Cine Borat

29 mai 2016

Pas de repos pour les bons gars

Deux détectives privés se retrouvent impliqués dans une affaire de disparition mêlant pornographie et grosses cylindrées...

The Nice Guys

Shane Black est un scénariste dont le travail est aujourd'hui adoubé par les spectateurs, alors qu'à une époque pas si lointaine, ces derniers étaient bien peu à faire le déplacement dans les salles de cinéma. L'exemple le plus évident est certainement Last Action Hero de John McTiernan, flop commercial de l'été 1993 face à Jurassic Park (Steven Spielberg), aujourd'hui film culte. Sa première réalisation Kiss kiss bang bang (2005) avait été bien accueilli mais sans succès commercial. Iron Man 3 (2013) s'en était chargé, permettant à Black de revenir à un cinéma plus personnel avant de s'attaquer à nouveau à une franchise (The Predator, sequelle du film de McT prévue pour 2018). Sous ses atours de film de studio avec deux têtes d'affiche (Ryan Gosling et Russell Crowe), The Nice Guys n'est pourtant qu'un film du milieu produit par un Joel Silver sur le retour, alors que dans les années 90 il aurait certainement été un blockbuster. De même, le film se retrouve propulsé en pleine saison des blockbusters entre Captain AmericaCivil War (les frères Russo) et Warcraft (Duncan Jones). Un pari d'autant plus risqué que le réalisateur-scénariste s'attaque aux années 70 pour son enquête policière, qui n'est d'ailleurs pas sans faire écho à ses précédentes créations. On remarque souvent chez Shane Black une tendance aux tics scénaristiques ou tout du moins, une tendance à revenir à des éléments exploités autrefois pour mieux les réutiliser.

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

(attention spoilers) A ce petit jeu commençons par les plus simples: le saut de Ryan Gosling dans une piscine fait écho à celui de Mel Gibson et Joe Pesci dans L'arme fatale 2 (Richard Donner, 1989); la voix-off est utilisée dans ses trois réalisations par le personnage principal (ici deux); et bien sûr on retrouve des acteurs récurrents comme Ty Simpkins (Iron Man 3) pour une ouverture gourmande et croquante. En revanche, d'autres éléments narratifs ont davantage de place dans ces petits trucs, à commencer par l'enquête. Elle n'est pas sans rappeler The last boy-scout (Tony Scott, 1991), qui dézinguait la NFL et ses magouilles autour de paris extra-sportifs. Le conflit ici est une vidéo gênante, critique de la pollution engendrée par les groupes automobiles dans les 70's et faisant peur à ceux-ci à quelques jours d'un salon de l'automobile. Une pollution qui est constamment évoquée au cours du film à la radio et même à travers l'ouverture dévoilant le panneau Hollywood ravagée au fil des années. Un aspect critique servant de toile de fond plutôt bienvenue et tout aussi pertinent que dans le film de Scott. The last boy-scout est aussi cité à travers le personnage de Gosling. Dans le film de Scott, Bruce Willis était devenu une loque après avoir tabassé un homme politique aux moeurs douteuses, en plus d'un penchant pour la bouteille engendrant des problèmes dans son mariage et avec sa fille.

The nice guys

Gosling a le même problème de manière plus tragique: il est devenu alcoolique suite à la mort de sa femme qu'il n'a pu empêcher. En effet, il a un problème d'odorat et il n'a pu sentir que le gaz était ouvert. Un petit détail tourné au départ de manière comique, mais qui finit par faire rire jaune une fois l'élément connu. Un passage qui prend de court le spectateur, mais ayant le mérite de faire sursauter et rendre le personnage de Gosling plus intéressant. Sa fille est quant à elle le meilleur personnage du film, sorte de mix entre Danielle Harris dans The last boy-scout et Austin O'Brien dans Last action hero. D'un côté, elle est sa fille comme Harris et n'hésite pas à remettre en place son père, comme Crowe. De l'autre, elle est un peu comme Danny Manigan, ce garçon en avance sur les autres personnages car il connaît les codes du blockbuster. Le cas Manigan est toutefois plus pertinent car comme lui, Holly March (parfaite Angourie Rice) a toujours le dessus sur les adultes souvent à côté de la plaque ou moralement douteux. Elle s'en sort toute seule face à un tueur prêt à la tuer, prend les devants sur l'enquête et s'avère bien plus adulte que ceux censés l'être à commencer par son père. Un personnage de qualité, s'ajoutant aux rôles d'adolescents débrouillards qu'a écrit Black depuis The Monster Squad (Fred Dekker, 1987). On retrouve bien évidemment les codes du buddy movie véhiculés par Black depuis son premier script, avec un couple mal assorti mais qui s'en sort toujours en s'entraidant. 

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

D'un côté, le molosse solitaire un peu froid mais terriblement sympathique. De l'autre, le mec gauche acceptant toutes les enquêtes possibles pour subvenir aux besoins de sa fille et lui. Si Crowe fait plaisir à voir dans un registre musclé (cela faisait trop longtemps que ce n'était pas arrivé), on s'amuse beaucoup à revoir Ryan Gosling dans un registre comique. Le looser par excellence, joué avec une justesse jubilatoire. Gosling passe presque pour un frère caché de Sam Jackson dans Au revoir à jamais (Renny Harlin, 1997), avec toujours cette tendance à se retrouver dans le feu de l'action sans le faire exprès. Le passage du saut dans la piscine en plan large en est bien la preuve: le bonhomme ne sait pas s'il ira dans la piscine ou pas, mais il fonce directement dedans. Comme Mitch dans le final délirant du film d'Harlin. Sa prestation atteint d'ailleurs des sommets dès lors que l'alcool est de rigueur, que ce soit dans une party à faire tomber Hugh Hefner à la renverse ou un rêve bourdonnant! Quoique la scène des toilettes est probablement un des gags les plus hilarants élaborés par le scénariste. Black se révèle également moins poseur dans sa réalisation, surement aidé par l'expérience acquise sur Iron Man 3. La scène de l'ascenseur est un véritable tour de force, jouant d'une situation horrible en jouant sur un côté burlesque délirant. C'est pour ce genre de scènes que The Nice Guys s'impose comme la meilleure réalisation de Shane Black jusqu'à présent. (fin des spoilers)

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley

Shane Black signe un film merveilleusement pulp et fun, tout en jouant de ses propres codes.


25 mai 2016

Séance de tous les excès

Parce qu'au fil des ans, il faut évoluer. Que le temps manque parfois pour approfondir les avis, au même titre qu'il passe à une vitesse folle comme les divers visionnages. Que la réflexion n'empêche pas le court, que le métrage n'a pas forcément besoin de longueur pour être décortiqué, analysé, régurgité, pensé. Mesdames et messieurs, votre seigneur Borat a décidé d'ouvrir une nouvelle rubrique. Une rubrique plus fast, peut être furious, mais permettant aussi de parler de films vus dans l'année qui n'ont pas été abordé en quatre paragraphes minimum (je synthétise les amis, parfois ça dure bien plus longtemps -NDB). Après la cave, Borat est fier de vous présenter son Antichambre! Plusieurs films, publication irrégulière (ne vous attendez pas à un billet toutes les semaines), un café, l'addition. Au programme de cette première séance (après les cuvées, les séances): trois films sortis cette année dans nos salles! Allons y, alonso! (attention spoilers)


Moonwalkers : Affiche

On ne le dit jamais assez, mais en France il y a un cinéma de genre. Encore faut-il lui donner l'argent nécessaire pour qu'il se développe et des écrans par la même occasion. Quitte à parfois passer par des coproductions en Europe et à tourner le film en anglais avec des acteurs internationaux. C'est le cas de Moonwalkers d'Antoine Bardou Jacquet (2015), se baladant de festival en festival avant d'atteindre les salles
obscures pour quelques jours. En effet entre le nombre de copies et le public qui se fait rare faute de promotion digne de ce nom, les films s'effacent et quittent l'affiche. Alors faisons honneur à cette comédie bien particulière, prenant place durant la conquête spatiale.

Un vétéran de la Guerre du Vietnam (Ron Perlman) est envoyé pour chercher Stanley Kubrick, le but étant de tourner un alunissage si celui d'Apollo 11 ne porte pas ses fruits. Sauf qu'il tombe sur des imposteurs (Rupert Grint et Robert Sheehan), devant ainsi faire avec les moyens du bord. Une légende urbaine souvent évoquée, notamment à cause du rendu bluffant de 2001 l'odyssée de l'espace (1968), et ici tourné à la dérision le plus possible. Moonwalkers n'est pas sans rappeler le swinging london saignant de Kingsman (Matthew Vaughn, 2015), notamment dans ce qu'il a de plus décomplexé (le sexe et la violence graphique). Le film prend même de sévères airs psychédéliques, jouant de son époque très peace and love jusqu'à un superbe générique rappelant ce bon vieux Yellow Submarine (George Dunning, 1968). Antoine Bardou Jacquet s'amuse de son postulat de départ, faisant de son film un joyeux bordel avec de la comédie (les aventures de notre agent et ses acolytes sont assez jubilatoires), le film de gangsters, l'espionnage et le faux film historique.

Au final, on s'y retrouve du temps qu'on prend goût au délire sous acide. D'ailleurs en parlant d'acide, la séquence sous drogue n'est pas sans rappeler Inherent Vice (Paul Thomas Anderson, 2014), tout comme Erika Sainte a tendance à manger des glaces bien particulièrement comme Josh Brolin dans le film suscité (en plus sexy pour sûr).

On ne lui donne pas souvent sa chance, mais Ron Perlman a l'étoffe d'un premier rôle. Il le prouve encore ici avec cet ancien soldat hanté par les fantômes du Vietnam et véritable bulldozer qu'il ne vaut mieux pas provoquer. La scène avec le gang est une belle démonstration, le montrant calme avant le déferlement délirant de violence. La surprise vient peut être plus de Rupert Grint, un peu disparu des radars depuis la fin d'Harry Potter, au contraire de ses camarades Daniel et Emma. Le célèbre Ron Weasley change de registre avec ce rôle attachant de petite frappe essayant de s'en sortir toujours de manière maladroite. Perlman et lui forment un duo de qualité, entre le petit lascars et son garde du corps d'un jour. Seule réelle ombre au tableau: Eric Lampaert, comédien franco-anglais pour le moins agaçant que ce soit dans son jeu ou sa gestuelle.


Saint Amour : AfficheRestons en France chers lecteurs, puisqu'après l'acide il est grand temps d'évoquer un peu les vignes de France. Qui mieux que le vigneron le plus connu du Cinéma Français pour jouer un des rôles principaux de Saint Amour? On avait pourtant prévenu votre cher Borat: "Saint Amour il n'y a que des vieux torchés qui vont le voir!", "on a l'impression qu'ils ont fait la tournée des vins avant de venir!". Il ne vous cache pas que la clientèle présente durant la séance était un peu particulière, peut être même que le vin a trop tourné entre certains spectateurs. Néanmoins, mon camarade et moi étions tout ce qu'il y a de plus sobre pour savourer le millésime 2016 de Gustave Kervern et Benoît Delépine en plein Printemps du cinéma, car 4 euros pour une gorgée c'est toujours cela de pris.

Comme le disait savamment Benoît Poelvoorde durant la promotion, Saint Amour n'est pas un film sur l'alcool ou l'alcoolisme, mais sur la tristesse. Dans ce film elle apparaît sous un aspect souvent mélancolique et touche à tous les personnages. Le mari (Gérard Depardieu) qui appelle sa femme morte pour entendre sa voix (jusqu'à remplir la corbeille); le fils (Poelvoorde) noyant son désespoir sentimental dans l'alcool; un chauffeur (Vincent Lacoste) se cachant derrière des mensonges; ou encore une femme (Céline Sallette) horriblement seule et ne demandant qu'un peu d'amour. Dès lors, le road trip alcoolisé n'en devient que plus attendrissant, d'autant que les réalisateurs sont bien aidés par des acteurs en forme.

L'ami Gérard est tout de suite attendrissant, changeant de ses rôles récents un peu vulgaires ou des cash machine évidentes (les Astérix notamment). Il s'agit peut être même d'une de ses meilleures prestations récentes, tout en légereté et simplicité. Le Gérard simple qu'on aime bien et qui nous avait sévèrement manqué sur un projet comme Marseille. Cela faisait aussi un petit moment que l'ami Poelvoorde n'était pas sorti des sentiers battus. Pas que son rôle dans Le grand soir (Kervern, Delépine, 2012) ne valait pas le coup, mais il paraît beaucoup plus posé, moins excessif ici, jouant justement sur la mélancolie abordée plus haut. Vincent Lacoste découvrir l'âge adulte, changeant de ses rôles de gamins immatures (même si c'est toujours un peu le cas). Quant à Céline Sallette, elle apparaît un peu tard, mais sa prestation se remarque suffisamment pour ne pas passer inapperçu. Au passage, on s'amusera du passage de Michel Houellebecq dans une parodie de Borat (Larry Charles, 2006) absolument délirante.

La réalisation se révèle simple comme souvent chez le duo grolandais, mais en soi ce n'est pas un problème. Cela renforce le naturel certain du métrage et à l'image de ses personnages. Le tout sur la musique charmante de Sébastien Tellier (pour les deux du fond, le chanteur aux longs cheveux et lunettes de soleil candidat à l'Eurovision en 2008). Comme quoi, le Cinéma Français n'offre pas que des Camping 3 (hé oui, vous allez le subir le mois prochain) mais aussi des films plus simples et efficaces.


Le livre de la jungle (3)

Terminons cette première séance par une dernière séquence et cela tombe bien puisque nous allons en effet parler d'Eddy Mitchell. Ce dernier est le doubleur du Roi Louie dans Le Livre de la jungle, remake live du film d'animation de Wolfgang Reitherman (1967). Les studios Disney s'amusent à passer leur catalogue animé à la moulinette live depuis plusieurs années, au point d'accumuler les projets à venir comme en attestent les très avancés Peter et Elliott le dragon de David Lowery (le 17 août au cinéma) et La belle et la bête de Bill Condon (prévu pour le printemps 2017). Au point parfois de se demander jusque quand vont-ils massacrer leurs classiques. 

On pouvait avoir peur compte tenu de l'aura du film original, tout comme du recueil de Rudyard Kipling (1894) dont ils sont les adaptations. Surtout que le metteur en scène n'est autre que Jon Favreau, réalisateur pas loin du statut de tâcheron (l'homme qui a montré Iron Man pissant dans son armure, toute une histoire à faire pâlir Sophie Davant). Pourtant, le film s'éloigne suffisamment du Disney pour ne pas le citer énormément. Si le schéma narratif est quasiment identique (Mowgli élevé par des loups et la panthère Bagheera s'enfuit, rencontre l'ours Baloo, se sauve du Roi Louie et affronte le tigre Shere Khan), le traitement se révèle assez différent pour susciter l'attention. Les chansons Il en faut peu pour être heureux et Etre un homme comme vous apparaissent même de trop, compte tenu du traitement tout sauf rigolard et ne pouvant n'être qu'une manière de montrer que c'est bien Disney aux commandes. Un constat qui devrait être d'autant plus radical sur le film de Condon, annoncé comme un musical. 

Le traitement est plutôt intéressant, permettant une vision souvent plus sombre que le film de 67, qui restait globalement comique. Cela est confirmé par le massacre sec du meneur des loups (Giancarlo Esposito) ou les attaques sauvages de Khan. Ceux qui attendaient un film plus léger risquent fort d'être décontenancés. Il permet également de s'attacher à des personnages intéressants comme la mère louve (Lupita Nyong'o) absents du film original. Un personnage montrant la filiation entre Mowgli (Neel Sethi) et les loups et son seul rapport maternel.

Votre cher Borat n'a pas eu l'occasion de voir le film en VO (qui regroupe tout de même Bill Murray, Ben Kingsley, Idris Elba, Christopher Walken ou Scarlett Johansson), mais la VF s'en sort plutôt bien. Notamment Cécile de France parfaite en mère louve. La bande-annonce faisait également peur à cause de la fameuse "Vallée dérangeante", théorie où les robots trop ressemblants seraient rejetés avant une certaine acceptation. Ce qui peut être perçu également dans le cinéma d'animation lorsque les personnages sont trop proches du réel. Ce qui aurait pu être un peu trop le cas sur ce film. Au final, le rendu est soigné et on reconnaît difficilement les traits des acteurs choisis pour incarner des animaux parlants. Pareil pour les décors superbes alors que tout a été tourné sur fond vert. Au final, Jon Favreau a peut être signé son meilleur film jusqu'à présent.

Allez à bientôt!

19 mai 2016

Marseille en péril

Après plus d'un an d'implantation en France, il était temps que la plateforme Netflix réalise sa première série française. Ce sera finalement Marseille, bébé du scénariste Dan Franck (Carlos d'Olivier Assayas) et du réalisateur Florent Emilio Siri (Nid de guêpe, L'ennemi intime). La série se veut ambitieuse comme le confirme le casting regroupant Gérard Depardieu, Benoît Magimel, Nadia Farès (deux fidèles du réalisateur), Géraldine Pailhas ou encore Hippolyte Girardot. Netflix se paye même une monumentale publicité sur TF1, puisque la chaîne a eu la bêtise d'acheter les épisodes pour la télévision. Résultat: elle est contrainte de ne diffuser que les deux premiers épisodes, avant d'attendre plusieurs mois pour diffuser le reste, Netflix ayant le monopole. C'est le public de TF1 connaissant peu ou pas du tout Netflix qui va s'amuser! Comme vous l'aurez surement remarquer, la série fait beaucoup parler d'elle depuis son lancement et même un petit peu avant. Calamité, catastrophe, purge... Les critiques ne tarissent pas d'éloge pour parler de Marseille. Est-ce un jugement excessif dû principalement au fait que la série soit française? Non. Marseille est vraiment un désastre qui fend le coeur comme dirait l'autre. Pour cela, revenons un tant soit peu sur l'intrigue. Nous suivons deux personnages en particuliers: Robert Taro (Depardieu) et Lucas Barres (Magimel). L'un est le maire de la ville, l'autre son adjoint en chef. Il se trouve que le second veut battre le premier et le plante progressivement pour s'imposer à la mairie de Marseille.

Marseille : Affiche

Dès lors, un combat de coq va s'opérer entre les deux politiques entre erreurs et ambitions, entre dignité et corruption. Dit comme cela, Marseille est intéressante et donne un minimum envie. D'autant plus que Netflix a déjà touché à la fiction politique avec la brillante House of cards (2013-). Sauf que la série apparaît rapidement comme déjà vue, où le complot politique pourrait très bien être représenté avec un autre sujet sous-prétexte de personnages ambitieux. A cela se rajoute la tendance au soap opera et sa multitude de personnages. (attention spoilers) C'est ainsi qu'en dehors du duo, on retrouve aussi la femme malade (Pailhas), la fille (Stéphane Caillard) qui couche avec un banlieusard (Nassim Si Ahmed), attisant la jalousie d'un autre (Guillaume Arnault), le chauffeur homme de main (Daniel Njo Lobé), les racailles, les mafieux, les femmes fatales jouant de leurs corps (Farès, Carolina Jurczak)... La série n'épargne aucun cliché qu'elle accumule comme les cadavres de schokobons. Le mieux restant nos banlieusards entre petites frappes ridicules et caïds de pacotille jouant au flipper. Le plus grand mérite résidant dans les amis de Siri. Farès incarne un sommet de vulgarité à faire pâlir la Sharon Stone de Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992). D'autant plus avec des airs autoritaires même en plein acte. La palme revient toutefois à Magimel qui, en plus d'avoir un rôle d'une pauvreté incroyable (jusqu'au rebondissement bidon que l'on devine très facilement), accumule les défauts.

Photo Benoît Magimel, Gérard Depardieu

Muni d'un brushing blond décoloré délirant, il opte pour un accent marseillais à coucher dehors. Alors certes c'est une pirouette scénaristique (il l'utilise uniquement pour ses passages en public), mais c'est d'un ridicule affolant d'écouter un accent aussi forcé. A cela se rajoute des expressions faciales d'une rare intensité durant les scènes de nues (et il y en a). On aura rarement vu l'acteur aussi mauvais, son interprétation tenant presque du génie comique involontaire. Face à lui, l'ami Gégé paraît complètement sobre. Contrairement à son rôle dans Welcome to New York (Abel Ferrara, 2014), Depardieu ne baise pas, son rôle est même assez correct avec ses failles et un jeu simple mais convaincant. Le seul problème vient de ses textes. On retiendra aussi quelques uns comme Girardot et Eric Savin, sortant un peu plus de la caricature et de la vulgarité crasse. On évoque souvent le Cinéma français par ses auteurs et particulièrement ceux qui écrivent des films. Nous ne pouvons pas dire que cela soit la force de Dan Franck. En plus d'une intrigue puant la prévisibilité jusqu'au final, les dialogues sont souvent lamentables, voire dignes des plus grands nanars franchouillards. Voici donc un pléthore de répliques graveleuses, souvent à l'origine de fou-rires monumentaux et n'ayant rien à envier à celles de Max Pécas: 

  • Depardieu à sa fille: "J'aime bien quand ta copine baise beaucoup. 
  • Pourquoi? 
  • Parce que plus elle baise, plus tu l'essuie!
  • Depardieu à Pailhas: "C'est de ta faute. Tu ne veux pas que je mette [mon portable] dans ma poche intérieure gauche à cause du coeur. Pas dans mon pantalon à cause des couilles. Si je le mets dans mes poches arrières, je le pète. Et si je l'accroche à ma ceinture, tu me dis que ça fait vieux flic. Où tu veux que je le mette?!"
  • Nadia Farès à Magimel: "Quand le stress monte, le reste descend. (...) C'est assez dégueulasse, mais si tu me lèche encore comme ça la prochaine fois, je t'aiderai peut être."
  • Magimel à Farès au téléphone: "Est-ce que tu l'as sucé?
  • Non.
  • Ah ben c'est pour ça!"
  • "Dis moi Vanessa, à part ma queue qu'est-ce que tu veux?"
  • Magimel à Jurczak: "Vous servez à quoi vous?
  • -A te vider les couilles! Et à te servir de femme de paille dans tes combines foireuses!"

 Photo Nassim Si Ahmed, Stéphane Caillard

A cela se rajoute d'autres problèmes tout aussi importants dans la conception de la série. La question est souvent revenu lors de conférences autour de la série: quelle fut la place du showrunner, quand bien même il y en a un? Quasiment aucun membre présent n'a su réellement répondre, pas même Depardieu visiblement perdu. On veut bien lui donner le bénéfice du doute tant toute cette affaire ne semble pas clair. Siri est présenté comme le showrunner, mais aussi comme "créateur visuel". De même pour Franck qui est "créateur scénaristique". Cela n'a purement aucune logique: un showrunner gère tout le projet, mais en général il ne s'occupe pas du visuel, car ce sont souvent des scénaristes aux réunions. Siri ne serait donc pas concerné par cet aspect et il aurait été bien plus logique de réunir les deux sous l'appellation de la création. On ressent bien l'intention de séparer réalisation et écriture, rendant le tout totalement absurde. A l'heure où Canal + essaye de se donner les moyens, Netflix rate le coche. Pourtant sur le papier, Siri est un excellent réalisateur. Il est triste de voir le réalisateur de Nid de guêpe passer pour un vulgaire tâcheron, à l'image de ce qu'il semble avoir fait sur Pension complète (2015). Du pur alimentaire où l'on ne reconnaît jamais son style et où l'accumulation de plans spéciaux (ralentis improbables, plans larges pauvres en éléments, profondeur de champ inutile) ferait passer la série PJ (1997-2009) pour un sommet de dynamisme.

Photo Benoît Magimel, Hedi Bouchenafa

Les derniers épisodes signés Thomas Gilou (la trilogie La vérité si je mens) apparaissent même moins tape à l'oeil. Le montage est lui aussi une énorme source de catastrophe, ccomme le confirme ces transitions bâclées avec plans sur Marseille sur fondus au noir. Un autre passage nous montre même une scène de sexe coupée brutalement pour montrer Depardieu sniffant de la coke! Le tout sur une musique souvent inquiétante signée en partie par un Alexandre Desplat de passage. Des passages ridicules que l'on n'aurait probablement jamais vus dans une série américaine ou tout du moins pas sous cette forme (un accéléré sur la ville serait davantage utilisé). Une preuve incroyable du manque de connaissance du format télévisuel de l'équipe. (Fin des spoilers) Marseille apparaît comme un immense gâchi, projet ambitieux sur le papier mais poussiéreux au final. Netflix n'a pas encore aborder la question d'une seconde saison. Au vue du bashing général, il se peut que la plateforme laisse tomber, quand bien même elle suscite la curiosité. D'autant plus quand on va jusqu'au cliffhanger final de la dernière chance. 

17 mai 2016

Cuvée 22

Aujourd'hui, la Cave de Borat va faire honneur à son géniteur. Pour ceux qui ne le sauraient toujours pas, c'est l'occasion ou jamais de souhaiter un joyeux anniversaire à votre cher Borat. Pour les autres, tant pis on reprendra les paris! La mégalomanie de votre interlocuteur risque fort de perturber certains lecteurs. Si c'est le cas, il vaudrait mieux passer votre tour en allant vers des contrées plus sobres, moins gâvées au champomy. L'an dernier, votre cher Borat était revenu sur vingt-et-un de ses films cultes, cette année il s'agira d'en dévoiler vingt-deux autres. Etes-vous prêts au grand chelem de la mort? Go!

  • 1- The Mask de Chuck Russell (1994)

The Mask

Affiche réalisée par Flore Maquin.

Commencer par l'ami Jim n'est pas si étonnant venant de moi. On pourrait croire que je connais le film de Chuck Russell depuis Mathusalem, mais en fait non. Le film qui m'a fait découvrir Jim Carrey fut Menteur, menteur (Tom Shadyac, 1997) et il est rapidement devenu mon comique préféré, notamment par son côté excessif et ses mimiques. Mon envie de voir The Mask est arrivé lors d'un passage télévisé survenu en 2002-2003. Je ne sais plus si je l'ai vu avant ou après Ace Ventura (Shadyac, 1994), mais je me souviens que ce fut à peu près à la même période. Je n'ai pas pu le voir suite à une invitation et avec mon père nous sommes partis à la chasse au masque. A cette époque, les VHS commençaient déjà à moins se trouver, notamment lorsqu'il s'agit de films dits "anciens". Mon père a fini par la trouver dans un kiosque et dès lors, la VHS a été utilisé un nombre inqualifiable de fois. Pous vous rassurez, la VHS fonctionne toujours aussi bien. The Mask est un film vieillissant n'ayons pas peur de le dire. Il n'y a qu'à voir un des plans du début, sorte de matte-painting ayant pris un sacré coup. Pareil pour certains effets de la musique de Randy Edelman qui en font des tonnes. Mais ce serait oublier le bonheur que suscite Jim Carrey. Les effets-spéciaux lui
permettent de trouver des effets comiques inattendus et fous, rendant la part belle au grand Tex Avery. Comme les films suscités, vous l'enlevez du film, il ne reste plus grand chose ou tout du moins pas assez pour que le film soit solide.

Cameron Diaz (2)

"Just for you Borat."

Certes le film aurait dû être plus violent comme le comic-book qu'il adapte, mais Chuck Russell se fait plaisir avec son personnage principal, alignant les grands moments drôlatiques. Puis, c'est l'occasion de voir Cameron Diaz plus sexy que jamais dans son premier rôle au cinéma.

  • Séquence culte: Prêt pour un pur moment musical improbable? Voici donc Jim Carrey en plein délire urbain, faisant chanter et danser la police habillé en cubain (enfin c'est ce qu'il dit). De quoi faire réfléchir quand on voit certaines choses lors de manifestations bien actuelles...

  • 2- Les aristochats de Wolfgang Reitherman (1970)

Les aristochats

Depuis l'enfance, les films produits par les studios Disney font partie d'une tradition. Je pourrais vous en citer plein parmi mes préférés et ce ne serait pas faute de varier les époques. Pour preuve, on retient au moins un film Disney par décennie. L'an dernier, je vous ai proposé mon classique Disney préféré (animé comme live donc) L'apprentie sorcière (Robert Stevenson, 1971), cette année ce sera au tour de mon classique animé préféré. Dans ma collection de VHS Disney, Les aristochats a une place de choix. Il signe un renouveau pour le studio, premier film réalisé depuis la mort du grand manitou survenue en 1966. Il asseoit également la carrière de Wolfgang Reitherman, animateur devenu réalisateur dès Les 101 dalmatiens (1961). Un gage de qualité à lui tout seul et permettant aux Aristochats une réalisation de grande classe. La vision de la France est très porteuse de clichés, l'effet carte-postale par excellence jusqu'à commencer le film par une toile. Il n'est pas non plus étonnant que le châton Toulouse soit peintre comme Lautrec, que leur mère s'appelle Duchesse en rapport à la bourgeoisie dans lequel elle est aclimatée ou que la souris se nomme Roquefort. On s'y fait et cela confère même un charme supplémentaire au film. L'occasion aussi de voir un méchant grandiose, l'impayable Edgar, digne héritier d'Horace et Jasper les voleurs de dalmatiens.

Edgar

Il a beau être machiavélique et cruel (il veut tuer des chats pour toucher un héritage), il n'en reste pas moins attachant grâce à divers gags le faisant passer pour un gros nigaud. A l'image de ses mésaventures avec les chiens Napoléon et Lafayette (!), valant un jeu de chat et de la souris rocambolesque. Il y a également l'univers du jazz, valant de beaux moments colorés et funs. Avec ce film, le studio prouvait que l'héritage du patron était solide. C'est aussi pour cela qu'il gagne en intérêt.

  • Séquence culte: Qui dit Disney, dit chanson n'ayons pas peur de le dire. Tout le monde veut devenir un cat, chanson phare du film, commence lentement avant de prendre un rythme endiablé, faisant exploser les trompettes pour le bonheur des oreilles. La Duchesse change de couleurs grâce aux différents filtres avant de faire un petit solo superbe à la harpe. Puis c'est reparti pour un dernier tour jubilatoire.

  • 3- Qui veut la peau de Roger Rabbit de Robert Zemeckis (1988)

Roger Rabbit

Affiche réalisée par Drew Struzan.

J'aurais très bien pu prendre une des aventures de Marty McFly, mais il se trouve que je les ai connu à l'adolescence. Avant cela, un lapin m'était déjà plus familier fort de deux VHS enregistrée (la première a fini par lâcher) avant un passage au DVD bien mérité. A l'image de Space Jam (Joe Pytka, 1996), j'étais fasciné par Qui veut la peau de Roger Rabbit jouant sur le même principe (mélanger live et animation), à la différence que ce dernier m'a toujours paru plus ambitieux. L'intrigue jouait de cet aspect en s'amusant un peu plus avec les décors et sur des personnages animés dans le monde réel. Sur ce point, le film est toujours aussi impressionnant d'autant que les acteurs semblent bien se débrouiller face à une masse incroyable de personnages animés, certains étant même des rôles principaux (Roger et sa femme Jessica) ou des sidekicks très présents (les fouines). Du pur film noir (détective à la recherche de quelqu'un ou le protégeant, avec femme fatale et méchant plus fort que lui) transposé dans un film soi-disant familial. Familial il pourrait l'être initialement à cause de ses personnages animés, mais à l'image des productions Amblin dont il fait partie, Roger Rabbit s'impose plus nuancé et grave. Il dévoile un âge sombre pour les cartoons (les studios perdent des icônes animées sexy à cause du Code Hays, à l'image de Betty Boop), alors même que ces derniers sont de moins en moins produits à la sortie du film. 

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De même, le projet autoroute apparaît jonché de cadavres dont certains sont des personnalités corrompus. Le film est aussi aidé par un aspect buddy movie salutaire avec un duo terriblement atypique (le détective tourmenté incarné par le génial Bob Hoskins et le lapin amoureux de sa femme). Puis comme dirait Alfred Hitchcock meilleur est le méchant, meilleur est le film. Le Juge DeMort en est la preuve, interprété par le phénoménal Christopher Lloyd. Il a fallu plusieurs années à l'acteur pour trouver des rôles phares, Robert Zemeckis lui en a offert deux dont tout le monde se souvient.

  • Séquence culte: Parmi les grands moments drôles du film, il y a bien sûr la chanson d'Eddie Valiant. Une diversion en or, valant un des dialogues les plus jubilatoires entendus au cinéma: "Miches! -Miches? Mais ça rime pas avec ouille! -Non mais ça oui!"

  • 4- Anastasia de Don Bluth et Gary Goldman (1997)

Anastasia

Outre Disney, n'oublions pas l'apport de Don Bluth et son camarade Gary Goldman, vétérans du studio partis vers d'autres aventures. Avec Toy Story (John Lasseter, 1995) et Space Jam, il s'agit d'un de mes premiers souvenirs de cinéma en dehors du cinéma aux grandes oreilles. Ce qui n'a pas empêcher d'entendre plus d'une fois qu'Anastasia est un Disney, alors qu'il suffit de voir le logo Fox sur les bords de la jaquette... Une anecdote qui ferait bien rigoler son instigateur. Si les années 80 ont permis aux deux compères de gagner du terrain, bien aidé par des divergences artistiques au sein de Disney (voir le pauvre Taram et le chaudron magique); les 90's furent pour le moins fatales à Don Bluth, à cause de projets moins forts. L'année 1997 sera l'occasion d'un retour fracassant nommé Anastasia. Alors oui, ce film est une fiction totale, jouant sur le drame entourant les Romanov et la légende qui suivit, et à vrai dire on s'en fout. Au contraire de Titan AE (film suivant de Don Bluth sorti en 2000), Anastasia vieillit beaucoup mieux, bien aidé par des images de synthèse assez rares. Alors que les studios Disney peinaient déjà à retrouver des sujets forts après être revenu au top, Don Bluth donne un grand coup en produisant un superbe conte avec une héroïne forte essayant de retrouver son passé.

Dimitri

L'occasion d'une histoire d'amour sympathique à l'image de personnages attachants, bien servie par la musique de Stephen Flaherty. Il est d'autant plus triste que le réalisateur se soit empêtré dans une séquelle / spin-off sans intérêt par la suite (Bartok le magnifique, 1999). Au final, on préfèra se souvenir d'Anastasia, certainement un des meilleurs films d'animation des 90's.

  • Séquence culte: Parmi les chansons d'Anastasia, Loin du froid de décembre est certainement la plus réussie et donne lieu à une scène superbe de bal. Des décors monumentaux, des figurants en veux-tu en voilà et une héroïne devenant la reine d'un bal fantôme. La nostalgie à la russe.

  • 5- Small Soldiers de Joe Dante (1998)

Small Soldiers : Affiche

La filmographie de Joe Dante m'est restée plus ou moins inconnue durant très longtemps; jusqu'à atteindre mon adolescence avec fracas. Par exemple, Gremlins (1984) est arrivé dans ma dvdthèque sur un coup de tête. En revanche, je connaissais très bien Small Soldiers. Vous remarquerez l'insistance jusqu'à présent de la VHS, mais il est vrai que beaucoup de mes films phares sont passés par mon magnétoscope.  J'avais demandé à mon père d'enregistrer le film alors qu'il était en deuxième partie de soirée sur France 3, après avoir vu l'affiche fracassante ("on ne joue plus"). Gamin, il m'apparaissait comme un film fun, valant notamment pour les affrontements entre les jouets et les humains. Ce n'est qu'en le revoyant plus âgé que j'ai remarqué à quel point le film était cynique, bien aidé par la vision de quelques autres films de Joe Dante. Faire des freaks les gentils au lieu de ces grands cons de GI Joe est certainement la meilleure idée du film, contrebalançant avec l'image pure du soldat américain entre deux guerres du Golfe. Tout comme transformer Barbie en guerrière psychopathe s'attaquant aux beaux mâles! Un discours violent et tout sauf puritain gangrené par les aspects marketing autour du film, l'empêchant d'être au niveau de brutalité de Gremlins. Il n'en reste pas moins que le message n'a pu être corrigé comme Burger King l'entendait et tant mieux.

Small soldiers

Le personnage de Denis Leary n'est pas sans rappeler de John Glover dans Gremlins 2 (1990) en pire, de par son cynisme de tous les instants ("ça aurait pu faire une belle publicité!"). L'occasion aussi pour le gamin que j'étais de craquer pour la belle Kirsten Dunst, déjà bien aidé par la vision de Spider-man (Sam Raimi, 2002) un an auparavant.

  • Séquence culte: Quoi de mieux pour illustrer une scène de guerre que le classique d'Edwin Starr? Là encore le cynisme atteint des sommets pour notre plus grand plaisir, Joe Dante se payant un magnifique fuck en puissance. 

  • 6- Die Hard de John McTiernan (1988)

Die Hard

J'ai découvert la trilogie Die Hard tout d'abord par 58 minutes pour vivre (Renny Harlin, 1990), en raison de l'achat progressif de la saga en DVD. Ou comment découvrir le cinéma de John McTiernan avec l'un de ses films les plus emblématiques. Tout était réuni pour que cela fonctionne. Un pitch qui au départ devait servir de suite à Commando (John Matrix faisant péter les différents étages pour sauver sa fille et sa petite-amie!), avant de devenir un film d'action un peu moins excessif avec un héros en or. John McClane (Bruce Willis à une époque où il savait son texte) l'homme pas parfait, à ça de divorcer avant qu'une prise d'otage ne commence à sauver son mariage, flic en dehors de sa juridiction et retrouvant sa virilité après avoir fait le point avec ses orteils. Le héros sauve ce qu'il peut, en plus de sauver sa poire face à des hommes surarmés. Il est d'autant plus seul que la police à l'extérieur ne l'aide pas, l'assimilant presque aux terroristes. C'est aussi pour cela que l'on aime le personnage de John McClane, toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. En face de lui le regretté Alan Rickman, méchant d'anthologie s'il en est offrant un pur duel psychologique, en plus d'utiliser la malice pour berner tout le monde. Il est d'autant plus fou que McT arrive parfaitement à jouer sur l'unité de temps (la nuit du réveillon) et de lieu (l'immeuble ou devant l'immeuble), au point que le spectateur perd patience, perdu par un suspense de tous les instants.

Die hard

"On passera noël en famille, on fera la fête!"

Comme quoi à une époque, avec un pitch simple comme bonjour, on arrivait à faire un classique. Aujourd'hui on aurait bien plus de mal, Hollywood prendrait surement un tâcheron qui ferait shooté les grosses scènes par la seconde équipe, avec des acteurs plats. Autre époque, autres moeurs.

  • Séquence culte: Que serait une production de Joel Silver sans une putain d'explosion? Autant dire que la tour Fox s'en souviendra encore longtemps. 

  • 7- Casper de Brad Siberling (1995)

Casper

Si l'on excepte les films de Don Bluth et Gary Goldman produits durant les 80's, les productions Amblin qui m'ont le plus marquées furent celles des années 90 dans un premier temps. Les années VHS aidant, voici certainement une de mes productions Amblin préférées. La preuve qu'à une époque Steven Spielberg faisait plus attention où il aposait son nom (on parle de Transformers? Non je suis dans un bon jour). Adaptation du comic-book devenu cartoon culte, Casper est un film fantastique de qualité et pouvant plaire au plus grand nombre sans que cela paraisse gamin. Preuve que le film PG-13 ne doit pas être synonyme de prendre les adolescents bêtes à bouffer du foin. Un film malicieux, jouant de superbes effets-spéciaux et bien aidé par des acteurs et personnages de qualité. Un temps où Christina Ricci sortait du rôle de Mercredi avec bonheur, où Eric Idle se faisait taper dessus par Cathy Moriarty (que ce soit en hommes ou fantômes) et où Bill Pullman était bien plus intéressant en père veuf qu'à vivre, que dis-je survivre en plein jour d'indépendance. Evidemment comment ne pas évoquer les oncles de Casper, permettant de beaux moments de chasse aux fantômes et un dîner gourmand et croquant. Mais c'est avant tout Casper qui suscite l'émotion. Lui comme Cat ont été séparé de l'un de leurs êtres chers, elle de sa mère décédée, lui de son père en mourant.

Casper : Photo Brad Silberling, Christina Ricci

Le film n'en dévoile pas trop, mais suffisamment assez pour que le personnage émeut le spectateur alors qu'il n'a pas d'apparence humaine. Petite pensée aussi pour James Horner, signant une ost ravissante et réussissant à émouvoir lui aussi par moments. 

  • Séquence culte (attention spoilers): Parmi les séquences magiques de Casper, celle du bal tient la palme. Cat vit le grand amour aux côtés de Casper sous forme humaine le temps de quelques instants. L'occasion aussi pour un mari de retrouver sa femme. Terriblement romantique. 

  • 8- Akira de Katsuhiro Otomo (1988)

Akira (1)

La fin de mon enfance m'a donné envie de m'intéresser à l'animation japonaise. Pas qu'elle ne m'était pas familiaire pour avoir vu Mon voisin Totoro (Hayao Miyazaki, 1988) en VHS et Princesse Mononoké (idem, 1997) beaucoup trop tôt, ou plus généralement quelques séries animées. Mais Akira est apparu comme le déclic à une époque bien définie, au même titre que Ghost in the shell (Mamoru Oshii, 1995). La fin de mon enfance a été l'occasion de commencer à voir des films d'horreur, mais aussi généralement des films plus violents, torturés. Akira en est la preuve. Adapté partiellement du manga éponyme, il dévoile une variation de Tokyo post-nucléaire frappante, avec une jeunesse plus dans la rue qu'à l'école et où la police est peut être aussi violente que la délinquance (voir la scène au commissariat où un mec est battu à mort). Dans cette jeunesse se trouve Kaneda et Tetsuo, l'un est le meneur un peu bébête d'un gang mais charismatique, l'autre le sous-fifre toujours dans l'ombre du premier. La tragédie ne pouvait qu'arriver tôt ou tard. La vengeance se fera dans le sang et avec une brutalité graphique sans précédent. Katsuhiro Otomo se paye également la tête des militaires et des scientifiques se prenant pour des apprentis sorciers, au point d'engendrer des calamités plus grosses qu'eux. De là, Katsuhiro Otomo signe une oeuvre post-apocalyptique superbe, avec des plans horribles de transformation atteignant leur paroxysme dans un final tragique. Akira a beau être un film entraînant, il n'en reste pas moins sauvage et tortueux.

Akira

Un film qui a failli ruiner son auteur, peut être bien au final, tant Akira a bouffé le reste de sa carrière. Jamais il ne retrouvera la force de son premier long-métrage solo. Est-ce un problème? Peut être pas. Juste qu'Akira est devenu un film trop gros pour lui, mais quel film. Les américains veulent en faire un remake live... enfin ils espèrent mais rien ne changera au fait que la première adaptation est essentielle. 

  • Séquence culte: Rythmée par une musique répétitive et hypnotisante, la poursuite à moto est un pur moment d'adrénaline. La musique, les pneus qui crissent, les corps qui craquent, les explosions qui fusent... tout y est pour une scène spectaculaire.

  • 9- Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg (1984)

Le temple maudit

 

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Ayant raté Les aventuriers de l'arche perdue (1980) une semaine avant, je décidais quand même de découvrir le second opus et peut être même le troisième sur M6 les semaines suivantes. Un comble quand on sait que ce Temple maudit se situe avant les aventures d'Indiana Jones en Egypte. Indiana symbolise le goût de l'aventure, l'envie de découvrir du paysage, tout en chassant des trésors inestimables et souvent surnaturels que l'on pourrait qualifier autrement de macguffin, dans des histoires rocambolesques. Si le premier Indy est un grand film, il n'a pas le charme du second et encore moins son humour noir ravageur. C'est peut être aussi pour cela que je le lui préfère (et que je rompt avec la plupart des avis parlant du pire film de la trilogie), en plus de l'avoir découvert en premier. Avec ce film, Steven Spielberg fait dans l'évasion cocasse, avec un aventurier plus tourmenté que jamais (le passage du coeur), une chanteuse casse-couille mais valant quelques moments de rigolade bien sentis (Kate Capshaw) et un jeune sidekick attachant (Jonathan Ke Quan). Le tout dans une aventure géniale où les moments phares se comptent à la pelle, à commencer par l'ouverture à l'Obi Wan Club, alignant les morceaux de bravoure pour une conclusion de haut vol. Avec Le temple maudit, Spielby réussit un pur divertissement, un moment inoubliable qui fait rêver les enfants et les adultes en manque d'histoires d'aventure (quoique...). Le temple maudit symbolise cela, en plus de relever d'un exotisme amusant et parfois brutal.

 Indiana Jones et le Temple maudit : Photo Harrison Ford, Jonathan Ke Quan, Kate Capshaw

Evidemment, ce ne serait rien sans l'impayable Harrison Ford, autrefois éternel Han Solo pour moi devenu le plus grand des aventuriers par la suite. Le temple maudit comme Jurassic Park l'an dernier (1993) n'est peut être pas mon Spielby préféré. Il n'en reste pas moins que c'est un film que j'ai adoré durant toute mon enfance, adolescence compris et que je continue d'aimer encore maintenant.

  • Séquence culte: J'aurais pu citer la scène du train en mode montagne russe ou bien la scène à suspense du pont. Mais je dois bien avouer que la scène du dîner me vaut toujours un merveilleux fou-rire. Beaucoup la trouvent crade, personnellement elle me fait toujours rire de par son côté délirant devenant jubilatoire.

  • 10- Seven de David Fincher (1995)

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Juste avant Fight Club (1999), Seven fut mon premier film de David Fincher et ce grâce à mon cousin qui m'avait prêté les deux films. L'exemple merveilleux du film à enquête dont on connaît le coupable, mais que l'on revoit toujours avec l'agréable sensation que le film ne repose pas que sur ça. Tout simplement parce que les enjeux dépassent le simple postulat du policier traquant un tueur. Fincher étudie ses personnages avec minutie jusqu'à les mettre au poteau devant leurs actes. Que ce soit Mills (Brad Pitt) victime de ses actes, Somerset au bord de la retraite et se retrouvant sur une affaire trop grosse pour lui (Morgan Freeman) ou un tueur n'ayant aucune compassion et moraliste. Le tout sous une pluie battante avant un final étonamment rayonnant, comme pour contraster avec les événements. Après un Alien 3 qu'il préfère oublier, Fincher signe un thriller merveilleusement crade, beaucoup imité, mais jamais égalé (souvenez vous de Resurrection de Russell Mulcahy avec Totof Lambert). Encore aujourd'hui le final reste un grand moment de suspense, jouant parfaitement de la suggestion. On saura bien qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur de la boîte, mais jamais rien ne sera montrer, laissant juste apparaître la réaction de Morgan Freeman à l'écran. Au contraire des scènes de crime, valant des moments glauques où le spectateur s'interroge sur le degré de violence il est capable de voir.

Seven 

Que ce soit cet homme victime de sa gourmandise ou cette prostituée sodomisée avec un couteau. Seven ne laisse aucun échappatoire à ses personnages filmés avec une photo très sombre signée Darius Khondji. Dans les ténèbres, personne ne viendra vous emmener vers la lumière. 

  • Séquence culte (attention spoilers): On a beau avoir déjà vu le premier cadavre, quand le générique débute, on entre dans un autre univers. Celui du tueur tueur avec ses notes, ses empreintes palmaires coupées, des photogrammes, une bobine qui déconne et Closer de Nine Inch Nails détourné. On ne le sait pas forcément avant de voir le reste du film, mais voici un générique qui permet de se faire une idée de l'individu auquel on va faire face. Saisissant.

  • 11- Starship troopers de Paul Verhoeven (1997)

 

Starship troopers

 

Dans les derniers instants de la Cuvée 21, j'ai failli mettre un film de Popaul le violent. Sacrilège réparé avec Starship troopers, sa dernière grosse production hollywoodienne. Je crois avoir vu Total Recall (1990) et Basic Instinct (1992) avant celui-ci, mais il s'agit probablement de mon film préféré du hollandais exilé. Un flop redoutable au même titre que Mars attacks (Tim Burton, 1996), les deux ayant un point commun certain: celui d'adresser un majeur bien mis en avant vers les USA. Pas étonnant que le film fut incompris par ces derniers à sa sortie, traîtant même son réalisateur de fasciste. Comme ce dernier le suggère dans le commentaire audio sur le DVD du film, le roman qu'il adapte l'est, pas son film d'autant plus quand tu as vu la guerre devant le pas de ta maison. Paul Verhoeven n'est en rien fasciste, juste que son point de vue est tellement radical qu'il dézingue tout sur son passage. Le principal aspect? Montrer un monde prêt à envoyer ses propres enfants vers une guerre auxquels ils ne sont pas préparés. Le premier assaut servant d'introduction est un fiasco total, justement à cause de cette inexpérience flagrante. Le choix de prendre des belles gueules n'y est pas pour rien. Après tout, le mec au physique sortant des canons de beauté n'est rien d'autre qu'un beau fasciste, responsable d'envoyer ses camarades à la guerre à ses fins personnels (désolé pour les fans de Neil Patrick Harris).

Starship Troopers : photo Casper Van Dien, Paul Verhoeven

Casper Van Dien ne trouvera jamais un aussi grand rôle que celui de Rico, bourrin un peu con mais guerrier hors pair. Denise Richard n'est pas très loin de le rejoindre dans le rôle de l'ex-copine un peu nunuche, se réveillant un peu vers la fin. Dina Meyer aussi dans un rôle féminin superbe et changeant des canons de beauté juste là pour poser. Puis évidemment il y a les gueules de portes-bonheur: Jake Busey, Michael Ironside, Clancy Brown et même Dean Norris. Starship Troopers est également l'un des plus beaux blockbusters des 90's, l'un de ceux qui se bonifient avec le temps tout comme Jurassic Park et Terminator 2 (James Cameron, 1991). Le genre que l'on redemande, mais dont on nous offrira plutôt un remake asseptisé.

  •  Séquence culte: Voici certainement l'explosion la plus spectaculaire du cinéma des 90's et ce n'est pourtant pas faute d'avoir chercher.

  • 12- The Thing de John Carpenter (1982)

The thing

Lui aussi a raté le coche l'an dernier, l'occasion d'une petite réparation. Bien que votre cher Borat a découvert Big John avec l'impayable Halloween (1977), lui valant quelques uns de ses premiers moments d'horreur, c'est vraiment The Thing qui l'a scotché par la suite. Un des rares remakes où l'on peut dire qu'on est face à un film majeur du cinéma. Un aspect encore plus représentatif sur un grand écran pour pleinement savourer la musique très carpenterienne d'Ennio Morricone. A l'image de La mouche (David Cronenberg, 1988) que j'aurais pu citer ici, The Thing est probablement une des films d'horreur les plus spectaculaire au niveau des transformations de sa créature. Une oeuvre des 80's qui vieillit difficilement et dont les effets-mécaniques ayant valu un surmenage à Ron Bottin fonctionnent encore à merveille. La palme revient certainement à la scène du ventre ouvert prenant le spectateur par surprise pour son plus grand plaisir. Big John signe un pur moment de paranoïa, perturbant le spectateur le temps de plusieurs séquences, à commencer par la scène du test, où le suspect finit toujours par se dévoiler au bout d'un moment. Qui est qui ou quoi devrait-on dire? A cela rajoutez l'affaire du sang contaminé survenue deux années plus tard et que l'on peut définitivement rattaché à la scène du test. 

075

Si la plupart des acteurs sont peu connus, on retiendra tout de même un duel souvent saisissant entre Kurt Russell le barbu et Keith David, valant encore une fois de merveilleux moments de parano. Pas pour rien que The Thing est souvent considéré comme un des films d'horreurs à voir absolument et comme un des meilleurs crus de Big John. A l'heure où ET (Spielberg, 1982), il est amusant de voir à quel point ce film était la parfaite anti-thèse.

  • Séquence culte: La créature se dévoile pour la première fois dans un maelstrom dégueulasse. Le spectateur assiste impuissant tout comme les personnages à cette transformation à vomir, terrifiante et qui marque à jamais.

 

  • 13- The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman (1975)

TRHPS (10ème anniversaire)

Voici un musical découvert durant mon adolescence lors de sa sortie en BR. Laissé de côté pendant plusieurs années, il a fini par devenir un de mes films favoris durant mes années de fac. C'est aussi cela quand vos amis adorent un film, le voir avec eux décuple l'intérêt et vous le fait parfois redécouvrir avec plaisir. Je l'ai même vu au cinéma dans une salle peu enclin à s'amuser. Mais bon sang, dans Rocky Horror Picture Show il y a show, ce qui veut dire s'amuser, se faire plaisir. Passer à côté de l'amusement que peut procurer un tel film en le voyant en salle, avec des gens déguisés comme les personnages et chantant les chansons, c'est ce que l'on demande durant une projection du Rocky Horror Picture Show! Après ce léger coup de gueule, passons aux festivités. Le Rocky Horror... est un pur plaisir musical, fait d'exubérances et de chansons naviguant entre rock'n roll et ballade, à l'image de Time warp ou Science fiction double feature. Ensuite, il y a un casting fantastique chantant merveilleusement bien, comme le fameux Tim Curry plus sexy que jamais ou Susan Sarandon s'essayant aux vocalises. Dans le lot, n'oublions pas Richard O'Brien créateur du show initial, incarnant un bossu extraterrestre à cheval sur le temps et Meat Loaf pour une apparition courte mais mémorable. Puis il y a le film lui-même, véritable phénomène naviguant entre différents genres au point que le spectateur tombe lui aussi dans le délire ambiant. 

TRHPS (soirée) 

Réadaptation 70's de Frankenstein de Mary Shelley, science-fiction, hommages au cinéma (oh le beau panneau RKO), musical endiablé... Au final, le Rocky Horror... est tout ça à la fois et c'est aussi pour cela que je l'adore. Si vous poussez le vice encore plus loin, faites comme la chanson: payez vous un double feature avec sa géniale séquelle Shock Treatment

  • Séquence culte: J'aurais très bien pu choisir l'entrée fracassante de Frank N'Furter, mais Rose tints my world est probablement ma chanson préférée du film. Doublé d'un moment sexy du tonnerre!

  • 14- Le maître de guerre de Clint Eastwood (1986)

Le Maître de guerre : Affiche

L'an dernier j'ai touché la corde sensible avec Clint Eastwood, cette fois-ci on va s'attaquer à sa face bourrine. Découvert à l'adolescence comme les trois quarts des films du pistollero sans nom, Le maître de guerre est le cas typique du film bourrin en apparence. Il faut dire que l'ami Clint se fait un vrai plaisir à sortir le plus de punchlines possibles pour titiller l'hilarité du spectateur, amateur de ce type de répliques rentre-dedans et ce dès l'ouverture du film. Ainsi, on suit Clint Eastwood en sorte de Dirty Harry à l'armée, râleur invétéré, divorcé maladif et emmerdeur national en train d'entraîner une bande de tocards. Parmi eux, l'impayable Mario van Peebles probablement dans son meilleur rôle en rockeur du dimanche! Hé oui, il y a une vie avant les séries B et les films Asylum (si, si regardez bien sa filmographie si vous êtes curieux). Voici donc une parfaite bande de bras cassés que l'on s'amuse à voir galérer jusqu'à atteindre les sommets inattendus. Mais évidemment, on s'ennuierait un peu si le grand Clint n'avait pas des problèmes avec sa hiérarchie. Et qui pour jouer l'emmerdeur national numéro 2? Everett McGill, l'amant de la maman d'Ann Perkins, le mec qui a trahi Felix Leiter et la Crampe avant l'heure. Dès lors, c'est parti pour un duel de grandes gueules et à celui qui aura la plus grosse. Dit comme cela Le maître de guerre peut paraître comme un gros nanar, à l'image des films que le grand Clint faisait avec son pote Clyde. 

  Le Maître de guerre : Photo Clint Eastwood

Pourtant c'est un film où l'armée américaine s'en prend une bonne dans la tronche. Tout d'abord en montrant un laxisme certain (il faut qu'Highway débarque pour que son escouade soit opérationnelle), puis des supérieurs bornés tout sauf compétents et enfin une réalité qui rattrape souvent la rigolade du régiment. C'est ainsi que les dernières minutes frappent, loin de la bonhomie véhiculée durant une bonne partie du film. C'est à ce moment là où Clint Eastwood retrouve un ton coup de poing qui lui sied à merveille.

  • Séquence culte: A force de se tourner autour, il était temps de se mettre sur la tronche. Voici donc Clint Eastwood, 56 d'un côté et Everett McGill, 41 ans de l'autre! Ready? Fight

  • 15- Babe: Le cochon dans la ville de George Miller (1998)

Babe

On ne le dit jamais assez, mais George Miller n'est pas le réalisateur d'une seule saga. Il en a créé trois, dont deux reposant sur un dyptique. J'aimais beaucoup le premier Babe qu'il a scénarisé et produit en 1995, ce qui m'a évidemment mené à acheter sa suite pas loin du noël 99 si mes souvenirs sont bons (avec du bol, il neigeait!). Un opus que j'ai davantage revu, ce qui ne veut pas dire que le premier Babe est moins intéressant. Disons que dans cet opus, on sent bien plus la patte de George Miller. Le premier était un conte moral très strict et sombre, le second est davantage un portrait cynique de la société. On avait laissé le petit cochon en berger récompensé. La suite reprend sur ce point-là en éjectant rapidement James Cromwell pour mieux se focaliser sur la relation entre le cochon et sa maîtresse (Magda Szubanski). C'est à partir de là que Miller commence à installer un cynisme incroyable dans un film familial, rappelant que nous sommes bien devant un conte. C'est ainsi que la ville symbolise toutes les villes du monde, allant de New York à Hollywood, en passant par Berlin et San Francisco! Le but étant de montrer que peu importe l'endroit où vous êtes, les villes se ressemblent toutes et notamment les gens qui y habitent. Miller montre régulièrement des hommes cruels, incapables de s'aimer entre eux (les agents sont des êtres froids et sans humanité, les autres des râleurs) et encore moins familiers avec des animaux.

Babe, le cochon dans la ville : photo George Miller

Un aspect qui reviendra également dans les Happy Feet (2006, 2011), avec pour point particulier l'écologie. Miller se fait d'autant plus plaisir en optant pour un look cartoonesque, permettant ainsi à cette suite de se démarquer de son modèle. Son héros devra s'aider d'autres animaux pour s'en sortir, ne pouvant compter sur les hommes pour se sauver lui-même. Comme quoi, la claque ne vient pas forcément de l'homme mais de son ami l'animal.

  • Séquence culte: Parmi les scènes les plus cartoonesques du film, il y a bien sûr le sauvetage du cochon par sa maîtresse. Un grand moment entre un cuisinier prêt à le faire rôtir, un costume de plus en plus gros et un amateur de champion craignant pour ses verres. Là on peut le dire il n'y avait qu'un australien amateur de grosses cylindrées pour pondre une scène aussi délirante!

  • 16- Serial noceurs de David Dobkin (2005)

Serial noceurs

Voilà un choix tout spécial qui ne plaira pas à tout le monde, mais après tout, je m'en fous un peu puisque aujourd'hui c'est the big day! Découvert en salle, je n'ai jamais cessé de revoir ce film lors de ses multiples rediffusions (probablement un des films les plus diffusés sur la TNT). Autant un film comme Mon beau-père et moi (Jay Roach, 2000) a fini par me lasser, autant Serial noceurs se revoit toujours avec plaisir, à condition évidemment de ne pas le revoir tout le temps non plus. Surement à cause de son casting à commencer par le duo en titre. Je suis moins fan d'Owen Wilson, mais j'ai toujours trouvé que Vince Vaughn méritait mieux que certains projets foireux dans lesquels il s'est fourré (qui se souvient de Frère Noël? Vous là-bas?). Alors le voir dans un film comique qui marche c'est toujours cela de pris. L'occasion de contempler les ravissantes Rachel McAdams et Isla Fisher entourées d'un Bradley Cooper ayant pris du poids et d'un Christopher Walken fidèle à lui-même (donc super, c'est bien connu). Evidemment vous enlevez ces différents acteurs, le film perd beaucoup de son intérêt, alors autant en profiter. D'autant que cette comédie se paye les mariages avec saveur, à travers son duo de zigotos s'infiltrant dedans. Le tout sans jamais se faire remarquer et si possible manger à l'oeil. Si la morale revient un peu trop sur la fin, pas de doute pour dire que l'on se marre bien. Puis ce n'est pas tous les jours que vous verrez Vince Vaughn cogner Bradley Cooper.  

Serial noceurs : Photo Owen Wilson, Vince Vaughn

    • Séquence culte: Evidemment qui dit mariage dit dîner, qui dit prolongation, dit à nouveau dîner. Pour le coup, Vince Vaughn risque de se souvenir de son passage à côté d'Isla Fisher. Il en est encore heureux pour sûr. 

  • 17- Pacific Rim de Guillermo del Toro (2013)

Pacific rim (4)

Affiche réalisée par Paul Shipper.

Pacific Rim n'est peut être pas mon cru préféré de Guillermo del Toro, il n'en reste pas moins que ce film au combien récent a fini par devenir un de mes films cultes. Lui aussi n'est en apparence qu'un film de bourrin à la Transformers, avec des robots qui se foutent sur la tronche avec des kaïjus sortis de l'Espace. Il pourrait s'il n'avait pas un réalisateur aussi sensible que Del Toro aux manettes. Là où l'on voit à quel point un sujet simple peut amener à des possibilités de réalisation incroyablement fantastiques. Alors que le Godzilla de Gareth Edwards (2014) s'est un peu cassé les dents en évitant le plus possible le spectaculaire, Del Toro se fait plaisir comme un gosse jouant avec ses jouets. Pas de doute que le spectateur aussi enjoué prendra autant de plaisir à voir les jaegers démonter du kaïju au petit-déjeuner. D'autant plus qu'il peut se familiariser avec les pilotes des robots, certes un peu caricaturaux mais intéressants, à l'instar de son duo principal aux commandes de Gipsy Danger. D'un côté, le briscard ayant perdu son frère lors d'un affrontement spectaculaire servant d'ouverture. De l'autre, une jeune femme essayant de se reconstruire entre l'absence de ses parents et un père adoptif la bridant un peu trop. A cela rajoutez un amour jamais montré clairement et encore moins par un quelconque baiser, mais terriblement beau (Pacific Rim la chance de l'outsider!). A cela rajoutez un Idris Elba au sommet de son charisme.

481 

En résultes, un film spectaculaire mais pleins de sentiments, valant à ce titre certains des moments les plus sensationels vus en salle. Ce qui fait de Pacific Rim un des meilleurs blockbusters des années 2010 avec certainement le dernier Mad Max (Miller, 2015).

  • Séquence culte: Accumulation de trois scènes monumentales, la séquence à Hong Kong est le gros morceau de bravoure par excellence. Vous voulez voir un affrontement digne de ce nom? C'est par ici et la lisibilité est optimale. Voici la meilleure partie, la plus violente aussi. 

  • 18- American Beauty de Sam Mendes (1999)

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Comment finir les années 90 au cinéma? Réalisez deux bilans monumentaux et particulièrement pessimistes. J'ai déjà cité l'amiral Fincher, passons désormais au capitaine Mendes. Grand vainqueur aux Oscars, American Beauty a souvent fait de l'ombre à Fight Club, avant de finalement apparaître tout deux comme deux faces d'une même pièce. D'un côté; le film fun mais faisant peur, de l'autre le film plus pessimiste, plus ancré dans une réalité sinistre du quotidien. Malgré un final à se tirer une balle, American Beauty n'en reste pas moins un film fun quand il le veut, bien aidé par un Kevin Spacey en pleine forme. Pas de magouille politique ou de cadavres dans le placard. Ici c'est le mari désabusé qui se met à mener sa propre révolution. Faire chier sa femme trop embourgeoisée? Check. Quitter un travail qui l'emmerde profondément? Check. Se mettre à la gonflette pour plaire à la copine de sa fille? Heu... check. Lester est le cas typique de l'homme voulant sortir des apparences, au contraire des gens qui l'entoure. Sa femme le délaissant au profit d'un autre, sa fille le prenant pour un raté, le jeune voisin vendant de la drogue à la barbe de son père, son père au refoulement plus que certain, une mère qui ne dit plus rien, la fameuse copine loin d'être l'allumeuse qu'elle prétend être. American Beauty est un film terriblement beau et au combien triste, accablé par un final qui tape un grand coup comme au théâtre. Mendes amuse autant qu'il choque, preuve que les moeurs américaines ne sont pas toujours jolies dans les banlieues pavillonnaires.

American Beauty : Photo Kevin Spacey, Mena Suvari

  • Séquence culte: Parce que parfois il faut savoir lâcher prise et à ce moment, Lester sait quoi faire. Mettre American Woman dans le lecteur.

  • 19- Scarface de Brian de Palma (1983)

Scarface

Encore une fois un remake majeur et assez différent de l'original dans le cas présent. Scarface, la légende cubaine de Miami, signé par un Brian de Palma en plein renouveau (il sort un peu de l'aspect hitchcockien). Une époque où cabotinage n'était pas forcément un signe péjoratif. Preuve en est l'interprétation d'Al Pacino, tout en gueule bien ouverte. L'acteur est au top et cela ne sera pas la dernière fois qu'il jouera de ce côté cabot pour atteindre des sommets (la preuve avec Heat ou L'enfer du dimanche). Son rôle? Celui du petit malfrat devenu grand à force de liquider ceux qui ne lui barrait le chemin. Une ascension fulgurante sous du bon Giorgio Moroder. Pour sûr, Scarface est probablement le film le plus violent de De Palma (pas faute de chercher), fort d'un personnage excessif allant jusqu'à liquider ses proches quand cela ne va pas comme il veut. Un sacré zigoto l'ami Montana. Autour de lui, des seconds-rôles en or, certains se retrouvant même par la suite dans la série Breaking Bad (2008-2013), à l'image de Steven Bauer et Mark Magolis. On retiendra également la superbe Michelle Pfeiffer tenant merveilleusement tête à Al Pacino. The world is yours dit le proverbe...  

  • Séquence culte: Une chanson, pas d'autres sons, effet clip total, Push it to the limits, parfaite définition du Tony Montana plein aux as et les narines pleines de coke.

  • 20- Old School de Todd Phillips (2004)

Retour à la fac : affiche

Encore un film avec Vince Vaughn mais là, on va parler campus movie. Un genre répandu aux USA et que les français ont bien du mal à reprendre (je ne vous cache pas que certaines beuveries étudiantes valent leur pesant de cacahuètes). Autant dire qu'Old School est un plaisir certain, jouant des codes du genre en prenant un lot de trentenaires découvrant l'université pour notre plus grand bonheur. Si Luke Wilson est le héros du film, c'est surtout les second-rôles que l'on retient. Vince Vaughn est au top en mec retrouvant de la vigueur après plusieurs années de mariage, mais c'est surtout Will Ferrell qui casse la baraque. L'acteur issu du Saturday Night Live est déchaîné à un point exponentiel. Il est nu en pleine rue, joue la mascotte en flamme, picole comme jamais et répare même des voitures. Autour de lui des têtes connues à l'image d'Ellen "Meredith Grey" Pompeo, Elisha "Kim Bauer" Cuthbert, Jeremy Pivens, Seann William Scott (un amateur de beuh) ou encore Simon Helberg bien avant ses aventures du big bang. Un véritable foutoir valant de beaux fous-rires à condition d'aimer l'humour en dessous de la ceinture, ce qui n'est pas donner à tout le monde. De là à dire que la fac c'est cool avec ces types là, il n'y a qu'un pas.

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  • Séquence culte: Quand Will Ferrell se met à nu, ce n'est pas à moitié.

  • 21- Edward aux mains d'argent de Tim Burton (1990)

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Là où l'on se dit à quel point le grand Tim Burton n'est plus là. Si son Miss Pelegrin a l'air moins pire que ce qu'il a fait récemment, cela ne sera probablement pas assez pour revenir au niveau qu'il avait dans les 90's. Fort d'un Johnny Depp pas encore conscient qu'il est une machine à fric et encore moins un acteur cabotin, Edward aux mains d'argent s'impose comme un conte magistral avec lui aussi une forte tendance au cynisme pur et dur. Il n'y a qu'à voir les différents personnages entourant le pavillon, entre ceux se servant d'Edward comme Dianne West et ceux qui font comme si de rien n'était à l'image d'Alan Arkin. Il y a une douceur dans le jeu de Depp que l'on ne retrouvera plus jamais par la suite, ce qui a tendance à émouvoir. Le couple qu'il forme avec Winona Ryder n'en est que plus beau et pur dans un monde gangrené par la soif de richesse. Tim Burton est peut être comme son héros: rejeté autrefois, il est devenu beaucoup trop présent au point de se pervertir. Est-ce que le petit Tim serait resté trop longtemps en bas et n'arriverait pas à remonter dans son château? Il y a des chances que oui.

Edward aux mains d'argent

  • Séquence culte: Certainement la plus belle scène du film et symbolisant à elle seule l'amour qu'a Miss Ryder pour son beau pantin au coeur qui bat.

  • 22- Space Jam de Joe Pytka (1996)

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Terminons en beauté avec un film déjà cité, mais auquel je tiens. Un beau petit nanar à l'effigie de Michael Jordan, mais valant quand même le coup. Le basketteur est bien mis en valeur, jusqu'à évoquer ses années difficiles en tant que joueur de baseball (certainement la plus grosse connerie de sa carrière), avec une belle famille et même un assistant qui lui cire trop les pompes. Mais Space Jam c'est aussi l'occasion de voir l'un des matchs de basket ball les plus délirants de l'histoire et plutôt bien animé, si l'on se fit aux contraintes (le film s'est tourné sur plusieurs années). L'occasion aussi de voir que Bill Murray est capable de beaucoup d'autodérision, quitte à passer pour un champion de basket! Sans compter quelques autres stars du basket prêtes à se ridiculiser le temps d'une séquence délirante. On n'en demande pas tant à un film aussi court et auquel le plaisir d'être un enfant devant les looney tunes n'a jamais été aussi fort.

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  • Séquence culte: Un dernier panier pour le moins impressionnant, preuve encore une fois de la rigolade assurée que peut apporter Space Jam.


 Bonus track spéciale anniversaire, car oui je n'ai jamais été aussi raccord avec le titre d'une chanson. Allez à la semaine prochaine!

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14 mai 2016

Cuvée sous le signe du X #2

Après être revenue sur les films sortis durant la décennie 2000, la Cave de Borat termine ses cuvées consacrées à la saga X Men avec la décennie 2010.

  • X Men First Class (2011) : Un nouvel espoir

First Class

Après deux films ayant mis en péril la franchise, la Fox ne sait pas quoi faire de ses mutants, d'autant plus que les Fantastic Four n'intéressent déjà plus grand monde et que les droits de Daredevil sont sur le point de revenir à Marvel. Contre toute attente, Bryan Singer finit par revenir au bercail. On dit tout d'abord qu'il doit réaliser X Men Origins Magneto que chapeaute le scénariste (et parfois réalisateur) David S Goyer depuis plusieurs années. Il choisit finalement de s'intéresser au run First Class (Jeff Parker, Roger Cruz 2006-2007). "D'autres films sur les origines devaient être tournés, comme celui sur Magneto, mais je me suis dit que son histoire n'était pas suffisante pour justifier un long-métrage. Nous avons donc incorporé dans notre script certaines idées du scénario d'origine, comme le désir de vengeance du personnage suite à la mort de ses parents durant l'Holocauste. C'était plus intéressant d'un point de vue dramatique." *. Singer prévoyait déjà une trilogie sous forme de préquelles à l'époque en cas de succès. Pourtant le réalisateur des deux premiers X Men finit par partir sur Jack le chasseur de géants qu'il doit réaliser pour la Warner, la Fox décidant de fixer la date de sortie à juin 2011. Il reste toutefois au poste de producteur et choisit Matthew Vaughn, le réalisateur qui devait initialement lui succéder sur X Men: L'affrontement final (Brett Ratner, 2006). Le réalisateur a gagné en réputation, bien aidé par Kick Ass (2010) ou même Stardust (2007).

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Jennifer Lawrence, Matthew Vaughn, Michael Fassbender, Rose Byrne

De plus, cela permet au réalisateur de tourner en Angleterre principalement, lui évitant de rester trop loin de sa famille et de rester dans les délais (le film rentre très vite en production pour pouvoir sortir le film dans les temps). Si Jamie Moss (Rise of the Planet of the apes) et le duo Ashley Miller / Zack Stentz (Thor) s'occupent des premières versions, c'est finalement Jane Goldman qui signe le scénario définitif avec Vaughn. Même si la direction de la Fox a changé, la production ne se déroule pas sans accroc, le problème des délais trop courts imposant des mesures drastiques et des dommages collatéraux. Parmi eux, le chef-opérateur Ben Seresin renvoyé au début du tournage et remplacé par John Mathieson. Vraisemblablement des problèmes avec Vaughn. Mathieson ne doit pas moins en rester au style déjà imposé par Seresin. Mais comme on dit : jamais deux sans trois. "Je suis arrivé en octobre. J'ai tourné jusqu'à Noël, et je devais revenir ensuite, mais cela ne s'est pas fait. Il y a eu sept chef-op sur ce film (...) il m'arrivait de donner mon opinion et de partager mes idées (...) mais je passais surtout mon temps à rattraper mon retard, d'autant que le scénario était régulièrement retouché. De mon point de vue, le film se faisait vraiment au jour le jour. (...) A la fin, l'équipe ressemblait à une gigantesque armée, et le plateau à un énorme champ de bataille." (*). Le casting est entièrement renouvelé vu qu'il s'agit d'une préquelle, en dehors de Hugh Jackman reprenant le rôle de Wolverine le temps d'un caméo ("allez vous faire enculer.").

X-Men: Le Commencement : photo January Jones, Matthew Vaughn

Emma Frost plus fidèle à son modèle initial.

L'emploi du temps de Benjamin Walker l'empêche de jouer Beast, il sera remplacé par Nicholas Hoult qui est également le Jack du film de Singer suscité. Suite à un désaccord, Alice Eve laisse sa place à January Jones dans le rôle d'Emma Frost. Sur ce dernier élément, il confirme à quel point Singer a fait le ménage dès First Class sur des aspects qui ont été instauré en son absence. Emma Frost change non seulement d'interprète, mais aussi d'époque (exit l'adolescente-pré-adulte de Wolverine, c'est une mutante d'une trentaine d'années) et de contexte. Emma Frost correspond davantage au personnage du comic-book, en faisant partie du Club des Damnés, ce club gourmand et croquant où la lingerie est reine pour cacher quelques manigances. Sur ce même point, comment ne pas citer Charles Xavier (James McAvoy) infirme à la fin du film, alors qu'il est montré sur ses deux jambes dans The last stand et Wolverine (Gavin Hood, 2009), qui se situe dans les 70's-80's ? N'oublions pas non plus Moira MacTaggert, docteur dans L'affrontement final sous les traits d'Olivia Williams devenant agent de la CIA en 1962 sous les traits de Rose Byrne. Des changements multiples qui se confirmeront dans Days of future past (Singer, 2014) et Apocalypse (idem, 2016), la faute aussi à un canon pas toujours cohérent et à des problèmes au sein de la production. Il n'en reste pas moins que faire oublier définitivement Wolverine au sein de la timeline n'est pas un drame.

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Matthew Vaughn, Michael Fassbender

"Tuer ne t'apportera pas la paix. -La paix n'a jamais été une option."

First Class apparaît comme la renaissance de la franchise, celle que l'on attendait depuis 2003 et auxquelle on ne croyait plus. Le film réinstalle un univers et des personnages connus, tout en leur donnant une définition que l'on n'avait pas vu autrefois. Charles est un conférencier réputé, mais aussi un grand fêtard (une de ses premières apparitions le montre en train de descendre quelques litres de bière) et amateur de jolies femmes. Vaughn nous présente alors un fait inattendu: Mystique (Jennifer Lawrence) devient ici la meilleure amie de Charles et ils se connaissent depuis l'enfance. Jusqu'à présent, on connaissait surtout Mystique comme un personnage malicieux et faisant partie des mutants radicaux, mais qui était souvent dépourvue de réelle personnalité. Vaughn met en valeur le personnage comme jamais auparavant, en montrant un aspect intime intéressant et permettant au personnage de se renouveller, de ne pas rester le personnage bleu sexy et qui se métamorphose. On connaissait Erik Lehnsherr (Michael
Fassbender) comme un être rongé par l'Holocauste (la scène d'ouverture reprise plan par plan), mais nous ne connaissions pas l'entre deux. Ce film dévoile une face d'autant plus sombre et vengeresse, atteignant des sommets et ce malgré le PG-13 (le superbe montage alterné sur l'action de la pièce). S'il entre dans les X Men, c'est aussi pour pouvoir se rapprocher de Sebastian Shaw (Kevin Bacon), un autre mutant pouvant reprendre toute sorte d'énergies et impliqué dans la mort de ses parents.

Missile

Ce qui est paradoxal car malgré cet événement, Lehnsherr a le même point de vue que Shaw. Frankenstein et sa créature en quelques sortes. Vaughn a la bonne idée d'alterner entre les points de vue de Charles et d'Erik, montrant deux hommes ayant grandi dans des milieux différents et s'étant toujours débrouiller tout seul (Charles évoque le peu d'attention que lui porte sa mère, Erik perd ses parents durant l'Holocauste). Ils étaient faits pour se rencontrer, mais leurs raisonnements sont différents. C'est là qu'entre en jeu Raven: elle a grandi avec Charles, mais ce dernier ne la voit que comme une petite fille ou soeur, Erik la voit comme une femme et aime comme elle est. Le rejet qu'il fait de sa transformation humaine est un aspect qui avait déjà été montrer dans The Last Stand, quand Erik la laisse dans le fourgon une fois redevenue humaine. Il y a donc une certaine cohérence sur cet aspect. Raven s'affirme en tant que femme fière de sa mutation en rejoignant Erik dans son combat radical, tout en partant l'esprit tranquille avec l'approbation de son ami de toujours. Charles et Erik sont deux êtres qui ont appris à s'aimer et qui se brouillent sur un événement tragique dû à leurs divergences. Vaughn revient au discours de Singer dans le premier film (en plus de la scène des échecs): Charles et Erik forment les deux faces d'une même pièce, le problème est que l'un est trop bon, l'autre trop mauvais et qu'ils sont en soi irrécupérables. A cela se glisse des personnages peut être moins forts que ce trio, mais ayant un certain charme. Même si tous n'ont pas des descriptions fantastiques (on pense à Riptide et Azazel), ils sont actifs et suffisamment bien représentés à l'écran pour ne pas passer inaperçu.

X-Men: Le Commencement : photo Matthew Vaughn, Michael Fassbender

Beast gagne en intérêt également sous les traits de Hoult, malgré un maquillage laissant parfois à désirer à l'image de certains CGI. Dévoilé dans The last stand comme un politicien un brin chatouilleux avec Logan, il apparaît ici comme un personnage complexé par sa nature, essayant de la cacher jusqu'à commettre l'irréparable. Le mythe de Docteur Jekyll et Mr Hyde personnifié en une mutation définitive. En prenant pour cadre une époque historique bien précise (ce qui était parfois complètement flou dans la franchise jusqu'à présent), Vaughn joue avec la Guerre Froide et plus particulièrement sur la crise des missiles en 1962. Les Mutants deviennent aussi bien des instigateurs de l'événement (Shaw et sa bande) que des menaces potentielles pour les Hommes. Ces mêmes hommes qui ne savent pas comment juger les Mutants, si ce n'est comme des bêtes de foire que l'on regarde devant une vitre. Leurs rares défenseurs passent pour des fous, voire sont rejetés (le sexisme ambiant autour de MacTaggert). Une ambiance tendue parfaitement représentée, tout en y ajoutant un peu de Swinging London, à l'image de ce que fera Vaughn sur Kingsman (2015). Un parfait mélange symbolisé par Shaw campé par un Kevin Bacon en grande forme, méchant machiavélique mais toujours classe et amateur de la bonne punchline. First Class est à la fois la renaissance de la saga X Men, mais aussi un retour aux sources salutaire et nécessaire.

  • The Wolverine (2013): Un gaijin au pays des samouraïs

The Wolverine

Avant même la sortie d'X Men Origins Wolverine, la productrice Lauren Shuler Donner cherchait déjà à faire une suite, si possible au Japon comme le suggère une des scènes post-génériques (celle supprimée de la version DVD au profit de celle avec Deadpool). Christopher McQuarrie, scénariste d'Usual Suspects (Singer, 1996) et déjà intervenu sur X Men (idem, 2000), est chargé d'écrire le scénario basé sur le run de Chris Claremont et Frank Miller (1982) imposé par Hugh Jackman (également coproducteur). Darren Aronofsky se retrouve à la réalisation, mais un conflit au sujet de la distance avec sa famille le contraint à partir. A cela se rajoute le drame de Fukushima en 2011 et voilà l'équipe contrainte de trouver de nouveaux décors. Beaucoup de réalisateurs feront la queue pour prendre la place du réalisateur de Black Swan: Antoine Fuqua (L'élite de Brooklyn), Gavin O'Connor (Warrior), Justin Lin (Fast and furious 3 à 6), José Padilha (Tropa de Elite), Mark Romanek (One Hour Photo), Duncan Jones (Moon), Doug Liman (qui héritera bien des années plus tard du spin-off sur Gambit) et Gary Shore (Dracula Untold). C'est finalement James Mangold qui emporte le morceau, avec des réécritures de Mark Bomback (Unstoppable) qu'il supervise. La question d'un film Restricted fut
évoquée mais n'a finalement pas eu d'appel... tout du moins en salles. Pour trouver la version longue ou plutôt une version non-censurée (soyons honnête), votre cher Borat a galéré un petit peu.

Wolverine : le combat de l'immortel : photo

Deux gaijins face à une longue dynastie. 

La Fox a multiplié les éditions, au point de ne plus s'y retrouver. Il y a donc le DVD sans (aucune édition DVD la contenant), le BR
simple sans, le coffret BR ou DVD avec les deux spin-off sans, le coffret intégrale DVD ou BR sans, un combo BR 3D / 2D sans, un steelbook avec combo 3D / 2D avec et enfin un digibook BR avec (celui que j'ai). Heureusement que pour Days of future past, le Rogue Cut aura une édition plus facilement trouvable et sans avoir besoin de la chercher partout. Au final, cette version aurait dû
sortir en salles, d'autant que certains plans étaient déjà présents dans les bandes-annonces. On pense à l'explosion dans le village et à l'agression en pleine nuit de yakuzas sur Logan. Pour la première, la scène est plus violente (Yuko broie tout un lot d'hommes de main avec une machine!) et plus alongée par le passage de l'explosion, totalement absent du montage salle. La scène devient plus fun, plus fluide et moins expédiée. La seconde s'arrêtait à l'évanouissement de Logan après avoir vu Jean Grey (Famke Jannsen) et il se réveillait ensuite chez le vétérinaire. C'est tout un passage supplémentaire qui se dévoile, avec Logan balancé d'un toit et attaqué au tazer. Il sera sauvé dans les deux cas par Mariko (Tao Okamoto), même si cela apparaît plus pertinent dans cette version. Comme souvent ces plans voire scènes furent évincés, car le film était déjà trop long ou trop graphique. Certains
plans rajoutent donc des effusions de sang invisibles en salles à cause du PG-13 et correspondant davantage au ton et à la personnalité de Logan.

Wolverine : le combat de l'immortel : Photo Hugh Jackman

Pour apprécier pleinement The Wolverine c'est cette version qu'il faut privilégier et particulièrement si vous ne l'avez jamais vu. Une frustration qui n'arrivera pas sur Wolverine 3 toujours signé James Mangold, puisqu'il aura droit au classement Restricted comme annoncé cette semaine. On voit que le succès de Deadpool (Tim Miller, 2016) a aidé dans la décision de la Fox. Mangold aurait pu revenir à une préquelle se déroulant après la purge de Gavin Hood et pourtant il prend le pari risqué de faire suite à L'affrontement final. Il prend néanmoins suffisamment de distance (sept ans entre les deux films) pour que cela soit crédible. Quand le film commence réellement (après le flashback spectaculaire et le rêve), Logan est un homme errant, parti de l'Institut Xavier et encore traumatisé par la mort de Jean Grey. Les différentes scènes de rêves (voire vision comme le montre la scène du toit) le confirment avec une certaine brutalité (comme dans X Men, ce type de rêve le réveille brusquement avec les griffes dehors). Il s'en veut de l'avoir tuer car c'était celle qu'il aimait par dessus tout. Une part romantique que l'on a rarement vu du personnage, même si Singer et Ratner avaient insisté sur le fait qu'il aimait la télépathe jusqu'à en pleurer. Le fait de trouver quelqu'un d'autre et cette fois-ci bien moins destructrice (Mariko donc) lui permet de faire définitivement le deuil et d'en finir avec l'histoire de Jean. Le chemin de croix continue puisque dans cet opus Logan a le corps parasité par Viper (Svetlana Khodtchenkova), l'empêchant de se régénérer correctement et subissant bien plus les coups.

The Wolverine

Un plan que vous ne verrez que dans la version extended.

Logan devient proche d'un homme, subissant les coups qu'il prend avec de beaux effets de flou montrant ses réactions à la douleur. Les scènes d'action n'en deviennent que plus intéressantes, permettant de voir jusqu'où peut aller Logan. L'occasion également d'entendre enfin la signification du terme Wolverine (glouton) au bout du sixième film de la franchise. Le réalisateur continue en misant sur un duo de gaijins, ces samouraïs sans maître. Un aspect qui n'est pas sans rappeler Black Rain (Ridley Scott, 1989), où l'Américain (Michael Douglas) et le Japonais (feu Ken Takakura) faisaient équipe seuls contre tous. Le principe est le même ici avec Logan et Yuko. D'un côté, l'Occidental immortel qui vient voir un ancien ami, de l'autre une jeune femme traîtée comme un jouet par celui qu'elle pourrait considérer comme son père (Hiroyuki Sanada). Deux êtres rejetés et formant un duo fusionnel dans une famille rongée par toutes sortes de pouvoir (le grand-père par celui de l'immortalité, le père par celui de l'argent) et dont le seul point positif reste une femme loin d'être fragile. Un univers pas forcément connu du personnage incarné par Hugh Jackman, découvrant comme le spectateur un monde où les coups bas sont de rigueur (la haîne du père pour sa propre fille et Yuko atteint des sommets incroyables dès le retour au domaine Yashida). Si l'on excepte un final partant un peu trop dans les CGI (mais permettant en soi une renouveau pour le personnage), The Wolverine montre le personnage comme rarement et dans un contexte plus intimiste. Un contraste qui a peut être désarçonné les spectateurs à sa sortie en salles.

  • X Men Days of Future Past (2014) : Renaissance d'un univers

Affiche DOFP (2)

Matthew Vaughn reste à la barre de cette suite (initialement) de First Class. Il veut mettre en scène l'assassinat de JFK du point de vue des mutants, tout en abordant la Guerre du Vietnam et les droits civiques. Il semble que ce soit l'avancement du projet vers le voyage dans le temps qui l'a fait quitter la pré-production pour réaliser Kingsman. Bryan Singer reprend les rênes, bien content de revenir définitivement sur la saga qu'il a initié. Il garde néanmoins les points abordés par Vaughn, notamment en faisant du président suscité un mutant dont Erik Lehnsherr n'a pu dévier la balle meurtrière. Idem pour le Vietnam où Raven fait rapatrier des mutants (dont Havok toujours incarné par Lucas Till) à la barbe de William Stryker (Josh Helman). Simon Kinberg songeait également à intégrer Juggernaut (personnage qu'il avait lui-même introduit dans The Last Stand), Nightcrawler, Jubilee et Psylocke, ces derniers finiront par être des protagonistes d'Apocalypse. Singer part davantage dans une adaptation libre de Days of Future Past (même si c'était le titre de production du film sous Vaughn), run de Chris Claremont et John Byrne (1981) où Kitty Pride partait en 1980 pour que Mystique ne tue pas le sénateur Kelly et engendre la mort de mutants par les Sentinelles. Sur ce point, le réalisateur modifie un point central puisque ce n'est plus Kitty mais Wolverine qui part dans le passé. Pride n'en reste pas moins le vecteur lui permettant de voyager jusqu'en 1973 (là aussi période modifiée et à peu près raccord avec celle envisagée par Vaughn).

X-Men: Days of Future Past : Photo James McAvoy, Patrick Stewart

Passé et futur réunis le temps d'une scène.

 

De même, ce n'est plus Kelly mais Trask, le créateur des Sentinelles, que Mystique tue. Days of Future Past est aussi un véritable problème de logistique, puisque Singer doit jouer avec l'emploi du temps de ses acteurs, le réalisateur jonglant entre les acteurs qu'il a déjà dirigé autrefois (sauf Ellen Page qui était présente dans le film de Ratner), une bonne partie du casting de First Class et de nouveaux arrivants (à l'image de Peter Dinklage ou Omar Sy). Il faut dire que DOFP est à la fois une suite à The Wolverine, mais aussi une séquelle de First Class, tout en finissant par être un renouvellement de la timeline de la saga. Si la version salle était déjà d'un bon niveau, il faut bien dire que le Rogue Cut gagne beaucoup plus en cohérence au niveau de son montage, tout en rajoutant des scènes. Un plan de la première bande-annonce dévoilait Malicia (Anna Paquin) secourue par Lehnsherr (Ian McKellen). Des plans que Singer avait supprimé à contre-coeur lors de la phase finale de montage. Le personnage est de nouveau intégré et de manière logique, tout du moins si on n'évoque pas une incohérence malheureuse. En effet, Malicia avait pris le sérum dans The Last Stand, lui faisant perdre ses pouvoirs. Or, ici elle les a. Sérum défaillant? Peut être mais cela n'est pas précisé, tout comme l'énigme entourant le retour de Charles Xavier (Patrick Stewart) dans le futur (voir Cuvée sous le signe du X #1). Un signe de plus que Singer cherche à retirer ce qui ne lui convenait pas dans les opus précédents et ce malgré qu'il reste dans la continuité. Comme montrer un Stryker bien plus jeune que dans Wolverine où il était bien trop âgé sous les traits de Danny Huston. 

Malicia

 

Malicia, un rajout dans le second montage pour le moins pertinent.

Pour rester dans les incohérences, il est assez improbable que le personnage de Mystique soit capturée suite à l'assassinat de Trask (Dinklage). Tout simplement parce qu'on l'imagine mal s'évader des centres de Stryker et réapparaître au début des années 2000 comme si de rien n'était. Même si Singer reprend le point initial des comics, au cinéma on a un peu du mal à y croire. Pour revenir à Malicia, le rôle paraît essentiel et modifie le montage salle considérablement. Dès son sauvetage, le film change de trajectoire des scènes du futur. Le sauvetage permet même de faire un montage alterné entre Magneto dans le passé, récupérant un casque dans un musée (scène présentée de manière classique dans le premier montage) et celui du futur, sauvant Malicia à l'Institut Xavier (devenu un laboratoire pour disséquer des mutants!) et où la mort d'Iceberg (Shawn Ashmore) est modifiée. Dans le montage originel, il mourait suite à l'assaut final des Sentinelles où il sauvait Magneto. Le rajout de Rogue donne un sens plus tragique et beau à la mort de Bobby Drake (il se sacrifie pour sauver son ancienne petit-amie, tout en faisant ses adieux à Kitty Pride avant cela), mais aussi plus de cohérence. En prenant les pouvoirs de Kitty, Malicia peut lui permettre de se reposer et protéger Magneto juste avant une attaque des Sentinelles, ce qui était impossible dans le premier montage. De plus, par Malicia on nous apprend pourquoi les Sentinelles peuvent reproduire les pouvoirs des mutants pour les tuer. Ce qui était autrefois complètement évincé pour privilégier la piste Mystique.

X-Men: Days of Future Past : Photo Jennifer Lawrence

Le Rogue Cut permet aussi de raviver l'amour qu'a Beast pour Raven dans une scène d'amour bestiale. Une scène pas si anodine, car Hank en viendrait presque à accepter sa nature sauvage. Un rajout permet également à Mystique de détruire le Cérébro et ainsi ne pas se faire repérer par Xavier par la suite. Des rajouts qui permettent de voir que Raven n'est pas mauvaise, regrettant par la même occasion de s'être éloignée de Charles pour rester auprès d'Erik. Ce qui marque particulièrement cet opus est le regard totalement pessimiste porté à ses personnages, que ce soit dans le passé ou le futur. L'univers futuriste peut paraître soudain, d'autant que l'univers sur les trois premiers films n'a jamais été clairement défini ("un futur pas si lointain" disait X Men). Si l'on part du principe que The Last Stand se situe en 2006, rajoutez les sept années le séparant de The Wolverine, puis les deux ans qui sépare le film de sa scène post-générique annonçant DOFP. Au final, on tombe sur 2015 et DOFP se déroule en 2023. Il se peut donc que l'avenir radieux laissé par The Last Stand soit perverti subitement, donnant lieu à un nouvel Holocauste. Le réalisateur va même plus loin puisque même les Hommes essayant de sauver les Mutants ou pouvant les engendrer sont exécutés ou cloîtrés dans des camps à faire pâlir les nazis. Le réalisateur multiplie également les exécutations brutales, rendant même émouvantes les morts de personnages installés juste pour ce film.

Iceberg

Days of Future Past, un film qui ne laisse aucun échappatoire à ses héros.

 

Certains sont incinérés, d'autres éventrés, Colossus (Daniel Cudmore) est à la fois tué par un coup mortel au crâne et par un écartelement en plan large, Iceberg est au départ décapité avant que son crâne ne soit éclaté...  Singer repousse très souvent les limites du PG-13 pour dépeindre cet univers post-apocalyptique et sans pitié. Il ne l'est pas moins avec les personnages de 1973. Charles apparaît comme un homme blessé, en voulant à Erik son abandon tout comme ce dernier regrette que son ancien ami ne l'a pas soutenu dans sa cause. Deux personnages irréconciliables jusqu'à un final, où le mutant magnétique met en danger son propre peuple à force d'actes trop radicaux. Singer aborde également le thème de la drogue, avec ce sérum permettant à Xavier de retrouver ses jambes mais l'empêchant d'exercer ses pouvoirs de télépathe. Il faudra bien une scène entre le Charles de 73 et le Xavier de 2023 pour que le personnage se reprenne définitivement. Et Logan dans tout cela? Le choix de le prendre comme corps propice au voyage dans le temps est logique, puisqu'il existait déjà à cette époque. Cela permet même une superbe séquence de paradoxe temporel, puisque Logan devient perturbé en 1973 quand il est face à Stryker. Logan apparaît également comme un être meurtri, le seul qui pourra entretenir la mémoire d'un monde qui n'existera plus. Il a vu trop d'amis mourir et le voir débousolé quand il revoit ses amis finalement vivants dans la nouvelle timeline rend la scène émouvante. L'univers X Men tel que nous le connaissions est définitivement changé, partant vers d'autres horizons. Un recommencement.

Happy end

 

Les morts ne sont jamais enterrés tant qu'il y a de l'espoir.

Allez à la semaine prochaine!

Deadpool (photo promo Burt Reynolds)

 

"Je vous avais bien dit que je viendrais faire un petit tour dans la Cave de Borat. Un peu trop de comics, Borat. Enfin pas assez des miens. Arrête de t'exciter sur Batou, les chauves-souris ça mort trop!"


 

 * Propos issus de Mad Movies numéro 241 (mai 2011).


11 mai 2016

La Marvelverse se diversifie (ou pas)

Quatrième et dernier volet de cette série d'articles sur la Marvel Cinematic Universe avec les oeuvres futures comme les séries. (attention spoilers)

La Phase 3 entre en jeu

Après Ant Man de Peyton Reed (2015), le Marvel Cinematic Universe entre désormais dans sa Phase 3 avec un planning constamment modifié depuis octobre 2014. Deux films se sont rajoutés, un autre a été évincé. Cette phase est annoncé comme "la fin de l'équipe des Avengers telle que nous l'avons connue jusqu'ici." * ("toi aussi, fais des punchlines chez toi pour en mettre plein la vue à la galerie!" -NDB):

MCU Phase 3$

Certains projets alors flous se sont un peu plus dévoilés et on remarque surtout au moins trois films avec des univers et personnages inédits. Mais les événements récents ont montré des signes que la Marvel est surpuissante. Après avoir déclenché une guerre civile à travers ses Avengers, le studio mettra en valeur Docteur Strange en novembre prochain. Un projet qui a fait tourné la tête de talents tels que Guillermo del Toro, David S Goyer ou Neil Gaiman durant les années 2000. Le film sera finalement réalisé par Scott Derrickson, ce qui n'est pas forcément rassurant quand on connaît son CV (s'il se serait refait une santé avec Sinister, n'oublions pas qu'il est l'auteur du remake du Jour où la Terre s'arrêta). Benedict Cumberbatch campera Strange, choix très intéressant quand on sait les qualités de cet acteur. Si l'équipe a précisé qu'il ne s'agirait pas d'une histoire d'origines, changeant radicalement avec la politique initiale de Marvel, la bande-annonce du film dévoile quand même pas mal d'éléments y renvoyant. Que ce soit par les éléments montrant Strange à l'hôpital (chirurgien, il a arrêté sa carrière suite à un accident endommageant ses mains) ou son passage chez les tibétains (où Tilda Swinton devrait avoir son lot de séquences phares). Il s'agira surement de flashbacks, mais il y a des chances que le séjour au Tibet soit assez long. Doctor Strange reste un pari risqué, compte tenu d'une popularité pas forcément époustouflante du personnage, tout comme d'une dimension visuelle qui devra être aussi impressionnante que certaines planches de bandes-dessinées.

S'il y a bien un domaine où le personnage est connu c'est bien par sa dimension graphique, l'art de la magie permettant aux dessinateurs des expérimentations magnifiques (notamment psychédéliques). Reste à voir si Docteur Strange jouera le jeu, en sachant que Cumberbatch et Swinton seront accompagnés de Rachel McAdams, Chiwetel Ejiofor, Mads Mikkelsen (qui n'avait pu se libérer à l'époque pour Thor : The Dark World d'Alan Taylor) et Benedict Wong. Le personnage d'Ejiofor devrait être assez ambigu puisqu'il incarne le Baron Mordo, l'ancien disciple de l'Ancien et rival potentiel de Strange. Reste à savoir si le personnage aura le même intérêt que dans les comics. Les gardiens de la galaxie vol 2 est confirmé pour mai 2017 avec James Gunn aux commandes, prouvant l'attachement de Marvel pour sa poule aux oeufs d'or inattendue de l'été 2014. Le film reviendra notamment sur le père de Peter Quill qui sera incarné par Kurt Russell, annonçant peut être un délire à la Indiana Jones et la dernière croisade (pas étonnant puisque Les aventuriers de l'arche perdue était cité dans le premier film). On parle même d'une intrusion de ce cher Howard the Duck, Gunn étant bien content du buzz autour de sa séquence post-générique. A bord du navire se trouve également Pom Klementieff (vraisemblablement dans le rôle de Mantis, la Madonne Céleste), Elizabeth Debicki (le magazine Cinemateaser évoquait la possibilité en avril dernier qu'elle joue Carol Danvers) et une rumeur évoquait il y a quelques temps Sylvester Stallone. Reste à confirmer.

Gardiens de la galaxie vol 2 (photo teaser)

Photo teaser des Gardiens de la galaxie vol 2.

Il ne serait d'ailleurs pas étonnant que Peter Quill (Chris Pratt) revienne sur Terre que ce soit dans le final ou dans une scène post-générique. Le but? Anticiper AvengersInfinity War (voir plus bas) où il apparaîtra. Après une apparition remarquée dans Captain America : Civil War (les frères Russo, 2016), le tisseur reviendra dans Spider-man The Homecoming en juillet 2017. Une longue bataille a eu lieu pour que Marvel fasse entrer Spidey dans son MCU, quitte à obtenir un compromis avec Sony. L'affaire débute suite au semi-échec de The Amazing Spider-man 2 (Marc Webb, 2014). Déjà le fruit d'une affaire de droits en fin d'échéance, la nouvelle franchise s'est plantée à vouloir tout faire trop vite et à bâcler les petits efforts du premier film. Sony a beau essayer de monter les projets Sinister Six et Venom (toujours en préparation à l'heure actuelle), aucun ne semble avancer à vouloir mettre en scène des méchants dont les aventures solo ne peuvent dépendre que du tisseur. Suite au Sony Hack en novembre 2014, des allusions à un second reboot ont commencé à se présenter, notamment pour une intégration dans l'univers Marvel. Des négociations classées sans suite avant un retournement de situation en début d'année dernière. Ce qui fait tout de même la troisième version d'un même personnage en seize ans. Reste que la tactique de Marvel pourrait s'avérer payante. Comme présenté dans Civil War, le personnage incarné par Tom Holland a 15-16 ans et risque bien de le rester un petit moment. Contrairement aux films de Marc Webb où la promesse d'un héros adolescent s'est vite estompé, il semble que le fait d'avoir pris un acteur de 19 ans soit une excellente idée pour faire durer le plaisir.

Civil War (Spidey)

Spider-man dans Civil War.

De plus, présenté comme dans le film des frères Russo, le personnage n'aura logiquement pas droit à des origines. Oncle Ben n'est plus de ce monde, Tante May (Marisa Tomei) et lui vivent dans un appartement seuls, il a déjà acquis ses pouvoirs et il a même le Spider Signal. Une bonne chose qui permet d'aller à l'essentiel, sans revenir sans cesse à des choses déjà vues. Ce que n'avait pas fait Marc Webb en 2012. Le film sera réalisé par Jon Watts, réalisateur de Clown (2014) et surtout du remarqué Cop Car (2015, disponible depuis peu en DTV). Le casting s'étoffe régulièrement avec la star Disney Zendaya (qui ne devrait pas jouer une love interest de Peter Parker), Tony Revolori (The Grand Budapest Hotel), Laura Harrier et une apparition de Robert Downey Jr sous les traits de Tony Stark. Reste à savoir si les rumeurs autour du Vautour incarné par Michael Keaton sont fondées. En novembre 2017, l'univers risque de subir un changement radical suite à Thor Ragnarok. Si l'on ne sait rien de l'intrigue (il semblerait que les événements se déroulent en même temps que Civil War), les événements de The Dark World (Taylor, 2013) et Age of Ultron (Joss Whedon, 2015) devraient nous aider. Dans le premier, Loki (Tom Hiddleston) simulait sa mort pour prendre la place d'Odin (Anthony Hopkins). Dans le second, Thor (Chris Hemsworth) y voyait la fin d'Asgard dans un déluge de débauche. Il se peut bien que la chute d'Asgard se fasse grâce à Loki une nouvelle fois. Ragnarok fait également référence au robot ressemblant à Thor dans Civil War (le run initié par Mark Miller en 2006).

Avengers 2 (Hulk et Thor)

Hulk et Thor dans Age of Ultron.

En sachant que cette fois-ci, Thor ne sera pas le seul Avenger présent, puisque Bruce Banner (Mark Ruffalo) serait de la partie. Parti vers l'infini et l'au-delà à la fin du film de Whedon, Hulk risque fort de se battre au côté du Dieu du tonnerre vraisemblablement en mauvaise posture. De là à dire que Hulk aura un look à la Planète Hulk (run phare signé Greg Pak où le géant vert colérique devient un gladiateur de l'Espace!). Cate Blanchett devrait également servir d'antagoniste, tout comme Tessa Thompson (Creed) serait le nouvel love interest de Thor, Natalie Portman ne semblant pas vouloir continuer à jouer Jane Foster (en même temps on la comprend). Jaimie Alexander est la seule à être confirmée du casting initial, toujours dans le rôle de Lady Sif. Le film sera réalisé par Taika Waititi, à l'origine du remarqué mockumentaire vampiresque What we do in the shadows (2014). Black Panther aura droit à son film solo en février 2018, après son passage remarqué lui aussi dans Civil War. Un projet annoncé depuis plusieurs années mis en scène par Ryan Coogler (Creed). Voici donc un super-héros venant d'Afrique, prince du Wakanda. Un homme prenant le costume de la Panthère Noire, afin de préserver son royaume des ennemis potentiels du pays et notamment surnaturels voulant mettre la main sur le vibranium. Un métal pouvant absorber les vibrations et presque aussi puissant que l'adamantium, source du bouclier de Captain America. L'acteur choisi pour l'incarner est Chadwick Boseman, qui a incarné James Brown dans le biopic Get on up. Par ailleurs, il se peut très bien que le personnage d'Andy Serkis dans Age of Ultron fasse partie des méchants potentiels du film, puisque lié au vibranium et il est un des adversaires de Black Panther dans les comics. Il se peut même que Bucky (Sebastian Stan) lui soit d'une certaine aide au vue du final de Civil War.

Captain America: Civil War : Photo Chadwick Boseman

Black Panther dans Civil War.

On parle aussi de Lupita N'Yongo et surtout de Michael B Jordan pour rejoindre le casting. Ce qui ferait oublier définitivement l'idée d'une séquelle de Fantastic Four (Josh Trank, 2015) et tant mieux. Parent pauvre de la Phase 2 (le film de Peyton Reed n'a pas été un succès fracassant attendu même si les chiffres internationaux sont bons), Ant Man aura droit à sa suite en juillet 2018 toujours sous la direction de Peyton Reed. L'occasion pour le réalisateur de trouver définitivement son style, un peu bloqué par la pré-production chaotique du premier film. Comme le confirme son titre, le film aura un atout de plus: la Guêpe. On se demandait bien comment Marvel allait utiliser ce personnage aussi évident que ne l'était l'annonce d'Evangeline Lilly, c'est désormais chose faite. La séquence post-générique avait donc un sens et un concept-art est tombé sur le net annonçait déjà cette nouvelle. D'autant qu'Evangeline Lilly n'était pas forcément bien exploitée dans le film de Peyton Reed. Ce sera l'occasion de modifier cela. Même si Michael Douglas n'a pas été officialisé, le film pourrait bien tourner autour d'un possible sauvetage de Janet Van Dyne dans la zone inconsciente. Scott Lang (Paul Rudd) devrait continuer ses expérimentations, déjà qu'il peut devenir un géant désormais... L'entrée du premier film du MCU à mettre en scène directement une héroïne, Captain Marvel, est donc repoussé à mars 2019. Alors certes on pourra toujours dire qu'il y a eu Black Widow (Scarlett Johansson), mais jusqu'à maintenant la miss n'a toujours pas eu son film attitré. Il mettra en scène Carol Danvers, officier de l'armée de l'air (filliation avec Rhodes aka War Machine?) ayant fusionné avec un alien Kree, lui permettant de voler et d'avoir une grande force.

Ant Man and the Wasp (concept-art)

Concept-art de la Guêpe.

Une manière pour Marvel de répondre à l'annonce de Wonder Woman de Patty Jenkins dans le DC Verse. La réalisatrice et l'actrice principale devraient être dévoilées cet été. En revanche, les scénaristes Nicole Perlman (Les gardiens de la galaxie) et Meg LeFauve (Inside out) sont engagés au scénario. Un film qui devrait permettre à Marvel de continuer dans l'univers spatiale et d'explorer un peu plus le monde des Krees, à l'origine des Inhumains. Enfin la Phase 3 se terminera sur Avengers : Infinity War des frères Russo pour une sortie en deux temps: un en mai 2018, l'autre en mai 2019. Le titre pourrait être sujet à un changement selon les Russo. Le film devrait adapter Le Gant de l'infini et La Guerre de l'infini, deux runs phares des années 90 signés Jim Starlin. La plupart des héros Marvel vont devoir affronter Thanos (Josh Brolin) dans un affrontement qui s'annonce colossal. Les Russo prévoient une soixantaine de personnages divers et variés. Pour l'instant, Robert Downey Jr, Scarlett Johansson, Chris Evans (Captain America), Elizabeth Olsen (Scarlet Witch), Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Chris Pratt et Bradley Cooper (Rocket Racoon) sont les seuls à être crédité pour l'affronter. Captain Marvel aussi par la même occasion. Le compte risque vite d'être rempli, en sachant que les héros de Netflix seraient aux abonnés absents malheureusement. Quant à la Phase 4, Marvel en parle déjà brièvement en annonçant trois films pour mai, juillet et novembre 2020.

La guerre de l'infini

Il y a des risques que le premier soit The Inhumans, retardé dernièrement ou peut être annulé (rien de précis pour l'instant). Les Krees (ce qui permettrait ainsi de lier Agents of Shield, Captain Marvel et The Inhumans, histoire de rester dans le même univers connecté...) ont crée les Inhumains, ces êtres mutants laissés pour compte. Un d'entre eux, Randac, s'est inséré dans une brume spéciale lui donnant ensuite des dons mentaux. Ce qui a crée des frictions entre les humains non-mutés et les mutants suite à la brume. Une fois la paix arrivée, les Inhumains sont menés par Fléche noire (un homme victime de sa voix destructrice) et parmi les plus célèbres de ses camarades, on retrouve la belle Crystal, le chien Gueule d'or ou Medusa. Un univers entre science-fiction et fantasy pour le moins particulier et lié ironiquement aux Fantastic Four (pour l'insert de la bande de Richards c'est rapé). En sachant que Marvel a récupéré les droits de Blade et Ghost Rider, ce qui pourrait permettre des reboots de ces franchises. Le second serait d'autant plus alléchant qu'il permettrait d'explorer un nouveau monde, celui des enfers.

La Marvel s'attaque aux séries

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. : Photo

Suite au succès d'Avengers (2012), la Marvel a cherché à se partager un peu plus sur différents médias et principalement la télévision. La première étape fut Agents of Shield diffusée depuis septembre dernier sur ABC. Il s'agit de la première série Marvel depuis L'incroyable Hulk, mais l'époque n'est plus la même. Le câble est passé par là, les audiences sont moins spectaculaires qu'autrefois sur les networks et surtout on peine à comprendre pourquoi la Marvel a privilégié l'antenne de Disney (ABC en fait partie) qui est une network au câble où elle aurait eu plus de libertés. Proximité indéniablement mais rappelons que Joss Whedon, également aux commandes de cette série, s'était plus d'une fois fait avoir pour les networks que ce soit avec la Fox pour Dollhouse (diffusée à la sauvette durant deux saisons) et Firefly (diffusée n'importe comment et n'importe quand) ou la WB avec Buffy contre les vampires (qui avait fini sur le câble avec UPN) et Angel (supprimée à cause d'un manque cruel de communication). Ensuite, il est ironique de voir que DC Comics s'en sort bien mieux sur ce point que ce soit avec Smallville qui quoi qu'on pense a tout de même durer dix saisons ou la série Arrow qui s'est imposé assez rapidement avec de multiples bonnes critiques. Ce qui n'est pas forcément le cas d'Agents of Shield depuis ses débuts. 

Photo Clark Gregg, Jaimie Alexander

Pas aidé par un manque cruel de personnages connus (Clark Gregg ressuscite en agent Coulson, les autres étant des personnages crées de toutes pièces), la série n'a cessé d'essayer de mettre en scène des caméos histoire de trouver le public de la Marvel Cinematic Universe. Sauf qu'en général, cela ne concerne jamais les Avengers et ce sont toujours des seconds-rôles. Nick Fury (Samuel Jackson) a beau être apparu dès le second épisode, puis le dernier de la première saison, ce n'était qu'un guest de passage. Idem pour Cobie Smulders déjà bien occupé par le tournage de Captain America The Winter Soldier (les frères Russo, 2014) et surtout le final d'How I met your mother. Quant à Jaime Alexander, on peut vraiment parler de fond de tiroir car le personnage de Lady Sif est vraiment un très lointain second-rôle. Pas de quoi s'enflammer donc. Mais le pire vient surtout des audiences de la série qui sont réellement décevantes pour une série de ce type et ne parvient pas réellement à être stable. En deux semaines, la série est ainsi passée de 11,9 millions de téléspectateurs à 8,4. La semaine suivante c'était 7,79 et la série est restée dans les 7 millions durant plusieurs semaines avant de se relancer à 9,3 pour ensuite faire un vrai bide à 5,93 (les fêtes de noël surement) pour remonter à 6,62 et repartir en dessous des 6 millions et le dernier score est encore pire avec 4,91 millions de téléspectateurs. Des chiffres qui sont pour le moins catastrophiques et qui aurait dû amener à une annulation évidente, d'autant que la série est particulièrement chère. Pourtant ABC a reconduit la série pour une seconde saison puis une troisième, mais dans quel intérêt vu qu'elle n'est pas suivie du tout? 

Agents of Shield (affiche) (1)

Des séries plus ambitieuses ont été suprimé avec des audiences plus élevées. Mais là où Agents of Shield se sauve de la mouise c'est grâce tout simplement à un revirement de situation en totale adéquation avec Captain America The Winter Soldier. Après seize épisodes reposant sur un néant total (intrigues qui n'avancent pas, l'annonce de la résurrection de Coulson expliquée correctement au bout de onze épisodes alors que la révélation aurait pu arriver plus tôt, personnages sans relief, beaucoup trop de cgi pour pas grand chose), la série trouve enfin sa voie! Il est rare de voir une série trouver sa voie en cours de route et pourtant les derniers épisodes de la saison 1 s'avèrent vraiment de qualité, jouant habillement sur le côté sérielle et sur l'ambiance du film des Russo pour avancer vers de bonnes bases. Bill Paxton excelle en méchant aux pouvoirs improbables, jouant d'un merveilleux cabotinage (dans le bon sens), les personnages évoluent enfin, May (Ning Ma) s'imposant réellement comme la Cavalerie, Coulson comme le meneur et l'histoire d'amour confuse entre Ward (qui passe génialement du côté obscur) et Skye (Chloe Bennett) tout comme celle de Fitz (Iain De Caestecker) et Simmons (Elizabeth Henstridge) prennent une place importante et intéressante. Même si on s'y attend ces deux relations auront des conséquences dramatiques pour chacun. Quant à l'Hydra, elle fera désormais partie intégrante de la série jusqu'à Age of Ultron.

Agents of Shield (affiche) (2)

La saison 2, en revanche, est fantastique de bout en bout. Prenant le bel envol de la fin de la première saison, elle permet deux arcs narratifs fantastiques directement liés à Skye. Dans un premier temps avec la découverte de ses parents, faisant d'elle une inhumaine et permettant d'adapter Mister Hyde sous les traits de Kyle MacLachlan. Si le maquillage n'est pas toujours parfait, le personnage est plutôt bien traité jouant sur l'ambiguité de son rôle (père aimant et mari épleuré cherchant à tout prix à se venger d'Hydra et du Shield qui lui ont enlevé sa femme et sa fille). Sa mère nous est présentée en revanche comme une inhumaine ce qui amène au second arc. Après avoir réglé dans les grandes largeurs l'affaire Hydra, Agents of Shield s'attarde longuement sur les Inhumains avec des personnages atypiques. La transformation de Skye nous est montré dans un moment émouvant où comme souvent dans les séries de Joss Whedon, un personnage fort meurt dans des circonstances tristes au possible. Toute la partie Inhumaine entrouvre ce qui va arriver au fur et à mesure dans le MCU: l'arrivée des Krees, mais aussi l'évocation d'un dossier comprenant toutes les personnes ayant des pouvoirs dans le monde. Une manière pour le gouvernement américain de tenir en laisse ses héros et ses possibles ennemis.

Agents of Shield (affiche) (3)

Un débat de fond qui annonce Civil War, mais aussi la formation d'une équipe alternative aux Avengers, les Secret Warriors, qui serait dirigée par Skye désormais baptisée Daisy Johnson. Quant au reste des personnages ils s'étoffent tous. Coulson entre en guerre contre une rebellion au sein du Shield (encore une phase géniale de cette saison, permettant de voir deux camps se mettre sur la tronche pour le pouvoir); Ward change de camp à tout va avant de tomber à nouveau dans la tragédie (Whedon ce briseur de coeur professionnel!); Fitz a un bloquage suite au passage du caisson et entre dans une schyzophrénie rendant le personnage terriblement émouvant et attachant. Simmons est présente au fur et à mesure mais le final de la saison 2 risque d'avoir des conséquences dramatiques (Whedon toujours...). Quant à May, elle révèle le temps d'un épisode une sensibilité que l'on imaginait pas et de comprendre à quel point le surnom "Cavalerie" a des consonnances douloureuses. L'arrivée de Mockingbird (Adrianne Palicki) et Lance Hunter (Nick Blood) permettent de belles batailles en couple entre le pro-shield et le pro-shield II. Un spin-off était d'ailleurs initialement prévu sur le duo, puis arrêté avant de revenir sur le devant de la scène. Il est d'ailleurs plus ou moins confirmé par le départ des personnages durant la troisième saison, le couple étant radié suite à une affaire ayant mal tourner.

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La saison 3 acccumule les scores ridicules, mais se maintient grâce à un côté feuilletonesque intéressant. Que ce soit le sauvetage de Simmons ou le Shield contre les rouages du pouvoir. Reste Ward toujours en méchant. Il faudrait peut être se renouveller. Une saison 4 a été annoncé, mais il se pourrait que la saison soit réduite à cause des audiences catastrophiques du show. Pendant plusieurs années, Guillermo Del Toro a essayé de mettre en place une série servant de véhicule à Hulk, mais le projet Avengers a plus ou moins tout fait capoté. D'autant que le réalisateur de Pacific rim voulait surtout rendre hommage à la série de Bill Bixby. D'ailleurs à la question de savoir si le projet était annulé, Kevin Feige était plutôt évasif: "Non, pas du tout, nous tentons toujours de mener le projet à terme (...). Mais rien n'est totalement sûr pour l'instant, et aucune date de tournage n'est encore prévue...4 Del Toro ne va pas du tout dans ce sens là, évoquant clairement que le projet est mort et enterré. Encore un de plus pour ce cinéaste maudit. Par contre, la Marvel mise beaucoup sur les Defenders, groupe de super-héros qui comprendra Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. Pour le premier, cela faisait un moment que la Marvel comptait reprendre les droits à la Fox, incapable de faire un reboot et ce malgré les atouts Joe Carnahan ou David Slade (qui sont partis à chaque fois devant le manque total d'ambition de la Fox).

Daredevil (affiche)

Ce n'est clairement pas un mal de revoir "l'Homme sans peur" que ce soit au cinéma ou en série même si j'ai bien du mal à le voir en héros sur le long terme. Massacré dans le film de Mark Steven Johnson avec un Ben Affleck tout bouffi dans son costume (cela pourrait changer en Batman vieillissant), le héros aveugle a bien besoin de revenir en forme. Incarné par Charlie Cox, vue dans la série Boardwalk Empire et le film Stardust , il est rejoint par Rosario Dawson, Elden Henson pour l'accolyte Foggy, Deborah Ann Woll et Vincent D'Onofrio dans le rôle phare de Wilson Fisk dit le Caïd. Réussite totale, abordant le personnage de la meilleure des manières (violente, bien scénarisé, s'attardant sur tous les personnages même les plus secondaires), Daredevil est une sommet rare dans le MCU et une preuve que la Marvel peut aborder ses héros de manière plus mature (voir La résurrection de l'Homme sans peur). La deuxième saison continue sur cette lancée, interrogeant Daredevil sur son rôle de vigilante. Le face à face avec le Punisher (un des meilleurs reboots de tous les temps sous les traits du génial Jon Bernthal) vaut son pesant de cacahuètes et l'utilisation de la Main laisse encore des zones d'ombre permettant à une troisième saison de s'imposer (voir Frank Castle punit enfin la racaille comme il se doit). Jessica Jones a aussi confirmé que Netflix était une valeur sûre.

Jessica Jones (2)

Un ton mature à l'image du comic-book qu'il adapte, capable de parler de sujets aussi brutales que le viol et la manipulation d'autrui. Bien aidé par un méchant merveilleux campé par David Tennant et une Kristen Ritter parfaite en anti-héroïne. On en demandait pas autant que sur Daredevil, mais la série réussit parfaitement son pari d'aller dans une direction moins spectaculaire, mais néanmoins plus glauque (voir Il y a des choses que l'on ne peut oublier, même chez les héros). Pendant plusieurs années, Luke Cage a été convoité par la Marvel et le plus vieux projet remonte à celui de John Singleton avec Tyrese Gibson. Cage a été introduit légitimement dans Jessica Jones (les deux personnages étant liés encore une fois) avant d'avoir sa propre série, sous les traits de Mike Colter. La série sera diffusée en septembre prochain. Iron Fist fut convoité pendant longtemps aussi pour le cinéma avec un projet avec Ray Park (Dark Maul dans La menace fantôme et le Crapaud dans X Men). Un adepte des arts-martiaux au coup de poing spécial dû au pouvoir d'un dragon. Il y a de fortes chances que le personnage Shang Chi fasse partie de l'aventure, puisque c'est avec lui que Daniel Rand fonde les Héros à louer. Les scénaristes auraient vraisemblablement du mal à trouver le ton juste, le personnage ayant quelques éléments fantastiques notables et il faut le bon ton afin de ne pas sombrer dans le grotesque.

 

Finn Jones incarnera Iron Fist et Jessica Henwick la sabreuse Colleen Wing. David Wenham a été officialisé dans le rôle de Harold Meachum, un homme d'affaires directement lié au passé de Danny Rand. La série est prévue pour fin 2016 avant une série réunissant Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist (et possiblement le Punisher et Elektra) sous le nom de The Defenders pour 2017. Une nouveauté s'est rajouté au calendrier Netflix puisque Jon Bernthal reprendra le rôle du Punisher dans une série attitrée. Elle devrait être diffusé après The Defenders. En sachant que les épisodes seront diffusés en intégralité sur Netflix, la politique de la plateforme de diffusion étant de tout diffuser d'un seul coup. Une rareté qui commence déjà à faire du mal aux chaînes traditionelles du paf ricain. Quant à l'Agent Carter il peine à convaincre pour l'instant et ce malgré ses atours de mini-série et non possiblement de série sur la longueur. Une seconde saison a été diffusé, mais vu qu'il s'agit d'une série plus ou moins one shot, une troisième saison ne serait pas vraiment à l'ordre du jour. Enfin, ABC Family a annoncé une série sur la Cape et l'Epée, lui pouvant être invisible grâce à sa cape, elle étant une combattante. Un projet un peu plus porté sur les teenagers, au vue de la chaîne concernée. 


 Article original publié le 14 avril 2014.


* http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18646237.html

** http://www.ecranlarge.com/article-details-27954.php

*** http://www.ecranlarge.com/article-details-27916.php

4 Propos recueillis dans Pop corn numéro 5 (avril-mai 2014).

Autres sources: http://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=11400.html

07 mai 2016

Cuvée sous le signe du X #1

Avant de partir combattre Apocalypse le 18 mai prochain, les X Men vont faire un petit tour dans la Cave de Borat. Présents dans le paysage cinématographique depuis seize ans, les mutants ont réussi à se faire une place et même curieusement, à se renouveler. Un cas rare pour une saga regroupant tout de même neuf films (spin-off compris). L'occasion pour votre cher Borat de revenir durant deux semaines sur ces héros issus de la Maison des idées, quitte à évoquer de très mauvais souvenirs parfois. En raison de la récente critique de son film, Deadpool ne sera pas de la partie. Enfin si, pas vraiment, 'fin vous verrez bien. Ready? Go! (Attention spoilers)

  • X Men (2000): Le commencement

X-Men : Affiche

Les X Men intéressent le cinéma dès les années 80. James Cameron est en pourparlers pour une adaptation avant de préférer le tisseur masqué. Alors que la Marvel est en discussion avec Columbia (déjà en quête des droits de Spidey), c'est finalement la Fox et Lauren Shuler Donner qui s'accaparent les droits au cours de l'année 1994. Andrew Kevin Walker (scénariste de Seven et impliqué dans le projet Batman VS Superman) s'occupe d'un premier traitement. Wolverine entre dans l'équipe aux côtés de Cyclope (une rivalité était déjà prévue entre le glouton et lui), Jean Grey, Iceberg, Beast et Angel et ils doivent combattre Magneto, Sabrebooth, Toad et Blob. Il était aussi question de Bolivar Trask et ses Sentinelles et un peu comme ce qui arrivera dans Days of future past (Bryan Singer, 2014) au sujet de JFK, Magneto serait responsable de la catastrophe de Tchernobyl. Les versions s'accumulent au fil des années, notamment une signée Joss Whedon transformant Jean Grey en Phénix en fin de film. Un aspect qui ne plaît pas à la Fox et devra attendre le second opus sortit en 2003. A la réalisation, Robert Rodriguez décline l'offre du studio. Suite au succès d'Usual Suspects (1996), Singer est approché dans un premier temps pour réaliser Alien Resurrection par la Fox. Après divers refus, le réalisateur finit par donner sa chance aux mutants suite à plusieurs lectures de comics et le visionnage de la série télévisée.

X-Men : Photo Bryan Singer

Bryan Singer a le sens du cadre.

Prévu initialement pour Noël 1998, le film prend du temps à cause du nouveau film de Singer (Un élève doué, 1998) et quelques remaniements. C'est ainsi que Beast, Diablo, Pyro (qui fera un caméo) et la salle des dangers sont éliminés du scénario pour ne pas faire exploser le budget. L'intérêt pour Marvel reprend du galot par un succès inattendu: celui de Blade (Stephen Norrington, 1998), héros marginal de la Maison des Idées campé par Wesley Snipes. X Men devient alors une priorité pour la Fox. Pour ce qui est du casting, la production enchaîne les numéros de chaises musicales: Russell Crowe (trop cher) et Dougray Scott (occupé sur Mission Impossible 2 de John Woo) pour Wolverine; Angela Bassett et Jada Pinkett Smith pour Tornade; Sarah Michelle Gellar pour Malicia; Jim Caviezel (déjà engagé sur Fréquence interdite de Gregory Hoblit) pour Cyclope; Terence Stamp pour Magneto; Jeri Ryan pour Mystique; ou Kevin Nash pour Sabrebooth. Au final, Hugh Jackman, Halle Berry, Anna Paquin, James Marsden, Ian McKellen, Rebecca Romijn et Tyler Mane joueront ces rôles. X Men est un des plus gros succès de l'année 2000 (plus de 296 millions de $ de recettes mondiales pour 75 de budget) et permet le feu vert au Spider-man de Sam Raimi (2002). Derrière ses atours de grand divertissement, X Men a le mérite de commencer de manière coup de poing. Erik Lehnsherr, enfant juif voit sa famille partir dans les camps d'Auschwitz. La scène est simple, Singer entraînant le spectateur dans l'enfer nazi dès l'ouverture.

Magneto

A la seule différence que le personnage découvre à ce moment précis qu'il peut contrôler le métal. Cette ouverture offre un parallèle avec le reste du film, comme pour nous dire que cela n'a finalement pas changer depuis le IIIème Reich. L'Homme est encore capable du pire avec lui-même, y compris lorsqu'il a peur de certaines personnes. Autrefois les Juifs, dorénavant les Mutants. Montrer le futur Magneto (Ian McKellen) dès les premières minutes par son trauma est certainement l'une des meilleures idées de Singer. Comme le disait le Maître du suspense, meilleur est le méchant, meilleur est le film. Avec ce prologue, Magneto n'est plus un banal ennemi: on comprend pourquoi il a une haîne contre l'Homme et sa démarche n'en devient que plus légitime. C'est aussi pour cela que durant toute la saga (même si l'incarnation de Michael Fassbender est plus perturbante) Magneto est attachant et ce malgré son ralliement au mal. Comme le désigne Singer, avec Charles Xavier (Patrick Stewart) ils apparaissent comme des équivalents de Martin Luther King et Malcolm X, l'un essayant de pacifier le conflit, l'autre beaucoup plus excessif et l'engendrant. Le scénario d'X Men est assez simple (deux équipes de mutants opposées s'affrontent afin de stopper ou non une opération consistant à transformer les hommes en mutants), mais ses thématiques et sa caractérisation de personnages donnent souvent le change. Le sénateur Kelly (Bruce Davison) est un personnage en or qui renvoie à un candidat actuel à la présidentielle américaine. Peu ou prou le même discours, changez étrangers par mutants, vous aurez le même schéma.

X-Men : Photo

Comme quoi, ce premier film a beau avoir bientôt seize ans au compteur, il n'en reste pas moins toujours d'actualité. Il faudra une
transformation pour que le sénateur change de point de vue sur les mutants. S'il n'y avait pas eu de mutation, Kelly n'aurait jamais changé de discours, ce qui rend le combat de Xavier d'autant plus utopique. Pour ce qui est du traitement des personnages, tout n'est pas parfait. Cyclope gagne du terrain grâce à sa rivalité avec Logan. Cela permet au personnage de sortir du carcan fonctionnel, de même pour Jean Grey (Famke Jannsen) qui engendre ainsi une tension sexuelle entre les deux mâles. On ne peut pas en dire autant de Tornade qui surnage, tout comme Toad (Ray Park) est très / trop cabotin ou Sabrebooth perd en intérêt par le manque de charisme de Tyler Mane. Mystique est excellente de malice et Singer semble bien s'amuser à filmer le personnage, bien aidé par Rebecca Romijn au maquillage superbe. Pour ce qui est des autres personnages, Singer s'en sort beaucoup mieux. La mise en avant de Wolverine n'est pas étonnante, car en plus d'être le plus connu des mutants, il est aussi l'un des nouveaux arrivants. La visite de l'établissement se fait avec lui, comme une représentation improbable du spectateur. Vu son omniprésence, il n'est pas étonnant que le spectateur comme Logan pense qu'il s'agit du "macguffin" de Magneto. Par la même occasion, la quête du passé de Logan se fait par petites touches avec une photo jaunie. Une photo reprise à l'identique dans X2 et totalement absente du spin-off (pas forcément important mais toujours mieux que la photo du film lui-même).

X-Men : Photo Anna Paquin, Hugh Jackman

Le seul aspect dont le personnage se souvient est son squelette en adamantium. Néanmoins, le réel fil conducteur du film est la relation qu'il noue avec Malicia. Dès lors, Logan arrête d'être un marginal pur et dur pour devenir un être plus sensible, à la limite du père de substitution. Ce dont a le plus besoin Malicia pour garder ses repères et lui d'en trouver. Il a beau la connaître depuis peu, dès lors qu'elle est en danger, il part la secourir. Le coeur d'X Men se trouve principalement dans ce duo et celui plus idéologique formé par Xavier et Lehnsherr. En plus de montrer qu'un film aussi ambitieux visuellement est possible en ce début d'année 2000. Malgré ses défauts inhérents à la plupart des premiers opus des comic book movies (présenter l'univers et ses personnages, réalisateur cherchant ses marques), X Men pose les bases pour une séquelle bien plus ambitieuse. Un bon coup d'essai.

  • X2 (2003): Le soulèvement des mutants

X2

Une suite est rapidement envisagée par la Fox et plusieurs versions se succèdent entre 2000 et 2002. Beast et Angel (qui devait servir d'expérience à William Stryker et devenir Archangel) sont proposés dans le scénario de Michael Dougherty et Dan Harris, mais le grand nombre de personnages fit qu'ils soient remis à plus tard. Beast fera néanmoins un petit caméo télévisé, où on le voit débattre pour la cause mutante (il n'a pas encore l'aspect bleu que nous connaissons). Quant à la salle des dangers et les
Sentinelles, elles s'avèrent encore une fois trop chères et ce malgré un budget bien plus conséquent (110 millions de $). Le personnage de Tornade a gagné en développement suite à l'Oscar d'Halle Berry, ce qui s'avère une bonne chose compte tenu de son aspect trop fonctionnel dans le premier film. En revanche, Cyclope aurait perdu en présence, car le studio trouvait le film trop long (la Fox de Tom Rothman encore et toujours). Sabrebooth est quant à lui éliminé et en dehors du spin-off sur Wolverine (2009), ne réapparaîtra jamais dans la franchise. X2 réussit le pari de faire mieux que le premier opus d'un point de vue commercial (plus de 407 millions de $ de recettes) et artistique.

Nightcrawler

 

Bryan Singer revient à une ouverture coup de poing, faisant la part belle à l'un des nouveaux personnages: Nightcrawler (Alan Cumming). Ce dernier commet un attentat à la Maison Blanche et manque de peu de tuer le président des Etats Unis. Une séquence spectaculaire où le personnage se téléporte pour notre plus grand plaisir. Singer joue sur les effets d'attente (ces agents visant la porte, tout en entendant les coups de feu à côté) et se paye même un long plan faisant la démonstration des pouvoirs du téléporteur. Le conflit est de nouveau présent (Kelly représenté par Mystique devient subitement pacifiste), les Mutants devenant une menace post-11/09 et ce sur un mensonge. Il s'agit d'une vengeance de William Stryker (Brian Cox), ancien militaire devenu conseiller du président et ayant un fils mutant qui est allé à l'école de Charles Xavier. A cela rajoutez qu'il a fait de
Wolverine son Arme X quinze années auparavant (on est bien loin des années 70 de X Men Origins Wolverine) et qu'il a des mutants à sa disposition pour faire le sale boulot. Par quel moyen? Une marque derrière le cou où il injecte un sédatif. Stryker n'est pas comme le sénateur Kelly, dont le discours xénophobe ne tenait que par la parole. Stryker attaque là où ça fait mal, quitte à ce que ce soit sur des adolescents et bien aidé par quelques magouilles auprès d'un président crédule. Là encore, Singer a trouvé un méchant en or, cette fois-ci un humain ayant les pleins pouvoirs pour assouvir ses pulsions.

Origins

Il fallait bien un acteur aussi charismatique que Brian Cox pour imposer un personnage abject et criminel. Un méchant d'anthologie en soi. L'occasion de constater que Wolverine a probablement de meilleures origines dans les flashbacks des deux premiers opus que dans son spin-off. Stryker le lui dit: il était déjà une bête bien avant son passage sur le billard pour lui poser l'adamantium. Les flashbacks sont crades, dignes du personnage et la photo jaunie est de nouveau là. En peu de temps, X2 fait mieux que les 107 minutes de Wolverine. Logan sait désormais ce qui lui est arrivé, il peut aller de l'avant. Le spectateur espèra peut être en savoir plus, il a malheureusement eu la sévère douche froide lors d'un après-midi d'avril 2009. Ce qui impressionne aussi dans X2 est à quel point Singer a réussi à donner autant de place à chacun des personnages, qu'ils soient déjà vus ou nouveaux. Là où le Marvel Cinematic Universe se plantera plus d'une fois des années plus tard, Singer réussit un véritable tour de force, faisant oublier le côté fonctionnel de plusieurs personnages, tout en introduisant d'autres avec la même subtilité. Comme Nightcrawler et Pyro (Aaron Stanford), deux personnages personnifiés au possible, l'un fervent catholique avec un corps rempli de marques pour chaque péchés, le second attendant l'étincelle pour utiliser pleinement son pouvoir destructeur. Malicia tombe amoureuse de Bobby Drake (Shawn Ashmore), ce qui entraîne des difficultés évidentes au vue du pouvoir de la jeune mutante.

X-Men 2 : Photo Brian Cox

La fin de l'adolescence, le début de l'âge adulte et le fait de devoir faire des choix. Les scènes chez la famille Drake montrent aussi le rapport compliqué entre des parents incapables de comprendre leur enfant et un fils essayant de montrer qu'il n'est pas un danger pour eux. Ce n'est pas un personnage comme Pyro, éprouvant un certain plaisir à faire exploser des voitures de police, qui va aider (scène au combien spectaculaire et à la réalisation compliquée). Singer est plus à l'aise, sa réalisation se veut plus ambitieuse à l'image de l'assaut du manoir ou le passage de Mystique chez Lady Deathstrike (Kelly Hu) engendrant de beaux moments de suspense. On peut également admirer comment Singer termine son film par un merveilleux cliffhanger. Pendant tout le film, on peut observer une Jean Grey perdant progressivement le contrôle, éprouvant des maux de tête récurrents. Son sacrifice tragique n'en devient qu'une superbe porte ouverte pour l'arrivée du Phénix. Malheureusement tout va capoter...

 

  • X Men - L'affrontement final (2006) : Déchéance de la mutation

 

X3

 

Au cours de l'année 2004, Bryan Singer se désintéresse progressivement d'un possible X Men 3 suite à son attachement à Superman Returns (2006). Son traitement écrit avec Dan Harris et Michael Dougherty évoquait le Phénix et une Emma Frost vieillissante et manipulatrice. Le Phénix aurait fini par être arrêté par l'esprit de Jean Grey, reprenant en main son corps. Il n'en reste pas moins que les relations entre Singer et la Fox commençaient à sentir le roussi. En effet, la légende veut que le réalisateur se serait fait virer des studios de la Fox sur le pilote de Dr House (2004), avant de le faire revenir à toute hâte pour le terminer. Par la même occasion, le studio ne veut pas l'attendre et les chaises musicales de s'attaquer cette fois aux réalisateurs potentiels. Hugh Jackman suggère Darren Aronofsky, Joss Whedon décline la proposition à cause de Wonder Woman, Alex Proyas ne veut pas revivre l'expérience I, robot (2004), Rob Bowman (Elektra), John Moore (Max Payne) et Zack Snyder sont approchés... C'est finalement Matthew Vaughn qui signe, castant au passage Kelsey Grammer (Beast), Dania Ramirez (Callisto) et Vinnie Jones (Juggernaut). Le couperet tombe quelques temps avant le début du tournage: Vaughn ne réalisera pas le film pour raisons familiales. La raison officielle élude une autre bien plus officieuse: les délais serrés imposés par la Fox auraient considérablement gêné le réalisateur de Layer Cake.

X-Men l'affrontement final : Photo Ben Foster

Angel, un personnage apparaissant si peu qu'il faut compter son temps de présence.

Les mêmes qui ont failli coûter sa place sur X Men : First Class (2011). Le choix final revient sur Brett Ratner, tâcheron capable d'un Rush Hour (1998) comme d'une pure commande comme Dragon rouge (2002). Vu son arrivée tardive, on peut clairement parler de commande, voire de solution de secours. Le retour de Jean Grey en tant que Phénix a entraîné beaucoup de problèmes entre les scénaristes et le studio, peu désireux d'un personnage aussi sombre dans un blockbuster estival. Preuve aussi du manque de confiance de Tom Rothman pour des personnages qu'il n'aimait pas. Dès lors, sans Bryan Singer, le studio peut désormais faire ce qu'il veut. Le pauvre Cyclope se trouve réduit à mourir, à cause de la Fox et de l'emploi du temps de James Marsden, ce dernier ayant embarqué dans Superman Returns. Gambit devait initialement faire partie du casting de nouveaux mutants, mais les scénaristes Zak Penn et Simon Kinberg n'ont pas su trouver l'utilité du personnage. Le studio décide de couper Nightcrawler, personnage trop peu présent pour engendrer un maquillage aussi intensif sur Alan Cumming. On pourrait en dire autant pour Rebecca Romijn, relativement peu présente sous les traits de Mystique. Pour ce qui est du personnage de Kitty Pride enfin présentée après deux caméos (avec deux actrices différentes), Maggie Grace est d'abord considérée avant de laisser la place à Ellen Page, car considérée comme trop âgée.

X-Men l'affrontement final : Photo Famke Janssen, James Marsden

En résulte, un succès certain (plus de 450 millions de $ de recettes pour 210 de budget) mais un véritable carnage à l'intérieur. On pourrait presque parler de film malade, puisque le film a de bonnes idées mais ne sait jamais comment les terminer. Le point de départ sur le vaccin pouvant guérir les mutants est une excellente idée, car remet en perspective l'idée de malédiction chez certains mutants. C'est par exemple le cas de Malicia, probablement désireuse d'avoir une vraie relation avec Bobby Drake. Pourtant, l'idée tombe vite à plat entremêlée avec l'intrigue du Phénix. Cette dernière est beaucoup trop survolée, prenant un pic d'importance flagrant avant de retomber pour ensuite revenir en toute fin de film. Les scénaristes n'ont pas su quoi faire du personnage, peu aidés par les directives du studio. Un personnage au potentiel gâché et ce n'est pas le seul. Si Kitty Pride apparaît encore correctement (bien aidé par le jeu d'Ellen Page), Angel (Ben Foster) est inexistant. Il pourrait ne pas être dans le film, ce serait identique. Le seul moment important est quand il sauve son père. Un personnage attendu et qui lui non plus n'a pas eu droit à la visibilité qui lui était légitime. En espérant que X Men Apocalypse sache laver l'affront. Beast s'en sort bien aussi, sa relation pince sans rire avec Logan, tout comme l'aspect politique du personnage lui permettent d'être un mutant intéressant et sortant du lot. On pourrait énumérer un grand nombre de personnages fonctionnels, à l'image de Juggernaut qui n'est même plus le frère de Charles Xavier.

Beast

Le personnage n'est même pas caractérisé, n'étant qu'un mutant délivré par Magneto et fonçant tête baissée tel un bourrin. Aucun effort d'écriture à l'horizon. Quant aux personnages déjà pré-installés, soit ils gagnent un peu par l'action (c'est le cas de Colossus), soit ils perdent en aura (Wolverine en mode pépère durant tout le film), soit leur temps de présence tient du grandiose. Malicia pourrait elle aussi ne pas être présente dans le récit, elle serait aussi utile. L'intrigue va dans trop de directions, ne sait pas quoi faire de divers personnages, pas aidée par des divergences scénaristiques multiples. Le film est encore regardable en raison de quelques scènes d'action bien sentis. Parmi lesquelles, la scène dans la salle du danger (enfin!), valant quelques rares moments où Wolvy sort les griffes ou le final terriblement bourrin, mais malheureusement sans réel enjeu. Le seul étant de montrer les X Men se battrent avec la Confrérie. En soi comme le soulignait le défunt magazine Climax en 2009, ce passage préfigure Avengers de Joss Whedon (2012) avec un temps de présence bien précis pour chaque personnage et des héros qui se battent. On pourrait retenir aussi la mort du Phénix, un des rares moments d'émotions d'un film qui en manque cruellement. Quant au Professeur Xavier, il aura droit à sa petite séquence post-générique, alors même qu'on l'a vu mourir au cours du film. La justification viendra du commentaire audio: il se serait réincarné dans le corps de son frère jumeau. Justification à l'écran: zéro. Par contre, dans les "on-dit", on bat des records.

  • X Men Origins Wolverine (2009) : Le film qui a failli détruire la franchise

X-Men Origins: Wolverine : Affiche Gavin Hood

La Fox prévoyait initialement trois spin-off pour relancer la marque X Men: un sur Magneto chapeauté par David S Goyer (qui ne verra jamais le jour, laissant place à First Class), un sur Deadpool (qui mettra plus de six ans à se produire grâce à la Fox) et un sur Wolverine. Ce dernier apparaît comme la priorité évidente, la Fox encore sous Tom Rothman comptant bien capitaliser encore un peu plus sur le mutant en griffes de métal. David Benioff a longtemps travaillé sur le projet, s'inspirant notamment de Wolverine Origins (2001-2002) et Weapon X (Barry Windsor-Smith, 1991) avec dans l'optique un classement Restricted. Par la suite, Skip Woods (scénariste de Hitman et  Die Hard 5) se met aux réécritures. On parle de Brett Ratner, Alexandre Aja ou encore Zack Snyder, mais c'est finalement le réalisateur sud-africain Gavin Hood (Mon nom est Tsotsi) qui mettra en scène X Men Origins Wolverine. Peu de temps avant sa sortie, le film subit de plein fouet le piratage d'une version non-finalisée. Les experts diront bien malheureusement que la copie piratée ne serait finalement pas si différente de celle sortie en salle. Quand on voit le résultat, on n'est pas vraiment étonné, les effets-spéciaux du film étant très souvent catastrophiques. Que ce soit Sabrebooth (Liev Schreiber) en slow motion bien ridicule, la transformation finale de Wolverine signant un pur moment de ridicule avec machoire serrée et évidemment le final avec Deadpool.

deadpool

Mon pauvre Deadpool, qu'est-ce qu'ils t'ont fait?

En plus d'un décor relevant du grand nawak (une centrale nucléaire abandonnée!), le personnage de Deadpool est totalement dénaturé. Son introduction en début de film avait déjà de quoi faire peur, le montrant causant mais pas drôle et jouant de ses sabres de manière ridicule. Le final le montrant en Arme X ultime, bouche cousue, avec des lames sortant de ses bras, le noir sur les yeux qui apparaît lorsqu'il lance des rayons et se téléportant vaut à lui seul le dégoût profond qu'inspire ce film. Ce n'est pas le rajout d'une scène post-générique le montrant ramassant sa tête et disant "chut!" qui va sauver les meubles. On comprend d'autant plus l'insistance de Ryan Reynolds de ne pas jouer dans ce film. La Fox lui avait alors dit qu'il pouvait faire une croix sur le personnage s'il ne jouait pas dans Wolverine. On voit le résultat: un désastre complet à l'image d'un film qui n'a ni queue, ni tête. L'intrigue commence comme Origins: James est le fils malade d'un noble, sa femme a une liaison avec le garde, ils ont un autre enfant nommé Victor. Tout va bien jusqu'à ce le garde tue le noble et que le petit venge subitement son père (adoptif) en sortant des griffes de ses poings. C'est à partir de là que le film part a contrario de son modèle. Victor n'est plus un demi-frère violent, cherchant à atteindre les privilèges de James. Ils s'enfuient même ensemble comme si de rien n'était. Outre ce ressort scénaristique éludant la noirceur du comic-book adapté, le film part ensuite dans une toute autre direction au bout de seulement quelques minutes.

gosse

 

James et Victor deviennent membres d'Arme X en pleine guerre du Vietnam. Le personnage de William Stryker est présent sous les traits de Danny Huston. Une première incohérence puisque si Wolverine a rencontré Stryker à cette époque, Stryker aurait donc à peu près l'âge de Huston, soit une quarantaine d'années. Ce qui paraît bien peu crédible avec le rôle de Brian Cox dans X2. De plus, rappelons que Logan et Stryker sont censés s'être rencontrés dans les années 80 pour l'opération. Or, ici on serait plus proche des années 70. Deux aspects qui seront également présents dans Days of future past (2014): Stryker est incarné par un acteur bien plus jeune (Josh Helman) et Logan subit un paradoxe temporel quand il le voit (il ne l'a pas rencontré dans la timeline de son modèle 70's). Comme il paraît peu probable que Sabrebooth s'attaque à Wolverine dans le premier X Men dans ces conditions. A cela, on pourrait rajouter que des éléments de ce film seront complètement révisés par la suite. Cyclope n'aura pas rencontrer Wolverine avant les années 80 (ce que l'on verra dans Apocalypse). Emma Frost aura droit à une nouvelle version dans First Class, Charles Xavier ne sera pas chauve avant les années 80 comme il ne pourra plus marcher dès 1963. Quant à Gambit ici incarné par Taylor Kitsch (qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il a), il aura droit à une nouvelle version sous les traits de Channing Tatum dans les années à venir. Wolverine apparaît dès First Class comme un film à éradiquer de la timeline de la saga.

Arme X

 

Entre les incohérences et les révisions qui ont suivi, Wolverine n'a plus lieu d'être, en plus d'être une bouse infâme que le spectateur cherche à oublier en vain. Ce n'est pas non plus le fan-service ambiant, consistant à citer le plus de personnages possibles, qui va aider aussi. Qui se souvient de Dominic Monahan et Will.I.Am dans ce film? Probablement pas grand monde et ce n'est peut être pas plus mal. Allez à la semaine prochaine!

06 mai 2016

DC Comics sort de l'ombre

A l'image du dossier sur le Marvel Cinematic Universe, voici enfin son équivalent du point de vue de DC Comics. Il ne s'agira pas de revenir sur tous les films produits par Warner et DC Comics depuis 1978, mais d'évoquer les prémices de ce qui deviendra le DC Verse. Soit revenir au début des années 2000 avec son lot de projets avortés, de mauvaises passes et parfois des meilleures. A l'heure actuelle, nous ne parlerons pas Batman v Superman Dawn Of Justice (Zack Snyder, 2016). Ce dossier étant modifiable avec le temps, cela finira par arriver. Partons pour le DC Verse!

  • La genèse en dents de scie du DC Verse

Au début des années 2000, Warner Bros et DC Comics subissent de plein fouet l'échec que fut Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997). Pas forcément le raté commercial que beaucoup évoquent (228 millions de $ de recettes totales pour un budget de 125, ce n'est pas un bide), mais loin des attentes du studio et dézingué par la critique et le public. La même année, le studio fait appel au producteur Jon Peters (Batman) pour relancer Superman avec Kevin Smith au scénario, Tim Burton à la réalisation et Nicolas Cage en homme d'acier. Le projet avortera pour diverses raisons, notamment le désamour du studio pour le projet (voir Cuvée jamais faites). Pendant ce temps, la Chauve-souris essaye de revenir par divers projets. On parle de Darren Aronofsky pour une adaptation bien violente de Batman Year One (Frank Miller, David Mazzucchelli, 1987), puis de Clint Eastwood pour une autre autour de The Dark Knight Returns (Miller, 1986), puis de la série animée Batman Beyond (1999-2001). La Warner trouve une sorte de compromis: réunir ses deux héros à succès dans un même film. Wolfgang Petersen (L'histoire sans fin) a alors la lourde tâche de réunir ces personnages dans Batman VS Superman aux alentours de 2001-2002. Le script est signé par Andrew Kevin Walker (scénariste de Seven de David Fincher) avant d'être retouché par Akiva Goldsman auquel la Warner n'était vraisemblablement pas rancunière (responsable des Batman de Schumacher).

Batman vs superman

Batman VS Superman immortalisé par son scénariste.

Dans ce projet, Bruce Wayne voyait sa femme mourir d'empoisonnement à cause du Joker. Wayne et Clark Kent devaient s'affronter pour une question d'éthique du héros, de ce qu'il doit faire ou non avant de s'occuper du Joker et de Lex Luthor (*). La Warner décide finalement de faire des reboots individuels (Batman Begins de Christopher Nolan et Superman Returns de Bryan Singer, après un nouveau projet avorté signé JJ Abrams), confiant Troie à Wolfgang Petersen (2004). Le projet sera immortalisé par Akiva Goldsman dans Je suis une légende (Francis Lawrence, 2007) le temps d'une private joke visuelle. La Warner cherche également à féminiser un peu sa ligne super-héroïque. Projet datant déjà de l'ère Tim Burton et ayant changer régulièrement d'actrice-titre (Michelle Pfeiffer, Ashley Judd et enfin Halle Berry), Catwoman finit par voir le jour sous la direction de Pitof en 2004. Le français en parlait encore l'an dernier à Vice (**): "Quand je suis arrivé sur le film, les mecs étaient complètement à la ramasse et le scénario était bancal. Il ne savait pas comment vendre le personnage. Catwoman, c'est simple: soit t'en fais une Fantômette pour les petites filles, soit une salope pour les plus grands. Il n'y a pas d'entre-deux. Durant le tournage je n'avais aucun pouvoir sur rien. (...) tu ne peux prendre aucune décision à cause des mecs au-dessus. (...) à la fin du montage, le film ne ressemblait à rien. On est donc repartis sur douze jours de retake à un mois et demi de la sortie du film."

 

Catwoman : Photo

Catwoman, un film qui reste encore au travers de la gorge.

Catwoman est encore aujourd'hui un film qui fait horriblement mal au ventre. Particulièrement laid (même si Vidocq se révèle encore pire), souvent vulgaire dans sa manière de filmer son héroïne (voir citation), joué avec les pieds, bourré d'effets-spéciaux pour à peu près tout et n'importe quoi, aussi raccord aux comics que son scénario est vide... Le film ne réussit même pas à être rentable en accumulant péniblement 82 millions de $ de recettes mondiales pour 100 millions de budget. En comparaison, Elektra de Rob Bowman, sortit quelques mois après, a eu plus de rentabilité, bien aidé par un budget beaucoup plus faible (56 millions de recettes pour 43 de budget). Un coup dur empêchant DC Comics d'aller plus loin que Batman et Superman (ils avaient déjà essuyé un revers identique avec Supergirl de Jeannot Szwarc en 1984). Le projet Wonder Woman n'est pas mieux loti durant les années 2000. Produit par Joel Silver et devant initialement mettre en scène Sandra Bullock en Amazone (il était déjà question qu'elle soit Lois Lane dans Superman Lives), le film accumule les scénaristes (Joe Cohen, Todd Alcott et Philip Levens) jusqu'à ce qu'arrive Joss Whedon en 2005. Le futur réalisateur d'Avengers tiendra jusqu'en 2007 au bout de sa seconde proposition de script, son approche ne plaisant à personne.

Wonder Woman

Wonder Woman, une héroïne qui a attendu 75 ans avant d'atteindre le grand écran.

Whedon en parlait ainsi en 2011 à Rookie Magazine: "[Wonder Woman] voyage dans le monde entier, elle est très forte et très naïve en ce qui concerne les gens et le fait qu’elle soit une déesse lui rendait très difficile la compréhension du monde extérieur, comme les guerres, la famine, les souffrances... Sa relation avec Steve [Trevor] lui permet de voir ce que ça fait d’agir en humaine, ce que ça fait d’être plus faible, quand vous avez toutes ces forces qui vous contrôlent et que vous en pouvez rien y faire. C’était cette dualité qui était le concept central du film. Lui qui lui apprend à gérer son humanité et elle qui lui dit ’Ok, c’est bien mais on peut faire mieux encore" Pendant ce temps, Batman retrouve ses lettres de noblesse avec une approche plus réaliste. Batman Begins (2005) imprègne son héros dans une ambiance post-11/09 cauchemardesque, qui prendra d'autant plus de sens dans The Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012). Dès lors, Batman ne sera plus un freak, mais un vigilante sauvant sa ville dans l'obscurité. Le tout dans un univers qui s'effondre grâce à des anarchistes et psychopathes. A contrario, Superman Returns (2006) se plante à force de trop jouer sur la nostalgie (il s'agit d'une séquelle de Superman 2 de Richard Donner et Richard Lester). Le film a beau être sincère dans sa démarche (jusqu'à reprendre le thème de John Williams et le générique du film de Donner), il n'en reste pas moins hors du temps.

The dark knight

Superman passe difficilement le cap des années 2000, n'apparaissant pas comme moderne en comparaison de Batou chez Nolan. Même s'il rentre dans ses frais, le film n'enthousiasme pas grand monde y compris la Warner, qui laisse tomber sa suite devant mettre en scène Doomsday, toujours sous la direction de Singer. On notera également  Constantine (Lawrence, 2005), film pas forcément génial mais qui a le mérite de sortir du lot. Même si le ton crade du comic-book Hellblazer n'est pas forcément au rendez-vous, le film a le mérite de s'aventurer dans le pur fantastique et d'être un minimum divertissant. Le projet de réunir différents héros de DC Comics n'est pas abandonné et c'est ainsi qu'aux alentours de 2006 est annoncé le projet Justice League Mortal. Christian 'Batman' Bale ne souhaite pas y être associé, tout comme Brandon Routh encore officiellement Superman. DJ Cotrona (GI Joe 2) et Armie Hammer (The Lone Ranger) sont alors engagés pour incarné l'Homme d'acier et le Cape Crusader dans un univers parallèle. Il n'y avait donc pas de problèmes d'acteurs comme on pouvait le lire parfois à l'époque. Le reste du casting aurait dû être formé par Jay Baruchel (Maxwell Lord, businessman télépathe), Hugh Keays Byrne (le Martian Manhunter), Santiago Cabrera (Aquaman), Adam Brody (Flash), Common (Green Lantern), Megan Gale (Wonder Woman) et Teresa Palmer (Talia al Guhl). A la réalisation, on retrouvait George Miller, bien aidé par le succès d'Happy feet (2006). Un grand amateur de galères de tournage (Les sorcières d'Eastwick, les deux derniers Mad Max) comme de projets maudits (Contact finalement laissé à Robert Zemeckis) et surtout un des réalisateurs australiens les plus influents de notre époque.

Justice League Miller (concept-art Aquaman)

 Concept-art d'Aquaman pour Justice League Mortal.

Justice League Mortal (storyboard) (1) 

Storyboard de Justice League Mortal.

Le film devait se baser notamment sur La tour de Babel (Mark Waid, Howard Porter, 2000). Lord et Al Ghul piratent Brother Eye, le satellite de surveillance de Batman et si possible des éléments permettant à Batman de battre ses amis de la Justice League s'il y a problème. Comme le suggère le storyboard ci-dessus, Superman aurait dû affronter Wonder Woman dans un combat titanesque. Tout est stoppé par la grève des scénaristes de 2007. La Warner patiente un peu, mais laisse vite tomber quand le crédit australien est annulé. Le projet est annulé au printemps 2008 et Miller reviendra aux aventures de Max Rockatansky avec le succès que nous connaissons. Alors que Warner et DC auraient dû être les premiers sur la réunion des super-héros d'une même écurie, ils annulent leur projet alors qu'Avengers (Joss Whedon, 2012) vient juste d'être annoncé! On ne pouvait pas aussi bien rater le coche. Alors la Warner tatonne et se retrouve à lancer une adaptation de Green Lantern avec un tâcheron aux commandes. Martin Campbell a beau avoir relancer avec brio la franchise 007 par deux fois (GoldenEye en 1995 et Casino Royale en 2006), il n'est pas un grand réalisateur dès qu'il en sort. La preuve avec ce film (2011), où le pauvre Ryan Reynolds se demande ce qu'il fait là entre deux mauvais effets-spéciaux. Pas étonnant qu'il s'en moquera le temps d'une réplique dans Deadpool (Tim Miller, 2016). Les moyens ont beau être là (200 millions de $ tout de même), le film n'a pas les effets-spéciaux que nécessite un space-opera de cette envergure, à l'image du costume de Reynolds entièrement en cgi y compris son petit masque.

Green Lantern : Photo Blake Lively, Ryan Reynolds

Une origin story qui ne convainc jamais, avec des touches d'humour particulièrement pauvres, comme pour contredire les films de Nolan encore en production. Les scénaristes osent même la scène post-générique annonçant Sinestro comme possible méchant pour une suite. Manque de bol, non seulement le contexte est incompréhensible (il aurait peut être fallu montrer le côté obscur de Sinestro bien avant), mais la suite ne verra pas le jour suite à l'échec commercial du film. Warner et DC voulaient se lancer dans un multivers, ils n'auraient pas pu s'y prendre plus mal. Le DC Verse devra attendre et ce n'est pas le fiasco Jonah Hex (Jimmy Hayward, 2010) qui aidera. Pas que le pistolero à la balafre évidente soit connecté à l'univers, mais l'envie de DC d'aller voir ailleurs se plante une nouvelle fois. Script de Neveldine / Taylor (Hyper tension) remanié inlassablement, reshoots, acteurs dont le temps de présence diminue de plus en plus (Megan Fox doit avoir moins de vingt minutes de présence, montre en main), montage final durant moins d'1h20, effets-spéciaux improbables, histoire qui va trop vite quand elle ne s'attarde pas sur des banalités... Seul Josh Brolin semble croire en ce four aussi bien artistique que commercial. Le film ne sortira même pas en salles en France et aura droit à une version québécoise sur les DVD et BR. Quand Christopher Nolan décide de sponsoriser Zack Snyder, autre réalisateur pour Vertigo / DC Comics (300 et Watchmen), la délivrance commence à arriver.

  • Man of steel: le héros qui sauva le DC Verse

Man of steel (bannière)

Suite au succès des Batman de Christopher Nolan, la Warner commence à croire en un retour de Superman sur grand écran avec un traitement plus sombre. Le studio convit Nolan à la réalisation, qu'il décline préférant rester à la production. Il installe néanmoins son frère Jonathan et David S Goyer, déjà à l'origine de sa trilogie, aux postes de scénaristes. Le choix du réalisateur 
ne plaît pas à tout le monde, Zack Snyder ayant le mérite d'attirer autant les louanges que les foudres. Cette fois-ci, l'adaptation sera plus libre que celle de Watchmen (2009), restant très proche du graphic-novel d'Alan Moore et Dave Gibbons (1986-87). Contre toute attente, Man of steel (2013) apparaît rapidement comme le premier film faisant partie de ce qui va devenir le DC Verse. Comme le Marvel Cinematic Universe, tous les films Warner / DC à venir évolueront dans un même univers. DC Comics se veut néanmoins catégorique sur un point: contrairement à Marvel, les séries qu'ils produisent ne font pas parties de ce même univers. Au diable, Arrow, Flash, Supergirl et autres Legends of tomorrow. Une manière de rester cohérent et de voir où sont les priorités. (Attention spoilers) Comme le film de Richard Donner, le film commence sur Krypton mais ici rien du blanc immaculé servant de décors, ni de Marlon Brando avec une perruque impayable. Nous sommes face à un univers proche de la fantasy, avec créatures volantes et d'autres qui ruminent (des plans entièrement composés de CGI, mais bien faits). 

Man of steel

 Lara Lor-Van contemplant la destruction de son monde.

On peut aussi observer que les costumes comme certains décors ont un aspect rappelant le travail de feu HR Giger, notamment la reine arachnide de Captain EO (Francis Ford Coppola, 1986). Une représentation qui n'est pas sans rappeler aussi certains costumes conçus pour Superman Lives. Snyder nous dévoile un monde qui court à sa propre perte, entre une planète en pleine autodestruction et des militaires essayant de prendre le pouvoir. Les premières minutes du film montrent principalement un père (Russell Crowe) essayant de sauver son fils d'un monde où il n'y a aucun avenir. La dernière image que Jor-El verra n'est pas son adversaire le tuant (Michael Shannon correct, mais moins convaincant que Terence Stamp), mais son fils partant pour la Terre. De même pour ce magnifique plan large montrant Lara Lor-Van (Ayelet Zurer) contemplant Krypton en pleine destruction. On dit souvent que Snyder n'est qu'un bourrin, filmant ses héros baraqués au ralenti ou léger accéléré. On oublie pourtant qu'il est parfois capable de susciter l'émotion. C'était le cas dans Sucker Punch (2011) avec ses jeunes filles abusées, c'est encore le cas ici. On regrettera peut être dans cette introduction (et durant tout le film) une tendance à l'arrêt sur image, avec des zooms successifs sur un point particulier. On préférait davantage un plan large que ce genre de zooms qui tiennent trop le spectateur par la main. L'introduction de Kal-El (Henry Cavill) peut paraître étonnante au premier abord, Snyder préférant le montrer comme un monsieur-tout-le-monde au lieu de montrer ses origines frontalement (elles apparaissent néanmoins en flashbacks).

Man of Steel : Photo Dylan Sprayberry, Kevin Costner

Néanmoins, le réalisateur s'amuse avec des raccords regards, un bus qui passe rappelant un accident, la tombe de Jonathan Kent (Kevin Costner que l'on n'avait pas vu aussi touchant depuis très longtemps) amenant à montrer sa mort tragique. Kal-El devient un personnage aux capacités folles, pouvant aussi bien sauver des gens que de les avoir contre lui (le passage du camionneur). Kal-El est avant tout un freak, terme qui apparaît pour la première fois pour qualifier Superman au cinéma. Le monde n'est pas prêt à voir un héros avec de tels pouvoirs (thème encore présent dans Batman V Superman), comme le lui dit son père adoptif. Kal-El apparaît comme un personnage rejeté, qui fait peur (les militaires l'accueillent armes au poing) et devant contenir ses pouvoirs. La scène où son père lui suggère qu'il aurait mieux fait de ne pas sauver ses camarades lors du crash du bus en est la preuve. Cela permet aussi de donner plus de dramaturgie au personnage, cantonné autrefois au héros débarquant pile poil au bon moment avec un sourire colgate. Au contraire de Batman qui se cache derrière un masque de chauve-souris, Kal-El dévoile son seul et unique visage lorsqu'il est en costume. Il est Superman, pas Clark Kent. Sur ce point, Snyder arrête avec une hypocrisie qui dure depuis la création du personnage. Le journaliste Clark Kent apparaît enfin comme une couverture et Lois Lane (Amy Adams qui en impose en journaliste pugnace) sait qui il est dès le départ. Plus question d'une Lois aveugle et amoureuse de la face héroïque d'un même homme.

Man of Steel : Photo Henry Cavill

Henry Cavill est certainement la meilleure incarnation du personnage, sortant enfin du personnage terriblement lisse et devenant homme d'action. La première partie est surement la meilleure, évoquant les ressentiments d'un héros qui s'ignore et découvrant qui il est. La seconde partie montre une autre facette que votre cher Borat cherchait à voir depuis très longtemps: Superman qui se bat et violemment si possible. Une chose qui pose un hic chez beaucoup de spectateurs, mais montrant enfin un Superman se battant, si possible avec d'autres kryptoniens. Un aspect invisible des précédents films, Sup se contentant avant tout de donner des coups dans le vide entre deux câbles. D'ailleurs pour ce qui est des dégâts, il s'agit du sujet même de Batman V Superman: doit-il payer pour avoir sauver les terriens d'une menace plus grande que lui, quitte à ce que cela amène à des dégâts colossaux? Idem pour ce qui est du final menant à la mort de Zod. Beaucoup de spectateurs ont été choqué par le fait que Sup tue quelqu'un. On parle quand même d'un extraterrestre manquant de tuer toute une famille à coup de rayon laser. Sup le tue car il n'y a plus aucun moyen d'arrêter Zod, que ce dernier est prêt à tuer n'importe qui. De plus, on peut voir que Kal-El vit difficilement le fait de devoir tuer quelqu'un. Au final, en plus de redorer le blason de Superman, Man of steel montre le personnage tel qu'il aurait dû être représenter depuis bien longtemps: un freak prêt à se battre pour son prochain.

  • Le DC Verse se forme

Justice League

Concept-art pour Justice League.

En deux ans, Warner et DC Comics ont formé un planning de films les menant jusqu'en 2020. Le point de départ était Batman V Superman, présentant non seulement le nouveau Batman (Ben Affleck), mais aussi Wonder Woman (Gal Gadot) et quelques caméos improbables de Flash (Ezra Miller), Aquaman (Jason Momoa) et Cyborg (Ray Fisher). De quoi annoncer une certaine Justice League que tourne actuellement Zack Snyder. Un film qui sera en deux parties comme le veut la récente coûtume, une en novembre 2017, l'autre en juin 2019. Si cela n'a pas été confirmé, il se pourrait bien que nos héros affrontent Darkseid. Avant et après, DC compte bien monter un univers cohérent avec films solo pour ses principaux héros. Pourtant le premier film à succéder à BVS n'en fera pas partie, puisqu'il s'agit de Suicide Squad de David Ayer (3 août). Amanda Waller (Viola Davis) a l'idée de mettre différents ennemis de personnages de DC dans une même équipe. L'objectif? Faire le sale boulot et s'il y a problème, cela retombera sur eux dans tous les cas. Parmi eux, on compte Harley Quinn (Margot Robbie), Rick Flag (rôle initialement prévu pour Tom Hardy, finalement donné à Joel Kinnaman), Deadshot (Will Smith), Captain Boomerang (Jai Courtney), Killer Croc (Adewale Akinnuoye Agbaje), El Diablo (Jay Hernandez), Katana (Karen Fukuhara), Slipknot (Adam Beach). Au vue des bandes-annonces, on peut de plus en plus dire que les méchants seront Enchantress (Cara Delevingne) et le Joker (Jared Leto). 

Des bandes-annonces qui attisent autant la curiosité que la crainte, certains personnages semblant être plus mis en avant que d'autres. Le quartet Quinn / Flag / Deadshot / Boomerang notamment. A voir si cela se tient, en sachant que la Chauve-souris devrait être au rendez-vous pour une petite balade en voiture. En juin 2017, Wonder Woman reviendra dans une préquelle, la montrant notamment durant la Ière Guerre Mondiale aux côtés de Chris Pine et Saïd Taghmaoui. Pour ce qui est des amazones, Gal Gadot sera entourée de Connie Nielsen, Robin Wright et Lisa Loven Kongsli. Si Michelle McClaren a longtemps travaillé dessus (partie pour raisons artistiques), c'est finalement Patty Jenkins (Monster) qui se chargera de ce film que l'on espère représentatif d'un personnage trop longtemps laissé de côté par le cinéma. The Flash a perdu récemment son réalisateur, Seth Grahame-Smith. Certains diront qu'il ne s'agit pas d'une grande perte avec un cv comptant notamment Abraham Lincoln chasseur de vampires (Timur Bekmanbetov, 2012). Le duo Chris Miller / Phil Lord (21 Jump Street, The Lego Movie) est crédité comme scénaristes du film, de quoi augurer un film intéressant attendu en mars 2018. Suivront ensuite Aquaman en juillet sous la direction de James Wan. Le scénario est signé Jeff Nichols (Take Shelter) et Jason Momoa aura pour compagne Amber Heard.

Wonder Woman

Deux films inconnus sont prévus en octobre 2018 et 1er novembre 2019. On murmure que ce soit The Batman écrit et réalisé par Ben Affleck déjà officialisé mais sans date et un possible Suicide Squad 2. En avril 2019 surviendra le projet bien particulier  Shazam. Soit l'histoire d'un adolescent qui devient un super-héros en criant "shazam". On sait déjà que The Rock doit incarner le méchant Black Adam. Cyborg aura droit à son film en avril 2020 et Green Lantern Corps sortira en juin de la même année. Comme le suggère le titre, le film devrait logiquement s'attarder sur différents personnages portant l'anneau vert synonyme de courage. Un film qui devra faire oublier la bouse signée Martin Campbell, si possible en mettant en scène Jon Stewart et Guy Gardner, deux autres Green Lantern terriens (Hal Jordan n'a pas le monopole). Parmi tous ces projets, un reste pour le moins incertain : Justice League Dark ou Dark Universe que devait réaliser Guillermo del Toro. Un film devant mettre en scène John Constantine, Xanadu, Swanp Thing ou encore Deadman. Del Toro est parti du projet en juin dernier, voyant que comme souvent le projet n'avance pas. Il est toutefois toujours crédité comme scénariste. Le projet semblait revenir sur le tapis cet automne, mais plus aucune nouvelle depuis. Le temps nous le dira...


Article initialement publié le 18 avril 2015.


* Pour plus d'informations, voir ici: http://www.dcplanet.fr/64363-script-du-film-batman-vs-superman-2002-devoile

** Propos issus de: http://www.vice.com/fr/read/jean-christophe-comar-vidocq-interview-912

3 Propos issus de: http://unificationfrance.com/article17265.html

01 mai 2016

Cuvée sous une pluie mauve battante

Vous êtes en soirée, tout se passe dans la joie et la bonne humeur, vous finissez par vous poser à un endroit et regardez bêtement les réseaux-sociaux au bout d'un moment. Puis votre tête change quand vous apprenez qu'une des plus grandes rockstars vient de nous quitter. Quand vous le dites aux gens présents autour, la réponse est sans appel: "oh mais on le savait déjà", à la limite du "on s'en fout". A l'heure où le monde est de plus en plus connecté, ce retour à la réalité tardif fut pour le moins brutal. Prince est mort à 57 ans, la même année que le Dieu Bowie, à croire que le rock'n roll n'a pas assez souffert en ce début 2016. L'occasion pour la Cave de Borat de lui rendre un hommage pour le moins personnel comme toujours. Ma "rencontre" avec Prince fut tardive, tout du moins elle n'a pris sens que vers la fin de mon adolescence. Quand bien même j'avais déjà vu Batman (Tim Burton ,1989) lors du printemps de l'an 2003, je n'avais jamais fait réellement attention à la musique. Je dirais même qu'elle m'avait laissé indifférent en dehors du score de Danny Elfman, dont le thème m'était déjà familié par la série Batman (1992-99). Pourtant, les années passent, les visionnages aussi et cette bande-originale de Prince commence à prendre sens. Supplantant son "rival" Michael Jackson (il avait aussi été contacté par la Warner), Prince semble particulièrement inspiré par le Dark Knight, s'imprégnant pleinement de l'univers jusqu'à en reprendre le look pour quelques clips autour de l'ost.

Prince

Plus qu'un coup commercial (Warner est à la fois la maison de disque de l'artiste et le studio derrière le film), une véritable oeuvre symbolisée à elle seule par la Batdance. Le titre a beau être ridicule (n'ayons pas peur de le dire), la chanson est un sommet, naviguant entre trois bonnes couches: la première bénéficiant d'un monumental solo de guitare (un plaisir à l'écoute), le second évoquant le personnage de Vicky Vale (Kim Basinger dans le film) et la troisième bien foutraque revenant un peu au délire premier. En sachant que ce titre fut une solution de remplacement pour une autre chanson nommée Dance with the devil, jugée trop sombre par le chanteur. Il est d'autant plus curieux qu'aussi populaire est cette chanson, elle n'est jamais diffusée durant le film, y compris en générique de fin (c'est le très beau slow Scandalous qui en fait office). Ce qui ne l'empêchera pas d'être un des singles les plus vendus du Kid de Minneapolis. Le clip signé Albert Magnoli (réalisateur de Purple Rain) est un pur bonheur, Prince s'en donnant à coeur joie, cheveux longs dans sa batcave ou mi Batou, mi Joker avec des danseurs chauve-souris ou amateurs de sourires. Sans compter toute la tension sexuelle entre les mouvements de bassins du Kid et les magnifiques danseuses ressemblant à Vicky Vale. Des bijoux il y en a d'autres sur l'ost, Partyman (le clip permet à Prince de faire des merveilles en Joker) et Trust présentant un pur moment d'expression pour l'impitoyable Jacko Nicholson et de beaux moments de musique pop.

Prince

Puis il y a eu Purple Rain (1984). La chanson tournait déjà sur mon Ipod (à une époque où je m'en servait encore) avant même de voir le film de Magnoli sur D17 il y a quelques années désormais. Un beau nanar avec tous les clichés de la success story: la romance un peu cochonne (les 80's tout ça, tout ça), la fille sans le sou bien mignonne, le héros montant dans le monde de la musique, les rivaux véreux (si possible obsédés sexuels), le succès, l'entourage tortueux (père alcoolique, mère adultère)... Mais s'il y a bien une chose à sauver, ce sont les shows musicaux avec des chansons crées pour l'occasion. Ce qui fait de Purple Rain un projet crossmedia de haut vol, avec Oscar de la meilleure musique à la clé. L'occasion de voir Prince comme le véritable showman qu'il était, capable de partir dans des performances monstrueuses et des solos de guitare dignes de ce nom. Ne retenir de cet album que son titre éponyme serait fort désagréable, au vue de titres superbes comme I would die 4 u ou Let's go crazy (qui n'est pas sans rappeler la chanson finale d'Howard the duck!), mais Purple Rain est si beau, si fracassant. Un pur slow où la guitare pleure, où le romantisme est total et la performance indéniable. On y revient souvent que ce soit pour les paroles ou le solo final valant à lui seul l'écoute.

Prince 2

Pour continuer le voyage musical, je vous invite à aller voir en dessous la petite playlist que je vous ai concocté. Des smacks, des corvettes rouges en 1999, de la crème et même des reprises à l'américaine. Prince est parti, son royaume est en deuil espérant que sa voix ne soit pas oublié. Sa guitare ne s'arrêta pas de pleurer avant longtemps sous la pluie mauve... Allez à la semaine prochaine. 

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25 avril 2016

Un héros au grand coeur, avec un gros sabre

Wade Wilson alterne les missions de pacotille jusqu'à ce qu'un cancer  se déclare. Suite à une mauvaise expérience, il cherche désormais à se venger. Surtout qu'ils ont en leur possession sa petite-amie...

Deadpool (2)

Sept ans : c'est ce qu'il a fallu à Ryan Reynolds pour monter le projet Deadpool. Au lieu de lancer le spin-off lié à la saga X Men (les droits du personnage sont rattachés aux mutants, tout comme le Surfer d'argent aux Fantastic Four), la Fox impose la présence de l'acteur dans X Men Origins: Wolverine (Gavin Hood, 2009). Mieux, s'il n'accepte pas, le studio lui fait comprendre qu'il pourra faire une croix sur le rôle. Alors l'acteur s'exécute pour ce qui sera un véritable carnage. En plus d'être une véritable bouse, le film détruit le personnage en lui enlevant toute allusion au quatrième mur et en déformant le personnage jusqu'à plus soif. Un vrai foutage de gueule qui a enterré pendant un temps l'idée de voir cet anti-héros au cinéma. Pendant ce temps, Ryan Reynolds part chez DC Comics pour une aventure sans lendemain (Green Lantern de Martin Campbell, 2011), avant qu'un test en CGI ne filtre sur le net. Si cela n'a jamais été prouvé, il semblerait que ce soit bien l'acteur qui a lancé la vidéo et par chance, elle enthousiasme le public et la Fox. D'autant que, malgré les événéments survenus durant la production de Fantastic Four (Josh Trank, 2015), la Fox a changé de direction. Adieu Tom Rothman, jamais avare pour montrer son mépris pour la franchise X Men. Par la même occasion, cette dernière a retrouvé des couleurs sous l'impulsion de Bryan Singer, Matthew Vaughn et James Mangold depuis 2011.

Deadpool (7)

Pourtant Deadpool de Tim Miller n'est qu'un petit investissement pour le studio: 55 millions de dollars de budget (sans la promotion qui a dû être bien chiffré également). En comparaison, le premier X Men (Singer, 2000) avait coûté 75 millions. A cela rajoutez qu'il s'agit d'un comic-book movie restricted, ce qui n'était pas arrivé chez Marvel depuis Punisher War Zone (Lexi Alexander, 2008). Rien que pour cela, Deadpool apparaît comme un enjeu certain, à l'heure où les studios ont peur de miser sur des films à moyen ou gros budgets avec cette classification. Preuve en est avec Batman V Superman Dawn of justice (Zack Snyder, 2016), qui devra attendre sa sortie vidéo pour avoir droit à une version R. Néanmoins, nous avons vu plus d'une fois que le PG-13 pouvait engendrer des scènes violentes et aborder des thèmes sombres. Voir la saga X Men dans son ensemble. Sauf que Deadpool opère dans un monde gore et violent, justifiant cette classification en plus de l'aspect sexuel et des termes graveleux. Quand bien même le ton est bon enfant (on reste dans un univers fun jouant d'humour), Tim Miller se fait plaisir en massacrant le plus de bonhommes envoyés au casse-pipe. La scène de l'autoroute, entrecoupée de moult flashbacks, en est le plus bel exemple, Deadpool zigouillant le premier ennemi venu dans cette scène spectaculaire. D'autant plus quand on sait que cette scène ne contient quasiment que des éléments numériques. Un véritable tour de force au vue de cette scène purement jouissive et lisible, alignant les moments excentriques dignes de Deadpool. 

Deadpool : Photo Ed Skrein, Gina Carano, Ryan Reynolds

C'est aussi à cela que l'on reconnaît la fidélité certaine au médium initial: cette tendance à arrêter l'action pour dire une vanne. Soit ce qu'il ferait parfaitement dans un comic-book, y compris revenir à un événement antérieur (ce qu'il fait tout le long du film). Sans compter tout l'aspect "quatrième mur brisé", Reynolds s'adressant plus d'une fois au public dans sa narration jusqu'aux scènes post-générique. Mieux, le récit est à l'image du personnage. Ne vous attendez pas à un grand récit super-héroïque, où le héros sauve le monde. Sous ses airs de film d'action débridé avec un peu de fantastique (on a quand même des mutants qui se régénèrent ou ayant des pouvoirs), Deadpool n'est ni plus, ni moins qu'une romcom débridé avec un super-héros! Finalement il utilise son héroïsme non pas pour une grande cause, mais pour son propre besoin, à savoir sa vengeance et sauver sa petite-amie (Morena Baccarin encore loin de ses capacités). Vous me direz, ce n'est pas la première fois qu'un super-héros sauve sa belle (Spider-man passe son temps à le faire), mais jamais cela n'a été l'enjeu principal d'un film de ce type. On ne pouvait pas trouver plus ironique pour évoquer un super-héros pareil. Il faut bien avouer que Deadpool ne serait pas grand chose sans l'implication sans faille de Ryan Reynolds.

Deadpool (3)

Bien plus concerné que sur Green Lantern (pas dur en même temps), l'acteur est Deadpool et on sent qu'il tient le personnage. Sans lui pas de projet et si la réalisation du novice Tim Miller ressemble à beaucoup de blockbuster, le show de Reynolds permet de compenser. Il est d'autant plus agréable de voir le film en VO pour se délecter des vannes de l'acteur, allant de la comparaison entre Gina Carano et Rosie O'Donnell au nom du personnage Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand), en passant par une petite réflexion sur Charles Xavier (James ou Patrick? Telle est la question!). D'autant plus que l'univers dans lequel évolue Deadpool fait oublier le carnage Wolverine (on change les origines, à l'image du nettoyage opéré depuis First Class), tout en semblant se dérouler dans la temporalité de Days of future past (Singer, 2014). En soi, ce n'est pas tant un problème, tant ce film semble hors du temps dans la saga, tout en y restant attaché. On s'amusera de la présence de la jeune héroïne et de Colossus (sous une forme plus BD et retrouvant son accent russe), atouts charmes de plus à une entreprise peut être simple, mais terriblement amusante et changeant de ce que l'on voit d'habitude. Reste les méchants manquant un peu d'intérêt, mais le combat final a néanmoins de bons ressorts (avec une apparition délirante d'un vaisseau vu dans le Marvel Cinematic Universe). Une suite est d'ores et déjà prévue au vue du succès fracassant du film et le buzz autour de la scène post-générique devrait permettre de réaliser un beau petit rêve pour les fans de comics. Notons également le caméo digne de ce nom de l'ami Stan Lee. De quoi vendre du rêve à la Maison des idées.

Deadpool (9)

Une pause récréative dans l'univers des X Men, avec un concept assumé autour d'un héros jouissif au possible.

17 avril 2016

Frank Castle punit enfin la racaille comme il se doit

Après douze ans d'attente, Daredevil faisait son grand retour à la télévision. Fort d'une perte des droits de la Fox, le Démon de Hell's Kitchen était entré avec fracas dans le Marvel Cinematic Universe, faisant oublier le sinistre film de Mark Steven Johnson (2003). Après la première saison de Jessica Jones (2015), voici la seconde de l'Homme sans peur avec pour nouveautés le retour de deux personnages phares de Marvel. Le premier n'est autre que le Punisher, adapté trois fois sans jamais avoir eu une vision digne de ce nom. Entre une série Z pas loin de rejoindre les films de la Cannon (1989); un film fidèle aux premiers écrits de Garth Ennis mais trop sage (2004); et une War Zone sanglante mais grotesque (2008), le ton n'a jamais été juste entre le trop gentil et le trop excessif. Il était temps que cela change et Jon Bernthal apparaît rapidement comme une évidence. (Attention spoilers) Le Punisher n'a pas besoin d'apparaître pour faire une première impression spectaculaire. Comme un pied de nez au film de Lexi Alexander, la mafia irlandaise s'est rassemblée sans savoir qu'elle va passer à la casserole. "Une armée" dira le seul survivant. Non, juste un seul homme n'ayant plus rien à perdre et comptant bien faire ce que la police n'a pas réussi à faire: éradiquer la criminalité à Hell's Kitchen. Mais à la différence de Daredevil (Charlie Cox), Frank Castle ne se fait pas prier pour tuer ceux qu'il combat.

Daredevil saison 2 (1)

La rencontre entre ces deux personnages n'a rien d'étonnante, les scénaristes reprennent même une histoire où le Punisher enchaîne Daredevil et l'oblige à tirer sur un mauvais garçon. Le rôle du vigilante est au centre de cette saison et d'autant plus en confrontant deux visions différentes, celle du samaritain protecteur des innocents et celle du purificateur. Jusqu'où le vigilante doit-il aller pour appliquer ce qu'il croit être bon? La frontière entre le sauvetage et le crime n'est finalement pas si grande. Si Matt Murdock est devenu un héros durant la première saison, il en vient à se demander si lui-même ne va pas trop loin, si son rôle est aussi légitime que celui du Punisher. Des questions existentielles parfois évincées par l'intrigue comportant la Main, mais qui ont le mérite d'interroger sur le rôle du héros. Une thématique que n'aborde jamais le MCU (Captain America se demande surtout dans quel monde il vit), au contraire de la trilogie Spider-man (Sam Raimi, 2002-2007) où le héros s'interrogeait sans cesse sur son statut de héros et grandissait. La série ne s'endort pas sur des flashbacks au sujet de Castle, le récit allant à l'essentiel et se focalisant à la fois sur les recherches de Karen Page (Deborah Ann Woll) et sur les propos de Castle. De même, il ne s'agit finalement que d'une introduction, le personnage réglant ses comptes avec les auteurs du massacre de sa famille, avant d'arborer un magnifique gilet-par-balle avec une belle tête de mort blanche dessus.

Daredevil saison 2 (Daredevil)

Un Punisher capable d'aligner charisme, violence et émotion (le discours de Castle au cimetière est un parfait crève-coeur). On attendait cela depuis 1989, les scénaristes de Daredevil nous l'ont enfin donné. A cela rajoutez la performance de Jon Bernthal, n'ayant rien du vulgaire bourrin tirant partout. Le second retour concerne la belle Elektra (Elodie Yung), laissée dans la fosse aux spin-off par la Fox en 2005. Elle peut être vu comme agaçante voire pénible, mais pour rappel le personnage de Frank Miller a toujours été particulier, jouant de ses charmes pour s'imposer et tuer. Une parfaite emmerdeuse en quelque sorte, arrivant toujours au mauvais moment avec de mauvaises augures. Les scénaristes ont préféré opter pour des flashbacks, histoire d'évoquer la relation préexistante entre Murdock et elle, puis montrer sa relation avec Stick (Scott Glenn) qui revient lui aussi pour notre plus grand plaisir. Pour commencer, montrer deux êtres s'aimant mais aux comportements trop différents; puis comment elle est devenue une guerrière. Dans son sillage vient également la Main, qui prend le reste de l'intrigue. Certaines intrigues restent encore une fois en suspens (le trou et les adolescents entraînés), mais devraient gagner en importance dans la troisième saison et peut être dans The Defenders, la grande réunion des héros Marvel / Netflix. On pensait Nobu mort (Peter Shinkoda), mais comme tout bon méchant mystique revient de plus bel pour un affrontement final riche en émotion et particulièrement saignant. 

Daredevil saison 2 (Elektra)

La prophétie voudrait qu'Elektra soit l'héritière de la Main et le final n'en devient que plus évident. Si Elektra doit devenir la guerrière que la prophétie annonce, elle devra mourir en protégeant l'amour de sa vie. De là à dire que l'an prochain elle reviendra dans une robe rouge, il n'y a qu'un pas. On est également heureux de revoir Vincent d'Onofrio, toujours aussi bestial en Wilson Fisk. Il offre même un beau moment de terreur, le duel entre Murdock à découvert et lui tenant toutes ses promesses. L'affrontement entre les deux adversaires est désormais sous différents visages, plus un seul. Foggie (Elden Henson) et Karen prennent plus les devants, le premier en se débrouillant seul face à Murdock partant de plus en plus de son statut d'avocat, la seconde en évoluant toujours un peu plus. Nous l'avions quitté encore perdue, désormais Karen est une femme qui s'impose et devrait encore s'affirmer par la suite. Le côté procédural est toujours intéressant, montrant les rouages du pouvoir et les magouilles universelles avec des dommages collatéraux. Les épisodes ont beau duré entre cinquante et soixante minutes, le récit est si passionnant et la réalisation si punchy que c'est tolérable. Rien à voir avec Game of thrones, où les scénaristes se réveillent toujours en fin de saison pour donner le coup de grâce (le réveil pour d'autres). La réalisation est à nouveau à la hauteur des attentes, notamment dans des corps à corps bien filmés et un nouveau plan-séquence de qualité. S'il n'est pas total contrairement à celui de la première saison, il n'en reste pas moins un merveilleux tour de force, d'autant que c'est un pur moment d'action. Pas tous les jours que vous verrez cela chez Marvel. (Fin des spoilers)

Daredevil saison 2 (Punisher)

Une seconde saison magistrale interrogeant sur le rôle du vigilante et introduit merveilleusement le Punisher.

13 avril 2016

Il y a des choses que l'on ne peut oublier, même chez les héros

Détective privée et ancienne super-héroïne, Jessica Jones voit se profiler le retour d'un ennemi qu'elle désirait oublier...

Jessica Jones (4)

Le Marvel Cinematic Univers a beau engendré les milliards de dollars chaque année, la qualité n'est pas forcément au rendez-vous. Alors quand la Maison des idées s'est décidée à inclure des séries télévisées dans le MCU, il y avait de quoi avoir peur. Pourtant, c'est bien là qu'est arrivé le véritable intérêt de cet univers qui commençait sérieusement à devenir redondant. Pour preuve, une réalisation souvent sommaire, changeant rarement des carcans du blockbuster habituel. A ce niveau seul Les gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) avait réussi à sortir du lot, fort d'une direction artistique sublime et d'un second degré plus présent. Si Agents of Shield a eu du mal à démarrer (au point de perdre petit à petit ses spectateurs, ceux qui sont partis n'étant jamais revenu), elle a fini par trouver sa voie. C'est néanmoins l'association Netflix / Marvel qui a davantage plu avec Daredevil en mars 2015, puis Jessica Jones en novembre dernier. Daredevil est apparu comme une bouffée d'air frais, montrant un univers violent et bénéficiant d'une réalisation bien plus punchy que n'importe quelle série de super-héros (au revoir The CW). De quoi augurer du bon pour Jessica Jones, projet tenant à coeur à la scénariste Melissa Rosenberg (qui a à son compte la série Dexter mais aussi... les Twilight). Comme elle le souligne ce mois-ci dans Cinemateaser, le projet était d'abord un procedural (une affaire par semaine) pour ABC. Ce qui est raccord avec le personnage (Jessica Jones est détective privée), mais aurait vité été redondant et peu inspiré à l'image des débuts d'Agents of Shield.

Photo David Tennant

Le projet traîne mais reprend vie grâce à Netflix, ce qui s'avère d'autant plus cohérent que l'univers de Jessica Jones est pour le moins adulte. Il n'en reste pas moins que l'héroïne est moins connue que le démon de Hell's Kitchen, Iron Fist ou encore le Punisher. Un défi pour la Marvel, peu habituée à mettre en valeur des héros moins connus. Le succès des Gardiens de la galaxie a peut être aidé, d'autant que l'oeuvre adaptée, Alias signé Brian Michael Bendis et Michael Gaydos, est réputée notamment grâce à son ton. En plus de créer une nouvelle héroïne, Bendis a également produit un pur récit pulp, rendant le super-héros normal dans un univers tout ce qu'il y a de plus banal. La série reprend ce principe, tout comme certaines cases (ce qui est assez rare chez Marvel). Là où Daredevil est très actif, Jessica Jones est tout ce qu'il y a de plus anti-spectaculaire. Jessica (Krysten Ritter) utilise ses pouvoirs mais à la manière d'un Hancock (en plus de l'addiction à l'alcool), le corps à corps est peu concluant pour ses adversaires, elle qui bénéficie d'une certaine force. Ce qui est le cas aussi d'un certain Luke Cage, patron de bar (Mike Colter). Le super-héros né en pleine Blaxplotation fait ses premiers pas dans le MCU avant d'avoir sa propre série, l'occasion d'explorer son passé et de voir sa relation avec Jones. Un véritable bonheur de voir ce héros prendre forme en étant fidèle à sa personnalité. Le gars cool qui laisse passer les coups avant de les donner. Certainement un des points forts de cette première saison, alors qu'il n'est qu'un second-rôle. Un bel avant-goût avant septembre prochain. 

Photo Krysten Ritter

(Attention Spoilers) Cage n'est pas que le love interest de service (ou sex friend c'est selon), les scénaristes ont cherché à le lier à Jones plus intimement. Le traumatisme de Jones est le même chez Cage: elle a tué une femme sous l'emprise de Kilgrave (David Tennant), lui a perdu sa femme. Il s'agit de la même personne. Le passé de Jones est trouble, évoqué par flashbacks allant de son adolescence catastrophique (mort de ses parents, mère adoptive qui ne l'aime pas) à cet événement tragique. D'où une tendance à l'autodestruction causée par l'alcool. A l'image d'Alias, les scénaristes ne laissent aucune zone d'ombre à son héroïne, permettant un traitement psychologique de qualité et sortant du lot. D'autant que Krysten Ritter s'en sort merveilleusement bien, donnant un côté vulnérable fabuleux à Jones. La série aborde même des thèmes pour le moins impressionnants avec les femmes en point d'orgue. Alors que la Marvel est régulièrement raillée sur ses films (entre Black Widow qui peinait à convaincre et les jouets de personnages féminins retirés de la vente), voir autant de personnages féminins forts dans ses séries fait plaisir. Si l'avocate incarnée par Carrie Anne Moss est avant tout secondaire, elle reste une femme de poigne, avocate ambitieuse et venimeuse à la fois.  En revanche, les scénaristes ont parfaitement compensé l'absence de Carol Danvers aka Captain Marvel (l'amie de Jessica dans Alias) en créant un nouveau personnage.

Photo Carrie-Anne Moss

Une demi-soeur pour Jessica (Rachael Taylor), sa principale confidente et amie, les deux femmes ayant une alchimie quasi-parfaite. Kilgrave apparaît comme un méchant charismatique, bien aidé par l'interprétation remarquable de David Tennant. Oubliez le mélancolique Doctor Who, ici vous êtes face à un pervers pouvant manipuler les esprits des gens. Son entrée est par ailleurs savoureuse, s'invitant dans un appartement, faisant d'un mari et sa femme ses esclaves et mettant les enfants au placard. Au diable la petite qui veut aller aux toilettes, elle fera sur elle. Sous ses allures de gentleman (il est toujours habillé élégamment), Kilgrave n'en reste pas moins une parfaite pourriture, violant des jeunes filles tout en abusant de leurs faits et gestes. Par ailleurs, ce n'est pas tous les jours chez Marvel que vous entendrez parler de viols et d'avortement de mineurs, rendant la série d'autant plus glauque et frappante dans ses thèmes. Petite ombre au tableau: Wil Traval. En plus d'incarner un flic un brin idiot, l'acteur s'en sort difficilement, parvenant rarement à sortir de son air bénêt quand ce n'est pas la mâchoire serrée. Certains diront qu'au vue de son personnage, cela n'est pas étonnant, les scénaristes introduisant ni plus, ni moins que Nuke. Un méchant connu notamment pour avoir un beau drapeau américain tatoué sur le visage! Si l'introduction est intéressante (traitement militaire avec des pilules le calmant ou pas du tout), le traitement général n'est pas vraiment à la hauteur. (fin des spoilers)

Jessica Jones (photo Nuke)

Une première saison adaptant très bien Alias et muni de thèmes forts et bien traîtés.

10 avril 2016

Cuvée Bis #5

Cette semaine, la Cavee de Borat va naviguer dans les années 80 et particulièrement sous le signe du rat. La Scala a consacré une Nuit du bis à nos chers rongeurs amateurs de ratatouille le 25 mars dernier. Tout d'abord en projetant Quenottes de Pascal Thiébaux et Gil Pinheiro, Grand-prix du court-métrage au dernier Festival de Gérardmer (voir Cuvée vosgienne #2), puis First Blood de Ted Kotcheff (1982) et Les rats de Manhattan de Bruno Mattei (1984). Si dans le premier long, les rats sont de courtes durées (à peine le temps de montrer Rambo dans les égoûts), dans le second c'est nettement moins le cas. Commençons donc avec le film culte de Kotcheff, réalisateur toujours dans les bons tuyaux pour dénoncer les injustices (Wake in fright dézinguait la chasse aux kangourous). Initialement, First Blood est un roman de David Morrell (1972) rendant hommage à ses élèves devenus soldats durant la Guerre du Vietnam. Sylvester Stallone a beau ne pas être le premier choix (il est également scénariste du film), il n'en reste pas moins Rambo. Moins que Rocky Balboa qu'il porte encore actuellement, John Rambo reste le second personnage phare de l'acteur, un rôle anthologique que l'on reconnaît automatiquement. Si le boxeur gueule le nom de son amour dans le public, Rambo a lui aussi son cri du coeur avec "ce n'était pas ma guerre!". Derrière ces paroles se cachent un mal évident qui n'a strictement rien à voir avec l'incompréhension engendrée par ses suites (même le bon John Rambo réalisé par Sly himself en 2008).

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Affiche réalisée par Greg Lê.

Ici pas de guerrier indestructible qui bouffe du soviétique au petit déjeuner entre deux explosions. Rambo a beau être un ancien soldat entraîné à tuer, il n'en reste pas moins un homme et c'est cela que veut montrer Ted Kotcheff. Mieux, le début touche au but et correspond parfaitement à un reflet de l'Amérique dans les 80's. Les USA ont bien changé depuis la fin de la Guerre du Vietnam, la guerre est devenue synonyme de honte que l'on ne veut pas voir et avec elle ses soldats. First Blood touche autant au but que la seconde partie de Né un 4 juillet (Oliver Stone, 1989) sur ce point. Kotcheff et Stallone interrogent sur le statut du vétéran devenu subitement marginal, que la société rejette au lieu de l'aider à se réinsérer. Le discours du shérif (Brian Dennehy) en est la preuve: Rambo peut bien voyager mais pas dans sa ville, il ne veut pas d'un vagabond "chez lui". Le passé militaire de Rambo ne changera rien, il n'aura pas droit au respect. Il est jugé comme un voyou par les forces de l'ordre avant comme après l'explosion. Les flashbacks sont très brefs mais leur impact est énorme: le flashback est raccord avec les plans du présent. L'horreur ne s'est pas terminé, elle continue de plein fouet. La guerre est devenue civile, celle d'un seul homme pour regagner le respect qu'il n'a plus. Rien à voir avec un film d'action lambda.

Rambo : Photo Sylvester Stallone, Ted Kotcheff

First Blood est un film qui fait mal sous ses atours de divertissement, qui plus est avec Stallone acteur déjà fort populaire. La violence est psychologique, jamais dans le graphique, y compris dans sa seule mort filmée au ralenti sans montrer l'impact. Le colonel Trautman (Richard Crenna) n'est que secondaire encore, arrivant tard et agissant peu. Comme il le dit, il protège les flics contre Rambo, mais est-ce bien utile? Jamais. La destruction aura bien lieu, personne ne l'a évité. La partie survival est absolument merveilleuse, Rambo restant avant tout humain il saigne, souffre à l'écran, a peur. La scène des rats le dévoile bien, une simple banalité devenant une frayeur pour notre ancien bérêt vert. En face de lui, des rigolos ne savant pas à quoi s'attendre. A l'image de cette escouade ne vérifiant pas ce qu'elle a fait exploser et se prenant en photo devant la mine dégommée. Cette armée n'est pas celle qui a formé Rambo, c'est celle d'un autre temps, plus laxiste, moins guerrière. La confrontation n'en devient que plus pertinente. Le final est un sommet, un véritable crève-coeur où Stallone prouve comme dans Rocky (John Avildsen, 1976) qu'il peut émouvoir, qu'il est crédible à ce niveau-là. Un moment de lâcher-prise qui renforce le coup de gueule général du film. On ressort de First Blood les larmes aux yeux, malgré une chanson bien inutile (ah les 80's et cette tendance à mettre toujours une chanson en générique de fin).

Rambo : Photo Brian Dennehy, Sylvester Stallone, Ted Kotcheff

John Rambo et le shérif, deux personnalités aux idéaux bien différents.

Ce ne sera pas le cas par la suite, les larmes de tristesse laissant place à un rire bien fort. Après cette copie bien belle (le film étant ressorti cet été), passons au film culte de Vincent Dawn évidemment en version française (on savoure un nanar dans des conditions adéquates). Mr Dawn ou Nono Mattei pour les fins connaisseurs, réalisateur italien à qui l'on doit les mythiques Virus Cannibale (1980) ou Cruel Jaws (1995). Regarder un navet au cinéma est relativement pénible, au point d'en devenir une épreuve pour parvenir à la fin. Mais un nanar en revanche est l'occasion de se retrouver dans une salle riant de bon coeur, ce qui fut le cas avec Les rats de Manhattan. L'ami Mattei ouvre les hostilités avec quelques stock-shots du désert (on ne change pas les mauvaises habitudes) et des motards pour poser le contexte post-apocalyptique. Hé oui n'oublions pas que les 80's furent synonymes de Mad Max like et notamment venant d'Italie. Remember l'inimitable 2019 après la chute de New York (Sergio Martino, 1983). Puis Mattei plante défintivement son décor dans un quartier quelconque, avant que les personnages n'aillent dans un des immeubles. Manhattan? Non, probablement un quartier en ruine de l'Italie des 80's! En tous cas, un titre français bien mensonger car il n'est jamais fait mention d'une quelconque "Grosse Pomme". La galerie de personnages est pour le moins magique, remplie de clichés mémorables.

Les rats de Manhattan

On a ainsi un Snake Plissken du pauvre en meneur, sa copine blonde, la jeune femme de couleur nommée sobrement Chocolat, la femme qui crie, la belle pin-up et son étalon frustré, l'homme spirituel, le potentiel traître, l'homme de main tout aussi frustré, un amateur de jeu-vidéo et le scientifique répondant au doux nom de Noé. Notre groupe d'élite découvre alors que quelques rats traînent dans le coin et qu'une petite installation scientifique est au sous-sol. Sans compter des réserves qu'ils se font un plaisir de manger copieusement. Rarement vous verez des gens manger autant de sucre en poudre à la seconde! Mais petit à petit, les rats prennent le pouvoir, les tuant un par un avec une frénésie spectaculaire. On ne voit pas les techniciens, mais au vue des agressions, on peut clairement penser que ces derniers balançaient aveuglément des rats en pleine figure des acteurs. Cela n'en devient que plus cocasse, une flopée venant de droite, d'autres de gauche, certains d'en face... A cela rajoutez que les rats ont un meneur ou tout du moins un qui revient souvent dans les plans: un rat blanc albinos! Le mal est là! Les mises à mort en elle-mêmes sont géniales d'absurdité, allant de la fille coincée dans son sac de couchage et bouffée de l'intérieur par le rat (avec yeux exhorbités de l'actrice s'il vous plaît) à des marées de rats se faisant un festin. 

Les rats

 

Le regard qui tue.

La plus délirante restant bien évidemment notre étalon de service, digne héritier de Jean-Michel Torché, tombant dans une bouche d'égoût de manière hasardeuse, avant que des techniciens ne lui balancent des rats. A ce rythme-là, n'oublions pas une version française d'anthologie qui valait à elle seule le déplacement. Le verbe est fleuri, le génie de la traduction tient du merveilleux. Voici donc quelques échantillons qui feraient plaisir à Mike et Phillip, les camarades d'Hitman le cobra (Godfrey Ho, 1987): "Saligaud", "Salaud", "Dégueulasse", "Quelle dégueulasserie!"... Notons également la fille qui crie avec la même intonations, quand bien même elle se stoppe par moment pour reprendre de plus belle. Il faut tout de même avouer qu'il ne se passe pas grand chose, Mattei restant dans le huis clos total dans ce qu'il y a de plus basique (on se barricade, fait des rations, survit). La référence au futur est assez pauvre, étant surtout un prétexte pour planter un décor vide. Mais le rire engendré par les personnages ou les situations permet de canaliser cet ennui, au point de se prendre au jeu. Par ailleurs, comment ne pas éclater de rire devant un twist aussi ahurissant? Terminons sur la musique avec quatre notes inlassables tapées au Bontempi, au point d'en devenir un gimmick comique. Le rire, un facteur indéniable pour apprécier Les rats de Manhattan. Je termine comme souvent sur le programme de ce mois. Allez à la semaine prochaine!

Green Room : Affiche

Alien (3)

07 avril 2016

Pedowolf, Pedowolf, ce n'est pas Mickey Mouse...

Aujourd'hui va marquer une date dans l'histoire de ce blog (roulements de tambour): nous allons enfin en finir avec la saga Twilight. L'occasion d'évoquer les deux derniers volets symbolisant l'épisode IV (un nouvel espoir?), matrice universelle coupée en deux car cela rapporte plus. Une schéma qui s'est popularisé depuis le dernier Harry Potter (David Yates, 2010, 2011) et qui va bientôt toucher le monde des super-héros (Avengers: Infinity War des frères Russo et Justice League de Zack Snyder auront le même sort). (attention spoilers) Nous avions quitter nos vampires et loups-garou en pleine baston générale concluant sur la mort de la vénéneuse Victoria (Bryce Dallas Howard). Hésitation (David Slade, 2010) était peut être un épisode mieux réalisé et plus actif, les enjeux n'en restaient pas moins ennuyeux. Ce qui le différencie de ses aînés bien plus stupides et donc drôles à regarder (ou pas diront certains). La première partie de ce dyptique signé Bill Condon réussit un véritable tour de force: réaliser près de deux heures de vide. Le film ne raconte quasiment rien, se reposant sur le trio "mariage / lune de miel / accouchement". On ne peut même pas parler de film de transition, car il faudrait au moins des éléments d'intrigue pour y mener. Prenons l'exemple de Matrix Reloaded (les Wachowski, 2003): il annonce clairement les événements à venir (les doutes de Néo sur son statut d'élu, la guerre), tout en instaurant une tension qui va s'intensifier (retour de Smith et notamment son passage dans le monde réel).

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie : affiche Twilight - Chapitre 5 : Révélation 2e partie : affiche

Ici rien n'annonce quoi que ce soit en dehors du final. Pendant deux heures, on nous fait attendre sur du néant car le plus important constitue l'opus suivant. On voit bien ici la manoeuvre malhonnête (mais terriblement enrichissante) des producteurs de faire durer le plaisir. Alors on attend la seconde partie en rigolant un bon coup, car il faut bien avouer que la première accumule les casseroles malgré tout. N'oublions pas que nous sommes dans l'univers de Stephenie Meyer, jamais avare en ridicule et en mythologie de comptoir. Commençons avec l'ami Taylor Lautner toujours aussi ridicule lorsqu'il fait tomber la chemise en pleine crise d'énervement. Il en vient même à provoquer un affrontement entre vampires et loups sur sa seule bêtise. Mais surtout et c'est le clou du spectacle, Jacob tombe amoureux d'un bébé. Pardon il s'est imprégné d'un bébé, ce qui dans tous les cas relève du génie pédophile. Les fans auront bien du mal à faire gober une quelconque explication rationnelle à tout cela. D'autant plus que le loup passe quand même d"amoureux malheureux de Bella" à "amoureux de la fille de son amour d'enfance". On ne peut pas faire plus glauque que notre camarade Pedowolf. Un élément qui ne plaira d'ailleurs pas trop à la maman, réflexion que tout le monde devrait avoir mais bon, vraisemblablement c'est normal que les loups s'imprégnent de bébé dans le monde de Meyer...

Twilight

Mais ne vous inquiétez pas, les vampires en tiennent aussi une bonne couche et ce dès les premières minutes. Rappelez-vous: nos vampires brillent au soleil, ce qui est rare à Forks (riez, c'est prescrit par la SECU -NDB). Un détail dont Meyer et les scénaristes se contrefoutent depuis Hésitation avec le passage de la clairière. Voici donc un mariage à ciel ouvert, en plein soleil avec des vampires tout sauf brillants. A quoi bon installer une mythologie si c'est pour la zapper en cours de route? Ce n'est même pas étonnant, étant donné que Meyer ne cesse de cracher sur ce qui a été fait depuis Dracula de Bram Stoker (1897). Nos gardiens de la morale continuent dans le ridicule en séquestrant Bella enceinte (Kirsten Stewart), loin de son père (Billy Burke) qui, rappelons-le, est quand même un policier pas très futé. Mieux encore, Edward (Robert Pattinson) nous évoque ses origines, comme quoi il ne tuait finalement que des salauds criminels et sa future femme de lui dire que ce n'est pas si grave. Après tout, il n'a tué que des mauvaises personnes que la justice ne punit pas. Edward Cullen un super-héros avec les dents longues. Le personnage d'Edward est déjà particulièrement creux, si on lui rajoute un côté vigilante cela n'en devient que plus cocasse.

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie : photo Bill Condon, Kristen Stewart, Robert Pattinson

Quand est-il de la fameuse scène de sexe qu'on nous a tant vanté durant la promotion? Rob Pattinson avait dit que si on devait vraiment faire comme dans le livre, ce serait un film Restricted. Comme si Summit allait se risquer à un Restricted alors qu'elle peut se faire un maximum d'argent avec un PG-13. En résulte une scène de sexe où Edward casse surtout le lit, précédé d'une scène totalement inutile où Bella se prépare sur de la musique pop. Elle aura eu le temps de se laver les dents, remarquer qu'Alice Cullen (Ashley Greene) lui a mis de la belle lingerie dans ses affaires (pour des soirées gourmandes et croquantes) et autres banalités. La scène ne sert à rien mais le compteur continue à tourner. Même sur l'accouchement, Condon ne réussit rien, bloqué par le PG-13 l'empêchant d'atteindre les sommets d'un David Cronenberg en grande forme (The Brood notamment). Stewart est recomposée en cgi pour lui donner un air de cadavre ambulant, des plans furtifs et flous montrent Pattinson en train de la sucer de partout et aussi sortir le bébé. Les seuls plans à peu près corrects du film représentent le rêve de Bella, arborant enfin du sang avec une montagne de cadavres. Passons donc au second film, puisque c'est ce qui nous intéresse réellement. Bella devient une héroïne en devenant vampire, son mari lui faisant chasser la biche (les animaux méritent de mourir, vous le savez bien, ils sont surement des criminels). 

Twilight - Chapitre 4 : Révélation 1ère partie : photo Bill Condon, Elizabeth Reaser, Peter Facinelli, Robert Pattinson, Taylor Lautner

Elle fait son apprentissage, fait même des bras de fer, saute, court... Condon accumule les scénettes ridicules afin de montrer l'évolution de Bella. Manque de bol, il réussit à réaliser une des scènes les plus laides des deux films: Bella et Edward courant dans la forêt. Banal en apparence il suffit de montrer nos héros en train de courir. Une évidence diront certains. Pourtant, on voit bien que les acteurs ne sont pas raccords au décor et ne courent pas vraiment. Au final, on a des acteurs sur fond vert au ralenti dans ce qu'il y a de plus dégueulasse. Si Twilight 4 était vide, Twilight 5 est en revanche d'une laideur incroyable avec des CGI semblant sortir d'un autre temps. Prenons le personnage de Renesmée, l'enfant d'Edward et Bella qui grandit à une vitesse folle. Vous vous souvenez du bébé de Bradley Cooper dans American Sniper (Clint Eastwood, 2014)? Ce n'est rien à côté des montages poupée / image de bébé de Twilight 5. Vraisemblablement l'équipe a vu que l'animatronique ne fonctionnait pas et le CGI est devenu une solution de secours. Ce qui n'est en rien réussi pour autant. Le comble étant quand même le final avec le visage de Mackenzie Foy à peine vieillie ajouté sur un corps d'adulte. Pour ce qui est du scénario, c'est toujours pareil: les Volturi ont peur de la petite alors ils partent en guerre contre les Cullen et leurs amis. Voilà donc sur quoi nous attendions dans cet épisode IV: des vampires italiens débarquant aux USA par le miracle du Saint Esprit pour s'entretuer avec d'autres vampires.

Twilight - Chapitre 5 : Révélation 2e partie : Photo Kristen Stewart, Mackenzie Foy, Robert Pattinson, Taylor Lautner

A cela se rajoutent d'autres vampires dont certains peuvent manier l'eau (!), ce qui accumule des personnages-guests (on reconnaîtra Lee Pace, Rami Malek ou Joe Anderson). Jacob dévoile aussi au père Swan qu'il est un loup de la manière la plus ridicule possible (enfin un personnage qui se pose des questions sur Jacob se déshabillant tout le temps), ce qui amène le padre a voir que sa fille a une "enfant adoptive". Absurde premier degré quand tu nous tiens... Le vice va pourtant plus loin. Condon se fait plaisir dans un affrontement avec des têtes coupées, des loups déchaînés, des vampires se foutant sur la tronche, des morts en pagaille, certains étant des personnages phares de la saga. Bella apparaît même comme plus puissante qu'Edward, ce qui est tout de même bien amusant (Edward se fait passer pour un super-héros ténèbreux depuis Fascination). Pour le coup, on peut même dire que c'est plaisant à regarder. Il se passe enfin quelque chose dans cette saga, ce qui n'était pas arrivé depuis la bataille d'Hésitation. On regrette même qu'on soit devant un film PG-13, le sang ne pouvant pas gicler. Le nawak est même atteint avec une fissure dans le sol enneigé menant à des flammes. Puis l'action se coupe, tout ceci n'était qu'un rêve et tout est bien qui finit bien. On en vient à se demander si Meyer (car c'est pareil dans le livre) ne se moquerait pas de ses lecteurs ou des fans de la saga. Le foutage de gueule par excellence, où au final ce qui était un minimum plaisant est victime d'un vulgaire twist. Pour preuve que l'univers Twilight est en soi une escroquerie (cinq films pour si peu à dire) et qu'elle n'a jamais cessé de montrer que Meyer est une auteure catastrophique. Le final met une petite dernière en faisant un générique type Le retour du roi (Peter Jackson, 2003) avec tous les acteurs de la saga qui défilent. Crachat définitif. (fin des spoilers)

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Deux films aussi mauvais l'un que l'autre, le premier d'un vide intersidéral, l'autre véritable foutage de gueule. Une conclusion à l'image de la saga: lamentable et parfois drôle.

06 avril 2016

JCVD dans l'oeil du Bison

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Genre: action, arts martiaux
Année: 1994
durée: 1h35

l'histoire: En Asie du Sud, le général Bison menace de faire éclater la guerre mondiale si on ne lui accorde pas 20 milliards de dollars, en échange de la vie de 63 membres des nations alliées qu'il a pris en otage.

la critique d'Alice In Oliver:

En vérité, Street Fighter, réalisé par Steven E. de Souza, est le film d'action qui lancera la mode des adaptations de jeu vidéo de baston au cinéma.
Quelques années plus tard, ce nanar de premier choix rencontrera d'autres concurrents dignes de nom, notamment Mortal Kombat, sans compter certaines inepties sorties récemment, au hasard, Tekken ou encore The King of Fighters.

Street Fighter est évidemment l'adaptation d'un jeu vidéo éponyme, créé par Capcom, et qui connaîtra un immense succès sur les consoles et les bornes d'arcade. D'ailleurs, à l'époque, ce jeu vidéo avait provoqué une véritable polémique dans les journeaux spécialisés, à savoir quel est était le personnage le plus fort dans Street Fighter. Pas de panique, le film de Steven E. de Souza ne délivre pas la réponse. Il essaie lamentablement de planter son décor et son scénario, par ailleurs inexistant. Attention, SPOILERS !

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Le général Bison (Raul Julia) menace de faire éclater une Troisième Guerre Mondiale si on ne lui verse pas 20 milliards de dollars dans les plus brefs délais. Mais heureusement, le colonel Guile (Jean-Claude Van Damme) a bien l'intention de faire échouer les plans du militaire maudit.
A partir de ce scénario débile, Steven E. de Souza en profite pour faire l'éloge de l'armée américaine, toujours prête à donner une leçon aux terroristes en herbe.

A partir de ces différents éléments, Street Fighter tente de présenter ses différents personnages. Ils sont à peu près tous là: Blanka, Honda, Chun-Li, Sagat, Vega, Balrog, Ken, Ryu, Cammy...
Pourtant, le film est victime de la profusion des personnages, certains ne servant à rien. Pour d'autres, ils ne ressemblent pas du tout aux protagonistes en vue dans le jeu vidéo, notamment Dhalsim.

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Et que dire du maquillage de Blanka ? On croirait assister au retour de Lou Ferrigno dans la série Hulk, mais non...
Bref, on a la sensation d'asssister à une série B fauchée, totalement nanardeuse. Preuve en est avec Jean-Claude Van Damme qui cabotine à mort dans cette arnaque cinématographique. D'ailleurs, Street Fighter ne propose aucun combat entre les personnages en présence.
Il faudra donc attendre la fin et l'affrontement final entre Bison et Guile pour en avoir pour son argent.

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Ne vous attendez donc pas à voir des boules de feu et des combats homériques (oh non !). Reste la prestation du regretté Raul Julia, génial en général sadique, au rire sardonique. C'est le seul à surnager dans ce gros nanar d'action.
D'ailleurs, au moment du générique, le film est dédié à sa mémoire. Le seul bon moment de Street Fighter !
Continue ???

La critique de Borat

Super Mario Bros (Rocky Morton, Annabel Jankel, Roland Joffé, 1993) a beau avoir été un échec total, il a ouvert la voie à toutes les adaptations de jeux-vidéo qui ont suivi. Un an après, Sony et Universal se lancent dans l'adaptation de Street Fighter, le jeu de baston phare de Capcom (il n'y a pas que les zombies de Resident Evil dans la vie) et plus particulièrement de Street Fighter 2, opus le plus populaire sorti en 1991. A la réalisation on retrouve Steven E de Souza, scénariste des merveilleux Commando (Mark L Lester, 1985) et Die Hard (John McTiernan, 1988), soit un choix évident. Jugez plutôt: le scénariste de deux films d'action mémorables des 80's sur un projet avec des personnages n'ayant pour seul enjeu que de se battre. A cela rajoutez l'inimitable Jean Claude Van Damme au sommet de sa gloire et de sa forme. Si Street Fighter: L'ultime combat est un succès mondial, il a bien du mal à convaincre le public et comme souvent les joueurs. Le plus grand défaut du film est avant tout qu'il ne s'agit pas d'un film de baston. Le film est bourrin, joue sur les corps musclés des combattants, les scènes d'action, mais ressemble davantage à un film de guerre.

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Or, ce n'est pas ce que le spectateur recherche d'un film adapté d'un des meilleurs jeux de combats. Encore moins dans un film mettant en scène JCVD. Pire encore, on se demande très souvent quand vont arriver les combats, car (heureusement) le film en a quand même quelques uns. Après une courte mise en bouche avec Vega (Jay Tavare) terminant son adversaire (même pas un combat en quelques sortes), on espère voir Ryu (Byron Mann) l'affronter. Que nenni! Le combat n'a même pas commencé que Jean Claude débarque avec un blindé pour dire qu'il embarque tout le monde! De même, le passage où Ryu et Ken (Damian Chapa) sont face à Sagat (Wes Studi) tourne court, se résumant à une blague de mauvais goût (ils essayent de vendre de fausses armes). Par ce détail, on touche à un autre problème: le fait de faire un blockbuster tout public jusque dans le ton général. Les morts ont beau être présents (évidemment ce sont rarement des gentils), pas de sang qui gicle, pas de baston saignante. D'où cette tendance à l'humour souvent lourdingue pour contrebalancer le fait que le film n'est pas violent. Preuve en est les personnages en général, de fervents militaires (America Fuck Yeah!), des imbéciles heureux (Zangief tient la palme du personnage le plus stupide du film) ou un beau sidekick évidemment afro-américain (Miguel A Nunez JR aka Dee Jay).

Mais revenons aux combats si rares qu'on peine à les trouver même dans cette critique. Ces derniers n'arrivent finalement que dans la dernière demi-heure et encore il faut prendre son mal en puissance. Les adversaires commandés par Bison (Raul Julia) n'ont aucune répartie, ce qui entraîne des bastons pauvres, ne parvenant jamais à convaincre celui qui se fait plaisir à titiller les touches de sa manette. On peut dire ce que l'on veut de Mortal Kombat (Paul WS Anderson, 1995), mais il a au moins le mérite de jouer sur le tournoi et de montrer des bastons qui ne tournent pas au débile. Ce n'est pas toujours très fin, pas toujours beau, mais les combattants se battent. Dans Street Fighter cela n'arrive jamais et quand bien même il y a un vrai combat, force est de constater un drame: Raul Julia fait terriblement peine à voir. Bouffé par un cancer de l'estomac, l'acteur est particulièrement amaigri et évidemment incapable de se battre convenablement, si ce n'est dans des plans rapprochés. Au mieux, il gagne en lévitant et en donnant des coups d'électricité à Jean Claude. C'est avant tout un méchant de présence, subissant les coups de JCVD comme de Chun Li (Ming Na bien avant d'être l'indispensable Cavalerie d'Agents of Shield) et cabotinant beaucoup. Il faut dire que sur ce point, Julia semble véritablement s'amuser à affronter Van Damme verbalement.

D'autant plus quand le doublage français se fait un plaisir de balancer des punchlines nanardesques. Un duel verbal qui vend plus de rêve que les combats: "Je sais que tu adore te faire mousser à la tv, sale pervers!"; "Tu ravalera tes paroles Guile. -Quand tu veux pauvre con!"; "tu vas me montrer ce que tu as dans ton calbut"; "c'est les huissiers salopard! Ton cul est en fin de crédit et je viens le prendre!"... Ce type de répliques permet heureusement de garder l'amateur de nanar éveillé, d'autant que le film est tout de même un minimum divertissant. Il dure 1h30 (sans le générique de fin), ce qui permet de ne pas subir le supplice trop longtemps. Pour ce qui est de la réalisation, outre des scènes d'action pauvres, on retient aussi une économie de moyens souvent délirante. Il n'y a qu'à voir ces décors en carton pâte avec ces fausses pierres évidentes. Quelle idée également de mettre des bruits de kaïjus durant l'affrontement entre Zangief (Andrew Bryniarski) et Honda (Peter Navy Tuiasosopo) pour un effet au combien ridicule. N'oublions pas le pauvre Blanka (Robert Mamonne) transformé en sorte de créature de Frankenstein dans un accoutrement délirant. Comment peut on croire qu'un petit gars musclé peut devenir un géant avec des cheveux longs rouges et un teint vert? L'effet sera aussi ridicule dans Batman et Robin (Joel Schumacher, 1997) avec le personnage de Bane.

Outre un scénario simpliste à faire pâlir celui de Commando (les méchants voulant dominer le monde contre les gentils, si possible de l'armée américaine), De Souza accumule les personnages dans une pure optique de fan service. Comme pour dire "au moins, on ne pourra pas dire que ce n'est pas fidèle". Sauf que ce n'est pas en mettant quinze tonnes de personnages des jeux à l'écran que le film gagne en fidélité. D'autant plus que le film prend des libertés avec certains et relègue des personnages phares en second plan. Par exemple, Ryu et Ken devraient être les rôles principaux au vue de leur popularité et pourtant c'est Guile qui en hérite. Au pire certains personnages sont purement fonctionnels, à l'image de Cammy White incarnée par Kylie Minogue. Il est bien sinistre de voir le pauvre Jean Claude se battre si peu. D'autant plus que quand il donne des coups, le pauvre Raul Julia peut difficilement les parer. Il n'y a pas de réel combat, c'est Van Damme qui se fait plaisir avec son punching ball, le tatouage du Stars and Stripes bien en vue. Il est d'autant plus triste de le voir dégommer ses adversaires avec des pistolets. On n'engage pas un artiste martial pour seulement le faire tirer au pistolet. Néanmoins, il semble se faire plaisir dans un de ses films les plus populaires (pas forcément pour de bonnes raisons). Quant au reste du casting, il repose essentiellement sur du cabotinage, quand ce n'est pas une transparence évidente.

Une adaptation qui se trompe complètement de genre, en plus de sombrer dans le nanar délirant avec un JCVD en forme.


Street Fighter - Bande annonce

31 mars 2016

Une franchise qui ne veut pas mourir, ce n'est jamais bon signe

Cela fait bien longtemps qu'Hollywood essaye de relancer les franchises sur lesquelles elle s'est enrichie. En général, celles ayant germer dans les années 80, âge d'or du blockbuster qui a vu naître autant de cinéastes (John McTiernan, Paul Verhoeven, James Cameron ou Tony Scott) que de producteurs à succès (Jerry Bruckeimer et Joel Silver en tête). Encore l'an dernier, on pouvait compter les retours de franchises sur nos doigts: Mad Max Fury Road de George Miller, Jurassic World de Colin Trevorrow, Poltergeist de Gil Kenan, Terminator Genisys d'Alan Taylor, Creed de Ryan Coogler et Star Wars The Force Awakens de JJ Abrams. Dans une moindre mesure, on peut rajouter la série Ash vs Evil Dead, suite de L'armée des ténèbres (Sam Raimi, 1992). Parmi tous ces reboots / remakes / sequelles / préquelles de franchises, il y a la saga Alien qui ne veut pas mourir. Enfin que la Fox ne veut pas éradiquer. Un mal qui remonte pourtant aux années 90. En plus d'avoir eu une production catastrophique (réorientation du projet, David Fincher remplaçant Renny Harlin au pied levé, remontage, script non-terminée avant le tournage...), Alien 3 (1992) ne fonctionne pas au box-office américain, en plus de subir des critiques assassines. Pourtant, Fincher donne lieu à un merveilleux coup de théâtre en tuant l'héroïne de la trilogie. Un dernier tour de piste pour Ellen Ripley et une conclusion en or en accord avec Sigourney Weaver.

Alien 3 

La trilogie Alien se terminait pourtant bien...

Ce n'est pourtant pas ce que souhaite la Fox quand elle appelle Joss Whedon pour scénariser un quatrième Alien. L'auteur de Buffy contre les vampires s'étonne lui-même de l'appel, pensant que la franchise ne peut continuer sans Ripley. Voici donc Alien Resurrection (1997), film fait pour l'argent par un frenchy fraîchement débarqué et content d'être là (Jean Pierre Jeunet). Le film ne sert à rien dans la franchise, mais il rapporte grandement à la Fox et Ripley, même clonée, est de retour sous les traits de Sigourney Weaver. On peut déjà voir ce film comme une relance desespérée d'un studio ayant besoin de sa franchise à succès. Toujours aussi opportuniste, la Fox relance à nouveau le xénomorphe en produisant un crossover avec le dyptique Predator (1987, McT, 1990, Stephen Hopkins) en 2004. Si cela marche en comics chez Dark Horse alors pourquoi pas au cinéma? Sur le papier, cela pouvait donner un film fun, l'affrontement entre le xénomorphe et le chasseur extraterrestre ayant tout pour faire un film jouissif. Sur l'écran, c'est avant tout un film mou, peinant à justifier son statut (après tout, le film se déroule avant Alien) et aux nouveaux personnages totalement fades, simples chair à canon d'un affrontement pauvre et PG13. Sa suite Requiem (les frères Strauss, 2008) plus gore a réussi à faire pire, avec des éclairages tellement sombres que l'on ne parvient jamais à voir le combat. Un dyptique bien nazebroque qui aura pourtant eu son petit succès en salles.

AVP

C'était quand même mieux sur papier.

Suffisant pour que la Fox continue le massacre avec une préquelle. Au départ, Prometheus est un film terriblement ambitieux, devant servir de tremplin pour le gendre de Ridley Scott, Carl Rinsch. Il est question de faire une préquelle en deux films. Mais la Fox revient sur ces décisions: Rinsch est débarqué (il finira sur la galère 47 Ronin), le studio désirant absolument Scott et menaçant de ne rien produire s'il ne revient pas sur la franchise. Le studio ayant peur de se lancer dans un dyptique Restricted aux recettes non-sûres, il préfère ne miser que sur un film, au risque de produire une suite à l'avenir. Le pauvre Damon Lindelof subit les déclarations des fans, alors que finalement il n'a que remanié le script de Jon Spaihts (le responsable de ce foutoir c'est lui). A cela se rajoute le fait que certaines scènes alternatives sont bien plus pertinentes que les scènes retenues; les agissements des personnages souvent hasardeux; une tendance pénible au fan service; et des questions laissées en suspens par une fin ouverte qui n'en devient que plus ridicule. C'est là où la saga Alien commence à sentir le roussi. Prometheus n'est pas le succès annoncé, pire encore la suite attendue n'est mise en production qu'au cours de l'année 2014 pour une sortie en octobre 2017. Le titre devient Paradise lost, Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et la tête de David (Michael Fassbender) devant faire face aux Ingénieurs sur leur propre terre.

Prometheus : affiche

Prometheus, un fiasco qui ne cesse de se faire sentir.

Tout cela est bien beau, mais encore faut-il que le projet soit attendu. Quand Aliens de James Cameron (1986) a été lancé, il y avait une peur que le film soit moins bon que le film de Ridley Scott (1979), pas que le film original soit tombé dans l'oubli. Aujourd'hui, Prometheus reste un film très polémique, entre ses fans et ceux qui ont purement détestés, ces derniers étant particulièrement nombreux. Le premier jet de Paradise Lost est signé Jack Paglen, scénariste du sinistre Transcendance (Wally Pfister, 2014), ce qui n'a rien de rassurant. Coup de théâtre de plus, la Fox décide finalement de donner sa chance à Neill Blomkamp, le réalisateur de District 9 ayant fait fureur fin 2014 avec des concept-arts pour une possible suite d'Alien Resurrection. Contrairement à ce qui a été dit, Blomkamp voulait revenir à l'esprit d'Aliens tout en faisant bien suite au film de Jeunet. Sigourney Weaver est même d'accord, le réalisateur l'ayant fait tourner dans Chappie (2015). Le projet semble bien parti jusqu'à ce que la Fox décide de privilégier le film de Scott. Qui devient subitement une trilogie dixit le réalisateur. Alien 5 n'a finalement plus lieu d'être ou plutôt est renvoyé aux calendes grecques. Pendant ce temps, Paradise Lost change de titre et devient Alien: Paradise Lost, puis Alien Covenant (manque plus que Master Chief dans le titre et vous avez une adaptation d'Halo -NDB).

Alien 5 (concept-art) (2)

Alien à la sauce Blomkamp, un projet qui ne verra probablement jamais le jour.

Ce qui est plutôt drôle puisque le réalisateur ne souhaite pas faire revenir le xénomorphe. Qu'il a pourtant réintroduit dans la timeline dans Prometheus. Une manière de capitaliser sur le titre Alien, au cas où les deux personnes du fond ne sauraient pas que Prometheus était une préquelle d'Alien ou non ou finalement si... même Ridley Scott ne sait plus comment qualifier ce film, changeant de versions selon les années, les mois, les jours. Cela se confirme d'autant plus quand Katherine Waterston est engagée pour jouer le premier rôle. Dans Alien Covenant il sera donc question du vaisseau Covenant se rendant sur une planète censée être un paradis perdu, dix ans après Prometheus. C'est là que l'équipage trouve la tête de David (qui sera toujours joué par Fassbender). Qu'en est-il de Shaw? Retirée du scénario et officiellement annoncé en février dernier. De Prometheus, il ne restera que David, soit un bien maigre lot de consolation pour faire croire à une suite. Au point de se demander si l'équipe s'est rendu compte du naufrage du film de 2012, quitte à faire oublier définitivement les évènements du précédent film. Quant à Ridley Scott, il fait toujours autant rire en disant vouloir faire plus effrayant qu'Alien, chose qu'il devait déjà faire avec Prometheus. Demian Bichir (The Hateful eight), Danny McBride (Tropic Thunder), Billy Crudup (Watchmen), Amy Seimetz, Carmen Ejogo (Selma), Callie Hernandez, Jussie Smollett (Empire), Benjamin Rigby et Alexander England (Gods of Egypt) ont depuis rejoint le casting de cette belle galère, dont le tournage vient de commencer. Personne n'entend certains fans d'Alien crier et cela depuis vingt-trois ans.

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30 mars 2016

Quand vingt minutes de trop tuent un film

Suite à un accident, une jeune femme se retrouve prisonnière d'un bunker. Est-ce que le propriétaire veut la protéger du monde extérieur ou lui veut du mal?

10 cloverfield lane

Tel Ed Harris dans un film bien connu de James Cameron, 10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg est sorti des abysses il y a deux mois. Vous aurez bien compris pourquoi, le film reprenant exactement le même mode de promotion que Cloverfield (Matt Reeves, 2008). Un teaser qui en dit très peu, un projet sorti de nulle part... le hic vient surtout du titre. Inutile de tourner autour du pot, 10 Cloverfield Lane n'a strictement aucun rapport avec le film de Reeves. Il s'agit d'un script original vulgairement modifié pour être rattaché à Cloverfield, suite à une requête de la Paramount. Une manière terriblement opportuniste de créer une franchise sur du néant. Le but selon JJ Abrams (bon producteur qu'il est) est de faire une saga type La Quatrième dimension (1959-1964), mais encore faut-il en avoir les moyens. On ne peut pas placer Cloverfield dans un titre, sous prétexte de vouloir rattacher différents films qu'on n'arrive pas à promouvoir autrement. 10 Cloverfield Lane aurait très bien pu n'être qu'un huis-clos, ce qui n'avait rien de dégradant. Mais ses producteurs en ont décidé autrement, jouant la carte de l'arnaque à laquelle les fans de l'original fonceront tête baissée, car on leur fait miroiter une séquelle à un film qu'ils adorent, ce qu'ils ne verront jamais. Les scénaristes essayent bien de meubler en utilisant des easter-eggs (allusions visuelles comme verbales), mais rien n'y fait. Dès lors, essayons de prendre 10 Cloverfield Lane pour ce qu'il est réellement: un huis-clos.

10 Cloverfield Lane : Photo

(Attention spoilers) Après un début à la Psychose (l'héroïne part subitement de chez elle avec le peu d'affaires qu'elle peut, laissant son petit-ami sur le carreau), le film rentre vite dans le vif du sujet en jouant d'une certaine ambiguité. Dès sa première apparition, Howard n'inspire pas confiance et cela se révèlera comme une évidence au fil du film. Le personnage navigue sans cesse entre calme, sympathie et excès de colère, permettant une belle palette d'émotions à John Goodman. La réussite principale du film tient presque uniquement sur l'acteur, Goodman se donnant à coeur joie pour prendre le spectateur (tout comme ses hôtes) par surprise. D'autant que les scénaristes se sont bien amusés pour le rendre mystérieux jusqu'au bout. La photo de la jeune fille en est la preuve. Si dans un premier temps, Howard en parle comme de sa fille, Emmett (John Gallagher Jr) évoque qu'il s'agit d'une adolescente disparue. Dès lors, il est difficile de croire Howard dans ses agissements quand bien même il est sincère. On peut le voir comme un père blessé refusant de quitter sa fille, au point de kidnapper des demoiselles pour assouvir un besoin paternel. Ce qui ne l'empêche pas d'être possessif au point d'en être maladif. Il parle de confiance mais encore faut-il qu'elle soit réciproque et la peur de l'autre est toujours destructrice.

10 Cloverfield Lane : Photo

Il dit également que l'air est irrespirable, mais est-ce vrai ou cache t-il une autre catastrophe? Seul le dernier acte peut y répondre. En soi, 10 Cloverfield Lane préserve ses vingt dernières minutes avec ingéniosité, permettant au spectateur de rester le plus possible dans un contexte de huis-clos. Tout se joue entre les trois personnages: le père et ses enfants de substitution. Jusqu'à quand cela va t-il durer? On ne sait même pas combien de temps se passe, aucune donnée n'étant donné au spectateur, rendant le tout encore plus flou. Si Emmett est avant tout l'intermédiaire improbable, le seul personnage pouvant faire face à Howard est Michelle (Mary Elizabeth Winstead). La dernière arrivée mais aussi celle se méfiant de tout. Elle apparaît rapidement comme une héroïne forte, capable de se prendre en main et d'agir si possible. Cela faisait longtemps que Mary Elizabeth Winstead n'avait pas fait parler d'elle. Trop longtemps tant sa prestation fait plaisir à voir. S'imposer aussi bien face à John Goodman fait plaisir à voir, tant le duel de position fonctionne. On pourra toujours trouver le côté MacGyver (tin tin tin... c'était la note musicale de cette critique -NDB) un brin délirant, mais le traitement de l'héroïne aide beaucoup à passer outre. Malheureusement, il a fallu que l'équipe soit trop gourmande. Un huis-clos est souvent court, afin que le spectateur se concentre sur un laps de temps suffisant pour que le suspense prenne. 

10 Cloverfield Lane : Photo John Gallagher Jr., John Goodman, Mary Elizabeth Winstead

Alors quand vous dépassez les 1h40, vous avez intérêt à avoir une résolution digne de ce nom. Le film aurait pu se terminer au bon moment: Michelle découvre la vérité et finit par partir. Mais non, il fallait rajouter un vaisseau extraterrestre sorti de nulle part et bien seul dans la campagne américaine. Dans la première version du scénario, Michelle découvrait une ville en flamme, conduisant le film vers une histoire post-apocalyptique. Un enjeu bien plus crédible que la solution finale, sorte de twist improbable auquel on ne croit jamais. La femme que l'on aperçoit devant le bunker a été contaminé par des aliens ou c'est autre chose? Pas de réponse à l'horizon alors qu'avec un contexte de destruction apocalyptique ou bactériologique aurait eu plus de sens. Ce qui renforce le fait que les événements de Cloverfield n'ont rien à voir avec ceux de 10 Cloverfield Lane, les deux créatures étant trop différentes. Comme par panne d'imagination, le réalisateur ne s'ennuie même pas et cite La guerre des mondes de Steven Spielberg (2005). Une volonté du producteur, bien connu pour être un grand admirateur de Spielby au point d'avoir fait un hommage bourratif (Super 8, 2011)? Ce ne serait pas étonnant, il n'en reste pas moins que le décalque est vomitif, reprenant une scène dans les moindres détails. Il est d'autant plus triste que cette scène ne sert qu'à rallonger un film qui n'en avait pas besoin. On aurait pu assister à un bon film, au final on voit un film trop long pour ce qu'il a à raconter et peinant définitivement à convaincre. A cela rajoutez une musique de Dean McCreary qui en fait des tonnes, soulignant chaque moment de tension jusqu'à plus soif. (fin des spoilers)

10 Cloverfield Lane : Photo John Goodman, Mary Elizabeth Winstead

Un film qui aurait pu être bon, s'il n'avait pas une résolution ratée et un sens de l'opportunisme vomitif. Reste le duel entre Mary Elizabeth Winstead et John Goodman.

27 mars 2016

Cuvée jamais faites

Plus de 951 350 visiteurs!

La semaine dernière est sorti un film attendu de beaucoup de cinéphiles. Jodorowsky's Dune de Frank Pavich sort enfin en France, après des problèmes avec la veuve de Moebius depuis deux ans. Un documentaire qui revient sur un projet maudit dès sa création et qui ne dépassera jamais le stade de la pré-production. Un cas à part? Non et ce même à l'époque. Chaque année des projets sont abandonnés faute de temps, de financements, d'envie des studios... Les raisons sont souvent multiples, certains projets morts réussissent même à avoir plus d'aura que des films que leurs initiateurs ont fini par réaliser. Ils ne verront jamais le jour, mais fascinent certains spectateurs ou cinéphiles de par la proposition qu'on leur a fait à une époque ou le traitement souvent excitant. C'est ainsi que la Cave de Borat va revenir sur quelques projets qui n'ont jamais vu le jour, en se basant principalement sur le livre Les plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund. Les autres sources seront précisées en temps voulu. Prêt? Allons-y!

  • Spider-man de James Cameron : Le projet super-héroïque le plus ambitieux depuis Howard the Duck!

Transformation

Spidey version Big Jim, un sujet qui colle.

L'Homme Araignée a bien failli débarquer au cinéma avant 2002. Tout d'abord chez la Cannon avec Albert Pyun (Captain America), mais surtout avec James Cameron au cours des années 1990. Le réalisateur de Terminator se lance assez rapidement dans l'entreprise en s'y attelant dès 1990. Il fait acheter les droits pour Carolco, qui le lui rend bien depuis le succès fracassant de Terminator 2 (1990). Le film est bien parti pour être lancé après la production de True Lies (1994) et se paye même l'aprobation de Stan Lee. D'autant que la Marvel préfère s'associer à un réalisateur de renom plutôt qu'à des productions de seconde zone, à l'heure où elle aurait bien besoin de se renflouer les caisses (la maison d'édition est criblée de dettes). Le réalisateur a même un casting potentiel: Leonardo Dicaprio en rôle titre, Nikki Cox en Mary Jane, Michael Biehn et Lance Henriksen en Electro et Sandman et Maggie Smith en Tante May. Mais un empêchement de dernière minute va détruire le rêve de Big Jim. La Carolco, en pleine faillite suite à l'échec commercial de L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995), lui dévoile que l'ensemble des droits n'est pas en leur possession et est obligée de déposer le bilan. Big Jim essayera bien de chercher l'appui de la 20th Century Fox, mais le studio ne suivra pas, laissant progressivement les droits aller chez Sony qui ne demandait que cela.

WTC

Une ouverture spectaculaire.

Le cinéaste se révèlera effondré avant de partir sur un paquebot qui fera de lui le roi du monde. "Les gens de la Fox ont été si frileux qu'ils ont laissé passer une occasion en or. Pour quelques centaines de milliers de dollars en frais d'avocat. Ils auraient pu clarifier la situation juridique et se rendre propriétaire d'une franchise qui leur aurait rapporté des milliards." (*). Au final, la Fox se payera les droits des X Men, franchise générant qualité et profit depuis 2000; des Fantastic Four qui peinent sérieusement à trouver un intérêt; et de Daredevil avant de les redonner à Marvel pour notre plus grand bonheur. Alors qu'en est-il de cette adaptation jamais réalisée? Elle anticipe plusieurs années en avance la trilogie de Sam Raimi, mais avec un ton plus radical, à l'image de ce que son réalisateur a fait depuis le début de sa carrière. Surement que Big Jim aurait fait un film Restricted, jouant sur l'ambiguité sexuelle et un ton plus adulte encore que la trilogie de Raimi. Le site Spider-man the Scriptment  (http://dantom.altervista.org/spider_ing_script.html) permet de se faire une idée, à travers un traitement assez détaillé et regorgeant de storyboards. Le récit est fait en flashback, démarrant sur un long travelling arrière laissant peu à peu apparaître Peter Parker racontant son parcours.

Electro

Il a alors 17 ans, est conscient de son statut de looser (Mary Jane vient le voir uniquement par intérêt) et Cameron évoque la mort de ses parents comme un drame qu'il aurait voulu empêcher. Une thématique qui n'apparaîtra jamais chez Raimi (ses vrais parents sont Ben et May) et devait servir initialement de piste narrative pour le reboot de Marc Webb, avant que l'entreprise tombe dans la pure garde de droits. Il s'agit aussi d'un jeune homme n'ayant pas conscience du courage qu'il a en lui. Il se fait piquer par l'araignée radioactive lors d'un séminaire et Big Jim s'est fait plaisir pour la transformation progressive de son héros. Le personnage est pris de visions sordides avant de se retrouver le lendemain sous un pont. Rebelote quand il se retrouve avec une énorme toile gluante sous ses draps au réveil. La transformation de Peter est organique et Cameron joue sur un traitement qui n'est pas sans rappeler La mouche (David Cronenberg, 1986). Là où Raimi transformait le temps d'une nuit son héros en un vrai homme physique, Cameron le faisait progressivement et de manière bien plus crade. De même une de ses premières virées nocturnes consiste à aller voir Mary Jane, alors qu'elle est en train de se déshabiller (Peter Parker, un merveilleux stalker). Il la protègera un jour où Flash la tapera, avant que les tourtereaux ne fassent des galipettes sur le Pont de Brooklyn! Pas sûr de voir cela dans un PG-13! Spider-man est dans un premier temps un phénomène de foire, une star de la télévision.

Mary Jane

Peter Parker, un stalker avec des toiles d'araignée dans les poches.

C'est à travers cet objet que l'on découvre Carlton Strand, réinvention d'Electro par Cameron auquel un flashback dévoilera sa transformation christique. Une petite frappe ayant été électrocutée au point de véhiculer de l'électricité. L'occasion de décimer quelques malfrats et s'imposer dans la finance grâce aux données informatiques dans lesquelles il s'infiltre. Strand est un homme aussi riche que Donald Trump et a comme homme de main l'Homme Sable. On est bien loin du personnage nazebroque du dernier film de Marc Webb (2014) et encore une idée qui sera reprise par Raimi. Si l'on se fit aux différents storyboards visibles, le personnage aurait peut être été moins volumineux que dans Spider-man 3 (2007), mais le défi reste de taille en 1994. Spidey devient rapidement un héros, confronté aux maux de la société et à des méchants cherchant à le dézinguer. Il devra se confronter à la mort de Ben dans des conditions reprises à l'identique dans le film de Raimi (toujours le voleur que laisse Spidey partir et tuant Ben en lui volant sa voiture). Le premier affrontement arrivera lorsque Peter refuse de dévoiler son identité à Strand. Ce dernier trouve en Jonah Jameson le meilleur moyen de rendre Spidey impopulaire. La raison de la haîne de Jameson envers l'araignée n'en devient que plus logique. Strand va plus loin en vendant des costumes à l'effigie de l'araignée pour utiliser son image.

Ben

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités."

Le pauvre Peter apprend également qu'il ne peut pas toujours sauver tout le monde, preuve en est ce gamin se jettant malheureusement par dessus un toit, voulant se sauver du feu. Peter manque également de garder l'argent d'un braquage pour les besoins de Tante May. Il préfèra le jeter par la fenêtre. Une scène de fuite montre Spidey essayer de survivre entre les hélicoptères et les immeubles. Des scènes qui anticipent huit ans avant les spider-cams de Sam Raimi. Pas de doute qu'un gars comme Big Jim, capable de se lancer dans des projets aussi ambitieux visuellement (Terminator 2 un des plus grands défis d'ILM), était l'homme évident pour un sujet aussi complexe que Spider-man. Même si cela n'aurait pas été parfait, cela aurait pu donner quelque chose de suffisamment convaincant. Spidey se retrouve ensuite confronté à Strand ayant kidnappé MJ et il manque de la tuer avant que Spidey ne disjoncte. Strand meurt dans sa chute vertigineuse après avoir réduit en charpie l'Homme Sable et Peter finit par révéler à MJ qu'il est Spider-man avant de s'envoler dans les derniers instants. Un élément que reprendra quasiment tel quel Sam Raimi dans son film en 2002...

Sandman

  • Superman lives de Tim Burton: un fiasco de plus pour DC Comics

The death of Superman lives

Affiche du documentaire de Jon Schnepp.

Au début des années 90, Superman n'est déjà plus, supplanté par le Cape Crusader de Gotham Les droits ne sont plus aux Salkind, mais à la Cannon même si c'est toujours Warner Bros qui distribue. La Warner finit par reprendre les droits et confie le projet à Jon Peters. Ce dernier est déjà coutumier de DC Comics puisqu'il a produit les Batman de Tim Burton (1989, 1992), ce dernier n'ayant jamais caché que leur relation fut particulièrement houleuse. Peters veut faire un film grand public et au potentiel marketing fort, mais a dans son collimateur La mort de Superman de Dan Jurgens (1992-1993), soit le parfait contre-exemple de film commercial. Certes le choix est évident car Superman n'est pas réapparu au cinéma depuis 1987, mais choisir sa mort comme retour risque soit de provoquer un raz de marée autour d'un personnage aussi iconique (comme ce fut le cas lors de sa version papier), soit un dégoût certain. Jonathan Lemkin (la série 21 Jump Street) se lance dans une première version du script, puis
Gregory Poirier et enfin Kevin Smith. Ce dernier s'est fait une place dans le cinéma indépendant américain par un univers propre, fait de glandeurs, comics et amours. Puis évidemment Smith est un fan de comics et ira même plus loin en scénarisant quelques aventures de ses héros préférés (Daredevil en est la plus belle preuve).

Araignée

Concept-art de l'affrontement entre Superman et l'araignée.

Smith raconte que le producteur avait différentes directives, certaines relevant du grand n'importe quoi: un nouveau costume, Superman ne vole pas (!), un assistant robot gay (!!) et une araignée géante. Le script finira par être livré en 1997 sous le titre Superman lives. Selon cette version, Lex Luthor s'allie à Brainiac pour tuer le soleil et empêcher Superman d'utiliser ses pouvoirs (il les tient en partie des radiations et de la lumière du soleil). Le robot créé par Jor-el intitulé Eradicator est alors activé pour protéger Superman. L'extraterrestre envoie alors Doomsday pour tuer Superman, ce qui finit par arriver... avant d'être ressuscité par l'Eradicator! Brainiac débarque à Metropolis quand l'Eradicator détruit le satellite bloquant le Soleil, Superman retrouve ses pouvoirs et doit faire face à une araignée mécanique pour sauver Lois Lane de Brainiac. Tout est bien qui finit bien: Lois est sauvée, Brainiac éliminé, Lex Luthor envoyé derrière les barreaux. A ce stade, Superman lives ne sent déjà pas très bon, risquant d'être trop long, voire de rater complètement le retour du super-héros. Preuve en est ce robot ridicule et improbable. Mais le projet continue d'avancer et Tim Burton est engagé en tant que réalisateur. Choix étrange quand on sait le destin du cinéaste sur la franchise Batman, où la Warner lui a montré la porte après Batman returns pour faire des films plus grand-public avec Joel Schumacher. Est-ce que Warner reconnaissait ses erreurs? Peut être, mais dans tous les cas, Superman n'est pas Batman.

Superman lives concept 2 

Concept-art.

Même si l'on parle du Burton des grands jours, ses Batman étaient gothiques, jouaient sur un aspect parfois cartoonesque et sexuel et valorisaient les freaks. Avant Man of steel (Zack Snyder, 2013), Superman n'a jamais été qualifié de freak et encore moins considéré ainsi. Néanmoins, les différents costumes démontrent que la vision aurait été sombre et l'affrontement entre Doomsday et Superman aurait dû faire couler le sang. Déjà à cette époque, il est question de ne pas faire apparaître le slip du personnage ou un peu moins. Burton évoque tout de même des craintes, n'étant pas le premier à s'attaquer à Superman au cinéma au contraire de Batman. Le réalisateur fait engager Wesley Strick (Wolf de Mike Nichols), puis Dan Gilroy (Nightcrawler) afin de refaire le script à sa manière. Nicolas Cage doit incarner le kryptonien ce qui n'a rien d'étonnant: un nom d'artiste venant de Luke Cage, un fan de comics indéniable et a nommé son fils Kal-el. Dans tous les cas, Burton et Cage sont couverts puisque la Warner les payera film abouti ou pas. Le réalisateur se réjouit du choix de Cage: "On m'a dit que Nicolas Cage était de la partie, et que j'avais toute lattitude pour faire ma version de Superman. Je me suis dit: 'Parfait, d'autant plus que j'adore Nic Cage.' Je l'ai donc rencontré, et nous sommes convenus qu'on se concentrerait d'abord sur l'idée que Superman est un extraterrestre, un marginal, et ensuite sur les sensations qu'on éprouve à être Superman. Mon problème avec Superman est simple: comme personnage de comics il est parfait, mais, comme personnage de cinéma, on ne s'interroge jamais sur le fait que ce type se déplace en costume bleu avec une ceinture jaune curieuse" (**).

Superman lives concept

Concept-art.

"Avec Nic, on s'est dit par conséquent qu'on devait analyser l'essence de Superman, à savoir son sentiment d'appartenance à une autre planète, son impossibilité à révéler d'où il vient, et l'obligation qu'il a de cacher sa différence. (...) Pour la première fois, tu aurais cru au fait que personne ne puisse reconnaître que Clark Kent est Superman, à sa capacité de changer physiquement son identité -évacuez l'idée simpliste d'ôter sa paire de lunettes pour changer de personnalité. Et cela sans artifices, ni maquillage: Nic est le genre d'acteur qui peut réussir ce genre de choses" (**). Dans le documentaire The death of Superman lives: What happened? de Jon Schnepp (2015), différents noms sont donnés pour divers rôles: Sandra Bullock en Lois Lane, Chris Rock en Jimmy Olsen, Christopher Walken en Brainiac et déjà Kevin Spacey en Lex Luthor. Mais petit à petit, le développement prend du temps, les millions de dollars dépensés commencent à s'accumuler et le projet s'enfonce dans sa préproduction. Burton se veut amer, jurant qu'il a perdu plusieurs années pour rien: "Depuis le début, Warner Bros traînait la patte. Chaque fois qu'une date de tournage était fixée, peu de temps après, elle était repoussée." (**) Il pointe aussi du doigt le fait que le studio croyait dur comme fer avoir réussi Batman et Robin (1997), avant de recevoir un beau lot de bois verts par la presse et le public. Le studio avait peur de couler à nouveau une franchise de super-héros. A cela se rajoute les tensions avec Jon Peters, Burton se retrouvant à devoir batailler pour imposer ses idées.

Nic_Cage

Il n'est pas beau Nic Cage?! 

"Pour que le film ait eu une chance de se faire, il aurait fallu que Warner Bros se débarasse ou de Jon ou de moi (...) Rendre meilleur un scénario est une chose, mais passer son temps en réunion et pédaler dans le vide en est une autre. (...) avoir travaillé aussi longtemps et avec autant d'ardeur pour que tout tombe à l'eau est dévastateur." (**) Superman lives s'arrête subitement au cours de l'année 1999. Burton part faire son hommage à la Hammer (Sleepy Hollow, 1999). Nicolas Cage finira par incarner Ghost Rider dans deux adaptations entre le navet (le premier) et le gros nanar des familles (le second), avant de devenir l'emblématique Big Daddy de Kick Ass (Matthew Vaughn, 2010). Peters reprend l'idée de l'araignée mécanique pour Wild Wild West (Barry Sonnenfeld, 1999), désastre spectaculaire aussi bien artistiquement que commercialement. Quant à l'ami Sup, il accumulera les projets (dont un signé JJ Abrams) avant de revenir en 2006 sous la direction de Bryan Singer pour un résultat peu convaincant. Superman lives est l'exemple typique de la galère dans laquelle Warner et DC se sont retrouvés pour revenir sur le devant de la scène. Batman aura un destin similaire avec un Year One de Darren Aronofsky trop sombre et une suite à Batman et Robin immédiatement annulé (où Cage devait jouer l'Epouvantail!). La rencontre des deux titans n'aura pas non plus lieu sous la direction de Wolfgang Petersen. Joel Silver se lance dans la production de Wonder Woman au début des années 2000, accumulant les scénaristes jusqu'à l'arrivée de Joss Whedon. Le projet n'avancera pas plus et il faudra attendre cette année pour voir enfin l'Amazone au cinéma. Quant à Justice League Mortal de George Miller, il mordra la poussière à cause de la grève des scénaristes en 2008.

  • Halo de Neill Blomkamp: Quand les studios tuent un projet

Halo 4 (jaquette)

Nous sommes en 2005, le jeu-vidéo commence à mieux se porter que le cinéma économiquement, ce qui n'empêche pas ce dernier de venir le piller que ce soit pour la réalisation de film ou tout simplement des adaptations. En 2005, nous en sommes déjà à un bon paquet de purges, en commençant par Super Mario Bros (Rocky Morton, Annabel Jankel,1993). Les défauts sont évidents: ce qui marche en jeu ne l'est pas forcément au cinéma, trop de fan-service, pas assez de fidélité et une tendance à donner les projets à de vulgaires tâcherons (Paul WS Anderson en tête). Pourquoi 2005? C'est en cette année que démarre la production d'Halo, l'adaptation du jeu phare de la XBox. Un FPS de science-fiction où vous incarnez le soldat Master Chief, envoyé pour combattre les Covenants, créatures aliens et fanatiques. Si la série a tutoyé aussi bien le très bon que le mauvais, elle a toujours eu le mérite d'avoir de bonnes phases de FPS et d'être d'une qualité visuelle indéniable. Microsoft décide donc de lancer une adaptation avec Alex Garland (Sunshine, Ex-machina) au scénario. L'accueil n'est pas forcément au beau fixe avec les studios, Microsoft tenant à contrôler le projet. Universal et 20th Century Fox se mettent d'accord sur la production et la distribution: le premier pour les USA, le second pour le monde.

Master chief

Master Chief, un héros d'action fait pour le grand écran.

Microsoft doit se contenter de 10% sur les recettes du film et 5 millions de dollars pour les droits. Peter Jackson est rapidement engagé uniquement en tant que producteur et prend sous son aile Neill Blomkamp. Le réalisateur sud-africain doit réaliser son premier film, avant tout connu pour son court-métrage Alive in Joburg (2006) et diverses publicités. "Mon agent à LA m'a mis en contact avec Mary Parent qui produisait Halo. Elle m'a dit, 'Jackson a vu ton travail et il veut te rencontrer . Il faut que tu ailles en Nouvelle-Zélande pour qu'il voie si tu peux faire l'affaire'. L'idée de faire Halo m'intéressait beaucoup, je trouve cet univers génial et super stimulant. Alors j'ai sauté dans l'avion et je l'ai rencontré avec Fran [Walsh] et tout le monde à Weta. J'ai découvert tout l'univers créatif qu'il a construit là-bas, et je suis resté!" Néanmoins, Microsoft adhère difficilement au travail de Blomkamp et ce malgré l'appui des développeurs des jeux, Bungie. "Trop atypique" dira le réalisateur. Ce qui a planté le projet Halo n'est pas tant la vision brute de Blomkamp, mais les ententes entre les studios. D'un côté, Microsoft toujours derrière le dos des exécutifs, de l'autre deux studios hollywoodiens ne savant pas quel budget donner et comment gérer cet argent. Le projet tombe en miette suite à ces problèmes de gestion.

"Je pense que les choses auraient été différentes si Peter avait été à ma place. Le fait qu'il n'était pas directement impliqué a empêché le film de se faire." Si Blomkamp n'a pu réaliser Halo, Peter Jackson a néanmoins produit son premier long District 9 (2009). De plus, le réalisateur a réutilisé l'anneau spatiale comme postulat d'Elysium (2013). Halo a depuis été adapté en mini-série ou film d'animation, mais de manière confidentielle. Quant au cinéma, rien ne s'est fait depuis l'arrêt du projet d'Universal et Fox. Quant aux adaptations de jeux-vidéo, une seule a trouvé l'adhésion des spectateurs: Silent Hill de Christophe Gans (2006). C'est tout? Oui c'est tout.

  • Gladiator 2 de Ridley Scott: quand l'improbable tutoie le génie

Gladiator

Cette cuvée est aussi faites pour dévoiler quelques projets cocasses, qui heureusement ne verront pas le jour. C'est indéniablement le cas de Gladiator 2. Revenons en 2000. Le film de Ridley Scott casse littéralement la baraque au box-office et est salué par la critique. Ridley Scott retrouve l'aura qu'il n'avait plus depuis très longtemps et Russell Crowe accède au statut de superstar. Le peplum est relancé après des décennies de disette. Mais la fin de Gladiator est sans alternative: (attention spoilers) Maximus est mort sous les honneurs après avoir liquider Commode (Joaquin Phoenix). (fin des spoilers) Malgré cela, une suite est écrite par John Logan, Scott la confirmant à Empire en 2003, mais sans Russell Crowe. "C'est la génération d'après. L'histoire romaine est terriblement exotique, et les époques sont plus fascinantes les unes que les autres" Lucius Veras, fils de Lucilla (Connie Nielsen) en sera le héros. Alors que l'équipe est en pleine contradiction, Russell Crowe décide de faire écrire le scénario au musicien Nick Cave et scénariste à ses heures (on lui doit The proposition et Lawless de John Hillcoat). Cave ironise sur ce début de collaboration (avec un peu de spoilers): "J'ai reçu un coup de fil: 'Salut mec, c'est Russell.' 'Russell qui?' 'Russell Crowe" Et moi je suis là, je dis à ma femme: 'Putain, c'est Russell Crowe!' Il dit: 'Tu t'intéresse encore à l'écriture de scénarios?' 'Nan, plus maintenant, pas envie.' 'Et si c'est pour écrire Gladiator 2?' 'D'accord. T'es pas mort dans Gladiator 1?' 'Tu te débrouille, mec."

Maximus est dans l'au-delà et les dieux romains l'envoient chercher Héphaïstos, dieu faisant croire en un unique dieu, celui des chrétiens. S'il réussit, Maximus retrouvera sa femme et son fils. Le dieu convainc l'ancien soldat devenu gladiateur que son enfant pourrait être en danger. Ils se retrouvent dans le monde des vivants à Lyon, où Lucius massacre les chrétiens. Rome est tout aussi pourri, nourri par la haîne et les maladies. Pendant ce temps, Lucius liquide un chef chrétien en faisant passer les adeptes du Christ pour responsables des catastrophes naturelles du pays. Maximus sauve son fils (sorti du paradis certainement par le miracle du Saint Esprit!) et prend les armes aux côtés des chrétiens persécutés dans une forêt. C'est finalement le fils de Maximus qui tue Lucius et Maximus se retrouve à vivre différentes périodes de l'histoire (les croisades, les guerres mondiales, le Vietnam...). Si certaines choses s'avèrent un minimum intéressantes (notamment ce qui concerne les tueries des Romains sur les chrétiens), Cave semblait partir dans un délire improbable, où Maximus devenait une sorte de demi-dieu assistant à la Mort jusqu'au XXIème siècle. Difficile de croire aussi à cette mythologie où des dieux romains envoient éradiquer un dieu prônant un seul, confrontant deux religions de manière idéologique alors que le combat sur Terre tend à détruire une des religions pour en asseoir une autre.

Un gros schmilblick à faire comprendre aux spectateurs, d'autant plus que l'aspect mythologique était absent dans le film original. Le virage de Nick Cave n'aurait certainement pas convaincu et encore moins les fans de Gladiator. Scott dira que Cave "a pris du plaisir à le faire.", mais le projet se plante aussi rapidement qu'il est né. Cave aura bien droit au mot de la fin: "C'était un film absolument anti-guerre. Et Russell [a dit]: 'Nan, mon pote. Nan'... Ridley Scott aurait quand même lâché: 'J'adore ce scénario mais ça ne peut pas marcher'. Puis ils ont envoyé le chèque, fin de l'histoire. ça a pris, genre, deux semaines. Le dites pas à Russell Crowe."

  • Le point Christophe Gans

Rahan

S'il y a bien un réalisateur qui symbolise à lui seul le development hell, c'est bien notre ancien journaliste de Starfix. A lui seul, on peut compter au moins six projets tombés à l'eau au cours des années 2000. Pour Rahan, le réalisateur envisage Mark Dacascos en rôle titre et prévoit comme La guerre du feu (Jean-Jacques Annaud, 1981) un film quasi-muet. Plus particulièrement, il devait narrer les aventures une chasseuse voulant tuer Rahan avant d'en tomber amoureuse. "J'ai entendu des choses incroyables sur ce projet, des gens qui disaient 'Pourquoi les personnages ne sont pas blancs? Pourquoi ils sont presque toujours nus?' Vous proposez Rahan et c'est RRRrrrr!!! que le cinéma français produit..." (3) Bob Morane est un projet datant des années 80, qui avait fini par pouvoir se faire dans les années 2000 sous le titre L'aventurier. Le scénario était signé Stéphane Cabel et Roger Avary, se basant sur les six romans où Bob Morane affronte l'Ombre Jaune. "Ce sera extravagant. Le Pacte des loups vous semblera bien terne en comparaison. Nous utiliserons des décors sans fioritures -Londres à Noël en 1959 et la Birmanie durant la décolonisation- mais avec des créatures de la magie noire, tirées de la mythologie taoïste et bouddhiste, qui se mêleront au combat. Ce sera bizarre, comme une version sérieuse des Aventures de Jack Burton de John Carpenter" (4). Vincent Cassel se révèle enthousiaste pour incarner Bob Morane. Michael Rooker, Maggie Cheung, Mark Dacascos et Franco Nero complètent la distribution.

Bob Morane

"Bob Morane contre tout chacal, l'aventurier contre tout guerrier!"

Là où Rahan s'est planté à cause de questions banales, Bob Morane tire sa révérence par malchance. "Quand l'épidémie du Sras s'est déclarée alors qu'on préparait Bob Morane, qu'on devait tourner en Asie, je n'air rien pu faire pour sauver le film." (3). Continuons avec Onimushua, adaptation du jeu phare de Capcom. "[Il] a été préparé au Japon quasiment jusqu’au moment de la construction des décors. Il se trouve que le producteur de ce film – Samuel Hadida, qui a fait tous mes films – était aussi le producteur de L'imaginarium du Docteur Parnassus (2009), de Terry Gilliam, au cours duquel est décédé l’acteur Heath Ledger. Au moment de sa mort, les compagnies d’assurance sont tombées sur Hadida et ils ne savaient pas encore si Gilliam arriverait à finir le film. (...) Tout est donc demeuré bloqué un certain temps, y compris les comptes de banque. J’étais en préparation pendant ce temps et lorsque nous avons appris la triste nouvelle, nous savions aussi que c’était cuit pour nous. Le film s’est écroulé sur lui-même et il a fallu sauver le soldat Parnassus alors que nous sommes restés dans la caserne." (5) Le Cavalier suédois, adaptation du roman de Leo Perutz, doit un temps se faire avec Vincent Cassel et produit par Thomas Langmann, mais ce dernier finit par lui refiler le reboot de Fantomas.

Fantomas

"Ce projet lui tenait à cœur et il a essayé de le monter plusieurs fois avec beaucoup de réalisateurs. Quand je suis arrivé sur le film, il avait déjà dépensé en développement plusieurs millions d’euros. Au départ, il voulait absolument que je fasse quelque chose qui rappelle un peu les adaptations de comic book qu’on connaît actuellement [Gans citait à l'époque Iron Man de Jon Favreau] (...) et très rapidement je me suis rendu compte que le naturel revenait au galop, qu’il avait envie de revenir aux adaptations avec Louis de Funès et que le film de comic book était quelque chose qu’il comprenait beaucoup moins que le côté farceur des films de de Funès des années 60. Comme je lui disais : d’une part, ce n’est pas ce que nous avions écrit et, d’autre part, Louis de Funès est mort et il n’y a et n’aura jamais personne pour le remplacer" (5). Le réalisateur renchérit en disant qu"un film, ça ne se monte pas simplement en débloquant de l’argent. Surtout dans le cas de films un peu hors normes, comme ceux que j’aime faire, il faut qu’une entente claire et profonde unisse tous les partenaires artistiques et financiers." (4) Un projet qui devait réunir Vincent Cassel et Jean Reno et qui est aujourd'hui purement annulé. A celui-là on peut rajouter l'adaptation de Dark Agnès de Robert E Howard, dont il parlait en 2011. Pas de doute que Christophe Gans pourrait mettre en scène les aventures sanglantes d'une héroïne issue de l'auteur de Conan le barbare. Mais encore faut-il lui en donner les moyens. En attendant, il est reparti sur son adaptation de 20 000 lieues sous les mers pour le compte de Pathé. En espérant que cette fois les planètes s'alignent une bonne fois pour toutes.

Agnès de Chastillon

  • Paul Verhoeven: dernières heures à Hollywood...

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Au début des années 90, Paul Verhoeven a tout pour lui. Il est un réalisateur hollandais ayant réussi à Hollywood, arrivant souvent à être un merveilleux poil à gratter par sa vision subversive, dégueulasse et sexuée. Sa relation avec Arnold Schwarzenegger est au beau fixe, Total Recall (1990) étant un succès. Ils espèrent même remettre le couvert avec une séquelle inspirée de Minority Report toujours écrit par Philip K Dick (1956). Les mutants de Mars auraient acquis le don de prédire les crimes et délits, don qu'une société compte exploiter. Schwarzy est peu convaincu, le projet tombe à l'eau et la nouvelle finira par être adaptée par Steven Spielberg en 2002. Popaul le violent et Arnie vont tout de même se retrouver le projet Crusade. Un scénario signé Walon Green, scénariste de La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969). Nous sommes en 1095 et le pape Urbain II lance les hostilités des croisades pour libérer Jérusalem des musulmans. Schwarzy doit incarner le voleur Hagen, réussissant à s'échapper par un miracle inventé (imaginez Jack Slater faisant croire que Léo Zeprout est vivant) et se lance dans l'armée aux côtés de l'escroc Ari. Un personnage qui est décrit comme changeant de religions à volonté. Le scénario évoque des scènes de viols, castrations, massacres, Hagen étant même attaché à l'intérieur d'un âne mort devant des hyènes qui ne demandent qu'à en faire leur quatre heures. 

L'ami Schwarzy aurait dû finir le film sur cette punchline bien craddingue: "Inspirez profondément et avec la puanteur de la mort dans le nez, allez dire à Dieu que vous avez restauré Son Royaume!" D'un côté, les croisés pillards et barbares, de l'autre des juifs et musulmans persécutés et victimes. La religion sied bien au Hollandais violent, lui qui travaillera des années sur une vision plus humaine du Christ, avant de finalement poser cela dans un livre (2015). D'autant plus qu'ici il doit dépeindre les dérives du christianisme. Gary Goldman est toutefois engagé pour lisser un peu le scénario. En plus de Schwarzy, Verhoeven se paye Jennifer Connelly, Charlton Heston, John Turturro et Gary Sinise pour un tournage en Espagne. Mais comme le Spider-man de Big Jim, Crusade est victime de la banqueroute de Carolco. Verhoeven demande trop (entre 125 et 170 millions de dollars), Schwarzy est trop payé... Le studio stoppe la production faute de trouver un accord entre le réalisateur, l'acteur et eux, réduisant à néant l'audace d'une telle entreprise, odyssée sanguinolente et sans merci. Du Restricted pur, où Popaul aurait pu aller encore plus loin que le monumental La chair et le sang (1985). Popaul se lancera également dans Dinosaur toujours avec Walon Green, où un mammifère suivait des dinosaures en voie de s'éteindre à cause d'un astéroïde.

Vous pensez au film du même nom produit par Disney en 2000? Cela tombe bien, puisqu'initialement c'est le studio qui devait produire le film, rechignant de payer 40 millions de dollars pour un récit "horrible et émouvant" selon le réalisateur (6). Il faut dire aussi que le Hollandais violent perd de sa superbe fin des années 90, dézingué par la critique et boudé par la public en à peine deux films (le polémique Showgirls et Starship troopers). Hollow man (2000), qu'il renie, ne fera qu'enfoncer le clou. Popaul essayera bien de revenir, mais Hollywood ne veut plus de lui, au grand dam de ses fans qui attendront six ans pour le revoir en pleine forme avec Black Book.

Allez à la semaine prochaine!


 * Propos issus de Mad Movies numéro 238 (février 2011).

** Propos issus de Tim Burton: Entretiens avec Mark Salisbury.

3 Propos tenus dans: http://www.telerama.fr/cinema/je-suis-un-cineaste-cinephile-qui-veut-faire-des-films-populaires-christophe-gans,108689.php

4 Propos issus de: http://filmmaker.over-blog.com/article-bob-morane-de-christophe-gans-62610518.html

5 Propos tenus dans: http://www.panorama-cinema.com/V2/article.php?categorie=1&id=364

6 Propos issus de Mad Movies numéro 287 (juillet-août 2015).

16 mars 2016

L'Epice au commencement

Les lecteurs croyant que ce dossier est une critique de Dune (1984), circulez il n'y a rien à voir. A vrai dire, la genèse du projet Dune est tellement fourmillante que passer directement à la critique du film de David Lynch n'aurait pas été très agréable à lire. Il était donc plus légitime d'en parler dans un dossier-cinéma digne de ce nom, d'autant que Dune reste un des films dont la production fut la plus explosive et a dû passé par différentes phases parfois douloureuses pour ses intervenants. Il s'agira également de développer l'après-film de Lynch, également pas mal en son genre.

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Affiche du documentaire Jodorowsky's Dune

Origines du projet

A l'origine, Dune est une saga littéraire de Frank Herbert débutée en 1965 et qui se poursuivra jusqu'au septième tome publié en 1985 (sans compter les opus post-thume). Une oeuvre réputée pour être inadaptable de par sa longueur et ses nombreuses descriptions. Une adaptation en un seul film de tout cet univers est quasiment impossible à dévoiler au cinéma. Pourtant, un seul semble y croire et même très sérieusement: un certain Alejandro Jodorowsky. Celui qui dénigre le cinéma de Steven Spielberg s'est mis à avoir une folie des grandeurs avec le projet Dune. A cette époque, Jodo est déjà connu pour ses films et notamment le western psychédélique El Topo (1970). A l'instar d'Eraserhead (le premier film de Lynch, ironie quand tu nous tiens) ou de The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman (1975), El Topo devient rapidement un phénomène en instaurant les Midnight Movies, ces films exploités dans de petites salles aux USA mais ayant eu un succès retentissant. Jodorowsky a alors la côte, réalise La montagne sacrée (1973) et va utiliser sa notoriété naissante pour le projet Dune en 1974. Quant à l'origine du projet, les dires divergent.

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Affiche pour commencer la production, faite à une époque où Douglas Trumbull était encore sur le projet.

Le livre Les plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund (2013) expose comme quoi Jodo aurait eu une sorte de "rêve éveillé", lui donnant envie de faire un film du livre. Il aurait lu toute la journée le livre avant d'appeler le producteur Michel Seydoux (grand-oncle de Léa et un des membres du conseil de surveillance de Pathé), qui avait distribué El topo et La montagne sacrée en France. Jodo parle d'une coproduction entre les USA et la France avec 10 millions de $ de budget (énormissime pour l'époque) et ils en auraient convenu à Los Angeles (*). La version de Seydoux est assez différente (**): "J'ai appelé Jodo pour lui proposer de faire un film avec moi. Il m'a répondu: 'Pourquoi pas?' et quand je lui ai demandé ce qu'il voulait, il m'a dit: 'Dune'. J'en ai donc acheté les droits pour 100 000 $ (...) Une forte somme à l'époque, mais pas grotesque vu le best-seller que c'était." Les deux cocos n'avaient pas lu le livre avant de conclure le marché, mais ils sont suffisament motivés pour convaincre Frank Herbert de leur céder les droits ("je crois que Frank Herbert a été séduit par l'originalité de notre tandem" dit Seydoux **). Douglas Trumbull, auréollé par le succès de 2001 (Stanley Kubrick, 1968), est approché par Jodo et Seydoux. Petit à petit, le trio ne s'entend pas. Jodo dira de Trumbull qu'il ne supportait pas "sa vanité, ses airs d'homme d'affaires et ses tarifs exhorbitants". Trumbull, quant à lui, dira que sa rencontre avec Moebius "lui [a] laissé des souvenirs inoubliables" (**).

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Concept-art de Chris Foss du Palais d'or.

Préparation en amont

Douglas Trumbull éjecté, Jodo contacte Dan O'Bannon, scénariste et surtout concepteur des SFX de Dark Star (John Carpenter, 1974). O'Bannon, chargé des effets-spéciaux, dit à Jodo assez rapidement qu'il faudra un storyboard complet. "Comme il ne savait pas bien ce qu'était un storyboard, je lui ai expliqué et ça l'a tellement emballé qu'il a décidé de faire celui de tout le film, plan par plan" dira le futur scénariste d'Alien (*). Pour le storyboard, ce sera Moebius aka Jean Giraud qui s'en chargera. Jodo est très enthousiaste et multiplie les compliments à la chaîne: "Moebius était un génie, dôté d'une rapidité étonnante. Je me suis lancé: 'Dessine un pantalon bouffant, ajoute des chaussures, mets lui une armure' et il travaillait aussi vite qu'un ordinateur et avec un talent fou (...) Giraud a réalisé 3000 dessins, tous merveilleux. Grâce à son talent, le script de Dune est un chef d'oeuvre. On dirait que les personnages sont vivants; on suit les mouvements de la caméra; on visualise le montage, les décors, les costumes..."  (**). Une bible selon les principaux intéressés qui n'aurait été imprimé qu'à douze exemplaires selon Seydoux et dont seulement deux auraient été conservé en dehors des studios (**).

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Jodo et Moebius accompagnés d'un garde Harkonnen.

A Moebius se rajoute dans un premier temps Chris Foss, illustrateur anglais s'étant occupé de livres d'Isaac Asimov et autres couvertures de romans de science-fiction. Encore une fois, Jodo se révèle enthousiaste au possible: "[il veut créer] des entités magiques, des véhicules vibrant comme des poissons qui nagent dans les profondeurs mythiques d'un océan dont ils tirent leur essence... Des bijoux, des animaux-machines, des mécanismes dotés d'une âme (...) Pas de cette science châtrée, gonflée d'impérialisme, de pillage, d'arrogance" *. HR Giger se rajoute également à l'entreprise, notamment en travaillant sur les Harkonnen. Il gardait un souvenir incroyable de sa première incursion dans le cinéma: "Jodorowsky m'a demandé de faire quelques dessins et j'avais toute liberté. C'était extraordinairement favorable à la créativité, comme si j'étais invité par un musée"  (*). Plus élogieux que ça, on ne peut pas faire mieux.

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Le Palais Harkonnen par HR Giger.

Musique maestro!

Assez rapidement, la musique devient un point central du projet. Virgin Records propose Mike Oldfield, auteur du Tubular Bells qui a rendu phare la musique de L'exorciste (William Friedkin, 1974), mais Jodo choisit les Pink Floyd! Le groupe avait déjà fait des bandes-originales de film pour More et La vallée de Barbet Schroeder (1969, 1972) et venait de signer Dark Side of the Moon (1973). Quant à la première rencontre, les avis divergent une nouvelle fois. Jodo dira qu'il aurait pété un câble en allant à leur studio à Abbey Road en les voyant en train de manger des hamburgers plutôt qu'à l'écouter. Roger Gilmour aurait alors rattrapé Jodo et s'excuse, avant que le réalisateur ne leur projette La montagne sacrée. Nick Mason, batteur du groupe, n'est en revanche pas du même avis: "Je n'ai jamais vu La montagne sacrée... Je n'ai aucun souvenir d'une réunion à Abbey Road, et nous mangions rarement un steak frites... Je n'ai jamais vu David courir après qui que ce soit pour faire des excuses, et nous n'aurions jamais traité quelqu'un de façon si cavalière, surtout si nous l'admirions, à moins qu'il ne s'agisse d'un inconnu entré par hasard comme un dingue". *

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Concept-art de Chris Foss.

Qui croire dans tout ça? On ne sait pas trop, mais Jodo dira ensuite que le groupe a "décidé de participer au projet... en produisant un double album intitulé Dune. Ils sont venus à Paris pour parler des aspects financiers et, après une discussion serrée, nous sommes arrivés à un accord: Pink Floyd ferait presque toute la musique" * Le groupe doit alors signer la partie concernant les Atréides. Il est alors dit que le groupe français Magma, plus agressif, s'occuperait des Harkonnen.

Casting d'anthologie

On pourrait croire qu'avec des noms prestigieux pour l'entourer dans la direction artistique, Jodo s'arrêterait. Il n'en est rien, sa folie des grandeurs allant jusqu'au casting. Brian Herbert, fils de l'auteur, annonce que Jodo se verrait bien dans le rôle du Duc Leto Atréides (joué par Jurgen Prochnow dans le film de Lynch pour vous donner une idée), Orson Welles serait le baron Harkonnen, David Carradine serait le Dr Kynes (Max von Sydow chez Lynch), Charlotte Rampling en Lady Jessica (Francesca Annis) et Brontis Jodorowsky doit jouer Paul (Kyle MacLachlan). Jodo fait entraîner des années durant son fils à divers arts du maniement et du combat. Rampling refuse le rôle, Carradine veut le rôle du Duc et Welles comme un certain Mick Jagger sont principalement des rumeurs, même si Jodo a convaincu le réalisateur de Citizen Kane par du vin et de bons dîners. * Mais Jodo n'y va pas de mains mortes pour le rôle de l'empereur Shaddam Corrino IV, puisqu'il veut ni plus, ni moins que Salvatore Dali. Il modifie d'ailleurs le personnage du roman. "Dans ma version, l'empereur est fou... il vit sur une planète artificielle en or (...) en symbiose avec un robot identique à lui-même. La ressemblance est telle que les sujets ne savent jamais s'ils sont en présence de l'homme ou de la machine" *

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Un vaisseau pirate par Chris Foss.

A entendre Jodo, on ne serait pas loin de Metropolis (Fritz Lang, 1927), où les ouvriers confondent la jeune femme et la machine ayant le même visage. Mais Dali se veut gourmant, très gourmant. Jodo lui parle de tournage de sept jours pour ses séquences et Dali exige 100 000 $ de l'heure. Une somme invraisemblable et qui le serait encore aujourd'hui. Même Amanda Lear, choisie pour incarner la princesse Irulan et muse du surréaliste, dira à Jodo que "Dali est comme un taxi; plus le temps passe, plus il est cher et... moins vous voulez payer" *. Jodo finira par trouver un compromis en réduisant son rôle à deux pages et Seydoux choisit de ne le payer que pour les plans importants, ce qui revient à trois minutes! Mais la descente continue avec les positions de Dali vis à vis de la dictatre chilienne de Pinochet. Jodo étant chilien, il voit cela d'un mauvais oeil et confirmant ce qu'il avait vu au tarot bien avant (Jodo est un grand amateur de tarot), il laisse tomber Dali. 

Dernier tour de manivelle

En octobre 1976, Frank Herbert finit par voir ce qui se passe à Paris: 2 millions dépensés et un travail qui relèverait d'un film de 14 heures sur les 180 minutes initialement prévues. Herbert se désiste et quand Seydoux et Jodo vont aux USA pour des soutiens supplémentaires, c'est la douche froide. "Sur les cinq studios que nous avons démarchés, deux nous ont juste dit: 'ça ne nous plaît pas, merci, au revoir' et les autres ont demandé plus d'explications. Bizarrement, c'est chez Walt Disney qu'ils étaient les plus proches de la compréhension. (ironique quand on voit certaines de leurs productions futures comme Tron ou le prochain Star Wars -NDB) Mais pour être honnête, ils ont tous cherché des excuses pour ne pas entrer dans le projet." **. Seydoux évoque alors qu'il était prêt à prendre en compte des éventuels dépassements de budget, mais la vision de Jodo pose trop de problèmes aux studios. Si les studios ne veulent pas se lancer dans l'aventure, c'est en grande partie pour le côté ingérable du réalisateur. Jodo se veut encore plus cynique évoquant que "cela ne s'est pas fait à cause des USA qui n'ont pas voulu donner le réseau de 2000 salles nécessaire pour rentrer dans les frais".

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Il évoque ensuite que Dune avait "30 ans d'avance" et qu'il était parti pour tourner au Sahara, ce qui au vue de la grande quantité de scènes sur la planète Dune (qui porte bien son nom) est tout à fait logique. ** Jodo en ressort mauvais, mais se console en disant que sa rencontre avec Moebius lui a permis de réaliser la bande-dessinée L'incal (1981-1989). Beaucoup y voient l'héritage du projet Dune dans cette bande-dessinée qui continue d'attirer l'attention, tout comme La caste des Méta-Barons (avec Juan Gimenez, 1992-2003). S'il y en a bien un autre qui vit mal la fin du projet, c'est bien Dan O'Bannon qui passera par un séjour en hôpital psychiatrique avant de rebondir avec Alien (Ridley Scott, 1979), où il retrouvera HR Giger et Moebius. 

Arrêt chez Dino de Laurentiis

Suite à la déconvenue Jodorowsky, Michel Seydoux finit par vendre les droits du livre à Dino de Laurentiis, intéressé depuis très longtemps par une possible adaptation. Seydoux dira ironiquement que "pendant une dizaine d'années, j'ai reçu des royalties permettant d'acheter quelques paquets de cigarettes" **. Le producteur italien, pas connu pour ses bonnes manières, engage Herbert lui-même en 1978, mais en voyant les 175 pages (qui aurait donné un film de trois heures environ), il refuse le scénario. Il engage alors Rudy Wurlitzer au scénario (scénariste de Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah), Ridley Scott à la réalisation et HG Giger toujours à la conception en 1979. Scott prévoit alors un dyptique mais claque assez rapidement la porte. "Après sept mois, j'ai abandonné Dune alors que Rury Wurlitzer avait ramené une première ébauche de script qui était une décente distillation du roman de Frank Herbert. Mais j'ai aussi réalisé que Dune allait donné beaucoup plus de travail que prévu- environ deux ans et demi. Et je n'avais pas le coeur à m'y attaquer à cause de la mort d'un cancer de mon frère Frank quand je préparais le film de De Laurentiis" dira Scott dans Ridley Scott: The Making of his movies

Dune

Affiche réalisée par Drew Struzan.

Le réalisateur anglais ira finalement réaliser Blade Runner, qui lui attira aussi son lot de galères. C'est alors que le producteur décide d'engager David Lynch en 1981. Il est auréollé de l'aura d'Eraserhead (1977) et d'Elephant man (1980), ce qui en fait un réalisateur aussi prestigieux que Scott. D'autant que le réalisateur a préféré Dune au Retour du jedi (il avait peur de n'être qu'un simple exécutant de George Lucas). Mais le réalisateur déchante vite face à un scénario qui doit être expéditif et laissant peu de place à un éventuel dyptique comme le voulait Scott (en fait, De Laurentiis voulait juste que le film marche pour ensuite enclencher le bouton suite). Un budget de 40 millions de $ est alloué, conséquent mais pas assez au vue de l'ampleur du projet; et surtout Lynch n'aura jamais le final cut. Ce sera la première et dernière fois que le réalisateur acceptera cela et pas rancunier, fera produire son film suivant, Blue Velvet (1986), par De Laurentiis. Universal veut ainsi un film de deux heures, alors que le premier montage en contient trois. De nouvelles scènes sont donc réalisées afin d'instaurer une continuité et d'aider le spectateur à la compréhension (au final, cela ne l'aidera pas plus que cela). Kyle MacLachlan (Paul Atréides) se voit quant à lui coincé par les éternels contrats à rallonge de de Laurentiis, à l'image d'un certain Arnold Schwarzenegger. Il est prévu qu'il joue encore dans des suites du film, Lynch se mettant à la tâche malgré les soucis de montage.

Dune

A sa sortie en 1984, le film est plus ou moins massacré. Parmi les anecdotes crousillantes, Cédric Délélée, journaliste de Mad Movies, évoquait en août 2013 sa séance de Dune (3). Il évoquait notamment que l'univers était tellement fouilli que des guides avec la chronologie, les personnages et l'univers décrits étaient donné avant les séances. L'éminent critique Roger Ebert disait à sa sortie que le film était "une excursion incompréhensible, laide, non structurée et vaine dans les recoins les plus sombres de l'un des scénarios les plus embrouillés de tous les temps" *. Ce n'est qu'un exemple des critiques néfastes au sujet du film. Jodo, à peine pas cynique, renchérit: "Quand je suis allé voir [le film], (...) j'étais vert de jalousie. Mais ensuite... ça m'a fait tellement plaisir que le film soit si mauvais! Du coup, je revivais! Parce que si David Lynch avait réussi Dune comme ses autres films, je n'aurais pas survécu" *. Mais l'air de rien, le film de Lynch gagne en estime au fil des années, devenant avec justice un film culte et une belle tentative d'approche du roman, malgré ses résumés barbares. Même Frank Herbert a fini par adouber le film. Au point qu'une version longue est produite pour le DVD, où Lynch (il n'aurait jamais dû faire Dune de son propre avis) est crédité comme Alan Smithee, pseudo pour les réalisateurs reniant leur film.

Critique de Dune de David Lynch: La guerre de "L'Epice"

Tentatives récentes 

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James McAvoy dans Les enfants de Dune.

En 2000, Dune débarque sur le petit écran pour une mini-série en trois épisodes. Produite par Sci Fi, pas réputé pour ses partenaires prestigieux (les dernières productions Asylum et Roger Corman viennent de là), la série permet de voir William Hurt en Duc Leto et Giancarlo Giannini en empereur. Fort du succès de la mini-série, Sci Fi remet le couvert avec la séquelle Les enfants de Dune où James McAvoy joue le fils de Paul Atreides et où l'on peut voir aussi Susan Sarandon. Ces séries de six épisodes au total sont disponibles en France, où leur intérêt fut bien moindre. D'autant plus que la suite ne se fera malheureusement pas pour le producteur Richard P Rubinstein. Comme à son habitude, Hollywood ne va pas tardé à se charger d'un possible remake avec Paramount en fer de lance. Problème: le réalisateur envisagé est loin d'être égal à Alejandro Jodorowsky et David Lynch, puisqu'il s'agit de Peter Berg. Un réalisateur encore capable de rechercher l'inspiration dans le travail des deux premiers, tant ses films sont pompeux (Battleship venait renifler sévèrement chez Transformers). Le réalisateur est néanmoins motivé: "Mon Dune sera différent de celui de David Lynch, qui se concentrait surtout sur la rivalité politique des maisons Harkonnen et Atréides pour le contrôle de l'Epice. S'il en sera toujours évidemment question, mon film sera une aventure épique, quelque chose d'audacieux, de violent, de musclé et aussi d'amusant. (...) Quelque chose dans le genre du Seigneur des anneaux, de Star Wars ou d'Indiana Jones, sans pour autant négliger les aspects shakespeariens du livre.4

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Concept-art du projet de remake.

A peine annoncé en 2007 et malgré des concept-arts plutôt prometteur (dire le contraire serait dégueulasse), Berg se désiste en octobre 2009 et ce malgré la rumeur persistante de Robert Pattinson pour le rôle de Paul Atreides (5). Neil Marshall (réalisateur de The Descent mais aussi du très mauvais Doomsday) et Neill Blomkamp (ressortant du succès surprise de District 9) sont pressentis, mais début 2010 c'est finalement Pierre Morel qui s'engage dans la galère, privilégiant ce projet à Rise of the planet of the apes (on l'en remercie). Sauf que cela est moins rassurant encore quand on sait que le frenchy a réalisé les lamentables mais très lucratifs Banlieue 13 (2004) et Taken (2008). Le frenchy fait également partie des réalisateurs de l'écurie Besson à s'être accomodé des gros studios comme Louis Letterier, là où un Alexandre Aja s'avère plus indépendant. Plus d'un an plus tard, même son de cloche: Morel jette l'éponge pour des questions de budget et Paramount voit rouge. 6 Le studio voyait en Dune un projet ambitieux qui devait être d'environ 175 millions de $. Pour une oeuvre pareille, cela s'avérait légitime, mais est-ce que cela en vaut la peine? Au final non, ce remake ne verra probablement jamais le jour, en tous cas pas chez Paramount à moins d'avoir racheté les droits depuis. Au vue de leur expérience, il semblerait que cela soit foutu et peut être tant mieux.

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 Concept art du projet de remake.

Après ces deux projets, le remake de Dune tombe dans l'oubli, preuve que le roman de Frank Herbert reste une véritable rencontre manquée entre l'un des plus grands romans de science-fiction du XXème siècle et le Cinéma.

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Jodorowsky's Dune: résurrection d'un film qui ne s'est jamais fait

Jodo's Dune

Diffusé à Cannes alors même que Jodo présentait La Danza de la realidad (son premier film depuis vingt-trois ans), Jodorowsky's Dune a mis bien du temps à sortir. La principale raison? La veuve de Moebius avait bloqué la diffusion du film suite à son passage à Cannes. Rien n'a filtré depuis, mais c'est surement un arrangement à l'amiable qui a permis au documentaire de sortir en France ce mercredi. Frank Pavish a bénéficié d'intervenants en or, que ce soit par les membres historiques du projet (Jodo et son fils Brontis, Seydoux, Foss, feu HR Giger, le producteur Jean Paul Gibon, Jean Pierre Vignau, Amanda Lear et Christian Vander de Magma) ou des connaisseurs du projet (le producteur Gary Kurtz, Diane O'Bannon veuve du scénariste-concepteur, les réalisateurs Richard Stanley et Nicolas Winding Refn ou des critiques). Le film s'aide également de nombreuses photos d'archives, montrant l'équipe au travail. Les interventions sont d'autant plus pertinantes qu'elles aident à cerner les intentions du projet. Jodo est fidèle à lui-même: il parle énormément et est sans tabou. C'est aussi ce qui fait plaisir à voir dans ce documentaire, où sa verve prend le dessus sur la plupart des intervenants. Il faut le voir parler de son projet comme d'un "prophète" ou piquer une crise au sujet de l'argent, en sortant des billets de banque! Manquerez plus qu'il brûle un de ses billets de 100 euros et on aurait eu droit à une séquence à la Gainsbarre.

Jodorowsky's Dune : Affiche

Une séquence délirante montre même le réalisateur s'arrêter de parler subitement pour récupérer son chat! Des personnages comme Jodo on n'en fait plus, alors assister à un tel show au cinéma donne une certaine saveur au film. Les autres intervenants impliqués sont plus précis, évoquant longuement leur implication. Seydoux signe même un des plus beaux fous-rires que provoque le film quand il aborde la question Dali. Trouvant infaisable la proposition de Dali, le producteur avait alors dit qu'il le payerait en minute importante. Trois minutes au final d'après les calculs de Jodo! Il est aussi intéressant de voir que le projet ne s'est pas fait à cause de sa durée. Jodo n'était pas prêt à faire de concession et c'est une des raisons pour laquelle il n'a pas eu les derniers financements qu'il voulait. C'est ce que soulève par exemple Gary Kurtz qui travaillait sur La guerre des étoiles à l'époque. Il est assez amusant de retrouver Stanley dans le film, étant donné que lui aussi a été témoin d'un naufrage artistique. Celui qu'il a subi sur L'île du docteur Moreau dans les années 90: viré par la New Line, avant de camper pas loin du tournage du film réalisé finalement par John Frankenheimer! On ne pouvait pas trouver oeil plus intéressant pour aborder la folie d'un créateur assistant au naufrage de son bébé. 

Dune (Chris Foss)

Concept-art de Chris Foss.

 

Il est magnifique de voir HR Giger parler de ses concept-arts, dévoilant ce qu'il voulait faire pour le palais Harkonnen. Ainsi il n'est pas étonnant que certains tableaux renvoient au xénomorphe d'Alien. Il évoque également la langue permettant aux vaisseaux d'entrer à l'intérieur du palais comme ces escaliers avec des lames sur les côtés. 36 000 façons de se faire tuer si on ne fait pas attention, les lames se refermant en cas de danger. Mais là où Pavich offre le plus beau cadeau du monde, c'est en dévoilant le fameux livre de Dune, composé des recherches graphiques de Giger, Ross et Moebius (grand absent du film) et du storyboard complet de ce dernier. Si tout n'est pas dévoilé, il est dommage (au cinéma tout du moins) de ne pas pouvoir faire un arrêt sur image sur chaque point de ce document inédit et jamais dévoilé en profondeur jusqu'à présent. Un bijou d'une précision folle à l'image de Jodo et son imagerie chilienne, tout comme Leto ressemble énormément à Blueberry. Mieux encore, le réalisateur de Santa Sangre évoque différentes scènes de son projet et Pavich s'est chargé de les animer. Un véritable bonheur permettant de comprendre définitivement où voulait en venir Jodo avec Dune. Il n'aurait jamais été fidèle au roman, il y va même de la punchline en disant qu'il a "violé Frank Herbert, mais (...) avec beaucoup d'amour!".

Leto (Moebius)

 

Leto Atréides par Moebius.

Preuve en est dans son final où Paul Atréides meurt, tout en renaissant à travers les habitants de Dune. De même, son père est un homme castré qui procréé avec une goutte de son sang, un "amour cosmique" comme le dit Jodo. Une manière comme une autre de donner une fois de plus un ton spirituel au film. Le thème de la mutilation reviendra aussi avec une séquence de torture, où le baron Harkonnen se fait un véritable plaisir à démembrer ce qui semble être Leto. Ce qui n'est pas sans anticiper les mutilations destructrices de Santa Sangre (1989). Le clou du spectacle est évidemment ce plan-séquence d'ouverture sur l'univers, où l'on finit par assister à une attaque d'un vaisseau pirate avant d'atteindre Dune. Une vision époustouflante et incroyable, preuve de la folie furieuse du projet et qui a depuis été reprise dans Contact de Robert Zemeckis (1997). Comme le dit Seydoux, il n'est pas étonnant que le livre de production a été conservé par les studios qu'ils ont visité, surtout quand on voit certains plans utilisés pour soutenir cette thèse. Pas forcément de la paranoïa, mais aussi une preuve qu'un projet infaisable peut mener à des choses concrètes. La semence donné à l'intérieur d'une femme a donné lieu à une scène d'Enter the void (Gaspar Noé, 2009). D'autres exemples sont cités comme Les aventuriers de l'arche perdue (Steven Spielberg, 1980) ou Terminator (James Cameron, 1984), même si l'on n'y croit pas forcément. Preuve que Dune reste un projet qui fait rêver aussi bien les fans de Jodo que les spectateurs fascinés par l'ambition d'un tel projet. Ce qui rend ce documentaire d'autant plus important.


Article initialement publié le 11 décembre 2013.


* Anecdotes et propos rapportées dans le livre Les plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund.

** Anecdotes et propos rapportées dans Mad Movies numéro 265.

3 Voir sur: http://www.mad-movies.com/Articles_L_HEURE_DES_REVISIONS_34_

4 Propos issus de Mad Movies numéro 294 (mars 2016).

5 http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Peter-Berg-abandonne-Dune-2094735

6 http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18602798.html

Autres sources: http://en.wikipedia.org/wiki/Dune_(film)

11 mars 2016

"Je vais t'offrir un monde aux mille et une horreurs..."

Un jeune homme déguisé en Père Noël raconte l'histoire d'Aladin...

Aladin

Il se peut que lors d'une soirée (si possible un anniversaire) on fasse des bêtises. Que dans le feu de l'action, on prenne la mauvaise décision. Cela peut passer par un mauvais choix de film. Alors quand vos meilleurs amis ont la bonne idée de vous faire voir Les nouvelles aventures d'Aladin (2015), non sans une once de cynisme (les petites canailles!), cela sent plutôt mauvais. Pour vous rassurez, ils ont tous fait la gueule pendant et après le visionnage. Donc voilà ce film que redoutait tant votre cher Borat, qu'il avait évité comme la peste (pas même une bande-annonce), même sauvé du nouveau sommet de Black M, jamais avare pour nous polluer les oreilles quand il n'est pas sur les routes. On évitera également de tirer sur l'ambulance Allociné, puisque le site de Webedia s'enfonce tout seul dans les eaux troubles du marketing putassier. Annonçons la couleur: Aladin est probablement le pire film français vu depuis très longtemps et ce n'est pas faute de trouver des candidats potentiels. Certes la phrase est bateau, vouée à être placardée sur les murs, pourtant elle résume parfaitement ce film. (attention spoilers) Le point de vue initial annonce la couleur, puisqu'Arthur Benzaquen décide de jouer la carte de la mise en abîme. On ne rentre pas directement dans le récit à Bagdad, mais de nos jours. On comprend assez rapidement les différents rôles de l'histoire.

Les Nouvelles aventures d'Aladin : Photo Kev Adams, William Lebghil

Kev Adams incarne le jeune sans le sou jouant les Pères Noël, alors qu'il dit à sa princesse (la ravissante Vanessa Guide, lueur d'espoir du film s'il y en a bien une) qu'il est dans la finance et William Lebghil est son pote dans les deux cas. Pas très difficile puisque c'était déjà le cas dans la série SODA. D'ailleurs, ce dernier joue quand même sérieusement mieux qu'Adams, même s'il a un rôle ingrat au possible. La mise en abîme ne sert strictement à rien, si ce n'est de changer l'histoire en plein cours dans ce qu'il y a de plus caricatural. Un enfant auquel il raconte l'histoire veut un changement? Le récit change automatiquement pour lui faire plaisir et la narration en pâtit, car on est sans cesse en train de revenir sur des points inintéressants. Ce qui donne une narration en dent de scie, où l'on s'arrête dans un film déjà pénible à suivre. On verra également vers la fin que le vizir (Jean Paul Rouve) n'est autre que le sous-fifre du sultan/patron Michel Blanc et Audrey Lamy la servante /soeur de l'héroïne. D'autant que le scénariste Daive Cohen change les noms du conte, tout comme l'avait fait les studios Disney en 1992 (hé oui, pas de Jasmine dans le conte des 1001 nuits), renforçant l'idée de faire une histoire à la sauce nawak. Pour ce qui est de la réalisation, on croit malheureusement plusieurs fois être devant un mauvais téléfilm de TF1, avec tout ce qu'il faut en problèmes de rythme. Pour preuve, le film s'enfonce continuellement dans l'effet "mauvaise blague qui dure". Quand une vanne est mauvaise, soit on l'étire jusqu'à plus soif, soit on la ressort continuellement au fil du film.

Les Nouvelles aventures d'Aladin : Photo Eric Judor, Kev Adams

C'est ainsi que Lebghil se retrouve à être insulté de gay ("t'es pas de la jaquette?") ou de "couilles molles" à longueur de scènes. Il est amusant de retrouver un langage aussi fleuri (en plus d'être vulgaire et pas drôle) dans un film s'adressant avant tout à un public familial. De là à dire que les enfants deviennent vulgaires à cause des films, il n'y a qu'un pas que Promouvoir pourrait accomplir. Dans l'optique de la parodie, le réalisateur enchaîne les fautes de goût tout le long du film, à commencer par les tapis tous volants. Ainsi, un plan aérien montre le titre, la caméra avançant jusqu'à taper dedans pour faire un effet gag. Sauf que ce n'est pas drôle et encore plus quand le plan est coupé subitement. Le réalisateur utilisera aussi des bruitages pour ne pas montrer Kev Adams en train de se battre avec une flopée de bonhommes, tout en dévoilant de temps en temps un cascadeur sauter par la fenêtre. Là non plus, si c'est pour faire rire, c'est pas gagné. On a surtout l'impression de voir un film sans le sou avec ce genre de scènes (ce qu'il n'est pas avec 15 millions d'euros de budget). Le film continue de s'enfoncer dans le ridicule avec un clip. Benzaquen trouvait surement cool non seulement de faire chanter Kev Adams, mais en plus de faire une scène sous forme de clip complet comme s'il était diffusé à la télévision. Vous vous souvenez du Rêve bleu? Jugez plutôt.

Insupportable à l'image de la chanson de Black M servant de générique de fin, qui aura au moins le mérite de faire chanter/rapper deux fois les mêmes paroles par Adams et le rappeur de Sexion D'assaut. A force de jouer la carte de parodie en fonçant tête baissée dans ce qu'il ne faut pas faire, Aladin consterne, ennuie et surtout fait pleurer de désespoir un spectateur qui n'en est plus à une couleuvre prêt. Il voudrait bien être Mission Cléopatre (2002), mais Benzaquen n'est pas un Nul. Cela atteint des sommets quand Jean Paul Rouve dit "je suis ton père" à Kev Adams. Quand Dieudonné dit "l'empire contre-attaque" dans le film de Chabat, c'est évident car le moment est propice et Alain Chabat insiste sur la pose (Dieudonné est de dos et on ne voit que son casque). Là c'est juste parce que c'est soi-disant branché et évidemment, il faut faire durer la vanne encore et toujours. Toujours dans cette optique, le passage "stop" entre les dunes. Cela ne marche pas, car on le voit venir et c'est tristement mauvais. Même la rare séquence de combat frontal est laide, jouant sur l'obscurité pour ne pas montrer que ce sont des cascadeurs et pas Adams et Lebghil.  Au mieux on retiendra les décors et les costumes, mais c'est bien pauvre. Quant aux acteurs, soit ils sont désespérants ou agaçants, soit ils sont des guests qui passent (une autre mode bien pénible) à l'image de La Fouine qui passe par la fenêtre. Même le pauvre Eric Judor fait de la peine en Génie de pacotille. (fin des spoilers)

Les Nouvelles aventures d'Aladin : Photo Vanessa Guide

Vanessa Guide, un petit rayon de soleil dans un sommet de médiocrité.

"Ce cauchemar bleu, c'est un voyage terrible. Je suis tombé trop bas, aller trop loin, je ne peux plus retourner d'où je viens..."