Cine Borat

28 mai 2017

Terrence Malick aux confins des étoiles

Terrence Malick, phénomène de la rareté au cinéma depuis Les moissons du ciel (1979), a décidé de passer à la vitesse supérieure pour la décennie 2010. Cinq films (dont un en post-production et une Palme d'or) plus tard, Malick est toujours là et ce malgré des films qui peinent à renflouer les caisses. Un diagnostic assez évident compte tenu du cinéma quasi-expérimental qu'il effectue désormais et qui décontenance bons nombres de spectateurs. Pas le genre à faire des chiffres mirobolants au box-office. Toutefois, il attire toujours les stars (Christian Bale ou Natalie Portman pour ne citer qu'eux), même pour un docu-fiction. Ainsi, Brad Pitt et Cate Blanchett sont les narrateurs des deux versions de Voyage of time (2016), le premier pour la version IMAX diffusée aux USA dès l'automne dernier, la seconde pour la version salle classique. Voyage of time a finalement atterri en France le 4 mai dernier... le temps d'une séance exceptionnelle (quelques UGC l'ont diffusé le dimanche suivant). A l'heure où Netflix se fait dézinguer par beaucoup de détracteurs (dont des distributeurs et des exploitants) à cause de ses films sélectionnés à Cannes, on peut s'étonner de leur tolérance surréaliste envers une projection unique. Il y en a qui gueulent beaucoup quand ça les arrange (et surtout quand on touche à leur porte-feuille).

Voyage of Time : Au fil de la vie : Affiche

Ceux qui attendent un film plus narratif de la part de Malick seront surement déçus. Il continue dans l'expérimentation, jouant avant tout de l'impact de l'image. Toutefois, Voyage of time est largement moins complexe que The Tree of life (2011) auquel il est pourtant lié. Le film revient sur la partie sur le big bang et la genèse des êtres-vivants sur Terre exposée dans la Palme d'or avec des images inédites. Le film se révèle au premier abord assez abstrait, à cause d'une narration qui n'a rien de conventionnelle (Cate Blanchett lit une sorte de prière à la Terre). C'est aussi pour cela que l'on parlera davantage de docu-fiction. Malick joue avec ses propres croyances et sa propre vision de l'évolution, tout en prenant en compte des données scientiques issues de différentes universités mondiales. Ces deux éléments permettent à la fois une vision personnelle du réalisateur, mais aussi une certaine authenticité scientifique. Sans compter l'aspect reconstitution confirmant le docu-fiction définitivement. La narration même renvoie aux différentes répliques de Jessica Chastain dans The Tree of life, personnage particulièrement croyant dans une Amérique qui l'est tout autant. On peut trouver cela un brin inutile, les images parlant finalement d'elles-mêmes.

Voyage of Time : Au fil de la vie : Photo

Le déroulement du film est au départ assez énigmatique avant d'aller directement au fond des choses. Malick montre alors deux types de séquences: les scènes purement documentaires (paysages, animaux) ou docu-fiction (les dinosaures, les premiers instants de l'Homme); et des scènes en 4/3 montrant différentes communautés à travers le monde (aussi bien les USA que l'Inde). D'un côté, une imagerie spectaculaire, contemplative et forte en images fortes. De l'autre, le quotidien de différentes cultures avec la misère ou les rites notamment de mort, ce qui vaut des passages peu ragoûtants pas si éloignées d'une célèbre scène d'Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979). Dans les deux cas, la vie, la mort et la renaissance de la vie à travers différentes espèces au fil des millions d'années. Il y a un aspect ludique au sein de cette imagerie de la génèse, puis des premières espèces jusqu'à l'Homme. Le spectateur peut penser dans un premier temps que certaines espèces sont actuelles (certaines étant assez ressemblantes), avant de voir que les images (en dehors de celles en 4/3) sont finalement chronologiques. Le big bang, les premières espèces aquatiques et terrestres, les phénomènes naturelles, les dinosaures et enfin l'Homme. L'ensemble devient cohérent, sans avoir besoin de surexplication et Malick atteint finalement son but. Montrer un voyage au fil du temps. 

Voyage of Time : Au fil de la vie : Photo

Le spectateur est emmené aux confins de son existence par le réalisateur, avant de montrer l'évolution de sa propre espèce. Il ne laisse pas de place à un quelconque futurisme, s'arrêtant à temps dans son imagerie. Il aurait été ironique pour un réalisateur aussi terre à terre que Malick d'aller vers quelque chose dont lui-même, ni le spectateur n'a idée. Malick s'est amusé avec le budget qui lui a été alloué, permettant des plans splendides en CGI ou dans de magnifiques décors réels. On retrouve là le naturalisme pur du réalisateur dans un type de cinéma qu'il n'avait étonamment jamais exploité (le documentaire). Un côté apaisant se ressent des images, quelque chose de terriblement agréable contenue dans 1h30. Ce qui en fait tout de même son film le plus court depuis... Les moissons du ciel ! Quand on sait à quel point Malick a tendance à faire des films longs, un film d'1h30 ne fera de mal à personne, y compris à ses détracteurs. Comme quoi, le réalisateur a encore des choses à raconter et pas seulement dans des publicités pour du parfum. Cela tombe bien, on le retrouvera bien assez tôt avec Song to song (le 12 juillet dans les salles françaises) et Radegund.

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Terrence Malick s'essaye avec brio au docu-fiction, signant un beau et apaisant voyage pour le spectateur.


26 mai 2017

Falling, falling...

La ville de Twin Peaks est surprise par un drame: la lycéenne Laura Palmer est retrouvée assassinée. Son meurtre sera le début d'une longue odyssée dans une ville pas si tranquille qu'elle n'en a l'air...

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Durant longtemps, certains cinéastes se sont formés à la télévision tout comme des scénaristes (Joss Whedon comme Steven Spielberg). Mais des cinéastes s'intéressant à la télévision c'était plus rare avant que l'ami Spielberg ne produise Histoires fantastiques (1985-87). On y retrouvait une pléiade de réalisateurs comme Robert Zemeckis, Kevin Reynolds, Joe Dante ou Clint Eastwood. Fin des années 80, David Lynch fera de même avec Twin Peaks (1990-) en association avec Mark Frost. A cette époque, Lynch est quelque peu mal en point et ce malgré le succès de Blue Velvet (1986). Déjà conscient que l'industrie hollywoodienne risque de lui tourner le dos très rapidement (elle s'en était donné à coeur joie avec Dune), il se lance dans ce projet télévisuel qui dura deux saisons et un film à l'époque. A l'époque, le câble n'étant qu'à ses balbutiements (HBO ne commencera à parler d'elle qu'avec Les contes de la crypte), les chaînes networks osaient encore et engager le réalisateur d'Elephant man relève du coup marketing en or. Si la première saison sera très courte (le pilote et sept autres épisodes) et paraît événementielle, la seconde de vingt-deux épisodes sera non seulement jugée trop longue (la série s'est prolongée alors que l'élément déclencheur était conclu) et sera mal accueillie par la presse et même les acteurs. 

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La chaîne ABC clôtura la série, suite à la baisse d'audience progressive de la deuxième partie de saison. En cause Lynch qui n'était pas totalement impliqué en raison du tournage de Sailor et Lula (1990), laissant Frost un peu tout seul ce qui n'avait pas vraiment plu à la vedette Kyle MacLachlan. Twin Peaks renaîtra une nouvelle fois avec la prequelle Fire walk with me (1992), mais une nouvelle fois l'accueil sera mitigé. Pendant longtemps non-diffusée sur les chaînes françaises (elle le fut à l'origine sur La cinq, morte et enterrée depuis bien longtemps), la série est finalement sortie en DVD et depuis BR grâce à TF1 Vidéo, à cause de longs problèmes de droits. Puis après de longues négociations (il fut un temps où Lynch a failli partir à cause de différents artistiques), voilà Twin Peaks de retour sur Showtime (le câble donc, désormais signe de plus grande indépendance) à partir de cette semaine. Une bonne partie de son casting est revenue (rares sont ceux qui n'ont pas voulu revenir), Lynch est à la réalisation de chaque épisode en compagnie de Mark Frost à la plume et Angelo Badalamenti à la musique. L'occasion de revenir sur cette série indispensable à tout fans de séries ou même de cinéma (on parle de David Lynch, un des réalisateurs les plus appréciés de notre temps), tant elle parvient à être une oeuvre unique en son genre.

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On ne compte même plus les séries qui se sont inspirées de cette série, que ce soit X Files (1993-), Lost (2004-2010), True Detective (2014-2015) ou diverses séries feuilletonnantes. (attention spoilers) Le long des deux saisons, Lynch et Frost ne cesseront de s'emparer du soap opera, ces séries feuilletonantes artificielles qui ne racontent pas grand chose mais qui durent longtemps (Les feux de l'amour par exemple), en vue de déglinguer tous ses codes et fonctionnements. Au final, le meurtre de Laura Palmer (Sheryl Lee) n'est qu'un vulgaire fil conducteur qui mène dans plusieurs directions. Malgré que l'enquête se perpétue du tout début de la première saison jusqu'aux premiers épisodes de la saison 2, la série va bien plus loin et multiplie les sous-intrigues variées. Les deux larrons sont les plus insisifs sur l'aspect romantique, jouant beaucoup sur les relations amoureuses des divers protagonistes de la série, si possible avec une pointe d'étrangeté ou de malaise. Laura Palmer avait de drôles de moeurs, point évoqué largement avant la préquelle qui n'en devient que plus vaine. Le garagiste (Everett McGill) est tiraillé entre sa femme (Wendy Robie) et une des serveuses du coin (Peggy Lipton). L'un des ex de Palmer (Dana Ashbrook) est avec une autre serveuse (Mädchen Amick) marié à un fou furieux qui ne cesse de la battre (Eric Da Re).

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Sur ce dernier point, Lynch et Frost vont même assez loin dans l'intrigue policière sordide, puisque la brute devient handicapé et les deux amants se servent de lui pour toucher des subventions. Une intrigue qui n'aurait pas déplu à l'inspecteur Columbo. Le montage abuse merveilleusement de la musique d'Angelo Badalamenti (compositeur notable des films de Lynch) et Julee Cruise avec la bonne vieille balade au bon moment pour soutenir la romance. Sauf que l'aspect cul-cul est tellement bien amené que cela finit par en être jouissif, un gimmick comique ou vraiment romantique qui fonctionne. Par soap, il y a également la multiplication des coups de théâtre, notamment le final de la première saison qui donne envie de prendre la galette du coffret de la deuxième saison (on n'imagine même pas les réactions à l'époque). La série est également bourrée de personnages plus ou moins barjos, preuve en est avec le père de Laura Palmer (Ray Wise) qui perd complètement les pédales (au point d'en avoir les cheveux blancs); la femme du garagiste perdant la mémoire et tombant amoureuse d'un jeune athlète... Et évidemment le chouchou de votre ami Borat, le gérant de l'hôtel mais également d'un beau bar à prostituées au Canada (Richard Beymer) et son associé qui n'est autre que le célèbre David Patrick Kelly ("Tu te souviens Sully je t'avais dit que je te tuerais le dernier. J'ai menti!") ! 

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Accessoirement, le père manquera de coucher avec sa propre fille (Sherilyn Fenn), engagée afin de trouver des liens dans ses affaires troubles. Heureusement qu'il y avait un masque! Le genre de type sans scrupule avec le cigare dans la bouche. D'autant que comme à son habitude, Lynch en fait un personnage extravagant comme sortant d'un mauvais cartoon avec toujours un petit sourire carnassier. Pour ce qui est des policiers, on en a aussi pour son argent. Si le shérif (Michael Ontkean) est tout ce qu'il y a de plus normal, le reste est pour le moins éclectique. MacLachlan incarne un personnage atypique parlant systématiquement à son magnétophone Diane, laissant planer comme un sentiment d'étrangeté dans les apparitions de l'agent Dale Cooper. Il est aussi spécial à cause de ses visions qui lui permettent d'élucider des crimes et le plus amusant c'est que ça marche. Par ailleurs, on ne le saura que dans la deuxième saison, mais il s'agit aussi un être meurtri par la mort de sa bien-aimée, traquant sans relâche le fameux Bob (Frank Silva), y compris dans la ville où il devient finalement un habitant comme un autre. Il perdra beaucoup en restant à Twin Peaks (tragique terminus pour Heather Graham), jusqu'à un dernier plan de la série (ce que l'on pensait à l'époque) à la fois étrange et terriblement triste.

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Il y a aussi tout un quiproquo amoureux entre le gentil flic (Harry Goaz), la réceptionniste (Kimmy Robertson) et le possible père du bébé qu'elle a dans le ventre, ce qui donnera des situations merveilleuses. Puis il y a les guests incarnés par le regretté Miguel Ferrer (il effectuera sa dernière prestation dans la troisième saison) et David Duchovny alimentant l'excentricité globale de la série. Enfin, il y a le rôle que s'octroie David Lynch, un autre agent du FBI particulièrement sourd et qui gueule beaucoup en conséquence. Ce qui donne des situations absolument comiques et notamment face au shérif qui n'est pas très enchanté, au contraire des serveuses qu'il entend très bien. Un vrai romantique ce David. Mais ce qui marque considérablement le show, c'est le ton absolument lynchien du programme et même quand il ne fut pas à la barre (ce qui se ressent beaucoup dans la seconde saison, la première étant tout simplement parfaite), la série reste toujours ovniesque dans le paysage télévisuel. C'est du pur David Lynch entre réalisme et folie furieuse (les scènes sanglantes), voire d'une hystérie totale (les apparitions de Bob), le tout saupoudré par Mark Frost ayant combler plus d'un trou dans la série. On retient également un grand nombre de séquences délirantes, à l'image des scènes dans la chambre rouge entraînant souvent le malaise et où le temps semble s'arrêter (y compris le langage).

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Une fois le meurtre de Laura élucidé, la série part parfois dans tous les sens, ce qui pourra laisser plus d'une fois le téléspectateur sceptique et notamment les non-connaisseurs de la filmographie de Lynch. Un détour dû en principe à la chaîne qui voulait à tout prix une conclusion au meurtre de Laura en milieu de saison, tout en continuant la saison à plus de vingt épisodes. Comme souvent, les histoires les plus courtes sont les meilleures et d'ailleurs, Lynch envisageait de continuer encore l'enquête bien après la troisième saison. Une preuve de plus que son intérêt n'était pas forcément porté sur Laura, mais sur la ville entière et ses protagonistes. La série bénéficie également d'un excellent casting, la palme à MacLachlan qui est d'un charme absolu en mangeur de tarte à la cerise et buveur de café. Le film Fire walk with me doit en revanche se voir après avoir vu la série ou alors pas du tout. Il a beau ressembler à du Lynch avec son lot de trips visuels (on pense au changement de tête du violeur), mais cette préquelle est franchement inutile au possible. Elle ne présente rien de plus que ce que l'on sait déjà et surtout elle dénature complètement les personnages. Certains y verront une occasion de prolonger le plaisir de la série, d'autres préféront définitivement s'en passer quitte à gagner du temps.

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Un film qui ne s'est pas fait sans heurt, plusieurs des acteurs n'ayant pas souhaité revenir suite à des désaccords vis à vis de la saison 2 (Lara Flynn Boyle ne reviendra jamais). Kyle MacLachlan a failli ne pas revenir et a demandé à avoir un petit temps de présence dans le film. Au final, on ne le voit qu'au début avec une des premières affaires et on n'en sait pas plus. C'est dire à quel point l'ambiance autour de la production de ce film sentait le roussi. Il faudra bien vingt-quatre ans pour réunir à nouveau les camarades Lynch et MacLachlan. Une éternité diront certains. (fin des spoilers) Quittons donc Twin Peaks, ses ruelles, ses habitants avec une certaine mélancolie sur le titre magnifique Falling qui orne le générique. Avant d'y revenir à nouveau...


Article initialement publié le 22 novembre 2013.

24 mai 2017

Le retour des bras cassés de l'Espace

La bande de Peter Quill fait une mauvaise opération auprès du peuple Souverain, ce qui les amène au père de Quill...

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Comme évoqué encore récemment dans l'Antichambre de Borat, le Marvel Cinematic Universe a beaucoup de mal à convaincre. Malgré deux phases bien remplies depuis 2008 (on en est à la troisième depuis Captain America: Civil War), le MCU se démarque peu généralement des autres blockbusters, voire se conforme dans quelque chose de déjà vu ailleurs (et souvent en bien meilleur). Pire encore, les films Marvel se réclament souvent du simple teasing, avec des personnages parfois à peine écrits ou installés par des scènes post-génériques plus lassantes qu'instructives. La preuve évidente avec Hawkeye (Jeremy Renner) intégré dès Thor (Kenneth Branagh, 2011) sans réel background (il apparaît quelques minutes et c'est tout), avant d'en voir un semblant dans le ventre mou d'Age of Ultron (Joss Whedon, 2015). A force de faire dans ce type de pratiques, on a plus l'impression de voir les épisodes d'une série télévisée que des films de cinéma. Certains aiment cela, revendiquant un aspect digne des comics. Sauf que très souvent ce qui marche sur papier ne fonctionne pas toujours au cinéma, le MCU le confirmant très régulièrement. C'était la différence avec Les gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) où la Marvel a plus ou moins donner carte blanche au réalisateur, surement à cause du côté atypique du projet et de la moindre popularité des personnages. 

Les Gardiens de la Galaxie 2 : Photo

Le film était finalement assez indépendant du MCU, même s'il y avait des allusions directes qui n'envahissaient pas le film (au contraire d'Ant Man). Ce qui marquait aussi avec ce film c'était sa direction artistique monumentale et n'ayant rien à voir avec la banalité de films antérieurs ou postérieurs de l'univers. La suite de ce qui est honnêtement le meilleur film de la franchise était forcément attendue. (attention spoilers) Dès les premières minutes, on sent que Marvel se donne les moyens de faire du vrai cinéma, qu'il ne s'agit pas seulement de payer des sommes mirobolantes de cachets (il n'y a qu'à voir les cachets monstrueux de Robert Downey Jr pour s'en rendre compte). Le générique est probablement la meilleure scène du film ou tout du moins la plus ambitieuse. Partant de Baby Groot sur Mr Blue Sky (Electric Light Orchestra, 1977), le générique se déroule en ne suivant que son point de vue, jouant sur un arrière-plan plein à rabord d'événements en parfait décalage. Une manière comme une autre de jouer avec les attentes du spectateur qui auront tout le temps d'admirer les scènes d'action du film par la suite, que ce soit dans l'Espace ou au sein même d'une planète. Des scènes d'action spectaculaires et souvent inventives (le piège forestier est savoureux, tout comme le dézingage de l'équipage) renforçant la beauté des CGI utilisées pour un space opera au top visuellement.

Les Gardiens de la Galaxie 2 : Photo Kurt Russell

 

Evidemment Gunn joue sur l'aspect bigger and louder des suites et il n'y a qu'à voir son climax pour s'en rendre compte. On peut aussi citer cette scène délirante où Nebula (Karen Gillian) et Gamora (Zoé Saldana) s'affrontent à bord de vaisseau ou avec un énorme canon sur le dos! Le réalisateur reprend également le principe du prologue et annonce le personnage important du film, le père de Peter Quill aka la légende Kurt Russell. Le premier film abordait la relation entre Peter (Chris Pratt) et sa mère (Laura Haddock) en se focalisant en grande partie sur les cassettes audio qu'elle lui a offert avant de mourir. Ce second opus met donc en avant la relation père-fils inexistante depuis sa naissance. Là où Gunn gagne finalement des points c'est en faisant de ce personnage la némesis de son propre fils. Le rapport est différent de la relation entre Dark Vador et Luke Skywalker par exemple. Ego est un être manipulateur cherchant avant tout à exploiter les pouvoirs de ses multiples enfants (un beau filicide) pour perdurer. Si Vador veut avoir Luke à ses côtés c'est pour en faire son allié, pas un pantin à sa solde, puisque d'une manière ou d'une autre, il aime son fils. Ce n'est pas de l'amour qui ressort d'Ego et Gunn réussit même à en faire un salaud en puissance le temps de quelques révélations.

Les Gardiens de la Galaxie 2 : Photo Zoe Saldana

Le coup de poignard dans le dos par excellence. En jouant sur le parfait contre-pied (tout le monde avait hâte de voir le père Quill et finalement...), Gunn réussit son méchant car inattendu et fourbe. Par la même occasion, Gunn n'hésite pas à jouer de la puissance émotionnelle de paroles et sous-entendus crus, laissant entrevoir une certaine violence. Hormis quelques bribes à droite et à gauche, on n'avait jamais vu un tel ressenti émotionnel dans le MCU. Pour cela, n'oublions pas la dernière scène pré-générique de fin ornée de la magnifique chanson Father and son (Cat Stevens, 1972). Comparé au premier film qui jouait beaucoup sur l'aspect pop, les chansons sont plus significatives. Que Gunn utilise cette chanson à ce moment précis est symbolique, car elle parle du dialogue entre un père et son fils désirant partir du cocon familial. Ce qui renvoie directement à la relation amour-haine entre Peter et Yondu (Michael Rooker). De la même façon, Brandi you're a fine girl (Looking glass, 1972) est une métaphore d'Ego pour parler de sa relation avec sa compagne. Comme le marin de la chanson, il l'aime mais son amour est la mer / sa planète. Puis il y a The chain (Fleetwood mac, 1977) pour montrer le fils prendre son destin en main. Gunn mise également plus sur le comique de situation et l'équipe semble s'être bien amuser, gêrant mieux les personnages. Puis ce n'est pas tous les jours que l'on peut voir Howard the duck dans une maison close en même temps que Stallone! (fin des spoilers)

Une suite réjouissante et ressemblant vraiment à un film de cinéma avec ce qu'il faut d'argent à l'écran. Comme quoi ce n'est pas difficile Marvel, suffit d'y mettre un peu d'amour...

17 mai 2017

Cuvée 23

Nous sommes arrivés au jour fatidique. Le fameux anniversaire de l'auteur de ces lignes. Comme chaque année, la Cave de Borat sort sa petite cuvée avec un nombre de films cultes pour votre interlocuteur équivalent à son âge. Trêve de bavardage, allons directement au fond des choses. Vingt-trois ans, vingt-trois films, soyez prêts!

  • 1- Menteur menteur de Tom Shadyac (1997)

Menteur menteur

Je suis un enfant de la VHS, de la génération de ceux qui lui ont donné ses derniers instants de saveur. Dans les choix récurrents, il y a eu Disney, Pixar, Don Bluth et Jim Carrey. Menteur menteur est le premier film que j'ai vu de cet acteur réputé en grande partie pour ses talents comiques. Commença alors ma passion pour cet héritier de Jerry Lewis souvent caricaturé à des grimaces toutes plus fantasques possibles. A cette époque, Jim Carrey est une véritable star. Après des années de galère et de petits rôles à droite et à gauche (pour Clint Eastwood ou Coppola), l'acteur finit par s'imposer lors de l'année 1994. Dès lors, il est demandé un peu partout notamment pour jouer le Sphinx dans le piteux Batman Forever (Joel Schumacher, 1995). En 1997, il retrouve le réalisateur d'Ace Ventura pour un nouveau film. Menteur menteur est moins fou qu'Ace Ventura (qui tenait entièrement sur l'investissement de l'acteur) et The Mask (où là aussi sans lui, le film serait moins agréable à regarder), plus moraliste aussi. On suit tout de même un avocat qui n'arrête pas de mentir et se voit imposer de dire la vérité alors qu'il est en plein travail. A partir de là, Shadyac peut déchaîner son acteur principal dans les situations les plus délirantes possibles.

Asshole

Encore une fois, sans Jim Carrey le film y perdrait. C'est un film taillé pour lui et pour personne d'autre. Faire gagner sa cliente avec une vérité qui dérange. Dire un peu trop de choses qui fâche avec des réactions diverses (le rire ou le poing dans la figure). Faire exploser sa radinerie. Gueuler au téléphone à un client d'arrêter de violer la loi. On voit que Carrey s'éclate dans ce rôle et il y va franco. Sous couvert de fable, Menteur menteur peut aligner les poncifs, mais on s'amuse devant et c'est déjà l'essentiel.

  • Séquence culte: Votre interlocuteur aurait pu citer l'audience qui aligne les moments de bravoure tous plus hallucinants. Même si cette scène se déroule pendant, elle peut être vue comme une pause. Voici donc Jim Carrey pris de folie furieuse dans les toilettes, essayant tant bien que mal de se casser la figure pour stopper l'affaire de divorce qu'il doit défendre. Là où l'on voit qu'il n'y a que Jim Carrey (ou peut être Nicolas Cage) pour donner lieu à une scène aussi frappadingue.

  • 2- Dingo et Max de Kevin Lima (1995)

Dingo et Max

Ceux qui ont l'habitude de me voir parler des studios Disney ne seront pas étonné de ce choix. J'avais vu le second opus avant (Harrowell, McCarthy, 2000) et c'est ironiquement ce film direct to video qui m'a donné envie de voir ce film. Je l'ai d'abord vu chez un pote qui avait la VHS, avant de tomber dessus en magasin. J'ai toujours apprécié ce film, mais c'est en le revoyant de manière récurrente durant l'adolescence que j'ai commencé à y voir un véritable film culte. Dingo et Max ou A Goofy Movie n'est pas un classique Disney en raison de sa production (il a été réalisé par les studios Disney de Montreuil et non à la maison mère de Burbank) et de son statut (il est en quelque sorte une conclusion à la série La bande à Dingo). Toutefois, il n'en reste pas moins un des meilleurs films Disney des années 90. Il y en a eu beaucoup au cours de cette décennie (avant la douche froide des 2000's) et pourtant Dingo et Max réussit à en faire partie de par son ton et ses thématiques. Ce film se présente comme un véritable teen movie et s'affranchit très rapidement de ce dont il s'inspire. De La bande à Dingo il ne reste quasiment rien si ce n'est la plupart des personnages. Même le ton n'a rien à voir.

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Dingo et Max s'impose en revanche comme les retrouvailles d'un père avec son fils, tout deux étant bloqués dans leur point de vue. Le premier a tellement peur pour le second qu'il en vient à le surprotéger. Le second ne veut pas devenir comme son père, au point d'en faire un cauchemar lourd de son sens (autre excellente scène du film). L'aspect road movie permettra de les réconcillier pour une aventure initiatique riche en péripéties. Ce qui fait de Dingo et Max un film bien moins banal qu'il ne semble l'être et honnêtement un des teen movies notables de la décennie.

  • Séquence culte (spoilers): La scène que l'on retient le plus est finalement celle que l'on attend durant tout le film. Max est confronté au dilemme d'aller voir Power Line en concert. Il y est enfin et ce qui se passe à l'écran dépasse l'entendement. Il aurait pu simplement être filmé dans le public, il deviendra lui comme son père l'instigateur d'un show improvisé autour de la chanson phare de ce mélange entre Michael Jackson et Prince. Le tout sous les yeux de la fille qu'il aime (et elle l'aime). Iconique.

  • 3- Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis (1989)

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Si Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988) était un des films de mon enfance, la trilogie Retour vers le futur (1985-1990) est en revanche rattachée à mon adolescence. La logique aurait voulu que je cites d'abord le premier dans ce type de cuvée. Mais comme on dit les goûts et les couleurs... Bien que vu en dernier (pas entièrement la première fois et j'étais ensuite passé au troisième film), ce second opus de la trilogie reste l'une des meilleures suites de tous les temps. Le premier opus permettait à Marty McFly (Michael J Fox) de changer la rencontre fratricide entre sa mère (Lea Thompson) et son père (Crispin Glover) dans un récit nostalgique qui ne tombait pas dans le cliché. Zemeckis et son scénariste Bob Gale avaient même réussi à rendre les parents bien moins mignons qu'ils n'y paraissaient dans leurs discours (le père observait sa future femme sur une branche d'arbre, la mère était complètement dévergondée). La suite aurait pu simplement jouer sur la recette du premier film. Mais c'est mal connaître notre duo de scénaristes. Ils s'amusent de la fin ouverte du premier film pour pondre un délire futuriste plutôt bien vu (et ironiquement novateur malgré l'année utilisée). Ensuite ils vont jusqu'au changement radical de la timeline, plus encore que celui du premier film (finalement il s'agissait toujours de faire rencontrer les McFly père et mère, avec des bonus).

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Les paradoxes temporels explosent dans un festival à l'effigie de Biff Tannen (Thomas F Wilson). De là arrive donc les scènes les plus folles du film, puisque Marty revient en 1955 pour à nouveau changer le futur, ce qui implique de retourner certaines scènes à l'identique en incrustant Michael J Fox. Cette suite va plus loin dans des situations plus complexes et riches en effets-spéciaux. C'est ce qui fait toute sa grandeur par rapport au premier et à sa suite. Mais ne l'oublions pas, malgré leur rattachement, chaque opus peut être vu seul, c'est dire la réussite de cette trilogie. 

  • Séquence culte: La découverte de 2015 par Marty reste un grand moment pour le spectateur. Un moyen d'évasion aussi. Voitures volantes, l'overboard (ce skateboard en lévitation), les vêtements qui sèchent tout seuls et évidemment Jaws 19.

  • 4- Une journée en enfer de John McTiernan (1995)

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L'an dernier, je vous avais cité Piège de cristal (McTiernan, 1988), cette année il s'agira du second opus signé par McT. J'aurais pu citer 58 minutes pour vivre (Renny Harlin, 1990) en premier, histoire de rester cohérent. Mais le film d'Harlin est nettement moins bon que ce troisième film. Un cru particulièrement divertissant mais qui se reposait sur ses lauriers, notamment en reprenant la formule clé de Die Hard (un lieu plus ou moins clos, Holly McClane en perdition, le journaliste casse-pied, John seul contre tous). Avec Die Hard with a vengeance, McT dynamite le concept de la franchise: ce n'est plus un immeuble ou un aéroport qui est le théâtre des investigations de John McClane (Bruce Willis), mais la ville de New York toute entière! Un aspect qui sera réutilisé pour les deux films suivants jusqu'à l'outrance (les USA, puis l'Europe!) avec le peu de qualités que nous connaissons. McT joue pleinement de la typographie de la grosse pomme pour pouvoir mener par le bout du nez, comme le méchant Simon (Jeremy Irons), le camarade McClane et son acolyte de circonstance Zeus (Samuel Jackson). L'intrigue passe sans cesse d'un point à un autre, au point que le spectateur finit aussi déboussolé que le pauvre John, entre un jeu de piste et un braquage passionnel.

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Tout est une question de faux-semblants, y compris pour certains membres du clan de Simon. Si l'intrigue est alambiquée, elle n'en est pas pour autant complexe, il suffit juste de jouer le jeu. McT s'amuse également du personnage principal, dégageant sa femme (ou tout du moins ex) de l'intrigue par la violence du coup de téléphone et en faisant de McClane une véritable loque (on le découvre avec une gueule de bois carabinée). C'est ce contraste qui permet au réalisateur de relancer la franchise qu'il avait laissé et c'est ce qui fait toute la réussite de ce troisième volet.

Séquence culte: La première rencontre entre John et Zeus (Samuel L Jackson), un grand moment de poésie à lui tout seul. Pas besoin d'en dire plus.

  • 5- Ghost in the shell de Mamoru Oshii (1995)

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Pendant un temps oublié à cause d'une vague miyazakienne survenue durant les 2000's, Ghost in the shell est revenu dans les esprits à cause d'une adaptation live action qui ne semble pas avoir convaincu grand monde. Je connaissais le film d'Oshii depuis l'enfance et il a fallu l'été 2003 pour enfin le découvrir en DVD. Ghost in the shell a eu le même impact qu'Akira (Katsuhiro Otomo, 1988) à la même époque pour moi. Toutefois, ce n'est que vers l'adolescence que j'ai compris la plupart des aspects du film. A l'image de Blade Runner (Ridley Scott, 1982), Ghost in the shell est un des meilleurs films abordant l'intelligence artificielle. Les cyborgs présentés ne sont ni totalement machine, ni totalement humain, au point de se questionner comme le major Kusanagi sur leurs émotions et ce qu'ils sont. Ce qui marque aussi c'est à quel point le film est très moderne. Certes il adapte un manga de Masamune Shirow datant de la fin des 80's, mais le film était finalement très novateur lors de sa sortie et les questionnements qu'il apporte non seulement sur l'IA, mais également sur le net sont encore fascinants aujourd'hui. Avant même que le net ne soit totalement développé, Oshii et Shirow s'attaquaient déjà aux possibles dangers à venir.

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C'est ainsi que l'ennemi principal du film est une IA devenue une sorte de virus se propageant dans le net. Comme le monde de Ghost in the shell est connecté jusqu'aux arcanes du cerveau humain, la propagation d'une telle chose paraît encore plus évidente. Ce qui amène inévitablement à la cyber-criminalité et plus encore au cyber-terrorisme. Là on l'on se dit qu'une adaptation live action en 2017 ne peut pas faire grand chose: quand l'original est précurseur, sa réadaptation peut difficilement l'être et peut vite paraître dépassée...

  • Séquence culte: Il y a un bon nombre de scènes d'action notables dans le film, mais la meilleure est probablement l'affrontement entre Kusanagi et un cyber-terroriste. Un affrontement à ciel ouvert où l'assaillant aura beau avoir une mitraillette, il ne pourra rien face au camouflage thermique de l'héroïne.

  • 6- Minority report de Steven Spielberg (2002)

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Découvert en DVD, Minority report est vite devenu un de mes films favoris de Steven Spielberg. Pourtant, ce n'est pas les bons films qui manquent dans sa filmographie et qui ont durablement marqué ma cinéphilie durant mon enfance ou mon adolescence. J'aurais pu ainsi citer ET (1982) découvert à la fois en VHS et au cinéma (pour sa catastrophique réédition) en avril 2002. Il faut sauver le soldat Ryan (1998), l'un de mes films de guerre préférés. Ou encore Arrête moi si tu peux (2003), mon premier film de Spielby vu au cinéma (hors ET bien sûr). Minority report est probablement un des films de science-fiction les plus importants des 2000's et particulièrement visionnaire. Spielby nous montre non seulement une technologie possible (et qui existe dorénavant à l'image des écrans tactiles), mais aussi une vision terriblement voyeuriste du futur. Le principe même des enquêtes est qu'elles n'existeraient pas si des sortes de surdoués (que l'on contraint à la tâche) ne le voyaient pas. Mais quelles sont les possibilités que les crimes commis existent finalement? Pour preuve toute la machination entourant John Anderton (Tom Cruise) qui ne tiendrait pas la route s'il n'avait pas vu qu'il était le suspect.

Minority Report : Photo Tom Cruise

S'il n'avait pas vu son crime, il n'aurait probablement jamais chercher à savoir pourquoi il l'aurait fait. C'est tout le paradoxe exposé dans le film et ce qui le rend fascinant. Les personnages voient une possibilité, mais pas une vérité à proprement parler. La technique des précogs est peut être envisageable mais pas à chaque fois, ce qui rend le programme terriblement dangereux. Tout le monde est suspect, du citoyen lambda au politicien véreux. Minority report est en soi un film qui peut faire peur, tant ce qu'il dévoile n'a rien de positif dans tous les cas. "Tout le monde fuit", John ne croit pas si bien dire.

  • Séquence culte: Cette scène confirme que le système fonctionne, permettant au spectateur de penser que ce type d'événements peut arriver. Avant la douche froide. 

  • 7- Zodiac de David Fincher (2007)

Zodiac : Affiche

Le choix de ce film de David Fincher n'a rien d'étonnant, il est même symbolique. Le 17 mai 2006, j'allais voir Da Vinci Code (Ron Howard). Traumatisme certain devant un film pareil, qui en plus pollue votre anniversaire. L'année suivante, on espère moins se tromper. C'était Zodiac sorti le jeudi à cause du Festival de Cannes où il était en compétition, qui plus est le premier film de David Fincher depuis 2002. Donc le 17 mai. Jackpot! Au même titre que l'excellent Memories of murder (Bong Joon Ho, 2003), Zodiac est l'exemple typique du film-enquête fascinant. On est scotché par cette enquête se déroulant sur deux bonnes décennies et qui finalement n'a abouti à rien. On peut même avoir différentes pistes, dont la plus évidente pour votre interlocuteur est qu'il y a eu plusieurs tueurs et non un seul. D'où le fait que le principal suspect n'a pas eu son ADN retrouvée. Au final, Fincher met le spectateur dans la peau de l'enquêteur, scrutant les moindres détails d'une enquête sinueuse et riche en rebondissements. Comme les trois personnages principaux du film, le spectateur est obsédé par la quête de vérité au point d'en être lui-même perdu. On peut même penser que Robert Graysmith, ce dessinateur totalement impliqué dans la traque du Zodiac (Jake Gyllenhaal), est un possible suspect tant son obsession devient maladive.

Zodiac : Photo Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr.

Tous y sont tombés dedans et se sont rarement relevés, à l'image de Paul Avery (Robert Downey Jr). Fincher réussit même toutes les scènes de reconstitution des crimes, rendant ces passages totalement oppressants et épouvantables. Il n'y a qu'à voir la scène de la voiture sur l'autoroute. Quasiment en temps réel, sans musique, le visage du Zodiac invisible à l'oeil nu (ce sera pareil pour les autres scènes). En près de trois heures, Fincher n'ennuie jamais son spectateur, ce dernier a même envie de se replonger encore et encore dans une des enquêtes les plus sordides des USA.

  • Séquence culte: Vous voulez voir Roger Rabbit en mode suspect potentiel? Voici la scène de la cave où Charles Fleischer devient soudainement le plus angoissant des personnages. Pas besoin de grand chose, la peur se lit dans les yeux de Jake Gyllenhaal.

  • 8- Robocop de Paul Verhoeven (1987)

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J'ai découvert l'univers de Paul Verhoeven au cours de mon adolescence, raccord avec la violence de ses films plus acceptable avec l'âge. Tout d'abord avec Total recall (1990), certainement Hollow man (2000) et Robocop en DVD. Il y a deux ans, j'ai eu l'occasion de le revoir au cinéma dans une belle copie. L'occasion de constater deux choses. La première est que le film est toujours aussi époustouflant. Certains effets (notamment la stop-motion) ont pris un petit coup de vieux, mais tout ce qui est maquillage tient encore du grandiose. Même l'armure soi-disante vieillotte pour le public des 2010's est encore un modèle de design et ce malgré sa complexité d'installation (le pauvre Peter Weller a souffert). Le futur dépeint par Verhoeven n'est d'ailleurs pas si éloigné de ce qu'est actuellement Detroit ou ce qu'elle a pu être dans des heures sombres. Une ville ruinée et pas loin d'exploser définitivement sous les coups de feu d'une criminalité galopante que certaines corporations aiment bien utiliser. A cela se rajoute un héros christique (Peter Weller) liquidé de la pire des manières, avant de revenir plus fort que jamais. Murphy n'est pas un robot, c'est un humain dans un corps robotique. L'Homme essayera bien de le contrôler par la robotique, son humanité prendra toujours le dessus. 

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Robocop date de 1987 et pourtant sa violence est toujours aussi frappante. Il faut dire que le réalisateur tape là où ça fait et parfois de la même manière que sur Starship troopers (1997). Il n'y a qu'à voir la critique des médias avec des flashs infos et des publicités douteuses, jouant sur une sécurité contradictoire à la réalité et à des produits inoffensifs en apparence. La seconde chose est évidemment de pouvoir écouter la musique de Basil Poledouris au cinéma. Une musique pétaradante, ravageuse et qui au cinéma gagne un côté épique merveilleux. Ce qui impose Robocop comme un des films de science-fiction les plus fascinants des 80's. 

  • Séquence culte: Première scène d'intervention du policier Murphy et l'une des scènes de massacre les plus violentes jamais vues sur grand écran. On pourra toujours repprocher le côté complaisant de Verhoeven dans la violence graphique. Toutefois, cette scène sert à ancrer pleinement Robocop dans un univers violent, radical et où les bandits n'ont aucune limite. Comme le confirmera un viol arrêté in extremis par le soldat Murphy.

  • 9- Halloween de John Carpenter (1978)

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Halloween fut mon premier film de John Carpenter, ce qui en fait une place de choix dans cette cuvée. C'était lors de l'année 2003, première année d'existence du lecteur DVD dans le foyer de votre cher Borat. Il se trouve qu'outre les grosses sorties (Lilo et Stitch, Spider-man ou La communauté de l'anneau en version longue), on aimait déjà à l'époque avec papa et maman chercher des DVD pas chers. L'éditeur Opening comme d'autres étaient le choix idéal avec des tarifs entre 1 et 2 euros. L'occasion de se payer Amityville 2 (Damiano Damiani, 1982), King Kong 2 (John Guillermin, 1986), Maximum overdrive (Stephen King, 1986), Dead Zone (David Cronenberg, 1983) et une bonne partie de la saga Halloween (1978-). Ce qui revient à les avoir vu dans le désordre, en fonction de ceux que l'on trouvait (le dernier vu fut le troisième, qui en plus est une sorte de spin-off). Mais le plus puissant restera toujours le premier. Big John a beau reprendre des éléments utilisés dans Black Christmas (Bob Clark, 1974) comme le plan-subjectif du point de vue du tueur ou le coup de téléphone, Halloween montre toute sa maestria à faire de l'horreur avec trois fois rien. Il n'y a qu'à voir sa manière de repousser les attentes du spectateur, en postant Michael Myers à peu près partout avant qu'il ne s'attaque enfin aux trois filles et leurs compagnons.

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Et quand il arrive enfin, Myers fait tellement de ravages que s'en est angoissant, agrémenté d'une musique stressante du grand John. Avant cela, le réalisateur aura pris son temps pour nous montrer les personnalités un brin simplistes des héroïnes, tout en valorisant en particulier Laurie Strode (Jamie Lee Curtis), héroïne vierge certes mais la seule à tenir tête à la machine à tuer Myers. Avec Myers, John Carpenter créait une véritable icône horrifique, bien plus que Jason Voorhees qui jouera plus d'une fois sur ses plates bandes. Le tueur indestructible, le Mal incarné diront certains.

  • Séquence culte: Il aurait été facile de vous montrer pour la dix-millième fois le plan-séquence servant d'ouverture au film. Prenons plutôt la mort la plus violente et un brin dérangeante du film. Bob (John Michael Graham) voulait seulement chercher une bière, il finira entre les mains de Myers. Le plus intéressant dans le dernier plan est la réaction de Myers. Comme si, comparé à ce que l'on dit souvent du personnage, il avait encore des émotions et pouvait trouver plaisant de voir son oeuvre. Visiblement il semble satisfait.   

  • 10- Carlito's way de Brian de Palma (1993)

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Voici typiquement le type de films qui a longtemps poireauté sur les étagères, attendant paisiblement d'être visionné avant d'être vu plus d'une fois par la suite. L'époque où je commençais à m'intéresser vraiment au cinéma de Brian de Palma aussi. On compare souvent L'impasse ou Carlito's way à Scarface (1982) et la comparaison n'est pas anodine. Ce sont des films qui se passent sur des périodes conjointes (l'un les 70's, l'autre les 80's), avec Al Pacino dans le rôle principal, De Palma à la réalisation, deux personnages dans un milieu hors la loi, aux origines étrangères (porto ricaine pour Carlito, cubaine pour Montana) et qui essayent de s'en sortir avec difficulté. On pourrait donc en rester là et dire que Carlito's way est une sorte de remake plus maniéré de Scarface. Sauf que Carlito n'est pas Tony Montana et c'est là que se marque la différence. On peut voir Scarface et L'impasse comme les deux faces d'une même pièce, une plus sombre que l'autre. Carlito's way est la plus lumineuse et surtout la plus tragique. Montana est un truand de la pire espèce, il n'aurait jamais changé et il fallait le stopper une bonne fois pour toutes. Carlito n'est plus une raclure, il veut fuir les problèmes et se ranger définitivement. Son but est d'ailleurs d'aller avec la femme qu'il aime (Penelope Ann Miller) dans les îles. 

L'Impasse : Photo Al Pacino, Penelope Ann Miller

Dès l'ouverture, il n'y a aucun échappatoire, rendant la chute de Carlito d'autant plus bouleversante. Oubliez la précédente incarnation de Pacino chez De Palma, ici c'est un autre rôle, une nouvelle composition. Patrick Doyle sort les violons, De Palma donne le coup de grâce, Pacino voit la lumière, le rideau se referme. L'impasse est un film terriblement mélancolique et triste, le film préféré de votre cher Borat dans la filmographie de ce cinéaste souvent malmené par le passé avant d'être adulé de tous aujourd'hui.

  • Séquence culte (spoilers) : Les truands pourchassant Carlito sont particulièrement coriaces et De Palma s'amuse de ce suspence vicieux. Si bien que l'on croit parfois que Carlito va s'en sortir... 

  • 11- Mad Max Fury Road de George Miller (2015)

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Pourquoi choisir le dernier opus de la tétralogie Mad Max (1979-2015) plutôt qu'un des trois premiers? Pourquoi un film aussi récent (un des rares de cette cuvée a avoir un écart d'années aussi court)? Probablement car malgré que j'adore les deux premiers films de George Miller qui sont des films précurseurs dans le genre apocalyptique (avant et après justement), Fury Road peut se voir comme l'apogée de son réalisateur. Le film où il a tout mis. Il continue le voyage de Max avec un nouveau visage (Mel Gibson est remplacé par Tom Hardy), sans altérer une seule fois ce qu'il a entrepris autrefois. Il continue à explorer son personnage à travers de nouveaux traumatismes (celui de n'avoir pas pu sauver d'autres personnes sur sa route) et comme souvent retrouve un peu d'humanité à travers de nouveaux personnages intéressants. L'apocalypse se montre à travers des mutations génétiques de divers protagonistes, mais aussi un message écologique plutôt fort. Soit une thématique déjà présente dans le dyptique Happy Feet (2006-2011). Par la même occasion, Miller a pu faire ce qu'il n'avait pas pu avant. Les deux premiers opus avaient été produit assez rapidement, ce qui avait entraîné des prises de risque qui auraient pu être dramatiques pour certains cascadeurs. De même, le réalisateur n'avait pas pu concrétiser "Justice League Mortal", projet DC Comics ambitieux qui aurait pu l'amener à un choc visuel pré-Avengers si l'on en croit certains storyboards.

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Fury Road s'impose comme un véritable tour de force visuel, un des plus beaux blockbusters de ces sept dernières années au même titre que Pacific rim (Guillermo del Toro, 2013), ironiquement aussi produit par Warner. Miller se fait plaisir, aligne les plans monumentaux et fous pour le plus grand plaisir du spectateur. Pour preuve, il s'agit d'un des deux films que j'ai vu au cinéma au moins trois fois (dont deux en VOST), c'est dire le plaisir éprouvé devant ce film, rollercoaster jouissif auquel on en redemande. Miller peut prendre son temps pour faire un nouveau film, il a déjà ma place achetée d'office.

  • Séquence culte: Dans un déluge de scènes fortes, comment ne pas citer le ravissement visuel de la tempête?

  • 12- A bittersweet life de Kim Jee Woon (2005)

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Alors que son Age of shadows (2016) peine sérieusement à montrer le bout de son nez (les distributeurs français pourront toujours dire que c'est la faute de Netflix), évoquons un petit peu Kim Jee Woon. Un réalisateur touche à tout s'emparant aussi bien du western que du film fantastique, jusqu'à atteindre les terres américaines sur le seul film intéressant du retour de Schwarzy. Avant cela, il avait déjà prouver qu'il pouvait filmer l'action avec I saw the devil (2010) et surtout A bittersweet life. Pour cela, il s'était entouré de son futur acteur fétiche Lee Byung Hun dans un rôle de gangster élégant et maniéré dont la violence explose au fur et à mesure. Pas de la manière d'un Dustin Hoffman dans Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971), qui consistait à exploser en toute fin. Ici, le personnage est imprévisible et même dans la difficulté, il trouvera toujours le moyen de se sauver. L'honneur est un élément fort du film, non seulement à cause du code des gangsters, mais surtout celui du héros. Il a beau avoir travaillé des années pour son patron, une banale erreur devient une trahison et c'est un élément que même le héros ne pourra tolérer. Son honneur a été bafoué alors même que d'autres ont fait bien pire.

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Jee Woon s'amuse du personnage d'Oh Dal Soo, particulièrement mal poli et irrespectueux devenant progressivement une nemesis pour le héros. Ce qui était au départ un film de gangsters, qui pouvait à la rigueur devenir un film romantique (le héros semble tomber amoureuse de la maîtresse de son chef), devient un film de vengeance à la violence implacable. Ou l'art de brouiller les pistes sur le genre même du film. Le grand final n'est d'ailleurs pas sans rappeler le final de The Killer (John Woo, 1989), le romantisme en moins. Un film singulier à l'image de son personnage principal.

  • Séquence culte: Histoire de voir à quel point le héros peut être imprévisible, voici sa libération quasiment kamikaze. Un grand moment d'action entre bastons et poursuite en voiture.

  • 13- Hard Boiled de John Woo (1992)

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Qu'on se le dise, sans le streaming et le téléchargement, certains films seraient introuvables notamment ceux venant d'Asie. Certes il y a les médiathèques (j'en ai la preuve depuis juillet dernier), mais toutes n'ont pas des rayons bourrés à craquer d'éditions HK Vidéo (si vous tombez sur une d'elle, vous pouvez foncer). Ma découverte du cinéma de John Woo s'est d'abord faites par certaines oeuvres américaines de sinistre mémoire (Mission Impossible 2 et Paycheck, probablement les deux plus mauvais films de John Woo), avant de passer par deux de ses classiques de sa période hong-kongaise. The Killer d'abord, puis l'impitoyable Hard Boiled ou A toute épreuve. Tout fan de films d'action se doit une fois dans sa vie de voir ce film. Si vous aimez les gunfights, les corps qui pleuvent sous les balles, les explosions, les personnages over the top qu'ils soient gentils ou méchants, Hard boiled est fait pour vous. Conçu comme le dernier feu d'artifice de son réalisateur avant son départ aux USA, ce film policier donne la part belle à des scènes d'action furieuses si bien que vous vous demanderez si vous avez déjà vu mieux ailleurs. John Woo confirme toute la maestria vue dans ses précédents films à travers ce film d'action jouissif et impressionnant. Au point de supplanter plus d'une fois le romantique The Killer.

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C'est aussi l'occasion de réunir deux des plus grosses stars du cinéma chinois, l'acteur fétiche de Woo Chow Yun Fat et Tony Leung Chiu Wai (celui d'In the mood for love). Un duo iconique au possible et qui assure largement le spectacle. Pour continuer le plaisir, je vous conseille vivement le jeu Stranglehold (2007), une séquelle vidéoludique du film où vous incarnez Téquila dans le parfait esprit des films de John Woo. Un parfait complément.

  • Séquence culte (spoilers): Choisir une scène dans Hard Boiled serait malhonnête, surtout quand on sait que l'assaut final dans l'hôpital est le meilleur moment du film. Plutôt que de choisir dans le tas, voici vingt-cinq minutes de ce dernier tiers. Toute la maestria de John Woo pour filmer l'action est là. 

  • 14- Team America de Trey Parker (2004)

Team America

On ne le dira jamais assez: les soirées entre potes c'est sacré. On discute, on mange, on boit et puis souvent on finit par mater des films. Team America fait partie de cette catégorie de film indispensable pour vos soirées. Trey Parker et Matt Stone avaient déjà frappé fort avec le film South Park (1999), les revoici au cinéma avec Team America. Les scénaristes laissent tomber l'animation papier pour les marionnettes pour un délire que même les ZAZ n'auraient pas oser. Team America ne va pas dans le cartoonesque comme les Hot Shots (1991, 93), il va dans les sujets poil à gratter. Preuve que Parker et Stone se foutent complètement de l'aspect marionnette, les fils sont apparents et les corps à corps des personnages sont d'un ridicule hilarant. Les deux larrons ne se censurent pas même pour le cinéma et s'en donnent à coeur joie pour dynamiter l'interventionnisme à l'américaine en pleine Guerre en Irak. Pas besoin d'aller plus loin, il suffit d'entendre le subtil America Fuck Yeah pour s'en rendre compte. Même le postulat de départ du film est totalement délirant avec son personnage principal engagé pour jouer un arabe dans une mission anti-terroriste alors qu'il n'est qu'un acteur!

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L'occasion pour le duo de s'en prendre au tout Hollywood, avec en ligne de mire (comme toujours) la famille Baldwin. Mais aussi ce cher Matt Damon passant pour un attardé et dont la seule parole sera de dire son nom. Encore et encore. Au final, Team America est un peu tout: un film d'action, une comédie satirique et même un musical aux chansons délirantes (une d'entre elles dézinguent même Pearl Harbor de Michael Bay). Le bon goût est mort, vive le mauvais!

  • Séquence culte: Le monde n'était probablement pas prêt pour une scène de sexe aussi graveleuse et délirante. Si bien qu'il semblerait qu'elle soit censurée. Votre interlocuteur a pu le constater lorsqu'il a revu le film en DVD. Voici donc la version non-censurée, montrant certaines tendances sexuelles supplémentaires toujours plus crades. Et en chanson s'il vous plaît.


Team America : police du monde - la scène de...par Filmsactu

  • 15- Interstellar de Christopher Nolan (2014)

Interstellar (affiche Imax)

 

Interstellar est rapidement devenu un de mes films cultes de ces dernières années. Après avoir conclu la trilogie Batman (2005-2012), Christopher Nolan était parti vers les étoiles avec ce vieux projet de Spielby. Beaucoup de choses modifiées pour un scénario moins hasardeux et plus intime. On a souvent repproché une certaine froideur chez le réalisateur, y compris sur un film comme Le prestige (2006), probablement un des plus beaux tours de force du cinéma. Pourtant toute l'émotion du film vient de cette révision du scénario et non de Spielby, souvent caricaturé comme un réalisateur mieilleux alors que les 2000's ont confirmé à quel point il pouvait faire des films de SF particulièrement noirs. Interstellar s'impose comme un voyage particulièrement intéressant, alignant des théories scientifiques fascinantes (le trou de ver mais aussi le trou noir) dans l'objectif de sauver l'Homme de sa propre perte. Interstellar ne va pas sur le même terrain qu'un Avatar (James Cameron, 2009) où les terriens partaient coloniser une planète comme si c'était les espagnols en 1492. Ici il s'agit de trouver un lieu de survie afin de faire perdurer l'espèce humaine. Interstellar se pose davantage dans un but écologique, montrant que si l'Homme continue à dégrader l'environnement, il en subira les conséquences.

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C'est aussi le voyage tragique d'un père (Matthew McConaughey) cherchant à tout prix à retrouver sa fille (Jessica Chastain), malgré le décalage spatial et la distance. C'est le seul but du personnage: sauver sa fille d'un avenir néfaste et la retrouver. De la même manière que McConaughey et Anne Hathaway forment curieusement un couple fusionnel. Le coeur d'Interstellar est là et c'est ce qui fait toute la beauté du film. A cela se rajoute des effets-spéciaux pour le moins impressionnants, les scènes spatiales étant un ravissement pour les yeux. 

  • Séquence culte: Une scène qui atteste de la claque visuelle du film? Le passage dans le trou de ver, véritable trip où l'on peut notamment voir à quel point l'IMAX permet des plans terriblement immersifs.

  • 16- Strange days de Kathryn Bigelow (1995)

Strange days

On évoque souvent le cliché du spectateur regardant un film en streaming ou en téléchargement et ne l'achetant pas. J'ai vu pour la première fois Strange days en streaming et je suis tombé à la renverse. On parlait souvent du film de Kathryn Bigelow comme un film intéressant, mais certainement pas comme d'un véritable chef d'oeuvre un peu vite oublié. Alors dès que j'ai pu le trouver (pour la modique somme de 7 euros), je me suis jeté dessus. Je le redis souvent un peu partout: il s'agit d'un des films les plus importants et visionnaires des 90's. Le film va avoir vingt-deux ans et ce qu'il démontre est toujours aussi actuel et foudroyant. La réalité virtuelle, le voyeurisme, les pop stars cloîtrées dans des hôtels hors de prix, les violences policières entraînant des émeutes, le bug de l'an 2000, un peuple qui hurle dans la rue, les rappeurs devenant les nouveaux prophètes... Tout y est et curieusement rien n'a changé. Le film a beau se dérouler sur les derniers jours de 1999 et avoir été réalisé après les événements autour de Rodney King, la réalité est toujours aussi glaçante. Sans compter l'avénement de la téléréalité permettant désormais à chacun de contempler ce que fait autrui avec une facilité déconcertante (il n'y a qu'à regarder les programmes de la TNT pour s'en rendre compte). 

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Strange days est aussi la symbiose de deux créateurs qui ont eu la bonne idée au bon moment. D'un côté, James Cameron réalisateur-scénariste connu pour ses récits souvent pessimistes, voire un brin apocalyptiques (même Titanic peut être vu ainsi, puisque le monde des personnages s'écroule sous leurs yeux). De l'autre, Kathryn Bigelow qui ne cessera par la suite de se pencher sur des sujets brûlants comme en atteste son prochain film ironiquement lié à Strange Days. Un film sur les émeutes de Detroit survenues en 1967. Un contexte aussi brûlant que celui de son chef d'oeuvre de 1995.

  • Séquence culte: J'aurais pu vous montrer la scène de viol, mais cela serait bien trop crade (un peu comme mettre celui d'Irréversible de Gaspar Noé). Prenons alors le plan subjectif servant d'ouverture au film. Une scène impressionnante de réalisme et qui doit être encore plus l'être sur un grand écran. Comme quoi pas besoin de tenir une caméra, il suffit de caler un capteur sur sa tête. Autrement plus novateur que le found footage qui repose sur le même principe.

  • 17- Meet the Feebles de Peter Jackson (1989)

Meet the Feebles

Demandez à des fans français de Peter Jackson s'ils ont vu ses films d'avant Fantômes contre fantômes (1996) et vous aurez droit à un petit sentiment d'incompréhension. Pas que tout le monde soit dans ce cas, mais beaucoup ne connaissent pas les premières oeuvres du réalisateur néo-zélandais. La raison évidente est leur non-disponibilité en France, visiblement à cause de droits. Bad Taste (1987) existe bien en DVD, mais l'édition ne date pas d'hier et sera surtout disponible dans des médiathèques. Le plus facile à trouver est surement Créatures célestes (1994) en raison de son casting regroupant notamment Kate Winslet. C'est là que l'on remercie les âmes charitables du net, puisque Meet the Feebles qui nous intéresse à présent et Braindead (1992) sont dans des copies plus ou moins acceptables sur ton tube. Au détriment de l'intérêt d'éditeur pour ces films (la faute à Netflix comme tout le monde le sait), au moins certains contributeurs font vivre un peu ces films dans le subconscient des spectateurs. Meet the Feebles est une parodie merveilleuse du Muppets, qui fut d'ailleurs bien accueilli par la famille de Jim Henson et qui comme Team America, ne se prive d'absolument rien. Il n'y a qu'à voir la galerie de personnages pour s'en rendre compte.

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L'érotisme by Peter Jackson.

Un morse véreux en couple avec une chanteuse hyppopotame gourmande et en plein adultère avec une chatte danseuse. Un rat pornographe qui alcoolise une jeune caniche pour la faire tourner dans ses productions. Une mouche à merde journaliste se délectant de la maladie du lapin star. Un crocodile héroïnomane traumatisé par la Guerre du Vietnam, donnant lieu à une parodie incroyable de la roulette russe de The Deer Hunter (Michael Cimino, 1978). Jackson fait comme pour son premier film: un film trash qui essaye à peu près tout dans le graveleux pour faire grincer des dents ou rire aux éclats. A la différence que Meet the Feebles n'est plus un film amateur et cela s'en ressent dans le récit ou la réalisation plus travaillée. Un bonheur jouissif dans tous les cas.

  • Séquence culte (spoilers) : Vous voulez voir du pur mauvais goût? Alors voici la chanson phare de Meet the Feebles, qui plus est dans un contexte violent. Tout est collector: le décor, les paroles, la chorégraphie, la musique et évidemment la réaction du public véritablement endiablé. Ceux qui ne connaissent Peter Jackson que pour ses blockbusters post-2000 risquent fortement de tomber de leur chaise.

  • 18- La mouche de David Cronenberg (1986)

La mouche

Oublions le David Cronenberg (dit Crocro) d'aujourd'hui qui se complaît à filmer des dialogues et à foirer des rares plans à effets-spéciaux (remember l'immolation lamentable de Maps to the stars). Revenons à un temps que les moins de vingt-ans ne peuvent pas connaître (et moi aussi dans un certain sens). Au même titre que John Carpenter, Crocro était un vrai maître de l'horreur avec peu de moyens et quand il en a eu de plus gros, il a atteint le summum. Après des crus importants comme Videodrome (1983) et Dead Zone (produit par Dino de Laurentiis), Crocro s'attaque au film de studio avec La mouche. Comme Big John avec The Thing, Crocro s'attaque à un remake d'un film des 50's, ce qui pourrait paraître néfaste aujourd'hui. Sauf que La mouche noire (Kurt Neumann, 1958) pouvait être modernisé tout comme The thing l'a fait avec La chose d'un autre monde (Nyby, Hawks, 1951). Nous n'étions pas encore dans une tendance de tout refaire pour pas grand chose. C'est aussi pour cela que La mouche est resté un must de l'horreur et c'est aussi pour cela qu'un remake à l'heure actuelle peut être très mal venu, car il ne fera probablement pas mieux que le film de Crocro. Crocro s'attaque à des thématiques finalement toujours actuelles et qui ferait bis repetita maintenant.

LM

L'apprenti sorcier (Jeff Goldblum) apprenant de ses erreurs bien trop tard, les erreurs scientifiques dues notamment à l'arrogance du créateur, les mutations que cela engendre jusqu'à un point horrible, la hantise de l'héroïne d'être touchée par le mal (Geena Davis). D'autant plus que les acteurs principaux étaient en couple sur le tournage, rendant leur couple à l'écran encore plus crédible et en soi tragique. Mais là où un remake se planterait probablement plus, c'est en faisant dans le tout CGI ou le mélange CGI / maquillages. Jamais un remake ne réussira à atteindre le degré de terreur et d'horreur que peut susciter le film de Crocro. Encore aujourd'hui, tous les maquillages du film sont impressionnants et mettent mal à l'aise. C'est aussi pour cela que La mouche est encore une référence aujourd'hui: il n'a finalement pas pris une ride.

  • Séquence culte (spoilers): Le final de La mouche est probablement le plus éprouvant du cinéma. Crocro est dans la dernière ligne droite et il sait qu'il va devoir durablement marquer le spectateur. Son concept de la nouvelle chair atteint son paroxysme dans ce final à la fois glauque et terrifiant. Le spectateur risque à jamais de se souvenir de la transformation finale de Seth Brundle, au même titre que celles de la créature extraterrestre de The Thing (John Carpenter, 1982). 

  • 19- L'enfer des armes de Tsui Hark (1980)

EDA

Voici probablement une de mes découvertes les plus marquantes de ces derniers mois. Mon intérêt pour Tsui Hark est venu ces dernières années, parfois en me focalisant sur des oeuvres mineurs comme ses crus américains (Double team et Knock off). Mais ça c'était avant que je ne passe par la médiathèque de Nilvange. L'occasion pour moi de découvrir plusieurs cinéastes asiatiques dont Tsui Hark. C'est ainsi que ces derniers mois j'ai pu rattraper bons nombres de ses oeuvres à travers les DVD d'HK Vidéo notamment. L'enfer des armes fut le premier du lot et le plus fracassant. Formant la conclusion de ce qu'on appelle sa trilogie du chaos (aux côtés de The butterfly murders et Histoire de cannibales), L'enfer des armes est un film à voir dans sa version totale. Censuré à cause de sa violence et de ses thèmes (le film traîte de jeunes terroristes confrontés à plus fort qu'eux), le premier montage n'a pu être conservé correctement, au point que le DVD d'HK Vidéo propose la version avec les morceaux restaurés et ceux inédits d'une VHS du premier montage dans une qualité inférieure. Les différences sont flagrantes et le film y gagne énormément dans le développement de ses personnages et de leur psychologie.

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Dans des temps aussi obscures que ceux que nous vivons, un film comme L'enfer des armes paraît tout de suite plus impressionnant, voire nécessaire. Il confirme que le terrorisme peut venir de n'importe qui, y compris de lycéens a priori propres sur eux. Si les personnages ne sont pas endoctrinés, ils deviennent de véritables menaces pour la société et leurs actes sont répréhensibles au possible. Mais le pire sera leur chute dans un déchaînement de violence dont Tsui Hark a souvent le secret. On sort grogy de L'enfer des armes, l'impression de ressortir d'un purgatoire ultra-violent.

  • Séquence culte (spoilers): Le massacre final, probablement une des scènes les plus choquantes du cinéma de Tsui Hark et globalement des 80's. Des lycéens s'amusant au terrorisme face à des machines à tuer qu'ils ont volé. Il y a des gens qu'il ne vaut mieux pas attaquer.

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  • 20- The host de Bong Joon Ho (2006)

The Host : Affiche Bong Joon Ho

Il y a des films qui n'impressionnent pas la première fois et qui finissent par vous plaire la seconde fois. Je l'avais déjà remarqué avec Miami Vice (Michael Mann, 2006), je l'ai constaté à nouveau avec The host. Il faut dire qu'à l'époque on m'avait vendu le film comme un gros film de monstre, ce qu'il n'est pas. Bien que le monstre soit l'élément déclencheur de l'histoire, cela ne fait pas du monstre l'attraction centrale du film et encore moins le signe d'un film spectaculaire. The host est surtout l'histoire traumatisante d'une famille qui souffre à travers un drame d'une tristesse incroyable. Comme souvent dans son cinéma, Bong Joon Ho se veut fataliste avec ses personnages, quitte à leur faire faire les pires choses possibles pour en venir à leur fin. On l'avait vu avec le trio d'enquêteurs dépassés de Memories of murder, ce sera encore le cas de la mère de Mother (2009) cherchant à tout prix à innocenter son fils et les petits de Snowpiercer (avançant vers les gros avec moult cadavres des deux côtés. Les héros de The host naviguent vers le désespoir sans s'en rendre compte, au point que leur chute n'en est que plus fatale. Comme la perte d'un enfant, Bong Joon Ho montre que tout repose sur une erreur humaine.

TH

Cela ne serait jamais arrivé si un poisson (ou quelque chose d'autre) n'avait pas muté à cause de produits polluants et nausifs balancés à la mer. L'Homme est responsable de sa propre perte et en a engendré un monstre. Un postulat qui n'est pas sans rappeler Godzilla (Ishiro Honda, 1954) qui s'attaquait aux ravages du nucléaire. Au final, The host n'est pas vraiment un film de monstre, il est avant tout un drame humain qui fait mal au ventre.

  • Séquence culte: La première attaque du monstre est d'autant plus frappante qu'elle arrive de manière banale. Des gens regardent le fleuve de manière intriguée, la petite (Ko Ah Seong) et son grand-père (Byeon Hee Bong) regardent le tournoi de tir à l'arc où intervient la tante/fille des deux personnages (Doona Bae), puis apparaît une créature tombant à l'eau. Puis le déchaînement de violence arrive et il n'y aura aucun échappatoire. Ishiro Honda montrait la peur du nucléaire avec un lézard géant, Bong Joon Ho réussit un vrai tour de force horrifique avec une créature carnassière et sans pitié.

  • 21- Sympathy for mr vengeance de Park Chan Wook (2002)

Sympathy for Mr. Vengeance : Affiche

Etant donné que je vous ai parlé récemment de Mademoiselle (2016) il n'y a pas si longtemps, évoquons plutôt un autre de mes films préférés de son réalisateur. De la trilogie de la vengeance (2002-2005), on a souvent le stéréotype de mettre en valeur Old Boy (2004), oeuvre centrale signant l'intérêt définitif porté sur Park Chan Wook après JSA (2000) en tête. Un film de qualité valant notamment pour la performance dévastatrice de Choi Min Sik. Pourtant, le film est moins réussi que les deux autres opus de la trilogie, Sympathy for Mr Vengeance en tête. Avec ce film, Chan Wook installe le spectateur dans un univers froid et terrible, où l'espoir n'existe quasiment pas. Le personnage principal (Shin Ha Kyun) est le cas typique du marginal à qui il arrive tous les problèmes possibles allant du chômage à sa soeur malade (Im Ji Eun), en passant par son handicap (il est muet). Comme Chan Wook est également un grand fataliste avec ses héros (notamment dans cette trilogie), il va les emmener droit en enfer dans un déchaînement de violence sans précédent. Un enlèvement qui dérape et c'est tout un monde qui s'écroule pour tous les personnages. Si Lady Vengeance dévoilera un petit signe d'espoir, les deux premiers opus et plus particulièrement celui-ci n'en laisseront aucun.

SFMV

La vengeance n'amène à rien, elle dévore les personnages jusqu'au point de non-retour. La loi du talion comme dans Death Sentence (James Wan, 2007) n'amène qu'à la destruction de son propre entourage jusqu'à un climax final dévastateur. Tout est parti d'une envie de sauver quelqu'un. Au final, ils se sont tous perdus. Un film noir de bout en bout.

  • Séquence culte (spoilers) : Avec cette scène, le père (Song Kang Ho) passe le point de non-retour et sombre dans l'ultra violence avec une furiosité incroyable. Sauf qu'il ne s'est pas attaqué à la bonne personne et il ne l'apprendra que bien trop tard.

  • 22- Bad Boys 2 de Michael Bay (2003)

Bad Boys 2

Il est bon de temps en temps de faire un mea culpa. La dernière fois que j'ai parlé de Bad Boys 2 dans ces colonnes, ce fut de manière très négative. Toutefois, il y a un peu plus d'un an j'y suis revenu et je me suis éclaté devant. C'est un film que j'ai beaucoup vu durant mon enfance et adolescence avant de le laisser de côté, comme pas mal de films de Michael Bay. D'où le décalage complet entre l'avis de l'époque positif et celui publié depuis. Bad Boys 2 est un film qui s'assume, peut être le plus jusqu'au boutiste de son réalisateur. C'est un film qui ne plaira pas à tout le monde et sur certains points ils auront peut être raison. En soi, Bad Boys 2 est assez vulgaire et balance des vannes grasses comme des rafales de mitraillette. Il s'impose aussi dans son dernier tiers comme un film interventionniste digne de son auteur. Et pourtant il y a un truc. Il y a la plupart des clichés inhérents à Bay, mais cela passe. Que ce soit la pose en contre-plongée, le plan circulaire, les belles pépés filmées sous toutes les coutures (dont Megan Fox le temps de quelques secondes), les acteurs fétiches (coucou Peter Stormare) et une tendance au kaboom spectaculaire. Mais Bad Boys 2 remplit parfaitement le contrat de la séquelle bigger and louder

Bad Boys 2

Tout est plus grand (jusqu'à la durée du film), plus explosif et Bay a pu faire toutes les excentricités voulues. Y compris faire d'un Michael Shannon encore inconnu un membre du Ku Klux Klan! Bad Boys 2 est aussi un des films d'action les plus bourrins du cinéma US des 2000's, alignant les morceaux de bravoure délirants sans parfois se rendre compte de la logique (des véhicules vont plus ou moins vite selon certains plans). Michael Bay est un réalisateur dont la filmographie n'est pas toujours digeste, mais il est bon parfois de souligner qu'il peut faire des choses intéressantes.

  • Séquence culte: Comment dégommer un grand nombre de véhicules et un bateau sur une autoroute? Michael Bay vous donne la réponse avec cette course-poursuite digne d'un cartoon.


Bad Boys II - Scène de l'Autoroutepar Gollum3333

  • 23- Shaolin Soccer de Stephen Chow (2002)

Shaolin Soccer : affiche

Comme Dark Water (Hideo Nakata, 2002), j'ai découvert Shaolin soccer dans de drôles de conditions. Il se trouve que votre cher Borat subissait une de ces gastros bien violentes et j'ai vu ces deux films sur Canal + avec cet énorme problème. Ce qui ne m'avait pas empêché d'apprécier le film de Stephen Chow, acteur notamment réputé en Chine pour son humour un brin potache et des films remarqués comme le dyptique Le roi singe (Jeffrey Lau, 1994) ou Bons baisers de Pékin (Chow, Lik Chi, 1994). Avec Shaolin soccer, l'acteur-réalisateur a pu trouver un plus large public, bien aidé par l'achat des Weinstein qui se sont empressés comme très souvent de remonter le film. Il se peut que votre cher Borat a fini par voir les deux versions, constatant des différences lors de son dernier visionnage. Shaolin soccer est une manière comme une autre de montrer à quel point Stephen Chow peut s'emparer d'un sujet (ici le football) et en faire un truc totalement délirant. Ici c'est le rajout du kung fu, devenant un moyen philosophique de gagner une compétition. Les tournois d'arts martiaux laissent leur place aux tournois de soccer, donnant lieu à un grand numéro de n'importe quoi.

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Shaolin soccer n'a pas peur des excentricités et rend cinégénique un sport qui justement à bien du mal à l'être (remember la trilogie Goal partant d'une intention louable et dont le montage était pire que ceux de matchs retransmis). Mieux, il s'impose comme une sorte de Captain Tsubasa (ou Olive et Tom pour les français) live action, reprenant notamment tous les trucs potentiellement invraisemblables qui amusaient tant les jeunes français dans les 90's (ah cette balle dégommée par les joueurs comme s'il tapait dans un punching-ball). Y compris en jouant d'un manichéisme jubilatoire pour le dernier match. Il s'agira d'ailleurs du seul succès populaire de son réalisateur dans l'hexagone, Kung fu hustle (2004) ayant eu une moins bonne distribution, sans compter les films suivants finissant soit en DTV, soit dans les tréfonds du net.

  • Séquence culte: Il était temps que les maîtres du shaolin se réveille. C'est donc parti pour le premier gros défouloir du film. Oubliez le football et savourez.

Allez à la prochaine!

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05 mai 2017

Aucune guerre ne peut l'arrêter

Emprisonné depuis les violences survenues dans une petite villes des Etats-Unis, John Rambo est libéré par le colonel Trautman pour retrouver des soldats prisonniers au Vietnam...

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Initialement, le vétéran de la Guerre du Vietnam John Rambo devait se suicider dans le scénario du film First Blood (Ted Kotcheff, 1982). Sylvester Stallone avait fini par ne pas le faire, souhaitant donner un peu d'espoir à un personnage qui n'en a plus. Ce qui amene les producteurs Mario Kassar et Andrew G Vajna à produire une suite. Ils mettent le grappin sur un certain James Cameron, dont le scénario de Terminator a tourné un peu partout. Bloqué par le tournage de Conan le destructeur (Schwarzy devait le tourner à cause de son contrat avec Dino de Laurentiis), Big Jim s'engage à scénariser la suite de Rambo et George Pan Cosmatos (Cobra) le réalisera. Après quatre traitements, le scénariste laisse sa place comme prévu à Stallone. "La politique c'est de Stallone, l'action est de moi" dira Cameron (*), comme pour confirmer que l'aspect finalement très politisé de cette suite venait de Sly. Au vue de ce à quoi tournait Stallone à l'époque, cela n'a rien d'étonnant notamment ses tendances reaganiennes (Rocky IV sortira la même année). Ce qui ironiquement n'a rien à voir avec Cameron qui était un détracteur du président en place. Il semblerait d'ailleurs que le traitement final n'a parfois rien à voir avec les écrits de Cameron. Le début devait commencer dans un hôpital psychiatrique et non une carrière, comme pour confirmer que Rambo avait besoin de soin suite au traumatisme.

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De même, il n'y avait pas de sidekick féminin mais masculin, probable inspiration du personnage de Bill Paxton dans Aliens (Cameron a écrit les deux à peu près en même temps). Stallone aurait d'ailleurs confié depuis que le scénario de Cameron était plus convainquant que le film lui-même et en soi, on ne va pas trop le dédire. Rambo 2 : La mission (1985) n'en reste pas moins un gros succès, la preuve du star power total de son acteur dans les 80's et faisant de Rambo son second personnage fétiche. Si Rambo 2 a des défauts, il n'en reste pas moins une bonne suite dans la mesure où il ne fait pas encore n'importe quoi avec la mythologie installé dans le film de Kotcheff. Le troisième (Peter MacDonald, 1988) fera bien pire en allant dans le nanar de compétition. Toutefois, l'ambiance est quand même assez différente. Kotcheff signait un film assez intime, faisant la part belle à la tristesse d'un vétéran persécuté alors qu'il revenait de l'enfer. Avec Rambo 2, Trautman (Richard Crenna) le renvoie là-bas car comme il le dit si bien: "ce que vous appelez l'enfer, il appelle ça chez lui." On peut voir cette réplique comme une énième punchline de film d'action bourrin, pourtant elle caractérise parfaitement le personnage, véritable machine de guerre capable de créer une guerre civile à lui tout seul.

Sylvester Stallone. Carolco Pictures

Rambo 2 est un retour aux sources explosif, où le personnage redeviendra définitivement ce qu'il était: une machine de guerre instoppable. Les vietnamiens et les soviétiques (joies de la Guerre Froide) peuvent déjà frémir, ils finiront avec une flèche dans le corps, une gorge tranchée, criblés de balle ou mieux encore dégommés à l'explosif. L'action de Rambo 2 est particulièrement délirante, parfois à la limite du cartoon, Cosmatos y allant franco dans le second climax (Rambo en hélicoptère dégommant un camp au missile et liquidant le chef au bazooka!). Par la même occasion, Rambo ne cessera de redire au cours du film qu'il est là pour gagner la guerre que beaucoup d'américains ont perdu. C'est même son unique moteur et ce pourquoi il a accepté la mission. Ironiquement, Cameron reprendra le principe pour le retour de Ripley (Sigourney Weaver) dans Aliens (1986), cette dernière repartant au front afin d'exterminer les xénomorphes. Dans les deux cas, les héros des deux films doivent faire face à la traîtrise, les bureaucrates cachant des choses à ceux qu'ils envoient au front. Notre cher Rambo est envoyé dans le vide, juste pour la reconnaissance car ces personnes ne veulent pas libérer les prisonniers américains. Tout simplement car ils ne veulent pas payer les vietnamiens en indemnités de guerre.

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On sent dans le personnage Marshall Murdock (Charles Napier) les prémices du Burke d'Aliens (Paul Reiser), menteur comme un arracheur de dents se planquant avec une malette pleine d'argent pendant que les autres se font trucider à sa place. Si Murdock n'aura pas le sort de Burke, il aura droit à une correction de l'ami Rambo qu'il aurait préféré éviter. Comme évoqué plus haut, le discours de Rambo n'a également pas changé, évoquant dans les dernières minutes qu'il veut que les USA reconnaissent le sacrifice de ses soldats au Vietnam. De même, il évoquera être remplaçable au même titre que ces soldats encore emprisonnés. Une verve patriotique de plus, mais qui va encore une fois dans le sens du premier opus, là où le troisième opus sera totalement hors-sujet. Même si moins réussi que son aîné, Rambo 2 continue les revendications exercées dans le film de Kotcheff. Le film va d'ailleurs quelques fois dans un effet miroir avec toute une partie infiltration dans la jungle se terminant devant une cascade ou encore les sévices quasiment identiques à ceux des flashbacks de l'original. Rien n'a changé depuis qu'il est parti. On a connu Stallone plus inspiré niveau interprétation, mais il tient encore bien son personnage. Le film se plante en revanche lorsqu'il essaye de montrer une romance entre Rambo et sa camarade vietnamienne (Julia Nickson-Soul). Non seulement cela ne fonctionne pas, mais en plus à peine un bisou donné, elle se fait tuer! Pour la subtilité, on repassera. (fin des spoilers)

Rambo II : la mission : Photo George Pan Cosmatos, Steven Berkoff, Sylvester Stallone

Une suite moins bonne que l'original car moins subtile, mais restant dans les sabots de son aîné pour ce qui est des revendications post-Vietnam.


La critique d'Alice In Oliver:

Suite à l'énorme succès du premier opus, les producteurs décident logiquement de porter une suite aux aventures de John Rambo.
Bienvenue dans Rambo 2: la Mission, réalisé par George Pan Cosmatos en 1985. A la base, James Cameron avait écrit un scénario, mais le script sera largement remanié par Sylvester Stallone au grand regret du cinéaste.

Pour l'anecdote, Dolph Lundgren devait participer à cette suite, mais l'acteur était déjà sur le tournage de Rocky 4.
Pour le reste, Rambo 2 reste une suite décevante, mal aimée par la presse et les fans de la saga. D'ailleurs, le film de George Pan Cosmatos recevra plusieurs récompenses aux Razzie Awards: pire film, pire acteur pour Sylvester Stallone et pire scénario.

Concrètement, Rambo 2 est-il aussi catastrophique sa mauvaise réputation ? Franchement non. En vérité, Rambo 2: la mission a surtout le malheur se succèder au premier volet, qui lui est largement supérieur.
Avec Rambo 2, George Pan Cosmatos délaisse totalement la psychologie de son personnage pour réaliser un film bourrin, décomplexé et résolument tourné vers l'action.

Ici, vous pouvez oublier les flashbacks, les souvenirs douloureux et toute critique de la Guerre du Vietnam. Oui, Rambo 2 est un film profondément idiot.
Tout du moins, le scénario est de facture classique et tient sur deux ou trois lignes en écrivant au marqueur.
Attention, SPOILERS !

Suite aux événements du premier, John Rambo purge une peine de prison. Le Colonel Trautman parvient à le faire libérer.
En contre partie, l'ancien bérêt vert devra se rendre à nouveau au Vietnam pour prendre quelques photos: il semblerait qu'il y ait encore quelques prisonniers américains dans ce pays. Une fois sur place, John Rambo désobéit aux ordres.

La mission prend alors une tournure dramatique. Rambo est fait prisonnier. Pire encore, les vietnamiens sont soutenus par des méchants russes.
Au passage, ces derniers ont un accent à coucher dehors. Le communisme contre la force brutale américaine. Dans cet exercice, Sylvester Stallone remplit son office et massacre toute une armée à lui tout seul !

Seul contre tous, armé de quelques flêches explosives, Stallone donne une leçon à plus d'une centaine d'hommes sans être jamais inquiété... ou presque !
Il sera fait prisonnier et subira les tortures des communistes, qui sont évidemment des sadiques en puissance.
A cela, rajoutez une histoire d'amour indigente entre Rambo et une jeune vietnamienne, et vous obtenez le gros film d'action bourrin typique des années 80.

Dans cette suite, aucune surprise au programme. C'est vraiment un second chapitre inutile qui n'apporte rien à son modèle.
Reste quelques séquences tellement grotesques que cette suite en devient étrangement géniale et jouissive. Par contre, merci de mettre votre cerveau de côté !


Article initialement publié le 9 novembre 2011.

* Propos et anecdotes tirés de James Cameron: l'odyssée d'un cinéaste (David Fakrikian, 2017).


03 mai 2017

Chris au pays des merveilles

Un jeune homme afro-américain va rencontrer sa belle-famille blanche le temps d'un week-end. Vous pensez connaître cette histoire? Vous n'êtes pas au bout de vos surprises...

GO

En France, nous connaissons peu ou pas du tout le duo Key et Peele, au même titre que nous suivons à peine le Saturday Night Live, passant parfois à côté de certains talents comiques. Un duo qui a eu droit à un show durant cinq ans et même à un film (Keanu de Peter Atencio, 2016) inédit en salles et à la vente, mais disponible partout sur le net (Netflix est le mal des distributeurs ne l'oublions pas). Key est déjà apparu dans quelques films et sera de l'aventure The Predator que tourne en ce moment Shane Black. En revanche, Peele, Jordan de son prénom, a décidé de passer à la réalisation. Qui plus est avec Jason Blum aka "le producteur qui produit un film pour 5 millions de dollars (mais pas trop)". Une astuce à double tranchant avec des crus finissant parfois en DTV ou peinant à convaincre en salles (remember Jem et les hologrammes). Il se trouve que Get out (2017) fut un beau succès au box-office US cet hiver, permettant un passage au cinéma dans nos contrées avec grosse campagne à l'appui. C'est ainsi que votre interlocuteur a pu le voir en avant-première il y a deux semaines. Get out est le cas typique du film où moins vous en savez, plus la surprise sera grande. A l'heure où le marketing US a tendance à montrer les trois quarts d'un film avant sa sortie, ce type de promotion fait plaisir à voir.

Get Out : Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

Daniel Kaluuya (Black Mirror) prend la place de Sidney Poitier dans le rôle du gendre afro-américain qui ne sait pas à quelle sauce il va être mangé. Allison Williams (Girls) celui de la fille sortie d'un quelconque racisme incarnée autrefois par Katharine Houghton. Catherine Keener et Bradley Whitford se chargent de jouer les parents visiblement un peu plus conciliants que ceux incarnés par Spencer Tracy et Katharine Hepburn. Par ce jeu des apparences, le quatuor s'en sort vraiment bien, notamment les parents. Sauf que dès la première séquence, on sent que Peele veut avant tout s'amuser du postulat pour aller dans une autre direction. C'est aussi pour cela qu'il joue sur les attentes du spectateur. Le spectateur n'a aucune longueur d'avance sur le personnage principal, en dehors de la première séquence mystérieuse dont il ne connaît pas la finalité. Ce qui en fait la plus grande réussite du film. Le spectateur découvre les événements en même temps que lui et s'interroge également, car Peele reste focalisé le plus possible sur son personnage principal. Si le point de vue des personnages secondaires (y compris la petite-amie) est montrée, ce ne sera finalement que dans le dernier acte, le grand moment des révélations. (attention spoilers) La première séquence a tendance à nous prévenir de ce qui va arriver, sans être réellement explicite. Un jeune homme afro-américain (Keith Stanfield) se fait kidnapper en plan-séquence alors qu'il est dans une rue d'un pavillon bourgeois.

GO 2

Le spectateur aurait pu avoir la puce à l'oreille, puisqu'il cherche la maison où habite sa petite-amie, mais le spectateur est tant pris au jeu qu'il ne remarque pas vraiment le sous-entendu. On passe alors au héros tout naturellement. Julia Ducourneau a ironiquement commencé son film Grave (2016) de la même manière, partant d'un élément semble t-il extérieur (un accident chez elle, un enlèvement ici) comme séquence pré-générique, avant d'y revenir par la suite. On saura ce qu'est devenu ce jeune homme (comme la personne dans Grave) plus tard dans le film, mais à l'instant le mystère est complet. Get out navigue dans l'étrange, un peu comme dans un épisode de La quatrième dimension (1959-64). Peele cite littéralement la série avec la chambre obscure où se retrouve l'âme du héros, renvoyant à ce fameux générique avec une porte ouverte amenant à la dimension. Le fait de rester sur une seule perception permet aussi de ne pas comprendre directement les choses qui se trament autour de lui. On ne le comprend que trop tard comme lui. On sent qu'il y a quelque chose qui ne va pas, comme ces domestiques afro-américains aux comportements quasi-robotiques, un mec revenu d'entre les disparus comme si de rien n'était, ou les parents qui insistent sur le fait qu'ils ont voté pour Barack Obama et qu'ils étaient prêts à le voter une troisième fois.

Get Out : Photo Betty Gabriel, Marcus Henderson

Peele s'en amuse et continue à installer un malaise de plus en plus fort (la réception est un festival entre remarques douteuses et l"accident"). Arrive alors le moment des révélations. Là aussi le spectateur aurait pu avoir la puce à l'oreille au moins deux fois. Que ce soit le tête à tête entre la belle-mère et son gendre ou la visite du beau-père. On peut penser à du racisme direct, consistant à "exterminer ou asservir du noir" tel les membres d'un Ku Klux Klan wasp. Pourtant Peele amène à une autre réflexion probablement plus amusante et changeant du discours de bonnes moeurs que pouvait véhiculer le film de Stanley Kramer en 1967. Peele nous montre des blancs se sentant si inférieurs aux noirs qu'ils en viennent à envier leur puissance physique et à les ériger en êtres supérieurs. Ce qui amène à les utiliser pour différentes tâches par un moyen imparable. Peele s'emballe peut être un peu trop sur le gore dans les dernières minutes alors qu'il a été très sage avant, mais cela arrive au bon moment. On est arrivé à la conclusion et ce déluge de violence est digne d'un personnage qui se renie d'un acte terrible et voit l'occasion de rattraper le temps perdu en sauvant sa peau. Un point de vue pas si différent de celui des Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1972), où le normal Dustin Hoffman faisait sortir sa colère à base de balles. Une référence plutôt bienvenue dans un film bien moins simple qu'il n'y paraît au premier abord. (fin des spoilers)

Get Out : Photo Lakeith Stanfield

Un premier film singulier jouant parfaitement sur le mystère et l'étrange, emportant le spectateur vers des points inattendus.

29 avril 2017

Aliens en profondeur

Suite au crash d'un sous-marin en profondeur, l'armée américaine engage des foreurs pour retrouver les têtes nucléaires de l'engin. Mais ils vont découvrir tout autre chose...

A

Après Aliens (1986), James Cameron fait un petit break. Il rédige quelques ébauches et traitements (dont ceux de Strange days, Avatar et même du pilote de Dark Angel), tourne un clip fort sympathique pour le groupe de Bill Paxton Martini Ranch (Reach, 1988), western post-moderne où le camarade Paxton était traqué par des chasseuses de prime (dont la réalisatrice Kathryn Bigelow). Puis comme souvent, Big Jim se lance dans un gros défi. Probablement trop gros pour lui. Cameron est verni par les succès successifs de Terminator (1984), Aliens et en soi de Rambo 2 (George Pan Cosmatos, 1985) qu'il a scénarisé. Grand amateur de plongée et autres défis aquatiques (il n'y a qu'à voir ses différents documentaires des 2000's pour s'en rendre compte), le réalisateur veut faire le 2001 des films aquatiques. Des caméras et autres véhicules sous-marins seront construits pour pouvoir tourner dans la cuve d'une ancienne centrale nucléaire devenu un gigantesque bassin pour le film. Une manière comme une autre de s'entraîner avant Titanic (1997). Le réalisateur doit se résigner sur un grand nombre de plans à effets-spéciaux pour pouvoir réaliser le film déjà jugé trop cher. Ceux qui voyaient le tournage d'Aliens comme un champ de bataille ne sont pas au bout de leur peine. Les acteurs peinent à s'extasier face au temps de préparation et de réalisation de plans à effets-spéciaux.

Big Jim sort de ses gonds plusieurs fois avec des exécutifs de la Fox, manque de mourir noyé à cause d'un manque d'oxygène et Abyss (1989) commence à accumuler les dépassements à cause d'incidents (un tuyau qu'il faut remplacé, des plans difficiles à réaliser...). Le film ne fonctionne pas très bien au box-office et sort à la fin de l'été, en plus d'être raillé par la presse à cause de ses problèmes de tournage. Big Jim doit également couper tout ce qui concerne la vague géante pour arriver à une durée raisonnable. Des plans qui reviendront comme d'autres dans la version longue, aujourd'hui privilégiée par les chaînes de télévision. Au final, Abyss est peut être plus long et en soi plus radical (2h51 tout de même), mais plus complet et gagne de meilleurs effets-spéciaux. Normalement, Abyss doit enfin sortir en haute définition cette année, le spectateur devant se contenter du DVD au format 4/3 depuis dix-sept ans. Histoire aussi de réhabiliter un film souvent un peu éclipsé par les gros succès cameroniens. (attention spoilers) L'apparition des extraterrestres se veut particulièrement rapide, puisque ce sont eux qui font crasher le sous-marin, omnubilé par la lumière avant de voir qu'il allait dans les rochers. Cameron ne nous cache pas ces êtres énigmatiques et particulièrement beaux, reste à savoir s'ils sont positifs ou négatifs. En dehors du passage du sous-marin (que l'on peut voir comme un mauvais concours de circonstances), les extraterrestres ne sont pas hostile et c'est davantage l'Homme qui le devient pour l'étranger ou pour lui-même.

Abyss : Photo Ed Harris, Michael Biehn

Pour cela, le réalisateur s'amuse des militaires, véritable menace du film. S'ils disent s'être déjà entraîné, Hiram Coffey (Michael Biehn) sera le premier à subir la syndrome des hautes pressions. Cameron s'attarde sur les différents stades de ce syndrome dangereux aussi bien pour lui-même que pour ses coéquipiers. Tremblements, mutilations, troubles du comportement, paranoïa, il est aussi le seul à avoir accès à des armes à feu ou nucléaires. Un cowboy qui disjoncte, ce n'est jamais bon à avoir autour de soi. Voyant les extraterrestres une menace et sans contact avec sa direction, le personnage devient une véritable menace, manquant de faire exploser les têtes nucléaires et ainsi de tuer tout le monde. Le dérapage de Coffey servira à un climax, probablement le seul moment violent du film. Pas de sang à l'horizon, un seul mort... Abyss est le film le moins violent de son réalisateur et cela lui va bien. Big Jim n'a pas besoin d'un traitement bourrin pour une histoire pareille, se concentrant sur la science et les rapports entre les hommes présents dans la plate-forme. C'est d'ailleurs ces rapports humains qui sauvent les Hommes aux yeux des extraterrestres. Alors que Big Jim a jusqu'à présent fait dans le pessimisme le plus total (la guerre nucléaire de Terminator, le massacre d'Aliens), Abyss est certainement son film le plus optimiste. Il remet en selle un couple qui s'était quitté (Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio) grâce à l'expédition et ce sera le motif des extraterrestres pour stopper leurs avertissements.

Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio. Fox

Le premier sera l'ouragan qui s'abat sur la base militaire depuis le début du film. Le second sera diverses vagues géantes allant vers différentes villes clés, rappelant en soi le terrible final de La dernière vague (Peter Weir, 1977) ou plus récemment Deep Impact (Mimi Leder, 1998). Le but est de confronter l'Homme à ses contradictions, véhiculant aussi bien de l'amour que les pires violences envers lui-même ou l'environnement. C'est d'ailleurs eux qui sauvent Ed Harris d'une mort certaine, manquant de mourir faute d'oxygène, preuve de leur bienveillance. Des extraterrestres lumineux et encore de toutes beautés comme leur vaisseau géant, renforcés par la merveilleuse ost d'Alan Silvestri. Sans compter l'alien aqueux monumental et précurseur du T-1000 de Terminator 2 (1991) que ce soit pour le morphing ou l'aspect liquide. Ce qui fait aussi d'Abyss un film particulièrement pacifique dans la lignée d'un Rencontres du troisième type (Steven Spielberg, 1977) et porteur d'espoir. Inutile de dire que l'Homme n'a pas changé depuis... Par la même occasion, Big Jim utilise un procédé génial et véridique: un fluide s'installant dans les poumons, permettant ainsi plus d'oxygène dans des profondeurs fortes. La communication se fait alors par un clavier. Pour le réalisateur il s'agit encore une fois de montrer son travail de pointe, notamment en misant sur une science exacte et possible. Les scènes sous-marines sont d'ailleurs splendides, raccords à l'ambition folle du réalisateur. Le travail paye toujours. (fin des spoilers)

A 2

James Cameron signe un film rempli d'optimisme et de prouesses technologiques, probablement son plus beau film.


La critique d'Alice In Oliver:

Ce n'est pas une grande nouvelle: James Cameron est un passionné de plongée sous-marine. Avec Abyss, réalisé en 1989, le cinéaste signe encore une fois un nouveau bijou du fantastique. Le film nous transporte alors dans des territoires inconnus et dans les plus grandes profondeurs des océans, à plusieurs milliers de kilomètres sous l'eau. Pour l'anecdote, la technique du fluide respiratoire, utilisée pour plonger en grande profondeur, existe réellement. La séquence du rat respirant ce fameux fluide n'est donc pas truquée. Ce qui déclechera les foudres des associations de protection des animaux.
D'ailleurs, cette scène sera retirée de la version sortie en Grande-Bretagne.

Les fans de James Cameron considèrent souvent Abyss comme son meilleur film, son chef d'oeuvre absolu. Difficile de répondre, mais Abyss peut se ranger parmi les trois meilleures réalisations du cinéaste, avec Aliens le Retour et Terminator.
La mise en scène est tout simplement stupéfiante. Les séquences sous-marines sont absolument grandioses.
James Cameron parvient à nous plonger dans un thriller sous-marin à la fois beau, mélancolique et oppressant.

Les profondeurs et les mystères des océans ont une influence sur le comportement humain, semble nous dire James Cameron.
D'ailleurs, ils auront une grande répercussion sur l'esprit malade du lieutenant Coffey (Michael Biehn), le grand méchant de service, et totalement paranoïaque. Car Abyss ne propose pas seulement une aventure extraordinaire au fond de l'eau, le film se concentre également sur ses personnages.

A ce sujet, Ed Harris et Mary Elizabeth Mastraontonio forment un couple qui bat de l'aile. Toutefois, certains événements inattendus vont mettre leur amour à rude épreuve. Dans les bas fonds des océans, se tapit une autre forme de vie.
A aucun moment, James Cameron évoque le mot extraterrestre. A partir de là, le film laisse le spectateur dans sa propre interprétation.
Visiblement, cette civilisation intelligente vit dans les abysses depuis très longtemps.

On peut donc les voir comme des extrêmophiles, soit des organismes capables de se développer dans des endroits extrêmes.
Voilà une idée totalement novatrice pour l'époque. Avec un tel scénario, James Cameron nous dit que la vie pourrait se trouver dans des endroits inattendus.
Une réflexion récemment confirmée par les recherches en astronomie.

Dans Abyss, cette civilisation a pris la forme de fluide. Ce qui n'est pas sans rappeler la technique du morphing, qui sera utilisée dans Terminator 2, à travers les effets spéciaux du T-1000. Toujours est-il que ce peuple, surgi du fond des eaux, nous observe depuis des siècles avec une certaine incompréhension.
Pour James Cameron, c'est une façon comme une autre de critiquer une humanité en péril et courant à sa propre perte: la pollution, la déforestation, les deux guerres mondiales... Autant d'avertissements pour l'homme et sa capacité à s'autodétruire et à se renier lui-même. Bref, Abyss est un authentique monument du film fantastique, un chef d'oeuvre incontournable, un de plus pour James Cameron.

 

 


 

Article initialement publié le 21 septembre 2011.

Source: James Cameron: l'odyssée d'un cinéaste (David Fakrikian, 2017).

28 avril 2017

"Insubmersible" qu'ils disaient

Jack Dawson et Rose DeWitt Bukater ne viennent pas du même monde et pourtant ils vont s'aimer le temps d'une nuit. C'était le 15 avril 1912 sur le Titanic...

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James Cameron est un réalisateur de la démesure, allant toujours dans des directions où les gens ne l'attendent pas, quitte à leur donner une bonne claque. C'est ce qu'il a fait à nouveau en décembre 1997 (janvier 1998 pour la France). Son projet après True Lies (1994) aurait dû être l'adaptation de Spider-man, mais il s'arrêtera à cause de problèmes de droits. Le réalisateur se concentre alors sur un film sur le Titanic et opte même pour une visite de l'épave. Il sera question un temps d'utiliser les archives de cette expédition pour le film qu'il compte réaliser, mais il ira davantage sur une reconstitution (notamment pour la scène finale). Comme le furent ses précédents films, Titanic sera le film de tous les excès, Big Jim faisant comme très souvent dans le tournage commando et alignant les dépassements de budget (on parle d'entre 200 et 300 millions de dollars de budget). Pour un aspect plus cohérent, le réalisateur fera construire un paquebot grandeur nature, à peine plus petit que le Titanic et tournera dans un immense bassin. Des frais gargantuesques mais nécessaires. Le réalisateur en viendra même à rendre son salaire à la Fox (chose qui lui sera rendu suite au succès du film) et à laisser la Fox négocier avec Paramount pour la distribution du film. Le réalisateur demande à décaler la sortie de l'été à l'hiver 1997 pour pouvoir mener à bien son film, alors que le succès du film aurait peut être été plus fort en période estivale. 

Titanic : Photo James Cameron

La presse s'amuse de voir Big Jim s'attaquer à un drame historique et ironise en évoquant qu'il en fera certainement un vulgaire film d'action. Elle pense même que le film va se planter à l'image d'un Waterworld (Kevin Reynolds, 1995). Pourtant, Cameron a déjà mis un pas dans ce type de récit. Malgré son insuccès à l'époque, Abyss (1989) était tout sauf un film d'action (en dehors du premier climax, aucune scène de ce type) et reposait globalement sur l'amour d'un homme (Ed Harris) pour sa femme (Mary Elizabeth Mastrantonio). Par la même occasion, le cinéma de Cameron repose sur l'amour d'un être pour un autre, que ce soit un parent pour un autre (les Terminator, Aliens True Lies) ou un couple (Strange days et Point Break qu'il a écrit et produit pour Kathryn Bigelow). Ce type de déclaration était déjà à l'époque un stéréotype pour dire que Cameron n'était qu'un gros bourrin qui fait tout exploser (Michael Bay l'a largement battu depuis). Titanic cassera définitivement le mythe en alignant les records. Il est toujours dans les trois premiers films à avoir le plus gros box-office aux USA, en France et dans le monde et c'est d'autant plus fort avec l'inflation et le fait que le film n'est pas sorti directement en 3D. La 3D pour la ressortie de 2012 était d'ailleurs assez concluante, permettant de beaux effets de profondeur et même des sensations de flottements. Il y a des chances que la conversion de Terminator 2 (1991) prévue pour la rentrée soit d'un niveau aussi intéressant. De quoi permettre dans les deux cas de faire redécouvrir deux chefs d'oeuvre aux jeunes générations qui les ont découvert en vidéo ou à la télévision. 

Titanic : Photo James Cameron, Kate Winslet, Leonardo DiCaprio

De même, le casting aussi prestigieux et irréprochable soit-il n'est pas bankable. Leonardo Dicaprio et Kate Winslet ont été remarqué dans divers films, mais c'est Titanic qui les propulsera stars du jour au lendemain. Titanic est un raz de marée commercial encore impressionnant aujourd'hui et les onze Oscars qui l'ont couronné donne encore plus d'impact à ce succès plus que mérité. Titanic est certainement le dernier grand mélodrame hollywoodien. Michael Bay essayera bien de faire pareil avec Pearl Harbor (2001), il se cassera la figure. Avec son gros bateau pour tourner son film, Titanic gagne sans cesse en authenticité (d'autant que la reconstitution du lieu est somptueuse et fortement détaillée) et se révèle assez représentatif d'une époque cloisonnée dans ce microcosme. (Attention spoilers) On pourrait caricaturer ce film à "les riches sont en haut, les pauvres en bas" que ce ne serait pas faux. Derrière la catastrophe que montre le film, Cameron ne cesse de confronter un monde qui s'écroule sur sa propre bêtise, faisant jouer le système des castes au moment où il n'a pas lieu d'être. L'exemple les plus frappant (et en soi le plus glauque) du film est le personnage de Jenette Goldstein (Vasquez dans Aliens). On la voit avec ses enfants attendre pour atteindre l'escalier central menant au pont du paquebot. L'un de ses enfants lui demande alors pourquoi ils ne peuvent pas monter et elle lui répond que les femmes et les enfants de première et seconde classes doivent passer avant eux.

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La dernière fois que nous verrons cette femme et ses enfants sera dans leur chambre, attendant sagement la mort. Avec ces personnages, Cameron dézingue le fameux adage "les femmes et les enfants d'abord" en montrant que même eux ne sont pas tous à la même enseigne. Titanic est un film particulièrement violent et critique quand il se met à dézinguer le système des classes, mais encore plus quand il s'en prend aux responsables du drame. Le Titanic a été tué trois fois. La première quand l'homme d'affaire Joseph Bruce Ismay (Jonathan Hyde) a imposé au capitaine (Bernard Hill) d'aller plus vite pour faire les gros titres des journaux. Le premier sera un des premiers à fuir, Cameron le montrant comme un être lâche jusqu'au bout. La seconde fois, on informe le capitaine le risque d'iceberg, il laisse le paquebot tourner à plein régime. De cette décision entraînera la non-anticipation du drame à venir. En allant trop vite et en ralentissant à peine avant l'impact, il était impossible que le paquebot puisse dévier aussi rapidement sa trajectoire, de par son gouvernail trop petit. La troisième sera quand l'architecte Thomas Andrews (Victor Garber) évoque qu'il n'y a pas assez de canaux de sauvetage, car il fallait plus de place pour passer. D'autant plus lorsque des canaux ne contiennent que quelques passagers au lieu d'une soixantaine comme tester. 

Titanic : Photo James Cameron

Cameron montre bien que le naufrage du Titanic est autant la défaite d'une certaine arrogance (le Titanic fera bien la une des journaux pour une toute autre raison...) que d'erreurs humaines qui ont coûté la mort de plus de 1500 personnes. Les différences entre classes sociales se manifestent également dans l'histoire d'amour de Jack (Dicaprio) et Rose (Winslet). Jack est peut être un garçon de la troisième classe, mais Rose n'est pas loin de le rejoindre. On peut d'ailleurs voir cela comme un rebondissement, puisque les origines sociales de l'héroïne ne sont évoquées qu'après une heure de film. Avant cela, le spectateur voyait avant tout une jeune riche en couple avec un homme peu aimable (Billy Zane). Son père est mort en léguant des dettes à sa mère (Frances Fisher) et elle, entraînant le mariage quasi-imminent de la fille avec l'héritier d'un millionnaire. La mère croit encore qu'elle est riche et s'accroche à sa fille en pensant le rester. Sauf que la fille n'aime pas son fiancé, manque même de se suicider et finira par accepter son destin avec son sauveur, car elle n'appartient déjà plus à ce monde. Un monde qui préfère boire ou fumer des cigares alors que la fin est proche. Son passage dans le Titanic sera pour elle une renaissance. Nous avons également deux regards différents de gens riches sur Jack. La mère de Rose voit en lui un "insecte" dixit sa fille, car il représente ce qu'elle risque de devenir. 

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En revanche, Molly Brown (Kathy Bates) s'attache à lui car non seulement elle voit son fils en Jack, mais surtout elle n'a pas oublié qu'elle est devenue riche du jour au lendemain. Quant à Rose, elle est perçue comme un objet ou un désir selon les humeurs de son fiancé, au point que son obsession pour l'héroïne devient de plus en plus glauque dans le dernier acte. Une partie du film en rapport fut d'ailleurs coupée au montage, car trop longue. Elle montrait la fuite des héros face au garde du corps (David Warner) les pourchassant et la scène donnait une ambiance de thriller, où le garde du corps devenait le tueur qu'il faut arrêter. C'est aussi pour cela que l'on ne verra plus le personnage avant sa mort par électrocution. La relation entre Rose et Jack est l'exemple typique de l'amour tragique, l'amour interdit qui devient le récit d'une vieille dame racontant l'un des pires, mais aussi un des plus beaux moments de sa vie. James Horner donne sens à cette magnifique romance à travers une ost passant du majestueux à la tristesse totale, agrémentée d'une chanson qui fonctionne encore plutôt bien. Le film a beau être un PG-13, Big Jim n'épargne personne pas même des personnages attachants vus par ci, par là durant le film. On a beau connaître la tragédie, le réalisateur parvient quand même à surprendre et à émouvoir le spectateur à travers des âmes en peine. La dernière scène abritant les fantômes de cette nuit n'en devient que plus mélancolique et terrible à la fois. (fin des spoilers)

Titanic : Photo James Cameron

Avec Titanic, James Cameron a tourné son Autant en emporte le vent. Tragique, violent et terriblement beau.

La critique d'Alice In Oliver:

Inutile de revenir sur le succès de Titanic, réalisé par James Cameron en 1997. Toujours est-il que ce blockbuster constituera un véritable raz-de-marée (jeu de mot !) à travers le monde entier.
Titanic est l'un des plus grands succès du cinéma, maintes fois récompensé (meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleur film, meilleure musique... et j'en passe !) et oscarisé.

Il sera dépassé par Avatar, toujours réalisé par James Cameron en 2010. Comment expliquer un tel succès à travers le monde ?
En vérité, James Cameron varie les plaisirs et propose un divertissement qui s'adresse à tous les publics en mélangeant romance, historique, histoire vraie, aventure et catastrophe.

Ensuite, le budget et les gros moyens sont évidemment au rendez-vous puisque Titanic a coûté plus de 200 millions de dollars.
A sa sortie, c'est le blockbuster le plus cher de l'histoire du cinéma. Par la suite, il sera dépassé par Spiderman 3 et le même Avatar.
Au niveau des acteurs, le film réunit Leonardo DiCaprio, Kate Winslet, Kathy Bates, Billy Zane et Bill Paxton.

Au niveau de la réalisation et de la mise en scène, le projet Titanic a mis des années à voir le jour. Cela faisait déjà un petit bout de temps que James Cameron travaillait sur la reconstitution réelle du Titanic.
Certaines séquences seront tournées sur une maquette réduite, d'autres sont tournées en images numériques, avec l'utilisation de personnages réels.

Titanic constitue donc un travail colossal et acharné. Ce blockbuster s'appuie donc sur un cadre historique et minutieux.
C'est d'ailleurs la première partie du film qui nous présente à la fois l'histoire de Jack Dawson (Leonardo DiCaprio) et la conception du paquebot, réputé insubmersible. En un sens, la construction de ce bateau constitue la nouvelle merveille technologique de l'époque (l'histoire se situe dans les années 1910), l'homme étant désormais capable de défier dame nature.

Hélas, c'est l'inverse qui va se produire. Avec Titanic, James Cameron s'approprie l'un des plus grands mythes contemporains et signe une fresque épique.
Certes, toute la publicité autour du film entraînera une vague (c'est le cas de le dire) anti-Titanic. Toutefois, avec les années, force est de constater que ce blockbuster appartient aux grands classiques de ces 15 dernières années.

D'ailleurs, ce n'est pas un hasard, suite à la sortie du film, de nombreux ouvrages et documentaires seront réalisés sur le sujet, preuve d'un regain d'intérêt pour le paquebot et les différents thématiques qui l'entourent.
Toutefois, si le film de James Cameron fonctionne aussi bien, c'est surtout grâce à l'histoire d'amour entre Jack Dawson et Rose Dewitt (Kate Winslet).

Voilà une romance tragique qui n'est pas sans rappeler Roméo et Juliette. Le film confronte donc la bourgeoisie de l'époque au prolétariat dans une histoire d'amour impossible et condamnée à l'avance.
Pourtant, la magie opère, même si la fin est connue de tous. Enfin, lors de la séquence du naufrage, James Cameron délivre largement la marchandise et offre de nombreuses scènes spectaculaires.

En l'état, impossible de détester Titanic, à moins d'y voir un blockbuster surestimé (après tout, c'est peut-être le cas). Toujours est-il que Cameron a accompli un travail considérable. Personnellement, je ne suis pas un grand fan de ce genre d'histoire. Quitte à regarder une fresque, je préfère largement Ben-Hur.
Toutefois, les deux films n'ont strictement rien à voir.


Article initialement publié le 29 août 2011.

26 avril 2017

Le langage, dernière clé de l'Humanité

La linguiste Louise Banks est envoyée par l'armée pour communiquer avec des extraterrestres. A travers leur langage, elle doit essayer de décoder si ils ont de bonnes intentions ou non...

Arrival

On n'arrête plus Denis Villeneuve. Depuis qu'il fait des films aux USA, le réalisateur canadien a aligné les projets, du plus petit (Enemy, 2013) au plus gros (Blade Runner 2049 qui sortira en octobre prochain), en imposant à chaque fois une certaine qualité et avec un appui des studios toujours plus présent. Toutefois, Arrival ou Premier contact par chez nous (2016) a été produit en indépendant par Filmnation notamment (déjà derrière Looper ou Magic Mike), avant que Sony et Paramount ne le distribuent. Tourné juste après Sicario (2015), Arrival confirme deux choses: son réalisateur peut aborder différents genres sans aucun problème et surtout il maîtrise parfaitement la science-fiction, genre qu'il côtoiera avec ses deux prochains films (celui cité et la nouvelle adaptation cinématographique de Dune). Plus particulièrement la hard science, des récits de science-fiction plus adultes et reposant souvent sur des données scientifiques véridiques. Arrival est ironiquement le quatrième film consécutif de ce type sur quatre ans et sortis durant la même saison (l'automne). Toutefois, Villeneuve opte pour un traitement différent et n'a pas non plus le budget de Gravity (Alfonso Cuaron, 2013), Interstellar (Christopher Nolan, 2014) et The Martian (Ridley Scott, 2015) en allant vers les 45 millions de dollars (il en récoltera plus de 198 millions). 

Premier Contact : Photo Amy Adams, Jeremy Renner

Le réalisateur va dans une direction anti-spectaculaire, de la même manière qu'il l'avait fait avec Sicario avec le polar. Arrival n'est pas un film rempli d'effets-spéciaux et pas un film dans l'Espace non plus, même s'il parle d'extraterrestres et d'un thème également vu chez Nolan d'une autre manière. Il est même ironique qu'un des plans les plus beaux du film (celui de l'arrivée de l'hélicoptère dans une brume spectaculaire sur le site) a en fait été tourné quasiment tel quel. L'arrivée des vaisseaux aliens autour du monde n'est d'ailleurs quasiment pas montrée, se contentant du point de vue de l'héroïne découvrant la nouvelle par la télévision. De la même manière, une scène de mutinerie ne sera pas montrée clairement au spectateur, le réalisateur préférant s'attarder sur ses deux personnages principaux incarnés par Amy Adams et Jeremy Renner. Le seul moment spectaculaire du film est l'explosion qui suit. Le réalisateur se concentre avant tout sur l'expérience humaine et sur le suspense entourant la venue des extraterrestres et les réactions de l'Homme à leur encontre. Le réalisateur joue également du plan large, souvent pour montrer des écrans. Le spectateur regarde ainsi un écran qui lui-même en montre un autre. En l'occurrence la vitre séparant les humains des extraterrestres.

Premier Contact : Photo

Une vitre qui sert de moyen de communication entre les deux espèces, au même titre que pourrait l'être un écran de télévision ou celui d'un cinéma. Par la même occasion, le premier plan du film dévoile une porte vers la mer, celle de la maison de Louise (Amy Adams). Un même type de plan qui reviendra plus d'une fois à travers des flashs, comme pour évoquer la solitude dans laquelle est tombée son héroïne. Un lieu clôt dont elle peut difficilement s'échapper. C'est aussi par le prisme de ce lieu que le spectateur va comprendre dans quoi il s'embarque. (attention spoilersArrival a une structure complexe, commençant par des flashforwards (et non des flashbacks comme on peut le penser initialement). Cette maison est celle où elle a vécu avec son mari (personnage qui ne prendra forme qu'à la toute fin, même si on peut se douter de qui il s'agit) et sa fille victime d'un cancer. Par cette approche, Villeneuve anticipe les questions sur le temps et ses paradoxes présents durant tout le film. On ne s'en rend pas forcément compte au premier abord, mais certains détails peuvent apparaître avant la conclusion. Comme des "animaux" en pate à modeler (en fait les extraterrestres) ou ce passage où elle demande une définition à sa mère et où Louise lui répond en fonction d'une parole de son mari par le passé.

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Ce type de paradoxes avec des conséquences immédiates sur le passé comme le futur est au centre de l'intrigue d'Arrival. Si les aliens sont là, c'est pour anticiper un drame dans les siècles à venir sur leur espèce. Pour cela, Louise devient elle-même un moyen de communication entre présent et futur, évitant à l'espèce humaine de commettre l'irréparable. Ce qui sauvra aussi bien l'espèce humaine que ces extraterrestres sera de communiquer entre eux, d'échanger et ainsi permettrent à chacun de s'entraider mutuellement lorsque le moment sera venu. Par ce message au combien pacifique, on peut penser à Abyss (James Cameron, 1989) où des extraterrestres présents sous l'eau communiquaient eux aussi avec des écrans et aussi d'une manière pacifique (malgré l'ouragan et la menace des vagues géantes). Les signes des extraterrestres d'Arrival remplacent les écrans aqueux et les flashs télévisés de Big Jim. Par cette communication, les deux espèces dans les deux films finissent par se sauver. Si la musique de Johann Johannsson est très atmosphérique et correspond bien à l'aspect anti-spectaculaire du film, son impact est ironiquement moindre que le morceau de Max Richter On the nature of daylight (2004), utilisée en ouverture et à la fin. Ce morceau fait partie de l'album The Blue Notebooks que Richter a composé en protestation contre la guerre et plus particulièrement celle d'Irak.

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L'aspect contestataire et en soi pacifique de l'album (et donc du morceau) correspond parfaitement aux thèmes du film et dans sa tonalité triste et lancinante, il convient à l'esprit d'une femme consciente que l'enfant qu'elle va faire naître va mourir et par ce non-dit, va perdre l'amour de son mari. Si Louise a finalement donner naissance à Hannah en savant qu'elle allait forcément mourir, c'est avant tout un acte d'amour. Arrival est aussi le début et la fin d'une histoire d'amour, un peu comme Blue Valentine (Derek Cianfrance, 2010). Dans un rôle plus complexe qui n'y paraît, Amy Adams signe probablement sa plus belle prestation. Discrète, mais au combien gracieuse, l'actrice peut pleinement s'épanouir à travers cette linguiste prise dans un contexte exceptionnel. Sa non-nomination à la dernière cérémonie des Oscars (alors que le film était nommé dans plusieurs catégories majeures) est un scandale, surtout quand on voit l'acharnement de cette même académie à nommer chaque année Meryl Streep pour tout et n'importe quoi. Villeneuve est ironique sur un point: il montre les chinois comme les plus hostiles aux extraterrestres. A l'heure où Hollywood cherche de plus en plus à trouver des financements chinois (que ce soit Marvel, Paramount ou Universal) et où la Chine augmente ses quotas de films américains diffusés sur son territoire, ce type d'initiative est assez amusante.

Premier Contact : Photo Amy Adams, Jeremy Renner

Il prouve également que le réalisateur a eu la liberté de ton qu'il voulait, quitte à froisser un public potentiel. Toujours à propos du langage, Villeneuve confronte différents pays (et donc langages) selon leurs propres convictions. Les chinois auront tendance à vouloir faire parler la poudre, là où l'américain aura soit tendance à être curieux ou à vouloir des réponses le plus vite possible. Or, tout ne se fait pas en dix minutes et un mot mal interprété, qui plus est dans un langage et un sens différents du nôtre, peut avoir des conséquences selon les pays. L'entente entre les pays est la clé de tout le film et dans un monde où la peur de l'autre est fréquente, cela ne sera pas une mince affaire. Le film met un certain temps à se mettre en place afin de montrer le mieux possible les méthodes de Louise, mais aussi de faire comprendre au spectateur le langage des aliens. Beaucoup ont repproché l'apparté de Jeremy Renner évoquant l'avancée des recherches sur un certain laps de temps. Comme l'évoquait son réalisateur durant la promotion, il avait tourné différentes scènes sans employer ce raccourci, mais cela ne fonctionnait pas car elles étaient trop longues et explicatives. Le film l'est déjà dans sa première partie, faire une sorte de résumé avant de reprendre pleinement l'exploration du langage alien permet de garder le spectateur. Mais aussi de montrer un peu plus l'implication de Ian. Dans un rôle à contre-emploi (il n'incarne pas un énième action man), Renner se montre intéressant, voire même plus émouvant qu'autrefois. Une gageure en quelques sortes. (fin des spoilers)

Denis Villeneuve s'attaque à la science-fiction avec une oeuvre à la fois triste et belle. De la hard science complexe mais pas 
incompréhensible et ne cherchant pas à l'être.

21 avril 2017

Il ne fallait pas lui piquer sa femme!

Harry Tasker est un représentant de commerce tout ce qu'il y a de plus banal aux yeux de sa femme et de sa fille. Sauf qu'Harry est en réalité un agent-secret...

True Lies : Affiche

Quand La totale ! (Claude Zidi) sort en 1991, il n'est pas un immense succès avec un peu plus d'1 million d'entrées. Le film n'est pas non plus un chef d'oeuvre, ni une comédie automatiquement attachante comme pouvait en faire son réalisateur (Les Sous doués ou Le grand bazar par exemple). Il reste toutefois assez sympathique (au détriment d'être mémorable) et part d'un concept assez amusant: celui de l'espion confronté au fait que sa femme puisse aller voir ailleurs et passe au final à côté de sa vie de famille. Bobby Shriver finit par parler de ce film à son beau-frère, un certain Arnold Schwarzenegger. Arnie finit par le voir, puis James Cameron qu'il a contacté pour possiblement réaliser un remake. Les deux sont convaincus et en plus, Big Jim peut jouer sur son mirobolant contrat avec la Fox. A une époque où son projet d'adapter Spider-man commence déjà à sentir le roussi, le réalisateur voit son nouveau film à travers ce remake de La totale ! Si Schwarzy n'est pas très enthousiaste à l'idée d'avoir Jamie Lee Curtis comme femme à l'écran, les deux acteurs s'entendront comme larrons en foire lors du tournage. Cameron tourne beaucoup, même plus qu'il ne devait initialement et dépasse son budget initial. Au final, le film naviguera dans les 115 millions de dollars de budget et en engendra près de 380 millions au box-office total lors de l'été 1994. True Lies est un vrai remake de La totale !

TL

(attention spoilers) Il reprend l'ensemble de l'intrigue du film, à savoir l'homme qui fait découvrir de manière cocasse à sa femme qu'il est un espion et devra en même temps terminer sa mission. Arnold Schwarzenegger remplace Thierry Lhermitte, Jamie Lee Curtis Miou Miou, Eddy Mitchell laisse sa place à Tom Arnold dans le rôle du collègue bon copain, Art Malik sera le terroriste remplaçant le trafiquant d'armes Jean Benguigui, et Bill Paxton est l'équivalent de Michel Boujenah. De même, certaines lignes de dialogues et gags (le passage de la mitraillette et des escaliers) sont quasiment conservées. Mais Big Jim ne le fait pas de la même manière que Zidi. Le budget aidant, il voit les choses en grand, fait exploser le concept en allant beaucoup plus loin que le français. La totale ! était avant tout une comédie franchouillarde, True Lies est en revanche un gros film d'action avec des touches comiques bien remarquées. Ce qui en fait non seulement un excellent remake (ce qui est déjà rare quand les USA adaptent un film étranger à leur public), mais surtout l'un des rares cas où le remake dépasse l'original. Cameron a explosé le concept, au point de lui donner davantage d'ampleurs. Il n'y a qu'à prendre l'ouverture pour s'en convaincre. Avant que Gibson (Arnold) ne parle de sa situation, le spectateur ne sait pas qu'Harry Tasker (Schwarzy) cet espion en infiltration qui danse le tango avec une belle demoiselle (Tia Carrere), parle français et arabe et liquide tout sur son passage est un père de famille.

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Cameron montre ainsi un héros au tempérament de feu, aussi efficace que l'ami James Bond (au point que True Lies est souvent considéré comme un des meilleurs films d'espionnage hors 007), mais incapable d'avoir une vie de famille. Son collègue lui fera comprendre quand Harry apprendra l'existence de Simon (Paxton): en n'étant jamais là, sa femme (Curtis) peut avoir envie de voir ailleurs. Une des scènes non retenues au montage (*) montrait d'ailleurs l'héroïne échouant à raviver la flamme de son mari, assoupi à peine sur le lit. Sans compter qu'Harry est tellement lisse dans sa vie privée qu'il pourrait réciter le botin, ce serait identique ("on a l'impression qu'il guérit le cancer!") Il faudra bien une danse lascive (rajout de Cameron qui en a émoustillé plus d'un/e) pour montre à Harry que sa femme a plus d'un tour dans son sac, chose qu'il avait visiblement oublier. Cette aventure commune permettra à ce couple de raviver la flamme un temps éteinte. Par la même occasion, Harry semble avoir perdu de vue sa fille, jeune adolescente qui se demande qui est son père (Eliza Dushku). D'autres scènes coupées ou disons-le un arc entier du film (*) renvoyait à leur relation, même que Schwarzy trouvait que c'était sa meilleure prestation. Cameron reprenait tout un passage de La totale ! où le fils (Sagamore Stévenin) séchait les cours pour jouer dans un groupe. 

TL 2

A la différence que la fille d'Harry était en plus amoureuse d'un des membres, en plus d'en être la chanteuse (on a raté les talents de chanteuse de l'incontournable Faith). Une manière pour le personnage de renouer le contact avant le grand final. Si Big Jim l'a coupé c'est certainement pour une question de rythme et de longueur, car comme évoqué c'était plus ou moins un arc entier du film (le film dure déjà 2h24). Comme quoi, on évoque souvent que Big Jim est un grand bourrin, qui plus est un vrai général sur un tournage, mais ses films ont souvent plus de coeur que ce que beaucoup croient. Pas toujours besoin d'un paquebot qui coule pour montrer de l'émotion. True Lies a beau être un énorme film d'action, il n'en reste pas moins que sur l'aspect comique, le film aligne les punchlines comme jamais. Schwarzy semble même particulièrement à l'aise, qui plus est dans un rôle avec un peu plus de répliques que d'habitude. Rien à voir avec le T-800 (positif ou négatif) où il imposait en priorité une présence physique et avait finalement peu de réplique à dire. Ici, il semble s'éclater comme un beau diable, bien aidé par des partenaires qui lui donnent bien le change (Curtis comme Arnold). Mais alors le roi c'est certainement le regretté Bill Paxton, alignant les vannes salaces devant un Schwarzy rageux tel une mitraillette inarrêtable.

Arnold

Morceaux choisis au hasard tellement il y en a: "elle est comme toutes ces bobonnes, si vous leur appuyez sur le starter, elle vous sucerait un pot d'échappement!", "Un corps à faire dresser les morts pour réclamer leur faveur... un cul de môme de dix ans!", "comme une fleur mourante qui veut qu'on l'arrose". Un personnage merveilleusement pathétique et un Bill Paxton absolument hilarant dans pareil contexte. Pour ce qui est de l'aspect terroriste, il est malheureusement encore plus crédible aujourd'hui, n'en déplaise aux critiques de l'époque et aux associations évoquant un film raciste, car montre des "arabes américains comme des terroristes" ou ont "une haine de l'Amérique, ce qui est un stéréotype des musulmans" (**). Pourtant, dans le film, les terroristes ne sont évoqués QUE comme des fanatiques, participant aussi bien aux trafics d'oeuvres d'art que d'armes et menaçant de bombarder l'Amérique pour venger leurs frères morts. Il n'est jamais dit qu'ils soient musulmans et encore moins qu'ils soient américains. Au final l'amalgame vient davantage des critiques que du film lui-même. Pour ce qui est de l'action, Big Jim s'est fait plaisir. Il reprend l'idée du lance-flamme à l'essence à sa production Point Break (Kathryn Bigelow, 1991). Il déclenche une poursuite délirante entre un cheval et une moto en plein Washington. Il fait également dégommer un pont dans une poursuite démentielle et ne parlons même pas du dernier climax totalement dingue ("T'es viré" ou quand Schwarzy s'entraînait pour l'émission The Apprentice). (fin des spoilers)

Arnold Schwarzenegger. Collection Christophe L.

En faisant un remake de La totale ! , Big Jim a dynamité un concept qui ne demandait qu'à avoir plus d'ambitions. Frappadingue.


Article initialement publié le 29 octobre 2009.

* Pour plus d'informations: http://www.hdvision-mag.fr/2012/01/true-lies-edition-speciale.html

** Propos extraits de James Cameron: l'odyssée d'un cinéaste (David Fakrikian, 2017).

20 avril 2017

Séance étrangement folle dans le cinéma

Longtemps absente de ces colonnes, l'Antichambre de Borat fait son grand retour avec toujours ses trois films chroniqués dans des critiques plus courtes, mais tout aussi succulentes. Au menu cette semaine: un chirurgien amateur d'étranges choses; deux idiots en pleine Seconde Guerre Mondiale; et une plongée dans le cinéma français. Ready? Go! (Attention spoilers)


 

DSLà où le Marvel Cinematic Universe prend des risques sur Netflix (même si la série Iron Fist s'est révélée moins bonne que les précédentes séries), c'est un peu moins le cas sur ses films. Doctor Strange (Scott Derrickson, 2016) avait de quoi faire peur sur plusieurs aspects. 

Il s'agit d'une énième origin story pas si éloignée de celle d'Iron Man (le golden boy arrogant qui perd tout, l'humour pince sans rire et le cabotinage de Benedict Cumberbatch succédant à ceux de Robert Downey Jr). Un aspect récurrent du comic book movie qui aura tendance à peut être lasser le spectateur habitué.

L'autre problématique venait de son réalisateur, auteur du remake du Jour où la Terre s'arrêta (2008) qui reste encore en travers de la gorge de votre interlocuteur. Ensuite, ce film passe après le désastreux Captain America: Civil War (les frères Russo, 2016). Doctor Strange est pourtant une bonne surprise.

Sa mécanique est certes bien huilée (jusqu'au méchant peu convaincant incarné par un Mads Mikkelsen qui s'est encore perdu à Hollywood), mais il s'en dégage un charme incroyable. Peut être parce qu'on voit un peu plus de cinéma et moins d'aspect sérielle comme il est de coutume dans le MCU. Si l'on excepte la scène post-générique, l'ensemble est suffisamment cohérent pour être un véritable stand alone. Une qualité que l'on n'avait pas retrouver dans le MCU depuis au moins Ant Man (Peyton Reed, 2015).

On pouvait craindre par la bande-annonce un aspect visuel fortement inspiré d'Inception (Christopher Nolan, 2010) et en soi de Paprika (Satoshi Kon, 2006). Pourtant, le film en lui-même se détache complètement de cela. La preuve avec cette séquence de trip particulièrement jouissive et un régal sur grand écran. On voit que Derrickson veut exploiter les possibilités de l'univers qu'il développe, y compris dans un climax délirant et osé.

Ce qui fait aussi de Doctor Strange le film Marvel à la direction artistique et réalisation la plus travaillée depuis Les gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014). Au point de croire qu'il faut que le studio aborde des héros plus "visuels" pour avoir ce type de résultat. Avec de tels arguments, on peut donc attendre Captain Marvel tranquillement.


 

MaxLe Palmashow (David Marsais et Grégoire Ludig pour les intimes) a réussi à se faire une réputation sur le net et à la télévision depuis plusieurs années. Au point qu'il était facile d'anticiper un passage au cinéma sur les traces des Inconnus et des Nuls. 

Après des passages chez les copains, le Palmashow et leur réalisateur Jonathan Barré se lancent dans La folle histoire de Max et Léon (2016), comédie mettant en scène deux idiots essayant de survivre durant la Seconde Guerre Mondiale. Un pari risqué (une comédie en costume sur un sujet pas forcément poilant) qui s'est soldé par un petit succès assez mérité (plus d'1 million d'entrées).

Mérité car la proposition du trio en terme de comédie est un peu plus poussée que ce que propose le cinéma français ces derniers temps. Comme quoi pas besoin d'aller chercher des sujets polémiques (n'est-ce pas Romain Levy et Philippe de Chauveron ?) pour marquer un peu les esprits.

D'autant que l'on rigole plus d'une fois avec la bande du Palmashow (les habitués sont de retour jusqu'à l'ami Totof Lambert), alignant les gags cocasses (la propagande selon Monsieur Poulpe un régal), voire assez noires (le nom de la petite fille que l'on voit venir). A cela se rajoute une galerie de personnages plutôt plaisante à l'image du personnage de Julien Pestel, passant du militaire résistant à collabo de première une fois arrivé dans un camp!

Toutefois, cette odyssée française n'est pas sans défaut. Au contraire de La cité de la peur (Alain Berbérian, 1994), La folle histoire de Max et Léon n'a pas de réel fil conducteur, au point de souvent ressembler à une accumulation de gags. Un défaut qui tient malheureusement sur tout le film et ce malgré la qualité des gags et des dialogues. On préfèra La grande vadrouille (Gérard Oury, 1966) ou Papy fait de la résistance (Jean-Marie Poiré, 1983) sur le même sujet.

Mais ne boudons pas trop notre plaisir, d'autant qu'il s'agit d'un premier film. A l'heure où la comédie prime-time sponsorisée par nos chaînes désespère, voir un film comme celui-là fait quand même plaisir. Encouragements pour les soldats Barré, Marsais et Ludig.


 

BertrandEn 1995, Martin Scorsese était revenu sur les films italiens et américains qui l'avait inspiré à travers des documentaires passionnants. Après l'avoir dissuader de le faire, Bertrand Tavernier est parti lui aussi dans l'aventure du voyage à travers le cinéma en se focalisant sur la France. 

Premier opus de ce qu'il annonce comme une série de documentaires, Voyage à travers le cinéma français (2016) est la preuve aux détracteurs qu'un Cinéma français de qualité existe. Quitte à remonter parfois loin dans sa filmographie. Qu'il n'est pas la caricature que beaucoup évoquent en regardant ce qui se produit globalement aujourd'hui.

Il fut un temps où le Cinéma français n'avait pas peur d'innover et Tavernier compte bien le montrer aussi bien aux adultes qui l'ont parfois oublier qu'aux jeunes générations parfois perdues dans un saut de merde. Son discours n'est pas l'inévitable "c'était mieux avant".

Comme Marty, Tavernier évoque ses souvenirs de cinéphile, quitte à revenir sur son enfance. Il n'hésite pas non plus à aborder des films plus populaires (à l'image des séries B tournées par Eddie Constantine), au risque de froisser les plus élitistes. Tavernier revient avec passion sur divers artistes à travers plusieurs chapitres: les compositeurs oubliés à cause du peu d'enregistrements, Jacques Becker, Jean Renoir, Jean Gabin ou bien évidemment Jean Pierre Melville. 

Il revient également avec tendresse sur sa relation avec Claude Sautet, son premier critique en tant que réalisateur. On ressent l'amour du réalisateur pour les films qu'il aborde (mais aussi les salles de cinéma qu'il a visité au fil du temps), mais aussi un certain sens ludique, puisqu'il donne envie de s'attaquer à ce pan du cinéma. 

Il fait partager sa passion par le prisme d'extraits des films en question, au point que les 3h15 de documentaire s'avèrent intéressantes de bout en bout. Un voyage qui fait plaisir à suivre et dont on attend forcément le second volet.

A la prochaine!

18 avril 2017

Le ou les derniers jedi ?

La saga Star Wars n'a jamais été aussi vivante et pourtant on peut déjà se poser des questions sur son avenir. Si au moins deux films sont en pré-production et en production (parmi eux, le spin-off sur les jeunes années d'Han Solo réalisé par Phil Lord et Chris Miller), on peut se demander comment la saga peut encore évoluer après l'Episode IX que doit réaliser Colin Trevorrow (ce qui horrifie déjà les détracteurs de Jurassic World). Il est peut être un peu tôt pour en parler, Disney et Lucasfilm feront tôt ou tard des déclarations autour de films à venir d'ici quelques années. Toutefois, on peut se demander ce qu'il arrivera d'ici 2020, puisque la logique veut que Lucasfilm sorte un film Star Wars par an. The Force awakens (JJ Abrams, 2015) avait aussi bien plu que pas du tout auprès des fans, certains parlant de vulgaire film sans idée nouvelle à l'horizon, d'autres de grand retour de la franchise après trente-deux ans de galères et casseroles en tous genres. Surtout, il confirmait aux détracteurs comme aux admirateurs que l'univers Star Wars pouvait encore exister au cinéma et faire déplacer des foules sur une quatrième génération. Malgré ses problèmes de production largement relayés par les médias, Rogue One (Gareth Edwards, 2016) a confirmé ce nouvel engouement pour la franchise en montrant que même un spin-off de la franchise pouvait faire aussi bien au box-office qu'un épisode classique.

The force awakens (IMAX 2)

Rogue One: A Star Wars Story : Affiche

Mais également montrer qu'un spin-off de Star Wars pouvait être intéressant, après des téléfilms avec des ewoks particulièrement lamentables (1984-85). Une autre manière de dire qu'il était temps que George Lucas passe la main et que son univers se porte très bien sans lui. Après une année de suspension, les aventures de Rey (Daisy Ridley), Finn (John Boyega) et Poe Dameron (Oscar Isaac) reprendront cet hiver et la Star Wars Celebration était l'occasion de dévoiler un premier aperçu du film. Si la promotion commence aussi tard, c'est aussi parce que The Last Jedi (Rian Johnson) ne joue plus sur l'effet de surprise. Le teaser de The Force awakens avait été montré fin novembre 2014 pour lancer une certaine excitation chez le public, donner envie de retourner dans une galaxie lointaine, très lointaine. Avec The Last Jedi, le public connaît déjà les nouveaux personnages et le fait de commencer la promotion plus tard (comme Rogue One qui, rappelons-le, a un contexte prévisible) est moins problèmatique. Le teaser présent laisse entrouvert plusieurs aspects du futur film, même si il ne s'agit que d'un teaser, une petit mise en bouche en comparaison d'une bande-annonce. (Attention spoilers) Le final de The Force awakens étant ce qu'il est, il n'y a donc rien d'étonnant à voir Rey suivre les rudiments de Luke (Mark Hamill). C'est même tout le but de The Last Jedi car de cet entraînement, Rey deviendra une jedi (ou pas).

The Last Jedi (affiche)

 

L'occasion de lui apprendre ses origines, d'autant que les flashbacks de The Force awakens montraient la possibilité d'une filiation avec les Skywalker à travers le sabre laser de Luke ? Cet opus sera également l'occasion de découvrir l'exil de Luke (probablement raconté par lui-même à Rey), au vue de plans le montrant avec R2D2 face au Captain Phasma (Gwendoline Christie) et sa horde de stormtroopers dans les cendres de son temple jedi. Le titre laisse d'ailleurs planer le doute. Si la traduction française va vers le pluriel, Rian Johnson va plus dans la direction du singulier. Cela amène soit à Luke, soit à Rey dans tous les cas. En comparaison, Kylo Ren (Adam Driver) semble s'être délester de son masque, lui permettant de sortir de l'influence de son grand-père et d'épouser définitivement le côté obscur. Un nouvel affrontement entre Rey et Ren, voire avec Luke semble inévitable. Par la même occasion, ce teaser nous donne un petit aperçu d'autres personnages. Leia (Carrie Fisher) est ainsi montrée de dos toujours à la table de commandement. Il a été confirmé ce week-end que le personnage n'apparaîtra pas dans l'Episode IX, malgré toutes les rumeurs entourant la possibilité de la faire revenir par cgi. Une bonne chose permettant au personnage de partir en beauté. (fin des spoilers) Poe Dameron est montré en pleine alerte, Finn dans un tube de cryogénisation et le Faucon Millenium se retrouve aux prises avec des Tie Tie. Le teaser laisse aussi entrevoir de belles batailles contre des AT-AT ou dans l'Espace, le tout sur un sublime morceau inédit de John Williams. C'est optimiste que l'on peut attendre The Last Jedi jusqu'au 13 décembre prochain.

16 avril 2017

Les griffes de l'ennui

la fin de freddy

 

Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 1992

Durée : 1h36

Synopsis : Après avoir tué tous les enfants de sa ville natale, il cherche à aller dans un nouveau territoire pour y trouver de nouvelles proies... 

La critique d'Alice In Oliver :

Dès le quatrième chapitre, à savoir Le Cauchemar de Freddy (Renny Harlin, 1988), la saga avait déjà montré de sérieux signes d'essoufflement. Certes, par d'habiles subterfuges, Renny Harlin tentait de pallier à l'inanité scénaristique via une jeune héroïne affublée de pouvoirs télékinésiques. Néanmoins, la presse cinéma ne manque pas de tancer et d'admonester une pellicule qu'elle juge obsolète et moribonde. Impression corroborée par le cinquième volet consacré aux supplices du croquemitaine griffu. A l'instar de son devancier, L'Enfant du Cauchemar (Stephen Hopkins, 1990) n'illusionne guère les critiques qui fustigent derechef ce cinquième épisode. 
A contrario, le public répond toujours à l'appel et se précipite en masse dans les salles obscures.

En l'espace d'une quinzaine d'années, Freddy Krueger s'est inscrit dans la culture populaire aux Etats-Unis. Bien consciente du maigre potentiel de la saga et de ses sempiternelles redondances, la firme New Line Cinema produit un sixième opus, intitulé Freddy - Chapitre 6 : La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar, un titre prolongateur. Pour ce nouvel avatar, changement à nouveau de réalisateur en la personne de Rachel Talalay, qui a surtout sévi dans l'univers étriqué des séries télévisées, notamment Ally McBeal (1999), Cold Case : affaires classées (2003), FBI : Portés Disparus (2002), ou encore Supernatural (2007). En outre, La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar constitue le tout premier long-métrage de la cinéaste. Wes Craven, le créateur originel de la franchise, est aussi le grand absent de ce sixième chapitre. Plus question de saborder une franchise déjà en déliquescence !

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Dépité par les directions spinescentes de cette saga transmutée en entreprise capitalistique, le maître de l'épouvante a depuis longtemps abandonné son croquemitaine d'infortune, au grand dam des fans de Freddy Krueger. Si La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar est nanti d'un budget plutôt conséquent (onze millions de dollars tout de même), il se pare d'une réalisatrice peu coutumière du genre horrifique. Pourtant, Rachel Talalay s'attelle à la tâche et a bien l'intention d'apporter sa modeste pierre à l'édifice. En l'occurrence, les résultats au box-office lui donneront raison puisque le film se solde par un succès commercial. Hélas, le coeur n'y est plus. A l'instar du précédent chapitre, La Fin de Freddy est unanimement répudié par les critiques et la presse cinéma. Pis, L'Ultime Cauchemar est carrément affublé du titre peu glorieux du pire volet de la franchise.

Reste à savoir si le long-métrage est bel et bien la déconvenue annoncée. Réponse dans les lignes à venir... Mais la réponse est hélas positive... La distribution de ce sixième épisode, qui se doit de conclure la saga en apothéose, réunit Robert Englund, Lisa Zane, Shon Greenblatt, Lezlie Deane, Ricky Dean Logan, Breckin Meyer, Yaphet Kotto et Alice Cooper. A noter aussi le caméo de Johnny Depp, une façon comme une autre de rendre hommage au premier chapitre, Les Griffes de la Nuit (Wes Craven, 1984). En outre, Les Griffes de la Nuit se sont transmutés en "les griffes de l'ennui". 
Attention, SPOILERS ! (1) L'abominable Freddy Krueger réussit finalement à tuer tous les enfants de sa ville natale. John Doe, le dernier adolescent de Springwood subit un accident et ne se rappelle plus de rien. 

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Après avoir été retrouvé inanimé sur la route par le psychiatre pour enfants Maggie Burroughs, il est placé dans un hôpital psychiatrique où il se plaint de cauchemars répétés et de sa mémoire défaillante. Convaincu qu'il est le fils caché de l'horrible tueur d'enfants Freddy Krueger, John retourne à Springwood avec Maggie et trois autres adolescents. Bientôt, le groupe se rend compte qu'il ne peut plus quitter la ville et qu'ils sont la nouvelle proie de Freddy Krueger (1). 
Indubitablement, Freddy Krueger s'est depuis longtemps fourvoyé en pur produit marketing. C'est probablement pour cette raison que La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar se voit affubler de la mention "3D", un gadget comme un autre pour leurrer le grand public. Le croquemitaine au visage hideux et carbonisé ne préfigure plus cette terreur de naguère qui masssacrait des étudiants d'infortune dans Elm Street.

D'ailleurs, Rachel Talalay se charge bien d'éloigner le sociopathe onirique de sa genèse meurtrière, pour finalement se retrouver dans Springwood. Par certaines accointances, les habitants de cette ville ne sont pas sans rappeler la communauté extravagante du film The Wicker Man (Robin Hardy, 1973). Malheureusement, la comparaison s'arrête bien là. Ainsi, La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar propose une nouvelle variation onirique sur fond de meurtre et de généalogie familiale, si bien que le spectateur et même les personnages du film ne feront plus la distinction entre la réalité et certaines fantasmagories déviantes. 
Visiblement, Rachel Talalay n'en a cure et se languit de cette dissonance. Hélas, La Fin de Freddy nage invariablement dans le vide. 

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Il faudra donc s'armer de patience avant de percevoir les griffes affûtées de Freddy sectionner l'oreille d'un jeune éphèbe qui souffre par ailleurs de surdité. C'est par ailleurs la seule séquence un tant soit peu ingénieuse du film. Le reste du long-métrage se résume à toute une série de séquences amphigouriques qui peinent lamentablement à raconter une histoire crédible. A aucun moment, Rachel Talalay ne parvient à transcender son récit et les rarissimes bonnes idées qui ponctuent partiellement ce sixième chapitre. De surcroît, La Fin de Freddy prodigue de nombreuses informations sur le passé du croquemitaine. Dans ce sixième volet, la créature onirique doit se colleter avec sa propre fille. 
Dans ce carcan scénaristique, impossible de sursauter ni de frémir. A la rigueur, seules les facéties de Robert Englund, qui cabotine à merveille sous le chapeau de Krueger, maintiennent encore parfois l'illusion. Pour le spectateur aguerri, il faudra supporter de longues séquences outrageantes et d'une incroyable cancrerie, à l'image de cette victime téléportée dans un jeu vidéo et massacrée à coup de joystick. On comprend mieux pourquoi Wes Craven fulminera devant la vision de ce gros navet indigeste et décidera de reprendre en main une saga atone et exsangue, avec Freddy Sort de la Nuit (1994), un septième chapitre un peu plus éloquent.

 

15 avril 2017

2016, l'odyssée du cinéma sud-coréen

Depuis une quinzaine d'années, le cinéma sud-coréen a un rayonnement assez exceptionnel. Si la France n'a pas forcément accès à tout (on attend encore un distributeur pour The age of shadows de Kim Jee Woon), elle a pu découvrir la plupart des réalisateurs phares qui ont émergé de cette vague. Park Chan Wook, Kim Jee Woon, Na Hong Jin, Bong Joon-ho ou encore Kim Seong-Hoon, dont le Tunnel sortira le 3 mai prochain. L'année 2016 ayant été fructueuse en sorties françaises (Man on high heels de Jang Jin manquera à l'appel), il était temps de faire le bilan d'une année sud-coréenne exceptionnelle. Na Hong Jin en est peut être à son troisième film avec The Strangers, il a déjà une solide carrière derrière lui. The Chaser (2008) s'imposait comme un thriller rude, violent et qui glaçait le sang jusque dans ses dernières minutes (ou l'art du climax encore plus sadique que ce que vous avez déjà vu). Un premier film radical et aux personnages immoraux aussi bien dans le bien que dans le mal. The Murderer (2011), sans être aussi fort, avait réussi un subtil mélange entre drame social (le héros essayait de retrouver sa femme partie depuis des années en Corée du sud) et actioner (il était contraint de se défendre après la trahison de son commanditaire). Par ailleurs, il était produit par la Fox via sa filiale International Production, soit quelque chose de nouveau pour le cinéma sud-coréen. 

The strangers

Même chose ici pour The Strangers, permettant des financements solides et une aide potentielle pour sa distribution internationale. Six ans de gestation pour un sujet touchant à diverses religions, ce qui est toujours un brin casse-gueule. Inutile de dire que L'exorciste (William Friedkin, 1973) fut l'une des inspirations notables du réalisateur. Lorsque The Strangers est projeté en mai dernier sur la Croisette, il y a eu comme une forme d'incompréhension. Malgré que chacun de ses films précédents a été projeté au Festival de Cannes, Na Hong Jin n'a toujours pas droit au passage en compétition, au contraire de son camarade Park Chan Wook, se contentant d'un vulgaire "hors compétition". Dommage pour la diversité soi-disant prôné par Thierry Frémaux (on rappelle que la plupart des gens en compétition sont globalement des vieux de la vieille), car il s'agissait d'un des films les plus importants du festival qu'il gère l'an dernier. Après deux crus fortement urbains, le réalisateur va dans les terres campagnardes largement dévoilées par le confrère Bong Joon Ho. (attention spoilers) Le réalisateur scinde son film en deux, quitte à passer d'un genre à l'autre sans trop de problèmes. La première partie est plutôt portée sur le genre policier et n'est pas sans rappeler Memories of murder (Joon Ho, 2003). Des flics un brin bénêts et peu sûrs d'eux, une enquête qui piétine (à la différence de Mother où le suspect est très vite trouvé), un suspect étranger et mutique qui ne cherche pas à prouver sa non-culpabilité (Jun Kunimura)...

TS

Le film tombe dans le fantastique quand la fille du héros tombe dans la folie (Kim Hwan Hee). Trouver le coupable n'est plus une question locale, mais personnelle. Le policier (Kwak Do Won) s'efface pour laisser place au père de famille dépassé par la situation. Le constat est identique pour le shaman (Hwang Jeong Min) et le prêtre catholique confrontés à leurs propres convictions face à un Mal qu'ils n'arrivent pas à combattre. Leurs tentatives (comme celles du père) se solderont toutes par des échecs et ne cesseront d'empirer jusqu'à un climax d'un rare sinistre. Na Hong Jin n'en est pas à son premier coup, mais l'issue de The Strangers est peut être plus glauque encore que celle de The Chaser. Il bousille les derniers espoirs du spectateur d'une conclusion un tant soit peu positive et ne cherche pas à le materner. The Strangers se termine sur un malaise total, celui d'avoir assister à une descente aux enfers destructrice et sans échappatoire. Na Hong Jin fait croire dès le début du film que l'ennemi est ce fameux japonais, le tout alimenté par une xénophobie progressive (étant donné qu'il est étranger, il est une sorte d'intrus). Na Hong Jin intensifie le malaise avec des cauchemars effectués par le héros et des photos compromettantes qui ne feront qu'intensifier les doutes. Toutefois, les dernières minutes révèleront leur lot de révélations. Le vrai méchant est un fantôme qui s'attaque à différentes personnes de la région, les rendant folles jusqu'au drame.

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Un personnage qui apparaît peu mais suffisamment pour provoquer le malaise, notamment lorsque le moment des révélations arrive. Femme mystérieuse, elle devient le Mal incarné déchaînant ses foudres. A cela se rajoute un mort-vivant. Le réalisateur se permet même de contredire la vision classique consistant à tirer ou taper en pleine tête pour le tuer. Un pur moment gore qui fait entrer définitivement le film au rayon fantastique, plus qu'avec le fantôme. Avec ses trois forces du Mal, Na Hong Jin réussit à instaurer le malaise et l'angoisse, la deuxième partie allant vers des directions troublantes et mettant le spectateur dans ses derniers retranchements. (fin des spoilersThe Strangers est un film particulièrement long (2h36), mais cela est nécessaire à la fois pour le changement d'ambiance et pour installer un désespoir progressif. Un film qui prend son temps avant de reserrer l'étau sur ses personnages et le spectateur. On ressort groggy de ce film et cela risque de devenir une marque de fabrique de son auteur. Passons maintenant à Yeon Sang Ho, dont trois de ses films sont sortis en DVD, mais aussi au cinéma. Il ne s'agira pas de parler de The King of pigs (2011), mais de ses deux derniers films portés sur les mort-vivants. Réalisateur issu de l'animation, Yeon Sang Ho s'attaque à son premier film live-action avec Dernier train pour Busan

Seoul Station

Ce dernier fait partie de ces films sud-coréens ayant trouvé un certain public en France (près de 300 000 entrées), si possible en essayant de trouver leur place dans des multiplexes. Sa sortie vidéo fut l'occasion de diffuser son binôme animé Seoul Station sorti également l'an dernier en Corée du sud. Commençons d'abord par cette sorte de préquelle qui se veut beaucoup moins sympathique que Busan. Vous pensiez Busan violent et radical, attendez de voir ce que le réalisateur vous réserve avec Seoul Station. (attention spoilers) Tout part de l'inhumanité de passants face à un vieil homme probablement sdf et en passe d'être zombifié. Un homme essayera bien de trouver de la place dans un refuge ou des médicaments, mais il sera trop tard. Il est le seul qui s'est soucié de cet homme. Car une fois la contamination lancée, il n'y aura plus aucune porte de sortie pour les habitants non-contaminés de Seoul. La rapidité des autorités à tenir un secteur n'est pas sans rappeler 28 semaines plus tard (Juan Carlos Fresnadillo, 2007). Un élément qui reviendra dans le climax de Busan, mais qui n'est pas aussi violent que dans Seoul Station. Que vous soyez civil ou zombie, si vous passez un barrage, vous serez tués. Un peu comme emmener des animaux à l'abattoir. Le film de Fresnadillo avait le même principe en montrant des militaires coordonnés par leur état major pour tirer sur tout ce qui bouge. Idem pour balancer du napalm dans des rues où les civils essayaient de survivre. 

SS

L'Homme est un loup pour l'Homme dit le dicton et le réalisateur ne va cesser de l'évoquer dans ses deux films. Seoul Station se dévoile assez rapidement comme un film où l'espoir n'est plus, jusque dans la description de ses personnages. Si l'héroïne quitte son compagnon en début de film, c'est parce qu'il la fait se prostituer pour payer le loyer pendant qu'il glande sur le net. Le seul avenir visiblement possible pour elle est celui du trottoir. On a connu début de film moins glauque. Mieux, le drame qui se joue devant le spectateur paraît quasiment impossible à détecter. Le réalisateur nous amène sur une fausse piste en évoquant la quête d'un père pour retrouver sa fille. La vérité est beaucoup moins acceptable. Quand le spectateur comprend comme l'héroïne ce qui se passe, il est déjà trop tard. Dès lors, Seoul Station n'est plus un banal film de zombie où une contamination progresse à vitesse grand V. C'est un drame épouvantable où la mort est un moyen de vengeance comme un autre face à un oppresseur barbare. Le réalisateur passe au thriller domestique en même temps qu'il installe son héroïne et son ennemi dans ce qui semble être des appartements témoins. L'horreur n'est pas dehors, elle est à la maison semble dire le réalisateur. (fin des spoilers) Derrière ses atours de film classique dans le genre, Seoul Station est un film particulièrement crade et glaçant qui restera peut être plus en mémoire que le film dont il est le bonus.

SS 2

Ses principaux défauts sont certainement son doublage un brin hystérique (en vo, le film n'ayant pas eu de doublage français) et une animation un poil rigide. On dirait de la rotoscopie, ce qui n'est pas forcément un compliment dans ce cas précis. En comparaison, Dernier train pour Busan apparaît davantage comme un blockbuster, un peu comme si World War Z (Marc Forster, 2013) avait été fait par un bon réalisateur et avec un bon script (désolé...). Il reprend d'ailleurs le principe d'accumulation des zombies, à la différence qu'ici c'est pour ralentir un train en marche ou briser des vitres. Pas seulement une marée zombiesque dégueulasse qui se casse la figure dans des escaliers (souvenez vous qu'une des tares de WWZ était ses plans bourrés de cgi au lieu de maquillages spéciaux). Ensemble les zombies sont une vraie menace, là où chez Forster c'est avant tout un truc pour passer au dessus d'un mur. D'autant qu'en temps normal, Busan se concentre sur un lieu clôt, permettant une menace plus concentrée et moins facile à affronter. Ce qui accentue la vitesse de contamination et les personnages devront s'armer très rapidement pour se défendre (battes de baseball, pistolets et même des poings!). On s'amuse déjà de l'annonce d'un remake américain, tant on sent l'influence exercée par les USA sur ce sous-genre horrifique dans Busan.

Dernier train pour Busan : Affiche

Busan est clairement une contre-proposition de ce que propose le cinéma américain dans le genre depuis plusieurs années (comme le montre WWZ); et il paraît encore plus stupide d'en faire un remake. Un peu comme faire un remake d'un film philippin dans un pays où il n'y a quasiment pas d'acteurs martiaux (erratum: il y aura bien un remake us de The raid)... Outre le film cité plus haut, on pense inévitablement à George A Romero sur ce film précis. Ainsi les passagers en viennent petit à petit à se méfier des uns des autres, notamment quand certains reviennent heureusement vivants de compartiments grouillant de zombies. Vous venez de survivre à l'enfer et on vous en propose un autre. En ne soutenant pas ces gens, les autres passagers (à la xénophobie à peine voilée) vont courir à leur propre perte... Sans compter ce fameux méchant de service au courant de tout et qui fera toutes les saloperies imaginables pour s'en sortir, tel la raclure qu'il est. Outre ces personnages, les survivants ne sont pas forcément des êtres irréprochables. Le boxeur (Ma Dong Seok) est l'exemple typique du râleur stressé. Le père de famille présenté dès les premières minutes (Gong Yoo) achète plus ou moins sa fille avec des cadeaux pour faire oublier son absence (Kim Soo Ahn). Le moyen de se racheter des années de relation catastrophique sera de la sauver par tous les moyens possibles.

Dernier train pour Busan : Photo Dong-seok Ma, Gong Yoo

Un point de vue qui n'est pas sans rappeler celui de Ray Ferrier (Tom Cruise) dans le tout aussi cauchemardesque War of the worlds (Steven Spielberg, 2005). Le même type de personnage dépassé par la situation (à la différence qu'ici il a quand même réussi sa vie) et qui voit l'occasion de se racheter en protégeant son enfant. Si Dernier train pour Busan n'est pas un immense chef d'oeuvre, il n'en reste pas moins une oeuvre terriblement efficace et il donne une bouffée d'air frais dans le genre. Enfin terminons ce bilan sur le film préféré de votre interlocuteur l'an dernier. On avait quitté Park Chan Wook avec Stoker (2013), film américain fortement hitchcockien (L'ombre d'un doute n'est jamais très loin) plutôt pas mal, mais pas forcément aussi marquant que ses aînés. Le réalisateur revient plus en forme que jamais avec l'adaptation cinématographique de Du bout des doigts (le roman de Sarah Waters avait déjà été adapté par la BBC) et Mademoiselle n'est pas sans rappeler la structure d'Old Boy (2004) et Lady Vengeance (2005), ainsi que certaines thématiques. (Attention spoilers) Dans les trois cas, la narration multiplie les points de vue, si possible entre passé et présent et en donnant trois versions d'un même événement. C'est ce que faisait Old Boy dans son climax saignant en confrontant les faits vécus par le héros (Choi Min Sik) et sa nemesis. 

Mademoiselle

C'est ce que fait Mademoiselle en grande partie dans ses deux premières parties (une du point de vue de la servante, une de celui de la mademoiselle qu'elle sert). De la même manière que Lady Vengeance, Park Chan Wook épouse un sujet principalement féminin, où les pivots sont des femmes et où les hommes sont soit des voleurs (le personnage de Ha Jeong Woo est particulièrement gratiné), soit des perverts s'excitant à l'écoute de littérature érotique. Comme dans la trilogie de la vengeance, le réalisateur resserre l'étau autour de certains personnages, les confrontant à leurs propres vices et défauts. Le voleur comme la servante (Kim Tae Ri) se feront plumés comme le furent les personnages de Sympathy for Mr Vengeance (2002), le héros de Old Boy ou le tueur de Lady Vengeance. Une seule erreur peut être fatale et les personnages l'apprennent bien assez vite. Sauf que la servante comme Geum-Ja (Lee Young Ae) dans Lady Vengeance est une héroïne vengeresse. Idem pour la mademoiselle (Kim Min Hee), loin d'être la jolie poupée présentée au spectateur dans la première partie. C'est même tout ce qui fait la richesse du film: tous les personnages semblent jouer un rôle devant d'autres, certains laissant place à des âmes bien moins sages qu'en apparence. Durant toute une partie, le réalisateur joue avec les attentes du spectateur en le faisant revenir à des temps bien plus lointains que les événements précédents, permettant de l'embrouiller toujours un peu plus.

M

Le tout pour l'amener à une troisième partie beaucoup plus évidente. Une gestion du suspense plutôt bien mênée qui rappelle encore une fois les deux derniers films de la trilogie de la vengeance. Toujours dans un aspect féminin fort, le récit évoque un amour lesbien naissant et Chan Wook en fait quelque chose de véritablement beau. Là où Abdellatif Kechiche se complaisait dans des scènes quasiment pornographiques au plus près des corps, au point d'en être vulgaire dans La vie d'Adèle (2013), Chan Wook se révèle bien plus sobre. Mieux il rend le tout véritablement sensuel, envoûtant et curieusement subtil. Il montre les corps en plein acte en montrant le minimum et en jouant sur la relation entre les personnages. La servante est en fascination devant la mademoiselle, au point de vouloir la protéger. La mademoiselle voit en la servante une alliée de poids pour qu'elle puisse s'émanciper et c'est probablement la seule personne qu'elle n'a jamais aimé. Un amour complet qui différencie également Mademoiselle d'autres productions érotiques (on évitera de citer la plus évidente). Mademoiselle n'est pas totalement un film érotique, mais quand il l'est il est loin d'être aussi ridicule dans son traitement. Mieux, comme évoqué, c'est avant tout un film d'amour et le film transpire d'un certain romantisme charnel.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

Le réalisateur peut alors compter sur deux actrices aussi sublimes qu'excellentes. Kim Min Hee amène une pointe de classe et un peu de froideur, là où Kim Tae Ri, de par sa petite expérience d'actrice, donne des airs d'innocence à un personnage qui en a grandement besoin. Quant à Ha Jeong Woo, il se révèle parfait en parfait tocard arrogant ne voyant pas plus loin que le bout de son nez. Son personnage rajoute un petit peu de tension sexuelle, espèrant avoir les faveurs de la mademoiselle. Ce qui mènera à sa perte. (fin des spoilers) Mademoiselle est aussi un des films les plus sophistiqués de son réalisateur. Le contexte japonais-coréen (le Japon a envahi la Corée durant les 30's, y instaurant notamment des aspects culturels inévitables) rajoute du piment dans une histoire initialement basée en Angleterre. Il permet de confronter deux styles différents que ce soit dans la langue, les décors (particulièrement détaillés pour le plaisir des yeux) et même la littérature. Le moindre détail est au service du récit et ce contexte y est pour beaucoup en confrontant deux cultures dans une même pièce. Ce sont ces divers éléments qui font la richesse de Mademoiselle. Ceux qui ont raté sa sortie au cinéma peuvent désormais se rattraper, puisqu'il vient de sortir en vidéo dans une version longue.

08 avril 2017

Cuvée Dantesque #4

Après près d'un mois passé à revenir sur la carrière de Joe Dante, il est temps pour la Cave de Borat de terminer sa rétrospective. Quatrième et dernière cuvée consacrée au réalisateur des Gremlins avec ses trois derniers crus produits entre 2004 et 2014. (Attention spoilers)

  • Les Looney Tunes passent à l'action (2003): La fin d'une époque dingue

Les looney tunes

Durant les 80's, Joe Dante a eu l'occasion de croiser son idole Chuck Jones, éminent animateur, réalisateur et créateur des Looney Tunes. Les deux se lient d'amitié au point que Jones fera une petite apparition dans Gremlins (1984) et tournera un cartoon pour le second opus (1990). Au cours des années 90, la Warner et Joe Dante organisent une réunion avec les animateurs de cartoons Warner encore vivants et certains de leurs films ont été projeté. L'occasion pour eux d'évoquer des anecdotes sur leurs films, ce qui a permis à Dante et au scénariste Charlie Haas d'inclure plusieurs informations pour le projet "Termites Terrace". "C'est l'histoire de la naissance de Bugs Bunny, mais il y a aussi d'autres personnages. Il y avait des interractions avec des stars de cinéma. A cette période, les gens du cinéma et de l'animation se côtoyaient. (...) Et l'histoire a aussi un côté sérieux car elle est tirée de faits réels. (...) On est allé le présenter chez Warner Bros (...) et ils nous ont dit: 'C'est intéressant...' Des gens comme Steven Spielberg ont lu le script et dit : 'Ce film est parfait pour toi. Il faut que tu le fasses !' A l'époque Warner Bros s'intéressait plus à son avenir qu'à son passé. Et l'avenir, c'était Space Jam. Ça leur semblait plus attrayant de réunir un personnage de cartoon et une vedette du sport que de faire un film d'époque pour un public dont la mémoire ne va que dix ans en arrière. Les choses n'ont pas fonctionné et on n'a pas fait d'autres tentatives. Space Jam a connu un énorme succès et ils ont décidé que c'était la direction qu'ils voulaient donner à ces personnages." (*).

Chuck

Toutefois, le réalisateur ne semble pas avoir oublier ce scénario, pensant même que cela ferait un bon livre. Relancer le projet en l'état semble plus ou moins impossible, d'autant qu'il faudrait que Warner donne son accord à un réalisateur qui ne vaut plus grand chose sur le marché hollywoodien. Comme il le dit également, "ce n'est pas comme si je pouvais juste réécrire le script, mettre Woody Woodpecker dedans et dire : 'Voilà ce qui s'est passé avec Walter Lance.' Ce n'était pas ce genre d'histoire." (*). Il s'agissait d'un script mettant en scène Chuck Jones et ses créations et cela ne peut être modifier. Entretemps, la Warner produit diverses séries d'animation reprenant plutôt bien l'esprit des cartoons initiés par Chuck Jones. On pense aux Tiny Toons (1990-95), aux Animaniacs (1993-98) ou à Minus et Cortex (1995-98), ironiquement toutes produites par Spielby. Des projets de suite à Space Jam (Joe Pytka, 1996) ont été lancé avant celle qui survient actuellement, notamment une avec Jackie Chan. Chuck Jones meurt en 2002 et Joe Dante voit l'occasion de rendre un dernier hommage à son mentor, lui qui n'avait pas aimé Space Jam. Les problèmes viendront assez rapidement pour le réalisateur avec des exécutifs peu intéressé par son projet et des responsables marketing voulant que le public retrouve des personnages laissés de côté depuis... Space Jam.

Les Looney tunes Daffy

Dante a dû faire des projections-test avec les exécutifs. Ce qui s'est avéré catastrophique et pour cause, l'animation n'était pas présente. Comme les trois quarts du film sont un mélange de live action et de personnages animés incrustés, cela ne pouvait pas réellement fonctionner sans ça. Ce qui a accentué les problèmes entre Dante et la production, évoquant au moins une vingtaine de scénaristes pour un seul finalement crédité (Larry Doyle) en constante réécritures. Les divergences ont continué durant un an de post-production autour du ton et de certains plans comme les personnages parlant directement à la caméra mal vus du studio. Une aberration pour Dante car c'est un des gimmicks de la plupart des cartoons et pas seulement des Looney Tunes. Selon Dante, "[le film] était très éloigné du script sur lequel j'avais accepté de travailler" (**). Au final, le film n'a pas reçu un accueil critique favorable et le flop commercial fut redoutable (68 millions de dollars récoltés pour 80 de budget). L'échec est d'autant plus dur que quelques mois après, le fidèle compositeur Jerry Goldsmith nous quittait, laissant depuis son réalisateur fétiche dans un embarras musical particulièrement triste. Un peu comme Small Soldiers (1998), Les Looney Tunes passent à l'action est un film qui est aussi passé par une certaine réhabilitation, peut être moins forte mais il a réussi à se trouver un public (votre interlocuteur en est la preuve, l'ayant détesté à sa sortie). 

Les Looney Tunes Scooby

Sammy et Scooby demandent des comptes pour l'adaptation de Raja Gosnell. On se rajoute à la table?

Certainement là aussi parce que le public ne s'attendait pas à un film d'aventure bardé de références pour le public adulte. Des références il y en a notamment au niveau des personnages. Celui de Brendan Fraser a été viré par le vrai Brendan Fraser sur La Momie (Stephen Sommers, 1999). La raison? On voyait plus le cascadeur que l'acteur à l'écran. Le final sera l'occasion pour l'acteur de s'amuser avec sa propre image de star en faisant des caisses sur un tournage. Une séquence digne d'une célèbre scène de Last action hero (John McTiernan, 1993), à la différence que la doublure n'est pas un personnage issu d'un film. L'autodérision de Fraser fait plaisir à voir, lui qui honnêtement a eu son heure de gloire durant un petit temps avant de devenir un brin has been après... Les Looney Tunes passent à l'action. Son père est incarné par Timothy Dalton. Il joue un acteur qui joue un espion (notamment dans Licence to spy, soit à peu de chose près Licence to kill) et également un espion tout court. Dalton joue merveilleusement bien cette caricature évidente de 007, jusqu'à montrer le personnage tabassant ses ennemis en téléphonant ou même attaché. On peut d'ailleurs voir le personnage d'Heather Locklear comme une de ses "girls", vu qu'ils ont un passé commun. Il est bon de remarquer aussi que sa dernière tenue est assez ressemblante de celle de la légendaire Emma Peel dans The Avengers (1961-69).

Les Looney tunes spy

DJ un héros qui s'ignore dans l'ombre de son paternel.

DJ Drake (Fraser) est d'ailleurs souvent dans l'ombre de son père et cette aventure sera l'occasion pour lui de devenir un véritable héros de cinéma. Pas besoin parfois des spotlights et des "moteur, action" pour le devenir. Kate (Jenna Elfman) est l'exemple type de l'exécutif cynique qui croit tout savoir de ce qui fonctionne au cinéma, y compris ce qui est politiquement correct. Au revoir donc Bugs Bunny qui se travestit ou le sidekick qui s'en prend plein la figure (Daffy Duck que l'on vire comme s'il ne faisait pas partie des meubles du studio). Daffy est d'ailleurs qualifié d'idole de "gros dégueulasses des sous-sols" (du moins en vf), sous-entendant plus ou moins les geeks avec une violence verbale forte. Dante enlève volontairement Lola Bunny de l'équation, personnage créé initialement pour Space Jam et dont la rare apparition est sur un poster chez Warner (une version lapine de Bodyguard !). Le cv de madame est également assez amusant puisqu'elle est à l'origine d'une séquelle de L'arme fatale avec des bébés, ce qui a permis aux frères Warner (Don et Dan Stanton) d'emmener voir un film de la franchise à leurs neveux. De la même manière, les frères Warner comprendront bien rapidement que les techniques de rajeunissement de l'audience instaurées par Elfman ne marchent pas à chaque fois. 

Les looney tunes elfman

Un personnage qui évolue heureusement vers le positif, tant son portrait initial est d'un négatif incroyable. Dans sa critique d'Hollywood, Dante n'hésite pas à se moquer de certaines choses. Comme certains personnages de cartoons se plaignant justement d'un politiquement correct plombant et évidemment ce passage où Sammy dézingue son interprète au cinéma Matthew Lillard, notamment en disant qu'il l'a fait passer pour un taré à l'écran. On n'applaudira jamais assez Joe Dante pour cette boutade bien sentie. Daffy dit même au passage qu'il est capable de faire du placement de produit du temps qu'on le paye. Il réussit même un beau passage d'autodérision en revenant à Batman le temps d'une séquence cocasse. Daffy et DJ finissent sur le tournage d'un film Batman réalisé par Roger Corman, avec la Batmobile du film de Tim Burton que devait initialement tourner Dante; et où Batman a un costume ressemblant davantage à celui de Val Kilmer qu'à celui de Michael Keaton (en gros, ça pointe). Au final, Dante aura fait son Batman alors que le personnage était en pleine case reboot. S'il n'a certainement pas pu tout faire en raison des exécutifs, Dante se révèle déjà bien assez acide dans ce qu'il montre.

Les Looney Tunes Batman

Small Soldiers dans une situation quasi-similaire allait peut être plus loin dans le sous-texte, mais l'intrigue était également différente. En satire d'Hollywood, Les Looney Tunes passent à l'action est plus que crédible et certaines choses n'ont d'ailleurs pas changé depuis. Toujours pour une question d'hommage, Dante fait de la Zone 52 (et non 51) un véritable cabinet de curiosités, où Robbie est l'assistant de Joan Cusack. Le martien  Marvin côtoie un dalek issu de la série Doctor Who (1963-) et la créature de Robot monster (Phil Tucker, 1953). Kevin McCarthy passe faire coucou en noir et blanc avec une cosse dans les bras (encore un clin d'oeil aux Body Snatchers), tout comme la plante carnivore de La petite boutique des horreurs (Corman, 1960) et l'alien de Roswell. Cusack fait allusion à "Mant" le film dans le film Matinee (1993) en parlant de fourmis géantes. Peter Graves reprend plus ou moins son rôle de Mission Impossible (1966-1990) en donnant ses instructions sur le fameux MacGuffin du film. Dante se fait plaisir à ce niveau et cela correspond parfaitement à ce joyeux bordel qu'est la Zone 52. Le réalisateur plante son action dans un monde plus ou moins réaliste où les acteurs de cartoons négatifs comme Sam le pirate font parties d'ACME, qui est une vraie agence du crime dirigée par le personnage follement excentrique de Steve Martin. 

Les looney tunes dalek

Le genre qui peut être très excité par son assistante (là aussi Dante ne se prive d'allusions sexuelles assez cocasses pour un film familial, même si c'est léger) et faire crâmer Ron Perlman jusqu'à en devenir squelette. Toutefois, le plus grand coup de folie de Dante (outre un final en animation dans l'Espace absolument délirant) est bien sûr le passage au Louvre. Ne se privant pas des clichés pour représenter Paris (Un homme et une femme en fond sonore, des archives, un aspect carte postale, la Tour Eiffel et le Louvre évidemment), le réalisateur organise une poursuite entre Elmer, Bugs et Daffy dans les tableaux du Louvre. La persistance de la mémoire (Salvador Dali, 1931) rend les personnages aussi mous que les fameuses montres, tout en parlant en symboles. Elmer finit par faire Le cri d'Edvard Munch (1893-1917). Une affiche de cabaret permet à Bugs et Daffy de jouer des danseuses de french cancan bottant les fesses d'Elmer. Par un plan-séquence, il finit par montrer les personnages passer d'un tableau à l'autre avec des costumes et styles raccords aux peintures qu'ils visitent. La scène se termine par Un dimanche après-midi à l'île de la Grande Jatte (Georges Seurat, 1884-86) où Elmer fait des tâches blanches à force de tirer et finit par être soufflé par Bugs à cause du pointillisme!

Une séquence d'animation monumentale prouvant certainement le mieux l'hommage que voulait rendre Dante à Chuck Jones. D'autant que le réalisateur peut compter sur une excellente animation et des progrès techniques en terme d'intégration de personnages plutôt bienvenus. Si Les Looney Tunes passent à l'action n'est pas du niveau d'un Qui veut la peau de Roger Rabbit (Robert Zemeckis, 1988), il a au moins des arguments notables.

  • Masters of horrors (2005-2007): Survivre par la télévision

Vote ou crève manif

Suite au flop des Looney Tunes passent à l'action, Joe Dante a bien du mal à rebondir. Il se fait toutefois remarquer par deux épisodes de la série anthologique Masters of horror écrits par Sam Hamm, scénariste des Batman de Tim Burton (1989, 1992). Le premier est certainement le plus intéressant, car Dante revient à la satire politique genre où il a excellé dans la brillante Seconde guerre de sécession (1997). Dans Vote ou crève (2005), des soldats morts durant une récente guerre sortent de leurs cercueils pour aller voter. Dante ne la cite pas directement, mais il s'agit bien de la Guerre d'Irak commencée deux ans plus tôt et déjà meurtrière pour le front américain. L'ironie veut que l'action du film se situe aux élections de 2008 et que Dante ne pouvait pas savoir qu'elle ne s'arrêterait qu'en 2011. Une guerre aussi catastrophique que celle du Vietnam, à la différence qu'elle a été lancé sur un mensonge (les fameuses armes de destruction massive). Joe Dante interroge son pays en 2005 sur les ravages déjà commis par cette guerre, aussi bien moraux que dramatiques. A nouveau, le réalisateur passe par le prisme des coulisses politiques et par la télévision pour évoquer ce retour soudain de soldats morts. Dans le premier cas, les autorités essayent de maquiller tout cela, sans grand succès et surtout leur plus grand problème est que les zombies ne votent pas pour leur candidat.

Vote ou crève vote

En filigramme, le réalisateur évoque le fameux cafouillage de l'élection présidentielle de 2000 avec une affaire de tricherie de dernière minute. L'épisode se termine sur une note fort patriotique mais nécessaire: les morts n'ont pas leurs votes entendus, alors ils demanderont aux vétérans morts des autres guerres de venir les aider. A ce propos, le réalisateur donne un trauma au personnage principal (Jon Tenney) plutôt intéressant en rapport à son frère revenu du Vietnam. Avec cet événement, il dénonce deux choses: le trauma du Vietnam et plus généralement de la guerre qui entraîne la déchéance du soldat revenu à la mère patrie (la drogue, les tentatives de suicide); mais surtout la vente libre d'armes et les drames infantiles que cela engendre. Là aussi peu de choses ont changé depuis (notamment dans le second cas), mais il est toujours bon de les dénoncer dans une oeuvre visionnée par des millions de téléspectateurs. Le réalisateur s'attaque aussi aux médias avec une émission où les intervenants semblent retourner leur veste selon la situation. Une experte de la constitution ambitieuse (Thea Gill) évoque les bienfaits de ce vote, mais quand elle apprend que le vote est contre le président, le vote des morts lui paraît inconcevable si l'on se base sur la constitution. Par la même occasion il montre un autre intervenant, un révérend (J Winston Carroll) évoquant dans un premier temps que le retour de ces soldats morts est un signe de la main de Dieu.

Vote ou crève tv

Pour les mêmes raisons évoquées plus haut, il parlera ensuite de démons revenus de l'Enfer. Rien de pire que les girouettes qui changent de discours selon les situations qui les arrangent dans les médias. Autre point intéressant, Dante continue dans le sillage de George A Romero sur Le jour des morts-vivants (1985) et Land of the dead (2004) en mettant en scène des zombies particulièrement conscients et causants. Certains avec plus de mal, d'autres beaucoup moins au grand dam des politiques. Un rapport qui peut aussi se rapporter à la culture vaudou où des hommes finissent par revenir au monde, après avoir été déclaré mort. Ce qui a été évoqué autrefois par Jacques Tourneur (Vaudou, 1943) ou Wes Craven (The serpent and the rainbow, 1988). Par la même occasion, le réalisateur ne fait pas d'eux des fanas de chair humaine, ce qui les rapprochent encore une fois du vaudou. Ils sont de retour pour voter et quand leur mission est terminée, ils meurent à nouveau. Un changement intéressant dans la vision actuelle du zombie souvent très carrée. Le réalisateur reste dans le contexte social avec son second épisode La guerre des sexes (2006). Les hommes contractent un virus qui les rend meurtriers envers les femmes. Dante se révèle moins convaincant et va davantage vers la série B pessimiste. Seule une piqure servant de castration chimique (la manière chirurgicale marche aussi) peut amener les hommes à se contrôler, comme le montre le personnage d'Elliott Gould.

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Joe Dante et Jason Priestley sur le tournage de La guerre des sexes.

Sauf que peu d'hommes ont le souhait de perdre leur virilité, même pour une question d'utilité publique. Ce qui amène la mort d'un grand nombre de femmes dans une indifférence quasi-totale, comme le montre le passage de l'avion où deux femmes sont tuées sauvagement pour des raisons aussi futiles que l'accès aux toilettes ou des cris. L'épisode y perd peut être un peu quand il devient un thriller domestique, le personnage de Jason Priestley (il est loin le fringant Brandon de Beverly Hills) finit par succomber au virus et à menacer sa femme (Kelly Norton) et sa fille (Brenna O'Brien). Une issue fatale pour l'une d'entre elle. A cela se rajoute un final riche en cgi plutôt bien faits, mais peut être un peu trop abstrait pour totalement convaincre. Cela reste tout de même un épisode de qualité et au message assez fort et radical.

  • The hole (2009) : Retour vers Amblin

The hole 

Malgré l'aura de ces épisodes, Dante attendra la fin des 2000's pour pouvoir réaliser un nouveau long-métrage, qui plus est dans le milieu indépendant. Présenté à Toronto en 2009, The Hole se fait attendre... environ trois ans. Un malheureux concours de circonstances. Tout d'abord, le film a été tourné en 3D durant une période où les films utilisant ce format étaient rares. Donc peu de salles équipées mais suffisantes pour que le film puisse fonctionner dans ce format. La 3D recommençait à montrer le bout de son nez depuis 2007, aidée par l'explosion de l'IMAX 3D aux USA, avant qu'Avatar (James Cameron, 2009) ne fasse le carton planétaire que nous connaissons. Les salles de cinéma ne s'attendaient pas à un tel raz de marée et ont augmenté leurs salles de projection en 3D juste avant l'arrivée du film de Big Jim et après en conséquence de ce succès. A peine présenté en festival, The Hole est annoncé par son distributeur à l'été 2010. Joe Dante raconte la malheureuse vérité: "Et puis un jour, alors qu'on était en train de tourner, ils ont découvert une solution miracle pour convertir numériquement des films en 3D. Les salles équipées ont tout à coup été envahies par Le choc des titans [Louis Letterier, 2010] et Alice au pays des merveilles [Tim Burton, 2010]. Et vu qu'ils rapportaient beaucoup d'argent, ils restaient à l'affiche. Notre fenêtre de distribution a totalement disparu, du jour au lendemain." (3).

The Hole : Photo Joe Dante

Ce qu'il est bon de préciser également est que les cinémas n'avaient parfois qu'une ou deux salles grand maximum pour projeter un film en 3D en 2009-2010, ce qui permettait comme le dit le réalisateur de les garder plus longtemps à l'affiche. Et plus les films sont nombreux à sortir, moins il y avait de place ou assez d'écrans disponibles pour tout le monde. Suite à cette overdose de conversions à la sauvette (c'est malheureusement encore le cas), The Hole s'est fait littéralement bouffé par une concurrence déloyale au point d'avoir rater son rendez-vous au cinéma. Le réalisateur évoque que le film a pu sortir convenablement en Italie et en Angleterre, mais ce ne fut pas le cas aux USA où il est sorti dans quelques salles, qui plus est sans 3D. Idem en France où il sortira directement en DVD et BR en octobre 2012 avec la possibilité de le voir en 3D. Mais là aussi, tous les foyers ne sont pas équipés de télévision ou de BR 3D. Sauf erreur, même lors de la rétrospective de la Cinémathèque le mois dernier, le film n'a pas été diffusé dans son format initial. "C'est un de ces films qui sera principalement vu à la télévision. Et ça me désole. Désormais, tous les films faits dans cette gamme de budget atterissent directement en vidéo et les gens les voient sur leur ordinateur." (4). Si The Hole n'a pas eu de réelle exploitation, il semble avoir été bien reçu par le public lors de sa sortie vidéo.

The Hole : Photo Joe Dante

Alors que le cinéma et la télévision sont en plein revival 80's, quitte à faire des oeuvres gangrénées par leur nostalgie (Super 8 ou la récente série Stranger things) ou des remakes, The Hole se savoure comme un pur film Amblin sans en être un. Joe Dante ne cherche pas à se revendiquer de son acolyte Spielberg, puisqu'il est lui-même un des fondateurs du style Amblin à l'image de Robert Zemeckis ou Chris Columbus. Il n'a donc pas le problème de JJ Abrams et des frères Duffer qui sont des enfants d'Amblin qui régurgitent plus ou moins ce qu'ils ont vu. Sans compter que The Hole ne s'embourbe pas à se situer dans les 80's comme le font les jeunots et le film est finalement (et heureusement) très intemporel. C'est ce qui le rend d'autant plus savoureux et agréable à regarder. Le principe du trou est de faire peur aux personnages en se basant sur leur peur profonde. Le père qui battait sa mère (Teri Polo), son frère et lui pour le héros (Chris Massoglia), le clown pour son petit frère (Nathan Gamble), l'amie décédée dans un tragique accident pour la voisine (Haley Bennett) et le noir pour l'ancien propriétaire de la maison (Bruce Dern). Le trauma des héros n'a pas besoin d'être surexpliqué par le réalisateur, les faits et le climax s'en chargeront largement. Dante peut alors exploiter à sa juste valeur chacune de ces caractéristiques, puisque chaque personnage va devoir combattre sa peur d'une manière ou d'une autre. 

The Hole : Photo Joe Dante

C'est là que sa réalisation est intéressante, car elle joue parfaitement de la 3D. La profondeur de champ est assez imposante, permettant au réalisateur de bien gérer l'espace des pièces, à l'image du sous-sol où se trouve le trou ou les passages dans le trou. D'abord pour jouer sur l'aspect sans fond du trou ou balancer divers objets vers la caméra. Pour le grand climax, Dante se lâche complètement et revient à l'expressionnisme allemand utilisé sur La Quatrième dimension (1983) pour jouer sur le décor déformé censé représenter une version fantasmagorique du foyer initial du héros. Cet aspect est renforcé par le père apparaissant tout d'abord comme un nuage, puis déformé sur les photos et enfin représenté en colosse. Rien que pour ce type de scènes, The Hole donne envie d'être vu dans son format initial, car rien qu'en 2D on réussit à voir où le réalisateur a pu mettre divers effets pour rendre son film opressant ou graphiquement intéressant. L'aspect Amblin se ressent également dans les affrontements entre le petit et un jouet clown particulièrement agressif, renvoyant aussi bien à Poltergeist (Tobe Hooper, 1982) aussi bien pour l'objet que le passage dans la piscine; qu'à Gremlins (remember le jeu de massacre avec les sales bêtes). Des éléments qui permettent une ambiance de film d'épouvante familial tout ce qu'il y a de plus agréable.

The_hole_clown

 

Puis inévitablement, il y a l'aspect bande des héros avec les deux adolescents plus âgés et le gamin, la girl next door par excellence, le garçon timide et le petit qui prend les devants. The Hole n'a peut être pas la carrure de la plupart de la filmographie de son réalisateur, il n'en reste pas moins un film tout ce qu'il y a de plus recommandable et certainement ce qu'a fait de mieux le réalisateur ces huit dernières années.

  • Burying the ex (2014) : Dernier tour de manivelle

Burying the ex

Juste après The Hole, Joe Dante accepte une commande de Roger Corman achetée par Netflix, encore loin de ce qu'est la plateforme aujourd'hui. Une web-série interractive où le spectateur devait voter ce que devait faire les personnages ou s'ils devaient vivre ou mourir. "À chaque moment clé [le spectateur] était soumis [à] un questionnaire à choix multiple : le héros doit-il ouvrir la porte ou non ? Le sort d’un être fictionnel se retrouvait entre ses mains. Mais pour chaque option, il fallait tourner une version différente du dénouement. Tourner un épisode revenait à en tourner dix, puisqu’il fallait prévoir les cinq ou dix versions alternatives de certaines scènes. C’est un procédé épuisant et compliqué, trop pour moi, mais qui peut certainement donner de bonnes choses si on ne laisse pas tomber." (5). Un projet auquel se rajoute Corey Feldman, acteur présent dans Gremlins et The 'Burbs (1989). Avant cela, le réalisateur avait lancé en 2007 les vidéos (puis le site) Trailers From Hell consistant à commenter les bandes-annonces (et en soi les films concernés) de divers films d'autrefois. Les commentateurs? Des gens du cinéma tels que John Landis, Guillermo del Toro, Eli Roth, Rick Baker ou Edgar Wright. Un concept sympathique et enrichissant qui perdure depuis dix ans désormais, d'autant que ces bandes-annonces proviennent de films souvent oubliés et remis ainsi en lumière.

Splatters

Tu as pris un sacré coup de vieux Corey. 

Le dernier film de Joe Dante date de 2014 et là aussi sa production fut assez catastrophique. Burying the ex est adapté du propre court-métrage d'Alan Trezza, film que n'a pas voulu voire Dante pour ne pas être influencé. "Le film s'est fabriqué très rapidement. Je n'ai pas tourné aussi vite depuis mes années chez Roger Corman. Ça s'est monté à toute vitesse. Nous avions le projet sous la main depuis des années et d'un coup, le budget a été disponible. Mais il fallait le faire immédiatement, car l'argent allait disparaître l'année suivante. Nous avons donc lancé la préproduction et le casting en toute hâte, nous avons tourné... Et puis le film est resté sur une étagère pendant un an. (...) Nous avons eu quatre semaines de prépoduction, nous avons filmé pendant vingt jours... (...) [Ashley Greene] a vécu un vrai cauchemar, car nous avons dû tourner les séquences dans le désordre. Elle était constamment à une étape différente de sa décomposition. Parvenir à rester concentrée, à faire vivre le personnage de façon cohérente, c'était très difficile. Elle devait changer d'état d'esprit constamment." (6). Un tournage commando pour un film qui ne sortira finalement pas en salles, projeté dans quelques festivals comme Venise ou Gérardmer l'an dernier et surtout se fait voler la vedette. 

Burying the Ex : Photo Ashley Greene

Alors que Dante venait de finir le montage, un film au pitch quasiment similaire (un homme voit son ex-petite amie morte revenir dans sa vie) sort au cinéma: Life after Beth (Jeff Baena, 2014). Quasiment impossible de marquer les esprits ou de trouver une audience dans un tel contexte. Par la même occasion, Burying the ex est probablement le plus mauvais film de Joe Dante à ce jour. Dès les premières minutes, on comprend assez rapidement qu'il s'agit du type de pitch qui fonctionne sur un format court, mais pas forcément sur 1h30. Une romcom horrifique où le héros (le regretté Anton Yelchin) se retrouve une copine (Alexandra Daddario) quelques mois après la mort de son ex (de la manière la plus gaguesque si possible), quand cette dernière revient d'outre tombe. Crises de jalousie, adultère, affrontements entre les deux filles et le mec... Tout y est, il ne manque plus que le pote potache et fornicateur qui donne des conseils. Ah ben le voilà sous les traits d'Oliver Cooper aussi pénible que dans Projet X (Nima Nourizadeh, 2012). A cela se rajoute que la morte est probablement un des personnages les plus horripilants vus dans un film ces dernières années. Alors votre interlocuteur en convient que c'est le but. Le héros est en passe de la plaquer avant l'accident, car elle s'impose de plus en plus dans le ménage, au point d'impacter sur le mode de vie du héros. 

Burying the Ex : Photo Alexandra Daddario, Anton Yelchin

Toutefois, cela n'empêche pas de rendre un méchant ampathique ou tout du moins suffisamment réussi pour s'attacher d'une manière ou d'une autre à lui. Là on est juste content qu'elle se prenne un bus. On aurait presque envie de dire merci à ce chauffeur de bus. Son retour confirme encore plus son aspect horripilant et le problème de s'amplifier jusqu'au climax. On peine également à retrouver Joe Dante dans le film. Si ce n'est la présence de Dick Miller ou la passion du héros pour les vieux films (notamment Plan 9 from outer space d'Ed Wood). Même l'humour est au ras des paquerettes, soit sans charme, soit vulgaire. Burying the ex est un film que le fan ou pas de Joe Dante oubliera finalement très rapidement. Actuellement le réalisateur travaille sur deux projets, tout du moins aux dernières nouvelles. On n'en a justement plus concernant "Labirintus", projet scénarisé par Alan Campbell où devraient jouer Rachel Hurd Wood (Le parfum), Mark Webber (Scott Pilgrim)... et Lorant Deutsch. Le film devrait suivre deux spécialistes en paranormal et psychiatrie en quête d'une base soviétique cachée dans un labyrinthe à Budapest. On n'en sait pas plus depuis mars 2016, au point de se demander si le projet n'est pas annulé. Plus concret est "The man with kaleidoscope eyes" dont Joe Dante en parlait encore récemment dans l'émission Bits

Un projet scénarisé par Tim Lucas et revenant sur la gestation de The trip (Roger Corman, 1967). D'après le réalisateur, le projet serait en cours de réécriture et un studio serait dessus. On attend de voir. En attendant continuons à regarder les chefs d'oeuvre d'un cinéaste encore peu considéré et s'étant battu contre des moulins durant toute sa carrière. A la prochaine!


* Voir: https://www.youtube.com/watch?v=x01b21Z2qfQ

** Propos issus de: https://www.ecranlarge.com/films/interview/901672-joe-dante-interview-carriere-3eme-partie

3 Propos tirés de Mad Movies numéro 256 (octobre 2012).

4 Propos tirés de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

5 Propos isssus de: https://carbone.ink/chroniques/entretien-apocalyptique-joe-dante/

6 Propos tirés de Mad Movies numéro 293 (février 2016).

Autre source:

  • http://www.ecranlarge.com/films/interview/901673-joe-dante-interview-carriere-4eme-partie

Pour découvrir Trailers From Hell:

  • le site officiel: https://trailersfromhell.com/
  • la chaîne Youtube: https://www.youtube.com/user/trailersfromhell

01 avril 2017

Cuvée Dantesque #3

Après être revenu sur les années 80 fort spielbergiennes de l'ami Joe Dante, passons aux 90's entre cinéma et télévision. Go! (Attention spoilers)

  • Matinee et Runaway Daughters (1993, 1994): Retour en enfance

Panic

Jaquette du BR français.

Peu après Gremlins 2 (1990), Joe Dante est contacté pour réaliser Matinee. Sur le BR du film, le réalisateur décrit le premier jet comme des jeunes "évoquant le cinéma de leur enfance" avec comme dénominateur commun une salle de cinéma. Une pointe de fantastique se présentait à travers un projectionniste vampire et une gérante de cinéma monstrueuse. "Un conte peuplé de monstres que personne ne voulait produire." La Warner laisse Dante développer le projet sans trop y croire. Un nouveau traitement incluait une star de cinéma rencontrant des enfants, ce qui a amené à la disparition des éléments fantastiques en dehors du mini-film "Mant". Le scénariste Charles S Haas a alors pensé à la crise de Cuba de 1962 comme contexte, l'élément qui a véritablement lancé le projet. Les fonds devaient au départ venir de sociétés étrangères, ce qui a engendré des problèmes de casting. Comme ces fonds peinaient à se concrétiser, Dante a proposé à Universal qui devait seulement le distribuer d'également le produire en rachetant les parts de ces producteurs. Bien que le film n'a pas coûté grand chose, il ne fonctionna pas des masses au box-office, sortant sur trop d'écrans alors que le film aurait eu une meilleure distribution en étant en sortie limitée, puis sur tout le territoire comme cela se fait de plus en plus de nos jours.

Panic cinéma

Dans cette même interview, Dante pointe le problème le plus évident: les studios ne savaient déjà plus vendre ce type de projets, qui plus est fortement nostalgiques ("comment vendre ce truc?" dira Tom Pollock, le vice-président du groupe MCA, après une projection-test). Durant longtemps, celui que l'on nomme aussi Panic sur Florida Beach sera invisible pour le public français. Quasiment jamais diffusé à la télévision (on était loin du culte autour du réalisateur qui existe aujourd'hui), indisponible car aucune édition n'avait dû dépasser la VHS des 90's... il faudra attendre que Carlotta le sorte en BR et DVD en 2011 pour que le film se fasse une véritable réputation en France. Alors que Matinee était un si ce n'est le plus discret de ses films de cinéma (en dehors d'Hollywood Boulevard bien évidemment), il commence à trouver son véritable public de nos jours. Matinee se présente comme deux films en un. D'un côté, le film principal avec le jeune garçon (Simon Fenton) assistant à l'avant-première de la nouvelle production d'un producteur à succès (John Goodman). De l'autre, la dite production d'environ vingt minutes "Mant" (disponible sur le BR), l'histoire d'un homme se transformant en fourmi suite à des radiations chez un docteur. 

Un mini-film que Dante a réalisé dans la plus grande tradition des films qu'il aimait à l'époque, que ce soit La mouche noire (Kurt Neumann, 1958), Godzilla (Ishiro Honda, 1954), Tarantula ou L'homme qui rétrécit de Jack Arnold (1955, 1957). Pas d'effets ringards, ni de pellicule dégueulasse au programme, mais du noir et blanc économique comme à l'époque, des plans pris à droite et à gauche (comme à l'époque où Dante travaillait pour Roger Corman) et des effets-spéciaux dignes de ce nom. La bande-annonce faites pour l'occasion joue notamment sur la réputation du producteur, savant mélange entre William Castle (pour ce qui concerne les pratiques du producteur) et Alfred Hitchcock (sa présentation est digne de celle du Maître du suspense, le cigare en plus). Comme la plupart des bandes-annonces de l'époque, les trois quarts du film sont dedans et les accroches chocs s'alignent. La meilleure? "50% homme, 50% fourmi, 100% terreur." Le film en lui-même est amusant à regarder, surjoué pour miser sur les séquences spectaculaires. Le réalisateur joue aussi des clins d'oeil, tout d'abord en faisant tourner aussi bien ses amis (Kevin McCarthy en général et Dick Miller en soldat) que des acteurs de séries B (William Shallert et Robert Cornthwaite qui jouent respectivement le docteur et le scientifique en chef).

Panic public

Puis en rendant hommage au King Kong de 1933 (la fourmi qui monte progressivement sur un immeuble alors qu'elle se fait mitrailler) et à Godzilla (la réunion entre militaires et scientifiques). Dans le dernier des cas, la référence est d'autant plus pertinente qu'elle renvoie au contexte historique de Matinee (la crise de Cuba était notamment nucléaire et le producteur vide la salle avec un champignon nucléaire projeté qui explose l'écran) et la manière dont l'Homme se débarasse de la chose est identique (une tête nucléaire et c'est fini). Dante rajoute des scènes qui misent sur l'Atomo vision, procédé consistant à rendre une séance plus attractive. Quand le public du cinéma dans "Mant" regarde vers le spectacteur en disant qu'une infirmière se fait agresser, l'actrice jouée par Cathy Moriarthy en costume d'infirmière est bel et bien emmenée par un mec déguisé en fourmi! Idem pour les secousses présentes dans le film ressenties par le public du cinéma grâce à un système de vibration posé sous les sièges. De quoi rêver d'une séance en Atomo vision, une expérience cinématographique qui serait au moins plus attractive qu'un Espace Cosy à Kinépolis... Des idées ingénieuses issues de l'imagination de Castle (tout comme les assurances contre la mort que fait signer Moriarthy aux spectateurs) et dont Dante exhume les pratiques avec malice et candeur.

Panic_fourmi

De la même manière que le réalisateur signe un film quasiment autobiographique (bien qu'il ne l'a pas scénarisé), alignant les magazines, dessins personnels et affiches de divers films (Tales of terror de Roger Corman, Le jour où la Terre prit feu de Val Guest, Qu'est-il arrivé à Baby Jane? de Robert Aldrich, L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford...). Y compris un autre film dans le film, parodie de ce que faisait Disney à une époque en donnant des sentiments à des objets (le plus bel exemple est Herbie). "Le Cadie déjanté" où l'oncle de l'héroïne (Naomi Watts qui faisait ses débuts à Hollywood) se réincarnait en cadie! Un vieux souvenir réadapté par Dante d'un film qui avait aussi bien ennuyé lui que son petit frère. Un élément qui se repète ici avec le héros principal. Ce dernier a le même âge que Dante avait lors des événements et le réalisateur s'amuse de la situation oppressante de l'époque et parfois son surréalisme (se mettre à genoux et les mains sur la tête pour éviter le nucléaire, ben voyons). Tout est là dans le travail de reconstitution pour que le spectateur soit à l'aise. Dante expose aussi une relation attachante entre le producteur et le jeune garçon, ce dernier voyant dans l'adulte un père de cinéma, un modèle qui lui a appris des choses en rapport à ce qu'il aime.

Panic Woolsey

De même, Lawrence Woolsey voit en Gene le passionné qu'il était plus jeune. Matinee est un film qui sent le cinéma de toutes parts jusqu'à en être le sujet même. Pour tout cinéphile qui se respecte, Panic sur Florida Beach est un pur plaisir jouissif, le genre qui confronte le spectateur à sa propre expérience du cinéma dans une salle de cinéma. Que ce soit le multiplexe ou le cinéma de quartier. Un voyage nostalgique pour Dante mais aussi pour le spectateur qui ne fait pas de mal à personne. Un an plus tard, Joe Dante reste toujours dans le cinéma de sa jeunesse avec le téléfilm Runaway Daughters. Il fait partie d'une collection de remakes de films d'exploitation produits par l'American International Pictures pour la chaîne Showtime. Parmi les réalisateurs concernés par la collection, on retrouve Robert Rodriguez (Roadracers avec David Arquette et Salma Hayek), William Friedkin (Jailbreakers avec Shannen Doherty), Mary Lambert (Dragstrip girl avec Mark Dakascos, dont on voit l'affiche de l'original dans le téléfilm de Dante) ou encore John Milius (Motorcycle Gang avec Carla Gugino et Jake Busey). Un casting pour le moins prestigieux à une époque où le câble américain commence à trouver ses marques (HBO venait de diffuser Les contes de la crypte et alignait déjà pas mal de téléfilms). 

Runaway daughters

Comme sur ses précédents films, Dante a fait appel à Charles S Haas ce qui revient à parler de dyptique nostalgique. Le réalisateur s'attaque pour la première fois à un remake véritable depuis son sketch dans La quatrième dimension (1983), InnerSpace (1987) étant avant tout une pastiche du Voyage fantastique (Richard Fleischer, 1966). Votre cher Borat ne vous cache pas que ce fut bien difficile de le trouver même sur le net et qu'il a fallu le voir dans des conditions drastiques (rien de pire que quelqu'un qui parle sur des dialogues, notamment quand il s'agit d'un russe). Toutefois, le film est suffisamment compréhensible pour être vu sans déplaisir. Runaway Daughters se situe un peu plus tôt que Matinee (1956), mais a toujours le contexte de la Guerre Froide mis en évidence. Toutefois cet aspect reste très secondaire et ne prend pas sens dans les actions des personnages. Ainsi, les Américains semblent avoir peur d'un satellite russe, ce qui sera confirmé par un travelling arrière final stoppant sur le passage du dit objet. Ce qui peut être vu comme un clin d'oeil à The 'Burbs (1989), qui commençait et se terminait par un même plan de la Terre vu de l'Espace.

Runaway_daughters_girl

Dante plante d'ailleurs le décor dès le générique avec diverses images d'archives montrant les bals, le rock'n roll, les voitures, la Guerre de Corée, les concours de beauté, Fidel Castro, un extrait d'I was a teenage werewolf (Gene Fowler Jr, 1957), une navette qui s'écrase en plein décollage et la devanture d'un cinéma passant House of wax (André de Toth, 1953) en 3D. Le téléfilm est porté par une intrigue assez simple, se composant de la fugue maquillée en kidnapping de trois adolescentes à la recherche de celui qui a mis en cloque l'une d'entre elles (Julie Bowen, Jenny Lewis et Holly Fields). Il s'agit donc avant tout d'un road movie légèrement vengeur (la violence est rare dans le film). Les péripéties sont assez peu présentes, avant tout l'occasion de quelques scènes déjantées ou glauques. La première étant bien évidemment celle avec des policiers (dont un est joué par Courtney Gains, le plus jeune des voisins louches de The 'Burbs) jouant un peu trop de leur pouvoir avec des demoiselles seules. La seconde est quand les filles sont au prise avec des criminels dangereux liquidés de peu par des policiers. Runaway Daughters se focalise avant tout sur ses héroïnes et curieusement c'est le premier film de Dante depuis La quatrième dimension où il met en scène des filles en premiers rôles.

Runaway daughters roger

Les Corman vous attendent pour un petit barbecue.

Bien qu'il a mis en scène des personnages féminins par la suite, elles étaient avant tout des second-rôles. Si bien que les hommes sont relegués au second plan dans ce film. Ainsi, Bowen joue la fille bourgeoise qui s'ennuie dans sa grande maison; Fields la fille délaissée par le dit petit copain (Chris Young); et Lewis semble vivre dans un cadre un peu trop strict. Trois héroïnes finalement attachantes auxquelles on peut rajouter l'impayable Paul Rudd, clone au grand coeur de James Dean. Dante ose le gros happy-end des familles, quitte à être un petit peu moraliste en faisant du petit-ami un véritable lâche en puissance. Ce qui n'empêche pas Joe Dante de signer un téléfilm tout ce qu'il y a de plus sympathique où il s'amuse à faire tourner ses amis. Ainsi, on voit passer Roger Corman et sa femme en parents du petit-ami; la majorité du casting d'Hurlements (Robert Picardo, Dee Wallace, Christopher Stone et Belinda Balaski) jouent divers parents, auxquels se rajoute Wendy Schaal et Joe Flaherty; Cathy Moriarty en seule femme du gang (entraînant une filliation supplémentaire à Matinee); et enfin Dick Miller en détective privé. Rien de mieux qu'être avec sa famille de cinéma pour aborder les souvenirs d'antan. 

  • La seconde guerre de secession (1997) : War! What is it good for? Absolutely nothing!

La seconde guerre de secession 

Au cours des années 80-90, la chaîne câblée HBO commence à se faire une réputation avec plusieurs téléfilms de prestige. Initialement, La seconde guerre de sécession devait être réalisé par Barry Levinson qui s'est désisté surement à cause de la production fortement compliquée de Sphere (1998). Joe Dante est alors le second candidat et Levinson reste producteur. La seconde guerre de sécession est un projet qui aurait eu du mal à se produire au cinéma, compte tenu de la charge politique colossale qu'il montre au spectateur. La télévision permettait déjà d'aller un peu plus loin, notamment HBO qui avait déjà produit des téléfilms assez politisés, ce qui permettait une continuité. Dans son élan, le réalisateur a dû passé par des coupes: "J'ai dû faire des compromis avec HBO (...) Le film était trop sombre pour eux. Ils voulaient plus d'humour et ils ont coupé pas mal de choses que je trouvais personnellement très drôles [Dante ne précise pas quoi], mais qui n'étaient pas à leur goût" (*). Le téléfilm bénéficiera même d'un passage au cinéma en France, ce qui lui permet d'avoir une petite réputation mais il est difficile à trouver en vente libre. Même problème aux USA où le téléfilm n'est pas sur le site de la chaîne, jamais rediffusé et encore moins facilement disponible.

La seconde guerre de secession Phil

Heureusement, il reste le camarade Dailymotion pour le curieux français... Comme le dit si bien le réalisateur, "le film évoque des sujets brûlant dont on pourrait penser qu'ils ne sont plus vraiment controversés alors que le débat va en s'empirant" (*). Découvrir ou revoir La seconde guerre de sécession en 2017 c'est se prendre une immense claque. Le téléfilm ne reflète pas la réalité de l'époque, mais malheureusement ce qui s'est passé et se passe encore vingt ans après sa diffusion. La crise des migrants due aux guerres; le politique xénophobe et pro-armes; les affaires politico-sexuelles; la quête du buzz des chaînes d'information continue où l'on ne vérifie pas l'information, quitte à faire une bourde; l'interventionnisme militaire immédiat... Le slogan du fameux gouverneur (Beau Bridges) n'est d'ailleurs pas si éloigné de celui de l'actuel président des USA, puisqu'il s'agit de "l'Amérique telle qu'elle devrait être". Dante justifie même cette seconde guerre de sécession (ou guerre civile) sur un mensonge ou tout du moins une erreur de compréhension. Soit ce qui s'est malheureusement passé avec la seconde Guerre en Irak. Au fur et à mesure que le téléfilm avance, le spectateur ne sait plus s'il doit rire ou pleurer, si ce qu'on lui présente n'a finalement pas déjà eu lieu d'une manière ou d'une autre. 

La_seconde_guerre_de_secession_Beau

Ce qui était visionnaire, voire peut être ridicule en 1997 (par exemple, le scandale sexuelle entre le gouverneur et la journaliste renvoie directement au Monicagate) a tellement été multiplié par dix depuis que s'en est choquant. Ce qui fait de La seconde guerre de sécession un film plus qu'important dans le paysage télévisuel comme cinématographique, car il touche au but sans avoir le poids des années sur son dos. La réalité a dépassé la fiction. Le réalisateur a plutôt raison de multiplier les points de vue, car cela permet au téléfilm d'avoir une véritable vue d'ensemble du drame qui se joue devant nous. Dans un premier temps, les politiques se crachent à la figure au sein d'un même pays, car ils campent tous sur leurs positions dans une situation explosive. D'un côté, le président mal conseillé et optant pour une décision importante sur une mauvaise information (Phil Hartman). Le choix d'Hartman n'a d'ailleurs rien d'étonnant dans le rôle du président, puisqu'il imitait Bill Clinton au Saturday Night Live. De l'autre, un gouverneur qui se retrouve envers et contre tous car ne veut pas de migrants dans l'Etat d'Idaho. Les médias se rajoutent ensuite à cela. Largement couvert par la chaîne Newsnet (NN en VO), le conflit devient un moyen d'instrumentalisation à grande échelle via ces médias. L'information qui déclenchera ce problème viendra même d'un journaliste de terrain et non d'un quelconque conseiller.

La seconde guerre de secession army

Les failles du gouverneur viendront d'une journaliste un peu trop proche (Elizabeth Pena) et qui ironiquement est une immigrée mexicaine. Surviennent ensuite les reporters de terrain (Dennis Leary, Miller et Hank Stratton) assistant aux mutineries militaires particulièrement sanglantes et dans leur instant de vérité, l'un d'entre eux sera tué en plein direct, un autre tabassé. Alors que la guerre civile fait rage, la première chose qui vient au rédacteur en chef (Dan Hedaya) est de savoir où est passé le logo de sa chaîne à l'image. Ce dernier est tellement à côté de la plaque qu'il se fait reprendre par son assistante (Jennifer Carlson), qui lui explique qu'il est peut être hors de danger à l'intérieur de sa rédaction mais que le drame est bien à l'extérieur. Rien ne se passe dans sa rédaction, il ne fait de l'audience que sur ses reporters et camaramen restés dehors. Dans le même registre, on retiendra également ce bonhomme aux idées fumeuses comme faire croire que des enfants migrants chantent We are the world sur des stockshots ou faire un téléthon pour les orphelins, si possible en montrant des seins à l'antenne pour faire grimper l'audience. On exploite des pauvres malheureux pour se mettre plein d'oseilles dans les poches. On voit également qu'il y a tout et son contraire dans la rédaction, entraînant des prises de bec entre certains personnages. La plus belle étant celle entre Ron Perlman et Andrew Hill Newman jouant deux personnages complètement à bout. 

La seconde guerre de secession dan

Le premier est assez clairvoyant et voit progressivement ses idéaux se casser la figure, au point de tomber dans une tristesse totale en fin de film. Le second a des propos qui honnêtement peuvent se refléter aussi bien aux USA qu'en France (et ce n'est pas un compliment). Comme le fameux "si on ferme les frontières, il y a aura plus de travail pour les citoyens". Il faudra bien Tonton Roger Corman pour le remettre à sa place. De même lors de l'exécution des militaires mutins, la présentatrice du JT (Joanna Cassidy) en vient à critiquer viruleusement son collègue (Ben Masters) qui préfère passer à autre chose, plutôt que de revenir sur le drame qui vient d'arriver. Puis il y a aussi les personnages de James Earl Jones et Robert Picardo qui cherchent avant tout les enquêtes de fond et sont rembarés car il faut de la news au plus vite pour que le public reste concentré. Dante parle souvent de La seconde guerre de sécession comme un des films les plus importants de sa carrière. On aurait tord de le contredire avec un tel pamphlet, aussi excellent qu'est sa chute volontairement ridicule.

  • The osiris chronicles (1998) : Joe Dante en mode pilote

The osiris chronicles

Jaquette de la VHS américaine.

Pour ceux qui auraient peur rien qu'en voyant la jaquette ci-dessus (particulièrement hideuse pour être gentil), soyez rassurés. The Osiris Chronicles connu également sous le titre de The Warlord : Battle for the galaxy n'est pas un téléfilm, mais le pilote version longue (près d'1h30 quand même) d'une série télévisée qui n'a jamais vu le jour. N'ayons pas peur de le dire: Joe Dante n'est là uniquement que dans un rôle de tâcheron. Le seul rapport commun à ses films est la présence de Dick Miller le temps de quelques minutes en vendeur ambulant. La réalisation ne sort jamais des scories télévisuelles jusqu'aux effets-spéciaux parfois d'une pauvreté folle. Il n'y a qu'à voir le Sublime Planum, dégueulasse en CGI dans des plans larges embarassants et correct en maquillages sur des plans rapprochés. Le récit n'est pas très compliqué malgré la surexplication survenant en ouverture. En fait, The Osiris Chronicles se présente comme une sorte de mélange entre Star Wars (1977-) et Star Trek (1966-). D'un côté, le scénario reprend le principe de la république qui s'effondre. Les rebelles ont battu la république dans une galaxie où la pauvreté, la famine et la surpopulation avaient été éradiqué. Alors pourquoi une guerre? Parce que des gens s'ennuyaient!

The osiris chronicles rod

Le but du personnage incarné par Rod Taylor (rôle initialement voué à Christopher Lee) est de réinstaurer une forme de république avec l'aide du descendant d'un consul devenu un Warlord (soit la partie rebelle). Han Solo et Luke Skywalker laissent leurs places au voleur Justin Thorpe (John Corbett) à la recherche de sa soeur (J Madison Wright). Etant donné que The Osiris Chronicles était censé être le premier épisode d'une nouvelle série, l'intrigue sur le sauvetage de la gamine est laissée en suspens, ce qui ne joue évidemment pas en sa faveur. Idem pour le retour à la république qui devait surement être l'intrigue principale de la série. Pour le second univers repris, il y a l'aspect équipage qui s'en ressent assez facilement, la série Star Trek (1966-69) ayant quasiment inventé ce type de représentation dans le space opera avec un rôle clé pour chaque personnage. On a le vieux briscard (Taylor), sa petite fille en pilote (Elisabeth Harnois), sa fille est arbitre ce qui consiste à négocier entre les peuples (Carolyn McCormick), un garde du corps muet qui ne sert honnêtement à rien (Marjorie Monaghan), Thorpe le capitaine du vaisseau, le Warlord (John Pyper Ferguson) en soutien et le sidekick noir qui parle beaucoup (Darryl Theirse). 

The osiris chronicles dick

"Je suis Dick Miller, regardez moi, je ne fais que passer!"

Idem pour le système de téléportation quasiment similaire à celui employé par le Captain Kirk. Toutefois, ce téléfilm n'est pas désagréable à regarder malgré quelques ratés et ses influences gargantuesques. Juste que si vous attendez quelque chose d'intéressant venant de Joe Dante, ce n'est clairement pas ici.

  • Small soldiers (1998) : Les apparences sont parfois trompeuses

small soldiers

Comme souvent, quand Joe Dante arrive sur le projet Small Soldiers, il n'en est pas forcément l'initiateur. "Small Soldiers a traîné pendant un moment chez Amblin [visiblement le scénario avait été acheté en 1992] , puis était passé chez Dreamworks quand Steven Spielberg a créé le studio. A mon avis, le film ne s'était toujours pas fait parce que la technologie requise n'était pas au point. Je suis arrivé et j'ai apprécié l'idée même au coeur du film, à savoir que le soldats ne sont pas forcément les gentils et que les monstres aux allures bizarres ne sont pas les méchants (...) J'ai pensé que c'était un bon message à envoyer aux enfants." (*) . Le réalisateur travaille avec Stan Winston tout d'abord sur des marionnettes, avant de passer aux images de synthèse. Comme évoqué plus haut, le film est peut être sous l'égide de Steven Spielberg (Dreamworks est son second studio), mais les choses sont différentes de l'époque où les deux larrons travaillaient ensemble. Sur Small Soldiers, Dante n'aura quasiment aucun contrôle et Spielby ne viendra pas l'aider cette fois, car il n'est pas aussi impliqué dans Dreamworks qu'il ne l'était à l'époque d'Amblin. Le principal problème viendra du ton même du film. 

Small soldiers chip

"Il y avait des partenariats avec plusieurs sociétés différentes [dont Burger King] qui voulaient un certain type de film. On m'a d'abord demandé de faire un film 'tendance' pour les ados. Mais quand ils ont commencé à créer le matériel marketing, le ton était orienté vers les jeunes enfants (...) C'était déjà trop tard, la moitié du film était dans la boîte. Alors ils ont taillé dans les scènes jugées violentes, dans les explosions, (...) le prétexte étant que les parents allaient se plaindre." (*). Des reproches déjà faits aux Gremlins (1984, 1990), mais encore une fois Spielby n'est plus là pour le soutenir, d'autant qu'à l'époque il est occupé sur les plages irlandaises. Le réalisateur évoque également que dans ce climat d'incertitude constant, il recevait parfois des pages de scénario de scènes qu'il avait déjà tourné. La fin qu'il désirait à l'usine de jouets est également refusée par les producteurs qui préfèrent une bataille rangée à la maison. Economie surement mais on y perd beaucoup au change. Pas que le climax de Small Soldiers soit mauvais, mais peu avant Alan (Gregory Smith) et Christy (Kirsten Dunst) partent en scooter poursuivis par les jouets, avant de revenir au bercail une fois que la plupart soit bousillée. Le jouet Chip Hazard va quand même à l'usine et ramène à la maison d'Alan sa bande de potes tout frais de l'usine.

Small soldiers Kirsten

Ce qui revient à faire un affrontement, à partir pour revenir à un nouvel affrontement au même endroit, ce qui est un brin redondant. Pas de doute non plus que dans l'usine l'échange aurait peut être été plus violent également. Comme si cela ne suffisait pas, Phil Hartman qui joue le père de Christy est assassiné par sa femme le 28 mai 1998, empêchant ainsi les reshoots demandés par Burger King. Universal retira par la même occasion des plans des bandes-annonces ou spots tv où il est agressé par des jouets. Le film lui est évidemment dédié. Au final, Small Soldiers n'a pas intéressé grand monde à sa sortie, attendant patiemment la vidéo pour se faire une réputation et quand on voit la promotion de l'époque, on comprend un peu plus ce qui s'est passé. Prenons la bande-annonce ci-dessous. On ne voit jamais les Gorgonites pourtant bien représentés dans le logo du film. C'est à peine si on verra les jambes d'Archer dans un autre trailer. Universal (qui distribue le film) a tout misé sur les jouets militaires qui sont en faites les méchants de l'histoire ! On ne comprend même pas quel peut être le sujet même du film, puisque tout ce qui est montré sont des passages où les jouets sont détruits ou d'autres où ils bousillent le décor. Sa publicité au combien mensongère explique peut être son actuelle réhabilitation, puisque le public ne s'attendait certainement pas à un film type Gremlins avec des GI Joe psychopathes et de gentils freaks.

Le contraste se ressent jusqu'au casting de voix pour les dits jouets. A l'origine, Joe Dante souhaitait prendre le casting de Predator (John McTiernan, 1987) pour incarner le commando d'élite. Ce qui se ressent dans le design des jouets assez proche de celui de la bande de portes-bonheur. Au final, le réalisateur trouvera tout aussi bien avec Tommy Lee Jones, Bruce Dern et quatre des Douze Salopards (Jim Brown, Ernest Borgnine, George Kennedy et Clint Walker). Le casting des Gorgonites donne clairement le change avec Frank Langella et trois des Spinal tap (Christopher Guest, Harry Shearer et Michael McKean). Des personnages au design plus fantaisiste et digne du bestiaire déjanté de Gremlins 2. On a une créature qui s'est reconstruit à la manière de la créature de Frankenstein; un cyclope; une créature faisant des tornades (un hommage à Taz ?), un guerrier, un rhinocéros et un colosse au poing de pierre. Quant à nos amis Barbies défigurée jusqu'au boutisme au point de souffrir de déviances sexuelles (Dante qui parasite tout un mythe de "femmes modèles", c'est d'un jouissif), elles sont doublées par les deux grosses actrices de films / séries teen de l'époque Sarah Michelle Gellar et Christina Ricci.

Small soldiers barbies

Le mythe Barbie dézingué en un plan.

D'ailleurs, un des membres du Commando d'élite dira sans ménagement que l'une des poupées "prend toutes les positions", quand un autre demandera s'il peut avoir une permission pour littéralement passer du bon temps avec elles. Quitte à aller toujours un peu plus dans la transgression, autant également faire d'une poupée Jackie Kennedy une guerrière psychopathe! Comme le disait plus haut le réalisateur, il est intéressant de montrer, qui plus est dans un film grand public, qu'un militaire n'est pas forcément quelqu'un de positif et que le freak aussi difforme soit-il est finalement bien plus sage. C'est même toute la richesse du film puisqu'en allant vers ce paradoxe, Dante est à contre-courant de la représentation habituelle du soldat dans le cinéma américain, à la fois guerrier mais aussi très courageux dans une adversité parfois folle. Ici, c'est un destructeur, la caricature du psychopathe qui détruit tout sur son passage, patriotique à en vomir et ne se soucie pas du mal qu'il effectue sur l'adversaire car de toutes manières, il est fait pour l'éradiquer. Comme si un jouet GI Joe avait une conscience. C'est aussi là où Dante se veut le plus critique et certainement le plus pertinent. Les premières séquences sont particulièrement importantes puisque nous présentent tous les problèmes qui vont survenir.

Small soldiers patriote

A l'aide d'un spot de publicité, il nous présente Globotech, une entreprise spécialisée dans l'armement high tech qui essaye de s'impliquer dans les foyers américains. Pour cela rien de mieux qu'une petite OPA sur un fabriquant de jouets, virer un peu de monde et passer pour une entreprise clairvoyante aux yeux du public, alors que pas du tout. La réunion qui suit ressemble étrangement à une qui pourrait avoir lieu à Hollywood. D'un côté, le concepteur créatif qui mise avant tout sur l'univers et les personnages plus positifs (David Cross peut se voir comme une représentation de Joe Dante). De l'autre, le commercial qui mise sur l'aspect guerrier beaucoup plus vendeur des militaires (Jay Mohr dans une position proche des producteurs et patrons de studios). Inutile de dire que ce qui plaît plus au grand manitou (Dennis Leary merveilleux de cynisme) est la seconde option. L'idée même de donner une conscience à des jouets vient d'ailleurs de ce personnage qui veut des jouets plus vrais, qui effectuent le but qu'on leur a fixé. Pour paraphraser une de ses répliques, un jouet n'est plus seulement un jouet quand on lui donne une conscience. Si son but est de faire la guerre, il la fera comme n'importe quel humain. S'il est de se cacher car il est pacifique, il le fera aussi. Rien que par leurs buts différents, les Gorgonites n'ont aucune chance et sont voués à se faire écraser par le Commando d'élite.

 Small soldiers gorgonites

Si le patron n'a fait que donner une idée, il est aussi irresponsable que son employé qui rajoutera des puces militaires dans les jouets. Ce même patron qui dans les dernières minutes dira que ce type de jouets plaira à certaines dictatures d'Amérique du Sud! Le même qui achètera également chaque témoin et fera déplacer un camion avec le logo de la marque, histoire que rien ne s'ébruite. Un cynisme qui se perpétue à travers des choix de musiques parfois très judicieux. Tout d'abord utiliser War (Edwin Starr, 1970) chanson au combien contestataire pour une scène de guérilla urbaine. Ensuite, miser sur La chevauchée des walkyries (Richard Wagner, 1870) pour un petit clin d'oeil à Apocalypse now (Francis Ford Coppola, 1979). Dans un premier temps, pour un débarquement aérien des jouets, puis par la réplique "I love the smell of polyurethane in the morning". Dans un sens, même le personnage principal est loin d'être irréprochable, puisqu'il a fait quelques conneries dans d'anciens collèges et lycées et peine depuis à retrouver la confiance de ses parents. Si Les Looney Tunes passent à l'action (2004) s'attaquera plus d'une fois à Hollywood, il n'a jamais le cynisme et la radicalité de Small Soldiers. Ce qui fait peut être de ce film un opus plus intéressant sur plusieurs aspects que les Gremlins et ce malgré tous ses problèmes de production.

Allez à la semaine prochaine!


1 Propos tirés de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

Autre source:

https://www.ecranlarge.com/films/interview/901668-joe-dante-interview-carriere-2eme-partie

Pour ceux qui désirent voir La seconde guerre de sécession (en vf):

  • http://www.dailymotion.com/video/x18u7j7_la-seconde-guerre-de-secession-1-2_shortfilms
  • http://www.dailymotion.com/video/x18u86l_la-seconde-guerre-de-secession-2-2_shortfilms

Pour ceux qui désirent voir The Osiris Chronicles (en vo non sous-titré):

  • https://www.youtube.com/watch?v=FhKZHpoI1NA

25 mars 2017

Cuvée Dantesque #2

Après avoir copieusement évoqué les débuts de Joe Dante, la Cave de Borat continue cette semaine son voyage dans la carrière du réalisateur. Ready? Go! (Attention spoilers)

  • Gremlins 1 et 2 (1984, 1990): le début des emmerdes

Gremlins

Après l'expérience dans la Twilight Zone, Joe Dante reste dans l'écurie Amblin avec un scénario signé Chris Columbus. Initialement, le futur réalisateur de Madame Doubtfire avait écrit un film d'horreur total. Il n'était donc pas question du mélange des genres comique et horrifique/fantastique que nous connaissons désormais ("La mère se faisait décapiter, sa tête roulait le long des escaliers, le chien se faisait dévorer par les Gremlins..." *). De même, Dante travaillait déjà sur ce projet avant même d'être pris pour La quatrième dimension (1983), ce qui l'a amené à avoir une mauvaise idée de l'expérience de studio selon lui. Certes, le film à sketchs a eu des ennuis mais Dante n'était pas vraiment concerné, la Warner laissant tomber assez rapidement le projet ce qui permit une liberté artistique quasiment totale. Ce ne sera pas tout à fait le cas sur Gremlins. Les ennuis ont commencé quand la Warner a découvert le film. "Ils sont tombés amoureux de la première partie plus familiale, et ont été écoeuré par la seconde partie. (...) Ils trouvaient les Gremlins répugnants, ils trouvaient qu'il y en avait trop. De manière avisée, Steven Spielberg leur a répondu: 'Dans ce cas, on retire tous les Gremlins du film, et on appelle ça People, mais le public ne viendra pas voir le film." (**). 

Gremlins Joe 

Joe Dante et un de ses bébés.

Cette banale anecdote confirme une chose évidente: si Spielby n'a pas toujours eu le même point de vue que Dante (il aura même de sacrées réserves sur les deux films Gremlins), il l'a toujours défendu sur les productions Amblin qu'ils ont fait ensemble. La différence avec Small Soldiers (1998) produit par Dreamworks et où Spielby n'était pas vraiment concerné. Le salut viendra de projections-test particulièrement positives et un succès d'autant plus inattendu au vue de sa tonalité générale. Ce qui n'a évidemment pas plu à tout le monde... "Les spectateurs ont pensé qu'il s'agissait d'un film mignon, avec des peluches à la façon des ewoks. Beaucoup de gens ont donc emmené leurs enfants et ont été horrifié de découvrir qu'il s'agissait d'un film d'horreur dans la seconde moitié ! Il y a eu une levée de boucliers, exacerbée par le fait que Steven Spielberg venait de sortir Indiana Jones et le temple maudit, qui avait été également classé PG malgré la scène du coeur arraché. La MPAA a donc décidé, à raison selon moi, de créer un classement intermédiaire entre le PG et le R plus violent, et c'est ce qui a conduit à la création du PG-13, soit l'interdiction aux enfants de moins de 13 ans non accompagnés." (**). Les Gremlins viennent initialement de légendes autour de créatures s'attaquant aux avions de guerre durant la IIème Guerre Mondiale.

Gremlins gizmo

Une idée qui avait donné par la suite le roman de Roald Dahl (1943), ainsi qu'un projet d'adaptation animée chez Disney et surtout un épisode de La quatrième dimension, le même dont George Miller a fait un remake dans le film précité. Le personnage de Dick Miller est le seul personnage qui parle de cette légende, comme pour amener une continuité avec son rôle dans Hurlements (c'est son personnage qui évoquait les rouages de la lycanthropie dans le film de 1981). Dante et Columbus revisitent ce personnage légendaire en lui instaurant des règles précises. Initialement, il s'agit d'un mogwaï qu'il ne faut pas nourrir après minuit, ne pas mettre à la lumière vive et surtout de ne pas faire tomber de l'eau sur lui. Les gremlins arrivent finalement avec ce dernier commandement. Un peu comme les xénomorphes de la saga Alien (1978-), les gremlins ont plusieurs temps de gestation. D'abord sous un aspect mignon à cause de l'eau, puis en cocon suite à de la nourriture et enfin leur forme finale pas loin du reptile. Des êtres perfides, voleurs, destructeurs, qui fument, boivent et même disons le clairement sont de véritables psychopathes. A ce niveau, Dante et Columbus orchestrent un véritable jeu de massacre et pour un film disons familial, on peut même employer le mot trash.  

Gremlins death

Vous voulez un exemple de la violence de Gremlins? En voilà un beau.

Un mec déguisé en Père Noël est attaqué par plusieurs gremlins devant deux policiers indifférents. Ces mêmes bonhommes finiront dans leur fuite avec des freins peu coopératifs. La personne la plus détestable de la ville (qui n'est autre que celle qui servira de décor à la trilogie Retour vers le futur) finira avec une mort digne de ce nom (et donc jubilatoire). Le professeur finira littéralement sous la table quand d'autres personnes seront attaquées dans leur foyer. A ce niveau, la mère de Billy (Frances Lee McCain) est peut être le personnage qui subit le plus les assauts des vilaines bêtes (elle manquera tout de même d'être étranglée, scène merveilleusement choquante pour un jeune public). Mieux, elle les dégomme avec une violence monumentale: un passera au mixeur (voir ci-dessus), un autre dans le micro-onde et le dernier aura droit à un traitement que n'aurait pas renier Norman Bates! Gremlins est souvent considéré comme un film d'horreur familial et sa réputation n'est pas volé. Quand on croit qu'il y en a plus, il y en a encore puisque Dante rajoute au film son cynisme habituel. L'anecdote du personnage de Phoebe Cates en est la preuve la plus évidente. Jusqu'à présent, le film qui se montrait était mignon et typique d'un film de noël classique, allant même jusqu'à citer La vie est belle (Frank Capra, 1946). Puis Gizmo a eu sa transformation et le changement de ton s'est fait petit à petit. 

Gremlins Phoebe

Mais ce passage précis va plus loin encore, puisque Dante dézingue le mythe du sacro-saint réveillon de Noël en évoquant un drame horrible. Kate était déjà un personnage sympathique, elle le devient d'autant plus pour le spectateur en se révélant touchant. Pour le reste, Dante n'épargne pas non plus son héros (Zach Galligan) caractérisé comme un grand bénêt accumulant les bourdes. Un détail que changera un peu le réalisateur sur le second opus et heureusement parce qu'aussi sympathique est Billy, il est quand même un brin stupide. Dans cet opus, on voit rarement les Gremlins en déplacement en dehors de quelques plans (dont un en stop-motion), cadrés jusqu'à la ceinture les trois quarts du temps. Histoire de ne pas montrer sans le faire exprès un technicien ou tout simplement de trop en montrer. Sur ce film, Dante a fait le nécessaire pour montrer le plus possible ses créatures et il n'y a pas forcément besoin de les montrer systématiquement en mouvement. Une chose différente sur le volet suivant où les déplacements sont plus nombreux notamment parce que Dante avait une carte blanche totale. Si Kevin McCarthy n'est pas réellement de la partie, Joe Dante a tout de même trouvé moyen de lui faire un clin d'oeil. C'est ainsi que Billy et Gizmo regarde L'invasion des profanateurs de sépultures (Don Siegel, 1956). 

Gremlins cinéma

Quoi de plus meta que de voir des choses au cinéma alors qu'on est au cinéma?

De même, le film fera différents clins d'oeil à divers films, à l'image du Magicien d'Oz (Victor Fleming, 1939) avec ce gremlin fondant à l'écran (la première production Amblin qui y fait allusion avant Roger Rabbit); le robot Robby et la machine à explorer le temps dans une même scène; et bien évidemment Blanche Neige et les sept nains (David Hand, 1937). Si Gremlins 2 s'est fait, ce n'est initialement pas du voeu de Joe Dante. Le réalisateur enchaîne trois films après Gremlins, la plupart se soldant par des échecs commerciaux et loupe même le coche avec une célèbre chauve-souris (on en reparlera plus bas). C'est alors qu'il est appelé quasiment à la rescousse par une Warner cherchant à faire une suite de ce gros succès de la décennie 80's, tout en ne savant pas comment s'y prendre. Le studio lui a alors donné carte blanche, pensant peut être que le réalisateur allait reprendre la formule du premier film. Manque de pot, la Warner est tombée sur une belle peau de banane. Même si le réalisateur a fait revenir Galligan, Cates, Miller, Jackie Joseph, Keye Luke et bien évidemment Gizmo, La nouvelle génération ne se déroule ni à Noël, ni dans la ville que l'on connaît (cette suite se situe à New York et principalement en huis clos dans un immeuble) et ne parlons même pas du ton. Si Gremlins était un film d'horreur familial, Gremlins 2 est une comédie satirique. 

Gremlins 2

Warner n'a pas semblé le comprendre si on se fit rien qu'à la bande-annonce du film. On a plus l'impression de voir la bande-annonce de la suite d'un film d'horreur que celle d'une comédie satirique. La promotion misait sur la nostalgie angoissante du film (avec musique et voix-off qui en rajoutent une couche), avant de montrer des images du film tout aussi opressantes. Pas de doute que quand le film est sorti, le public s'attendait à tout autre chose. A cela se rajoute une date de sortie américaine modifiée à la dernière minute. Dante évoque aussi de la distance entre ses deux films: "Le film est sorti six ans après Gremlins, et il a coûté trois fois plus cher. Vous ne pouvez pas laisser passer autant de temps. Ghostbusters 2 [Ivan Reitman, 1989] avait eu le même souci l'année précédente, il n'a pas très bien marché non plus. (...) je crois que l'idée même des gremlins était devenue quelque peu dépassée." (**). D'aucun dirait que ce type d'allusion correspond à bons nombres de suites tardives ou reboots qui pullulent ces dernières années (l'exemple évident: Independence Day Resurgence de Roland Emmerich, sorti vingt ans après l'original sans réel attente). Cette séquelle est le fruit d'un coup de folie de Dante, le genre où le réalisateur se lâche complètement sans avoir à rendre de compte à un studio. La Warner l'a laissé faire, elle subira un second film qui ne lui correspond pas.

Par la suite, le réalisateur ne travaillera plus qu'une seule fois avec la Warner et le studio se gardera bien de le remettre à sa place cette fois-ci. Ce sera pour Les Looney Tunes passent à l'action en 2004... Sur cet opus, ce n'est plus Chris Walas qui s'occupe des petites bêtes mais Rick Baker. Au départ sceptique quant à faire mieux que Walas, Dante a donné carte blanche à Baker afin de créer de nouvelles créatures. C'est ainsi que l'on aura droit à un gremlin intelligent et qui parle, une femelle amoureuse de Robert Picardo, un gremlin électrique, un autre dont des légumes poussent sur son corps, une chauve-souris terminant en gargouille, un gremlin araignée, un autre est défiguré à la manière du fantôme de l'opéra... Le film y gagne considérablement, proposant ainsi des nouveautés par rapport à l'original. D'autant que la plupart ont au moins un moment de bravoure. Jusqu'à leur faire faire un show off-Broadway sur New York New York (1977) ! Dante malmène encore une fois la mascotte de la franchise, mais peut être un niveau au dessus. Cette fois, Billy n'est pas responsable de l'arrivée des gremlins. Gizmo n'aurait jamais eu de problèmes s'il n'était pas sorti du tiroir. Mais il tiendra sa vengeance en devenant un guerrier tel John Rambo. Même si le ton est moins trash que dans l'original, Dante réserve quelques moments dignes de ce nom comme le gremlin passant à la broyeuse ou la scène de l'ascenseur assez opressante.

Toutefois, une scène avec un gremlin ne semble pas fonctionner: celle où Dick Miller affronte la chauve-souris en pleine rue. On voit que l'acteur peine à taper dedans et surtout les gens n'ont aucune ou si peu de réactions face à une chauve-souris hideuse qui attaque quelqu'un en pleine rue. Ce qui intéresse davantage Dante sur ce film est de se moquer des dirigeants de grandes entreprises opressant leurs employés à force d'un politiquement correct perturbant. Selon Dante, le personnage de John Glover est un mélange de Donald Trump et Ted Turner et on ressent tout le cynisme qui en découle. Le personnage n'est pas vraiment méchant, c'est son discours qui déconcerte. Tout ce qu'il voit est source d'argent à se faire. Quand il voit la ville de Billy, il y voit le moyen de faire une cité identique dans le New Jersey. Quand il voit Gizmo, il pense merchandising (d'aucun dirait que Dante cite ouvertement la Warner qui s'est bien enrichi sur la mascotte). Son homme de main incarné par Picardo enlève toute créativité aux employés, au point de les confiner dans une unique vision. Un autre cas se présente quand on entend que Casablanca (Michael Curtiz, 1942) sera diffusé sur la chaîne du groupe en couleur et avec une fin heureuse. Tout doit être au goût du patron et de ses subordonnés. Ce qui n'est pas prévu doit être mis à la poubelle. 

Gremlins 2 John

John Glover vendeur de rêve depuis 1990.

C'est ce que fait comprendre le présentateur d'une émission de cinéma (Robert Prosky), disant que les films d'horreur en noir et blanc sont bannis de la programmation car on veut de la couleur. Sans compter la surveillance qu'opère Picardo sur les employés, jusqu'à en virer un (le fidèle Henry Gibson) pour avoir fumer une cigarette. Dans le lot, on peut également rajouter la fameuse vidéo de fin d'antenne, renvoyant avec dix ans d'avance au bug de l'an 2000. En effet, la plupart des chaînes de télévision ont évoqué au fil des années avoir une vidéo au cas où la fin du monde aurait lieu notamment pour 2000. Glover sort de son chapeau une vidéo bien putassière jusqu'aux symboles utilisés: le drapeau américain, la nature qu'ironiquement l'entreprise bousille et le message qui va avec ("Nous espérons que vous avez aimé nos programmes, mais et c'est beaucoup plus important, nous espérons que vous avez aimé la vie"). Un véritable vendeur de rêve. Dante s'amuse également avec le film, alignant les vannes meta plutôt bienvenues. Ainsi, Kate commence à évoquer une autre anecdote sentant fort la pédophilie, avant que Billy ne la stoppe. Une manière comme une autre pour le réalisateur de se moquer de l'une des scènes phares du précédent opus. Dans cette optique parodique, Gremlins 2 est un temps arrêté car les gremlins sont allés dans une salle de projection. 

Gremlins trio

Le réalisateur avait même pensé à montrer des pancartes de gremlins lors des séances du film, histoire de faire croire que les créatures étaient bien dans la salle. Une vanne qui n'a visiblement pas plu à la Warner. Au même titre, le film s'ouvre et se ferme sur des sketchs des Looney Tunes réalisés par Chuck Jones. L'occasion pour le réalisateur de rendre un premier hommage à un de ses mentors déjà présent le temps d'un caméo dans le précédent opus. Enfin, Dante a permis de sortir Christopher Lee de l'agonie dans laquelle fut sa carrière durant les 80's. Un personnage de savant fou faisant la collection des virus et que l'on voit même trimballer une causse (encore un clin d'oeil aux Body Snatchers). Au vue du bêtisier, l'acteur s'est visiblement plus amusé que sur le tournage de Hurlements 2 (Philippe Mora, 1986)... Si le réalisateur a signé d'autres excellents films par la suite, il n'obtiendra jamais un contrôle aussi total sur une production qu'avec Gremlins 2. Un film qui va dans tous les sens, mais réussit totalement à être une oeuvre foutraque, inventive et cinglante. Une race rare. 

  • Explorers (1985): Chronique d'un échec qui aurait pu être évité

Explorers

Dans un premier temps, la Warner offre à Joe Dante l'occasion d'adapter Batman au cinéma. A cette époque, on retient surtout le cape crusader pour la série et le film avec Adam West (1966-68) et dans les kiosques, le personnage subit une transformation radicale à travers des runs signés Frank Miller. "Le studio avait un scénario qui n'est pas celui qui a finalement été tourné [par Tim Burton en 1989], Ivan Reitman était censé le faire mais il a quitté le projet. C'était une adaptation très classique: les parents de Bruce Wayne sont tués, il devient Batman. Robin était là, Alfred aussi. C'était plutôt cool de se voir proposer ça (...) Mais un soir, je me suis réveillé au beau milieu de la nuit en me disant que je ne pouvais pas tourner ce film. Je ne crois pas en Batman en fait. Je n'ai jamais acheté l'idée du manoir dans la colline, du gamin traumatisé, de ce type riche qui se fabrique un alter-ego (...) Si je voulais faire ce film, c'est parce que j'aimais le personnage du Joker en fait. Donc j'ai refusé le projet, et tout le monde m'a pris pour un cinglé, ce qui était peut être vrai" (**). Dans cette optique, le réalisateur avait pensé à John Lithgow pour incarner le Joker. A la place, Dante se lance dans le projet Explorers pour Paramount. Quand Joe Dante s'intègre au projet, il a déjà un scénario et un réalisateur évincé.

Explorers Joe

Joe Dante avec Ethan Hawke et River Phoenix.

En l'occurrence Wolfgang Petersen dont le studio ne voulait pas d'une seconde Histoire sans fin. Dante a eu accès au scénario dans une pièce privée de peur d'un possible espionnage industriel. De son aveu, le scénario n'était pas fini ou tout du moins la deuxième partie était assez pauvre, se résumant à la découverte des enfants de jeunes extraterrestres amateurs de baseball. Une trame qui malheureusement n'a pas vraiment changé dans le résultat final et pire, la Paramount a quasiment obligé le réalisateur à le réaliser et monter au plus vite dans le but de le sortir à l'été 1985, même après le changement de direction qui l'a avancé de deux mois. Une erreur totale qui a engrangé un tournage à la vitesse de l'éclair, un film qui ne semble pas fini et des effets-spéciaux qui ne fonctionnent pas vraiment. Selon Dante, "la fin du film devait dérouler une théorie selon laquelle tous les personnages du film étaient connectés. Ce concept a été complètement abandonné au final. (...) Si vous regardez attentivement -et en particuliers la dernière partie- vous remarquerez que beaucoup de passages ont été doublé en post-synchronisation pour donner plus de sens aux dialogues parce que les répliques originales faisaient à des idées qu'on ne voit finalement pas dans le film" (3). Quand Explorers sort dans les salles, il est assez mal accueilli et ne commencera à se faire une réputation qu'à sa sortie vidéo.

Explorers aliens

Un constat qui va se renouveller plus d'une fois sur le reste de sa filmographie. A la question d'un director's cut, le réalisateur se veut catégorique: "Un immense fan d'Explorers m'avait proposé de financer la restauration du film. Quand nous sommes allés chez Paramount, ils n'avaient plus aucun négatif du film, ils avaient tout jeté... Le studio a même ajouté que je devais m'estimer chanceux que le film soit sorti en vidéo. C'est dire combien ils méprisent Explorers" (3). Ou quand le serpent se mord la queue. Explorers est un film difficile à voir pour son réalisateur et il l'est peut être tout autant pour le spectateur. Ce n'est en rien un mauvais film, mais il a été victime du studio qui la produit et le résultat en paye les conséquences. Si la première partie (particulièrement longue et couvrant les trois quarts du film) est intéressante car Dante a eu plus de temps pour la monter, la seconde partie a bien du mal à convaincre. On voit bien le travail de Rob Bottin sur les extraterrestres, mais leur design n'est pas forcément génial à l'origine. Toutefois, les personnages sont assez bien caractérisés pour qu'ils soient intéressants. Si la fille (Leslie Rickert) parle un peu mieux, son frère (Robert Picardo) communique à travers des sons issus de la pop culture terrienne. C'est ainsi que sa première parole sera "Quoi d'neuf docteur?". 

Explorers amanda

Ils voient également que les terriens ont peur d'eux en faisant des fictions où ils sont considérés comme des ennemis. Ce qui concorde avec le début du film où Ben (Ethan Hawke) est réveillé par un passage de La guerre des mondes (Byron Haskin, 1953). On peut donc comprendre la méfiance dans les deux camps. En revanche, on ne comprend pas vraiment ce qui arrive, car le voyage n'a pas de réelle finalité à l'écran. Les héros trouvent des aliens, font connaissance, causent un peu avec, puis partent comme si de rien n'était. De même, le traitement du personnage de feu Amanda Peterson peut déconcerter. Elle apparaît comme un love interest de Ben, puis une fois en pleine voyage plus rien sur elle à part une allusion du garçon avec la demoiselle alien. Puis quand ils repartent, elle a un flash et finit par les rejoindre jusque dans le rêve commun des garçons, devenant ainsi la petite-amie de Ben. Un aspect romantique qui n'est pas toujours traîté de la bonne manière, surement encore une fois à cause du montage. On aura donc plus tendance à apprécier la partie où les jeunes cherchent à construire un vaisseau volant d'après un rêve qu'ils ont fait en même temps. Un aspect qui renvoie à ce que disait le réalisateur plus haut à propos de la connexion entre les personnages. Même s'il n'a pas pu faire ce qu'il voulait, cet aspect apparaît tout de même dans le film.

Explorers circuit

Les passages du circuit imprimé (plutôt réussis au passage) ne sont pas sans rappeler Tron (Steven Lisberger, 1982), à la différence que cette fois ce n'est pas un jeu-vidéo mais un monde issu du rêve des héros. Les rêves qu'ils font leur permettent de construire un vaisseau spatial fait autour d'un champ de force. C'est ainsi que le réalisateur les présente faire des essais jusqu'au premier grand départ. L'occasion de montrer Dick Miller en pilote d'hélicoptère nostalgique et Robert Picardo dans un drôle de space opera. Le même genre qui sera parodié dans Cheeseburger film sandwich (1987) avec décors en carton pate, un personnage principal au nom évocateur (Starkiller, soit le premier nom de Luke Skywalker) et les répliques qui vont avec ("Pour moi c'était un père, cela vous le comprenez? -C'était mon vrai père!"). Un avant-goût du space opera pour Picardo, acteur récurrent des séries Star Trek Voyager (1995-2001) et Deep space nine (1993-1999)et même Dante qui réalisera le téléfilm The osiris chronicles (1998). Dante différencie assez rapidement ses personnages: le fan de science-fiction amoureux, le scientifique en herbe (River Phoenix) et le gamin un peu seul (Jason Presson). Des clichés certes, mais dans la mouvance des teen movies de l'époque qui s'amusaient des clichés pour pouvoir les contrecarrer par la suite. La première partie participe grandement au charme d'Explorers  (d'autant que les personnages sont attachants) et on peut comprendre le culte qu'il a engendré. 

Explorers vaisseau

En 2014, la Paramount a décidé d'appuyer sur le bouton remake, ce qui paraît assez aberrant si l'on se fit à ce qui est dit plus haut. Comme le dit assez bien Joe Dante, Explorers est un film "symptomatique de son époque", un film type Amblin qui peut difficilement être refait aujourd'hui. Un projet qui risque aussi bien de ne pas plaire aux fans du film qu'à des spectateurs néophytes qui auront bien du mal à comprendre l'intérêt. Toutefois, il est de bon ton de toucher du bois puisque le projet n'a jamais réellement avancé, au détriment d'un troisième Gremlins qui est bien parti pour se réaliser avec Chris Columbus aux manettes sous la forme d'un reboot. Quand on voit à quel point la carrière du scénariste-réalisateur a chuté depuis Harry Potter et la chambre des secrets (2002), il y a de quoi avoir la frousse.

  • Innerspace (1987): Une aventure au delà des limites du corps humain

Innerspace

Après la déconfiture Explorers, Joe Dante tourne des segments du film Cheeseburger film sandwich et des épisodes pour la série produite par Spielby Histoires fantastiques (1985-87). Les deux collaborateurs renouent ensuite avec InnerSpace plus connu chez nous sous le titre L'aventure intérieure. Si le film s'est produit sans problème, la campagne de promotion et même le titre original ont tué l'exploitation du film selon Dante. "Ni l'affiche ni la campagne de pub ne montraient que le film est une comédie. Les acteurs n'étaient pas dessus, c'était juste un gros pouce avec le petit vaisseau posé dessus [voir ci-dessus]. (...) Elle donnait l'impression d'un film purement basé sur la technologie, le genre de projets que les femmes n'ont généralement pas envie de voir. Le film a fait un mauvais démarrage et à cette époque, si un film ne marchait pas dès le départ, le studio avait tendance à le laisser tomber. Dans ce cas précis cependant, Warner Bros aimait le film et ils l'ont ressorti avec une nouvelle affiche [voir ci-dessous] (...) Ça n'a pas marché non plus. Le titre était vraiment problématique et nous le savions, mais nous n'avons pas réussi à en trouver un meilleur." (**). En général, on retient aussi le film dans la catégorie potin, puisqu'il est à l'origine de l'union entre Dennis Quaid et Meg Ryan. 

Innerspace_2

Si L'aventure intérieure suscite un peu moins l'attention aujourd'hui qu'à sa sortie vidéo, il reste un film apprécié et les projections survenues depuis (rappelons que votre cher Borat l'a revu au cinéma en début de mois) confirment à quel point ce film a été un rendez-vous manqué dans les salles obscures. C'est un film qui gagne vraiment à être vu sur un écran de cinéma pour profiter de sa qualité technique irréprochable. On dit parfois que les films à effets-spéciaux pré-90's ont tendance à vieillir, à cause des nouvelles techniques, de maquillages qui passent moins bien désormais... Pourtant InnerSpace tient plutôt bien le choc, notamment lors de ses séquences à l'intérieur du corps de Martin Short (comme de Meg Ryan charmante au possible). Dante réussit même à donner lieu à un affrontement génial en plein estomac entre Dennis Quaid dans son module et Vernon Wells dans un robot! A ce titre, la transformation physionomique de Martin Short en Robert Picardo est toujours aussi impressionnante à voir, un vrai moment cartoonesque. Les effets-spéciaux sont au service du récit à l'inverse de ce que l'on voit dans certaines productions récentes misant sur les SFX au lieu d'un scénario. L'équipe des effets-spéciaux sera logiquement récompensée aux Oscars pour ce travail de qualité. C'est aussi un film où le réalisateur se révèle peu cynique par rapport à d'habitude. Pas que son style ne soit plus à l'écran, puisqu' InnerSpace bénéficie d'un style fort cartoonesque raccord au sujet.

Juste que sur ce film, Dante laisse tomber le cynisme pour livrer une comédie d'espionnage. La science-fiction ne tient que sur ce qui arrive à Dennis Quaid. Un postulat qui se détache du film dont il est le pastiche Le voyage fantastique (Richard Fleischer, 1966). Tout le film part d'une opération qui tourne mal. Tuck Pendleton (Quaid) est miniaturisé dans un vaisseau pour pouvoir être mis dans un lapin. Des espions industriels finissent par liquider les trois quarts des scientifiques et s'emparent d'une des puces nécessaires à la transformation. Sauf qu'un d'entre eux a eu le temps d'insérer Tuck dans le corps de Jack Putters (Short). Le héros est alors traqué par les espions industriels. L'acteur comique voit ici un moyen de montrer ses talents comiques à travers ce personnage hypocondriaque particulièrement sensible. Rien de plus cocasse que d'avoir un dur à cuire dans le corps d'un complexé. L'accroche sur l'affiche française est assez éloquente: "il y a en Jack Putter un héros qui sommeille". Elle ne parle pas tant de  que du personnage de Short lui-même, personnage qui se découvre des talents cachés et qui arrive au final à s'accepter. Grâce à Tuck, Jack réussit à se surpasser, à montrer qu'il est capable de grandes choses. Il n'est pas un héros, il le devient. De la même manière, Tuck redevient le héros qu'il était avant de toucher le fond. 

Innerspace vaisseau

 

Pour les ennemis, Dante dévoile des personnages tous plus ridicules les uns que les autres. L'avocat mouillé jusqu'au coup dans l'espionnage industriel pour se faire de l'argent (Kevin McCarthy). Une seconde (Fiona Lewis) qui prend du plaisir avec le bras robotisée de Vernon Wells, scène qui vaut à elle seule le fou-rire instantané. L'éternel Bennett de Commando devient une sorte de Terminator couteau-suisse avec ce fameux bras servant aussi bien de flingue que de lance-flamme. Un homme de main atypique qui se rajoute dans les rôles phares d'un acteur qui aura beaucoup joué les méchants. A ce lot d'hurluberlus peut se rajouter le Cowboy (Picardo), personnage tout ce qu'il y a de plus cliché et collecteur de secrets industriels. Le tombeur avec un accent à coucher dehors, un chapeau sur la tête, des santiags, un cigare dans la bouche et qui sabre le champagne en slip kangourou! S'il y a peut être un défaut au film est sa fin ouverte. La seule de ce type dans la carrière de Joe Dante et on doit bien avouer que cela ne fonctionne pas vraiment. On a un peu l'impression de faire face à un climax de dernière minute et sans finalité. Mais ne boudons pas notre plaisir, InnerSpace est un divertissement tout ce qu'il y a de plus solide.

  • The 'Burbs (1989): Vous ne verrez plus vos voisins du même oeil

The burbs

Avant de s'attaquer à la séquelle de Gremlins, Joe Dante se voit proposer The 'Burbs par le producteur Brian Grazer. Un film qui s'est tourné assez rapidement pour des raisons beaucoup moins pénibles que celles d'Explorers. "Nous l'avons tourné dans l'ordre à cause de la grève des scénaristes de 1988, et nous avons beaucoup improvisé. Nous avions des acteurs très intelligents, du coup une bonne moitié des dialogues qui provoquent le rire dans le film viennent d'improvisations sur le plateau." (**). Si le film n'est pas un carton au box-office, il est toutefois un petit succès plutôt bienvenu pour Dante en ces 80's pas toujours très charitables. Toutefois et la présence de Tom Hanks en personnage principal, le film sort par chez nous directement en vidéo. Longtemps un fond de tiroir pour Universal (je salue d'ailleurs le camarade Olivier qui m'avait envoyé le DVD il y a quelques années, il fonctionne toujours), le film est ressorti cet hiver avec une édition collector de l'éditeur Carlotta. De quoi permettre au film de trouver un nouveau public (ce qui visiblement semble avoir porté ses fruits). Exhumée par l'éditeur Arrow, la copie de travail de The 'Burbs a été rajouté également au BR français, permettant de montrer une version pas vraiment différente de celle finalement sortie, mais qui justifie un détail en particulier. 

The burbs fisher

Durant tout le film on voit que Ray Paterson (Hanks) est à la maison, dit qu'il profite de ses vacances. Le premier montage était plus explicite et finalement plus compréhensible: Ray est tout simplement au chômage depuis quelques temps et le cache à sa femme (Carrie Fisher) en prétextant des vacances bien méritées. Son patron apparaissait ainsi dans le cauchemar que fait Ray sous les traits de Kevin McCarthy. La fin était également différente puisque le personnage d'Henry Gibson faisait un discours sur les suburbs avec la même issue. Art Weingartner (feu Rick Ducommun) ne retrouvait pas sa femme également. Une fin bien moins convaincante que celle qui a finalement été gardé. Dès le premier plan, Dante installe la thématique de la surveillance à outrance en prenant le point de vue d'un potentiel satelitte zoomant progressivement sur une suburb américaine. Ces fameuses zones résidentielles si propres sur elles que dézinguait Tim Burton dès l'année suivante avec Edward aux mains d'argent. C'est ainsi que tous les voisins vont commencé à espionner les nouveaux arrivants, pensant à des tueurs ou tout du moins à des gens aux moeurs très étranges. Dès lors, Dante montre une sorte de film dans le film, puisque Corey Feldman et ses potes regardent leurs voisins cherchant la petite bête comme s'il s'agissait des personnages d'une sitcom quotidienne.

Un aspect renforcé par un décor unique: celui d'une rue de surburb. Chaque jour, voire chaque heure il y a un potentiel rebondissement et chaque voisin est un cliché. Feldman le fait d'ailleurs comprendre assez rapidement au détour d'une séquence: Ray est le sceptique qui se cache pour fumer ses cigares; Art le paranoïaque pensant que les voisins sont des tueurs et dont la femme est partie depuis un certain temps; et Mark Rumsfield est le militaire à cran sortant le drapeau américain chaque matin (Bruce Dern). Leurs cibles? Les Klopek, ces gens peu accueillants voire bizarres, dont la maison est le témoin de drôles de lumières la nuit. Ce qui revient à l'objet même du suspense. Pour Feldman et ses amis, c'est un spectacle permanent que l'on regarde une part de pizza et une bière dans chaque main, alimenté par des voisins finalement acteurs d'un show qu'ils ne contrôlent absolument pas. Toutefois, Feldman devient acteur lui-même en stoppant la police pour que le show continue de plus belle. Dante joue sur la paranoïa de ces personnes cherchant à tout prix à avoir le fin mot de l'histoire jusqu'à en devenir dingue. Il n'y a qu'à voir le cauchemar de Ray. Dans la première partie, il en vient à cauchemarder autour des films qu'il a regardé avant de dormir, soit L'exorciste (William Friedkin, 1973), Course contre l'enfer (Jack Starrett, 1975) et surtout Massacre à la tronçonneuse 2 (Tobe Hooper, 1986). 

Dans la seconde, il a tous les personnages autour de lui attaché comme pour griller sur un barbecue, avant de se réveiller avec un mec disant "it's a beautiful day" à la télévision! Par la même occasion, le réalisateur se garde bien de brouiller les pistes avec les Klopek en multipliant les rebondissements improbables: l'ancien voisin n'a curieusement jamais dit au revoir; le gant plein de sang; les lumières dans la nuit; le passage délirant dans la maison; un tibia apparaissant dans le jardin; le voisin disparu; et enfin le final. On pense qu'il y a un truc louche, mais rien n'est clairement visible à l'écran avant les dernières minutes qui enchaînent les révélations loufoques. C'est peut être à cause de cela que Joe Dante est peu convaincu de la fin de son film. Elle est pourtant la conclusion la plus digne à un film frappadingue jusqu'à sa résolution. Avec ce film, Dante signe une véritable charge sur les suburbs, n'hésitant pas à égratigner tout le monde sur son passage. Il n'y a qu'à voir l'ami Bruce Dern qui semble s'être bien marré à jouer les soldats au garde à vous, chose qu'il refera pour Dante en doublant un des jouets de Small Soldiers. Finalement, seules les femmes (Fisher mais aussi Wendy Schaal) apparaissent comme les voix de la raison dans cette folie furieuse. Le pire est peut être de se dire que cette folie a mené à quelque chose, c'est dire à quel point The 'Burbs est un film merveilleusement dingo! 

The burbs groupe

Vous ne le savez pas encore, mais ils vous surveillent déjà.

Allez à la semaine prochaine!


* Propos tirés de: http://www.ecranlarge.com/films/interview/901667-joe-dante-interview-carriere-1ere-partie

** Propos issus de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

3 Propos issus de Cinemateaser numéro 49 (novembre 2015).

Autres sources:

  • https://www.ecranlarge.com/films/interview/901668-joe-dante-interview-carriere-2eme-partie
  • http://www.ecranlarge.com/films/news/965327-joe-dante-dit-tout-sur-le-batman-que-vous-ne-verrez-jamais-et-l-interprete-original-du-joker

18 mars 2017

Cuvée Dantesque #1

Cela faisait un petit moment que la Cave de Borat cherchait à exhumer le cinéma de Joe Dante. Disons le franchement depuis plus d'un an, repoussé par manque de temps, d'hésitations et de visionnages intensifs d'une filmographie variée rassemblant films, téléfilms et épisodes de séries télévisées (on évitera de parler de ces derniers). Parfois de véritables raretés où il faut bien le net pour vous aider dans votre croisade (y compris voir le film avec un russe qui double sur les dialogues originaux). Le déclic fut le festival Toute la mémoire du monde qui a eu lieu du 1er au 5 mars en sa présence. L'occasion pour la Cinémathèque française de faire une rétrospective complète jusqu'au 1er avril, où vous pourrez voir tous ses films et même les épisodes de séries qu'il a réalisé, dont ceux d'Histoires fantastiques (1985-87) et de Masters of horror (2005-2007). Mais aussi de développer le festival à travers la France avec l'opération Hors les murs, permettant à des exploitants en dehors de Paris de choisir des films parmi la programmation du festival. C'est ainsi que votre cher Borat a pu revoir Gremlins (1984) et Innerspace (1987) sur grand écran le 11 mars dernier. Mais de quand date mon amour pour le cinéma de Joe Dante? Cela date de Small soldiers (1998) vu en avril 2002 (papa avait enregistré le film sur la 3 en deuxième partie de soirée). 

Il faudra toutefois attendre l'adolescence pour que je me passionne pour son cinéma. La quasi-intégralité de ses films et téléfilms seront chroniqués dans ce cycle à l'exception d'un seul. Il s'agit de son premier film The Movie Orgy, un film évolutif initié dès 1966 en compagnie de Jon Davison (le futur producteur de Robocop et Starship troopers). Il s'agit d'un ensemble d'extraits de films, d'émissions, de cartoons souvent en rapport avec l'actualité et que Dante a monté de façon à en faire un film satirique. Une compilation a fini par être réalisé, regroupant environ sept heures de programme. C'est une version de 4h30 que le public de la Cinémathèque a pu découvrir en début de mois et probablement une des rares copies qui circule. Même le net ne vous sera pas d'un grand secours dans ce cas précis. Alors êtes-vous prêts pour un voyage de plusieurs cuvées dans le monde de Joe Dante? GO! (Attention spoilers)

The_Movie_Orgy

  • Hollywood Boulevard (1976): Quand Godzilla fut dirigé par Paul Bartel

Hollywood boulevard

Dans l'entretien présent sur le BR de Piranhas (1978), Joe Dante évoque qu'il est arrivé chez Roger Corman par des amis venant des cours de cinéma enseignés par Martin Scorsese. Il s'occupe d'abord de faire des bandes-annonces, ce qui revient à nouveau à faire du montage, voire parfois à rajouter des stockshots tournés rapidement. Selon lui, ce fut une manière d'apprendre à gérer le rythme d'un film. Un jour, il va voir Tonton Roger avec Allan Arkush dans l'idée de se frotter à son premier véritable long-métrage (The Movie Orgy est avant tout un exercice de montage). "Il a accepté à la condition de faire le film le moins cher possible [visiblement un pari avec Jon Davison], et de continuer à travailler sur les bandes-annonces pendant la nuit ! Nous avons donc fait Hollywood Boulevard en une dizaine de jours, en travaillant à deux. Pendant que l'un tournait ses prises, l'autre préparait ses scènes et on enchainait rapidement de la sorte, pour avoir plus de matière par jour de tournage." (*). Se rajoute également des extraits de films en tous genres issus du catalogue New World Pictures incorporés au sein même du film. Une manière comme une autre de faire des économies, mais aussi de rajouter un charme bis au film. C'est ainsi que le film tourné par le personnage de Paul Bartel incorpore des passages guerriers de The Big Bird Cage (Jack Hill, 1972).

Girl Hollywood 

Candy une héroïne de choc qui n'a pas peur de la cascade.

Un film de "women in prison" avec Pam Grier se déroulant également aux Philippines. Un film où Candy (Candice Rialson) jouera autant la guerrière surarmée que la femme violée dans une séquence aussi douteuse que certaines peloches de l'époque. Plus drôle encore, Dante et Arkush montre Bartel tourner une variante de son Death Race 2000 (1975), renommé pour l'occasion "Atomic War Brides", avec la même voiture et Frankenstein (David Carradine) remplacé pour l'occasion par l'héroïne. Un Roméo et Juliette se déroulant lors d'une compétition de voitures. Inutile de dire que les scènes vues en salle de projection sont celle du film culte de Bartel. De même, les films du drive in présentés avec le film des personnages sont des productions New World. D'un côté, le film d'épouvante The terror (Corman, 1963) avec Boris Karloff. De l'autre, le film de science-fiction soviétique Battle beyond the sun (Karyukov, Kozyr, 1959) acheté par Tonton Roger, avant de demander des reshoots pour le marché US à son poulain Francis Ford Coppola. Hollywood Boulevard est un film qui transpire l'aura du grand manitou, tant dans la manière d'économiser de l'argent avec des stockshots que dans un tournage rapide à la débrouille.

Car Hollywood 

Death Race Returns.

En mettant en scène un studio de cinéma fauché, Dante et Arkush font directement allusion à la société qui les produit et cela rajoute une petite mise en abîme pour le moins amusante. Même si l'on se doute que Tonton Roger ne castait pas de jolies filles pour ensuite leur faire voir l'arrière d'une camionette ! Ni donner lieu à une mort accidentelle qui fait ironiquement penser à une célèbre scène de Tropic Thunder (Ben Stiller, 2008), comme plus tragiquement à l'accident de Brandon Lee en 1993. On peut aussi noter les prestations remarquées de deux figures phares de la science-fiction. Tout d'abord, Robby le robot de Planète interdite (Fred McLeod Wilcox, 1956) qui apparaîtra par la suite dans Gremlins et Les Looney Tunes passent à l'action (2004). Puis le mythique Godzilla renommé Godzina au générique au contraire de ce qui est écrit sur l'affiche! On sent bien que Tonton Roger a tout éviter pour payer des droits, même si le costume est complètement identique. Mieux encore, dans le cas de ces deux monstres sacrés du cinéma, ils sont considérés comme des personnages à part entière, voire honnêtement des stars. Le sens
de la référence de Dante envers son mentor se reflète dans cette première fiction et on peut rajouter à cela l'arrivée d'une figure marquante de son cinéma.

Godzilla Hollywood

Robby Hollywood

Godzilla et Robby font coucou à la caméra de Joe Dante et Allan Arkush, en compagnie de Dick Miller.

Dick Miller, acteur pour Corman depuis ses débuts (il a même tourné dans des films utilisés dans Hollywood Boulevard), hérite de son premier rôle chez Dante, celui de l'agent de l'héroïne. L'acteur ne quittera plus jamais le réalisateur trouvant toujours un caméo ou un rôle conséquent pour lui dans ses films et téléfilms. Un rôle musclé ici à l'image d'une scène bien particulière. Au cours d'une mise en abîme bien glauque, l'héroïne manque de se faire violer par le projectionniste croyant à une fille facile en voyant projeté le viol présent dans le film réalisé par Bartel. Encore mieux, un spectateur qui veut se faire rembourser de ces obsénités finit par faire pareil que ce qui le rebute! Il en aura fallu des épreuves pour que Candy devienne une star, continuant malgré les épreuves qui se montrent devant elle (les castings foireux, un braquage délirant, les tournages délirants). On regrette toutefois qu'Arkush et Dante sortent de leur chapeau une intrigue de tueur inspiré du cinéma de Mario Bava. Une sous-intrigue qui ne vaut que pour l'ironie de sa finalité: un tueur écrasé par le Y du panneau Hollywood ! Hollywood Boulevard n'est peut être pas parfait mais il a un véritable charme fou et sa vision du rêve hollywoodien vaut son lot de rigolades assurées. Le début d'une grande carrière. 

  • Piranhas (1978): La baie sanglante

piranha 

Comme à son habitude, Roger Corman sait trouver le bon filon. Rappelons par exemple sa trilogie Carnosaur (1993-96), dont le premier volet était sorti pile poil la même année que Jurassic Park (Steven Spielberg). Mais le producteur avait déjà été voir sur les terres du jeune Steven dans les 70's quand il a acquis le scénario de Piranhas signé Richard Robinson. Un projet qui ressemble fort à Jaws (Spielberg, 1975), ce qui amènera Universal à songer un temps à porter plainte. D'autant que le studio sortait peu avant l'événementiel Jaws 2 (Jeannot Szwarc) et craignait une mauvaise publicité. Il faudra bien que Spielberg intervienne et vante les qualités de pastiche de Piranhas pour qu'Universal laisse tomber. Dixit Joe Dante, le scénario original dévoilait un ours qui chasse des gens finissant dans une eau infestée de piranhas, avant que l'ours lui-même ne les rejoigne à cause d'un feu de forêt ! On ne pouvait pas faire plus invraisemblable même pour Roger Corman. Dante devait à l'époque choisir entre ce projet au script mal fichu et Rock'n roll High School qu'il laisse à son ami Allan Arkush. John Sayles se charge de réécrire ce scénario, ce dernier donnant à l'histoire un caractère politique quand Dante y a rajouté de la science-fiction. Toutefois, Tonton Roger commence à avoir peur de dépasser son budget habituel : les scènes-test lui ont plu mais il hésite à payer.

Piranha victime

Ainsi, le budget est monté jusqu'à 750 000 dollars et il faudra bien que Joe Dante parle d'un partenariat avec United Artists sur les droits internationaux pour que le boss abdique. Eric Braeden fait faux bond à Dante pour le rôle du scientifique, permettant au réalisateur d'engager un de ses acteurs préférés le regretté Kevin McCarthy. L'acteur deviendra comme Dick Miller un des acteurs phares du réalisateur, apparaissant dans un grand nombre de ses films. Dante se paye même le luxe de mettre en scène Barbara Steele, au point de changer le rôle de l'agent du gouvernement en femme. Le réalisateur usera de quelques petites magouilles pour avoir des jeeps de l'armée. Avec un scénario trafiqué où des militaires finissent par gagner contre des piranhas, le tour est joué. Ce qui s'avère d'une totale ironie quand on sait à quel point le film dézingue l'armée. Il n'y a qu'à prendre le postulat de départ. Des jeunes s'introduisent dans une zone de l'armée où ils se feront tués par des piranhas. Ces derniers ont été modifié pour vivre dans des eaux froides, suite à un projet lancé durant la Guerre du Vietnam. Par la même occasion, le scénario de John Sayles ne s'arrête pas en si bon chemin. Dans une campagne de dénigrement violente, l'armée cherche à camoufler l'affaire (malgré les morts), si possible avec un parc de loisirs dont elle possède des parts.

Piranha Dick

Si possible dans une ancienne fonderie de minerais fermée pour cause de pollution. Cette même pollution qui permettra de liquider quelques piranhas. Une thématique assez couillue même pour l'époque et surtout pour un film d'exploitation au départ (Piranhas a gagné ses galons de film culte, ce qui le rend un peu plus prestigieux dorénavant). Les héros (Bradford Dillman et Heather Menzies) seront seuls contre tous, sauvant le plus de monde possible y compris des enfants. Comme le dit Dante sur le BR du film, les 70's pouvaient encore permettre que des enfants passent à la casserole ou soient violemment menacés (même discours pour Jaws). Aujourd'hui il ne pourrait pas ou aurait bien du mal à le faire accepter dans une Amérique hypocrite critiquant le blasphème ou la violence dans les films, alors que la vente d'armes ne semblent pas gêner tout le monde. A ce cynisme ambiant se rajoute le patron du parc (Dick Miller) qui, à l'image du maire dans Jaws, n'écoutera personne sur la menace des piranhas, laissant son public se faire bouffer sur place. Il pourra toujours brailler devant une caméra filmant une plage couverte de cadavres et de blessés, c'est bel et bien lui le responsable de ce massacre. Le personnage de Steele est évidemment savoureux puisqu'elle en sait beaucoup trop et cherche à étouffer l'affaire.

Piranha Barbara

"Il n'y a plus rien à craindre" : le cynisme en un plan.

"Il n'y a plus rien à craindre" dira t-elle dans le dernier plan du film comme si rien ne s'était passé. Le drame est passé, faisons le oublier le plus vite possible. Sous ses atours de série B et en soi de pastiche de Jaws, Piranhas n'est pas si banal qu'il n'en a l'air et son scénario en mode "théorie du complot" y est pour beaucoup. Le film peut également compter sur des effets-spéciaux encore assez crédibles, voire miraculeux au vue de l'époque et du budget. Jouant en grande partie sur la suggestion (les piranhas n'apparaissent vraiment qu'à partir de la scène du radeau), Dante mise en grande partie sur une eau devenant rouge autour des personnages, évitant trop de maquillages. Le plus beau est certainement le corps de Keenan Wyne, perdant un pied au passage et avec des jambes rongés jusqu'à l'os. Pour le reste du film, Dante se révèle généreux, alignant les corps mutilés de partout y compris son camarade Paul Bartel incarnant un moniteur de camp de vacances. Par ailleurs, les apparitions nettes des piranhas tournées dans un bassin et en 8 images par secondes sont encore de grande qualité et ce, bien que ce soit des marionnettes. Des effets-spéciaux de qualité dus à une équipe de jeunes talents qui feront le bonheur d'Hollywood: Chris Wallas (Gremlins, La mouche), Phil Tippett (Robocop, Starship troopers) ou encore Rob Bottin (The thing, Hurlements).

Piranhas pir

Comme souvent à Hollywood, quand un de vos films marchent, on a tendance à vous mettre rapidement dans une case. C'est ainsi que Joe Dante se voit proposer "Orca 2" par le producteur Dino de Laurentiis, film qui restera au stade de projet. En revanche, il a bien failli se frotter aux dents de la mer au début des 80's. L'idée de "Jaws 3-People 0" vient des producteurs Richard D Zanuck et David Brown. L'idée était de s'écarter du film d'horreur et d'aller vers la parodie. C'est ainsi que le projet se rajoute dans la line-up de National Lampoon, série de films en rapport avec une revue comique où l'on retrouve Animal House (John Landis, 1978) et National Lampoon's vacation (Harold Ramis, 1983). Parmi les scénaristes, un certain John Hughes encore loin des teen movies qui feront sa réputation. Joe Dante arrive alors sur ce projet où des jeunes tournent Jaws 3 avant de se faire décimer un par un par un vrai requin. Le script évoque des caméos envisagés de Richard Dreyfuss et de l'auteur Peter Benchley. Bo Derek est vite engagée pour incarner le rôle principal et Dante parvient même à sortir Orson Welles de son chapeau, ce qui n'a visiblement pas plu à Universal ("Orson Welles ? On ne peut pas l'utiliser, il faudrait le mettre sur l'affiche" **). C'est à partir du moment où le script fut terminé que les conflits ont commencé. 

Jaws 3 people 0 

Le seul visuel connu du projet.

Dante parle d'une expérience douloureuse car malaisante, trimballé de réunion en réunion sans que rien ne soit clair. Entre un studio qui vise un public large et des producteurs qui voulaient un film plus grâtiné de l'aveu de Dante, cela ne peut évidemment pas aller. Dès lors, le projet fut vite mis de côté jusqu'à l'annulation. On dit d'ailleurs souvent que ce serait dû à Steven Spielberg, menaçant de quitter le studio s'il n'annulait pas "Jaws 3-People 0". On a un peu de mal à y croire, d'autant plus quand on voit le soutien qu'il a donné à Piranhas et encore plus au vue de la future collaboration entre Dante et lui. Joe Dante a en revanche eu assez de temps pour trouver une proposition moins problématique qui deviendra son quatrième film. Son passage aux studios hollywoodiens attendra. Jaws 3 se fera sous la direction de Joe Alves en 1983 dans une tonalité raccord à la franchise. Quant à Piranhas, il aura une sequelle et deux remakes / reboots. Piranha 2, célèbre premier film de James Cameron (1981) qui lui valu bien des ennuis, au point de se faire virer du tournage. Le film d'Alexandre Aja (2010) aura quelques points communs avec l'original, que ce soit le plongeur tué ou la grosse scène de massacre, le centre de loisirs ayant laissé place au désastreux Spring break. Quant au centre de loisirs, il servira de lieu d'action de sa séquelle (John Gulager, 2012).

  • Hurlements (1981) : Un frisson dans la nuit

Hurlements 

Comme évoqué plus haut, Joe Dante s'est retiré du troisième opus des Dents de la mer quand le producteur Mike Finnell lui a proposé Hurlements. Dante parle de son arrivée sur le projet: "un film de loup-garou qui venait de se 'débarrasser' de son réalisateur [Jack Conrad]. Le scénario n'était pas très bon, et il m'a demandé si cela m'intéressait de reprendre le projet en main. Je me suis dit que ce serait probablement ma seule chance de faire un film de loup-garou" (*). Le réalisateur fait d'abord appel à Terry Winkless pour retoucher le scénario, mais ce sera finalement John Sayles qui redéfinira le script. "Nous nous sommes inspirés des slashers (...) en faisant le film de telle sorte que vous ne sachiez pas qui était le loup-garou, ce qui vous plonge dans l'histoire. Nous voulions que ça ressemble à un 'psycho killer movie'. Nous avons traité le mythe du loup-garou comme un thème déjà connu des gens, qui en avaient entendu parler à la télévision, ou vu des films à ce propos. C'était le premier film à vraiment inclure l'élément supernaturel dans le monde moderne, sans avoir à passer par la case scientifique" (3). Ainsi, le film raconte dans un premier temps la rencontre saignante entre une journaliste (Dee Wallace) et un tueur (Robert Picardo qui fait sa première apparition chez Joe Dante) dans un coin un brin douteux d'une boutique (on y diffuse du snuff movie ou ça en a l'air).

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Dee Wallace et Joe Dante sur le tournage d'Hurlements.

Un tueur que l'on croit abattu durant un temps, avant qu'il ne réapparaisse sous la forme d'un loup-garou en cours de film. Un personnage décrit dès les premières secondes du film comme un tueur capable de scalper ses victimes par des coupures de journaux. On voit même une première allusion à la lycanthropie avec un dessin proche d'un loup-garou. Dante donne dans les premières minutes toutes les pistes pour la suite du film. Pour l'instant Picardo n'est qu'un tueur, pas forcément un loup-garou. De même, on ne sait pas que le thérapeute (Patrick Macnee) abrite tout un groupe de loup-garous dans son centre de repos (lui-même en est un) et pourtant son discours à la télévision annonce cela. Il parle ainsi de retour aux sources, de refoulement de soi et d'animosité intérieure. Le passage en loup-garou n'est pas montré dans le film comme une forme de malédiction, au contraire du Loup-garou de Londres (John Landis) sorti peu après. Même si dans les deux cas, il y a la douleur de la transformation. Les personnages assument pleinement leur état naturel, au point même de coucher ensemble en tant que loup-garou (une des rares scènes de nue de la carrière de Dante) et non en tant qu'homme. D'ailleurs, si Marsha (Elisabeth Brooks) mord le mari de la journaliste (Christopher Stone) c'est avant tout par attirance sexuelle et animale quasiment réciproque.

Hurlements_loups

Profitez des quelques secondes, c'est le seul plan où vous verrez les loup-garous en entier.

Ce dernier se révèle être un mari insatisfait sexuellement (sa femme ne veut pas à cause du traumatisme) et qui voit ici l'occasion d'assouvir ses pulsions gourmandes et croquantes... sur une drôle de photo psychédélique (on va dire que c'est pour masquer les effets-spéciaux). Dante se révèle également assez raccord avec les codes du genre, n'oubliant pas de citer les balles en argent issues d'une boutique gérée par Dick Miller. Si on ne les tue pas correctement, ils peuvent se régénérer. C'est ce qui explique le soudain retour à la vie du tueur. Pour ce qui est des maquillages, tout n'est pas toujours parfait et c'est le cas aussi du film de Landis. C'est par manque de moyens que l'aspect loup-garou apparaît finalement assez tard via la scène de sexe. Mais comme pour Piranhas, une fois que Dante est lancé il ne s'arrête plus. Il regrette toutefois un côté démonstration d'effets-spéciaux rendant les transformations trop longues. Toutefois, il opte pour des variantes notamment en fonction des morphologies ou des sexes. On le verra notamment avec le dernier loup-garou, loin de l'aspect totalement affreux des autres lycanthropes. Le personnage de Picardo est celui dont on verra le mieux la transformation, probablement plus glaçante encore que celle de David Naughton dans le Landis. Non seulement car il n'y a pas de blague, mais aussi parce que le personnage se transformant n'est pas seul. 

Il est face à une héroïne qui est dans l'incapacité de lui faire face physiquement. On assiste comme elle impuissant devant cet être dont la machoire se développe, le torse se bombe de manière spectaculaire, les doigts ondulent, les griffes apparaissent, les oreilles se dressent...Une vraie vision d'horreur à part entière. De même, si le premier loup-garou apparent n'est pas toujours très beau, il a une présence menaçante. Le seul plan conservé en stop-motion est celui que vous pouvez voir ci-dessus et encore, on nous le montre en fondu enchaîné un peu en "cache misère". C'est également le seul où l'on voit les loups entièrement. Des coupes dues notamment à un look différent des loups sur les plans en stop-motion et un éclairage plus clair. Dante a beau régulièrement évoqué Hurlements comme un film d'horreur comique (à l'image du Loup-garou de Londres), votre cher Borat a bien du mal à le voir comme autre chose qu'un film d'horreur avec parfois des pointes d'humour noir. A l'image de ce générique de fin montrant un steak en train de cuire saignant sur le grill pour Marsha. Mais c'est tout de même assez rare dans un film ressemblant à une tragédie pour son héroïne. Dante et Sayles n'en oublient pas leur cynisme habituel en évoquant un monde de la télévision cherchant à tout prix l'audimat (la palme au personnage de Kevin McCarthy). Y compris mettre en scène une rencontre entre une journaliste télé et un tueur, histoire de recueillir son témoignage sur leur antenne. 

Hurlements Dee d

Dee Wallace vous implore en direct.

Mais également de couper un suicide en direct par une publicité pour de la nourriture canine (on n'est pas très loin de Robocop). Un événement qui n'est pas sans rappeler dans des conditions quasi-similaires (pas de loup-garou évidemment) le suicide en direct de la journaliste Christine Chubbuck en 1974. Si le réalisateur envisage un temps de donner une suite à Hurlements, elle se fera finalement sans lui. Ou plutôt elles puisque le film aura droit à sept séquelles réalisées entre 1985 et 2011 (le dernier est une sorte de remake). La plus connue étant évidemment Hurlements 2 ou Horror à sa sortie française (Philippe Mora), une suite souvent recensée comme une des pires de tous les temps, dont l'un des acteurs fera de multiples excuses à Joe Dante sur le tournage de Gremlins 2 (1990). Un certain Christopher Lee...

  • La quatrième dimension et Cheeseburger Film Sandwich (1983-1987) : l'heure du sketch

La quatrième dimension 

Au cours de sa carrière, Joe Dante a participé à trois films à sketches (le dernier est Trapped ashes), parfois dans des situations désastreuses. En 1983, il accepte sa première collaboration avec un studio: Warner Bros. Un studio qui fera autant son succès que le début de sa chute, mais cela est une autre histoire. Il s'agit d'une anthologie autour de la série La Quatrième dimension (1954-69) où John Landis, Steven Spielberg, George Miller (qui découvre aussi les studios hollywoodiens après ses deux Mad Max) et lui réaliseront des segments. Un tournage et une écriture qui dépendront d'un drame déjà évoqué dans ces colonnes: la mort de Vic Morrow et deux enfants lors d'un accident d'hélicoptère sur le tournage du segment de Landis (on va éviter les détails sordides). Tout ce qui était prévu s'est finalement cassé la figure au fur et à mesure comme en témoigne le réalisateur. "Au début, le film était supposé avoir des personnages récurrents, qui permettraient le passage d'une histoire à l'autre, et l'idée a été abandonnée. Steven Spielberg devait faire un épisode différent, sur des enfants faisant du 'trick or treat' pendant la nuit, et ça n'a pas marché, donc il a simplement fait le remake d'un épisode de la série" (3). Dante évoque d'ailleurs le principal problème de ce film: le manque d'innovation.

La quatrième dimension joe

Joe Dante sur le tournage de son segment.

Toutes les histoires du film sont issus d'épisodes connus de la série ou en passe de le devenir auprès de nouvelles générations. Les épisodes initiateurs des sketches de Dante et Miller sont d'ailleurs d'autant plus connus désormais, non pas à cause de ce film, mais de la série Les Simpson (1989-) qui en a fait des variations pour ses Simpson Horror Show. Toutefois le réalisateur tout comme Miller gagnent en liberté créatrice, là où ils auront parfois du mal à s'imposer sur leurs films suivants. Pour le réalisateur c'est aussi l'occasion de rencontrer son futur compagnon musical: Jerry Goldsmith. Ce dernier signe même un air assez similaire au thème principal de Gremlins sur le segment de Miller, qui ironiquement met en scène un gremlin s'attaquant à un avion (ce qui renvoie aux origines de la créature). Sur le sketch de Dante, on retrouve des figures connues tels que Dick Miller et Kevin McCarthy. Le premier joue un barman, le second un homme soumis à la volonté destructrice d'un gamin (Jeremy Litch). Dante installe un sentiment d'opression dû notamment au gamin. Ce dernier a le pouvoir de faire faire ce qu'il veut aux gens. S'il veut un steak, il devra être fait sinon la personne incriminée subira son courroux. La famille qui nous est présenté n'est pas vraiment la sienne. C'est avant tout des gens qu'il a choisi pour former un ensemble. La famille parfaite selon ses critères. 

La quatrième dimension kevin

Dante se fait plaisir avec une maison servant de lieu étrange, pas loin de l'univers que développera Tim Burton par la suite. Une maison globalement coloré là où les couloirs sont d'un blanc perturbants, des décors rappelant le cinéma expressionniste allemand (un élément qu'il reprendra dans The Hole), un lapin hideux sortant d'un chapeau de magicien, une première soeur avec une bouche disparue, une autre finissant dans un cartoon à l'issue redoutable... Le sketch finit même sur une note assez sombre, puisque l'héroïne (Kathleen Quinlan) en vient à se sacrifier pour que les autres puissent s'échapper. Même si on pouvait espérer un peu mieux de Joe Dante, il n'en reste pas moins que son sketch est le plus visuellement ambitieux de tout le film. Comme sur les autres sketches avec leurs auteurs respectifs, on ressent sa patte derrière. Ce qui n'est pas un mal sur un tel chantier. Au cours des 80's, Joe Dante est appelé par Landis pour participer à Amazon Women on the moon en compagnie de Carl Gottlieb (scénariste sur la trilogie Jaws), Peter Horton et Robert K Weiss (créateur des séries Weird science et Sliders). Dante parle plus ou moins de tournage commando: quand l'un avait finit de tourner son sketch, un autre arrivait pour faire le suivant et ainsi de suite. Un film qui sortira deux ans après son tournage si l'on en croit Dante, surement à cause de coupes diverses (on peut désormais les voir sur le récent BR).

Cheeseburger film sandwich

Jaquette de la vhs française.

Même s'il ne s'agit pas d'une suite à Hamburger film sandwich (Landis, 1977), Cheeseburger film sandwich en garde le même principe mais avec des réalisateurs différents. Une sorte de patchwork où l'on retrouve des histoires courtes, des publicités, des extraits d'émissions et même un film sans cesse interrompu. Plus que de se focaliser sur chaque réalisateur au risque de se casser les dents, abordons l'oeuvre entière pour ce qu'elle est. Comme souvent dans les films à sketchs, tout n'est pas parfait et certains passages sont moins marquants, voire inégaux par rapport à d'autres. Cheeseburger film sandwich n'en reste pas moins un délire savoureux où chaque auteur se moque de la télévision en général. Si le film dans le film, le fameux space-opera Amazon Women on the moon du titre original, est autant interrompu c'est à cause de la chaîne de télévision. Certaines histoires sont plus isolées, servant de petits court-métrages comme le montre l'ouverture signée Landis, avec un Arsenio Hall confronté aux appareils de son appartement. Au rayon de ce type de sketchs, Joe Dante a une place de choix se payant deux des passages les plus cyniques du film. Dans le premier, un homme (Archie Hahn) est dézingué par deux critiques dans une émission qu'il regarde. Malgré les attaques, le téléspectateur continuera de regarder jusqu'à la parole de trop. Mais mieux encore, il y a le fameux enterrement.

Cheeseburger film sandwich éloge

Robert Picardo sert de maître de cérémonie, différentes personnalités sont là pour témoigner, la veuve pleure... Mais le ton est totalement différent de ce que l'on a l'habitude de voir lors d'une éloge funèbre. Ici l'heure est au déballage et aux petits anecdotes scabreuses. Deux répliques bien chargées à l'appui: "Félicitations Harvey, tu n'as jamais été en quarante-cinq ans aussi performant que dans la virginité cadavérique!", "Harvey a écrit son testament sur son zob. Son avocat lui a dit 'ça tiendra pas debout à la cour!". Des répliques pinces sans rire entre la gêne quasiment totale et le sarcasme merveilleux. Le dernier sarcasme achèvera le spectateur, suggérant plus ou moins que cet enterrement est joué quasiment tous les dimanche à l'église! Le réalisateur reviendra en fin de film avec une pastiche de Sex madness (Dwain Esper, 1938), où Carrie Fisher vient voir le docteur Paul Bartel pour lui expliquer qu'elle a une maladie sociale. Fisher est tombée dans la dépravation depuis son arrivée en Californie, entraînant un mari pas prêt. Le Sida n'est pas évoqué même si on peut y penser. Il y a évidemment une surdramatisation du film, comme parfois on en retrouve dans de vieux films préventifs. Tout aussi mémorable, on retiendra le sketch de Weiss avec des pirates pillant un bateau de la MCA Home Video pleines de vidéos pirates. Un sketch qui a une résonnance toute actuelle, puisque la cible des majors n'est plus la VHS enregistrée, mais le téléchargement illégal. 

Cheeseburger film sandwich pirates

"Cap sur ce vaisseau de la MCA! Allons piller quelques VHS et Beta Max!"

"La loi fédérale punit sévèrement toutes reproductions et distributions illégales... -Ouh je tremble de peur. Ouh! Whahahahaha!" : trente ans après on en rigole encore. Gottlieb s'attaque quant à lui à une suite de L'homme invisible (James Whale, 1933) avec une homme qui n'est pas vraiment invisible et en joue un peu trop. Ce qui donne des effets comiques pour le moins cocasses. Dans Titan Man (Weiss), un jeune homme (Matt Adler) essaye de prendre un préservatif en toute discrétion pour vivre pleinement sa relation avec la belle Kelly Preston. Ce qui aura des conséquences désopilantes au moins pour le spectateur. Dans un passage type sitcom signé Landis, Michelle Pfeiffer verra son enfant égaré par le docteur Griffin Dunne. L'occasion pour le réalisateur de refaire tourner ses acteurs de Série noire pour une nuit blanche (1985) et du Loup garou de Londres. Steve Guttenberg fera quant à lui les frais de Rosanna Arquette en lui présentant sa carte d'identité et son permis de conduire pour voir ses antécédents sentimentaux. Le nouveau coupe-gorge des tombeurs du samedi soir! Dans le dernier du lot signé Landis, Marc McClure (le frère de Marty dans la trilogie Retour vers le futur) se voit offrir une vidéo à son nom par le patron du vidéo-club (le mythique Russ Meyer). Ce qui l'amène à voir une fiction érotique devenant bel et bien réelle.

Cheeseburger Film Sandwich : Photo Russ Meyer

Russ Meyer a une vidéo rien que pour vous.

N'oublions pas non plus le portrait d'une Penthouse Pet of the Month vivant dans le plus simple appareil tous les jours et partout (Monique Gabrielle). De quoi ravir les yeux des hommes comme ceux des femmes. Les publicités ne sont pas en reste, valant souvent elles aussi un bon lot de fous-rires. Ainsi, vous verrez Joe Pantoliano avec un remède anti-calvitie repris quasi-tel quel dans Les Simpson (l'épisode Simpson et Délila où Homer retrouvait des cheveux grâce au dimoxinil). On aura ensuite droit à diverses publicités pour le programme de BB King permettant de réintégrer les "noirs sans swing" ("black without soul" en anglais). Voici donc David Alan Grier chantant Chim Chim Cher-ee (1964) ou Close to you (1970) pour vos parties de jambes en l'air devant la cheminée par exemple, au piano ou avec une tenue bien folklorique. Vous n'êtes pas prêts d'oublier Don 'No soul' Simmons. Dans une publicité signée Gottlieb, on verra le Cosmopolitan Museum Art vendre toutes ses pièces suite à la fin de son bail. Même les sarcophages sont à vendre! Comment ne pas évoquer "Le mariage de la soie", roman érotique avec un complot présidentiel autour de la première dame, visiblement amatrice d'amants dans les petits quartiers de la Maison Blanche? Les SAS n'ont qu'à bien se tenir. 

Pour ce qui est des émissions, on ne compte que sur les aventures du pauvre Henry Silva dans la savoureuse Bullshit or not. Grâce à Joe Dante, vous saurez enfin qui est le monstre du Loch Ness et surtout comment le Titanic à couler. Attention le ridicule ne tue pas, mais le rire peut être. Evoquons enfin le fameux fil conducteur du film (en dehors de notre ami bidochonesque se baladant de sketch en sketch), le fameux Amazon Women of the moon. Un film sans cesse interrompu, coupé, alignant les problèmes techniques et même le coup de la pellicule brûlée (Grindhouse n'a clairement rien inventé). Quand on pense que cela va aller, c'est reparti pour un tour avec une coupure de publicité. Un film de science-fiction so 50's avec les costumes et maquettes kitschs ou ratés qui vont avec (il faut voir cette lune qui explose avec un bout encore accroché à un fil). Le scénario? Un équipage type Enterprise arrive sur la Lune accueilli par des femmes bienveillantes ou pas. L'occasion pour les hommes restants et même un robot (car oui, certains disparaissent au cours du film, si possible lors des coupures) de dompter quelques amazones ("J'espère que vous avez les choses bien en main? -Affirmatif!"). Alors moqueur Cheeseburger Film Sandwich? Non, il s'amuse avec la télévision et le cinéma en général, mais toujours avec tendresse. Même si certains passages sont fort corrosifs, l'ambiance reste bon enfant et tous les réalisateurs semblent s'être amusé dans ce délire foutraque mais terriblement drôle. 

 Allez à la semaine prochaine!


* Propos issus de Rockyrama numéro 10 (février 2016).

** Propos tirés de : https://www.ecranlarge.com/films/interview/901672-joe-dante-interview-carriere-3eme-partie

3 Propos tirés de http://www.ecranlarge.com/films/interview/901667-joe-dante-interview-carriere-1ere-partie

Autres sources:

  • Mad Movies numéro 238 (février 2011).
  • Mad Movies numéro 264 (juin 2013)

08 mars 2017

Le dernier voyage du glouton

2029. Logan commence à avoir des symptômes étranges. Sa guérison automatique se manifeste moins, ses griffes se rétractent et son ami Charles Xavier a des crises de plus en plus fortes. C'est alors que Laura arrive dans leur quotidien...

Logan

James Mangold n'était pas le premier choix sur The Wolverine (2013), ce qui ne l'avait pas empêché de retravailler le scénario à sa guise. Il en résultera un film qui revenait au personnage de manière très personnel, faisant oublier le terrible spin-off de Gavin Hood (2009). Pas forcément un carton au box-office (comme d'autres, il s'est pris Moi, moche et méchant 2 de plein fouet), le film n'avait pas forcément été bien accueilli par le public, peut être à cause d'un aspect moins spectaculaire par rapport aux autres films de la franchise. Un second montage que l'on qualifie davantage d"unrated" que de version longue mettra plus de monde d'accord. En effet, ce montage avait le mérite de montrer que Wolverine (Hugh Jackman) pouvait se retrouver dans un film à la violence plus graphique. Alors quand Deadpool (Tim Miller, 2016) cartonne malgré son classement Restricted (interdiction aux moins de 17 ans avec accompagnement pour les deux du fond), Mangold et Jackman voient une bonne raison de faire pareil avec un Wolverine 3 finalement baptisé Logan. Une baisse de budget certes, mais une somme assez confortable même avec un tel classement (on parle de 127 millions de dollars). Dès la séquence d'ouverture, on sait que Logan sera différent de ses aînés. L'air de rien, il est bon de rappeler qu'en dehors de Deadpool à la violence graphique fun, l'univers des X Men a rarement été gentillet.

Logan : Photo Hugh Jackman, Patrick Stewart

Le premier opus de Bryan Singer (2000) et First class (Matthew Vaughn, 2011) débutaient par une même séquence de déportation à Auschwitz. Durant les différents opus, les X Men font face à la haine de différentes manières: xénophobie, expériences, terrorisme et même la dictature amenant à l'extermination. Si Logan continue le chemin engagé par The Wolverine, il n'en reste pas moins plus violent, plus dur, plus crade, plus graphique (et pourtant la scène de la machine dans The Wolverine valait son pesant de cacahuètes). Le film pose un regard plus adulte sur le personnage à l'image du précédent film de Mangold et surtout le réalisateur peut montrer toute la brutalité du personnage. Jusqu'à présent, Logan était une machine à tuer dont on ne voyait pas toujours l'ampleur brutale à cause du PG-13. The Last Stand (Brett Ratner, 2006) et X Men Origins Wolverine avaient même eu tendance à en faire une sorte de nounours. Mangold montre ici toute la sauvagerie du personnage (et en soi celle de Laura), mais pas seulement parce que le personnage l'est, mais parce que l'environnement dans lequel il vit est impitoyable. Days of future past (Singer, 2014) avait déjà montré un futur tenant de la dictature dans un monde ravagé et à la violence forte. Logan se déroulant dans la nouvelle timeline (il fait suite à X Men Apocalypse et Deadpool), c'est un autre vision du futur qui apparaît. 

Logan : Photo Hugh Jackman, Stephen Merchant

Si celui de DOFP tenait du monde de Terminator (Singer avait d'ailleurs consulté James Cameron), celui de Logan tient davantage de Mad Max. Là où Singer allait droit au but au sujet de sa vision du futur, Mangold dévoile son univers futuriste progressivement. (attention spoilers) Par bribes, il réussit à développer un univers au combien dramatique, peut être plus vicieux que celui de Singer. On voit que Logan peine de plus en plus à se régénérer et même à sortir correctement ses griffes (sans compter les mains qui tremblent). Pas longtemps après, on apprend que Charles Xavier (Patrick Stewart) a des sortes de migraines de plus en plus fortes, au point d'avoir engendrer un drame. Mangold nous présente après qui est Laura, cette petite fille qui a les mêmes capacités que Logan. Il n'y a pas de suspense dessus, il s'agit d'X23 (Dafne Keen) mutante crée par Essex Corporation dont X Men Apocalypse (Singer, 2016) annonçait la présence. Pas de trace de Mr Sinister, mais toute une armée de mercenaires en chasse et un scientifique qui aimerait bien récupérer ses petites créatures (Richard E Grant). Des personnages crapuleux qui n'ont d'autre job que de nuire. Mieux, Mangold opte pour les révélations à travers ce Victor Frankenstein des temps modernes. Si les mutants meurent ou sont proches de l'être (comme Logan et le professeur), c'est à cause de boissons synthétiques que l'on retrouvent un peu partout. Une contamination à grande échelle qui consiste à tuer les mutants pour en créer d'autres avec leurs gênes. 

Logan : Photo Boyd Holbrook, Hugh Jackman

L'Arme X 2.0 en quelques sortes et comme Logan a ses données récoltés par Essex, ils ont pu donner naissance à Laura avec son ADN. Par la même occasion si Logan a dû mal à se régénérer, c'est à cause de ces produits et de l'adamantium qu'Essex lui a posé dans les 80's. Si la tournure opérée dans Apocalypse était illogique par rapport au reste de la saga, le retour de l'adamantium dans le corps de Logan est justifiée ici pour entraîner sa chute. La haine envers les mutants est toujours là, elle a juste changé de forme. Il ne s'agit plus de phobie comme c'était le cas dans les autres opus de la franchise (même dans DOFP), mais d'extermination. Ce contexte précis fait de Logan l'opus le plus noir et sinistre de la franchise. La mort rôde sans cesse jusqu'à un final bouleversant qui ne fera aucun cadeau du côté du bien ou du mal. Comme évoqué plus haut, le film n'est pas seulement violent et adulte, il est aussi particulièrement graphique. Dans leurs assauts, Wolverine et Laura sont meurtriers: ils décapitent, coupent des bras et des jambes, poignardent, défigurent... Les adversaires feront de même sans se priver, quitte à jouer sur la sensibilité des héros. Logan souffre à l'écran, subissant des assauts qu'il ne peut plus cicatriser à l'image de cette plaie béante qu'il a au ventre. Dans le contexte de Deadpool, cela apparaissait fun car l'ambiance était comique.

Logan : Photo Dafne Keen, Hugh Jackman

 

Logan ne l'est pas et quand les personnages tuent c'est avec une brutalité sans précédent. La séquence qui confirme le plus cela est l'arrivée d'X24, autre mutant créé par Essex à l'effigie de Wolverine (Jackman). Si Laura a une certaine humanité, X24 n'a aucun libre-arbitre, il est une machine à tuer. La scène est d'autant plus violente qu'elle arrive sur un passage émouvant et la créature devient alors un cauchemar en pleine nuit. Ce qui en fait un ennemi redoutable qui peut attaquer avec une brutalité sans précédent aussi bien des enfants que des adultes. Le film ne repose toutefois pas que sur la violence et le pessimisme de son traitement, il est avant tout un road movie sanguinolent avec trois personnages principaux traqués. Logan ne croit plus en rien, est devenu un vieil homme et son seul but est de faire des courses en limousine pour subvenir aux besoins de Charles et de son ami Caliban (Stephen Merchant). La notion de père en ce qui concerne Xavier n'est pas étonnante. Même si Logan l'a connu plus jeune, il l'a surtout cotoyé une fois âgé et leur relation s'est curieusement toujours faites de professeur à élève. D'ailleurs, rarement Logan l'a appelé par son prénom au cours de la franchise, préfèrant le terme professeur. Quand il y a eu le drame suscité, il a été le seul à rester auprès de lui. Xavier est la seule famille de Logan, le seul lien qu'il lui reste d'humanité avec Caliban. Laura devient un membre affectif de plus de ce quatuor qui va vite devenir un trio: le père, le fils, la petite-fille.

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Laura doit apprendre à canaliser sa rage et à rester un être capable d'émotions. De même, elle sera une aide pour Logan dans des moments critiques. Les deux se complètent. X23 devient plus qu'un cobaye issu d'un ADN, elle devient sa fille. Il ne la protège pas comme un de ses camarades X Men, mais comme il l'aurait fait à l'époque pour Malicia. Soit un être plus jeune auquel il tient, à la différence que Laura et lui semblent plus intimes du fait de leur ADN commun. Laura est le dernier être qui lui donne un peu d'espoir, même à travers un rêve utopique. Rêve issu d'un comic-book X Men, chose que réfute complètement Logan en évoquant qu'à la différence d'une bande-dessinée, les gens meurent vraiment. Ou quand la réalité dépasse la fiction. Le tout alimenté par trois prestations monumentales. Jackman et Stewart quittent leurs personnages avec force et émotions, quand Dafne Keen signe une prestation forte notamment pour son jeune âge. Caliban quant à lui est un personnage un peu sacrifié, mais bien plus intéressant que la version montrée dans Apocalypse (ce n'est d'ailleurs plus le même acteur et ce n'est pas plus mal). Il n'en reste pas moins un personnage important car le seul pouvant repérer des mutants. Mangold signe un film emprunt de pessimisme mais aussi d'amour et d'espoir. On se prend même à rire parfois au cours de certaines répliques, présentes pour éviter un ton trop macabre. Un film qui risque de marquer au fer rouge la franchise X Men pour longtemps. (fin des spoilers)

Logan : Photo Hugh Jackman

Logan est le coup de massue sur la franchise qu'aurait dû être X Men Apocalypse. Une prise de risques violente et sauvage qui marquera durablement le comic book movie.

06 mars 2017

"En premier lieu, il y a une opportunité. Puis vient la trahison."

Renton revient au bercail, ce qui a tendance à alimenter les rancunes même vingt ans après...

t2

Il y a des suites qui font fantasmé depuis tellement longtemps que l'on finit par penser qu'elles ne se feront jamais ("Hellboy 3" par exemple). Puis quand elles arrivent, on finit parfois avec un tel mauvais film que l'on regrette d'avoir souhaiter son existence (mais si, un célèbre film sorti en mai 2008, vous finirez bien par trouver). Depuis la sortie de Trainspotting (Danny Boyle, 1996), beaucoup de spectateurs espéraient une suite. D'autant plus quand Irvine Welsh a pris les devants avec le roman Porno (2002). Pendant longtemps, les relations entre Danny Boyle et Ewan McGregor ont été houleuse suite à un différent malheureux (l'acteur n'avait pas aimé d'être écarté de La plage au profit de Leonardo Dicaprio, permettant ainsi une rallonge de budget au réalisateur). Puis au fil des années, les deux commencent à parler d'un éventuel retour, peut être pour les vingt ans du film. En 2015, la chose se confirme. McGregor, Jonny Lee Miller, Ewen Bremner et Robert Carlyle reprennent du service, ainsi que Kelly MacDonald et divers second-rôles de l'original (dont James Cosmo). Boyle réalise et John Hodge reprend du service au scénario. Dans un premier temps, Boyle souhaitait adapter Porno, avant de partir vers autre chose après des premiers essais ratés (le réalisateur a avoué à Cinemateaser qu'il y avait peut être trop d'intrigue).

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner

Ainsi, T2 Trainspotting se passe bien vingt ans après les événements du premier film et non neuf comme initialement prévu. Pour Boyle, le principe était de faire vieillir ses acteurs en même temps que ses personnages. Un processus qu'a exercé par exemple Richard Linklater sur la trilogie Before (trois films réalisés entre 1994 et 2012 focalisés sur un même couple) ou Boyhood (un film tourné entre 2002 et 2013). (attention spoilers) Au contraire de Trainspotting, Boyle n'utilise pas la voix-off car ne prend plus le seul point de vue de Renton (McGregor). Dès les premières minutes, il prend celui des quatre personnages principaux avant de passer au générique, confirmant ainsi qu'il ne se focalise plus sur un seul personnage mais sur le groupe. Des éléments de Porno ont été conservé. Si Sick Boy (Lee Miller) n'est plus pornographe, il reste toujours un mec accro à la cocaïne et veut faire chanter des hommes riches avec des vidéos chaudes un peu compromettantes. De même, sa petite-amie (Anjela Nedyalkova) l'aide dans ses aventures. On nous montre Spud (Bremner) dès les premières minutes à une thérapie de groupe et le personnage songe aussi au suicide. Quant à Begbie (Carlyle), il ne pense qu'à se venger de Renton (McGregor). Toutefois, ce ne sont que des bribes et le film ne repose pas sur Porno pour exister. Le cas de Renton est peut être le plus particulier. L'ouverture nous le présente sportif, les cheveux mi-longs et victime d'un accident. 

T2 Trainspotting : Photo Anjela Nedyalkova, Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

On en saura les causes plus tard dans le film, mais on sent qu'il y a un problème entre ce qu'il dit en arrivant en Ecosse et cette ouverture contradictoire. Renton ne semble pas être revenu au pays par hasard, quelque chose ne colle pas. Vingt ans ont passé, les regrets et les rancoeurs (Begbie en est la preuve chaotique) sont toujours là, voire d'autant plus présents qu'en 1996. Le monde a évolué mais pas eux. Boyle n'a pas peur de montrer que ses personnages sont devenus des vieux cons. Des adultes qui essayent de vivre avec leur temps (cf le discours de Renton au restaurant), mais semblent encore coincés dans les 90's. Renton a perdu ses amis et son retour apparaît comme une délivrance pour lui. Francis est perdu d'avance, même si le personnage a un discours changeant au cours du film. Spud est toujours le type malchanceux et l'ouverture du film est l'occasion de le confirmer à des sommets stratosphériques. Il est aussi celui qui essaye de remettre un peu d'ordre entre tous les protagonistes. Sick Boy est toujours mêlé à toutes sortes d'embrouilles pour ne pas changer. Outre ses acteurs / personnages, Boyle renvoie également un miroir au spectateur et à lui-même. Le spectateur qui a découvert son second long-métrage à l'époque ou entre 1996 et 2017 peut lui aussi ressentir un sentiment de nostalgie et le réalisateur lui en offre un lors d'une scène bien particulière.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller

Au cours du film, Renton, Sick Boy et Francis semblent être les seules personnes âgées de plus de quarante ans dans une boîte de nuit bondée de jeunes. Ces mêmes jeunes scandant un tube phare des 80's comme si c'était la dernière chanson à la mode. Comme si le spectateur, tout comme ces jeunes ou même ces adultes dans le cas des trois protagonistes, ne pouvaient que revenir sans cesse en arrière. Par nostalgie, par envie d'écouter ce qui se faisait avant, de constater peut être que "c'était mieux avant". Un peu comme découvrir ou revoir Trainspotting maintenant et se souvenir de la britpop et de la dance des 90's. Un retour en arrière qui donne lui aussi un coup de vieux au spectateur, plus qu'il ne le pense au départ. Quant à Boyle, son style a évolué depuis les 90's. Son aspect clippesque s'est diversifié avec différents outils et selon l'époque. Sa réalisation est devenue plus maîtrisée, son sens du montage aussi en compagnie de Jon Harris (son monteur depuis 127 heures). Il reprend d'ailleurs la technique des plans incrustés sur des murs ou images en mouvement héritée de Steve Jobs (2015). Des images souvent en rapport avec le passé renvoyant à un aspect rétrospectif issu autant des pensées que des dires des personnages. Boyle signe un film particulièrement nostalgique et mélancolique où les amis devenus ennemis se sont tous perdus pour finalement se retrouver.

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Jonny Lee Miller

Ils sont tous encore des jeunes adultes à la ramasse (les rides se sont juste rajoutées), incapables de prendre leurs responsabilités. Même le plus âgé de tous, finalement le personnage au comportement le plus immature. Il n'y a pas d'âge pour être paumé, ni pour retrouver ses amis perdus. Attendre vingt ans pour réaliser T2 Trainspotting a finalement été bénéfique. L'équipe était assez mature pour se relancer dans l'aventure et a trouvé le bon moment, voire la bonne époque pour le faire. Comme sur le précédent film, le réalisateur a réussi à faire un cocktail subtil entre comédie et drame, à la différence que le glauque a quitté le navire. La drogue n'est finalement que très secondaire dans le récit, là où elle était au centre de tout autrefois. Dans ce second opus, c'est la tristesse qui prédomine. Celle du temps qui passe, des gens qui sont partis (Tommy, le bébé, la mère de Renton), de l'isolement, de la peur de vieillir. Boyle avait signé en 1996 un film générationnel, il se peut que sa suite douce-amère le soit tout autant d'une autre manière. T2 Trainspotting n'aura certainement pas l'aura de son iconique premier opus, certains étant visiblement prêt à lui tailler les veines (vous tomberez facilement sur les critiques des Inrocks et de Télérama sur google). Mais il n'en reste pas moins un superbe film triste, où Boyle se lâche davantage que sur son précédent film qui reposait beaucoup sur le script d'Aaron Sorkin. L'utilisation de Silk (Wolf Alice, 2015) pour le final n'est pas anodine. Il s'agit d'une chanson triste qui correspond parfaitement à l'état d'esprit mélancolique des personnages. (fin des spoilers)

On ne l'attendait plus et pourtant Danny Boyle signe probablement l'une des plus belles suites qu'il a été donné de voir sur un grand écran.