Cine Borat

27 juillet 2015

Cuvée Cornetto

Le 27 juillet 2005 (très mauvais été pour le blockbuster souvenez vous: Cuvée fort fort lointaine) sortait le navrant Mr and Mrs Smith (qui a surtout permis à Angie de piquer Bradounet, la vie, Chanel et le Pepsi à Jenny); Zig Zag (un film où un zèbre faisait des courses), Inside deep throat un documentaire sur Gorge profonde (l'art de l'éclectisme dans les sorties en salles!), La main de fer film culte de la Shaw Brothers que QT a repris pour Kill Bill; On arrive quand? un merveilleux film pour enfants avec Ice Cube; le film d'animation allemand Le monde fabuleux de Gaya et... Shaun of the dead. Soit un an et demi après sa sortie britannique et le buzz qui en a suivi. Un phénomène tardif en France qui se montrera également par une distribution catastrophique des films suivants d'Edgar Wright (que ce soit par Studio Canal ou Universal), mais qui connaîtra une adhésion par le DVD et par la suite le BR. Et la trilogie Cornetto ou Blood and Ice trilogy de devenir connue du grand public même français, s'attirant un public de fidèle qui, au contraire de pouvoir les voir décemment, se fera une joie de les voir en DVD. Pour les dix ans de la sortie française de Shaun of the dead, la Cave de Borat revient sur la trilogie culte en espérant que vous mangerez un bon Miko en lisant cette cuvée (attention possibles spoilers)!

  • Shaun of the dead (2004): Romero vous passe le bonjour

Shaun of the Dead : Affiche

Quand Edgar Wright se lance dans Shaun of the dead, il a déjà à son actif la série Spaced, sitcom de quatorze épisodes diffusée entre 1999 et 2001 sur Channel 4 (pas la dernière chaîne à découvrir des scénaristes) où il rencontre Simon Pegg et Nick Frost. La série met en scène deux paumés jouant les couples pour avoir un appartement. Dans quelques extraits vus, on pouvait déjà voir le style de Wright notamment ce fameux montage de différents plans sur un ton terriblement rapide et jouant sur des points particuliers. Une technique qu'il reprendra sur toute sa filmographie à des fins toujours plus délirantes. Sur Shaun of the dead, il l'utilisera pour présenter son personnage au quotidien: douche, lavage de dent, s'habiller, badge avec écrit Shaun dessus. Pas besoin de plus de présentation on y est! Mieux, le réalisateur nous prévient déjà de ce qu'il va arriver dès le générique. Les gens sont tellement dans une routine machinale qu'ils en finissent à faire inlassablement les mêmes gestes sans s'en rendre réellement compte. Wright joue alors sur une série de travellings qu'il aligne un par un: une caissière passant des articles, des gens attendant le bus et finissent par tous regarder leurs montres; le gamin qui fait des jongles et surtout ces gens dans une rue qui bougent étrangement.

Shaun of the Dead : Photo Edgar Wright, Nick Frost, Simon Pegg

Un petit Cornetto pour commencer la journée?

Pas besoin de plus pour montrer des zombies et surtout la cause: la routine les rend ainsi et ils finissent par devenir des gens vides assoiffés de chair humaine. Même au départ, on croit que Shaun va finir par le devenir: on le voit marcher comme un zombie avant que la caméra ne remonte sur son visage en train de bailler! Même dans ses activités, Shaun semble très machinal: il se brosse les dents, s'habille en tenue de travail, se pose sur le canapé, se casse, va chercher un cornetto dans un magasin en travelling et revenir tel quel. Si bien que lorsque les zombies seront bel et bien là dans la rue, il ne le remarquera même pas dans un travelling totalement identique. Le chaos est en ville qu'on ne le remarque même pas tant il est inhabituel. Shaun of the dead devient ensuite un mélange entre romcom et film de zombie. Le héros n'est rien d'autre qu'un employé d'un magasin de télévision qui est amoureux d'une fille qui l'a récemment quitté, car il ne changeait pas ses habitudes (on revient encore une fois à la routine). Il en est d'autant plus délirant que finalement ce ne soit pas Shaun qui devient mort-vivant mais son ami Ed. Le film ne parle pas vraiment d'amour mais d'une reconquête de la fille aimée dans un cadre pas possible.

Shaun of the Dead : Photo Edgar Wright, Kate Ashfield, Simon Pegg

Après tout, Will Smith a bien épouser Vivica A Fox en pleine invasion extraterrestre, alors pourquoi pas en pleine banlieue londonienne? Le cliché aurait voulu que l'invasion se passe à Londres comme 28 jours plus tard (et plus tard encore sa sequelle), mais Wright préfère planter son action dans la banlieue de Londres, là où vivent les gens plus modestes. D'où l'inévitable passage au pub bien loin de la classe du swiging london. Entretemps, Wright nous présente des héros qui connaissent la pop culture et sont à même d'affronter les zombies. Viser la tête, marcher lentement (alors même que la tendance du début des 2000's était de faire courir les zombies) pour ne pas attirer l'attention ou courir, tuer suite à une morsure ou se protéger contre (comme c'est le cas à la fin puisqu'Ed est attaché), défoncer des morts-vivants en balançant des vinyles (notamment Sade, tout un programme)... Mais évidemment la pop culture tient égaleent par le choix de certaines musiques. Contrairement à ce que peut faire parfois Quentin Tarantino en prenant un peu tout et n'importe quoi sur des scènes pas très conformes; Wright sait utiliser certaines chansons au bon moment et donner lieu à des instants purement cultes.

Shaun of the Dead : Photo Edgar Wright, Nick Frost, Simon Pegg

"Dubidubidu! -Ah ouh!"

Panic des Smith arrive à un moment amusant: Shaun zappe inlassablement et tombe sur toutes les informations parlant d'éventualités d'une invasion zombiesque dans Londres. Le héros a beau englobé les informations il ne retient rien pourtant on ne peut pas dire qu'il n'a pas été prévenu: le clip de la chanson est diffusé et tombe pile poil sur le refrain. "Panic on the street of London..." On ne peut pas faire plus clair. Don't stop me now arrive pile poil pour une scène de baston où nos héros essayent tant bien que mal de taper sur un mort-vivant avec des queues de billard! La chanson caractérise à la fois le zombie qui ne sent rien et continue d'avancer et nos héros continuant de taper sans le tuer. Enfin la seconde chanson phare de Queen du film You're my best friend prend tout son sens dans le final: Shaun n'a pu tuer Ed et garde son meilleur ami dans une cabane où il peut jouer avec. Ce sont les meilleurs amis.

  • Hot Fuzz (2007): Johnny Utah mon ami

Hot Fuzz : Affiche

Après le succès surprise de Shaun of the dead (qui aurait pu penser que ce petit film ferait un tel buzz au point d'acquérir un grand nombre de fans?), le trio Wright-Pegg-Frost aurait très bien pu revenir avec une suite de Shaun of the dead (imaginez une pastiche d'Evil dead 2 avec un journal pour Necronomicon!) mais non. Le trio est de retour dans un tout autre genre pour le second opus de ce qu'ils appeleront désormais la trilogie Cornetto (même si The world's end n'était pas encore prévu à cette époque). Après le film de zombies, le film d'action et plus précisément le copshow. Le film est très loin du film de potes et encore moins de la romcom (cet élément est inexistant du film, en dehors de l'adultère entre le dramaturge et l'actrice). Le personnage principal incarné par Simon Pegg n'a strictement rien à voir avec Shaun (et encore moins avec Gary de The world's end): Nicholas Angel est un flic pur et dur, machant son cure-dent inlassablement, respectant la loi et l'ordre si bien que... bah il est tout seul et personne ne veut faire équipe avec lui. Même sa petite copine (Cate Blanchett! En médecin-légiste!) ne semble pas être atristé par son départ imminent vers un trou paumé où la police agit peu.

Hot Fuzz : Photo Nick Frost, Simon Pegg

Le Cornetto matinal.

 

Le personnage de Nick Frost apparaît de manière cocasse: ivre, il est coffré par Angel alors qu'il s'apprêtait à conduire avant d'entrer en cellule de dégrisement comme si c'était une habitude (idem pour le cornetto acheté au même endroit à chaque fois), et pour cause il est flic! Et pas n'importe lequel: fils du commissaire! A partir de là, Wright commence à dévoiler des personnages tous plus cocasses les uns que les autres: un dramaturge qui fréquente son actrice; un patron de supérette un peu trop sympathique (Timothy Dalton éternel 007 mais aussi méchant fasciste de Rocketeer); des collègues entre le joyeux (Olivia Colman en uniforme plusieurs années avant Broadchurch) et le cynisme (Paddy Considine et Rafe Spall en parfaits connards, ce qui est jubilatoire); un journaliste trop fouineur; un géant mutique (Rory McCann le géant au visage cagneux de Game of thrones)... Hot fuzz n'en manque pas, pas même une oie tout sauf innofensive en pleine nature! Mais évidemment, il aurait été vite chiant de laisser un flic accro à son métier et ayant bien besoin de passer du verre d'eau à la bière dans un trou paumé sans qu'il ne se passe quelque chose. Et Wright de sortir le grand jeu pour son grand délire policier: imaginons que le trou doit être préservé de mauvaises herbes (Angel peut en être une) pour survivre avec communauté à l'appui (si possible de plus de cinquante ans) et prête à passer au meurtre quand il le faut.

Hot Fuzz : Photo

Au nom de l'oie (désolé).

 

Et évidemment, inutile de dire que les meurtres sont gouleyants au possible: têtes tranchées et corps littéralement écrasé. Wright shoote cela de manière grotesque notamment le journaliste écrasé filmé en plan large, histoire de savourer le plus possible un spectacle aussi juteux. Même la poursuite entre les deux flics et le possible tueur en pleine journée paraît grotesque: Pegg court inévitablement dans le vide face à un adversaire plus sportif et en vient à passer au dessus de barrières avant qu'une d'entre elles ne passe à la trappe (encore une scène de barrière après le trampoline dans Shaun of the dead). La pop culture est caractérisée ici par deux références en particulier et pour cause il s'agit de deux films adorés par le personnage de Nick Frost: Point Break de Kathryn Bigelow soit le film d'action par excellence des 90's avec personnage charismatique à l'appui (Patrick Swayze en l'occurrence) et Bad Boys 2 de Michael Bay qui devient ici un défouloir dans l'exubérance du final (ou quand une ville bien sous tout rapport devient un terrain de chasse entre vieux surarmés et flics bien contents de trouver une occupation!) et symbole aujourd'hui du nawak surexcité. Pas étonnant que l'affiche parodie plus ou moins une de celle du film de Michael Bay. En sachant que l'on peut voir Nicholas Angel comme une sorte d'Arme fatale, les envies de suicide en moins.

Hot Fuzz : Photo Simon Pegg

Les armes fatales.

Le titre du film est lui-même un hommage au film d'action des 80's-90's selon son réalisateur, souvent synonyme de titres à deux mots: Lethal Weapon, Bad Boys, Point Break, Demolition Man, True Lies en sont bien la preuve. Le film souffre parfois de baisses de rythme (notamment au milieu où passé le premier meurtre, le temps peut paraître long), mais ce serait oublier le plaisir de savourer un film d'action cocasse, renvoyant à un cinéma d'antan que l'on bien du mal à retrouver de nos jours.

  • The world's end (2013): Nostalgia critic

Après Scott Pilgrim vs the world (première grosse production d'Edgar Wright), Edgar Wright décide de conclure sa trilogie Cornetto en l'honneur de son producteur qui venait alors de découvrir qu'il avait un cancer plutôt que de mettre en route Ant Man (lui en prendra). Le réalisateur avait un premier script nommé Crawl sur des jeunes faisant la tournée des bars. Il reprendra l'idée de base pour ce qui deviendra The World's end. Après leur pelrinage aux USA avec le pauvret Paul, le duo Simon Pegg-Nick Frost s'attèle avec le réalisateur à ce dernier opus de la Blood and Ice Trilogy.  The World's end apparaît rapidement comme un cru plus particulier: là où ses aînés étaient plus parodiques dans leur teneur, ce troisième volet se veut pour le moins nostalgique et ce sur plusieurs éléments. Même si certains ne semblent pas penser la même chose sur le coup, il faut bien dire que tous les personnages souffrent du passé. Gary est un poivrot sans le sou, mentant pour arriver à ses fins et paralysé dans un passé finalement très lointain. Il a beau être l'élément déclencheur de ce tour des pubs, il n'en reste pas moins qu'il souffre le plus dans ce défi, revenant systématiquement à cette même idée inassouvie de faire tous les pubs. Mais au final qu'en reste-il? Pas grand chose comme le confirme le final puisque le personnage revient automatiquement à la même chose: continuer inlassablement à faire les pubs du monde entier.

Le Dernier pub avant la fin du monde : Photo Eddie Marsan, Martin Freeman, Nick Frost, Paddy Considine, Rosamund Pike

"Qu'est-ce qu'il y a? -T'as pas vu qu'il y a un homme fourmi qui se bat avec un machin jaune? -Je crois qu'on s'est trompé de film..."

La chanson I'm free n'est pas choisi pour rien par Gary: "Je suis libre de faire ce que je veux" dit le refrain. Gary est libre mais aussi seul et ne change pas. Le fait d'inviter ses vieux amis ne changera finalement pas grand chose comme le confirme le final. Le personnage de Nick Frost a refoulé son passé au point de ne plus accepter qui il était: un bon-vivant qui s'ignore. Celui de Paddy Considine est aussi bien particulier: il a beau avoir réussi sa vie en tant qu'architecte, il n'en reste pas moins seul suite à un divorce. Surtout il est toujours rattaché à l'idée qu'il a raté sa chance avec Rosamund Pike (la seule fille du groupe) soeur de Martin Freeman et une fois vu cherche automatiquement à la séduire. Quant à Eddie Marsan, il incarne l'exemple typique du bon ami qui vous aidera toujours et n'ayant pas réussi à sortir du giron de papa. Le personnage de Martin Freeman est un peu à part, le seul que l'on peut qualifier d'embourgeoisé. Ils symbolisent pour la plupart un temps passé où la nostalgie revient comme un leitmotiv et ne pouvant s'en échapper. La bande-annonce vendait un film fun mais il en est finalement autrement. C'est un film sur la mélancolie où l'on se rappelle de souvenirs d'enfance autour d'une tournée des bars initiée durant l'adolescence.

Le Dernier pub avant la fin du monde : Photo Eddie Marsan, Martin Freeman, Nick Frost, Paddy Considine, Simon Pegg

Finalement, le fait de ne jamais l'avoir fini n'est pas si dommageable: cette aventure permet l'air de rien de remettre sur selle une bande qui ne s'était plus vu depuis des années, même les plus sobres. Wright change à nouveau de registre avec ce cru, s'intéressant cette fois à la science-fiction et particulièrement à Invasion of the Body Snatchers plus connus chez nous comme profanateurs de sépultures. Le réalisateur revient sur le roman comme ses adaptations avec des robots aliens venant à prendre la place de vraies personnes mais surtout en gommant les imperfections. Certains en viennent même à avoir une forme idéalisée comme les jumelles de la boîte de nuit, montrées sur leur jour adolescent ou sur un air familier comme Pierce Brosnan qui n'a pas vieilli entre les années 90 et 2010. Malgré le fun des scènes de baston qu'Edgar Wright emballe avec une redoutable efficacité (on voit qu'il y a eu l'impressionnant Scott Pilgrim vs the world et cela se voit notamment dans les chorégraphies de combats), cette partie arrive un peu tard comme si nous avions parfois deux films en un. Un peu dommage car la meilleure partie n'est pas forcément celle des Body Snatchers (ce qui est toujours mieux comme adaptation que le pitoyable Invasion). Après la routine et l'ennui, Wright termine sa trilogie sur la nostalgie.

Tout ne survit pas mais pas le Cornetto!

The World's end est peut être moins bon que ses aînés (probablement à cause du fun mais aussi mieux maîtrisé sur la longueur), mais il n'en reste pas moins une pièce maîtresse dans la Trilogie Cornetto. Elle termine avec nostalgie et tristesse cette partie de la vie de ses auteurs. Edgar Wright a eu les appels d'Hollywood en bien (Scott Pilgrim, Tintin) comme en mal (Ant Man); Simon Pegg est devenu Scotty et Nick Frost est peut être moins prisé mais il a fait un tango avec Ann Perkins (les vrais savent). Les trois partent désormais vers d'autres horizons en vue de manger d'autres Cornetto voire de passer au Magnum. Allez à la semaine prochaine!


22 juillet 2015

Cuvée SNL #2

La Cave de Borat est déjà revenue il y a quelques mois sur les quarante ans du Saturday Night Live en faisant notamment une historique de cette anthologie de l'humour ricain. La saison 2014-2015 fut particulièrement chargée en guests impayables et en sketchs de qualité. Je vous avais déjà montré plusieurs en provenance de la soirée anniversaire, mais autant dire qu'il en reste encore beaucoup à dévoiler. La Cave de Borat laisse donc place à une nouvelle cuvée sur le SNL et autant dire que vous allez voir du grandiose. Je vais commencer certainement par le meilleur sketch de cette année: Neurotology. Diffusé lors du passage de Michael Keaton, l'acteur ne fut pas présent dans ce sketch et c'est bien dommage car il aurait été un guest monumental. Le début est digne d'un found footage: on a retrouvé une vidéo datant de 1990 et servant à la Neurotology. Tout y est jusqu'aux rayures de nos bonnes vieilles VHS qui font aussi tout leur charme et ne parlons même pas des looks venant de l'autre siècle. Mais là où on pourrait croire que tout ceci est une immense vanne de found-footage, le SNL se veut plus directe et fusille la Scientologie en place publique (on est sur NBC, soit la chaîne network par excellence, même pas l'excuse de la télévision payante) avec une vidéo reprenant quasiment plan par plan des images d'un spot de la secte de l'ami Tom datant de la même année.

L'originale.

On ne sait pas trop pourquoi le SNL s'est emparé de la vidéo seulement maintenant, mais preuve en est que le sketch est absolument saisissant prouvant aussi l'intelligence de ses auteurs. Le fondateur qui fait le guignol devant une caméra; des images de gens dans la rue; la chanson entraînante (bah oui sinon ce serait moins addictif); le logo de la secte bien mis en évidence par des néons; le mec regardant vers le ciel (ou plutôt le logo); le symbole aussi bien mis en évidence; le groupe avec des bougies avant de faire la chorale; les manifestations avec le drapeau américain bien agité; les manifestations; les gens allant au séminaire de la secte comme s'ils allaient à la fac; les gens rigolant en pleine discussion; les exploits de certains sportifs scientologues; les conférences où on a décerne des prix douteux; les plans sur le bateau; le coucher de soleil... Tout est modifié mais tout ces plans sont dans les deux vidéos... à la différence qu'au SNL c'est pour un sketch. Là est la différence violente de ce sketch qui dénonce en prenant les mêmes arguments que la vraie secte. Mais les auteurs vont plus loin en mettant en plus des indications concernant ce que sont devenus les différents larons présents dans le sketch.

La parodie.

Partis; jeté d'un bateau; enfermés dans des prisons spéciales (!); des punching-ball humains (ce qui est malheureusement vrai dans la scientologie); disparus quand ce n'est pas laissés pour mort; auteurs de livres dézinguant la secte; lavage de cerveau spectaculaire; ne voient plus leurs familles... Les plus drôles étant celui qui a quitté la secte après avoir taper le nom de la secte sur Google et celui qui a échangé justement pour la scientologie! Derrière l'absurde, il y a surtout une grande forme de cynisme qui fait sérieusement grincer des dents. Le genre de sketch nécessaire. Le 28 septembre dernier, le SNL accueillait Chris Pratt, le mythique Andy Dwyer de la série Parks and recreation devenu superstar du jour au lendemain avec le succès des Gardiens de la galaxie et désormais de Jurassic World. L'occasion pour l'acteur, dont les talents de comique ne sont plus à déterminer (il suffit de voir justement la sitcom précitée pour s'en rendre compte) de parodier les Gardiens et notamment le point de vue initial. Les Gardiens n'avait rien d'une partie de plaisir et grâce à une campagne marketing aux petits oignons, le film a été le plus gros succès de l'an dernier au box-office us, balayant même son poto Captain America. Entretemps, cela a permis à d'autres héros peut être moins simples à adapter d'être annoncé dans des films à venir comme ce sera le cas avec Black Panther ou Captain Marvel.

L'occasion pour le SNL d'y aller franco avec la nouvelle star de Marvel afin de trouver des concepts tous plus acadabrantesques possible, le tout en reprenant la scène où les cocos se rassemblent dans le couloir. Voici donc venir Les créatures du cosmos (un patissier, un basketteur, un muppet et une chaise!), Bus people (avec Chris Pratt comme chauffeur, semblant toujours rester dans la connerie d'Andy Dwyer!), Pam (où Aidy Bryant se fait plaisir pour un film qui va rapporter 3 milliards de $!) et sa suite à la neige (The Winter Pam!), Fancy Ghosts ou encore Some shopping carts (avec des caddies comme héros principaux). Sans compter une merveilleuse version Marvel de Star Wars avec... Chris Pratt en Leia! Le SNL a souvent repris des bandes-annonces et notamment celles des films à la mode. Nos étoiles contraires n'a pas manqué son coche le 5 octobre dernier. Avec l'hôte Sarah Silverman (qui n'en revient toujours pas d'avoir coucher avec Matt Damon, les vrais comprendront) et Taran Killam nous voilà devant une séquelle du Love story des années 2010 (ce qui n'est pas un compliment) mais avec une patiente atteinte de l'Ebola! Hé oui, l'actualité étant, le SNL a pris l'Ebola alors très préoccupante dans des pays européens et aux USA au moment de la diffusion du sketch.

Le même concept de film mais pas la même réception, le mec faisant tout pour se séparer de sa nouvelle copine fortement contagieuse. Les gags s'accumulent (à l'image de ce moment où ils sont sur l'herbe mais à plusieurs mètres!), le plus percutant restant celui de la première fois. Dans le même genre en compagnie de l'ancien du SNL Bill Hader, l'émission s'est frotté aux épiques young adult movies avec The Group Hopper, adapté d'une micro-séquence d'un trailer d'Hunger Games par le réalisateur de The Maze Runner, le producteur de Divergent et un fan de The Giver! Dès lors, le film accumule les clichés avec un concept basé sur The Maze Runner (un mur, plein de gens mais personne ne veut trouver la sortie!), un peu d'Hunger Games (Bill Hader magnifié comme Elizabeth Banks dans la série de films, ce qui vaut son pesant de cacahuètes, avec gardes identiques) et de Divergent (différentes sections). A l'immage des young adult movies dont toutes les séries de romans se ressemblent et ne sont pensés que comme des vaches à lait que l'on peut traître jusqu'à plus soif. A l'occasion de la sortie de l'avant-dernier Hunger Games (en novembre ce sera enfin fini, mais sachez qu'on va encore bouffer du Maze Runner et du Divergent! Borat annonciateur de mauvaises nouvelles), le SNL accueillait Woody Harrelson.

L'occasion pour l'ami Woody de reprendre Blank Space de Taylor Swift mais à sa manière bien entendu. Il introduit notamment la chose en disant qu'à cette époque (1989 donc) il connaissait bien la drogue! L'occasion de parler de Michael Keaton, de bonne picolle, de Margaret Thatcher et évidemment de cocaïne avant d'être réjoint par ses camarades de Hunger Games Liam Hemsworth, Josh Hutcherson (l'occasion de dire qu'ils n'étaient pas nés en 1989!) et bien sûr Jennifer Lawrence (qui devient Taylor Swift aux yeux de Woody, décidément la coke c'était fun en 1989!). Pour son épisode de noël, le SNL accueillait Amy Adams l'occasion pour Pete Davidson de faire sa déclaration à la belle Lois Lane. Vous vous souvenez de la scène où Andrew Lincoln faisait sa déclaration d'amour à Keira Knightley dans Love Actually avant d'aller tirer sur quelques zombies? Imaginez la scène étirée jusqu'à plus soif pour notre plus grande rigolade à base de pancartes, de chanson de noël, de squelettes, de révélations tonitruantes et même d'hot dogs pour petits et grands. Quelques semaines après les attentats de Charlie Hebdo, le SNL était revenu de manière humoristique sur l'organisation terroriste Isis. La vidéo met en scène Taran Killam et Dakota Johnson en père et fille, le premier déposant la seconde comme si elle allait dans le bâtiment de Mr Grey. Sauf qu'elle s'engage dans Isis.

De l'humour noir qui fonctionne car bien mis en scène à l'image du sketch Neurotology. D'autant que jusqu'à l'arrivée des terroristes, le sketch joue mémorablement sur les clichés des drames avec le père laissant partir sa fille avec la musique dramatique qui va avec. Avoir une jolie actrice en hôte permet de faire des folies. Dakota Johnson incarne Cendrillon, Killam le Prince et Cecily Strong se retrouve dans le rôle d'une amie semblant sortir du caniveau avec la veste du jogging, la clope au bec et les cheveux dégueulasses! On ne pouvait pas faire pire comme rencontre entre Cendrillon et le Prince Charmant. Et puis au moins ici la fille de Melanie Griffith et Don Johnson ne mordille pas son foutu crayon à la con! Le passage de Chris Hemsworth au SNL aura permis de voir des qualités comiques peu vues jusqu'à présent et pourraient bien l'aider en secrétaire des nouveaux Ghostbusters. On se souvient tous avoir vu une fois un acteur faire de la publicité pour American Express, Robert De Niro en tête. Chris Hemsworth se retrouve lui aussi dans ce rôle, sortant d'un taxi, allant dans un studio de cinéma... tout cela de manière cool et posée et le tout avec voix-off. Mais la voix-off recelle de belles perles comme un muscle trop gros, qu'il aime bien les millions de $ et une anecdote cruciale sur son pénis, enchaînant avec un regard gourmand et croquant des familles pour le moins jubilatoire.

Il y a évidemment le sketch Dolce and Gabbana avec deux actrices pornographiques jouées par Vanessa Bayer et Cecily Strong faisant la promo de nouveaux parfums merveilleux, dont la nature doit être forcément agréable à sentir. Et à sortir pour toutes les bonnes occasions comme les disparitions, les funérailles et évidemment des tournages de films porno (indéniablement!). Puis vient le Dom Juan du trou obscur (je vous traduit, vous voyez comme je suis un ange? -NDB) avec chemise dégueulasse, muscles bien visibles, short merveilleusement blanc et une trotinette pour véhicule. L'amant de vos nuits et en plus son entre-jambe parle espagnol! A l'image de Chris Pratt, Chris Hemsworth est aussi revenu à Thor. Bien loin du personnage sérieux que l'on a l'habitude de voir, Thor se révèle déconnard, balançant un beau "we are the champions!" aux infos d'Action News, avant l'arrivée de Taran Killam en Iron Man, de Pete Davidson en Bruce Banner, de Jay Pharoah en Nick Fury et Beck Bennett en Captain America. Le tout avec toujours Hemsworth dans les parages pour dire une petite connerie de temps en temps. L'apparition de The Rock le 29 mars dernier valait également son pesant de cacahuètes. Imaginez les détracteurs de Barack Obama dans une même salle et que soudainement le président des Etats-Unis devenait The Rock dans un élément hulkesque.

 

Ce serait assez drôle de voir notre président devenir un acteur bien baraqué, mais bon on a un peu de mal avec ça en France aussi. L'occasion de dégommer du détracteur par la fenêtre, par les mains (avec un merveilleux break) ou par la porte! Sans compter Michelle Obama qui pète elle aussi un câble avec son jardin saccagé. Encore un grand moment de poésie. Mais indéniablement le sketch le plus drôle en sa présence fut celui de Bambi. La même semaine les fous de chez Disney avaient annoncé coup sur coup les remakes live de Mulan et Winnie l'ourson. Le sketch n'en était que plus visionnaire à l'image du sketch sur Black Widow anticipant la sinistre bande-annonce de Supergirl. Voici donc Bambi adulte sous les traits de The Rock prêt à buter du chasseurs cigare dans la bouche et pistolet dans les mains! On a même droit au trauma de la mère morte avec des flashbacks et la tombe. Il est bien sûr accompagné de Panpan (aka Vin Diesel dans toute sa splendeur aka Taran Killam), Fleur (aka Tyrese "whou!" Gibson aka Jay Pharoah) et Féline (aka Michelle Rodriguez aka Cecily Strong). Bizarrement on aurait presque envie de voir ce Bambi terriblement fendard et nanar au possible. Même Disney ne pourrait pas faire mieux (ou pire c'est selon). Et si en plus il y a une chanson de Ludacris...

On retiendra également de The Rock ce merveilleux monologue d'entrée. Bien entouré des comiques féminines du show, The Rock laisse un message aux producteurs hollywoodiens: pas besoin de cgi, The Rock est le viagra des franchises (GI Joe et Fast and furious en sont la preuve), capable de jouer dans Zero dark thirty 2, Avatar 2, Frozen 2, le nouveau Batman, Le septième sens, 50 nuances de Grey 2, Les huit samouraïs, Sister Act 3 ou encore Toy Story 4! Big Jim si tu le veux dans Avatar 2, il se peindra les fesses directement en bleu! En soi, c'est déjà un peu le cas vu qu'il sera le nouveau Jack Burton... Je terminerais cette cuvée sur le sketch Connectatron avec Taraji P Henson. Grosse parodie des sentaï mais aussi de la série Voltron, le sketch nous dévoile Killam en ranger rouge, Strong en ranger rose (bah oui c'est une fille!), Pharoah en ranger bleu (bah oui le héros n'est jamais afro-américain!), Bobby Moynihan en ranger jaune et... Henson en ranger noire (that's racist!). L'occasion de taper sur le racisme ridicule présent dans la plupart des sentaï ressortant à la sauce ricaine (Saban je te juge!). Le tout dans des décors sur fonds verts ou en carton et des adversaires ridicules à l'image de ce mélange entre Godzilla et un requin! Allez à la semaine prochaine!

18 juillet 2015

Dessine-moi un mouton

Une petite fille rencontre un aviateur lui racontant alors l'histoire d'un petit prince...

Le Petit Prince : Affiche

Faire une adaptation du Petit Prince est en soi un projet ambitieux, le roman d'Antoine de Saint Exupéry étant non seulement lu partout dans le monde mais est surtout un des romans les plus appréciés. Beaucoup s'y sont frottés au fil des décennies notamment Orson Welles qui avait vu son traitement rejeté par Disney ou le film de Stanley Donen (1974) avec Bob Fosse en Serpent et Gene Wilder en Renard qui est assez peu connu. Durant neuf ans, les producteurs Dimitri Rassam et Aton Soumache se sont mis en tête de produire une adaptation. Paramount ayant les droits, les producteurs doivent s'associer à la major pour concrétiser leur projet et avoir ainsi une distribution internationale. Le choix est tout de suite fait de produire en animation, des tests sur des scénettes en série seront faits avant de passer directement à un long- métrage. Mark Osborne, réalisateur de Kung Fu Panda, finit par réaliser le film avec un budget d'un peu plus de 81 millions de $ sous l'impulsion française. Le réalisateur pose directement ses marques en imposant un film massivement en images de synthèse et dont les séquences liées directement au Petit Prince sont en stop-motion.

Le Petit Prince : Photo

Et c'est là où le projet commence à poser problème: Le Petit Prince porte très mal son nom puisqu'il n'est pas une adaptation du roman de Saint Exupery. Seulement quinze minutes sont issues du roman (les producteurs jugeant le roman trop court à adapter), le reste étant une fiction autour du Petit Prince et utilisant des métaphores pour le lier. Le titre est en soi très mensonger et induit en erreur le spectateur qui s'attend peut être à une adaptation fidèle du roman. Un titre comme "Le Petit Prince et moi" aussi raccoleur soit-il aurait déjà été bien plus logique que celui finalement donné. Au mieux, le film donnera envie à des spectateurs l'ayant vu de se lancer dans le roman, au pire un film opportuniste de par son titre et qui aurait mérité un autre bien plus légitime. Car si on ne prend pas en compte ce titre improbable, le film est vraiment de qualité d'autant que l'on parle d'une production made in France malgré qu'elle soit dirigée par un américain. A l'heure où les minions font un carton aussi improbable que frenchy, Le Petit Prince mérite une attention notable de par son ambition. Le fait d'opter pour deux formes d'animation est déjà une belle initiative, d'autant qu'elles sont à la hauteur. Les images de synthèse sont à la hauteur d'un projet de cette envergure et impressionne bien plus que les cartoons d'Imagination.

Le Petit Prince : Photo

La stop-motion réussi à donner vie au vrai Petit Prince celui que l'on attend d'un film baptisé ainsi. Le procédé est ambitieux, alignant les petites prouesses, notamment les textiles furent compliqués à animer notamment le foulard du Petit Prince. Le fait de différencier les deux histoires par un procédé différent est une très bonne idée, puisque permet de différencier les univers et proposer un point de vue visuel intéressant. Tout ce qui est adapté du Petit Prince transpire la poésie d'Antoine de Saint Exupéry, de par ses graphismes (encore une fois de la stop-motion, donnant lieu à une minutie du détail remarquable) et le fond (celui qui découvre le récit du Petit Prince en aura pour son argent). Mais mieux encore c'est la fiction qui en découle qui fascine. Le roman de Saint Exupéry n'existe pas dans le monde où vit la petite fille. Par ailleurs, il est bon de noter qu'aucun des personnages n'a de nom bien spécifique: on a la petite fille, sa mère, l'aviateur, le policier... Comme pour donner un ton universel qui peut parler à tout le monde. Le Petit Prince lui est dévoilé petit à petit par un aviateur (celui que l'on peut voir dans le roman, que l'on peut voir également comme une version vieillissante de ce qu'aurait été Antoine de Saint Exupéry) permettant une mise en abîme où il raconte à la petite sa rencontre avec le Petit Prince et qui il est (d'où la partie en stop-motion).

Le Petit Prince : Photo

Le monde que nous dévoile Mark Osborne est calculé à la seconde prêt (plusieurs plans vus de haut montrent des quartiers identiques où les carrefours montrent des voitures avançant machinalement, comme l'intérieur d'une montre), voire très sombre. (attention spoilers) Certains personnages présents dans le roman se matérialisent en pleine ville et l'Homme d'affaires de devenir un voleur d'étoiles. Ces mêmes étoiles qui éclairent le monde. Par là, il se permet de faire travailler toujours plus ses employés, l'absence de lumières ne donnant pas d'heures précises. Ils peuvent travailler encore et encore afin de faire de l'argent. Une métaphore pour le moins osée pour un film d'animation surtout visant un public large au même titre que Inside out. De même ce travail à la chaîne et terriblement mécanique (on pense aux Temps modernes, Chaplin étant remplacé par une petite fille de neuf ans; mais aussi à Tati) renvoie à l'emploi du temps millimétré de la petite par sa mère. Ce qui n'est pas dans ce moule ou tient de l'imagination est automatiquement synonyme d'exclusion. L'aviateur en est la preuve regardé de haut par ses voisins comme la petite sortant du lot. Au final, Le Petit Prince est une ôde à l'émerveillement et à l'imagination, plus qu'une adaptation directe. (fin des spoilers) Hans Zimmer signe un score agréable bien loin de ses broom et autres bruits pénibles qui parsèment les trois quarts de ses ost. Le casting de voix françaises est plutôt réussie surtout avec des acteurs aussi hétéroclite (on passe de Florence Foresti à André Dussolier!).

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Au détriment d'être une réelle adaptation, Le Petit Prince est un superbe film mélangeant habillement deux formes d'animation à travers deux récits qui se rejoignent.

16 juillet 2015

Ash revient à Halloween

Depuis plusieurs années, Sam Raimi laisse un arrière goût désagréable sur son chemin. Il produit n'importe quoi (quand ce n'est pas la grotesque série Spartacus, c'est un remake de Poltergeist qui n'intéresse vraisemblablement personne) et quand il réalise on a du mal à le retrouver (son Oz complètement vide et un visuel finalement trop artificiel), le tout entrecoupé de projets qui se feront sans lui (Spider-man 4 changé en reboot; son Jack Ryan devenant The Ryan Initiative; Warcraft finissant entre les mains de Duncan Jones). Mais là où le bat blesse le plus ce fut avec le remake de son premier film qu'il produit. Quand Fede Alvarez ne reprend pas des éléments de l'original à sa sauce (on est dans un remake rappelons-le), il fait dans le gore poisseux le plus total (on retiendra néanmoins l'affrontement entre l'héroïne et le démon matérialisé, beau moment de rigolade salace). Le problème étant le manque total d'humour noir qui faisait la chair de la trilogie initiale, notamment en accompagnant les déboires toujours plus affreux d'Ash (tuer sa copine, perdre ses amis, devenir fou, se couper la main...). Dès le début (qui cherche à tout prix à expliquer pourquoi le démon existe), ce sera terriblement sérieux et ce ne sont pas les personnages clichés et des acteurs peu concernés (la fille camée, le frère en cuir, sa copine blonde pas pour rien, le binoclard qui a toujours tord de se taire et la doctoresse qui sait tout sur tout) qui vont changer le triste constat d'un remake inutile et peu intéressant.

Ash vs. Evil Dead : Affiche

Mais pire encore, ce projet fort lucratif permet à Raimi de revenir directement aux sources et de produire enfin son Evil Dead 4 sous forme de série. En gros, le succès du remake a financé la vraie suite que tout le monde attendait, prenant le spectateur pour un beau pigeon. Alvarez espérait faire une suite à son remake, il ira ronger son frein. Mais finalement et si revenir pour la quatrième fois à son premier film ne serait pas la meilleure chose qu'a fait Raimi depuis Drag me to hell, voire plus loin Spider-man 2? Evil Dead 4 fut longtemps un projet alimenté par les fans et le réalisateur de Darkman avait beau dire qu'il griffonait des idées avec son frère Ted de temps à autre, rien ne se faisait. La série lui permet donc de déléguer et revenir aux sources, tout en reprenant Bruce Campbell en Ash et Lucy Lawless son éternelle Xena (hé oui, rappelons que les séries Hercule et Xena la guerrière étaient produites par Raimi). La première bande-annonce dévoilée lors du Comic Con donne sérieusement envie de replonger, d'autant que la série sera diffusée sur Starz donc le câble donc signe d'hémoglobine certaine (le sexe n'entrant pas en compte dans ce cas précis, quoique Spartacus non plus initialement). Signe que la série aura droit à un visuel coûteux (on n'est pas sur les networks où les effets-spéciaux laissent souvent à désirer) et digne pour une série horrifique.

La série a pris le choix de jouer sur les années qui sont passés entre le retour d'Ash à Prixbas (là où les prix sont bas) à la fin de L'armée des ténèbres et Ash vs Evil Dead. D'où Bruce Campbell qui n'en demandait pas tant. Ash aurait fuit ses responsabilités vis à vis des ténèbres et doit à nouveau ressortir le fusil à pompe et la tronçonneuse pour faire entendre le jugement dernier et foutre en l'air une bonne fois pour toutes les créatures du Necronomicon (ah Lovecraft notre ami). Accompagné de jeunes gens, sa croisade risque d'être gourmande et croquante avec un Ash plus déjanté que jamais et n'ayant pas peur d'avoir du sang sur le visage, y compris d'avoir un dentier (scène au combien délirante) et de se faire bouffé le nez par une poupée plus vivante qu'il n'y paraît (comme une note d'intention de Sam Raimi, au vue d'un personnage similaire dans Oz). Bruce Campbell semble se faire particulièrement plaisir, ce qui lui est quand même rarement arrivé depuis L'armée des ténèbres, bien qu'il y ait eu Bubba ho-tep (dont la suite semble morte et enterré), son film My name is Bruce et ses apparitions remarquées dans les Spider-man de Samy (Brucie en restaurateur français, un grand moment de poésie).

De plus, la bande-annonce nous dévoile plusieurs scènes aussi déjantées qu'horrifiques comme cette blonde qui se retourne littéralement la tête, une grand-mère aux ongles bien aiguisés, la bouteille éclatée bien plus utile qu'on ne le croit et une créature qui n'est pas sans évoquer un certain Guillermo Del Toro. Quant à l'inoubliable Xena, elle semble plutôt en forme pour s'attaquer aux démons. On ne sait pas encore s'il s'agit d'un one shot ou d'une série sur plusieurs saisons et le pilote est signé Sam Raimi. En tous cas, cette session sera de dix épisodes d'environ vingt-cinq minutes. En espérant ne pas être déçu. Retour annoncé du grand Ash le 31 octobre sur Starz. Parfait Halloween!

14 juillet 2015

Le DC Universe au Comic Con

Dans le genre super-héroïque il y a toujours eu Marvel et DC Comics. Il y a bien les outsiders Image ou Dark Horse mais c'est surtout les deux là que l'on retient. Au cinéma c'est le même topo. L'an prochain Marvel et DC Comics vont encore se battre à couteau tiré sur des registres bien différents. On le sait, DC Comics a toujours été dans une mouvance plus sombre, voire plus réaliste. Si l'on ne peut pas forcément dire cela pour les Superman jusqu'à Man of steel (trop gentillet, trop grand public, pas assez sombre en dehors peut être du second opus et trop sage avec son héros), Green Lantern, Catwoman et des Batman de Joel Schumacher (beaucoup trop grand public au risque de passer à côté de leurs personnages); c'est au moins le cas sur les Batman de Tim Burton et Christopher Nolan et de Man of steel. A l'heure où DC Comics essaye de monter un univers cohérent à l'image de Marvel, les heures sombres semblent toujours là. Le Comic Con a largement fait le boulot pour annoncer le DC Universe en dévoilant quelques informations ou rumeurs autour de ses films (pour les précisions sur le planning je vous renvois à Batman va faire saigner Superman). Justice League Dark ne se fera pas avec Guillermo del Toro aux commandes même si le projet devrait le laisser crédité comme scénariste.

Aquaman sera réalisé par James Wan, continuant son petit bonhomme de chemin à Hollywood après Furious 7. On murmure que Ben Affleck réalisera et scénarisera le prochain film Batman mais cela reste à préciser (les rumeurs comme toujours). En revanche plus de concret pour le film Green Lantern qui sortira en 2020 puisqu'il s'appelera Green Lantern Corps. Une bonne chose car permettra surement de voir plus qu'Hal Jordan et certainement d'autres Green Lantern en rôles principaux comme John Stewart et Guy Gardner. Ce qui permettra un film plus ambitieux peut être que le misérable film de Martin Campbell qui efleurait l'univers en fisant dans la facilité et en espérant des cgi bien meilleures (probablement son plus grand défaut avec son script). Votre cher Borat aurait bien voulu vous montrer les images réjouissantes de Suicide Squad, qui a quand même dévoilé beaucoup du film par une série de photos de tournage que l'on pourrait coller bout à bout. Mais il se trouve que la Warner ne veut pas diffuser ce bon trailer de 3 minutes et votre interlocuteur ne veut pas abimer vos yeux (pour les courageux: https://vid.me/NHC9). Alors en attendant il y a les versions leaked (vous savez les vidéos qui sont filmées par des gens lors de séances ou conférences de ce type) qui vont être progressivement supprimées par la Warner, qui ne diffusera quand même pas le trailer ou alors peut être dans une version raccourcie.

Suicide Squad (photo de tournage Margot Robbie)

Harley vous salue!

Dommage car ce trailer est vraiment réjouissant et pose les bases d'un film bien plus violent qu'à l'accoutumé. Un peu comme si le Joker (Jared Leto) avait fait de Gotham une anarchie et que le dernier recours serait des méchants phares de l'univers DC à commencer par sa compagne Harley Quinn (Margot Robbie), Deadshot (Will Smith) et Killercroc (Adewale Akinnuoye Agbaje). On ne sait pas trop où veut en venir l'histoire (pas de synopsis clair), mais cette bande-annonce en montre finalement assez pour avoir envie de donner sa chance au Suicide Squad avec: 

  • une poursuite entre le Joker, Harley et Batman (que l'on a pu largement voir en photos de tournage ce qui est bien dommage) 
  • un Joker prêt à la torture (certains murmurent avec Jason Todd) "I just gonna hurt you. Really. Really. Bad!"
  • des fusillades (dont une avec quelqu'un déguisé en panda)
  • une Harley auxquelle on donnerait le bon dieu (mais pas trop non plus), bon il faut dire que Margot Robbie est terriblement jolie. Le personnage au vue de son nombre d'apparition dans ce trailer devrait avoir le premier rôle
  • Viola Davis discutant de sa future équipe comme celle réunissant les pires criminels du monde, tout en mangeant un bon steak
  • un crash d'hélicoptère
  • Le tout sur une reprise de I started a joke (comme c'est cocasse) des Bee Gees.

L'occasion aussi de voir tous les personnages même si certains apparaissent peu comme celui de Jay Courtney. Pas un mal. Suicide Squad sortira en août 2016.

Suicide Squad (photo) (4)

Dernier point fort du panel d'hier, la nouvelle bande-annonce de Batman V Superman Dawn of Justice. Après un teaser fort réjouissant, voilà une bande-annonce bien plus longue mais aussi plus explicative. Les deux super-héros semblent être égaux dans le traitement et surtout on apprend un peu plus pourquoi les deux mastodontes de DC Comics en viennent à s'affronter. Lors de l'affrontement entre Zod et Superman (Henry Cavill), un immeuble de Wayne Enterprise s'effondre tuant plusieurs employés de Bruce Wayne (Ben Affleck) alors présent lors du drame. En même temps et malgré ses actes héroïques, Kal-el doit répondre de ses actes auprès du sénateur incarné par Holly Hunter et il enquête également sur Batman pour le Daily Planet. Superman a beau être un symbole d'espoir pour des tas de gens, il est aussi synonyme de fardeau pour sa ville. Comme souvent chez Batman, on peut voir directement une méfiance envers ses compatriotes. Divers runs de comics ont vu Batman établir des plans contre ses alliés de la Justice League au cas où. Des plans qui avaient contribués à détruire en partie la Justice League dans le run La cour de Babel.

Batman v Superman (concept-art) (2)

Alfred (Jeremy Irons) semble comme souvent un cataliseur pour Wayne, engendrant des distorsions entre le maître et son valet comme lorsqu'Alfred lui dit que Superman n'est pas l'ennemi. L'ennemi serait bien évidemment Lex Luthor (Jesse Eisenberg) largement présent aveckryptonite à la clé (ce qui semble conclué à ce plan où Superman s'agenouille devant lui) et possible adversaire pour Wayne également, puisque tout deux sont hommes d'affaires. Wonder Woman se révèle également dans de rares plans mais nécessaires: femme classieuse de jour, guerrière émérite et destructrice la nuit. Les trois devraient s'affronter dans un brasier spectaculaire où tous devront faire un choix: s'affronter ou faire front ensemble en vue d'affronter des menaces plus grandes. Ce qui mènera à Justice League prochainement. Le meurtre des parents Wayne devrait être présent au moins le temps d'un flashback (Jeffrey Dean Morgan qui passe du Comédien de Watchmen à Thomas Wayne) et si c'est comme pour The Dark Knight Returns (dont certains plans iconiques comme Batman posé contre le mur ou les inévitables affrontements qui sont jusqu'à présent fantastiques), devrait être une manière de reprendre les armes.

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Des plans étranges montrant des hommes à cheval ou une sorte de Batman faire face à des hommes avec le logo de Superman sur le bras dans un désert interrogent, véritable énigme en soi. Dans tous les cas, Batman V Superman Dawn of Justice s'annonce comme le film épique qu'il prétend être, prenant la relève de ce que Zack Snyder a déjà fait avec Man of steel: lancer une bonne fois pour toute le DC Universe que l'on attend depuis 2008 (époque où George Miller aurait dû réalisé Justice League si Warner ne l'avait pas empêché). Il était temps. Le film sortira le 23 mars prochain.


Article initialement publié le 12 juillet 2015.

EDIT

La première bande-annonce de Suicide Squad est finalement arrivée hier soir en HD. L'occasion de revenir un peu plus dessus. On ne sait pas trop où veut en venir le film, laissant planer un certain mystère autour du film qui ne sortira qu'en août 2013. On ne sait pas trop non plus comment le Joker va être utiliser: méchant ou membre de la Suicide Squad? Il y a des chances qu'il soit un peu des deux et qu'en plus on découvre les origines d'Harley Quinn (une aubaine pour les fans de la série de Bruce Timm dont votre cher Borat fait partie), comme l'atteste ce plan où elle est attachée par le Joker. C'est d'ailleurs à elle qu'il semble s'adresser quand il signe sa réplique cinglante "I won't to kill you. I just gonna hurt you. Really. Really. Bad!" dans des plans pour le moins glauques (ceux où Jared Leto est face caméra notamment). Une manière de rendre définitivement folle Harley Quinn comme l'atteste les images où elle est en prison (elle fracasse quelques gardiens tout en faisant un peu gymnastique) ou ces moments où elle semble ailleurs (le plus flagrant restant quand Jay Courtney en Captain Boomerang lui adresse la parole). Margot Robbie devrait s'en sortir assurément dans un rôle qui semble taillé pour elle.

Suicide Squad (photo)

Le personnage d'Amanda Walker (Viola Davis) est également assez troublant voire aussi malhonnête: elle enrôle des criminels pour affronter le mal mais leur jette la responsabilité s'il arrive quelque chose. Un aspect assez fascinant rendant le personnage aussi machiavélique que ceux qu'elle enrole. Merveilleux paradoxe. Tous les personnages clés sont dévoilés mais un seul semble mis à l'écart: Enchanteress incarnée par Cara Delevingne. On la voit en pleine spéléologie puis après subitement dans un bain à l'eau noir avec de la paille autour et le dogme satanique au dessus. Et si c'était elle l'ennemie du Suicide Squad? Tombée sur quelques choses d'incontrôlable, elle pourrait être devenue une sorcière involontaire pouvant être dangereuse pour autrui. On peut toujours supposer mais le fait de ne pas la voir avec le groupe peut être un petit indice. Le personnage de Deadshot semble assez gentillet, tout du moins c'est ce que montre les passages où il est avec une petite fille. Peut être le fait que ce soit Will Smith qui l'incarne... Le film s'annonce assez violent dans l'ensemble comme le confère son groupe de personnages remplis de psychopathes ou méchants phares de DC Comics (qui ne connaît pas Killercroc adversaire phare de Batman même de nom?), comme les scènes de fusillades. Reste à savoir si la Warner va opter pour un PG-13 comme habituellement chez le studio (les Batman de Nolan comme Burton étaient des PG-13 bien qu'ils soient très radicaux dans leurs visions) ou le Restricted plus lucide comme l'atteste Deadpool ou Mad Max Fury Road (qui l'a fait avec succès). Réponse en août 2016.



Cuvée sous toile

Alors qu'Ant Man sort en salle aujourd'hui et que Spidey compte bien revenir pour la troisième fois en quinze ans sous un nouveau visage (celui du jeune Tom Holland pour une version où le tisseur aura une quinzaine d'années et apparaîtra dès l'an prochain dans Captain America : Civil War), l'occasion était trop bonne pour la Cave de Borat de parler avec nostalgie de super-héros à l'écran. En ce même 14 juillet sortait Spider-man 2 il y a onze ans permettant à votre cher Borat de revenir sur la trilogie de Sam Raimi, pièce fondatrice au même titre que X Men d'une certaine place du super-héros dans le cinéma hollywoodien du XXIème siècle. Avant cela, l'ami Spidey a eu bien des vies. D'abord par des séries animées (celle des années 60, sans compter l'excellente série des années 90 qui sera ternie par deux autres plus que médiocres), puis une série live américaine (dont certains épisodes ont été compilé pour sortir au cinéma par chez nous) et une autre japonaise (exhumée par le Joueur du grenier, ce qui vaut son pesant de cacahuètes avec tout le folklore habituel de méchants sortant de sentaï); un projet d'Alain Resnais (qui était ami avec Stan Lee) et un autre de la Cannon qui ne s'est heureusement pas fait (enfin, Menahem Golan s'est quand même payé Captain America, dont son réalisateur Albert Pyun a totalement remonté le film et le vend désormais sur internet!).

Storyboard pour le projet "James Cameron's Spider-man".

Les projets de James Cameron et David Fincher étaient bien plus particuliers. Les deux réalisateurs voulaient jouer sur le côté adulte du personnage (Cameron sur l'aspect possiblement sexuel, Fincher sur un héros conscient d'être un monstre). Le premier voulait faire intervenir Electro et l'Homme sable (déjà); et Fincher résumait les origines du personnage dans un générique (soit bien avant Watchmen) tout en faisant tuer Gwen Stacy. Cameron avait même un casting quasiment fait: Leonardo Dicaprio en Peter Parker; Michael Biehn (un temps pressenti pour Spidey) en Electro; Lance Henriksen en Homme Sable; Nikki Cox en Mary Jane; et Maggie Smith en Tante May. Deux projets plus adultes mais surtout très alléchants qui ne sont pas fait soit pour des problèmes de studios (pour le Cameron, on y reviendra un de ces jours dans la Cave de Borat), soit par désintérêt (Fincher a fini par aller sur Panic Room également produit par Columbia). Le tout laissant le champ libre pour Sony d'embaucher un Sam Raimi qui ne demandait que ça. Allez c'est parti (et attention aux possibles spoilers)!

  • Spider-man (2002) : L'école est finie

Sam Raimi se l'est toujours vanté: il est un grand fan de Spider-man. C'est donc en véritable fanboy comme Bryan Singer sur X Men qu'il accepte de se lancer dans l'aventure. Il s'agit également de sa première grosse production, ses films précédents à commencer par la trilogie Evil Dead ayant toujours été des budgets modestes, y compris le mythique Darkman qu'il fait pour Universal (qui était déjà un super-héros mais crée de toute pièce, ce qui le rend encore plus novateur) et Mort ou vif pour la Columbia (la même qui produit Spider-man). La vision de Sam Raimi est simple et finalement logique: Peter Parker sortira progressivement du lycée (contrairement à The amazing Spider-man qui devait initialement le mettre en scène au lycée avant de faire n'importe quoi dès le début du second opus; et le reboot de Spidey sous Marvel où il sera un adolescent) et entrera petit à petit vers l'âge adulte, celui de l'emploi mais aussi celui de l'Homme dans le monde qui l'entoure, en même temps qu'il découvrira ses pouvoirs. La voix-off de Parker nous aide à nous insérer mais la narration est suffisante pour pouvoir s'en passer assez rapidement. Peter nous est présenté rapidement: l'oncle Ben qui est au chômage, la tante May, son amour Mary Jane Watson qui n'est autre que sa voisine, son meilleur ami le fortuné Harry Osborn et bien sûr le père de ce dernier Norman qui a crée la société Oscorp. En moins de dix minutes, Raimi a présenté tous les principaux intervenants du métrage et peut ainsi enchaîner sur la morsure.

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités."

La morsure donne subitement un changement: le gringalet devient subitement musclé comme signe d'une croissance soudaine et d'une puberté évanouie. Quant à la toile sortant naturellement, certains ont fait le rapprochement avec le sperme. Une conclusion pas si hâtive étant donné que le personnage découvre son corps lors de la séquence du réveil et par la même occasion ses pouvoirs. La puberté est abordée ici de manière crédible qui plus est dans un blockbuster à grand spectacle. En contrepoint, Raimi présente peu à peu la némesis de Parker qui n'est autre que le père de son meilleur ami. Un scientifique raté et lâché par ses investisseurs qui va découvrir un sérum le rendant plus violent. La première victime sera son assistant, la première d'une longue liste que Parker va devoir arrêter progressivement. Norman Osborn est montré suite à cela comme un personnage schizophrène, sa personnalité diabolique prenant peu à peu le pouvoir sur un homme bafoué mais impuissant, incapable de préserver sa société. Le Bouffon Vert va l'aider à se venger mais un imprévu arrive: Parker. Parker prend possession rapidement de ses pouvoirs: alors que quelques mois auparavant il aurait dû se faire rétamer, Peter finit par battre Flash Thompson au corps à corps et de même avec le catcheur qu'il affronte pour se faire de l'argent.

Un héros qui change physiquement et approche ses pouvoirs.

L'occasion pour Raimi d'expérimenter dans des séquences où les sens du héros sont montrés dans les moindres détails, que ce soit une mouche qui vole, un crachat ou un poing arrivant derrière lui. La seule mauvaise action que Peter fera dans ce film se répercutera directement sur son oncle: il a refusé d'arrêter un criminel, ce criminel a tué son oncle. On ne peut pas faire plus fataliste, mais voilà la grande leçon qu'apprend Peter dans ce premier opus: s'il avait arrêté ce criminel, il n'y aurait rien eu. Le destin dans toute sa fatalité. Raimi questionne son héros, d'autant qu'en même temps il a son diplôme et entre dans la vie adulte avec l'université, les photos pour Jonah Jameson (un personnage haut en couleur auquel JK Simmons donne son meilleur) et son alter-égo l'Araignée. Peter devient un héros car il le veut et aussi parce que son oncle est mort à cause de lui, pour éviter que d'autres Oncles Ben ne meurent dans des circonstances identiques. Mais l'âge adulte se dévoile autrement par les personnages d'Harry et Mary Jane. Harry est aussi amoureux de MJ mais a plus d'assurrance au détriment d'avoir plus de savoir. S'il a reçu son diplôme c'est en partie grâce à Peter. De plus, il a une confiance aveugle envers son père, l'empêchant de voir à quel point il tombe bas.

Mary Jane la fille de ses rêves (et des nôtres aussi!).

Mary Jane est le cas typique de la jeune fille qui n'a pas de chance: c'est l'horreur à la maison, elle veut devenir actrice mais en
attendant elle doit être vendeuse de burger. La jolie fille qui ne demande qu'à vivre ses rêves et le héros qui rêve d'elle depuis son
enfance. Sans compter qu'un baiser devient subitement un questionnement impayable entre deux jeunes gens venant de sortir de l'adolescence, la fille comprenant subitement que le héros et son ami sont une seule et même personne. Outre le portrait de ses personnages plutôt bien troussé, le film de Sam Raimi apparaît comme novateur en 2002. Désormais il n'est pas question d'avoir un costume ridicule, celui que portera Tobey Maguire sera saillant. De plus, les déplacements de Spidey dans les airs se feront par la Spider cam, système de cablâges permettant à une caméra de se déplacer dans l'espace, en l'occurrence ici entre les buildings de New York. Ensuite seulement l'ami Spider-man apparaîtra soit par doublure numérique soit grâce à un fond vert. Visuellement, on peut très facilement distinguer le vrai du faux. Le plus évident restant la scène où Peter met son masque pour pourchasser le tueur de son oncle. On ne croit pas une seconde que c'est Tobey Maguire qui fait les gestes! Et pourtant on ne pouvait pas trop faire autrement. L'air de rien, Spider-man réussi encore parfaitement son coup d'un point de vue visuel, sachant jouer suffisament bien avec les cgi pour donner lieu à un spectacle impressionnant. Se dire aussi que grâce à Spider-man, d'autres défis plus complexes furent réalisables comme faire voler Superman de manière crédible ou dans une moindre mesure le Ghost Rider ou Hulk.

Peter Parker un héros qui souffre.

Spider-man peut désormais se faufiler entre les buildings sans encontre et en étant crédible à l'écran. Ce que l'on demandait aux films de super-héros et en particulier les plus proches du fantastique comme Spidey. Pour ce qui est des acteurs, Tobey Maguire fut peut être trop vieux déjà à l'époque (26 ans à l'époque du tournage) engendrant ainsi un côté cocasse en le voyant au lycée. Un peu le cas aussi avec la plupart des acteurs en dehors de Kirsten Dunst qui avait seulement vingt ans à l'époque (et mignonne comme tout). Willem Dafoe est parfait en Bouffon Vert pas trop dans le cabotinage excessif. L'air de rien, le film se révèle assez sombre, Spidey se prenant beaucoup de coups, son assurance ne l'empêchant pas de souffrir. Preuve en est le final où il se fait clairement casser la gueule par le Bouffon Vert. On en demande pas tant d'un héros dans un blockbuster: montrer un héros vulnérable.

  • Spider-man 2 (2004) : Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités

Succès du film oblige, nous revoilà deux ans plus tard en plein été à découvrir les nouvelles aventures de Spider-man. Deux ans semblent avoir passer comme le confirme Tante May quand elle évoque la mort d'Oncle Ben. Les choses semblent avoir changer et Sam Raimi compte bien mettre à rude épreuve son héros principal. En quelques minutes, on apprend le statut actuel de Peter: il perd son job à cause de Spider-man (un sauvetage pour des pizzas non-payées au possible), il n'est pas en cours à cause de Spider-man, il habite un appartement miteux où son loueur lui demande sans cesse le loyer (même aux toilettes, Raimi ayant un certain sens du gag ne l'oublions pas) et Jonah Jameson ne cesse de le virer, réengager, virer... Et curieusement les pouvoirs de Peter semblent s'étioler en même temps que son existence devient déprimante. Alors que Mary Jane est en plein succès (elle est enfin devenu actrice), Harry perd de l'argent avec l'accident du Docteur Octavius. Le point de non-retour se fait en une scène. En une scène, Raimi dézingue tellement Peter Parker que le personnage en vient à se remettre en question: celle qu'il aime va se marier avec un autre qui plus est le fils de son patron ("Appelle le traiteur, dis lui de ne pas ouvrir le caviar.") et son meilleur ami le ridiculise en public car il est "ami" avec Spider-man.

La décadence d'un héros en une séquence pas besoin de plus. Il suffit de voir la réaction quand Peter voit Mary Jane dévaler les escaliers pour voir un homme bouffé par les remords, ne pouvant dire à ses amis et sa seule famille qu'est Tante May qu'il est un super-héros adulé des new-yorkais. Raimi renvoie également Peter à ses responsabilités: avouer ce qu'il s'est passé lorsque Ben est mort. Une séquence où la musique de Danny Elfman se coupe net, laissant place aux paroles de Tobey Maguire à Rosemary Harris, la réalisation se veut simple jouant sur le champ-contrechamp. Pas besoin d'une musique qui aurait fait dans le pathos (même si Elfman ne l'a jamais fait sur Spider-man). Et lorsque Peter reprend sa vie normale hors de Spider-man, Raimi en vient même à se la jouer Butch Cassidy et le Kid en mettant volontairement la chanson Raindrops keep fallin' on my head. Dans le film de George Roy Hill c'était pour un moment de tranquillité où les hors-la-loi se retrouvaient à faire du vélo. Ici c'est un peu pareil, Parker retrouvant une vie qu'il n'avait plus. Au point même de laisser un homme se faire tabasser à mort en arrière-plan. Un plan glauque car met à l'épreuve Peter: doit-il faire justice ou faire comme tout le monde et laisser cet appel à l'aide dans le vent? Malheureusement la seconde option s'impose.

Le questionnement de ce qu'est un héros et ses conséquences sont au centre de cet épisode. Est-ce qu'être un héros implique de se couper des gens qu'on aime pour les protéger? Est-ce que les protéger n'engendre pas des désillusions et des mensonges éternels? Est-ce que les responsabilités font l'Homme ou le Héros? Des questions qui auront des réponses dans un dernier tiers où le héros est face à deux beaux cliffhangers: son meilleur ami découvrant sa réelle identitée, annonçant un affrontement inévitable entre deux amis qui ne se comprennent plus et Mary Jane devenant une bonne fois pour toute l'amante de Peter, le laissant faire son travail de justicier masqué. Le denrier plan est d'ailleurs plutôt ambigue. La jeune femme en robe de mariée (comme un euphémisme: la mariée vient retrouver son âme-soeur le jour même de son mariage!) contemple son amant partir aider les autorités au loin, mais le plan est étrange. Une ombre semble planer sur elle comme pour dire que le plus dur reste à venir et qu'il va falloir accepter que son âme soeur parte la nuit pour sauver des vies et pas forcément la sienne. Peter, Harry et Mary Jane ont changé: ils sont devenus adultes. Peter un justicier accompli; Mary Jane une actrice prête au sacrifice par amour et Harry un homme d'affaires aigri par la mort de son père et les accidents de parcours.

Mary Jane contemplant un avenir loin d'être sans acrocs.

Et le méchant dans tout cela? Hé bien il n'en est pas tellement un. Otto Octavius est surtout un scientifique essayant malencontreusement de compléter ses recherches sur la fusion. Par deux fois, Sam Raimi revient à l'horreur avec ce personnage. La première fois avec la mort de Madame Octavius. Personnage sympathique entraperçu lors de la rencontre entre Peter et Otto, elle meurt lors de l'accident avec des éclats de verre. Pas de sang à l'horizon (alors que Raimi avait par exemple montré Peter en sang lors de son affrontement avec Green Goblet dans le précédent film), mais bien un éclat de verre lui fonçant trois devant et faisant miroir. Les cris feront le reste. Une manière comme une autre pour rester dans le PG-13. Mais là où Raimi réussi mieux son coup c'est lors de la scène de l'hôpital. Les tentacules métalliques d'Octavius désormais greffé à sa colonne vertébrale prennent sa défense, voire un peu trop. La scène au montage cut le plus possible pour garder le PG-13 est totalement horrifique. Une interne est traînée jusqu'à faire craquer ses ongles sur le sol; un chirurgien finira électrocuté; plusieurs assomés directement à la tête (pour ne pas dire broyer); et enfin celui à la tronçonneuse (Ash mon ami!) aura droit au courroux des quatre. Le plus impressionnant étant que la plupart des temps, les tentacules sont animées mécaniquement, usant de peu d'effets-spéciaux.

En 2004, ce genre de travaux était encore faisable. Désormais on utiliserait uniquement des cgi. Octavius est développé avant tout comme un scientique voulant finir son expérience et meurtrie par la mort de sa femme. Il n'est pas réellement un méchant, malgré certains de ses actes, ce qui en fait avant tout un personnage mélancolique quelque peu schizophrène (les tentacules l'influencent plusieurs fois). Alfred Molina donne toute sa tendresse à ce personnage plus fragile que méchant. Raimi donne également lieu à une scène dingue sur un train où Spidey et Octavius s'affrontent. Une scène qui fonctionne encore parfaitement et où Peter Parker se dévoile sous son vrai jour aux yeux des new-yorkais: en héros.

  • Spider-man 3 (2007) : La chute brutale

Renié par son réalisateur (Sam Raimi le disait déjà à l'époque de Drag me to hell à Première) et plus ou moins sabotté par le producteur Avi Arad et Sony (ils oobligé Sam Raimi à intégrer Venom dans l'histoire, contrebalançant les plans du réalisateur), Spider-man 3 a beau être un immense succès, il fait sérieusement mal à la saga alors même qu'elle était à son apogée avec le second opus. Film malade s'il en est, ce troisième opus accumule aussi bien de bonnes choses que de très mauvaises ne cessant de le faire tomber au plus bas. La première partie laisse augurer de bonnes choses. Si l'on excepte le symbiote débarquant comme si de rien n'était prêt de Peter et Mary Jane (alors qu'il aurait été plus logique de parler de la navette du fils Jameson pourtant ancien amant de MJ mais passons...), Raimi montre le trio Peter-Harry-MJ se déchirant dans un cafarnaum total. Harry veut assassiner Peter car il a tué son père jusqu'à provoquer sa propre chute (d'abord son amnésie, puis une brûlure le défigurant); Peter découvre celui qui a vraiment tué son oncle, voit en Eddie Brock un adversaire comme photographe (mais là encore c'est fidèle, les deux se tirant dans les pattes au Daily Bugle) et compte prendre pour épouse MJ alors qu'il est au sommet de sa gloire en Spidey (on lui offre les clés de la ville ni plus, ni moins); et MJ est dans une pièce à Broadway... avant de se faire virer suite à de mauvaises critiques.

Un des rares très bons plans du film.

Si pour Harry et MJ, le constat est bien abordé, Harry devenant même un héros dans le dernier tiers du film (permettant à James Franco de faire des merveilles), le cas de Peter laisse plus d'une fois à désirer. Le fait de faire de l'Homme Sable celui qui a tué son oncle engendre un trauma artificiel auquel le spectateur ne croit pas. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Le pire étant très certainement toute la partie où Spider-man devient noir suite à la possession du symbiote. A partir de là, laissez tomber la caractérisation si particulière de Raimi de son personnage et bienvenue dans le grand guignol. Quand Peter devient noir, il a une mèche sur le côté, est arrogant (il faut voir Tobey Maguire qui essaye de faire de l'humour en mode coquin ou même lors de sa séance de danse pour voir que c'est raté) et surtout son show en pleine rue est une rigolade involontaire dont on se serait bien passé. Surtout l'aspect Venom n'est pas abordé en profondeur et pour cause Raimi ne voulait pas l'aborder. Le traitement sur Parker était déjà misérable en Venom alors imaginez Eddie Brock. Bazardé en fin de film, le vrai Venom est d'un rare ridicule (même visuellement, le symbiote épousant les traits frêles de Topher Grace alors que le personnage en Venom est une énorme masse de musculature type Schwarzenegger, en tout point supérieur physiquement à Spidey) et surtout un adversaire sans réel intérêt puisque Eddie Brock n'a pas de réelle profondeur.

Spider-Man 3 : photo Sam Raimi, Thomas Haden Church

Le constat est d'autant plus amère quand on revoit l'adaptation de l'épisode Venom dans la série animée Spider-man des années 90. Bien malheureux. Le comble étant aussi atteint avec Spidey débarquant fanfare à l'appui de Christopher Young sur le drapeau américain. On avait déjà eu droit un peu à ça avec le drapeau virevoltant derrière Spidey dans le premier opus, mais pas comme ça. Là le plan est véritablement vomitif. Il n'y a plus qu'à chanter America Fuck Yeah! Autre gros point noir: Gwen Stacy. Probablement introduit en vue d'un possible drame (ce qui sera fait dans The Amazing Spider-man 2), le personnage arrive beaucoup trop tard dans la trilogie pour avoir un réel intérêt aux yeux du public. La caractérisation du personnage est également assez douteuse puisque semble sortir avec Eddie Brock mais a un ton condescendant avec lui ("on a bu un café, Eddie!"); son amitié avec Peter est traitée par dessus la jambe (allez un champ-contrechamp la montrant lui sourire et lui de lever le pouce et l'affaire est dans le sac) et le personnage ne sert véritablement à rien. Même la scène de l'immeuble aussi impressionnante soit-elle (mais quelques peu douteuse aussi notamment dans son utilisation à outrance de la grue) est purement gratuite, juste là pour donner un déluge d'effets-spéciaux qui ravira peut être certains spectateurs moins attentifs au désastre.

Le plan qui fait mal au ventre.

A vrai dire, le film aurait mieux fait de se focaliser sur l'Homme Sable et le nouveau Bouffon Vert que de se retrouver dans un micmac bordélique où l'on passe sans cesse du coq àl'âme. Comme Octavius, Flint Marko n'est pas un homme méchant, "juste un gars qui n'a pas de chance". La prouesse technique est certaine, Thomas Haden Church s'en sort plus que bien malgré des airs parfois trop monolithiques et le traitement du personnage se tient quelque peu (du temps qu'on enlève le fait qu'il a tué Ben et son utilité très douteuse dans le dernier tiers, où il ne sert qu'à castagner sans réelle réflexion). On retiendra plusieurs scènes comiques à l'image de Bruce Campbell en restaurateur français (italien en VF, ce qui est beaucoup moins fun) ou de Jonah Jameson sous médicaments. Spidey aurait dû revenir marié à Mary Jane et devait affronter le Vautour et le Lézard (Raimi voulait une apparition progressive, d'où l'apparition de Dylan Baker dès le second volet) comme rencontrer Felicia Hardy sous les traits de Black Cat (on parlait de John Malkovich et Anne Hathaway à l'époque); mais le couperet tombe en février 2010. Spidey reviendra mais sous forme de reboot. Un reboot qui n'aura duré que deux épisodes à raison d'un dernier opus tellement lamentable que Sony a remis complètement en question leurs plans pour l'avenir. Désormais associé avec Marvel, Sony n'a pas intérêt à se rater dans le Marvel Cinematic Universe. Il n'en reste pas moins qu'une bonne partie du public se souviendra des deux premiers opus de Sam Raimi qui ont défini le super-héros au début du XXIème siècle avec les X Men de Bryan Singer. Allez à la semaine prochaine!

11 juillet 2015

Jivago s'en va vers le lointain trouver Lawrence d'Arabie

Il y a des acteurs dont on est triste quand on ne les voit plus sur un écran. A l'image de Sean Connery, Omar Sharif s'était progressivement retiré et n'avait plus tourné depuis 2012. Atteint de la maladie d'alzheimer, il nous a quitté hier d'une crise cardiaque. Omar Sharif reste un monument du cinéma, sa carrière peut le montrer rien que par les noms avec qui il a travaillé: David Lean, Anthony Mann, son compatriote Youssef Chahine, William Wyler (où il était notamment le Funny Man de la Funny Girl Barbra Streisand); Henri Verneuil (face à Bébel dans Le casse), Blake Edwards (notamment en espion égyptien de surcroît dans le quatrième volet de la Panthère Rose), McT, Alejandro Jodorowsky (où il retrouvait Peter O'Toole dans Le voleur d'arc en ciel) ou encore les ZAZ (dans Top Secret! où il était empacté avec les restes d'une voiture!). Il était également la VF du lion Aslan sur le premier opus du Monde de Narnia. L'occasion de revenir sur trois rôles qui m'ont marqué dans la carrière d'Omar Sharif même si un d'entre eux est particulièrement court. Omar Sharif a tourné deux fois avec David Lean mais ces deux fois ont fait toute sa renommée internationale. Au même titre que pour Peter O'toole, Sharif voit sa carrière explosait avec Lawrence d'Arabie. L'acteur reviendra bredouille des Oscars comme son camarade irlandais (au contraire du film qui rafle sept statuettes) mais son aura lui permettra d'asseoir une véritable carrière partout dans le monde et par la même occasion finit avec deux Golden Globes (meilleurs second-rôle et espoir).

Lawrence d'Arabie : Photo David Lean, Omar Sharif, Peter O'Toole

L'acteur égyptien n'apparaît pas tout de suite dans le film, au contraire d'Alec Guinness, mais dès qu'il est là, Sharif réussi à donner le ton. Fin guerrier dans la bataille, le personnage dégage un véritable charme si bien que l'on en vient à en faire un égal du soldat Lawrence. La fidélité et l'amitié auquel donnent lieu Omar Sharif dans un dernier élan dramatique. La scène de leurs adieux est terriblement déchirante, l'amitié tuée dans l'oeuf et la mort. On sait depuis le début que c'est inévitable et pourtant la tristesse est là. Deux amis ayant des buts communs se quittent vers un horizon lointain et néfaste. Sharif donne lieu à une performance telle qu'il éclipse les acteurs crédités devant lui (Guinness et Anthony Quinn en tête) sur l'affiche et est réellement égal à égal avec O'Toole, formant un duo immédiatement incontournable du cinéma. Mais mieux encore, le réalisateur anglais lui offre deux ans plus tard le plus grand rôle de sa carrière et un rôle principal incontournable, celui de Youri Jivago. Pourtant Lean voulait d'abord donner le rôle à O'Toole mais ce dernier avait trouvé le tournage de Lawrence d'Arabie, engendrant une brouille entre les deux artistes. Sharif convoitait dans un premier temps le rôle d'Antipov finalement tenu par Tom Courtenay et l'acteur fait engagé son fils pour jouer le rôle de Jivago jeune (on remarque assez rapidement la ressemblance avec son père).

Jivago ou le héros romantique subissant le destin de son pays à savoir la Russie et découvrant l'amour par deux fois (celui de Géraldine Chaplin et celui de Julie Christie, toutes deux superbes). Un homme qui traverse les décennies dans la difficulté et la tristesse, voyant son pays tomber dans la révolution bolchevik et la violence. Un époux privé de son épouse et son enfant pour une guerre sans lendemain. Un amant prêt à se sacrifier pour sauver l'une des femmes de sa vie quitte à tomber dans le désespoir. Un poète clandestin doublé d'un docteur. Omar Sharif est tout cela dans Docteur Jivago, la tristesse se voyant sur son visage le paroxysme atteignant le dernier quart-d'heure qui est d'un tragique crève-coeur. Une tristesse qui se mêle à la joie mais très rarement. Avec ce film, Sharif émeut au même titre que le récit; mais étant le rôle principal il était d'autant plus fort de réussir à faire tenir le spectateur sur 3h17 sur son seul récit. Une beauté incroyable peut être plus forte encore que le déjà puissant Lawrence d'Arabie. Par la suite, David Lean ne signera que deux films qui plus est sur un laps de temps certain (cinq ans pour La fille de Ryan, dix-neuf avec La route des Indes), mais avec Jivago il était au sommet et Omar Sharif aussi par la même occasion, remportant le Golden Globe du meilleur acteur.

Je terminerais cet hommage avec Le treizième guerrier de McT. Production chaotique signe d'un bras de fer violent entre son réalisateur et l'auteur-producteur Michael Crichton, délaissé par son réalisateur, fini et monté par son producteur, synonyme d'ambiance houleuse sur le tournage, Omar Sharif jura longtemps de ne plus jouer au cinéma à cause de ce film (ce qu'il ne fera pas au contraire de Sean Connery à l'époque de La ligue des gentlemen extraordinaires). Sharif a un rôle court mais sert de transition dans le début du film. En effet, le personnage d'Antonio Banderas est banni de chez lui pour être tombé amoureux d'une princesse et Sharif lui sert d'émissaire. Jouant sur le côté linguiste de Sharif (il parlait aussi bien l'arabe, le français, l'anglais, le grec, l'italien et le turc), Sharif aide Banderas à rencontrer les vikings qu'il cotoiera durant le reste du film. Un rôle court mais important, permettant à l'acteur une présence de prestige dans un film qui n'en manque pas malgré ses couacs de production ayant raison de certaines scènes. Omar Sharif aimait les courses, sa grande passion, certains pensaient que c'était son dada (mais ça c'était Guy Lux). Bye Omar, passe le bonjour à David, Alec, Anthony et bien sûr à Lawrence d'Arabie.

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10 juillet 2015

Cuvée bis #3

La Cave de Borat s'est intéressé à divers événements depuis le début de l'année et notamment les Nuits du bis à la Scala, cinéma de quartier de la ville de Thionville où votre cher Borat réside quand il ne se planque pas à Metz. Le 27 juin dernier, la donne était différente puisque le cinéma organisait le Jour du bis où quatre films étaient projetés, le tout entrecoupé avec des questionnaires où votre cher Borat a brillé le temps d'une question (ce qui lui a permis de gagner un petit DVD en cadeau) dans la joie et la bonne humeur comme toujours. C'est donc parti pour un petit compte-rendu de cette journée qui commençait à partir de 16h. Poids léger en comparaison de ses camarades, Orca de Michael Anderson est une petite pièce de choix. Variation de Moby Dick (dont l'auteur Melville est cité le temps d'un instant), le film du réalisateur de L'âge de cristal se trouve être une production de Dino de Laurentiis qui surfait à cette époque sur à peu près tous les filons. Le remake de King Kong, puis Flash Gordon et voici donc Orca... Sacré Dino, toujours là au bon endroit mais souvent après l'heure (Godzilla étant arrivé depuis le premier King Kong et ne parlons pas Flash débarquant après Star Wars). Orca réunit l'air de rien du beau monde avec Richard Harris (l'Homme nommé Cheval comme le premier Dumbledore), Charlotte Rampling, Will Sampson (sortant tout juste de Vol au dessus d'un nid de coucou) et Bo Derek.

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Le début n'est pas sans rappeler le documentaire animalier avec des stock shots en pagaille d'orques en train de parader. Ennio Morricone fait le boulot avec une mélodie aussi comtemplative que furieuse. Le film se suivant ensuite sur un rythme assez pépère ce qui est un peu dommage au regard de la furiosité de l'orque suite à la mort de sa compagne. Le postulat de départ est d'ailleurs intéressant: l'orque est monogame et a la même compagne à la vie à la mort. Le fait de tuer le compagnon/compagne entraîne parfois un suicide de l'animal. La vengeance de l'orque face à celui qui a tué sa femme et par la même occasion son enfant. Une scène qui fait d'ailleurs parti des meilleurs atouts d'Orca. Le chasseur croit avoir visé le mâle, il a eu finalement la femelle, femelle qui se suicide dans l'hélice du bateau avec les hurlements qui vont avec (et ceux de l'orque sont parmi les plus significatifs) et comble du comble elle accouche d'un enfant prématuré. Une scène qui provoque le dégoût à l'image du chasseur incarné par Harris pas loin de vomir et finit par relâcher l'animal déjà à moitié mort. La chasse peut alors commencer entre l'animal et le chasseur, ce dernier devenant petit à petit moins un chasseur qu'une victime au vue des assauts flagrants de l'orque.

L'animal va couper du monde le capitaine et son équipage par des petites piques: un port ravagé pour ne pas dire en flamme et des meurtres à foison et gratuits. Par ailleurs la plupart des morts sont assez ridicules pour être gentil. Entre ceux qui virevoltent on ne sait trop comment et celui qui se prend de la glace (qui semble être en carton!) en pleine face, il y a souvent de quoi rire. Dommage car la vengeance de l'orque s'avère assez intéressant pour que le film se suive sans déplaisir. Richard Harris se révèle fort cabottin quand Rampling se révèle fort absente et Sampson, ben il change d'attitude tellement de fois dans le film qu'on ne sait plus trop à quoi s'en tenir! En résultes, un film imparfait qui a sérieusement pris dans la tronche (on ne ferait plus le film comme cela aujourd'hui ce qui est un avantage comme un inconvénient) mais sait taper fort au bon moment et s'avère une belle traque. Passons maintenant au second film Jeu d'enfant de Tom Holland. Votre cher Borat a déjà vu les volets parodiques survenus fin 90's-début 2000's où l'ami Chucky apparaissait en grande partie comme un joyeux drille (petite dédicace à Alain de Greef qui nous a quitté la semaine dernière -NDB) accompagné de sa Tiffany d'amour et se juraient sans cesse de se trucider jusqu'à la mort.

Jeu d'enfant

Voir Jeu d'enfant après cela relève de l'euphémisme tant l'original et son "reboot" (Chucky n'était pas apparu depuis sept ans avant son retour radical) n'ont strictement rien à voir. A l'image de Fright Night qu'il a réalisé, Tom Holland propose un vrai film d'horreur n'ayant pas peur de s'approprier les codes de l'horreur. Par une pirouette aujourd'hui grossière (imaginez l'immense nuage de l'affiche de Fright Night s'abattre sur un magasin de jouet et vous aurez une certaine vision de la chose) et une explosion pour le moins spectaculaire, Holland montre un tueur se réincarner dans une poupée Brav' gars. Le postulat de départ est jeté au même titre que dans Halloween (le tueur se dévoile sous les traits d'un petit garçon dès l'introduction). Le film a la bonne idée de montrer que seul le jeune garçon communique dans un premier temps avec Chucky, même si l'on se doute que c'est la poupée qui fait des misères. Ce qui permet de laisser place à l'ambiguité, d'autant que l'enfant a les mêmes chaussures (normal il a la panoplie du jouet, salopette comprise) et a peu près la même taille. On restera néanmoins assez circonspect en voyant le gosse enfermé dans un asile de fous avec une chambre ressemblant à celle d'une prison! On parle quand même d'un enfant de six ans dont la culpabilité est quelque peu disproportionnée.

Chucky est dans un premier temps dévoilé à la première personne dans ses exactions meurtrières, il faudra attendre un affrontement direct entre la mère du petit (Catherine Hicks la future mère de la série Sept à la maison et love interest du Captain Kirk dans Retour sur Terre) et la poupée campée par un Brad Dourif qui se fait pleinement plaisir (ce passage où une vieille dame dit que la poupée est moche et qu'il lui dit "Fuck you" est magique!). Sans compter cette course-poursuite improbable où Chris Sarandon (rescapé vampirique de Fright Night et prenant parfois un air nonchalant en rapport au personnage, mais un peu trop prévisible) manque de se faire tuer par la poupée en pleine conduite! La poupée Brav' gars marche encore du tonnerre grâce à des animatroniques de réelles qualités et n'ayant rien perdu de leurs charmes. C'est d'ailleurs un point notable car les effets sont encore remarquables si l'on se prête au temps entre la sortie du film et aujourd'hui. Beaucoup de films des années 80 et notamment horrifiques aimeraient bien passer aussi bien les épreuves du temps. Un vrai bon film d'horreur qui n'a finalement que peu vieilli et met en scène un tueur aussi improbable qu'efficace. Souvent moins bien considéré que ses aînés (en même temps, quand on voit le début de filmographie de l'ami italien, c'est assez évident), Phenomena (qui était dans une superbe copie délivrée par Wild Side) n'en reste pas moins un grand cru de Dario Argento à réserver toutefois bien après manger, le film étant assez chargé dans le genre "dégueulasse"!

Entre les têtes coupées, la scène de la piscine à cadavres (que l'on peut parfaitement classé entre celles de Poltergeist de Tobe Hooper et Drag me to hell de Sam Raimi) ou encore les multiples séquences à insectes donnent lieu à un bon lot de scènes peu ragoutantes qu'il vaut mieux voir après digestion. Argento mélange les genres comme il commençait à le faire à partir de la fin 70's-début 80's avec des films un peu hybrides comme Suspiria (entre conte et thriller) ou même Ténèbres (qui a pourtant tout du giallo et pourtant on est souvent dans un délire bien différent). Phénoména ne déroge pas à la règle puisque le tueur s'attaque principalement à des femmes et notamment des lycéennes (souvenons-nous de ce moment fracassant servant d'ouverture à Suspiria; ou cette scène où une fille se fait agresser par un chien avant de passer à la casserole dans Ténèbres); mais s'attaque directement au fantastique (ce qui est rarement arrivé à cette époque en dehors des deux opus des sorcières Suspiria et Inferno). Le personnage de Jennifer Connelly est présenté comme la fille d'un acteur mais son don apparaît petit à petit et par son entourage comme une malédiction: elle aime les insectes et surtout semble communiquer avec eux. Un don qui apparaît progressivement au cours du film et jouant un rôle primordial.

Comment on peut vouloir lobotomiser un aussi bel ange?!

Si bien que l'on oublie rapidement tout ce qui tient du giallo (ce tueur ne s'attaquant qu'aux femmes si possible jeunes et jolies) pour laisser pleinement place au fantastique. Connelly apparaissant rapidement comme une reine pour les divers insectes, la protection des insectes lui sera fort bénéfique non seulement pour se défendre (ce qui vaudra des effets-spéciaux franchement réussis surtout pour une production européenne) mais aussi pour enquêter sur le meurtre de sa collocataire et seule amie de son pensionnat (ce qui nous vaut un beau cliché avec la jeune française qui fume en cachette et fait l'école buisonnière pour draguer des garçons!). Un point de vue qui prend sens grâce à l'innocence de Jennifer Connelly (déjà ravissante à cette époque) et aussi par un Donald Pleasence parfait et tout en retenue en spécialiste des insectes. L'occasion de voir également quelques têtes connues comme Patrick Bauchau, futur méchant de la série Le Caméléon. On regrettera néanmoins l'utilisation plus que douteuse de chansons d'Iron Maiden et Motorhead, qui plus est mis à haute fréquence et n'ayant pas grand sens dans les scènes où elles officient. On préfèra les sons des Goblin notamment, non seulement par la filiation à Argento mais surtout bien plus cohérents. Phenomena accumule au moins trois climax, permettant au spectateur d'être aussi surpris qu'hilare, le dernier étant particulièrement saugrenu et jubilatoire.

Au final, ce cru s'avère un cru de qualité peut être le dernier de Dario Argento avant une chute fulgurante qui ne semble pas s'arrêter (il faudrait que je trouve son Dracula 3D un de ces quatre, ce film ayant l'air de battre des records phénoménaux dans le naufrage artistique). Enfin terminons sur le dernier cru du soir déjà abordé dans ces colonnes: Vendredi 13 de Sean Cunningham. Comme vous le savez je n'aime pas du tout ce film qui va chercher tout chez ses aînés et notamment Halloween, sans en atteindre le niveau. A la revoyure, le film s'assume comme un bon petit nanar des familles, agréable à regarder même si mets trois plombes à se mettre en place (surtout en comparaison d'Halloween dont le suspense entre assez rapidement en jeu, notamment par des apparitions de Michael Myers par ci, par là). Il faut dire que les mises à mort sont assez cocasses et au vue de son retournement de situation, on a un peu de mal à y croire, renforçant en soi un côté jubilatoire nanardisant. (attention spoilers) Quand on voit à quel point madame Vorhees est inexpérimentée et ne cesse de se prendre des raclées sans se relever, on imagine mal cette pauvre femme (Betsy Palmer qui nous a quitté en mai dernier par ailleurs) tuer tout ces jeunes d'une manière aussi froide alors qu'elle n'arrive pas à tuer la plus gauche d'entre tous!

Vendredi 13

Sans compter ce merveilleux faux-raccord avec un main velue! On retiendra également ce final où elle se fait décapité au ralenti d'une manière tellement ridicule que s'en est hilarant. (fin des spoilers) Par ailleurs, on retiendra un beau faux-raccord: la bouilloire est sur le feu quand la survivante est dans la cuisine avant qu'elle n'aille dehors. Malgré des allers et venues dans la cuisine, cette bouilloire ne montrera plus jamais sa présence au cours du reste du film. Un petit détail certes mais qui n'en est que plus ridicule, cette action ne méritant finalement de ne pas être. Il en reste un premier volet aux mises à mort efficaces mais qui peinent à faire croire à l'existence de ce tueur. Sa suite sera bien meilleure. Par ailleurs la copie 35 mm projeté avait quelques défauts notamment des sous-titres parfois violets et de multiples rayures. Par ailleurs, il a été dit que la première copie livrée avait des images d'un autre opus de la saga. Rien de mieux que d'avoir une copie du véritable film même égratignée. Allez à la semaine prochaine!

06 juillet 2015

L'adolescence selon Michel

Daniel fait la connaissance de Théo nouvel arrivant dans sa classe de 4ème. Tout deux vont vivrent durant l'été 2014 la plus grande des aventures...

Microbe et Gasoil : Affiche

Michel Gondry nous avait manqué. Tout du moins le vrai, celui qu'on avait laissé en 2008 avec le jubilatoire et imaginatif Be kind rewind (qui a remis à la mode les versions suédées de films). Il était arrivé sur The Green Hornet en secours après que Stephen Chow soit définitivement parti (plus de réalisation, plus de rôle de Kato), a dû faire face au remplacement de Nicolas Cage par Chistoph Waltz et malgré quelques petites choses par ci, par là; le film ressemblait surtout à un pur Seth Rogen's movie. Gondry avait finalement peu de place dedans. Le réalisateur a également accumulé les documentaires dont un sur sa tante. Et puis il y a eu L'écume des jours, naufrage incroyable où il n'a pas réussi à donner du sens à son côté "bricoleur", laissant place à un film ennuyeux manquant terriblement de rythme et d'intérêt. Le projet Ubik d'après Philip K Dick est aussi tombé à l'eau, Gondry ne parvenant pas à trouver le ton juste et ce malgré plusieurs réécritures. Le voilà revenir en France avec un petit film nommé Microbe et Gasoil dont la promotion a réellement commencé depuis un mois. Pas de star devant la caméra si ce n'est Audrey Tautou qui lui aurait suggéré justement de revenir à un film plus personnel. L'occasion pour le réalisateur de revenir à des souvenirs d'enfance, d'amitiés avec des rejetés de la classe à travers l'histoire de deux adolescents quelque peu exclus dans leur classe de 4ème.

Microbe et Gasoil : Photo Ange Dargent, Théophile Baquet

En revenant à quelque chose de plus simple mais aussi plus personnel, Gondry signe son meilleur film depuis 2008 et surtout se permet le meilleur teen-movie français depuis le génial Les beaux gosses de Riad Sattouf (exprimant un trou béant entre 2009 et aujourd'hui ouch!). Comme ce dernier, pas besoin d'ancrer réellement une époque. Les smartphones sont là certes mais ils n'ont pas une place importante. On peut même dire qu'ils sont tournés en ridicule le temps d'une scène bien crasseuse. On a beau nous dire qu'on est en 2014 (soit quand le film fut tourné), il n'y a pas de réelle importance dans cette affirmation. Preuve en est les objets comme le blouson de Gasoil ressemblant beaucoup à celui de Michael Jackson dans Thriller ou cette tendance inévitable au bricolage qui n'a rien de très "2014". Tout le long du film, Gondry revient à cet aspect bricoleur qui a souvent fait son savoir-faire de réalisateur avec ces deux adolescents décidant sur un coup de tête de réaliser une voiture-maison. Cette dernière est assez simple mais suffisament bien bricolée pour que l'on puisse croire que cette voiture-maison est réalisée par des adolescents. Un moteur, un volant, de la récupération par ci par là, des sièges de voiture, un petit lit, des fenêtres faites notamment d'une porte de machine à laver ou encore d'une petite planche permettant de camoufler les roues de face!

Microbe et Gasoil : Photo Théophile Baquet

C'est simple mais terriblement efficace; la planche valant à elle seule son pesant de cacahuètes, véritablement délirant quand il s'agit de croiser des policiers (la voiture ressemblant vraiment à une maison vue de dehors). Sans compter ce merveilleux passage nocturne chez un dentiste (qui est décrit par Daniel aka "Microbe" comme un cabinet de torture! On ne peut pas faire plus juste qu'un adolescent de quatorze ans!) et une femme en manque de ses enfants où le gag gratuit est magique ("Je peux pas rester ici, il y a un poster de Shakira juste au dessus de mon lit! -Shakira? On se tire tout de suite!"). Mais plus que le côté débrouille qui fonctionne (une première depuis Be kind rewind pour Gondry après l'échec de L'écume des jours), c'est indéniablement toute la phase teen movie qui atteint des sommets. Nos héros sont des jeunes en plein milieu du collège avec toutes les questions qui arrivent. Daniel est considéré comme insignifiant au pire comme une fille en raison de ses cheveux longs (et notamment sa professeur, ce qui a déjà dû arriver à des milliers de garçons ayant les cheveux longs). Il s'épanouit principalement par le dessin (soit un des nombreux passe-temps de Michel Gondry), est amoureux d'une fille dont il ne cesse de faire le portrait (et qu'elle lui demande sans cesse) et a beau faire des nues (un passage qui aurait fait terriblement plaisir au regretté Wolinski tant les dessins auraient pu être faits par lui) il n'arrive pas à se masturber.

Microbe et Gasoil : Photo Théophile Baquet

Le tout couvé par sa mère (Tautou qui a rarement été aussi impeccable en mère complètement stressée et ayant peur d'à peu près tout sauf des conférences douteuses) et avec deux frères dont un se prenant pour un punk. Théo aka Gasoil est en revanche un peu plus épanoui et fort en gueule. Petit nouveau dans le coin, il a une mère souffrante et un père qui ne cesse de le brimer (ce qui vaut un passage bien sinistre où l'adulte différencie mal ce qui doit être dit et la tristesse), sachant bricoler et s'imposant rapidement comme le meilleur et seul ami de Daniel. Plus qu'un road-trip adolescent, c'est avant tout un film de potes qui se joue entre les deux protagonistes où chacun s'épanoui à sa manière. L'adolescence est l'âge où l'on se découvre, où l'on tombe amoureux, où l'on se fait des amis avant les départs... Un âge parfois difficile fait de frustrations, de tristesse, d'occasions manquées (le final en est la plus belle preuve à la fois juste et tendre)... Gondry réussi à capter tout cela, revenant à une tendresse digne de John Hughes et pouvant se voir comme une version road-trip et un peu moins coquine des Beaux Gosses. On a droit aussi à la fête (bien arrosée, ce qui vaut une belle rigolade), aux camarades de classe méprisants et aux "love interest" qui vous scrute sans même vous le dire. En faisant simple, le réalisateur réussi à signer une magnifique ôde à l'amitié et l'adolescence bien aidée par le naturel confondant des jeunes Ange Dargent et Théophile Baquet.

Microbe et Gasoil : Photo Ange Dargent

Michel Gondry revient en force avec ce superbe teen movie sous forme de road trip.

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04 juillet 2015

Une saga terminée

Kyle Reese est envoyé par John Connor en 1984. Mais les choses ont changé, Sarah Connor étant une guerrière avant même de le rencontrer...

Terminator Genisys (affiche)

Quand un film accumule les erreurs de promotion, c'est qu'il y a souvent un problème. Soit un film ambitieux mais le studio ne sait pas le vendre (le cas John Carter, archétype désormais chez Disney); soit le film est mauvais et le studio le vend à l'image de sa qualité. En soi, le cas Terminator Genisys risque d'être étudié d'ici quelques années comme cas d'école de ce que l'on peut faire de pire de pire en terme de promotion marketing. On commence avec des photos douteuses d'Entertainment weekly (Emilia Clarke qui gueule en regardant vers l'horizon mais tirant vers le bas!); une bande-annonce qui fait moyennement envie; deux autres qui spoilent la moitié du film à elle toute seule; des affiches photoshopées dans ce qui se fait de pire (un Schwarzy tellement modifié qu'il n'a plus de visage crédible; Emilia Clarke qui se fait modifiée au niveau des seins et des fesses alors qu'elle n'a pas besoin de cela); une intervention de Big Jim qui sent le gros chèque (quand on voit le film, cela se confirme); et même pour la France, un spot avec Sam (vous savez "celui qui conduit c'est celui qui ne boit pas") dégueulasse qui tourne en boucle dans nos cinémas. Dans le genre "quand il n'y en a plus, il y en a encore", on a eu le paquet. Mais bon, combien de films ont eu une campagne pourrie? Plein, cela ne dit pas que le film est mauvais. Manque de pot, Terminator Genisys fait très mal au ventre et réussi l'exploit incroyable de faire pire que Terminator Renaissance.

Terminator Genisys : Photo Jai Courtney, Jason Clarke

On va donc commencer par les qualités qui se résument à deux. Dans un premier temps, les combats entre la Résistance et Skynet présentés dans le premier quart d'heure se déroulent de nuit et sont plutôt correctes, malgré les impayables robots immobiles (!). Alan Taylor reste donc cohérent par rapport aux films de James Cameron et Jonathan Mostow au contraire de McG qui a plus pensé à Mad Max qu'à Terminator. De plus, c'est enfin l'occasion de voir comment voyage les Terminators comme Kyle Reese au cours de la saga. Mais déjà là on peut trouver qu'il y a quelque chose qui cloche. L'affrontement n'a aucune ampleur, aucune réelle violence, ça tire et explose à tout va mais sans réel intérêt visuel et dramaturgique pour le spectateur. Dans un second temps, il faut bien dire qu'Emilia Clarke s'en sort parfaitement en Sarah Connor, sachant être femme d'action au bon moment (ce que l'on n'aurait pas forcément pu deviner dans Game of thrones où elle ne fait pas grand chose il faut bien le dire) et s'en sortant bien mieux que tous ses collègues. Au moins, elle échappe totalement au cabotinage ambiant. Après cela, vous pouvez rongé votre frein et vous rongez les ongles, on est parti pour un massacre d'un peu plus de 2h.

Terminator Genisys : Photo Emilia Clarke

Cette année, nous avons eu Mad Max Fury Road, nouveau modèle du genre post-apocalyptique et qui a su totalement renouveler la franchise dont il est le quatrième opus; puis Jurassic World qui a fait du neuf avec du vieux pour un bon divertissement mais qui ne chargera pas sur ses deux aînés. Terminator Genisys renvoie en revanche à quelque chose de véritablement écoeurant: rendre nostalgique le spectateur devant un spectacle qui n'hésite pas à pomper sans vergogne ses aînés en se prenant pour meilleur qu'eux. Alan Taylor en vient carrément à retourner à l'identique des plans de Terminator, mais aussi à piller des arcs narratifs ou idées entières issus du reste de la saga. Tout le début de la partie du film se déroulant en 1984 est complètement pompée plan par plan sur le premier vrai film de Big Jim. Taylor ne cherche même pas à réinventer, vu que l'original est inimitable. Donc on refait la même connerie que sur le Psycho de Gus Van Sant: du copier-collé bête et con fait par un tâcheron et des scénaristes sans idées. Dès lors, il est bon de faire attention à ces derniers qui ne sont pas étrangers au saccage que voilà. Patrick Lussier est connu des amateurs de navets et au mieux de nanars puisqu'on lui doit Hell driver où Nicolas Cage revenait des Enfers; le misérable remake de Bloody Valentine et le bien connu (mais pour de mauvaises raisons) Dracula 2001 et ses merveilleuses suites.

Terminator Genisys : Photo Byung-Hun Lee

Quant à Laeta Kalogridis, le seul réel projet notable en tant que scénariste fut Shutter Island et à la rigueur Alexandre, le reste sentant souvent le sapin. Quant au réalisateur, s'il a fait ses marques sur Game of thrones et tout un pan de séries HBO, il a aussi signé le bien pauvre Thor: The dark world. Mais à la rigueur, on peut être gentil sur ce dernier, la Marvel ayant été affreuse au possible durant la post-production. Ces trois cocos sont donc partis pour nous faire un best-of de toute la saga, en espérant faire oublier certains classiques. Le T-1000 apparaît mais en 1984 car il y a eu un paradoxe temporel, mais n'a rien d'intéressant. Pas que Lee Byung Hun ne fait pas le travail (il est même correct surtout au vue du rôle) mais n'a rien de menaçant au contraire de Robert Patrick qui, rien que par sa présence, réussissait à provoquer le frisson. Ici on connaît déjà le T-1000 et donc le personnage fait ce qu'on attend de lui sans jamais surprendre. Et surtout il ne fait pas peur. Ils en viennent même à ressortir la partie planquée du T-1000 sur le véhicule qui se fait éjecter de la voiture, avant d'être repris par la machine! Soit des inserts de T2! Le T-1000 remplace juste le T-800 expédié le temps d'une scène. Schwarzy qui joue les psychologues de comptoir, c'était déjà une idée de Terminator 3 et cette idée est rajoutée au vieillissement des tissus du T-800.

Terminator Genisys : Photo Arnold Schwarzenegger

Un peu comme Bruce Willis sur Die Hard 5, Arnie se met à radoter, sort "vieux pas obsolète" durant tout le film (au moins cinq fois sûr!) et en vient même à évoquer qu'il a travaillé jusqu'à la retraite. L'acteur cabotine même s'il fait parfois ricaner jaune. Même son "I'll be back" sonne faux car on s'y attend et encore plus depuis Last action hero où Schwarzy s'en amusait. Le pillage continue jusqu'aux actions, le film ne faisant plus du fan-service comme il a souvent été reproché à Jurassic World depuis sa sortie, mais du pompage pur et dur. (attention spoilers) Tout le film est finalement un remake des deux premiers à la différence que Sarah Connor se défend du début à la fin. Le final se trouve à Cyberdine pour les mêmes raisons que pour le second opus, sauf que cette fois il faut détruire ce que va devenir Skynet (soit le fameux Genisys du titre qui est en fait un système permettant de connecter différents appareils électroniques en même temps) et non des bribes permettant de créer des Terminators. Sans compter l'affrontement entre deux Terminators. Le nouveau méchant étant dorénavant John Connor devenu une machine suite à des nano-technologies insérées par le T-5000, qui est donc une machine entièrement faites de nano-technologies et est... le reste de Skynet après l'assaut final. Donc en gros, un homme qui devient un Terminator. Pourquoi pas? Mais le traitement est mal foutu au possible (une sorte de squelette numérique) et visuellement cela pique vraiment. Alors que les Terminator ont toujours eu une bonne tenue visuelle (à part Salvation avec son Schwarzy dégueulasse), celui-ci montre des carences fantastiques.

Le T-3000 ne ressemble à rien une fois la peau enlevée, si ce n'est un vulgaire squelette et en sachant que son métabolisme revient comme le T-1000. Un plan complètement pompé sur celui de T2 nous le montre même se remettre progressivement en sortant des flammes! En sachant qu'une fois dans cet état, Jason Clarke est absolument pénible cabotinant totalement en grand méchant invincible. On a saccagé John Connor jusqu'au bout... Et Matt Smith, que nous n'avons pas vu dans une seule bande-annonce mais qui est un des acteurs présents sur les photos du magazine suscité, dans tout cela? Hé bien c'est le fameux T-5000 que l'on voit contaminé John Connor et que l'on retrouvera à la fin sous forme d'hologramme. Soit moins de deux minutes de présence si l'on compte ses hologrammes. Un rôle tellement crucial qu'il est ancré dans la promotion depuis les premières photos... Quant à l'idée du voyage dans le temps du passé vers le futur il vient directement du pilote de la série Sarah Connor Chronicles! Le postulat de départ de la série! Ils vont même jusqu'à reprendre le décor où les personnages dans la série: une autoroute! Changez juste 2007 par... 2017! Mieux, le temps d'une séquence où Sarah Connor parle au petit Kyle Reese, le réalisateur va jusqu'à reprendre L'armée des douze singes (voire La jetée) avec un ralenti où l'héroïne regarde l'enfant partir. (fin des spoilers)

Le réalisateur régurgite ce que l'on a déjà vu en espérant faire mieux et au combien que non. C'est donc avec regret que le spectateur subit du début à la fin un micmac de ce qu'il a déjà vu en pire et le rendrait nostalgique d'un passé cinématographique révolu. La saga Terminator semble tomber dans le processus du déjà vu où l'on a l'impression que le reboot est en fait un mauvais remake et il fait mal au ventre. Et le pire dans tout cela c'est que le film va suffisament marché pour mettre en place une trilogie du diable. Pour ce qui est de l'action, le film se révèle particulièrement classique, voire basiques. Il n'y a pas de moments de bravoure, la plupart annoncée tournant très court (à l'image du passage du bus qui n'a malheureusement aucune tension). Quant aux acteurs n'en parlons pas. J'ai déjà évoqué les cas de Clarke, Schwarzy et Clarke mais que dire des autres? JK Simmons cachetonne en flic bizarre et que personne ne croit. Mais le comble vient surtout de Jai Courtney. Déjà mauvais sur Die Hard 5 (prédiction merveilleuse) et monolithique au possible dans Jack Reacher (ce qui n'est pas forcément un désavantage mais pas non plus de quoi sauter au plafond), l'acteur se révèle au combien à la ramasse en Kyle Reese. Il ne dégage aucun charisme, on ne s'attache jamais à son personnage et nous fait très rapidement regretter Michael Biehn. N'oublions pas non plus la musique de Lorne Balfe, un des nombreux suppléant d'Hans Zimmer (qui est producteur de la composition, ce qui s'en ressent beaucoup quand des moments typiques de Steve Jablonsky se dévoilent), qui massacre le thème de Brad Fiedel et le choix douteux de certaines chansons (Bad Boys de Bob Marley utilisée comme pour l'émission Cops au point de croire à une immense blague foireuse).

Cela faisait longtemps qu'une franchise des années 80 n'avait pas touché le fond. Depuis au moins Die Hard. De quoi réhabiliter pour encore longtemps Le soulèvement des machines...

01 juillet 2015

"Nous voulions que le film ressemble à un documentaire en IMAX où tout foirerait"

Deux astronautes cherchent à survivre dans l'Espace après l'explosion de leur station...

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Quand un cinéaste épouse Hollywood pour faire du grand cinéma dans notre actuelle industrie, il y a de quoi avoir peur tant les contraintes des studios s'avèrent souvent désastreuses. Avec Gravity, Alfonso Cuaron en a épousé quelques unes, notamment le fait de devoir avoir des stars pour héros. Au départ, Robert Downey Jr et Angelina Jolie, Natalie Portman ou Scarlett Johansson; le duo est finalement devenu Sandra Bullock et George Clooney après plusieurs mois de stand by. Après cela, c'était parti pour quatre ans de travail. D'abord prévu pour fin 2012, la Warner n'a pas hésité à le repousser d'un an pour permettre au réalisateur des Fils de l'Homme de le fignoler encore un peu. Alors non, Gravity n'est pas le chef d'oeuvre ultime. Oui, il s'impose comme le digne successeur de 2001 (et ce même si j'adore Sunshine de Danny Boyle) sans le dépasser toutefois. Déjà d'un point de vue technique, Gravity s'impose comme un des blockbusters les mieux mis en scène. Cuaron n'a rien laissé au hasard, préférant un montage aérien presque digne de la simulation à des champs-contrechamp par milliers ou plans multiples pour une même scène. On peut même parler de blockbuster expérimental, tant Cuaron ose tout. Autant dire que bons nombres de réalisateurs hollywoodiens (je pense à Michael Bay comme à Roland Emmerich) peuvent se rhabiller sur ce point.

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Le fameux plan-séquence de vingt minutes constituant l'ouverture apparaît dans un premier lieu comme un plan fixe. La caméra ne bouge pas et nous laisse contempler la Terre dans toute sa beauté. Puis une navette s'approche à la droite de l'écran mais la caméra, au lieu de nous amener vers la navette, reste immobile et la laisse venir vers nous. Le temps que la navette se stabilise dans le champ, la caméra bouge enfin pour suivre un Clooney en jetpack. La caméra suit alors Clooney de manière aérienne et surtout sans que l'image ne tangue à la manière des montagnes-russes. On voit alors Clooney en plein délire spatiale, nous parlant de ses histoires de conquêtes souvent en rapport avec des points particuliers (un coup, il parle de Mardi Gras!). Si la prestation de l'acteur n'est pas exceptionnelle, il a au moins le mérite d'être une bouffée d'air frais dans un film plus d'une fois asphixiant. Plus d'une fois, il réussi à bonifier l'atmosphère alors que l'heure est grave. Néanmoins, quand son personnage est dans une situation difficile, il sait rester sérieux. Le temps de quelques secondes, Cuaron arrête son plan-séquence pour enchaîner sur un autre sans que cela ne gène le spectateur (et même ceux qui l'ont remarqué).

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On connaît désormais les deux personnages principaux incarnés par Clooney et Bullock et on sait leurs rôles (lui est un vétéran, elle fait sa première mission). Pas besoin de dévoiler quinze tonnes d'informations, ce qui est souvent symptomatique du cinéma récent (en gros, les scénaristes se sentent obligés de tout expliquer alors qu'il suffit d'un générique pour montrer un univers, à l'image de Watchmen de Zack Snyder). Cuaron peut faire sauter la navette et la moitié de son équipage avec une furiosité incroyable. Nous assistons en direct à une déflagration d'objets provenant d'une station voisine s'écrasant sur la navette de la NASA. Un plan-séquence ébouriffant où la conversion 3D (le film n'a pu être tourné en native, compte tenu de la lourdeur des caméras, mais même sans ça on croirait que c'est de la native au vue du temps de travail dessus) permet de s'en prendre plein la figure avec une Sandra Bullock dérivant dans l'espace avec une rare violence. Une violence qui apparaîtra constamment, Cuaron usant d'un masochisme avec son héroïne absolument redoutable (un peu comme Lara Croft dans le récent reboot vidéoludique de Tomb Raider). Cela passe par la dérivation en solitaire, l'explosion de station de manière multiple et même de délires mélancoliques. 

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Dans ce sens, le mal de l'Espace est plutôt bien traité, le personnage de Bullock commençant sérieusement à se demander si elle réussira à se sauver d'une situation aussi chaotique. Car l'air de rien un astronaute, même avec un certain entraînement dans une situation de crise (et notamment de savoir étudier un manuel dans une capsule), n'est autre qu'une poussière dans le cosmos. Pour se sauver, il ne pourra pas appeler police secours et devra se débrouiller seul face à un infrastructure éloignée et pas forcément communicante (la NASA). Le réalisateur des Fils de l'Homme se veut donc plus que crédible dans son traitement, jouant très bien suur l'invulnérabilité de ses protagonistes. Ils peuvent mourir à tout instant, ce ne sont pas des super-héros. Surtout, le réalisateur montre une étrange dualité chez son héroïne: c'est une femme n'ayant plus rien à perdre, mais s'attachant durablement à la vie. Une dualité plutôt intéressante et qui apparaît tout au long du récit et notamment dans une séquence de rêve significative. Outre l'implication du spectateur de manière émotionnelle dans les aventures désastreuses de son héroïne, le réalisateur crée un lot de séquences tout simplement impressionnantes.

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Outre les plans-séquences qui en imposent par une maîtrise irréprochable (cette figure de style cinématographique est rare dans un blockbuster alors autant en profiter quand on en voit de beaux, qui plus est sur grand écran), le réalisateur opte pour plusieurs plans spécifiques. Les panoramas pour commencer et notamment pour faire admirer la Terre de loin ou la destruction d'une station sous nos yeux. Il opte aussi pour des plans à la Panic Room, donc de faux plans-séquences où le réalisateur passe de l'extérieur à l'intérieur du casque de Bullock comme si de rien n'était. Sauf qu'au contraire du film de David Fincher, on est face à l'actrice et non dans un lieu en particulier. Un bel exercice de style en somme. Le réalisateur opte également pour des plans à la première personne et se révèle aussi impeccable que ceux du récent Maniac. En plus de l'angoisse qu'il procure par moments, Cuaron réalise deux plans un peu dégueulasses mais terriblement crédibles compte tenu des circonstances et ce malgré un PG-13 bien présent. Décidemment, certains blockbusters de l'année ont mis cette classification à rude épreuve. Quant à Sandra Bullock, elle signe probablement la plus belle prestation de sa carrière. Elle émeut, elle est impliquée corps et âme dans l'opération, on sent qu'à l'image de son héroïne elle a hâte d'en finir avec cette expérience folle. Il y aura probablement un avant et un après Gravity dans sa carrière, en tous cas je l'espère parce que ses comédies et policiers à deux francs... La bande-originale de Steven Price va très bien avec l'action du film sachant être terriblement posé quand le calme est plat comme assourdissante quand tout explose.

Une maîtrise totale de la réalisation face à un déluge émotionnel et sensoriel. A un tel degré de réalisme, on en reste pantoi.

 

La critique d'Alice In Oliver :

Les voyages ou les aventures dans l'espace ont toujours passionné le noble Septième Art. On se souvient (ou pas...) d'Apollo 13 de Ron Howard, qui s'inspirait d'une histoire vraie, mais surtout de films plus complexes ; bien sûr 2001, l'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick, et dernièrement d'Insterstellar de Christopher Nolan. Dans tous ces films, il est aussi question d'un univers immense, énigmatique, indicible et terriblement dangereux. En l'occurrence, Gravity, réalisé par Alfonso Cuaron en 2013, n'échappe pas à la règle ! Au moment de sa sortie, le long-métrage est unanimement salué par la presse. 
Le film recueille des critiques panégyriques. Il obtient même plusieurs Oscars, dont celui du meilleur réalisateur pour Alfonso Cuaron.

Hormis quelques détails, les professionnels de l'astronomie reconnaissent les qualités de Gravity, et notamment son caractère ultra réaliste, entre autres, dans l'utilisation des engins spatiaux. Au niveau de la distribution, le long-métrage réunit seulement Sandra Bullock et George Clooney, presque condamnés à gloser et à pérorer dans le vide interstellaire. 
Viennent également s'ajouter les voix d'Ed Harris et de Phaldut Sharma. Plusieurs grands acteurs seront approchés pour interpréter le Docteur Ryan Stone ( finalement jouée par Sandra Bullock) : Angelina Jolie, Scarlett Johansson et Natalie Portman. Même remarque pour le rôle du Docteur Kowalski. Dans un premier temps, les producteurs annoncent le nom de Robert Downey Jr.

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Finalement, c'est George Clooney qui hérite du scaphandrier spatial. Attention, SPOILERS ! La navette spatiale Explorer effectue une mission de maintenance sur le télescope spatial Hubble. Trois astronautes sont dans l'espace en train d'effectuer des travaux sur le télescope amarré dans la soute de la navette lorsque le centre spatial de Houstoninforme l'équipage qu'un satellite russe a été détruit par un missile, engendrant un nuage de débris spatiaux. De prime abord sans danger, les débris se multiplient par réaction en chaîne et certains d'entre eux se dirigent droit vers les astronautes. 
Ceux-ci se préparent à réintégrer la navette spatiale. Mais il est trop tard, les débris sont sur eux. L'astronaute Ryan Stone qui était amarrée au bras télécommandé de la navette se trouve propulsée dans l’espace et dans la panique perd de vue la navette et ses collègues.

Le commandant de la navette, Matt Kowalski, qui a également survécu et qui dispose, contrairement à sa collègue, d'un MMU lui permettant de se déplacer, parvient à la rejoindre. Il l’arrime à lui à l’aide d’un câble et, grâce à la propulsion de son MMU, l’emmène à sa suite jusqu'à la navette spatiale. Hélas à bord il n’y a pas d’autres survivants et les destructions l'ont rendue inutilisable.
Le seul espoir semble être la station spatiale internationale à 100 kilomètres de là. Matt espère regagner la Terre à bord d'un vaisseau Soyouz amarré à la station spatiale. Le parcours dans l’obscurité sidérale est l’occasion d’un échange entre les deux rescapés et Ryan confie à Matt comment elle a perdu sa fille au cours d’un banal accident. Depuis, elle est hantée par ce destin tragique.

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Gravity oscille intelligemment entre plusieurs genres : la science-fiction, l'aventure, le film catastrophe et le survival. Finalement, le film s'apparente à un huis-clos spatial. Ce qui est assez déroutant. D'un côté, les deux protagonistes doivent se déplacer dans un vide à l'immensité incommensurable. De l'autre, ils doivent se débattre dans une combinaison exigüe et dans un univers en proie à de nombreux dangers, notamment les propulsions de débris spatiaux, rapides comme l'éclair et perforant comme des balles de révolver. Plus qu'un paradoxe, un oxymore. A l'image de l'intitulé du film, donc Gravity (au cas où vous n'auriez pas suivi...) : en effet ici, point de gravité, mais plutôt une apesanteur totale qui va jouer un rôle prépondérant pour nos deux héros en scaphandrier.

C'est toujours dans ce paradoxe que le film propose un périple haletant dans un espace sans limite, sans hauteur, ni longueur, ni largeur et finalement sans repère. La notion d'espace n'existe pas, semble nous dire Alfonso Cuaron. Sur ce dernier point, le réalisateur se transforme en véritable virtuose de la caméra avec de nombreuses scènes à couper le souffle, et des séquences à priori simplistes, mais d'une redoutable efficacité par leur ambiance étouffée et anxiogène.
Le spectateur est lui aussi convié à plonger dans ce vide intersidéral aussi nébuleux que fascinant, aussi dangereux que captivant. Néanmoins, contrairement à 2001, l'Odyssée de l'Espace, Solaris (le film de 1972, pas le remake, dans lequel on retrouvait par ailleurs l'ami Nescafé... Pardon... George Clooney...) et à Interstellar, Alfonso Cuaron élude tout questionnement de fond sur notre vaste cosmos.
Contrairement à ses prédécesseurs, et malgré son habileté technique, Alfonso Cuaron ne propose jamais de réflexion sur ce vide intersidéral et sur le rapport que l'homme entretient avec l'univers. C'est le gros point faible du film, malgré, je le répète, des qualités indéniables. Bref, un film de science-fiction certes magnifique et d'une beauté insondable, à défaut d'être visionnaire...

NDB: Le titre de cet article est une citation du réalisateur lors d'une interview donnée au magazine Popcorn (numéro 2).

29 juin 2015

Cuvée terminée

A l'heure où l'ami Big Jim est en train de se fatiguer sur les suites d'Avatar et où le dernier volet sort ce mercredi, la Cave de Borat revient sur la saga qu'il a initié, Terminator. Véritable bordel à droits, la saga Terminator a changé de couleur dès lors que son auteur initial s'en est allé, laissant les restes aux studios charognards (Sony, Intermedia, Warner, Skydance et Paramount nous y voilà!) et son bon vieux Arnie. L'occasion était trop belle pour votre bon Borat de partir sur le champ de bataille dans la course contre le temps qui se joue entre Skynet et la Résistance. La première fois que j'ai entendu parler de Terminator ce fut avec le troisième opus que j'ai vu au cinéma, la seconde avec le deuxième à la télévision, la troisième avec le premier en DVD (j'avais acheté entretemps un coffret avec les trois opus et j'ai eu la chance de le voir en salle le mois dernier), la quatrième avec la série Sarah Connor Chronicles et enfin avec Terminator Renaissance. Maintenant que les présentations sont faites, lançons-nous!

  • Terminator (1984) : Genèse de l'apocalypse

Terminator

Au début des années 80, James Cameron est en très mauvaise posture: ancien collaborateur de Roger Corman, son premier film Piranha 2 lui saute à la gueule, les producteurs lui retirant le final cut et le vire plus simplement. D'ailleurs on ne saura jamais comment celui que l'on nommera bientôt Big Jim est revenu d'Italie mais dans tous les cas cela ne devait pas être jojo. Néanmoins, l'idée de Terminator lui est venu à la suite d'un rêve: une machine sortant des flammes. Coup sur coup, James Cameron se lance dans l'écriture d'un scénario mêlant post-apocalypse et voyage dans le temps avec Bill Wisher. La première version mettait en scène deux Terminator dont un en métal liquide. Cette idée sera évincée mais reviendra pour sa séquelle, la technologie ayant évoluée entretemps. Gale Anne Hurd que Big Jim a croisé à New World Pictures où elle était l'assistante de Tonton Roger s'y intéresse et Cameron lui laisse les droits pour un dollar symbolique en échange du fait qu'elle produise et qu'il réalise le film. Orion distribue le film mais c'est Hemdale Pictures qui prend les droits du production (que Cameron convainc en faisant apparaître Lance Henriksen défonçant la porte en cuir!). Un joyeux bordel qui annonce déjà les gros problèmes de droits autour de la franchise.

Terminator : Photo Arnold Schwarzenegger

"Sarah Connor?"

Le film budgeté (un peu plus de 6 millions de $), les phases de casting peuvent commencer. Auréollé du succès fracassant de Conan le barbare de John Milius, Arnold Schwarzenegger est d'abord prévu pour le rôle de Kyle Reese mais Big Jim est peu convaincu et le voit davantage dans celui du Terminator. Rôle proposé également à OJ Simpson mais ironiquement James Cameron ne le voyait pas en tueur (!). Schwarzy, peu convaincu du scénario, dira que c'est une merde mais son entretien avec Big Jim se passe bien et il finit par être engagé. Michael Biehn jouera quant à lui le héros de la Résistance et Linda Hamilton sera la fameuse Sarah Connor, le personnage par qui tout commence. Schwarzy étant pris par le contrat d'exclusivité de Dino de Laurentiis, il se retrouve donc sur Conan le destructeur et pendant ce temps Big Jim accouche du "scénario" de Rambo 2. Stan Winston entre en jeu et s'occupera des effets-spéciaux, Orion propose différentes choses (comme un chien robotique pour Reese et une romance plus poussée entre Sarah Connor et Kyle Reese). Une fois le tournage commencé, Linda Hamilton se foule la cheville, faisant bousculé le calendrier de certaines prises où elle court. Pour ce qui est du Terminator une fois à l'état squelettique, Fantasy II opte pour de la stop-motion. Néanmoins une fois en post-production, Hemdale pose problème notamment avec son patron John Daly.

Arnold je t'adore mais là ce n'est pas toi.

S'immiscant dans la salle de montage, il suggère notamment que le film devait se finir sur le Terminator sortant des flammes, Big Jim l'envoyant chier copieusement comme on lui connaît. Sans compter une distribution parfois chaotique pour ce qui est des ressorties, Hemdale désirant moyennement faire péter les compteurs du box-office. Terminator est un succès inattendu en plein automne 1984 aux USA et en France, il est notamment auréollé du Grand Prix d'Avoriaz quelques mois avant sa sortie en 1985. Jusqu'à présent, les ennemis de l'apocalypse étaient souvent des aliens ou l'Homme lui-même. Si l'Homme est très coupable dans Terminator, c'est surtout la Machine qui apparaît comme le méchant de l'histoire. Peu de robots avaient été montré comme des ennemis à l'image de ceux de Mondwest, des répliquants de Blade Runner ou Ash dans Alien (tiens donc!); avec Terminator on tient probablement l'archétype du robot tueur que l'on retrouvera beaucoup dans les années à venir (certains pastichant carrément le Terminator). Indestructible, à visage humain, venant du futur et qui revient sans cesse à la charge, le T-800 est une vraie machine à tuer, tuant tout ceux qui l'écarte de sa mission (Dick Miller, acteur de Tonton Roger et par la suite de Joe Dante, se fait liquider en vendeur d'armes!) et sa mission est évidemment de tuer.

Un rêve devenu réalité.

Sa cible: une certaine Sarah Connor, jeune femme qui se retrouve au coeur d'une guerre qu'elle va malheureusement déclenché en mettant au monde le chef de la résistance face aux Machines. Une fille simple qui travaille dans un dinner et n'ayant pas de chance en amour et qui accessoirement à une collocataire qui ne quitte jamais son baladeur (ah les 80's!). Un soldat de la Résistance est alors envoyé lui aussi du futur afin de la protéger. Kyle Reese n'est pas indestructible puisqu'il est humain. Il est néanmoins un soldat, faisant de lui un ennemi redoutable et capable d'affronter une machine. Au cours du film, le spectateur découvre la guerre entre la Résistance et Skynet à travers les souvenirs de Kyle Reese: des camarades tuées, des batailles nocturnes avec des sortes d'avions drônes balançant des rayons laser qui transpercent les corps, des crânes qui parsèment le chemin et des camps de résistants qui finissent par être décimés par des Terminators parce qu'ils ont forme humaine (les chiens sont les seuls à réellement les reconnaître). C'est donc avec une certaine minutie (et malgré le budget de 5 millions de $) que Cameron nous dévoile un véritable monde et impressionne.

Hé oui, la coupe mulet à aussi fait des ravages à Linda Hamilton.

Les visions du futur retranscrivent quelque chose d'apocalypse avec peu et le réussissent. Le deuxième opus, puis le troisième décupleront l'ambition avec le budget qui va avec, mais les débuts sont bel et bien là et ils sont impressionnants. Reese est un homme traumatisé (quand il rêve il pense automatiquement à la guerre et à ce qu'il a vécu) mais aussi amoureux depuis qu'il a vu la photo de Sarah Connor, ce qui entraîne un beau paradoxe temporel des familles. (Spoilers) Kyle Reese fait l'amour avec Sarah ce qui entraîne la naissance de John Connor alors même que Kyle Reese n'est pas encore né. Idem en laissant le bras cybernétique du T-800, Cyberdine finira par essayer de créer des robots en conséquence. Le paradoxe temporel est aussi bien bénéfique que pas du tout, engendrant à la fois le début de la Résistance et la fin de l'Humanité. Une boucle temporelle qui est instoppable et qui continuera encore et encore sans une quelconque modification, puisqu'à chaque fois elle est inutile et engendre une conséquence supplémentaire (l'endurcisement de John Connor par exemple comme celui de sa mère). "Pas de destin mais ce que nous faisons" comme dirait Sarah Connor. (fin spoilers)

Il y a quelque chose de pourri dans ce commissariat et Arnold va faire le ménage.

Au niveau de la réalisation, outre les scènes post-apocalyptiques, Big Jim s'en sort par un rythme enjoué, donnant lieu à une belle
poursuite en pleine rue comme un climax épique où la stop-motion gérée par Fantasy II fonctionne parfois bien mieux que certains maquillages (notamment dans la scène de l'innoculation qui fait un peu toc de nos jours), le rendu de la stop-motion renvoyant à une forme de mécanique digne d'un robot. Sans compter que le rendu même du T-800 est saisissant et horrifiant. Si l'on n'a vu aucune image de la machine avant, l'effet d'effroi est garanti. On retiendra également la scène du commissariat qui, en plus de donner une des répliques phares d'Arnie (vous voulez quand même pas que je vous la cite? -NDB), est un véritable moment d'action où l'Homme est face à quelque chose qu'il ne peut surpasser et se fait dégommer sans aucune chance. Un moment de violence que vous ne retrouverez pas forcément de nos jours... Le film se termine sur un peu d'espoir bien aidé par le thème de Brad Fiedel version romantique (la version guerrière est évidemment bien plus impressionnante de par sa simplicité et son côté direct), mais l'avenir n'est pas forcément radieux à l'image d'un orage qui arrive.

  • Terminator 2 (1991): Los Angeles on fire

Terminator 2

Lorsque Big Jim revient au Terminator, il ressort de l'échec commercial d'Abyss. Suite à la vente des droits par Hemdale, Schwarzy suggère à Mario Kassar et Andrew Vajna (producteurs de Total Recall) d'acheter les droits avec Carolco pour cinq millions de $. Il faut dire qu'entretemps, beaucoup de bisseries italiennes sont revenus sur Terminator notamment Atomic Cyborg de Sergio Martino (où un homme devenu un robot devient la cible d'un complot scientifico-mafieux) ou Terminator 2 de Bruno Mattei retitré Spectres à Venise sous peine de se faire coller un procès aux fesses. Idem du côté de chez Orion distributeur de Terminator qui produit l'impitoyable Robocop de Paul Verhoeven afin de jouer sur la mode (heureusement Popaul fut bien plus malin) et n'hésite pas à le promouvoir en mettant le thème de Brad Fiedel dans la bande-annonce! Big Jim revient mais ne vient pas pour des broutilles: il veut faire plus gros, plus fort. Big Jim dira qu'il aurait pu le faire pour moins cher et que le studio aurait aimé aussi, mais que pour faire un spectacle digne de ce nom il fallait y mettre des gros moyens. De plus, les cachets de Schwarzy ont considérablement augmenté depuis Terminator. Schwarzy a touché pour ce film entre 12 et 15 millions contre un "petit" million pour Linda Hamilton.

Terminator 2 : le Jugement Dernier : Photo Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton

"T'as pas un plus gros flingue? -Attends de voir mon mini-gun!"

Au total, le film coûtera 102 millions de $ devenant le film le plus cher à cette époque et un véritable blockbuster en puissance
rentabilisé plus que rapidement par un box-office explosif (plus de 500 millions de $ de recettes). Terminator 2 : Le Jugement dernier s'impose très rapidement comme un des meilleurs blockbusters de son époque voire le meilleur. Un film d'action et science-fiction à gros budget, mais qui a le mérite de renouveller son concept initial en n'étant pas un parfait copier-collé de son aîné et donner un vrai sang neuf à une nouvelle franchise. D'autant qu'au vue de la réputation du premier film, T2 se devait de faire aussi bien voire mieux. Au niveau de la réalisation, on voit clairement que le budget est là et ce dès l'introduction. Le film commence par des images du quotidien avant qu'un éclair bleu fige un plan où l'on voit des enfants joués sur une balançoire. Via une transition brutale, Cameron nous emmène dans le Los Angeles de 2029 et crée l'effroi. Le même décor que nous avons vu il y a quelques secondes est reduit en cendres et peuplé de crânes et décors détruits (le pont est brisé) avant qu'un T-800 ne dégomme un crâne du pied. L'occasion de voir que les choses ont bien changé depuis 1984. Ce n'est plus un mais plusieurs exosquelettes que l'on peut voir à l'écran qui plus est en plein mitraillage.

Terminator 2 : le Jugement Dernier : Photo Linda Hamilton

Sarah Connor, une battante devenue guerrière.

Big Jim a plus de moyens et se permet donc de montrer plus de choses de la guerre du futur. On ne la verra que dans cet extrait (et Terminator 3 fera de même dans son ouverture), mais ce qui est montré est impressionnant. On croit voir l'apocalypse et la vision qui est montré est aussi effrayante que guerrière. On avait vu un peu la résistance par les souvenirs de Kyle Reese dans Terminator, mais là on est vraiment au front. Qui plus est avant même qu'il n'arrive à l'écran, John Connor nous apparaît enfin sous ses traits du futur en bon seigneur de guerre. Sarah Connor agit en tant que narratrice, énonçant le pitch même du film: deux robots envoyés pour trouver John Connor en 1995 un pour le tuer, l'autre pour le protéger. La chasse peut alors commencer après un générique en flamme où le thème de Brad Fiedel prend de sérieuses couleurs après le synthétiseur joué en live pour le premier film. Cameron reprend l'idée du Terminator au métal liquide en créant le T-1000 qui prend les traits de Robert Patrick.  Un ennemi pouvant imiter toute arme ou personne rendant son approche digne d'un prédateur. La scène chez les tuteurs de John en sont la preuve (le temps de changer de main et vous aurez la scène la plus gore du film). Une révolution technique également puisque comprend le morphing (que Big Jim fera perfectionné dans le grand final alors qu'il fut crée pour le film Willow) et de la performance-capture, Robert Patrick ayant eu droit à un modèle informatique d'après des capteurs. A peine croyable à l'époque, l'effet-spécial apparaît comme une innovation majeure.

Terminator 2 : le Jugement Dernier : Photo

Le T-1000, une révolution à lui tout seul.

C'est notamment à cause d'innovation de ce type que T2 reste encore aujourd'hui en mémoire: à l'image d'un certain Jurassic Park, les effets-spéciaux sont si révolutionnaires qu'ils passent encore crèmes de nos jours. Si l'on excepte quelques maquillages qui se voient un peu plus à l'oeil nu désormais (mais rappelons-le nous sommes en 1991 et le film déploie déjà une maestria visuelle sans précédent), le rendu de T2 paraît terriblement récent. Incroyable quand on se dit que le film a désormais 24 ans. Mais Big Jim ne s'arrête pas là puisque le T-800 devient le "gentil robot" devant protéger John Connor. Ce qui entraîne un merveilleux paradoxe quand Sarah Connor le revoit en chair et en os pour la première fois depuis 1984, voyant là la machine qu'elle a détruite autrefois et qui a tué l'homme qu'elle aimait (un sentiment qui sera abordé par John lorsqu'il raconte que sa mère pleure parfois au Terminator). Surtout c'est le T-800 qui lui dit la fameuse phrase "Viens avec moi si tu veux vivre", autrefois dite par Kyle Reese. Mais le T-800 apparaît très rapidement comme tout autre: il est le père que n'a jamais John et qui le protègera contre le danger.

Terminator 2 : le Jugement Dernier : Photo Arnold Schwarzenegger

"I'll be back!"

Le spectateur a même un sentiment étrange quand il voit petit à petit que le cyborg éprouve une certaine morale et cherche à apprendre certaines choses. C'est le cas quand John lui apprend des phrases ("No problemo!", "Hasta la vista baby!", "Va te faire foutre sac-à-merde"...) mais aussi quand ce dernier lui demande de ne tuer personne. Lors de la scène du mini-gun, le T-800 sort les armes mais surtout pour intimider, il explose des véhicules mais ne tue personne. Idem lorsque le T-800 blesse ou balance des grenades fumigènes sur des points particuliers du corps. Et là où le cyborg rajoute en ambiguité est quand il sourit en regardant John hors champ avec le mini-gun en main. Le final ne fait que rajouter en émotion ce que l'on a déjà vu. Big Jim s'interroge sur les limites de l'intelligence artificiel et se demande si une machine peut devenir plus humaine qu'un homme. Sarah Connor a également changé, passant d'une jeune femme romantique et battante à une véritable guerrière s'entraînant chaque jour dans sa cellule en espérant trouver une sortie. A l'image de ce qu'il a fait dans Aliens avec Ellen Ripley, Big Jim a fait de Sarah une guerrière qui a vu l'enfer et le combat arme à main. Elle devient aussi une mère prête à tout pour sauver son fils, la plus belle preuve d'amour qu'elle lui fait se déroulera dans le fourgon. Big Jim signe un blockbuster qui envoie la marchandise (on peut compter les scènes cultes) mais qui fait également réfléchir. Au point que T2 est devenu très rapidement une des meilleures suites de tous les temps. Comme Aliens...

  • Terminator 2 3D Battle Across Time (1996): Attraction terminée

En 1996, Universal Studios annonce une attraction basée sur Terminator 2. James Cameron, Stan Winston et John Bruno planchent dessus pour la bagatelle de 60 millions de $ (un énorme budget même pour une attraction, Captain EO a coûté moins cher même s'il s'agit d'un précurseur) et qui plus est en 3D alors que le procédé était quelque peu en désuétude (tout du moins au cinéma). L'occasion pour le réalisateur d'expérimenter le procédé, bien avant Les fantômes du Titanic (2003). Dans un premier temps, une vidéo est projetée durant une bonne trentaine de minutes, montrant les bienfaits de Cyberdine et notamment la présentation d'un premier modèle de Terminator... Avant que n'apparaissent Sarah et John Connor sous les traits de Linda Hamilton et Edward Furlong (qui avait déjà bien grandi) sur l'écran en mode piratage annonçant au public qu'il faut se méfier de Cyberdine et notamment du système Skynet. La vidéo reprend ensuite avant une conférence sur scène, mais le tout dégénère quand les Connor débarquent sur scène (des comédiens évidemment même si les voix sont bien celles des acteurs mythiques) et que le T-1000 arrive par une capsule temporelle exploitant la 3D.

Des coulisses à la cool.

Un comédien en mode T-800 arrive et prend John Connor avec lui, le T-1000 les poursuivant à travers la capsule temporelle qui finit par les amener dans le futur sur un champ de bataille. Là toute la maestria de Big Jim se montre dans ce petit court-métrage où Schwarzy dégomme différents types de Terminator, que ce soit des petits robots volants qu'il dézingue à bout de bras (séquence qui a un peu vieilli mais quand même prometteuses pour l'époque); le T-1000; un exosquelette (hérité des restes de T2 et tout simplement superbe) dont une séquence très efficace et enfin un délire entre vidéo et théâtre où la doublure de Schwarzy dégomme une araignée en métal liquide chargée de protéger le noyau de Skynet. L'air de rien, nous avons beau être dans une attraction dérivée, jouant sur les codes de la franchise et notamment à faire dans le fan-service (le T-1000 finalement là pour pas grand chose), mais il y a quelque chose de beau et attrayant dans le show présent. Cameron joue avec le bestiaire de sa saga tout en faisant un peu tout et n'importe quoi (l'araignée c'est quand même de la grosse rigolade!), mais cela reste parfaitement dans la saga.

John Connor découvre enfin ce à quoi il doit se préparer, le T-800 revient pour le protéger, Sarah Connor continue son combat contre Cyberdine qui n'a visiblement rien compris du désastre à venir et surtout les scènes post-apocalyptiques sont superbes. Le T-800 et John Connor à moto roulant à travers une ville en ruine, pourchassé par un des avions mitrailleurs que l'on croise depuis le début de la saga est en soi une scène mémorable que l'on aurait aimé voir dans un film Terminator. Et comme à son habitude, Cameron joue sur le fait que les batailles se déroulent la nuit ou tout du moins dans un univers crépusculaire. Une chose que n'a pas compris McG bien malheureusement...

  • Terminator 3 (2003): Back in black

Terminator 3 : le Soulèvement des Machines : affiche Arnold Schwarzenegger, Jonathan Mostow, Kristanna Loken

On parlait de Terminator 3 depuis le succès colossal du Jugement dernier et pourtant rien ne se fait réellement avant 2002. James Cameron annonce au cours des années 90 son intention de produire un troisième volet. Entretemps, Carolco met la clé sous la porte et vendent les droits. 50 % restent à Gale Anne Hurd productrice historique de la saga. Big Jim essaye de gérer tout ça avec la Fox mais les tensions s'accumulent lors de la post-production de Titanic (ce qui s'est vite arrangé quand même!). Mario Kassar et Andrew Vajna reviennent à la franchise pour la somme de 7,5 millions de $ en reprenant les parts de la productrice, fondant par la même occasion C2 Pictures en 1999. Le traitement de Tedi Sarafian met en scène John Connor en employé d'entreprise et découvrant l'arrivée d'un Terminator au physique féminin. Cameron n'est déjà plus annoncé au début des années 2000, lui-même étant occupé depuis déjà quelques temps par le projet Avatar et Jonathan Mostow finit par être engagé comme réalisateur. Il engage des réécritures en compagnioe de John Brancato et Michael Ferris. Schwarzy ne veut dans un premier temps pas revenir puisque Big Jim ne réalise pas, Big Jim lui a néanmoins suggérer d'accepter pour toucher un gros chèque! Mais l'acteur en est déjà à vouloir se lancer en politique et voit ses plans changeaient légèrement.

Terminator 3 : le Soulèvement des Machines : Photo Jonathan Mostow

Apocalypse now.

Schwarzy touchera près de 30 millions de cachet dans un budget de 170 millions de $. Nick Stahl reprend le rôle de John Connor (Edward Furlong est vite écarté surtout que sa descente aux enfers commençait doucement mais surement) quand Linda Hamilton est dans un premier temps appelé pour reprendre le rôle de Sarah Connor avant que cette dernière ne soit déclarée morte dans le script. Le succcès commercial est bel et bien là et pourtant aucune suite ne se met en place comme initialement prévu. Même si l'accueil critique se veut bienveillant, beaucoup dézinguent Terminator 3 : Le soulèvement des machines et notamment en cause sa ressemblance avec les deux premiers volets. Le TX en est l'exemple le plus flagrant. Grande méchante du film, ce nouveau modèle se présente comme un mélange des deux modèles que nous connaissons principalement: le T-800 et le T-1000. D'un côté elle est purement mécanique et partage une curieuse personnalité (elle aime la mode et montrer son décolleté, un peu comme le T-800 a une adoration pour le cuir!). De l'autre du métal liquide coule dans sa carcasse et lui permet d'imiter des armes (notamment une tronçonneuse pour un moment bien gore hors-champ) et des personnalités. Finalement pas grand chose de nouveau sous le soleil.

Terminator 3 : le Soulèvement des Machines : Photo Arnold Schwarzenegger, Jonathan Mostow

"C'est l'heure de tirer un petit coup! Allez mes jolies, dansez! DANSEZ!"

Pareil pour certaines scènes d'action renvoyant parfois à Terminator 2: la poursuite dans les bois qui n'est pas sans rappeler la fuite de l'asile; le passage au sanatorium renvoyant à l'assaut de Cyberdine au mini-gun (et au même final: le T-800 ne tue personne par contre, il se prend beaucoup de balles) ou la poursuite en pleine ville (scène très bien réalisée et faisant la part belle à la destruction massive!) entre le TX, John Connor et le T-800 qui arrive après tout le monde. On note également une tendance à l'autocitation récurrente, à coup de "She be back" et autres. Ce bon vieux Arnold accumule d'ailleurs les répliques pinces sans rire, donnant le change au pessimisme ambiant du film, à base de "Parle à ma main!", "Relax!" ou ses allusions quant au possible contenu psychologique de son programme! Sans compter l'introduction même de Schwarzy se retrouvant dans un bar à striptease et servant malgré lui d'amuse-gueule pour mesdames sur Macho Men des Village People, avant d'écraser les lunettes étoiles qu'il avait dans sa poche! Mais l'air de rien et sous ses airs de divertissement pétaradant qui va un peu trop chercher vers l'original; Le soulèvement des machines se révèle bien moins bourrin qu'il n'y paraît. Dès l'introduction le ton est donné: John Connor fuit sa destinée et fait de multiples cauchemars d'un futur approchant.

Terminator 3 : le Soulèvement des Machines : Photo Arnold Schwarzenegger, Jonathan Mostow, Kristanna Loken

"T'as de beaux yeux tu sais? -Elles sont chouettes tes lunettes."

Des scènes qui ne sont plus filmées dans de vrais décors mais devant des fonds verts, mais montrant une ampleur disproportionnée jamais vu encore dans la saga. Nous avons la Résistance et les champs de bataille classiques, mais pas un combat aussi massif avec des Terminators par milliers et une Résistance savourant une victoire avec un John Connor bien plus vieilli que dans le second opus. Les images sont courtes mais montre un combat impressionnant. Mais surtout, T3 est une véritable course contre la montre où finalement il n'y a pas d'issue. (Spoilers) Skynet est devenue tellement puissante que son simple déclenchement n'est qu'une broutille face à l'apocalypse qui va suivre. De plus, le TX a non seulement pour mission de tuer Connor mais aussi certains de ses lieutenants à venir. Le chemin de cadavres ne fait que de commencer avant même la guerre. On apprend aussi que John Connor n'est pas infaillible et que sa mort est liée à sa filliation avec le T-800 qu'il concidère comme le père qu'il n'a jamais eu. Un aspect renvoyant plus à Terminator 2 qu'à sa suite où les deux entrent en permanence en conflit, un peu à l'image... d'un père et son fils. Etrange. T3 nous amène donc à ce que l'on craint depuis le départ: le Jugement Dernier et autant dire que ce dernier est à faire peur.

Terminator 3 : le Soulèvement des Machines : Photo Arnold Schwarzenegger, Jonathan Mostow, Nick Stahl

"Va te faire foutre saleté de machine! -C'est mieux!"

 

Mostow signe une pure séquence de guerilla en plein complexe militaire avant un apocalypse ravageur sous la superbe musique de Marco Beltrami. La mission était claire: il ne fallait pas sauver le monde mais John Connor et sa future femme de la destruction de la Terre par les Machines. L'apocalypse était inévitable, le monde courant à sa perte tout seul. John dit à la fin que "le combat ne fait que de commencer", la guerre entre les restes de l'Humanité et Skynet. On aurait bien aimé voir cela, on a finalement eu droit au mauvais film. (fin des spoilers)

  • The Sarah Connor Chronicles (2008-2009): Temps alternatif

Terminator : Les Chroniques de Sarah Connor : Photo

Même si au fur et à mesure des années, les choses se sont un peu tassées avec Le soulèvement des machines, certains fans ne l'acceptent pas en tant que tel et la mise en chantier de Sarah Connor Chronicles apparaît comme un moyen de faire oublier le film. Andrew Vajna et Mario Kassar sont producteurs de ce projet télévisuel et la Fox ne tarde pas à rentrer en négociation pour diffuser la série. La série se développe durant trois ans avant sa diffusion sous la houlette de Josh Friedman. Mais la Grève des scénaristes survenant fin 2007 bousille tout, réduisant de manière drastique le nombre d'épisodes (neuf épisodes pour la première saison, ce qui s'avère ridicule pour une série de network arborant jusqu'à une vingtaine d'épisodes en tant normal).Les audiences ne suivent pas ou descendent de manière fulgurante (la série a baissé en audience de 18 millions de téléspectateurs à 10 en une semaine). La saison 2 (que je n'aborderais pas car pas vu -NDB) commencera en dessous des 7 millions pour finir au dernier épisode en dessous des 4. The Sarah Connor Chronicles est d'autant plus méritante qu'elle subit de plein fouet les changements d'horaires de la Fox.

Terminator : Les Chroniques de Sarah Connor : Photo Brian Austin Green, Lena Headey

"Tu vois quelque chose Sarah? -Un beau trou avec écrit "I hate Terminator Salvation". Tu sais ce que ça veut dire? -Aucune idée!"

Suite à la Grève des scénaristes, la Fox réorganise tout son plan et la série passe le lundi de 20h à 21h avec Prison Break (alors en décrépitude totale suite à une trop grande gourmandise de la Fox de faire perdurer une série qui est à la fin de son concept). Mais sur la seconde saison, le bat blesse puisque la série passe du lundi 20h au vendredi 20h suite à sa pause d'hiver. Le vendredi étant synonyme de "casse-pipe", la série Fringe également diffusée par la Fox en est la preuve. La série ne s'en relèvera pas. Même si votre interlocuteur apprécie énormément le troisième volet, il se trouve que l'alternative proposée par Friedman est assez intéressante. Comme évoqué au début de Terminator 3, Sarah Connor souffre plus ou moins d'une leucémie et la maladie est "éradiquée" au cours de son voyage temporel vers 2007. Elle est toujours accompagnée de son fils et change de lieu au fur et à mesure avant d'être à nouveau rattrapée par les Terminators. Mais évidemment ce serait plus simple si John ne tombait pas amoureux de sa "protectrice" Cameron (vive le subtil et le fan service!) et que le frère de Kyle Reese ne faisait son apparition pour épauler celui qui deviendra son "neveu".

Terminator : Les Chroniques de Sarah Connor : Photo Matt McColm

"Quoi? Je suis juste passé sous une voiture! Pas besoin d'en faire un fromage!"

Sur ces différents points, la série, tout du moins dans sa première saison, a le mérite de bien aborder cela. Reese évoque son frère à sa "belle-soeur" et son "neveu", renvoyant à un temps qu'ironiquement ils ne pourront que difficilement connaître. Cameron et John ont un lien différent de celui unissant John avec le T-800. Déjà parce que John est un adolescent comme les autres et que les filles pour le coup c'est son dada. Et qu'en plus Summer Glau est pour le moins jolie. Tout cela amenant à un amour impossible qui n'a rien de l'amour père-fils qui se jouait entre John et le T-800 (ce qu'il disait ironiquement dans... Terminator 3!). Et enfin Linda Hamilton a une bonne relève avec Lena Headey, trouvant ici un beau rôle de femme forte et cherchant à tout prix à préserver son fils d'un apocalypse retardé mais inévitable. D'autant qu'en plus, la série est loin de démériter au niveau de la réalisation, se donnant les moyens pour des effets-spéciaux décents. Dommage que les conditions ne furent pas plus favorables...

  • Terminator Salvation (2009): Dommage collatéral

Terminator Renaissance : Affiche McG

Entrant en production quasiment en même temps que la série, Terminator Salvation n'est pourtant pas une suite directe au Soulèvement des machines. Initialement, Jonathan Mostow, Nick Stahl et Claire Danes devait revenir. Mario Kassar et Andrew Vajnar envisage même de faire revenir James Cameron pour un cinquième volet (qui refusera l'offre). Michael Ferris et John Brancato reviennent à la franchise dès 2006 avec pour conviction de refaire une trilogie (comme quoi le plan des Ellison de revenir à une trilogie avec Terminator Genisys n'a rien de nouveau). Salvation intéresse puisque pour la première fois le spectateur aura droit à un véritable opus se déroulant durant la guerre entre l'Homme et la Machine, entre la Résistance et Skynet. Fin 2007, McG est annoncé à la réalisation ce qui n'a rien pour rassurer au regard de ses lamentables Charlie's angels; Christian Bale est annoncé en tant que John Connor et aura face à lui Sam Worthington vivement recommandé par James Cameron (l'australien avait déjà tourné Avatar quand il fut engagé et ironiquement Salvation est sorti avant Avatar!). Charlotte Gainsbourg fut engagée dans un premier temps pour jouer Katerine Brewster Connor, mais l'actrice refuse à cause de son emploi du temps et donne un avis assez négatif sur le script (on ose imaginer les qualités du nouveau Independence Day vu qu'elle a accepté le rôle).

Terminator Renaissance : Photo Christian Bale, Sam Worthington

"Je crois que j'aurais mieux fait de jouer dans Avatar. -Quoique quand tu vois ma carrière depuis Christian..."

Elle sera remplacée par Bryce Dallas Howard. Anton Yelchin succède à Michael Biehn dans le rôle de Kyle Reese. Mais le tournage ne se passe pas comme prévu. Bale se blesse la main, Worthington le dos et le technicien des effets-spéciaux Mike Menardis manque de perdre une jambe lors de l'explosion d'une plaque d'égoût. Des problèmes de droits surviennent entre différents producteurs, revenant au bordel de droits qui gangrènent cette saga depuis ses débuts. Maiss le fait le plus marquant survenant au cours de la production du film est ce moment d'égarement de Christian Bale. Le directeur de la photographie Shane Hurlbut a marché au cours d'une prise et l'acteur s'est mis à gueuler et insulter le chef opérateur. Une histoire qui aurait pu rester enfoui mais le tout est enregistré par quelqu'un sur le tournage et fuite sur le net. Un grand moment de poésie dont Bale a dû s'excuser. Le film sort et divise et les chiffres ne sont pas ceux attendues au point de parler de semi-flop. Le studio Halcyon dépose le bilan, vendant ainsi les droits. On annonce un film d'animation vite oublié quand Universal envisage un nouveau Terminator avec Justin Lin aux commandes. Le réalisateur est encore pris par la saga Fast and Furious cher au studio et y renonce comme ce sera le cas d'Highlander alors que les Ellison gagnent les droits aux enchères (ironiquement, Lin est à la réalisation désormais de Star Trek XIII produit par... David Ellison!).

Terminator Renaissance : Photo Christian Bale

"Saleté de machines!"

Alan Taylor le réalisera sous l'égide de la Paramount, avec le retour de Schwarzy qui ne manquera pas de dire que le précédent était une belle merde! Reste à voir ce qu'il adviendra de Terminator Genisys. Reste à savoir pourquoi nous sommes encore revenu à la case de départ. Salvation bénéficie d'une bonne facture technique tout du moins dans sa réalisation et sa photo. Le film se révèle intéressant à regarder, n'hésitant pas à montrer un univers au soleil de plomb, d'autant que McG a utilisé un procédé permettant de rajouter de l'argent dans l'image. Sauf que déjà là il y a un problème. James Cameron a instigué depuis le début de sa saga que les combats se déroulent de nuit. Or, les trois quarts du film se déroulent le jour et la nuit, Skynet ne donne lieu à quasiment aucun combat! John Connor en vient même à atteindre le poste principal de Skynet en toute tranquillité et sans surveillance! Un improbabilité confirmant que McG ne comprend rien de l'univers qu'il aborde et idem pour ses scénaristes qui ironiquement avaient montré les scènes post-apocalyptiques de T3... la nuit! Une totale incompréhension se joint alors chez le spectateur.

Ouh que c'est laid!

D'autant qu'en soi ce n'est même pas John Connor le héros du film mais Marcus Wright dont la révélation principale est dévoilée dès l'ouverture! Le problème étant que le personnage est à la recherche de qui il est durant tout le film jusqu'au climax à Skynet! Une nouvelle incompréhension de plus qui donne au spectateur une impression de foutage de poire à 200 millions de $ de budget. L'apocalypse annoncé n'a pas lieu il est même terriblement ennuyeux, d'autant qu'un des passages principaux du film consiste à retrouver Kyle Reese, ce qui s'avère une quête bien ennuyeuse. Sans compter le fan-service, le premier T-800 apparaissant bien évidemment avec la trogne de Schwarzy (qui laisse sérieusement à désirer et les visuels de Genisys font tout aussi peur) mais aussi la balafre de John Connor expliqué ou You could be mine de Guns n'roses qui arrive quand John Connor chevauche une moto-terminator. Sans compter l'ennui profond que provoque le film. Bale se révèle un très mauvais John Connor vraisemblablement plus inspiré en off que sur l'écran. En résulte, le premier véritable bémol de la saga et qui fait très mal. Sur cela se conclue cette cuvée, allez à la semaine prochaine!

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24 juin 2015

Cuvée Horror King

Il est impressionnant de voir à quel point certains acteurs peuvent marquer des générations entières de fans, devenant parfois par leur seule présence un gage de qualité indéniable. Christopher Lee a incarné cela jusqu'à sa dernière apparition dans La bataille des cinq armées, dernier volet du Hobbit où il reprenait pour la cinquième fois le rôle de Saroumane. Un acteur souvant caractériser comme méchant mais qui dépassait ce statut par une incarnation emblématique et dont le spectateur se souvient durablement. Peu d'acteurs peuvent se targuer d'avoir autant de rôles cultes et Christopher Lee pouvait s'en vanter ardemment avec près de 225 films à son tableau de chasse. Sa mort souffle un vent de tristesse pour les fans de genre que ce soit la fantasy, le fantastique ou la science-fiction auxquels sa présence a été capital à plus d'un titre. Il est donc légitime de rendre hommage à la carrière de ce grand monsieur du cinéma dans la Cave de Borat, un monstre sacré auquel on ne touchera pour rien au monde. Avant d'arpenter les plateaux de cinéma, Christopher Lee fut notamment espion et de voir de nombreuses horreurs dans les camps de concentration. D'ailleurs, Peter Jackson avait été étonné quand il lui avait montré comment quelqu'un criait quand il se faisait poignardé sur le tournage du Seigneur des anneaux. La réalité nous rattrape parfois malheureusement.

L'acteur multiplie les expériences au cinéma (notamment dans Le corsaire rouge avec Burt Lancaster et L'armure noire où Errol Flynn lui laissera une cicatrice à un doigt lors d'un combat à l'épée) et à l'opéra (où il manque de peu d'aller en Suède à cause de déboires financiers), mais sa taille d'1m96 revient souvent sur le tapis pour ne pas le prendre dans des rôles plus conséquents ("Même si je tournais depuis plus de dix ans, j'étais encore peu connu qu'au premier jour" *). Pourtant en 1957, ses désirs de cinéma sont écoutés et le voilà en train d'incarner la créature de Frankenstein où il fait face à son ami et camarade de longue date Peter Cushing. La Hammer réinvente en ce temps les films gothiques et adaptations de romans du siècle précédent et Frankenstein s'est échappé est le premier film d'une longue lignée où le studio emploiera Christopher Lee. De plus, l'époque aidant, la Hammer pouvait désormais filmé en couleur permettant de s'imposer face aux classiques de la Universal datant des années 30-40 et parmi les couleurs utilisées, le fameux rouge-sang; et s'épaule d'un réalisateur comme Terence Fisher pour signer la plupart de ses classiques. Pour la créature, Lee va à l'essentiel: un corps en décrépitude pour le visage pour empêcher tout problème de copyright avec la Universal au sujet du masque de Boris Karloff. Christopher Lee devient une star ou tout du moins acquiert enfin une visibilité qui lui manquait jusqu'à présent.

La Hammer et Christopher Lee collaborent à nouveau sur l'adaptation d'une autre icône de la littérature gothique, Dracula avec Le cauchemar de Dracula. "Dracula, je l'ai joué tel qu'il m'apparaissait dans le roman de Bram Stoker: sauvage, cruel, altier et accablé par la solitude. Je n'ai pas essayé de voir l'adaptation avec Bela Lugosi" * Avec Dracula, Christopher Lee impose un physique plus séduisant que celui de Bela Lugosi et le pouvoir de séduction n'en est que plus grand auprès des personnages féminins du film. Lee s'investie énormément notamment sur l'utilisation d'une cape et évince une robe de chambre qu'il était censé porter lors d'une scène ("Franchement bizarre dans le cadre d'un château moyenâgeux, en plein milieu de la Transylvanie" *). Avec Le cauchemar de Dracula, la carrière de Lee explose. L'acteur se veut comme souvent assez humble sur ce succès: "Al Daff, patron d'Universal qui distribuait le long-métrage (ironique quand on sait qu'Universal fut le précurseur des adaptations gothiques -NDB), m'a avoué que celui-ci avait sauvé le studio de la banqueroute. Pourtant, les autres comédiens et moi-même n'étions pas grassement rénumérés. Pour Le cauchemar de Dracula, j'ai été payé 750 livres. Davantage que ce que la plupart des gens touchent pour six semaines de travail. Cet argent m'a permis de m'acheter une Mercedes d'occasion dont le kilométrage n'était pas excessif." *

Dracula même pas sorti en salle que Lee enchaîne avec Corridors of Blood où il collabore avec Boris Karloff ("Un homme délicieux dont j'ai apprécié l'humour et l'immense gentillesse. A ses funérailles en 1969, j'ai assuré l'oraison funèbre" *). La Hammer est néanmoins très présente dans son plan de carrière comme le confirme la franchise Dracula: "J'en ai fait six autres pour Hammer. Un peu pour obligation, sous la pression du studio. Aucun de ces scripts ne rendait justice au personnage de Bram Stoker. Manque d'imagination, manque d'ambition... Un grand regret, vraiment." * Idem pour Les nuits de Dracula de Jess Franco assez fidèle de l'oeuvre et qu'il juge comme "un désastre" (*). La Hammer continue en même temps de faire de Christopher Lee une icône du fantastique et l'horreur en lui offrant La malédiction des pharaons renvoyant directement à La Momie avec Karloff. "L'expérience la plus difficile que j'ai connue. Sous les bandelettes de la Momie, je pouvais à peine respirer, sinon par l'ouverture des yeux. Pour les besoins d'une scène, j'ai traversé une fenêtre faite de vrai verre. Je me suis sérieusement blessé à l'épaule et au cou. Le scénario me demandait aussi de m'enfoncer dans l'eau avec, dans les bras, le poids mort d'une femme évanouie. Vraiment éprouvant et je n'aurait certainement pas pu relever le défi physique du film si je n'avais pas été au meilleur de ma forme" *

L'acteur enchaîne les second-rôles par la suite et notamment dans Le chien des Baskerville où il incarne la victime, cet héritier dont la malédiction s'abat. L'occasion pour lui de retrouver Peter Cushing qui incarne le mythique Sherlock Holmes. L'acteur se sort un peu de la Hammer en se retrouvant dans plusieurs productions transalpines et parmi elles le fameux Le corps et le fouet de Mario Bava où il joue l'amant brutal d'une femme. L'acteur finit ensuite par revenir à la Hammer mais tout n'est pas gai. "Dans Raspoutine le moine fou, je regrette que le scénario ne se focalise que sur les aspects les plus négatifs de la personnalité de Raspoutine." "Pendant des années j'ai poussé Hammer à entreprendre un projet sur l'occulte et le surnaturel, ceci de manière sérieuse, documentée. Cela a fini par porter ses fruits avec Les vierges de Satan dans lequel je me suis engagé au delà de l'interprétation. (...) L'apparition de l'Ange de la Mort, Mocata, n'est pas le point fort du film." * De tous les films qu'il a tourné pour la Hammer, Hurler de peur de Seth Holt est celui qu'il préfère notamment à cause d'un tournage chaleureux, sa qualité et aussi car il a rencontré Gary Cooper de visite sur le tournage. Après divers rôles, retour à nouveau à la Hammer avec Le masque de Fu Manchu mettant en scène un chinois machiavélique, "le Napoléon du crime" selon Lee.

"J'ai calqué mon jeu sur la représentation des grands mandarins et seigneurs de la guerre de l'histoire de la Chine. Si mon maquillage semble minimal, il demandait quotidiennement entre deux et trois heures de pause. Il était si inconfortable à porter, si contraignant, que mon visage pouvait afficher aucune expression. Tout devait passer par les yeux. (...) Une difficulté de tournage qui s'ajoutait à l'endroit épouvantable où nous filmions, une maison abandonnée des faubourgs de Dublin. L'humidité y était telle que l'eau suintait des murs." * Bien aidé par le succès, les producteurs veulent des suites ce qui agace Lee: "Franchement, le premier aurait aussi dû être le dernier. Les suivants sont loin de se hisser à son niveau." * Le dernier film que Christopher Lee tournera pour la Hammer sera Une fille pour le diable qu'il envisage dans un premier temps de produire seul par sa société, mais suite à l'échec de sa première production, est obligé de passer par la coproduction. L'acteur se révèle une nouvelle fois déçu: "L'exemple type de projet de première catégorie ruiné par de mauvaises décisions. (...) Je disparais si brutalement! Richard Widmark me jette une pierre, porte secours à Nastassja Kinski, et je n'interviens plus. Pourtant dans le final tel qu'il avait été tourné, je me relevais, me saisissais d'un poignard et, empoétant sur le cercle tracé sur le sol une lumière m'absorbait de la tête aux pieds pour me crucifier." (*)

Peu avant, l'acteur signe probablement un de ses rôles les plus reconnus: celui de Scaramanga dans L'homme au pistolet d'or. Ami avec Roger Moore depuis qu'ils se sont rencontrés sur la série Ivanhoé et cousin d'Ian Fleming, Christopher Lee avait déjà été approché pour Dr No mais avait refusé à cause d'un tournage. Le voici à jouer l'homme au pistolet d'or, ennemi de James Bond cherchant à tout prix à l'affronter en duel. Il est clairement le point fort du film, bouffé par des stéréotypes misogynes (Bond qui dit à deux asiatiques karatéka de le laisser faire avant qu'elles ne lui sauvent la mise; le personnage de Bonne Nuit qui fait partie des Bond Girls les plus débiles et fiers de l'être de la saga); racistes (faut voir le flic amerlocke déjà présent dans Vivre et laisser mourir débiter des clichés en mode touriste, prenant le premier asiatique venu pour un larbin) et puis 007 lui-même, Roger Moore étant comme à son habitude terriblement ridicule. Heureusement que Christopher Lee est au taquet en comparaison. Il s'illustre aussi en frère machiavélique de Sherlock Holmes dans le réussie La vie secrète de Sherlock Holmes de Billy Wilder. Mais s'il y a bien un film dont Christopher Lee est très fier, au point de n'avoir pas voulu de cachet, c'est The Wicker Man de Robin Hardy. "(Le film) traite de l'opposition entre le paganisme très ancien et le christianisme. Une oeuvre fascinante, romantique, érotique, sauvage et terrifiante. Je crois y avoir trouvé le meilleur de moi-même." (*) L'acteur reprendra son rôle dans sa suite tardive The Wicker Tree.

L'acteur finit par partir aux USA à la fin des 70's en suivant les conseils de Richard Widmark et Billy Wilder et est assez catégorique: pas d'horreur. "Pendant longtemps je les ai évités. J'ai ainsi refusé deux offres de John Carpenter. La première étant le rôle du Dr Loomis dans Halloween, et ma seconde Fog. J'ai aussi répondu négatif à Wes Craven qui voulait que je joue le méchant de La créature du marais." (*) Même pour John Landis qui lui propose de rejouer Fu Manchu pour le film à sketch Hamburger Film Sandwich. Lee se retrouve dans Les naufragés du 747 dernier opus des Airport où il joue les valeureux survivants avant d'enchaîner avec L'invasion des soucoupes volantes et Destruction planète qui ne lui laisseront pas un grand souvenir. Le premier subit selon lui l'inexpérience du réalisateur; le second partant sur des spéculations (Lee raconte qu'on lui a annoncé Arthur Kennedy, John Carradine, José Ferrer et Richard Basehart, aucun à l'arrivée) et complètement fauché. Il se retrouve aussi en savant fou transformant les gens en robot dans la production Disney Les visiteurs d'un autre monde; face à Chuck Norris (!) dans Dent pour dent; un nazi se bagarant avec Toshiro Mifune dans 1941 de Steven Spielberg pour l'invasion de la côte Ouest des USA; ou House of the long shadows où il cotoie Vincent Price, John Carradine (véritablement cette fois) et Peter Cushing ("Malheureusement, le résultat n'a pas été à la hauteur de notre attente. A l'unanimité, nous n'avons pu que nous ranger à l'avis des critiques qui reprochaient au film la pauvreté de sa mise en scène et ses dialogues" **).

L'acteur casse la baraque lors de son passage au Saturday Night Live, se payant les producteurs ne lui donnant que des films fantastiques aux titres tous plus improbables les uns que les autres; s'illustre dans un drôle de numéro dans Return of Captain Invincible et se retrouve même dans le dernier opus de Police Academy. Dans The stupids de John Landis il en vient à incarner un méchant qui ressemble à... Christopher Lee! Néanmoins, l'acteur fait une grossière erreur en acceptant Hurlements 2, une des pires séquelles de l'histoire du cinéma et qui donnera lieu à des suites aussi mauvaises. Lors du tournage de l'excellent et foutraque Gremlins 2 (où il excelle en savant qui prend un malin plaisir à tester des vaccins et autres virus sur toutes sortes de créatures!), l'acteur fera ses excuses à Joe Dante pour l'affront fait à un de ses premiers succès. L'acteur tourne beaucoup suite au regain d'intérêt que suscite sa prestation dans Gremlins 2: Jodorowski le prend pour Le voleur d'arc en ciel, Lamberto Bava, Jess Franco, la télévision le font tourné. Mais c'est Tim Burton qui le remettra le premier en selle. Hommage à la Hammer et aux récits gothiques du XIXème, Sleepy Hollow le fait jouer un juge amenant Ichabod Crane à partir enquêter sur le Cavalier sans tête. Pas plus évident.

Le réalisateur le fait tourner moult fois que ce soit en père dentiste de Willy Wonka (Charlie et la chocolaterie), en pêcheur (Dark Shadows) ou pour donner de la voix (il narre le poème de Tim Burton pour les bonus de L'étrange noël de Mr Jack, est le pasteur des Noces funèbres et le Jabberwocky dans le sinistre Alice au pays des merveilles). Il a même failli apparaître dans Sweeney Todd mais ses séquences ont été évincé faute de temps et d'argent. Peter Jackson et George Lucas lui permettent également de toucher du doigt un public plus jeune, une nouvelle génération de fans potentiels. Si Lucas le fera surtout tourné dans L'attaque des clones (où il affronte quand même avec classe un personnage totalement en cgi, le fameux Yoda), son passage dans La revanche des sith étant particulièrement court; Jackson en fait véritablement une icône d'heroic fantasy avec Le seigneur des anneaux en le faisant jouer Saroumane. Cocasse quand on sait que c'était le seul acteur de la trilogie à avoir rencontré JRR Tolkien. "Dès que j'ai appris, par voie de presse, que Peter Jackson travaillait à la réalisation des trois films, j'ai demandé à mon agent de le contacter d'urgence." (**) L'acteur auditionne dans un premier temps pour le rôle de Gandalf, avant que Jackson ne le persuade de jouer l'un des méchants phares de la trilogie, l'ancien ami de Gandalf passé lui aussi du côté obscur.

Il n'est donc pas étonnant de le voir enchaîner deux rôles similaires entre 2000 et 2005! L'acteur a rempilé sur la trilogie du Hobbit pour deux courtes apparitions dont une primordiale, au regard de la trilogie initiale. L'acteur accepte un peu tout et n'importe quoi par la suite: le désespérant Les rivières pourpres 2 où il joue en français; une simple apparition dans A la croisée des mondes; une autre dans le dernier John Landis Cadavres à la pelle; en grand-père du tueur gourmand et croquant de La locataire qui marque le retour de la Hammer; le bibliothéquaire d'Hugo Cabret de Marty; et même avec un maquillage pas possible dans le très mauvais Le dernier des templiers. Christopher Lee est un acteur qui a marqué plusieurs générations depuis les années 50 et sa filmographie exhorbitante en est bien la preuve entre des projets ambitieux et d'autres plus fauchés. Ce que l'on appelle une icône. Rest in peace Mr Lee. Allez à la semaine prochaine!

Christopher Lee

* Propos issus du Mad Movies numéro 229 (avril 2010).
** Propos issus du Mad Movies numéro 230 (mai 2010).

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23 juin 2015

Jurassic Pratt

Jurassic Park est devenu world et accueille désormais des milliers de visiteurs par jour. Mais un nouveau spécimen va causer destructions et morts sur son passage...

Jurassic World (affiche)

Au départ il y a un roman puis deux de Michael Crichton qui ont suscité une bataille sans précédent entre réalisateurs morfals tels que Joe Dante, Tim Burton et bien sûr Steven Spielberg. Voulant à tout prix son blockbuster de l'été, Universal suggère à Spielby de réaliser Jurassic Park avant La liste de Schindler. Résultat: deux chefs d'oeuvres pour le prix d'un dans la même année, dont un blockbuster qui reste parmi l'un des plus terrifiants et visuellement impressionnants. Le genre qui effraye encore votre magnétoscope (hé oui le Borat est vintage et a encore des VHS qui marchent) au moment de la scène du t-rex. Un modèle hollywoodien par excellence, jouant parfaitement sur des animatroniques d'une rare virtuosité et des cgi qui impressionnent même le gosse né dans les années 2000. Jurassic Park est un phénomène et Universal l'a bien compris. Une suite est alors vite lancé en 1996 pour une sortie l'année suivante dans une combinaison commando où Spielby enchaîne Le monde perdu, Amistad et Il faut sauver le soldat Ryan. Même si Spielby n'est pas trop inspiré à l'idée de tourner la séquelle (qui adapte toujours un roman de Crichton), il le fait pourtant bien et même mieux que pour une vulgaire commande.

Jurassic World : Photo

Tout aussi violent que le premier opus voire parfois plus gore (un protagoniste sympathique qui se fait écarteler avant d'être bouffé par deux t-rex en plan large, ce n'est pas tous les jours que l'on voit cela), cette séquelle était beaucoup plus cynique jouant du personnage de Malcolm. Le film n'en devenait donc que plus savoureux et alignait de très beaux moments de bravoure y compris dans son climax qui reste encore parmi les plus jouissif des 90's. Bon on passera tout de même sur le mauvais passage de gymnastique. En revanche le troisième a déçu à peu près tout le monde, pas aidé par des problèmes scénaristiques plus que visibles (comment croire à un gosse qui survit huit semaines seul et ne fait que des conneries une fois accompagné?), des animatroniques délaissées petit à petit au profit de cgi douteuses et même le retour de Sam Neill n'a pas aidé à faire oublier les personnages totalement creux qui l'entoure. Sans compter ce combat entre le spinosaure et le t-rex torché en deux temps, trois mouvements. Néanmoins un quatrième volet est tout de même envisagé malgré que le film de Joe Johnston n'a pas aussi bien marché que ses aînés (en plus des mauvaises critiques). On parle de tout et n'importe quoi: Keira Knightley dans une sorte de survival à dinosaures, des mix entre dinosaures et humains utilisés en vue de les envoyer sur le terrain, Joe Johnston à la réalisation, le retour possible du casting initial...

Finalement il est sorti le Jaws 19 prévu dans Retour vers le futur 2...

Pourtant en 2011, Spielby balance la chose: il produira Jurassic World sur un scénario de Rick Jaffa et Amanda Silver déjà aux commandes de Rise of the Planet of the apes. Puis arrive Colin Trevorrow réalisateur de l'inédit Safety Not Guaranteed film indépendant avec Aubrey Plaza et des voyages dans le temps. Visiblement ce serait le côté débrouillard du jeune réalisateur qui aurait plu au réalisateur de Jurassic Park. Le réalisateur s'approprie le scénario et met en scène un casting plutôt intéressant: Chris Pratt (annoncé avant même le carton des Gardiens de la galaxie), Bryce Dallas Howard, Vincent d'Onofrio, notre Omar Sy national, Nick Robinson, Ty Simpkins, Irfan Khan et Judy Greer. A la question de faire revenir des acteurs des précédents volets, la réponse est nette: pas de Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum mais BD Wong présent en scientifique dans le film de 1993. Un choix judicieux en soi car évite la nostalgie de revoir des personnages connus même pour un caméo. En revanche, Jurassic World développe des allusions inévitables à ses deux premiers opus (on évitera de parler de la bouse de 2001) que ce soit par des clins d'oeil inévitables à notre génération (en gros, pour que le spectateur soit bien en terrain connu, on privilégie de plus en plus les allusions aux classiques d'antan) ou même certaines allusions du scénario.

Jurassic World : Photo B.D. Wong, Irrfan Khan

(attention spoilers) Déjà Jurassic World est le parc d'attraction tel qu'aurait dû être Jurassic Park. Le temps d'un dialogue, on nous montre même une certaine mise en abîme avec un informaticien portant un t-shirt Jurassic Park, évoquant en soi une sorte de culte. Néanmoins, le fait de vouloir toujours plus ambitieux, plus complexe, plus spectaculaire (soit le propre de tous les parcs d'attraction) revient parfois créer le pire. C'est ce que symbolise à lui seul la présence de l'I Rex. Une créature insatiable et incontrôlable qui devient un danger dès lors que la chasse est ouverte, mais dont la recherche première était de faire la nouvelle attraction populaire du parc. Le problème étant qu'au contraire des deux premiers opus, il ne s'agit plus de petits groupes se retrouvant dans un drame humain qui n'est pas de leur volonté; mais de millions de visiteurs par jour venant voir des dinosaures devenus de vulgaires attractions. Les visiteurs viennent voir le T-rex bouffer la chèvre (clin d'oeil au premier); les bébés tricératops qui servent de petits poneys... Dans un manque évident de spectacle (humour!) et toujours pour chercher du sponsors (une scène nous montre Bryce Dallas Howard faire sa promo à des sponsors bien contents de s'associer à pareille aubaine), l'I Rex est donc crée pour un public toujours friand d'effroi (Irfan Khan dit quand on lui présente la chose "cela fera cauchemarder les parents") et de spectacle. Un pur parc d'attraction en soi avec Coca (bon pour ce dernier le placement est beaucoup moins crédible), Samsung, Mercedes et autres marques bien mis en évidence.

Jurassic World : Photo

L'informaticien en vient même à dire à Bryce Dallas Howard qu'elle devrait laisser les sponsors donner un nom aux dinosaures, comme "Pepsi Rex". Cet aspect est évident et même crédible de nos jours, en tous cas amené de cette manière. Certains trouveront cela abusif voire pénible, mais contrairement à d'autres blockbusters jouant sur du placement purement gratuits (pas besoin de voir Transformers 4, il suffit de voir Cinemasins pour voir des placements de produits pour le moins écoeurants et n'ayant pas lieu d'être), là l'aspect est volontaire, revendiqué par son réalisateur (voir le dernier Cinemateaser). La nostalgie qui peut parfois être abusive se voit aussi dans ce moment où les enfants tombent sur le bâtiment qui servait au parc d'origine et notamment en jouant sur l'I Rex se retrouvant à la place du t-rex à la fin de Jurassic Park. Pour ce qui est du reste, le film reprend quelques moments ou traces de scénario des deux premiers. Le complot militaire n'est pas sans rappeler la double-opération entre les scientifiques et les chasseurs du Monde perdu; Bryce Dallas Howard amène le t-rex de la même manière que lors de la scène sous la pluie du premier opus (mais avec des talons hauts, ce qui relève du génial!); et le personnage de BD Wong remplace littéralement celui de Wayne Knight dans le premier opus. Autrefois seulement "créateur" de dinosaures, il est désormais une pièce angulaire dans leur création mais garde ses secrets.

Jurassic World : Photo Chris Pratt

De plus, c'est sur lui que devrait reposer une suite (d'ores et déjà assuré au vue du succès fracassant et ahurissant de ce Jurassic World). Trevorrow l'a fait passer de protagoniste scientifique à véritable raclure machiavélique de laboratoire! On aurait pu trouver plus subtil mais il se trouve que cela fonctionne, tout du moins si on veut passer un bon moment. En sachant que le film révèle aussi un autre degré de lecture, en nous faisant clairement penser que l'ancien est bien meilleur que le nouveau. Le final en est bien la preuve. On peut aussi voir que Trevorrow ne cherche jamais à faire mieux que son aîné, préférant le valoriser comparé à moult reboot ou remake cherchant souvent à dézinguer l'original pour faire "soi-disant" mieux. Il signe un divertissement efficace ni plus, ni moins, soit ce que l'on pouvait s'attendre d'un reboot ou un nouveau volet de la saga. Au passage, le film a droit à un lot indéniable de moments de bravoure, l'I Rex réservant son lot de violence. Le passage dans la forêt avec la sphère en est la preuve, rappelant peut être un peu trop la scène du t-rex du premier film mais assez angoissante pour saisir le spectateur en manque de sensations fortes. Et puis il y a ce grand final qui vaut tout son pesant de cacahuète et faisant oublier le misérable combat avec le spinosaure. En sachant que les raptors, malgré l'absurdité du domptage (qui a aussi ses failles, ce qui est rassurant), ont également droit à leur quart d'heure de gloire notamment dans une séquence à la première personne et split-screen à volonté de qualité et réussissant à être violente.

Jurassic World : Photo Bryce Dallas Howard

La violence est assez bien traitée dans le film, surtout pour un PG13, réservant quand même quelques moments intenses à des spectateurs plus jeunes (et oui les parents toujours très fut fut pour le choix des films... -NDB). La preuve la plus évidente restant ce moment où plusieurs ptérodactyles se partagent l'assistante, mettant en suspend sa mort le temps de quelques secondes avnat que le grand manitou fasse le reste du travail! Une séquence totalement jubilatoire et pourtant terriblement violente. La nature même recrée peut être parfois impitoyable. (fin des spoilers) On regrettera toutefois, en plus d'une nostalgie parfois trop présente, des cgi beaucoup trop présents. Il est dommage que les animatroniques n'aient plus du tout leur place sur un film de ce type, surtout que tous les cgi ne peuvent compenser certains ratés (la séquence des tricératops est tout de même assez mal torchée). Le mélange cgi-animatroniques était au centre de la réussite des deux films de Spielby, déjà plus dans le 3 et Jurassic World ne semble pas avoir retenu la leçon. Bien dommageable à l'heure où un Mad Max Fury Road opte pour des effets à même le tournage...

Les deux gamins peuvent aussi irriter, le plus jeune étant un beau pleurnichard (d'autant que Ty Simpkins est du genre à en rajouter une couche à chaque scène où il est pris par l'émotion) quand le plus vieux drague tout ce qui bouge alors qu'on nous le présente avec une copine avant de partir à l'aéroport! Chris Pratt est à fond dans le personnage quelque peu beauf qu'il a hérité de Parks and recreation (en nettement moins con tout de même), tout en restant très sérieux en nouvel action jones d'Hollywood. Ce qu'on demande d'un personnage de ce type: un peu macho (ou tout du moins un peu gourmand et croquant avec madame), bourrin et sérieux à la fois. Quant à Bryce Dallas Howard son personnage est assez étonnant. C'est le cas typique du personnage qui est droit dans ses bottes avant de sortir de ses gonds. D'autant qu'elle s'en sort vraiment bien en femme d'affaires venimeuse mais pensant. Ce qui n'est pas un mal à l'heure des potiches à longueur de film hollywoodien (en parlant des auteurs du reboot de La planète des singes, remember Freida Pinto...). D'autant qu'elle est bien en femme d'action, malgré l'hilarité que peuvent provoquer ses courses en talons! Vincent d'Onofrio, BD Wong et Omar Sy sont plutôt bons chacun dans leur domaine.

Ce nouveau cru s'impose comme un divertissement de qualité, bien moins stupide qu'il ne semble l'être et relevant quelques pointes de cynisme bienvenue.

21 juin 2015

Daft Funk

Plus de 850 560 visiteurs!

Voilà l'été! Voilà l'été! Voilà l'étééééééééééééé! Après avoir rendu hommage aux Négresses vertes (le groupe, ne voyez rien de raciste dans ce que je viens de dire -NDB) via leur plus grand succès (on me dit le seul, bon, bon), il fallait bien un article spécial pour la fête de la musique. Car la musique c'est ce qui rythme notre vie entre deux solos de guitares, entre deux violons, entre deux sons de synthétiseurs. Et comme l'a fait Jack Lang (pour toi lecteur, un peu de culture ne te fait pas de mal!) sous le régime de feu François Mittérand, il était temps que la musique se fête et comme chaque année, votre bon Borat fait son article spécial. Cette année, pas de Cave de Borat (l'an dernier c'était une spéciale Michael Jackson), mais la chronique d'un album (ce qui n'est pas arrivé depuis très longtemps sur ces terres). Votre cher Borat n'a pas attendu Random access memories pour connaître Daft Punk. Jeune il se berçait sur One More Time qu'il avait sur un des CD des Music Awards d'NRJ (et oui on a tous nos casseroles, le problème c'est que la Cave en est bourré); avant de découvrir l'album Discovery par le biais du film Interstellar 5555. En sachant que votre interlocuteur connaissait aussi Thomas Bangalter par le hit Music Sounds better with you dont le clip passait très régulièrement sur M6 le matin.

Puis il y a eu les découvertes de Da Funk (et son génial clip de Spike Jonze), Around the world, Robotrock (si vous ne vous en souvenez plus, sachez qu'il était utilisé quand Iron Man pissait dans son armure) et l'expérience Tron Legacy. Autant dire que comparé à beaucoup qui semblaient découvrir les Daft Punk en 2013, votre cher Borat savait très bien à quoi il s'attaquait quand il a acheté l'album Random access memories. Si au départ, l'album ne m'avait pas époustouflé il est rapidement devenu de plus en plus intéressant au fur et à mesure des écoutes. Non, Random access memories ne se résume pas à Get lucky (et encore heureux) et réserve un voyage sonore pour le moins fascinant. Même si l'on peut prendre un titre ou deux séparés, il n'en reste pas moins que le dernier album des Daft Punk semble davantage tenir d'un tout. On a donc une entrée pétaradante (Give life back to music) qui est l'occasion pour le duo phare de la French Touch de donner un peu de leur voix robotique, tout en faisant entrer l'auditeur dans une ambiance funk auquel l'influence de Nile Rodgers n'est pas pour rien, pour le plus grand plaisir de nos oreilles; et une conclusion (Contact) où les sons sont de plus en plus assourdissants comme pour nous enfoncer dans un voyage en vitesse lumière (le duo n'a jamais caché sa cinéphilie comme le confirme leurs clips et leurs films et surtout pas nier l'apport de la science-fiction).

Deux parfaits opposés aussi bien sur le plan rythmique (la funk contre l'électro pure) ou dans la tonalité (fun contre apothéose).
D'ailleurs pour Contact, les deux musiciens en sont venus à reprendre des conversations de la mission Apollo 17, renvoyant à cet aspect spatial si particulier au titre. The Game of Love est déjà plus lancinant, sorte de balade à la limite du slow. Il y a une ambiance particulière, le rythme est terriblement lent contrastant avec le premier titre, à la limite de la berceuse. Le troisième morceau est un hommage plus que directe puisque Giorgio Moroder, compositeur des mythiques bandes-originales de Scarface et Flashdance, a été interviewé par les robots. La musique se trouve en trois actes bien distincts rappelant les années 80 par l'utilisation typique du synthé ou la ritournelle qui revient sans cesse. Un hommage frappant envers une icône des années 80 et une volonté de montrer Moroder sous un signe plus intime, le valoriser tel une rockstar que l'on écoute. Le compositeur évoque son passé, l'origine de sa musique avant que la musique funky arrive quand Moroder évoque la discothèque. Quand Moroder parle de clic, un même son revient car si quelqu'un appuyait sur un bouton. Puis le synthé débarque comme un son redondant, typique de ce que l'on pouvait retrouver à l'époque où excellait Moroder et notamment par les Goblin chers à Dario Argento.

Le duo revient à un air plus funky tout en gardant le même rythme que tout à l'heure et Moroder de revenir sur sa musique. Puis paf les violons comme pour opérer une pause radicale et grave avant un nouveau déchaînement faisant la part belle à la batterie. Après ce déchaînement à nouveau une petite pause. Plus encore que The game of love, Within est un véritable slow commençant seulement avec les notes de Chilly Gonzales. Un très beau morceau, terriblement mélancolique et un des titres les plus agréables de l'album. Comme quoi, Daft Punk ce n'est pas forcément que de l'électronique. Chanson parmi les plus connus de l'album, Instant crush permet un beau boulevard à Julian Casablancas. Encore un titre assez mélancolique faisant cette fois-ci part à la guitare (Casablancas oblige, donc pas de disco, plus dans une ambiance rock). Le clip est d'ailleurs le seul que l'on pourrait véritablement qualifié d'artistique. Réalisé par l'excellent Warren Fu, il dévoile deux statues de cire tombant amoureux et se retrouvant subitement dans un incident. Lumières violettes bien apparentes, qualité artistique indéniable, ce clip revient à l'originalité des Daft Punk en général, les deux français ayant souvent su s'entourer des meilleurs pour promouvoir leurs chansons (Michel Gondry, Spike Jonze ou Leiji Matsumoto en sont trois belles preuves).

Retour au son de la funk avec Nile Rodgers et Pharrell Williams (qui n'a pas attendu Daft Punk pour être connu, n'en déplaise à certains médias, ceux qui connaissent NERD le savent) sur Lose yourself to dance. Le titre est très répétitif (même mélodie sur tout le titre qui revient sans cesse, sans réel changement, y compris dans les paroles qui sont systématiquement les mêmes qui tournent en boucle), mais il y a une terrible énergie qui se transmet et on est vraiment pris par le rythme du morceau. Puis vient Paul Williams avec Touch. Mythique compositeur et méchant de Phantom of the paradise (une des meilleures comédies-musicales ni plus, ni moins; une des plus violentes aussi), Williams laisse durablement son emprunte dans son chant, les Daft Punk faisant le reste au niveau de la rythmique passant de la funk au synthé en passant par les trompettes et le piano. Un maelstrom qui réussi parfaitement à être symbiose et vraiment beau. Clairement inspiré par le style de Williams, les Daft Punk font des merveilles et signe un titre absolument magnifique dont l'avant-dernière partie devrait valoir son lot de slow avant le sursaut des violons et les dernières paroles de Williams.

Véritable tube en puissance (ce n'est pas étonnant que la promo de l'album s'est lancé avec un teaser de ce titre), Get Lucky est un retour fracassant de la funk qui fait clairement du bien et permettant de prendre de très bonnes nouvelles de Nile Rodgers. On sent la patte du guitariste et compositeur de Chic notamment dans la rythmique endiablée qui donne des envies de danser. La réputation du titre n'est clairement pas usurpé même si son importance a quelques peu du mal à l'album, beaucoup l'ayant acheté (moi le premier) en priorité pour le réécouter en boucle avant de pleinement apprécier le voyage musical qu'est Random access memories. Ambiance plus disco sur Beyond avant le complètement anecdotique Motherboard (on dirait une mauvaise démo) et le sympathique Fragments of time (bien aidé par Todd Edwards au chant). Enfin avant le grand final, Doin' it right est un beau morceau type hip hop et notamment dans son son. On peut aussi y voir une sorte de battle entre Panda Bear et Daft Punk. Avec Random access memories, les Daft Punk nous ont envoyé dans un voyage mélancolique et en soi nostalgique entre les années 70 et 80, souvent des inspirations nécessaires et des hommages de premier ordre en prenant des artistes phares. L'importance de Nile Rodgers en est bien la preuve. Un album agréable à écouter et qui se bonnifie à chaque écoute.

20 juin 2015

Cuvée vers l'infini et l'au delà

La Cave de Borat va revenir sur un très grand pan de l'animation américaine cette semaine. A l'occasion de la sortie de l'attendu Inside Out (dont on reparlera assez vite, en tous cas foncez le voir), votre cher Borat va se faire plaisir en abordant des gens qui ont façonné son enfance et continue de le faire rêver avec de beaux projets: les génies de Pixar. Contrairement à ce que beaucoup croient et comme je l'avais montré avec leurs courts-métrages (pour la plupart sur ce blog même si les derniers n'y sont pas), Pixar n'a pas débuté avec Toy Story en 1995, très loin de là. Tout commença ironiquement à Disney. A cette époque Joe Ranft et John Lasseter (ainsi que Brad Bird, Henry Selick et Tim Burton) sont des animateurs, dessinateurs et scénaristes et travaillent sur différents projets dans le studio d'animation de Burbank en pleine décrépitude, notamment sur Rox et Rouky et Tron. Joe Ranft tiendra plus longtemps mais Lasseter se verra montré la porte suite aux essais non-concluants de son adaptation de Max et les Maximonstres de Maurice Sendak (que vous pouvez voir ici: Sendak rejoint ses maximonstres). Lasseter se retrouve donc à ILM mais pas pour très longtemps. Les effets-spéciaux du Young Sherlock Holmes ont beau être novateurs (dont le fameux chevalier composé de vitraux), le film est un échec au box-office; les choses vont un peu mieux sur La colère de Khan.

Mais là où cela se complique est l'échec de Howard the duck où George Lucas y laissera des plumes. Véritable four commercial et critique en puissance, l'adaptation du comic-book Marvel ne laisse aucun échappatoire au créateur de Star Wars: il doit vendre son département animation en images de synthèse auquel participe John Lasseter. En sachant que Alvy Ray Smith avait déjà pu réaliser un court nommé Les aventures d'André et Wally B, petite série de gags entre un androïde et une abeille. Et Lucas ne vend pas son bébé à n'importe qui puisqu'il s'agit de Steve Jobs, alors pas au top de sa forme (il venait d'être remercié par Apple et venait de monter sa nouvelle boîte). Le cocréateur d'Apple se retrouve alors aux commandes d'une entreprise d'images de synthèse auquel il peut innover au niveau informatique mais pas que. Très rapidement les équipes de John Lasseter se concentrent sur l'animation en vue de promouvoir un système informatique qui finalement ne se vendra pas bien. C'est ainsi que naissent les courts-métrages Luxo Jr qui servira par la suite de logo au studio en 1986; Red's dream en 1987; Tin Toy en 1988; et Knick Knack en 1989.

Ces courts-métrages commencent à se faire une réputation et attirent les festivals et récompenses: Luxo Jr finira avec l'Ours d'argent du meilleur court-métrage et Tin Toy avec l'Oscar pour le meilleur court. Les publicités sont également de mises mais le studio se sépare rapidement de sa partie informatique (1990). Arrive alors le projet Toy Story. Pour le soutenir, Jobs a besoin d'un appui considérable. C'est ainsi qu'un accord avec Disney est réalisé pour produire trois films. Le début d'une longue aventure et pas sans embuche.

De gauche à droite: Joe Ranft, Pete Docter, John Lasseter et Andrew Stanton.

  • Toy Story (1995) : Il était une fois une révolution

Toy Story : Affiche

Les débuts de Toy Story furent pour le moins mouvementés et pour cause, les gars de Pixar ont eu énormément de mal à trouver le ton du film et notamment pour ce qui est de l'étude de caractère. Si Buzz était déjà ravagé de la cafetière (comprenez il se prenait déjà pour un Rangerde l'Espace), Woody était beaucoup trop salaud pour susciter une compassion de la part du public. De même il était d'abord prévu que le jouet musicien de Tin Toy soit le personnage principal du film. On dit alors que le film mettrait en scène le jouet et un jouet ventriloque offerts à un enfant. Le ventriloque deviendrait jaloux de l'attention que porte l'enfant à Tinny. Les dès sont déjà jetés quant à la rivalité entre les deux personnages principaux. Le projet évoluera, Tinny devenant Buzz et le ventriloque Woody (*). On peut d'ailleurs voir différentes filiations avec le film mère puisque le bébé de Tin Toy devient la petite Molly dans Toy Story et elle aussi fait des ravages avec les jouets, comme le confirme ce bon vieux Monsieur Patate. En sachant que Bud Luckey (réalisateur de Saute mouton, court-métrage avant-programme des Indestructibles) a beaucoup insisté pour faire d'un des héros un cowboy, rappelant son Montana natal.

Toy Story : Photo

Le film se retrouve donc à sortir en plein Thanksgiving, la fête chère à nos ricains et synonyme de très grosses entrées à l'appui. Succès surprise s'il en est (même avec l'appui de Disney, le studio était encore inconnu du grand public), le film bat Balto production animée signée Amblin et se retrouve avec un prix spécial aux Oscars pour l'innovation technologique qu'il apporte au cinéma, à savoir le premier long-métrage entièrement en images de synthèse. Alors que Disney retrouvait du peps, Pixar arrive et fait office d'intrus. Qui aurait pu croire qu'une telle révolution dans le cinéma d'animation serait une telle réussite? Prenons par exemple, Final Fantasy Les créatures de l'esprit premier film en motion capture totale, mais échec quasi totale pour le reste. Même si les hommes ne sont pas encore très bien animés (on pense aux expressions faciales souvent excessives comme le confirme le personnage de Sid ou pas assez), tout ce qui est raccord à l'environnement et aux personnages des jouets est encore de nos jours absolument saisissant et impressionnant. Se dire que le film signe ses vingt ans cette année est assez incroyable. Mais là où Pixar touche un point majeur c'est que comparé à Disney qui va petit à petit prendre son spectateur pour des idiots gamins (on pense à des crus comme Chicken Little et La ferme se rebelle), leurs films s'adressent à tout le monde et pas seulement les enfants.

Toy Story : Photo

Il n'est pas question de fixer un seul public mais tous et c'est en cela que Toy Story comme les films qui suivront vont fidéliser un public qui grandira quasiment en même temps que leurs oeuvres et les suivra suite à ce gage de qualité indéniable (votre cher Borat en est la preuve la plus formelle). Il suffit de regarder les thèmes abordés dans le film pour s'en rendre compte: jalousie entre deux jouets (rivalité montrée à travers la chambre d'un enfant), la découverte de la réalité (en chansons aussi bien pour Woody découvrant qu'il est délaissé que pour Buzz découvrant son existence de jouet), la peur (Woody de se retrouver chez Sid mais aussi d'être abandonné progressivement par Andy; Buzz de n'être finalement rien) ou encore l'amitié (dévoilée le temps d'une discussion nocturne où chacun assume enfin ses états d'âme). Et indéniablement par des personnages immédiatement cultes: Woody le cowboy jaloux, Buzz le ranger de l'Espace pas très au fait de son statut, les sarcastiques Patate et Bayonne au point de croire à un retour de Statler et Waldorf ("Je suis Picasso! -Je pige pas. -Mais c'est de l'art gros lard!", "oh tu ne vas pas nous en faire une purée!"), la bergère qui adore Woody (genre lui garder les moutons tout ça tout ça), les martiens ("le grappin!"), le gentil Rex ("Je t'ai fait peur? Non sincèrement?") ou encore les militaires.

Toy Story : Photo

Sans compter un humour qui fonctionne et un doublage aux oignons (si Tom Hanks et Tim Allen sont bons en VO, ne jetons en aucun cas la pierre à Jean Phillipe Puymartin et Richard Darbois qui signent un travail admirable), Toy Story sonne une nouvelle ère pour l'animation et surtout pour le cinéma en général.

  • 1001 pattes (1998) : Une histoire d'insectes

1001 Pattes : affiche Andrew Stanton, John Lasseter

Lors d'un dîner survenu en 1994, les pontes du studio John Lasseter, Andrew Stanton, Joe Ranch et Pete Docter ont évoqué différents projets à venir: une histoire de fourmis, de monstres, d'un robot et d'un poisson perdu. De là sont donc né A bug's life, Monsters Inc, Wall-e et Finding Nemo. A bug's life ou 1001 pattes sera donc le premier à naître de ces projets et sera signé John Lasseter. En sachant qu'entretemps le contrat avec Disney change puisque ce ne sont plus trois mais cinq films qui seront produits à compter du 24 février 1997. Désormais le siège de Pixar se trouvera à Emeryville. Pendant ce temps, Dreamworks travaille sur son tout premier film en images de synthèse Fourmiz qui sortira en 1997. Néanmoins les deux projets divergent: si Fourmiz s'apparente à un bordel parodique où se côtoient Woody Allen, Starship troopers et le film de kidnapping; A bug's life va davantage vers le remake des Sept samouraïs (ou même son remake américain) à l'image de ce que fera Aardman avec Chicken Run à propos de La grande évasion. On reprend le même principe, à savoir un peuple opprimé par un groupe de personnes et dont certains partent afin de trouver des mercenaires de fortune pour les aider.

Néanmoins 1001 pattes se veut différent car comme l'indique son titre original, il met en scène des insectes. Les opprimés sont des fourmis, les oppresseurs des sauterelles et les samouraïs/mercenaires un groupe de divers insectes (dont Marcel la coccinelle qui en a sous les ailes et qui a la voix savoureuse de Patrick Poivey en VF; Heimlich cette chenille gourmande et à l'accent allemand et une manthe religieuse illusionniste). Mais John Lasseter va un peu plus loin puisque les fourmis sont dirigées évidemment par une reine et une princesse; celui qui va chercher les mercenaires est aussi une fourmi, qui plus est le maladroit amoureux de la princesse (on reste dans un cadre familier pour les enfants); et les mercenaires sont issus d'un cirque de puces! Mais évidemment il faut un méchant culte et le Borgne en est la preuve la plus irréfutable. Il tue (il balance toute une cargaison sur deux sauterelles qui lui ont manqué de respect), il savate (le pauvre Tilt morflera dans le dernier acte) mais a une peur bleue des oiseaux qui pourrait le becter! Et si en plus il a la voix de Kevin Spacey en Vo et de Dominique Collignon-Maurin (voix phare de Nicolas Cage) ce n'est que du bonheur.

1001 Pattes : photo Andrew Stanton, John Lasseter

Mais là où A bug's life réussi son coup d'autant plus c'est par son animation impressionnante. Avec Toy Story, le studio Pixar s'attaquait déjà au petit, en prenant le point de vue des jouets et les jouets devaient faire face à des éléments bien plus grands qu'eux comme un lit, des escaliers ou même une route. Avec 1001 pattes cela est encore plus complexe puisque le monde des insectes est encore plus infiniment petit. D'ailleurs un des gags du bêtisier de Toy Story 2 montrera littéralement Buzz dégommant rien qu'avec son bras une branche où se trouve les quasi-inivisibles Tilt et Heimlich. Sans compter le paysage devenant disproportionné par rapport à notre regard. Le plus fragrant restant la boîte de conserve servant de sorte de Time Square alors même qu'elle est infinimement plus petit que la caravane aménagée qui est devant elle! C'est dire si d'un point de vue technique, Pixar a encore évolué et trouve moyen d'explorer de nouveaux horizons.

  • Toy Story 2 (1999): Une suite réalisée dans la douleur

Toy Story 2 : Affiche Ash Brannon, Lee Unkrich

Quand Toy Story 2 double la mise à Thanksgiving 99 en plus d'être un succès critique considérable, Disney comme Pixar sont ravis voire soulagés. Soulagés car l'air de rien, le projet revient de très très loin. Initialement dans son optique de DTV au rabais qu'elle a initié depuis le début des 90's, Disney songe dans un premier temps à faire produire par Pixar un Toy Story 2 pour le marché vidéo. Suite à des tests, le film fut entièrement remis à jour alors même que Disney a fini par laisser place à une sortie au cinéma. Le projet est donc totalement réaménagé par John Lasseter qui était jusqu'à présenté préoccupé par 1001 pattes. A cela rajoutez un problème de disquettes pour le moins effrayant et vous obtiendrez un travail de forcené dû à des délais serrés et infernaux. De plus, selon Disney, ce nouveau cru n'entre pas en compte dans leur contrat de cinq films, puisqu'il s'agit d'une suite. Le début des embrouilles entre Disney et Pixar et autant dire que c'est loin d'être fini. Tout ça pour quoi? Un chef d'oeuvre de plus et surtout une suite qui a le mérite de dépasser son modèle.

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Le film s'impose dès son ouverture. Le spectateur ne sait pas où il est et a l'impression d'être devant un véritable film d'action où Buzz dégomme du robot à tout va, déjouant les fameux plans de l'empereur Zurg dont le nom étant prononcé dans le premier film par un Buzz convaincu de sa mission. Une séquence en fait issue d'un jeu-vidéo auquel joue Rex, mais la séquence est impressionnante. Il n'est plus question de minutie du détail, mais de réellement accrocher le spectateur avec une séquence totalement improbable mais spectaculaire et cela marche. Le spectateur est partie pour un spectacle qu'il n'est pas prêt d'oublier. Alors que le premier volet jouait sur la naissance d'une amitié entre un cowboy et un ranger de l'Espace, Toy Story 2 montre à quel point ces deux héros sont intimes. Une vraie bromance en quelques sortes puisque les deux ne sont rien sans l'autre et surtout Buzz fait ce que Woody a fait pour lui: le sauver des mains d'un homme sans scrupule (Al vole Woody pour le mettre dans sa collection, pour ensuite le vendre à un musée au Japon, en se focalisant principalement sur le pactole qu'il va toucher). Dès lors sous l'angle de Buzz, le film devient une véritable poursuite où un jouet part à la recherche de son ami.

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Mais à la différence du film de 1995, il ne s'agit plus de passages en voitures ou de deux maisons voisines, mais de véritables kilomètres entre la maison d'Andy et le bâtiment où loge Al. Un nouveau défi pour Pixar puisqu'il s'agit de retranscrir une ville à taille de jouets mais aussi de leur faire vivre un périple à l'image de leur possibilité. D'où la scène des poteaux qui reste un des plus beaux moments de suspense concocté par Pixar, d'autant que la musique de Randy Newman joue bien de ça. Le pauvre Monsieur Patate manque de peu à passer sous les roues d'un camion à cause d'un chewing-gum collé à son pied! Pour ce qui est de Woody, l'angle est différent: le jouet est face au dilemme inévitable de la question "qu'est-ce qu'il arrivera quand Andy ne voudra plus de lui?". Si son choix est fait, il anticipe la partie la plus dramatique de Toy Story 3 et le choix du jouet dans le coeur de celui qui a joué avec lui durant son enfance. Savoir aussi si voir une lumière dans les yeux d'un enfant est plus riche que les flashs d'appareils photo de touristes le voyant dans une vitrine. Le film est peut être plus mature que son aîné sur plus d'un thème, le cas de Jessie la cowgirl est aussi à retenir.

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Elle symbolise à elle seule le jouet abandonné par sa maîtresse et refuse de se retrouver dans le même cas avec quelqu'un d'autre. Une scène aussi touchante que dramatique, où le spectateur en vient à éprouver de la peine pour un jouet. Par ailleurs au fil des années, beaucoup ont vu en la petite Emily la mère d'Andy et ce par plusieurs points de vue. Que ce soit le fait d'avoir possiblement transmis son amour des cowboys à son fils, le fait qu'Andy a un chapeau assez similaire à Emily (mais étant donné que c'est la même marque qui s'occupait des jouets Jessie et Woody ce ne serait donc pas une coïncidence) et le fait que l'on ne voit pas la petite fille peut aussi amener à ça. Une théorie qui évidemment n'a pas été abordé par Pixar mais qui peut apparaître comme cohérente. Le film accumule aussi les clins d'oeil à la pop culture à l'image de ce plan où Rex est vu à travers un rétroviseur rappelant la poursuite de Jurassic Park avec le t-rex; l'impayable "Je suis ton père" proclamé par Zurg ou même le nettoyeur ressemblant étrangement à Geri le joueur d'échecs du court-métrage de Jan Pinkava.

Toy Story 2 : Photo Ash Brannon, Lee Unkrich

Sans compter la voiture Pizza Planet qui sert de véritable moyen de locomotion (la seule fois avec Toy Story!) et Barbie abordée sous toutes les coutures dans tout ce qu'il y a de plus cliché (première apparition: Bayonne, Patate, Zig Zag et Rex restant bouches bées devant des Barbies qui dansent en maillots de bain! On ne peut pas faire plus subtil!). Et que dire du moment impayable de l'ascensseur où tout le monde se demande si le Mad Buzz est bien sérieux et malheureusement si ou celui où Rex sert de merveilleux bélier? Tout ces éléments font de ce second opus une réussite indéniable et d'autant plus flagrante qu'elle a été produite dans des conditions absolument affreuses.

  • Monstres et cie (2002): Pixar s'ouvre à d'autres réalisateurs

Monstres & Cie : Affiche

Dans une optique d'ouverture, John Lasseter laisse sa place de réalisateur à un de ses camarades historiques Pete Docter. Un pari risqué car les trois premiers films furent réalisés par Lasseter mais aussi une forme d'ambition car Pixar s'ouvre à d'autres talents. Au final, cet apport est plus que bénéfique puisque Pete Docter a apporté une touche personnelle qui lui est propre: si John Lasseter a joué sur la nostalgie (Woody le cowboy, Al le collectionneur, par la suite la Route 66 renvoyant à ses road trip), Docter joue sur notre pouvoir d'utiliser notre imagination. Ici il s'agira des monstres qui sont sous nos lits ou dans nos placards, mais sur Up ce sera les rêves d'un vieil homme et dans Inside out les émotions d'une jeune fille. L'introduction est maligne: elle reprend pile poil le schéma du monstre dans le placard. A la différence qu'ici il s'agit d'un test qui sera analysé par des jurés. Dès lors, Docter dans un monde insoupçonné, celui de Monstopolis, ville nourrie à l'énergie des cris d'enfants. L'entreprise marche par session de terreur: tous les matins, les monstres viennent pointés pour effrayer des gosses (ce qui marche parfois ou pas comme l'indique le fameux monstre qui a droit à son défonçage de poire) et leurs collègues se chargent des bouteilles de cris et de la paperasse.

En fait, Monstres et cie peut se montrer comme une véritable usine qui nourrit toute une ville, avec ce que le travail a comme labeur. A partir de là, Docter nous présente Sully un grand monstre bleu à corne (un nouveau défi pour Pixar pour ce qui est du pelage massif de la créature) et véritable star de l'entreprise et Bob petit cyclope vert. Les deux sont potes et travaillent ensemble. Les monstres sont divers, un d'entre eux n'étant montré que par son énorme patte tant sa hauteur est immense (hommage aux kaïjus? Peut être bien, Pixar ayant une familiarité avec le Japon qui se montre à la fois dans Cars 2 et le court Tokyo Martin; ainsi que par l'amitié entre Hayao Miyazaki et John Lasseter) ou Léon qui est doublé en Vo par cet autre caméléon qu'est Steve Buscemi et par chez nous par le génial Dominique Collignon Maurin. Pete Docter dévoile dans sa première partie une véritable comédie où il joue de l'influence des monstres pour en faire des personnages typiques de ce que l'on a l'habitude de voir dans notre quotidien: des potes, des copains de boulots, les relations amoureuses, les gens du coin... Pour ensuite basculer dans le thriller à l'arrivée de Bou dans Monstropolis.

Monstres & Cie : Photo

Dès lors le film devient périlleux, pas forcément gentillet, s'éloigne rapidement de la comédie. Le personnage perfide de Léon montre toute sa méchanceté à l'oeuvre dans un final périlleux quand un autre méchant se profile aussi et de manière soudaine. Ce qu'il y a aussi de terriblement beau dans Monstres et cie est aussi le traitement de la relation entre Sully et Bou. Rapidement, on peut voir chez Sully une figure paternelle qui s'ignore et prenant petit à petit une importance protectrice. A Monstropolis, Sully est comme un père pour Bou: c'est lui qui la borde, c'est son protecteur et son héros. Bob est surtout le sidekick jubilatoire qui lui sert d'ami et accolyte (et ce malgré sa grande importance). Le dernier plan (si l'on n'inclue pas le générique qui réserve son lot de rigolades entre le bêtisier et la comédie-musicale improbable de Bob) répond en soi à ceux qui espéraient une suite et c'est aussi peut être pour cela que Pixar a préféré opter pour une préquelle quand la question d'une suite s'est pointée.

  • Le monde de Némo (2003): le périple australien

Le Monde de Nemo : Affiche

Andrew Stanton attaque un film charnière pour Pixar: il s'agit certainement de son plus gros succès avant Toy Story 3. Sorti en plein mai 2003, le film est un véritable raz-de-marée si bien que Le roi lion se voit perdre la face au box-office. Il s'agit aussi du premier Pixar a obtenir l'Oscar du meilleur film d'animation devant... Frères des ours de Disney. Un énorme succès qui retenti encore aujourd'hui comme un des plus fulgurants du cinéma d'animation. Visuellement, Pixar touche à un nouvel inconnu: l'eau. Peu utilisé jusqu'à présent dans le cinéma d'images de synthèse ou tout du moins pas aussi impressionnant, l'Océan Pacifique par Pixar et particulièrement le courant Est-Australien est d'une beauté encore spectaculaires de nos jours. On peut même parler de cas d'école à part entière. Les animateurs se sont même fait remonté les bretelles car les différences entre la réalité et l'animation étaient totalement minces. C'est dire aussi le niveau d'excellence qu'avait déjà en 2003 Pixar face à des concurrents comme Dreamworks (qui ne se privera pas de mettre en production le lamentable Gang de requins histoire d'avoir son propre film sous l'eau).

Le Monde de Nemo : Photo

Si Docter joue sur l'imagination, Stanton réussi davantage à susciter une émotion ou un sentiment. Dès l'ouverture, Stanton fait fort en tuant un personnage ainsi que la quasi-totalité de ses oeufs devant son homme impuissant face à un espadon trop gros pour lui. Marin le poisson clown est dorénavant traumatisé à vie et vit difficilement le fait que son fils ne le suit plus à la trace. Le fils ne comprend pas ce sentiment dû au traumatisme et c'est aussi pour cela que le père et le fils ne s'entendent pas. L'inévitable devait arriver. Le petit est enlevé par un dentiste et le père de devoir aller le chercher à travers l'Océan Pacifique en compagnie du plus improbable des sidekicks (un poisson chirurgien amnésique et perdant la mémoire au bout de quelques minutes!). Le monde de Némo prend alors le même modèle que Toy Story 2 et montre des héros face à un environnement trop grand pour eux et qu'ils vont devoir traverser tout de même pour retrouver un être cher. Les passages dans l'aquarium sont désopilants, Stanton se payant par ailleurs Mission Impossible le temps d'une séquence jubilatoire (utilisant jusqu'à la musique) et usant d'une galerie de personnages succulents (le poisson lune qui explose à chaque fois, celui proche de ses bulles ou Gilles le meneur balafré).

Le Monde de Nemo : Photo

N'oublions pas non plus le mémorable trio de requins cherchant à tout prix à ne pas manger de poissons (dont le meneur Bruce est nommé en rapport au surnom du requin dans Jaws), avant de lancer un bombardement inspiré par U571 de Jonathan Mostow! Les humains apparaissent véritablement sous un visuel véritable corrects voire bien meilleurs que sur les précédents films (et ce malgré que Toy Story 2 ou le court-métrage Le joueur d'échecs ont fait beaucoup dans le développement) et plus longtemps aussi. Darla peut se voir comme une version improbable et féminine de Sid, tuant des poissons on ne sait trop comment (probablement par inadvertance même si elle a un beau tableau de chasse) et devenant en soi une prédatrice dont le seul nom provoque l'effroi des poissons. La musique de Thomas Newman (sublime score au passage) joue même à une sorte de parodie des Dents de la mer de John Williams. Une véritable réussite sous la plupart de ses tableaux et faisant définitivement passé Pixar dans les poids lourds de l'animation américaine, faisant totalement de l'ombre à leur distributeur.

  • Les Indestructibles (2004) : Pixar va faire mal

Les Indestructibles : affiche Brad Bird

Pixar s'ouvre pour la première fois à un réalisateur étranger à son studio mais pas n'importe qui. Ami de Joe Ranft et John Lasseter à l'époque où ils travaillaient à Disney Animation, Brad Bird a entretemps réaliser le magnifique Géant de fer, bide commercial mais succès critique incontestable. Toujours dans une optique old school mais moderne, il réalise donc Les Indestructibles (Oscar du meilleur film d'animation succédant à Nemo), film mettant en scène une famille de super-héros. Comme pour se rapprocher directement de son précédent film qui se déroulait en pleine Guerre Froide et pré-Cuba 63, Les Indestructibles se déroule dans un temps très 60's dans son prologue bien qu'indéterminé. Tout l'univers mène à cela avec des voitures old school (celle de Mr Indestructible n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle d'Adam West dans la série Batman, en sachant que le héros semble avoir des faux airs du Cape Crusader dans sa version télévisée), les costumes qui semblent typique de l'époque (regardez les costumes de Mr Indestructible, Frozone et Elastigirl et vous verrez que l'on est typiquement à l'époque où Marvel commençait enfin à émerger, à savoir les 60's) et cela sera agencé dans le reste du film dans un ton très "jamesbondien".

La musique de Michael Giacchino (sa première de majeure et pas des moindres) s'accorde parfaitement avec cela, alignant les tons jazzy qui n'auraient pas déplu à John Barry le compositeur du thème de 007. Il n'est donc pas étonnant que par la suite, Bird l'a employé sur tous ses films mais aussi que Giacchino est devenu un compositeur très régulier chez Pixar (on lui par la même occasion les ost de Ratatouille, Up,  Cars 2 et le petit dernier Inside out, ainsi que sur les courts L'homme orchestre et Extra-terrien). Un gage de qualité dans tous les cas. Quant au postulat de l'interdiction au super-héroïsme, la mort de divers super-héros utilisant des capes et le retour de certains héros pour sauver le monde, il renvoie directement au plus grand roman-graphique du XXème siècle à savoir Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons. Mr Indestructibles apparaît comme un resistant, essayant par la même occasion de se retrouver une nouvelle jeunesse face à un quotidien qui l'ennuie profondément (et le mot est faible); au même titre que Rorschach (sans le côté psychopathe bien évidemment) dans le roman-graphique. Par la même occasion, les héros avec capes rappelent directement Dollar Bill ce super-héros dont la cape coincé lui avait valu une balle dans la tête d'un braqueur de banque.

Les Indestructibles : photo Brad Bird

On peut donc voir assez facilement Les Indestructibles comme une adaptation libre du graphic novel alors même que l'adaptation véritable patinnait depuis la fin des 80's. On peut aussi relever des similitudes avec les Fantastic Four, les Indestructibles étant avant tout une famille composée d'un père à la force surhumaine; d'une mère élastique; d'un fils rapide comme l'éclair; d'une fille invisible et d'un bébé dont les pouvoirs naissants risquent d'être destructeurs. Quant au méchant il symbolise à lui seul le fan devenant un méchant suite à des événements ne jouant pas en sa faveur; un peu comme le personnage de Samuel L Jackson dans Incassable (qui ironiquement est le doubleur de Frozone). L'air de rien, Les Indestructibles se dévoile comme un véritable blockbuster en puissance n'ayant pas peur de la concurrence avec les films sur lequel il joue sur le même terrain (le film est sorti la même année que Spider-man 2). Il n'y a qu'à voir aussi le nombre incroyable de scènes d'action du film pour s'en rendre compte, l'une des meilleures étant bien évidemment le sauvetage dans l'immeuble, suivi de près par Mr Indestructible conduisant une voiture attérissant en pleine autoroute! Pixar innove encore et se met au même rang que certains films live. Chapeau bas.

 

  • Cars (2006) : Nostalgie en plein orage

Cars : Affiche John Lasseter

Cars aurait dû être un beau voyage pour John Lasseter: faire un film sur des voitures en évoquant sa nostalgie de ses road trip en famille sur la fameuse Route 66. Tout était propice pour que tout se passe bien. Pourtant dans les couloirs, cela gronde et ne sent pas très bon. Steve Jobs commence à se poser des questions quant à l'association avec Disney, d'autant que les relations avec le studio aux grandes oreilles s'enveniment sérieusement. Parmi aussi les raisons invoquées, la question des droits étant donné que Disney possèdait les droits sur l'histoire et sur les droits de suite. C'est dans cette optique que Michael Eisner (patron de Disney à cette époque et parmi le plus détesté assurément) créer Circle 7 permettant à Disney de faire des suites de films Pixar et avec en ligne de mire Toy Story 3, Le monde de Némo 2 et Monstres et cie 2. Un nouveau contrat s'avance en 2004 mais il y a toujours la question de demande de propriété que veut garder Disney. Jobs entre en jeu et annonce chercher de nouveaux partenaires, mais aussi que les films du studio sortirait désormais l'été (ce qui est vrai puisqu'en dehors de The good dinosaur pour des raisons évoquées plus bas sortira en novembre prochain).

Le départ de Michael Eisner fit beaucoup dans le rachat de Pixar par Disney. Circle 7 rend l'âme en mars 2006, Pixar est racheté en mai 2006 suite à un nouveau contrat qui leur ressemble plus. Par ailleurs, John Lasseter n'est pas en reste puisqu'il devient à la fois directeur de création chez Pixar mais aussi chez Disney Animation (et dont l'influence s'est énormément ressentie depuis quelques années sur les productions survenues depuis Volt), ce que l'on pourrait résumer par le petit qui a bouffé le gros. Finalement tout fini bien alors que les studios étaient sous tensions depuis le début des années 2000. De plus, le studio est touché de plein fouet par la mort de Joe Ranft, membre historique du studio, scénariste, voix, dessinateur et animateur au cours d'un accident de voiture. Cars qu'il a coréalisé lui est logiquement dédié tout comme Les noces funèbres de Tim Burton auquel il a participé activement. Cars possède des avis assez très critiques, changeant radicalement de l'habituel accueil radieux de Pixar. De plus, son succès au box-office est moins flagrant que sur les précédents films de Pixar. Le film a clairement marché (sans compter le merchandising au poil avec des petites voitures partout), mais on est loin des scores foudroyants de Pixar. Cars ne gagne également pas l'Oscar du meilleur film d'animation bien qu'il soit nominé au profit d'Happy Feet.

Cars : Photo John Lasseter

Cars réveille en soi la nostalgie des petites voitures auxquelles on aimait joué avant, avec les courses automobiles et tout ce qui s'en suit. Mais aussi celle des grandes virées devant de beaux paysages. Cars transpire la nostalgie à l'image de la ville de Radiator Spring. Vestige de la Route 66, elle est délaissée par les touristes préférant prendre la voix rapide de l'autoroute au lieu de découvrir la beauté du monde qui l'entoure. Les vieilles boutiques d'antiquités, les gens conviviaux, les rednecks aussi (la voiture militaire qui affronte le van Wolkswagen baba cool, on ne peut pas faire plus merveilleux) et évidemment le paysage radieux avec ses étendues désertiques que ses magnifiques chutes. John Lasseter s'est fait plaisir en recréant la Route 66 et compte bien nous le montrer afin de nous offrir un véritable dépaysement. Il est juste un peu dommage que le personnage de Flash McQueen soit aussi superficiel que ce soit avant ou après sa transformation. Cars émue aussi du fait qu'il s'agit du dernier projet auquel a touché Paul Newman. Au même titre Bernard Pierre Donnadieu qui faisait la même voix est décédée également. Le personnage de Doc Hudson reste sans voix, vive Doc Hudson. En sachant que le duo qu'il forme avec Flash n'est pas sans rappeler La couleur de l'argent: Flash le rookie, Doc le vieux brisquard, la course dans la pompe à essence. En résultes, pas le plus transcendant des Pixar mais indéniablement un bon film.

  • Ratatouille (2007) : Les fins gourmets de Pixar

Ratatouille : affiche Brad Bird, Jan Pinkava

Initialement Ratatouille n'était pas destiné à Brad Bird mais le destin en a décidé autrement. Jan Pinkava est envisagé en premier lieu pour réaliser le film et porte le projet à bout de bras: scénariste, designer des costumes et paysages... Le réalisateur du court-métrage Le joueur d'échecs s'impose mais la complexité de l'histoire finit par jouer en sa défaveur. Pixar l'évince, tout en lui filant le poste de coréalisateur. Le projet est en route depuis au moins deux ans (on en parlait déjà à l'époque du Monde de Némo) et Brad Bird se retrouve à réaliser son second film pour Pixar. Le scénario est pour le moins retouché que ce soit dans la relation entre le rat Rémy et l'apprenti-cuisinier Linguini, Colette prend plus de place; les rats deviennent moins anthropomorphiques. Le film fait alors un carton devenant à l'époque le troisième plus gros succès de Pixar avec Le monde de Némo et Les Indestructibles et cela se montre également en France où le film totalise un peu moins de 8 millions d'entrées. Un score hallucinant qui se ressent aussi dans le fait que l'action du film se déroule à Paris et en livre une belle carte-postale à l'image des Aristochats en leur temps.

Ce n'est pas forcément une critique quand on voit le look des films de Brad Bird, cherchant toujours un certain charme rétro. Son Paris se résume à la gastronomie, les balades en scooter, la Seine et même en soi le béret du titi parisien! Il n'en reste pas moins que le film est fidèle à l'architecture de Paris, dû notamment à un séjour complet dans la capitale et ses restaurants. Les plats ont l'air terriblement vrais et on s'étonne de voir à quel point l'animation convient parfaitement à montrer la cuisine. Un vrai ravissement visuel dans tous les cas. Le choix de l'animal qui a des dons pour la cuisine est bien amené. Souvent considéré comme sale ou nuisible, le rat est synonyme de péjoratif. Même Disney l'avait fait en faisant du rat un parasite cherchant à mordre un enfant dans un berceau. Ici, ce ne sera pas le cas. Les rats ont beau être nombreux (magnifique foule quand la vieille dégomme son plafond et laisse voir une multitude de rats), ils n'en sont pas moins sympathiques voire rigolos à l'image d'Emile le frère de Rémy. Rémy lui-même est un rat épris de passion pour la cuisine et vouant un culte à Gusteau, un grand chef étoilé mort peu après la déstitution de son étoile (voir un parallèle avec Bernard Loiseau ne serait pas étonnant) et se retrouvant ironiquement dans son restaurant.

Ratatouille : photo Brad Bird

Linguini lui n'est pas cuisto, il n'y connaît rien mais sa mère a eu des relations avec Gusteau changeant radicalement son statut.
Ratatouille peut donc apparaître comme la revanche des loosers: Rémy le rat cuisinier, Linguini le fils illégitime. Le stratagème des cheveux n'en est que plus burlesque, ce qu'est le film en plus d'être un film initiatique. Le burlesque a une grande prise sur le film preuve en est le personnage de Skinner véritable casse-pied des familles, aussi petit que teigneux. De là Bird nous montre un monde de la cuisine changeant radicalement, le chef étoilé devenant soudain une marque pour des surgelés. Rémy apparaît comme un rempart à ce genre de procédé, la créativité primant sur le surfait. Un film plus intelligent qu'il n'en a l'air.

  • Wall-e (2008) : L'apocalypse écologique selon Pixar

Wall-E : Affiche Andrew Stanton

Quand Andrew Stanton se lance dans un nouveau projet, on revient inévitablement au fameux dîner de 1994. Pour l'occasion, le réalisateur du Monde de Némo se veut très ambitieux et la communication autour de son film se fait petit à petit, en évitant de trop en dévoiler d'un coup. Ainsi, tout le second acte ne servira pas pour la promo, à l'image de ce qui a été fait pour Gone Girl tout récemment. De plus, pour les bruits des divers robots du film, Stanton a fait appel à Ben Burtt l'ingénieur du son responsable de plusieurs richesses sonores de Star Wars et ayant utilisé le cri Wilhelm sur quasiment toutes les productions auxquelles il a été convié. Si Wall-e n'a pas été un succès au box-office foudroyant, il grapille l'Oscar du meilleur film d'animation et s'impose comme une oeuvre purement charnière dans la filmographie du studio. Dès son ouverture, Wall-e est un film qui fait mal au ventre: prologue avec l'acteur Fred Willard évoquant ni plus, ni moins que le désastre à venir; puis mue d'un photo-réalisme bluffant, Stanton montre la Terre vue de l'Espace avant de faire un long périple avec des éoliennes à l'abandon, une atmosphère poisseuse avant de montrer notre petit robot en titre en train de faire une énième pile de détritus.

Mais il y a quelque chose qui cloche et Stanton va nous le montrer par une vue aérienne partant du personnage pour montrer un énorme building de détritus, puis des autres l'entourant. Les buildings ne sont plus des bâtiments où les Hommes habitent ou travaillent, ils n'existent d'ailleurs quasiment plus. Désormais on identifie un building comme une énorme montagne de détritus de plusieurs étages. Un constat alarmant qui apparaît rapidement comme encore plus problématique. Les robots tels que Wall-e devait initialement nettoyer la Terre. Sauf qu'il n'y a plus aucune existence sur Terre, les Hommes sont partis, les robots ont disparu sauf Wall-e. On ne parle pas ici de centrale nucléaire qui a explosé, mais de véritable catastrophe écologique sur la longueur. Sauf que même un petit robot ne peut sauver la Terre de la pollution et les détritus qu'il accumule continuent de polluer. La richesse de la première partie du film tient également au fait qu'elle est quasi-muette en dehors de bruitages, ce qui est assez impressionnant de nos jours où le film muet est inexistant et surtout en ce qui concerne l'animation. Si le film ne va au bout de cet aspect, il n'en reste pas moins que le coup de Stanton fonctionne à merveille notamment agrémenté des petits sons du robot.

Wall-E : Photo Andrew Stanton

L'air de rien, Stanton réussi à rendre son robot terriblement attachant par ses mimiques ou son attitude. Wall-e devient rapidement un vrai petit amour de robot à l'image de Johnny 5 dont les designers disent s'être inspiré (rien que pour les yeux, c'est très similaire). Arrive alors Eve suite à une découverte importante, vétue façon Ipod. Qui aurait pu croire que voir deux robots en train de tomber amoureux serait aussi émouvant? Love is in the air n'en paraît que plus logique. Stanton fait fort sur les deux parties: la première partie avec la violence faites à la Terre, la deuxième avec l'Homme cloîtré dans un vaisseau et ne cessant de s'engresser sans jamais se mettre debout. Sans compter le robot commandant de bord qui ressemble comme deux gouttes d'eau à HAL 9000 dans tout ce qu'il y a de plus effrayant. Le final de Wall-e a beau être optimiste bien aidé par une sublime chanson signée Peter Gabriel et l'histoire d'amour faites de sacrifice magnifique, le film est absolument terrible et laisse un arrière-goût violent en bouche. Andrew Stanton signe peut être le film le plus adulte de Pixar mais aussi une des oeuvres d'anticipation les plus impressionnantes des années 2000. Du genre dont on se souvient encore longtemps.

  • Up (2009) : Les ballons du coeur

Là-haut : Affiche Bob Peterson, Pete Docter

Film d'ouverture du Festival de Cannes en 2009 mais aussi le premier film du studio fait pour la 3D, Up est un événement surmédiatisé et qui met à peu près tout le monde d'accord. Véritable succès foudroyant alors que le sujet pouvait difficilement le donner (le héros est un vieil homme, le sidekick un petit gros scout et le véritable élément mignon est un chien nommé Doug!), Up est encore une belle preuve que Pixar peut expérimenter alors que son statut n'est clairement plus à prouver (depuis au moins Wall-e, leur animation est à un niveau tellement stable et impressionnant qu'il est difficile pour la concurrence, y compris Disney, de faire aussi bien). Preuve en est le décor même des chutes du Paradis, stupéfiant de photoréalisme au point de se confondre avec de vrais décors (Pete Docter et ses camarades ont fait beaucoup de randonnées et spéléologie afin de faire des croquis et trouver des décors possibles d'inspirer ces chutes). Sans compter les détails procurés par la multitude de ballons que ce soit leur nombre mais aussi les couleurs et ne parlons pas de la multitude de chiens. Un sens du détail que l'on retrouve rarement ailleurs et dont Pixar se montre encore bien au haut niveau.

J'ai beaucoup insisté sur les ouvertures des films de Pixar jusqu'à présent, mais celle de Là haut relève d'une maestria sans appel.
Réussissant à nous montrer la vie d'un couple au fil des années, de leur rencontre au grand adieu est une chose, mais susciter autant l'émotion chez un spectateur en si peu de minutes de métrage relève de l'incroyable. L'introduction de Up se montre comme un véritable crêve-coeur pour le spectateur, le plus frappant restant ce travelling passant d'une chambre de bébé en pleine construction (et donc aux couleurs criardes) à une pièce d'hôpital dont les contours sont plongés dans l'obscurité. Pas besoin de mots pour nous faire comprendre le drame qui se présente. Et la musique de Michael Giacchino de faire encore des merveilles: les mêmes notes reviennent sans cesse mais rapidement elles passent de gai à terriblement tristes en passant à un rythme plus lent. En dix minutes de film, le spectateur a déjà usé son paquet de kleenex face à ce déluge d'émotions foudroyantes. C'est donc en homme aigri et triste que l'on retrouve Carl vieil homme veuf qui veut juste vivre paisiblement sa retraite et dont des promotteurs ne veulent pas laisser sa vie tranquille.

Là-haut : Photo Bob Peterson, Pete Docter

S'il s'évade avec sa maison en voulant faire honneur à sa femme qui désirait tant aller aux chutes du paradis, Carl le fait aussi pour éviter la maison de retraite et la perte de sa maison. Le sidekick Russell a également à dire: jeune garçon n'ayant jamais voyagé, il a néanmoins des diplômes de scout jurant qu'il est capable techniquement de se débrouiller sur divers sujets! Mais c'est avant tout, un jeune garçon en manque de repères, subissant l'absence d'un père jamais là et dont il espère tant une présence. Deux êtres solitaires qui veut se compléter au cours d'un film d'aventure savoureux où les idoles d'antan sont souvent aigris par le pouvoir qu'ils ont entre leurs mains. Si Wall-e est un film qui fait peur à en pleurer, Up est un film qui émeut à en pleurer.

  • Toy Story 3 (2010) : Ce n'est qu'un au revoir

Toy Story 3 : Affiche

Au cours du débat houleux entre Pixar et Disney nacquis Circle 7 et autant dire que Disney ne s'est pas fait prier pour lancer un Toy Story 3. Déjà qu'à l'époque du deuxième opus, le DTV était prévu alors un troisième sans l'équipe mère... Le projet était bien avancé avec un grand nombre de concept-arts (voir http://www.slashfilm.com/art-storyboards-toy-story-3-that-could-have-been/) et même un synopsis: Buzz était renvoyé à Taïwan par ses camarades jouets suite à divers dysfonctionnements. Sauf qu'ils apprennent que l'entreprise détruit tous les exemplaires qu'elle reçoit suite à un rappel massif et partent pour Taïwan également pour le retrouver. Suite au nouveau contrat, ce projet est annulé mais un nouveau volet bien de chez Pixar est rapidement annoncé pour les années à venir. Un teaser confirme l'avancée de la chose, jouant sur la nostalgie des spectateurs et la rivalité entre ses deux héros (comme l'avait fait le début de la promo du second opus). John Lasseter laisse cette fois sa place à Lee Unkrich qui a notamment officié comme coréalisateur sur Finding Nemo. Le changement de réalisateur aurait pu être une crainte, il n'en est finalement rien.

Renvoyant directement à l'ouverture du second opus, Toy Story 3 commence par une séquence spectaculaire à base de ouistitis, de train qui explose, de vaisseau-spatial et d'une multitude de personnages dans des rôles acadabrantesques (Bayonne le baron côte de porc, Patate en borgne, Buzz qui apparaît tardivement car Woody est le vrai protagoniste). Par une transition qui passe crême, on découvre que c'est en fait Andy qui joue avec ses jouets. Tout ce que l'on a vu préfigure en soi le fameux Inside out: la scène vient du subconscient d'un enfant. Puis la coupe est nette après les images filmées au magnétoscope. Les années ont passé, des jouets ne sont plus là (Woody regrette la Bergère), Andy a laissé ses jouets dans la caisse privilégiant comme beaucoup de jeunes l'ordinateur qui trône bien en évidence sur le bureau et surtout, il va à l'université et les jouets ne vont pas rester dans le grenier très longtemps. Les jouets vont donc devoir voir ailleurs si l'herbe est meilleure. Dès le début du film, on sait que le film sera pessimiste. L'abandon est répété à la fois par le personnage de Lotso dont la honte a fini par le rendre fou, mais surtout notre groupe global. Sauf que contrairement à ce qui est arrivé à Jessie avec Emily, ici il y a une sorte de légitimité.

Toy Story 3 : Photo Lee Unkrich

La mère d'Andy ne les a pas amené à un endroit désert, mais dans une crèche. Ils seront donc appréciés des enfants. Et puis c'est l'occasion de voir encore un beau cliché à l'horizon. Après Barbie, voilà son copain assexué Ken (élément d'ailleurs abordé dans le film, ce qui est assez hilarant quand on voit le large public auquel parle le film!), pro mode, ringard et totalement jubilatoire. La séquence des essayages avec Le Freak de Chic en fond sonore vaut à elle seule son pesant de cacahuètes. Le film revient également au film d'évasion qui avait fait la richesse du premier, sauf que cette fois-ci ce n'est plus un enfant qui est problématique mais les jouets qui sont à la crèche. Dès lors, le film prend des faux-airs de film carcéral auquel un peu d'harmonica finit par arriver. Et si en plus, Buzz recommence à devenir con avant de passer à l'espagnol, cela n'en est que plus alléchant. Preuve que Pixar a retenu la leçon de Up, Unkrich signe deux climax terriblement émouvants, signes d'adieu terribles qui fait pleurer le fan de la première heure. Même si Pixar a continué à aborder ses personnages dans des courts-métrages, la véritable conclusion est belle et bien ici et elle fait terriblement mal au ventre. On dit souvent que le troisième opus est mauvais ou plus faible. Toy Story 3 est une exception de premier ordre. En disant adieu aux personnages qui les ont lancé, Pixar signe probablement son plus grand chef d'oeuvre.

  • Cars 2 (2011) : Bashing time

Cars 2 : Affiche

Si Cars n'avait pas reçu toutes les louanges attendues à chaque film de Pixar, rien ne pouvait prévoir le dézingage que s'est payé Cars 2 au cours de l'été 2011. Le film se fait dézingué par la presse, certains lui reprochant notamment de ne pas avoir lieu d'être, le premier ne nécessitant pas une séquelle. Certains y vont même du terrible constat: Pixar est devenu une machine à fric qui fait des suites à tout et n'importe quoi. Or, jusqu'à présent, les Toy Story ont suffisamment plu à ces mêmes critiques s'offusquant que le studio fasse des suites. Il y a donc en soi une absence de logique qui est à voir ici de ces médias prêts à accepter une suite à un film d'animation que quand cela les arrange. Surtout qu'au cours des années, bons nombres de médias de presse n'ont cessé d'alimenter des rumeurs autour de suites de films du studio qui leur semblaient alléchantes. C'est le cas des Indestructibles 2 qui jusqu'à cette année avait droit environ chaque année à une "news rumeurs" sur une grande partie des médias ayant critiqué Cars 2 et la propension de Pixar a donné subitement des suites.

Cars 2 : Photo Brad Lewis, John Lasseter

Ces mêmes critiques n'auraient jamais lieu d'être chez Dreamworks qui fait parfois des plannings en avance avec des futures sagas à quatre volets! Là comme c'est Pixar, il apparaissait presque vital pour certains organes de presse de taper dessus. Certains médias comme Première disaient même à l'époque que certains attendaient le moment pour taper sur Pixar. Cars 2 n'aura même pas droit à sa nomination aux Oscars, soit la seule année où un film du studio n'aura pas été convié aux festivités. Un déchaînement qui se montre davantage comme un lynchage gratuit et disproportionné à l'image d'un film qui n'en méritait pas tant. Surtout que ce second volet ne cherche jamais la comparaison avec son aîné puisque n'est pas du tout dans la même optique. John Lasseter laisse tomber le récit initiatique pour le film d'espionnage et surtout délaisse très rapidement Flash McQueen pour laisser la place à son camarade Martin. Martin n'est peut être pas un personnage passionnant mais il n'en reste pas moins plus attachant que le désormais larmoyant Flash. Reste malheureusement une accumulation de gags forcés comme celui des toilettes qui déclenche tout ou encore les différentes bourdes de Martin qui deviennent un peu lourdes au fil du film.

Cars 2 : Photo Brad Lewis, John Lasseter

Puis comme dit plus haut, le film n'est quasiment pas axé sur les courses bien qu'elles servent de couverture. La rivalité entre McQueen et le coureur italien n'en est que vite délaissé pour laisser plus de place à une intrigue d'espionnage se déroulant aux quatre coins du monde. Pas de grandes innovations, même si le film laisse un bon sentiment de vitesse, se permet de jouer avec des villes d'Europe (Londres étant le point d'orgue avec Big Ben comme centre des opérations). Sans compter le personnage d'espion charmant rappelle l'indubitable James mais aussi un certain Harry Palmer dû en partie au fait qu'il est doublé par Michael Caine. Même si Cars 2 n'est pas un cru exceptionnel, il n'en reste pas moins un film agréable à regarder.

  • Brave (2012) : Le ratage de Pixar

Brave

Annoncé en 2008, Newt devait être la première réalisation de Gary Rydstrom, réalisateur du court-métrage Extraterrien. Il devait mettre en scène deux tritons mâle et femelle devant collaboré pour assurer une descendance à leur espèce. Mais des ressemblances avec Rio de Carlos Saldanha furent au centre de son annulation, une première pour le studio qui a toujours mené à bien ses projets. Par la même occasion, la production de The bear and the bow fut très mouvementée. Censé être le premier film Pixar avec une femme aux commandes (à savoir Brenda Chapman, réalisatrice du Prince d'Egypte), Brave perd sa réalisatrice pour différends artistique en 2010 et est remplacée par Mark Andrews, réalisateur du court L'homme orquestre (Pixar confirmant par ailleurs que son usine à courts-métrages permet de découvrir de nouveaux talents capables de réaliser des longs par la suite). Le principal problème de Brave vient tout simplement du film lui-même. Beaucoup ont dézingué Cars 2 qui plus est en jouant sur la carte du merchandising à volonté (ce qui n'est clairement pas nouveau, beaucoup préférant oublier le jeu ET même ses concepteurs de chez Atari), mais Brave va plus loin car il est scénaristiquement creux. Le véritable vilain petit canard se trouve ici, au point que son Oscar du meilleur film d'animation n'en paraît que plus usurpé.

Rebelle : Photo Brenda Chapman, Mark Andrews

Pixar fait honneur à l'Ecosse par des décors absolument saisissant de photoréalisme et signe un film magnifique si l'on se fixe sur le point de vue technique. Le spectateur est littéralement emporté dans les terres des Highlands qui a fait la richesse d'un des rares films mythiques de Totof Lambert, sans compter des personnages magnifiquement animés en dehors des petits ours qui ont des têtes plus grosses que leurs corps. C'est plutôt le scénario qui blesse. Alors que l'on pense être face à un film de fantasy, il n'en est finalement que très peu question voire pas du tout. La sorcière n'a aucune utilité si ce n'est de donner le breuvage transformant un personnage en ours, soit l'ennemi des personnages écossais se présentant à nous. Non le film est surtout le périple d'une mère et de sa fille essayant de retrouver le contact dans un mauvais concours de circonstance. Dit comme cela, Brave semble passionnant car son traitement change radicalement de ce que l'on voit souvent au cinéma (en général on le verrait plus avec des personnages masculins). Mais c'est vite oublier la paresse d'un scénario qui ne raconte pas grand chose et dont le twist central apparaît beaucoup trop proche de Frères des ours produit par Disney.

Rebelle : Photo

Et si Pixar commence à ressortir du pur réchauffé d'un des Disney les plus inintéressants de la décennie 2000, cela commence à devenir mal barré. Le film accumule donc l'inévitable cafouillage entre le personnage transformé et un membre de sa famille se mettant à se battre malencontreusement. Terriblement dommage que Pixar soit tombé aussi bas alors qu'il y avait moyen de signer un grand film. Leur plus mauvais film à ce jour et que l'on pourrait même qualifier de petit navet, le seul à pouvoir avoir cette distinction.

  • Monsters University (2013) : Le campus movie de Pixar

Monstres Academy : Affiche

Monstres et cie fut un énorme succès à sa sortie et rapidement le public a souhaité une suite aux aventures de Sully et Bob. Au point que comme Les Indestructibles 2, Monstres et cie est rapidement devenu un souhait du public en constante attente. Sous l'impulsion de Circle 7 en 2005, Disney s'apprêtait à produire une suite à Monstres et cie sans passer par Pixar qui était en fin de contrat houleux. Un projet qui était véritablement une suite à Monstres et cie et où Sully et Bob partaient à la recherche de Bou (voir http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18611518.html). Cette suite sera définitivement mise au placard quand le studio sera fermé et surtout quand Pixar décidera de ne pas faire une suite... mais une préquelle! Beaucoup auraient préféré une suite directe comme Circle 7 l'avait initié, ils devront rongé leur frein. Avec Monsters University, Pixar souhaite explorer un autre genre: après la comédie à teinte dramatique, le film d'aventure, l'anticipation, le film de super-héros, ou encore le road movie; le studio se lance dans le film de campus avec pour principale référence American college de John Landis où John Belushi jouait les cancres fêtards.

Monstres Academy : Photo Dan Scanlon

En soi, Monsters University ne déroge pas à la règle: fratries, bizutage, cancres, bons élèves, sportifs, binoclards, fiesta, concours, popularité... Tout cela se trouve dans le film de Dan Scanlon. Le bizutage se fait avec les sportifs dénigrant les petits mais plus intelligents qu'eux; les petits rentrant dans la cour des grands, les amitiés naissantes de l'université... Au final, comme pour le premier film, il n'y a pas tellement de fantastique, ce dernier venant uniquement du fait que les personnages principaux sont des monstres. En revanche, il tient bien plus de la comédie potache typique des films de campus (22 Jump Street sortit un an après reprend le même genre d'ingrédients) que du mélange de comédie parodique/thriller qu'était le premier film. Inévitablement le film souffre du fait que le spectateur sait la fin, cette préquelle devant montrer comment l'intelligent mais pas physiquement impressionnant Bob et le virulent mais bête Sully vont devenir amis. Le début du film montre clairement deux antipodes jusque dans le tempérament, Bob ne supportant pas la flemmardise de son colocataire. Comme Sully est exaspéré par le côté "grosse tête" de son cyclope vert de palier. 

Monstres Academy : Photo Dan Scanlon

Le fait de les mettre ensemble contre leur gré va forger leur alliance qui va devenir bien plus que ça. Du point de vue du bestiaire, on retrouve le fameux Léon qui malgré une apparition courte marque les esprits (il est amusant de voir à quel point un bizutage peut changer une personne...) mais aussi divers petits monstres et puis la patronne de l'université, dragon flamboyant. Si Monsters University (qui a un titre français incluant "Academy" à la place du second mot complètement débile, étant donné que le thème "university" est utilisé durant tout le film) n'est pas une préquelle forcément utile, il n'en reste pas un film de campus qui a sa propre identité et parvient à être purement ancré dans son genre.

 


 Et après?

Après une pause sabbatique qui a plutôt fait mal au coeur des fans du studio, Pixar revient non-seulement ce mois-ci avec le brillant Inside Out; mais aussi avec The good dinosaur de Peter Sohn en novembre prochain. Le pitch part de la question "et si l'astéroïde qui a tué les dinosaures était passé à côté de la Terre?" et prend ensuite le point de vue du brachiosaure Arlo qui va croisé dans son voyage un jeune humain alors encore primitif. Un film qui a eu une production mouvementé, le réalisateur Bob Paterson ayant été écarté au profit de Peter Sohn, ses idées de communauté dinosaure sur le principe des hamish n'ayant visiblement pas plu. Par ailleurs, John Lithgow en avait aussi parlé il y a quelques temps, évoquant qu'il avait redoublé son personnage et que ses répliques étaient bien meilleures qu'à l'origine. C'est aussi pour ces raisons que le film n'est pas sorti l'an dernier comme initialement prévu, permettant à Pixar une meilleure opportunité pour revenir au projet (et éviter le bordel Toy Story 2). A voir donc, un premier teaser absolument bluffant et énonçant le concept tout comme de montrer des images supplémentaires étant tombé il y a quelques temps.

En sachant que Pixar semble plus en forme que jamais puisque Le monde de Dory d'Andrew Stanton (2016), sequelle qui mettra en scène le poisson chirurgien amnésique dans la quête de sa famille; Toy Story 4 de John Lasseter (2017) qui devrait être relativement différent de la trilogie initiale (en sachant que l'on parle d'une comédie-romantique); Les Indestructibles 2 de Brad Bird (2018); et Cars 3 (2018) qui n'augure pas forcément quelque chose de bon (voir ci-dessus). Mais l'avenir est radieux et vivement!

Allez à la semaine prochaine!

* http://www.rockyrama.com/2015/06/17/les-10-choses-incontournables-a-savoir-sur-pixar/

13 juin 2015

Cuvée sérielle au cinéma épisode II

Après une première cuvée déjà bien chargée, la Cave de Borat continue son pélerinage dans les adaptations de séries télévisées. De quoi illuminer l'été qui arrive.

  • Les suites ou autres de séries

La série tv se finit parfois mal voire sous des hospices lui permettant de revenir subitement. Lorsque David Lynch se lance dans Fire walk with me, la saison 2 de Twin Peaks a fait couler beaucoup d'encre. Plus longue, plus fantastique, plus barge, au point que Kyle MacLachlan et Lynch ont commencé à ne plus trop s'entendre. De plus, la chaîne ABC n'a jamais su gérer l'un des plus grands ovni de la télévision américaine, demandant par exemple des révélations rapides en début de saison 2. C'est dans un climat pas très propice que Lynch réalise la préquelle de Twin Peaks avec Kyle MacLachlan dans un rôle plus que réduit et faisant la part belle à Ray Wise et Sheryl Lee, changeant des acteurs. Sauf que le film n'a pour ainsi dire aucun intérêt. On reconnaît bien l'univers de Lynch, sa patte graphique mais le film ne raconte rien d'intéressant, voire mieux démystifie totalement le mystère autour de la série. Il ne faut tout simplement pas regardé le film avant la série bien que ce soit une préquelle. Pour le bienfait du spectateur, écoutez Tonton Borat. Et puis de toutes manières, le vrai retour de Twin Peaks se fera l'an prochain sur Showtime.

Twin Peaks - Fire Walk With Me : Photo

Kyle MacLachlan et Sheryl Lee au coeur de la chambre rouge.

Mais avant cela, Disney avait fait de même avec certaines de ses séries d'animations. Tout d'abord La bande à Picsou ou Duck tales une des meilleures séries Disney et dont le film servant de conclusion, Le trésor de la lampe perdue, reste une des rediffusions phares des vacances de noël. Et encore c'était plutôt une manière pour Disney de mettre un terme à la série, plus que de lui donner une réelle conclusion. L'occasion de retrouver Picsou, Riri, Fifi, Loulou, Zaza et autres Flagada Jones dans une aventure inédite servant de dernier épisode (en sachant que la série fera son retour dans quelques années). Une véritable aventure dans le parfait cheminement de la série et gardant une saveur s'inspirant d'Indiana Jones (jusque dans l'affiche signée également par l'incontournable Drew Struzan), en sachant qu'Indiana Jones a été notamment inspiré de plusieurs aventures de Picsou! La boucle est bouclée. Mais les studios Disney vont aller plus loin sur Dingo et Max, qui apparaît véritablement comme le final de La bande à Dingo. Le film sort la même année que Pocahontas et en soi y perd en réputation car adaptation d'une série Disney (donc moins prestigieux qu'un film original) et sera évidemment moins cité. C'est le cas quand on parle de Dingo et Max.

Le trésor de la lampe perdue

Il n'en reste pas moins un film intéressant car aborde des sujets dignes de ce nom. Tout d'abord Dingo et Max aborde très bien l'aspect teen-movie alors même que le genre commençait à entrer en désuétude (heureusement il y a eu Clueless ensuite puis American Pie, même si cela a engendré de mauvais ersatz). Max est un jeune adolescent qui essaye de s'enlever de l'influence de son père (en l'occurrence Dingo, ce dont il a peur de devenir quand on voit l'ouverture du film) et veut tout faire pour conquérir le coeur de la jeune Roxanne. Un aspect classique du teen-movie pour le jeune homme essaye d'impressionner par tous les mensonges et performances inimaginables. Ensuite il y a le roadtrip entre le père et son fils, devenant petit à petit une remise en question de chacun, Dingo de son côté papa poule à la ramasse, Max adolescent ayant perdu l'adoration de son père. Ce qui fait de Dingo et Max un mélange savoureux donnant lieu à une vraie conclusion de la série, tout en étant plus pertinent que la série et peut se voir sans avoir vu un seul épisode de La bande à Dingo. En tous cas, un de mes Disney favoris et certainement pas un plaisir coupable. En sachant que le studio fera de même avec la série Aladdin (Le retour de Jafar lui servant de pilote et Aladdin et le roi des voleurs de conclusion) et La cour de recré (se permettant même des délires psychédéliques!).

Tout le charme du teen movie dans une scène.

Dernier exemple notable avant la sortie d'Entourage ce mois-ci, Serenity de Joss Whedon. Diffusée de manière catastrophique par une Fox qui n'en avait strictement rien à faire, Firefly n'a duré qu'une petite saison mais s'est fait une parterre de fans au fil des années. C'est ainsi que par une surprise totale Serenity finit par naître et conclue une série vouée à une mort certaine. Le film reprend tout le casting à commencer par Nathan Fillion et Summer Glau et s'impose comme un bon petit space-opéra plutôt bien réalisé (surtout pour un premier film) et pouvant se suivre tranquillement même si l'on n'a pas vu la série (ce qui est le cas de votre cher Borat).

Serenity : l'ultime rébellion : Photo Adam Baldwin, Alan Tudyk, Gina Torres, Jewel Staite, Nathan Fillion

  • Les adaptations méta

Au départ, le cinéma a beaucoup misé sur des adaptations littérales de séries, reprenant au moins le pitch tel quel de la série qu'il
adapte. Pourtant au fil des années, on a pu remarquer une tendance aux adaptations méta jouant à la fois du concept tout en la modifiant scrupuleusement de son état initial. C'est un peu ce qui a été fait sur le premier Mission impossible même si ce n'est plus trop le cas depuis, revenant au concept d'équipe (notamment dans le quatrième film) cher à la série. Dans le premier opus, Brian de Palma révèle déjà toute l'intrigue du film dans son générique. Le spectateur lambda n'y fera peut être pas attention. En revanche celui qui regarde plan par plan risque fort d'être surpris. Pourtant Brian De Palma reprend parfaitement ce que faisait les petits bonhommes des génériques de la série. En revanche, là où De Palma joue dans le méta c'est qu'il décime toute l'équipe Mission Impossible en dehors de deux membres. En sachant qu'aucun rôle n'est issue de la série, renforçant le fait que De Palma et ses scénaristes ont repris le concept mais pas le reste. En résulte un premier film misant très bien sur l'espionnage et où De Palma utilise pleinement son savoir-faire filmique au service d'un divertissement de qualité; un second de sinistre mémoire où John Woo s'est caricaturé dans un délire pénible; le troisième est un film efficace et très bourrin; et le quatrième revient aux sources de la série avec une efficacité désarmante et un sens de l'action old school certain. Vivement le cinquième opus où Tom Cruise volera accroché à un avion!

Mission : Impossible : Photo Brian De Palma, Tom Cruise

Tom ne tient qu'à un fil.

Charlie's angels et sa suite jouent sur le méta mais d'une façon différente. Le ton est radicalement changeant passant du sérieux à la cool des aventures de Farrah Fawcett et ses copines à un ton comique et parodique pas forcément du meilleur hospice. Ainsi le pauvre Matrix se fait parodier jusqu'à plus soif et voulant jouer sur le bigger and louder, le second opus s'avère encore plus excessif, accumulant les fautes de goût magistrales (comme le striptease pour aller chercher une banale carte!). Ou encore ce méchant fétichiste joué par Crispin Glover, la vilaine Demi Moore ou le diabolique Justin Theroux. Même si les trois actrices semblent bien se marrer, on a bien du mal à s'amuser devant ces films, preuve en est même Bill Murray n'a pas rempilé dans le second pour laisser sa place au regretté Bernie Mac. Starsky et Hutch joue dans la même optique de film parodique autour d'une série et autant dire qu'en dehors du passage jubilatoire de Will Ferrell (à croire que ce comique peut apparaître n'importe quand et être un bonheur de quelques secondes!), c'est encore une fois très mauvais. Pourtant il y avait du lourd avec Ben Stiller, Owen Wilson, Vince Vaughn et même Todd Phillips avant la pervertion de The Hangover. Malgré ce beau monde, le film ne fonctionne pas, n'arrivant pas à jouer sur le concept tout comme sur le rire potentiel. Bien triste.

Charlie's Angels - les anges se déchaînent : Photo

ça chauffe mais pas forcément dans le bon délire...

Dans le domaine, Ma sorcière bien aimée fera encore pire puisque sera une véritable bouse en puissance. En parler est encore une sorte de traumatisme pour votre interlocuteur. Peut être la seule bouse vue avec Will Ferrell et où il joue affreusement mal. Nora Ephron, scénariste pourtant du mémorable Quand Harry rencontre Sally, a essayé de faire dans le méta invraisemblable au point de faire absolument n'importe quoi. La série mettait en scène une sorcière mariée et avec enfants soutenue par une mère trop présente et ayant aussi des dons. Le film montre une sorcière ayant un père sorcier et se retrouvant à tourner dans un remake de la série Ma sorcière bien aimée où elle tombe amoureuse de celui incarnant son mari. Dès lors voici un immense bordel où l'on se demande constamment si la plaisanterie n'a que trop durée et faisant presque regretter les Charlie's angels. On est dans un tel mauvais goût que cela en est dramatique, le film n'avançant jamais et surtout n'a strictement aucun sens. Même les fans de la série risque d'être déçus devant pareille ignominie.

Ma sorcière bien-aimée : Photo Nicole Kidman, Nora Ephron, Will Ferrell

"On joue dans une daube Nicole! -A qui le dis-tu? Foutus pour foutus..."

Miami Vice est encore un cas particulier car c'est le producteur et scénariste de la série qui s'en occupe à savoir Michael Mann. Un film particulier car change radicalement de la série, le réalisateur de Collateral donnant sa propre vision tout en l'actualisant à son époque. Sonny Crockett et Ricardo Tubbs s'habille toujours en Armani, roule en Ferrari, vont en boîte comme fréquentent les yachts et évidemment le premier emballe toujours autant. Mais le ton est différent, plus sombre, plus apre aussi. Et c'est aussi cela qui a dérangé beaucoup de spectateurs: le film est tellement différent de la série qu'il en devient un curieux objet aussi fascinant que déconcertant au premier abord et devenant définitivement la première option au fur et à mesure des visions. Mise en scène comptant de superbes plans en HD, intrigue amoureuse sublime et sublimée par Mogwai (dans un final vraiment déchirant auquel les notes d'Autorock deviennent poignantes), bande-originale de qualité et comme souvent chez Michael Mann un film à voir obligatoirement la nuit pour capter parfaitement l'ambiance entre night-club et furiosité nocturne. Les 21 Jump Street terminent ce tableau en changeant également de ton avec la série qu'elle adapte.

Miami vice - Deux flics à Miami : photo Colin Farrell, Michael Mann

Particulièrement sérieuse, la série avec Johnny Depp narrait les aventures de jeunes flics tellement jeunes qu'ils étaient envoyés au lycée pour chopper les réseaux de drogue. Quand Jonah Hill et le duo Phil Lord/Chris Miller se lancent dans l'aventure il est clairement dit que les trois larrons vont s'orienter vers la comédie. Rien d'étonnant quand on voit le point de vue de Tempête de boulettes géantes et l'humour gras de Jonah Hill hérité de Judd Apatow. Ce qui pouvait apparaître comme une mauvaise blague au début (notamment par l'arrivée de Channing Tatum en accolyte de Jonah Hill) est devenu subitement quelque chose d'intéressant au final. Jouant sur un duo en pleine bromance tout en essayant de se connaître (les deux larrons ne se supportaient pas au lycée et se sont trouvés des atouts chacun à l'école de police!) tout en sortant une référence de temps en temps (les colombes c'est cool! Les vieux de Jump Street travaillent toujours!) et véhiculant un humour jubilatoire. Bien conscient de devoir renouveller la chose, les trois cocos ont décidé de mettre nos loulous à l'université mais pas que. Jouant sur le cliché de la suite bigger and louder, le trio donne à cette séquelle des atours supplémentaires: le QG est désormais dans la rue d'en face et technologiquement meilleur, le statut de l'université, les fêtes à l'impact décuplées, les rôles du délaissé-superman sont inversés et le film joue constamment du délire pop.

22 Jump Street : Photo Amber Stevens, Jonah Hill

"C'est qui le patron?!"

Preuve en est la scène sur I'm missing you où les actions de Jonah Hill et Channing Tatum (qui acquiert un caractère comique inattendu) s'entrechoquent de manière jubilatoire, allant jusqu'à donner un sens terriblement mélancolique. Et puis c'est l'occasion de voir un Ice Cube d'un rare jouissif, sans compter que le générique joue à fond la connerie avec un défilement de séquelles toutes plus improbables les unes que les autres où se croisent Anna Faris, Seth Rogen ou Bill Hader. Curieusement ce genre de délires improbables risque fort d'arriver si le projet d'associer 21 Jump Street et Men In Black aura bien lieu.

  • Les autres adaptations aka le menu maxi best-of des séries

Depuis environ les années 80, le cinéma a accumulé les adaptations et pour commencer ce fut La quatrième dimension. La série anthologique de Rod Serling devient un film pour la Warner et Amblin la nouvelle société de production de Steven Spielberg en 1983 et si aujourd'hui on s'en souvient encore c'est grande partie à cause de la catastrophe qui a eu lieu sur le tournage (l'acteur Vic Morrows et deux figurants non- salariés ont trouvé la mort dans les pales d'un hélicoptère trop prêt). L'accident paralysant le tournage et par la même occasion les envies de Spielby (il n'était seulement question que deux remakes d'épisodes et d'autres histoires inédites), La quatrième dimension est surtout l'occasion de voir quatre remakes d'épisodes bien connus qui trouveront également des révisions dans les Simpson Horror Show. On retiendra à la limite l'interprétation fiévreuse de John Lithgow dans le segment à mille pieds de George Miller et les délires filmiques déjà bien dingos de l'impayable Joe Dante. La même décennie voit naître Les Incorruptibles qui évidemment met en scène les faits réels relatés dans la série avec Robert Stack. Soit la lutte d'Elliot Ness et son équipe contre Al Capone dans les années 30. Un grand cru de Brian De Palma où il rend le temps de quelques instants hommage à Eisenstein, tout en donnant lieu à un film soigné.

Les Incorruptibles : Photo Andy Garcia, Brian De Palma, Charles Martin Smith, Kevin Costner, Sean Connery

On les appelait les Intouchables.

Une époque où Kevin Costner était au premier plan; où Robert De Niro ne se trouvait pas assez gros en bon élève de l'Actor's studio; où Andy Garcia faisait des débuts fracassants; où Sean Connery était bourrin comme rarement depuis plusieurs années; où Billy Drago foutait une frousse folle avec son sourire jusqu'aux oreilles; et où Ennio Morricone signait une merveilleuse partition qui scotche dès le générique. La famille Addams permet le retour fracassant de cette famille tonitruante issue de la bande-dessinée et popularisée par la série des années 60. Bénéficiant d'un casting monumental (Raul Julia dans son rôle le plus marquant, Anjelica Huston, Christopher Lloyd, Christina Ricci faisant des débuts fracassants, Carel Struycken), le premier film de Barry Levinson revisite merveilleusement le bestiaire de la série et BD pour donner un spectacle macabre où le non-sens porte des fruits pour le moins phénoménaux. Un monde où la Mort est ravissante, où le bizarre est normal et où les blessures sont une réjouissance! Sans compter la galerie de personnages absolument savoureux allant de Mercredi à Monsieur Machin, et ne parlons même pas de la Chose. Chose rare d'ailleurs, sa suite se révèle tout aussi bonne voire parfois encore plus frappadingue.

La Famille Addams : Photo Anjelica Huston, Barry Sonnenfeld, Carel Struycken, Christina Ricci, Christopher Lloyd

Une famille qui ne manque pas de valeurs.

Il n'y a qu'à voir la scène de torture devenant subitement un grand moment romantique, Joan Cusack semblant s'éclater en psychopathe ou Mercredi et Pugsley au pays des boyscouts semblant sortir d'une mauvaise série pour enfants. Jubilatoires au point de se demander si le plus grand absent du film ne serait pas le Tim Burton de la grande époque (donc celle-ci). Il a dû bien rager devant le résultat. Adaptation plus littérale, Le fugitif d'Andrew Davis est un divertissement de grande qualité, caractérisant bien ses personnages et faisant régner un certain suspense. On a beau l'avoir déjà vu plusieurs fois, le charme est toujours là et l'on se prend sans cesse au jeu. Harrison Ford est parfait en homme accusé d'un crime qu'il n'a pas commis face à un Tommy Lee Jones qui atteint la reconnaissance avec ce rôle de marshall hargneux et ne lâchant pas prise. La filmographie d'Andrew Davis ne parle pas forcément pour lui, mais Le fugitif est d'un haut niveau. Sans compter la superbe musique de James Newton Howard. Les producteurs essayeront de capitaliser sur le succès de l'adaptation avec le pitoyable US Marshall où Tommy Lee Jones et ses potes se retrouveront sur une affaire similaire avec Wesley Snipes en fugitif et Robert Downey Jr pas encore trop en forme à cette époque. En sachant que récemment une séquelle a été annoncé au Fugitif même si c'est très flou. Le problème étant que l'on imagine bien mal de voir une séquelle a une histoire qui ne tient que sur un film.

Le Fugitif : Affiche

Promo bien maligne.

On peut commencer à parier sur le fils d'Harrison Ford fuyant suite à la mort suspecte de sa petite amie et se faisant aider par son
paternel d'Han Solo! Tout aussi littéral, Maverick de Richard Donner joue un peu du méta avec la présence cruciale de James Garner (qui jouait dans la série), mais pas trop non plus puisque l'on suit surtout Mel Gibson et Jodie Foster dans un jeu de dupes pour le moins fun et classieux. Un bon cru pour le réalisateur de L'arme fatale qui commençait à accuser le coup (et cela s'est confirmé dès la réunion suivant ce film). La même année que Le masque de Zorro (surtout adapté des livres, même si tout le monde se souvient de la série mythique de Disney), un personnage phare incarné par Guy Williams revenait avec l'adaptation de Perdus dans l'Espace. A l'heure où Star Trek restait encore correct au niveau des films, Perdus dans l'Espace est une véritable horreur en puissance, le point d'orgue étant bien évidemment la transformation finale de Gary Oldman d'une rare laideur et le mot est faible. Victime d'un concept usé et pas forcément propice au cinéma (ou tout du moins avec des moyens plus conséquents), pas aidé par un casting lisse (Matt LeBlanc en vient à refaire Joey Tribiani, son rôle dans Friends), Perdus dans l'Espace est un naufrage de haute volée du genre dont on préfère oublier.

Ouh que c'est laid!

Tout comme Wild Wild West sinistre western science-fictionnel adaptant Les mystères de l'Ouest. Bourré à craquer de cgi improbables, faisant de Will Smith un shérif en pleine ségrégation et dans une décennie encore toute chaude de l'abolition de l'esclavage aux USA, montrant un Kevin Kline enclin à se travestir pour espionner dans un saloon (soupirs...), dôté d'un humour lourdingue et surtout pas drôle et d'un méchant digne de Kenneth Branagh (ceux qui me connaissent savent que je l'aime difficilement), cette adaptation est un saccage jusqu'au sample d'une chanson de Stevie Wonder. Et on ne touche pas à Stevie, compris? Et accessoirement un des nombreux flops ayant terni la fin des 90's de la Warner avant le carton de Matrix. A l'instar de X Files en 1997, South Park le film ou Bigger, louder and uncut a été réalisé alors même que la série était en plein succès, mais il n'était pas question de conclusion. En 1999, c'était l'occasion de frapper un grand coup un peu à l'image de Beavis et Butt Head se font l'Amérique en 1996. Jouer sur la censure et particulièrement en tapant sur tout et tout le monde, faire ce qu'il est parfois difficile de montrer à la télévision et tout simplement signer un film irrévérencieux qui encore maintenant reste l'un des plus beaux fuck de Trey Parker et Matt Stone.

La bêtise humaine qui atteint des sommets de conneries (la mère de Kyle dans un haut niveau), la vulgarité au sommet (Terrence et Phillip n'ont jamais été aussi hilarants que dans Les pets de feu, délire délire!), le racisme (les afro-américains devant, les blancs derrière), la suprématie de l'Amérique ("Blame Canada!"), le détournement des chansons à la Disney (preuve du réel talent de parolier du duo), Winona Ryder, les Baldwin (évidemment!), Kenny (dans une scène d'opération que George Clooney semble s'être bien marrer à doubler!, Saddam qui sodomise Satan... TOUT y passe pour notre plus grand plaisir et le spectateur de se fendre la poire comme rarement. Le duo a clairement réussi son coup tout en gardant sa série au chaud sur Comedy. En 2003, la mode des adaptations de séries est revenue et SWAT en est la preuve formelle. Si la première partie se regarde encore comme un bon divertissement du dimanche avec Colin Farrell faisant son apprentissage avec Sam Jackson en chef instructeur, mais dès que l'on commence à avoir l'intrigue finale c'est foutu. Le film devient tout sauf divertissant mais ronronnant. L'intrigue est minable, le retour de Jeremy Renner est invraisemblable et le final sur le pont n'a strictement rien de fun.

S.W.A.T. unité d'élite : Photo Clark Johnson, Colin Farrell, Olivier Martinez, Samuel L. Jackson

"Circulez il n'y a rien à voir..."

Alors que la série peine à convaincre depuis plusieurs saisons déjà, Les Simpson le film apparaît comme revigorant au vue du contexte. Même si les scénettes arrivent parfois très mal à s'imbriquer (on peut parfois difficilement voir comment l'intrigue se dévoile notamment en milieu de film, où plusieurs scénettes se regroupent sans réelle cohérence), l'humour de l'équipe de Matt Groening réussi à faire mouche et fait plaisir à voir. A l'image du dézingage de Green Day avant d'enchaîner sur American idiot repris à l'orgue; du célèbre Spider-Cochon; de la connerie d'Homer; Bart tout nu outrepassant la censure par des caches sexe multiples (sauf un d'une subtilité impayable); de l'amour paternelle entre Bart et Flanders soit l'un des moments les plus improbables de la série... Moins fort et plus populaire que South Park le film mais charmant. L'agence tous risques entre les mains de Joe Carnahan aurait pu donner de grandes choses. Malheureusement il n'en restera qu'un film à l'intrigue même pas fun, tellement sérieuse que cela en devient délirant et bourré à craquer de cgi. De plus, on a bien du mal à croire en une quelconque alchimie entre les différents acteurs. On préfèra revoir la série cultissime des 80's au doux refrain de "l'Agence tous risques certainement la dernière chance du moment!"

Les Simpson - le film : Photo David Silverman

"Arrêtons le massacre de la série Simpson! Il est temps d'arrêter les frais!" Non cette réplique n'est pas un aveu personnel, non non...

En 2011, Michel Gondry hérite du pot pourri The green hornet où devait initialement officier Stephen Chow avant de laisser définitivement sa place pour différents artistiques, tout comme Nicolas Cage en méchant vite remplacé par le désormais hype Christoph Waltz. Si son film n'est pas aussi inventif que ses précédents (mais toujours mieux que le suivant), il n'en reste pas moins un bon divertissement jouant parfaitement son rôle de blockbuster bourrin et un peu foufou. Jon Chu n'est peut être pas Bruce Lee et Seth Rogen reprend le nom du Frelon Vert de manière à le remettre sur le devant de la scène (là où la série mettait surtout en avant les prouesses du "Petit Dragon"), le duo fonctionne plutôt bien. L'adaptation de son aîné, le Lone Ranger (Le Frelon Vert est souvent considéré , a en revanche fait couler beaucoup d'encre à cause de son flop pour le moins violent. Il n'en reste pas moins que le film de Gore Verbinski est un vrai western de qualité avec peut être beaucoup de cgi mais un charme indéniable qui se reflète de la personnalité de son auteur. De plus, le film se veut plutôt violent pour un PG-13 et ne cherche jamais à faire une franchise (même si le succès du film aurait pu en donner). Dommage car une poursuite de train résonnant au son de Guillaume Tell au cinéma ça claquait.

Lone Ranger, Naissance d'un héros : Photo Armie Hammer, Johnny Depp

 The Green Hornet : Photo Jay Chou, Michel Gondry, Seth Rogen

L'ancien et le descendant.

Enfin je terminerais cette cuvée sur Dark Shadows. L'un des derniers crus de Tim Burton n'est peut être pas parfait, mais il a le mérite d'avoir un charme qu'un très grand nombre de ses crus des années 2000 n'ont pas. Jouant d'une photo accentuant les couleurs (que ce soit les décors, les explosions ou même les vêtements), Burton rend un vibrant hommage à une série pour le moins foutraque où se croisaient vampires, sorcières, fantômes et loups-garous (pour ce dernier, cela s'arrête à un simple passage qui ne sera malheureusement pas utilisé à sa juste valeur)! De plus, Johnny Depp a beau être dans un rôle un tant soit peu excentrique, il n'en reste pas moins un personnage romantique changeant radicalement des rôles pénibles et similaires qu'il se tape depuis au moins Pirates des Caraïbes.

Dark Shadows : Photo

La reine du bal est en marche.

Allez à la semaine prochaine!

06 juin 2015

Cuvée sérielle au cinéma épisode I

Les séries télévisées sont devenues aussi nombreuses que palpitantes, devenant même à plusieurs reprises (et notamment sur le câble) plus intéressantes que le cinéma. Il n'y a qu'à prendre exemple sur Rome peplum monumental dont le tournage a investi les studios Cineccita; Breaking Bad série qui a permis une seconde chance à Bryan Cranston; True Detective dont la première saison est réalisée par le même réalisateur; ou même Game of thrones et sa colossale direction artistique. Même la Marvel en vient désormais à privilégier le format sérielle pour certains de ses héros plus sombres à l'image de Daredevil tout récemment. La série attire les cinéastes mais quand est-il dans l'autre sens? La Cave de Borat va s'intéresser durant deux semaines aux adaptations de séries tv et autant dire qu'il y aura une flopée de casseroles au compteur. Cette cuvée ne parlera pas des formats courts à l'image de ce qui a été fait sur Caméra Café ou Bean. Evidemment, toutes les séries ne seront pas abordées, comme certaines adaptations, en raison d'un défaut de visionnage ou tout simplement que votre cher Borat n'a jamais regardé cette série comme c'est le cas de X Files (deux films au compteur). Ensuite je ne m'attarderais pas sur les adaptations animées de séries animées à part sur quatre cas qui me tiennent à coeur; comme sur la saga Star Trek (il faudrait une cuvée entière pour cela!). Alors accrochez vous au canapé, Borat vous emmène au delà du poste de télévision!

  • Quand le cinéma s'attaque aux séries animées... en live

Les adaptations live de séries animées ont beau être rare, il y a tout de même de sacrés cas d'école. Le premier qui vient à l'idée est inévitablement La famille Pierrafeu de Brian Levant réalisé en 1994. Il faut bien le dire, ce film reste une grosse production qui plus est avec Steven Spielberg à la production (rebaptisé pour l'occasion Steven Spielrock) et avec au casting John Goodman, Rick Moranis, Elizabeth Perkins, Kyle MacLachlan et la peu connue encore Halle Berry. Encore aujourd'hui le film bénéficie d'une direction artistique irréprochable, jouant de décors superbes et d'animatroniques n'ayant pas trop vieilli (notamment Dino). John Goodman comme Rick Moranis paraissent comme des choix parfaits pour incarner Fred Pierrafeu et son voisin et ami Barney. Mais il faut bien avouer que ce qui marche (et même bien plus dans le cas présent) dans une série animée de type cartoon ne l'est pas forcément sur grand écran et cela se confirme très rapidement avec des gags beaucoup trop pensés pour le jeune public et un charme Amblin pour le moins inexistant. On s'ennuie donc assez rapidement et ce n'est pas sa préquelle à Rock Vegas qui va changer grand chose. Plus de Spielby à la production, pas aidé par un casting à la ramasse (on a quand même Stephen Baldwin qui s'essaye au registre comique, je dis ça je dis rien...) et des gags lourds au possible, le film a encore moins de charme que la production Amblin. Bah merde alors...

Les Pierrafeu

Les Pierrafeu à Rock Veegas

Drew Struzan peut faire des merveilles sur de très vilaines choses...

George de la jungle change quelque peu la donne, assumant pleinement la connerie de son concept (sorte de Tarzan du pauvre). Cette production Disney joue sans cesse sur la connerie de ses personnages, n'hésitant pas à les tourner en ridicule (notamment George ou le méchant qui n'est qu'un admirable "asshole" maniéré) dans des actions acadabrantesques! Une séquence montre quand même George acheter des Reebook pour aller courir en pleine brousse! Sans compter une narration improbable, un Brendan Fraser imperturbable, une Leslie Mann encore aux balbutiements de sa carrière, un singe philosophe et un plan pré-générique de fin qui se paye un des films d'animation de la maison. En tous cas voilà une VHS qui continue de tourner dans mon magnétoscope car ne l'oubliez pas "George George George de la Jungle aussi fort qu'un lion, attention au tronc!". Toujours chez Disney, Inspecteur Gadget nous est plus familié en France puisque souvenons nous c'était une coproduction franco-canadienne-américaine, qui plus est diffusée durant des années sur nos chaînes françaises. Et là encore plus que pour Les Pierrafeu, le constat est catastrophique. Vouloir faire un film sur un personnage pareil est incroyablement casse-gueule compte tenu du lot d'effets-spéciaux à réaliser.

George de la jungle

Stan Winston a beau avoir travailler dessus, il n'en reste pas moins que visuellement le film a pris un coup de vieux monumental et est particulièrement ridicule. Les gadgets n'étaient déjà pas très fins dans la série animée, ils sont encore pires ici. Sans compter que le Docteur Mad (ici visuellement bien visible sous les traits d'un Rupert Everett qui cabotinne autant que dans People dans un genre différent) lui offre une nemesis, permettant à Matthew Broderick un délire de grimaces dégueulasses agrémenté de gadgets encore plus malsains. On en parle de Gadget se faisant mitraillé par Mad Gadget avec des armes à feu aux cartouches illimitées? En gros, une véritable catastrophe ambulant qui sera agrémenté d'une sequelle DTV quelques années plus tard. Encore deux belles perles que voilà avec les Scooby-doo de Raja Gosnell. Vous pensiez qu'on ne pouvez pas faire pire que Gadget? Détrompez vous, dans le putassier les Scooby-doo battent des records, réalisateur lamentable aux commandes oblige. Et il n'y a qu'à voir le casting pour s'en rendre compte: Sarah Michelle Gellar pourtant grandiose héroïne du petit écran se retrouve ici en gaudiche grande gueule pénible; Freddie Prinze Jr est à son image; Matthew Lillard en fait des caisses (en lâche aussi) et le mot est faible; et la pauvre Linda Cardellini se demande bien ce qu'elle fait là (et nous de se dire qu'elle méritait bien mieux).

Résumer un film à un seul plan? Check!

Scooby-doo ne s'imposait pas par ses scénarios, mais avait au moins le mérite de faire rire par le caractère cocasse et les monstres sortant de bonnes vieilles séries B. Non seulement dans les deux films les gags sont lourds mais les spectateurs prennent aussi le spectateur pour des débiles, pensant que les gens vont rire d'un abruti et d'un chien qui pètent en rafale quand ce ne sont pas des rots. Le néant est fixé et il vous sera facturé. Quant aux monstres, ils s'avèrent au combien banales voire dégueulasses car renvoyant à des clichés évidents comme à une utilité pauvre (en gros, ils sont méchants et on peut les battre notamment en leur lattant les roubignoles), le tout avec des cgi qui vieillissent de plus en plus mal. Dans le même genre, Alvin et les chipmunks. Encore plus que dans les cas précédents, le film ne tient que sur le concept des écureuils et comme ils sont insupportables, c'est un véritable calvaire de supporter cela qui plus est avec un scénario aussi minable.

  • Les séries françaises au cinéma

"Marc et Sophie sont deux joyeux amis!"

Il y a peu de cas dans le cinéma français de ce genre d'adaptation et en grand partie parce que ce sont des productions hexagonales. On en dénombre au moins trois: Belphégor, Vidocq (qui ont le mérite d'être sorti la même année) et Les brigades du tigre (que je n'aborderais pas, puisque pas vu). Deux adaptations de séries popularisées par TF1 mais qui n'ont jamais suscité une réelle envie chez le spectateur. Pourtant en 2001 les TF1 et Canal + se mettent à produire deux des plus grandes aberrations du Cinéma Français des années 2000 voire tout court. Belphégor commence fort. Faire un film de fantôme en France pourquoi pas? Jouer sur le mystère aussi. Sauf que ni l'un, ni l'autre ne marche. Sauf que Jean Paul Salomé saccage tout avec une histoire de possession et 22 vlà Sophie Marceau possédée par le fantôme d'un égyptien et se retrouvant à tuer des gens dans le musée du Louvre! A cela rajoutez le pauvre Michel Serrault réduit à cabotiner tout comme Brigitte Fontaine (qui était dans la série initiale aux côtés de Yves 'Moulin au rapport!' Rénier) là juste pour le caméo évident; et ne parlons pas de Frédéric Diefenthal qui joue aussi mal que dans les Taxi. Et par dessus le marché des effets-spéciaux pour le moins nauséabonds et une réalisation que l'on croirait venir d'un téléfilm de France 3 (et je suis méchant avec FR3).

"Il me faudra bien une bouteille de vin pour me faire croire que je ne suis pas devant un fond-vert!"

Mais rien ne pouvez nous préparer à Vidocq, "révolution" du cinéma puisque entièrement tourné sur fond vert. Notez bien les parenthèses car le film est tout simplement horrible visuellement. En plus de faire n'importe quoi avec son matériel initial (Vidocq n'est pas le héros du film et est donc totalement sous-exploité alors que la série misait sur ses enquêtes, autrement dit c'est raté), le film est d'une rare mocheté conjugant erreurs techniques, jaune de Jean-Pierre Jeunet dans ce qu'il y a de pire, des effets-spéciaux complètement ratés (la palme au méchant du film) et l'impression d'un véritable foutage de poire, ressemblant également à un vulgaire téléfilm par moment. Sans compter un twist final qui restera dans les annales des plus grandes rigolades involontaires que nous a donné la France et Gégé Depardieu semblant avoir pris des cours de karaté ou kung-fu. Deux massacres pour le prix d'un dans la même année, le Cinéma Français a battu un beau record. Autre massacre notable relevé, Les chevaliers du ciel adaptant aussi bien la bande-dessinée que la série télévisée diffusée par la suite. Le pauvre Benoît Magimel se demande ce qu'il fait là quand Clovis Cornillac drague comme pas possible avec un embonpoint pas possible.

Les Chevaliers du ciel : affiche

Le tout en draguant des minettes en se prenant pour les Maverick de l'armée de l'air française. Top Gun n'était déjà pas brillant, imaginez un peu sa copie française dans tout ce qu'il y a de pire. De quoi voir qu'il n'y avait que Luc Besson qui faisait de la daube sur Taxi, n'est-ce pas Gérard?

  • Les séries britanniques au cinéma

L'air de rien, les séries britanniques ont su s'imposer dans le folklore sérielle au fil des années et encore plus depuis les 2000's avec le reboot de Doctor Who (dont le précédent reboot peut être vu aussi bien comme un téléfilm ou même un film vu son influence inexistante), Sherlock, Black Mirror ou Broadchurch. Les adaptations sont nombreuses également et surtout depuis les années 90 quand Hollywood s'est intéressé de plus prêt à certains joyaux de la couronne. Le Saint de Philip Noyce le confirme. Production Paramount, Val Kilmer en tête d'affiche, Elizabeth Shue en vedette de charme, contexte digne de la Guerre Froide et une belle purge à l'arrivée. On peut dire ce que l'on veut du Roger Moore des James Bond (et moi le premier pour tirer dessus), mais en Simon Templar comme en Brett Sinclair il est intouchable et dégage un certain charme que n'a et n'aura jamais Val Kilmer. Monoexpressif au possible et pas charismatique pour deux sous, il ne dégage absolument rien et ne parvient pas à séduire le spectateur. De plus, le film insiste sur les origines de Templar, rendant les choses encore plus inintéressantes qu'elles ne l'étaient déjà.

le-saint-kilmer-aff[1]

Mais on peut trouver aussi humiliant chez la Warner en 1998. The Avengers ou Chapeau Melon et bottes de cuir reste une des séries britanniques les plus reconnaissables entre mille dans le paysage audiovisuel britannique et cela malgré une production au combien chaotique (dont un passage par la coproduction avec TF1!) et dont deux des acteurs principaux, Patrick MacNee et Diana Rigg, sont devenus des stars suite à leur association à la série. Une mise à jour actuelle semblait assez logique encore plus venant d'Hollywood. Autant dire que la douche est plus que froide. Le film a déjà un énorme problème de temporalité. Il a beau se situer en 1999, John Steed se bat et cause comme s'il venait des années 50 voire encore avant; Ema Peel débarque littéralement du swinging London cher à Austin Powers; et le QG et ses membres des Avengers semblent sortir de la IIème Guerre Mondiale; quand Sean Connery est un scientifique à la pointe de son époque balançant notamment des frelons mécaniques sur nos héros! Cherchez une quelconque cohérence là-dedans! Si vous voulez garder le style de la série, faites comme Agents from UNCLE qui sortira en septembre: faites un film d'époque! Mais ne mettez pas le spectateur dans un film anachronique qui ne sait pas où se mettre.

Chapeau melon et bottes de cuir : photo

Un des rares intérêts de The Avengers: Uma Thurman en cuir.

De plus, le film souffre d'effets-spéciaux lamentables (la scène des frelons est une horreur totale même pour 1998) quand les décors sont absolument majestueux. On se demande donc progressivement s'il ne valait mieux pas mettre un peu plus d'argent dans les SFX que dans des décors trop grands pour leur utilisation. Sans compter cette assemblée où Sean Connery est en nounours. La messe est dites. Enfin on terminera sur Jeux de pouvoir de Kevin McDonnald. Toujours une production ricaine, mais pour le coup le film est déjà meilleur. Bien aidé par un casting de qualité (Helen Mirren succède à Bill Nighy en patronne de presse, Russell Crowe parfait en journaliste, Ben Affleck en forme en politicien aux moeurs troubles), le film se suit sans déplaisir jouant assez bien sur les troubles entre la presse et son influence sur la société. L'information n'a pas de prix pour sa liberté.

Jeux de Pouvoir : Photo Ben Affleck, Russell Crowe

"I'm Maximus. -I'm Batman. End's game."

Allez à la semaine prochaine!

03 juin 2015

Le rêve devenu réalité

Un avocat est commis d'office pour défendre des aborigènes accusés du meurtre d'un membre de leur clan...

En pleine années 70, l'Australie commence à émerger en terme de cinéma. L'impact d'un George Miller en fin de décennie en est la preuve avec son monumental Mad Max, mais n'oublions pas un certain Peter Weir. Réalisateur rare de nos jours, il n'en reste pas moins un des plus si ce n'est le plus prestigieux du cinéma australien et ayant su s'imposer aux USA en un temps quasi-record et sans jamais avoir de réels ennuis à Hollywood (même si depuis le triste flop de Master of commander, sa carrière tourne au ralenti entre projets abandonnés et le plutôt beau The way back). Mais avant de se lancer dans Witness, il s'était déjà imposé dans son pays d'origine et notamment sur un cru comme La dernière vague. Initialement, la Warner le voulait sur l'adaptation des Vampires de Salem mais le réalisateur préféra s'atteler à ce projet. Moins connu que Les voitures qui ont mangé Paris qui a inspiré Miller (on y est!) ou Panic à Hanging Rock (l'inspiration indéniable à Virgin Suicides dixit Sofia Coppola), La dernière vague a tout de même le mérite d'avoir le sosie officiel de Bébert Léonard (ou est-ce le contraire? Je ne sais pas!) à savoir Richard 'j'ai vu des oiseaux se cacher pour mourir' Chamberlain. A cette époque, l'acteur est notamment connu pour être le gendre salaud du patron de La tour infernale et La dernière vague (qui a pu trouver des financements grâce à lui) est un des films phares de sa filmographie comme de celle de son réalisateur.

La Derniere Vague : Photo Peter Weir, Richard Chamberlain

Le film se déroule en Australie dans un contexte ethnique tout à fait légitime: mettre en scène une affaire impliquant des aborigènes et plus particulièrement un sacrifice rituel. En rappelant que l'Australie et les aborigènes est une longue histoire d'amour-haîne, les autorités dites "blanches" ayant notamment kidnappé des enfants aborigènes pour les mettre dans des familles dites "blanches". Le bonheur donc... Confronter une fois de plus le peuple aborigène face aux autorités paraît donc logique, renvoyant à une incompréhension non seulement culturelle mais aussi nationale. Et rien de mieux qu'un réalisateur local et intelligent (on ne choisit pas de mettre en scène un scénario aussi ambitieux que Truman Show pour rien) pour parler des autochtones. Néanmoins, Weir prend un regard différent en prenant celui d'un avocat (Chamberlain donc), "blanc" qui plus est et apparaissant désormais comme l'avocat du diable. Il y a eu meurtre qui plus est en pleine communauté mais n'est-ce pas lié à autre chose. C'est à partir de là que Peter Weir croque un film bien moins classique qu'il n'y paraît avec l'énième film à procès où l'avocat du diable doit à tout prix défendre une cause perdue d'avance. Dès les premières minutes, on sent que l'affaire aussi intéressante soit-elle n'est qu'une façade.

La Derniere Vague : Photo Peter Weir, Richard Chamberlain

(attention spoilers) L'avocat n'est pas là par hasard et est ironiquement lié au meurtre par des rêves prémonitoires. Le fantastique a donc en soi une part non-négligeable. Durant tout le film, Chamberlain rêve d'une énorme vague qui arrive. Ces visions interviennent alors que l'Australie subi des troubles météorologiques sans précédent. Petit à petit, le spectateur se rend compte comme Chamberlain que tout n'est pas le fruit du hasard. Qu'il n'est pas tombé sur cette affaire pour rien. Weir installe au fur et à mesure une ambiance pesante nourri par une pluie inarrêtable et prémédité amenant à l'inévitable vague du rêve. La fameuse vague prédite par les aborigènes. Tout est finalement lié: le meurtre rituel des aborigènes, les rêves de l'avocat, la pluie infernale. Tout amène à ce qui est évoqué dans le titre. Inarrêtable comme la pluie et ce plan où Chamberlain s'écroule littéralement le confirme. Il a beau savoir la vérité, il ne peut rien faire pour empêcher cela. Weir signe un film au combien pessimiste, se cachant au premier abord dans le registre du film à procès pour bifurquer violemment avec le film apocalyptique saisissant. Même si Weir n'a pas réussi sa dernière vague, il n'en reste pas moins que le plan est frappant. Il ne serait d'ailleurs pas anodin que Jeff Nichols se soit inspiré du film pour Take Shelter, les deux longs-métrages ayant des similarités assez confondantes (le personnage principal qui fait des rêves étranges liés à l'apocalypse à venir, le dernier plan aussi par la même occasion). Deux très bons films dans tous les cas. (fin des spoilers)

Peter Weir signe un film troublant, cachant son jeu comme les genres qu'il aborde avec justesse.

01 juin 2015

Totalement unbreakable!

Kimmy Schmidt a été enfermé durant des années dans un bunker et découvre que la fin du monde n'a pas eu lieu...

En très peu de temps, Netflix a réussi à imposer une marque lui permettant de rayonner dans le monde des séries. Son système du "tout tout de suite" (une date et vous avez tous les épisodes de leurs séries) joue par ailleurs énormément à l'heure où le téléchargement illégal par chez nous se fait de plus en plus en raison de diffusions improbables voire inexistantes sur nos chaînes, mais aussi la qualité de ses séries. Les cas d'House of cards et Daredevil en sont la preuve la plus flagrante, la première par une vision de la politique US fascinante avec un duo Kevin Spacey/Robin Wright absolument savoureux; le second par une vision violente mais juste du justicier phare de la Marvel. Mais qu'en est-il de séries plus discrètes comme Unbreakable Kimmy Schmidt? Pour sa première incursion télévisuelle depuis l'arrêt de 30 Rock, Tina Fey comique phare du Saturday Night Live (on lui doit notamment l'impayable parodie de Sarah Palin qu'elle a pastiché tellement bien qu'on aurait cru la vraie) se lance dans le défi Netflix. Oubliez les vingt-deux épisodes habituels que peut avoir une sitcom sur une network comme NBC, ici vous aurez droit à treize épisodes et évidemment au même format de vingt-cinq minutes. Cela peut paraître court surtout pour une sitcom mais le peu que l'on peut voir est suffisament bon pour qu'on n'y fasse pas attention.

Photo Ellie Kemper, Tituss Burgess

Unbreakable Kimmy Schmidt permet aussi au grand public de connaître un peu plus Ellie Kemper, comique de stand-up ayant été vu dans la série The office, Bridesmaids ou 21 Jump Street. De quoi voir un peu plus son potentiel que dans des seconds-rôles, son énergie sur la sitcom se révélant communicative. En sachant que l'on retrouve une habituée de Tina Frey, Jane Krakowski ainsi que Titus Burgess, Carol Kane, Dylan Gellula et même Jon Hamn (qui fut le professeur de Kemper ironie!). La sitcom jouant sur le principe du concept ("papa raconte nous comment t'as rencontré maman?!", une bande de potes ou des geeks en colocation, les coulisses d'une entreprise ou d'une chaîne de télé...), celui de UKS se doit d'être béton pour captiver le téléspectateur mais aussi le faire suivre la série. Car il est souvent bien beau de balancer unpersonnage, si c'est pour le délaisser au profit d'un concept retors, cela ne marchera pas. Tina Fey a trouvé la perle rare, se payant à l'image du Saturday Night Live il y a quelques semaines (on y reviendra bientôt), avec une secte. En effet, Kimmy Schmidt est restée enfermée dans un bunker avec trois camarades sous l'impulsion d'un gourou leur ayant dit que le monde avait subi l'apocalypse. Autant dire que les jeunes femmes sont étonnées quand elles voient que non seulement il n'y a pas eu d'apocalypse, mais qu'elles ont perdu quinze ans de leur vie dans un bunker.

Photo Brandon Jones (II), Carol Kane, Ellie Kemper, Sara Chase

Par exemple, Kimmy a perdu son adolescence dans ce bunker et n'a pu finir ses études. C'est donc sans diplôme, ni repère qu'elle se lance dans la grosse pomme. Sans compter ce merveilleux passage où elle s'arrête: "C'est dans Breakfast club. -Les toilettes c'est par là!". Dès lors, Fey et ses scénaristes imaginent toutes sortes de personnages farfelus: Titus un afro-américain gay voulant devenir acteur, la voisine très portée sur la chose, une bourgeoise mal dans sa peau et trouvant dans les chirurgies et autres substances un moyen de montrer à son mari qu'elle est toujours là et sa belle-fille effrontée. En peu de temps, les scénaristes ont réussi à bien croquer tous ses personnages et notamment pour ce qui est de Titus. L'air de rien il est toujours dur de mettre en scène une "grande folle" au cinéma comme à la télévision, ce qui peut souvent amener à du cabotinnage. L'acteur Titus Burgess s'en sort pourtant assez bien, devenant même en soi plus intéressant que miss Kemper. Le cas typique de second-rôle qui crève l'écran pour le plaisir du téléspectateur. Pareil pour le milieu bourgeois montré comme froid voire sous Lexo 1000 et se complaisant dans une richesse illusoire. Pareil pour le traitement de la secte montré sous le dogme du mensonge (le moment où Kimmy avoue qu'elle aurait pu faire sortir ses camarades est assez troublant) et du charisme par son gourou (Jon Hamn en mode "je m'en foutiste" merveilleux). On pourra néanmoins regretter un final qui va un peu vite en besogne, accumulant les révélations un peu rapides. Ce qui n'empêche pas d'avoir envie de retrouver les aventures de Kimmy et Titus dans la folie new-yorkaise!

Une sitcom marchant efficacement grâce à ses bons personnages et une écriture efficace.