concept a été complètement abandonné au final. (...) Si vous regardez attentivement -et en particuliers la dernière partie- vous remarquerez que beaucoup de passages ont été doublé en post-synchronisation pour donner plus de sens aux dialogues parce que les répliques originales faisaient à des idées qu'on ne voit finalement pas dans le film" (3). Quand Explorers sort dans les salles, il est assez mal accueilli et ne commencera à se faire une réputation qu'à sa sortie vidéo.

Explorers aliens

Un constat qui va se renouveller plus d'une fois sur le reste de sa filmographie. A la question d'un director's cut, le réalisateur se veut catégorique: "Un immense fan d'Explorers m'avait proposé de financer la restauration du film. Quand nous sommes allés chez Paramount, ils n'avaient plus aucun négatif du film, ils avaient tout jeté... Le studio a même ajouté que je devais m'estimer chanceux que le film soit sorti en vidéo. C'est dire combien ils méprisent Explorers" (3). Ou quand le serpent se mord la queue. Explorers est un film difficile à voir pour son réalisateur et il l'est peut être tout autant pour le spectateur. Ce n'est en rien un mauvais film, mais il a été victime du studio qui la produit et le résultat en paye les conséquences. Si la première partie (particulièrement longue et couvrant les trois quarts du film) est intéressante car Dante a eu plus de temps pour la monter, la seconde partie a bien du mal à convaincre. On voit bien le travail de Rob Bottin sur les extraterrestres, mais leur design n'est pas forcément génial à l'origine. Toutefois, les personnages sont assez bien caractérisés pour qu'ils soient intéressants. Si la fille (Leslie Rickert) parle un peu mieux, son frère (Robert Picardo) communique à travers des sons issus de la pop culture terrienne. C'est ainsi que sa première parole sera "Quoi d'neuf docteur?". 

Explorers amanda

Ils voient également que les terriens ont peur d'eux en faisant des fictions où ils sont considérés comme des ennemis. Ce qui concorde avec le début du film où Ben (Ethan Hawke) est réveillé par un passage de La guerre des mondes (Byron Haskin, 1953). On peut donc comprendre la méfiance dans les deux camps. En revanche, on ne comprend pas vraiment ce qui arrive, car le voyage n'a pas de réelle finalité à l'écran. Les héros trouvent des aliens, font connaissance, causent un peu avec, puis partent comme si de rien n'était. De même, le traitement du personnage de feu Amanda Peterson peut déconcerter. Elle apparaît comme un love interest de Ben, puis une fois en pleine voyage plus rien sur elle à part une allusion du garçon avec la demoiselle alien. Puis quand ils repartent, elle a un flash et finit par les rejoindre jusque dans le rêve commun des garçons, devenant ainsi la petite-amie de Ben. Un aspect romantique qui n'est pas toujours traîté de la bonne manière, surement encore une fois à cause du montage. On aura donc plus tendance à apprécier la partie où les jeunes cherchent à construire un vaisseau volant d'après un rêve qu'ils ont fait en même temps. Un aspect qui renvoie à ce que disait le réalisateur plus haut à propos de la connexion entre les personnages. Même s'il n'a pas pu faire ce qu'il voulait, cet aspect apparaît tout de même dans le film.

Explorers circuit

Les passages du circuit imprimé (plutôt réussis au passage) ne sont pas sans rappeler Tron (Steven Lisberger, 1982), à la différence que cette fois ce n'est pas un jeu-vidéo mais un monde issu du rêve des héros. Les rêves qu'ils font leur permettent de construire un vaisseau spatial fait autour d'un champ de force. C'est ainsi que le réalisateur les présente faire des essais jusqu'au premier grand départ. L'occasion de montrer Dick Miller en pilote d'hélicoptère nostalgique et Robert Picardo dans un drôle de space opera. Le même genre qui sera parodié dans Cheeseburger film sandwich (1987) avec décors en carton pate, un personnage principal au nom évocateur (Starkiller, soit le premier nom de Luke Skywalker) et les répliques qui vont avec ("Pour moi c'était un père, cela vous le comprenez? -C'était mon vrai père!"). Un avant-goût du space opera pour Picardo, acteur récurrent des séries Star Trek Voyager (1995-2001) et Deep space nine (1993-1999)et même Dante qui réalisera le téléfilm The osiris chronicles (1998). Dante différencie assez rapidement ses personnages: le fan de science-fiction amoureux, le scientifique en herbe (River Phoenix) et le gamin un peu seul (Jason Presson). Des clichés certes, mais dans la mouvance des teen movies de l'époque qui s'amusaient des clichés pour pouvoir les contrecarrer par la suite. La première partie participe grandement au charme d'Explorers  (d'autant que les personnages sont attachants) et on peut comprendre le culte qu'il a engendré. 

Explorers vaisseau

En 2014, la Paramount a décidé d'appuyer sur le bouton remake, ce qui paraît assez aberrant si l'on se fit à ce qui est dit plus haut. Comme le dit assez bien Joe Dante, Explorers est un film "symptomatique de son époque", un film type Amblin qui peut difficilement être refait aujourd'hui. Un projet qui risque aussi bien de ne pas plaire aux fans du film qu'à des spectateurs néophytes qui auront bien du mal à comprendre l'intérêt. Toutefois, il est de bon ton de toucher du bois puisque le projet n'a jamais réellement avancé, au détriment d'un troisième Gremlins qui est bien parti pour se réaliser avec Chris Columbus aux manettes sous la forme d'un reboot. Quand on voit à quel point la carrière du scénariste-réalisateur a chuté depuis Harry Potter et la chambre des secrets (2002), il y a de quoi avoir la frousse.

  • Innerspace (1987): Une aventure au delà des limites du corps humain

Innerspace

Après la déconfiture Explorers, Joe Dante tourne des segments du film Cheeseburger film sandwich et des épisodes pour la série produite par Spielby Histoires fantastiques (1985-87). Les deux collaborateurs renouent ensuite avec InnerSpace plus connu chez nous sous le titre L'aventure intérieure. Si le film s'est produit sans problème, la campagne de promotion et même le titre original ont tué l'exploitation du film selon Dante. "Ni l'affiche ni la campagne de pub ne montraient que le film est une comédie. Les acteurs n'étaient pas dessus, c'était juste un gros pouce avec le petit vaisseau posé dessus [voir ci-dessus]. (...) Elle donnait l'impression d'un film purement basé sur la technologie, le genre de projets que les femmes n'ont généralement pas envie de voir. Le film a fait un mauvais démarrage et à cette époque, si un film ne marchait pas dès le départ, le studio avait tendance à le laisser tomber. Dans ce cas précis cependant, Warner Bros aimait le film et ils l'ont ressorti avec une nouvelle affiche [voir ci-dessous] (...) Ça n'a pas marché non plus. Le titre était vraiment problématique et nous le savions, mais nous n'avons pas réussi à en trouver un meilleur." (**). En général, on retient aussi le film dans la catégorie potin, puisqu'il est à l'origine de l'union entre Dennis Quaid et Meg Ryan. 

Innerspace_2

Si L'aventure intérieure suscite un peu moins l'attention aujourd'hui qu'à sa sortie vidéo, il reste un film apprécié et les projections survenues depuis (rappelons que votre cher Borat l'a revu au cinéma en début de mois) confirment à quel point ce film a été un rendez-vous manqué dans les salles obscures. C'est un film qui gagne vraiment à être vu sur un écran de cinéma pour profiter de sa qualité technique irréprochable. On dit parfois que les films à effets-spéciaux pré-90's ont tendance à vieillir, à cause des nouvelles techniques, de maquillages qui passent moins bien désormais... Pourtant InnerSpace tient plutôt bien le choc, notamment lors de ses séquences à l'intérieur du corps de Martin Short (comme de Meg Ryan charmante au possible). Dante réussit même à donner lieu à un affrontement génial en plein estomac entre Dennis Quaid dans son module et Vernon Wells dans un robot! A ce titre, la transformation physionomique de Martin Short en Robert Picardo est toujours aussi impressionnante à voir, un vrai moment cartoonesque. Les effets-spéciaux sont au service du récit à l'inverse de ce que l'on voit dans certaines productions récentes misant sur les SFX au lieu d'un scénario. L'équipe des effets-spéciaux sera logiquement récompensée aux Oscars pour ce travail de qualité. C'est aussi un film où le réalisateur se révèle peu cynique par rapport à d'habitude. Pas que son style ne soit plus à l'écran, puisqu' InnerSpace bénéficie d'un style fort cartoonesque raccord au sujet.

Juste que sur ce film, Dante laisse tomber le cynisme pour livrer une comédie d'espionnage. La science-fiction ne tient que sur ce qui arrive à Dennis Quaid. Un postulat qui se détache du film dont il est le pastiche Le voyage fantastique (Richard Fleischer, 1966). Tout le film part d'une opération qui tourne mal. Tuck Pendleton (Quaid) est miniaturisé dans un vaisseau pour pouvoir être mis dans un lapin. Des espions industriels finissent par liquider les trois quarts des scientifiques et s'emparent d'une des puces nécessaires à la transformation. Sauf qu'un d'entre eux a eu le temps d'insérer Tuck dans le corps de Jack Putters (Short). Le héros est alors traqué par les espions industriels. L'acteur comique voit ici un moyen de montrer ses talents comiques à travers ce personnage hypocondriaque particulièrement sensible. Rien de plus cocasse que d'avoir un dur à cuire dans le corps d'un complexé. L'accroche sur l'affiche française est assez éloquente: "il y a en Jack Putter un héros qui sommeille". Elle ne parle pas tant de  que du personnage de Short lui-même, personnage qui se découvre des talents cachés et qui arrive au final à s'accepter. Grâce à Tuck, Jack réussit à se surpasser, à montrer qu'il est capable de grandes choses. Il n'est pas un héros, il le devient. De la même manière, Tuck redevient le héros qu'il était avant de toucher le fond. 

Innerspace vaisseau

 

Pour les ennemis, Dante dévoile des personnages tous plus ridicules les uns que les autres. L'avocat mouillé jusqu'au coup dans l'espionnage industriel pour se faire de l'argent (Kevin McCarthy). Une seconde (Fiona Lewis) qui prend du plaisir avec le bras robotisée de Vernon Wells, scène qui vaut à elle seule le fou-rire instantané. L'éternel Bennett de Commando devient une sorte de Terminator couteau-suisse avec ce fameux bras servant aussi bien de flingue que de lance-flamme. Un homme de main atypique qui se rajoute dans les rôles phares d'un acteur qui aura beaucoup joué les méchants. A ce lot d'hurluberlus peut se rajouter le Cowboy (Picardo), personnage tout ce qu'il y a de plus cliché et collecteur de secrets industriels. Le tombeur avec un accent à coucher dehors, un chapeau sur la tête, des santiags, un cigare dans la bouche et qui sabre le champagne en slip kangourou! S'il y a peut être un défaut au film est sa fin ouverte. La seule de ce type dans la carrière de Joe Dante et on doit bien avouer que cela ne fonctionne pas vraiment. On a un peu l'impression de faire face à un climax de dernière minute et sans finalité. Mais ne boudons pas notre plaisir, InnerSpace est un divertissement tout ce qu'il y a de plus solide.

  • The 'Burbs (1989): Vous ne verrez plus vos voisins du même oeil

The burbs

Avant de s'attaquer à la séquelle de Gremlins, Joe Dante se voit proposer The 'Burbs par le producteur Brian Grazer. Un film qui s'est tourné assez rapidement pour des raisons beaucoup moins pénibles que celles d'Explorers. "Nous l'avons tourné dans l'ordre à cause de la grève des scénaristes de 1988, et nous avons beaucoup improvisé. Nous avions des acteurs très intelligents, du coup une bonne moitié des dialogues qui provoquent le rire dans le film viennent d'improvisations sur le plateau." (**). Si le film n'est pas un carton au box-office, il est toutefois un petit succès plutôt bienvenu pour Dante en ces 80's pas toujours très charitables. Toutefois et la présence de Tom Hanks en personnage principal, le film sort par chez nous directement en vidéo. Longtemps un fond de tiroir pour Universal (je salue d'ailleurs le camarade Olivier qui m'avait envoyé le DVD il y a quelques années, il fonctionne toujours), le film est ressorti cet hiver avec une édition collector de l'éditeur Carlotta. De quoi permettre au film de trouver un nouveau public (ce qui visiblement semble avoir porté ses fruits). Exhumée par l'éditeur Arrow, la copie de travail de The 'Burbs a été rajouté également au BR français, permettant de montrer une version pas vraiment différente de celle finalement sortie, mais qui justifie un détail en particulier. 

The burbs fisher

Durant tout le film on voit que Ray Paterson (Hanks) est à la maison, dit qu'il profite de ses vacances. Le premier montage était plus explicite et finalement plus compréhensible: Ray est tout simplement au chômage depuis quelques temps et le cache à sa femme (Carrie Fisher) en prétextant des vacances bien méritées. Son patron apparaissait ainsi dans le cauchemar que fait Ray sous les traits de Kevin McCarthy. La fin était également différente puisque le personnage d'Henry Gibson faisait un discours sur les suburbs avec la même issue. Art Weingartner (feu Rick Ducommun) ne retrouvait pas sa femme également. Une fin bien moins convaincante que celle qui a finalement été gardé. Dès le premier plan, Dante installe la thématique de la surveillance à outrance en prenant le point de vue d'un potentiel satelitte zoomant progressivement sur une suburb américaine. Ces fameuses zones résidentielles si propres sur elles que dézinguait Tim Burton dès l'année suivante avec Edward aux mains d'argent. C'est ainsi que tous les voisins vont commencé à espionner les nouveaux arrivants, pensant à des tueurs ou tout du moins à des gens aux moeurs très étranges. Dès lors, Dante montre une sorte de film dans le film, puisque Corey Feldman et ses potes regardent leurs voisins cherchant la petite bête comme s'il s'agissait des personnages d'une sitcom quotidienne.

Un aspect renforcé par un décor unique: celui d'une rue de surburb. Chaque jour, voire chaque heure il y a un potentiel rebondissement et chaque voisin est un cliché. Feldman le fait d'ailleurs comprendre assez rapidement au détour d'une séquence: Ray est le sceptique qui se cache pour fumer ses cigares; Art le paranoïaque pensant que les voisins sont des tueurs et dont la femme est partie depuis un certain temps; et Mark Rumsfield est le militaire à cran sortant le drapeau américain chaque matin (Bruce Dern). Leurs cibles? Les Klopek, ces gens peu accueillants voire bizarres, dont la maison est le témoin de drôles de lumières la nuit. Ce qui revient à l'objet même du suspense. Pour Feldman et ses amis, c'est un spectacle permanent que l'on regarde une part de pizza et une bière dans chaque main, alimenté par des voisins finalement acteurs d'un show qu'ils ne contrôlent absolument pas. Toutefois, Feldman devient acteur lui-même en stoppant la police pour que le show continue de plus belle. Dante joue sur la paranoïa de ces personnes cherchant à tout prix à avoir le fin mot de l'histoire jusqu'à en devenir dingue. Il n'y a qu'à voir le cauchemar de Ray. Dans la première partie, il en vient à cauchemarder autour des films qu'il a regardé avant de dormir, soit L'exorciste (William Friedkin, 1973), Course contre l'enfer (Jack Starrett, 1975) et surtout Massacre à la tronçonneuse 2 (Tobe Hooper, 1986). 

Dans la seconde, il a tous les personnages autour de lui attaché comme pour griller sur un barbecue, avant de se réveiller avec un mec disant "it's a beautiful day" à la télévision! Par la même occasion, le réalisateur se garde bien de brouiller les pistes avec les Klopek en multipliant les rebondissements improbables: l'ancien voisin n'a curieusement jamais dit au revoir; le gant plein de sang; les lumières dans la nuit; le passage délirant dans la maison; un tibia apparaissant dans le jardin; le voisin disparu; et enfin le final. On pense qu'il y a un truc louche, mais rien n'est clairement visible à l'écran avant les dernières minutes qui enchaînent les révélations loufoques. C'est peut être à cause de cela que Joe Dante est peu convaincu de la fin de son film. Elle est pourtant la conclusion la plus digne à un film frappadingue jusqu'à sa résolution. Avec ce film, Dante signe une véritable charge sur les suburbs, n'hésitant pas à égratigner tout le monde sur son passage. Il n'y a qu'à voir l'ami Bruce Dern qui semble s'être bien marré à jouer les soldats au garde à vous, chose qu'il refera pour Dante en doublant un des jouets de Small Soldiers. Finalement, seules les femmes (Fisher mais aussi Wendy Schaal) apparaissent comme les voix de la raison dans cette folie furieuse. Le pire est peut être de se dire que cette folie a mené à quelque chose, c'est dire à quel point The 'Burbs est un film merveilleusement dingo! 

The burbs groupe

Vous ne le savez pas encore, mais ils vous surveillent déjà.

Allez à la semaine prochaine!


* Propos tirés de: http://www.ecranlarge.com/films/interview/901667-joe-dante-interview-carriere-1ere-partie

** Propos issus de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

3 Propos issus de Cinemateaser numéro 49 (novembre 2015).

Autres sources:

  • https://www.ecranlarge.com/films/interview/901668-joe-dante-interview-carriere-2eme-partie
  • http://www.ecranlarge.com/films/news/965327-joe-dante-dit-tout-sur-le-batman-que-vous-ne-verrez-jamais-et-l-interprete-original-du-joker

18 mars 2017

Cuvée Dantesque #1

Cela faisait un petit moment que la Cave de Borat cherchait à exhumer le cinéma de Joe Dante. Disons le franchement depuis plus d'un an, repoussé par manque de temps, d'hésitations et de visionnages intensifs d'une filmographie variée rassemblant films, téléfilms et épisodes de séries télévisées (on évitera de parler de ces derniers). Parfois de véritables raretés où il faut bien le net pour vous aider dans votre croisade (y compris voir le film avec un russe qui double sur les dialogues originaux). Le déclic fut le festival Toute la mémoire du monde qui a eu lieu du 1er au 5 mars en sa présence. L'occasion pour la Cinémathèque française de faire une rétrospective complète jusqu'au 1er avril, où vous pourrez voir tous ses films et même les épisodes de séries qu'il a réalisé, dont ceux d'Histoires fantastiques (1985-87) et de Masters of horror (2005-2007). Mais aussi de développer le festival à travers la France avec l'opération Hors les murs, permettant à des exploitants en dehors de Paris de choisir des films parmi la programmation du festival. C'est ainsi que votre cher Borat a pu revoir Gremlins (1984) et Innerspace (1987) sur grand écran le 11 mars dernier. Mais de quand date mon amour pour le cinéma de Joe Dante? Cela date de Small soldiers (1998) vu en avril 2002 (papa avait enregistré le film sur la 3 en deuxième partie de soirée). 

Il faudra toutefois attendre l'adolescence pour que je me passionne pour son cinéma. La quasi-intégralité de ses films et téléfilms seront chroniqués dans ce cycle à l'exception d'un seul. Il s'agit de son premier film The Movie Orgy, un film évolutif initié dès 1966 en compagnie de Jon Davison (le futur producteur de Robocop et Starship troopers). Il s'agit d'un ensemble d'extraits de films, d'émissions, de cartoons souvent en rapport avec l'actualité et que Dante a monté de façon à en faire un film satirique. Une compilation a fini par être réalisé, regroupant environ sept heures de programme. C'est une version de 4h30 que le public de la Cinémathèque a pu découvrir en début de mois et probablement une des rares copies qui circule. Même le net ne vous sera pas d'un grand secours dans ce cas précis. Alors êtes-vous prêts pour un voyage de plusieurs cuvées dans le monde de Joe Dante? GO! (Attention spoilers)

The_Movie_Orgy

  • Hollywood Boulevard (1976): Quand Godzilla fut dirigé par Paul Bartel

Hollywood boulevard

Dans l'entretien présent sur le BR de Piranhas (1978), Joe Dante évoque qu'il est arrivé chez Roger Corman par des amis venant des cours de cinéma enseignés par Martin Scorsese. Il s'occupe d'abord de faire des bandes-annonces, ce qui revient à nouveau à faire du montage, voire parfois à rajouter des stockshots tournés rapidement. Selon lui, ce fut une manière d'apprendre à gérer le rythme d'un film. Un jour, il va voir Tonton Roger avec Allan Arkush dans l'idée de se frotter à son premier véritable long-métrage (The Movie Orgy est avant tout un exercice de montage). "Il a accepté à la condition de faire le film le moins cher possible [visiblement un pari avec Jon Davison], et de continuer à travailler sur les bandes-annonces pendant la nuit ! Nous avons donc fait Hollywood Boulevard en une dizaine de jours, en travaillant à deux. Pendant que l'un tournait ses prises, l'autre préparait ses scènes et on enchainait rapidement de la sorte, pour avoir plus de matière par jour de tournage." (*). Se rajoute également des extraits de films en tous genres issus du catalogue New World Pictures incorporés au sein même du film. Une manière comme une autre de faire des économies, mais aussi de rajouter un charme bis au film. C'est ainsi que le film tourné par le personnage de Paul Bartel incorpore des passages guerriers de The Big Bird Cage (Jack Hill, 1972).

Girl Hollywood 

Candy une héroïne de choc qui n'a pas peur de la cascade.

Un film de "women in prison" avec Pam Grier se déroulant également aux Philippines. Un film où Candy (Candice Rialson) jouera autant la guerrière surarmée que la femme violée dans une séquence aussi douteuse que certaines peloches de l'époque. Plus drôle encore, Dante et Arkush montre Bartel tourner une variante de son Death Race 2000 (1975), renommé pour l'occasion "Atomic War Brides", avec la même voiture et Frankenstein (David Carradine) remplacé pour l'occasion par l'héroïne. Un Roméo et Juliette se déroulant lors d'une compétition de voitures. Inutile de dire que les scènes vues en salle de projection sont celle du film culte de Bartel. De même, les films du drive in présentés avec le film des personnages sont des productions New World. D'un côté, le film d'épouvante The terror (Corman, 1963) avec Boris Karloff. De l'autre, le film de science-fiction soviétique Battle beyond the sun (Karyukov, Kozyr, 1959) acheté par Tonton Roger, avant de demander des reshoots pour le marché US à son poulain Francis Ford Coppola. Hollywood Boulevard est un film qui transpire l'aura du grand manitou, tant dans la manière d'économiser de l'argent avec des stockshots que dans un tournage rapide à la débrouille.

Car Hollywood 

Death Race Returns.

En mettant en scène un studio de cinéma fauché, Dante et Arkush font directement allusion à la société qui les produit et cela rajoute une petite mise en abîme pour le moins amusante. Même si l'on se doute que Tonton Roger ne castait pas de jolies filles pour ensuite leur faire voir l'arrière d'une camionette ! Ni donner lieu à une mort accidentelle qui fait ironiquement penser à une célèbre scène de Tropic Thunder (Ben Stiller, 2008), comme plus tragiquement à l'accident de Brandon Lee en 1993. On peut aussi noter les prestations remarquées de deux figures phares de la science-fiction. Tout d'abord, Robby le robot de Planète interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956) qui apparaîtra par la suite dans Gremlins et Les Looney Tunes passent à l'action (2004). Puis le mythique Godzilla renommé Godzina au générique au contraire de ce qui est écrit sur l'affiche! On sent bien que Tonton Roger a tout éviter pour payer des droits, même si le costume est complètement identique. Mieux encore, dans le cas de ces deux monstres sacrés du cinéma, ils sont considérés comme des personnages à part entière, voire honnêtement des stars. Le sens
de la référence de Dante envers son mentor se reflète dans cette première fiction et on peut rajouter à cela l'arrivée d'une figure marquante de son cinéma.

Godzilla Hollywood

Robby Hollywood

Godzilla et Robby font coucou à la caméra de Joe Dante et Allan Arkush, en compagnie de Dick Miller.

Dick Miller, acteur pour Corman depuis ses débuts (il a même tourné dans des films utilisés dans Hollywood Boulevard), hérite de son premier rôle chez Dante, celui de l'agent de l'héroïne. L'acteur ne quittera plus jamais le réalisateur trouvant toujours un caméo ou un rôle conséquent pour lui dans ses films et téléfilms. Un rôle musclé ici à l'image d'une scène bien particulière. Au cours d'une mise en abîme bien glauque, l'héroïne manque de se faire violer par le projectionniste croyant à une fille facile en voyant projeté le viol présent dans le film réalisé par Bartel. Encore mieux, un spectateur qui veut se faire rembourser de ces obsénités finit par faire pareil que ce qui le rebute! Il en aura fallu des épreuves pour que Candy devienne une star, continuant malgré les épreuves qui se montrent devant elle (les castings foireux, un braquage délirant, les tournages délirants). On regrette toutefois qu'Arkush et Dante sortent de leur chapeau une intrigue de tueur inspiré du cinéma de Mario Bava. Une sous-intrigue qui ne vaut que pour l'ironie de sa finalité: un tueur écrasé par le Y du panneau Hollywood ! Hollywood Boulevard n'est peut être pas parfait mais il a un véritable charme fou et sa vision du rêve hollywoodien vaut son lot de rigolades assurées. Le début d'une grande carrière. 

  • Piranhas (1978): La baie sanglante

piranha 

Comme à son habitude, Roger Corman sait trouver le bon filon. Rappelons par exemple sa trilogie Carnosaur (1993-96), dont le premier volet était sorti pile poil la même année que Jurassic Park (Steven Spielberg). Mais le producteur avait déjà été voir sur les terres du jeune Steven dans les 70's quand il a acquis le scénario de Piranhas signé Richard Robinson. Un projet qui ressemble fort à Jaws (Spielberg, 1975), ce qui amènera Universal à songer un temps à porter plainte. D'autant que le studio sortait peu avant l'événementiel Jaws 2 (Jeannot Szwarc) et craignait une mauvaise publicité. Il faudra bien que Spielberg intervienne et vante les qualités de pastiche de Piranhas pour qu'Universal laisse tomber. Dixit Joe Dante, le scénario original dévoilait un ours qui chasse des gens finissant dans une eau infestée de piranhas, avant que l'ours lui-même ne les rejoigne à cause d'un feu de forêt ! On ne pouvait pas faire plus invraisemblable même pour Roger Corman. Dante devait à l'époque choisir entre ce projet au script mal fichu et Rock'n roll High School qu'il laisse à son ami Allan Arkush. John Sayles se charge de réécrire ce scénario, ce dernier donnant à l'histoire un caractère politique quand Dante y a rajouté de la science-fiction. Toutefois, Tonton Roger commence à avoir peur de dépasser son budget habituel : les scènes-test lui ont plu mais il hésite à payer.

Piranha victime

Ainsi, le budget est monté jusqu'à 750 000 dollars et il faudra bien que Joe Dante parle d'un partenariat avec United Artists sur les droits internationaux pour que le boss abdique. Eric Braeden fait faux bond à Dante pour le rôle du scientifique, permettant au réalisateur d'engager un de ses acteurs préférés le regretté Kevin McCarthy. L'acteur deviendra comme Dick Miller un des acteurs phares du réalisateur, apparaissant dans un grand nombre de ses films. Dante se paye même le luxe de mettre en scène Barbara Steele, au point de changer le rôle de l'agent du gouvernement en femme. Le réalisateur usera de quelques petites magouilles pour avoir des jeeps de l'armée. Avec un scénario trafiqué où des militaires finissent par gagner contre des piranhas, le tour est joué. Ce qui s'avère d'une totale ironie quand on sait à quel point le film dézingue l'armée. Il n'y a qu'à prendre le postulat de départ. Des jeunes s'introduisent dans une zone de l'armée où ils se feront tués par des piranhas. Ces derniers ont été modifié pour vivre dans des eaux froides, suite à un projet lancé durant la Guerre du Vietnam. Par la même occasion, le scénario de John Sayles ne s'arrête pas en si bon chemin. Dans une campagne de dénigrement violente, l'armée cherche à camoufler l'affaire (malgré les morts), si possible avec un parc de loisirs dont elle possède des parts.

Piranha Dick

Si possible dans une ancienne fonderie de minerais fermée pour cause de pollution. Cette même pollution qui permettra de liquider quelques piranhas. Une thématique assez couillue même pour l'époque et surtout pour un film d'exploitation au départ (Piranhas a gagné ses galons de film culte, ce qui le rend un peu plus prestigieux dorénavant). Les héros (Bradford Dillman et Heather Menzies) seront seuls contre tous, sauvant le plus de monde possible y compris des enfants. Comme le dit Dante sur le BR du film, les 70's pouvaient encore permettre que des enfants passent à la casserole ou soient violemment menacés (même discours pour Jaws). Aujourd'hui il ne pourrait pas ou aurait bien du mal à le faire accepter dans une Amérique hypocrite critiquant le blasphème ou la violence dans les films, alors que la vente d'armes ne semblent pas gêner tout le monde. A ce cynisme ambiant se rajoute le patron du parc (Dick Miller) qui, à l'image du maire dans Jaws, n'écoutera personne sur la menace des piranhas, laissant son public se faire bouffer sur place. Il pourra toujours brailler devant une caméra filmant une plage couverte de cadavres et de blessés, c'est bel et bien lui le responsable de ce massacre. Le personnage de Steele est évidemment savoureux puisqu'elle en sait beaucoup trop et cherche à étouffer l'affaire.

Piranha Barbara

"Il n'y a plus rien à craindre" : le cynisme en un plan.

"Il n'y a plus rien à craindre" dira t-elle dans le dernier plan du film comme si rien ne s'était passé. Le drame est passé, faisons le oublier le plus vite possible. Sous ses atours de série B et en soi de pastiche de Jaws, Piranhas n'est pas si banal qu'il n'en a l'air et son scénario en mode "théorie du complot" y est pour beaucoup. Le film peut également compter sur des effets-spéciaux encore assez crédibles, voire miraculeux au vue de l'époque et du budget. Jouant en grande partie sur la suggestion (les piranhas n'apparaissent vraiment qu'à partir de la scène du radeau), Dante mise en grande partie sur une eau devenant rouge autour des personnages, évitant trop de maquillages. Le plus beau est certainement le corps de Keenan Wyne, perdant un pied au passage et avec des jambes rongés jusqu'à l'os. Pour le reste du film, Dante se révèle généreux, alignant les corps mutilés de partout y compris son camarade Paul Bartel incarnant un moniteur de camp de vacances. Par ailleurs, les apparitions nettes des piranhas tournées dans un bassin et en 8 images par secondes sont encore de grande qualité et ce, bien que ce soit des marionnettes. Des effets-spéciaux de qualité dus à une équipe de jeunes talents qui feront le bonheur d'Hollywood: Chris Wallas (Gremlins, La mouche), Phil Tippett (Robocop, Starship troopers) ou encore Rob Bottin (The thing, Hurlements).

Piranhas pir

Comme souvent à Hollywood, quand un de vos films marchent, on a tendance à vous mettre rapidement dans une case. C'est ainsi que Joe Dante se voit proposer "Orca 2" par le producteur Dino de Laurentiis, film qui restera au stade de projet. En revanche, il a bien failli se frotter aux dents de la mer au début des 80's. L'idée de "Jaws 3-People 0" vient des producteurs Richard D Zanuck et David Brown. L'idée était de s'écarter du film d'horreur et d'aller vers la parodie. C'est ainsi que le projet se rajoute dans la line-up de National Lampoon, série de films en rapport avec une revue comique où l'on retrouve Animal House (John Landis, 1978) et National Lampoon's vacation (Harold Ramis, 1983). Parmi les scénaristes, un certain John Hughes encore loin des teen movies qui feront sa réputation. Joe Dante arrive alors sur ce projet où des jeunes tournent Jaws 3 avant de se faire décimer un par un par un vrai requin. Le script évoque des caméos envisagés de Richard Dreyfuss et de l'auteur Peter Benchley. Bo Derek est vite engagée pour incarner le rôle principal et Dante parvient même à sortir Orson Welles de son chapeau, ce qui n'a visiblement pas plu à Universal ("Orson Welles ? On ne peut pas l'utiliser, il faudrait le mettre sur l'affiche" **). C'est à partir du moment où le script fut terminé que les conflits ont commencé. 

Jaws 3 people 0 

Le seul visuel connu du projet.

Dante parle d'une expérience douloureuse car malaisante, trimballé de réunion en réunion sans que rien ne soit clair. Entre un studio qui vise un public large et des producteurs qui voulaient un film plus grâtiné de l'aveu de Dante, cela ne peut évidemment pas aller. Dès lors, le projet fut vite mis de côté jusqu'à l'annulation. On dit d'ailleurs souvent que ce serait dû à Steven Spielberg, menaçant de quitter le studio s'il n'annulait pas "Jaws 3-People 0". On a un peu de mal à y croire, d'autant plus quand on voit le soutien qu'il a donné à Piranhas et encore plus au vue de la future collaboration entre Dante et lui. Joe Dante a en revanche eu assez de temps pour trouver une proposition moins problématique qui deviendra son quatrième film. Son passage aux studios hollywoodiens attendra. Jaws 3 se fera sous la direction de Joe Alves en 1983 dans une tonalité raccord à la franchise. Quant à Piranhas, il aura une sequelle et deux remakes / reboots. Piranha 2, célèbre premier film de James Cameron (1981) qui lui valu bien des ennuis, au point de se faire virer du tournage. Le film d'Alexandre Aja (2010) aura quelques points communs avec l'original, que ce soit le plongeur tué ou la grosse scène de massacre, le centre de loisirs ayant laissé place au désastreux Spring break. Quant au centre de loisirs, il servira de lieu d'action de sa séquelle (John Gulager, 2012).

  • Hurlements (1981) : Un frisson dans la nuit

Hurlements 

Comme évoqué plus haut, Joe Dante s'est retiré du troisième opus des Dents de la mer quand le producteur Mike Finnell lui a proposé Hurlements. Dante parle de son arrivée sur le projet: "un film de loup-garou qui venait de se 'débarrasser' de son réalisateur [Jack Conrad]. Le scénario n'était pas très bon, et il m'a demandé si cela m'intéressait de reprendre le projet en main. Je me suis dit que ce serait probablement ma seule chance de faire un film de loup-garou" (*). Le réalisateur fait d'abord appel à Terry Winkless pour retoucher le scénario, mais ce sera finalement John Sayles qui redéfinira le script. "Nous nous sommes inspirés des slashers (...) en faisant le film de telle sorte que vous ne sachiez pas qui était le loup-garou, ce qui vous plonge dans l'histoire. Nous voulions que ça ressemble à un 'psycho killer movie'. Nous avons traité le mythe du loup-garou comme un thème déjà connu des gens, qui en avaient entendu parler à la télévision, ou vu des films à ce propos. C'était le premier film à vraiment inclure l'élément supernaturel dans le monde moderne, sans avoir à passer par la case scientifique" (3). Ainsi, le film raconte dans un premier temps la rencontre saignante entre une journaliste (Dee Wallace) et un tueur (Robert Picardo qui fait sa première apparition chez Joe Dante) dans un coin un brin douteux d'une boutique (on y diffuse du snuff movie ou ça en a l'air).

Hurlements Dee

Dee Wallace et Joe Dante sur le tournage d'Hurlements.

Un tueur que l'on croit abattu durant un temps, avant qu'il ne réapparaisse sous la forme d'un loup-garou en cours de film. Un personnage décrit dès les premières secondes du film comme un tueur capable de scalper ses victimes par des coupures de journaux. On voit même une première allusion à la lycanthropie avec un dessin proche d'un loup-garou. Dante donne dans les premières minutes toutes les pistes pour la suite du film. Pour l'instant Picardo n'est qu'un tueur, pas forcément un loup-garou. De même, on ne sait pas que le thérapeute (Patrick Macnee) abrite tout un groupe de loup-garous dans son centre de repos (lui-même en est un) et pourtant son discours à la télévision annonce cela. Il parle ainsi de retour aux sources, de refoulement de soi et d'animosité intérieure. Le passage en loup-garou n'est pas montré dans le film comme une forme de malédiction, au contraire du Loup-garou de Londres (John Landis) sorti peu après. Même si dans les deux cas, il y a la douleur de la transformation. Les personnages assument pleinement leur état naturel, au point même de coucher ensemble en tant que loup-garou (une des rares scènes de nue de la carrière de Dante) et non en tant qu'homme. D'ailleurs, si Marsha (Elisabeth Brooks) mord le mari de la journaliste (Christopher Stone) c'est avant tout par attirance sexuelle et animale quasiment réciproque.

Hurlements_loups

Profitez des quelques secondes, c'est le seul plan où vous verrez les loup-garous en entier.

Ce dernier se révèle être un mari insatisfait sexuellement (sa femme ne veut pas à cause du traumatisme) et qui voit ici l'occasion d'assouvir ses pulsions gourmandes et croquantes... sur une drôle de photo psychédélique (on va dire que c'est pour masquer les effets-spéciaux). Dante se révèle également assez raccord avec les codes du genre, n'oubliant pas de citer les balles en argent issues d'une boutique gérée par Dick Miller. Si on ne les tue pas correctement, ils peuvent se régénérer. C'est ce qui explique le soudain retour à la vie du tueur. Pour ce qui est des maquillages, tout n'est pas toujours parfait et c'est le cas aussi du film de Landis. C'est par manque de moyens que l'aspect loup-garou apparaît finalement assez tard via la scène de sexe. Mais comme pour Piranhas, une fois que Dante est lancé il ne s'arrête plus. Il regrette toutefois un côté démonstration d'effets-spéciaux rendant les transformations trop longues. Toutefois, il opte pour des variantes notamment en fonction des morphologies ou des sexes. On le verra notamment avec le dernier loup-garou, loin de l'aspect totalement affreux des autres lycanthropes. Le personnage de Picardo est celui dont on verra le mieux la transformation, probablement plus glaçante encore que celle de David Naughton dans le Landis. Non seulement car il n'y a pas de blague, mais aussi parce que le personnage se transformant n'est pas seul. 

Il est face à une héroïne qui est dans l'incapacité de lui faire face physiquement. On assiste comme elle impuissant devant cet être dont la machoire se développe, le torse se bombe de manière spectaculaire, les doigts ondulent, les griffes apparaissent, les oreilles se dressent...Une vraie vision d'horreur à part entière. De même, si le premier loup-garou apparent n'est pas toujours très beau, il a une présence menaçante. Le seul plan conservé en stop-motion est celui que vous pouvez voir ci-dessus et encore, on nous le montre en fondu enchaîné un peu en "cache misère". C'est également le seul où l'on voit les loups entièrement. Des coupes dues notamment à un look différent des loups sur les plans en stop-motion et un éclairage plus clair. Dante a beau régulièrement évoqué Hurlements comme un film d'horreur comique (à l'image du Loup-garou de Londres), votre cher Borat a bien du mal à le voir comme autre chose qu'un film d'horreur avec parfois des pointes d'humour noir. A l'image de ce générique de fin montrant un steak en train de cuire saignant sur le grill pour Marsha. Mais c'est tout de même assez rare dans un film ressemblant à une tragédie pour son héroïne. Dante et Sayles n'en oublient pas leur cynisme habituel en évoquant un monde de la télévision cherchant à tout prix l'audimat (la palme au personnage de Kevin McCarthy). Y compris mettre en scène une rencontre entre une journaliste télé et un tueur, histoire de recueillir son témoignage sur leur antenne. 

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Dee Wallace vous implore en direct.

Mais également de couper un suicide en direct par une publicité pour de la nourriture canine (on n'est pas très loin de Robocop). Un événement qui n'est pas sans rappeler dans des conditions quasi-similaires (pas de loup-garou évidemment) le suicide en direct de la journaliste Christine Chubbuck en 1974. Si le réalisateur envisage un temps de donner une suite à Hurlements, elle se fera finalement sans lui. Ou plutôt elles puisque le film aura droit à sept séquelles réalisées entre 1985 et 2011 (le dernier est une sorte de remake). La plus connue étant évidemment Hurlements 2 ou Horror à sa sortie française (Philippe Mora), une suite souvent recensée comme une des pires de tous les temps, dont l'un des acteurs fera de multiples excuses à Joe Dante sur le tournage de Gremlins 2 (1990). Un certain Christopher Lee...

  • La quatrième dimension et Cheeseburger Film Sandwich (1983-1987) : l'heure du sketch

La quatrième dimension 

Au cours de sa carrière, Joe Dante a participé à trois films à sketches (le dernier est Trapped ashes), parfois dans des situations désastreuses. En 1983, il accepte sa première collaboration avec un studio: Warner Bros. Un studio qui fera autant son succès que le début de sa chute, mais cela est une autre histoire. Il s'agit d'une anthologie autour de la série La Quatrième dimension (1954-69) où John Landis, Steven Spielberg, George Miller (qui découvre aussi les studios hollywoodiens après ses deux Mad Max) et lui réaliseront des segments. Un tournage et une écriture qui dépendront d'un drame déjà évoqué dans ces colonnes: la mort de Vic Morrow et deux enfants lors d'un accident d'hélicoptère sur le tournage du segment de Landis (on va éviter les détails sordides). Tout ce qui était prévu s'est finalement cassé la figure au fur et à mesure comme en témoigne le réalisateur. "Au début, le film était supposé avoir des personnages récurrents, qui permettraient le passage d'une histoire à l'autre, et l'idée a été abandonnée. Steven Spielberg devait faire un épisode différent, sur des enfants faisant du 'trick or treat' pendant la nuit, et ça n'a pas marché, donc il a simplement fait le remake d'un épisode de la série" (3). Dante évoque d'ailleurs le principal problème de ce film: le manque d'innovation.

La quatrième dimension joe

Joe Dante sur le tournage de son segment.

Toutes les histoires du film sont issus d'épisodes connus de la série ou en passe de le devenir auprès de nouvelles générations. Les épisodes initiateurs des sketches de Dante et Miller sont d'ailleurs d'autant plus connus désormais, non pas à cause de ce film, mais de la série Les Simpson (1989-) qui en a fait des variations pour ses Simpson Horror Show. Toutefois le réalisateur tout comme Miller gagnent en liberté créatrice, là où ils auront parfois du mal à s'imposer sur leurs films suivants. Pour le réalisateur c'est aussi l'occasion de rencontrer son futur compagnon musical: Jerry Goldsmith. Ce dernier signe même un air assez similaire au thème principal de Gremlins sur le segment de Miller, qui ironiquement met en scène un gremlin s'attaquant à un avion (ce qui renvoie aux origines de la créature). Sur le sketch de Dante, on retrouve des figures connues tels que Dick Miller et Kevin McCarthy. Le premier joue un barman, le second un homme soumis à la volonté destructrice d'un gamin (Jeremy Litch). Dante installe un sentiment d'opression dû notamment au gamin. Ce dernier a le pouvoir de faire faire ce qu'il veut aux gens. S'il veut un steak, il devra être fait sinon la personne incriminée subira son courroux. La famille qui nous est présenté n'est pas vraiment la sienne. C'est avant tout des gens qu'il a choisi pour former un ensemble. La famille parfaite selon ses critères. 

La quatrième dimension kevin

Dante se fait plaisir avec une maison servant de lieu étrange, pas loin de l'univers que développera Tim Burton par la suite. Une maison globalement coloré là où les couloirs sont d'un blanc perturbants, des décors rappelant le cinéma expressionniste allemand (un élément qu'il reprendra dans The Hole), un lapin hideux sortant d'un chapeau de magicien, une première soeur avec une bouche disparue, une autre finissant dans un cartoon à l'issue redoutable... Le sketch finit même sur une note assez sombre, puisque l'héroïne (Kathleen Quinlan) en vient à se sacrifier pour que les autres puissent s'échapper. Même si on pouvait espérer un peu mieux de Joe Dante, il n'en reste pas moins que son sketch est le plus visuellement ambitieux de tout le film. Comme sur les autres sketches avec leurs auteurs respectifs, on ressent sa patte derrière. Ce qui n'est pas un mal sur un tel chantier. Au cours des 80's, Joe Dante est appelé par Landis pour participer à Amazon Women on the moon en compagnie de Carl Gottlieb (scénariste sur la trilogie Jaws), Peter Horton et Robert K Weiss (créateur des séries Weird science et Sliders). Dante parle plus ou moins de tournage commando: quand l'un avait finit de tourner son sketch, un autre arrivait pour faire le suivant et ainsi de suite. Un film qui sortira deux ans après son tournage si l'on en croit Dante, surement à cause de coupes diverses (on peut désormais les voir sur le récent BR).

Cheeseburger film sandwich

Jaquette de la vhs française.

Même s'il ne s'agit pas d'une suite à Hamburger film sandwich (Landis, 1977), Cheeseburger film sandwich en garde le même principe mais avec des réalisateurs différents. Une sorte de patchwork où l'on retrouve des histoires courtes, des publicités, des extraits d'émissions et même un film sans cesse interrompu. Plus que de se focaliser sur chaque réalisateur au risque de se casser les dents, abordons l'oeuvre entière pour ce qu'elle est. Comme souvent dans les films à sketchs, tout n'est pas parfait et certains passages sont moins marquants, voire inégaux par rapport à d'autres. Cheeseburger film sandwich n'en reste pas moins un délire savoureux où chaque auteur se moque de la télévision en général. Si le film dans le film, le fameux space-opera Amazon Women on the moon du titre original, est autant interrompu c'est à cause de la chaîne de télévision. Certaines histoires sont plus isolées, servant de petits court-métrages comme le montre l'ouverture signée Landis, avec un Arsenio Hall confronté aux appareils de son appartement. Au rayon de ce type de sketchs, Joe Dante a une place de choix se payant deux des passages les plus cyniques du film. Dans le premier, un homme (Archie Hahn) est dézingué par deux critiques dans une émission qu'il regarde. Malgré les attaques, le téléspectateur continuera de regarder jusqu'à la parole de trop. Mais mieux encore, il y a le fameux enterrement.

Cheeseburger film sandwich éloge

Robert Picardo sert de maître de cérémonie, différentes personnalités sont là pour témoigner, la veuve pleure... Mais le ton est totalement différent de ce que l'on a l'habitude de voir lors d'une éloge funèbre. Ici l'heure est au déballage et aux petits anecdotes scabreuses. Deux répliques bien chargées à l'appui: "Félicitations Harvey, tu n'as jamais été en quarante-cinq ans aussi performant que dans la virginité cadavérique!", "Harvey a écrit son testament sur son zob. Son avocat lui a dit 'ça tiendra pas debout à la cour!". Des répliques pinces sans rire entre la gêne quasiment totale et le sarcasme merveilleux. Le dernier sarcasme achèvera le spectateur, suggérant plus ou moins que cet enterrement est joué quasiment tous les dimanche à l'église! Le réalisateur reviendra en fin de film avec une pastiche de Sex madness (Dwain Esper, 1938), où Carrie Fisher vient voir le docteur Paul Bartel pour lui expliquer qu'elle a une maladie sociale. Fisher est tombée dans la dépravation depuis son arrivée en Californie, entraînant un mari pas prêt. Le Sida n'est pas évoqué même si on peut y penser. Il y a évidemment une surdramatisation du film, comme parfois on en retrouve dans de vieux films préventifs. Tout aussi mémorable, on retiendra le sketch de Weiss avec des pirates pillant un bateau de la MCA Home Video pleines de vidéos pirates. Un sketch qui a une résonnance toute actuelle, puisque la cible des majors n'est plus la VHS enregistrée, mais le téléchargement illégal. 

Cheeseburger film sandwich pirates

"Cap sur ce vaisseau de la MCA! Allons piller quelques VHS et Beta Max!"

"La loi fédérale punit sévèrement toutes reproductions et distributions illégales... -Ouh je tremble de peur. Ouh! Whahahahaha!" : trente ans après on en rigole encore. Gottlieb s'attaque quant à lui à une suite de L'homme invisible (James Whale, 1933) avec une homme qui n'est pas vraiment invisible et en joue un peu trop. Ce qui donne des effets comiques pour le moins cocasses. Dans Titan Man (Weiss), un jeune homme (Matt Adler) essaye de prendre un préservatif en toute discrétion pour vivre pleinement sa relation avec la belle Kelly Preston. Ce qui aura des conséquences désopilantes au moins pour le spectateur. Dans un passage type sitcom signé Landis, Michelle Pfeiffer verra son enfant égaré par le docteur Griffin Dunne. L'occasion pour le réalisateur de refaire tourner ses acteurs de Série noire pour une nuit blanche (1985) et du Loup garou de Londres. Steve Guttenberg fera quant à lui les frais de Rosanna Arquette en lui présentant sa carte d'identité et son permis de conduire pour voir ses antécédents sentimentaux. Le nouveau coupe-gorge des tombeurs du samedi soir! Dans le dernier du lot signé Landis, Marc McClure (le frère de Marty dans la trilogie Retour vers le futur) se voit offrir une vidéo à son nom par le patron du vidéo-club (le mythique Russ Meyer). Ce qui l'amène à voir une fiction érotique devenant bel et bien réelle.

Cheeseburger Film Sandwich : Photo Russ Meyer

Russ Meyer a une vidéo rien que pour vous.

N'oublions pas non plus le portrait d'une Penthouse Pet of the Month vivant dans le plus simple appareil tous les jours et partout (Monique Gabrielle). De quoi ravir les yeux des hommes comme ceux des femmes. Les publicités ne sont pas en reste, valant souvent elles aussi un bon lot de fous-rires. Ainsi, vous verrez Joe Pantoliano avec un remède anti-calvitie repris quasi-tel quel dans Les Simpson (l'épisode Simpson et Délila où Homer retrouvait des cheveux grâce au dimoxinil). On aura ensuite droit à diverses publicités pour le programme de BB King permettant de réintégrer les "noirs sans swing" ("black without soul" en anglais). Voici donc David Alan Grier chantant Chim Chim Cher-ee (1964) ou Close to you (1970) pour vos parties de jambes en l'air devant la cheminée par exemple, au piano ou avec une tenue bien folklorique. Vous n'êtes pas prêts d'oublier Don 'No soul' Simmons. Dans une publicité signée Gottlieb, on verra le Cosmopolitan Museum Art vendre toutes ses pièces suite à la fin de son bail. Même les sarcophages sont à vendre! Comment ne pas évoquer "Le mariage de la soie", roman érotique avec un complot présidentiel autour de la première dame, visiblement amatrice d'amants dans les petits quartiers de la Maison Blanche? Les SAS n'ont qu'à bien se tenir. 

Pour ce qui est des émissions, on ne compte que sur les aventures du pauvre Henry Silva dans la savoureuse Bullshit or not. Grâce à Joe Dante, vous saurez enfin qui est le monstre du Loch Ness et surtout comment le Titanic à couler. Attention le ridicule ne tue pas, mais le rire peut être. Evoquons enfin le fameux fil conducteur du film (en dehors de notre ami bidochonesque se baladant de sketch en sketch), le fameux Amazon Women of the moon. Un film sans cesse interrompu, coupé, alignant les problèmes techniques et même le coup de la pellicule brûlée (Grindhouse n'a clairement rien inventé). Quand on pense que cela va aller, c'est reparti pour un tour avec une coupure de publicité. Un film de science-fiction so 50's avec les costumes et maquettes kitschs ou ratés qui vont avec (il faut voir cette lune qui explose avec un bout encore accroché à un fil). Le scénario? Un équipage type Enterprise arrive sur la Lune accueilli par des femmes bienveillantes ou pas. L'occasion pour les hommes restants et même un robot (car oui, certains disparaissent au cours du film, si possible lors des coupures) de dompter quelques amazones ("J'espère que vous avez les choses bien en main? -Affirmatif!"). Alors moqueur Cheeseburger Film Sandwich? Non, il s'amuse avec la télévision et le cinéma en général, mais toujours avec tendresse. Même si certains passages sont fort corrosifs, l'ambiance reste bon enfant et tous les réalisateurs semblent s'être amusé dans ce délire foutraque mais terriblement drôle. 

 Allez à la semaine prochaine!


* Propos issus de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

** Propos tirés de : https://www.ecranlarge.com/films/interview/901672-joe-dante-interview-carriere-3eme-partie

3 Propos tirés de http://www.ecranlarge.com/films/interview/901667-joe-dante-interview-carriere-1ere-partie

Autres sources:

  • Mad Movies numéro 238 (février 2011).
  • Mad Movies numéro 264 (juin 2013)

08 mars 2017

Le dernier voyage du glouton

2029. Logan commence à avoir des symptômes étranges. Sa guérison automatique se manifeste moins, ses griffes se rétractent et son ami Charles Xavier a des crises de plus en plus fortes. C'est alors que Laura arrive dans leur quotidien...

Logan

James Mangold n'était pas le premier choix sur The Wolverine (2013), ce qui ne l'avait pas empêché de retravailler le scénario à sa guise. Il en résultera un film qui revenait au personnage de manière très personnel, faisant oublier le terrible spin-off de Gavin Hood (2009). Pas forcément un carton au box-office (comme d'autres, il s'est pris Moi, moche et méchant 2 de plein fouet), le film n'avait pas forcément été bien accueilli par le public, peut être à cause d'un aspect moins spectaculaire par rapport aux autres films de la franchise. Un second montage que l'on qualifie davantage d"unrated" que de version longue mettra plus de monde d'accord. En effet, ce montage avait le mérite de montrer que Wolverine (Hugh Jackman) pouvait se retrouver dans un film à la violence plus graphique. Alors quand Deadpool (Tim Miller, 2016) cartonne malgré son classement Restricted (interdiction aux moins de 17 ans avec accompagnement pour les deux du fond), Mangold et Jackman voient une bonne raison de faire pareil avec un Wolverine 3 finalement baptisé Logan. Une baisse de budget certes, mais une somme assez confortable même avec un tel classement (on parle de 127 millions de dollars). Dès la séquence d'ouverture, on sait que Logan sera différent de ses aînés. L'air de rien, il est bon de rappeler qu'en dehors de Deadpool à la violence graphique fun, l'univers des X Men a rarement été gentillet.

Logan : Photo Hugh Jackman, Patrick Stewart

Le premier opus de Bryan Singer (2000) et First class (Matthew Vaughn, 2011) débutaient par une même séquence de déportation à Auschwitz. Durant les différents opus, les X Men font face à la haine de différentes manières: xénophobie, expériences, terrorisme et même la dictature amenant à l'extermination. Si Logan continue le chemin engagé par The Wolverine, il n'en reste pas moins plus violent, plus dur, plus crade, plus graphique (et pourtant la scène de la machine dans The Wolverine valait son pesant de cacahuètes). Le film pose un regard plus adulte sur le personnage à l'image du précédent film de Mangold et surtout le réalisateur peut montrer toute la brutalité du personnage. Jusqu'à présent, Logan était une machine à tuer dont on ne voyait pas toujours l'ampleur brutale à cause du PG-13. The Last Stand (Brett Ratner, 2006) et X Men Origins Wolverine avaient même eu tendance à en faire une sorte de nounours. Mangold montre ici toute la sauvagerie du personnage (et en soi celle de Laura), mais pas seulement parce que le personnage l'est, mais parce que l'environnement dans lequel il vit est impitoyable. Days of future past (Singer, 2014) avait déjà montré un futur tenant de la dictature dans un monde ravagé et à la violence forte. Logan se déroulant dans la nouvelle timeline (il fait suite à X Men Apocalypse et Deadpool), c'est un autre vision du futur qui apparaît. 

Logan : Photo Hugh Jackman, Stephen Merchant

Si celui de DOFP tenait du monde de Terminator (Singer avait d'ailleurs consulté James Cameron), celui de Logan tient davantage de Mad Max. Là où Singer allait droit au but au sujet de sa vision du futur, Mangold dévoile son univers futuriste progressivement. (attention spoilers) Par bribes, il réussit à développer un univers au combien dramatique, peut être plus vicieux que celui de Singer. On voit que Logan peine de plus en plus à se régénérer et même à sortir correctement ses griffes (sans compter les mains qui tremblent). Pas longtemps après, on apprend que Charles Xavier (Patrick Stewart) a des sortes de migraines de plus en plus fortes, au point d'avoir engendrer un drame. Mangold nous présente après qui est Laura, cette petite fille qui a les mêmes capacités que Logan. Il n'y a pas de suspense dessus, il s'agit d'X23 (Dafne Keen) mutante crée par Essex Corporation dont X Men Apocalypse (Singer, 2016) annonçait la présence. Pas de trace de Mr Sinister, mais toute une armée de mercenaires en chasse et un scientifique qui aimerait bien récupérer ses petites créatures (Richard E Grant). Des personnages crapuleux qui n'ont d'autre job que de nuire. Mieux, Mangold opte pour les révélations à travers ce Victor Frankenstein des temps modernes. Si les mutants meurent ou sont proches de l'être (comme Logan et le professeur), c'est à cause de boissons synthétiques que l'on retrouvent un peu partout. Une contamination à grande échelle qui consiste à tuer les mutants pour en créer d'autres avec leurs gênes. 

Logan : Photo Boyd Holbrook, Hugh Jackman

L'Arme X 2.0 en quelques sortes et comme Logan a ses données récoltés par Essex, ils ont pu donner naissance à Laura avec son ADN. Par la même occasion si Logan a dû mal à se régénérer, c'est à cause de ces produits et de l'adamantium qu'Essex lui a posé dans les 80's. Si la tournure opérée dans Apocalypse était illogique par rapport au reste de la saga, le retour de l'adamantium dans le corps de Logan est justifiée ici pour entraîner sa chute. La haine envers les mutants est toujours là, elle a juste changé de forme. Il ne s'agit plus de phobie comme c'était le cas dans les autres opus de la franchise (même dans DOFP), mais d'extermination. Ce contexte précis fait de Logan l'opus le plus noir et sinistre de la franchise. La mort rôde sans cesse jusqu'à un final bouleversant qui ne fera aucun cadeau du côté du bien ou du mal. Comme évoqué plus haut, le film n'est pas seulement violent et adulte, il est aussi particulièrement graphique. Dans leurs assauts, Wolverine et Laura sont meurtriers: ils décapitent, coupent des bras et des jambes, poignardent, défigurent... Les adversaires feront de même sans se priver, quitte à jouer sur la sensibilité des héros. Logan souffre à l'écran, subissant des assauts qu'il ne peut plus cicatriser à l'image de cette plaie béante qu'il a au ventre. Dans le contexte de Deadpool, cela apparaissait fun car l'ambiance était comique.

Logan : Photo Dafne Keen, Hugh Jackman

 

Logan ne l'est pas et quand les personnages tuent c'est avec une brutalité sans précédent. La séquence qui confirme le plus cela est l'arrivée d'X24, autre mutant créé par Essex à l'effigie de Wolverine (Jackman). Si Laura a une certaine humanité, X24 n'a aucun libre-arbitre, il est une machine à tuer. La scène est d'autant plus violente qu'elle arrive sur un passage émouvant et la créature devient alors un cauchemar en pleine nuit. Ce qui en fait un ennemi redoutable qui peut attaquer avec une brutalité sans précédent aussi bien des enfants que des adultes. Le film ne repose toutefois pas que sur la violence et le pessimisme de son traitement, il est avant tout un road movie sanguinolent avec trois personnages principaux traqués. Logan ne croit plus en rien, est devenu un vieil homme et son seul but est de faire des courses en limousine pour subvenir aux besoins de Charles et de son ami Caliban (Stephen Merchant). La notion de père en ce qui concerne Xavier n'est pas étonnante. Même si Logan l'a connu plus jeune, il l'a surtout cotoyé une fois âgé et leur relation s'est curieusement toujours faites de professeur à élève. D'ailleurs, rarement Logan l'a appelé par son prénom au cours de la franchise, préfèrant le terme professeur. Quand il y a eu le drame suscité, il a été le seul à rester auprès de lui. Xavier est la seule famille de Logan, le seul lien qu'il lui reste d'humanité avec Caliban. Laura devient un membre affectif de plus de ce quatuor qui va vite devenir un trio: le père, le fils, la petite-fille.

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Laura doit apprendre à canaliser sa rage et à rester un être capable d'émotions. De même, elle sera une aide pour Logan dans des moments critiques. Les deux se complètent. X23 devient plus qu'un cobaye issu d'un ADN, elle devient sa fille. Il ne la protège pas comme un de ses camarades X Men, mais comme il l'aurait fait à l'époque pour Malicia. Soit un être plus jeune auquel il tient, à la différence que Laura et lui semblent plus intimes du fait de leur ADN commun. Laura est le dernier être qui lui donne un peu d'espoir, même à travers un rêve utopique. Rêve issu d'un comic-book X Men, chose que réfute complètement Logan en évoquant qu'à la différence d'une bande-dessinée, les gens meurent vraiment. Ou quand la réalité dépasse la fiction. Le tout alimenté par trois prestations monumentales. Jackman et Stewart quittent leurs personnages avec force et émotions, quand Dafne Keen signe une prestation forte notamment pour son jeune âge. Caliban quant à lui est un personnage un peu sacrifié, mais bien plus intéressant que la version montrée dans Apocalypse (ce n'est d'ailleurs plus le même acteur et ce n'est pas plus mal). Il n'en reste pas moins un personnage important car le seul pouvant repérer des mutants. Mangold signe un film emprunt de pessimisme mais aussi d'amour et d'espoir. On se prend même à rire parfois au cours de certaines répliques, présentes pour éviter un ton trop macabre. Un film qui risque de marquer au fer rouge la franchise X Men pour longtemps. (fin des spoilers)

Logan : Photo Hugh Jackman

Logan est le coup de massue sur la franchise qu'aurait dû être X Men Apocalypse. Une prise de risques violente et sauvage qui marquera durablement le comic book movie.

06 mars 2017

"En premier lieu, il y a une opportunité. Puis vient la trahison."

Renton revient au bercail, ce qui a tendance à alimenter les rancunes même vingt ans après...

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Il y a des suites qui font fantasmé depuis tellement longtemps que l'on finit par penser qu'elles ne se feront jamais ("Hellboy 3" par exemple). Puis quand elles arrivent, on finit parfois avec un tel mauvais film que l'on regrette d'avoir souhaiter son existence (mais si, un célèbre film sorti en mai 2008, vous finirez bien par trouver). Depuis la sortie de Trainspotting (Danny Boyle, 1996), beaucoup de spectateurs espéraient une suite. D'autant plus quand Irvine Welsh a pris les devants avec le roman Porno (2002). Pendant longtemps, les relations entre Danny Boyle et Ewan McGregor ont été houleuse suite à un différent malheureux (l'acteur n'avait pas aimé d'être écarté de La plage au profit de Leonardo Dicaprio, permettant ainsi une rallonge de budget au réalisateur). Puis au fil des années, les deux commencent à parler d'un éventuel retour, peut être pour les vingt ans du film. En 2015, la chose se confirme. McGregor, Jonny Lee Miller, Ewen Bremner et Robert Carlyle reprennent du service, ainsi que Kelly MacDonald et divers second-rôles de l'original (dont James Cosmo). Boyle réalise et John Hodge reprend du service au scénario. Dans un premier temps, Boyle souhaitait adapter Porno, avant de partir vers autre chose après des premiers essais ratés (le réalisateur a avoué à Cinemateaser qu'il y avait peut être trop d'intrigue).

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner

Ainsi, T2 Trainspotting se passe bien vingt ans après les événements du premier film et non neuf comme initialement prévu. Pour Boyle, le principe était de faire vieillir ses acteurs en même temps que ses personnages. Un processus qu'a exercé par exemple Richard Linklater sur la trilogie Before (trois films réalisés entre 1994 et 2012 focalisés sur un même couple) ou Boyhood (un film tourné entre 2002 et 2013). (attention spoilers) Au contraire de Trainspotting, Boyle n'utilise pas la voix-off car ne prend plus le seul point de vue de Renton (McGregor). Dès les premières minutes, il prend celui des quatre personnages principaux avant de passer au générique, confirmant ainsi qu'il ne se focalise plus sur un seul personnage mais sur le groupe. Des éléments de Porno ont été conservé. Si Sick Boy (Lee Miller) n'est plus pornographe, il reste toujours un mec accro à la cocaïne et veut faire chanter des hommes riches avec des vidéos chaudes un peu compromettantes. De même, sa petite-amie (Anjela Nedyalkova) l'aide dans ses aventures. On nous montre Spud (Bremner) dès les premières minutes à une thérapie de groupe et le personnage songe aussi au suicide. Quant à Begbie (Carlyle), il ne pense qu'à se venger de Renton (McGregor). Toutefois, ce ne sont que des bribes et le film ne repose pas sur Porno pour exister. Le cas de Renton est peut être le plus particulier. L'ouverture nous le présente sportif, les cheveux mi-longs et victime d'un accident. 

T2 Trainspotting : Photo Anjela Nedyalkova, Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

On en saura les causes plus tard dans le film, mais on sent qu'il y a un problème entre ce qu'il dit en arrivant en Ecosse et cette ouverture contradictoire. Renton ne semble pas être revenu au pays par hasard, quelque chose ne colle pas. Vingt ans ont passé, les regrets et les rancoeurs (Begbie en est la preuve chaotique) sont toujours là, voire d'autant plus présents qu'en 1996. Le monde a évolué mais pas eux. Boyle n'a pas peur de montrer que ses personnages sont devenus des vieux cons. Des adultes qui essayent de vivre avec leur temps (cf le discours de Renton au restaurant), mais semblent encore coincés dans les 90's. Renton a perdu ses amis et son retour apparaît comme une délivrance pour lui. Francis est perdu d'avance, même si le personnage a un discours changeant au cours du film. Spud est toujours le type malchanceux et l'ouverture du film est l'occasion de le confirmer à des sommets stratosphériques. Il est aussi celui qui essaye de remettre un peu d'ordre entre tous les protagonistes. Sick Boy est toujours mêlé à toutes sortes d'embrouilles pour ne pas changer. Outre ses acteurs / personnages, Boyle renvoie également un miroir au spectateur et à lui-même. Le spectateur qui a découvert son second long-métrage à l'époque ou entre 1996 et 2017 peut lui aussi ressentir un sentiment de nostalgie et le réalisateur lui en offre un lors d'une scène bien particulière.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller

Au cours du film, Renton, Sick Boy et Francis semblent être les seules personnes âgées de plus de quarante ans dans une boîte de nuit bondée de jeunes. Ces mêmes jeunes scandant un tube phare des 80's comme si c'était la dernière chanson à la mode. Comme si le spectateur, tout comme ces jeunes ou même ces adultes dans le cas des trois protagonistes, ne pouvaient que revenir sans cesse en arrière. Par nostalgie, par envie d'écouter ce qui se faisait avant, de constater peut être que "c'était mieux avant". Un peu comme découvrir ou revoir Trainspotting maintenant et se souvenir de la britpop et de la dance des 90's. Un retour en arrière qui donne lui aussi un coup de vieux au spectateur, plus qu'il ne le pense au départ. Quant à Boyle, son style a évolué depuis les 90's. Son aspect clippesque s'est diversifié avec différents outils et selon l'époque. Sa réalisation est devenue plus maîtrisée, son sens du montage aussi en compagnie de Jon Harris (son monteur depuis 127 heures). Il reprend d'ailleurs la technique des plans incrustés sur des murs ou images en mouvement héritée de Steve Jobs (2015). Des images souvent en rapport avec le passé renvoyant à un aspect rétrospectif issu autant des pensées que des dires des personnages. Boyle signe un film particulièrement nostalgique et mélancolique où les amis devenus ennemis se sont tous perdus pour finalement se retrouver.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

Ils sont tous encore des jeunes adultes à la ramasse (les rides se sont juste rajoutées), incapables de prendre leurs responsabilités. Même le plus âgé de tous, finalement le personnage au comportement le plus immature. Il n'y a pas d'âge pour être paumé, ni pour retrouver ses amis perdus. Attendre vingt ans pour réaliser T2 Trainspotting a finalement été bénéfique. L'équipe était assez mature pour se relancer dans l'aventure et a trouvé le bon moment, voire la bonne époque pour le faire. Comme sur le précédent film, le réalisateur a réussi à faire un cocktail subtil entre comédie et drame, à la différence que le glauque a quitté le navire. La drogue n'est finalement que très secondaire dans le récit, là où elle était au centre de tout autrefois. Dans ce second opus, c'est la tristesse qui prédomine. Celle du temps qui passe, des gens qui sont partis (Tommy, le bébé, la mère de Renton), de l'isolement, de la peur de vieillir. Boyle avait signé en 1996 un film générationnel, il se peut que sa suite douce-amère le soit tout autant d'une autre manière. T2 Trainspotting n'aura certainement pas l'aura de son iconique premier opus, certains étant visiblement prêt à lui tailler les veines (vous tomberez facilement sur les critiques des Inrocks et de Télérama sur google). Mais il n'en reste pas moins un superbe film triste, où Boyle se lâche davantage que sur son précédent film qui reposait beaucoup sur le script d'Aaron Sorkin. L'utilisation de Silk (Wolf Alice, 2015) pour le final n'est pas anodine. Il s'agit d'une chanson triste qui correspond parfaitement à l'état d'esprit mélancolique des personnages. (fin des spoilers)

On ne l'attendait plus et pourtant Danny Boyle signe probablement l'une des plus belles suites qu'il a été donné de voir sur un grand écran. 

03 mars 2017

John et Bill sont partis vers d'autres contrées

En un mois, le cinéma a perdu deux acteurs qui avait la particularité d'être assez prolifique. Votre cher Borat va leur rendre un hommage digne de ce nom. En plein Festival de Gérardmer, votre interlocuteur avait appris la mort de John Hurt pris par le crabe. L'acteur britannique avait durablement marqué le cinéma depuis les années 70, au point d'accumuler les premiers et seconds rôles mémorables très rapidement. Le premier est l'un des dommages collatéraux du glaçant Richard Attenborough dans L'étrangleur de Rillington Place (Richard Fleischer, 1971). Toutefois, il faudra attendre la fin des années 70 pour qu'il trouve deux gros rôles. Le premier dans le rôle d'un prisonnier dans Midnight express (Alan Parker, 1978) et le second le pauvre Kane dans Alien (Ridley Scott, 1979). L'acteur y gagne une véritable importance en devenant l'élément déclencheur du film, l'occasion d'un effet gore parmi les plus mémorable du cinéma. Il trouve certainement son plus grand rôle l'année suivante chez David Lynch. Grimé de partout à cause du rôle, il parvient à transmettre des émotions dans le rôle de John Merrick, se payant même une des plus touchantes répliques du cinéma: "Je ne suis pas un animal, je suis un être-humain". Un personnage existant dont le spectateur compatit à la douleur aussi bien corporelle et psychologique (les gens tolérants sont toujours bien peu présents).

Elephant Man : Photo John Hurt

John Hurt dans Elephant Man.

L'acteur se met également au doublage avec Le seigneur des anneaux (Ralph Bashki, 1978) où il incarne Aragorn, mais aussi dans deux adaptations de romans de feu Richard Adams signées Martin Rosen, La folle escapade (1978) et The plague dogs (1982). A chaque fois des animaux face à des dangers divers (le premier une garenne en danger de destruction, le second les hommes faisant des expériences sur les animaux). Il sera le fameux Seigneur des ténèbres dans Taram et le chaudron magique (Berman, Rich, 1985), certainement le méchant le plus graphique des studios Disney et donc un des plus iconiques. L'acteur continuera dans le doublage avec notamment Poucelina (Don Bluth, 1994) et incarnera divers narrateurs dans sa filmographie. On pense à celui du dyptique de Lars Von Trier Dogville / Manderlay (2003-2005) et au Parfum (Tom Tykwer, 2006). D'autres se souviennent davantage de la série Monstres et merveilles (1988) où il comptait des histoires sous la tutelle de Jim Henson. Les 80's sont l'occasion pour lui de tourner un Michael Cimino (La Porte du paradis, 1980), le dernier Peckinpah (Osterman week end, 1983) et devenir le symbole de l'opprimé face à la dictature (1984 de Michael Redford). Si les 90's ont été bien rempli, les 2000's furent mieux fournies en rôles phares.

1984_slider 

John Hurt dans 1984.

Guillermo del Toro lui offre un rôle en or avec le Dr Broom dans Hellboy (2004). Le premier film tourne entièrement sur la relation entre le père et son fils. Lui incarne un père surprotecteur peinant à comprendre son fils et Ron Perlman un fils un brin immature. L'acteur viendra reprendre son rôle pour l'ouverture magistrale d'Hellboy II (Del Toro, 2008). Bien que n'étant qu'un guest dans la saga Harry Potter (2001-2011), John Hurt avait été assez remarqué dans le rôle du vendeur de baguettes magiques Mr Ollivander. Par ces deux exemples, John Hurt prouvait qu'il pouvait aller vers des films issus de la pop culture, au même titre qu'autrefois il avait contribué à faire naître un phénomène du même genre avec Alien. C'est ainsi qu'il a aussi incarné l'émouvant War Doctor dans le téléfilm anniversaire de la série Doctor Who, L'heure du docteur (2013). Au cours des années 2000 et 2010, l'acteur accumule les seconds-rôles dans des productions diverses et semblent attirer les jeunes réalisateurs. C'est ainsi qu'il se retrouve en plein massacre rwandais dans Shooting dogs (Michael Caton Jones, 2005); devient ironiquement un dictateur proche
de Big Brother dans V pour Vendetta (James McTeigue, 2006); est le père un brin fêtard de Kirsten Dunst dans Melancholia (Von Trier, 2011); ou encore le meneur révolutionnaire de Snowpiercer (Bong Joon ho, 2013).

Hellboy : Photo John Hurt, Ron Perlman, Rupert Evans

John Hurt et Rupert Evans dans Hellboy.

On peut le voir actuellement dans les salles françaises en prêtre dans Jackie (Pablo Larain, 2016). Parmi les derniers films qu'il a tourne on trouve Darkest hour de Joe Wright, où il incarne le président du conseil britannique Neville Chamberlain face à Gary Oldman largement grimé en Winston Churchill au début de la Seconde Guerre Mondiale. Une prestation que l'on risque de ne pas voir avant fin 2017. Passons maintenant à la mauvaise nouvelle de dimanche dernier. Bill Paxton vient de nous quitter suite à une opération chirurgicale qui a mal tourné. Dans les acteurs fétiches de James Cameron, on cite en général ce cher Schwarzy, Sigourney Weaver ou Michael Biehn. Mais on oublie un peu Bill Paxton qui fut de la plupart de ses films phares. Un des punks liquidés par le T-800 dans Terminator (1984). Le marine le plus tchatcheur de la troupe menée par Ellen Ripley (Weaver) dans Aliens (1986). L'homme qui a failli piquer la femme d'Arnie dans le génial remake de La totale (True Lies, 1994). Enfin, c'était lui qui trouvait le coeur du titanic dans le film aux onze Oscars (1997). Avec ces rôles, Paxton ne devient pas forcément une star, mais un second-rôle que l'on va retrouver de plus en plus à Hollywood. C'est ainsi qu'on le retrouve dans les 80's et 90's dans des rôles divers. 

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Bill Paxton dans Aliens.

Avant Aliens, John Hughes en faisait un militaire un brin débile dans son décomplexé Weird Science (1985). En 1987, il fait partie de l'aventure Aux frontières de l'aube, premier gros film de Kathryn Bigelow. Il y incarne un vampire punk aux côtés de sa camarade d'Aliens Jenette Goldstein.  En 1990, il poursuit son grand chelem science-fictionel en devenant le seul acteur à avoir affronter et à être tué à la fois par le Terminator, le xénomorphe et le fameux Predator dans un second volet souvent mal aimé (Stephen Hopkins, 1990). Un opus très différent, pas loin du post-apocalypse (la ville de Los Angeles est le théâtre d'une guerre des gangs destructrice) et le pauvre Bill devra faire face au chasseur extraterrestre dans un métro bien saignant. Les années 90 lui valent de beaux moments, parfois même davantage au premier plan. C'est ainsi qu'il incarne un des astronautes d'Apollo 13 dans le biopic de Ron Howard (1995) aux côtés de Tom Hanks et Kevin Bacon. L'année d'après on le retrouve dans Twister (Jan de Bont), où il s'efforce de chasser une tornade avant d'essayer d'en échapper aux côtés d'Helen Hunt. Un rôle pas forcément tout en finesse dans un film qui en manque parfois aussi, mais qui lui permet d'avoir un rôle principal dans une grosse production. Idem pour le remake de Monsieur Joe (Ron Underwood, 1998) où il côtoie Charlize Theron.

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Bill Paxton et Maria Conchita Alonso dans Predator 2.

 

Un personnage assez insignifiant qui permet une fois de plus à l'acteur d'être dans un rôle principal dans un film vu par le plus grand nombre. Un plan simple (Sam Raimi, 1998) est probablement un des films les plus appréciés de sa carrière, permettant à l'acteur de tomber dans du pur film noir là encore dans un rôle principal. Pourtant, c'est Billy Bob Thornton qui tire largement la couverture lors des cérémonies. Dans les 2000's et 2010's, l'acteur se veut toujours aussi prolifique mais on a parfois du mal à lui trouver des rôles phares au cinéma. Membre de l'équipage de l'U571 (Jonathan Mostow, 2000), alpiniste plein au as dans Vertical Limit (Martin Campbell, 2000), sergent instructeur fort en gueule dans Edge of tomorrow (Doug Liman, 2014), photographe qui a la malheureuse idée de se mettre sur le chemin de Jake Gyllenhaal dans Nightcrawler (Dan Gilroy, 2014)... L'acteur s'épanouit en fait ailleurs, à la télévision notamment. HBO lui offre un rôle de mormon polygame dans la série Big Love (2006-2011). En 2012, Kevin Costner lui propose d'être la co-star de sa mini-série Hatfields and McCoy, véritable succès d'audience en mai 2012. Ce qui lui permet de renouer avec le western, genre qu'il avait cotoyé dans Tombstone (George P Cosmatos, 1993). En devenant le principal antagoniste de la première saison d'Agents of Shield (2014-), l'acteur a considérablement apporté à la série. 

Un Plan simple : Photo Bill Paxton, Billy Bob Thornton

Billy Bob Thornton et Bill Paxton dans Un plan simple.

Gangrénée par des scripts de qualité plus que médiocre durant une bonne quinzaine d'épisodes, la série a commencé à devenir intéressante avec son arrivée. Le méchant merveilleusement cabotin et sournois qu'auront bien du mal à affronter l'agent Coulson (Clark Gregg) et Nick Fury (Samuel Jackson). L'acteur venait juste de camper l'équivalent de Denzel Washington dans le remake télévisé de Training day (Antoine Fuqua, 2001). Son décès pourrait faire mourir la série sur sa seule première saison... Bill Paxton s'était également mis à la réalisation de long-métrages dans les 2000's avec le très remarqué Emprise (2001). Un film d'horreur dans lequel l'acteur joue également. L'histoire d'un veuf et ses enfants partant à la chasse aux démons dans une quête sanguinaire. Par la suite, il signera le plus confidentiel Un parcours de légende (2005) un des premiers gros films de Shia LaBeouf. On le reverra encore cette année dans The circle (James Ponsoldt, 2016) où il incarnera le père d'Emma Watson et dans Mean Dreams (Nathan Morlando, 2016), la fuite de deux adolescents en possession de drogue face au père de la fille (Paxton), accessoirement flic corrompu. En résultes, deux acteurs qui resteront encore dans les mémoires à travers des rôles divers et variés. Des incontournables. 

Emprise : Photo Bill Paxton

Bill Paxton, Jeremy Sumpter et Matt O'Leary dans Emprise.

01 mars 2017

Cuvée sous le signe du X #2

Après être revenue sur les films sortis durant la décennie 2000, la Cave de Borat termine ses cuvées consacrées à la saga X Men avec la décennie 2010.

  • X Men First Class (2011) : Un nouvel espoir

First Class

Après deux films ayant mis en péril la franchise (tout du moins artistiquement), la Fox ne sait pas vraiment quoi faire de ses mutants. D'autant plus que les Fantastic Four n'intéressent déjà plus grand monde (le reboot de 2015 ne fera qu'accentuer cela) et que les droits de Daredevil sont sur le point de revenir à Marvel. Contre toute attente, Bryan Singer finit par revenir au bercail. On dit tout d'abord qu'il doit réaliser X Men Origins Magneto que chapeaute le scénariste (et parfois réalisateur) David S Goyer depuis plusieurs années. Il choisit finalement de s'intéresser au run First Class (Jeff Parker, Roger Cruz 2006-2007). "D'autres films sur les origines devaient être tournés, comme celui sur Magneto, mais je me suis dit que son histoire n'était pas suffisante pour justifier un long-métrage. Nous avons donc incorporé dans notre script certaines idées du scénario d'origine, comme le désir de vengeance du personnage suite à la mort de ses parents durant l'Holocauste. C'était plus intéressant d'un point de vue dramatique." *. Singer prévoyait déjà à l'époque une trilogie sous forme de préquelles en cas de succès. Pourtant, le réalisateur des deux premiers X Men finit par partir sur Jack le chasseur de géants qu'il doit réaliser pour la Warner, la Fox décidant de fixer la date de sortie à juin 2011. Il reste toutefois au poste de producteur et choisit Matthew Vaughn, le réalisateur qui devait initialement lui succéder sur X Men: L'affrontement final (Brett Ratner, 2006). Le réalisateur a gagné en réputation, bien aidé par Kick Ass (2010) ou même Stardust (2007).

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Jennifer Lawrence, Matthew Vaughn, Michael Fassbender, Rose Byrne

De plus, cela permet au réalisateur de tourner principalement en Angleterre, lui évitant de rester trop loin de sa famille et d'être dans les délais (le film rentre très vite en production pour pouvoir sortir le film dans les temps). Si Jamie Moss (Rise of the Planet of the apes) et le duo Ashley Miller / Zack Stentz (Thor) s'occupent des premières versions, c'est finalement Jane Goldman qui signe le scénario définitif avec Vaughn. Même si la direction de la Fox a changé, la production ne se déroule pas sans accroc, le problème des délais trop courts imposant des mesures drastiques et des dommages collatéraux. Parmi eux, le chef-opérateur Ben Seresin renvoyé au début du tournage et remplacé par John Mathieson. Vraisemblablement des problèmes avec Vaughn. Mathieson ne doit pas moins en rester au style déjà imposé par Seresin. Mais comme on dit : jamais deux sans trois. "Je suis arrivé en octobre. J'ai tourné jusqu'à Noël, et je devais revenir ensuite, mais cela ne s'est pas fait. Il y a eu sept chef-op sur ce film (...) il m'arrivait de donner mon opinion et de partager mes idées (...) mais je passais surtout mon temps à rattraper mon retard, d'autant que le scénario était régulièrement retouché. De mon point de vue, le film se faisait vraiment au jour le jour. (...) A la fin, l'équipe ressemblait à une gigantesque armée, et le plateau à un énorme champ de bataille." (*). Le casting est entièrement renouvelé vu qu'il s'agit d'une préquelle, en dehors de Hugh Jackman reprenant le rôle de Wolverine le temps d'un caméo ("allez vous faire enculer.").

X-Men: Le Commencement : photo January Jones, Matthew Vaughn

Emma Frost plus fidèle à son modèle initial.

L'emploi du temps de Benjamin Walker l'empêche de jouer Beast, il sera remplacé par Nicholas Hoult qui est également le Jack du film de Singer. Suite à un désaccord, Alice Eve laisse sa place à January Jones dans le rôle d'Emma Frost. Sur ce dernier élément, il confirme à quel point Singer a fait le ménage dès First Class sur des aspects qui ont été instauré en son absence. Emma Frost change non seulement d'interprète, mais aussi d'époque (exit l'adolescente-pré-adulte de Wolverine, c'est une mutante d'une trentaine d'années) et de contexte. Emma Frost correspond davantage au personnage du comic-book en faisant partie du Club des Damnés, ce club où la lingerie est reine pour cacher quelques manigances. Sur ce même point, comment ne pas citer Charles Xavier (James McAvoy) infirme à la fin du film, alors qu'il est montré sur ses deux jambes dans The last stand et Wolverine (Gavin Hood, 2009), qui se situe dans les 70's-80's ? N'oublions pas non plus Moira MacTaggert, docteur dans L'affrontement final sous les traits d'Olivia Williams devenant agent de la CIA en 1962 incarnée par Rose Byrne. Des changements multiples qui se confirmeront dans Days of future past (Singer, 2014) et Apocalypse (idem, 2016). La faute aussi à un canon pas toujours cohérent et à des problèmes au sein de la production. Il n'en reste pas moins que faire oublier définitivement Wolverine au sein de la timeline n'est un drame pour personne.

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Matthew Vaughn, Michael Fassbender

"Tuer ne t'apportera pas la paix. -La paix n'a jamais été une option."

First Class apparaît comme la renaissance de la franchise, celle que l'on attendait depuis 2003 et à laquelle on ne croyait plus. Le film réinstalle un univers et des personnages connus, tout en leur donnant une définition que l'on n'avait pas vu autrefois. Charles est un conférencier réputé, mais aussi un grand fêtard (une de ses premières apparitions le montre en train de descendre quelques litres de bière) et amateur de jolies femmes. Vaughn nous présente alors un fait inattendu: Mystique (Jennifer Lawrence) devient ici la meilleure amie de Charles et ils se connaissent depuis l'enfance. Jusqu'à présent, on connaissait surtout la belle bleue comme un personnage malicieux et faisant partie des mutants radicaux, mais souvent dépourvue de réelle personnalité. Vaughn met en valeur le personnage comme jamais auparavant, en montrant un aspect intime intéressant et qui permet au personnage de se renouveller, de ne pas rester le personnage bleu sexy qui se métamorphose. On connaissait Erik Lehnsherr (Michael Fassbender) comme un être rongé par l'Holocauste (la scène d'ouverture reprise plan par plan), mais nous ne connaissions pas l'entre deux. Ce film dévoile une face d'autant plus sombre et vengeresse, atteignant des sommets macabres et ce malgré le PG-13 (le superbe montage alterné sur l'action de la pièce). S'il entre dans les X Men, c'est aussi pour pouvoir se rapprocher de Sebastian Shaw (Kevin Bacon), un mutant pouvant reprendre toute forme d'énergie et impliqué dans la mort de ses parents.

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Ce qui est paradoxal car malgré cet événement, Lehnsherr a le même point de vue que Shaw. Frankenstein et sa créature en quelques sortes. Vaughn a la bonne idée d'alterner entre les points de vue de Charles et d'Erik, montrant deux hommes ayant grandi dans des milieux différents et s'étant toujours débrouiller tout seul (Charles évoque le peu d'attention que lui porte sa mère, Erik perd ses parents durant l'Holocauste). Ils étaient faits pour se rencontrer, mais leurs raisonnements sont différents. C'est là qu'entre en jeu Raven: elle a grandi avec Charles, mais ce dernier ne la voit que comme une petite fille ou soeur; Erik la voit comme une femme et l'aime comme elle est. Le rejet qu'il fait de sa transformation humaine est un aspect qui avait déjà été montrer dans The Last Stand, quand Erik la laisse dans le fourgon une fois redevenue humaine. Il y a donc une certaine cohérence sur cet aspect. Raven s'affirme en tant que femme fière de sa mutation en rejoignant Erik dans son combat radical, tout en partant l'esprit tranquille avec l'approbation de son ami de toujours. Charles et Erik sont deux êtres qui ont appris à s'aimer et qui se brouillent sur un événement tragique dû à leurs divergences. Vaughn revient au discours de Singer dans le premier film (en plus de la scène des échecs): Charles et Erik forment les deux faces d'une même pièce, le problème est que l'un est trop bon, l'autre trop mauvais et qu'ils sont en soi irrécupérables. A cela se glisse des personnages peut être moins forts que ce trio, mais ayant un certain charme. 

X-Men: Le Commencement : photo Matthew Vaughn, Michael Fassbender

Même si tous n'ont pas des descriptions fantastiques (on pense à Riptide et Azazel), ils sont actifs et suffisamment bien représentés à l'écran pour ne pas passer inaperçu. Beast gagne en intérêt également sous les traits de Hoult, malgré un maquillage laissant parfois à désirer à l'image de certains CGI. Dévoilé dans The last stand comme un politicien un brin chatouilleux avec Logan, il apparaît ici comme un personnage complexé par sa nature, essayant de la cacher jusqu'à commettre l'irréparable. Le mythe de Docteur Jekyll et Mr Hyde personnifié en une mutation définitive. En prenant pour cadre une époque historique bien précise (ce qui était parfois flou dans la franchise jusqu'à présent), Vaughn joue avec la Guerre Froide et plus particulièrement sur la crise des missiles en 1962. Les Mutants deviennent aussi bien les instigateurs de l'événement (Shaw et sa bande) que des menaces potentielles pour les Hommes. Ces mêmes hommes qui ne savent pas comment juger les Mutants, si ce n'est comme des bêtes de foire que l'on regarde devant une vitre. Leurs rares défenseurs passent pour des fous, voire sont rejetés (le sexisme ambiant autour de MacTaggert). Une ambiance tendue parfaitement représentée, tout en y ajoutant un peu de Swinging London à l'image de ce que fera Vaughn sur Kingsman (2015). Un parfait mélange symbolisé par Shaw campé par un Kevin Bacon en grande forme, méchant machiavélique mais toujours classe et amateur de bonnes punchlines. First Class est à la fois la renaissance de la saga X Men, mais aussi un retour aux sources salutaire et nécessaire.

  • The Wolverine (2013): Un gaijin au pays des samouraïs

The Wolverine

Avant même la sortie d'X Men Origins Wolverine, la productrice Lauren Shuler Donner cherchait déjà à lui donner une suite, si possible au Japon comme le suggère une des scènes post-génériques (celle supprimée de la version DVD au profit de celle avec Deadpool). Christopher McQuarrie, scénariste d'Usual Suspects (Singer, 1996) et déjà intervenu sur X Men (idem, 2000), est chargé d'écrire le scénario basé sur le run de Chris Claremont et Frank Miller (1982) imposé par Hugh Jackman (également coproducteur). Darren Aronofsky se retrouve à la réalisation, mais un conflit au sujet de la distance avec sa famille le contraint à partir. A cela se rajoute le drame de Fukushima en 2011 et voilà l'équipe contrainte de trouver de nouveaux décors (en Australie notamment). Beaucoup de réalisateurs feront la queue pour prendre la place du réalisateur de Black Swan: Antoine Fuqua (L'élite de Brooklyn), Gavin O'Connor (Warrior), Justin Lin (Fast and furious 3 à 6), José Padilha (Tropa de Elite), Mark Romanek (One Hour Photo), Duncan Jones (Moon), Doug Liman (qui a failli réaliser le spin-off sur Gambit) et Gary Shore (Dracula Untold). C'est finalement James Mangold qui emporte le morceau, avec des réécritures de Mark Bomback (Unstoppable) qu'il supervise. La question d'un film Restricted fut évoquée mais n'a finalement pas eu d'appel... tout du moins en salles. Pour trouver la version longue ou plutôt une version non-censurée (soyons honnête), votre cher Borat a galéré un petit peu.

Wolverine : le combat de l'immortel : photo

Deux gaijins face à une longue dynastie. 

La Fox a multiplié les éditions, au point de ne plus s'y retrouver. Il y a donc le DVD sans (aucune édition DVD ne l'ont), le BR
simple sans, le coffret BR ou DVD avec les deux spin-off sans, le coffret intégrale DVD ou BR sans, un combo BR 3D / 2D sans, un steelbook avec combo 3D / 2D avec et enfin un digibook BR avec (celui que j'ai). Heureusement que pour Days of future past, le Rogue Cut aura une édition plus facilement trouvable et sans avoir besoin de la chercher partout. Au final, cette version aurait dû
sortir en salles, d'autant que certains plans étaient déjà présents dans les bandes-annonces. On pense à l'explosion dans le village et à l'agression en pleine nuit de yakuzas sur Logan. Pour la première, la scène est plus violente (Yuko broie tout un lot d'hommes de main avec une machine !) et plus rallongée par le passage de l'explosion totalement absent du montage salle. La scène devient plus fun, plus fluide et moins expédiée. La seconde s'arrêtait à l'évanouissement de Logan après avoir vu Jean Grey (Famke Jannsen) et il se réveillait ensuite chez le vétérinaire. C'est tout un passage supplémentaire qui se dévoile, avec Logan balancé d'un toit et attaqué au tazer. Il sera sauvé dans les deux cas par Mariko (Tao Okamoto), même si cela apparaît plus pertinent dans cette version. Comme souvent ces plans voire scènes furent évincés car le film était déjà trop long ou trop graphique. Certains plans ont donc des effusions de sang supplémentaires, invisibles en salles à cause du PG-13 et correspondant davantage au ton et à la personnalité de Logan.

Wolverine : le combat de l'immortel : Photo Hugh Jackman

Pour apprécier pleinement The Wolverine c'est cette version qu'il faut privilégier et particulièrement si vous ne l'avez jamais vu. Une frustration qui n'arrivera pas sur Logan (Mangold, 2017), puisqu'il a eu droit au classement Restricted. On voit que le succès de Deadpool (Tim Miller, 2016) a aidé dans la décision de la Fox. Mangold aurait pu revenir à une préquelle se déroulant après la purge de Gavin Hood et pourtant il prend le pari risqué de faire suite à L'affrontement final. Il prend néanmoins suffisamment de distance (sept ans entre les deux films) pour que cela soit crédible. Quand le film commence réellement (après le flashback spectaculaire et le rêve), Logan est un homme errant, parti de l'Institut Xavier et encore traumatisé par la mort de Jean Grey. Les différentes scènes de rêves (voire visions comme le montre la scène du toit) le confirment avec une certaine brutalité (comme dans X Men, ce type de rêve le réveille brusquement avec les griffes dehors). Il s'en veut de l'avoir tuer car c'était celle qu'il aimait par dessus tout. Une part romantique que l'on a rarement vu du personnage, même si Singer et Ratner avaient insisté sur le fait qu'il aimait la télépathe jusqu'à en pleurer. Le fait de trouver quelqu'un d'autre et cette fois-ci bien moins destructrice (Mariko donc) lui permet de faire définitivement le deuil et d'en finir avec l'histoire de Jean. Le chemin de croix continue puisque dans cet opus Logan a le corps parasité par Viper (Svetlana Khodtchenkova), l'empêchant de se régénérer correctement et subissant bien plus les coups.

The Wolverine

Un plan que vous ne verrez que dans la version extended.

Logan devient proche d'un homme, subissant les coups qu'il prend avec de beaux effets de flou montrant ses réactions à la douleur. Les scènes d'action n'en deviennent que plus intéressantes, permettant de voir jusqu'où peut aller Logan. L'occasion également d'entendre enfin la signification du terme Wolverine (glouton) au bout du sixième film de la franchise. Le réalisateur continue en misant sur un duo de gaijins, terme japonais évoquant les étrangers de manière péjorative. Un aspect qui n'est pas sans rappeler Black Rain (Ridley Scott, 1989), où l'Américain (Michael Douglas) et le Japonais (feu Ken Takakura) faisaient équipe seuls contre tous. Le principe est le même ici avec Logan et Yuko (Rila Fukushima). D'un côté, l'Occidental immortel (certains évoqueront ronin, samouraï sans maître) qui vient voir un ancien ami, de l'autre une jeune femme traîtée comme un jouet par celui qu'elle pourrait considérer comme son père (Hiroyuki Sanada). Deux êtres rejetés et formant un duo fusionnel dans une famille rongée par toutes sortes de pouvoir (le grand-père par celui de l'immortalité, le père par celui de l'argent) et dont le seul point positif reste une femme loin d'être fragile (Tao Okamoto). Un univers pas forcément connu du personnage incarné par Hugh Jackman, découvrant comme le spectateur un monde où les coups bas sont de rigueur (la haine du père pour sa propre fille et Yuko atteint des sommets incroyables dès le retour au domaine Yashida).

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Si l'on excepte un final partant un peu trop dans les CGI (mais permettant en soi une renouveau pour le personnage), The Wolverine montre le personnage comme rarement et dans un contexte plus intimiste. Un contraste qui a peut être désarçonné les spectateurs à sa sortie en salles.

  • X Men Days of Future Past (2014) : Renaissance d'un univers

Affiche DOFP (2)

Matthew Vaughn reste à la barre de cette suite (initialement) de First Class. Il veut mettre en scène l'assassinat de JFK du point de vue des mutants, tout en abordant la Guerre du Vietnam et les droits civiques. Il semble que ce soit l'avancement du projet vers le voyage dans le temps qui l'a fait quitter la pré-production pour réaliser Kingsman. Bryan Singer reprend les rênes, bien content de revenir définitivement sur la saga qu'il a initié. Il garde néanmoins les points abordés par Vaughn, notamment en faisant du président suscité un mutant dont Erik Lehnsherr n'a pas pu dévier la balle meurtrière. Idem pour le Vietnam où Raven fait rapatrier des mutants (dont Havok toujours incarné par Lucas Till) à la barbe de William Stryker (Josh Helman). Simon Kinberg songeait également à intégrer Juggernaut (personnage qu'il avait lui-même introduit dans The Last Stand), Nightcrawler, Jubilee et Psylocke, ces trois derniers finiront par être des protagonistes d'Apocalypse. Singer part davantage dans une adaptation libre de Days of Future Past (même si c'était le titre de production du film sous Vaughn), run de Chris Claremont et John Byrne (1981) où Kitty Pride partait en 1980 pour que Mystique ne tue pas le sénateur Kelly et engendre la mort de mutants par les Sentinelles. Sur ce point, le réalisateur modifie un point central puisque ce n'est plus Kitty, mais Wolverine qui part dans le passé. Pride n'en reste pas moins le vecteur lui permettant de voyager jusqu'en 1973 (là aussi période modifiée et à peu près raccord avec celle envisagée par Vaughn).

X-Men: Days of Future Past : Photo James McAvoy, Patrick Stewart

Passé et futur réunis le temps d'une scène.

De même, ce n'est plus Kelly mais Trask (Peter Dinklage), le créateur des Sentinelles, que Mystique tue. Days of Future Past est aussi un véritable problème de logistique, puisque Singer doit jouer avec l'emploi du temps de ses acteurs, le réalisateur jonglant entre les acteurs qu'il a déjà dirigé autrefois (sauf Ellen Page qui était présente dans le film de Ratner), une bonne partie du casting de First Class et de nouveaux arrivants (à l'image de Dinklage ou Omar Sy). Il faut dire que DOFP est à la fois une suite à The Wolverine, mais aussi une séquelle de First Class, tout en finissant par être un renouvellement de la timeline de la saga. Si la version salle était déjà d'un bon niveau, il faut bien dire que le Rogue Cut gagne beaucoup plus en cohérence au niveau de son montage, tout en rajoutant des scènes. Un plan de la première bande-annonce dévoilait Malicia (Anna Paquin) secourue par Lehnsherr (Ian McKellen). Des plans que Singer avait supprimé à contre-coeur lors de la phase finale de montage. Le personnage est de nouveau intégré et de manière logique, tout du moins si on n'évoque pas une incohérence malheureuse. En effet, Malicia avait pris le sérum dans The Last Stand, lui faisant perdre ses pouvoirs. Or, ici elle les a. Sérum défaillant? Peut être mais cela n'est pas précisé, tout comme l'énigme entourant le retour de Charles Xavier (Patrick Stewart) dans le futur qui plus est toujours infirme (voir Cuvée sous le signe du X #1) ou Magneto retrouvant ses pleins pouvoirs. Un manque d'informations dont la saga X Men commence sérieusement à pâtir.

Malicia

Malicia, un rajout dans le second montage pour le moins pertinent.

Un signe aussi que Singer cherche à retirer ce qui ne lui convenait pas dans les opus précédents et ce malgré qu'il reste dans la continuité. Comme montrer un Stryker bien plus jeune que dans Wolverine où il était bien trop âgé sous les traits de Danny Huston. Pour rester dans les incohérences, il est assez improbable que le personnage de Mystique soit capturée suite à l'assassinat de Trask. Tout simplement parce qu'on l'imagine mal s'évader des centres de Stryker et réapparaître au début des années 2000 comme si de rien n'était. Même si Singer reprend le point initial des comics, au cinéma on a un peu de mal à y croire. Pour revenir à Malicia, le rôle paraît essentiel et modifie le montage salle considérablement. Dès son sauvetage, le film change de trajectoire les scènes du futur. Le sauvetage permet même de faire un montage alterné entre Magneto dans le passé, récupérant un casque dans un musée (scène présentée de manière classique dans le premier montage) et celui du futur, sauvant Malicia à l'Institut Xavier (devenu un laboratoire pour disséquer des mutants) et où la mort d'Iceberg (Shawn Ashmore) est modifiée. Dans le montage originel, il mourait suite à l'assaut final des Sentinelles où il sauvait Magneto. Le rajout de Rogue donne un sens plus tragique et beau à la mort de Bobby Drake (il se sacrifie pour sauver son ancienne petit-amie, tout en faisant ses adieux à Kitty Pride avant cela), mais aussi plus de cohérence. En prenant les pouvoirs de Kitty, Malicia peut lui permettre de se reposer et protéger Magneto juste avant une attaque des Sentinelles, ce qui était impossible dans le premier montage. 

X-Men: Days of Future Past : Photo Jennifer Lawrence

De plus, on nous apprend par Malicia pourquoi les Sentinelles peuvent reproduire les pouvoirs des mutants pour les tuer. Ce qui était autrefois complètement évincé du récit pour privilégier la piste Mystique. Le Rogue Cut permet aussi de raviver l'amour qu'a Beast pour Raven dans une scène d'amour bestiale. Une scène pas si anodine, car Hank en viendrait presque à accepter sa nature sauvage. Un rajout permet également à Mystique d'endommager le Cérébro et ainsi de ne pas se faire repérer par Xavier par la suite. Des rajouts qui permettent de voir que Raven n'est pas mauvaise, regrettant par la même occasion de s'être éloignée de Charles pour rester auprès d'Erik. Ce qui marque particulièrement cet opus est le regard totalement pessimiste porté à ses personnages, que ce soit dans le passé ou le futur. L'univers futuriste peut paraître soudain, d'autant que l'univers sur les trois premiers films n'a jamais été clairement défini ("un futur pas si lointain" disait X Men). Si l'on part du principe que The Last Stand se situe en 2006, rajoutez les sept années le séparant de The Wolverine, puis les deux ans qui sépare le film de sa scène post-générique annonçant DOFP. Au final, on tombe sur 2015 et DOFP se déroule en 2023. Il se peut donc que l'avenir radieux laissé par The Last Stand soit perverti subitement, donnant lieu à un nouvel Holocauste. Le réalisateur va même plus loin puisque même les Hommes essayant de sauver les Mutants ou pouvant les engendrer sont exécutés ou cloîtrés dans des camps à faire pâlir les nazis.

Iceberg

Days of Future Past, un film qui ne laisse aucun échappatoire à ses héros.

Le réalisateur multiplie également les exécutations brutales, rendant même émouvantes les morts de personnages installés juste pour ce film. Certains sont incinérés, d'autres éventrés, Colossus (Daniel Cudmore) est à la fois tué par un coup mortel au crâne et par un écartelement en plan large, Iceberg est au départ décapité avant que son crâne ne soit éclaté...  Singer repousse très souvent les limites du PG-13 pour dépeindre cet univers post-apocalyptique et sans pitié. Il ne l'est pas moins avec les personnages de 1973. Charles apparaît comme un homme blessé et repproche à Erik son abandon, tout comme ce dernier regrette que son ancien ami ne l'a pas soutenu dans sa cause. Deux personnages irréconciliables jusqu'à un final où le mutant magnétique met en danger son propre peuple à force d'actes trop radicaux. Singer aborde également le thème de la drogue avec ce sérum permettant à Xavier de retrouver ses jambes, mais l'empêchant d'exercer ses pouvoirs de télépathe. Il faudra bien une scène entre le Charles de 73 et le Xavier de 2023 pour que le personnage se reprenne définitivement. Par ailleurs, le sérum permet curieusement à Beast d'être le personnage à la contextualisation la plus crédible sur toute la franchise. Ainsi, en 1963 Hank McCoy devient Beast. Dans les 70's, il trouve un sérum permettant de réguler la bestialité et son teint bleu, ce qui rend crédible son passage télévisé dans X2 où il est blanc comme un cachet.

Happy end

Les morts ne sont jamais enterrés tant qu'il y a de l'espoir.

Enfin dans The Last stand, il accepte pleinement sa condition bleue sous les traits de Kelsey Grammer. Dans une saga où la cohérence est parfois toute relative, on aurait presque envie d'applaudir. On doit une des scènes les plus impressionnantes de ces dernières années au nouvel arrivant Quicksilver (Evan Peters). Singer ne se fait d'ailleurs pas prier pour en faire le fils de Lehnsherr le temps d'une private joke bien sentie. La scène permet de voir toutes les capacités du personnage dans un temps ralenti où il peut s'exécuter. Un vrai bijou qui sera réitéré dans Apocalypse. Et Logan dans tout cela? Le choix de le prendre comme corps propice au voyage dans le temps est logique, puisqu'il existait déjà à cette époque. Cela permet même une superbe séquence de paradoxe temporel, puisque Logan devient perturbé en 1973 quand il est face à Stryker. Toutefois, on remarquera une petite erreur avec le retour de l'adamantium. Un geste de Mariko? Peut être mais jamais signalé. Logan apparaît également comme un être meurtri, le seul qui pourra entretenir la mémoire d'un monde qui n'existera plus. Il a vu trop d'amis mourir et le voir débousolé quand il revoit ses amis finalement vivants dans la nouvelle timeline rend la scène émouvante. L'univers X Men tel que nous le connaissions est définitivement changé, partant vers d'autres horizons. Un recommencement.

  • Deadpool (2016) : Le trip qui a mis longtemps à devenir réalité

Deadpool (photo promo Burt Reynolds)

"Je vous avais bien dit que je viendrais faire un petit tour dans la Cave de Borat. Un peu trop de comics, Borat. Enfin pas assez des miens. Arrête de t'exciter sur Batou, les chauves-souris ça mort trop!"

On évoque souvent des réalisateurs accrochés à des projets durant plusieurs années, quitte à ce qu'il ne se concrétise jamais. Dans le cas présent, il s'agit d'un acteur. Quand Ryan Reynolds signe avec la Fox pour incarner Deadpool, le personnage sarcastique créé par Rob Liefeld et Fabian Nicieza, le studio lui impose de jouer dans X Men Origins : Wolverine sinon il pourra faire une croix sur le personnage. Marvel avait déjà essayé de concrétiser une adaptation avec Artisan, puis New Line avant que les droits ne finissent chez Fox. Le verdict est sans appel: le film de Gavin Hood massacre complètement le personnage, reçoit des critiques négatives en pagaille (plus que pour The last stand) et la Fox met finalement en stand by l'éventualité d'un spin-off sur Deadpool. Pourtant Reynolds y croit encore et ce même s'il part faire Green Lantern (Martin Campbell, 2011) pour Warner / DC. Le film se plante et l'acteur revient immédiatement au mutant, attendant le feu vert de la Fox. A l'époque on parle notamment de Robert Rodriguez à la réalisation. Une vidéo-test datant de 2012 (!) et montrant le personnage dans une course-poursuite finit par tomber sur la toile "involontairement". La rumeur veut que ce soit l'acteur lui-même qui l'a fait filtré. Il n'en reste pas moins que quelques temps plus tard, la Fox donne enfin le feu vert avec l'animateur Tim Miller à la réalisation.

Deadpool

Le script se voit révisé avec des personnages enlevés comme Cannonball, Wyre et Garrison Kane pour des raisons de budget. Cable fut envisagé avant d'être mis de côté pour une éventuelle séquelle. Un budget qui s'estime à 55 millions de dollars, ce qui en fait l'enveloppe la moins chère donnée à un film de la franchise X Men. Pas étonnant que le film se soit rentabilisé à la vitesse de l'éclair. Daniel Cudmore fut approché pour reprendre le rôle de Colossus qu'il tient depuis X2, avant de refuser car sa voix aurait été remplacée. C'est finalement trois acteurs qui joue le mutant métalique: Andre Tricoteux pour la motion capture, Greg LaSalle pour les traits du visage et Stefan Kapicic pour l'interprétation vocale à l'accent russe à couper au couteau. Un détail qui permet de rappeler que Colossus est initialement un personnage de nationalité russe. Le personnage gagne curieusement en personnalité, là où il était jusqu'à présent un second couteau de poigne et dont les répliques devaient se compter sur les doigts d'une main. On y croise un personnage droit dans ses bottes, peut être un peu trop et commençant à peine à se déchaîner dans les dernières minutes. Il est accompagné de la sympathique Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand), mutante assez récente dans la mythologie et dégageant beaucoup d'énergie. 

deadpool

Contrairement à ce qui a été dit depuis sa sortie, Deadpool n'a jamais eu vocation d'être un film subversif. Si briser le quatrième mur pour parler directement au spectateur et montrer la violence d'un héros c'est l'être, alors bons nombres de films le sont. Le seul point qui aurait pu le faire croire est le fait que le film a été évoqué comme inattendu dans le monde des comic book movies du fait de son personnage principal et du traitement Restricted du film. Cela en reste là. Pour ce qui est de la violence, le film se rapproche davantage de la violence qui défoule d'un film de Quentin Tarantino que du ton dramatique et sombre opéré sur la franchise. Si le Restricted est là, c'est avant tout à cause du langage et des zigouillages saignants et graphiques de l'ami Deadpool. Têtes découpées, bonhommes éjectés, écrasés, embrochés, transpercés, tirs en pleine tête... Tim Miller ne lésine pas sur les morts dans cet opus plus que représentatif du personnage qu'il adapte. Certains n'aimeront pas l'humour autocentré et souvent très con du film, il n'en reste pas moins que le film Deadpool fait du Deadpool. Le personnage est aussi bavard, con et violent que dans les comics et on voit que Ryan Reynolds était le seul candidat possible pour l'incarner. Il est véritablement Deadpool et se fait un plaisir notamment dans les vannes meta. L'acteur peut s'amuser sur Green Lantern (une figurine, une réplique "Pas de combinaison verte, ni animé"), sa propre personne ("homme le plus sexy de l'année" selon un magazine) ou Wolverine (une figurine à l'effigie de son... personnage dans ce... film). 

Deadpool3

De même, le personnage se moque même de l'univers dans lequel il interragie. "McAvoy ou Stewart ? On s'y perd dans la chronologie" Voilà ce qui résume le casse-tête d'un grand nombre de fans en général. Voici la version de votre cher Borat: First class > X Men > X2 > The Last Stand > The Wolverine > DOFP > Apocalypse > Deadpool > Logan. Vous ne trouverez certainement pas plus clair. Tim Miller signe au passage des origines bien plus crédibles du personnage. Wade Wilson n'est ni plus, ni moins qu'un ancien des forces spéciales ayant attraper le cancer et parti dans le but de se soigner. Sauf qu'il tombe sur des malfrats qui font faire exploser son potentiel mutant, au point d'hériter d'un corps potentiellement laid. Comme évoqué plus haut, le film est à l'image du personnage. Il n'est pas un héros et son but premier dans le film est de retrouver une gueule d'ange pour revoir sa fiancée (Morena Baccarin). Ce qui fait de Deadpool une romcom super-héroïque qui reprend les trois quarts des sommets du genre jusqu'à la chanson romantique à souhait (Careless Whisper de Wham!, 1984). L'amour, le départ, la traversée du désert et le retour du guerrier! Complètement classique mais amusant à suivre, Deadpool le confirme d'autant plus par un récit reposant globalement sur une course-poursuite entrecoupée de flashbacks, avant un final spectaculaire sur une sorte d'héliporteur du SHIELD à peine voilée.

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Au passage, soulignons les effets-spéciaux particulièrement soignés au vue du budget, certains étant même largement supérieurs à ceux d'X Men Apocalypse. En résultes, un trip totalement volontaire qui ne parlera pas à tout le monde, mais qui a le mérite de s'assumer. Par ailleurs il vaut mieux voir le film en VO, la traduction française (même au niveau des sous-titres) passant à côté des trois quarts des répliques du film.

  • X Men Apocalypse (2016) : Rififi chez les mutants

X Men Apocalypse

Days of future past n'était pas encore sorti que Bryan Singer annonçait déjà X Men Apocalypse. Comme tous les opus depuis 2013, chaque nouveau film est annoncé par une scène post-générique dans le film d'avant, à l'image de ce que fait Marvel dans son Cinematic UniverseThe Wolverine annonçait DOFP, ce dernier présentait le futur ennemi encore enfant construisant les pyramides d'Egypte avec les quatre cavaliers de l'apocalypse qui l'observent. L'ouverture nous renvoit quelques décennies plus tard avec un Apocalypse vieillissant (Oscar Isaac) qui cherche un nouveau corps. Le personnage a beau se décrire comme un dieu durant les trois quarts du film, il n'en reste pas moins que comme dans toutes religions ou croyances, tout le monde n'y adhère pas et peut le voir d'un oeil néfaste. C'est le sujet même de Batman V Superman (Zack Snyder, 2016) sorti deux mois plus tôt. C'est ainsi que le personnage se fait enfermer dans son propre tombeau durant plusieurs millénaires avant d'être réveillé par des fanatiques. S'il y a bien une chose qui déçoit dans ce film c'est certainement son méchant. Apocalypse parle énormément mais il ne fait au final pas grand chose. Il tue quelques bonhommes, impose la figure de dieu qu'il est aux yeux des autres personnages, prêche la bonne parole, détruit des lieux, mais n'est jamais impressionnant. Le seul moment où il l'est c'est dans son affrontement mental avec Xavier. 

Photo (1)

Là, le personnage devient une véritable source de cauchemar pour son adversaire, dégommant un Xavier dépassé et terrassé par un adversaire trop fort pour lui. Il lui faudra bien un peu d'aide pour survivre à son assaillant. La vf n'aide pas non plus (votre interlocuteur ne l'a vu que dans la langue de Molière), en faisant des caisses sur la réplique phare du personnage. Ainsi, "Everything they've built will fall! And from the ashes of their world, we'll build a better one!" (soit globalement "tout ce qu'ils ont construit va s'effondrer! Et sur les cendres de leur monde, nous en construirons un meilleur!") devient "tout ce qu'ils ont construit s'effondrera! Et sur les cendres fumantes de leur monde en ruine, on en batiront un meilleur!". Le tout avec une voix complètement modifiée et ridicule. A cela se rajoute un final puant le CGI de piètre qualité, engendrant une surenchère pas loin du kitsch. Jusqu'à présent, en dehors de quelques ratés (Wolverine notamment), la saga a toujours bénéficié d'effets-numériques de qualité ou novateurs. On ne peut pas en dire autant ici où dès les premières minutes, certains CGI foireux se font sentir. Si les CGI ne sont évidemment pas tous mauvais, on a globalement l'impression de voir un film peu joli à regarder. Heureusement le film peut compter sur une scène pour faire oublier ce naufrage graphique parfois flagrant. Encore une fois, Singer repose sur l'amigo Quicksilver au point de penser que le personnage a droit à sa scène gimmick dans chaque film où il apparaît.

Plus longue, plus d'enjeux, plus d'effets-spéciaux (la séquence a lieu durant une explosion), plus de figurants à gérer. Si possible avec de la bonne musique (Sweet dreams d'Eurythmics, 1983). Un résultat merveilleux où Singer dévoile à nouveau tout le potentiel filmique de ce personnage. Chose que n'a pas réussi à montrer Joss Whedon dans Age of Ultron (2015). Outre Apocalypse, ses cavaliers ne sont pas non plus très mémorables. Du lot, on retiendra certainement Tornade (Alexandra Shipp). Singer est le premier à citer les origines africaines du personnage et voit en Mystique une idole. Ironique quand on sait qu'elle sert un mutant se prenant pour un dieu (il façonne ses cavaliers à son image) et vivant de cette adoration. Le fait que Mystique soit son héroïne annoncera son retournement de veste dans les dernières minutes et une arrivée inévitable chez les X Men. C'est la seule du groupe qui semble avoir une réelle caractérisation. Quant aux autres, ils laissent un sérieux goût amer ou une totale indifférence. Psylocke (Olivia Munn) est un atout sexy plus qu'autre chose et manque sérieusement de personnalité. Même problème chez Archangel (Ben Hardy). D'autant plus frustrant quand on connaît le révisionnisme constant de Singer depuis 2011. Si Archangel a toutefois plus de présence que son homologue dans The Last Stand, on a bien du mal à voir autre chose qu'un personnage fonctionnel.

tornade

Magneto est également une déception flagrante. On en serait resté sur le mutant à la limite du terroriste de 1973, le personnage y aurait davantage gagner. Le personnage haineux aurait été plus maléable pour Apocalypse, car plus révolté, plus violent. Singer et Kinberg lui rajoutent un trauma de plus qui apparaît comme redondant, comme si le personnage ne pouvait exister que par la barbarie engendrée par l'Homme autour de lui. Certainement l'élément de trop, auquel se rajoute un passage à Auschwitz pour le moins douteux. Singer semble mieux se débrouiller dans le traitement de ses précieux X Men. Le réalisateur doit rebâtir une franchise qu'il a lui-même détruite dans DOFP. Ce qui implique de montrer des personnages historiques sous un nouveau visage. Outre Tornade, Cyclope (Tye Sheridan), Jean Grey (Sophie Turner) et Nightcrawler (Kodi Smit McPhee) sont également de retour. Scott n'est pas encore le meneur et n'a pas non plus son fameux lance-laser (il attendra la séquence pré-générique de fin où il arbore le costume des comics 80's). Nightcrawler est un mutant opprimé que Mystique sauve de combats de mutants en cage. Quant à Jean Grey, Singer fait son possible pour montrer le Phénix qu'il voulait dévoiler dans Son troisième opus. Largement mise en avant dans le film, l'héroïne dévoile sa phase sombre à travers des visions destructrices (annonciatrices d'Apocalypse mais pas que) et le final totalement explosif. 

PHENIX

L'héroïne risque fort de dévoiler davantage de son potentiel dans le prochain volet. Au final, on préfèra certainement la partie apprentissage que la partie destructrice. Chose qui aurait dû s'inverser normalement... Au passage citons l'utilité toute relative de Jubilee. Plusieurs apparitions dans la franchise mais aucune d'importance, confirmant le peu de potentiel que voit en elle les différents cinéastes de la franchise. En voulant en faire trop, Singer se plante également sur un autre aspect. Dans la timeline actuelle, nous avions laissé Logan entre les mains de Mystique en 1973. Nous finissons par le retrouver en 1983 en Arme X (Singer reprend le costume qu'il a dans le run de Barry Windsor Smith) chez Stryker évidemment amnésique et avec ses griffes en adamantium. Si cela enlève un problème de justification pour Logan, on a bien du mal à comprendre comment la seule mémoire d'un autre temps a pu se faire berner aussi facilement par le père Stryker une seconde fois. Heureusement, le Xavier de cette temporalité (au courant du drame qu'il a évité) devrait lui raconter tout dans un futur proche. Mais il s'agit d'un élément dont on se serait bien passé même si la scène est particulièrement fun et saignante. X Men Apocalypse n'est peut être pas un mauvais film, mais il laisse un sentiment de déception. L'impression de ne pas avoir vu le grand film qui aurait marquer le renouveau de la franchise. Les jeunes mutants disent en sortant de la séance du Retour du jedi (Richard Marquand, 1983): "Là où on est d'accord c'est que le troisième est toujours le plus nul." On ne croit pas si bien dire.

  • Quel avenir pour la franchise?

Gambit_deb

Pour conclure cette cuvée, penchons nous sur les futurs projets de la franchise X Men. Si la Fox accumule les projets depuis désormais plusieurs années, l'avenir de la saga n'est pas aussi tracé qu'il n'y paraît. A la sortie d'X Men Apocalypse, seuls deux films étaient en production: Logan et Deadpool 2. Simon Kinberg dans une optique à peine voilé de sauver les meubles évoquera quelques temps la possibilité d'un crossover entre les X men et les Fantastic Four de Josh Trank.  Autant dire que le four total du film en 2005 a sonné le glas de cette hypothèse, d'autant que Michael B Jordan a rejoint le Marvel Cinematic Universe depuis (la malédiction de la Torche?).Tous les autres ne sont que projets ou arlésiennes qui traînent depuis plusieurs années. L'exemple le plus criant est certainement le cas "Gambit". Annoncé en grande pompe en 2015 (il était même venu avec les autres acteurs de la franchise à la Comic Con), Channing Tatum aurait dû incarner le lanceur de cartes magiques dans Apocalypse au départ. Comme souvent au cours de la franchise, il fut écarté assez rapidement car il n'y avait pas de place pour lui. On annonce en même temps un spin-off d'abord réalisé par Rupert Wyatt (Rise of the Planet of the apes). Alors que l'on parle de plus en plus de Léa Seydoux pour le rôle principal féminin (rumeur qui n'a jamais été confirmée par la principale intéressée), Wyatt part et se justifie: "l'avancement de la date du tournage est entré en conflit avec mon agenda et d'autres projets." (**). Doug Liman débarque en novembre 2015 au poste de réalisateur. Suite à des réécritures multiples et un tournage qui n'arrive jamais, le réalisateur de La mémoire dans la peau part lui aussi vers de nouvelles aventures... celles de la Justice League Dark de Warner / DC. 

x force

A l'heure actuelle, le projet n'a ni réalisateur, ni date de tournage. Des rumeurs évoquaient en décembre dernier l'arrivée de Frank Darabont, mais depuis plus rien. Si ce n'est Simon Kinberg évoquant un projet toujours d'actualité. Il en faudra bien plus pour rassurer. Il en va de même avec "X Factor" en panne sèche depuis plusieurs années aussi. Longtemps dévolu à Jeff Wadlow (le réalisateur de Kick Ass 2 ne doit plus y être attaché aujourd'hui), le projet semblait au point mort jusqu'à l'arrivée de Joe Carnahan au scénario ces derniers jours. On parle d'ailleurs d'une insertion dans un possible "Deadpool 3", d'autant que Cable et Domino seront du second. Longtemps une blague de la séquence post-générique de Deadpool, Cable partenaire récurrent de Wade Wilson dans les comics devrait être le personnage central de la séquelle. Une implication d'autant plus confirmée par Apocalypse, où l'on voyait des membres d'Essex corporation, entreprise gérée par Sinister à l'origine même de... Cable. On dénombre plusieurs acteurs intéressés pour le jouer, à l'image de Stephen Lang, Russell Crowe ou Pierce Brosnan. Tim Miller ne rempilera pas à la réalisation, visiblement pour différents artistiques. Le réalisateur sera finalement David Leitch, un des co-réalisateurs de John Wick (2014). Drew Goddard s'est rajouté au script en compagnie des scénaristes du premier film Rhett Reese et Paul Wernick. 

Cable_Domino_Deadpool 

Le tournage devrait se dérouler cet été. En revanche, le projet autour des New Mutants réalisé par Josh Boone (Nos étoiles contraires) semble un peu plus avancer. En mai dernier, le réalisateur évoquait les personnages qu'il est censé mettre à l'écran: Cannonball (vole et pulvérise ce qui est sur son passage), Magik (une téléporteuse), Wolfsbane (elle se transforme en louve), Mirage (une télépathe pouvant contrôler diverses énergies), Sunspot (utilise l'énergie solaire) et Warlock (un être mi-machine, mi-alien) (3). Un projet qui semble déjà en meilleure voie que les deux précités. La suite directe d'Apocalypse censée se dérouler dans les 90's sera écrite à nouveau par Simon Kinberg et des rumeurs évoquent même qu'il pourrait le réaliser. D'autant que Bryan Singer est censé réaliser une nouvelle adaptation de 20000 lieues sous les mers (Jules Verne, 1870) pour la Fox. Toutefois, le réalisateur d'une grande partie des X Men avait parlé de son envie de partir dans l'Espace. Sophie Turner et James McAvoy ont plus ou moins fait comprendre qu'ils devraient tourner dans un nouvel X Men cet été. On verra bien pour les autres dans ce projet appelé "Supernova" selon certains. La saga semble en revanche bien plus perdurer sur le petit écran. Depuis quelques semaines, la série Legion est diffusée sur la chaîne FX et semble globalement convaincre les critiques. 

Affiche

Votre cher Borat n'a encore rien regardé, mais la bande-annonce diffusée à la Comic Con était assez particulière. Autant que le pitch. La série chapeautée par Noah Hawley (la série Fargo) met en scène le fils de Charles Xavier, David Haller ou Legion, jeune homme pensionnaire d'un hôpital psychiatrique (Dan Stevens). En effet, il semble qu'il soit schizophrène et ces différentes personnalités peuvent l'amener à acquérir des pouvoirs comme la télépathie. Une série qui a un visuel pour le moins attirant et un certain grain de folie. La première saison contiendra huit épisodes (trois sont déjà diffusés à l'heure actuelle). Un autre projet de série a fait parler de lui ces derniers jours. Stephen Moyer y incarnera Reed, personnage dont les enfants sont des mutants traqués par le gouvernement. Ils finissent par découvrir une société mutante sous-terraine. Jamie Chung reprendra le rôle de Blink, mutante pouvant créer des portails, autrefois incarné par Fan Bingbing dans DOFP. Bryan Singer réalisera le pilote pour cette série qui sera normalement diffusée sur Fox. A la semaine prochaine!


Article initialement publié le 14 mai 2016.

* Propos issus de Mad Movies numéro 241 (mai 2011).

** Propos reccueillis dans: https://www.ecranlarge.com/films/news/945366-le-realisateur-rupert-wyatt-quitte-le-film-gambit

3 http://www.allocine.fr/diaporamas/cinema/diaporama-18652514/?page=6

27 février 2017

Le bronze en direct

Après les Golden Globes, votre cher Borat va suivre pour vous les Oscars en direct. Cela va être long (votre cher Borat est parti pour rester debout jusqu'à un peu plus de 6 heures du matin), il n'y aura peut être pas à boire et à manger, on verra bien. Soyez prêts!

2h35: Tu commence par Justin Timberlake, c'est autre chose qu'une seule seconde des Césars. Comment ça je suis de mauvaise foi et je dis ça sans avoir regarder ka cérémonie vendredi soir ? Vous regardez une édition des Césars une fois, vous n'oubliez jamais l'ennui total que dure ces quatre heures de cérémonie. JAMAIS.

2h37: Déjà une vanne de Jimmy Kimmel sur Matt Damon. Décidément, ces deux là sont tellement faits pour s'aimer. 

2h44: Meilleur second-rôle masculin pour Mahershala Ali dans Moonlight (Barry Jenkins, 2016). Un acteur que l'on connaît malheureusement peu et qui arbore le cinéma et la télévision américaine depuis un bon bout de temps (L'étrange histoire de Benjamin Button notamment). Il incarne le gangster qui prend sous son aile le héros du film.

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2h52: Première pub! Vas-t-on dépasser les douze publicités de 2014 ?

2h58: L'Oscar des meilleurs maquillages décerné à Alessandro Bertolazzi, Giorgio Gregorini et Christopher Nelson pour Suicide Squad (David Ayer, 2016). Il y avait en effet de quoi faire, mais bon il y avait bien plus de travail sur Star Trek Beyond (Justin Lin, 2016)...

Suicide Squad : Affiche

3h: Meilleurs costumes pour Colleen Atwood sur Fantastic Beasts (David Yates, 2016).

Les Animaux fantastiques : Photo Dan Fogler, Eddie Redmayne, Katherine Waterston

3h05: Deuxième pub!

3h11: Meilleur documentaire pour Life, animated (Roger Ross Williams, 2016). Il présente Owen Suskind, un homme atteint d'autisme sorti de son isolement à travers les films Disney.

Life, Animated : Photo Owen Suskind

3h19: Troisième pub!

3h26: Meilleur montage sonore pour Sylvain Bellemare sur Arrival (Denis Villeneuve, 2016).

 Premier Contact : Photo Amy Adams

3h29: Meilleur mixage sonore pour Kevin O'Connell, Robert McKenzie, Andy Wright et Peter Grace sur Hacksaw Ridge (Mel Gibson, 2016).

Tu ne tueras point : Photo Vince Vaughn

3h32: Quatrième pub!

3h41: Meilleur second rôle féminin pour Viola Davis dans Fences (Denzel Washington, 2016). Elle y incarne la femme du personnage de Washington. L'actrice avait été nommé déjà deux fois sans avoir de récompense.

Fences : Photo Viola Davis

3h57: Oscar du meilleur film étranger pour Le client (Asghar Farhadi, 2016). Un film où un couple part vivre dans un appartement où résidait une prostituée et dont un des clients refait son apparition. Farhadi n'a pas souhaité venir à la cérémonie en protestation contre Donald Trump.

Le Client : Affiche

4h03: Cinquième pub!

4h08: Meilleur court-métrage animé pour Piper (Barillaro, Sondheimer, 2016). Un beau court-métrage de Pixar qui avait en revanche un récit un peu trop simple. 

 Piper : Photo

4h12: Meilleur film d'animation pour Zootopie (Howard, Moore, 2016). Un film plus que légitime dans une catégorie où le niveau était très haut.

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4h15: Meilleurs décors pour Sandy Reynolds-Wasco et David Wasco sur La la land (Damien Chazelle, 2016). 

 La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

4h22: Sixième pub!

4h31: Meilleurs effets-spéciaux pour Robert Legato, Adam Valdez, Andrew R Jones et Dan Lemmon sur Le livre de la jungle (Jon Favreau, 2016). 

Le Livre de la jungle : Photo Neel Sethi

4h36: Meilleur montage pour Robert McKenzie sur Hacksaw Ridge

 Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

4h40: Septième pub!

4h43: The White Helmets (Orlando von Einsiedel, 2016) meilleur court-métrage documentaire. Il est consacré aux casques blancs travaillant en Syrie.

The White Helmets : Affiche

4h50: Sing (Kristof Deak, 2016) meilleur court-métrage de fiction. Une histoire d'amitié entre deux jeunes filles à Budapest dans les 20's à travers une drôle de chorale.

Sing : Affiche

4h55: Huitième pub!

4h58: Meilleure photo pour Linus Sandgren sur La la land

La La Land : Photo John Legend

5h08: Neuvième pub!

5h14: Meilleure musique pour Justin Hurwitz sur La la land

5h16: Meilleure chanson pour City of stars dans La la land.

5h22: L'heure de l'hommage aux morts avec une musique bien larmoyante comme il faut. Jennifer Aniston cite évidemment Bill Paxton décédé ce dimanche. On reparlera de ce grand acteur dans la semaine.

5h24: Dixième pub! 

5h27: Matt Damon se fait encore éclaté avec la séquence "personnalité face à une prestation d'acteur". Jimmy Kimmel regarde We bought a zoo (Cameron Crowe, 2011), film avec Matt Damon bien évidemment. "Ben Affleck and a guest" pour Damon, c'est irrésistible.

5h30: Meilleur scénario original pour Kenneth Lonergan également réalisateur sur Manchester by the sea

Manchester By the Sea : Affiche

5h34: Meilleur scénario adapté pour Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney pour Moonlight.

Moonlight : Photo promotionnelle Barry Jenkins

5h37: Onzième pub! Cette année ça va, je n'ai eu que des publicités en rapport avec le cinéma, parce qu'il y a deux ans c'était du cul, du cul, du cul à cette même heure.

5h41: Damien Chazelle pour meilleur réalisateur.

La La Land : Photo promotionnelle Damien Chazelle

5h47: Meilleur acteur pour Casey Affleck dans Manchester by the sea

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck

5h53: Meilleure actrice pour Emma Stone dans La la land. Au passage, citons l'absence d'Amy Adams dans les nominations au profit de Meryl Streep qui est nommée chaque année pour tout et n'importe quoi. S'il y a bien quelque chose de honteux dans cette édition des Oscars c'est bien cela.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

6h: Douzième pub! On y est arrivé finalement!

6h04: La la land meilleur film.

6h13: Meilleur twist ever, Warren Beatty s'est finalement trompé d'enveloppe, il s'agit de Moonlight! Probablement le plus beau fou-rire de cette nuit, voire de l'année. Les mecs ont fait une private joke (involontaire) à Donald Trump en citant ce passage de Miss Universe 2016! 

Brandan Fraser


Que retenir de cette nuit? La la land s'est fait attendre et comme on pouvait le penser, n'a pas tout raflé. Moonlight et Manchester by the sea ont bien tiré leur épingle du jeu. Hacksaw Ridge est reparti avec de la technique comme on pouvait s'y attendre. Jimmy Kimmel a fait du Kimmel, ce qui peut être un peu redondant pour ceux qui connaissent son late show. Puis surtout quelle fin à mourir de rire! Allez bonne nuit, votre serviteur s'en va rejoindre son lit.

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22 février 2017

Borat n'a jamais atteint la ville des étoiles

Deux âmes cherchant à trouver le succès finissent par se rencontrer au fil des saisons...

la la land

Moins présent dans les 90's (beaucoup d'animés, moins de live-action), le musical au cinéma est redevenu à la mode au début des 2000's, attirant même l'attention des studios. Toutefois, mesurons nos propos puisqu'en général il s'agit d'adaptations d'oeuvres préexistantes. On pense notamment à Chicago (Rob Marshall, 2002), Le fantôme de l'opéra (Joel Schumacher, 2004), Rent (Chris Columbus, 2005), Sweeney Todd (Tim Burton, 2007) ou Les misérables (Tom Hooper, 2012). Les paroliers sont recherchés aussi, à l'image de Lin Manuel Miranda sur Moana (Clements, Musker, 2016). Alors quand un musical original entre en scène, soit il attire l'attention, soit se plante au point d'être oublié ou a simplement un succès d'estime. La la land (Damien Chazelle, 2016) aurait pu avoir le même destin que le premier film du réalisateur, Guy and Madeline on a Park Bench (2009). Un film indépendant en noir et blanc et n'ayant strictement rien rapporté. Si la presse a visiblement bien reçu le film, il n'a par exemple jamais montré le bout de son nez en France. Quand La la land sort, son réalisateur a depuis une certaine réputation. Celle du réalisateur de Whiplash (2014), film musical mais pas une comédie-musicale qui avait des tendances à aller vers le cinéma d'horreur. La la land a pourtant été écrit juste après son premier film, avec le fidèle Justin Hurwitz en charge de la musique et des chansons à nouveau.

La La Land : Photo Ryan Gosling

Le film ne trouve finalement des financements qu'après le succès de Whiplash et le succès est à nouveau présent au point que le film est actuellement bien parti pour raffler quelques Oscars. Miles Teller et Emma Watson étaient pressentis pour jouer le couple
star. Il décline visiblement pour une histoire de gros sous. Rien d'étonnant au vue des échos disant que l'acteur aurait pris le melon. Elle à cause du tournage imminent de La Belle et la bête (Bill Condon, 2017), un autre musical d'ailleurs. Quand bien même ils étaient les premiers choix, on a bien du mal à voir en eux le duo de La la land surtout après avoir vu les prestations de Ryan Gosling et Emma Stone. Les deux étaient faits pour ces rôles et on le comprend assez rapidement. Mieux encore, ils ont déjà été en couple à l'écran (Crazy, stupid, love de Ficarra et Requa et Gangster squad de Ruben Fleisher), ce qui aide beaucoup pour l'alchimie entre les personnages. Beaucoup soulignent la performance quasi-hors norme du duo phare. Votre cher Borat a un avis un peu plus nuancé à ce propos. Ces deux acteurs ont rarement été mauvais par le passé, en tous cas selon votre interlocuteur. Gosling avait perdu de sa superbe dans Only god forgives (Nicolas Winding Refn, 2013) où il s'enfermait trop dans la caricature du Driver. Stone a eu quelques passages à vide dans des blockbusters.

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En général à cause de problèmes d'écriture avec des personnages fades (ce fut le cas du Fleisher susnommé) ou n'évoluant pas (la pauvre Gwen Stacy dans le second Amazing Spider man). Dans La la land, ils livrent de bonnes prestations dans la tendance de Crazy, stupid, love. Lui en mec un peu trop sûr de lui, elle dans la fille qui se cherche une forme d'idéal (à la différence que Nana a un emploi stable, ce qui n'est pas le cas de Mia). Stone semble même y avoir injecter du vécu comme le démontre les scènes d'auditions assez similaires aux propos qu'elle a tenu lors de la promotion du film. Au final, les deux acteurs sont bons, chantent et dansent très bien, mais ils ne sont pas meilleurs que d'habitude. Ils sont dans la droite lignée de ce qu'ils ont déjà effectué, ce qui n'est déjà pas si mal. Gosling se paye même la scène la plus drôle du film, à en faire pleurer de rire les Modern Talking sur une reprise que l'on qualifiera de "oulala". On voit que Chazelle a bien plus de moyens que sur ses précédents films (27 millions de dollars séparent La la land et Whiplash) et en joue énormément. Que ce soit par un long plan-séquence d'ouverture, une photographie qui met largement en avant les couleurs (notamment des robes) ou divers plans d'ensemble jouant beaucoup de la scénographie. Le problème est que cela s'avère bien tape à l'oeil. Pas que cela ne soit pas beau ou bien fait, juste qu'on a l'impression que Chazelle veut parfois en faire trop, qu'il est moins authentique que sur son précédent film.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Whiplash était peut être un film moins cher, mais Chazelle rendait son film totalement dynamique et sauvage. La la land est déjà plus hollywoodien dans sa forme, ce qui contraste énormément et curieusement passionne moins. C'est là où on arrive à la fameuse musique du film. Les parties instrumentales d'Hurwitz sont de qualité et votre cher Borat aurait presque préféré que le film ne tombe pas dans les chansons. La partie purement musicale est bien plus raccord à ce qu'est le film (un ensemble jazzy de qualité) que les chansons qui ne sont pas nombreuses. Pire encore, elles sont loin d'être marquantes. Certains ont critiqué le fait que Moana réutilisait par trois fois une même chanson. Toutefois, la chanson était citée à différents moments clés du film et il y avait des variations. Ici, City of stars ou Another day of sun sont cités deux, trois fois sans aucun changement, les paroles sont juste enlevées. City of stars et Start of fire (bien aidée par un son totalement différent du reste du film, amenant de la nouveauté bienvenue) sont des chansons qui sortent du lot, mais là non plus pas de quoi retenir les paroles encore et encore. D'autant plus quand le film arrive au syndrome "parler-chanter", consistant à chanter de potentiels dialogues comme "passe moi le sel" ou "j'ai été sur la plage et c'était sympa". Another day of sun souffre de ce syndrome dans toutes ses paroles et c'est quelque chose qui irrite votre interlocuteur dans les musicals.

La La Land : Photo John Legend

Malgré les défauts ou choses qui le déplaisent dans ce film, votre cher Borat ne parle pas d'un mauvais film, loin de là. Le propos du film est en soi ce qui est le plus intéressant. (Attention spoilers) On suit deux êtres essayant de trouver le bonheur sentimental et professionnel. D'un côté, un homme cherchant à ouvrir un club de jazz, mais se contente pour l'instant de faire du piano-bar et des petits jobs. De l'autre, une femme voulant devenir actrice et se contentant de vendre du café dans un studio d'Hollywood. Les deux se cherchent, se trouvent, se quittent, s'aident et se retrouvent d'une certaine manière, soit le BA-BA de la romcom habituelle. On ne peut pas dire que La la land sort du lot à ce niveau. Beaucoup ont dit que La la land était un film dur notamment à cause de son final faussement désenchanté. Pourtant, qu'on le veuille ou non, les personnages ont atteint leur objectif, c'est juste qu'ils ne l'ont pas fait ensemble. Pessimiste d'un point de vue sentimental, mais plein d'espoirs au niveau professionnel. Chazelle montre un couple qui se fait et se défait peut être pour de bonnes raisons, soit un point de vue qui change un peu de l'habituel Hollywood. Le dernier problème de votre cher Borat à propos de ce film touche à l'affect pur. Il n'est ni passionné, ni touché par cette histoire, ses personnages et leurs parcours, au contraire de films aussi récents (A monster calls par exemple). Dès lors, difficile d'avoir envie de soutenir La la land, malgré des qualités bien visibles... (fin des spoilers)

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La la land est un film au propos et à la musique intéressante, certainement même un bon film, mais dont l'aspect affectif dépendra des spectateurs. Dans ces colonnes c'est non.

19 février 2017

Un voyage au bout des ténèbres (Cuvée La Quatrième Dimension)

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Une fois n'est pas coutume. A l'instar de Borat, administrateur en chef de Ciné Borat, je vous propose à mon tour une cuvée de mon choix et consacrée à la série La Quatrième Dimension (The Twilight Zone dans la langue de Shakespeare). Ainsi, ce billet va analyser les épisodes suivants :

La Petite Fille Perdue (épisode 26, saison 3)
Le Menteur (épisode 30, saison 3)
Pour les Anges (épisode 2, saison 1)
Personne Inconnue (épisode 27, saison 3)
C'est une belle vie (épisode 8, saison 3)

 

La Petite Fille Perdue (Episode 26, saison 3)

 

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Année : 1962

 

La critique :

Ecrit par Richard Matheson (à qui l'on doit déjà plusieurs opuscules de prestige, notamment L'Homme Qui Rétrécit et Je suis une légende, entre autres) et réalisé par Paul Stewart, la distribution de ce 26e épisode de la saison 3, intitulé La Petite Fille Perdue, réunit Charles Aidman, Robert Sampson, Sarah Marshall et Tracy Stratford. Attention, SPOILERS ! (1) En pleine nuit, Chris et Ruth Miller sont réveillés par les pleurs de leur petite fille Tina, 6 ans. Bien qu'il cherche sa fille, Chris ne la trouve pas, mais il continue de l'entendre, et la voix vient de sous le lit de l'enfant.
Le chien court sous le lit et disparaît lui aussi brusquement. Aidés par Bill, un ami professeur de physique, le couple cherche leur enfant et le chien. 
Bill comprend qu'une porte s'est brusquement ouverte sur la quatrième dimension, et que la fille et l'animal y sont entrés. Grâce à ses connaissances mathématiques, Bill dessine la porte sur le mur derrière le lit. Ils n'ont que quelques minutes pour faire venir l'enfant jusqu'à la porte avant que celle-ci ne se referme pour toujours (1). En l'occurrence, La Petite Fille Perdue marque un tournant rédhibitoire dans The Twilight Zone.

En effet, pour la première fois, l'existence d'une quatrième dimension est clairement évoquée par l'un des principaux protagonistes, en l'occurrence Bill (Charles Aidman), un éminent scientifique qui possède de solides connaissances sur la science quantique. Pour Rod Serling, la quatrième dimension ne correspond pas seulement au temps qui passe. Elle constitue également un univers parallèle qui semble échapper à toute logique rationnelle. En l'occurrence, Rod Serling joue les visionnaires et fait preuve de médiumnité. Nous ne sommes qu'en 1962, mais déjà à l'époque, le créateur de The Twilight Zone annonce l'existence "d'imbrications interdimensionnelles".
Un jargon scientifique corroboré par Bill lui-même à un couple éploré par la disparition de leur fillette de six ans (tout au plus...). 

Pour Rod Serling, il existe dans notre monde contemporain, déjà sous l'égide de la technologie et de la science moderne, des réalités et des mondes qui nous échappent. Mondes qui seraient en corrélation avec notre propre univers sans que nous en ayons conscience. Rod Serling l'ignore encore, mais il vient de donner naissance à la théorie des cordes, plus connue sous le nom de la physique quantique. En résumé, notre monde serait traversé par d'autres dimensions. 
Dimensions dans lesquelles nous pouvons, par inadvertance, nous infiltrer. Pis, ces dimensions invisibles pourraient même influencer le cours de notre existence... en particulier dans La Quatrième Dimension ! Mais Bill et ses fidèles prosélythes doivent faire preuve de vaillance et de pugnacité pour vaincre un monde parallèle qui semble échapper à toute explication scientifique.

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Après avoir minutieusement fouillé toutes les pièces de la maisonnée, le scientifique et ses ouailles parviennent à dessiner une porte fictive à l'aide d'une craie. Pour le patriarche, Chris Miller (Robert Sampson), il est temps d'aller chercher sa fillette de l'autre côté du miroir (ou plutôt du mur...). Hélas, ce nouveau monde n'a rien d'un Eldorado. Confinée dans les ténèbres et dans un monde crépusculaire, la petite Tina (Tracy Stratford) pousse des cris d'orfraie.
Le fidèle canidé de la famille part à sa rescousse. Le père fait évidemment preuve de mansuétude et passe à travers cette porte fictive et interdimensionnelle... Mais pas à n'importe quelle condition... C'est d'ailleurs la grande révélation de cet épisode. Cette interpénétration dimensionnelle est appelée à se refermer. Inexorablement. Tenu vaille que vaille par le scientifique aguerri, Chris parviendra à ramener Tina dans notre monde réel. L'abnégation du savant finira par payer. 
Sans son soutien indéfectible, une partie du corps de Chris serait restée à jamais dans cette autre dimension, l'autre moitié gisant dans notre réalité... Bref, on tient là un épisode complexe qui fait appel à l'érudition du spectateur avisé. Pour les fans, La Petite Fille Perdue constitue l'un des épisodes les plus savoureux et surtout les plus effrayants de toute la série. Bien des années plus tard, cet épisode inspirera, entre autres, le scénario de Poltergeist (Tobe Hooper, 1982).

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_26_:_La_Petite_Fille_perdue

 

Le Menteur (Episode 30, saison 3)

 

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Année : 1962

 

Pour le scénario de ce nouvel épisode, intitulé Le Menteur (épisode 30, saison 3), Rod Serling s'adjoint les services et l'érudition de Frederick Louis Fox. Lamont Johnson assure la réalisation. Ce cinéaste s'est surtout illustré dans l'univers de la série télévisée. On lui doit notamment L'homme à la carabine (1958), Les Accusés (1961), Les Règles du Jeu (1968), ou encore Le jeune Docteur Kildare (1961). Mais revenons à l'épisode Le Menteur (Hocus-Pocus and Frisby de son titre original).
La distribution de cet 95e épisode de la série réunit Andy Devine, Milton Selzer, Peter Brocco, Dabbs Greer et Howard McNear. Attention, SPOILERS ! 
(1) Somerset Frisby, un épicier, agace tout le monde parce qu'il ment sans cesse et se fait passer pour un superhéros en inventant des exploits dans tous les domaines possibles. Le soir, tandis qu'il ferme sa boutique après avoir fait le plein de la voiture de deux clients, il est capturé et emmené dans un vaisseau extraterrestre. 

Là, il reconnaît ses clients, en réalité des aliens, qui lui avouent qu'ils sont très impressionnés par lui et ses connaissances phénoménales. Ils veulent l'emmener de force sur leur planète où ils collectionnent des spécimens hors du commun venus de différentes planètes. Frisby avoue qu'il est un menteur qui a inventé ses exploits, mais les aliens ne comprennent pas le sens du mot « mensonge » et ne renoncent pas à leur projet (1). Pour ce trentième épisode de la saison 3, Rod Serling joue les philosophes aguerris. En outre, le créateur de The Twilight Zone nous propose un débat sur le mensonge à travers un personnage fort en gueule, un certain Somerset Frisby. 
Pompiste et épicier de son état, ce quinquagénaire bedonnant passe la plupart de son temps à raconter des sornettes à ses clients d'infortune.

Heureusement, ces derniers font preuve de magnanimité et de prodigalité, écoutant doctement les affabulations de Frisby. En l'occurrence, ce vulgaire quidam, pur produit de l'Oncle Sam et de l'Amérique des "WASP", ne tarit pas d'éloges sur son compte. Si l'on se rapporte aux divagations de ce mythomane impénitent, Somerset Frisby a conduit vers la victoire les troupes américaines contre l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre Mondiale, a construit plusieurs modèles d'automobiles pour la Ford Motor Company et peut même prédire la pluie et le beau temps en scrutant le ciel et ses myriades de cumulus ningus. Evidemment, de telles hâbleries ont le mérite de provoquer l'hilarité et l'extatisme de ses nombreux comparses. Narquois, ces derniers ne sont pas dupes des jobardises de l'intéressé, au grand dam de Somerset Frisby.

Mais l'homme ventripotent n'en a cure, s'échinant à raconter quotidiennement ses rodomontades. Pour Rod Serling, le mensonge présente plusieurs avantages. Tout d'abord, il permet à l'individu de modeler son existence, même factice, de pouvoir mettre en scène une histoire et surtout de contourner le réel. De surcroît, le mensonge, quand il devient pathologique (mythomanie), permet de faire le grand écart entre le naturel et l'artificiel. Ce qui revient, in fine, à définir la différence entre le normal et le pathologique. Ainsi, le mensonge peut se fourvoyer à la réalité et vice versa.
Le mensonge est donc consubstanciel à la condition humaine. Et c'est cette douloureuse expérience que va apprendre à ses dépens M. Frisby... dans la quatrième dimension ! Ainsi, ses boniments vont l'amener à croiser la route de deux individus énigmatiques.

Ingénus, ces derniers ignorent la signification et les propres roueries d'un mensonge. Ce qui conduit Somerset Frisby à l'intérieur d'une soucoupe volante ! Nos deux hommes étranges sont donc des extraterrestres qui ont quitté une planète exsangue et menacée d'annihilation. Qu'à cela ne tienne, les connaissances faramineuses et l'omniscience de M. Frisby devraient permettre aux aliens de sauver leur monde. C'est par un habile stratagème, pour le moins incongru (un harmonica), que Frisby va pouvoir échapper aux vils desseins de nos êtres anthropomorphiques. 
Ce bref détour par la quatrième dimension va permettre à l'épicier corpulent de regagner son office sous le regard hébété et les railleries de ses amis. Evidemment, une telle escapade n'est possible que dans la quatrième dimension... Personnellement, j'avoue avoir une affection particulière pour cet épisode fantasque qui a sans doute inspiré (en partie) le final de Mars Attacks ! (Tim Burton, 1996).

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_30_:_Le_Menteur

 

Pour les Anges (Episode 2, saison 1)

 

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Année : 1959

 

Pour ce deuxième épisode de la saison 1, intitulé Pour les Anges, Rod Serling, à la fois le créateur et le scénariste de The Twilight Zone, s'adjoint les services et l'érudition de Robert Parrish à la réalisation. Ce cinéaste américain s'est notamment distingué avec L'Enfer des Tropiques (1957), L'Aventure du Rio Grande (1959), Casino Royale (1967) et Danger, Planète Inconnue (1969). La distribution de ce second épisode réunit Murray Hamilton, Ed Wynn, Dana Dillaway, Overholts et Merrit Bohn.
Attention, SPOILERS ! (1) Le 19 juillet 1960, Lew Bookman est un camelot-vendeur âgé de 68 ans qui réalise sans grand succès ses dernières ventes. Un homme habillé de noir (la « faucheuse »), vient l’avertir qu’il l’emmènera le soir même, à minuit. Bookman refuse de le suivre et parvient à le tromper en passant un marché de dupes avec lui. Furieuse d'avoir été jouée, la Mort provoque un accident qui blesse gravement une petite fille qui « prend la place » de Bookman.
Elle mourra à minuit, l'heure à laquelle Bookman devait initialement mourir.

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Déterminé, Bookman va tout essayer pour que la Faucheuse rate son rendez-vous. Il se lance alors dans le plus grand boniment de sa vie et parvient à faire rater son rendez-vous à la Mort (1). Après Solitude, un premier épisode pour le moins claustrophobique, Rod Serling euphémise la tonalité mortifère de la célèbre série science-fictionnelle. En l'occurrence, Pour les Anges s'ouvre de façon banale sur une scène de rue d'été. Lew Bookman, camelot-vendeur de son état, présente divers objets et vêtements de sa collection à la populace. Mais le monsieur chenu, toutefois en parfaite santé, fait surtout l'admiration des enfants. Le vieil homme s'acoquine et sympathise avec Maggie, une fillette de cinq ou six ans (tout au plus). Parallèlement, la Mort vient subrepticement s'immiscer dans le quotidien de Lew Bookman.

Contre toute attente, la Mort ne revêt pas les oripeaux d'un croquemitaine ni d'une faucheuse au physique ingrat et squelettique. En l'occurrence, la Mort s'apparente ici à un homme d'apparence normale, à la chevelure gominée et aux vêtements parfaitement apprétés. Pantois, Lew Bookman croit en une mauvaise gaudriole. Mais le vieux vendeur s'illusionne. Jamais, la Mort n'aura ressemblé d'aussi près à une sorte de ministère bureaucratique et administratif. 
Désormais, il est même possible de négocier les conditions de son décès. Mais gare à ne pas contrarier le pas empressé de la célèbre faucheuse sous peine de subir ses furibonderies ! Le cas de Lew Bookman n'est finalement qu'une croix supplémentaire dans le cahier des charges régenté par la Faucheuse.

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Certes, le vendeur replet tente bien d'esquiver une mort prochaine. La raison évoquée ? Lew Bookman désirerait jouer son dernier boniment et le consacrer au firmament. Une requête qui sera seulement entendue et possible dans la quatrième dimension... En l'état, difficile d'en dire davantage. Mais déjà, à l'époque, Rod Serling tance et admoneste une société morbide qui considère la mort comme une simple formalité bureaucratique. Heureusement, Lew Bookman n'en a cure. 
Par d'habiles stratégème, le soixantenaire égrillard va permettre à la fameuse Maggie d'échapper à un destin funeste. Le vieux camelot-vendeur peut partir en paix, évidemment doté de sa fameuse malette contenant (entre autres) des cravates et des montres défiant toute concurrence. Même la Mort se laisse appâter par le lucre et le vil marchandage. Telle est la conclusion finale de cet épisode aussi attendrissant que cynique.

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_2_:_Pour_les_anges

 

Personne Inconnue (Episode 27, saison 3)

 

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Année : 1962

 

Derrière ce 27e épisode de la saison 3, intitulé Personne Inconnue, on retrouve un certain John Brahm, un cinéaste allemand qui a débuté sa carrière dans les années 1930. On lui doit notamment Jack l'Eventreur (1944), La Pièce Maudite (1947) et Le Miracle de Fatima (1952). A partir des années 1960, John Brahm se centre presque essentiellement sur les séries télévisées, entre autres Les Accusés (1961), Le Jeune Docteur Kildare (1961) et Le Virginien (1962).
Pour le scénario de Personne Inconnue, Rod Serling, le créateur de The Twilight Zone, s'associe à Charles Beaumont, un cacographe surtout spécialisé dans les récits fantastiques et de science-fiction. 
La distribution de ce nouvel épisode de La Quatrième Dimension réunit Richard Long, Frank Silvera et Edmund Glover.

Attention, SPOILERS ! (1) L'histoire commence par une journée ordinaire. David Gurney, qui a trop bu, se réveille avec la gueule de bois. En retard à son travail, Gurney réveille sa femme mais celle-ci ne le reconnaît pas et, effrayée, prétend ne l'avoir jamais vu. Gurney, pensant à une mauvaise blague, se rend à son travail, mais là encore, personne ne le connaît et il est emmené dans un centre psychiatrique. Le médecin de l'asile lui permet de passer deux coups de fils, mais ni le meilleur ami de Gurney ni sa mère ne se souviennent de lui. Gurney, fou de terreur, s'échappe du centre psychiatrique, essayant de trouver un moyen de sortir de cet horrible cauchemar. Il se rend chez le photographe où sont déposées des photos de lui avec sa femme. Mais quand le psychiatre arrive et regarde la photo, David apparaît seul sur la photo et son épouse n'est plus visible (1).

Pour ce 27e épisode de la saison 3, Rod Serling s'appuie sur une dialectique qui tend à s'intervertir. Un procédé récurrent dans l'univers de La Quatrième DimensionBien que datant de 1962, Personne Inconnue est un épisode qui reste d'une effroyable actualité, s'inscrivant dans la mouvance de ces épisodes pessimistes et à la fin éminemment cruelle. Comme si le sort devait invariablement s'acharner sur le héros principal, ici un certain David Gurney.
Cet homme marié devient non seulement un inconnu aux yeux de son épouse qui ne le reconnaît plus, mais aussi un étranger à son travail, auprès de sa famille et dans notre société contemporaine. 
Pis, son nom a même disparu des registres officiels de la mairie. David Gurney ne tarde pas à être suspecté de troubles psychiatriques et psychasthéniques auprès de ses pairs.

Au détour d'une conversation, il rencontre un vieil homme persuadé d'être William Churchill. David Gurney serait-il à son tour victime de dépersonnalisation ? Pourtant, le jeune homme tonne et s'écrie : "Je sais qui je suis...". Peine perdue. Il restera un étranger aux yeux du monde. Déjà à l'époque, Rod Serling fustige et vilipende une société moderne en déliquescence dans laquelle l'individu, à force de se fondre dans la masse, n'existe plus. Il n'est plus que l'ombre de lui-même et un être condamné à disparaître sous le poids d'une nouvelle forme de capitalisme : l'hédonisme ad nauseam.
La perte identitaire fait donc partie des nombreux maux d'une société impitoyable et totalitaire. Et c'est la douloureuse expérience que va vivre David Gurney dans la quatrième dimension. 
Evidemment, la conclusion finale viendra, derechef, étayer le propos indéfectible de Rod Serling, visiblement tourmenté par le devenir de l'homme dans une société en pleine décrépitude.

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_27_:_Personne_inconnue

 

C'est Une Belle Vie (Episode 8, saison 3)

 

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Année : 1961

 

Ce huitième épisode de la saison 3, intitulé C'est Une Belle Vie, est l'adaptation d'une nouvelle éponyme de Jerome Bixby. D'ailleurs, le cacographe vient prêter main forte à Rod Serling, le créateur de The Twilight Zone, pour scénariser ce nouvel épisode. James Shaldon, inconnu au bataillon, assure la réalisation. La distribution de ce huitième épisode réunit Bill Mumy, John Larch, Cloris Leachman, Don Keefer, Jeanne Bates, Max Showalter et Alice Frost.
Attention, SPOILERS ! (1) Anthony Fremont est un garçonnet capricieux de six ans qui a un pouvoir extraordinaire : il peut faire disparaître les gens, les animaux et les objets, les envoyant « dans le champ de maïs ». Il a d'ailleurs vidé le village de ses voitures et de ses chiens. 
Par conséquent, tout le monde a peur de lui et le flatte continuellement pour ne pas le mettre en colère. Un soir, ses parents organisent une soirée télévision, dont Anthony fabrique le programme.
En colère face à cette situation tyrannique, Dan Hollis, un voisin qui fête son anniversaire, se rebelle contre l'enfant, mais les autres invités terrifiés n'osent le soutenir, et Anthony fait disparaître Dan Hollis. La peur continue de régner (1).

 

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Premier constat, C'est une belle vie débute de façon incongrue et par une présentation de Rod Serling, toujours fidèle au poste. Le célèbre démiurge de la série science-fictionnelle nous présente tout d'abord la carte des Etats-Unis. La situation est alors exposée par un Rod Serling solennel : "Un beau matin, il y a quelques temps de cela, le reste du monde a disparu". Seul le petit village de Pitsville a survécu et semble avoir été épargné par ce mystérieux phénomène.
Hélas, les habitants de Pitsville vivent dans la terreur et sont perpétuellement menacés par un "monstre". Mais ce monstre n'est pas une créature hideuse sortie tout droit d'un livre de science-fiction. Ce "monstre" n'est autre qu'un jeune gosse de six ans, Anthony Fremont, au sourire narquois et au caractère atrabilaire.

Gare à ne pas contrarier les caprices et les moindres désidératas de ce bambin au visage mutin sous peine de disparaître dans un mystérieux champ de maïs ! Voilà pour les inimitiés ! Pour Rod Serling, c'est l'occasion ou jamais de présenter une communauté isolée et claustrée dans ses propres mensonges. Pour survivre, il faut toujours arborer un sourire infatué et surtout ne pas effaroucher le jeune Anthony Fremont. Dès lors, l'épisode accumule les petites anecdotes fantastiques tout en se montrant assez élusif sur ce qui a conduit cette petite communauté à accepter le joug d'un jeune bambin de six ans.
A l'époque, Rod Serling avait-il déjà perçu la future hégémonie de l'enfant-roi dans notre société consumériste ? A moins que cet épisode ne soit une allégorie sur cette petite communauté américaine qui s'est réfugiée dans la bien-pensance et n'est donc plus capable de communiquer. En l'état, difficile de répondre tant le producteur et scénariste se montre évasif dans son propos. Certes, Rod Serling tient un vrai bon concept, mais ne parvient pas réellement à l'exploiter ni à transcender son sujet. A l'image de la conclusion finale, assez décevante par ailleurs. 
Bref, sans être foncièrement honteux, cette nouvelle histoire ne se montre guère éloquente. A réserver uniquement aux fans de La Quatrième Dimension. Que dire de plus ?

 

(1) Synopsis de l'épisode sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_3_de_La_Quatri%C3%A8me_Dimension#.C3.89pisode_8_:_C.27est_une_belle_vie

(Cuvée "La Quatrième Dimension" par Alice In Oliver)

 

17 février 2017

Cuvée Gore

En cette semaine où les couples se ruent sur La la land (Damien Chazelle, 2016) ou 50 nuances plus sombres (James Foley, 2017), la Cave de Borat aurait pu faire une énième cuvée pour la Saint Valentin. La troisième en fait pour couronner les quatre ans de cette divine Cave que vous aimez tant suivre. Votre cher Borat y a pensé pendant quelques temps, comme une cuvée se basant sur des clips racontant diverses histoires d'amour ou étapes de romance. Le problème est que la variété de clips évoquant cela se compte par milliers et d'ici que votre cher Borat trouve une conclusion à tout cela, il aurait eu mal à la tête. Votre interlocuteur a finalement décidé de laisser sa chance au jour suivant et aux sorties de la semaine. On connaît ses films mais rarement son nom. Un réalisateur de poids à Hollywood alignant un peu plus de 3 milliards de recettes sur dix films. Si je vous dis Gore Verbinski certains lèveront la main, si je dis Pirates des Caraïbes tout le monde lève le doigt. Cette cuvée sera donc consacrée à ce réalisateur bien mal connu du grand public, parfois évoqué comme un tâcheron par ses détracteurs. Faisons lui honneur d'une manière un peu particulière. Gore Verbinski est un réalisateur qui a toujours fait des films de studio, certains plus modestes que d'autres. 

Si l'on excepte la Fox et Regency pour A cure for wellness (solution de secours après la mort du projet "Bioshock" ?), chaque studio impliqué dans ses films le sont pour une raison. C'est pour cela que cette cuvée rétrospective sera composée de parties concernant à chaque fois un studio. Ready? Go! (attention spoilers)

  • Les années Dreamworks (1997-2002) : Le temps des expérimentations

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Gore Verbinski avec Nathan Lane et Lee Evans sur le tournage de La souris.

En 1994, Steven Spielberg, Jeffrey Katzemberg et David Geffen fondent Dreamworks SKG. Un nouveau studio de cinéma avec quatre sections bien distinctes. La première est consacrée aux films live action, Spielberg en fera une sorte de sous Amblin qui n'aura jamais l'impact auprès de ses fans à cause d'un manque de direction claire. La plupart de ses films depuis 1997 sont produits en grande partie par Dreamworks. La seconde consacrée aux films d'animation permet à Katzemberg de quitter Disney sur un dernier succès (Le Roi Lion, Minkoff, Allers, 1994) et de faire renaître en quelques sortes le rêve de Spielby de faire un studio d'animation (Amblin Animation a fermé ses portes en 1995). La troisième revient à la musique jusqu'à 2005. Il y avait également une section pour les jeux-vidéo qui a été englouti par Electronic Arts en 2000 et à l'origine de la franchise Medal of Honor (1999-2012). Après une carrière dans le clip-vidéo, Gore Verbinski hérite du troisième film produit par le studio après Le pacificateur (Mimi Leder, 1997) et Amistad (Spielberg, 1997). La souris n'est pas un gros budget (38 millions de dollars) et n'a pas de gros casting (Nathan Lane est surtout connu pour être la voix de Timon dans Le Roi Lion, Christopher Walken est avant tout un guest), mais en sortant pour les fêtes de Noël 1997, il s'offre un joli succès (un peu plus de 120 millions de dollars).

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Verbinski signe un premier film et succès lui ouvrant la voie d'une carrière en devenir. La souris a un pitch assez simple: deux frères (Lane et Lee Evans) héritent d'une maison à la mort de leur père (William Hickey) et se mettent à chasser la souris qui y réside. Verbinski compte bien exploser ce pitch à la dynamite en réalisant une sorte d'adaptation déguisée du cartoon Tom et Jerry. Jerry est toujours une souris, le chat est représenté par les deux frères, mais aussi un véritable chat (ce qui confirme la filiation) et même un dératiseur (Walken). Dès les premières minutes, le réalisateur assume parfaitement le côté cartoonesque du film en balançant le corps du père dans les égoûts de la manière la plus gaguesque possible. Dès que les héros seront dans la maison, leur relation avec la souris sera tellement nausive que la souris commencera à prendre goût à leur faire mal. Il n'y a qu'à voir le traitement fait au pauvre Christopher Walken qui visiblement a continué hors champ. Comparé à d'autres films avec des animaux, La souris ne joue pas sur l'anthropomorphisme avec l'animal en titre, ne cherchant pas non plus à la faire parler par voix-off ou avec la voix d'un acteur connu. La souris reste un animal, ce qui n'empêche pas Verbinski d'en faire un véritable personnage qui réfléchie et utilise sa malice pour contrer ses adversaires. La souris finit même par devenir plus attachante que les frères grâce au traitement qu'en fait le réalisateur. La souris lutte et c'est bien pour cela qu'on l'aime bien.

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Les héros veulent la déloger mais en soi ils ne savent même pas pourquoi ils le font. Comme le confirme le final, les trois peuvent cohabiter, c'est juste que les frères en font une fixette délirante et courent finalement à leur propre perte. De même, les deux frères ne se font plus confiance depuis bien longtemps, mais semblent se rapprocher quand ils traquent le rongeur. Le générique prévient assez rapidement : si la fabrique commence à sentir le roucis c'est aussi à cause de ces fils qui ne se sont pas impliqué assez tôt, au point de ne pas avoir senti le vent tourner. A deux ils sont meilleurs le tout sous le regard de leur père. A plusieurs reprises, on peut remarquer des plans montrant le portrait du paternel. Verbinski s'amuse alors à transformer plus d'une fois le tableau avec une expression différente. Choqué quand il voit son fils (Evans) coucher avec son arriviste de femme (Vicki Lewis), ce qui pourrait être la réaction du jeune public (le film est PG) face à une scène un peu trop gourmande. Sévère quand il voit ses idiots de fils fuir leurs responsabilités. Lever les yeux au ciel pour regarder la souris postée sur le tableau. Enfin, heureux quand il voit ses fils s'en sortir. Finalement, La souris peut se voir comme un conte moral, en plus d'une comédie délirante où la voie de la raison se présente sous le profil d'un petit animal. 

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Je crois qu'il est désespéré.

Ce film permet également de voir un aspect qui reviendra beaucoup dans la carrière du réalisateur: la relation de confiance avec ses collaborateurs. Phedon Papemichael sera son premier chef opérateur et ce dernier le suivra par la suite sur The Weather man (2005), soit deux films tournés en hiver. De même pour Alan Silvestri également compositeur de son film suivant Le Mexicain (2001) et qui a bien failli signer le premier Pirates des Caraïbes si Jerry Bruckeimer n'avait pas imposé Hans Zimmer. Par la suite, cette confiance s'est élargi à différentes personnes: Johnny Depp en tant qu'acteur (aussi bien sur les Pirates des Caraïbes que Rango et The Lone ranger); le producteur Jerry Bruckeimer (la trilogie Pirates des Caraïbes, The Lone ranger); les chefs opérateurs Dariusz Wolski (Le Mexicain, la trilogie Pirates des Caraïbes, quatre films à la photo assez solaire dans l'ensemble) et Bojen Bazelli (The Ring, The Lone ranger et A cure of wellness, soit des films à la photo très sombre); et les compositeurs Klaus Badelt (sur La malédiction du Black Pearl et La machine à explorer le temps qu'il a coréalisé), Hans Zimmer (depuis The Ring jusqu'à The Lone Ranger) et Benjamin Wallfisch (A cure for wellness). Malgré le succès de La souris, le film suivant de Gore Verbinski ne se fera pas avant 2000.

Le Mexicain : Photo Brad Pitt, Gore Verbinski, Julia Roberts

Gore Verbinski avec Brad Pitt et Julia Roberts sur le tournage du Mexicain.

Une production un peu plus indépendante au départ, vite rattrapé par l'arrivée du duo Julia Roberts / Brad Pitt . L'occasion pour le réalisateur de se frotter à son premier Restricted (le premier sur trois), le film étant graphique quand il fait parler la poudre sans compter le langage. Le Mexicain (2001) n'est clairement pas un grand film, ni un cru génial de Gore Verbinski. On ne s'étonne même pas que certains l'ont oublié ou qu'ils ne savent pas qu'il en est le réalisateur. Toutefois, le réalisateur se permet d'expérimenter sur le récit et certains aspects qui reviendront dans sa filmographie. Ainsi, l'accent est beaucoup mis sur la caractérisation des personnages. Brad Pitt incarne une petite frappe qui a le chic de s'embourber dans diverses catastrophes. Sa compagne jouée par Roberts est assez caractérielle quand le personnage de James Gandolfini se veut plus calme malgré son statut de tueur. Qui plus est gay, ce qui n'était pas très répandu dans une production hollywoodienne à cette époque. Le regretté interprète de Tony Soprano livre d'ailleurs une prestation assez remarquable, visiblement une de ses plus appréciées. Un personnage qui brouille les pistes de par sa sensibilité et permet de berner tout le monde jusqu'au spectateur dans un twist un brin tiré par les cheveux.

Le Mexicain : Photo James Gandolfini, Julia Roberts

Verbinski s'essaye même au récit à Macguffin (récit autour d'un objet que le héros doit trouver), chose qu'il reprendra largement dans les Pirates des Caraïbes (la clé, le coffre de Davy Jones, la carte des mers). Ici, il s'agit d'un pistolet nommé le Mexicain avec une légende que le scénariste JH Wyman modifie constamment selon les individus concernés. Toutefois, si Le Mexicain n'est pas un cru désagréable à regarder, il est beaucoup trop long pour l'intrigue qu'il développe. Une demi-heure en moins n'aurait pas été de trop. Initialement Gore Verbinski n'a rien à voir avec la seconde adaptation cinématographique de La machine à explorer le temps (HG Wells, 1895). En 1999, Steven Spielberg lance le projet et Simon Wells part sur sa première production live-action après plusieurs années passées à Amblin Animation et Dreamworks, trop heureux de rendre hommage à son ancêtre romancier. Le réalisateur perd petit à petit pied durant le tournage et Spielberg est le premier à l'aider. Cela ira jusqu'au malaise que le réalisateur a qualifié par la suite d'attaque de panique. Toujours aux affaires à Dreamworks (à cette époque, il travaille sur le remake de Ring), Verbinski se voit proposer d'aider Wells dans l'incapacité de reprendre le travail (il s'occupera toutefois de la post-production). 

La Machine à explorer le temps - Time machine : Affiche

Il termine les dix-huit jours de tournage qu'il restait à faire. Il semblerait que ce soit pour des séquences impliquant les morlocks. Verbinski n'est à ce jour toujours pas crédité même comme co-réalisateur. Toutefois il est remercié dans les crédits. Comparé à ce qui est souvent dit autour de cette adaptation (2002), elle n'est pas si catastrophique. C'est un film tout ce qu'il y a de plus correct, loin d'être aussi bon que le film de George Pal (1960) mais avec un charme qui s'en dégage. Il a toutefois un peu pris sur certains plans, quelques fonds verts ou cgi n'aidant pas (à l'image des morlocks à quatre pattes que l'on filme de traviole pour ne pas montrer la laideur des effets spéciaux). Le contexte est totalement différent de l'oeuvre originale ou du film de Pal. Ici, l'inventeur (Guy Pearce) s'active à finir sa machine par desespoir. Il s'agit dans un premier temps d'une manière d'éviter la mort de celle qu'il aime (Sienna Guillory). C'est peut être là où le réalisateur va peut être un peu trop vite en passant très rapidement de la romance à la science-fiction futuriste pure. Le héros n'effectue qu'un essai pour la sauver et à nouveau cela ne fonctionne pas, donc il part pour le futur. Une décision qui paraît un peu improbable d'autant que sa machine fonctionne. Il peut donc essayer plusieurs fois sans problème.

 La Machine à explorer le temps - Time machine : Photo Guy Pearce

Une fois dans le futur, le film devient un peu plus intéressant. Wells dévoile un univers finalement assez crédible et là aussi prenant le pas sur l'adaptation initiale. Si le contexte en 802 701 est quasiment identique, ce qui se passe avant est assez différent du film de George Pal. Le premier film se rapprochait plus de son époque, évoquant la Seconde Guerre Mondiale et une possible guerre nucléaire. Ici Wells mise davantage sur une exploration spatiale qui a mal tourné (la Lune a fini par se désagréger et à se découper en plusieurs morceaux à cause de cités terriennes sur le satellite). Pas plus mal car montre que l'Homme reproduit parfois ses erreurs ailleurs et qu'en faisant cela il court à sa propre perte. Quant à l'inventeur, son temps n'est plus au passé mais au présent et son présent est désormais en l'an 802 701. Donc contrairement à la version avec Rod Taylor ou même au livre, l'inventeur ne reviendra pas au point de départ, vivant pleinement son aventure. Un point de vue pour le moins intéressant et assez logique compte tenu du passif du personnage. Je ne ferais pas de réel commentaire sur The Ring (2002), puisque votre cher Borat en reparlera dans une possible cuvée sur la saga Ring (1998-). Il n'en reste pas moins deux choses essentielles le concernant.

gore ring

Gore Verbinski avec Martin Henderson et Naomi Watts sur le tournage de The Ring.

La première est qu'il s'agit d'un remake réussi où le réalisateur reprend toute l'intrigue du film d'Hideo Nakata (1998), tout en laissant place à sa personnalité. La photo est froide au possible, la vidéo qui sert de leitmotiv au film est bien plus glauque que l'originale et la mythologie autour de Samara / Sadako est un peu changée. La seconde est que The Ring est un véritable billet de sortie pour Gore Verbinski. Partir de Dreamworks avec un énième succès (ses trois films solo ont tous dépassé les 100 millions de dollars de recettes) lui permet de s'embarquer vers des horizons bien plus sensationnelles et confirme son statut de réalisateur à suivre.

  • Les années Paramount (2005-2011) : Le temps de l'intimisme

The Weather Man : Photo Gore Verbinski, Nicolas Cage

Gore Verbinski avec Nicolas Cage sur le plateau de The Weather man.

Entre deux blockbusters chez Disney (La malédiction du Black Pearl, puis le dyptique qui lui sert de suite), Gore Verbinski prend le parfait contrepied en revenant à quelque chose de plus intimiste. Curieusement, il ne revient pas chez Dreamworks. Il faut dire que le studio a commencé à perdre de la vitesse après son départ, manquant d'une réelle identité propre et se contentant souvent de coproductions avec d'autres studios. The Weather Man (2005) sort d'ailleurs la même année où Paramount rachète le studio. Cette même Paramount qui produit ce film au budget incroyablement modeste (22 millions de dollars), le plus bas du réalisateur par la même occasion. De même, il s'agira du premier flop de Verbinski avec un peu plus de 19 millions de dollars de recettes. Malgré l'aura que Verbinski a acquis sur ses premiers films, le film ne se vend pas sur son nom mais plutôt sur celui de son acteur principal. Il n'est jamais fait mention par exemple d'un "par le réalisateur de Pirates des Caraïbes" sur l'affiche du film. La place est laissée à Nicolas Cage encore porteur d'un certain star power, loin des films arrivant en vod ou en dtv. The Weather man confirme surtout une chose essentielle avec cet acteur: il n'est jamais meilleur que quand il va vers des petits budgets et des films plus intimistes. C'est comme cela qu'il a eu l'Oscar avec Leaving Las Vegas (Mike Figgis, 1995) et The Weather man est aussi un beau cas d'école. 

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Verbinski lui offre sur un plateau d'argent ce rôle d'homme dépassé par un quotidien catastrophique. Présentateur météo dont on balance toutes sortes de nourriture à cause de prévisions potentiellement ratées. Divorcé et incapable de rétablir un semblant de relation de confiance avec son ex-femme (Hope Davis). Un père qui ne comprend pas vraiment ses enfants, mais sait être là pour les soutenir au bon moment (on reconnaîtra Nicholas Hoult, encore loin d'être un warrior). Un enfant en passe de perdre son père (Michael Caine parfait et tout en retenue). Cage est parfait en homme au bout du rouleau et qui est souvent à ça de péter un plomb. Le seul point de contrôle semble être le tir à l'arc, un sport initialement prévu pour sa fille et qu'il pratique régulièrement ensuite. Il n'y a que peu d'acteurs capables de passer du calme le plus glaçant à la folie furieuse en quelques secondes. Verbinski n'a donc pas choisi Cage pour rien et le film en est grandement aidé. Dans son étude du personnage, Verbinski signe un film pas si éloigné du Mexicain, mais en plus réussi. Moins long, mieux géré au niveau du rythme et mieux écrit. On relèvera le recours à la voix-off à la première personne (la seule fois dans sa carrière malgré une utilisation dans ses deux premiers films et Rango), un procédé qu'utilisera la même année Nicolas Cage dans Lord of War (Andrew Niccol, 2005).

The Weather Man : Photo

Après le dyptique Le secret du coffre maudit / Jusqu'au bout du monde (2006-2007), Gore Verbinski laisse place à une longue absence qui se terminera avec la sortie de Rango (2011). Dès 2008, le réalisateur est rattaché à une adaptation du jeu-vidéo Bioshock (2007). Un FPS déjà fort cinématographique mettant en scène le rescapé d'un accident d'avion en 1960. Ce dernier finissait par découvrir la cité Rapture et des secrets qui finiront par le dépasser. Verbinski devait la faire pour Universal pour une sortie en 2010 sur un scénario de John Logan. Il y a eu deux problèmes. Le premier est que le film était potentiellement trop cher pour les recettes qu'il pouvait effectuer. Le second est que Verbinski souhaitait un film Restricted, ce qui ne convenait pas au studio voulant éviter un bide à la Watchmen (Zack Snyder, 2009). Comme beaucoup de projets qui ne s'étaient pas fait chez Universal à la même époque ("Les montagnes hallucinées" de Guillermo del Toro et "La tour sombre" de Ron Howard), "Bioshock" a été annulé huit semaines avant le début du tournage. Verbinski laissera la place de réalisateur à Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard), tout en gardant un oeil de producteur. Universal n'entendra rien et en 2010 le film est définitivement annulé. Quand la première bande-annonce d'A cure for wellness a été diffusé en octobre dernier, beaucoup y ont vu un moyen pour le réalisateur d'exorciser des idées de "Bioshock".

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Concept-arts de Kasra Farahani pour le projet "Bioshock".

Une technique qui est arrivé plus d'une fois chez des réalisateurs, permettant parfois d'exorciser des idées (ET est un dérivé du projet "Night skies"). Quand il revient à Paramount juste après cette malheureuse aventure, le réalisateur va à nouveau vers quelque chose de plus intimiste. Certes le budget est plus gros que celui de The Weather man (135 millions de dollars), mais il y a une raison à cela: Gore Verbinski s'attaque à l'animation. Au vue de son passif avec Dreamworks, on aurait pu penser que le réalisateur irait voir les équipes de Katzemberg pour réaliser Rango. Il n'en sera rien puisque le réalisateur fera appel à ILM. La société d'effets-spéciaux crée par George Lucas a moult fois prouvé son apport majeur aux images de synthèse depuis les 80's et Rango permit à la société de réaliser un long-métrage d'animation entier. D'autant plus fort que Rango symbolise avec Wall-e (Andrew Stanton, 2008) un avènement de l'animation photo-réaliste, même si Verbinski garde un style assez cartoonesque hérité de La souris. De même, si le film n'a pas de directeur de la photographie comme souvent dans le cinéma d'animation, il peut se permettre d'avoir Roger Deakins en "cinematography consultant" (poste qu'il avait d'ailleurs aussi sur Wall-e).

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Gore Verbinski lors de la préparation de Rango.

Un chef opérateur qui a pris l'habitude de filmer des décors désertiques (Sicario, Jahread, Coeur de tonnerre), mais aussi des films se jouant du western. On pense à deux films des frères Coen en particulier. No Country for old men (2007), western urbain dont le début se situe dans un désert américain. The Big Lebowski (1998), film jouant d'un discours meta dans son ouverture, dézinguant la figure de héros habituel (le Dude un personnage tout sauf charismatique et qui finit souvent par avoir mal), mais aussi le genre western (la chanson country, le tumbleweed qui défile de plan en plan et un narrateur qui se trouvera être un bon vieux cowboy). Ce qui est le cas également de Rango. Dès les premières minutes, Gore Verbinski joue d'un discours meta assez subtil, que ce soit à travers des références précises du cinéma ou de son acteur principal ou la personnalité même de son héros. Rango est un caméléon qui ne sait pas vraiment qui il est, ce n'est même pas son vrai nom (on peut déjà voir une allusion à Sergio Leone). Mieux il est acteur et tout le long du film, il ne va cesser de jouer un rôle. Celui d'un héros, d'un shérif, d'un pistollero, d'une légende. Son introduction se fait même par le prisme du théâtre (sa scène est sa cage de verre, ses partenaires des mannequins ou jouets) avant de briser littéralement le quatrième mur quand la cage se brise sur la route. 

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Comme un petit air de ressemblance.

Rango trouve sa personnalité en devenant le héros qu'il a créé de toute pièce et en faisant de la ville une scène grandeur nature. Par la même occasion, Verbinski s'amuse avec la filmographie de son doubleur principal (Johnny Depp). Rango finit par attérir sur le pare-brise de Raoul Duke et de Gonzo, les personnages de Las Vegas Parano (Hunter S Thompson, 1972). La représentation des personnages est d'ailleurs assez éloignée du film de Terry Gilliam (1998), Duke ressemblant davantage à Thompson et Gonzo n'a rien à voir avec Benicio del Toro. Puis il y a ce poisson mécanique qui flotte dans les airs, clin d'oeil évident à un plan mythique d'Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993). Le premier teaser servant de façade au site web montrait même le poisson passant sur la route comme si de rien était. On peut rajouter le côté particulièrement excentrique du personnage renvoyant directement à Jack Sparrow. Le plus bel hommage que fait Verbinski est certainement à Clint Eastwood en personnifiant l'acteur en Esprit de l'Ouest à son effigie dans la Trilogie du dollar (Leone, 1964-66). Si Timothy Olyphant l'incarne en VO, la référence est d'autant plus soulignée dans la VF par le choix de prendre Hervé Jolly. Si Jolly ne l'a pas doublé dans tous ses films, il reste une des voix régulières de Clint Eastwood en France. Un clin d'oeil de la version française plutôt bienvenu. En soi, Rango n'est pas un vrai western, ni même un western urbain comme le Coen suscité. 

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Rango clint

Des références iconiques qui alimentent le discours meta du film.

C'est un film qui se joue des codes du genre (mais n'est pas une parodie) et finit par en devenir un, confirmant par la même occasion l'évolution du héros / film. La différence avec The Lone Ranger (2013) qui est un véritable western. Ainsi, le film se déroule bel et bien dans le monde actuel (dont Rango est le seul animal représentant) et la ville est en revanche une vision revisitée d'une ville de western. Au passage, le réalisateur se fade d'un discours écologiste plus que crédible quand on connaît les dérives de Las Vegas. Un point de vue qui apparaît sous la forme d'une résolution après avoir été le fil rouge du film et qui gagne une importance forte. Le film étant PG, son potentiel impact sur un public large est une véritable gageure. Comme on peut le voir tout le long de sa carrière, Gore Verbinski s'est toujours amusé des classifications et Rango ne déroge pas à la règle. Malgré un PG assez invraisemblable, il installe le spectateur dans un univers particulièrement violent (comme dans tout western), un des premiers plans présentent un tatoo coupé en deux et on fume et boit de l'alcool. Un personnage dira même être allé voir des filles de joie! Enfin, Verbinski et Zimmer orquestrent une scène démente de poursuite avec un medley comprenant La chevauchée des Walkyries (Richard Wagner, 1870) et Le beau danube bleu (Johann Strauss, 1866) presque parfaitement synchronisé avec les images. 

Zimmer se permet même des allusions à Ennio Morricone, après avoir ouvertement cité Il était une fois dans l'Ouest (1968) dans le troisième Pirates des Caraïbes. Rango est ironiquement une consécration pour Gore Verbinski qui voit enfin son travail récompensé à sa juste valeur. Le film est un beau succès en salle, un véritable succès critique et surtout il obtient l'Oscar et le Bafta du meilleur film d'animation à la barbe de deux productions Dreamworks. Ce qui en fait peut être le film le plus important de sa filmographie et en tous cas un de ses plus aboutis.

  • Les années Disney (2003-2013) : Le temps des blockbusters spectaculaires

Pirates des Caraïbes : la Malédiction du Black Pearl : Photo Johnny Depp

Après le succès de The Ring, Gore Verbinski est rapidement engagé pour réaliser Pirates des Caraïbes: La malédiction du Black Pearl. Le projet est lancé un an plus tôt par les studios Disney cherchant à produire des films basés sur des attractions de Disneyland. La première en date pour le cinéma (il y a eu un téléfilm basé sur La tour de la terreur avec Steve Guttenberg et Kirsten Dunst en 1997) fut The country bears (Peter Hastings, 2002). Un vrai fiasco diffusé dans peu de pays et qui a grandement fait douter le studio sur le potentiel commercial de Pirates des Caraïbes (Disney continuera avec Le manoir hanté de Rob Minkoff et Tomorrowland de Brad Bird). Jerry Bruckeimer se rajoute à l'équation, donnant au projet une certaine envergure. Les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio travaillent sur le film, se basant notamment sur le jeu-vidéo Monkey Island (1990). Verbinski espère revenir au charme des films d'aventure d'autrefois, d'autant que le film de pirates n'est plus apparu au cinéma depuis le flop commercial de L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995). Pirates des Caraïbes est donc un pari risqué sur lequel Disney a un peu peur de miser même s'il le place en pleine canicule estivale. Au final, le film deviendra le plus gros succès de l'été 2003, pulvérisant la concurrence sur place (Terminator 3 et Bad Boys 2 ne réussiront jamais à passer les 200 millions de dollars de recettes sur le sol américain).

De là à en faire une franchise, il n'y avait qu'un pas... Dès l'ouverture du film, Verbinski met en place les principaux protagonistes du film. Gibbs (Kevin McNally) parle du Black Pearl, bateau fantôme que voit Elizabeth Swann (Keira Knightley) enfant et dont semble venir Will Turner (Orlando Bloom). C'est elle qui signale sa présence et c'est la première personne qu'il voit après le naufrage. L'amour brille sous les étoiles... On peut voir également des personnages qui auront leur importance par la suite à l'image du gouverneur Swann (Jonathan Pryce) et du commodore Norrington (Jack Davenport) et évidemment la pièce aztèque manquante. De même, il iconise Jack Sparrow (Johnny Depp) dès sa première apparition, permettant au spectateur d'avoir déjà un aperçu clair du personnage: une sorte de rock star chez les pirates. Un personnage qui alimente les légendes autour de lui, quitte à travestir une réalité peu reluisante. Depp est d'ailleurs dans un cabotinage plutôt positif, car les facéties de son personnage permettent de rythmer le film et ne sont pas encore un ressort comique pénible. Par la même occasion, le film est un continuel jeu du chat et de la souris avec des personnages poursuivant d'autres personnages durant tout le film. De l'attraction, il reste quoi? Pas grand chose mais Verbinski et les scénaristes ponctuent le film de divers clins d'oeil.

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On a les prisonniers essayant d'amadouer le chien aux clés, Tortuga et son lot d'ivrognes et évidemment les pirates squelettes. Le fantastique est amené par ces derniers et avec des cgi qui ont encore aujourd'hui de beaux restes. On peut même dire que les pirates squelettes sont un véritable ressort angoissant dans les trois quarts de leurs apparitions, voire peuvent déranger le jeune public. PG-13 ou pas, le film a un beau lot de morts sur son chemin. Il n'y a qu'à voir la scène de l'assaut sur le navire du commodore où l'équipage se fait globalement décimé. Après être allé faire The Weather man, revoilà le réalisateur avec Pirates des Caraïbes 2, qui va vite devenir un dyptique comme le furent autrefois Retour vers le futur 2 et 3 (Robert Zemeckis, 1989-90) et Matrix Reloaded et Revolutions (Wachowski, 2003). Avec évidemment des sorties qui les séparent de quelques mois et un tournage gargantuesque. Tournage qui a eu quelques dommages dus à l'ouragan Wilma avec des bateaux dégommés. Des retards qui n'ont pas empêché les films de sortir à temps. Contre toute-attente, Le secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde sont des films aux scores encore aujourd'hui impressionnants, d'autant plus à une époque où la 3D n'était pas revenue sur le devant de la scène. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Gore Verbinski, Johnny Depp

Johnny Depp un peu dépassé et Gore Verbinski en forme sur le tournage du Secret du coffre maudit.

A eux deux ils totalisent près de 2 milliards de dollars de recettes, ce qui en fait les deux plus gros succès de 2006 et 2007. Pour ce qui est de la qualité des films, c'est en revanche un peu plus compliqué. Verbinski opte pour deux approches différentes. Le secret du coffre maudit est un gros film d'aventure continuant parfaitement ce que le réalisateur a entrepris dans le premier opus. Jusqu'au bout du monde est en revanche un film très lent où il faut bien avouer il ne se passe pas grand chose avant les quarante dernières minutes. Ironiquement, c'est le film qui est censé faire la transition qui est le plus réussi (ce qui était déjà le cas de Retour vers le futur 2 et Reloaded, même si pour ce dernier ce n'était pas très dur). Le troisième volet est malheureusement trop long, particulièrement bavard et endort même un peu le spectateur avant un réveil soudain deux heures après le début du film. Il tire malheureusement ce second volet général vers le bas, alors qu'il avait si bien commencé. Comme sur le premier épisode, Verbinski commence le second volet sur Elizabeth et Will, déjouant même l'issue du film précédent. Tous les personnages liés à Sparrow sont désormais considérés comme des pirates et voient l'autorité comme un nouvel ennemi, symbolisée par Lord Beckett (Tom Hollander). Le parfait paradoxe de l'homme d'Etat qui devient aussi crapuleux que ceux qu'il est censé traqué. Mieux encore, il tire toutes les ficelles y compris Davy Jones et ses hommes poissons en possédant son coeur dès la fin du second opus. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Keira Knightley

Une crapule qui finira dans un brasier pas peu mérité (même si Verbinski aurait pu couper sa descente pour nous éviter un incrustation un brin foireuse). A eux seuls, les deux derniers volets de la franchise signés par Gore Verbinski ont un nombre de morts assez spectaculaires, allant du simples figurants aux personnages marquants. L'introduction du troisième opus annonce même la couleur d'une conclusion qui se fera dans le sang et les flammes. La mort du gouverneur Swann est traitée métaphoriquement (il passe dans le monde des morts devant sa fille bel et bien vivante); des pirates pendus durant l'ouverture; Singapour à feu et à sang; Norrington tué; le sidekick de Beckett (David Schofield) dans la mort la plus graphique du film; Chow Yun Fat à peine arrivé qu'il se fait liquider... S'il est le moins réussi des films de Gore Verbinski, il n'en reste pas moins l'épisode le plus meurtrier et ce malgré un PG-13 de moins en moins rassurant. Le réalisateur et ses scénaristes n'épargnent même pas le couple phare de la saga et l'ouverture du second opus était peut être prémonitoire. Elizabeth et Will sont des amants maudits, devant faire face à l'héritage et les erreurs laissés par leurs parents. L'une perd sa seule famille (son père), l'autre essaye de sauver son père (Stellan Skarsgaard) sans y parvenir réellement.

PIRATES KISS

Sans compter un final tragique rendant la tâche encore plus difficile ("Une journée sur terre pour sept années en mer")... Elizabeth gagne d'ailleurs du galon, passant d'une jouvencelle en détresse à une guerrière et seigneur des pirates durant ces deux volets. Probablement le seul personnage féminin qui évolue réellement dans la franchise. Si Davy Jones est un méchant particulièrement charismatique dans le premier volet du dyptique, il est tellement relégué au second plan dans le second que ses apparitions marquantes sont rares. Heureusement les quarante dernières minutes lui laissent largement la place. Jack Sparrow agace malheureusement beaucoup. Si les gags du second opus peuvent encore amuser le spectateur, le one man show de Johnny Depp a tendance à beaucoup lasser dans le troisième opus. Il est finalement assez bénéfique que Gore Verbinski fasse revenir Geoffrey Rush (information qui n'avait pas filtré avant la sortie du second volet, ce qui tiendrait presque du miracle aujourd'hui), qui plus est en le faisant passer du bad guy au compagnon de mer particulièrement important. Verbinski revient également au récit à MacGuffin. Si le premier volet avait le médaillon à la rigueur, il n'était pas à proprement parler un MacGuffin puisque la principale quête était de retrouver le fils Turner. Dans le second film, le point de départ est de savoir qui obtiendra le coeur de Davy Jones le premier. 

Pirates des Caraïbes : le Secret du Coffre Maudit : Photo Bill Nighy

Ce qui amène à un des morceaux de bravoure les plus jouissifs vus durant les 2000's avec ce combat à trois sur une roue lancée à pleine vitesse. D'un côté, l'homme trahi par celui qu'il pensait être son ami. De l'autre, celui qui est tombé en disgrâce à cause du premier et du second. Au milieu, le dit coupable. D'autant plus fou que Gore Verbinski et ses équipes ont quasiment tourné la séquence tel quel, ce qui tient de la véritable prouesse. Des scènes spectaculaires, les deux films en regorge et notamment dans les climax des deux films. D'un côté, le Black Pearl faisant face à un kraken récalcitrant. De l'autre, deux bateaux s'affrontant sur les rives d'un maelstrom! Deux morceaux de bravoure exemplaires où Verbinski se sert d'un budget conséquent pour des spectacles ambitieux et de qualité. On ne peut pas en dire autant de certains réalisateurs faisant des films de studio (n'est-ce pas Roland Emmerich?). Verbinski et les scénaristes permettent même à Disney une possible suite avec une fin ouverte menant à la fontaine de jouvence. Inutile de dire que Disney, Bruckeimer, Rossio, Elliott et le réalisateur Rob Marshall ont foncé directement dedans pour un quatrième volet de sinistre mémoire (2011). Verbinski préféra en rester éloigné et on l'en remerciera jamais assez. La fin d'un cycle.

pirates maelstrom

Après Rango, le réalisateur décide de persévérer dans le western en s'attaquant à une figure de la pop culture américaine. Issu d'un feuilleton radiophonique (1933-54) et des serials, le Lone Ranger et son fidèle compagnon indien Tonto gagnent en popularité avec la série télévisée d'ABC (1949-57). Plusieurs séries et téléfilms seront réalisés par la suite, au point d'engendrer un spin-off peut être plus connu encore Le Frelon Vert (1966-67) qui mettait en scène le petit-neveu du Lone Ranger. Durant les 2000's, Columbia se voit intéressé par le ranger et prévoyait notamment de faire de Tonto un personnage féminin. Le projet tombe à l'eau et à bien failli finir entre les mains des Weinstein. Dès 2008, Disney achète les droits pour une adaptation cinématographique où Bruckeimer et Depp sont rapidement impliqués. Mike Newell, réalisateur de la production Disney / Bruckeimer Prince of Persia (2010), est dans un premier temps envisagé. Le flop de l'adaptation du jeu-vidéo d'Ubisoft a dû surement joué dans son éviction, laissant la place à Verbinski. Armie Hammer est alors engagé pour incarner John Reid, le fameux Lone ranger. Jugé trop cher par le studio, le projet fut pendant un temps sur la voie de l'annulation avant que les différents protagonistes décident de baisser le coût du film. 

gore ranger

Gore Verbinski avec Armie Hammer et Johnny Depp sur le tournage de The Lone Ranger.

Devant sortir dans un premier temps en mai 2013, The Lone Ranger se prend de plein fouet le succès fracassant de Moi moche et méchant 2 (Coffin, Renaud) à l'été 2013, tout comme Pacific rim (Guillermo del Toro) ou The Wolverine (James Mangold). Si le film a tout de même réussi à dépasser son budget de 215 millions de dollars (260 millions de dollars de recettes en tout... soit le budget initial du projet), les chiffres US sont très mauvais (89 millions). Il s'agit d'un semi-échec commercial en quelques sortes au même titre que les malheureux John Carter (Andrew Stanton, 2012) et Tomorrowland. Pire encore, le film se fait dézinguer par la critique qui ne se fait pas prier pour taper sur un blockbuster aussi cher. Après le triomphe de Rango, la douche froide. A l'époque de sa sortie, votre cher Borat était déjà un des défenseurs de The Lone Ranger et il l'est encore aujourd'hui. L'avant-dernier film de Gore Verbinski est certainement un des blockbusters les plus généreux des 2010's et opte pour une vision du western qui n'est pas sans évoquer un certain Little Big man (Arthur Penn, 1970). Le réalisateur reprend le principe d'un vieillard (Tonto) racontant à quelqu'un un récit antérieur, en l'occurrence ici sa rencontre avec John Reid. Mieux, il se sert de ce blockbuster à grand spectacle pour dézinguer une certaine vision des USA, comme il l'a fait sur son précédent film.

tonto

Tonto, une des dernières traces vivantes d'un peuple décimé.

En prenant le point de vue de Tonto dès les premières minutes, le réalisateur montre un certain visage de ce qu'est devenu l'Indien aux USA dans les 30's. Un personnage de foire, un cliché que l'on vient voir pour l'exotisme contre quelques dollars. Tout au long du film, le réalisateur se tiendra bien de prendre le point de vue du peuple indien, peuple massacré par l'Homme Blanc désireux de toucher ses terres. Par quelques plans, on peut voir que l'Homme Blanc s'aide également de main d'oeuvre asiatique, confirmant que les lignes de chemins de fer se sont faits sur le sang des natifs et des immigrés venus chercher le rêve américain. Bien que le nom diffère, le personnage de Barry Pepper n'est pas sans rappeler le général Custer, grande figure des USA dont l'image fut bien entâchée dans le film d'Arthur Penn. La morale du personnage est aussi noire que celle des méchants de l'histoire. Pourquoi serait-il du côté de celui qui veut dévoiler le massacre d'innocents qu'il a commis? Une malhonnêteté qui continuera au cours d'un affrontement sanglant suivant cette révélation. Comme si le personnage n'avait toujours pas compris qu'il est du mauvais côté de la balance. Verbinski n'hésite pas non plus sur la violence, confrontant ses héros à la perte de leur famille. D'un côté, un flashback évoquant les raisons de la vengeance envisagée par Tonto.

Lone Ranger, Naissance d'un héros : Photo Armie Hammer, Johnny Depp

De l'autre, Reid seul survivant d'une tuerie et voyant son frère mourir devant ses yeux. Si Verbinski utilise la formule du buddy movie déjà employée sur le premier Pirates des Caraïbes (Sparrow et Turner n'avaient strictement rien à voir ensemble, mais devaient s'associer dans un but commun), il lie davantage ses deux personnages principaux en les confrontant à leurs douleurs respectives. C'est même cela qui les rend assez attachants: dans leur vengeance, ils arrivent finalement à y voir quelque chose de positif, à savoir rendre la justice quitte à ce que ce ne soit pas légal. Même si Depp donne toujours l'impression d'en faire un peu trop, son rôle est tout de même un peu plus étoffé que celui de Jack Sparrow ou des trois quarts des personnages qu'il a joué dans les 2000's-2010's. Quant à Armie Hammer, il n'a pas encore la carrure pour incarner un héros de premier plan, mais s'en sort avec les honneurs. L'un des méchants (William Fichtner) a par ailleurs des tendances cannibales et n'hésite pas à manger une partie d'un corps vivant ou pas (le personnage d'Helena Bonham Carter n'a pas une jambe de bois pour rien). Un ton assez radical pour un PG-13 et ce quand bien même Verbinski joue sur l'humour et le grand spectacle. La preuve que l'on peut parler de certains sujets qui fâchent dans un film à la visibilité forte. Au niveau de sa réalisation, Verbinski livre un western splendide où son chef opérateur rend l'Ouest particulièrement froid, à la limite du blanc (Verbinski n'a pas fait revenir Bazelli dix ans après The Ring pour rien). 

Mieux encore, avec Hans Zimmer, il se permet une des scènes les plus folles des 2010's avec ce que l'on appelle désormais la "séquence Guillaume Tell". Reprenant l'ouverture du célèbre opéra de Gioachino Rossini (1830), Zimmer synchronise sa musique en fonction des images et des sons, provoquant une osmose parfaite bien plus significative que dans la poursuite de Rango. Un véritable plaisir auquel le réalisateur se rajoute à travers une folie furieuse digne des cartoons de Tex Avery. Le réalisateur revient à La souris le temps de quelques minutes avec un côté enfantin et ludique que l'on avait presque oublié avec la noirceur permanente du film. C'est pour ce type de scène que l'on va voir un film sur grand écran.

  • A cure for wellness (2017) : le temps d'un visionnaire?

A Cure for Life : Affiche

Gore Verbinski s'était fait discret depuis le semi-échec commercial de The Lone Ranger. On annonçait un projet nommé A cure for wellness chez Fox et Regency depuis plusieurs années sans savoir vraiment à quoi s'attendre. Puis en octobre dernier, la Fox a commencé à bombarder le futur spectateur d'affiches et de bande-annonce toutes plus étranges et énigmatiques. Nous avions au moins une certitude: A cure for wellness est le premier film d'horreur de Verbinski à avoir un classement Restricted. Aussi étonnant soit-il, The Ring était PG-13 et ce malgré des scènes dérangeantes (la vidéo, la scène du suicide du père de Samara) ou des plans de visages complètement apeurés et déformés. Comme pour confirmer la filliation, le réalisateur a à nouveau fait appel à Bazelli pour animer ce monde froid qu'est le monde de l'entreprise, mais aussi celui d'un SPA pas forcément si accueillant. Les premiers plans montrant des immeubles sous la pluie peuvent être vus comme des clins d'oeil à The Ring qui montrait des plans similaires. Autant dire que le réalisateur se permet un film mélangeant assez savoureusement violence graphique, suspense et ambiance glauque. Contrairement à toute la vague de films se situant dans des asiles psychiatriques (soit Shutter Island, Sucker Punch et The Ward), A cure for wellness en reste totalement éloigné. 

A Cure for Life : Photo Dane DeHaan

Ici, l'horreur est bel et bien là, jamais issue de l'imagination du héros (Dane DeHann) et il s'agit encore moins d'un jeu de piste comme les trois films suscités. Quand le héros a des visions, c'est en général à cause des produits qu'on lui donne le maintenant tranquille, tout en lui donnant des effets secondaires. A l'image de ces anguilles apparaissant quotidiennement, y compris lors d'un pur fantasme où elles ne sont jamais très loin. Plus il plonge dans sa petite enquête, plus le héros navigue dans l'horreur, l'amenant à remettre en question tout ce qu'il voit (les apparences sont souvent trompeuses). Pour ne pas trop en dévoiler, le réalisateur semble s'être inspiré d'Elizabeth Bathory, la fameuse comtesse qui tuait des vierges en espérant avoir la jeunesse éternelle en buvant leur sang. Ici, on parlera davantage de prendre les ressources de l'être-humain afin d'offrir une jeunesse éternelle. A cure of wellness se baigne dans une atmosphère macabre, sentant l'odeur des horreurs du passé et les haines toujours bien présentes. Verbinski se lâche complètement dans des scènes particulièrement graphiques, allant du passage chez le dentiste rappelant des souvenirs à Dustin Hoffman à l'accident spectaculaire se concluant par la mort lente d'un animal; en passant par un climax jouant sur le gore

A Cure for Life : Photo Mia Goth

 

Les excès du film dans ce domaine pourront peut être déranger certains spectateurs, allant même peut être jusqu'à trouver cela grotesque. Votre interlocuteur est en revanche assez comblé de voir ce type de film d'horreur à la fois généreux et réussi dans le contexte hollywoodien actuel. Si l'on peut toutefois trouver une critique à Verbinski, c'est certainement pour cette scène de masturbation qui paraît totalement gratuite et sans intérêt. On pouvait très bien en rester au caisson. De même pour ces autochtones semblant rester dans le monde des punks des 80's et dans le cliché du buveur de bières. Comme exposé régulièrement par le personnage de Jason Isaacs, la plupart des gens présents dans ce SPA sont des riches hommes et femmes d'affaires qui viennent se ressourcer. Le personnage de DeHann fait partie de ce monde et est dans le même cas. C'est un homme froid, antipathique et le représentant même du cynique employé boursier. Au point de prendre son père pour un faible pour avoir commis l'irréparable et de ne quasiment rien ressentir pour une mère juste partie suite à une vision désastreuse. Les derniers plans du film montrent qu'il y a une évolution chez le personnage. Il a réussi à s'attacher à quelqu'un (en l'occurrence le personnage de Mia Goth) et s'est enfin retrouvé une conscience. Malgré tout le suspense entourant le lieu, le personnage va finalement y voir une conclusion positive. 

A Cure for Life : Photo Jason Isaacs

Sa nemesis n'en paraîtra que plus évidente, son évolution étant inverse à celle du héros. Au final, A cure for wellness est une réussite à l'image de son réalisateur. Une production hollywoodienne qui n'hésite à remuer le spectateur pour lui offrir une proposition pas forcément attendue de sa part. Reste à savoir si le spectateur est prêt à miser dessus. A la prochaine!

10 février 2017

Cuvée vosgienne le retour #2

Après être revenue sur les deux premiers jours de la 24ème édition du Festival de Gérardmer, la Cave de Borat s'attarde dorénavant sur les deux derniers chapitres de cette épopée fantastique et horrifique. Etes-vous prêts à repartir pour le train fantôme en partance pour les Vosges? Go! (attention spoilers)


 Jour 3 : Dézingages de petits poids

Orgueil et Préjugés et Zombies : Affiche

N'ayant pas grand chose à perdre, votre cher Borat s'est dit qu'il n'y avait pas forcément de mal à aller voir ce que donnait Orgueil et préjugés et zombies (Burr Steers, 2016), présenté en compétition. Après Abraham Lincoln chasseur de vampires (Timur Bekmanbetov, 2012), revoici une adaptation d'un roman de Seth Grahame Smith. A la différence que cette fois-ci, l'auteur s'attaquait à un gros monument de la littérature. Comme tout ce qui est un peu hype, Hollywood a rapidement mis le grappin dessus. Un projet à la production tumultueuse, multipliant les départs de société de production (Lionsgate initialement), de réalisateurs (David O Russell, Mike White, Craig Gillespie) et d'actrice (Natalie Portman qui reste productrice) jusqu'à ce que le film se fasse. Au final, il aura fallu presque sept ans pour que le projet sorte dans les salles. Le film a subi un petit bide (10 millions de dollars au box-office US pour 28 millions de budget), n'est pas sorti partout et finalement le Festival de Gérardmer est une des rares fois où il sera projeté en France (dans les bacs le 29 mars prochain). Au final, bien que l'oeuvre soit recontextualisée (les enfants sont envoyés au Japon et en Chine pour apprendre les arts-martiaux après une épidémie de zombification), on est plus devant une adaptation du roman de Jane Austen. Ceux qui s'attendent à une grosse série B qui tâche, jouant sans cesse de la parodie, risquent fort de devoir passer leur chemin.

Orgueil et Préjugés et Zombies : Photo Lily James

Si les maquillages sont bien faits et que les dézingages de zombies sont bel et bien présents (le réalisateur montre même la vision des zombies à travers... des plans flous), l'ensemble se révèle finalement peu horrifique ou fantastique et manque de folie. Le film délaisse d'ailleurs assez rapidement les plus jeunes soeurs pour ne s'intéresser qu'aux deux plus âgées (incarnées par Lily James et Bella Heathcote), sans même les caractériser réellement. Les diverses intrigues d'Austen sont là et si vous avez lu le roman (1813), vu le film de Joe Wright (2005) ou la mini-série avec Darcy (1995), vous ne serez pas dépaysé. En revanche, le film est assez plaisant à regarder, sans transcender et bien joué dans l'ensemble (Matt Smith est jubilatoire en pasteur goujat et fort en gueule). Au moins par son côté classique, le film ne s'enfonce dans le nawak total, ce qui avait été repproché au film de Bekmanbetov. Passons maintenant à la compétition des courts-métrages qui fut une véritable catastrophe jusqu'au palmarès. Peu ou pas de fantastique ou d'horreur, souvent traîtés par dessus la jambe et sans réelle cohérence sur au moins quatre des courts-métrages sur cinq. Limbo (Konstantina Kotzamani, 2016), récompensé pour l'occasion, est le film arty dans toute sa splendeur. Sorte de Sa majesté des mouches en Grèce (pas de parent, des enfants seuls, coin isolé, intolérance), le film s'enfonce dans l'incompréhension et l'ennui (il dure trente minutes, ce qui peut être très long parfois).

Limbo : Photo

Même sans l'apport plus que léger du fantastique (un enfant albinos qui fait peur aux autres enfants et une baleine échouée visiblement vivante), le film est inintéressant et particulièrement lent. Difficile de s'exciter plus dessus. Marée basse (Adrien Jeannot, 2016) part d'un postulat potentiellement fantastique (des gens sont engagés pour tuer des créatures noires), mais le réalisateur n'en fait rien. Il se contente de montrer le personnage dans sa journée quotidienne, sans exploiter le potentiel même du projet. L'acteur Clément Autain a avoué lors de la présentation qu'il s'agissait d'un court-métrage fauché tourné en deux jours. Au vue de l'interprétation globale et de la facture du film, on ne peut que le rejoindre. Margaux (les films de la Mouche, 2016) en rajoutait une couche en étant quasiment hors sujet. Pas que le court soit vraiment mauvais, mais il n'a quasiment rien de fantastique. Au contraire de Grave (Julie Ducourneau, 2016) qui aborde l'horreur petit à petit dans un contexte quasi-similaire (campus movie d'un côté, teen movie de l'autre), Margaux se plante en n'installant son fantastique que dans les dernières minutes dans une confusion totale. Cela n'empêche pas les réalisateurs de singer Rosemary's baby (Roman Polanski, 1968) sans avoir ne serait-ce que sa délicatesse. Margaux est avant tout un teen movie cru jusque dans un passage aux toilettes particulièrement putassier. Un court qui n'avait pas vraiment sa place dans un festival du film fantastique.

pleaselovemeforever

Le plan (Pierre Teulières, 2016) était le premier court-métrage à être réellement ancré dans le fantastique. Manque de bol, il est raté. Là aussi incompréhensible dans ses intentions, récit jamais clair, personnage masculin dont on ne sait pas qui il est, ni son utilité. Reste des maquillages plutôt réussis, ce qui est toujours ça de pris. Enfin, nous avons eu un court-métrage digne de ce nom avec Please love me forever (Holy Fatma, 2016). Un conte autour de la relation mère-fille, allant vers une esthétique proche de Tim Burton sans jamais être ridicule et plutôt drôle. D'un côté, la maman (Annick Christiaens) refaite de partout et dont les éléments à changer viennent d'un jardinier faisant de l'organe un marché. Ce qui permet à la réalisatrice de dévoiler un jardin fantastique particulièrement bien fait. De l'autre, sa fille (Isabelle Carlean Jones) essayant de trouver l'amour auprès d'un jeune garçon sans réel succès. Un côté morbide qui s'installe rapidement, animé par les couleurs blanche, bleue et rouge (la pureté, la froideur et la passion). Au moins, on retiendra un court-métrage de la sélection, ce qui n'était pas chose aisée. Passons probablement à ce que votre cher Borat a vu de pire du festival. En plus de la rétrospective à la MCL et au Paradiso le jeudi, Kiyoshi Kurosawa était présent le 28 janvier pour recevoir un hommage digne de ce nom.

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Kiyoshi Kurosawa présent pour l'hommage qui lui fut dédié.

Cérémonie qui a commencé en retard comme très souvent à l'Espace Lac, engendrant une marche rapide pour votre interlocuteur afin de voir le film suivant au Casino ! Un beau discours pour malheureusement un gros navet présenté. On aurait presque préféré que les programmateurs diffusent Creepy (2016) encore inédit dans nos contrées que son essai français Le secret de la chambre noire (en salles le 8 mars). Il est triste de voir un réalisateur de talent se planter aussi radicalement, encore plus quand on lui fait des louanges durant un peu plus de vingt minutes. On peut même parler de parodie de cinéma français, tant le film accumule les poncifs de notre beau cinéma: plans trop longs pour pas grand chose, silence quasi-permanent pour laisser parler la rue, acteurs qui semblent parfois réciter avec un manque total de naturel (la palme à Constance Rousseau, présente dans la salle), intrigue prétexte pour une énième histoire de fantômes, d'un côté les gens riches, de l'autre ceux qui galèrent... On pourrait continuer longtemps, mais il vaut mieux s'arrêter là. On devine finalement bien avant Tahar Rahim (plutôt convaincant) le twist, au point que cela en devient embarassant quand il comprend la situation une bonne heure après le spectateur. Le secret de la chambre noire est en plus un film affreusement long où l'on se demande quand cela va se finir tout le long de la séance, ou alors s'il va se passer quelque chose.

Le Secret de la chambre noire : Photo Constance Rousseau, Tahar Rahim

2h10 c'est très long quand il ne se passe rien, au point d'envier les spectateurs partis avant la fin du film. Après le somnifère, le réveil avec The girl with all the gifts (Colm McCarthy, 2016), prix du public et de la meilleure musique pour Cristobal Tapia de Veer. Ce qui impressionne dans un premier temps dans The girl with all the gifts est son casting. Le film ne semble pas être une grosse production UK mais on retrouve tout de même Gemma Arterton (il était temps qu'elle revienne au pays après des expériences hollywoodiennes catastrophiques), Paddy Considine et Glenn Close. Comme assez souvent, Arterton écope du rôle le plus sympathique, la scientifique bienveillante mais prête à dégommer du mort-vivant en temps voulu. Un rôle tendre de mère de substitution pour des enfants victimes de leur propre nature et qui change radicalement de la mère vampire qu'elle jouait dans Byzantium (Neil Jordan, 2012). Considine incarne peut être le personnage qui évolue le plus durant le film. Le soldat bien dans ses bottes, respectant sa mission de rester neutre face à des enfants zombiesques qui sont une menace pour ses camarades et lui. Le réalisateur présente un personnage qui retrouve son humanité en même temps qu'il se familiarise avec Melanie (Sennia Nanua, incroyable de maturité dans un tel rôle). Au point d'en faire un personnage émouvant, auquel Considine apporte toute sa puissance charismatique. 

The Girl With All The Gifts : Photo Sennia Nanua

Quant à Glenn Close, cela faisait bien longtemps qu'on ne l'avait pas vu avec un rôle aussi consistant. Elle joue la scientifique cherchant à combattre le virus alors que les chances de rétablir un équilibre sont quasiment mortes. Un personnage trouble auquel le spectateur comme les autres personnages ont bien du mal à lui faire confiance et ce dès les premières minutes. Le film se présente comme un beau mélange entre 28 jours et semaines plus tard (Boyle, Fresnadillo, 2002, 2007) et le jeu-vidéo The last of us (2013). Pour la première référence, on pense directement à la présence militaire omniprésente, même si l'aspect dictatorial n'a pas lieu ici. Les militaires symbolisent en quelques sortes les restes de la race humaine. Le film présente une Angleterre ravagée par un virus à la différence qu'ici les causes ne sont pas médicinales (28 jours plus tard montrait que l'attaque venait d'un chimpanzé cobaye sur un virus). Le problème vient d'un champignon dont les germes ont muté jusqu'à en devenir nausifs pour l'être-humain. Ce qui nous amène à la seconde référence, puisque le décor de The girl with all the gifts est assez similaire à ceux du jeu-vidéo de Naughty Dogs. McCarthy dévoile un Londres où la nature (et donc en soi le champignon) a repris ses droits. Est-ce des décors en dur ou des cgi? Probablement un peu des deux et le rendu est assez impressionnant.

The Girl With All The Gifts : Photo Fisayo Akinade, Gemma Arterton, Glenn Close, Paddy Considine, Sennia Nanua

Une preuve du travail colossal du production designer Kristian Milsted.

Pour ce qui est des zombies, le film est déjà plus généreux qu'Orgueil... et il s'agit aussi du sujet principal du film. Rien à voir avec un contexte de série B, puisque le réalisateur cherche à donner un point de vue singulier au zombie à l'image de George Romero sur Le jour des morts-vivants (1985). Il s'agit aussi d'humaniser le zombie ou tout du moins d'essayer de le sociabiliser. Pour cela, le film prend vite le point de vue de Melanie, enfant né avec le virus mais gardant encore des caractéristiques humains. Melanie sait ce qu'elle est mais ne se voit pas comme un monstre. De même, elle cherche à se sociabiliser en aidant le groupe de militaires et en acceptant d'être muselée pour leur éviter une mort imprévisible. Comparé aux films de zombies habituels où le mort-vivant est un élément central de l'intrigue tout en restant secondaire (le héros est généralement celui qui lui met une balle dans la tête), ici l'héroïne est le zombie, permettant de mieux comprendre le personnage et d'en faire l'enjeu principal. Elle est l'entre-deux: celle qui peut sauver les humains comme ses semblables en les éduquant comme on l'a fait avec elle. Une réussite de plus dans un film de qualité dans un sous-genre horrifique souvent en décrépitude quand il suit un peu trop la mode.


 Jour 4 : Prépare le tartare

Terra Formars : Photo

Votre cher Borat n'a pu assister à la Nuit Décalée qui suivait la projection de The girl with all the gifts. Toutefois, il a pu au moins rattraper un des deux films proposés (le premier était le musical avec des sirènes The lure d'Agnieszka Smoczynska). Votre cher Borat s'était un peu préparé avant son voyage avec Audition (1999), histoire de savoir à quoi s'en tenir avec Takashi Miike. Soit pour les deux du fond un des réalisateurs contemporains les plus prolifiques du Japon, capable de se lancer dans des films trash comme Ichi the killer (2001) ou celui suscité; et des films plus légers comme l'adaptation du jeu-vidéo Phoenix Wright (2012). Avec Terra Formars (2016), on se situe largement dans la seconde partie. L'adaptation d'un manga de Yû Sasuga et Kenichi Tachibana (2011-) mettant en scène des cafards mutants suite à une terraformation martienne et leurs éradicateurs repris de justice. Un point de vue qui n'est pas sans rappeler Starship troopers (Paul Verhoeven, 1997), la grosse critique sociale en moins et des injections de gènes d'insectes chez nos criminels en plus. A partir de là, le film peut se payer toutes les excentricités possibles avec des héros se transformant à base de prothèses et des cgi délirantes. Sans compter des cafards entièrement en cgi (à moins que ce soit de la performance capture, mais on n'y croit pas) et particulièrement meurtriers.

Terra Formars : Photo

Ceux qui s'attendent à un spectacle sobre sans violence graphique risquent d'avoir de grosses surprises devant de multiples décapitations, éventrations et autres découpages de membres. De quoi rappeler le bon temps des shonen des 80's-90's comme Dragon Ball (Akira Toriyama, 1984-95) ou Hokuto no Ken (Buronson, Hara, 1983-88). Un vrai défouloir où se rajoute des dialogues à se rouler par terre. Il n'y a qu'à voir Hideaki Ito dire un "Je reviendrais" dans le sérieux le plus total, alors qu'il sait pertinemment que la réplique provoquera le rire des plus nostalgiques. Eclatons de rire avec le méchant de service (Shun Oguri), sorte de décalque de Zorg le méchant du Cinquième élément (Luc Besson, 1997), le côté diva de la mode en plus. Chacune de ses apparitions est l'occasion de rire de bon coeur. On s'amusera par ailleurs de retrouver Rinko Kikuchi dans une tenue quasiment similaire à celle qu'elle avait dans Pacific Rim (Guillermo del Toro, 2013). C'est notamment ce ton décomplexé qui permet à Terra formars de divertir, voire à se montrer comme un plaisir coupable. La réalisation se révèle efficace et punchy, Miike se permet même d'aller chercher des idées de direction artistique à droite à gauche. Comme pour les passages sur Terre où il cite ouvertement Blade Runner (Ridley Scott, 1982) ou les pyramides réalisées par des créatures extraterrestres renvoyant à Stargate (Roland Emmerich, 1994). Une bonne récréation pour commencer la journée avant d'affronter le dernier gros morceau de la compétition.

grave

On critique souvent le cinéma de genre français, notamment celui qui tourne autour de l'horreur et du fantastique. On dit régulièrement que si le cinéma de genre ne marche pas en France, c'est parce qu'il est automatiquement mauvais ou que le public n'y va pas. Les raisons sont finalement plus complexes. Les divers financiers du cinéma français (CNC, studios, producteurs, mécènes, aides, chaînes de télévision) ne veulent pas de ce type de films, mais aussi les exploitants. D'où une visibilité réduite, là où le cinéma américain peut avoir une meilleure exploitation avec des films parfois encore plus mauvais (il vous suffira de jeter un oeil sur la programmation de vos multiplexes pour le constater). Ce qui revient à faire les fonds de tiroir, trouver des aides dans d'autres pays européens, voire dans le cas de Sam was here (Christophe Deroo, 2016) à tourner le film en anglais pour une meilleure visibilité internationale. Grave n'est pas tourné en anglais, mais il s'agit d'une coproduction franco-belge qui a largement fait le tour des festivals (Toronto, Bordeaux, PIFFF et maintenant Gérardmer) et qui aura une sortie en salles le 15 mars prochain. Au vue du buzz qu'il génère un peu partout dans le monde, on peut se demander à l'heure actuelle si les exploitants feront l'effort de le diffuser décemment mais aussi d'en faire la promotion. 

Grave : Photo

Le fait que Gérardmer lui donne le Grand Prix et le Prix de la critique un peu plus d'un mois avant sa sortie nationale pourrait aider et ce malgré une "interdiction aux moins de 16 ans" qui peut lui porter préjudice. Vient alors une autre question: si le public français est capable de se déplacer pour des films d'horreur américains avec quasiment la même classification, pourquoi ne le ferait-il pas avec un film français ? Certains diront la crainte que ce soit nul car français. D'autres que Grave est surement un énième film qui essaye de copier les ricains, comme ce fut le cas de films comme Promenons nous dans les bois (Lionel Delplanque, 2000). Pourtant il serait bien stupide de passer à côté de Grave pour toutes ces raisons. Grave est probablement ce que le cinéma de genre français a fait de mieux depuis Martyrs (Pascal Laugier, 2008) et le statut n'est pas peu mérité. Toutefois, Julie Ducourneau ne va pas aussi loin que Laugier, ne tombant pas dans le trash pur et dur. Son film est même initialement un pur campus movie avec les bizutages, les soirées étudiantes, la vie en communauté ou les amours naissants. Pour contrebalancer un sujet qui va aller de plus en plus dans le dérangeant, la réalisatrice installe même un humour parfois noir, parfois bienveillant pour contrebalancer. Un élément qui permet de rendre l'horreur d'autant plus forte par la suite. 

Grave : Photo Garance Marillier, Rabah Naït Oufella

Le bizutage reste tout de même l'élément perturbateur. C'est par ce simple morceau de viande que la tragédie va commencer pour l'héroïne (Garance Marillier), mais aussi sa soeur (Ella Rumpf) en son temps. Une faim qui devient une obsession engendrée en soi par un régime végétarien contenant cette pulsion cannibale. D'abord comme une démangeaison, puis par des envies de plus en plus morbides. Le final enfonce le clou en montrant que cela est probablement issu d'une pratique héréditaire. Un détail qui apparaît comme le dernier coup de grâce d'un film qui décontenance le spectateur. Ainsi, le dernier quart d'heure choque, terrifie, met mal à l'aise et cela fait du bien de voir un film qui vous retourne autant l'estomac. Grave peut également compter sur des acteurs plus que convaincants à l'image de la révélation Garance Marillier qui hérite d'un rôle principal pas forcément évident. Pour un premier long-métrage, Julie Ducourneau marque les esprits et on espère la revoir aussi en forme par la suite. Passons dorénavant au film qui a clôturé ce beau voyage. Là aussi une séance de rattrapage puisque votre cher Borat n'avait pu assister à la Nuit Phantasm où était projeté les deux premiers volets de cette saga de cinq films (1979-2016). Tous orchestrés de près ou de loin par Don Coscarelli, ce qui est une gageure dans les franchises horrifiques. Il est en effet rare qu'un réalisateur s'attache autant à une franchise, l'un des cas les plus évidents étant Wes Craven sur la tétralogie Scream (1996-2011).

Phantasm: Remastered : Affiche

Phantasm est devenu un film culte au fil du temps, sans quoi il n'aurait certainement pas eu de suites. Il est arrivé à la bonne période pour lancer des sagas horrifiques, comme le confirmeront les franchises Halloween (1978-2009) et Vendredi 13 (1980-2009) débutées à la même période. D'ailleurs pour rester dans la filiation, le thème principal de Phantasm n'est pas sans rappeler celui de John Carpenter pour son film, à la fois très répétitif et stimulant. Le film en lui-même est pas mal mais manque certainement de punch. Il manque une réelle étincelle pour faire totalement adhérer et ce malgré une durée habituelle pour un film d'horreur (1h28). De même, Coscarelli ne précise pas assez l'univers qu'il développe, laissant peut être trop de mystère au sujet du croque-mort (Angus Scrimm) et de ses intentions. Des éléments peut être plus précisés dans les volets suivants, mais en l'état laissent un peu pantois. Il n'en reste pas moins que le croque-mort est un merveilleux personnage de boogeyman et Angus Scrimm réussit parfaitement à le rendre menaçant. Sa dernière apparition est même quasiment identique au final des Griffes de la nuit (Craven, 1984). Inspiration ou comme le veut la légende, Craven ne savait définitivement plus comment finir son film? Mystères et boules de gomme. Il n'en reste pas moins un cru intéressant qui donne envie de s'intéresser aux films suivants. A la prochaine!

05 février 2017

Le massacre du dimanche

Chaque dimanche est une épreuve pour les Sharks. Une véritable déchéance pour ce club de football américain où se rajoute les problèmes d'égos entre joueurs mais aussi du staff...

L'Enfer du dimanche : affiche

Cinéaste en demi-teinte depuis plusieurs années (on mettra toutefois en avant le mal aimé Alexandre), Oliver Stone a toutefois une belle carrière derrière lui. Ce qui restera certainement son dernier chef d'oeuvre (à l'heure actuelle en tous cas) est L'enfer du dimanche (1999). Un film particulier car le réalisateur a eu énormément de problèmes à le réaliser. Dans un premier temps, le réalisateur travaille sur un premier traitement, avant d'incorporer celui de John Logan et d'enchaîner sur des réécritures afin de colmater tout. La NFL avait refusé de s'associer au film, impliquant des difficultés supplémentaires. Qui dit refus de la NFL, dit changements de noms des clubs et même du championnat, puisque rattachés à la ligue. C'est un peu comme si un réalisateur français voulait s'attaquer à la Ligue 1 et ne pouvait pas utiliser les noms de clubs comme le Paris Saint Germain ou l'Olympique de Marseille ou le titre Ligue 1. Le Superbowl est par exemple nommé ici la Pantheon Cup. Un problème en apparence, mais plus utile qu'on ne le croit, permettant à Stone d'avoir une totale liberté pour évoquer des sujets sensibles. Le réalisateur peut également sur un casting plein à craquer de têtes connues: Al Pacino, Cameron Diaz, Dennis Quaid, Jamie Foxx, LL Cool J, James Woods, Matthew Modine, Jim Brown, Aaron Eckhart, John C McGinley, Elizabeth Berkley, Lela Rochon, Lauren Holly et Charlton Heston. A noter qu'Oliver Stone incarne le commentateur des matchs et qu'il est doublé par George Eddy, ancien sportif et entraîneur et commentateur célèbre sur Canal +. 

l'enfer du dimanche

En soi, le film brasse beaucoup de sujets différents sur une durée assez spectaculaire mais finalement légitime. Près de trois heures dans le monde du football américain, sport dont les français connaissent en grande partie à cause du Superbowl et de l'impact de ce sport sur la culture américaine. Si vous n'avez jamais vu un match ou même cette fameuse finale, Any given sunday risque de vous être d'un grand secours pour vous aider à comprendre le fonctionnement de ce sport sur le terrain et tout ce qui en découle. Sponsors, célébrité des uns et des autres, joueurs capricieux, manager un peu trop impliquée sur le terrain, staff pas forcément en adéquation avec le coach, la drogue, l'alcool, prestations médiatiques, problèmes médicaux... L'enfer du dimanche évoque tous les travers du football américain, parfois comme s'il s'agissait d'une immense entreprise en perdition. Tous ces problèmes entraînent des complications sur le terrain, que ce soit les problèmes de staff ou ceux entre l'égos des joueurs. Tous les acteurs cités plus haut ont une place forte dans l'échiquier et des personnalités qui amènent le désordre dans cette équipe de football américain. Comme évoqué plus haut, il y a souvent des dualités entre différents domaines. L'entraîneur campé par Al Pacino est sans cesse remis à sa place par la manager jouée par Cameron Diaz. Celui qui s'occupe du terrain et celle qui doit s'occuper de l'aura médiatique du club. Deux visions différentes à laquelle se rajoute certains membres du staff se rattachant davantage aux côtés de la jeune héritière. 

 L'Enfer du dimanche : Photo

Al Pacino continue dans un registre un peu cabotin, mais en étant curieusement plus sobre. Quand il s'énerve, nous n'avons pas à faire à un énième resucé de Tony Montana qu'il offre parfois. Il joue un personnage à bout de nerfs qu'il ne faut pas chercher. Quant à Cameron Diaz, elle optait pour un virage sérieux plutôt bienvenu, changeant de la girl next door ou de la jolie fille à draguer qu'elle jouait beaucoup depuis The Mask (Chuck Russell, 1994). Elle est ici une véritable femme de poigne, capable de faire peur au plus baraqué des hommes. Au sein de l'équipe, il y a un affrontement conséquent entre les personnages de Jamie Foxx, Dennis Quaid et LL Cool J. Le premier est le rookie lancé en orbite beaucoup trop tôt, prenant la grosse tête et finissant par se mettre tout le monde à dos jusqu'à son entraîneur. Au passage, Oliver Stone nous offre un magnifique petit clip où l'ami Jamie (rappeur à ses heures) se fait un petit plaisir égocentrique avec jolies demoiselles en bikini. Le second est le vieux brisquard qui pense encore être dans le coup et voit que petit à petit il n'est plus la star du club. Un rôle qui va comme un gant à Dennis Quaid, dont la carrière s'apprêtait à devenir un véritable champ de mines. Quant au troisième, c'est la grande gueule qui perd sa popularité à cause du premier et essaye de lui mettre des bâtons dans les roues au bon moment. 

Puis il y a le troisième cas de divergence entre James Woods et Matthew Modine. Deux docteurs aux méthodes très différentes, l'un peu amateur de mensonges (Modine), l'autre prêt à tout pour faire jouer des footballeurs quitte à les envoyer à la morgue (Woods dans un rôle finalement assez proche de son propre caractère, un parfait connard en d'autres termes). Toutefois, on peut remarquer que vers la fin du film, Modine se prend également au jeu, devenant aussi crapuleux que son ancien supérieur. Il ne faut jamais longtemps pour que les âmes deviennent corrompues. Les commotions cérébrales dans le football américain ont été abordé récemment dans Concussion (Peter Landesman, 2015), mais peut être ici avec un peu plus de sarcasme. Il n'est pas étonnant que Stone, réalisateur critique envers les USA et ses institutions (la NFL en fait en quelques sortes partie), ait un regard aussi radical sur le milieu, tout en épousant le fonctionnement de ce sport. Stone se révèle particulièrement passionnant quand il s'attaque au jeu même, évoquant les règles de manière ludique comme les tactiques potentielles pour gagner. L'air de rien, le football américain est un sport où la stratégie a un rôle clé, au delà de l'aspect purement physique qui rapprocherait ce sport du rugby par exemple. A l'image d'un match en lui-même (souvent assez long, reposant sur des phases d'attaque entre deux publicités), Stone s'attarde sur quelques matchs cruciaux histoire de familiariser le neophyte. Une gageure d'un cinéaste qui veut faire comprendre un sport à travers le terrain et ses coulisses. Enfin, il termine son film sur un des plus beaux fuck du cinéma. 

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Un grand et passionnant film sur le football américain, agrémenté de prestations remarquables.

 
L’enfer du dimanche - Bande Annonce FR


Article initialement publié le 21 décembre 2011.

Show me the money!

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genre: comédie dramatique
année: 1996
durée: 2h20

l'histoire: Jerry Maguire est un agent des stars du sport américain. Mais sa vie mondaine lui pèse. Une nuit, il rédige une note où il tente de définir le sens qu'il voudrait donner à sa vie. Cette note provoque son licenciement. Seule Dorothy, son assistante, et Rod, un footballeur, vont lui rester fidèles. 

la critique d'Alice In Oliver:

En vérité, Jerry Maguire, réalisé par Cameron Crowe en 1996, appartient à la catégorie des "feelgood movies", soit les comédies dramatiques dans la pure tradition américaine. D'ailleurs, certaines critiques lui reprocheront d'être un peu trop niais, voire naïfs et bourrés de bons sentiments.
Ce n'est pas totalement faux. Toutefois, nous serons moins lapidaires.

Franchement, Jerry Maguire reste un bon film de genre, qui a le merite de se concentrer sur des personnages attachants.
Attention, SPOILERS ! Jerry Maguire (Tom Cruise) est la parfaite caricature du golden boy. Tout lui sourit. Il travaille comme agent pour les stars du football américain. Il gagne beaucoup d'argent et couche régulièrement avec une lobbyste.

Show me the money

Ensuite, Jerry Maguire est un homme respecté et apprécié dans son entreprise. Pourtant, un jour, Jerry finit par se lasser de cette vie facile et sans surprise.
Un soir, il décide d'écrire une note, une sorte de confession, clamant sa volonté de changer une profession dictée par les requins et la loi du plus fort.
Dans un premier temps, cette note lui vaut un tonnerre d'applaudissements. Toutefois, cette confession reste terriblement utopiste.

En résumé, Jerry prône le côté humain au profit du pognon. Le lendemain, il est renvoyé sur le champ. C'est alors le retour à la case départ.
Par chance, il réussit à convaincre un joueur de football américain, Rod Tiwell (Cuba Gooding Jr) et sa nouvelle secrétaire (Renée Zelleweger), secrètement amoureuse de lui. Jerry doit rapidement se refaire une santé et s'imposer comme une nouvelle référence dans son domaine.

jerry et cuba

Les premiers temps sont extrêmement difficiles. Tout seul, il doit mener une lutte acharnée contre un système corrompu, implaccable et parfaitement huilé.
A partir de ces différents éléments, le film de Cameron Crowe égratigne un milieu sans pitié, où l'amitié et la confiance sont des valeurs particulièrement friables.
Au final, Jerry ne pourra compter que sur sa secrétaire, devenue sa femme, et sur le soutien indéfectible de Rod Tiwell.

Certes, l'intrigue reste archi prévisible et la fin est connue de tous. Pour faire vite, et au risque de casser tout suspense, le film finit bien.
Evidemment, Jerry parvient à se sortir de cette mauvaise passe et à gagner une nouvelle réputation. Mieux encore, il arrive à sauver un mariage à la dérive.
Donc, peu ou prou de surprises au tableau de bord.

jerry-maguire

Toutefois, le film peut s'appuyer sur d'excellents acteurs. En dehors de Tom Cruise, Cuba Gooding Jr et Renée Zellweger, on retrouve Bonnie Hunt, Kelly Preston, Jonathan Lipnicki, Eric Stoltz et Lucy Liu.
Ensuite, cette comédie dramatique teintée de romantisme peut compter sur une bande originale de qualité et justement appropriée aux différentes séquences du film. Enfin, Cameron Crowe parvient à rendre son personnage principal attachant.
Ce qui n'était pas forcément gagné au regard de sa personnalité. Même chose pour les seconds rôles, avec un mention particulière pour Renée Zellweger, Bonnie Hunt et Cuba Gooding Jr.


La critique de Borat

Au cours des années 90, Tom Cruise s'impose petit à petit comme une institution de l'entertainment hollywoodien. Devenu une star suite à Top gun (Tony Scott, 1986), l'acteur a su bien s'entourer, attire les réalisateurs prestigieux (Oliver Stone, Barry Levinson, Rob Reiner ou Sydney Pollack) et devient producteur de ses films avec Mission Impossible (Brian De Palma, 1996). Alors quand l'acteur se paye un véritable véhicule, il cherche le bon sujet. Ici cela tombera sur un agent seul contre tous. Pour réaliser et écrire le film, l'acteur va chercher Cameron Crowe, ancien journaliste devenu réalisateur et dont le principal fait d'armes à l'époque est Un monde pour nous (1989), aka le film où John Cusack lève une radiocassette devant la maison de sa copine. Jerry Maguire (1996) n'est pas un film indépendant mais un film du milieu (50 millions de dollars de budget) encadré par un studio (Tristar), ce qui à l'époque se faisait encore beaucoup à Hollywood. Le fait que le film a eu un énorme succès (quasiment du 50/50 entre les USA et l'international avec plus de 270 millions de dollars de recettes) n'a rien d'étonnant. C'est une époque où les spectateurs se déplaçaient massivement autour d'une star, quitte à ce que le budget soit moins fort. D'autant que plus que les 80's où il émergeait, les 90's sont les années Cruise, celles qui installeront son star power

jerry

Rien d'étonnant à ce que l'acteur se retrouve avec un rôle où le pouvoir est roi. Jerry Maguire n'est pas vraiment un film sur la NFL, il a un pied dedans sans que cela soit le vrai sujet. Au départ, la NFL est un moyen comme un autre pour Jerry de gagner sa vie (son boulot comprend initialement des vedettes de tous bords), quand par la suite ce sera sa dernière roue du carosse. Son unique client sera un footballeur américain de couleur (Cuba Gooding Jr) essayant de percer lui aussi dans un monde carnassier où le sport n'est qu'une façade. Deux outsiders se liguant contre un establishment sournois qui ne pense qu'à casser l'autre pour se faire le plus d'argent possible. La NFL devient le sujet au fur et à mesure du film à travers Rod Tiwell. Jerry est la victime d'un système qu'il a fait prospéré et qu'il a critiqué. Qu'importe que les gens pensent comme lui, en dénonçant le système il est devenu un paria. Le milieu n'a pas envie d'être remis en question et encore moins par un de ses plus prestigieux agents. D'un autre côté, Tiwell n'a pas le succès qu'il devrait avoir à cause du système privilégiant souvent des joueurs sortant de l'école et faisant ainsi monter leur côte. Le fait que Jerry en fasse son seul client permettra à Rod d'acquérir le statut qu'il n'a jamais eu autrefois, car son agent était trop dispercé. 

L'image est reine pour pouvoir avancer et cela passe plus par les sponsors et les publicités que par les performances. Jerry et Rod forment un drôle de duo, pas celui des buddy movies mais deux personnes qui se complètent et s'aident mutuellement. Puis les deux personnages permettent la fameuse scène du téléphone où le "Show me the money. I love black people", moment délirant s'il en est des 90's. A cela se rajoute une romcom pour sauver tout cela du drame ambiant. Même là, Cameron Crowe ne rend pas la romance entre le patron et son employée / associée (Renée Zellweger) si facile, multipliant les petits rebondissements. Crowe réussit à rendre attachant son duo, bien aidé par l'interprétation des acteurs. Cruise fait le show, court, danse, mais se révèle un peu plus vulnérable que d'habitude ou tout du moins sort de son image virile. Zellweger trouve là un des ses premiers rôles marquants, mère beaucoup trop jeune, amoureuse de son patron qui s'en rendra compte un peu tard et sa seule aide. L'actrice y est touchante, tout comme Bonnie Hunt en grande soeur protectrice ("Si tu foire je te tue"). Comme souvent dans ses films, Cameron Crowe sort un jukebox porteur de chansons faisant sens. Secret garden (Bruce Springsteen, 1996) pour la première soirée entre amoureux; Free Fallin (Tom Petty, 1989) pour le passage où il a réussi à négocier un contrat juteux; Horses (Ricky Lee Jones, 1989) pour montrer la relation entre Jerry et le petit (Jonathan Lipnicky). Les morceaux ne sont pas là pour faire joli, ils font parties intégrante des émotions des personnages.

Jerry Maguire est une success story forte et positive dans un milieu sans pitié et pas sûr que cela a changé depuis. C'est dire si son culte n'est finalement pas si anodin.


Article initialement publié le 5 février 2012.