Cine Borat

25 août 2016

See you space cowboy

En 2071, Spike Spiegel et Jet Black sont deux chasseurs de prime voyageant à bord du Bebop. La criminalité ayant augmentée depuis que les Hommes sont partis de la Terre, les primes augmentent toujours plus...

Cowboy-Bebop-Header

On évoque souvent les séries télévisées lives comme majeures, on oublie parfois que les séries animées ont tout autant à dire. On pourrait citer Les Simpson (1989-) ou South Park (1997-), mais en général on retient surtout l'influence des séries animées japonaises. S'imposant dans le quotidien des jeunes français depuis la fin des 70's via des émissions comme Récré A2 (1978-1988) ou le Club Dorothée (1987-1997), les séries japonaises ont fini par exploser (au grand désarroi de Ségolène Royal), alimentant largement le téléchargement et les ventes vidéos dorénavant. Outre les émissions suscitées, la chaîne Canal + s'est beaucoup intéressé à l'animation japonaise des 80's aux 2000's, que ce soit en diffusant des films d'Hayao Miyazaki en salles (Porco Rosso et Mon voisin Totoro notamment), mais aussi des séries. Parmi elles se trouvait Cowboy Bebop (1998). A la différence de beaucoup de séries diffusées à la même époque, il s'agit d'une série originale, ne se basant donc sur aucun manga. Un pari risqué d'autant que la genèse de la série est particulière. Si vous regardez bien le générique, il n'est jamais fait mention du studio Bones. Même si ce n'était pas le cas à cette époque, la plupart des gens ayant travaillé sur Cowboy Bebop ont fondé Bones par la suite, minimisant la part de Sunrise dans l'entreprise. Pour cause, le studio misait à cette époque sur une série type Gundam qui finalement n'a pas trouvé son public. De même, la série a eu du mal à être diffusée.

asteroid_blues

Des épisodes furent d'abord montrés dans le désordre sur la célèbre chaîne TV Tokyo, avant de finir intégralement sur WOWOW durant l'année 1998, et rediffusée sur Animax où elle gagne en popularité. D'où parfois des épisodes moins importants que d'autres dans la chronologie ou une impression que l'arc narratif global avance peu. En France, elle débarquera au cours de l'été 2000 sur Canal + et aux USA dans la célèbre émission nocturne Adult Swim (devenue aujourd'hui une chaîne de télévision à part entière) dès 2001. Un film animé sera réalisé en 2001 et sera distribué dans nos contrées en octobre 2003 par Sony. Suite à la sortie du coffret DVD de Dybex en 2007, la série a gagné d'autant plus en réputation, s'imposant comme un joyau de l'animation souvent cité au même titre que des long-métrages. Une adaptation live américaine a longtemps été évoqué avec Keanu Reeves, mais jamais rien ne s'est fait. Il faut dire qu'après le ratage de Dragon Ball Evolution (James Wong, 2009), la Fox n'a certainement pas voulu continuer dans cette voie. La série se déroule en sessions (d'où les vinyles du coffret de Dybex), certains titres faisant directement référence à des films ou chansons. Au hasard: Sympathy for the devil (session 6), Toys in the attic (session 11), Black dog serenade (session 16), Speak like a child (session 18), Pierrot le fou (session 20) ou le film nommé Knockin' on heaven's door. De même, la bande-originale dans son ensemble est un pur bijou de jazz signé Yoko Kanno et comme pour continuer dans l'influence américaine, la plupart des chansons sont interprétées en anglais. 

Ballad of fallen angels

N'ayons pas peur de le dire, la série est particulièrement influencée par les USA que ce soit dans sa musique ou dans son univers. Bien que les personnages ont les fameux yeux carrés chers au style japonais, le style de la réalisation renvoit davantage aux USA et à ses stéréotypes. Une manière comme une autre de trouver un public à l'étranger, mais aussi de montrer l'héritage du cinéma américain sur la culture nippone. En soi, Cowboy Bebop est un véritable maelstrom, alignant buddy movie, fantastique, science-fiction, histoire de yakuzas ou encore film noir. Beaucoup se seraient plantés avec un mélange aussi éclectique et pourtant Schinichiro Watanabe maîtrise tous les codes des genres évoqués, citant même plusieurs films en particuliers. (attention spoilers) Dans Toys in the attic, la trilogie Alien (Scott, Cameron, Fincher, 1979-1992) est constamment cité. Tout d'abord par sa créature (en fait du homard avarié ayant muté!) se déplaçant en plan subjectif, tout comme le xénomorphe dans Alien 3 ou plus généralement, on peut aussi évoquer le requin de Jaws (Steven Spielberg, 1975). De même, comme Ripley dans le film original, Spike Spiegel se retrouve rapidement seul pour lutter contre la créature au sein du Bebop. Le climax se trouve même identique à celui d'Aliens, puisque le chasseur de prime en vient à virer la bestiole par le vide ordure direction l'Espace! Le premier épisode Asteroid blues n'est pas sans rappeler Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 1967), avec son duo de criminels fuyant les autorités et finissant exécutés en pleine poursuite.

sympathy for the devil

Jamming with Edward (session 9) montre une intelligence artificielle sujette aux émotions et symbolisé par un néon rouge, ce qui fait directement penser au célèbre HAL 9000 de 2001 (Stanley Kubrick, 1968). Toutefois, là où HAL tue pour installer sa suprémacie, notre satellite fait des figures sur une Terre quasiment abandonnée car il s'ennuie. Une parfaite anti-thèse. Les terroristes de Gateway shuffle (session 4) ne sont pas non plus sans rappeler les pirates du Château dans le ciel (Hayao Miyazaki, 1986), eux aussi très attachés à leur mère. Outre son méchant qui ne veut pas vieillir (pensée au Tambour de Volker Schlöndorff), Sympathy for the devil cite encore James Cameron à travers ce personnage sortant des flammes après l'explosion de son véhicule. De là à voir un hommage à Terminator (1984), il n'y a qu'un pas. Outre les références à des films et aux genres, Cowboy Bebop a une véritable identité lui permettant de naviguer entre tout ces genres sans jamais s'égarer. A cause d'un rythme de diffusion pour le moins chaotique, la série s'est rapidement tenue à des épisodes mythologiques et des stand-alone. En général, certains de ces derniers sont moins bons car moins importants. Ganymede Elegy (session 11) permet de découvrir un peu du passé de Jet Black (et son ancienne compagne), mais on préféra davantage Black dog serenade revenant sur le moment où Jet a perdu son bras gauche.

Toys in the attic

En cause, des passages en noir et blanc dignes de films noirs, aspect que l'on peut rattacher aux flashbacks de Spike servant d'introduction à la série. Mushroom samba (session 17) n'avance pas à grand chose si ce n'est quelques gags avec le personnage d'Ed. Wild horses (session 19) est l'occasion de rappeler la conquête de l'Espace, bien loin des années 2070 et confronter nos héros d'aujourd'hui aux vestiges du passé. Cowboy funk (session 22) est l'occasion d'une pure comédie avec un cowboy plus vrai que nature en pleine quête identitaire et se frottant à Spike. Ce qui donnera lieu à un duel délirant symbolisé par la destruction du toit d'un immeuble. Le terroriste à arrêter? Rien à faire! Le duel sera idéologique entre le cowboy d'aujourd'hui (les chasseurs de prime sont appelés ainsi) et celui d'autrefois. L'occasion à nouveau pour Watanabe de citer le cinéma américain et ses fiers cowboys (et aussi se payer les films de samouraïs par la même occasion). Un épisode qui permet aussi de compenser la dureté des épisodes diffusés peu avant ou qui vont suivre. Pierrot le fou est quant à lui peut être l'épisode le plus violent de la série, avec le final The real falk blues (sessions 25 et 26) et le film. Ce dernier aurait pu servir de conclusion supplémentaire, mais cela n'aurait eu strictement aucune logique au vue du final. Faire une histoire se déroulant peu avant paraissait plus logique, permettant de garder le plus de personnages historiques. 

cowboy funk

Y compris les petits vieux, le chef indien ou les présentateurs de l'émission Big shots (représentés par un cowboy de couleur et une cowgirl blonde et décolleté ouvert !). Ce qui en fait peut être un simple épisode de deux heures, mais un épisode fun, où Watanabe peut expérimenter bien plus dans sa mise en scène et se montrer plus ambitieux. On remarque d'ailleurs que comme dans ces épisodes (et en général ceux avec Vicious), Spike est en position d'échec, se faisant attaquer violemment avant de réussir à battre son adversaire, parfois de peu. Pierrot le fou est l'occasion de montrer un homme conditionné par des scientifiques et devenant un véritable psychopathe quasi-indestructible. Un aspect que l'on retrouvera dans le film avec le personnage de Vincent. Ce dernier tout comme Gren dans Jupiter jazz (sessions 12 et 13) a survécu à la guerre sur Titan, auquel a participé également Vicious l'antagoniste de Spike. Une guerre évoquée avant tout du point de vue des vétérans, devenus des tueurs ou des êtres génétiquement modifiés. On s'amusera également des épisodes Gateway shuffle et Brain scratch (session 23), deux épisodes particulièrement lié à la société d'aujourd'hui. Le premier aborde les dérives de l'activisme écologique (Greenpeace est à peine visé), prêt à tout pour imposer leur loi quitte à devenir des terroristes pires que ceux qu'ils dénoncent. On peut aussi noter que le macguffin ne sera pas révélé, laissant les causes de la chasse à la prime mystérieuse. 

Brain_scratch

Le second s'attaque au sujet des sectes avec Brain scratch, une nouvelle secte qui connecte les esprits à un casque pour conserver l'aura de la personne même morte. Inutile de dire que son fondateur n'est autre qu'un hacker ayant réussi à expulser son esprit de son corps malade. L'occasion d'aborder l'emprise psychologique que peut avoir ce type d'organisation (que ce soit par des télévisions ou des capteurs), tout en abordant également leur emprise médiatique. Ainsi, l'introduction de l'épisode est assez amusante puisqu'il montre les chaînes télévisées racontant toutes la même chose au fil du zappage de l'ami Spike. Toutes reviennent au même: promouvoir la secte ou évoquer ses dangers. En parler en revient à lui donner de l'importance et à l'imposer dans le quotidien. La mythologie de la série, quant à elle, se développe selon deux points de vue. Si Jet et Ed ont leurs histoires propres, l'accent est davantage donné à Spike et Faye Valentine. Spike est dévoilé assez rapidement comme un ancien membre de Red Dragons, clan de yakuzas auquel il était associé à Vicious avant de vouloir raccroché. Durant la plupart des épisodes, les deux hommes s'affrontent jusqu'au grand final, signe de point de non-retour. Spike avait sa Julia, il n'a désormais plus rien à perdre quitte à partir du Bebop. Faye essayera bien de l'empêcher de partir (montrant peut être des sentiments amoureux refoulés), rien n'y fera.Quasiment synchrone avec l'air célèbre du générique de fin, le soldat Spiegel dégommera un par un, étage par étage les ennemis sur son chemin. 

The real folk blues 2

On pense autant au jeu-vidéo consistant à aller de niveau en niveau, avant de s'attaquer au boss de fin; qu'aux célèbres films de John Woo The Killer (1989) et Hard Boiled (1992), remplis de gunfights saignants comme d'une répartition en niveau (final dans l'église dans le premier, final dans l'hôpital dans le second). L'aspect yakuza est également bien représenté avec ses guerres internes et les gros bonnets tombant un par un de la manière la plus crade, Vicious ne faisant pas dans la dentelle. Sans compter l'utilisation du Jeet Kune Do, art-martial de Bruce Lee, permettant souvent des combats impressionnants et précis. Le final est en soi un monumental crève-coeur, terminant la série sur une vraie fin et laissant tomber toute sorte de fin ouverte. Spike partira tel le Samouraï incarné par Alain Delon sous un faiseau lumineux. Sa mission est finie, il peut partir vers les étoiles... Quant à Faye Valentine, on nous la présente souvent comme une pin-up agaçante et attirant les ennuis, mais c'est un être plus complexe qu'il n'y paraît. C'est avant tout une jeune femme malheureuse cherchant un but à sa vie, au contraire de retrouver sa mémoire. Elle est un fantôme errant dans l'Espace avec des dettes impossibles à rembourser, manipulée depuis qu"elle est réveillée" et définitivement seule. Si elle reste auprès du Bebop, c'est avant tout car c'est sa seule famille. C'est aussi pour cela qu'elle ne veut pas que Spike part voué à une mort certaine. Watanabe introduit même le found footage ("vidéo retrouvée" initialement) avec Speak like a child avec la vidéo de Faye adolescente et retrouvée par Spike et Jet. On était encore loin du boom engendré par Le projet Blair Witch (Sanchez, Myrick, 1999). Faye est en soi un personnage terriblement mélancolique et beau, se cachant derrière un air de femme fatale pour éviter de montrer sa fragilité. Ce qui en fait un personnage féminin majeur de la science-fiction. (fin des spoilers)

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Cowboy Bebop est un parfait maelstrom de différents genres, alignant les personnages attachants et une réalisation du tonnerre.


Article initialement publié le 9 septembre 2010.


17 août 2016

Le Spartiate contre le Phénix

demolition man

genre: science fiction, action
année: 1993
durée: 1h55

l'histoire: En voulant arrêter en 1996 Simon Phoenix, le sergent John Spartan se rend coupable d'un homicide et est condamné à l'hibernation, tout comme Phoenix. Ce dernier s'évade en 2032 et se révèle totalement incontrôlable. Seule chance de l'arrêter: ressusciter Spartan.

la critique d'Alice In Oliver:

Certes, au milieu des années 90, la carrière de Sylvester Stallone est toujours sur le déclin. L'acteur hésite encore entre les comédies et les films d'action bêtes et bourrins. Indéniablement, Demolition Man, réalisé par Marco Brambilla en 1994, appartient à la seconde catégorie.
Pourtant, Demolition Man n'est pas forcément si stupide qu'il n'y paraît.

Le scénario est plutôt intéressant. Dans la première partie du film, donc, en 1996, un policier, John Spartan (Sylvester Stallone) et un criminel sadique, Simon Phoenix (Wesley Snipes), s'affrontent dans une époque violente et sans merci. Suite à une bavure, John Spartan est condamné à l'hibernation.
Même chose pour Phoenix.

Demolition Man : Photo Sylvester Stallone

Bien des années plus tard, en 2032, la société a bien changé. La violence a été éradiquée. Les individus déviants et indésirables ont été chassés et vivent désormais dans les bas fonds de la ville.
C'est la seconde partie de Demolition Man. Sorti de sa période d'hibernation, Phoenix échappe aux policiers et sème la panique dans la ville.

Un seul homme peut l'arrêter: John Spartan. Lui aussi est ramené à la vie. A partir de ces différents éléments, Marco Brambilla signe une série B d'action fun et décomplexée, qui ne cesse de jouer sur les décalages temporels.
En 2032, la société américaine est devenue ultra puritaine. Désormais, la moindre grossièreté est relevée et réprimandée.
On ne se torche plus avec du PQ mais avec des coquillages.

Demolition Man : Photo

Pour Marco Brambilla, c'est une façon comme une autre de dénoncer une société bien-pensante, moralisatrice et intolérante.
Certes, Spartan est de retour pour stopper les activités criminelles de Phoenix, mais il va aussi éveiller la conscience révolutionnaire de quelques militants revendicatifs. Encore une fois, le propos du film est intéressant.

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Paradoxalement, il est également victime de ses deux vedettes principales, qui viennent sans cesse rappeler qu'elles ne sont pas ici pour réfléchir, mais pour se foutre sur la tronche.
Niveau action, Demolition Man délivre largement la marchandise. Sylvester Stallone et Wesley Snipes cabotinent.
Finalement, les deux acteurs semblent beaucoup s'amuser dans ce nanar sympathique, l'ensemble ne manquant pas d'humour ni d'autodérision. Malheureusement, Marco Brambilla n'est pas John McTiernan ni Paul Verhoeven et passe à côté de sa satire des Etats-Unis.


La critique de Borat

L'année 1993 a été témoin d'un choc des titans par films interposés. Qui plus est deux films jouant avec l'aura de leur star respective. Deux action men qui ont sorti les 80's de l'ennui par des films aussi punchy qu'explosifs. A la gauche de votre cher Borat, Arnold Schwarzenegger dit Schwarzy ou Arnie. A sa droite, Sylvester Stallone aka Sly ou l'Etalon Italien. Cette année-là, les deux acteurs décident de jouer dans des films semi-parodiques: Last action hero de John McTiernan et Demolition Man de Marco Brambilla. Les deux ont d'ailleurs une vanne associant l'autre acteur. Ainsi dans le premier, Stallone est le Terminator et dans le second, Arnie est devenu président des Etats-Unis suite à un nouvel amendement ! Toutefois, c'est l'interprète de Rocky Balboa qui gagnera son duel, le film de McT se plantant au box-office face à Jurassic Park de Steven Spielberg. Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui les deux films sont tout aussi cultes, leurs intérêts ayant encore augmenté avec le marché vidéo et les rediffusions. Au delà de jouer avec l'image de nos stars, ils n'ont finalement pas grand chose à voir entre eux. Last action hero met en scène Schwarzy en tant que personnage de cinéma ne savant pas qu'il en est un. Demolition Man est avant tout un film d'anticipation, où Stallone est le policier John Spartan face au psychopathe Simon Phoenix incarné par Wesley Snipes.L'acteur amateur de bastons n'était pas encore le chasseur de vampires que l'on connaît et commence à se faire une réputation par Passager 57 (Kevin Hooks, 1992) ou New Jack City (Mario van Peebles, 1991).

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Le mettre en face d'une star déjà établie est une prime merveilleuse où il faut être à la hauteur. Là où Stallone tire beaucoup, Snipes tatanne dans un style bien plus sérieux et brutal que la castagne de son aîné. C'est aussi ça la richesse de cet affrontement: deux styles différents qui se combattent pour le plaisir du spectateur. On peut parler de jeu du chat et de la souris entre deux époques différentes. (attention spoilers) En 1996, Spartan réussit à coffrer Phoenix. Malheureusement, celui que l'on appelle Demolition Man n'a pu voir que les otages étaient encore dans l'immeuble et se voit condamner comme son rival criminel à la prison cryogénisée. Revoilà les deux briscards du XXème siècle en 2032, le criminel toujours avec ses capacités, l'autre toujours potentiel policier mais avec des dons pour la couture ! Il se trouve que la cryogénisation entraîne une sorte de lavage de cerveau, notamment en injectant des notions liées à la génétique de l'individu. Demolition Man nous dévoile un monde étrange, utopie devenant de plus en plus improbable à mesure que l'on avance dans le film. Le spectateur est à l'image de Stallone et Snipes: il découvre le monde de 2032 en même temps qu'eux, en ayant les informations au compte-gouttes. Les règles de San Angeles (les deux villes ayant été réunies suite à un tremblement de terre) sont certainement ce qui fait le sel du film, le scénario dévoilant progressivement cet univers avec un maximum de détails devenant terriblement possibles dans notre monde contemporain. 

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On observe ainsi une tendance au politiquement correct, un aspect dystopique sous ses abords bienveillants. Certes, il n'y a plus de violence dans les rues, mais ce pacifisme est contredit par le contrôle des naissances, de la nourriture, de la conduite en voiture (pilotage automatique sur rail), du langage (une insulte, une amende) et du sexe (plus de fluide corporel car c'est sale, vive la réalité virtuelle !). Rien de bien méchant dit comme cela, mais les libertés individuelles en prennent un sacré coup avec un conditionnement pareil. D'autant plus quand il paraît normal pour ses habitants quelques peu aveugles des intentions de leurs dirigeants. Evidemment, tout cela serait trop beau si ce conditionnement ne se faisait pas dans le sang des résistants (Denis Leary en tête, lui qui jouera des capitalistes cyniques et jubilatoires par la suite). Le monde de Demolition Man est donc loin d'être aussi mignon qu'il ne veut le paraître. Jusqu'au rachat de Taco Bell / Pizza Hut (cela dépend des pays où le film est sorti) de tous les restaurants des USA dans une guerre délirante pour la propriété des restaurants du pays. La viande n'est pas bonne pour la santé, mais rien ne vaut une bonne pizza ou un gouleyant taco sortant d'une multinationale pleine aux as ! Y compris ne garder de la musique que de vulgaires spots de publicité dont tous les gens de notre époque veulent oublier (imaginez l'ami Ricoré en boucle à la radio). Sous ses abords de divertissement burné digne de son producteur Joel Silver, Demolition Man est loin d'être stupide et propose une lecture amusante d'un futur pas si innocent qu'il n'en a l'air.

Comme Last Action Hero, Demolition Man est aussi un film PG-13 et ce malgré un beau lot de morts dès son introduction. Comme le McT, Brambilla s'en amuse en ne faisant pas d'effusion de sang et en montrant davantage le héros et son antagoniste se battrent au corps à corps plutôt que de se tirer dessus violemment. Cela conforte aussi avec un monde où la violence revient en même temps que le retour des deux personnages à la vie réelle. Le PG-13 est ludique puisque le film en joue et au final ce ne sont pas des giclés de sang qui auraient changé grand chose. La réussite du film tient également dans ses répliques notamment en version française. Voici un petit florilège de répliques bien senties:

  • Le docteur Cocteau (Nigel Hawthorne) s'échangeant quelques joyeusetés: "Soyez heureux! 
  • Soyez enculé!"
  • Sandra Bullock s'appropriant les expressions d'autrefois: "On va lui faire la pipe à ce mec!
    -La peau! On va lui faire la peau à ce mec!"

  • Ou encore: "Chef! Vous savez quoi? Vous me cassez les coudes, compris?
  • Vous avez dit les coudes? Casser les coudes?
  • Ouais.
  • C'est presque ça!"
  • Wesley Snipes en pleine prose: "Tu te rappelle des trente passagers du bus que t'as fait crâmer en voulant me coincer?! Ils étaient déjà morts! Aussi froids qu'une glace Häagen Dazs!"
  • Wesley toujours: "Juste avec mon petit doigt, je vais te coincer le cul dans la friteuse!"

Finalement on tient peut être le rôle le plus jouissif de Stallone, l'acteur semblant bien se marrer à jouer l'action man dans un monde qui ne lui convient pas. Un peu comme pour évoquer que son passage à la comédie n'était pas approprié. L'acteur reprendra le look de Spartan pour le personnage Barney Ross qu'il tient dans les Expendables (Stallone, West, Hugues, 2011-2014). Snipes se révèle être un antagoniste en or, parfait dans son cabotinage extrême. Sandra Bullock se révèle amusante, sorte d'entre-deux dans son temps accumulant les lapsus (elle est nostalgique d'un temps qu'elle ne connaît pas). Sans compter le reste de la figuration alignant les têtes connues (Roy Schneider, Benjamin Bratt, Bob Gunton, Glenn Shadix, Bill Cobbs...). On s'amusera également de la bande-originale de qualité d'Elliot Goldenthal, dont le thème a par la suite été utilisé plus d'une fois dans des bandes-annonces (Men In Black notamment).

Un film d'action à tendance anticipation aussi divertissante qu'intelligente. 

12 août 2016

Séance de pur divertissement

L'antichambre de Borat est de retour pour vous jouer un mauvais tour (en ces temps de folie pokémonienne, rien de mal à se faire plaisir). Pour ceux qui l'auraient déjà oublier (six séances désormais): trois films, trois critiques plus courtes, mais toujours gourmandes et croquantes. Au programme: le seigneur de la jungle, Roald Dahl par le roi de l'entertainment et un film révolutionnaire. Ready? Go! (attention spoilers)


 

tarzanAprès le film en motion capture (Reinhard Klooss, 2013), le Seigneur de la jungle revient sous la direction de David Yates (les derniers Harry Potter). Une commande de la Warner qui s'est éternisé sur de nombreuses années, entraînant de multiples changements de casting. Un tournage commencé en fin 2014-début 2015, avec certainement moult reshoots, un réalisateur se désintéressant progressivement de son film pour un autre (Les animaux fantastiques), balancé en plein été alors qu'il aurait dû sortir avant, une promotion ratée... The legend of Tarzan a toutefois trouvé son public, s'imposant comme un petit succès d'estime malgré les retours négatifs.

Pourtant le film n'est pas le navet annoncé. Sans être excellent, ni dénué de défauts, il s'avère un divertissement tout ce qu'il y a de plus acceptable. Son principal problème vient de ses effets-spéciaux numériques. Il y a trop de plans sentant le fond vert, trop de doublures numériques et des animaux mal animés à l'heure du photo- réalisme ultra-poussé (voir les derniers opus de La Planète des singes).

Le film n'apporte rien non plus à la mythologie du personnage. Il ne s'agit pas d'une origin story, mais le réalisateur ne peut s'empêcher d'y revenir par des flashbacks finalement peu utiles. D'autant plus quand les événements sont relatés par les personnages bien avant. 

Il se dégage en revanche un ton de pur film d'aventure, loin des délires pyrotechniques estivaux. Pour preuve, la contextualisation (Tarzan revient au Congo alors que les Belges traitent en esclaves les autochtones et pillent les ressources naturelles) est vraiment bien amenée et permet une base historique solide au film. 

Si Alexander Skarsgaard manque sérieusement de charisme, il peut compter sur l'appui de second-rôles réussis pour avancer dans son périple. A commencer par Jane Porter campée par Margot Robbie. Si le personnage n'est pas forcément actif, il n'est pas forcément une demoiselle en détresse qui braille tout le temps comme dans le film Disney (Lima, Buck, 1999). De même, Samuel Jackson est un excellent acolyte, permettant même un peu d'humour au film. Par contre, il serait grand temps d'arrêter de donner toujours le même rôle à Christoph Waltz. Si l'on aura oublié le film d'ici là, Tarzan est loin de démériter dans un été pour le moins maigre.


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Votre cher Borat évoquait il y a quelques séances Bridge of spies (2015), passons désormais au cru 2016 de Steven Spielberg, Le Bon Gros Géant. Bien la preuve qu'il ne faut pas écouter les avis cannois (souvent l'occasion de dézingages gratuits et violents car "c'est Cannes"), il ne s'agit pas de la daube annoncée par la presse (notamment Mad Movies qui l'a bouffé tout cru).

Contre toute-attente, Spielby revient au film enchanteur, celui qu'il exploite depuis au moins ET (1982), également scénarisé par feu Melissa Mathison. L'esprit de Roald Dahl est bel et bien là, Spielby et Mathison utilisant un certain lot de thèmes récurrents de l'auteur en se les appropriant. L'orphelin trouvant une figure tutélaire (comme Matilda, Charlie ou James), la maturité bien trop rapide des enfants (on peut ainsi rapprocher Sophie des enfants d'ET) ou le fantastique s'immissant dans un cadre réaliste (Sophie traverse l'Angleterre actuelle avec le géant) en font parties. Le voyage est d'autant plus charmant que le duo Sophie-Géant est pour le moins adorable, bien aidé par leurs interprètes respectifs (Ruby Bunhill et Mark Rylance).

A cela, Spielby ajoute un sens de la technique toujours aussi spectaculaire, passant du film historique à suspense à un conte faisant rêver petits et grands. A l'image des scènes à l'arbre à rêves (véritable émerveillement), preuve que Janusz Kaminski peut aussi s'occuper d'univers fort colorés et magiques. De même, le réalisateur se voit bien aidé de son expérience sur Tintin (2011) pour signer des plans plus longs, comme dans la scène de cache-cache. Spielby utilise au maximum ses différents décors pour mieux exploiter leur scénographie.

On peut également rajouter une performance capture de qualité, particulièrement sur Rylance. On notera quelques fautes de goût (des instants pétomanes un peu lourds et un dénouement peut être un peu rapide), mais ce serait bien peu pour parler de film raté. Même moins grandiose (on préféra Bridge of spies), Spielby s'impose toujours comme le roi de l'entertainment. Surtout, ce blockbuster laisse augurer du bon pour le très ambitieux Ready Player One qu'il tourne actuellement.


tron mondo

Fut une époque où Disney osait miser sur des productions ambitieuses en les promouvant de manière digne (soit ce qui n'est pas arrivé pour John Carter et Tomorrowland). Un temps loin des rachats de grosses firmes et où le studio s'essayait à la science-fiction. On pense au Trou noir (Gary Nelson, 1979) et surtout à Tron (Steven Lisberger, 1982). 

Echec commercial à sa sortie, Tron est devenu un film culte salué pour ses images de synthèse révolutionnaires et ayant engendré une suite (Joseph Kosinski, 2011) qui n'a pas réussi à créer une nouvelle franchise. Sa suite a beau avoir de plus beaux cgi (et ce malgré quelques fautes de goût), elle n'a pas le capital sympathie de son aîné. Le film a évidemment pris de l'âge, victime des progrès techniques qu'il a engendré. On peut également dire que l'ordinateur centrale est particulièrement laid. 

En revanche, il en gagne du point de vue de l'écriture. Lisberger livre un univers froid et violent, où la moindre erreur entraîne la chute du personnage. Que ce soit par des duels de freesbees modernes ou des courses de pods stressantes. Ce qui était impressionnant autrefois ne l'est peut être plus maintenant, en revanche l'effet est bien là. 

Idem pour le discours du film loin d'être gentillet. Il n'est pas étonnant que le héros soit un programmateur déchu. Lisberger met en avant la créativité face à un patron (David Warner) bousillant son jeu, en installant des programmes destructeurs tel un ordinateur de plus en plus avide de pouvoir. Ou quand l'intelligence artificiel prend le dessus sur l'homme qui l'a créé. La créativité face au commerce vicieux: on ne pouvait pas faire plus subversif chez Disney et pourtant c'est le cas.

C'est aussi ce qui la diffère de sa suite: cette dernière n'a aucun oeil critique, là où son aîné interroge le spectateur sur l'intérêt pour lui de garder son âme, tout en étant un bon divertissement. D'autant plus quand le programmateur est incarné par le fantastique Jeff Bridges. 

Au final, Tron n'est peut être pas un film parfait, mais son message est fort et sa représentation d'un monde virtuel n'a rien de vulgaire, ni de ridicule, là où d'autres films plus récents se planteront. Le jeu-vidéo n'en était qu'à ses balbutiements et pourtant Tron est probablement une des meilleures représentations de ce support. Définitivement révolutionnaire. 

A la prochaine!

10 août 2016

Cuvée gravée dans la peau

Après les aventures d'Ethan Hunt et du double-zéro l'an dernier, la Cave de Borat va s'intéresser à une autre franchise marquante du cinéma d'espionnage. On aurait pu évoquer les missions du fameux Harry Palmer (Michael Caine pour les intimes), mais restons aux Etats-Unis avec Jason Bourne. Créé en 1980 par Robert Ludlum, le personnage avait déjà été adapté en 1988 pour la télévision, avec Richard Chamberlain dans le rôle de Bourne. De même, Jean Van Hamme n'a jamais caché s'être inspirer de La mémoire dans la peau pour la bande-dessinée XIII (1984-). Jugez plutôt: un tueur, qui plus est soupçonné d'avoir tué le président des Etats-Unis, se retrouve sur une plage totalement amnésique. Cette cuvée va ainsi revenir sur la trilogie et le spin-off servant de quatrième opus, à l'occasion de la sortie de Jason Bourne de Paul Greengrass. Ready? Go! (attention spoilers)

  • La mémoire dans la peau (2002) : L'espionnage a un nouveau nom

La Mémoire dans la peau : Affiche

L'air de rien, il faut revenir à Jack Ryan pour trouver une franchise 100% américaine de films d'espionnage. Trois opus à l'époque (deux autres se rajouteront en 2002 et 2014), dont on ne retient en général qu'A la poursuite d'Octobre Rouge (John McTiernan, 1990). Puis il y a eu les deux premiers Mission impossible (Brian de Palma, John Woo, 1996, 2000), la trilogie parodique Austin Powers (Jay Roach, 1997-2002) et l'adaptation de la série Drôle de dames (McG, 2000) dont on évitera de parler, tout comme les premiers opus de Spy kids (Robert Rodriguez, 2000, 2002). Le genre reste prioritairement anglais avec l'impitoyable James Bond qui régne de mains de maître sur le genre, même si on notera un beau lot de casseroles (dont pas mal venant de la période Roger Moore). Puis vint le seigneur Bourne, Jason Bourne. 007 n'est pas encore parti en vacances prolongées que Bourne se prépare sous l'impulsion du producteur Frank Marshall, collaborateur notable de Steven Spielberg. Cela ne s'est pas fait sans difficulté, le réalisateur Doug Liman venant du milieu indépendant et Universal n'étant pas d'accord sur bien des points. Comme on peut le penser, Universal voulait certainement plus d'action. Si le film en a, il mise davantage sur l'infiltration. Une chose que James Bond avait perdu, tout comme Ethan Hunt sous la direction de John Woo, au profit de scènes d'action toujours plus acadabrantesques dans les deux cas.

Bourne la nuit 

A cela se rajoute des réécritures dues au studio allant jusqu'à déplacer la sortie du film de septembre 2001 à juin 2002 aux USA. Dans cette optique, le film a dû passer par des reshoots pour des scènes alternatives, histoire que les événements soient antérieurs à 2001 et donc aux attentats du World Trade Center. Il n'en sera finalement rien, le montage initial ayant passé les projections-test sans encombre. Le début et la fin alternatives sont toutefois disponibles sur le DVD (et probablement le BR) pour une "version longue explosive" (ah les arguments marketings...). Pour réduire les coûts, Universal songeait également à tourner à Montréal plutôt que Paris, ce qu'a refusé Doug Liman avec raison, voulant avant tout être authentique. Heureusement, tant l'atmosphère de La mémoire dans la peau (The Bourne Identity) est européenne et on reconnaît facilement la ville, là où un tournage à Montréal aurait certainement été bien différent. Le film n'est pas un succès retentissant, mais la critique le promulgue avec attention. En France, l'accueil est plus mitigé avec un peu plus de 700 000 entrées, faute d'une sortie en septembre, synonyme de moins d'attente et donc de moins de spectateurs dans les salles. Pourtant, le film est aussi bien accueilli par la presse et gagne en réputation chez les spectateurs au fil des rediffusions télévisées. Un succès qui permet à Matt Damon de s'imposer définitivement dans le paysage hollywoodien et de montrer qu'il peut être un leading-man solide.

Chris cooper

Le scénariste Tony Gilroy et Liman vont dans une direction opposée aux derniers James Bond: anti-spectaculaire et surtout un personnage qui n'est pas forcément attachant (et ce même si Bond a des tendances machistes certaines). Mieux encore, le personnage est amnésique et tout le long des trois premiers opus, il cherche ses origines. Chaque opus sera l'occasion d'explorer une phase de son passé, à chaque fois un événement antérieur au précédent. Ici il s'agira de l'événement qui l'a rendu amnésique. Là où le scénario est habile est dans le fait que le spectateur est aussi vierge que Bourne. Même si le début aligne les montages alternés entre Bourne et le bureau de la CIA que dirige Alexander Conklin (Chris Cooper), le spectateur n'a jamais une réelle longueur d'avance, ne savant pas forcément dans quoi il est embarqué. Il avance comme Bourne dans les souvenirs de ce dernier, au point d'en devenir un témoin privilégié. Au fur et à mesure du film, on remarque aussi un aspect schizophrénique qui continuera à être exploité dans les volets suivants. Outre les multiples identités, Bourne a de plus en plus peur de l'homme qu'il était autrefois. Même s'il a toutes ses capacités (habileté au combat au corps à corps, au maniement des armes, langues...), il n'est plus l'homme qu'il était autrefois, l'espion indestructible de la CIA. Le personnage se remet constamment en question, y compris dans la gravité de ses actes.

bourne et marie

Sauf que la CIA voit toujours en lui l'agent dévastateur qui en sait beaucoup trop, dont il faut maquiller les faits et le liquider au plus vite pour éviter les fuites. La quête identitaire est donc aussi importante que la chasse à l'homme, sans que l'un n'empiète sur l'autre. D'où l'utilisation évidente du montage alterné. Le seul repère humain de Bourne est Marie (Franka Potente), personnage naïf mais plus attachant que Bourne, lui permettant de garder les idées claires et de ne pas rester seul dans sa quête. Un sidekick plus que bienvenu dans un univers froid, vestige d'un autre temps. Celui de la Guerre Froide, ce temps soi-disant révolu alors que la CIA est encore bien implantée en Europe. Bourne a été conditionné dès les 80's autour du monde. La politique de Bush Jr n'est pas encore au centre de l'intrigue, le film ayant été tourné avant le 11 septembre 2001 (si l'on ne compte pas les reshoots effectués après). Cet aspect sera mieux mis en valeur dans les volets suivants. Toutefois, la CIA n'est jamais montrée sous un beau jour, s'attaquant à des hommes politiques qui ne leur conviennent pas et en faisant le ménage en temps voulu. C'est ce qui se passe avec Nykwana Wombosi (Adewale Akinnuoye Agbaje). Bourne devait s'en charger, c'est finalement le tueur incarné par Clive Owen qui finira le travail, car Bourne a manqué de sang froid. Il n'a pas voulu le tuer devant son enfant.

Bourne fusil

Le fait que la CIA soit aussi critiquée avait fait tiquer le studio, essayant de tout faire pour noyer le poisson, en vain. Même si cet aspect n'aura de réponse que dans le spin-off, on peut voir que le conditionnement de Bourne et ses camarades vient peut être des cachets, ce qui entraîne des effets secondaires comme les maux de tête. Il se peut donc que les tueurs de Treadstone soient ainsi à cause des médicaments. Pour ce qui est des scènes d'action, elles sont radicalement opposées à celles des films de Greengrass, notamment dans les combats. Plus de plans d'ensemble, pas de caméra portée ou si peu. Certains diront tant mieux. On notera également l'excellent gunfight final ou la poursuite dans Paris. Sans compter le merveilleux duel à distance à la ferme, véritable climax avant l'heure.

  • La mort dans la peau / La vengeance dans la peau (2004, 2007) : Un dyptique inattendu

affiche mort 

Malgré le fait que la saga Bourne fut particulièrement prolifique en littérature (douze romans à ce jour, dont trois de Ludlum), il n'y avait pas de plan de suite évoqué par la production, ni même par Matt Damon. Le succès de La mémoire dans la peau a grandement aidé et le producteur Frank Marshall envisage l'idée d'une suite en prenant pour pitch l'enlèvement de Marie, devenue la campagne de Bourne. Doug Liman fut écarté assez rapidement suite à ses mauvaises relations avec le studio sur le premier film, laissant la place à Paul Greengrass (Bloody sunday). Le réalisateur et Damon s'entendent comme larrons en foire, si bien que la star en viendra à bichonner son réalisateur sur les trois films qu'ils feront ensemble. Greengrass devient aussi une caution visuelle sur la saga, quitte à déstabiliser les non-amateurs de shaky-cam. La caméra portée est avant tout utilisée pour plus de réalisme, être au plus près de l'action. A la différence de beaucoup de films qui réutiliseront cette technique par la suite, cela permet plus de dynamisme dans l'action et s'avère suffisamment lisible pour que ce ne soit pas un problème. Un style qui sera plus ou moins repris pour le nouveau Bond incarné par Daniel Craig, tout comme l'aspect infiltration et notamment dans des bains de foule (légions chez Greengrass aussi bien dans celui-ci que dans le film suivant). Ce qui est synonyme également de caméras au plus près des acteurs, notamment lors de la poursuite délirante dans les rues de Moscou, aussi bien à pied qu'en voiture.

mort marie

Cette dernière n'a rien à voir avec celle de Paris présente dans le premier film. Dans celle-ci Bourne avait le dessus, ici il est déjà amoché et essaye avant tout de survivre à la police et à son assaillant (Karl Urban). De même, pour l'affrontement entre Bourne et le tueur joué par Marton Csokas, bien moins statique et plus percutant que le combat dans l'appartement du premier film. Même la photographie d'Oliver Wood est radicalement changée par rapport au film de Liman (qu'il a shooté également), passant à un aspect jaunâtre particulièrement froid. A l'image des villes de Berlin et Moscou à l'esthétique encore fort influencée par ce qu'il reste de la Guerre Froide. Le récit lui-même est baigné dedans, Bourne devant faire face à la première mission de sa carrière. Une mission où il a tué un couple dont le mari était politique. Vladimir Neski était contre la privatisation pétrôlière, entraînant sa mort commanditée par Treastone et un industriel russe Gretkov (Karel Roden). Les mêmes qui font relancer l'affaire en voulant liquider des cibles liées, dont Bourne. Pour notre ancien espion, l'objectif est double: tout d'abord se venger de ceux qui ont tué Marie, puis découvrir cette partie de sa vie qui lui manque. Marie était son seul rapport à l'humanité qui lui restait, une fois qu'elle n'est plus là, il n'a plus rien qui peut l'empêcher de redevenir l'armoire à glace qu'il était. Bourne n'est plus le tueur qu'il était autrefois, mais il est obligé de le redevenir pour survivre à ceux qui le traque.

LANDY

Pamela Landy, une femme de poigne envers et contre tous.

Pour concorder avec cela, il va voir la fille de Neski (Oksana Akinchina) pour s'excuser. Plus que le complot autour de lui qui se manifeste à Berlin comme à Moscou, son but est d'aller voir la petite pour lui dire que sa mère n'a pas tué son père, comme évoqué depuis tant d'années. Le Bourne d'autrefois ne l'aurait jamais fait, concordant avec l'humanité qu'il a retrouvé suite à son amnésie. Greengrass et Gilroy introduisent également le personnage de Pamela Landy (Joan Allen), agent de la CIA traquant elle-aussi Bourne involontairement (initialement elle était à Berlin pour un marché autour d'informations confidentielles) et constatant progressivement que sa hiérarchie lui ment ou n'est pas très fiable. Treadstone est peut être morte, son héritage est toujours là que ce soit ses dirigeants tirant toujours les ficelles (la preuve avec Ward Abbott, cherchant à tout prix à tuer Bourne pour maquiller ses fautes) ou ses tueurs toujours actifs au cas où. Le 11/09 est passé, mais la CIA est toujours dévoilée sous l'oeil du complot et des magouilles. Landy est un personnage intéressant car il est seul contre tous face à ses supérieurs cherchant à tout moment à appuyer sur le siège éjectable. Quant à Bourne, il est le coupable idéal: il a tué les Neski, il a déserté durant deux ans, certains y voient son grand retour, son nouveau coup d'éclat. Boucler la boucle. La fin de La mort dans la peau est énigmatique, montrant un Jason Bourne de retour aux USA, avec sa véritable identité en poche (David Webb). Il n'en faudra pas plus pour lancer un nouvel opus, fort du succès de La mort dans la peau (plus de 288 millions de dollars engrangés). 

poursuit mort

Même en France, le film dépasse le million d'entrées sur une période similaire à son aîné. Preuve que La mémoire dans la peau a gagné en réputation et que ce second volet a su pérénniser la franchise avec brio. Pourtant les choses se dégradent en coulisses. Il semblerait que Tony Gilroy soit trop gourmand au vue de sa production globale d'écriture. Si son cachet augmente, son script est tellement mauvais selon Matt Damon que les scénaristes Scott Z Burns et George Nolfi, qui étaient vraisemblablement déjà intervenu sur le précédent opus, sont appelés pour réécrire (*). Même si les deux films ont été produit séparément, La mort dans la peau et La vengeance dans la peau (The Bourne Ultimatum) sont liés dans leurs scénarios, le troisième opus se déroulant entre les deux scènes finales du second opus, avant de lui donner suite dans ses derniers instants. Certainement une première dans le genre, qui sera reprise de manière opportuniste dans le volet suivant. Le montage est d'ailleurs assez habile, permettant au spectateur de se retrouver, même si on lui demandera d'avoir vu les deux premiers films avant. La vengeance dans la peau s'impose également comme une véritable conclusion, le périple de Bourne pour retrouver sa mémoire touchant à sa fin. Nous connaissons désormais le nom exacte de Bourne, reste à savoir comment il est arrivé à devenir un tueur. 

Nicki

Nicky, un personnage gagnant en importance au fil de la trilogie.

Les flashbacks montrent qu'il a été volontaire pour la mission, mais l'examen tient à l'exécution d'un homme. Une vulgaire cible qu'il a tué par épuisement et non par réelle envie. D'autres ne résisteront pas autant. L'examen ne tient que sur la fatigue du candidat que l'on tortura autant que celui qu'il doit exécuter, que ce soit en l'empêchant de dormir ou en le passant sous l'eau. Des tortures que l'on retrouvera lors des années Bush Jr en Irak ou à Guantanamo. Les secrets de la mémoire de Bourne sont ici moins importants que ce qu'ils symbolisent. On pensait Abbott crapuleux, il a pourtant de beaux concurrents avec Noah Vosen (David Strathairn) et Ezra Kramer (Scott Glenn). Les secrets d'affaires liées à Bourne doivent être éradiqués? Un assassin se chargera de faire taire les sources. Que ce soit un agent de la CIA à l'origine du conditionnement de Bourne, comme d'un journaliste trop curieux. Landy va trop loin dans ses recherches? Elle sera surveillée tout particulièrement, quitte à foncer tête baissée dans un piège. Sur ces deux points, le script de La vengeance dans la peau sous-entend déjà ce que dénoncera Edward Snowden en 2013, à savoir la mise sous surveillance de civils ciblés par la CIA de manière abusive. Comme quoi, la réalité dépasse parfois la fiction de manière fracassante. 

Bourne gif

La vision de la CIA à propos de Bourne est désormais plus que claire: il sait désormais trop de choses et il faut l'éradiquer. D'où un final particulièrement halletant où Greengrass fait de New York un terrain de chat et de la souris avec cascades délirantes à la clé. Cascades folles que l'on retrouve également lors du passage à Tanger. Preuve en est ce suspense lors de la poursuite du tueur lancé aux trousses de Bourne et Nicky (Julia Stiles), valant un plongeon incroyable avant une baston violente dans les toilettes. Nicky est un personnage clé depuis le premier volet, servant d'abord d'intermédiaire basé à Paris, puis témoin donnant des renseignements à Bourne. Désormais, elle sera son acolyte (d'autant plus qu'elle est désormais la cible de la CIA au même titre que Bourne) et mieux encore, on apprend qu'ils étaient en couple autrefois, d'où un certain attachement envers lui. De même, Bourne la protégera tout le long, évitant à Nicky une mort certaine. Greengrass répète la scène entre Bourne et la fille Neski, avec cette fois-ci le frère de Marie (Daniel Brühl). La séquence est quasiment similaire, alignant les champs-contrechamps, le héros déjà assis laissant entrer son interlocuteur, mais une réplique a un double sens. Bourne dit qu'il a tué Marie. Le frère a certainement compris que Bourne ne l'a pas assassiné, sinon il ne serait pas venu le voir.

end

 

En revanche, cela sous-entend bien que si Bourne ne l'avait pas connu, elle serait encore vivante à l'heure actuelle. Des remords qui sont une fois de plus la preuve de l'humanité retrouvée de Bourne. De même, avec le final où il jettera les armes face à son adversaire avant un dernier coup de théâtre. Greengrass prend son temps pour le final, revenant au montage alterné. En même temps que nous voyons Bourne inconscient dans l'eau, les magouilles de la CIA finissent aux informations. Quand la chanson Extreme ways (Moby, 2002), ritournelle plus qu'efficace de la trilogie Bourne depuis le premier opus, se fait entendre, on sait que l'espoir est sauf. Il faudra toutefois attendre cette année pour revoir Matt Damon reprendre son rôle phare.

  • The Bourne Legacy (2012) : Un spin-off inutile

Jason Bourne : l'héritage : Affiche

La vengeance dans la peau est un succès fracassant, doublant les résultats de La mort dans la peau dans ses recettes totales (plus de 400 millions de dollars). Il n'est pas étonnant qu'un quatrième volet est annoncé par le studio. Mais plus les années passent, plus les négociations se déroulent mal, Matt Damon voulant à tout prix Paul Greengrass aux commandes. Le réalisateur part, Damon aussi, préférant se lancer dans Green Zone (2010). Un quatrième opus est toutefois toujours d'actualité pour devenir progressivement un spin-off. Aux commandes, Tony Gilroy le scénariste principal de la franchise. Au vue des déclarations de Damon, l'annonce du réalisateur n'est pas rassurante et cela se confirmera avec ce film. D'ailleurs le public ne s'y est pas trompé, boudant majoritairement ce quatrième opus officiel que tout le monde a probablement déjà oublié. D'autant plus que ce spin-off a coûté plus cher que La vengeance dans la peau (15 millions de plus, soit 125 millions au total) et a moins bien marché (plus de 276 millions, soit moins que La mort dans la peau), l'atout charme n'étant plus là. D'où le retour de Bourne cette année avec la poule aux oeufs revenant au bercail et l'enterrement définitif d'Aaron Cross. Soit Jeremy Renner l'acteur qui s'installe dans toutes les franchises sans réussir à s'y imposer. Souvenez vous à l'époque où l'on disait Tom Cruise foutu et que Paramount avait imposé Renner dans le quatrième Mission Impossible (Brad Bird, 2012) pour servir de possible nouveau leading-man. Jamais arrivé. Comme c'est à nouveau le cas ici.

Jason Bourne : l'héritage : photo Jeremy Renner

Pas que l'acteur soit réellement mauvais. Il fait le job, savate le plus de bonhommes à la vitesse de l'éclair, fait de la moto avec une balle dans l'épaule, combat un loup en cgi... Le problème vient plutôt du personnage. Il est totalement inintéressant, ne parvient jamais à passionner et en plus s'avère n'être qu'une armoire à glace sans consistance. On ne sait pas qui il est, ni comment il est venu à devenir un agent de la CIA et progressivement le spectateur se rend compte qu'il s'en fout. Or, le film dure quand même plus de deux heures et suivre un personnage dont le spectateur se désintéresse complètement peut s'avérer bien pénible. D'autant que cet opus ne semble avoir aucune identité. Il s'avère que The Bourne Legacy reprend le même principe que La vengeance dans la peau: se retrouver entre deux séquences de La mort dans la peau pour ensuite prendre sa propre route. Sauf que les événements de The Bourne Legacy sont quasiment identiques au film de Greengrass. Dans les deux cas, la CIA engage un bonhomme pour faire le ménage (Vosen dans le premier / Eric Bayer dans le second), piloté par un haut ponte dans une section parallèle (Scott Glenn autrefois / Stacy Keach désormais) et se retrouve face à un problème qui les dépasse. Cross donc, un des tueurs non-totalement conditionné et un des rares à n'avoir pas eu à prendre de cachets meurtriers. 

Ce point est probablement le seul d'intéressant dans ce film. Les médicaments sont donc bien une preuve du conditionnement des tueurs comme on pouvait le penser dans La mémoire dans la peau. On le voit par le personnage de Zelijko Ivanek qui tue tous ses collègues dans la société pharmaceutique qui fabrique ces médicaments. Le concepteur devenant trop gênant à cause d'une vidéo, la CIA ne prend pas de risque. Comme les tueurs sont des personnages pouvant poser problème pour la suite, alors on leur change leurs cachets pour les tuer discrètement. Dans un bus, sur un bateau, dans la rue. Personne n'y fera réellement attention et vu le nombre d'identités des bonhommes, cela restera anonyme. C'est bien tout pour ce film servant avant tout de véhicule à des scènes bourrines en tous genres, dont une poursuite à moto sur les trottoirs de Manille qui semble déjà vue et se finissant d'une manière ridicule (voir vidéo ci-dessus). Un final que vous regardez en boucle pour voir à quel point c'est mal fait (et donc horriblement drôle au vue du budget). Terminons cette cuvée en musique en vous disant à la semaine prochaine!


* Voir http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema-21452

08 août 2016

Respirer ! Respirer ! Respirer !

 

 

Pontypool

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 16 ans)
Année : 2008
Durée : 1h30

 

Synopsis : Pontypool, Ontario. Grant Mazzy, autrefois grande star de la radio nationale, se dirige, comme chaque matin à la station radio de la ville, situé dans le sous-sol de l'église. Il y rejoint Sydney et Laurel, les standardistes. Mais en plein milieu de la matinée, des émeutes font rages dans la région : un terrible virus vient d'être relâché. L'équipe n'a pas le choix : rester dans le sous-sol et informer les populations. 

 

La critique d'Alice In Oliver :

 

Le petit univers des zombies ou un genre moribond depuis trop longtemps maintenant. Certes, La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968) va sonner le toxin de macchabées en pleine insubordination contre notre société anomique. Par la suite, ce sont de nombreux zombies qui pullulent sur nos écrans. Romero réitère avec Zombie (1978) et Le Jour des Morts-Vivants (1985).
Peter Jackson parodie le petit monde des zombies avec Braindead (1992), une série B (voire Z) qui brille surtout par son extravagance. Toutefois, nos chers cadavres ambulants et claudicants peinent réellement à se renouveler. Il faudra attendre les sorties de Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004) et Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer, 2009) pour voir les zombies ameuter à nouveau les spectateurs dans les salles.

Hormis quelques notables exceptions, force est de constater que les morts-vivants ne parviennent plus vraiment à capter notre attention sur grand écran. Qu'à cela ne tienne. Avec Pontypool, sorti discrètement en 2008, le réalisateur canadien, Bruce McDonald, a bien l'intention d'inverser cette tendance. Certes, le cinéaste s'est essentiellement spécialisé dans les séries télévisées.
On lui doit néanmoins quelques longs-métrages méconnus du grand public, notamment Hard Core Logo (1996), Picture Claire (2001) ou encore The Tracey Fragments (2007). En l'occurrence, Pontypool semble provenir de nulle part. A priori, le long-métrage s'apparente à une modeste série B qui doit composer avec un budget impécunieux. Rien ne semble prédestiner Pontypool à marquer durablement les esprits.

960

Et pourtant... Avec ce film (à priori) sans envergure, Bruce McDonald parvient à ressusciter les zombies d'outre-tombe. Oui, vous avez bien lu. Pontypool s'impose bel et bien comme l'une des nouvelles références en matière de macchabées à l'allure méphitique. Si le long-métrage reste, encore aujourd'hui, largement méconnu du grand public et même des amateurs de zombies ; il a, à l'inverse, recueilli des critiques unanimement panégyriques. 
Au niveau de la distribution, pas grand-chose à signaler si ce n'est la présence de Stephen McHattie, un acteur canadien qui peut s'appuyer sur une filmographie dense et exhaustive. Viennent également s'ajouter Lisa Houle, Georgina Reilly, Harant Alianak et Rick Roberts. Indiscutablement, la grande force de Pontypool repose sur son scénario perspicace.

Attention, SPOILERS ! Pontypool, Ontario. Grant Mazzy, autrefois grande star de la radio nationale, se dirige, comme chaque matin à la station radio de la ville, situé dans le sous-sol de l'église. Il y rejoint Sydney et Laurel, les standardistes. Mais en plein milieu de la matinée, des émeutes font rages dans la région : un terrible virus vient d'être relâché. L'équipe n'a pas le choix : rester dans le sous-sol et informer les populations. Le scénario de Pontypool s'inspire largement d'une émission à la radio présentée par Orson Welles. Goguenard, le futur génie et réalisateur de Citizen Kane (1946) et de La Soif du Mal (1958) sème un vent de panique dans la population américaine. 
Mutin, Orson Welles reprend la trame scénaristique du roman La Guerre des Mondes (H.G. Wells), avec des soucoupes volantes extraterrestres qui exterminent la population.

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Ce qui devait être une blague se transmute rapidement en émeutes dans plusieurs communautés américaines. Ce petit incident interroge néanmoins le jeune homme et les médias de l'époque sur la diffusion de l'information. Une thématique qui va devenir le socle et le substrat de Pontypool. Pour ceux et celles qui attendent un film de zombies avec de grosses effusions sanguinaires, du gore et des morts-vivants qui fourmillent à l'écran, merci de quitter leur siège et d'aller faire un petit tour.
Avant tout, Pontypool s'apparente à un thriller horrifique et à un huis clos anxiogène. Pour le spectateur aguerri, il faudra se contenter d'un simple studio de radio pour seul fond de décor. Seuls trois personnages relatent des faits et des témoignages qui semblent provenir de nulle part... ou presque !

En effet, la petite ville de Pontypool est sujette à une attaque d'un nouveau type. Malicieux, Bruce McDonald s'ébaudit de cette situation rocambolesque et dissémine volontairement quelques informations élusives. Dès lors, ces mêmes informations sont relatées au conditionnel. En effet, il semblerait que des émeutes aient éclaté dans Pontypool, semant le chaos et le désordre dans la communauté. 
Des êtres humains se seraient soudainement transformés en fous furieux hystériques et cannibalisant leurs victimes ! Pis, un virus serait à l'origine de cette nouvelle forme de contamination. Mais ce virus ne se transmettrait pas par une simple morsure ou par aéorportée... Fin de l'utilisation du conditionnel... La contamination est pour le moins orginale et semble provenir de notre propre débit langagier, le virus se nourrissant de nos propres failles et de notre propre psyché. 

pontypool2

Dès lors, la tension et la paranoïa montent crescendo. Autrement dit, le virus s'immisce dans nos moyens de communication et plus largement dans cette fonction primitive de l'être humain, à savoir sa capacité à entendre et à comprendre les mots qui lui sont assénés. Bruce McDonald complexifie volontairement son récit et parvient à transcender un sujet pourtant difficile. 
Par exemple, comment lutter contre cette nouvelle forme de contamination ? "Respirer ! Respirer ! Respirer !" suffoque l'une des présentatrices de la radio. A travers cette histoire de paranoïa et de claustrophobie ambiantes, le cinéaste soulève la question de l'information, de la transmission (TV, radio et internet) et de propos éventuellement mensongers pour mieux apeurer un public assouvi au monde des médias et de la télévision. L'air de rien, Pontypool se montre beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît et nécessite plusieurs niveaux de lecture et d'analyse. 
Si certains esprits chagrins pourront éventuellement pester et tonner contre un long-métrage parfois un peu trop volubile, les autres trouveront sûrement, dans Pontypool, la nouvelle égérie du cinéma "zombiesque" et d'épouvante.


06 août 2016

Cuvée fantomatique

Alors que votre cher Borat a pris des vacances bien méritées, revoilà la Cave de Borat toujours plus garnie pour votre plus grand plaisir! En cause, quelque chose d'étrange dans le voisinage. Et qui c'est qu'on appelle? Borat évidemment! Vous l'aurez bien compris nous allons parler de Ghostbusters. A l'heure où le reboot / remake / sequel de Paul Feig s'apprête à sortir sur les écrans français, il était temps de revenir sur cette saga dépassant le simple cadre des deux films. Ghostbusters est revenu sur le devant de la scène depuis 1989 et cette cuvée sera aussi l'occasion d'en parler. Alors êtes-vous prêts à croiser les effluves? Go! (attention spoilers) Dans un premier temps, posons le contexte. Dans les années 70, Ivan Reitman est un réalisateur canadien essayant de percer aux USA. Il fait rapidement la connaissance de Dan Aykroyd et Bill Murray, deux comiques incontournables du Saturday Night Live, ce show déjà fort influent crée par Lorne Michaels. Si Aykroyd se lance rapidement dans le cinéma avec son comparse John Belushi, c'est moins le cas de Murray. Si l'acteur commence à tourner des films dès 1976, il faudra attendre Meatballs aka Arrête de ramer t'es sur le sable que réalise Reitman en 1979. Si leurs rapports n'ont pas été au beau fixe au départ (Murray a envoyé sur les roses le réalisateur lui faisant une remarque sur une vanne), une confiance s'est installée par ce film.

tournage ghostbusters

L'équipe de choc au repos.

A ce duo se rajoute Harold Ramis, scénariste du film que Reitman avait rencontré sur Animal House (John Landis, 1978) en tant que producteur. Le trio se reformera à l'occasion de Stripes (1981) où Murray et Ramis se retrouvaient en bidasses. Au même moment, Aykroyd est en train d'écrire un script sur des chasseurs de fantômes voyageant dans le temps. Il contacte Reitman qui passe un marché avec Columbia Pictures assez rapidement avec une enveloppe de 30 millions de dollars de budget. Toutefois, le scénario devra être remanier, se déroulant dorénavant de nos jours à New York. Désormais associé au projet, Ramis s'occupe des réécritures avec Aykroyd. A cette époque, l'acteur devait jouer aux côté de Belushi avec qui il faisait un duo monumental (notamment dans Les Blues Brothers). Malheureusement, l'acteur succombe à une overdose le 5 mars 1982, manquant de faire entrer Ghostbusters dans les bas-fonds du development hell. Il n'en sera rien, le projet renaissant de ses cendres tel le phénix. Tout s'accélère: John Candy laisse sa place à Rick Moranis dans le rôle de Louis Tully; Bill Murray remplace Belushi; idem pour Eddie Murphy (parti sur Le flic de Beverly Hills) et Ramis se rajoute à la distribution. Sans compter Sigourney Weaver popularisée grâce à Alien (Ridley Scott, 1979) en premier rôle féminin et l'indispensable Annie Potts dans le rôle de Janine, la précieuse secrétaire de notre équipe de choc. Le tournage est d'autant plus délirant que Reitman et son équipe n'ont aucune autorisation pour tourner, parfois tard le soir et les acteurs (Murray en tête) accumulent les improvisations.

bibliothècaire

Soit le propre de toute comédie en fin de compte. Au même titre que le film s'est monté rapidement, il est un succès fracassant à l'été 1984. Au total ce seront près de 300 millions de dollars qu'amassera le film. A cela se rajoute une campagne marketing du tonnerre, allant du SOS Fantômes téléphonique (y compris en France) au tube de Ray Parker Jr déferlant sur les ondes des radios. L'air de rien Ghostbusters, plus connu dans nos contrées sous le titre de SOS Fantômes, n'a pas tant vieilli que ça. Certes, certains effets-spéciaux ont évidemment pris un bon coup dans la figure (mais moins que certains du second film bizarrement) mais c'est le jeu des années qui veut ça. Rappelons tout de même que le film a trente-deux ans au compteur. D'autant qu'il n'a pas de réel contexte historique et a ainsi moins de problème de recontextualisation que certains films de son époque (la différence avec un Rocky IV par exemple). C'est peut être aussi pour cela qu'un reboot ou un remake n'est finalement pas si étonnant, tant les films originaux sont intemporels et finalement de qualité. Mais surtout ce qui marche tout de suite dans Ghostbusters est son casting et notamment ses quatre pilotes (oui quatre comme l'affiche originale l'avait oublié). Tous dans des rôles différents, à la limite du cliché mais automatiquement attachants: le sarcastique et beau parleur Peter Venkman (Murray), l'enthousiaste Ray Stantz (Aykroyd), le scientifique convaincu Egon Spengler (Ramis) et le mec qui se demande ce qu'il fout là Winston Zeddemore (Hudson). 

coquin 

Ray a encore rêvé d'elle, si fort que les draps s'en souviennent...

Dès lors, leurs aventures n'en deviennent que plus plaisantes, fortes de l'éclectisme des personnages. Évidemment, Venkman ressort du lot à cause de Bill Murray, à lui tout seul un festival alignant les punchlines ("on est venu, on l'a eu, il l'a eu dans le cul!") et les gags (on retient son introduction et le passage merveilleux où Slimer lui passe dessus si on peut le dire ainsi). Ray permet par contre deux des meilleures scènes du film. La première étant son rêve gourmand et croquant, valant un bon fou-rire. Puis il y a l'inimitable scène du bibendum chamalow, valant un climax improbable avant le grand final. Un effet visuel remarquable entre cascadeur dans le costume, stop motion, maquettes explosées et foule incrustée grâce à un habile mélange de slow motion. Encore aujourd'hui un véritable tour de force. Là où Reitman, Aykroyd et Ramis réussissent leur coup aussi c'est par le mélange parfait de comédie et fantastique. Reitman sépare les deux genres suffisamment bien pour que la comédie n'empiéte pas sur le fantastique et vice versa, formant un ensemble cohérent et fun. Quand le film est comique, il est jouissif, quand il passe au fantastique il respecte les codes du genre sans jouer de la parodie. L'introduction joue d'abord du côté malicieux du fantôme jusqu'à ce que cela devienne inquiétant. Idem pour le passage où Dana (Weaver) est aspirée par Gozer dans le placard ou l'attaque de Louis du point de vue indifférent de petits bourgeois dans un restaurant!

bibendum

Le script s'attache aussi à dézinguer la bureaucratie avec le personnage savoureux de William Atherton, déjà habitué aux rôles de casse-pieds (il jouera le journaliste cogné par Bonnie Bedelia dans Die Hard). Un responsable écologiste s'en prenant à l'agence, car tout cela n'est pas très bon pour la nature de conserver des fantômes dans un espace surchauffé, au point de balancer des ectoplasmes dans toute la ville. Le type de personnage que l'on adore détester. On s'amusera également de la représentation du maire (David Margulies), parfait profiteur dès qu'il s'agit d'aller chercher des voix pour les futures élections! Au vue du succès du film, on aurait pu penser qu'une suite serait produite rapidement. Columbia insistant, Ghostbusters 2 finira par devenir une réalité en 1989. Si possible avec toute l'équipe pour rempiler, y compris le célèbre Slimer dit Bouffe-tout dans nos contrées, masquotte improbable et involontaire de la franchise. Le film marche moins bien que le premier opus sur le cumul (215 millions de dollars pour un budget estimé à 37 millions) et marque moins les esprits par la même occasion. En cause, peut être la trop grande attente, là où les suites sortent en général deux-trois ans après l'original histoire de rester dans la mémoire des spectateurs. C'est d'ailleurs le point de départ du film. Peter, Ray, Egon et Winston auraient pu être des chasseurs de fantômes actifs et accumulant les affaires. Il n'en est rien, SOS Fantômes n'est plus ou si peu.

slim

Des has been réduits à faire les cons devant des gosses désintéressés. Au point que certains ont quitté le navire, Egon découvrant les joies de la vie en laboratoire, Venkman celui des plateaux de télévision. Reitman, Aykroyd et Ramis ont finalement bien joué leur coup, s'amusant de l'attente trop longue pour se payer le monde du show business. Les héros n'ont pas tenu face au triomphe de leurs exploits, retombant dans l'anonymat ou perdant ce qui faisait leur charme. C'est certainement la partie la plus intéressante du film, car finalement la plus critique: les Ghostbusters ne sont pas faits pour exister longtemps, juste un peu pour marquer leur temps. C'est ce qui s'est passé en 1984, un peu moins en 1989. Par ce commentaire, Ghostbusters 2 évoque que la franchise n'est pas vouée à perdurer, tout du moins pas sous sa forme initiale (ce qui se confirmera par la suite). Evidemment, nos héros vont se réunir sous l'impulsion évidente de Dana et son petit menacé par Vigo, un démon coincé dans une peinture et cherchant à se réincarner (Wilhelm von Homburg). Le méchant paraît moins important que Gozer dans le premier film, pas aidé par un sidekick avec un accent à coucher dehors (Peter MacNicol). Moins impressionnant aussi. A vrai dire, Ghostbusters 2 joue davantage la carte de l'humour que son prédecesseur pour amener au fantastique. L'ensemble est moins distinct. L'occasion de séquences spectaculaires, nécessitant des cgi peut être plus perfectionnées que sur le premier. 

statue

Preuve en est le passage où le juge finit par libérer malencontreusement des prisonniers condamnés par ses propres soins à la chaise électrique, valant tout un lot d'effets-spéciaux numériques. Sans compter le pauvre Winston s'offrant une superbe frayeur en prenant un train fantôme en pleine figure. Néanmoins le climax avec la Statue de la liberté a pris sérieusement dans la tronche, surtout que l'utilité de la Statue est finalement minime. Reste un moment loufoque dans l'esprit de la franchise. On s'amusera tout de même un peu plus de l'arrivée tant attendue d'un célèbre paquebot parti en 1912 ! Pendant des années, les fans espéraient un nouvel SOS Fantômes. A l'époque, on ne parle pas encore de reboot (ni même du mot lui-même), mais de séquelle tardive. En attendant, l'équipe se disperse. Reitman devient le ressort comique de Schwarzy par trois fois. Ramis offre à Bill Murray un de ses meilleurs rôles dans Un jour sans fin (1993), avant que ce dernier ne devienne une icône du cinéma indépendant aussi bien chez Sofia Coppola que Wes Anderson. Aykroyd reprend son rôle pour une apparition mémorable dans Casper (Brad Silberling, 1995) avant d'accumuler les second-rôles. Ernie Hudson est de la malheureuse aventure The Crow (Alex Proyas, 1994), avant de devenir le directeur de la prison dans la série Oz (1997-2003). Sigourney Weaver continue la saga Alien par deux fois, avant de partir vers les étoiles avec James Cameron (Avatar, 2009). Rick Moranis devient une star Disney dans Chérie j'ai rétrécie les gosses et ses suites (Johnston, Kleiser, Cundey, 1989-1997), avant de se retirer progressivement suite à la mort de sa femme et d'une certaine lassitude. 

Un logo d'un possible Ghostbusters 3 revient même assez souvent au début de la toile, Dan Aykroyd évoque qu'il y travaille durant les 2000's. Bill Murray en reparle aussi régulièrement, mais à la négative, se payant à chaque fois les différentes moutures du scénario. Si bien qu'on évoque parfois qu'il reviendrait sous forme de fantôme. Une rumeur évoque également l'idée de jeunes recrues formées par Ray et sa bande. Eliza Dushku est ainsi souvent évoquée au casting. Mais tout cela prend subitement fin quand Harold Ramis nous quitte le 24 février 2014. Les fans pleurent et le bouton "reboot" est définitivement actionné par Sony, avec une équipe féminine attirant le courroux des misogynes. Pendant ce temps de gestation spectaculaire, Ghostbusters survit que ce soit en comics (certains sont disponibles en France depuis quelques temps), en séries télévisées ou jeux-vidéo. La première série animée est celle qui revient le plus en tête chez les fans. Diffusée entre 1986 et 1991 sur ABC, The Real Ghostbusters fut lancée par Ramis et JM Straczynski, futur créateur de la série Babylon 5 (1993-98). 140 épisodes mettant en scène nos héros respectifs. Si votre cher Borat n'a pas vu cette série, il a en revanche bien connu la suivante. Si elle ne survit pas longtemps (quarante épisodes diffusés entre septembre et décembre 1997), elle sera très régulièrement rediffusée dans nos contrées, à une époque où les chaînes hertziennes diffusaient encore des séries animées.

La série mettait en scène un New York ayant perdu toute activité paranormale et les Ghostbusters un vestige du passé. On suivait alors Egon reprenant du service suite aux retours des ectoplasmes, avec une nouvelle bande de chasseurs issus de l'université où il enseigne. La bande était assez éclectique allant de l'handicapé en chaise roulante à la jeune femme, en passant par le grand dadet et l'afro-américain. Même au niveau des looks, la série allait avec la mouvance de l'époque (comme une envie de grunge). Sans compter un générique rock'n rollesque reprenant le titre de Ray Parker Jr. En fin de compte, on retient davantage les personnages que les fantômes et c'est ce qui fait aussi le charme de ces Extreme Ghostbusters. Si le projet d'une séquelle a pâtiné durant plus de dix ans, le jeu-vidéo réalisé par Atari en 2009 a eu son petit succès. Scénarisé par Aykroyd et Ramis, il se dévoile finalement comme le troisième opus que nous ne verrons jamais. On y incarne un cinquième Ghostbusters auprès de ceux que nous connaissons (qui n'a pas de nom pour que le joueur se familiarise avec le personnage qu'il incarne) et l'action se déroule en 1991, faisant donc bien suite au précédent film. Pour le coup, les acteurs originaux ont tous repris leurs rôles (oui même Bill Murray), au contraire de la VF où Bernard Murrat n'a pas repris la voix de Venkman, laissant les dialogues sous-titrés. Le personnage de Dana comme de Louis ne sont néanmoins pas présent, permettant ainsi d'installer un nouveau personnage féminin doublé par Alyssa Milano.  

Inutile de dire que l'ami Venkman est fidèle à lui-même en bon tombeur de ces dames qu'il est. L'aventure fait moult clins d'oeil à la franchise, puisque plusieurs passages utilisent des fantômes connus, tels la dame de la bibliothèque, le bibendum ou même Gozer au centre du scénario. En effet suite à une exposition lui étant consacrée, des fantômes et notamment les anciens dirigeants du museum d'histoires naturelles font rage dans différents lieux. L'histoire est plutôt sympathique, parfaitement ancrée dans l'univers que l'on connaît. Pas plus mal quand on sait que les adaptations de franchises en mode vidéoludique sont souvent catastrophiques. D'autant que le jeu a une longue durée de vie et les phases d'action sont de qualité. Le climax permet même à Aykroyd d'exorciser certaines idées de son scénario original. En effet, les derniers instants prennent place sur une île isolée, avant de laisser place à une dimension parallèle! Une idée géniale plutôt bien exploitée où le rookie devra se dépatouiller entre plateformes et fantômes. Comme quoi, si la saga Ghostbusters n'a pas duré longtemps au cinéma, ses créateurs l'ont suffisamment bien pérénnisé sur d'autres supports pour qu'elle survive. Pour finir, quittons nous sur un air bien connu. Allez à la semaine prochaine!

03 août 2016

DC Comics sort de l'ombre

A l'image du dossier sur le Marvel Cinematic Universe, voici enfin son équivalent du point de vue de DC Comics. Il ne s'agira pas de revenir sur tous les films produits par Warner et DC Comics depuis 1978, mais d'évoquer les prémices de ce qui deviendra le DC Verse. Soit revenir au début des années 2000 avec son lot de projets avortés, de mauvaises passes et parfois des meilleures. A l'heure actuelle, nous ne parlerons pas Batman v Superman Dawn Of Justice (Zack Snyder, 2016). Ce dossier étant modifiable avec le temps, cela finira par arriver. Partons pour le DC Verse!

  • La genèse en dents de scie du DC Verse

Au début des années 2000, Warner Bros et DC Comics subissent de plein fouet l'échec que fut Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997). Pas forcément le raté commercial que beaucoup évoquent (228 millions de $ de recettes totales pour un budget de 125, ce n'est pas un bide), mais loin des attentes du studio et dézingué par la critique et le public. La même année, le studio fait appel au producteur Jon Peters (Batman) pour relancer Superman avec Kevin Smith au scénario, Tim Burton à la réalisation et Nicolas Cage en homme d'acier. Le projet avortera pour diverses raisons, notamment le désamour du studio pour le projet (voir Cuvée jamais faites). Pendant ce temps, la Chauve-souris essaye de revenir par divers projets. On parle de Darren Aronofsky pour une adaptation bien violente de Batman Year One (Frank Miller, David Mazzucchelli, 1987), puis de Clint Eastwood pour une autre autour de The Dark Knight Returns (Miller, 1986), puis de la série animée Batman Beyond (1999-2001). La Warner trouve une sorte de compromis: réunir ses deux héros à succès dans un même film. Wolfgang Petersen (L'histoire sans fin) a alors la lourde tâche de réunir ces personnages dans Batman VS Superman aux alentours de 2001-2002. Le script est signé par Andrew Kevin Walker (scénariste de Seven de David Fincher) avant d'être retouché par Akiva Goldsman auquel la Warner n'était vraisemblablement pas rancunière (responsable des Batman de Schumacher).

Batman vs superman

Batman VS Superman immortalisé par son scénariste.

Dans ce projet, Bruce Wayne voyait sa femme mourir d'empoisonnement à cause du Joker. Wayne et Clark Kent devaient s'affronter pour une question d'éthique du héros, de ce qu'il doit faire ou non avant de s'occuper du Joker et de Lex Luthor (*). La Warner décide finalement de faire des reboots individuels (Batman Begins de Christopher Nolan et Superman Returns de Bryan Singer, après un nouveau projet avorté signé JJ Abrams), confiant Troie à Wolfgang Petersen (2004). Le projet sera immortalisé par Akiva Goldsman dans Je suis une légende (Francis Lawrence, 2007) le temps d'une private joke visuelle. La Warner cherche également à féminiser un peu sa ligne super-héroïque. Projet datant déjà de l'ère Tim Burton et ayant changer régulièrement d'actrice-titre (Michelle Pfeiffer, Ashley Judd et enfin Halle Berry), Catwoman finit par voir le jour sous la direction de Pitof en 2004. Le français en parlait encore l'an dernier à Vice (**): "Quand je suis arrivé sur le film, les mecs étaient complètement à la ramasse et le scénario était bancal. Il ne savait pas comment vendre le personnage. Catwoman, c'est simple: soit t'en fais une Fantômette pour les petites filles, soit une salope pour les plus grands. Il n'y a pas d'entre-deux. Durant le tournage je n'avais aucun pouvoir sur rien. (...) tu ne peux prendre aucune décision à cause des mecs au-dessus. (...) à la fin du montage, le film ne ressemblait à rien. On est donc repartis sur douze jours de retake à un mois et demi de la sortie du film."

Catwoman : Photo

Catwoman, un film qui reste encore au travers de la gorge.

Catwoman est encore aujourd'hui un film qui fait horriblement mal au ventre. Particulièrement laid (même si Vidocq se révèle encore pire), souvent vulgaire dans sa manière de filmer son héroïne (voir citation), joué avec les pieds, bourré d'effets-spéciaux pour à peu près tout et n'importe quoi, aussi raccord aux comics que son scénario est vide... Le film ne réussit même pas à être rentable en accumulant péniblement 82 millions de $ de recettes mondiales pour 100 millions de budget. En comparaison, Elektra de Rob Bowman, sortit quelques mois après, a eu plus de rentabilité, bien aidé par un budget beaucoup plus faible (56 millions de recettes pour 43 de budget). Un coup dur empêchant DC Comics d'aller plus loin que Batman et Superman (ils avaient déjà essuyé un revers identique avec Supergirl de Jeannot Szwarc en 1984). Le projet Wonder Woman n'est pas mieux loti durant les années 2000. Produit par Joel Silver et devant initialement mettre en scène Sandra Bullock en Amazone (il était déjà question qu'elle soit Lois Lane dans Superman Lives), le film accumule les scénaristes (Joe Cohen, Todd Alcott et Philip Levens) jusqu'à ce qu'arrive Joss Whedon en 2005. Le futur réalisateur d'Avengers tiendra jusqu'en 2007 au bout de sa seconde proposition de script, son approche ne plaisant à personne.

Wonder Woman

Wonder Woman, une héroïne qui a attendu 75 ans avant d'atteindre le grand écran.

Whedon en parlait ainsi en 2011 à Rookie Magazine: "[Wonder Woman] voyage dans le monde entier, elle est très forte et très naïve en ce qui concerne les gens et le fait qu’elle soit une déesse lui rendait très difficile la compréhension du monde extérieur, comme les guerres, la famine, les souffrances... Sa relation avec Steve [Trevor] lui permet de voir ce que ça fait d’agir en humaine, ce que ça fait d’être plus faible, quand vous avez toutes ces forces qui vous contrôlent et que vous en pouvez rien y faire. C’était cette dualité qui était le concept central du film. Lui qui lui apprend à gérer son humanité et elle qui lui dit ’Ok, c’est bien mais on peut faire mieux encore" Pendant ce temps, Batman retrouve ses lettres de noblesse avec une approche plus réaliste. Batman Begins (2005) imprègne son héros dans une ambiance post-11/09 cauchemardesque, qui prendra d'autant plus de sens dans The Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012). Dès lors, Batman ne sera plus un freak, mais un vigilante sauvant sa ville dans l'obscurité. Le tout dans un univers qui s'effondre grâce à des anarchistes et psychopathes. A contrario, Superman Returns (2006) se plante à force de trop jouer sur la nostalgie (il s'agit d'une séquelle de Superman 2 de Richard Donner et Richard Lester). Le film a beau être sincère dans sa démarche (jusqu'à reprendre le thème de John Williams et le générique du film de Donner), il n'en reste pas moins hors du temps.

The dark knight

Superman passe difficilement le cap des années 2000, n'apparaissant pas comme moderne en comparaison de Batou chez Nolan. Même s'il rentre dans ses frais, le film n'enthousiasme pas grand monde y compris la Warner, qui laisse tomber sa suite devant mettre en scène Doomsday, toujours sous la direction de Singer. On notera également  Constantine (Lawrence, 2005), film pas forcément génial mais qui a le mérite de sortir du lot. Même si le ton crade du comic-book Hellblazer n'est pas forcément au rendez-vous, le film a le mérite de s'aventurer dans le pur fantastique et d'être un minimum divertissant. Le projet de réunir différents héros de DC Comics n'est pas abandonné et c'est ainsi qu'aux alentours de 2006 est annoncé le projet Justice League Mortal. Christian 'Batman' Bale ne souhaite pas y être associé, tout comme Brandon Routh encore officiellement Superman. DJ Cotrona (GI Joe 2) et Armie Hammer (The Lone Ranger) sont alors engagés pour incarné l'Homme d'acier et le Cape Crusader dans un univers parallèle. Il n'y avait donc pas de problèmes d'acteurs comme on pouvait le lire parfois à l'époque. Le reste du casting aurait dû être formé par Jay Baruchel (Maxwell Lord, businessman télépathe), Hugh Keays Byrne (le Martian Manhunter), Santiago Cabrera (Aquaman), Adam Brody (Flash), Common (Green Lantern), Megan Gale (Wonder Woman) et Teresa Palmer (Talia al Guhl). A la réalisation, on retrouvait George Miller, bien aidé par le succès d'Happy feet (2006). Un grand amateur de galères de tournage (Les sorcières d'Eastwick, les deux derniers Mad Max) comme de projets maudits (Contact finalement laissé à Robert Zemeckis) et surtout un des réalisateurs australiens les plus influents de notre époque.

Justice League Miller (concept-art Aquaman)

 Concept-art d'Aquaman pour Justice League Mortal.

Justice League Mortal (storyboard) (1) 

Storyboard de Justice League Mortal.

Le film devait se baser notamment sur La tour de Babel (Mark Waid, Howard Porter, 2000). Lord et Al Ghul piratent Brother Eye, le satellite de surveillance de Batman et si possible des éléments permettant à Batman de battre ses amis de la Justice League s'il y a problème. Comme le suggère le storyboard ci-dessus, Superman aurait dû affronter Wonder Woman dans un combat titanesque. Tout est stoppé par la grève des scénaristes de 2007. La Warner patiente un peu, mais laisse vite tomber quand le crédit australien est annulé. Le projet est annulé au printemps 2008 et Miller reviendra aux aventures de Max Rockatansky avec le succès que nous connaissons. Alors que Warner et DC auraient dû être les premiers sur la réunion des super-héros d'une même écurie, ils annulent leur projet alors qu'Avengers (Joss Whedon, 2012) vient juste d'être annoncé! On ne pouvait pas aussi bien rater le coche. Alors la Warner tatonne et se retrouve à lancer une adaptation de Green Lantern avec un tâcheron aux commandes. Martin Campbell a beau avoir relancer avec brio la franchise 007 par deux fois (GoldenEye en 1995 et Casino Royale en 2006), il n'est pas un grand réalisateur dès qu'il en sort. La preuve avec ce film (2011), où le pauvre Ryan Reynolds se demande ce qu'il fait là entre deux mauvais effets-spéciaux. Pas étonnant qu'il s'en moquera le temps d'une réplique dans Deadpool (Tim Miller, 2016). Les moyens ont beau être là (200 millions de $ tout de même), le film n'a pas les effets-spéciaux que nécessite un space-opera de cette envergure, à l'image du costume de Reynolds entièrement en cgi y compris son petit masque.

Green Lantern : Photo Blake Lively, Ryan Reynolds

Une origin story qui ne convainc jamais, avec des touches d'humour particulièrement pauvres, comme pour contredire les films de Nolan encore en production. Les scénaristes osent même la scène post-générique annonçant Sinestro comme possible méchant pour une suite. Manque de bol, non seulement le contexte est incompréhensible (il aurait peut être fallu montrer le côté obscur de Sinestro bien avant), mais la suite ne verra pas le jour suite à l'échec commercial du film. Warner et DC voulaient se lancer dans un multivers, ils n'auraient pas pu s'y prendre plus mal. Le DC Verse devra attendre et ce n'est pas le fiasco Jonah Hex (Jimmy Hayward, 2010) qui aidera. Pas que le pistolero à la balafre évidente soit connecté à l'univers, mais l'envie de DC d'aller voir ailleurs se plante une nouvelle fois. Script de Neveldine / Taylor (Hyper tension) remanié inlassablement, reshoots, acteurs dont le temps de présence diminue de plus en plus (Megan Fox doit avoir moins de vingt minutes de présence, montre en main), montage final durant moins d'1h20, effets-spéciaux improbables, histoire qui va trop vite quand elle ne s'attarde pas sur des banalités... Seul Josh Brolin semble croire en ce four aussi bien artistique que commercial. Le film ne sortira même pas en salles en France et aura droit à une version québécoise sur les DVD et BR. Quand Christopher Nolan décide de sponsoriser Zack Snyder, autre réalisateur pour Vertigo / DC Comics (300 et Watchmen), la délivrance commence à arriver.

  • Man of steel: le héros qui sauva le DC Verse

Man of steel (bannière)

Suite au succès des Batman de Christopher Nolan, la Warner commence à croire en un retour de Superman sur grand écran avec un traitement plus sombre. Le studio convit Nolan à la réalisation, qu'il décline préférant rester à la production. Il installe néanmoins son frère Jonathan et David S Goyer, déjà à l'origine de sa trilogie, aux postes de scénaristes. Le choix du réalisateur 
ne plaît pas à tout le monde, Zack Snyder ayant le mérite d'attirer autant les louanges que les foudres. Cette fois-ci, l'adaptation sera plus libre que celle de Watchmen (2009), restant très proche du graphic-novel d'Alan Moore et Dave Gibbons (1986-87). Contre toute attente, Man of steel (2013) apparaît rapidement comme le premier film faisant partie de ce qui va devenir le DC Verse. Comme le Marvel Cinematic Universe, tous les films Warner / DC à venir évolueront dans un même univers. DC Comics se veut néanmoins catégorique sur un point: contrairement à Marvel, les séries qu'ils produisent ne font pas parties de ce même univers. Au diable, Arrow, Flash, Supergirl et autres Legends of tomorrow. Une manière de rester cohérent et de voir où sont les priorités. (Attention spoilers) Comme le film de Richard Donner, le film commence sur Krypton mais ici rien du blanc immaculé servant de décors, ni de Marlon Brando avec une perruque impayable. Nous sommes face à un univers proche de la fantasy, avec créatures volantes et d'autres qui ruminent (des plans entièrement composés de CGI, mais bien faits). 

Man of steel

 Lara Lor-Van contemplant la destruction de son monde.

On peut aussi observer que les costumes comme certains décors ont un aspect rappelant le travail de feu HR Giger, notamment la reine arachnide de Captain EO (Francis Ford Coppola, 1986). Une représentation qui n'est pas sans rappeler aussi certains costumes conçus pour Superman Lives. Snyder nous dévoile un monde qui court à sa propre perte, entre une planète en pleine autodestruction et des militaires essayant de prendre le pouvoir. Les premières minutes du film montrent principalement un père (Russell Crowe) essayant de sauver son fils d'un monde où il n'y a aucun avenir. La dernière image que Jor-El verra n'est pas son adversaire le tuant (Michael Shannon correct, mais moins convaincant que Terence Stamp), mais son fils partant pour la Terre. De même pour ce magnifique plan large montrant Lara Lor-Van (Ayelet Zurer) contemplant Krypton en pleine destruction. On dit souvent que Snyder n'est qu'un bourrin, filmant ses héros baraqués au ralenti ou léger accéléré. On oublie pourtant qu'il est parfois capable de susciter l'émotion. C'était le cas dans Sucker Punch (2011) avec ses jeunes filles abusées, c'est encore le cas ici. On regrettera peut être dans cette introduction (et durant tout le film) une tendance à l'arrêt sur image, avec des zooms successifs sur un point particulier. On préférait davantage un plan large que ce genre de zooms qui tiennent trop le spectateur par la main. L'introduction de Kal-El (Henry Cavill) peut paraître étonnante au premier abord, Snyder préférant le montrer comme un monsieur-tout-le-monde au lieu de montrer ses origines frontalement (elles apparaissent néanmoins en flashbacks).

Man of Steel : Photo Dylan Sprayberry, Kevin Costner

Néanmoins, le réalisateur s'amuse avec des raccords regards, un bus qui passe rappelant un accident, la tombe de Jonathan Kent (Kevin Costner que l'on n'avait pas vu aussi touchant depuis très longtemps) amenant à montrer sa mort tragique. Kal-El devient un personnage aux capacités folles, pouvant aussi bien sauver des gens que de les avoir contre lui (le passage du camionneur). Kal-El est avant tout un freak, terme qui apparaît pour la première fois pour qualifier Superman au cinéma. Le monde n'est pas prêt à voir un héros avec de tels pouvoirs (thème encore présent dans Batman V Superman), comme le lui dit son père adoptif. Kal-El apparaît comme un personnage rejeté, qui fait peur (les militaires l'accueillent armes au poing) et devant contenir ses pouvoirs. La scène où son père lui suggère qu'il aurait mieux fait de ne pas sauver ses camarades lors du crash du bus en est la preuve. Cela permet aussi de donner plus de dramaturgie au personnage, cantonné autrefois au héros débarquant pile poil au bon moment avec un sourire colgate. Au contraire de Batman qui se cache derrière un masque de chauve-souris, Kal-El dévoile son seul et unique visage lorsqu'il est en costume. Il est Superman, pas Clark Kent. Sur ce point, Snyder arrête avec une hypocrisie qui dure depuis la création du personnage. Le journaliste Clark Kent apparaît enfin comme une couverture et Lois Lane (Amy Adams qui en impose en journaliste pugnace) sait qui il est dès le départ. Plus question d'une Lois aveugle et amoureuse de la face héroïque d'un même homme.

Man of Steel : Photo Henry Cavill

Henry Cavill est certainement la meilleure incarnation du personnage, sortant enfin du personnage terriblement lisse et devenant homme d'action. La première partie est surement la meilleure, évoquant les ressentiments d'un héros qui s'ignore et découvrant qui il est. La seconde partie montre une autre facette que votre cher Borat cherchait à voir depuis très longtemps: Superman qui se bat et violemment si possible. Une chose qui pose un hic chez beaucoup de spectateurs, mais montrant enfin un Superman se battant, si possible avec d'autres kryptoniens. Un aspect invisible des précédents films, Sup se contentant avant tout de donner des coups dans le vide entre deux câbles. D'ailleurs pour ce qui est des dégâts, il s'agit du sujet même de Batman V Superman: doit-il payer pour avoir sauver les terriens d'une menace plus grande que lui, quitte à ce que cela amène à des dégâts colossaux? Idem pour ce qui est du final menant à la mort de Zod. Beaucoup de spectateurs ont été choqué par le fait que Sup tue quelqu'un. On parle quand même d'un extraterrestre manquant de tuer toute une famille à coup de rayon laser. Sup le tue car il n'y a plus aucun moyen d'arrêter Zod, que ce dernier est prêt à tuer n'importe qui. De plus, on peut voir que Kal-El vit difficilement le fait de devoir tuer quelqu'un. Au final, en plus de redorer le blason de Superman, Man of steel montre le personnage tel qu'il aurait dû être représenter depuis bien longtemps: un freak prêt à se battre pour son prochain.

  • Le DC Verse se forme

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Première photo promo de Justice League.

En deux ans, Warner et DC Comics ont formé un planning de films les menant jusqu'en 2020. Le point de départ était Batman V Superman, présentant non seulement le nouveau Batman (Ben Affleck), mais aussi Wonder Woman (Gal Gadot) et quelques caméos improbables de Flash (Ezra Miller), Aquaman (Jason Momoa) et Cyborg (Ray Fisher). De quoi annoncer une certaine Justice League que tourne actuellement Zack Snyder. Il y en aura bien deux volets mais il semblerait qu'ils ne soient plus rattachés entre eux. Le premier sortira en novembre 2017, l'autre en juin 2019. Si cela n'a pas été confirmé, il se pourrait bien que nos héros affrontent Darkseid et Steppenwolf (déjà présenté dans l'ultimate cut de BVS). Il est aussi question des Mother Boxes, une chez les Hommes, une chez les Atlantes et une autre chez les Amazones. JK Simmons sera le Commissaire Gordon, Willem Dafoe a été officialisé dans le rôle de Vulko, mentor d'Aquaman. Un premier teaser sous forme de longs extraits a été dévoilé au Comic Con. De quoi augurer une réunion forte avec Batman et Wonder Woman à la recherche de nouveaux héros. Flash a l'air pour le moins sympathique, malgré un costume ressemblant un peu trop à une armure et Cyborg n'est pas forcément très beau d'un point de vue visuel. Peut être sera t-il modifier en post-production. Il n'en reste pas moins que ce premier teaser a le mérite d'aligner les plans iconiques (Aquaman et Batman ont l'air de bien s'aimer) sous le rif de guitare des White Stripes et donne envie.

Avant et après, DC compte bien monter un univers cohérent avec films solo pour ses principaux héros. Pourtant le premier film à succéder à BVS n'en fera pas partie, puisqu'il s'agit de Suicide Squad de David Ayer. Amanda Waller (Viola Davis) a l'idée de mettre différents ennemis de personnages de DC dans une même équipe. L'objectif? Faire le sale boulot et s'il y a problème, cela retombera sur eux dans tous les cas. Parmi eux, on compte Harley Quinn (Margot Robbie), Rick Flag (rôle initialement prévu pour Tom Hardy, finalement donné à Joel Kinnaman), Deadshot (Will Smith), Captain Boomerang (Jai Courtney), Killer Croc (Adewale Akinnuoye Agbaje), El Diablo (Jay Hernandez), Katana (Karen Fukuhara), Slipknot (Adam Beach). A voir dans les prochaines heures pour savoir si le film sera le troisième film de qualité du DCVerse. En juin 2017, Wonder Woman reviendra dans une préquelle, la montrant notamment durant la Ière Guerre Mondiale aux côtés de Chris Pine et Saïd Taghmaoui. Pour ce qui est des amazones, Gal Gadot sera entourée de Connie Nielsen, Robin Wright et Lisa Loven Kongsli. Si Michelle McClaren a longtemps travaillé dessus (partie pour raisons artistiques), c'est finalement Patty Jenkins (Monster) qui se chargera de ce film que l'on espère représentatif d'un personnage trop longtemps laissé de côté par le cinéma. La bande-annonce dévoilée à la Comic Con est pour le moins enthousiasmante, montrant bien le potentiel d'action girl de Gal Gadot déjà observé dans BVS. 

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On peut raprocher ces premières images de Wonder Woman à Captain America (Joe Johnston, 2011), avec cette héroïne évoluant dans un univers fort réaliste avec une teinte de surnaturel. Un même penchant aussi pour le serial, valant des scènes d'action punchy et lisibles qui s'annoncent pour le moins jouissives. Pas de méchants dominants, uniquement des soldats de la Triple Entente. Le film s'annonce avant tout comme un récit initiatique, Diana découvrant un monde qu'elle ne connaît pas qui se trouve en temps de guerre. De quoi augurer que du bon aux aventures de Diana Prince. The Flash fut lancé avec Seth Grahame-Smith à la réalisation, avant qu'il ne quitte son poste pour des divergences artistiques. Certains diront qu'il ne s'agit pas d'une grande perte avec un cv comptant notamment Abraham Lincoln chasseur de vampires (Timur Bekmanbetov, 2012). C'est finalement Rick Famuyiwa (Dope) qui s'en chargera. Le duo Chris Miller / Phil Lord (21 Jump Street, The Lego Movie) est crédité comme scénaristes du film, de quoi augurer un film intéressant attendu en mars 2018. Suivra ensuite Aquaman en juillet sous la direction de James Wan (qui signera son second blockbuster après Furious 7). Le scénario est signé Jeff Nichols (Take Shelter) et Jason Momoa aura pour compagne Amber Heard et donc Willem Dafoe en second couteau. Deux films inconnus sont prévus en octobre 2018 et 1er novembre 2019. On murmure que ce soit The Batman écrit et réalisé par Ben Affleck déjà officialisé mais sans date et un possible Suicide Squad 2. Des rumeurs évoquent que le premier mettra en scène le cape crusader à l'Asile d'Arkham. De là à dire que cet opus évoquera le jeu Arkham Asylum (2009), il n'y a qu'un pas.

En avril 2019 surviendra le projet bien particulier Shazam. Soit l'histoire d'un adolescent qui devient un super-héros en criant "shazam". On sait déjà que The Rock doit incarner le méchant Black Adam. Cyborg aura droit à son film en avril 2020 et Green Lantern Corps sortira en juin de la même année. Comme le suggère le titre, le film devrait logiquement s'attarder sur différents personnages portant l'anneau vert synonyme de courage. Un film qui devra faire oublier la bouse signée Martin Campbell, si possible en mettant en scène Jon Stewart et Guy Gardner, deux autres Green Lantern terriens (Hal Jordan n'a pas le monopole). Parmi tous ces projets, un reste pour le moins incertain : Justice League Dark ou Dark Universe que devait réaliser Guillermo del Toro. Un film devant mettre en scène John Constantine, Xanadu, Swanp Thing ou encore Deadman. Del Toro est parti du projet en juin dernier, voyant que comme souvent le projet n'avance pas. Il est toutefois toujours crédité comme scénariste. Le projet semblait revenir sur le tapis cet automne, mais plus aucune nouvelle depuis. Le temps nous le dira... En attendant un film d'animation est en train de voir le jour et devrait sortir en fin d'année ou début 2017.

DCVerse


Article initialement publié le 18 avril 2015.


* Pour plus d'informations, voir ici: http://www.dcplanet.fr/64363-script-du-film-batman-vs-superman-2002-devoile

** Propos issus de: http://www.vice.com/fr/read/jean-christophe-comar-vidocq-interview-912

3 Propos issus de: http://unificationfrance.com/article17265.html

La Marvelverse se diversifie (ou pas)

Quatrième et dernier volet de cette série d'articles sur la Marvel Cinematic Universe avec les oeuvres futures comme les séries. (attention spoilers)

La Phase 3 entre en jeu

Après Ant Man de Peyton Reed (2015), le Marvel Cinematic Universe entre désormais dans sa Phase 3 avec un planning constamment modifié depuis octobre 2014. Deux films se sont rajoutés, un autre a été évincé. Cette phase est annoncée comme "la fin de l'équipe des Avengers telle que nous l'avons connue jusqu'ici." * ("toi aussi, fais des punchlines chez toi pour en mettre plein la vue à la galerie!" -NDB):

MCU Phase 3$

Certains projets alors flous se sont un peu plus dévoilés et on remarque surtout au moins trois films avec des univers et personnages inédits. Mais les événements récents ont montré des signes que la Marvel est surpuissante. Après avoir déclenché une guerre civile à travers ses Avengers, le studio mettra en valeur Docteur Strange le 26 octobre prochain. Un projet qui a fait tourné la tête de talents tels que Guillermo del Toro, David S Goyer ou Neil Gaiman durant les années 2000. Le film sera finalement réalisé par Scott Derrickson, ce qui n'est pas forcément rassurant quand on connaît son CV (s'il se serait refait une santé avec Sinister, n'oublions pas qu'il est l'auteur du remake du Jour où la Terre s'arrêta). Benedict Cumberbatch campera Strange, choix très intéressant quand on sait les qualités de cet acteur. Si l'équipe a précisé qu'il ne s'agirait pas d'une histoire d'origines, changeant radicalement avec la politique initiale de Marvel, les bandes-annonces du film dévoilent quand même pas mal d'éléments y renvoyant. Que ce soit par les éléments montrant Strange à l'hôpital (chirurgien, il a arrêté sa carrière suite à un accident endommageant ses mains) ou son passage chez les tibétains (où Tilda Swinton devrait avoir son lot de séquences phares). Il s'agira surement de flashbacks, mais il y a des chances que le séjour au Tibet soit assez long. Doctor Strange reste un pari risqué, compte tenu d'une popularité pas forcément époustouflante du personnage, tout comme d'une dimension visuelle qui devra être aussi impressionnante que certaines planches de bandes-dessinées.

S'il y a bien un domaine où le personnage est connu c'est bien par sa dimension graphique, l'art de la magie permettant aux dessinateurs des expérimentations magnifiques (notamment psychédéliques). Or, les bandes-annonces font plus penser à Inception (Christopher Nolan, 2010) avec ses multiples plans d'immeubles renversés dans tous les sens qu'aux planches de bandes-dessinées. Reste à voir si Docteur Strange jouera le jeu, en sachant que Cumberbatch et Swinton seront accompagnés de Rachel McAdams, Chiwetel Ejiofor, Mads Mikkelsen (qui n'avait pu se libérer à l'époque pour Thor : The Dark World d'Alan Taylor) et Benedict Wong. Le personnage d'Ejiofor devrait être assez ambigu puisqu'il incarne le Baron Mordo, l'ancien disciple de l'Ancien et rival potentiel de Strange. Reste à savoir si le personnage aura le même intérêt que dans les comics. En sachant que la bande-originale sera signée Michael Giacchino, ce qui changera des ost peu intéressantes de Bryan Tyler, ces dernières ayant tendance à tourner régulièrement en rond. Les gardiens de la galaxie vol 2 est confirmé pour mai 2017 avec James Gunn aux commandes, prouvant l'attachement de Marvel pour sa poule aux oeufs d'or inattendue de l'été 2014. Le film reviendra notamment sur le père de Peter Quill qui sera incarné par Kurt Russell, annonçant peut être un délire à la Indiana Jones et la dernière croisade (pas étonnant puisque Les aventuriers de l'arche perdue était cité dans le premier film). 

Gardiens de la galaxie vol 2 (photo teaser)

Photo teaser des Gardiens de la galaxie vol 2.

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Concept-art des Gardiens de la galaxie vol 2.

On parle même d'une intrusion de ce cher Howard the Duck, Gunn étant bien content du buzz autour de sa séquence post-générique. A bord du navire se trouve également Pom Klementieff (dans le rôle de Mantis, la Madonne Céleste et qui devrait avoir un rôle majeur dans le film), Elizabeth Debicki et il semblerait que Sylvester Stallone serait de l'aventure aux côtés de Nathan Fillion. Il ne serait d'ailleurs pas étonnant que Peter Quill (Chris Pratt) revienne sur Terre que ce soit dans le final ou dans une scène post-générique. Le but ? Anticiper AvengersInfinity War (voir plus bas) où il apparaîtra. Après une apparition remarquée dans Captain America : Civil War (les frères Russo, 2016), le tisseur reviendra dans Spider-man Homecoming en juillet 2017. Une longue bataille a eu lieu pour que Marvel puisse faire entrer Spidey dans son MCU, quitte à obtenir un compromis avec Sony. L'affaire débute suite au semi-échec de The Amazing Spider-man 2 (Marc Webb, 2014). Déjà le fruit d'une affaire de droits en fin d'échéance, la nouvelle franchise s'est plantée à vouloir tout faire trop vite et à bâcler les petits efforts du premier film (2012). Sony a beau essayer de monter les projets Sinister Six et Venom (toujours en préparation à l'heure actuelle), aucun ne semble avancer à vouloir mettre en scène des méchants dont les aventures solo ne peuvent dépendre que du tisseur. Suite au Sony Hack en novembre 2014, des allusions à un second reboot ont commencé à se présenter, notamment pour une intégration dans l'univers Marvel. Des négociations classées sans suite avant un retournement de situation en début d'année dernière. Ce qui fait tout de même la troisième version d'un même personnage en seize ans. 

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Concept-art de Spider Man Homecoming dévoilant le Vautour.

Reste que la tactique de Marvel pourrait s'avérer payante. Comme présenté dans Civil War, le personnage incarné par Tom Holland a 15-16 ans et risque bien de le rester un petit moment. Contrairement aux films de Marc Webb où la promesse d'un héros adolescent s'est vite estompée, il semble que le fait d'avoir pris un acteur de 19 ans soit une excellente idée pour faire durer le plaisir. De plus, présenté comme dans le film des frères Russo, le personnage n'aura logiquement pas droit à des origines. Oncle Ben n'est plus de ce monde, Tante May (Marisa Tomei) et lui vivent dans un appartement seuls, il a déjà acquis ses pouvoirs et il a même le Spider Signal. Une bonne chose qui permet d'aller à l'essentiel, sans revenir sans cesse à des choses déjà vues. Ce que n'avait pas fait Marc Webb en 2012. Le film sera réalisé par Jon Watts, réalisateur de Clown (2014) et surtout du remarqué Cop Car (2015, disponible depuis peu en DTV). Le casting s'étoffe régulièrement avec la star Disney Zendaya (qui ne devrait pas jouer une love interest de Peter Parker), Tony Revolori (The Grand Budapest Hotel) dans le rôle de Flash, Laura Harrier, Logan Marshall-Green, Donald Glover, Angourie Rice (The Nice Guys) et une apparition de Robert Downey Jr sous les traits de Tony Stark. Le Vautour sera incarné par Michael Keaton. En novembre 2017, l'univers Marvel risque de subir un changement radical suite à Thor Ragnarok. Si l'on ne sait rien de l'intrigue (il semblerait que les événements se déroulent en même temps que Civil War), les événements de The Dark World (Taylor, 2013) et Age of Ultron (Joss Whedon, 2015) devraient nous aider. 

Avengers 2 (Hulk et Thor)

Hulk et Thor dans Age of Ultron.

Dans le premier, Loki (Tom Hiddleston) simulait sa mort pour prendre la place d'Odin (Anthony Hopkins). Dans le second, Thor (Chris Hemsworth) y voyait la fin d'Asgard dans un déluge de débauche. Il se peut bien que la chute d'Asgard se fasse grâce à Loki une nouvelle fois. Ragnarok fait également référence au robot ressemblant à Thor dans Civil War (le run initié par Mark Miller en 2006). En sachant que cette fois-ci, Thor ne sera pas le seul Avenger présent, puisque Bruce Banner (Mark Ruffalo) serait de la partie. Parti vers l'infini et l'au-delà à la fin du film de Whedon, Hulk risque fort de se battre au côté du Dieu du tonnerre vraisemblablement en mauvaise posture. Sans compter le costume de gladiateur devoilé à la Comic Con citant Planète Hulk (run phare signé Greg Pak où le géant vert colérique devient un gladiateur de l'Espace !). Cate Blanchett jouera l'antagoniste Hela, tout comme Tessa Thompson (Creed) sera la célèbre Valkyrie, love interest de Thor en BD, Natalie Portman ne semblant pas vouloir rempiler (en même temps on la comprend). Jeff Goldblum et Karl Urban (dans le rôle de l'Executeur) rejoignent également les rangs. Le film sera réalisé par Taika Waititi, à l'origine du remarqué mockumentaire vampiresque What we do in the shadows (2014). Black Panther aura droit à son film solo en février 2018, après son passage remarqué lui aussi dans Civil War. Un projet annoncé depuis plusieurs années mis en scène par Ryan Coogler (Creed). 

Captain America: Civil War : Photo Chadwick Boseman

Black Panther dans Civil War.

Voici donc un super-héros venant d'Afrique, prince du Wakanda. Un homme prenant le costume de la Panthère Noire afin de préserver son royaume des ennemis potentiels du pays voulant mettre la main sur le vibranium. Un métal pouvant absorber les vibrations et presque aussi puissant que l'adamantium, source du bouclier de Captain America. L'acteur choisi pour l'incarner est Chadwick Boseman, qui a incarné James Brown dans le biopic Get on up. Par ailleurs, il se peut très bien que le personnage d'Andy Serkis dans Age of Ultron fasse partie des méchants potentiels du film, puisque lié au vibranium et il est un des adversaires de Black Panther dans les comics. Il se peut même que Bucky (Sebastian Stan) lui soit d'une certaine aide au vue du final de Civil War. Lupita N'Yongo et Dwei Gwira seront les lieutenants du méchant Killmonger, homme d'affaire incarné par Michael B Jordan. Ce qui fait oublier définitivement l'idée d'une séquelle de Fantastic Four (Josh Trank, 2015) et tant mieux. Parent pauvre de la Phase 2 (le film de Peyton Reed n'a pas été un succès fracassant attendu, même si les chiffres internationaux sont bons), Ant Man aura droit à sa suite en juillet 2018 toujours sous la direction de Peyton Reed. L'occasion pour le réalisateur de trouver définitivement son style, un peu bloqué par la pré-production chaotique du premier film. Comme le confirme son titre, le film aura un atout de plus: la Guêpe. On se demandait bien comment Marvel allait utiliser ce personnage aussi évident que ne l'était l'annonce d'Evangeline Lilly, c'est désormais chose faite. 

Ant Man and the Wasp (concept-art)

Concept-art de la Guêpe.

La séquence post-générique avait donc un sens et un concept-art est tombé sur le net. D'autant qu'Evangeline Lilly n'était pas forcément bien exploitée dans le film de Peyton Reed. Ce sera l'occasion de modifier cela. Même si Michael Douglas n'a pas été officialisé, le film pourrait bien tourner autour d'un possible sauvetage de Janet Van Dyne dans la zone inconsciente. Scott Lang (Paul Rudd) devrait continuer ses expérimentations, déjà qu'il peut devenir un géant désormais et est redevenu un fugitif... L'entrée du premier film du MCU à mettre en scène directement une héroïne, Captain Marvel, est donc repoussé à mars 2019. Alors certes on pourra toujours dire qu'il y a eu Black Widow (Scarlett Johansson), mais jusqu'à maintenant la miss n'a toujours pas eu son film attitré. Il mettra en scène Carol Danvers, officier de l'armée de l'air (filliation avec Rhodes aka War Machine?) ayant fusionné avec un alien Kree, lui permettant de voler et d'avoir une grande force. Une manière pour Marvel de répondre à l'annonce de Wonder Woman de Patty Jenkins dans le DC Verse. L'annonce a été faites durant la Comic Con, ce sera à l'oscarisé Brie Larson (Room) de camper la super-héroïne. Une promotion en or pour cette actrice trop longtemps cantonnée aux second-rôles de luxe. Un film qui devrait permettre à Marvel de continuer dans l'univers spatiale et d'explorer un peu plus le monde des Krees, à l'origine des Inhumains.

Afficher l'image d'origine

Brie Larson arrive dans l'écurie Marvel.

Enfin la Phase 3 se terminera sur Avengers : Infinity War des frères Russo, puis un quatrième Avengers qui serait désormais indépendant: un en mai 2018, l'autre en mai 2019. Le premier film devrait adapter Le Gant de l'infini et La Guerre de l'infini, deux runs phares des années 90 signés Jim Starlin. La plupart des héros Marvel vont devoir affronter Thanos (Josh Brolin) dans un affrontement qui s'annonce colossal. Les Russo prévoient une soixantaine de personnages divers et variés. Pour ce qui est du casting tout semble flou, mais e compte risque vite d'être rempli, en sachant que les héros de Netflix seraient aux abonnés absents malheureusement. Pour preuve s'il l'ont se focalise sur la plupart des personnages vus dans le MCU et toujours de ce monde, on en est à au moins une quarantaine. Quant à la Phase 4, Marvel en parle déjà brièvement en annonçant trois films pour mai, juillet et novembre 2020. Il y a des risques que le premier soit The Inhumans, retardé dernièrement ou peut être annulé (rien de précis pour l'instant). Les Krees (ce qui permettrait ainsi de lier Agents of Shield, Captain Marvel et The Inhumans, histoire de rester dans le même univers connecté...) ont crée les Inhumains, ces êtres mutants laissés pour compte. Un d'entre eux, Randac, s'est inséré dans une brume spéciale lui donnant ensuite des dons mentaux. Ce qui a crée des frictions entre les humains non-mutés et les mutants suite à la brume.

La guerre de l'infini

Une fois la paix arrivée, les Inhumains sont menés par Fléche noire (un homme victime de sa voix destructrice) et parmi les plus célèbres de ses camarades, on retrouve la belle Crystal, le chien Gueule d'or ou Medusa. Un univers entre science-fiction et fantasy pour le moins particulier et lié ironiquement aux Fantastic Four (pour l'insert de la bande de Richards c'est rapé). En sachant que Marvel a récupéré les droits de Blade, ce qui pourrait permettre un reboot de cette franchise.

La Marvel s'attaque aux séries

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. : Photo

Suite au succès d'Avengers (2012), la Marvel a cherché à se partager un peu plus sur différents médias et principalement la télévision. La première étape fut Agents of Shield diffusée depuis septembre dernier sur ABC. Il s'agit de la première série Marvel depuis L'incroyable Hulk, mais l'époque n'est plus la même. Le câble est passé par là, les audiences sont moins spectaculaires qu'autrefois sur les networks et surtout on peine à comprendre pourquoi la Marvel a privilégié l'antenne de Disney (ABC en fait partie) qui est une network au câble où elle aurait eu plus de libertés. Proximité indéniablement mais rappelons que Joss Whedon, également aux commandes de cette série, s'était plus d'une fois fait avoir pour les networks que ce soit avec la Fox pour Dollhouse (diffusée à la sauvette durant deux saisons) et Firefly (diffusée n'importe comment et n'importe quand) ou la WB avec Buffy contre les vampires (qui avait fini sur le câble avec UPN) et Angel (supprimée à cause d'un manque cruel de communication). Ensuite, il est ironique de voir que DC Comics s'en sort bien mieux sur ce point que ce soit avec Smallville qui quoi qu'on pense a tout de même durer dix saisons ou la série Arrow qui s'est imposé assez rapidement avec de multiples bonnes critiques. Ce qui n'est pas forcément le cas d'Agents of Shield depuis ses débuts. 

Photo Clark Gregg, Jaimie Alexander

Pas aidé par un manque cruel de personnages connus (Clark Gregg ressuscite en agent Coulson, les autres étant des personnages crées de toutes pièces), la série n'a cessé d'essayer de mettre en scène des caméos histoire de trouver le public de la Marvel Cinematic Universe. Sauf qu'en général, cela ne concerne jamais les Avengers et ce sont toujours des seconds-rôles. Nick Fury (Samuel Jackson) a beau être apparu dès le second épisode, puis le dernier de la première saison, ce n'était qu'un guest de passage. Idem pour Cobie Smulders déjà bien occupé par le tournage de Captain America The Winter Soldier (les frères Russo, 2014) et surtout le final d'How I met your mother. Quant à Jaime Alexander, on peut vraiment parler de fond de tiroir car le personnage de Lady Sif est vraiment un très lointain second-rôle. Pas de quoi s'enflammer donc. Mais le pire vient surtout des audiences de la série qui sont réellement décevantes pour une série de ce type et ne parvient pas réellement à être stable. En deux semaines, la série est ainsi passée de 11,9 millions de téléspectateurs à 8,4. La semaine suivante c'était 7,79 et la série est restée dans les 7 millions durant plusieurs semaines avant de se relancer à 9,3 pour ensuite faire un vrai bide à 5,93 (les fêtes de noël surement) pour remonter à 6,62 et repartir en dessous des 6 millions et le dernier score est encore pire avec 4,91 millions de téléspectateurs. Des chiffres qui sont pour le moins catastrophiques et qui aurait dû amener à une annulation évidente, d'autant que la série est particulièrement chère. Pourtant ABC a reconduit la série pour une seconde saison puis une troisième, mais dans quel intérêt vu qu'elle n'est pas suivie du tout? 

Agents of Shield (affiche) (1)

Des séries plus ambitieuses ont été suprimé avec des audiences plus élevées. Mais là où Agents of Shield se sauve de la mouise c'est grâce tout simplement à un revirement de situation en totale adéquation avec Captain America The Winter Soldier. Après seize épisodes reposant sur un néant total (intrigues qui n'avancent pas, l'annonce de la résurrection de Coulson expliquée correctement au bout de onze épisodes alors que la révélation aurait pu arriver plus tôt, personnages sans relief, beaucoup trop de cgi pour pas grand chose), la série trouve enfin sa voie! Il est rare de voir une série trouver sa voie en cours de route et pourtant les derniers épisodes de la saison 1 s'avèrent vraiment de qualité, jouant habillement sur le côté sérielle et sur l'ambiance du film des Russo pour avancer vers de bonnes bases. Bill Paxton excelle en méchant aux pouvoirs improbables, jouant d'un merveilleux cabotinage (dans le bon sens), les personnages évoluent enfin, May (Ning Ma) s'imposant réellement comme la Cavalerie, Coulson comme le meneur et l'histoire d'amour confuse entre Ward (qui passe génialement du côté obscur) et Skye (Chloe Bennett) tout comme celle de Fitz (Iain De Caestecker) et Simmons (Elizabeth Henstridge) prennent une place importante et intéressante. Même si on s'y attend ces deux relations auront des conséquences dramatiques pour chacun. Quant à l'Hydra, elle fera désormais partie intégrante de la série jusqu'à Age of Ultron.

Agents of Shield (affiche) (2)

La saison 2, en revanche, est fantastique de bout en bout. Prenant le bel envol de la fin de la première saison, elle permet deux arcs narratifs fantastiques directement liés à Skye. Dans un premier temps avec la découverte de ses parents, faisant d'elle une inhumaine et permettant d'adapter Mister Hyde sous les traits de Kyle MacLachlan. Si le maquillage n'est pas toujours parfait, le personnage est plutôt bien traité jouant sur l'ambiguité de son rôle (père aimant et mari épleuré cherchant à tout prix à se venger d'Hydra et du Shield qui lui ont enlevé sa femme et sa fille). Sa mère nous est présentée en revanche comme une inhumaine ce qui amène au second arc. Après avoir réglé dans les grandes largeurs l'affaire Hydra, Agents of Shield s'attarde longuement sur les Inhumains avec des personnages atypiques. La transformation de Skye nous est montré dans un moment émouvant où comme souvent dans les séries de Joss Whedon, un personnage fort meurt dans des circonstances tristes au possible. Toute la partie Inhumaine entrouvre ce qui va arriver au fur et à mesure dans le MCU: l'arrivée des Krees, mais aussi l'évocation d'un dossier comprenant toutes les personnes ayant des pouvoirs dans le monde. Une manière pour le gouvernement américain de tenir en laisse ses héros et ses possibles ennemis.

Agents of Shield (affiche) (3)

Un débat de fond qui annonce Civil War, mais aussi la formation d'une équipe alternative aux Avengers, les Secret Warriors, qui serait dirigée par Skye désormais baptisée Daisy Johnson. Quant au reste des personnages ils s'étoffent tous. Coulson entre en guerre contre une rebellion au sein du Shield (encore une phase géniale de cette saison, permettant de voir deux camps se mettre sur la tronche pour le pouvoir); Ward change de camp à tout va avant de tomber à nouveau dans la tragédie (Whedon ce briseur de coeur professionnel!); Fitz a un bloquage suite au passage du caisson et entre dans une schyzophrénie rendant le personnage terriblement émouvant et attachant. Simmons est présente au fur et à mesure mais le final de la saison 2 risque d'avoir des conséquences dramatiques (Whedon toujours...). Quant à May, elle révèle le temps d'un épisode une sensibilité que l'on imaginait pas et de comprendre à quel point le surnom "Cavalerie" a des consonnances douloureuses. L'arrivée de Mockingbird (Adrianne Palicki) et Lance Hunter (Nick Blood) permettent de belles batailles en couple entre le pro-shield et le pro-shield II. Un spin-off était d'ailleurs initialement prévu sur le duo, puis arrêté avant de revenir sur le devant de la scène. Il est d'ailleurs plus ou moins confirmé par le départ des personnages durant la troisième saison, le couple étant radié suite à une affaire ayant mal tourner.

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La saison 3 acccumule les scores ridicules, mais se maintient grâce à un côté feuilletonesque intéressant. Que ce soit le sauvetage de Simmons ou le Shield contre les rouages du pouvoir. Reste Ward toujours en méchant, ce qui a tendance à empêcher un peu la série d'avancer vers d'autres directions. C'est peut être le principal défaut de cette troisième saison, d'autant que les rebondissements vers la fin deviennent un peu poussif à cause de Ward. En revanche, l'évolution des personnages est toujours intéressante, notamment concernant Daisy Johnson. Cette dernière doit faire face à ses actes sous l'influence de Ward et à la perte à nouveau d'un proche dans un final pour le moins tragique. L'épilogue en serait presque de trop. On remarque aussi une petite innovation dans les cgi de la série, ces derniers ayant un peu plus de gueule. Une saison 4 a été annoncé, mais il se pourrait que la saison soit réduite à cause des audiences catastrophiques du show. Il a été d'ores et déjà annoncé que le Ghost Rider serait là, permettant à la série de se renouveller et faire entrer le MCU dans les Enfers. On regrettera toutefois que Marvel n'a pas voulu montrer le personnage chez Netflix. En espérant que le personnage (qui sera sous sa dernière forme: Robbie Eyes) soit bien réalisé, car ce sera bien triste d'utiliser un personnage aussi visuel pour en faire quelque chose d'ignoble. Pendant plusieurs années, Guillermo Del Toro a essayé de mettre en place une série servant de véhicule à Hulk, mais le projet Avengers a plus ou moins tout fait capoté. D'autant que le réalisateur de Pacific rim voulait surtout rendre hommage à la série de Bill Bixby.

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D'ailleurs à la question de savoir si le projet était annulé, Kevin Feige était plutôt évasif: "Non, pas du tout, nous tentons toujours de mener le projet à terme (...). Mais rien n'est totalement sûr pour l'instant, et aucune date de tournage n'est encore prévue..." 4 Del Toro ne va pas du tout dans ce sens là, évoquant clairement que le projet est mort et enterré. Encore un de plus pour ce cinéaste maudit. Par contre, la Marvel mise beaucoup sur les Defenders, groupe de super-héros qui comprendra Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. Pour le premier, cela faisait un moment que la Marvel comptait reprendre les droits à la Fox, incapable de faire un reboot et ce malgré les atouts Joe Carnahan ou David Slade (qui sont partis à chaque fois devant le manque total d'ambition de la Fox). Ce n'est clairement pas un mal de revoir "l'Homme sans peur" que ce soit au cinéma ou en série même si j'ai bien du mal à le voir en héros sur le long terme. Massacré dans le film de Mark Steven Johnson avec un Ben Affleck tout bouffi dans son costume (cela pourrait changer en Batman vieillissant), le héros aveugle a bien besoin de revenir en forme. Incarné par Charlie Cox, vue dans la série Boardwalk Empire et le film Stardust , il est rejoint par Rosario Dawson, Elden Henson pour l'accolyte Foggy, Deborah Ann Woll et Vincent D'Onofrio dans le rôle phare de Wilson Fisk dit le Caïd. Réussite totale, abordant le personnage de la meilleure des manières (violente, bien scénarisé, s'attardant sur tous les personnages même les plus secondaires), Daredevil est une sommet rare dans le MCU et une preuve que la Marvel peut aborder ses héros de manière plus mature (voir La résurrection de l'Homme sans peur).

Daredevil (affiche)

La deuxième saison continue sur cette lancée, interrogeant Daredevil sur son rôle de vigilante. Le face à face avec le Punisher (un des meilleurs reboots de tous les temps sous les traits du génial Jon Bernthal) vaut son pesant de cacahuètes et l'utilisation de la Main laisse encore des zones d'ombre permettant à une troisième saison de s'imposer (voir Frank Castle punit enfin la racaille comme il se doit). Une saison 3 est déjà confirmée, tout comme un spin-off pour l'impitoyable Punisher. Ce qui a le mérite de donner sérieusement envie et prouve bien que ce personnage n'était pas inadaptable. Jessica Jones a aussi confirmé que Netflix était une valeur sûre. Un ton mature à l'image du comic-book qu'il adapte, capable de parler de sujets aussi brutales que le viol et la manipulation d'autrui. Bien aidé par un méchant merveilleux campé par David Tennant et une Kristen Ritter parfaite en anti-héroïne. On en demandait pas autant que sur Daredevil, mais la série réussit parfaitement son pari d'aller dans une direction moins spectaculaire, mais néanmoins plus glauque (voir Il y a des choses que l'on ne peut oublier, même chez les héros). En sachant qu'une seconde saison est prévue probablement pour 2018. Pendant plusieurs années, Luke Cage a été convoité par la Marvel et le plus vieux projet remonte à celui de John Singleton avec Tyrese Gibson. Cage a été introduit légitimement dans Jessica Jones (les deux personnages étant liés encore une fois) avant d'avoir sa propre série, sous les traits de Mike Colter. 

Jessica Jones (2)

La Comic Con a été l'occasion de dévoiler un petit teaser pour le moins amusant, montrant notre cher Luke faire un festival auprès d'un gang du coin. Le teaser dévoile aussi le méchant incarné par Mahershala Ali, visiblement un gangster règnant sur Harlem et peut être même plus. Une série qui devrait être un peu plus décontractée que les précédentes de Netflix abordant des sujets plus lourds. La série sera diffusée en septembre prochain. Iron Fist fut convoité pendant longtemps aussi par le cinéma avec un projet avec Ray Park (Dark Maul dans La menace fantôme et le Crapaud dans X Men). Un adepte des arts-martiaux au coup de poing spécial dû au pouvoir d'un dragon. Il y a de fortes chances que le personnage Shang Chi fasse partie de l'aventure, puisque c'est avec lui que Daniel Rand fonde les Héros à louer. Les scénaristes auraient vraisemblablement du mal à trouver le ton juste, le personnage ayant quelques éléments fantastiques notables et il faut le bon ton afin de ne pas sombrer dans le grotesque. Finn Jones incarnera Iron Fist et Jessica Henwick la sabreuse Colleen Wing. David Wenham a été officialisé dans le rôle de Harold Meachum, un homme d'affaires directement lié au passé de Danny Rand. Un teaser a été dévoilé, montrant le personnage dans un accident d'avion tout jeune avant de le dévoiler en hôpital psychiatrique et à New York. 

La série est prévue pour 2017 avant une série réunissant Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist (et possiblement le Punisher et Elektra) sous le nom de The Defenders pour 2017. Une réunion qui permettra de faire oublier leur absence dans Infinity War et surtout de permettre à ces vigilantes des bas-fonds de New York de montrer qu'ils sont probablement la meilleure proposition du MCU. En sachant que les épisodes seront diffusés en intégralité sur Netflix, la politique de la plateforme de diffusion étant de tout diffuser d'un seul coup. Une rareté qui commence déjà à faire du mal aux chaînes traditionelles du paf ricain. Quant à l'Agent Carter il peine à convaincre pour l'instant et ce malgré ses atours de mini-série et non possiblement de série sur la longueur. Une seconde saison a été diffusé, mais vu qu'il s'agit d'une série plus ou moins one shot, une troisième saison n'est plus à l'ordre du jour. Enfin, ABC Family a annoncé une série sur la Cape et l'Epée, lui pouvant être invisible grâce à sa cape, elle étant une combattante. Un projet un peu plus porté sur le public adolescent, au vue de la chaîne concernée. 


 Article original publié le 14 avril 2014.


* http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18646237.html

** http://www.ecranlarge.com/article-details-27954.php

*** http://www.ecranlarge.com/article-details-27916.php

4 Propos recueillis dans Pop corn numéro 5 (avril-mai 2014).

Autres sources: http://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=11400.html

Ça balance pas mal à San Diego

Comme chaque année, la Comic Con de San Diego est l'occasion pour les fans de comics d'aller chercher la dédicace, mais aussi pour les studios de dévoiler leurs nouvelles productions. Par ailleurs, la convention a frappé fort pour éviter les fuites, chaque année plusieurs événements finissant par se dévoiler par des vidéos prises durant les conférences. Cette année, l'accès au wifi était facturé de manière colossale ou sur demande et les studios ont dévoilé les bandes-annonces sur le net directement. Nous n'allons pas revenir ici sur les news autour de DC Comics et Marvel, leurs articles respectifs seront mis à jour dans la journée. Cet article s'occupera du reste.

  • Les annonces diverses et variées

Outre les bandes-annonces très attendues (Warner avait fini par lâcher celle de Suicide Squad à cause des nombreuses fuites venant de la convention), la Comic Con est l'occasion d'annonces multiples. On commence donc avec l'ami Kevin Smith. Alors qu'il travaille déjà à une suite sérielle de Mallrats (1995), voilà qu'il s'attaque à un monument de pop culture américaine. Alors que Jack Burton a depuis une véritable réputation en France, c'est un peu moins le cas de Buckaroo Banzaï. Le film de WD Richter (1984) réunissait Peter 'Robocop' Weller dans le rôle principal, Jeff Goldblum en costume de cowboy, Ellen Barkin en love interest, Clancy Brown, John Lithgow en méchant et Vincent Schiavelli et Christopher Lloyd en hommes de main. Un film particulièrement étrange, mélange délirant de comédie et science fiction, avec un soupçon de rock'n roll. Pour vous donnez une idée, Buckaroo est un scientifique qui trouve un moyen d'atteindre la huitième dimension, tout en étant une rock star reconnue! On s'étonnerait presque qu'Hollywood n'a pas mis le grappin dessus plus tôt, surtout depuis que Jack Burton a désormais un remake prévu (heureusement) au point mort. Reste à savoir si Buckaroo Banzai résistera à son passage aux années 2010 (le film est quand même très ancré dans un look 80's), d'autant que Smith n'est pas forcément en grande forme en ce moment (son petit dernier Yoga Hosers s'est fait dézingué  par la presse). Le tout sera diffusé sur Amazon, le site de vente ayant depuis quelques années opter pour la production de films et séries.

Buckaroo Banzai

A l'heure où l'adaptation US et live de Ghost in the shell alimente les polémiques et que le projet Akira revient souvent sur le tapis (heureusement jamais longtemps), voici venir un projet autour de Pokémon. En live. Produit par des américains. Si Legendary a déjà prouvé son intérêt pour le grand cinéma (les derniers Nolan et Del Toro, Blackhat de Michael Mann), ce type de projet a bien du mal à passer. Certes Pokémon n'est pas un jeu utilisant particulièrement le folklore japonais (même s'il en fait parti désormais) et se situant dans un monde imaginaire. Mais cela nécessite un certain respect et une connaissance de l'oeuvre colossale (des jeux, des séries animées, des films...) et non un recopiage comme c'est le cas du récent Warcraft (Duncan Jones, 2016). Or, ce qui vient du Japon et est transformé par les ricains donne lieu à de belles catastrophes, notamment pour ce qui est des mangas. Pour un Speed Racer (les Wachowski, 2008) réussi, un Dragon Ball Evolution (James Wong, 2009) que tout le monde veut oublier (même ceux qui ne l'ont pas vu). D'autant plus que l'annonce de Max Landis ("fils de" à l'origine du piteux Chronicle) au scénario ne rassure pas du tout. On se souvient également de la censure des américains sur la série et les films, le premier ayant fini coupé d'une bonne partie de son premier tiers. On pense aussi légitimement qu'un film Pokémon devrait être poussé visuellement, au vue du bestiaire de petits monstres qui devront être animés en cgi. 

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Il semblerait que le film se base sur le jeu Great Detective Pikachu (2016), ce qui a le chic de refroidir encore plus... Les fans de Divergent l'ont aussi été face aux révélations du studio Lionsgate. A force de faire des films de conclusion en deux parties, il n'est pas étonnant que les chiffres parlent. Divergent 3 (Robert Schwentke, 2016) a moins marché au box-office, entraînant ainsi l'annulation du quatrième film... au cinéma. Le studio a trouvé plus économique de produire un téléfilm qui serait diffusé sur MTV, suivit d'un spin-off. Un pur gâchis auquel les acteurs des films risquent de ne pas rempiler, notamment à cause d'un contrat désormais déloyal. Une preuve de plus qu'adapter chaque volet d'une saga littéraire ne marche pas souvent économiquement, fort d'une lassitude des spectateurs, y compris lorsque la saga est mauvaise. Pour finir voici une bonne nouvelle venant de James Cameron. Non, il n'a pas parlé des dix Avatar qu'il va réaliser dans les prochaines années. Alors qu'il venait fêter les trente ans d'Aliens, Big Jim a évoqué la sortie prochaine d'Abyss (1989) en BR. Aucune édition n'était sortie depuis le DVD, avec notamment un format 4/3 indigne d'un tel film. L'erreur sera réparée l'an prochain, en espérant que True Lies (1994), autre film du réalisateur privé de BR, aura droit lui aussi à ce traitement de faveur.

  • Warner sort les fauves

Suite à l'absence de la concurrence, Warner a sorti l'artillerie. On va commencer par le pire avec King Arthur : Legend of the
sword de Guy Ritchie. Cela fait un moment que le studio essaye de remettre le Roi de Camelot sur le devant de la scène. Avant de s'attaquer au scénario de Jack le chasseur de géants (Bryan Singer, 2013), David Dobkin avait prévu de réaliser Arthur and Lancelot. Un projet finalement mis au placard car trop cher, avant que Guy Ritchie arrive avec un autre projet, qui s'annonce tout aussi onéreux. Devant sortir cet été initialement, il a été repoussé au 22 mars 2017. Au vue de cette première bande-annonce, on comprend un peu mieux pourquoi. Le film se veut une énième origin story avec Arthur partant reprendre son trône après avoir récupérer Excalibur. Dit comme cela pourquoi pas, sauf qu'au contraire d'Excalibur (John Boorman, 1981), King Arthur ne semble pas assumer totalement son aspect fantasy, s'enfonçant dans un réalisme avec photo sombre, où des caméras embarquées suivent des personnages de profil. On reconnaît le style de Guy Ritchie, mais dans ce qu'il y a de plus problèmatique. Il opte pour le même traitement que Sherlock Holmes (2010) : beaucoup de ralentis, une manière de détourner un personnage iconique par un ton vaguement ironique. Sauf qu'Holmes n'est pas Arthur et cette manière de désacraliser le personnage semble peu convenir,
tout comme dans le film d'Antoine Fuqua en 2004.

Alors quand le trailer passe subitement à la fantasy, on a bien du mal à y croire. Y compris avec des cgi d'une rare laideur et des éléphants sortant de nulle part. Même si aucun lieu n'est évoqué, on a bien du mal à croire que l'action se situe en Inde. Le seigneur des anneaux de Peter Jackson (2001-2003) fait encore des émules aujourd'hui. Passons maintenant au positif avec des nouvelles de Lego Batman de Chris McKay. Après des teasers bien sentis, cette nouvelle bande-annonce confirme que le délire Lego pourrait être une excellente surprise, à l'image de The Lego Movie (Lord, Miller, 2014). McKay et ses scénaristes semblent s'être bien amuser avec les personnages de DC Comics et en se payant notamment la relation douteuse entre Batman et Robin. Le passage avec le costume de Robin est en soi raccord avec les allusions engendrées depuis au moins la série avec Adam West, sentant bon la bromance délirante plutôt que la relation père-fils. D'autant que le duo Will Arnett / Michael Cera semble bien s'amuser au doublage. Sans compter la schizophrénie de Batman, Bruce Wayne s'enfermant tellement dans le personnage qu'il finit par l'être définitivement au grand désarroi d'Alfred (Ralph Fiennes). Sortie le 8 février prochain. Alors que Pacific rim 2 a perdu progressivement la plupart de ses arguments de départ (Guillermo del Toro relégué à la production, Charlie Hunnam et probablement Rinko Kikuchi mis sur la touche), King Kong donne de ses nouvelles de manière fracassante.  

A contrario des films de John Guillermin et Peter Jackson (1976 et 2005), il ne s'agira pas d'un remake. Bien qu'il s'agisse toujours d'une expédition (le personnage de John Goodman enquête sur des êtres vivants plus anciens que les hommes et pouvant encore exister), on est davantage dans la variation et les militaires ne semblent pas là pour capturer la bête, mais plutôt pour l'affronter manu militari. Au vue des premières images, le film fait beaucoup penser à Godzilla (2014) où Gareth Edwards jouait avant tout sur le point de vue humain et la menace devrait être constante, fort d'un Kong en terrain connu et ayant peu envie qu'on le dérange. La bande-annonce de Kong: Skull Island dévoile d'ailleurs de superbes plans, arguant aux sceptiques qu'un blockbuster peut lui aussi avoir de belles images. Le casting semble également de qualité avec Brie Larson, Tom Hiddleston, Samuel Jackson et John Goodman. Le film de Jordan Vogt-Roberts sortira le 8 mars.

  • Flash télévisé

On parle souvent du cinéma, mais la télévision est également au rendez-vous à la Comic Con. La chaîne FX en a profité pour dévoiler les premières images de Legion, une série basée sur le fils de Charles Xavier, lui aussi télépathe mais avec des troubles schizophréniques instables. A l'image d'une bande-annonce faisant office de véritable ofni, partant dans toutes les directions, rêve ou réalité qui s'entrechoquent. Le personnage en revient à se poser des questions lorsqu'il finit par rencontrer une autre patiente présente dans ses rêves. Certains reconnaîtront le style de la série Fargo (2014-), également créée par Noah Hawley. Les fans de la saga X Men risquent en revanche de peut être passer leur chemin, à cause du côté exigent, à la limite du trip. D'autant plus que logiquement les X Men devraient être absent. Un mal comme bien, permettant l'indépendance du projet. Il est bon de souligner que Legion est la première série produite par Marvel Television hors de son Cinematic Universe. La diffusion est prévue pour l'an prochain. En revanche, American Gods a grandement plu et pour cause la série adapte un des romans phares de Neil Gaiman. Un auteur que l'on connaît notamment pour Coraline (2002) ou le comic-book Sandman (1989-1996). La série est d'autant plus attendue qu'elle est lancée par Bryan Fuller, showrunner malheureux des séries Pushing Daisies (2007-08) et Hannibal (2013-2015).

L'occasion de la revanche? Peut être bien, d'autant que cette fois il officie sur le câble. American Gods raconte l'histoire d'un taulard (Ricky Whittle) sortant de prison découvrant que sa femme (Emilie Browning) est décédée. Il croise un certain Wednesday (Ian McShane), dieu nordique cherchant à rallier ses compatriotes face aux nouveaux dieux dits américains. Lesquels? La télévision, internet, la voiture et les médias en général. Un point de départ intéressant et une direction artistique qui s'annonce dantesque comme d'habitude chez Fuller. Un gage de qualité qui pourrait être payant. Diffusion l'an prochain sur Starz.

  • Valerian: le film de la réconciliation?

Comme tout le monde le sait (à moins d'avoir vécu sept ans sur une île déserte), Luc Besson et votre cher Borat c'est une
longue histoire d'amour. Malgré des fautes de goût certaines (notamment quand il s'agit de scénariser ses productions), l'ami Besson est ambitieux quoiqu'on puisse dire. Monter une trilogie fantasy (même si mauvaise), un projet de science-fiction avec Bruce Willis ou encore une odyssée sous-marine en France, il faut oser même si Besson a un certain monopole puisqu'il s'autoproduit depuis 2000. Après un Lucy aussi consternant qu'hilarant (2014), Tonton Besson s'est lancé dans un projet ambitieux qui pourrait titiller même ses détracteurs. Comme Bibi. Il se trouve que Besson s'attaque définitivement à Mézières, après avoir collaboré avec lui sur Le cinquième élément (1997). Pour donner un exemple, le design des véhicules comme le fait qu'ils volent venait de planches de Valerian et Laureline, bande-dessinée de Mézières et Pierre Christin qu'adapte Besson. Budget colossal d'environ 200 millions d'euros, casting international (Cara Delevingue, Dane DeHann, Ethan Hawke, Clive Owen, Rihanna, John Goodman et Rutger Hauer), guests délirants (Alain Chabat, Matthieu Kassovitz et Herbie Hancock notamment), tournage à la Cité du Cinéma... Valerian et la cité des mille planètes s'annonce comme un gros événement estival de 2017.

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Autant dire qu'il a mis les américains d'accord, eux qui ont toujours aimé la réalisation à l'américaine de Besson depuis Nikita (1990). Pas de bande-annonce diffusée (le film est en post-production pour un bon moment encore), mais une flopée de concept-arts ravissants et sept minutes de métrage. Les gens sur place ont évoqué une poursuite avec une créature, une scène dévoilant Rihanna dans un cabaret, les deux héros se déplaçant dans une station spatiale, puis attérissant avec leur vaisseau. Il semblerait que le film se déroule sur vingt-quatre heures. L'histoire mettra en scène Valerian et Laureline, agents spatio-temporels du gouvernement du territoire des humains. Ils attérissent sur Alpha, mégalopole où la technologie, les talents et les ressources sont utilisées en bie, jusqu'à un changement radical. Pitch simple (basé en partie sur L'empire des mille planètes, même si Besson évoque une histoire plus "originale") mais pouvant être efficace, reste à voir si Tonton Besson ne va pas accumuler les excentricités. Avec lui, les bonnes intentions peuvent vite se retourner contre lui, qui plus est avec un traitement maladroit (on a vu cela avec plus d'une bouffonerie dans les Arthur). Sans compter que Besson devra faire face à une concurrence identique à John Carter (Andrew Stanton, 2012), George Lucas s'étant inspiré aussi bien des écrits d'Edgar Rice Burrough que de la BD de Christin et Mézières pour Star Wars (1977). Sortie prévue en juillet prochain.

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27 juillet 2016

Séance faisant danser le diable au clair de lune

Cette semaine, l'Antichambre de Borat va faire trembler les murs, faire peur dans les chaumières, . Rappelons le topo de cette rubrique: trois films, trois critiques rapides mais tout aussi complètes et cette fois, ce sera au tour de films d'horreur. Au programme: une histoire vraie pas très catholique, un film d'époque diabolique et une virée sanglante dans le monde de la mode. Ready? Go! (attention spoilers)


 

The conjuring 2

Nous avions laissé l'ami James Wan avec le merveilleusement nanardesque Furious 7 (2015), film ayant accumulé des problèmes aussi bien tragiques que techniques. Le revoilà sur un budget beaucoup plus petit (on passe tout de même de 190 millions de dollars à 40 !) avec la suite de son Conjuring (2013). Après avoir lancer un spin-off que beaucoup veulent oublier (Annabelle, John R Leonetti, 2014), Wan revient sur la franchise qu'il a lancé comme il l'avait fait avec Insidious

Toutefois, à ceux qui craignent la suite directe, n'ayez pas peur. Bien que l'affaire Enfield a eu lieu après l'affaire Perron (1971 et 1977), les films Conjuring sont des stand-alone movies. Deux histoires n'ayant rien à voir ensemble et pouvant se voir indépendamment, même s'il vaut mieux voir le premier pour connaître les Warren. Ce qui n'est pas plus mal à l'heure des shared-universes et des suites se suivant sans cesse. Un peu de liberté ne fait pas de mal, d'autant plus que le réalisateur a pu avoir la liberté qu'il voulait au vue du succès du premier opus. Preuve en est un budget augmenté de 20 millions et toujours le classement Restricted à la clé. Wan peut faire ce qu'il veut et c'est bien pour cela qu'on aime son cinéma.

Comme le premier opus, The Conjuring 2 n'invente rien et c'est aussi en cela que le film s'avère angoissant. Le film a beau être une fiction, il s'inspire d'une autre véritable affaire traîtée par les Warren peu de temps après Amytiville. Pour preuve, un générique de fin qui glace le sang avec photos et enregistrements à la clé. Le côté "histoire vraie" est traîté avec autant de réussite que sur le premier opus, d'autant qu'ici des suspicions de tromperies apparaissent. D'où le personnage de Franka Potente, bien plus suspicieuse et malgré son statut de docteur en paranormal, croit moins à certaines choses que ses collègues plus convaincus. 

Wan lie de manière habile les affaires d'Amytiville et Enfield à travers un démon récurrent. Le cas Amytiville n'est donc pas choisi pour rien, d'autant que le film souligne la similarité entre les deux affaires. L'occasion de belles idées visuelles avec ce démon, à l'image également de ce plan large montrant le chien se transformant en Homme Tordu. Wan multiplie les idées visuelles superbes (on citera également les scènes dans l'au delà superbement shootées par Don Burgess), banalisant les jump scares encore bien présents. On remarquera également que la musique est bien moins entendue, ce qui évite tout sur-effet casse-pied.

Le jeu d'acteur est également à souligner, que ce soit le duo parfait Vera Farmiga / Patrick Wilson et l'impressionnante Madison Wolfe. En résultes, une suite de qualité changeant radicalement de ce que l'on peut voir d'habitude dans le genre horrifique.


 

THE WITCH

Prix du jury Syfy au Festival de Gérardmer, The Witch avait été raté par votre cher Borat, faute de pouvoir tout voir. Il s'est rattrapé au cinéma, d'autant plus qu'avec Evolution (Lucile Hadzihalilovic, 2016), ce sont les deux seuls films du festival à avoir eu une exploitation en salle en France. Une rareté de plus en plus sinistre et triste, d'autant que certains films venant de Gérardmer sont parfois plus excitant que ce qui sort en salle (cf Bone tomahawk, le grand prix de cette édition 2016 signé S Craig Zahler ayant fini en direct to dvd).

L'air de rien, ce premier film de Robert Eggers revient de loin, puisque sa première diffusion datait de 2015 à Sundance, où il récolta le prix de la mise en scène. Le temps de trouver un distributeur (A24 aux USA, Universal dans le reste du monde), le film a pu se faire une nouvelle réputation avec le festival vosgien, preuve que par chez votre cher Borat on a plutôt bon goût.

Un premier film qui se révèle particulièrement radical, puisqu'il s'agit d'un film d'horreur en costume. Ce qui change des purges actuelles, très contemporaines au spectateur. Une prise de risque qui s'avère payante, évitant les jump scares suscités malgré une surabondance de musique dans le premier tiers. Cette dernière est heureusement bien moins présente, à mesure que le scénario met à mal ses personnages. 

En soi, on peut voir The Witch comme un anti-Exorciste. Le film partage avec celui de William Friedkin cette tendance à aborder la foi des personnages. Sauf que le réalisateur évoque plutôt le contraire. Là où le père Karras (Jason Miller) la regagne lors de l'exorcisme, les personnages de The Witch ont tendance à la perdre petit à petit. Plus les drames s'accumulent, moins ils croient en Dieu et à ce qu'il représente jusqu'à un final glaçant au possible. Et plus ils deviennent fous, à l'image de la mère (Kate Dickie) voyant en sa fille une sorcière jusqu'à essayer de la tuer, alors qu'elle-même se familiarise avec un fantôme.

De même, le film accumule les faux-semblants, faisant petit à petit resserrer l'étau sur la fille la plus âgée (excellente Anya Taylor-Joy) pendant que le père (Ralph Ineson) perd de sa superbe jusqu'à une mort tragique. Le film ne cache jamais son appartenance au fantastique ou à l'horreur, montrant très rapidement l'existence de la sorcière dans une séquence particulièrement glaçante et pour le moins gore. Moins de choses sont dites, plus le spectateur s'imagine et a peur. A l'heure où le gore extasie les adolescents de la plus basique des manières, ce type de production subjugue par sa sobriété. Robert Eggers, un artiste à suivre de prêt.


The neon demon (2)

On aurait pu penser que Nicolas Winding Refn resterait dans un registre commercial après Drive (2011). Il avait clairement fait comprendre que non avec Only god forgives (2013), toujours avec Ryan Gosling mais dans un registre beaucoup plus expérimental, citant ouvertement Alejandro Jodorowsky. Au point d'avoir un peu peur de ce Neon Demon, dont beaucoup vantaient les images à Cannes mais peu du reste.

Au final, The Neon Demon s'avère bien moins compliqué que son aîné, bien plus lisible aussi. Le film ne repose heureusement pas que sur les images (superbement réalisée il faut bien le dire), ces dernières nous faisant entrer dans un monde de dégoût et de lumières sous la musique hypnotique de Cliff Martinez. Nous suivons une jeune mannequin (Elle Fanning), fille parfaite selon tout ceux qui la voit. De quoi attiser des convoitises aussi bien masculines que féminines.

Winding Refn brouille les pistes régulièrement, éludant la menace constante de certaines femmes jusqu'à un retournement de situation tardif frappant. Dès lors, on comprend où veut en venir le réalisateur quand il citait la comtesse Bathory, cette femme qui tuait des vierges en espérant devenir immortelle. Un cas déjà traîté dans le plutôt bon La comtesse (Julie Delpy, 2009) et qui trouve une variation plus gourmande et croquante ici. 

Le réalisateur évoque aussi l'ambiance crasse que génère le monde de la mode. Un monde où le temps se résume à deux-trois ans avant de passer par la case poubelle. Il faut toujours plus jeune, toujours plus mince, toujours plus parfait. Le personnage d'Elle Fanning en est la preuve, bouffée petit à petit par l'engrenage autour d'elle, devenant aussi cruelle que ses concurrentes. Los Angeles aime toujours autant tuer ses anges.

Le casting est plutôt de qualité, même si on ne retiendra pas forcément Alessandro Nivola (certains le rapprocheront du personnage de Peter Stormare dans Bad Boys 2 !) ou Karl Glusman. On retiendra tout d'abord le casting féminin, allant de l'adorable Elle Fanning à Jena Malone, reprenant petit à petit sa place dans le paysage cinématographique. L'heure d'un come-back pour le moins mérité pour cette actrice pendant un temps sortie des radars. On retiendra également la prestation éclair mais jubilatoire de Keanu Reeves, parfait salopard à tendance pédophile.

A la prochaine!

22 juillet 2016

C'est ce qu'on appelle une rencontre du troisième type

Des vaisseaux spatiaux débarquent dans les différentes mégalopoles du monde avec un seul but: exterminer la race humaine...

A l'heure où sa suite débarque sur les écrans français, il était temps de revenir à Independence Day. Nous sommes en 1996 et l'allemand Roland Emmerich commence à se faire une petite réputation dans le cinéma américain. Tout d'abord avec Universal Soldier (1992) où les robotisés Jean Claude Van Damme et Dolph Lundgren se mitraillaient, puis avec Stargate (1994), film au combien sympathique où Kurt Russell et James Spader partaient en Egypte en passant par la porte des étoiles. Petit à petit, il gravit les échelons jusqu'à atteindre les voix des studios les plus prestigieux. Le voici donc chez la 20th Century Fox avec un projet qui n'appartient à aucune licence ou franchise, pas même une adaptation de quoi que ce soit. Si on analyse le casting, on trouve de tout : des acteurs confirmés comme Bill Pullman et Jeff Goldblum, des seconds-rôles qui le sont tout autant (Mary McDonnell, Judd Hirsch, Randy Quaid, James Rebhorn, Adam Baldwin et Robert Loggia) et des jeunes loups qui ne demandent qu'à percer (Will Smith, Vivica A Fox, James Duvall et Lisa Jakub). Pourtant le succès d'Independence Day ne repose pas sur eux, ni sur le nom d'Emmerich (sur aucune affiche vous ne lirez "par le réalisateur de Stargate"). Par contre, la bande-annonce aligne les money-shots et surtout le film sort le 3 juillet aux USA. Soit le week-end de la fête nationale et le temps d'action du film. On ne pouvait faire plus logique, au même titre que Bastille day (James Watkins, 2016) est sorti le 13 juillet dernier. 

Les américains se sont rués dessus (le plus gros succès de l'année 1996), les étrangers tout autant (plus de 5 millions d'entrées en France). Aujourd'hui, le film est devenu culte, ses rediffusions sont plutôt régulières et suivies et le film bénéficie même d'une édition spéciale pour le marché vidéo. Pas besoin de suite en soi, Independence Day s'est toujours montré comme un one shot, sans fin ouverte, au point que sa suite n'en est que plus tardive. Il se suffit à lui-même, vestige des 90's où on n'avait pas besoin d'enchaîner les suites. Les one-shots étaient plus privilégiés, à l'image de Demolition Man (Marco Brambilla, 1993) ou Face/off (John Woo, 1997). ID4 faisait partie de cette race et aurait mieux fait d'y rester, notamment à cause de son fond. Vous voulez manger du patriotisme à coup de Living in America? ID4 est fait pour vous! Le titre abrégé ou pas a déjà craché le morceau, comme pour vous montrer que l'on ne vous ment pas sur la marchandise. Le film a beau se dérouler sur trois jours, c'est bien le 4 juillet qui servira de bataille finale. Mais Emmerich va heureusement bien plus loin, faisant de ce film un merveilleux nanar en puissance. Certes, le réalisateur a évoqué depuis quelques années que le film était à prendre au second degré, qu'il s'était amuser à glorifier les Etats-Unis et à les critiquer par la même occasion. Pourtant si le film est fun, on a bien du mal à voir une quelconque critique des USA et encore moins en la glorifiant ainsi. 

C'est même son premier degré délirant qui fait le charme nanardesque de son film, engendrant parfois des fous-rires incroyables. Il n'y a qu'à prendre le président Whitmore (Pullman). Homme superbe (il est même élu homme le plus sexy de 1996), mari et père aimant (houste Clinton!), ancien pilote de chasse durant la Guerre du Golfe, mec potentiellement sympathique, président cool et bon orateur. Le bonhomme n'a quasiment aucune faille en comparaison d'autres personnages du film (Jeff Goldblum par exemple) et remet en place son secrétaire d'Etat à la défence (Rebhorn). On aurait presque envie d'aller dans le premier bureau de vote venu! Mais mieux encore et c'est là que le film se paye une des séquences les plus hilarantes des 90's: dans un élan patriote et courageux, il part à la chasse aux martiens après un discours pétaradant. Aujourd'hui, tous les gosses des 90's seraient plus ou moins capables de le réciter par coeur, au moins la fin. Plutôt que de continuer à en parler, écoutons-le avec la musique de David Arnold qui n'en fait absolument pas des tonnes en fond sonore.

Sortez les briquets, le président des Etats-Unis a parlé. Les fans trouveront votre cher Borat trop cynique. Pourtant on atteint de tels sommets de patriotisme exacerbé que cela en devient hilarant. Soit on est hapé par la bonne parole en jurant sur la Bible, soit on se fend la poire en évitant de se casser une côte. Les personnages autour sont aussi des clichés ambulants. En voici quelques spécimens:

  • l'afro-américain pilote de chasse sympathique (Smith)
  • le scientifique que personne ne veut croire (Goldblum), sombrant un moment dans l'alcoolisme avant de trouver le plan du siècle
  • son père très pratiquant (Judd Hirsch avec une kippa sur la tête)
  • le secrétaire d'Etat qui cache tout, même au président. Ce qui vaut un merveilleux fou-rire, le bonhomme évoquant que la théorie d'Hirsch sur Roswell n'est pas totalement fausse, devant un président américain et un chef des armées abasourdis!
  • le scientifique barjo resté un peu trop longtemps dans la Zone 51 (Brent Spiner)
  • l'aviateur alcoolique qui décide d'arrêter de boire le jour de l'indépendance et proclamant partout que les extraterrestres l'ont kidnappé, en plus de se sacrifier. De là à dire que Randy Quaid s'est un peu trop inspiré de son personnage dans la vie réelle, il n'y a qu'un pas.

On pourrait continuer longtemps, mais chacun a sa place dans l'échiquier, Emmerich posant le plot de la plupart de ses films à venir. Que ce soit Godzilla (1998), The day after tomorrow (2004) ou 2012 (2009), tous reposent sur le même principe d'un film catastrophe choral avec des personnages clichés, fonctionnels mais servant l'intrigue du film. Ils ne sont pas décrits pour n'apparaître que quelques secondes. Les personnages de Will Smith et Jeff Goldblum ne finissent pas ensemble pour rien, certainement les personnages les plus sympathiques du lot, les moins pénibles aussi. Ils font partis de ce fun évoqué, ceux qui font passer la pilule (et heureusement). 

Le scénario repose sur une base simple, transposition de plus de La guerre des mondes (HG Wells, 1898). (attention spoilers) Les aliens arrivent, exterminent tout sur leur passage et on les détruit par un truc improbable (changez bactérie par virus). Rien de nouveau sous le soleil, rien d'inventif non plus. Il n'en reste pas moins que c'est assez divertissant pour que l'on s'en amuse. (fin des spoilers) Pour ce qui est de la réalisation, Emmerich est quand même bien pris dans les rouages de son époque. On le voit au début par des fondus au blanc pour des transitions entre les actions des extraterrestres et les plans de monuments comme la Statue de la liberté. Utilité? Aucune, mais cela devait être cool durant les 90's. On s'amusera également des arrêts sur image sur les personnages ébahis devant les vaisseaux spatiaux. Que ce soit par des zooms ou comme pour Will Smith, le fait de prendre son point de vue avant de montrer ce qu'il voit (le vaisseau). Un effet redondant qui finit par faire rire. Certaines scènes de destruction ont pris du plomb dans l'aile, comme ces plans où un arrière-plan bouge au ralenti, mais pas les acteurs au premier courant rapidement. On pense également au final avec ce vaisseau explosant avec des cgi aujourd'hui dépassés avant d'être traversé par des avions sortis de nulle part! Il n'en reste pas moins que la destruction de monuments reste un pur plaisir, jouant merveilleusement de diverses maquettes. 

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Un gros nanar patriotique, où l'on chante America Fuck Yeah entre deux destructions.


Article initial publié le 13 novembre 2009.

20 juillet 2016

Cuvée Fantastic Mr Dahl

La sortie du Bon Gros Géant était trop bonne pour que la Cave de Borat n'en profite pas. Nous n'allons pas revenir sur la carrière de Steven Spielberg, votre cher Borat lui ayant déjà consacré une rétrospective revenant sur ses réalisations et ses productions cinématographiques ou télévisuelles. Non, votre interlocuteur s'est intéressé à son auteur Roald Dahl et plus particulièrement aux adaptations de ses romans. L'air de rien, le film de Spielby est le huitième à adapter ce romancier pour enfants marquant et illustré par le non moins talentueux Quentin Blake. (attention spoilers) Il est toutefois bon de préciser que l'auteur de Charlie et la chocolaterie fut aussi scénariste, notamment sur la série Alfred Hitchcock présente entre 1958 et 1961 et aussi sur quelques films. Tout le monde connaît On ne vit que deux fois (Lewis Gilbert, 1968), cinquième opus des aventures de 007 où l'espion affronte enfin Blofeld sous les traits de Donald Pleasence. Pas l'épisode le plus brillant, même celui où l'on commence à sentir la routine et les fautes de goût (Sean Connery en mode asiatique sérieusement?), mais il divertit un minimum. En revanche, on retiendra davantage Chitty Chitty Bang Bang (Ken Hughes, 1968), une autre adaptation d'un roman de Ian Fleming par Roald Dahl, qui a également le prestige d'être produit par Albert R Broccoli le grand manitou derrière la saga 007.

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L'auteur de Casino Royale s'était inspiré du comte Louis Zborowski, mort lors d'une course automobile suite à un mauvais virage et inventeur d'une voiture nommée Chitty Bang Bang. Toutefois rien à voir avec l'amateur de martini espion de sa Majesté. Chitty Chitty Bang Bang est un roman pour enfants transformé ici en film à grand spectacle à tendance musical. Un film que votre cher Borat a longtemps vu durant son enfance (peut être pas en entier il est vrai, au vue de sa longueur de 2h20) et qu'il avait quelque peu oublié. Il restait des souvenirs par ci, par là notamment la présence du formidable Dick Van Dyke qui faisait déjà ma joie dans Mary Poppins (Robert Stevenson, 1964). Au point à une certaine époque de confondre les deux films. Il était donc temps de faire une petite cure de jouvence. Finalement nous ne sommes pas si éloigné du Disney suscité, puisque le film de Ken Hughes partage un bon nombre de scènes musicales et des aspects purement farfelus dans un monde plutôt réaliste. Le personnage de Van Dyke est un veuf avec deux enfants et un père un brin débousolé sur le dos. Un inventeur qui n'arrive pas à vendre ses idées, mais réussit toutefois un bonbon flûte! L'occasion pour Dahl de caser une scène dans une confiserie, un an après la publication des aventures du jeune Charlie.

Chitty chitty bang bang

De quoi acheter un vieux tacot autrefois voiture de course, celle qui donne son nom au film et le fameux rapport avec Zborowski. Sans compter tout l'aspect romcom pour le moins charmant avec l'inventeur rencontrant une jeune femme, qui n'est autre que la fille du confiseur (Sally Ann Howes). C'est alors que la narration s'arrête nette pour aller dans une autre direction. Les enfants veulent une histoire, papa va leur en donner et autant dire que toutes les fantaisies sont permises dès maintenant. Comme une voiture qui vole, Gert 'Goldfinger' Fröbe en roi kidnappant les enfants de son village car sa femme les déteste, tout en voulant se débarasser d'elle (!) ou Benny Hill en fabriquant de jouets! Ken Hughes se paye tous les excès puisque son récit le lui permet et tant mieux, tant le spectacle est grandiose. Dès lors, le film devient merveilleusement amusant notamment dans une scène où Van Dyke et Ann Howes doivent jouer devant la cour... des jouets! Une séquence magique dans des décors qui n'en sont pas moins fantastiques. Par la suite, Roald Dahl scénarisera l'adaptation de son propre roman Charlie et la chocolaterie, avant qu'elle ne soit réécrite par David Seltzer (La malédiction). Le conteur a toutefois désaprouvé le film, notamment car il s'intéressait bien trop à Willy Wonka qu'à Charlie. Il faut dire que le titre original (Willy Wonka and the chocolate factory) peut prêter à confusion. Certains choix d'intrigues aussi comme la mise en avant de Arthur Slugworth (Günter Meisner), devenant dans ce film un personnage cherchant à tout prix à obtenir la formule d'un nouveau produit de Wonka. Enfin, c'est ce que nous croyons.

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Le problème des industriels cherchant les secrets du confiseur était déjà dans le roman, mais ce n'était qu'un petit élément provoquant l'exil de Wonka. A cause de ces diverses raisons, le romancier n'a plus voulu que le roman soit adapté. Il faudra bien une visite de Tim Burton chez la veuve de Roald Dahl pour que les choses changent. A choisir, la version de Mel Stuart (1971) est plus appréciable, car moins lourdingue et terriblement moins artificiel. Tout n'est pas réussi chez Stuart et les deux films se répondent quotidiennement. Le déroulement est identique, mais le traitement est différent. Le film de Mel Stuart est un film familial comme Hollywood savait les faire à merveille à une certaine époque. A une époque où le grand spectacle familial ne se résumait pas à prendre le jeune spectateur pour un mangeur de pop-corn. Le film s'en tient par ailleurs uniquement sur le premier roman, là où Burton s'intéresse aussi au second opus Charlie et le grand ascenseur de verre (1978), inadaptable du temps de Seltzer et Stuart.Pas un mal quand on voit que le film de Burton s'égare un peu trop vers la fin, notamment dans la thématique du fils qui rejette son père. Une sous-intrigue qui finalement ne sert pas à grand chose au film, si ce n'est à faire durer le film un peu plus longtemps.

Charlie et la chocolaterie : Affiche 

D'autant que n'ayons pas peur de le dire, Gene Wilder est bien plus charmant et représentant d'une certaine vision du show que Johnny Depp qui se contente de faire le pitre comme il le fait depuis bien trop longtemps. On préfèra toutefois les passages des Oompa Loompas dans le film de Burton, plus imaginatifs, plus pop. Puis le clin d'oeil à 2001 (Stanley Kubrick, 1968) est plutôt rigolo. Sans compter que les enfants sont encore plus insupportables dans le film de Burton, surjouant au possible, y compris Freddie Highmore et son sourire jusqu'aux oreilles. En étant plus sobre que son successeur (il n'y a qu'à voir la scène d'ouverture des deux films pour s'en rendre compte), le film de 1971 est finalement bien plus agréable à regarder que le film de Burton. Ce dernier est même symptomatique de la chute de son réalisateur, à trop vouloir faire dans le familial. Là où autrefois il aurait dézinguer ça dans un film avec des martiens ou un homme avec des ciseaux à la place des mains, ici il fait bien trop dans le mignon et le léger. Le cynisme est parti, la marque commercial reste. Bien qu'il y a eu une adaptation animée du Bon gros géant (Brian Cosgroven, 1989), il n'y a pas eu de transposition live avant Les sorcières en 1990. On ne retrouve pas n'importe qui aux commandes, puisque c'est Nicolas Roeg réalisateur de L'homme qui venait d'ailleurs et Ne vous retournez pas. Autant dire que le décalage est fort, d'autant plus qu'il s'agit d'une production Jim Henson, ce qui veut dire marionnettes et animatroniques au rendez-vous. 

The Witches

Autant dire qu'entre la scène de transformation de Bruno (Charlie Potter) qui n'est pas sans rappeler le rat géant de La quatrième dimension (segment de Joe Dante, 1983), les maquillages des sorcières (en souveraine, Anjelica Huston récolte le ponpon avec un rendu parfaitement dégueulasse) et les petites souris, les équipes de Jim Henson ont fait du beau travail. Par ailleurs, Roeg insiste énormément sur les gros plans sur les visages des sorcières, histoire d'exploiter au maximum les maquillages. Si The Witches est une réussite graphique, elle l'est tout autant dans son scénario. La grand-mère de Luke (Mai Zetterling) installe l'intrigue dès la fin du générique en dévoilant les secrets des sorcières. Les enfants sont leurs proies et elles cherchent sans cesse d'autres moyens de les exterminer. On ne sait pas forcément ce que deviennent les enfants, mais on sait comment ils disparaissent. L'exemple de la grand-mère est ainsi plutôt angoissant voire mélancolique, puisque l'une des victimes se retrouve dans le tableau de son père, tout en vieillissant à l'intérieur. Dès lors, on comprend le combat de la grand-mère pour sauver les enfants des sorcières. Elles essayent de dissimuler dans la masse par un maquillage, des perruques et des gants. Sauf qu'elles sont repérables à leurs yeux violets. Roeg joue parfaitement avec ces éléments et livre un film fantastique de qualité et s'adressant à tous. Une production que n'aurait probablement pas renier Amblin. A noter que Rowan Atkinson apparaît la première fois avec le costume du célèbre Mr Bean. Si l'attente fut moins longue, il se trouve que deux adaptations se sont produits coup sur coup en 1996. 

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La première est signée Danny DeVito, la seconde d'Henry Sellick, ce dernier ayant eu plus de mal en raison de l'utilisation de la stop-motion. Deux films qui n'ont pas eu de succès commerciaux à leurs sorties respectives, le premier se taillant une réputation grandissante par la vidéo, le second beaucoup moins. Matilda joue parfaitement sur le conte, de la voix-off jusqu'à la caricature des personnages. Il n'y a qu'à observer les personnages qui entourent l'héroïne: un père magouilleur (DeVito), une mère qui se préoccupe plus des ragaux du coin (Rhea Perlman), une directrice d'école qui martyrise les élèves (Pam Ferris) et une professeur adorable (Embeth Davidtz). Il y a une forme de féérie pour le moins amusante dans Matilda, DeVito valorisant le plus possible le personnage principal tout le long du film. Si les pouvoirs télékinésiques de Matilda interviennent plutôt tard et ne servent finalement pas à grand chose, ils s'avèrent plausibles dans un contexte de conte. Jusqu'au dénouement qui devient purement logique et beau. Au final, DeVito s'en sort plutôt bien, lui qui s'était déjà attaqué à la fable avec La guerre des Rose (1990). Il doit également beaucoup à Mara Wilson qui tient le film à elle toute seule. James et la pêche géante est un film plus ambitieux encore, d'autant plus que comme évoqué ci-dessus, il utilise la stop-motion. Cette fois-ci, Henry Selick n'a tenu qu'à l'employer que partiellement puisqu'il réalise aussi des séquences lives. En gros, la majorité des scènes entre James et ses tantes sont tournées avec des acteurs et décors réels, celles se déroulant avec les personnages dans la pêche en animation image par image.

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Là aussi, Selick reste dans le conte, n'essayant jamais d'être réaliste. Ainsi, New York fait très carton-pate, voire petite ville de studio, mais certainement pas la Grosse Pomme tel que nous la connaissons. Idem pour le petit village, commune côtière avec l'église qui prédomine et la maison des tantes la plus reculée possible. Le film a un peu pris lors de plusieurs plans du village, idem dans l'animation qui se révèle un peu lente dans les mouvements des personnages. Même si le projet semble plus ambitieux que L'étrange noël de Mr Jack (1993), notamment à cause des scènes aquatiques et aériennes plus complexes, il a nettement moins bien vieilli, ce qui peut lui causer du tord aujourd'hui. Idem pour le ton, un peu plus tendre que le précédent effort du réalisateur. Dommage car sur ce coup-ci, Selick n'était pas envenimé par Burton, uniquement producteur. Il n'en reste pas moins un film sympathique, qui a longtemps tourné dans le magnétoscope de votre cher Borat. James n'est d'ailleurs pas sans rappeler Charlie, tant sa pauvreté et son quotidien morbide lui font rêver de jours meilleurs. Les personnages sont pour le moins attachants (d'autant que le doublage français est de qualité), la séquence des pirates est merveilleusement fun et le film n'est pas trop long. Enfin, terminons cette cuvée spéciale Roald Dahl sur un autre film en stop-motion (tout du long cette fois) avec Fantastic Mr Fox (Wes Anderson, 2009).  

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Un projet de longue date que Wes Anderson voulait faire avec Selick, ce dernier ayant dû au final se désister à cause de Coraline (2009). Alors certes le film est plus récent, les techniques ont également évolué, mais la stop-motion de ce film est impressionnante. Que ce soit les marionnettes / figurines qui sont d'un détail fou (que ce soit le pelage ou les costumes) et à différentes échelles (le renard fait face à des hommes), les décors très grands et les mouvements fluides et superbes de dynamisme, Fantastic Mr Fox est une des plus grandes réussites récentes dans ce format. Pour ce qui est du reste, le film est du pur Wes Anderson transposé en animation. Mr Fox et ses camarades masculins sont tous des sortes de dandy, le fils se sent mal aîmé et se voit en concurrence avec le neveu (on se croirait dans un des tableaux de La famille Tenenbaum ou de La vie aquatique), le casting vocal est impressionnant avec les réguliers (Jason Schwartzman, Bill Murray, Willem Dafoe, Adrien Brody, Michael Gambon) ou pas (George Clooney, Meryl Streep) et on a une construction en chapitre. L'histoire semble respecter les thèmes de Roald Dahl (le héros refuse le conformisme dans lequel il s'est mis, l'enfant essayant de se trouver une place), tout en gardant la personnalité de son réalisateur. Pas une chose facile quand on passe dans un medium qui n'est pas le sien, mais Anderson a réussi son pari. Allez à la semaine prochaine sur l'air phare de Matilda!

14 juillet 2016

La Nuit et le Jour d'une même pièce s'affrontent enfin

Bruce Wayne voit d'un très mauvais oeil Superman après les événements survenus à Metropolis. L'affrontement entre le cape crusader de Gotham City et le kryptonien est inévitable...

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Zack Snyder aurait très bien pu réaliser une suite à Man of Steel (2013), permettant au héros kryptonien de s'imposer d'autant plus dans le milieu super-héroïque actuel. Il n'a pas choisi la facilité en enchaînant avec Batman V Superman: Dawn of justice (2016), pierre majeure du DCVerse confrontant son Superman, une nouvelle vision de Batman et Wonder Woman. BVS est un film qui a de lourdes pressions sur ses épaules, notamment commerciales et une volonté d'initier un univers ouvert envisagé depuis longtemps par DC Comics. Au point de s'être trompé de montage lors de sa sortie en salle. L'ultimate cut que l'on peut voir depuis quelques semaines est le montage qui doit être vu en priorité. Vient alors la question évidente: pourquoi ne pas l'avoir sorti ainsi? Deux raisons apparaissent: le film aurait perdu des séances à cause de sa durée finale de trois heures et il y a toujours le problème du classement Restricted. Qu'il soit PG-13 ou Restricted, l'adolescent américain de moins de 17 ans devra tout de même être accompagné pour le voir. Ceci tient plus de l'hypocrisie des studios qui ne veulent pas perdre d'argent avec un film qui pourrait être trop violent. Le succès de Deadpool (Tim Miller, 2016) est pourtant la preuve qu'il y a un public pour ce type de film super-héroïque plus percutant, mais à la différence de BVS, il n'a coûté QUE 50 millions de dollars. C'est vraisemblablement le prix à payer pour que le réalisateur ait la liberté qu'il veut.

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Un problème que Snyder avait déjà connu avec son Sucker Punch (2011), lui aussi réduit à montrer son vrai montage en vidéo. BVS ne déroge pas à la règle, se trouvant bien plus crédible et logique dans son déroulement que dans la version salle (qui était déjà de qualité). (attention spoilers) Ainsi, tout ce qui concerne le plan de Lex Luthor (Jesse Eisenberg excellent en nerd caractériel) prend davantage de sens dans cet ultimate cut, autrefois cantonné à une simple sous-intrigue de plus et ce malgré l'omniprésence du personnage de Callan Mulvey. On voit que tout part véritablement de la séquence en Afrique, avec l'implication d'une CIA prête à casser des oeufs pour obtenir des informations (on sait désormais que le photographe-espion se nomme Jimmy Olsen) et les hommes de Luthor faisant maquiller le tout pour une attaque de Superman (Henry Cavill toujours grandiose dans le rôle). Dès lors, des petits détails jamais exploités dans le montage initial vont faire leur apparition, permettant au film d'exploiter une belle théorie du complot visant à dégommer Superman en place publique. Pour cela, le plan de Luthor est simple: se mettre certaines personnes dans sa poche pour accuser le super-héros de tous les maux. Prenez une comédienne pour témoigner devant la cour suprême en la faisant passer pour une rescapée de l'attaque africaine et quand ce sera fini, liquidez-la dans l'anonymat le plus complet. Là où la version salle nous montrait que Wallace Keefe (Scott McNairy) était un dommage collatéral de Luthor sans aller jusqu'au bout, ici on nous dévoile qu'il n'était pas prêt à mourir, encore moins de savoir qu'il avait une bombe indétectable pour Superman dans son fauteuil. Un élément zappé de la version salle heureusement rajouté dans ce nouveau montage.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo

Idem pour ces membres du congrès que Luthor essaye d'amadouer et qu'il fait exploser à la cour. L'ajout de Janet Klyburn dans cette théorie du complot n'est pas anodine, permettant plus de précision au sujet de la balle retrouvée dans le carnet de Lois Lane (Amy Adams). Certes, Klyburn n'apporte finalement pas grand chose au film, d'autant plus que l'on avait longtemps cru que le personnage de Jena Malone était Barbara Gordon. Mais elle permet de voir que la CIA était au courant des différentes manigances de Luthor et qu'elle n'avait jamais osé s'y attaquer. Tant que cela reste secret, autant ne pas se mouiller les mains. Lois Lane gagne en épaisseur tout comme Clark Kent en tant que journaliste. Si autrefois cela apparaissait comme un rôle banal uniquement là pour masquer son activité super-héroïque, dans cet ultimate cut ses talents d'enquêteur apparaissent, le montrant aller à Gotham pour mieux connaître les activités de Batman (Ben Affleck) et ses conséquences (il interroge la femme d'un trafiquant d'hommes tué suite à son arrestation par Batman). Mais surtout, Snyder interroge ses personnages sur leurs statuts de héros. C'est ainsi que la haine entre Superman et Batman naît: le premier voit en Batman un criminel semant la terreur à Gotham City, le second un extraterrestre qui peut détruire le monde avec ses pouvoirs. La première scène post-générique de début le dévoile assez violemment en reprenant l'attaque de Metropolis, mais du point de vue de Bruce Wayne.

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Henry Cavill

Un dieu vu par un oeil humain et voyant le massacre qu'il a malheureusement engendré. Pour Wayne, Superman représente l'ennemi car il peut tuer tout le monde avec ses pouvoirs. Il est un danger pour ceux qu'il est censé protéger. Ses craintes augmentent à la fois par l'explosion du congrès et par un cauchemar. Snyder exploite plusieurs fois la notion de rêve au cours du film, mais le cauchemar post-apocalyptique de Wayne va peut être plus loin encore. Il montre que Superman peut devenir un élément de peur (notamment pour Wayne) et que Wayne est prêt à se battre contre Superman et ce qu'il représente pour d'autres. Certains y voient peut être un point à venir dans Justice League (que Zack Snyder tourne en ce moment), d'autant plus que l'on peut voir le logo Omega représentant Darkseid et son armée de créatures. D'autant plus que comme il s'agit d'un rêve, Snyder peut aller dans des univers qui n'ont rien de réalistes (ou s'y prêtent à peine), comme ici avec un monde désertique n'étant pas sans rappeler celui de Mad Max 2 (George Miller, 1981). Il faudra bien un moment délirant (les auteurs de DC Comics avaient quand même une sacrée imagination pour donner le même prénom aux mères de ses héros fondateurs !) pour que la folie de Wayne s'arrête. Le combat attendu n'est donc pas seulement physique, mais aussi idéologique. Ceux qui n'attendaient qu'une débauche façon bourrin comme la Marvel a pris un peu trop l'habitude d'en faire ont évidemment été déçu, devant attendre au moins 1h30 avant de voir du bourre-pif furieusement excitant. 

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Amy Adams, Jesse Eisenberg

Or, pour qu'un combat de titans de ce type voit le jour, il faut des raisons. Ce que fait Snyder avec le plan de Luthor visant à les faire s'affronter, engendrant une paranoïa de Bruce Wayne atteignant des sommets et un Superman voyant un être violent face à lui et déterminé à l'éradiquer. Sans un contexte, l'affrontement n'aurait été que bête et stupide et même s'il ne sert pas de climax, il est l'élément central du film que ce soit dans ses causes et ses conséquences. Le portrait de Batman n'a d'ailleurs strictement rien à voir avec ceux de ses aînés, ce qui est une bonne chose. Preuve que l'on peut montrer un personnage sous différentes facettes au cinéma sans que cela soit redondant. Tim Burton en avait fait un freak, sorte de créature de Frankenstein engendrée par la mort de ses parents et comprenant mieux ses ennemis du fait de sa ressemblance avec eux. Une vision qui avait perduré grâce à Bruce Timm et sa merveilleuse série animée (1992-1999). Joel Schumacher avait malheureusement été contraint de faire du tout public, quitte à faire de Batman un rigolo en moule-bite que n'aurait pas renié la série des années 60. Christopher Nolan avait ancré Batou dans un univers post-11/09 fort réaliste, le confrontant à des terroristes mettant sa ville à feu et à sang. Snyder n'est pas loin de la vision de Nolan dans son contexte, mais le fait de vieillir le personnage permet un changement. Batman est devenu un monument de peur, celui qui marque au fer rouge les criminels qu'il condamne. Un juge et un bourreau pas loin de ressembler au Judge Dredd. 

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Sans compter une filiation plus qu'évidente à The Dark Knight returns (Frank Miller, 1986), dont Snyder reprend durant quelques plans certaines cases (Batman transperçant un mur avant de prendre la mitraillette d'un assaillant pour tirer sur un autre; Batman accroché au mur sous un éclair ou ce rêve avec la chauve-souris). Ne parlons même pas de l'affrontement entre Superman et lui renvoyant au dernier acte du run de Miller, que ce soit par les flèches remplies de kryptonite ou le costume robotique de Batman. Il s'agit également d'un Batman vieillissant (plus de quarante ans, des mèches blanches apparaissent), plus massif encore que celui de Christian Bale, plus violent (que ce soit dans le montage original ou l'ultimate cut, Batman ne retient pas ses coups) et paranoïaque (le fait qu'il se méfie de Superman renvoie également à différents runs comme La tour de Babel ou le jeu-vidéo Injustice). D'autant plus que Gotham est tout le temps filmée la nuit, Wayne sortant le jour uniquement pour aller voir le tombeau de ses parents, renforçant cette appartenance aux ténèbres. Un personnage plein de colère (même la course-poursuite utilise le tempérament de Batman pour la rendre plus sauvage) et qui l'utilise sur la mauvaise personne. Pour évoquer son trauma familial, Snyder fait sobre, balançant le drame dès les premières minutes par un ralenti, renvoyant à son Watchmen (2009). D'autant plus que Ben Affleck se révèle parfait pour le rôle, impressionnant physiquement et reprenant le flambeau avec justesse. Il n'y a plus aucun doute, il est Batman. 

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Superman s'interroge également sur son statut de héros, pas aidé par des événements de plus en plus tragiques. La version salle nous montrait seulement Superman dans le congrès en flamme, ici on nous le montre en train de sauver les survivants. Preuve de la bonté du personnage. On voit que le personnage est touché par l'événement, qu'il aurait pu empêcher cela. L'air de rien, Snyder et David S Goyer ont montré un Superman plus pensif, se demandant si ses actes sont bons pour ceux qu'ils sauvent, ce qu'il représente pour eux. Un aspect autrefois balayé pour plus de divertissement, mais qui prennent sens désormais avec un héros plus humain, voire christique. Alors quand le final arrive en mettant en scène l'un des moments les plus iconiques des comics des 90's, l'émotion est bel et bien là dans ce qu'elle a de plus triste (This is my world, probablement un des plus beaux morceaux de l'ost). Snyder aurait pu terminer son film de manière classique, il a pourtant décidé de mettre le coup de grâce. Après avoir fait dans la pyrotechnie et le déluge cgi (parfois pas tous jolis ou lisibles, même si cela passe mieux en le revoyant), Snyder se pose, rend tragique la mort de Superman en la traîtant de la manière la plus humaine possible. Batman et Wonder Woman (Gal Gadot) restent immobiles et impuissants devant le malheur de Lois Lane. Le plan est iconique et fait mal au coeur. Certes l'Amazing Grace sonnera lors de deux enterrements en montage alterné (celui de Superman et celui de Kent), mais la séquence n'a aucune réplique avant celle du prêtre. Superman s'est sacrifié pour sauver des innocents, les USA lui rendent l'hommage qui lui est dû. On pourra dire que Snyder joue sur le patriotisme (et une remarque de Jon Stewart durant le film est assez jouissive à ce propos), mais le traitement n'est pas caricatural et est en soi logique. 

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On attendait aussi beaucoup de Diana Prince, apparaissant pour la première fois au cinéma après le cafouillage de son film durant les 2000's. Il s'agit certainement d'une des bonnes surprises du film, même si elle apparaît finalement peu. Ses apparitions n'en restent pas moins intéressantes, notamment dans son jeu de chat et de la souris avec Bruce Wayne. D'autant plus que ce sont eux qui devront rassembler les justiciers dans Justice League. Elle ne dévoile son costume d'amazone que dans le climax contre Doomsday, mais le personnage est particulièrement épique, bien aidé par le thème très inspiré de 300 (2007), Is she with you? Gal Gadot réussit à donner un charme fou à Wonder Woman, donnant envie de la revoir en juin prochain. BVS ne réussit pourtant pas tout. On pourra être déçu de l'affrontement avec Doomsday, moins fort et alléchant que le combat entre les deux héros. Pire encore, il y a le fameux moment Justice League avec des vidéos toutes plus improbables et gadgets les unes que les autres. Cette scène sort même du film à vouloir l'intégrer dans le récit. Il aurait mieux valu ne reposer que sur la scène entre Flash (Ezra Miller) et Wayne, d'autant plus que la scène peut être vu comme un élément à venir (sauver Lois Lane) et raccord au personnage de Barry Allen qui navigue entre différents temps. Une scène plus intéressante que les vidéos inutiles vues par Diana Prince. (fin des spoilers) La musique d'Hans Zimmer et Junkie XL est finalement de qualité, pouvant être écoutée aussi bien sans le film. Ce qui n'est pas un mal pour le compositeur allemand si l'on se fit à l'ost d'Interstellar (2015), qui se révélait répétitive en écoute seule. 

Batman v Superman : L’Aube de la Justice : Photo Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill

Zack Snyder signe un film de super-héros puissant, largement réhaussé par un ultimate cut bien plus pertinent. 

13 juillet 2016

Le mythe de l'enfant sauvage

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Genre: aventures
Année: 1984
Durée: 2H15

L'histoire: Peu après sa naissance, un petit garçon dont les parents viennent de décéder, est recueilli par une guenon en pleine jungle d'Afrique équatoriale.

La critique d'Alice In Oliver:

Dans toute sa carrière, Christophe Lambert n'aura signé que trois bons films: Subway, Highlander et... Greystoke, la légende de Tarzan.
Et sincèrement, l'acteur se révèle tout à fait crédible dans le rôle de cet être qui a grandi parmi les singes et a survécu dans une jungle hostile.

Mais une épreuve bien plus terrible l'attend... Sa rencontre avec les hommes va définitivement bouleverser son existence. 
Il va vivre parmi eux pendant des années. Rapidement, il va apprendre leurs coutumes et s'adapter relativement facilement à cette nouvelle vie, sans pour autant oublier son côté sauvage et animal.

Avec Greystoke, le réalisateur, Hugh Hudson, revisite le mythe de l'enfant sauvage avec un certain talent. Dans Greystoke, l'animal, ce n'est pas le singe, mais l'homme, ce dernier n'hésitant pas à torturer les animaux, à les massacrer et à détruire la nature qui l'entoure.
Hugh Hudson propose donc une vision peu reluisante de l'humanité. Le film se concentre également sur l'enfance de notre jeune héros, ce dernier étant élevé par les singes. Cela constituera la première partie du film.

Greystoke, la légende de Tarzan : photo Hugh Hudson

La seconde partie de Greystoke, toute aussi passionnante, traitera de son intégration parmi les hommes. 
C'est là que notre jeune héros va apprendre l'amour et à devenir un être sociable.
Greystoke est donc à la fois un film beau, poétique mais cruel sur la nature humaine. C'est probablement le meilleur rôle de Christophe Lambert au cinéma.


La critique de Borat

L'air de rien, Christophe Lambert a une carrière assez variée. Qu'on se le dise ce n'est pas toujours brillant, souvent mâtiné de productions qui n'étaient pas faites pour lui (il renie par exemple Beowulf et Vercingétorix, à cause de mésententes et problèmes de production notables) ou séries B luxueuses ou non. A vrai dire, on pourra toujours dire qu'il y aura un avant et un après Highlander 2 (Russell Mulcahy, 1991), la suite foireuse d'un de ses plus grands succès qui a quelque peu bousiller son ascension. Il est donc de bon ton de revenir à une époque où il n'incarnait pas un immortel écossais, et où il ne naviguait pas encore dans le métro de Paris pour Luc Besson. Nous sommes au début des 80's et Christophe Lambert est parmi ceux qui auditionnent pour un film hollywoodien. Mais pas n'importe lequel: Greystoke, projet de la major Warner (la même qui produit le film sorti mercredi dernier). A la réalisation, Hugh Hudson ovationné pour Les chariots de feu (1981) et au scénario, Robert Towne oscarisé pour Chinatown (Roman Polanski, 1974) et touche à tout invétéré (il est crédité aussi bien pour Bonnie and Clyde que pour... Mission Impossible 2 !). Le but ? Adapter les romans d'Edgar Rice Burroughs mettant en scène Tarzan. Christophe Lambert se retrouve à passer après une flopée d'acteurs, le premier venant à l'esprit étant Johnny Weissmuller qui l'a incarné durant douze films entre 1932 et 1948.

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Le personnage a beau avoir été abordé plus d'une fois au cinéma, cela faisait un petit moment qu'il n'était pas revenu sous la houlette d'un grand projet d'envergure (on exclut plus ou moins le Tarzan de John Derek, plus connu pour dévoiler les formes de la sculpturale Bo Derek). Celui que l'on appellera rapidement Totof n'est alors qu'un jeune premier, sortant tout droit du conservatoire. Une fois choisi, l'acteur français se prépare auprès de singes, apprenant le langage des signes avec eux, avant de passer à l'entraînement physique (valant à Totof une bonne trentaine de kilos en plus). Ce ne sont d'ailleurs pas des singes que nous voyons à l'écran, mais des hommes costumés par Rick Baker qui récidivera sur Gorilles dans la brume (Michael Apted, 1988) quelques années plus tard. C'est l'une des grandes qualités du film, car à aucun moment on ne se doute qu'il s'agit d'hommes sous un costume. D'autant que les singes ont une grande place durant le film, que ce soit lors de la première partie où ils élèvent Tarzan ou le final. C'est dire le niveau de crédibilité du travail de Baker. Idem pour le reste du film, sortant de l'habituel divertissement mettant en scène le Roi de la jungle depuis les années 30. Le ton est beaucoup plus sérieux et si vous vous attendez à un film d'action, il vous faudra regarder une autre adaptation. Tarzan n'est pas représenté comme un homme d'action comme cela semble être le cas dans le film de David Yates ou même dans le film Disney (Kevin Lima, Chris Buck, 1999). Il est un homme élevé par les singes et découvrant le monde des Hommes. 

Greystoke, la légende de Tarzan : Photo Christophe Lambert, Hugh Hudson, Ian Holm

Si la seconde partie se révèle plus classique, la première risque fort de décontenancer certains spectateurs et pourtant c'est peut être la plus intéressante. Quasiment muette, se contentant majoritairement du langage des signes et montrant les origines du héros, tout comme son enfance dans la jungle. Hudson signe une première partie presque expérimentale (shootée avec brio par John Alcott, chef opérateur des films de Stanley Kubrick entre 1968 et 1980), avec un héros se construisant à travers les plans, évoluant, chassant, s'imposant dans un monde qui n'est pas le sien, devenant même chef de clan. Un héros issu d'une tragédie, celle de deux naufragés morts de la malaria ou tué par ceux qu'il considère désormais comme ses parents. Hudson ne fait pas de concession, montrant l'Homme face à un environnement qu'il ne connaît pas et ayant alors peu de moyen de se défendre. Le film change radicalement dès que Totof Lambert rencontre Ian Holm. Dès lors, Hudson signe un film plus classique mais néanmoins plaisant, Tarzan apprenant désormais à travers les yeux d'un homme. Le Capitaine D'Armot lui permet de revenir parmi les Hommes et de découvrir un monde fait de richesse, d'amour et de cruauté. Toujours dans un discours contestataire, le réalisateur n'hésite pas à confronter l'Homme face aux ravages qu'il entretient.

Greystoke, la légende de Tarzan : Photo Christophe Lambert, Hugh Hudson

Après tout, si D'Armot a fini en Afrique, c'est pour une exploration. La colonisation en Afrique par le "Grand Blanc" qu'il soit belge ou anglais. Idem dans son final brutal, montrant l'Homme face à un animal, qui représente bien plus l'humanité que celui qui s'en revendique. La violence est omniprésente, qu'elle confronte un homme vivant avec les singes à un autre singe ou un homme tirant sur un animal, car il représente soi-disant un danger pour lui. Greystoke n'est pas qu'un portrait cruel évidemment et révèle aussi d'autres facettes. Comme la relation entre Tarzan aka John Clayton (nom qui ironiquement sera celui du méchant du film Disney) et son grand-père (Ralph Richardson), vieil homme meurtri par la mort de sa fille et attendant son petit-fils depuis une éternité. Dès lors, Greystoke apparaît comme un film mélancolique sur le temps passé et les regrets. De même, comment ne pas évoquer le romantisme ambiant des scènes entre John Clayton et sa cousine Jane Porter (Andie MacDowell) ? Un personnage qui apparaît très tard au cours du métrage, mais s'avère particulièrement beau. Rien à voir avec l'érotisation habituelle de Jane. Elle n'ira pas dans la jungle vivre avec celui qu'elle aime, rendant leur amour impossible et touchant. Si le casting est de grande qualité, que dire de Totof Lambert ? Il n'a jamais été aussi bon qu'ici, pas même dans Highlander (Russell Mulcahy, 1986) où il était un des atouts majeurs. Il n'est jamais ridicule dans le rôle, alors que les spectateurs habitués à son cabotinage et son rire délirant pourraient le penser. Il est parfait en Tarzan et peut même être considéré comme la meilleure incarnation du personnage au cinéma.

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Une oeuvre mélancolique et violente, portée par l'interprétation mémorable de Christophe Lambert.


Article initial publié le 25 novembre 2011.

10 juillet 2016

Séance animée en plein pacifique

A l'heure où le public français est dans l'attente de la finale de l'Euro 2016 (ou pas tout le monde n'est pas footeux), l'Antichambre de Borat fait son grand retour. Pour les deux du fond qui ne sont toujours pas au courant du pourquoi du comment, voici le topo de cette rubrique: trois films sont chroniqués de manière plus rapide, moins longue, parfois sur un même thème comme c'est le cas aujourd'hui. Cette semaine, nous allons nous intéressés au cinéma d'animation avec au programme: un voyage en Californie, une préquelle rotoscopique et une chevauchée avec le diable. Ready? Go! (Attention spoilers)


 

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Malgré une critique récurrente de la presse et du public, les suites ou films dérivés de films Pixar ont toujours valu le coup d'oeil. Certains critiquent le manque d'originalité, pourtant ce sont les premiers à vanter les mérites des suites de Toy Story (Lasseter, Unkrich, 1995-2010) et justement leur tendance à renouveller des thèmes déjà exploités. Comme ce sont les mêmes qui autrefois demandaient des suites à Monstres et cie (devenue une préquelle en 2013), aux Indestructibles (en préparation) et au Monde de Némo qui nous intéresse ici même. Une forme d'hypocrisie qui n'empêche ni la qualité, ni l'originalité.

L'introduction du Monde de Dory (Andrew Stanton, 2016) est d'ailleurs assez identique à celle du Monde de Némo (idem, 2003). Dans le premier, on voyait le trauma de Marin (sa femme et la plupart de ses bébés tués par un espadon), ici celui de Dory (elle a perdu ses parents, s'enfonçant toujours plus loin dans l'océan). Comme pour montrer qui est le personnage principal du film. Marin et Némo ne sont ici que des second-rôles, limite des faire-valoirs en fin de compte. L'accent est mis en priorité sur Dory, son point de vue, les rencontres qu'elle effectue et sa quête (retrouver ses parents). 

De même, Andrew Stanton ne raconte pas deux fois la même chose, proposant un périple californien, reposant quasi-essentiellement sur le leitmotiv de la mémoire. Dory se souvient par flashs ou de ce qu'elle se rappelle. De là, Stanton évoque le thème de la famille, Dory pouvant s'aider d'une communauté pour avancer dans son périple. Il permet aussi de voir comment ce type de trouble est vu par les autres, y compris par ses amis. Si Némo se révèle plus conciliant, Marin semble avoir plus de mal, pareil pour le poulpe Hank. A cela se rajoute l'intolérance d'un grand nombre de personnages croisés par Dory, insensibleS ou ne comprenant pas son handicap. Dès lors Le monde de Dory devient un film sur le droit à la différence et à la tolérance.

Le réalisateur se permet également de taper sur les centres pour animaux, très propre à l'intérieur (avec même voix de Sigourney Weaver ou Claire Chazal en VO ou en VF), bien crade à l'extérieur. Preuve en est le fond de l'eau plein de containers (et donc de pollution) et des algues qui remontent à la surface en pagaille. Le centre a beau parler de remettre les poissons dans la nature, pourtant cette dernière est toujours salie par l'Homme. Et encore dites vous que cela aurait pu être pire: avant de voir le terrible Blackfish (Gabriela Cowperthwaite, 2013), l'équipe prévoyait de mettre en avant Marineland.

Si Le monde de Dory est moins fort que Le monde de Némo (tout du moins scénaristiquement, le film étant bluffant visuellement), il n'en reste pas moins une séquelle qui en a à revendre. Le tout agrémenté de nouveaux personnages sympathiques, à l'image de Gérald, ce lion des mers ressemblant comme deux gouttes d'eau à Groucho Marx. Si la VF est de qualité, rien que d'entendre la voix de Kev Adams est insupportable. Même pour un second-rôle. Comme quoi après les crises d'urticaires, il y a aussi les crises auditives.  

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Après l'Amérique, allons de l'autre côté de l'Océan Pacifique. Japon, terre d'Hayao Miyazaki, Satoshi Kon et de bien d'autres cinéastes amateurs d'animation traditionelle ou pas. Le pari de Shunji Iwai est plutôt osé puisque pour faire une préquelle à son film live Hana and Alice (2004, jamais sorti dans nos contrées), le réalisateur est passé à l'animation. Mais pas n'importe comment: en filmant les actrices Anne Suzuki (Returner) et Yu Aoi (Kenshin le vagabond, Shokuzai) pour ensuite passer à la rotoscopie. Pour rappel, il s'agit de dessiner sur des images filmées afin de donner plus de réalisme à l'animation. Une technique utilisée notamment par Ralph Bakshi pour son adaptation du Seigneur des anneaux (1978) et Richard Linklater pour A scanner darkly (2006).

Dans ce cas précis, cela permet à Iwai de mettre en scène ses actrices, tout en les rajeunissant. Dans le film original, elles incarnaient des lycéennes alors que dans Hana et Alice mènent l'enquête (2015), elles sont encore au collège. La rotoscopie permet alors au réalisateur de garder la jeunesse de ses actrices et de leur permettre de reprendre leurs rôles comme si de rien n'était. Dans tous les cas, cela permet de voir les deux actrices particulièrement pétillante dans une rotoscopie se confondant parfois avec la réalité. Preuve en est des décors très ressemblants ou des actions précises (preuve en est les scènes de danse). 

Le public français n'est pas aidé par le manque de connaissance du premier film (notamment sur les clins d'oeil, comme la danse entre les deux héroïnes). Toutefois, étant donné qu'il s'agit d'une préquelle, il découvre les héroïnes sans avoir un air de déjà vu, ni de savoir ce qu'il va se passer. Preuve en est, Hana n'apparaît que lorsqu'Alice viendra chez elle, soit au moins plus d'une demi-heure.

Avant cela, le spectateur assiste à une sorte d'enquête un peu bizarre, mêlant fantastique de comptoir (tout est volontaire) et teen movie (Alice essaye de se trouver des amis, malheureusement sans grand succès). Est-ce que Judah est vivant? Votre cher Borat vous laisse la réponse en suspens, mais finalement ce dilemme n'est que secondaire. Il ne sert qu'à ressembler deux héroïnes qui ne demandaient qu'à se rencontrer. Alice permet à Hana de sortir du silence et de chez elle, Hana apparaît comme la première personne en qui elle peut se confier. Les deux font la paire et elles sont terriblement attachantes. Un film qui l'est tout autant et donne terriblement envie de voir le film original.


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Enfin, terminons cette séance avec une ressortie remarquée du mois de juin. Si vous lisez un peu la presse cinématographique, vous difficilement pu passer à côté de l'affiche de Belladonna d'Eiichi Yamamoto (1973), film longtemps invisible en France restauré en 4k. Un film réalisé au sein de Mushi Production, studio d'animation fondé par Osamu Tezuka (pour les deux du fond, l'auteur d'Astroboy, Le roi Léo et Blackjack) et plus particulièrement dans la branche Animerama. Le but était de produire des films d'animation pour adultes, avec notamment la sexualité en point d'orgue. Seulement trois films naîtront de cette branche, faute de succès commercial: Les mille et une nuits (Yamamoto, 1969), Cléopatre (Yamamoto, Tezuka, 1970) et donc Belladonna.

Ceux pensant voir un film d'animation à la Hayao Miyazaki peuvent aller voir ailleurs. Que ce soit dans le ton ou l'animation, cela n'est pas du tout le même univers. Le ton est donné lors des premières séquences avec des dessins majoritairement fixes dévoilés à l'aide de travellings latéraux allant de droite à gauche et vice versa, à l'image de Yellow submarine (George Dunning, 1968). Peu de séquences animées en fin de compte, puisque ce sont parfois seulement des personnages qui le sont et pas forcément le décor, ou alors seulement une partie des personnages.

Belladonna devient alors une expérience monumentale, surtout pour un public peu habitué à une animation aussi minimaliste. D'autant plus que le film fait la part belle à une musique psychédélique, rappelant soudain que le film a bel et bien été réalisé dans les 70's. Peu de dialogues à l'horizon, la plupart des chansons résumant ce qu'il se passe à l'écran.

Une histoire médiévale où d'entrée de jeu le spectateur assiste au viol d'une jeune femme. De là à voir un parallèle avec Caligula, il n'y a qu'un pas... L'animation est aussi radicale que l'acte: plutôt que de montrer la scène de manière réaliste, le réalisateur montre une trace rouge venant et repartant entre les jambes de l'héroïne. Ce qui renvoie en soi au fait que l'héroïne était surement vierge et que ce viol apparaît malheureusement comme sa première fois.

Le film continuera à explorer la sexualité sinistre de son héroïne, à travers Satan se matérialisant plus ou moins par un phallus devenant de plus en plus gros. L'héroïne ne cessera de souffrir dans son malheur, peu aidé par un mari ne pouvant la protéger. Un hymne féministe radical aussi bien dans son animation que dans son fond, n'hésitant pas à aller au fond des choses. Quitte à désarçonner le spectateur dans des séquences trip qu'un amateur de marie-jeanne ne renierait pas.

Peut être que les spectateurs de l'époque n'étaient pas prêt à ce type de films. Aujourd'hui, dans un cinéma d'animation japonais souvent violent, voire pornographique, Belladonna apparaît tout de suite comme un film magnifiquement poétique et revendicateur.

A la prochaine!

07 juillet 2016

Quand va t'on arrêter le massacre?

Les Orcs mênés par le machiavélique Guldan affrontent les Humains. Parmi les Orcs, certains attendent le bon moment pour effectuer leur rebellion...

Warcraft (2)

Dans le monde des adaptations de jeux-vidéo, le spectateur (et notamment joueur) est constamment déçu et il en vient à se demander si un jour une adaptation de qualité arrivera. Alors à chaque fois qu'un gros projet (comprenez pas un film d'Uwe Boll) montre le bout de son nez, on espère que cela changera. A chaque fois, la catastrophe est toujours plus violente. Ce fut le cas sur des films comme Max Payne (John Moore, 2008) ou Prince of Persia (Mike Newell, 2010). Même un film comme Need for speed (Scott Waugh, 2014), aussi anecdotique soit-il, se révèle plus agréable à regarder. Il est inutile de tourner autour du pot: Warcraft est un énième ratage de plus dans ce sous-genre à lui tout seul. Arlésienne depuis le début des 2000's, Warcraft arrive finalement aujourd'hui après bien des épreuves. Blizzard a tellement tenu à s'impliquer que le studio a fini par faire comme Microsoft sur le projet Halo, tout en le menant à terme. Il n'est pas étonnant que Sam Raimi ait jeté l'éponge sous des pressions aussi bien artistiques que financières. Duncan Jones, finalement réalisateur du film, résume malgré lui la situation: "Warcraft [rapporte à Blizzard] un milliard de dollars par an. Ils ne veulent pas qu'un petit film à la con vienne ruiner leur business. Universal vient tout juste de débuter sa relation avec Legendary. Il y avait donc BEAUCOUP de politique! Et moi j'étais au milieu, essayant de faire le meilleur film possible." *.

Warcraft : Le commencement : Photo

Il est malheureux de se dire que désormais bons nombres de blockbusters sont régis à travers des réunions, avec ce qui est à faire ou pas. Au point de se dire que Blizzard s'est tellement impliqué que Jones n'a pas pu développé une quelconque vision. Une grosse production embourbée dans un cahier des charges pénible qui la rend finalement inintéressante. Le fan de jeu trouvera peut être une adaptation fidèle (et encore, vraisemblablement c'est loin d'être le cas), mais le néophyte comme votre interlocuteur quand est-il? Certes le fan retrouvera des personnages qu'il connaît, qu'il a déjà vu, avec qui il a joué, mais le néophyte risque de ne pas s'y retrouver, non aidé par un scénario indigent qui ne fait qu'enfoncer les portes ouvertes. Là où il aurait dû permettre aux néophytes de s'intéresser à l'univers ou aux jeux, c'est bel et bien le contraire qui se produit. Ainsi, Jones a beau présenter différentes nations et personnages clés, on peine à comprendre leur utilité, leur conflit ou quoique ce soit d'autre. On parviendra même difficilement à se souvenir de leurs noms, voire à les confondre comme c'est le cas des Orcs. Pourquoi les Humains combattent les Orcs? On ne le saura pas, mais vraisemblablement les Orcs aiment bien tuer des Humains pour acquérir des territoires. Qui sont ces elfes aux sourcils hérités de Fu Manchu et ces nains en cgi dégueulasses au look de Gimli? On ne sait pas. Ils sont là pour la figuration lors d'une réunion à l'issue vue et revue.

Warcraft : Le commencement : Photo

Le sorcier incarné par Ben Foster est vite montré comme trouble. Il apparaît rapidement comme avec les forces du mal suite à plusieurs événements. Mais pourquoi? Là non plus, tout est flou: vanité, curiosité, pulsions? Avec ce type de raccourcis scénaristiques, on en vient à taper sur le principal problème de ce Warcraft: il n'est que le premier volet d'une trilogie. Quand bien même les producteurs et le réalisateur (même pas sûr que Duncan Jones veuille rempiler, si cela est possible) veulent installer une franchise, encore faut il avoir des bases solides. On peut critiquer une franchise comme Transformers (Michael Bay, 2007-), mais en attendant chaque opus est un one-shot et le spectateur n'a pas forcément besoin de voir le premier ou le deuxième pour comprendre le troisième film (ne parlons même pas du quatrième, qui est une sorte de reboot). Ce sont des films qui peuvent se voir un par un (et pas forcément à la suite), car leur structure est claire. On pourrait alors citer en contre-exemple la trilogie The Hobbit (Peter Jackson, 2011-13). Sauf qu'à la différence de Warcraft, tous les films ont été quasiment tourné en même temps et on était sûr que chaque opus sortirait au cinéma. Ce qui risque de ne pas être le cas de Warcraft à l'heure actuelle: si les recettes internationales se mesurent à plus de 376 millions de dollars (dont une bonne partie venant de Chine), le box-office américain est encore plus ridicule que celui du Fantastic Four de Josh Trank (45 millions contre 56). On ne sait pas encore la décision d'Universal, Legendary et Blizzard, mais dire que la trilogie Warcraft ne verra pas le jour semble plus qu'évident.

Warcraft : Le commencement : Photo Paula Patton, Travis Fimmel

Une scène romantique? Non chers lecteurs, il n'y aura même pas un bisou.

D'autant que le spectateur se rend vite compte que ce film n'est qu'une vulgaire introduction, annonçant les soi-disants enjeux de la trilogie. (attention spoilers) Le sorcier Orc Gul'dan (Daniel Wu) est un admirable salopard que tout le monde craint, tuant au passage le héros principal Durotan (soit le seul personnage un minimum attachant du film et joué correctement par Toby Kebbell) en trichant, mais comme il servira certainement dans les volets suivants, personne ne le tue. L'héroïne hybride Garona (Paula Patton) tue le roi des humains (Dominic Cooper) sur sa demande pour instaurer une trêve surement de courte durée. Elle rejoint les rangs des Orcs en héroïne face à son cher et tendre Lothar (Travis Fimmel) partant la queue entre les jambes. Une idylle qui devrait être réutilisée dans le second voire le troisième opus, comme pour faire un délire John Smith-Pocahontas (alors que l'on nous coupe net à chaque fois qu'une attirance arrive entre eux). A ce rythme là, on peut dire que l'apprenti sorcier (Ben Schnetzer) va augmenter en niveau et que le fils de Durotan et Draka (Anna Galvin) va se venger dans les opus à venir (au passage, merci la Bible pour l'Orc sauvé des eaux). (fin des spoilers) Quand on évoque ces différents éléments "à venir", on ne peut être qu'écoeurer de voir un film aussi vide, bouffé par des ambitions "à venir" dont le spectateur se fout copieusement en ce moment même. Si le spectateur n'a pas un fond concret, il n'aura pas envie d'aller plus loin.

Warcraft : Le commencement : Photo Ben Schnetzer, Travis Fimmel

Outre cela et les facilités scénaristiques, on pouvait toutefois y trouver peut être un divertissement simpliste mais sympathique. Preuve en est, un Jurassic World (Colin Trevorrow, 2015) n'invente pas l'eau chaude, mais a le mérite de délivrer la marchandise et de détendre. On cherche encore cela dans Warcraft, incapable de délivrer ne serait ce qu'un vulgaire morceau de bravoure. Les affrontements entre Orcs et Humains tournent courts, faute d'enjeux (la plupart des Humains se font écraser par les massues et les coups des Orcs). Pire encore, ces scènes sont terriblement pauvres en action, voire molles. Il n'y a jamais de côté épique, encore moins de scènes dignes du genre fantasy. De quoi pleurer quand on se souvient du minimalisme de Conan le barbare (John Milius, 1982), qui réussissait à délivrer un lot de combats funs et bien chorégraphiés. La bataille finale n'a rien d'intéressante, les Humains se contentant de tirer dans le tas avec des armes à feu et avec une issue déjà vue et revue. Sans compter parfois des transitions douteuses, avec montage cut souvent en pleine discussion ou durant un moment intime. Warcraft se voudrait du niveau du Seigneur des anneaux (Peter Jackson, 2001-03) que ce soit scénaristiquement ou visuellement, il n'en arrive même pas à la cheville du Hobbit. Pour preuve, des décors majoritairement en cgi sans personnalité et déjà vus. Pire encore, Jones essaye d'insuffler une émotion chez certains personnages (notamment Lothar), mais cela tombe toujours à plat. A cela se rajoute un jeu d'acteur entre la caricature (Fimmel jouant l'homme ivre, consternation assurée et pourtant il essaye de tirer le personnage vers le haut) et la transparence (Ben Foster sorcier au charisme invisible et en faisant des tonnes pour faire ténébreux).

Warcraft : Le commencement : Photo

Un énième blockbuster à suite qui ne raconte rien, ne sert qu'à introduire des éléments dont finalement on se contrefout et ennuie copieusement.


 * Propos issus de Cinemateaser numéro 54 (mai 2016).

03 juillet 2016

Cuvée Popaul #1

Après trois semaines d'absence, la Cave de Borat revient plus forte que jamais et non avare en contenu. Pendant plusieurs semaines, elle va vous évoquer la carrière du plus exilé des réalisateurs hollandais, Paul Verhoeven. Tous ses films seront abordés dans la Cave de Borat au cours de plusieurs cuvées (3 ou 4 cela dépendra du temps). Comme Wes Craven ou Guillermo del Toro l'an dernier, je reviendrai sur sa filmographie dans le désordre, en fonction des (ré)visions de ses films et aussi par envie (on a parfois envie de se débarrasser de certains boulets). Êtes-vous prêts? Go! (attention spoilers)

  • Hollow Man (2000) : Partir, partir...

Hollow man poster

Certes, nous allons commencé cette première cuvée par son dernier film américain. Votre interlocuteur aurait pu commencer par les premiers de meilleure qualité, mais il se trouve qu'il a voulu revoir Hollow Man en premier, histoire de voir si son jugement avait changé. Hollow Man arrive dans une sombre période pour Paul Verhoeven: il ressort des dézingages successifs de Showgirls (1995) et Starship Troopers (1997) et cherche à s'éloigner de la science-fiction. C'est aussi pour cela qu'il s'intéresse dans un premier temps au projet Dinosaurs. Un projet où il devait montrer un jeune stégosaure essayant de survivre dans un jurassique violent et sans dialogue. Disney finira par le faire sans lui, sans réelle violence, avec des dialogues et sans sexe (il était question d'un possible accouplement, sacré Popaul!). Le réalisateur finit par atterrir sur le projet Hollow Man déjà bien en place avant même
qu'il n'arrive. Une commande où il ne peut pas toujours faire ce qu'il veut, pas aidé non plus d'un scénario qui fait face à des mesures drastiques. "Nous n'avions pas le droit d'aborder l'histoire différemment : nous étions maudits, obligés de rester à l'intérieur du laboratoire, car les héritiers de HG Wells [auteur de la nouvelle L'homme invisible] nous épiaient. Si l'homme invisible s'était baladé trop longtemps à l'air libre, ils nous auraient fait un procès. (...) Impossible donc de jouer avec ce concept." (*).

Popaul Hollow

Paul Verhoeven avec Kevin Bacon sur le tournage.

Par ailleurs, le film se vend en partie sur une séquence d'effets-spéciaux (le personnage principal disparaissait par petites couches), preuve que l'intérêt du film ne fut probablement pas dans son script, mais dans la recherche. Pour cela, rappelons que Popaul fut diplômé en mathématiques et son rapport à la technologie s'est toujours imposé durant sa filmographie américaine. Durant le tournage, l'actrice Elisabeth Shue a une blessure au tendon d'Achille, entraînant une interruption de tournage durant plusieurs semaines avant son retour. Si le réalisateur passe sans encombre le passage à la MPAA ("C'est mon premier film en anglais à avoir été accepté par le comité de censure du premier coup" *) et que le film est un gros succès de l'été 2000 (près de 200 millions de dollars de recettes pour 95 de budget), il le désavoue copieusement. "Pour être honnête, Hollow Man était très creux. Il a accentué ma lassitude vis-à-vis de ma situation aux Etats-Unis. Je voulais passer à quelque chose de plus instable, tourner de nouveau des films personnels. Avec  Hollow Man, j'avais l'impression de mener un projet totalement hollywoodien, et de ne pas très bien le faire, en plus!" (*) "Certes il a rapporté de l'argent malgré son très gros budget, mais il n'est pas vraiment de moi, il ne me ressemble pas. Vingt autres réalisateurs auraient pu aboutir au même résultat." (**) Si le film est Restricted aux USA, il n'est finalement pas aussi violent que les précédents opus US du réalisateur.

Bacon saignant

Un Bacon saignant.

Il n'en reste pas moins un film paradoxal, probablement un des derniers blockbusters à être classé ainsi avant une tendance quasi-terminale au PG-13. Puis, quand bien même ils sont Restricted, la violence est avant tout graphique et bien moins psychologique, là où le cinéma de Verhoeven tapait dans les deux catégories avec un sens subversif que l'on ne retrouve plus à Hollywood. Hollow Man reste dans un côté subversif rien qu'en se focalisant sur le personnage principal. Si son évolution en tant que tueur psychopathe est trop succinte, elle n'en reste pas moins logique. Juste que le montage va beaucoup trop vite, à l'image du dernier plan qui s'enchaîne avec le générique, comme si on voulait à tout prix que le film se finisse le plus rapidement possible. De même pour les scènes du second acte qui se succèdent avec une rapidité folle. Par exemple, on ne sait pas pourquoi il s'attaque aux personnages inoffensifs incarnés par Greg Grunberg ou Mary Randle. Il les tue pour les tuer, car ils sont là au mauvais moment. C'est toute la différence avec un personnage comme Sarah (Kim Dickens) qui l'agace et refuse ses avances. Au final, si les événements caractérisent bien le personnage, ils sont trop vite montrés pour y adhérer. Dès le début, Sebastian Caine (Kevin Bacon) est montré comme un apprenti-sorcier, une rock-star du milieu, voire un parfait connard.

Hollow Man, l'homme sans ombre : photo

Il travaille avec son ex Linda (Shue) sur un processus servant à rendre invisible jusqu'à ne plus produire d'ombre. C'est probablement le point le plus intéressant car en devenant invisible, Caine devient encore pire qu'il ne l'était déjà. Vicieux il l'était, sauf que désormais il se permet des attouchements, voire un viol (scène quelque peu inutile dans le montage cinéma que le montage vidéo fera augmenter, devenant dès lors un peu plus crade et moins expédiée). On se demande en revanche l'intérêt du rêve de Linda. A-t-elle peur que cela arrive ou aime t-elle encore un peu Caine? Aucune réponse et la scène paraît surtout comme un moyen de capitaliser sur l'image subversive et coquine de Verhoeven, qu'il a engendré en partie avec Basic Instinct (1992) et Showgirls. C'est un prolongement de sa personnalité déjà bel et bien là, comme dans l'adaptation de L'homme invisible signée James Whale (1933). Même si la tendance est malheureusement au cabotinage dans les derniers instants (pas aidé non plus par la rapidité du traitement), Kevin Bacon apparaît comme un choix parfait, d'autant plus que l'acteur a joué la plupart des scènes où il est invisible via un costume vert. L'acteur est plus qu'impliqué là où aujourd'hui, une doublure numérique serait vite effectuée à partir de capteurs et où l'acteur aurait juste à doubler son personnage. On n'en dira pas autant de ses camarades, qui sont soit bofs, soit anecdotiques dans des rôles peu intéressants.

Bacon blague

Pour ce qui est des effets-spéciaux, Hollow Man est exemplaire et même si quelques plans ont vieilli (notamment quand le personnage est crâmé), ils n'en restent pas moins le point fort du film. Les procédés des équipes de Phil Tippett et Sony Imagework permettent de voir les différentes couches dans des séquences-test (le passage du gorille, celui où Caine se transforme), mais aussi en exploitant le plus possible les possibilités de textures du personnage. Que ce soit avec de l'eau, du sang (voire le plan ci-dessus), de la vapeur ou du feu. Si Hollow Man fait date c'est avant tout pour cela et non pour son script. Si le film se suit sans déplaisir, les problèmes évoqués par Popaul ci-dessus paraissent évidents en le regardant. Son final en huis-clos tourne rapidement en rond, repoussant sans cesse l'arrivée dehors qui finalement servira de générique de fin. Le passage de l'ascenseur en est même plutôt lourdingue, semblant en rajouter toujours un peu plus pour que le film soit plus long. Sauf que c'était peut être avant qu'il fallait augmenter la durée. De même, l'intrigue est beaucoup trop prévisible et les éléments scientifiques sont vite expédiés pour évoquer la démence du personnage. Un dernier travail aux USA pour le Hollandais Violent qui apparaît comme un signal pour un retour inévitable en terre natale.

  • Showgirls (1995) : Le rêve américain mis à nu

Showgirls poster

Malgré les critiques durant sa période hollandaise (Spetters avait essuyé un lot de critiques négatives, en raison d'un ton radical),
Paul Verhoeven n'avait jamais essuyé un tel revers avant Showgirls. Après Basic Instinct, le réalisateur doit s'attaquer dans un premier temps à Mistress of the seas, projet de la Columbia sur Anne Bonny et Mary Read, deux flibustières du XVIIème siècle. Geena Davis doit incarner une d'entre elles, mais le studio insiste pour un rôle masculin fort notamment en pensant à Harrison Ford. Ce qui posa dès lors un problème notable chez le réalisateur: "Les producteurs voulaient un héros plus fort que les héroïnes, ainsi qu'une histoire d'amour très convenue [on imagine facilement qu'ils ne voulaient pas de plans à trois comme l'évoquent certains faits]. Ce qui allait à l'encontre de mes intentions." (*). D'autant que le projet grimpe rapidement en terme de budget (aux alentours de 75 millions de dollars). Geena Davis finira par jouer dans un autre film de pirates, qui aura des conséquences colossales sur le prochain projet de Popaul. En effet, il se lance dans Crusade, blockbuster avec Arnold Schwarzenegger que
doit produire Carolco (plus d'infos dans Cuvée jamais faites). Engloutissant un bon paquet de dollars de déficit, le fameux L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995) engrange la chute du studio qui anéantit les chances de Crusade. Popaul ne se laisse pas abattre et relance un projet qu'il garde sous le coude depuis un moment avec le scénariste Joe Eszterhas, son larron de Basic Instinct.

Popaul show

Un peu de rouge à lèvres?

L'arrêt de Crusade permet au duo de se reformer toujours sous l'égide de Carolco essayant de survivre, d'autant que le scénariste se voit offrir un beau chèque de 2 millions de dollars pour écrire la chose. Une époque où, comme évoquée récemment (voir Cuvée last lethal weapon), le pouvoir de certains scénaristes se mesurait à des cachets spectaculaires, au point d'engendrer une chute vertigineuse chez ces scénaristes par la suite. En soi, le scénariste ne s'est pas foulé puisqu'il reprend plus ou moins les grandes lignes de Flashdance (Adrian Lyne, 1983) qu'il a écrit: une jeune femme essayant de s'imposer dans un milieu sinistre, tout en essayant de survivre. Changez Pittsburgh par Las Vegas. Si Verhoeven est content du film en général, il est en revanche assez sceptique sur les qualités du scénario. "Personnellement, je pense que c'est un film intéressant mais que le scénario n'est pas très bon. En revanche, techniquement, j'en suis très content (...) Mais l'histoire est vraiment trop inspirée d'Eve [Joseph L Mankiewicz, 1950] et elle n'est absolument pas novatrice. C'est d'ailleurs pour ça que Showgirls est un film qui peut se revoir plusieurs fois : comme l'histoire n'est pas très bonne, on n'a pas besoin d'y prêter attention, on se contente d'apprécier la manière dont elle est racontée à travers les images." (*). Le réalisateur évoque même qu'il était plus plausible que le film soit un thriller, avec meurtre à la clé.

Showgirls : Photo

Elle croyait au rêve américain. Plus pour longtemps...

Ils finissent par peaufiner le scénario en allant à la chasse aux témoignages. Pas de spectacle à l'horizon, mais plutôt des rêves évanouis récoltés auprès de danseuses de pole dance et de revue, producteurs... Le scénariste a toutefois un problème avec le choix de l'actrice principale, Elisabeth Berkley escapée de la série Sauvés par le gong (1989-1993) et entretenant rapidement une liaison avec le Hollandais Violent. Quand le réalisateur doit rendre sa copie, le verdict est sans appel: Showgirls ne sera pas Restricted comme rêvé mais NC-17, ce qui revient à perdre le public des moins de 18 ans (interdiction définitive, pas d'accompagnement possible). Le film ne se remboursera qu'avec les ventes de VHS qui furent conséquentes et deviendra culte au fil des années. Ce qui n'était pas vraiment le cas en 1995. Le film est descendu en flèche, ruinant la carrière de Berkley (Gina Gershon, sa rivale dans le film, s'en sortira un peu mieux grâce à de bons choix), annonçant le déclin de Popaul à Hollywood et se payant une flambée de Razzie Awards en clou du spectacle. Le réalisateur viendra récupérer chacun des prix (à l'image d'Halle Berry et Sandra Bullock des années plus tard), se payant une déclaration biblique au passage ("Qui te gifle la joue droite, tourne aussi vers lui l'autre joue"). Vous en voulez encore? Alors les déclarations de Kyle MacLachlan, l'amant de Gershon et Berkley dans le film, sont pour vous!

Showgirls : Photo

"Je ne l'avais pas encore vu, mais j'étais impatient. Je fus littéralement estomaqué. J'ai dit, 'C'est horrible. Horrible!' Petit à petit mon coeur s'est serré pendant que je regardais le film. Une fois la première scène passée, tu te dis: 'Oh, c'était une mauvaise scène' (...) tu tente par tous les moyens de te convaincre que ça va s'améliorer... mais ça empire! (...) C'était juste... peut être le mauvais projet avec le mauvais réalisateur et le mauvais casting" (3). Mon avis était particulièrement négatif lorsqu'il a fallu critiqué ce film dans ces colonnes. Le principal défaut du film évoqué était sa vulgarité crasse, quand ce n'était pas certaines scènes de striptease et sexe délirantes. Le fond était peut être présent mais mal représenté. Comme quoi revoir un film que vous n'avez pas aimé (et vice versa) est toujours une bonne expérience, votre cher Borat est fin prêt à faire son mea culpa: oui Showgirls est un bon film, pas parfait mais il en a à revendre. Le propos du film apparaît davantage à la seconde fois. A l'image de films comme Robocop (1987) et Starship Troopers (1997), Verhoeven se paye un portrait de la société au vitriol, n'hésitant justement pas à jouer avec ce sens de la vulgarité. Ne l'oublions pas, nous sommes à Sin City aka Las Vegas. Showgirls peut très bien être vu comme une séquelle improbable de Casino (Martin Scorsese, 1995), avec toute la crasse qui a explosé après que les heures glorieuses soient passées.

gina

Nomi et Cristal mise en concurrence à cause des hommes.

Le monde de Showgirls est sale, vicieux et fout complètement en l'air l'idée du rêve américain. Nomi (Berkley) voulait devenir danseuse? Elle commencera comme stripteaseuse, dévoilant toute son anatomie aux investisseurs chinois que les promoteurs sont bien contents d'amener aux bars à striptease pour faire signer des contrats juteux. Une fois qu'elle atteindra le top du confort, elle finira par partir la ville ayant fini par la dégoûter. Quand vous passez une audition, vous avez intérêt à être chevronnée et à en vouloir, car sinon c'est la porte tout de suite. Preuve en est cette fille qui vient pour la seconde fois, a refait son nez sur les recommandations du producteur et est finalement recalée car ses oreilles sont décollées. On citera également le personnage de Robert Davi, gentil en privé mais connard méchant au boulot, qui en vient à suggérer qu'une petite fellation est une gageure pour débuter dans son club. On ne sait pas si c'est une réalité, mais il y a de quoi émettre un doute. Ce dernier en vient à dire que les clients veulent baiser avec les stripteaseuses. D'où une nudité extravagante et ce striptease de Berkley ressemblant plus à un rapport sexuel qu'à une danse privée. Le pire dans tout cela est que la concurrence et la pression sont tellement grandes que les filles en viennent à se tirer dans les pattes. Une des danseuses du casino voit sa fille se faire critiquer par sa principale rivale, le coup dans le dos ne sera que plus fort.

Showgirls : Photo

Kyle MacLachlan, un ami qui vous veut du bien.

Un événement que Nomi a vu et qu'elle reproduira par la suite quasiment à l'identique (juste la méthode change) lorsqu'elle verra que Cristal ne veut pas d'elle en doublure. La raison? Un homme toujours, celui qui gère en grande partie ce rififi. L'impayable Kyle MacLachlan, séduisant au départ, salaud total au final et ayant des relations gourmandes et croquantes avec les deux femmes. Finalement, les deux finiront par se pardonner, mais le mal a été fait. Nomi a vu ce qu'elle peut faire pour être au sommet et part dégoûtée à jamais. Les femmes dans le film sont montrées comme de la viande que l'on balance dans la fosse aux lions. Certains y verront malheureusement le contraire (le point de vue est bien moins explicite que dans Elle), mais Verhoeven a beau dévoilé ses femmes, ce n'est pas elles qu'il fusille. Les hommes sont tous décrits comme des profiteurs, voire des ordures et quand bien même ils le sont moins, il y a toujours un moment où la supercherie apparaît. Verhoeven a toujours valorisé les rôles de femmes ambiguës, mais sachant se défendre face à des hommes les décevant ou les maltraîtant. On en a encore la preuve avec Showgirls. Le plus sinistre exemple? La copine de Nomi (Gina Ravera) violée par le chanteur qu'elle admire et ses gardes du corps. La scène est courte, presque anecdotique (elle arrive un peu trop tard), amenant à la conclusion évidente (quasiment le même plan final que Spetters) mais fracassante, répugnante et mettant sérieusement mal à l'aise.

Showgirls : Photo

Plus que Rutger Hauer dans Spetters (champion de motocross, il finissait par humilier son "poulain" pour un reportage d'un présentateur avide de buzz), Andrew Carver (William Shockley, qui jouait déjà un violeur dans Robocop !) apparaît comme le cas typique de la vedette se croyant tout permis car il a le pouvoir. Probablement que ce genre d'événements a dû arrivé plus d'une fois, étouffé le plus possible par des attachés de presse peu scrupuleux. Showgirls est un film violent qui remue et ne plaira pas à tout le monde pour sûr. Mais son discours n'en reste pas moins percutant et plus que réaliste.

  • Starship Troopers (1997) : America Fuck Yeah!

Starship_troopers_poster

Starship Troopers symbolise deux choses dans la carrière de Paul Verhoeven : certainement un de ses plus grands films (voire son meilleur selon votre interlocuteur), mais aussi celui qui lui a valu son ticket de retour en Hollande (même s'il y a eu Hollow Man). Il est assez amusant de faire un parallèle avec Independence day (Roland Emmerich, 1996) et Mars attacks (Tim Burton, 1996). D'un côté, vous avez un allemand qui réalise un film pro-ricain jusqu'au boutiste (ce discours du président, peut être une des plus belles rigolades des 90's), de l'autre deux réalisateurs dézinguant l'image impérialiste des Américains et sa tendance militariste délirante. Le résultat est sans appel rien qu'en regardant le box-office local: plus de 306 millions de $ pour ID4, plus de 37 pour Mars attacks et plus de 54 pour Starship Troopers. L'Américain a préféré se faire bichonner grassement plutôt que de voir une réalité bien moins reluisante. Le film de Verhoeven  est même dans une position plus radicale encore que celui de Burton, car son film a coûté très cher (105 millions de $) et se paye une campagne violente de la critique américaine. Le réalisateur témoigne: "Je me souviens d'un article dans le Washington Post (...) qui affirmait que le film était fasciste, et que son écriture et sa réalisation étaient néo-nazies. Le problème, c'est que cet article a été énormément repris, avant même qu'on puisse entamer la tournée promotionnelle en Europe. Quand nous sommes partis défendre le long-métrage dans des pays qui avaient souffert du fascisme (...) nous avons dû nous battre en permanence avec les journalistes, leur expliquer que le film utilisait l'imagerie fasciste pour dénoncer une situation contemporaine." (*).

Popaul Ironside

Paul Verhoeven et Michael Ironside sur le tournage.

Donc pour la presse de l'époque, Starship Troopers est un film nazi réalisé par un néo-nazi et écrit probablement aussi par des néo-nazis. Il suffit de lire un peu la biographie de Popaul pour voir que tout cela est faux. En effet, on peut dire que Paul Verhoeven est un survivant de la Seconde Guerre Mondiale. Il a témoigné plus d'une fois de réguliers bombardements, de missiles tombant près de sa maison, certains n'explosant pas, voire pire encore. "Des allemands nous ont forcés à prendre un détour. Ils ne voulaient pas qu'on prenne la route habituelle qui mène à notre maison. A la place, on a dû passer devant les corps de civils hollandais qu'on sortait d'une prison, en représailles de l'assassinat d'un officier allemand. (...) mon père et moi avons dû assister à cet acte de terreur. Bien sûr, c'était une manière pour les Allemands de nous montrer ce qui arrivait si on n'était pas sage." (*). Ce n'est qu'un exemple, mais dès lors une question se pose: comment peut on-penser qu'un homme ayant connu l'horreur nazie lors de ses plus jeunes années soit un fasciste ou pense pareil que des fascistes? On serait curieux de savoir l'avis actuel de certains critiques de l'époque, y compris français. Le réalisateur s'est en revanche fait plaisir sur le commentaire audio du DVD en se payant les critiques avec une certaine autodérision, au point que le carton "les opinions exprimées durant les interviews et commentaires présents sur ce disque n'engagent que leur auteur" sera créé pour l'occasion. Toutefois si le réalisateur est largement blanchi désormais, Starship Troopers apparaît tout de suite comme un film polémique compte tenu de ce qu'il adapte. 

Starship Troopers : Photo

Comme le suggère l'acteur Michael Ironside "l'auteur du roman original, [Robert] Heinlein, [était un fasciste] : il a écrit un livre basé sur le Citizen's Rule Book, et il pensait que si vous n'étiez pas prêt à tuer pour votre pays, vous ne devriez pas avoir le droit de vote." (4). Essayer de produire un film pareil entre deux guerres en Irak paraît totalement improbable aujourd'hui et pourtant, le film s'est réalisé avec une rapidité incroyable. Dès 1994, le réalisateur est impliqué par le scénariste et le producteur de Robocop, Ed Neumeier et Jon Davison. Comme le souligne Verhoeven dans le hors-série de Mad Movies qui lui est consacré, l'époque était peut être celle de Bill Clinton (1993-2001), elle n'en reste pas moins annonciatrice de la catastrophe Bush Jr (2001-2009). Le discours politique était déjà présent dans le scénario, pourtant personne n'a rien dit à Sony, ni à Disney (le film fut distribué par Buena Vista dans plusieurs pays, dont la France). Selon Popaul, "le film s'est fait grâce à plusieurs changements de régimes successifs chez Sony. Mike Medavoy, qui avait donné son feu vert au projet, a disparu. Puis Marc Platt est arrivé, puis Bob Cooper a pris sa place, et ainsi de suite. (...) Au moment où un ponte commençait à comprendre le film qu'on était en train de tourner, il n'était déjà plus en poste (...) Et quand le régime s'est enfin stabilisé, le film était déjà fini." (*). Y compris lors d'un test visuel jouant déjà de l'imagerie fasciste et où Phil Tippett s'amusait déjà avec ses insectes. Sur le plan visuel, Starship Troopers appartient à la catégorie des blockbusters les plus beaux des 90's avec Terminator 2 (James Cameron, 1991) et Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993).

 Starship Troopers : Photo Casper Van Dien

Le film a beau avoir presque vingt ans au compteur, ses effets-spéciaux sont toujours aussi magnifiques et innovants, bien aidés par l'association Sony / Tippett. Les plans de foule d'insectes sont par exemple de vrais sommets dans le genre et ne parlons même pas de l'explosion particulièrement impressionnante, restant encore aujourd'hui comme l'une des plus longues de l'histoire du cinéma. A cela rajoutez un mélange de cgi, maquettes et plateaux savoureux (Verhoeven se fait même plaisir dans le commentaire à vous dire ce qui est truqué ou pas!). Sans compter un bestiaire de créatures pour le moins jubilatoire, chacun tirant leur épingle du jeu au cours du film. Que ce soit les arachnides combatives jusqu'au bout (le pauvre Rico en sait quelque chose); les scarabées explosifs (valant encore une belle explosion au passage); les insectes volants et le cerveau évidemment, montré le plus tard possible pour donner un peu de surprise au spectateur. L'air de rien, Starship Troopers est un spectacle de grande qualité, alignant les scènes d'action d'anthologie et particulièrement saignantes, probablement un des derniers film Restricted à faire autant parler la poudre et faire couler le sang. Le tout bien renforcé par un score de Basil Poledouris fracassant et guerrier, résonnant encore dans toutes les têtes. On en vient alors au scénario lui-même, ce sommet de nazisme en 1997. Pour adapter Heinlein, Neuiemer et Popaul se sont faits plaisir en faisant le contraire. Au lieu de faire la promotion de ce monde comme l'aurait fait Heinlein s'il avait fait un film de son livre, le duo opte pour l'oeil critique en démontant tous les aspects socio-politiques de cet univers.

Casper et Dina

Comme l'évoquait Michael Ironside ci-dessus, dans ce monde ceux qui ont le droit de vote sont ceux qui ont fait leur service militaire, les fameux citoyens. S'ils le sont, leurs études seront payées, certains deviendront même politiciens, au pire des militaires accomplis en gravissant les échelons. Ce qui n'empêche pas le civil de vivre confortablement, comme l'atteste la maison familiale de Rico (Casper Van Dien). Le monde est devenu une véritable coalition se trouvant un ennemi spatial sous le visage de nos insectes adorés. Comme à son habitude, ce dernier ne peut s'empêcher d'envahir un univers qu'il ne comprend pas (remember les Espagnols avec les Indiens et plus récemment les Américains avec les Irakiens), avant d'aller prendre les armes quand leur territoire est attaquée (Popaul et Neumeier étaient visionnaires car cela annonce ni plus, ni moins la seconde Guerre d'Irak). Le duo reprend également le principe de Robocop en faisant des spots de propagande, cette fois-ci sous forme de guide éducatif type CD-ROM et ce dès l'ouverture dévoilant la toile de fond. Ces spots permettent de savoir également que certains humains sont capables de télépathie (ce qui est le cas de Carl), mais aussi de voir des images au combien débiles avec des gosses écrasant des cafards! Mieux encore, Popaul s'amuse avec les médias montrant ce qui doit être censuré ou pas à leurs yeux. Une vache se fait bouffer par un insecte? Censuré! Des soldats tués en direct puis montrés en tant que cadavres? On le montre car il faut attirer de futurs soldats, créer une émotion pour susciter un engagement (Rico devait revenir sur Terre, la mort de ses parents le fait repartir au front). 

censored

uncensored

Quand la propagande fait ce qu'elle veut avec les images.

Soit ce qu'ont fait les nazis à leur époque, mais aussi les Américains sur la plupart des guerres où ils ont été impliqué (IIème Guerre Mondiale, Vietnam, Irak). Verhoeven et Neumeier n'inventent rien, ils ne font que constater ce qui existe déjà et l'exploitent à un stade peut être plus vicieux que dans Robocop. Idem pour ce cameraman n'hésitant pas à filmer au plus près pour bien montrer le présentateur se faire tuer. Si on ne parle pas forcément d'audimat dans le cadre de ce film, il s'agit dans tous les cas d'une critique des médias allant toujours plus loin pour créer le buzz. Le duo égratigne également le corps militaire en beauté, prenant le contre-pied de la plupart des films US de son époque et même encore maintenant (Independence day en ligne de mire toujours). On en vient encore à fouetter les soldats lors d'une faute grave; le personnage d'instructeur joué par Clancy Brown a beau être qualifié, il doit perdre son statut pour aller au combat; et évidemment ceux qui agissent sur le terrain sont moins bien lotis que ceux qui sont dans les airs (un reproche que fait Rico suite à l'assaut des arachnides). Comment ne pas évoquer le personnage de Carl (Neil Patrick Harris), devenu colonel dans un uniforme qui rappelle immédiatement celui des nazis? Il a par ailleurs un sens moral aussi particulier que celui des nazis, faisant tuer toute une escouade pour seulement savoir s'il y a bien un cerveau chez les insectes. Une centaine de soldats majoritairement perdue pour un alien, le sens du sacrifice selon Carl. Popaul n'a d'ailleurs pas choisi ses acteurs pour rien, tout en regrettant peut être de ne pas avoir pris un acteur comme Matt Damon qui lui aurait permis peut être plus de remontées commerciales (Popaul a préféré miser sur les effets-spéciaux plutôt que le gros cachet d'un acteur). 

Carl

Le nazi, la pilote et le franc-tireur.

Il a avant tout pris des acteurs beaux (Van Dien, Denise Richards, Dina Meyer) ou dans des contextes différents (Harris star de série enfantine dans les oripeaux d'un nazi); ou alors des trognes d'amour dont il a le secret (Brown, Ironside mais aussi Dean Norris et Jake Busey). Dans le premier cas, il s'agit avant tout de montrer une jeunesse belle et pleine d'avenir sacrifiée sur l'autel de la guerre. On nous montre l'armée victorienne et indestructible durant une grande partie des spots de propagande pour finalement un premier assaut servant de véritable boucherie et l'assaut des arachnides d'en rajouter une couche. Certes les soldats se sont bien battus mais pour combien de morts? On voit également que chacun des personnages évolue. Rico passe du jeune homme partant à la guerre transi d'amour d'une Carmen (Richards) qui s'en fout un peu beaucoup; à un véritable guerrier ayant le même discours que son ancien professeur ("Allez, on se bouge bande de macaques!"). Dizzy (Meyer) aussi par amour de Rico, personnage touchant s'il en est, son lieutenant jusqu'à une mort à laquelle Verhoeven insiste beaucoup. Jusqu'à présent, il n'avait pas montrer de morts fortes au cours du film (même celle d'Ironside est au final assez anecdotique), mais il met en avant celle de Dizzy car le personnage est plus attachant que Carmen ou même Rico. Une mort magnifique et riche en émotion. Starship Troopers a beau avoir accumuler deux suites DTV (Tippett, 2004; Neumeier, 2007), une série animée (1999-2000), un film d'animation (Shinji Aramaki, 2012) et un remake toujours (et heureusement) en préparation, on se souviendra toujours que du premier film, ce magnifique fuck toujours aussi visionnaire.

  • Business is business (1971) : Un début sous le signe de la comédie

Business is business poster

Comme évoqué plus haut, Paul Verhoeven a survécu à une Hollande à feu et à sang entre 1939 et 1945. Lors de son adolescence, il se retrouver en France où il découvre quelques films qui feront sa cinéphilie, avant de revenir aux mathématiques en Hollande. Par la suite, il fait son service militaire où il effectue quelques court-métrages, puis plus tard des documentaires pour la télévision. Un d'entre eux attire l'oeil puisqu'il est consacré à Anton Mussert, membre du parti nazi sur les terres hollandaises. L'occasion d'évoquer un personnage d'extrême-droite percevant Hitler comme un "messager envoyé par Dieu", tout en se donnant le rôle de "prophète". L'occasion également d'interviewer d'anciens SS, chose quasi-impossible à l'époque. "Je considérais pour ma part que ces gens devaient pouvoir s'exprimer et que cela ne m'empêchait pas d'être en profond désaccord avec eux." *. Il se retrouve ensuite sur le projet Floris (1969), sorte de version batave d'Ivanhoé (1958-59), Thierry la Fronde (1963-66) et Johan en de Alverman (1965-66). L'histoire d'un chevalier revenant au pays gouverné par Maarten van Rossem. Une sorte de Robin des bois hollandais qui permettra à Popaul de rencontrer Gerard Soeteman son scénariste fétiche et Rutger Hauer l'acteur phare de sa première période. Ce qui n'est pas sans petits couacs: "Oui, Rutger n'était pas vraiment bon au début du tournage. Mais il n'a jamais cessé de s'améliorer sur tout la durée. Il a fini par prendre le dessus sur son partenaire que, pourtant, je traitais visuellement à égalité... Plus Rutger s'affirmait en tant que comédien, plus j'ai rompu cet équilibre. Il attirait la caméra." (*).

un duo d'enfer

Par ailleurs, le réalisateur gagne en expérience sur cette série, disant avoir réalisé l'équivalent de quatre films sur cette série de douze épisodes de trente minutes. Puis vint le moment de passer au long avec Business is business, film que n'a pas vraiment Popaul dans son coeur. "Cela a eu beaucoup de succès en Hollande. C'était juste une comédie locale hollandaise -très hollandaise. (...) Je venais de la télévision et on m'a offert ce film. C'était un petit livre avec toutes sortes de courtes histoires sur deux prostituées [Wat Zien Ik!? d'Albert Mol]. Chacune de ces histoires était juste une collection de différentes anecdotes d'une ou deux pages. Gerard Soeteman, mon scénariste, les a juste rassemblées dans un certain ordre pour que nous ayons un semblant d'histoire. Je l'ai rendue aussi bonne que possible. Ce n'est pas un film de moi qu'on doit voir." (*). Dommage car même si ce n'est pas un grand cru de Popaul, il n'en reste pas moins annonciateur du reste de sa filmographie et n'en est pas moins sympathique. Il lui permet même de rencontrer le directeur de la photographie Jan de Bont, qui s'occupera d'une bonne partie de ses films avant de devenir une star à Hollywood et réalisateur. Comme il l'évoque, on a parfois l'impression d'observer des scénettes, le film étant rythmé par les rencontres des prostituées Greet (Ronnie Bierman) et Nel (Sylvia de Leur). On découvre un univers pittoresque, pas forcément synonyme de sexe mais plutôt d'excentricités toujours plus grotesques.

Poulet

Jugez plutôt: un homme se déguisant en poulet pour mieux s'occuper de ses "poules"; un autre en élève pour recevoir quelques fessées de ses professeurs; un autre a des tendances nécrophiles; et pour finir un autre se métamorphose en soubrette! Des rencontres comiques et délirantes où Verhoeven montre déjà des portraits de femmes fortes prêtes à se faire respecter, quand bien même elles effectuent un travail tout sauf reluisant. De même, ces filles n'hésitent pas à se défendre face à ces bougres d'hommes, Nel n'hésitant à dégommer le petit-ami de Greet à plusieurs reprises (notamment avec un poisson qu'il vient de pêcher!). On retrouve aussi cette tendance à la manipulation, Nel exerçant une certaine pression sur Greet, au point de faire douter sur ses intentions dans les dernières minutes. En effet, on se demande si Nel n'en vient pas à chercher le malheur à son amie, voulant presque la faire tomber à nouveau dans la prostitution au bord du mariage juste pour l'avoir auprès d'elle. Nel est avant tout une femme seule essayant tant bien que mal de combler son ennui par la prostitution. Elle ne touche au final au bonheur que lorsqu'elle se prostitue, devenant soit l'amante d'un soir, soit la matronnes dont les hommes adorent savourer les coups de fouet. Comme quoi derrière ses abords de comédie loufoque, Business is business sait aussi bien développer ses personnages dans leurs phases les plus sombres.

  • Total Recall (1990) : Schwarzy Hard Boiled

Total recall poster

Comme ce fut le cas de Robocop, Paul Verhoeven est arrivé très tard sur Total Recall. A l'origine il y a la nouvelle de Philip K Dick (1966) mettant en scène Douglas Quaid, homme retrouvant ses souvenirs d'une expédition sur Mars. Ronald Shusett s'intéresse à la nouvelle dans le but de l'adapter pour le cinéma en déboursant la modique somme de 1000 dollars. A cette époque, l'auteur n'a jamais été adapté et il faudra finalement attendre Blade Runner (Ridley Scott, 1982) pour que ce soit le cas, le projet Total Recall n'avançant pas. Dan O'Bannon est approché par Shusett, renforcé par l'appui du producteur Dino de Laurentiis. David Cronenberg doit alors le réaliser, mais jette rapidement l'éponge malgré plusieurs concept-arts effectués. Shusett met aussi en évidence une fin ratée malgré de multiples versions du scénario. Le réalisateur Richard Rush (Color of night) est approché et choisit Patrick Swayze pour incarner Douglas Quaid (après l'évocation de Richard Dreyfuss), quand le scénariste Gary Goldman (Big Trouble in Little China) se rajoute au scénario. Avec Shusett, ils trouvent même plus ou moins la fin du film, en mettant en avant le changement d'atmosphère de Mars enclenché par des machines extraterrestres. Le producteur n'est pourtant pas convaincu et met fin au projet suite à de multiples flops (dont le fameux King Kong 2 de John Guillermin, une des séquelles les plus invraisemblables de l'histoire du cinéma). Alors que le film devait se tourner en Australie avec décors déjà prévus, le projet est remis à plus tard encore et toujours. 

Cronenberg

Concept-art du projet de David Cronenberg.

C'est alors qu'arrive l'inimitable Arnold Schwarzenegger attendant impatiemment que le producteur vende le projet. D'autant plus que les deux sont en froid depuis les années Conan, où l'acteur s'est vu obligé de rempiler pour deux suites/spin-off du film de John Milius dont il se serait bien passé. Il demande alors au producteur Mario Kassar de l'acheter pour Carolco (il fera de même avec les droits de Terminator). Vient alors le Hollandais Violent, Arnie souhaitant le contacter après avoir vu La chair et le sang (1985) et Robocop. Si le réalisateur n'a jamais nié le fait qu'il n'est pas fan de science-fiction, le projet l'intéresse et il commence à faire des recherches sur la planète rouge. Le budget n'a rien à voir non plus avec celui de Robocop, Carolco ayant tendance à la folie du grandeur comme souvent (13 millions contre 65 ici). L'ami Arnold se paye un cachet pour le moins colossal aux alentours de 10 millions de dollars, le reste du casting étant bien moins cher mais composé d'acteurs aux têtes connues ou en devenir (Ronny Cox, Michael Ironside, Sharon Stone, Rachel Ticotin). Ironside a même eu chaud, ayant refusé un rôle à l'époque de Robocop, ne voulant se remettre à un film saignant après Extrême préjudice (Walter Hill, 1987). Voulant réparer son erreur, l'acteur avait fini par passer des auditions filmées par Popaul. Ironside a encore aujourd'hui la cassette de ses auditions. Popaul tourne en partie le film à Mexico durant une dizaine de mois. Si le réalisateur se veut parfois direct avec l'ancien culturiste, les deux finissent par s'entendre comme larrons en foire, Arnie acceptant parfaitement les directives de son réalisateur.

Mars

Les couacs reviennent quand une bonne partie de l'équipe dont Popaul est victime d'intoxication alimentaire, au contraire de Schwarzy qui fait importer sa nourriture depuis les USA! Le réalisateur aurait pu arrêter le tournage, il n'en sera rien, ne voulant pas faire perdre de l'argent à ses producteurs (déjà un brin dans le rouge). Le réalisateur veut reprendre Basil Poledouris mais doit faire face au refus de Carolco désirant garder leur compositeur habituel, Jerry Goldsmith. Un mal pour un bien, le réalisateur s'entendant parfaitement avec le compositeur, les deux collaborant ensemble sur Basic Instinct et Hollow Man par la suite. Si Total Recall est moins transgressif que Robocop, il n'en reste pas moins un blockbuster ambitieux et brutal, n'ayant pas peur de massacrer son casting au pistolet-mitrailleur. Les morts s'accumulent dans cette quête identitaire, où les femmes prennent très souvent le dessus sur les hommes. Que ce soit ce bon vieux Arnold se faisant latter les roubignoles par trois fois par Sharon Stone et Rachel Ticotin; ou l'homme de main finissant justement avec un coup de couteau au même endroit. Elles se font maltraîtées? Elles sortent les armes. Stone est un agent de Cohaagen (Cox) manipulant Quaid durant le premier tiers du film; Ticotin un membre de la résistance. Elles n'ont pas besoin d'hommes pour se battre. Au mieux, Schwarzy réussira à éliminer Stone par une balle, tout en utilisant une punchline monumental ("Considère ça comme un divorce!"). 

Considering that to a divorce

Schwarzy se veut d'ailleurs plus sensible que d'habitude, incarnant un civil tout ce qu'il y a de plus banal, cherchant une mémoire qui le dépasse de plus en plus. C'est sans compter sur le fait que Verhoeven brouille sans cesse les pistes entre réalité et rêve, au point que la dernière réplique en vient à nous faire douter. A l'image de Quaid, le spectateur est constamment manipulé par le script comme le passage avec le mec de Rekall venant voir Quaid sur Mars (qui ne sera finalement pas un rêve) ou quand Quaid se voit avec Cohaagen en tant que Hauser. Même si l'on croit bel et bien que Quaid a été rendu amnésique, le doute est toujours permis. L'intrigue en soi est simple, mais est particulièrement divertissante, le film multipliant les rebondissements (notamment en faisant une course contre la montre pour sauver les mutants privés d'air) et les scènes d'action jubilatoires. Il n'y a qu'à voir les différentes fusillades dont celle dans la gare, Ironside et ses hommes massacrant un bonhomme au même titre que le robot au début de Robocop! Ou bien la scène dans le club valant une belle cascade du soldat Ironside toujours. Ce dernier se révèle plus sensible aussi qu'à son habitude, jouant un homme de main constamment remis à sa place par son patron et se retrouvant en position de faiblesse quand sa copine (Stone) se fait tuer par ce qui semble être son ennemi juré.

Rachel 

Hauser était une véritable machine à tuer que Richter essaye de surpasser. Sauf que comme on le sait, il ne sera pas à la fête ce bon vieux Richter... Quant à Ronnie Cox, il se retrouve dans un rôle d'industriel vaniteux à l'image de son rôle dans Robocop. A cela, Popaul signe un film finalement plus que crédible sur la planète Mars. Dans le roman, Quaid n'allait pas sur Mars malgré son rêve, l'action se situant sur Terre. Ici, le réalisateur se fait plaisir, montrant différentes cités allant de la plus riche à la plus pauvre, celles plus fréquentables que d'autres et avec une population que l'on ne veut pas trop montrer. Les habitants de la ville la plus éloignée sont pour la plupart des mutants, subissant le manque d'air de la zone. Une prostituée se retrouve avec trois seins, beaucoup ont le visage défiguré, le chef de la résistance est en faites une créature dans le corps d'un homme (valant tout trois des maquillages monumentaux de Rob Bottin), l'antagoniste Benny a un bras mutant, certains ont même des dons de voyance... Un aspect qui avait failli être utilisé pour une éventuelle sequelle se basant sur Minority Report (1956). Tout ce qui est présenté paraît crédible, à l'image de ces fameux glaciers servant d'atmosphère à Mars. D'autant plus de nos jours où les recherches sur la planète rouge vont dans ce sens. Ce qui fait probablement de Total Recall la fiction la plus crédible sur cette planète avec The Martian (Ridley Scott, 2015). Ce qui n'est pas plus mal au vue du taux de navets (et non de patates) qui ont eu pour cadre cette planète finalement bien en mémoire. On peut aussi rajouter la réadaptation de pacotille ressemblant plus à un remake signée Len Wiseman (2012).

A la semaine prochaine!


 

* Propos issus de Mad Movies Hors Série numéro 30: Paul Verhoeven - la chair, le sexe et le sang. 

** Propos issus de Mad Movies numéro 287 (été 2015).

3 Propos issus de Rockyrama s4, v1 (février 2016). 

4 Propos issus de Mad Movies numéro 288 (septembre 2015).

22 juin 2016

Popaul l'aime, il l'adore

Michelle est victime d'un viol qu'elle ne déclare pas à la police. Dès lors, le violeur et la victime vont jouer à un jeu dangereux...

Elle : Affiche

Avant d'évoquer sa carrière dans les grandes largeurs dans sa fameuse Cave, votre cher Borat tenait à aborder le dernier cru de Paul Verhoeven. Même s'il était plus ou moins revenu au cinéma avec Tricked (2012), il s'agissait d'un Direct to DVD fait avec l'aide d'internautes (ils écrivaient le scénario et le réalisateur voyait ce qui lui plaisait ou pas) que Popaul évoque surtout comme "une expérience". Le réalisateur a également vu beaucoup de ses projets partir en fumée, faute de financements (la loi du marché est rude même pour les cadors). Parmi eux, on citera son projet sur Jesus Christ (qui deviendra un livre compilant ses recherches publié en 2015 dans nos contrées) ou la suite du remake de Thomas Crown (John McTiernan, 1999) qui sera finalement remplacé par un nouveau remake (logique hollywoodienne, on s'habitue...). Peu de temps après l'aventure Tricked, le producteur Saïd Ben Saïd (Maps to the stars, Passion) contacte le réalisateur afin d'adapter le roman Oh... (Philippe Djian, 2012). Il est d'abord question d'un tournage aux USA et un casting féminin est donc fait. Il se trouve que les actrices prévues ont répondu par la négative (notamment Julianne Moore et Nicole Kidman), notamment à cause du tempérament du personnage principal. Le film sera finalement tourné en France, en français (ancien résident lors de ses années étudiantes, le réalisateur a dû reprendre quelques notions pour le tournage) et avec des acteurs français.

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Dans le rôle titre on retrouve Isabelle Huppert, grande fan du Hollandais Violent depuis Turkish Délices (1973) et intéressée depuis le début du projet. On pouvait avoir peur du côté très français du film, mais finalement on s'en accommode assez rapidement. Cela n'empêche pas la réalisation de Verhoeven d'être constamment en mouvement, évitant les plans fixes dans un montage suffisamment punchy. Les scènes de sexe (avec ou sans plaisir) ont beau être violente, il n'y a pas de nudité. C'est peut être le plus ironique quand on connaît le cinéma de Verhoeven, que ce soit dans sa période hollandaise ou américaine. Prenons la scène du viol. D'un point de vue du montage, ce dernier se révèle rapide, mais suffisamment clair pour que le spectateur comprenne les faits, sans toutefois montrer de sexes. Verhoeven a déjà aborder le viol : dans Spetters (1980) avec une tournente homosexuelle; dans La chair et le sang (1985) avec le viol d'une jeune pucelle; et dans Showgirls (1995) avec une fille agressée par différents hommes. Dans les trois cas, la séquence était plus directe et dégueulasse. Ici, la scène est certes directe, mais est bien moins sale, plus banale. Il ne cherche pas à refaire la même chose. On semble réduire le film à cette scène et pourtant, Verhoeven ne l'utilise même pas pour son ouverture alors que c'est le point de départ du film. Ce sera un flashback, le réalisateur préfèrant d'abord miser sur les conséquences surprenantes de l'acte. 

Elle : Photo Isabelle Huppert

Les autres scènes de sexe seront en revanche directes, mais là non plus pas de nudité frontale. C'est certainement pour cela que Elle a évité l'interdiction aux moins de 16 ans. Même si la nudité n'est pas montrée, les scènes sont suffisament crues pour perdre le spectateur, d'autant plus que le scénariste David Birke et Popaul jouent de manière ambiguë avec le spectateur. Ils ne jugent pas les personnages, quand bien même leurs actes sont plus que répréhensibles ou douteux. Il faut dire que le film ne s'intéresse finalement pas tant au thriller psychologique, au contraire de Basic Instinct (1992) à l'époque. Au final, ce n'est qu'une infime partie du film, d'autant plus que l'on devine rapidement l'identitée du violeur. Elle est avant tout un film de personnages, à la limite de la comédie par moments. Contrairement à d'autres films où l'on a parfois tendance à privilégier certains rôles plutôt que d'autres, Elle décortique chacun de ses personnages avec minutie, ce qui en fait probablement son atout le plus fort. Verhoeven construit une mythologie autour de son héroïne, faisant notamment comprendre petit à petit pourquoi elle n'a finalement pas été à la police et veut jouer avec son violeur. (attention spoilers) Michelle a vu son père tuer la moitié du quartier, engendrant un scandale et une reconstruction certaine. On pense dans un premier temps que le violeur s'attaque à elle à cause de cette affaire (comme beaucoup d'autres au cours du film), finalement ce ne sont que pour des raisons futiles.

Elle : Photo Isabelle Huppert

Finalement, le viol de Michelle apparaît comme un déclencheur: il lui permet d'aller de l'avant, de pardonner, d'avouer ses pêchés (notamment un amant un peu trop concerné) et possiblement les expier par une forme de sexe brutal. Huppert était finalement l'actrice parfaite pour incarner Michelle, sachant être merveilleusement hautaine et impitoyable (ses passages en entreprise sont assez savoureux). Comme évoqué ci-dessus, les différents personnages autour de Michelle sont bien croqués, permettant de comprendre aussi pourquoi elle cherche à s'évader d'un quotidien déprimant, parfois à la limite du surréalisme. Preuve en est toute la sous-intrigue autour du fils (Jonas Bloquet). sorte de grand cadet castré à la fois par sa mère (qui contredit ses choix) et une compagne merveilleusement excessive (géniale Alice Isaaz). Le paroxysme étant atteint lors de la découverte du bébé, valant un fou-rire inévitable. On rigole énormément dans Elle, car derrière ses sujets chocs, Verhoeven réussit à utiliser au maximum un sens de l'humour corrosif salvateur pour faire passer la pilule. La scène du dîner réserve par exemple son lot de moments superbement gênants, à l'image des réunions de famille parfois foireuses. On notera également que Verhoeven laisse une pièce de choix pour Virginie Efira. Comme dans Spetters, Popaul s'attaque à l'église de manière habile. Si dans son précédent film, il évoquait un fanatisme engendrant la violence, dans Elle le personnage d'Efira aurait tendance à être trop pieu au point d'accepter beaucoup de choses inavouables. Un sens du tact qui sied toujours à ravir au réalisateur. (fin des spoilers) Par ailleurs, on pourra saluer la prestation globalement bonne des acteurs, notamment Laurent Laffite bien meilleur quand il ne fait pas des vannes foireuses entre deux cocktails cannois.

Paul Verhoeven signe un film génialement corrosif et pervers, qui ne risque pas de plaire à tout le monde, bien aidé par des acteurs irréprochables.

21 juin 2016

Punk animé

Un groupe de rock est kidnappé par un mystérieux manager pour être ramener sur Terre. Un ranger de l'Espace part à leur recherche..

Interstella 5555 : affiche

Comme chaque année depuis un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, le 21 juin est synonyme de sommet pour les Négresses vertes. Voilà l'été et nous pouvons enfin apercevoir le soleil entre deux averses. Plus sérieusement, c'est aussi l'occasion de fêter la musique. L'an dernier, nous étions revenu sur le dernier opus des Daft Punk, Random access memories (2013). Nous allons remonter le temps, au début des années 2000 pour être précis. Votre cher Borat attendait les NRJ Music Awards (ne jugez pas votre blogueur préféré, il était jeune, insousciant et amateur de chocapics -NDB) et comme chaque année, il entendait particulièrement le One More Time des punks de l'électro. Le morceau ouvrant l'album Discovery (2001) que votre interlocuteur n'a jamais acheté, au contraire d'Interstella 5555 (2003). Plus qu'une compilation de clips-vidéo (ce qu'il aurait pu être à l'image du nazebroque Moonwalker), il s'agit d'un véritable film avec une narration. Les Daft Punk sont coutumiers du cinéma depuis leurs débuts. Pour preuve, les clips Da Funk et Around the world réalisés par Spike Jonze et Michel Gondry (1997), deux des clippeurs les plus remarquables des 90's. Par la suite, Thomas Bangalter s'est régulièrement invité au cinéma chez Gaspar Noé (il a bossé sur l'ost d'Irréversible et sur les effets sonores d'Enter the void). 

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Le duo a depuis réalisé l'ofni Electroma, sorte de road trip où ils jouent leur habituel rôle de robots (2005); avant de s'attaquer à la bande-originale de Tron Legacy (2011) avec succès. Interstella 5555 est né de diverses collaborations entre la France et le Japon. Très rapidement, le projet d'un film entre en production en même temps que Discovery en association avec Cédric Hervet. La production animée commence en début 2000 en collaboration avec Leiji Matsumoto, créateur d'Albator (1977-79). Le mangaka a travaillé sur le character design, au point que l'on a vraiment l'impression de voir une création originale, alors qu'il n'est impliqué que dans ce domaine. Stella ressemble à la plupart de ses héroïnes, Baryl se retrouve à un moment avec le costume d'Albator... Même si le dessinateur a finalement fait peu de choses sur le film, il porte sa marque. Pour ce qui est de l'animation, elle est réalisée par les studios Toei qui ont adapté une bonne partie des shonen des 80's-90's (notamment Dragon Ball). Si au départ des clips sont diffusés, c'est finalement un film d'un peu plus d'une heure qui sort dans les salles françaises en mai 2003. Comme évoqué plus haut, le film a une véritable histoire sous ses allures de film musical muet. Les personnages ne parlent pas (comme le veut le type de film, ils parlent mais on ne les entend pas), peu d'effets sonores, seulement la musique des Daft Punk en fond sonore. 

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Interstella 5555 de Kazuhisa Takenouchi n'est pas un film exceptionnel, ni un classique de l'animation. On le citera probablement pas dans les derniers grands films musicaux. Il n'en reste pas moins une expérience plutôt intéressante et permettant une seconde lecture potentielle à l'album Discovery. Si vous aimez l'album, il y a de fortes chances que le projet vous plaise, compte tenu de son illustration de qualité. En revanche, si vous attendiez un peu plus de la collaboration entre les ambassadeurs de la French Touch et de l'animation japonaise, vous ne risquerez pas de le retenir longtemps. En soi, l'album n'est pas sans défaut, livrant des sons souvent répétitifs et on relève déjà une tendance à la longueur. On le voit particulièrement sur le dernier titre Too long, long justement d'une dizaine de minutes. Si en milieu de titre le duo se réveille un petit peu, il apporte une conclusion bien peu addictive par rapport aux précédents titres. Si certains des titres phares se révèlent répétitifs, ils sont aussi particulièrement addictifs et rythmés. Quand bien même le même motif réapparaît plusieurs fois, le rythme est tellement entraînant que l'on en fait abstration. C'est le cas sur des titres comme Superheroes, Something about us (morceau particulièrement mélancolique et raccord aux images) ou Veridis Quo.

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En revanche des titres comme One More time, Aerodynamics, Digital love et Harder Better Faster Stronger sont de purs bijoux. Le premier est terriblement fun, un pur plaisir jouissif, rappelant le disco de Cerrone. Visuellement, il permet une pure scène de concert, au point que la musique apparaît comme une diversion pour les hommes de main du manager. Sa suite Aerodynamics souvent repris au cinéma par la suite (notamment dans L'auberge espagnole de Cédric Klapisch) permet une belle poursuite entre le seul survivant et les hommes. Les deux titres se suivent particulièrement, passant de festivités jouissives à un pessimisme total. Digital love permet de voir à quel point le personnage Shep est amoureux de Stella, au point d'engendrer une chanson romantique pour un rêve somptueux. Un amour impossible pour le moins beau, preuve que les rêves de fan peuvent devenir réalité. Il permet aussi de voir une tendance récurrente au film: si la mise en scène est au final assez simple, il y a toujours ces longs plans tournant autour des personnages, notamment avec Stella. Quand au dernier, avant son souillage par Kanye West (désolé pour ses fans), il permettait un son rythmé en fonction des images, moment permettant le conditionnement des héros. De vrais personnages préfabriqués pour plaire au plus grand nombre. On n'est pas très loin de certains chanteurs marketés à outrance, au point d'apparaître comme de purs produits. On pense bien sûr à un grand nombre d'artistes issus de télécrochet. 

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Si le film n'invente rien, il se révèle finalement pas loin d'une réalité qu'il touchait déjà à l'époque (les Star academy et autres Popstars étaient déjà en place). L'histoire se révèle assez banale, montrant un groupe kidnappé par un manager immortel cherchant à accumuler les disques d'or pour dominer l'univers. Pas grand chose de novateur, si ce n'est un bon leitmotiv pour exploiter l'album. Il n'en reste pas moins que l'on pouvait s'attendre à bien plus ambitieux. On peut aussi observer quelques clins d'oeil par ci, par là, à commencer par Terminator (James Cameron, 1984). Shep en vient à fuir la police dans une ruelle en pleine nuit, faisant penser à l'arrivée de Kyle Reese en 1984. On pense aussi aux cyborgs qui sont en fait des hommes de main et avec un bel oeil rouge visible derrière leurs lunettes de soleil. Les Daft Punk font également un clin d'oeil animé et reviennent à un des titres de Bangalter. Dans les 90's, il a participé au projet Stardust comprenant le tube Music sounds better with you (1998). Le passage des récompenses permet de voir une succession de clips se ressemblant tous plus ou moins, n'étant pas sans rappeler le top 10 réalisé dans le clip de Michel Gondry. Le manager n'est pas non plus sans faire penser à Paul Williams dans Phantom of the paradise (Brian de Palma, 1974).

On retiendra bien évidemment Discovery d'Interstella 5555, mais aussi son character design irréprochable et un raccord entre musique et image pour le moins remarquable. On a vu mieux, mais aussi bien pire. 

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Daft Punk-Interstella 5555 from Quick Silver on Vimeo.

15 juin 2016

L'histoire d'une lapine qui voulait devenir policière

Une policière lapine fait équipe avec un arnaqueur renard pour rechercher un disparu...

Zootopie

Les studios Disney reviennent de loin. Régulièrement critiqués durant les 2000's à cause d'une production décevante ou mauvaise, ils ont fini par revenir en force depuis 2007 à force d'essais de plus en plus concluants. Forts d'un style d'animation en images de synthèse proche de l'animation traditionnelle (tout du moins s'en rapprochant), leurs films ont retrouvé de leur intérêt jusqu'à parfois l'explosion. Ce fut le cas avec La reine des neiges (Jennifer Lee, Chris Buck, 2012), c'est désormais pareil avec Zootopie désormais plus grand succès de l'année 2016. Ce qui est d'autant plus frappant que, contrairement à la plupart des derniers Disney, il est original. Big Hero 6 (Don Hall, Chris Williams, 2015) était issu d'un comic-book Marvel; Frozen, Raiponce (Byron Howard, Nathan Greno, 2010) et La princesse et la grenouille (Ron Clements, John Musker, 2009) étaient adaptés librement de contes; et Les mondes de Ralph (Rich Moore, 2012) utilisait beaucoup de licences de jeux-vidéo. Zootopie suscite un peu de vent frais dans le paysage Disney et c'est aussi peut être pour cela qu'il a suscité autant d'intérêt. Contrairement à d'autres films qui faisaient dans l'anthropomorphisme (on pense à Robin des bois ou Les aristochats issus de la période Reitherman), Zootopie bâtit son monde uniquement sur des animaux. Il n'est pas question d'humains tout le long du film. 

Zootopie : Photo

En revanche, les animaux vivent dans une société semblable à l'Homme, où toute prédation n'existe plus. C'est ce qui nous est dévoilé dès l'ouverture à travers un spectacle joué par la lapine Judy: un lion peut cohabiter avec un lapin sans problème. La séquence montrant le trajet de Judy en train et son arrivée à Zootopie permet de voir un univers très caractérisé, où différents peuples coexistent à leur manière et selon les technologies. Il y a cette scène une totale banalisation qui permet au spectateur de s'y retrouver très facilement. Un monde pacifique auquel il existe pourtant des crimes et délits, toutefois sans une once de prédateurs. Un monde qui n'est pas parfait mais s'en rapproche. Les crimes sont finalement assez simples: vols (Judy affronte une fouine voleuse de donuts), mafia (les opposums et les ours tout droit sortis du Parrain), arnaques (le renard Nick) et procès verbaux. Dès lors, dès qu'un crime sort du lot, il apparaît d'autant plus intéressant. Il se trouve que des animaux disparaissent, des gens tout ce qu'il y a de plus lambda (un comptable, un chauffeur...). On pourrait croire que l'enquête n'est qu'une toile de fond, un ressort permettant d'amener au buddy movie (la lapine venant à collaborer avec le renard). Il s'avère pourtant qu'elle sert tout le film, permet aux personnages d'évoluer et n'est pas un prétexte pour monter le film. 

Z

Zootopie est bel et bien une comédie policière. D'autant plus que les réalisateurs Rich Moore et Byron Howard pimentent régulièrement le film de rebondissements, tout en donnant lieu à une première résolution, véritable face cachée de l'iceberg. Le film se veut même particulièrement musclé au cours de scènes de poursuites rondement mênées. Des scènes qui sont d'autant plus grandioses que l'on n'a plus vraiment l'habitude d'en voir chez Disney depuis très longtemps, voire pas avec ce regard aussi adulte (le final n'a rien à envier à certains blockbusters). On avait un peu oublier durant quelques années que Disney pouvait s'adresser à un public large, à cause de sujets fédérateurs voulant avant tout toucher les enfants. Avec Zootopie, bien plus que Frozen, Disney a touché un public aussi bien jeune qu'adulte et c'est ce qui fait sa grande réussite. Le regard qu'il porte sur la société est particulièrement passionnant, d'autant plus qu'il met en scène un personnage principal féminin. Judy a beau être policière, elle s'est battue pour être là où elle est. Face aux préjugés durant son apprentissages (une lapine étant soi-disant moins forte qu'un rhinocéros à cause de sa taille et de sa corpulence), Judy se retrouve avec le même problème une fois dîplomée, condamnée à faire des PV par son supérieur.

Zootopie : Photo

Sa hiérarchie lui montre bien qu'elle n'a rien à faire là. Judy est un personnage qui doit s'en sortir seule pour réussir, quitte à se
mettre en danger face à son supérieur. Le discours sur la différence touche aussi bien Judy que Nick. Ce dernier est lui aussi caricaturé à la réputation que sa race a depuis des millénaires: celle d'un voleur et prédateur. Au point de rester dans un moule malheureux que la société veut de lui. Son association avec Judy n'en est que plus logique. Elle essaye de sortir du cercle vicieux dans lequel on l'a enfermé, il a baissé les bras devant une société pleine de préjugés sous ses belles paroles. Il n'est pas étonnant que le méchant soit aussi victime de l'intolérance au point de vouloir se venger. Derrière ses atours de film policier, Zootopie réussit à prôner un message de tolérance remarquable, alors même que les USA sont gangrénés par un candidat à la présidentielle au combien xénophobe et raciste. Zootopie c'est également de grands moments de rigolade. La parodie du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) est jubilatoire tant elle est bien faites, jusqu'au timbre de voix délirant du Don Vito local. Puis évidemment il y a les paresseux. A chaque fois que Flash est dans le champ, c'est le fou-rire assuré. Son apparition en pleine bureaucratie (certains diraient qu'on est très proche de la réalité) est un pur délire en puissance. La scène a beau avoir été révélée lors de la promotion, elle n'en reste pas moins hilarante et bien écrite. On regrettera peut être la mise en avant plus que flagrante de Shakira, jusqu'à l'apparition trop rapide de la chanson Try Everything au cours du film. Bien peu pour taper sur le film.

Zootopie : Photo

Une magnifique ôde à la tolérance, doublé d'un buddy movie de qualité. Le grand classique Disney que l'on attendait depuis longtemps.