Cine Borat

29 août 2015

Mal préparés, mais bien efficaces

Avec certaines séries il faut parfois être particulièrement courageux et s'accrocher. C'est ce que requiert Agents of Shield durant sa première saison. Ainsi votre cher Borat a attendu la voie du téléchargement pour se prendre enfin au goût de cette série, notamment à cause d'une diffusion sur le carreau de W9 (deux épisodes par semaine pour une saison de 22 épisodes mouaif, avant d'attendre un an pour voir une autre saison...). Mais pour cela revenons au tout début. Agents of Shield fut crée peu après Avengers par Joss Whedon. Le but étant de présenter une équipe du Shield, cette agence gouvernementale s'occupant des super-héros ou personnes aux pouvoirs exceptionnels, dirigée par l'agent Coulson (Clark Gregg). Problème: l'agent Coulson est un peu mort depuis Avengers. Les scénaristes se mettent alors à trouver une raison improbable pour le faire revenir. L'occasion aussi pour Clark Gregg de prendre du galon et d'avoir l'opportunité d'étoffer un personnage qui apparaissait limite comme un macguffin vivant jusqu'à présent ("Tiens, voilà Coulson, ça veut dire qu'il y a un problème!"). De plus, ce n'est pas la première fois qu'un personnage ressuscite dans le cv de Joss Whedon (remember Buffy). Cet aspect aussi improbable qu'inutile à expliquer prend quand même une bonne partie de la saison à lui tout seul, d'autant que les explications tiennent quand même du timbre-poste.

Agents of Shield (affiche) (1)

 

Pas besoin de beaucoup de flashbacks pour comprendre le fin mot de l'histoire, ni même pourquoi cela a été fait. Une simple discussion aurait été bien plus crédible que de faire patauger le téléspectateur durant une bonne dizaine d'épisodes. Ce que l'on regrette aussi est la présentation des personnages durant les trois quarts de la première saison. On a l'agent Ward (Brett Dalton) le dur à cuir qui a de l'expérience; l'agent May (Ming Na) qu'on appelle "la Cavalerie" car dans un premier temps on nous la présente comme une véritable femme d'action; Skye (Chloe Bennet) hackeuse s'étant introduite dans le Shield avant d'en faire partie; et les scientifiques Fitz et Simmons (Iain de Caestecker et Elizabeth Henstridge) scientifiques casse-bonbons qui semblent se demander ce qu'il se passe alors qu'ils sont dans un monde où on vend des figurines à l'effigie des Avengers! Dans un monde où des aliens et des dieux nordiques vous attaquent et où un homme est resté soixante ans dans le coma et se réveillant comme si de rien n'était, il n'y a clairement plus rien de surprenant voire aberrant. Cela devient totalement normal. Sans compter le traitement du personnage de Deathlok (J August Richards, l'inimitable Charles Gunn de la série Angel) passant d'un gentil père de famille aux pouvoirs foireux dans le pilote à une machine de guerre dès lors qu'il est kidnappé par Centipede.

Agents of Shield (affiche) (4)

 

Le personnage devient une sorte de Robocop un peu ridicule sur les bords et dont le rôle n'est pas très bien défini. Les quinze premiers épisodes pataugent complètement dans la semoule, sans réel fil conducteur, traînassant sur de petits détails pour toujours plonger le téléspectateur dans le néant et continuant inlassablement de l'y entraîner par des intrigues sans queue ni tête, des romances à la noix et pire que tout, des personnages que l'on n'arrive pas à aimer. Ils sont tellement ancrés dans un stéréotype que cela en devient agaçant. Sans compter des ennemis finalement très peu intéressants. On notera aussi des guests pas toujours bien gérés, voire anecdotiques à l'image de Lady Sif (Jaimie Alexander) second rôle de second rôle dans les Thor ou Colbie Smulders qui venait passé un petit coucou entre deux tournages de la dernière saison d'How I met your mother. Reste que l'apparition de Samuel L Jackson s'engueulant à propos de l'avion bousillé à plusieurs millions de $ est assez jouissive mais trop courte. Mais quand on atteint le seizième épisode, on assiste probablement au miracle du Saint Esprit! Il aura fallu seize épisodes pour que les scénaristes trouvent enfin un angle d'attaque suffisant pour conclure la saison en beauté, alors que jusqu'à présent on avait peine à croire qu'il se passerait quelque chose dans la saison.

Agents of Shield (affiche) (5)

(attention spoilers) A partir du seizième épisode, les scénaristes brouillent les pistes: May passe pour une taupe avant que l'on découvre que non (elle surveillait juste Coulson pour le fameux Nick Fury); on pense que Bill Paxton est simplement venu faire le guest de service mais finalement il devient un méchant jubilatoire fortement inspiré du marine fort en gueule qu'il campait dans Aliens de Big Jim (et dont le prolongement se trouvait dans Edge of tomorrow de Doug Liman); Ward trouve un véritable
relan d'intérêt en devenant un infiltré machiavélique et sentimental (un élément qui prendra de plus en plus de sens au fil des épisodes); et les différents personnages deviennent soudainement intéressants! Il a quand même fallu seize épisodes pour que tous puissent avoir un semblant de substance. Même les pénibles Fitz et Simmons deviennent intéressants, se retrouvant face à un dilemme émouvant et qui aura des répercussions dans la seconde saison. La saison tombant en plein dans les événements de Captain America: The Winter Soldier (chute du Shield par l'Hydra, ce groupuscule issu de Red Skull), la série arrête les conneries super-héroïques qui la mettaient dans un embarras scénaristique certain pour de l'espionnage pur. 

Agents of Shield (affiche)

Les têtes tombent, les masques se dévoilent et la série trouve enfin son rythme de croisière. L'ami Sam Jackson viendra même participer au grand final pour le plus grand plaisir des téléspectateurs pour des passages pas piqués des hannetons. Il est très rare qu'une série trouve son rythme alors qu'elle est en fin de première saison, il est encore plus improbable de voir que le niveau perdure dès la seconde saison. Pour la saison 2 diffusée entre septembre 2014 et mai dernier, les scénaristes ont joué parfaitement leur coup en optant pour deux arcs. Il y aura un avant et un après dixième épisode et la saison prendra alors une autre direction. Reprenant pleinement là où The Winter Soldier et la première saison se sont arrêtés (l'Hydra partout y compris dans le Shield), la saison 2 continue dans l'espionnage l'arrivée du couple Barbara Morse/Lance Hunter (Adrianne Palicki et Nick Blood) et de Mack (Henry Simmons). Trois nouveaux personnages qui auront une plus grande importance au fil de la saison. Morse et Mack dans l'éclosion d'un Shield sous-terrain en contradiction avec les équipes de Coulson, Lance se trouvant aux côtés de Coulson dans une guerre des égos au coeur du Shield. Après les nazis au coeur du Shield, maintenant le Shield s'entretue de l'intérieur.

Agents of Shield (affiche) (3)

 

Une manière de montrer les tensions dans une équipe où tout le monde n'est pas du même avis et vont devoir travailler ensemble pour éradiquer une menace plus grande qu'eux. L'Hydra a également toujours une place importante puisque c'est dans la série que l'éradication de ses grands chefs a lieu dans la série et non dans un film même si Age of Ultron y revient (le film de Joss Whedon se trouve entre l'épisode 19 et 20 de cette saison 2). L'Hydra liée de prêt aux Inhumains. Car oui des années avant le film qui leur sera dédié en 2019, Agents of Shield annonce les Inhumains dans sa seconde saison, la faisant entrer pleinement dans le fantastique. Agents of Shield pose alors toute une mythologie autour de Skye qui s'appelle en fait Daisy Johnson. Fille de Mr Hyde (méchant Marvel prenant ici un ton plus romantique et maternelle sous les traits de Kyle MacLachlan) et d'une inhumaine, elle est au centre de tout dans cette saison. Devenu une combattante aguerrie, Daisy devient maintenant une véritable héroïne essayant d'apprendre à contrôler ses pouvoirs auprès d'une communauté d'inhumains.Ces mêmes inhumains (dont chacun a des dons différents dus à leur transformation) qui intéressent le Shield à cause de leurs pouvoirs.

Agents of Shield (affiche) (7)

Mais si Coulson veut s'en servir pour s'en aider (comme le confirme la discussion finale entre Coulson et Daisy, concluant qu'une équipe doit se monter avec elle à sa tête, ce qui devrait être un des points de la prochaine saison) et renvoyant au futur Captain America: Civil War (on parle déjà d'identifier différentes personnes ayant des pouvoirs); le second Shield serait plus à même d'utiliser la force. C'est ce qui amène le final spectaculaire de la saison entre une femme tellement blessée par l'Homme qu'elle en vient à partir en guerre et y amener des innocents avec elle. Elle en vient même à trahir les deux êtres qui pouvaient encore la comprendre à savoir l'homme qu'elle aimait et sa fille. Un personnage auquel Dichen Lachman (encore une ancienne des séries de Whedon, puisqu'elle était au casting de Dollhouse) donne sa grande force. La dimension tragique est très présente aussi dans cette seconde saison, en tous cas bien plus que dans la première. Ward devient plus complexe (malgré une tendance à le sortir systématiquement du placard) et son aspect romantique prend un sens magistral dans les derniers instants de la saison. Le traumatisme sera tel qu'il risque de devenir un ennemi colossal de la bande à Coulson.

Agents of Shield (photo promo)

May se révèle aussi aux yeux des téléspectateurs. Atout bourrin de l'équipe, elle se montre sous un autre jour le temps de l'épisode 17. Les scénaristes sont vraiment revenus magistralement sur le personnage, en la mettant dans une position tragique. Le nom de la "cavalerie" n'avait jamais été justifié, il prend désormais un sens autre que la combattante. Fitz a également droit à un traitement intéressant. Suite à l'accident de la première saison, il a désormais des troubles pour s'exprimer mais aussi de la personnalité. Le premier épisode est très intéressant dans sa mise en scène car il nous fait croire tout du long que Fitz est encore avec Simmons alors qu'elle n'est pas dans le plan. Le personnage réapparaîtra au cours de la saison pour une issue digne des séries de Whedon, au même titre que le malheureux Triplett (BJ Britt) victime collatérale de la transformation de Daisy. Une scène émouvante ayant lieu dans un subtil ralenti. Même si tous les cgi ne sont pas bons, on trouve par ci par là des idées de mises en scène plus intéressante que sur la première saison à l'image de ce plan-séquence (bien moins classe que celui de Daredevil, mais néanmoins à saluer) où Daisy dégomme du malabar. En résulte une seconde saison bien plus réussie car sacrément plus régulière et mieux scénarisé. La série a trouvé son ton et tant mieux. (fin des spoilers)

Agents of Shield a mis beaucoup de temps à se mettre en route, au point de perdre ses téléspectateurs. Dommage car passer seize épisodes calamiteux, la série s'est sortie la tête du trou telle une autruche pour mieux se relever lors d'une seconde saison fabuleuse. A suivre...


27 août 2015

Teen Disney Movie

Max promet à la jolie Roxanne qu'il sera au concert de Powerline. Mais son mensonge prend des dimensions disproportionnées quand son père Dingo décide de l'emmener en vacances...

Les années 90 marquent un retour fracassant de la part des studios Disney. Alignant les projets animés qui se plantent au box-office au cours des 80's (cas évident: Basil détective privé se faisant dépassé copieusement par An american tail signé de l'ancien animateur de Disney Don Bluth), le studio reprend du poil de la bête grâce à une succession de films de La petite sirène (1989) au Roi Lion (1994). Ce qu'on oublie souvent est que Disney produisait en même temps des films bien moins prestigieux en apparence comme Dingo et Max (1995). A l'image du Trésor de la lampe perdue (1990), A Goofy Movie est la suite non pas d'un film comme Bernard et Bianca au pays des kangourous (1991), mais d'une série télévisée. Néanmoins, des éléments sont ici gommés comme la femme et la fille de Pat Hibulaire et contrairement au film de La bande à Picsou, le film n'est pas réalisé par un sous-studio comme Disney MovieToons (qui s'occupera par la suite d'une flopée de suites de films) puisqu'une bonne partie du film a été réalisé dans les studios de Montreuil. Sortant entre le triomphe du Roi Lion et Pocahontas considérés comme des classiques purs et durs, Dingo et Max passe relativement inaperçu. Il n'a pas eu un succès fracassant (malgré la présence de l'excellent court-métrage Mickey perd la tête) et si le film se fait quand même une réputation c'est par la VHS.

Pourtant, Dingo et Max se révèlera finalement comme un des derniers Disney majeurs et au contenu bien moins anecdotique qu'on ne le croit. A Goofy Movie s'impose comme un pur teen movie par excellence, dans le même genre que ceux qui ont explosé les 80's et qui continuaient à pulluler au cours des 90's dans le pur style de John Hughes. Le réalisateur Kevin Lima ne prend pas à la légère les codes du teen-movie avec l'adolescent au centre de tout et des chansons pop à l'appui (crées pour l'occasion). La première scène est évidente et annonce tout le dilemme du film: le jeune Max est face à la jolie Roxanne qu'il convoite le tout dans un décor ressemblant fort au Paradis, d'autant que les deux personnages sont en tenues blanches (on ne peut pas faire plus évident). Le rêve devient alors cauchemar (ciel qui s'assombrit, éclair) lorsque Max devient son père Dingo. Le message est clair: Max est un adolescent cherchant à s'enlever de l'influence d'un père peut être trop présent pour lui et ne voyant pas qu'il a grandi. Dingo est pourtant un père normal, s'inquiétant pour son fils peut être même trop. C'est sur ce duo atypique que A Goofy Movie fonctionne. Si l'on retrouve bien évidemment Pat et son fils PJ, ils ne sont que des seconds-rôles au cours du film, le noyau
central étant Dingo et Max dans un road trip aussi déjanté que révélateur.

Les deux parents se sont égarés depuis plusieurs années et ce road trip leur permettra de se retrouver et de se comprendre. Le scénario peut paraître simple, mais les thématiques ne le sont pas tellement. C'est tout le point commun avec les récits de John Hughes. Tout part d'une idée simple: des élèves en heures de colle, une journée d'école buissonnière, une révision de Frankenstein par ordinateur... Là c'est un voyage initiatique. Les destinations ne seront pas toujours au beau fixe, le passage dans le parc d'attraction en est la preuve. Dingo aime car c'est là où il allait quand son père l'emmenait en vacances. Mais les temps ont changé. Max est un enfant des années 80-90 et vit avec son temps en écoutant la dernière star de la pop Powerline (savant mélange de Michael Jackson pour la danse et de Prince pour la trogne d'amour). Ce sont deux visions différentes et le passage du parc le confirme: le regard que Max porte à Dingo est péjoratif et le fils décide de fuir quand un garnement lui balance "tel père, tel fils". Le jeune garçon refuse d'admettre sa filiation avec son père et l'un des éléments le confirmant est son dégoût autour de son rire. Ce détail sera contrebalancé quand la jeune Roxanne lui dira que ce rire l'a séduit.

Dingo et Max : Photo

Derrière ce trait détestable pour l'un, quelqu'un d'autre peut y voir une qualité. De même, Max comprend que son père ne lui veut que du bien et ne cherche pas à en faire ce qu'il veut (ce qui est le contraire de Pat puisqu'il fait de PJ son larbin, le rénumérant même pour ses travaux). Voir un personnage aussi jovial que Dingo devenir triste signe également un des, si ce n'est le moment fort du film. La scène est d'autant plus frappante grâce à la musique de Carter Burwell: le père est déçu par son fils et la première chose qui lui vient c'est la tristesse plus que la colère. La musique traduit cela parfaitement et c'est là où Dingo et Max réussi son coup. Derrière ses atours de suite de série tv, Dingo et Max s'impose comme un film qui s'adresse à tous et suscite des émotions là où on ne s'y attend pas. Souvent considéré comme mineur, voire inoffensif, A Goofy Movie s'impose vraiment comme un grand cru, de ceux que l'on aime enfant et qui par on ne sait quel miracle vous parle d'autant plus au fil des années. Ce film en fait partie et la relation entre Dingo et Max est l'une des preuves indéniables de sa qualité. D'autant que l'animation n'a absolument rien de déshonorante et reste dans l'ambiance visuelle de La bande à Dingo, tout en étant un peu plus ambitieuse d'un point de vue visuel (que ce soit dans la mise en scène ou des décors divers et variés).

 A Goofy Movie est un vrai film de cinéma, pas un vulgaire dtv comme on en voyait déjà à l'époque chez Disney (on citera volontiers les suites d'Aladdin). Le teen-movie se tient également dans la romance entre Max et Roxanne. Max est le cas typique du jeune adolescent qui ne voit pas les choses et essaye de générer une attention auprès de la fille qu'il aime, quitte à ce que cela prenne des proportions spectaculaires. Tout d'abord par un show improvisé (où le rêve de bons nombres d'adolescents de se fendre la poire du proviseur devient réalité), puis par un mensonge trop gros finissant par bouffer le gentil menteur. (attention spoilers) Si bien que le final n'en devient que plus jubilatoire. Jouant pleinement sur l'aspect concert (la mise en scène ressemble beaucoup aux shows monumentaux de Michael Jackson et la chanson Eye 2 eye joue parfaitement sur le concept pop), l'intérêt se porte sur deux points: la progression de Max et Dingo dans la salle de concert et Roxanne les regardant à la télévision sans savoir encore la supercherie. La plus belle preuve d'amour que pouvait lui faire Max: concrétiser ce qu'il lui a dit, à savoir être sur scène avec Powerline. C'est avant tout le coup de foudre de deux timides ne parvenant pas à aller l'un vers l'autre. De la pure romance de teen-movie comme on les aime. (fin des spoilers)

Les studios Disney accouche d'un pur teen-movie par excellence, sachant parfaitement traîté ses personnages et outrepassant son concept d'adaptation de série tv. 

26 août 2015

Le film qui réhabilite les Batman de Joel Schumacher

Pour sauver leur maître Zordon, les Power Rangers doivent affronter Ivan Ooze et ses sbires du cauchemar...

Qu'on se le dise les Power Rangers ont durablement marqué les années 90 et continuent encore maintenant, atteignant jusqu'à une vingtaine de saisons. Entre les forces du temps, les forces dinosaures, les forces turbo, les forces pompiers, les forces animales ou les forces de l'Espace; les Power Rangers ont largement contribué à la richesse de Haim Saban. Le principe est purement économique et renvoie aux rachats de films étrangers avant d'en faire des reshoots pour le pays concerné. Ainsi, les droits d'images et de costumes sont payés aux producteurs de la série Super sentaï et Saban fait tourner des scènes avec de jeunes acteurs semblant sortir de magazines de mode. Rappelons que le mot "sentai" renvoie à escouade. Les héros de Power Rangers tout comme ceux de Bioman combattent diverses créatures dans des tenues spécifiques (en général, vous avez au moins un personnage en rouge, bleu, jaune et rose) et si possible pour un grand final avec des grands robots et un gros monstre incarnés par des cascadeurs en costume à l'image des productions de la Toho mettant en scène Godzilla. Alors que la série est en train d'entamer sa troisième saison, Saban décide de lancer un film qui sera distribué par la Fox. Reprenant tous les acteurs des
premières saisons, le film coûte la bagatelle de 15 millions de $, ce qui est quand même curieux pour une production estivale et en particulier un beau succès d'audience.

On comprend assez rapidement que le budget de 15 millions de $ s'est vaporisé dans le plan marketing possiblement juteux à base de nouvelle collection de jouets (n'oublions pas que les jouets ont toujours eu du succès depuis la création du show), un comic-book Marvel, des jeux-vidéos et des droits pour diverses chansons (les Red Hot Chili Peppers, Van Halen, Dan Hartman et d'autres daubes commerciales servent de bande-originale). La promotion est évidemment béton et en sachant que les enfants regardant le show seront déjà convaincus en allant voir le film. Power Rangers Le Film est donc un succès immédiat (d'autant qu'il n'est pas un blockbuster à 80-100 millions de $), se rentabilisant en un week-end et se retrouvant avec des recettes mondiales de 66 millions de $. Saban essayera bien d'en rajouter une couche avec son second film Power Rangers Turbo deux ans plus tard, mais le public semble avoir compris que ce qui est à la télévision doit rester à la télévision. A l'heure où un reboot cinématographique est annoncé pour l'été prochain avec le réalisateur de Projet Almanach et Roberto Orci aux commandes sous l'égide de Lionsgate et Saban (qui est toujours sans casting à l'heure actuelle, ce qui annonce un tournage serré comme Saban les adore...), revenons donc sur ce premier opus cinématographique, catastrophe des 90's par excellence.

Comme dit plus haut, Power Rangers Le Film semble avoir un budget étrange ou tout du moins invraisemblable au vue du film lui-même. On a bien du mal à croire que 15 millions de $ soient passés ne serait-ce que dans des effets-spéciaux et en se disant que des films avec un peu moins ou plus de budget comme Le Blob et The Mask de Chuck Russell (respectivement 1989 et 1994) sont bien mieux réalisés que cette croûte. Ces deux productions ont par la même occasion des effets-spéciaux bien plus ingénieux que n'importe quelle scène truquée de Power Rangers, alors qu'ils sont dans la même tranche de budget! La première scène l'annonçant véritablement étant le combat entre les Power Rangers et les créatures du cauchemar. Des créatures qui volent droit avant d'exploser dans des flasques violettes en cgi poisseuses, des acrobaties en veux-tu en voilà qui n'ont ni queue ni tête, au point de se demander si on est bien devant un film (tout un plan dévoile deux Rangers faisant des salto-arrières pour fuir les méchants!)... Tout sonne faux, on pourrait presque voir les câbles par moments tellement c'est mal torché. Deuxième exemple: les créatures oiseaux (cela vaut le coup d'oeil une fois dans votre vie) qui arrivent ou atterissent systématiquement sur du mauvais son fm dans des insertions d'un rare ridicule.

(attention légers spoilers) Troisième exemple: le climax entre les zords et les robots du méchant Ivan Ooze. En gros, vous filmez une ville la nuit ou alors dans un plateau en studio, vous rajoutez les robots en mauvais cgi (évidemment, on a mis tout le budget dans la promotion au lieu de le mettre où il fallait) et dont les interractions sont rigides au possible (il faut voir le zord Singe glissant littéralement au sol ou alors les robots qui tapent dans un immeuble sans faire un seul dégât), des robots qui finissent par balancer le fluide violet en plein écran dans des effets 3D dégueulasses; le méchant se transformant en gélatine violette (certainement le pire effet-spéciaux des 90's ou en tous cas le pire vu par votre cher Borat) avant un grand final dans l'Espace où le bouton d'urgence consiste à taper dans l'entrejambe du robot (admirez la subtilité du programme pour marmots). (fin des spoilers) On peut comprendre rapidement comment ont fonctionné les gars de chez Saban: ils pensaient faire un film vite fait bien fait à l'image de la série (qui évidemment ne coûtait rien car résultait de droits tv et de reshoots et doublages). Sauf que le cinéma n'est pas la télévision, que c'est diffusé à plus grande échelle, tous les jours pour de multiples séances. Un film même dérivé d'une série aussi peu chère se doit de se donner les moyens de ressembler à quelque chose de plus potable, plus ambitieux.

"Bonjour je suis le Humungus des Power Rangers!" Va te coucher surtout...

Et plus ambitieux ne veut pas dire "on va mettre des cgi pour remplacer les cascadeurs dans les costumes de robots et monstres" (sur ce point la série est bien plus convaincante avec des mecs en costumes, c'est dire!). Pire, le film de Bryan Spicer semble jouer la carte de l'humour un peu à la manière des films live basés sur les Tortues Ninja dans les 90's. Sauf qu'à la différence, les Tortues sont automatiquement sympathiques et surtout on adhérait rapidement aux combats bourrins et limite nanar car ils étaient fun. Là non seulement malgré qu'on les connaisse les personnages ne dégagent rien, mais les combats sont mal chorégraphiés, jamais jouissifs et encore moins nanar et les gadgets sont absolument horribles (il faut voir ce Ranger lançant un grapin et volant dans une position invraisemblable dans une situation pareille). C'est tout simplement nul à l'image du Ranger Blanc qui tatanne une créature du cauchemar en lévitation et en lui donnant une vingtaine de coups de pieds d'affilé! On peut lister à l'infini les vannes foireuses balancées par tous les personnages au cours du film:

  • (Quand on leur demande de chercher des méchants) "On peut peut être appeler l'ANPE?" (le genre de vannes pourries que tu ne peux trouver que dans une VF -NDB)
  • Ranger: Je suis une grenouille!
  • Dulcea: Mais tu est de celle qu'on embrasse! (le Ranger est content)
  • "Bienvenue à Jurassic Park!" (celle-là c'est pour ceux qui détestent Jurassic World, c'est encore plus gratuit que ce film de Colin Trevorrow)
  • (à propos du dinosaure les pourchassant) "Couchez Médor!"
  • "Je suis tombé sur un os!"
  • "Vous avez envie de cuisses de grenouilles?"
  • (à propos des robots insectes) "Il faudrait une bombe insecticide!"
  • "Quand on joue avec le feu, on se brûle les doigts!"
  • "Inutile de courir il faut mourir à point!"

Il y a même un Ranger qui chante Une souris verte. Alors certes la VF ne doit pas aider du tout sur un film pareil, mais vraiment pas sûr que la VO soit bien meilleure. On peut même dire franchement que les dialogues doivent être aussi mal écrits dans les deux cas (il y a quand même deux scénaristes ayant travaillé sur la chose! DEUX!). Le scénario est en soi pas très éloigné d'un épisode banal de la série: le méchant veut bousiller le monde, son plan fonctionne à peu près, il est contré par les Power Rangers, ils se transforment grandeur nature, les Rangers gagnent, fin de l'histoire. Il y a juste un changement puisque les héros perdent leurs pouvoirs suite à la perte physique de leur patron Zordon. Et encore tout cela est vite oublié après un pèlerinage où ils tombent sur une sorte d'amazone en tenue très suggestive (les papas ont dû adoré, beaucoup moins les mamans) qui leur donne d'autres pouvoirs! Même la résolution du film est grosse comme un paté de maison, vue et revue tellement de fois au cinéma (et dans de meilleurs films) qu'il n'y a plus rien à en tirer ici. Comme si cela ne suffisait pas, des allusions directes à Star Wars (le résumé qui défile), Mad Max 2 (il faut voir ce Humungus du pauvre) ou Point Break (le saut en parachute est filmé à peu près de la même manière que dans le film de Kathryn Bigelow!) s'incrustent au cours du film. Pour ce qui est des acteurs, ils font ce qu'ils peuvent, pas du tout aidé par des rôles insignifiants et une VF absolument risible. Même un pur nostalgique de la série (votre cher Borat ne l'est pas forcément mais face à cette chose...), il sera difficile de voir ce film autrement que comme une bouse indigeste.

Pour vous montrez l'étendu des dégâts au niveau des cgi, rien de mieux que la transformation gélatineuse d'Ivan Ooze...

Un spectacle lamentable même pour son 90's et qui n'a même pas le charme d'un nanar.

25 août 2015

Cuvée Gojira #2

Après une première cuvée pas piquée des hannetons (il y en a pourtant des sympathiques à Hossegor, de vrais amours, si vous avez le temps, prenez une photo avec eux, ils ne demandent que de l'amour -NDB), revoilà l'ami Godzilla dans les eaux de la Toho. Après avoir évoqué l'époque où il vivait en Amérique (James Brown, tout ça, tout ça... -NDB) et quelques aventures japonaises prises dans le continuum espace- temps, il est temps d'aller dans le vif du sujet (attention spoilers). En mars dernier, votre cher Borat a acquéri le BR de Godzilla qui comme principal bonus (en plus de bandes-annonces de certains opus qui donnent sérieusement envie à votre interlocuteur favori et un beau livret) a le second opus de la saga Le retour de Godzilla. Une occasion en or servie sur un plateau d'argent par HK Vidéo. Un peu de contextualisation s'impose. Ishirô Honda a combattu durant la Seconde Guerre Mondiale et se lit rapidement d'amitié avec Akira Kurosawa pour lequel il fut souvent assistant par la suite (y compris sur Ran et Rêves où il réalisera par ailleurs une séquence). Avec à son actif plusieurs films (notamment des films où il opte pour des triangles amoureux tragiques), le réalisateur japonais voit une occasion en or.

Godzilla (affiche 54)

Face à une administration américaine ne s'intéressant plus aux contenus des films japonais (n'oublions pas que suite à la capitulation, les USA ont eu la main mise sur le pays du soleil levant), il saisit l'occasion d'aborder les bombes atomiques s'étant abattus sur Hiroshima et Nagazaki lors de l'été 1945. Honda aurait très bien pu opter pour un film de guerre abordant directement les faits, au risque de remuer le couteau dans la plaie. Mais il choisit une voie beaucoup plus pertinente en jouant sur la métaphore. Il ne sera pas question des bombardements mêmes mais de leurs résultats. Suite au déchaînement atomique, un lézard datant du jurassique s'est réveillé et a évolué considérablement. Ce lézard c'est bien évidemment Godzilla. Immense succès au Japon qui fera largement fructifié la Toho qui y verra un filon en or (l'air de rien, remakes us inclus, on parle d'une trentaine de films), avant de sortir tronqué (cela se voit d'autant plus si vous le voyez en VF, le nombre de passages sous-titrés et notamment dans des moments forts sont totalement ahurissants) et surtout avec une version américaine avec des reshoots avec l'acteur Raymond Burr jouant un reporter américain dépêché sur place. Un montage qui heureusement n'est pas sur le BR ("On ne déconne pas avec l'original" Neve Campbell, Scream 4 -NDB) même s'il aurait été très amusant d'observer à quel point les Américains ont longtemps opté pour ce genre de remontage foireux (demandez à Roger Corman, les remontages de film d'Europe de l'Est il connait!).

Pour celui qui connaît Godzi par les films américains ou quelques opus bien nanars, la claque risque d'être assez sévère. Godzilla a beau avoir un cascadeur sous un costume, il n'y a rien de ridicule encore. On peut même dire que comparé à beaucoup des opus qui suivront, les effets-spéciaux sont encore de très bonnes qualités et passent très bien en HD. Le costume de Godzilla tient très bien la route, d'autant qu'Ishirô Honda a la bonne idée de filmer le kaïju au ralenti, permettant de montrer toute la puissance de la bête et la violence des coups qu'il porte. Evidemment les décors sont des maquettes et on le voit évidemment (surtout les tours électriques que dézingue Godzi avec son "éclair foudroyant"), mais au vue de l'époque cela reste largement grandiose d'un point de vue visuel. Surtout que Godzilla est une créature grandiose. Jugez plutôt: un kaïju tenant du dinosaure avec des cornes ressortant de son dos et bipède au contraire de King Kong (tout du moins dans sa vision initiale), lui donnant une force de frappe destructrice. Mais surtout plus qu'un film de kaïju eiga, Godzilla premier du nom est avant tout un pur film catastrophe. Godzilla apparaît non seulement comme un symbole de la bombe H mais aussi comme une plaie ouverte à nouveau pour le Japon.

Le retour d'un drame encore bien présent et qui est revenu sur le tapis avec l'explosion de Fukushima (le reboot de Godzilla aussi bien américain que japonais arrive à point nommé). Encore aujourd'hui Godzilla résonne comme un uppercut, montrant les dégâts fracassants qu'a causé la bombe H. Un monstre et surtout un traumatisme revenant sans cesse à la charge. Le cauchemar est devenu réalité sous la forme d'un lézard géant. D'autant qu'Honda prend largement le point de vue des humains: des civils apeurés par ce qu'ils voient et des scientifiques impuissants face à une calamité qu'ils ne peuvent éradiquer. Le seul qui pourra le faire est un scientifique reclu depuis des années et se sacrifiant avec sa formule pour que plus personne ne puisse refaire la même erreur. Il règne un véritable pessimisme au cours de ce premier opus qui se retrouve également dans le second opus. Réalisé par Motoyoshi Oda (assistant d'Honda) l'année suivante, Le retour de Godzilla joue aussi parfaitement dans ce pessimisme ambiant. Un peu à la manière d'Honda sur ses premiers films, Oda opte pour un triangle amoureux entre deux amis aviateurs et leur "amie" standardiste dans tout ce qu'il y a de plus tragique. L'amour n'aura finalement pas lieu, broyé entre la mort et les catastrophes. Mais surtout Oda confronte encore une fois l'Homme à ses erreurs par une petite sous-intrigue légère mais cruciale au cours du film.

Le Retour de Godzilla : Affiche

On apprend rapidement que Godzilla va revenir mais aussi qu'un autre kaïju est issu des radiations rapidement nommé Anguirus et pouvant se mettre en boule. Les autorités demandent alors à ce que la population évacuent (ce qui donne lieu à de merveilleuses séquences de panique et notamment dans un dîner dansant typique de ce que l'on pouvait voir aux USA à cette époque), mais la police a la bonne idée de transférer des prisonniers pile poil à ce moment et ce qui devait être une ville sans lumière devient un chaos où une explosion donne lieu ni plus, ni moins à un signal pour les deux kaïjus. Si les deux kaïjus s'affrontent dans la ville d'Osaka c'est à cause de la cupidité de l'Homme. Les prisonniers voulaient s'évader mais dans leur fuite (et leurs morts par la même occasion), ils ont déclenché l'apocalypse. Dès lors la ville d'Osaka est une ruine en flamme, symbole de la destruction générée par l'Homme. Pour ce qui est des cascades, elles sont filmées différemment puisqu'il n'y a pas de ralentis. Les combats semblent comme accélérés (ce qui rend le tout franchement jubilatoires et fun) et l'ami Godzi de se faire plaisir avec Anguirus qui est un adversaire digne de ce nom. Il n'y a donc pas un mais deux méchants dans ce film puisque les deux monstres ont beau se mettre sur la tronche, ils détruisent la ville dans les deux cas.

L'épilogue est un petit peu décevant, surtout avec ces blocs transparents que vous trouverez dans toutes les foires-fouille du monde pour pas grand chose et même scénaristiquement c'est bien pauvre en comparaison du final du premier film. D'autant que le montage aligne les plans d'avions tirant sur les montagnes déclenchant sans cesse des chutes de pierres. Au point que la superposition devient parfois poussive. La saga ne reprend pourtant pas avant 1962 en revenant sous la coupe d'Ishirô Honda tout d'abord avec un crossover improbable avec King Kong (ça ne s'invente pas), puis avec Mothra contre Godzilla en 1964. On ne peut pas dire que le film soit particulièrement aidé par sa version française. Alors peut être bien que les dialogues étaient aussi ridicules en japonais, mais il se trouve que la VF de Mothra contre Godzilla déshonore complètement le film. Il faut voir ce promotteur immobilier véreux qui accumule les clichés avec les lunettes de soleil, la petite moustache des familles et le bon gros cigare dans la bouche dans un beau costume! En revanche le traitement du personnage est assez intéressant car à travers lui, on voit toutes les dérives du commercial plein aux as et imbu de sa personne.

On peut même parler de John Hammond avant l'heure ("A l'entreprise du bonheur, nous n'avons qu'un seul objectif, une seule idée: vous donnez du bonheur!"), puisque l'oeuf géant présent sur la baie de Yokohama devient soudain l'objet d'un achat par ce promoteur qui n'hésite pas à faire payer pour voir l'oeuf, avant d'en faire un parc d'attraction. Le personnage véreux par excellence qui est secondé par un supérieur encore plus proche de ses sous que lui! Mieux, alors que tout part en cacahuète, Honda montre deux personnages en train de s'entretuer pour un coffre-fort plein d'argent, alors même que la ville est en train de se faire ravager par Godzilla. Pendant que les noms d'oiseaux pleuvent (et là la vf de se faire plaisir avec des "salaud", "salopard", "escroc", "sale petite canaille", "ordure", "canaille" ; on se croit presque devant l'ancêtre d'Hitman le cobra de Godfrey Ho!), l'argent est au centre de tout et Godzilla apparaît dès lors comme un châtiment en détruisant l'immeuble. Peu importe votre richesse, face à une catastrophe, vous serez comme tout le monde: un minuscule pion dans un échiquier attendant son heure avant de se faire dammer.

Godzilla est encore une fois le méchant, apparaissant d'ailleurs de manière incongrue en sortant de la terre en plein milieu du parc en construction. Comme un symbole qu'il ne fallait pas le faire. Mothra n'est pas un ennemi ici mais bel et bien l'aide des humains face à un Godzi vorace et particulièrement en forme. Un papillon géant préservant son oeuf et par la même occasion les humains de la catastrophe Godzilla. C'est peut être la première fois qu'Honda montre dans la saga un kaïju protecteur et pourtant issu des radiations. Est-ce du fait qu'il s'agit d'un papillon? Peut être bien mais Mothra n'apparaît ici pas comme un ennemi et il est utilisé comme tel. Idem pour ses petits qui feront de même à l'aide d'incantations (les petites créatures étant affublées d'une voix nasillarde pour le moins insupportable), ce qui vaut quand même quelques passages hilarants (le petit mordant la queue de Godzilla et ce dernier de bouger la queue sans cesse pour se l'enlever!). Mothra contre Godzilla apparaît comme un opus charnière, où Honda critique une société désincarnée ayant des paillettes dans les yeux sans même regarder ce qu'elle démolit. Une vision assez violente et encore loin de certains opus qui suivront à l'image de Final Wars qui cloture cette cuvée.

Sorti pile poil pour le cinquantième anniversaire de Godzilla, Final Wars est réalisé par Ryuhei Kitamura connu par la suite pour son adaptation de Midnight Meat Train de Clive Barker (2008). Le film fait la part belle aux divers monstres de la série et l'on retrouve aussi bien Mothra que King Caesar ou encore Anguirus. Le fils de Godzilla est également de la partie (toujours aussi ridicule par ailleurs) tout comme un bien drôle d'invité surprise, puisque le Godzilla du film de Roland Emmerich apparaît aussi (de manière assez laide d'ailleurs, à croire que les cocos se sont encore moins foulés que sur le film de 1998) et se prend une branlée monumentale par notre Godzi d'amour en faisant les frais de l'opéra de Sydney! Une séquence d'affrontement délirante comme on en trouve beaucoup durant le film pour notre plus grand plaisir. C'est sûr une fois que l'ami Godzi est là, c'est la fête au village! Immeubles défoncés, décors en ruine, forêts déboisées, monuments détruits... Pas de doute, l'ami Kitamura se fait plaisir dans toutes les scènes de kaïju eiga. Le problème étant que Godzi n'apparaît qu'au bout d'une heure dans un film qui en compte deux et que Kitamura joue beaucoup trop sur l'intrigue sur les humains qui n'est guère intéressante.

Godzilla: Final Wars : Affiche Ryûhei Kitamura

Le monde est au coeur du récit et on a droit à des clichés typiques comme le flic américain qui essaye de coffrer un afro-américain (ce qui vaudra une séquence gag avec les chapeaux qui volent avec petit mickeymousing!) avant de voir débarquer un kaïju! Une météorite va s'abattre sur la Terre et des aliens débarquent. Sauf que sous leurs airs bienveillants, les aliens veulent surtout anéantir la Terre en se servant des terriens comme bétail et surtout alimentent les destructions puisqu'ils lancent les kaïjus sur la planète. Impuissante face à ces assauts multiples, une unité d'élite affronte les aliens et libère Godzilla. L'intrigue aurait pu être intéressante si ce n'était pas en général très mal joué. Preuve en est Masahiro Matsuoka semblant sortir d'un magazine de mode ou le méchant incarné par Masatô Ibu qui en fait des caisses jusqu'à singer à sa manière le Jack Nicholson des grands jours. D'autant que l'intrigue fait accumuler les longueurs et notamment dans une scène de poursuite à moto qui anticipe celle totalement animée de Final Fantasy VII: Advent Children de Tetsuya Nomura et Takeshi Nozue (2005) et fait autant dans le ridicule que celle de Mission Impossible 2 de John Woo (2000).

Godzilla: Final Wars : Photo Ryûhei Kitamura

Le seul personnage qui à la limite sort du lot est incarné par l'ancien catcheur Don Frye (qui un an après jouait dans le génial Miami Vice de Michael Mann). Personnage qui en impose et se bat copieusement mais bien. Toute la différence des différentes bastons qui peinent à convaincre à force de chorégraphies où ça craque sans cesse mais se relève tout le temps et surtout interminables. C'est aussi pour cela que le film dure 2h: à force de tirer en longueur, le film ne peut que durer trop longtemps. Reste le fun de la situation mais trop long pour le coup et parfois trop de cgi peu ragoûtants. Allez à la semaine prochaine!

22 août 2015

Cuvée Gojira #1

La Cave de Borat va s'attaquer à une véritable icône du cinéma durant deux semaines. Crée par Inoshiro Honda en l'an 1954, Godzilla est rapidement devenu au fil des décennies un phénomène à part entière dans le cinéma japonais, puis mondial puisque Godzilla est devenu par la suite un héros de comics Marvel (cela n'a pas duré longtemps mais ce fut un grand coup pour sûr) et a eu droit à deux films américains. Votre cher Borat va dès lors revenir sur son histoire avec le plus grand des kaïjus avec King Kong (qu'il a notamment affronté dans le célèbre King Kong contre Godzilla d'Ishirô Honda). Tout commence inévitablement en 1999 (attention spoilers). Par le biais de diverses VHS de Columbia, nous étions tombés mon père et moi sur la bande-annonce du film de Roland Emmerich. Mon père ayant été tellement tenté (ce qui ne l'empêchera pas comme à son habitude de dire "c'était une véritable connerie") on lui avait alors acheté la VHS pour son anniversaire. Bien visible dans la vidéothèque, elle ne tombera dans un visionnage intensif qu'à partir de 2001 jusqu'à reconnaître des qualités pour le moins néfastes. Les goûts ne sont plus forcément les mêmes quand on a quitté un certain âge et ce Godzilla made in 98 en est un cas évident. Le projet d'un film américain adapté de Godzilla ne date pourtant pas des 90's.

Godzilla : Affiche Roland Emmerich

Déjà dans les années 80, le réalisateur Steve Miner (alors connu pour avoir réaliser les deux premières suites de Vendredi 13) se voit claquer la porte des studios hollywoodiens et ce malgré l'appui de la Toho. A partir de 1992, le projet revient sous Tristar avec trilogie à la clé. Les scénaristes Ted Elliott et Terry Rossio (dont un des projets phares à l'époque était l'adaptation avortée de John Carter par John McTiernan) sont engagés, puis Jan de Bont à la réalisation pour une sortie estivale en 1996. Mais Tristar rechigne à lui donner un budget imposant avoisinant les 120 millions (ce qui ne se faisait pas en 1994 mais se fera avec le bide colossale de Waterworld deux ans après) et il quitte le projet, laissant sa place à Roland Emmerich auréollé du succès fracassant d'Independence day (tout est dans le titre, rappelez-vous en) et change complètement le script initial. Le film a été un franc succès mais se fait dézinguer par la critique, mettant étrangement un terme à la production de la trilogie initiale. Bien que ce ne soit pas le premier cas de ce type, on peut toujours s'étonner qu'un film annoncé comme le premier volet d'une trilogie et cartonne au box-office se voit arrêter net dans ses ambitions. La fin ouverte avec le bébé n'en est donc qu'encore plus foireuse, annonçant clairement une sorte de "Godzilla 2: Son of Godzilla" (pas besoin d'aller très loin, les japonais l'ont déjà fait!) qui ne verra jamais le jour.

Godzilla : Photo Roland Emmerich

Emmerich change radicalement les origines du lézard géant dévoilé à travers du générique. Des essais nucléaires sont faits en Polynésie Française dans les années 60 par l'Etat français, faisant muter un lézard. Le nucléaire est toujours au centre de tout, mais l'époque est différente. De plus, on a bien du mal à comprendre le rapport entre Godzilla et les USA, d'autant plus que contrairement au récent reboot (bien plus logique sur ce point), le film se déroule dans la Grosse Pomme! En gros, notre lézard préféré serait passé du Pacifique Sud à New York en passant par le Panama. Pourquoi pas après tout, mais pourquoi NY et pas directement la Côté Ouest? La Grosse Pomme était certainement plus symbolique à cause de ses immeubles à détruire. Ce qui est évidemment le cas (pas aidé par des pilotes d'hélicoptères pas bien malins), mais la plus grosse partie du film se déroule au Madison Square Garden. On nous explique assez rapidement qu'il s'agit d'une femelle (avec la subtilité toute relative de Roland Emmerich) et qu'elle a pondu plein d'oeufs dans la célèbre salle omnisport de NY. Dès lors, on ne voit plus trop le lézard mythique (qui ne ressemble déjà pas à grand chose) pour laisser place à ses petits qui ont très faim. Plus qu'un film de science-fiction apocalyptique, Godzilla version 98 devient rapidement une sorte de survival sur la ville de NY avec comme point d'orgue tout le passage au Madison Square Garden.

 

On est donc assez éloigné des films japonais et encore plus des premiers volets. Dans le fond, Godzilla passe pour un très gros nanar mais qui laisse quand même un sacré arrière-goût désagréable. En cause des acteurs souvent désastreux (Matthew Broderick semble ailleurs, Hank Azaria fait le gimmick comique pénible, Doug Savant joue les GI Joe quand son supérieur Kevin Dunn, Maria Pitillo qui restera heureusement dans un certain anonymat par la suite), dont se sort quand même un peu mieux Jean Reno qui semble bien se marrer ("Prends un chewing gum ça fera plus américain!"), des effets-spéciaux pas toujours à la hauteur (encore une fois Godzi ne ressemble vraiment à rien et les japonais s'en fendront bien la poire) et un beau petit lot de scènes ridicules (à l'image du test de grossesse!). Mais c'est beaucoup moins irritant qu'un Independence day pour se faire une idée. Au mieux oubliable. Si, Tristar ne lance finalement pas de suite à son hit de 1998, elle en fait néanmoins une série que votre cher Borat regardait de temps en temps sur M6 quand il allait chez son oncle ou quand on a enfin eu la chaîne. Une série qui faisait suite aux événements du film américain en faisant du dernier bébé... le serviteur de la race humaine. Alors oui dis comme cela on revient à certains opus où Godzilla était devenu le sauveur des terriens, mais de cette manière non c'était juste pas possible.

Godzilla Jr devient en gros une bête de foire à la solde du bon gouvernement américain qui en fera bien sûr une sorte de GI Joe des monstres, affrontant divers monstres issus des essais nucléaires français. De plus, l'animation n'était pas vraiment à la hauteur et Godzilla avait le même look hideux du film. Cela n'aide pas du tout. La série s'arrête en 2000 après quarante épisodes. Pour donner deux contre-exemples parfaits de ce genre d'adaptations en série de films de Sony Pictures, Men In Black et Extreme ghostbusters étaient bien mieux lotis. Ce ne fut seulement qu'après le reboot et grâce aux multiples rediffusions sur la chaîne Ciné FX (qui désormais est retiré de l'abonnement familial je ne sais trop pourquoi) que j'ai commencé à m'intéresser aux aventures du grand Godzilla. Passons donc au reboot de Gareth Edwards sorti l'an dernier. Le reboot arrive dix ans après le dernier volet des aventures du lézard produit par la Toho. On ne sait trop pourquoi il a fallu attendre que les américains relancent la machine pour que la Toho produise un nouveau Godzilla (qui sortira l'an prochain avec le créateur d'Evangelion Hideaki Anno et le réalisateur de l'adaptation live de L'attaque des titans Shinji Higuchi), en tous cas Godzilla revient pour les 60 ans de sa création sur le sol américain.

Le film de Gareth Edwards est produit par Warner et Legendary qui ont l'année d'avant produit Pacific Rim de Guillermo Del Toro, qui est également un film de kaïju eiga. Del Toro a prouvé que l'on pouvait faire un pur film de kaïju sur la mode du blockbuster, alors pourquoi pas Edwards? Le réalisateur de Monsters (2010) revient à ce qu'il a fait sur son précédent film, quitte à prendre le parfait contre-pied de ce que l'on attend d'un film de kaïju eiga après Pacific rim. Si sa vision pose parfois problème (à force de ne rien montrer ou si peu, le film finit par passer à côté de grands combats, les scènes étant coupées parfois nettes par des flashs d'information empêchant tout intérêt pour l'action en cours), il n'en reste pas moins que le fait de prendre l'optique du film catastrophe à taille humaine est une très bonne idée. Le film fait la part belle au film catastrophe un peu à l'image de l'original d'Inoshiro Honda. Il n'en reste pas moins que les différents personnages sont trop fonctionnels: le père de famille soldat, son père veuf, sa femme infirmière, un docteur et son assistante, un général militaire. On n'avait pas forcément ce problème dans les opus japonais où les héros étaient souvent bien définis (à l'image du scientifique trouvant le seul moyen de tuer Godzilla dans le premier film, devant héros malgré lui du film).

Godzilla (couverture Empire)

On regrettera aussi la séquence étrange du pont où l'on ne sait pas trop où veut en venir Edwards (montrer l'incompétence de l'armée qui tire sur Godzilla et mettant en danger tous les civils présents sur le pont de San Francisco; ou maladresse scénaristique totale?). Si le réalisateur opte pour une approche catastrophe à taille humaine, il n'en reste pas moins qu'une fois qu'il faut sortir l'artillerie lourde, il y va franco. C'est aussi pour cela qu'il est dommage de ne pas voir plus Godzilla savater les deux MUTO. Le climax est en soi un bonheur puisque même s'il garde l'optique de mettre l'Homme au centre de cet apocalypse où des monstres immenses détruisent tout sur leur passage, il montre bel et bien par des plans larges ravissants, un affrontement dantesque. Godzilla est peut être plus gros que celui de la Toho mais il ressemble déjà beaucoup plus à l'original que ne l'était la créature designée par Patrick Tatopoulos en 1998. Visuellement il en impose et les MUTO aussi par la même occasion. Si les créatures sont plaisantes, le spectateur sera déjà plus intéressé par leurs affrontements. C'est aussi en cela que les films Godzilla ont toujours intéressé, même dans leurs exubérances, tout comme Pacific Rim. La définition de Godzilla correspond à celle de 1954: une créature de la préhistoire revenue à la vie suite aux essais nucléaires américains dans le Pacifique.

Godzilla : Affiche

Mais avec un ajout issu des volets qui suivront: Godzilla n'apparaît pas comme un destructeur comme dans l'original, mais comme un bienfaiteur de l'Humanité, les sauvant de leurs pertes. Avec avoir dégommé les MUTO, Godzilla sera applaudi par les américains présents à San Francisco avant de partir vers d'autres aventures qui l'attendent en 2018 toujours sous la coupe de Gareth Edwards, où il devrait affronter le papillon Mothra, le dragon à trois tête King Ghidorah et Rodan le ptérodactyle au cours de deux films. Comme je le disais, l'intérêt pour les aventures du lézard atomique s'est décuplé à la suite de ce dernier reboot. Ciné FX diffusant beaucoup de bandes bis, asiatiques ou autres comme ses collègues Action et Ciné Polar, il n'était donc pas étonnant de tomber sur différents opus de Godzilla sous l'ère de la Toho. Si je n'ai pas vu Godzilla contre Mecanik Monster de Jun Fukuda (1974) en entier, il n'en reste pas moins un beau morceau. Le film met en scène un robot ressemblant à Godzilla (le Mecanik Monster du titre ou MechaGodzilla) envoyé par des aliens ravageant le Japon avant que n'arrive deux créatures terrestres censés l'arrêter. Ces deux créatures sont Godzilla et King Caesar (une sorte de gros chien géant), sauf que ce dernier n'est pas là non plus pour jouer au gendarme et au voleur. Godzilla va donc affronter un robot et un kaïju à part entière pour sauver la Terre.

Un affrontement fantastique pour tout amateur de kaïju eiga où les coups sont évidemment donnés au ralenti pour souligner l'affrontement titanesque, mais aussi insister sur les détails. L'amateur de productions avec des cascadeurs dans un costume y trouvera son compte pour son plus grand plaisir. D'autant qu'évidemment le fun est au rendez-vous, d'autant que MechaGodzilla a évidemment un peu le dessus initialement puisque c'est une machine. Mais évidemment l'ami Godzi lui degommera ses petites pattes avant de sortir son cri légendaire. Je terminerais cette cuvée par Godzilla vs King Ghidorah de Kazuki Omori (1991). C'est un cru particulier puisqu'il joue sur le voyage dans le temps. On nous apprend par des gens du futur (dont les costumes sont dignes des sentaïs de l'époque, tels Sankukaï ou Bioman) que Godzilla a ravagé le Japon et qu'il faut empêcher son existence. Le problème étant que paradoxe temporel entraînant sans cesse un retournement de situation et l'ensemble se révèlera toujours néfaste. Les Futurians (c'est les noms des hommes du futur) ont beau liquidé (enfin ils croient) le lézard qui deviendra Godzilla, ils lancent des créatures qui deviendront le fameux King Ghidorah ce dragon doré à trois têtes! Et inévitablement Godzilla de se réveiller et de l'affronter avant de ravager le Japon!

Godzilla vs King Ghidorah : Affiche

Godzilla vs King Ghidorah aborde très bien tout cet aspect du voyage dans le temps, évoquant un futur inévitable et que modifier le passé engendre toujours une plus grosse catastrophe. King Ghidorah a été lancé par les Futurians et ce kaïju se fera un plaisir de semer le chaos. Comme Godzilla revient indéfiniment pour le détruire et prendre sa place. La dernière partie renvoie encore plus aux sentaïs puisque les héros commandent un Mecha King Ghidorah de l'intérieur. Le film devient alors un savoureux mélange entre anticipation, kaïju eiga et sentaï tout en évoquant le thème du voyage temporel (la boucle temporelle marche parfaitement). Le film fait aussi, comme bien souvent dans la saga, la part belle aux explosions en tous genres, que ce soit la destruction abondante de décors (ah Godzilla et les immeubles) ou des explosifs qui auraient tant plu à Michael Bay. Un bon cru récent pour sûr permettant de revoir un Godzilla pas très rassurant et annonciateur du pire. Allez à la semaine prochaine!



20 août 2015

Seven revu et corrigé par Totof Lambert

John Prudhomme enquête sur des meurtres où les cadavres sont retrouvés avec des membres en moins...

Cela faisait longtemps que nous n'avions pas évoqué Christophe Lambert, plus connu sous le nom de Totof Lambert ou Highlambert dans ces colonnes. Pour le coup, votre cher Borat va revenir sur un des plus beaux joyaux nanardesques de sa filmographie et qu'il a scénarisé pour la même occasion (à l'époque, il disait notamment avoir eu l'idée en conduisant!). Beaucoup auront reconnu le fameux Résurrection sorti en l'an 1999 et réalisé par Russell Mulcahy qui s'était déjà perdu dans les tréfonds de la série B ou du mauvais cru depuis bien longtemps (La malédiction de la momie comme la suite d'Highlander ayant déjà montré le bout de leur nez). Revoir le duo qui a fait naître l'incontournable des 80's Highlander aurait pu être un bon atout, mais le temps a passé. Mulcahy n'a plus trouvé un projet intéressant depuis The shadow et s'est embourbé à Hollywood avant de revenir en Australie, tandis que Totof se retrouvait bientôt à la tête de toute la Gaule avant de refaire un tour dans les Highlands. Le carnage se profile notamment parce que comme beaucoup de films post 1995 et notamment hollywoodien (Le collectionneur de Gary Fleder, même s'il est adapté d'un roman, s'en inspire pour l'esthétique en plus de Morgan Freeman), Résurrection s'inspire énormément de Seven de David Fincher et ne s'en prive pas. C'est notamment un des points les plus amusants du film, puisque le spectateur joue sans cesse au jeu des sept différences (check!) entre les deux films.

Resurrection : Photo Russell Mulcahy

Mulcahy en est même venu à prendre dans son casting Leland Orser, qui était une des victimes de John Doe dans le film de Fincher ou David Cronenberg en caméo clérical (il devait réaliser Seven initialement). Ici il incarne le collègue de Totof tout simplement. Voilà encore un point en plus puisque nous suivons l'investigation d'un duo de profilers. Dans un décor qui sent bon la pluie abondante (le soleil est rare dans Résurrection comme dans... vous avez compris). Il y a même une scène se déroulant dans un immeuble comme lors de la poursuite entre l'agent Mills incarné par Brad Pitt et John Doe qui se finit par un savatage en règle! Le tout évidemment sous la pluie. En sachant que le tueur a aussi un mode opératoire bien défini, puisqu'il tue ses victimes ou les agresse en leur coupant un membre afin de ressusciter le Christ pour la fête de Pâques (renvoyant à une époque où il était bon de faire des films proches de l'an 2000 à base d'apocalypse et religion, cf La fin des temps de Peter Hyams) Avec donc des bras, jambes, torse, tête et organes génitaux sur une croix, ce qui donne évidemment une scène peu ragoûtante à la mode de ce qu'a fait Fincher. Avec en plus, la trogne d'amour de Totof écoeuré par ce qu'il voit.

Resurrection : Photo Russell Mulcahy

 

Si en plus, le collègue est ammoché, que la famille est touchée (soit tout ce qui concerne Mills dans Seven, mais ici en plus drôle puisque la victime nous est quasi-inconnue, juste évoquer par les dialogues et on ne sait même qui elle est pour Totof!) et que le tueur apparaît au duo d'enquêteurs comme si de rien n'était (même si on le voit plus qu'une minute avant de savoir son identité) vous aurez droit à une merveilleuse copie de Seven dans tout ce qu'il y a de plus rigolo. Il n'y a pas à dire, Résurrection reste amusant dans son lot de ressemblances à son modèle, mais aussi pour bien d'autres choses qui font la différence dans la filmographie nanardesque de l'ami Totof. Son personnage est un bonheur à lui tout seul. John Prudhomme (c'est le même nom en Vo, Totof était inspiré) est un profiler qui a subi la mort de son fils dans un accident. Tout va bien à la rigueur si cela peut affiner le personnage pourquoi pas? Sauf que Mulcahy et Totof s'y prennent d'une manière absolument nanardesque pour le faire comprendre au spectateur. Ainsi, dans une scène nocturne (et oui de temps en temps il ne pleut pas, il fait nuit), John va chercher un portrait dans son bureau et pleure avant que l'on voit le portrait du gamin. Pas besoin d'aller chercher midi à quatorze heure pour comprendre que le petit n'est plus de ce monde, mais la manière de le faire est absolument fantastique tellement la scène fait ridicule et limite surjoué.

Résurrection (capture) (2)

Ceci est une capture du film depuis ma télévision. Et non la capture n'est pas de traviole.

Mais mieux encore, le duo insiste encore une fois avec un flashback (si possible avec un petit accéléré bien clippesque avec Totof passant de la maison au jardin en un coup d'oeil) où l'on voit le gamin tout sourire allant vers la route à vélo, Totof se faisant percuter par un mec et n'arrivant pas à rattraper son gosse, la mère qui crie avant de le rejoindre et le gosse d'être remplacé par un cascadeur se jettant littéralement sur la voiture. C'est à l'origine une scène qui doit susciter de l'empathie pour Prudhomme, mais la scène est tellement mal écrite et réalisée que cela en devient une impayable gaudriole. La réalisation est en soi un véritable bonheur, semblant sortir tout droit d'un vulgaire téléfilm diffusé l'après-midi sur TF1. On n'a jamais l'impression de voir un film pour le cinéma. Pour la petite anecdote, le film n'est pas sorti en salle aux USA mais sur le câble au contraire de pays européens comme la divine France où il est sorti en salles (votre cher Borat se souvient encore que l'affiche ornait le sous-sol de son Kinépolis à côté de celle de Gladiator de Ridley Scott). On admira aussi ces plans qui semblent tourner sur une vitre pour pouvoir faire une vision déformée du plan, qui sont d'une laideur incroyable. On s'amuse également beaucoup du commissaire incarné par Peter MacNeill qui semble à chaque fois à l'ouest. Pour preuve, sa première scène où il ressoit Totof et Orser dans son bureau (encore un point commun avec...) où les dialogues sont absolument fantastiques entre le prévisible et le commissaire répondant dans le vent bêtise sur bêtise jusque dans ses répliques. Jugez plutôt (on ne s'en lasse pas):

  • MacNeill: Vous parlez c'est comme pisser contre le vent!
  • Totof: Alors n'insistez pas si vous le savez!
  • Totof: On trouvera aucune empreinte.
  • MacNeill: Et comment vous savez ça?
  • Totof: Parce qu'il veut pas qu'on en trouve!
  • Totof: Le tueur a écrit "il arrive" sur la vitre. Ce qui annonce un événement à venir qui n'a pas encore eu lieu.

Résurrection est un moment savoureux, hilarant et nanardesque, où l'on espère quand même que Totof Lambert ne reprenne plus la machine à écrire pour un prochain film.

19 août 2015

California dreamin

Trois enquêteurs de différentes villes de Californie se trouvent au coeur d'une conspiration financière...

True Detective saison 2 (affiche) (1)

L'an dernier, la chaîne HBO avait frappé un grand coup avec le lancement de True Detective, série anthologique où chaque saison est égale à une intrigue (comme American Horror Story avant elle). A sa tête, Nic Pizzolatto au scénario, Cary Fukunaga (Sin Nombre) à la réalisation de tous les épisodes, et Matthew McConaughey, Woody Harrelson et Michelle Monaghan devant la caméra. Au vue du succès fulgurant (alors que McConaughey recevait son Oscar, le final faisait un carton d'audience), HBO lance automatiquement une nouvelle saison. Cette fois, exit la Louisiane et ses marécages, bienvenue dans la Californie et sa châleur étouffante. Ce n'est plus un réalisateur (Fukunaga est parti tourné Beasts of no nation), cette fois-ci ce sont plusieurs: Justin Lin (une grande partie des Fast and furious au compteur), Janus Metz, Jeremy Podeswa, John Crowley (Boy A), Miguel Sapochnik (Repo Men) et Daniel Attias (Peur bleue adapté de Stephen King). C'est le premier problème de cette nouvelle saison. Ce qui définissait True Detective jusqu'à présent c'était son écriture, mais aussi sa réalisation par un seul homme permettant ainsi une totale cohésion dans le style graphique de la première saison. Ici, le trop plein de réalisateur mais aussi un certain manque de personnalité n'aide pas à atteindre une cohésion parfaite entre les épisodes.

La scène de fusillade (très bien faites par ailleurs et certainement un des meilleurs moments de cette saison) survenant dans le quatrième épisode sera différente du passage au manoir qui convoque un malaise kubrikien. Même si la réalisation est de qualité, le fait que Fukunaga officiait sur tous les épisodes jouait énormément dans la patte graphique. Or, ici on ne semble jamais en trouver une réellement. Ce qui faisait un charme à la série se perd donc dans cette seconde saison. On notera aussi une tendance abusive à montrer ce coin de Californie dans des vues aériennes bien faites mais au combien répétitives. Une fois de temps en temps pourquoi pas? Mais là, le principe même devient un gimmick pénible. Ce genre de plans n'étaient heureusement pas utilisés par Fukunaga, renvoyant encore une fois à une uniformisation des réalisateurs et une volonté de ne pas forcément confier à un réalisateur ayant un style prédéfini (Lin qui a pourtant signé des courses-poursuites riches en élément dans les Fast and furious fait ici simplement le boulot). De même les apparitions de la chanteuse Lera Lynn dans le bar sont pleinement figuratives, un banal élément de décor qui aurait pu être sublimé avec un peu plus d'attention. Reste que les chansons s'oublient assez rapidement au contraire de The only thing worth fighting for (déjà présente dans la bande-annonce) qui est une magnifique badale à la guitare électrique.

Mais ce qui a fait tiquer la plupart des fans et c'est aussi pour cela que cette saison fut très critiquée ce fut l'écriture elle-même. Et
pour cause, les deux saisons n'ont absolument rien à voir ensemble même si l'on reste dans des personnages torturés de flics et pas forcément propres sur eux. Pour preuve, cette fois True Detective met en scène quatre personnages principaux. Colin Farrell joue Velcoro, lieutenant dont le viol de sa femme l'a fait tomber dans la corruption et l'alcool. Rachel McAdams est Bezzerides, lieutenant traumatisée par la mort de sa mère, dont le père est gourou d'une secte locale et prenant principalement cause dans les violences faites aux femmes. Taylor Kitsch est Woodrugh, flic de circulation accusé à tord de viol sur une starlette. Quant à Vince Vaughn, il incarne Frank Semyon homme véreux du coin semblant se racheter une conduite. Chacun sont liés que ce soit directement ou non (Velcoro est en lien avec Semyon depuis le viol de sa femme) et tous sont concernés par le meurtre d'un certain Caspere. Woodrugh est concerné car il a découvert le corps, Velcoro car c'est dans sa juridiction, Bezzerides car c'est peut être en rapport avec une de ses enquêtes en cours, Semyon car c'était un de ses financiers et dont la mort compromet ses plans.

Pas de tueur en série ici comme dans la première anthologie, mais du sexe, de la drogue et des magouilles politiques. Le cheminement n'est pas très difficile à comprendre, mais Pizzolatto met tellement d'intérêt dans des petits détails que certains paraissent improbables. (attention spoilers) A l'image de l'homme-oiseau attaquant Velcoro au fusil à pompe que l'on ne verra qu'une fois par la suite et devient dans le final un élément essentiel comme sa soeur! Idem pour ce gang de policiers prenant soudainement une place importante alors qu'ils ne sont présentés véritablement que dans les dernières minutes du septième épisode! Il y a évidemment une volonté de brouiller les pistes qui plus est sur huit épisodes. Mais à la différence, la saison 1 s'en sortait beaucoup mieux car une intrigue directe et claire qui allait à l'essentiel et ne cherchait pas à donner lieu à du coup de théâtre pour du coup de théâtre. (fin des spoilers) Le personnage de McAdams n'est pas le mieux mis en avant et les détails autour d'elle ne parviennent pas non plus à en faire un personnage phare (David Morse en papa gourou quelle rigolade!). Pourtant l'idée d'en faire une femme de poigne dans un monde d'hommes impitoyables est souvent bien amené. Mais les allers-retours familiaux n'aident pas forcément à faire apprécier le personnage. Le portrait des trois autres personnages est davantage intéressant.

Le premier parce qu'il permet à Farrell de revenir à un genre de rôle plus rude et totalement éloigné de l'image de Sonny Crockett dont le look ressemble beaucoup à celui qu'il a dans la série (moustache, barbe de trois jours, petit bide apparent, cheveux mi-long). On pourra néanmoins repprocher à l'acteur de singer quelque peu l'accent texan, quitte à faire du McConaughey tout craché (d'ailleurs heureusement on évite les phrases philosophiques qui étaient souvent pénibles à suivre dans la première saison). Taylor Kitsch a souvent choisi les mauvais projets (Battleship ce merveilleux film sur la bataille navale... Comment ça vous l'avez oublié?) ou alors les projets banqueroutes (le pauvre John Carter) depuis la fin de la série Friday Night Light et pour son grand retour à la télévision, il ne fait pas les choses à moitié et tant mieux. Personnage trouble, Woodrugh est peut être le personnage le plus intéressant avec Semyon. Ancien soldat, homme à la sexualité (on apprend assez rapidement qu'il a eu des relations avec des hommes, ce qu'il refoule le plus possible) et pris dans un scandale sexuel, Woodrugh est le véritable héros de cette saison. Le mec au bord du gouffre mais qui essaye toujours de se relever et ne faisant que son devoir. Contrairement à Velcoro, il n'a jamais failli à son devoir de policier. Le scandale est montré très rapidement.

On voit la scène sur la route où il l'arrête, mais la coupe est nette quant à l'issue qui est résumée par une phrase du shérif. On ne saura donc jamais ce qui s'est passé, mais le personnage nie tout en bloc donc on peut penser qu'il est innocent. Kitsch se trouve très juste, tout en retenu et trouve certainement son meilleur rôle depuis John Carter. Il était temps. Vince Vaughn n'en est pas à son premier rôle sérieux mais cela faisait depuis au moins son incarnation très oubliable de Norman Bates (soit 1998) qu'il n'avait pas eu un rôle de ce type (même dans Mr and Mrs Smith il ne se prenait pas au sérieux, à la rigueur Into the wild). L'acteur s'en sort même largement mieux que dans ses dernières comédies (dont certaines sont même tombées dans le dtv comme le confirme Unfinished business ou son remake de Starbuck jamais sorti chez nous pour ne pas faire d'ombre au remake français Fonzy), trouvant le bon ton de par sa stature qui en impose et des punchlines qui font souvent mouche: (à propos de son assistant) "Tu te prends pour Roger Moore?"; "Je suis chinois. -Alors fais-toi écraser par un tank!"; "Il a plus de retard que les règles de ma femme!". Sacré Vince, toujours le petit mot pour rire. Vince Vaughn peut aussi s'allier d'un atout charme indéniable en la personne de Kelly Reilly.

Jouant sa femme, le personnage est une femme d'affaire qui ne fait pas dans la dentelle et dit les choses franchement. Si Frank est toujours là c'est grâce à elle et il le sait bien. Le couple contre le monde entier. L'ensemble de la saison se révèle assez bien ficelé et se suit comme un bon copshow, malgré quelques broutilles scénaristiques et notamment quelques longueurs. La saison attend quand même la fusillade pour enfin démarrer à plein régime et notamment en ce qui concerne les coups de théâtre (celui intervenant dans le septième épisode est assez marquant). Le final tire peut être trop en longueur, notamment à cause d'une durée exorbitante et peu habituelle d'1h30. Au vue de certains passages trainant le rythme, il est dommage de mettre autant de temps pour cela et le fait qu'il y a au moins quatre personnages à suivre fait que tout est entrecoupé pour avoir le point de vue de tous. Il n'en reste pas moins que la conclusion est tout ce qu'il y a de plus correcte, offrant même de beaux moments dignes d'une chaîne comme HBO qui met les moyens à disposition de ses productions. (attention spoilers) Vince Vaughn se paye un merveilleux moment mystique où le désert devient le lieu de pénitence comme de mort. Farrell aussi dans un dernier élan héroïque au ralenti. (fin des spoilers)

Une seconde saison certes décevante mais pas sans qualité.

18 août 2015

Berlin à travers les yeux de jeunes paumés

Odyssée nocturne et dramatique d'une jeune espagnole nommée Victoria dans les rues de Berlin...

Victoria : Affiche

Bien que prolifique, le cinéma allemand parvient difficilement à se dévoiler par chez nous ou tout simplement à faire parler de lui. Il y a bien les biopics, certains films chocs (L'expérience mais c'était déjà il y a douze ans, La vie des autres il y a bientôt dix ans) ou certains films plus légers (ceux de Faith Akin même si certains ne sont pas joyeux du tout), mais le cinéma allemand parvient difficilement à se frayer un chemin digne dans nos contrées. Victoria de Sebastian Schipper s'est néanmoins fait beaucoup remarquer depuis son passage à la Berlinale. Et Darren Aronofsky de faire son petit compliment "Le film qui renversera le monde", phrase qui sera largement utilisée dans les médias ou la promotion afin de parler du film. Le buzz est lancé et Victoria de se faire une petite réputation auprès des spectateurs ayant pu le voir dans les salles. Mais pourquoi tant d'intérêt pour ce petit film allemand qui n'a pas coûté grand chose? En deux mots: plan-séquence. Ce plan continu qui peut durer plusieurs minutes est revenu à la mode depuis plusieurs années, au point de voir un film comme Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu en tourner plusieurs tout en les reliant par des mouvements de caméra ou effets de montage pour en faire un seul et même plan-séquence.

Victoria : Photo Laia Costa

Pour Victoria, ce n'est plus une série de plans-séquences qui sont mixés entre eux, mais un seul tourné en temps réel. C'est cela qui rend ce film si unique et en soi plus perfectionné que Birdman, puisque le réalisateur a tout tourné en un temps record, donnant lieu à une gigantesque chorégraphie de 2h20. Certains trouveront la durée excessive ou que la caméra reste très rapprochée (comme à l'épaule mais avec des mouvements pour le moins fluides) évitant une fulgurance de tous les instants, mais le travail du réalisateur (et chef-opérateur par la même occasion) est clairement de qualité et signe d'un grand professionalisme. En sachant que Schipper a tourné trois versions (donc trois prises). La première "tout le monde a joué la sécurité. Personne ne voulait faire d'erreur. Techniquement, ça fonctionnait, mais ce n'était pas un film. C'était juste... un objet" selon le réalisateur (*). La seconde "était trop fofolle. Et pour la troisième, tout s'est comme aligné" * De par son ambition visuelle, Victoria risque fort de rester en mémoire mais qu'en est-il du reste? Le récit de Victoria s'avère très simple et le réalisateur a beaucoup joué sur l'improvisation, même si les grandes lignes furent écrites. Le film malgré sa durée va vers une certaine simplicité, ce qui peut parfois lui jouer des tours notamment sur la fin où cela tire trop en longueur.

Victoria : Photo

De même certains passages sont rallongées en raison du temps réel. On peut le constater par le passage dans la boîte qui sort un peu trop du film avant de reprendre du poil de la bête. Le titre du film ne ment pas puisque l'on suit l'héroïne éponyme tout le long du film. Une jeune espagnole dans une boîte de nuit de Berlin et qui doit ouvrir un café. De ce point de vue, le film déroule et ses rencontres seront primordiales dans le bon déroulement du film. On fait alors connaissance de berlinois hauts en couleur et particulièrement fêtard. Victoria part donc initialement d'un trip à pied lors d'une nuit. Pourtant rapidement le réalisateur nous évoque des personnages assez faillibles: entre le repris de justice, les délurés et le gentil menteur, Victoria n'est pas vraiment aidée mais elle non plus le personnage angélique qu'elle renvoit. Seule dans une ville qu'elle connaît à peine, pianiste déçue, le personnage n'est pas si éloigné de ces paumés qu'elle rencontre et c'est en soi qu'elle se familiarise rapidement entre eux. (attention spoilers) Puis paf alors que l'on pensait le film balisé, que les jeunes adultes dialoguaient entre eux et qu'elle les quitte, coup de théâtre. Le réalisateur change totalement de style et renvoie ses personnages à leurs responsabilités aussi dramatiques soient-elles.

Victoria : Photo Laia Costa

Embarqués par le repris de justice dans un braquage, les jeunes vont vite découvrir que la fête est finie. On pouvait déjà entrevoir une certaine détresse chez ces jeunes, mais là il n'est plus question de rire. Comme s'ils avaient un flingue sous la tampe n'attendant qu'un doigt pressé pour oublier leur existence morne. Le jour est à peine levé que la photo se veut déjà beaucoup plus sombre, épousant l'état d'esprit de ses personnages. Toute la seconde partie se veut pessimiste et sans espoir, course contre la montre afin de se sauver d'une mort certaine. Le braquage nous est montré du point de vue de l'héroïne évitant la redite de la scène du garage, où les garçons se préparaient. Une bonne idée même si le point de vue de la voiture n'est pas forcément très intéressant. Le passage du parc se veut halletant, changeant radicalement de la fête de la boîte. Les cadavres pleuvent, la caméra bouge à la façon de la shakycam (cela reste encore lisible, même si ce n'est pas toujours agréable). Le final se veut tout aussi évident: Victoria repart au café, seule, du sang sur les mains. Ce qu'elle a vécu elle ne l'oubliera jamais. L'innocence est définitivement partie. C'est le constat sinistre de ce portrait d'une jeunesse en perdition et sans repère. (fin des spoilers) Les acteurs s'en sortent plutôt bien de par leur naturel palpable. La VF risque fort de ne pas jouer en faveur du film, la VO jouant justement sur la mixité des langues de l'allemand à l'anglais.

Un beau film sur une jeunesse perdue, doublé d'un grand tour de force technique.


 

* Propos recueillis dans Cinémateaser numéro 45 (juin 2015).

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17 août 2015

La vérité à travers des lunettes

Cette critique est en hommage à Roddy Piper qui nous a quitté le 31 juillet dernier.


 

John Nada débarque dans un bidonville de Los Angeles, avant de s'en échapper avec des lunettes à la suite d'une descente de police. Il découvre alors que le monde est régi par des extraterrestres...

Invasion Los Angeles : Affiche

John Carpenter est un des cinéastes les plus célébrés des cinéphiles et pourtant il fut un temps où Big John arrivait difficilement à monter ses projets. Parti de rien en sortant de l'école de cinéma, le réalisateur se fait rapidement courtisé par les studios avant de couler avec Big trouble in Little China (1986). Big John en a marre et décide de revenir à des films à plus petits budgets avec Universal comme distributeur. Le premier fut Prince des ténèbres (1987), le second They live plus connu chez nous sous le titre Invasion Los Angeles (à ne pas confondre avec Invasion USA le film avec Chuck Norris qui met des bites dans des tupperwares). Contre toute-attente, le film remporte un franc succès et s'impose très rapidement via la VHS (Big John fait partie de ses réalisateurs dont la diffusion de ses films sur VHS a grandement aidé à leur réputation) comme une véritable référence. Le film n'a pas de réelles vedettes, seulement trois têtes connues: le catcheur Roddy Piper, Keith David qui était déjà de l'aventure The Thing et Meg Foster méchante des Maîtres de l'univers et mère épleurée de La forêt d'émeraude. Le film est évidemment un bon véhicule pour Piper qui signe sa première apparition marquante au cinéma après des années de catch. Avec They Live, il trouvera plus qu'un véhicule, un film culte que les cinéphiles se rappelleront particulièrement.

Invasion Los Angeles : Photo

Il sera à jamais l'inoubliable John Nada (John un des prénoms les plus courants aux USA; Nada=rien; soit déjà une représentation bien particulière des USA selon Big John) au même titre que Michael Myers, Jack Burton ou Snake Plissken. Si le catcheur n'est pas toujours bon, au vue de son statut d'acteur inexistant, il n'en reste pas moins charismatique (tout du moins en VO, parce que la VF est vraiment horrible) et paraît banal à l'image de son personnage, se fond dans la masse. Il n'est qu'un citoyen américain comme tant d'autres et est présenté comme un vagabond au début du film. Sans logis, sans emploi fixe, un working class hero comme adore les chanter Bruce Springsteen. Coupe mulet (so 80's), chemise de bûcheron et jean, on ne peut faire plus commun aux USA. Face à lui, Keith David qui n'est pas tellement mieux loti: vivant dans un bidonville (qui sera rapidement viré, au point de rappeler des images sinistres de l'époque survenant en Afrique du Sud), travaillant en chantier... Big John met donc en scène principalement des laissés-pour-compte, travaillant un peu avant de partir vers d'autres horizons histoire de trouver mieux. Le rêve américain tant vanté par le président Reagan ne semble pas vraiment convaincre Big John et son message contestataire plus qu'évident compte bien mettre les choses au clair.

Invasion Los Angeles : Photo

La révélation des lunettes arrive assez tard, histoire de bien planter le décor social dans lequel vivent les héros. La révélation est aussi violente qu'elle ne paraît évident au vue de ce que montre le début du film. Les riches ou tout du moins les "costards-cravates" et les autorités sont des extraterrestres régissant notre monde. Comment? Par la télévision (les deux présentateurs phares du journal local nous sont présentés comme tels), par la politique et bien évidemment par la publicité. C'est là où Big John signe la plus grande scène du film et une des plus marquantes des 80's. John Nada met enfin les lunettes de soleil qu'il a trouvé dans l'église dans une rue de Los Angeles. Un monde en noir et blanc reflétant la véritable réalité des choses et où Nada peut identifier les aliens. La publicité pour les ordinateurs devient "obéissez", une autre pour des vacances aux Caraïbes avec une belle femme en bikini devient "marriez vous et reproduisez vous". Une enseigne de magasin devient "Pas d'indépendance, consommez" avant un énorme plan large où l'on peut voir notamment "restez endormi", "achetez", "dormez", "regardez la télévision", "travaillez huit heures, dormez huit heures, jouez huit heures"... Ces mêmes messages apparaissent sur les magazines d'un kiosques. C'est là où Piper est merveilleux: banal, la terreur que son personnage éprouve en voyant cela paraît vraie et ccela fonctionne à l'écran.

Invasion Los Angeles : Photo

Quand il voit le premier extraterrestre, il apparaît comme choqué. Les aliens sont montrés d'une manière simple: yeux énormes, pas de nez et la peau écorchée. Leur tic est simple aussi puisque pour signaler un intrus, ils optent pour un montre émettant un signal d'appel. L'argent est également à consonnance alien: "This is your god". Tout est là pour nous rappeler que la société nous pousse à consommer afin de nous asservir. Pour preuve également ces satellites qui asseinent des messages subliminaux comme "dormez". Avec cette séquence qui a certes un peu vieilli visuellement, Big John dévoile un monde sous-terrain où l'Homme se retrouve asservi par l'alien sans qu'ils ne s'en rendent compte. Si John Nada n'avait pas ses lunettes, il n'aurait jamais pu penser que cela serait possible à part dans une bande-dessinée. L'Homme est tellement asservi par les messages qu'on lui envoit qu'il ne prend plus la peine d'y faire attention. Ceci est tellement ancré dans le quotidien (la presse, la télévision, la publicité) que l'Homme n'y fait plus attention et continue son cycle. Dès lors que des gens finissent par se réveiller sur la véritable nature du monde qui les entoure. C'est aussi pour cela que le personnage de Keith David peine à croire John Nada: face à l'inconcevable, l'Homme se braque et peine à croire une réalité qui n'apparaît pas forcément devant ses yeux directement.

Y compris passer par un interminable combat entre Piper et David semblant sortir d'un gros nanar over the top, plus qu'un combat fun et jouissif. Le fait que Carpenter tire la séquence en longueur le confirme (deux ou trois minutes auraient été plus légitimes que cinq-six minutes). Le choix de lunettes de soleil n'est finalement pas anodin à la fois objet cool et de voyeurisme (l'Homme se cache derrière les lunettes afin de voir n'importe où sans être repérer). Une manière de dire aussi que sans ces lunettes l'Homme est aveugle. Meg Foster incarne néanmoins une parfaite anti-thèse: elle n'est pas alien mais elle fait partie entière de ce système au même titre que d'autres acceptant cette invasion progressive de notre société. Une méchante parfaite car indétectable. Le dernier quart d'heure sera l'occasion d'un beau dézingage en force, moment bourrin inestimable comme on ne pourrait probablement plus en faire aujourd'hui. Sans compter ce ton contestataire qui serait tellement anihilé par la production hollywoodienne désireuse de faire des spectacles qu'elle contrôle beaucoup trop (le désastre de Fantastic Four en est la preuve évidente récemment). Alors oui, They Live a un peu vieilli visuellement (ses effets-spéciaux notamment à la fin ne sont pas forcément au niveau) mais il n'en reste pas moins impressionnant dans son propos. Les dernières minutes apparaissent même comme un magnifique fuck aux USA (le plan final est à se rouler par terre). Indispensable.

Une oeuvre contestataire qui a peut être perdu visuellement avec les années, mais n'en a pas perdu son message violent et nécessaire.

14 août 2015

Cuvée difficile pas impossible

Tom Cruise a déjà eu droit à sa cuvée l'an dernier (pour revoir la séquence du canapé c'est dans la Cuvée totalement Cruise), alors choisissons un autre angle. Bien que l'on en a déjà parlé dans la Cuvée sérielle au cinéma épisode II, la saga Mission Impossible est très particulière et mérite bien une cuvée à elle toute seule. Plus que des adaptations de la série tv phare avec Peter Graves, Leonard Nimoy et Martin Landau, les films reflètent leurs réalisateurs, mais aussi Tom Cruise. Sans cette saga, l'ami Tom aurait eu bien du mal à retrouver une superbe au box-office et la saga lui sert ainsi de retour permanent en cas de coup dur. A l'heure où le nouveau volet sort sur les écrans, retour sur quatre films bien particuliers dans la Cave de Borat. Alors lisez vite car cette cuvée s'auto-détruira dans 5, 4, 3, 2, 1... (attention spoilers)

  • Mission Impossible (1996): Tom ne tient qu'à un fil

Mission : Impossible : Affiche

A l'origine, deux séries: la première crée par Bruce Geller et diffusée par CBS entre 1966 et 1973; la seconde Mission Impossible: 20 ans après diffusée par ABC entre 1988 et 1990. Au cours des 90's, Tom Cruise s'intéresse à une possible adaptation de la série et compte la produire avec sa toute naissante société de production qu'il partage avec Paula Wagner. Si Cruise compte d'abord confier le film à Sydney Pollack (avec qui il vient de tourner avec succès La firme), ce sera finalement Brian de Palma d'obtenir le Saint Graal suite au désistement du réalisateur pour tourner Sabrina. Ce qui s'apparente à une banale commande pour le réalisateur de L'impasse va vite devenir une oeuvre digne de son savoir-faire. Un détail qui reviendra à chaque épisode, les différents réalisateurs s'appropriant le sujet à leur manière. De Palma, dôté d'une liberté totale, imposera cette règle dès le premier opus. L'ouverture joue du faux-semblant montrant une Emmanuelle Béart à moitié morte face à des russes causant ensemble de cela. On ne voit pas réellement l'action, seulement sur le moniteur que surveille Emilio Estevez. On verra par la suite que tout ceci est un leurre: masque pour Cruise; Béart juste évanouie; le criminel neurtralisé et le décor formé de quatre murs facilement détachables!

"Vous ne m'avez jamais vu quand je m'énerve."

Le groupe fait partie de l'agence Mission Impossible et se voit offrir une mission en Europe. Alors que la Guerre Froide est terminée depuis la chute de l'URSS, De Palma joue sur une Europe toujours remplie d'espions de tout bord et surtout aucune scène ne se déroule aux USA, alors même que l'équipe est envoyée par le gouvernement américain. Ce premier opus montre l'Europe au centre de tout et les tensions soi-disant éteintes de reprendre de plus bel. On voit que la CIA est partout et ce malgré le passage à Langley (seul passage à se dérouler aux USA ou ailleurs que l'Europe). Mission Impossible a beau être sorti en 1996, on voit bien que dix-neuf ans après certains sujets (comme l'omniprésence de l'espionnage dans les pays européens par les américains) sont toujours d'actualité. Le générique reprend le principe de la série initiale: le film entier défile devant nous à une vitesse adéquate pour que l'oeil du spectateur voit tels indices sans passer par l'arrêt sur image, entrecoupé des inévitables cartons et de la mèche qui brûle. Contrairement au logo de l'affiche, le logo titre reprend le même que celui de la série télévisée, renvoyant directement à un épisode de la série qui serait largement rallongé.

Mission : Impossible : Photo

Preuve en est même si l'équipe est formée de personnages que l'on ne connaît pas, leur chef est bel et bien Jim Phelps (Jon Voight reprenant le rôle de Peter Graves qui n'a pas aimé le traitement du personnage). Cette même équipe qui se fera massacré un par un sauf Ethan Hunt (Tom Cruise) et Claire Phelps (Emmanuelle Béart). L'informaticien (Emilio Estevez) finira par être inoculé; Jim balancé du pont après s'être fait tiré dessus; Sarah Davies (Kristin Scott Thomas) poignardé; et Hannah Williams (Ingeborga Dapkunaité) explosée dans la voiture. Le début de Mission Impossible est très direct puisqu'en un quart d'heure, le spectateur va voir ce jeu de la mort avec ces personnages qu'il était censé s'attacher. Dès lors, le réalisateur va jouer des faux-semblants en signant un film d'espionnage pur mâtiné de thriller, le personnage d'Ethan Hunt cherchant avant tout à prouver son innocence auprès de ses supérieurs. Pour cela, Hunt est montré comme le coupable idéal, bien que nous l'avons vu à l'écran depuis le début du film. Sa mère vient de recevoir des virements d'argent et à ce moment de l'intrigue il est le seul survivant de la mission.

Mission : Impossible : Photo Brian De Palma, Emmanuelle Béart, Jean Reno, Tom Cruise, Ving Rhames

D'autant que ses supérieurs cherchaient à trouver la taupe qui officiait dans son équipe, en implantant une autre pour la même mission. Et Hunt est le seul qui s'en est initialement sorti. Le coupable idéal. De Palma n'a rien perdu de ses penchants hitcockiens et la révélation se fera de la même manière. Le couteau retrouvé avec Sarah finira par réapparaître par un modèle similaire avec Krieger (Jean Reno). De même que la réapparition soudaine de Claire paraît improbable vu qu'initialement elle devait être dans la voiture. Et ne parlons pas du retour improbable de Jim Phelps, entraînant la révélation de tout dans un montage passionnant où Ethan essaye de feindre ses émotions alors qu'il vient parfaitement de comprendre le cheminement de l'histoire, tout en étant face à son ennemi et ancien mentor. Le jeu des illusions se joue tout au long du film que ce soit par ce genre d'éléments de thriller, les masques (dont la meilleure utilisation reste encore celle dans le train) ou ce tour de magie effectué par Ethan pour tromper son adversaire. La seule personne en qui Ethan peut faire confiance en dehors de lui-même étant Luther Stickell (Ving Rhames). Le début d'une longue amitié entre ces deux personnages qui se montre ici par la confiance qu'ils ont entre eux.

Mission : Impossible : Photo Brian De Palma, Tom Cruise

Mais évidemment la plus célèbre scène du film et pas des moindres renvoie inévitablement à celui qu'on appelle le maître du suspense. La scène de la chambre forte de la CIA est une véritable réussite de suspense, quasiment sans musique, reposant uniquement sur un silence de mort fabuleux permettant une pleine concentration du spectateur. Comme Ethan Hunt, le spectateur a des sueurs froides et De Palma de jouer avec leurs nerfs en multipliant les coups de théâtre (le retour précipité, le rat, le couteau). A l'heure où James Bond ne faisait déjà plus trop dans l'infiltration (GoldenEye, sorti un an avant, était encore centré sur la Guerre Froide lui-aussi mais Bond était déjà plus bourrin), ce genre de scène s'avère savoureuse de par le frisson qu'elle dégage et sa minutie irréprochable. La séquence de l'eurostar est bien plus bourrine peut être la seule scène d'action avec l'explosion de l'aquarium (encore une grande scène de suspense, se jouant dans des contrechamp rapide et furieux à l'image des personnages). Une séquence qui a son lot de défauts notamment un bel anachronisme (comme le tunnel sous la Manche avec deux voies au lieu d'une) et une tendance à des effets-spéciaux qui déplaira quelques peu à De Palma. Cela n'en reste pas moins efficace comme final. Ethan Hunt réhabilité, il peut désormais reprendre ses missions...

  • Mission Impossible 2 (2000): Tom Cruise au ralenti

Mission: Impossible II : Affiche

Après le succès de Mission Impossible, Oliver Stone se met à travailler sur une suite, mais en restera au stade du traitement suite à l'engagement sur le long terme de Tom Cruise sur Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick (1999). Brian De Palma sera aussi approché par l'acteur mais déclinera. John Woo, ressortant du triomphe de Volte/face (1997), est alors choisi pour réaliser le film. Le réalisateur aurait commencé à tourner avec un scénario comportant surtout des scènes d'action qu'il a décrit au scénariste Robert Towne. Ian McKellen est pressenti pour jouer le supérieur d'Ethan Hunt. Ce sera finalement Anthony Hopkins et McKellen d'avoir réussi son coup puisqu'une semaine après il était engagé dans Le seigneur des anneaux de Peter Jackson (2001 à 2003) et X Men de Bryan Singer (2000)! Quant à la musique, Woo souhaite John Powell, ce qui sera refusé par Cruise et Paramount préférant Hans Zimmer. Des chansons sont également rajoutées comme la pas mauvaise révision du thème de Lalo Schifrin par Limp Bizkit (certains tiqueront sur la chanson, mais l'instrumentalisation reste intéressante) ou le titre lamentable de Metallica I disappear (mauvaise période du groupe aidant). Le montage est également révisé par la Paramount désirant un film qui ne dure pas plus de 2 heures.

Mission: Impossible II : Photo John Woo, Tom Cruise

Tom ne s'y prend pas à deux mains pour fouler la montagne...

Si le film est à nouveau un succès fracassant, il est nettement moins bien accueilli que le premier film. Et pour cause, Mission Impossible 2 est terriblement mauvais et montre un John Woo pris dans la grosse machine hollywoodienne qui tâche, où son talent est gâché sous l'autel du blockbuster bête et stupide. Contrairement à Volte/face qui bénéficiait d'un concept de base propice à la série B tout en restant un film d'action explosif et inventif; Mission Impossible 2 sombre très rapidement dans l'ennui et un ton fleur bleue qui lasse rapidement le spectateur. Ainsi le spectateur est face à un triangle amoureux où Ethan Hunt et Sean Ambrose (Dougray Scott qui a décliné le rôle de Wolverine pour jouer dans ce film, pas plus mal) se partagent le coeur de la belle Nyah (Thandie Newton). L'ancien et le nouvel amants qui s'affrontent dans un duel autour d'un virus nommé la Chimère. Après avoir tué divers docteurs (dont un que l'on reverra dans les mêmes plans tout le long du film, engendrant une répétition lassante), en vient à vouloir affronter Hunt dont il a plusieurs fois pris l'identité pour des missions. Car oui, le principe de Mission Impossible 2 n'est pas si éloigné de Face/Off. Le gentil et le méchant espion qui s'affrontent, le méchant masquant ses traits derrière le visage de l'autre pour séduire la belle qui lui échappe ou tuer avant un duel sur la plage.

Mission: Impossible II : Photo John Woo, Tom Cruise

Le meilleur essai de John Woo aux USA n'est jamais bien loin, le problème étant que le jeu de masques est bien moins intéressant ici et Woo en abuse beaucoup trop. Le visage de Cruise est partout, y compris à la fin via un kit de maquillages vraisemblablement à prise rapide (alors que l'on verra bien que c'est tout sauf facile dans les volets suivants) pour tromper l'ennemi en lui faisant tuer son bras droit (Richard Roxburgh). Bras droit dont la relation gay/sado-masochiste avec son patron signe un moment de subtilité hilarante, où le coupe-cigare s'avère bien saignant. Le méchant a beau se croire très méchant (il est jaloux donc il espionne son ex qui revient, il coupe le doigt de son bras droit car il lui manque de respect, il jure afin de provoquer l'adversaire) il n'en est pas moins ridicule dans ses actions et surtout n'est en rien menaçant. La scène de l'entrepôt en est la preuve. Il parle beaucoup mais c'est ses hommes de mains qui font le boulot. Il n'a rien de machiavélique au contraire du plan crapuleux de Jim Phelps dans le premier opus et encore moins d'un homme d'action. La baston finale entre Hunt et lui n'en est que plus ridicule, ressemblant à un vulgaire combat de chiffonniers. Le panar étant évidemment ce passage final au ralenti où Hunt tape dans le sable et fait sauter son pistolet bien parallèlement avant de lui donner le coup fatal.

 

Certainement le passage le plus drôle du film pour sûr, le plus ridicule aussi. Le méchant n'en est que plus mauvais que Dougray Scott l'est horriblement et aucunement charismatique. On dit souvent que meilleur est le méchant meilleur est le film, il n'en reste pas moins que c'est tout l'inverse ici. La réalisation de John Woo cite évidemment son auteur, mais on tombe très souvent dans une caricature qui fait assez mal pour le fan de The Killer et Hard Boiled. Les ralentis sont parfois classes à l'image de la fusillade dans l'entrepôt qui reste quand même relativement correcte au regard du reste du film et notamment la sortie de Tom Cruise. L'avant-poursuite est en revanche assez ridiciule, tout semblant trop chorégraphié. La poursuite en elle-même est réussie jusqu'au duel motorisé entre Cruise et Scott qui devient surtout un duel de qui aura la plus grosse. Ne parlons pas non plus du ralenti poussif autour de la danse de flamenco où Cruise regarde Thandie Newton et Newton regarde Cruise. Les colombes sont également là par le miracle du saint esprit à l'intérieur d'une base, donnant lieu encore une fois à un passage poussif. Tout est là encore une fois pour faire penser à John Woo mais il se caricature faisant ce qu'on lui demande. Il n'y a finalement plus grand chose de naturel venant de sa réalisation et cela ne s'arrangera pas avant son grand retour à Hong Kong avec Les trois royaumes (2008).

Ah les colombes...

On relèvera aussi quelques instants bien misogynes à l'image d'Anthony Hopkins disant que "Pour coucher avec un homme et lui mentir, c'est une femme, elle a tout l'entraînement nécessaire" ou Dougray Scott insultant Newton de "pute" tout en la comparant à un singe qui ne change pas de branche avant de l'avoir choisi. La classe américaine, pardon australienne (le film se situe dans le pays de George Miller). Le personnage de Thandie Newton présenté comme une voleuse, mais n'est finalement qu'un vulgaire love interest et encore moins d'une grande utilité. Le faire-valoir par excellence et pas dans ce qu'il y a de plus positif. Quant au Cruise show, il atteint des sommets dans le ridicule avec l'ouverture dans la montagne, rappelant le captain Kirk! Autre erreur du film, le travail d'équipe n'existe quasiment pas. Towne a essayé d'en faire une sorte de James Bond (007 contre le monde entier) sauf que Mission Impossible n'est pas 007 et tient du travail de groupe. Ce qu'avait compris De Palma en tuant l'équipe initiale pour mieux en créer une autre aussi dangereuse soit-elle. Comme le comprendront aussi JJ Abrams, Brad Bird et Christopher McQuarrie avec plus ou moins de succès. Là, Luther joue les informaticiens de service mais n'est pas égal à Ethan Hunt comme dans le premier volet et le sidekick incarné par John Poison ne sert pas à grand chose non plus.

Mission: Impossible II : Photo John Woo, Tom Cruise

Prenant la succession de Danny Elfman (qui avait parfaitement mis en musique le film de Brian De Palma), Hans Zimmer donne lieu à une ost d'une rare indigence, passant du flamenco au rock en revenant ensuite à du "boom boom" et autres. Totalement indigeste un peu à l'image du film.

  • Mission Impossible 3 (2006): Ethan Hunt tombé au combat

Mission: Impossible III : Affiche Tom Cruise

Peu après la sortie de Panic Room (2002), David Fincher est approché par la Paramount et Tom Cruise pour réaliser le troisième Mission Impossible. On parle alors d'une sortie en 2004 et d'une histoire mettant en scène un traffic d'organes. Mais le studio juge l'idée trop violente et Fincher de partir. Il dira par la même occasion en 2008 aux micros de MTV "Le problème avec les épisodes 3, c'est que ceux qui les financent sont des experts quant à ce qu'il faut faire et la façon d'y parvenir. Quand vous possédez une telle franchise, vous voulez vous débarasser des avis extérieurs (...) Mais vous ne m'entendrez jamais dire 'Faisons ce qui est le plus confortable pour vous" * Depuis Alien 3, Fincher n'est plus du genre à se laisser faire et surtout pas auprès des studios, exigeant par la même occasion un droit de contrôle sur la promotion (ce qui a par exemple largement aidé un film comme Gone Girl, dont la Fox songeait un temps à dévoiler des plans de la seconde partie). Il n'est donc pas étonnant que le réalisateur n'a pas voulu s'éterniser sur un projet où il n'aurait pas cette liberté. Joe Carnahan a pris sa place, fort de l'accueil de Narc (2002). Le réalisateur monte un projet où pourrait jouer Carrie-Anne Moss, Kenneth Branagh et Scarlett Johansson. Mais quinze mois plus tard, Carnahan se voit montrer la porte pour différents artistiques.

Mission: Impossible III : Photo Keri Russell, Tom Cruise

JJ Abrams est finalement choisi par Tom Cruise suite à la vision des premières saisons de sa série Alias. Le budget a beau être revu à la baisse et Cruise de baisser son cachet, il reste impressionnant pour un premier film (150 millions de $ environ). La promotion ne se passe pas bien (Cruise a fait un peu trop le show et particulièrement en évoquant la scientologie encore et encore) et le film ne marche pas autant que prévu se rentabilisant surtout à l'international. Si cela n'a pas ruiné la carrière d'Abrams (bien au contraire); celle de Cruise a eu un beau passage à vide jusqu'au Mission Impossible suivant. Mission Impossible 3 n'est pas exempt de défauts (nous sommes devant un premier film ne l'oublions pas, l'indulgence est quand même de mise), mais il relève pleinement la tête de la saga après un second volet de sinistre mémoire. Le début est direct: flashforward, Ethan Hunt attaché et confronté à un certain Owen Davian (le regretté Philip Seymour Hoffman) qui menace de tuer sa femme (Michelle Monaghan). L'issue sera dévoilée par la suite dans le film, mais la séquence est efficace de tension. Pas besoin de beaucoup pour susciter une attente qui va durer durant au moins 1h30 de film. Après un générique rapide, coup d'éclat! Ethan Hunt dans une pièce bourrée de monde, fiancé à une certaine Julia, lit sur les lèvres entre deux bières décapsulées.

Mission: Impossible III : Photo Tom Cruise

Le saut de l'ange.

Le personnage se serait-il rangé de la Force Mission Impossible? Est-ce une couverture? Ni l'un ni l'autre. Ethan aime Julia et il suffit d'un appel et hop c'est reparti pour aller chercher des glaçons. Après le film ukrainien et les lunettes, c'est l'appareil photo jetable qui sert de programme de la mission avant autodestruction. Abrams reste dans un aspect normal que certains ont pu voir dans Alias, Sydney Bristow comme Ethan Hunt ici ayant une double-vie, essayant de vivre une vie de couple tout en ayant un travail d'espion à travers le monde. Néanmoins, l'aspect amoureux arrive difficilement à passer, jouant beaucoup trop sur la guimauve même s'il permet des scènes efficaces à l'image de la course contre la montre en voiture halletante, du passage de l'hôpital (Hunt tombant nez à nez avec celui qui est en train d'enlever sa femme sans s'en rendre compte) ou de la course effreinée d'un Tom Cruise toujours plus en forme (et confirmant qu'un film sans Tom Cruise qui court est d'une rareté incroyable). Il manque un petit truc pour avoir une totale adhésion et les scènes où le couple est seul retombent souvent comme des soufflets dans tout l'aspect espionnage et bourrin. Abrams essaye aussi de revenir à ce qui faisait le sel de la série, à savoir le travail de groupe. Ethan Hunt a beau être un homme d'action il n'est pas James Bond et a souvent besoin d'aide.

Mission: Impossible III : Photo Jonathan Rhys-Meyers, Maggie Q

Après que Robert Towne a fait n'importe quoi avec le personnage (notamment en voulant en faire un héros bondien), Hunt se retrouve désormais accompagné du fidèle Luther, Zhen Lei (Maggie Q) et Declan Gormley (Jonathan Rhys Meyer). Si Luther ne change pas des masses (l'informaticien et aide efficace toujours là au bon moment), les deux autres laissent un bilan bien plus mitigé. La première sert surtout de capital beauté pouvant se défendre en temps voulu, l'autre de charme british sans réel charisme. Sans compter que les personnages sont tout de même très creux. Il n'en reste pas moins qu'Ethan Hunt est encore trop au centre de tout et faisant cavalier seul plus d'une fois. Le personnage de Benji apparaît peu mais est davantage sympathique que les deux-là, la sympathie que procure Simon Pegg étant forcément pour beaucoup (et pourtant l'acteur était surtout connu pour ses travaux avec Edgar Wright, sans réelle exposition à l'international). Idem pour le choix du méchant. Si Seymour Hoffman est parfait en méchant salaud au possible et s'il n'est pas physiquement impressionnant peut largement se faire entendre par son adversaire, Billy Crudup arrive un peu tard et un peu comme une sous-copie du Jim Phelps du film de Brian De Palma. L'agent qui veut prendre la place de son supérieur et opère dans l'ombre, alors qu'il se fait continuellement démasqué pour divers missions aléatoires (les missions que Hunt fait dans le film sont tout le temps remises en question par le boss incarné par Laurence Fishburne).

Il court, il court Tom Cruise, il ne sait pas où il va, il est passé par ici, il repassera par là...

On a bien du mal à croire que ce personnage fourbe n'est pu se faire repérer bien avant avec des plans aussi foireux. La patte de lapin laissera certains spectateurs sur le carreau, car n'a aucune visibilité (si ce n'est un objet que se trimballe Tom Cruise lors de son ascenssion à Shanghaï). On ne sait pas ce que c'est, ce que les méchants comptent en faire: le macguffin par excellence en quelques sortes. L'espionnage est réduit au passage au Vatican avec masque à l'appui, le film de JJ Abrams se voulant surtout très bourrin. Comme l'atteste l'extraction de l'agent Lindsay (Keri Russell, héroïne de la première série d'Abrams Felicity) qui résulte avant tout d'explosions et de fusillades et surtout le passage du pont qui évoque directement celui de True Lies avec Tom Cruise seul contre tous les terroristes. En parlant de terroristes, on voit que ce Mission Impossible s'assimile beaucoup à l'ambiance des séries de l'époque. La scène de l'interrogatoire dans l'avion rappelle directement les méthodes peu orthodoxes de Jack Bauer dans 24 et la musique de Michael Giacchino cite énormément la série Lost qu'il a également composé. Un mal pour un bien (le film reste terriblement divertissant), mais Mission Impossible devra changer de fusil pour continuer ses aventures.

  • Mission Impossible: Ghost Protocol (2011): Haute voltige

Mission : Impossible - Protocole fantôme : Affiche

On ne le dira jamais assez mais la saga Mission Impossible reste le fer de lance de Tom Cruise, le moyen de rebondir quand tout va mal. Le temps fut long entre les troisième et quatrième film de la franchise, pas aidé par la brouille entre Tom Cruise et la Paramount qui mit fin à leur contrat. Cruise relance United Artists avant de jeter l'éponge, mais sa rencontre avec Christopher McQuarrie sur le tournage de Valkyrie de Bryan Singer (2009) sera primoridal puisque le scénariste s'est occupé des derniers films de Cruise depuis (y compris les deux derniers Mission Impossible). Le buzz qu'engendre son apparition en Les Grosman, personnage que Cruise tenait dans Tropic Thunder de Ben Stiller (produit par Paramount via Dreamworks, 2008), au MTV Movie Awards 2010 sera payant. Si Knight and day de James Mangold fait un semi-échec (2010), Tom Cruise relance la machine Mission Impossible. Certains y voient la mission de la dernière chance mais c''est mal connaître Tom Cruise. Alors que beaucoup annonçaient un peu trop hâtivement que Jeremy Renner fut là pour reprendre la franchise, il n'en est finalement rien. La star sera Tom Cruise et le choix du réalisateur est original, puisqu'il s'agit de Brad Bird dont c'est le premier film live. Le tout toujours produit par la boîte de production de JJ Abrams Bad Robot.

Mission : Impossible - Protocole fantôme : Photo Tom Cruise

Après les montagnes, les immeubles...

Mission Impossible: Ghost Protocol relance à lui seul la carrière de Cruise en tête d'affiche pour le meilleur. Brad Bird attend quelques minutes avant de montrer Ethan Hunt. Josh Holloway (encore un rescapé des séries de JJ Abrams) se fait descendre (même sort que Keri Russell dans Mission Impossible 3) par Léa Seydoux (qui ne semble pas très à l'aise en femme fatale, qui plus est en tueuse). Simon Pegg reprend le rôle de Benji Dunn et libère des criminels dans une prison russe. Puis vient Tom Cruise de dos sur son lit, attendant patiemment son heure avant de taper quelques bonhommes sur Ain't that a kick in the head de Dean Martin. Ethan Hunt est de retour, on ne sait pas pourquoi il est là (on le saura par la suite) mais curieusement on s'en fout. On a plaisir à revoir Tom Cruise dans la peau d'Ethan Hunt, peut être à cause du temps qui a passé. Le générique revient à la série, puisqu'à sa manière (la mèche qui brûle est présente comme pour un tracet) elle montre toute l'intrigue du film. Une manière originale de préserver l'esprit de la série et en soi du premier film. Autre moyen de revenir à la série: revenir à un esprit d'équipe. Ethan Hunt ne peut pas toujours agir comme un bourrin et réussir au bout d'un moment (comme le montrait les deuxième et troisième volets). Benji prend la place de Luther, Jane Carter (Paula Patton) est un atout charme indéniable et William Brandt (Renner) est l'élément perturbateur arrivant pile poil au bon moment.

Mission : Impossible - Protocole fantôme : Photo Tom Cruise

Quand t'es dans le désert depuis trop longtemps...

Le film revient vraiment à une alchimie de groupe, chaque étape de la mission ne se faisant pas sans les autres. Ethan devra compter sur les autres lors de son impressionnante ascenssion le long du grand immeuble de Dubaï comme dans l'excellente scène des deux étages. Jane et Benji en bas, Hunt et Brandt en haut, l'opération d'en bas dépendant de celle du haut, donnant lieu à une certaine tension. Les erreurs des uns (comme ce sera le cas de Jane et Brandt) se répercutent sur le travail des autres. Idem pour le final où Hunt devra attendre sur ses camarades pour arrêter le missile. Un travail d'équipe qui n'avait jamais été aussi bien montrer depuis le début de la franchise cinématographique. Les héros devant également faire avec les moyens du bord, face à un manque de hiérarchie. Un masque qui ne se fait pas? Pas grave on y va à découvert quitte à ce que ça foire. Pareil pour arriver à ses fins (la beauté servira à avoir des renseignements comme le bagout amène aux bons amis extérieurs). L'espionnage reprend du galop et il était temps depuis le premier opus. Brad Bird signe un spectacle particulièrement fun et divertissant qui joue assez malignement avec ses personnages, les mettant dans des positions toujours plus folles. C'est le cas évidemment de l'escalade de l'immeuble. Sur le papier, on a là une banale reprise de la scène de la montagne signée John Woo.

Mission : Impossible - Protocole fantôme : Photo Paula Patton, Tom Cruise

Tenue correcte exigée.

Pourtant, Bird y rajoute une touche de suspense bienvenue puisque les atouts d'Ethan Hunt (des gants magnétiques) ne sont pas fiables. La scène n'en devient que plus intéressante encore car le danger est imminent. D'autant que l'on voit que peu d'effets-spéciaux ont été utilisé pour tourner la scène donnant lieu à un moment incroyable. Intéressante est également la scène dans la tempête puisque Hunt et comme le spectateur fixé à un écran (lui à celui de son téléphone à capteur gps, nous par l'écran par lequel on voit le film) pour voir où est l'ennemi. Quant au final dans le parking, il revient aux premiers amours de Bird: l'animation. Bird accumule les situations cocasses où le chat et la souris se taclent pour avoir le fromage entre deux voitures défoncées. Une scène terriblement jubilatoire où Tom Cruise et Michael Nyqvist y mettent toute leur hardiesse dans l'affaire. C'est aussi le premier film purement sérielle de la saga. Jusqu'à présent, les films se suivaient mais sans réelle continuité. Ici on apprend qu'Ethan a finalement quitté Julia (Michelle Monaghan qui fait un petit coucou) pour ne plus avoir à la protéger sans cesse (on nous apprend par la même occasion que des serbes ont attaqué Hunt, d'où son passage en prison pour acte désavoué).

Mission : Impossible - Protocole fantôme : Photo

Tom et Jerry dans un parking.

Par la même occasion, les dernières secondes nous évoquent le futur ennemi de Force Mission Impossible, sous le nom du Syndicat et traquant des agents de l'agence. On ne peut pas faire meilleure transition pour Christopher McQuarrie scénariste de ce quatrième opus et réalisateur de Rogue Nation. Allez à la semaine prochaine!


 

* Propos issus de http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18637222.html

13 août 2015

Le phénomène Gyllenhaal

Billy Hope est un boxeur venant de gagner le championnat avant de subir la mort brutale de sa femme. Afin de retrouver la garde de sa fille suite à ses excès, Hope devra se reconstruire...

La Rage au ventre : Affiche

Le sport est rarement montré sous un jour intéressant au cinéma, tout du moins il se focalise souvent sur les coulisses plutôt que sur le terrain même. Si le football, le basket ou le tennis sont populaires, ils ont rarement passé le cap du cinéma ou alors dans de mauvaises conditions. La boxe reste le sport le plus abordé du cinéma et il n'y a qu'à voir le nombre de films sortis depuis Rocky de John C Avildsen pour s'en rendre pleinement compte, biopics ou fictions. Southpaw (La rage au ventre par chez nous) rentre parfaitement dans les box. Produit par les machines à Oscars Weinstein; réalisé très rapidement par Antoine Fuqua (qui venait juste de sortir The Equalizer); scénarisé par Kurt Sutter showrunner de la série Sons of anarchy, Southpaw est un projet solide arrivant ni trop tôt, ni trop tard pour les Oscars. Malgré une promotion qui a dû bien coûté à Tonton Harvey, le film devrait se rembourser assez rapidement bien aidé par son acteur principal. Jake Gyllenhaal a encore une fois joué au yoyo, passant de la crevette squelettique de Nightcrawler de Dan Gilroy à une montagne de muscles ahurissante dans Southpaw. Comme souvent ces dernières années, on voit primordialement un film avec Jake Gyllenhaal pour voir sa nouvelle performance. L'acteur n'en est pas à son premier coup et ses collaborations avec David Fincher, Denis Villeneuve ou autrefois Richard Kelly en atteste.

Southpaw (photo)

Ici il joue les boxeurs. Ce qui veut dire entraînement intensif que l'on voit également à l'écran sous le son d'Eminem (qui devait initialement jouer le rôle principal) et un physique impressionnant. Reste à savoir si l'acteur s'en sort bien malgré l'investissement physique notable. Car c'est toujours beau un acteur qui s'investie physiquement mais encore faut-il le reste (cf Christian Bale qui a fait littéralement un bide avec American Hustle de David O'Russell). Jake Gyllenhaal se retrouve parfois dans le cliché de l'homme desespéré (le passage du flingue ou le crash de la voiture), pas toujours aidé par l'écriture de Sutter. Conformément à son habitude, les jurons pleuvent et pas toujours de manière subtile. Preuve en est ce passage où Gyllenhaal colérique s'en prend à son ancien collaborateur. Idem cette séquence inutile où il rend visite à une femme en pleine nuit. On ne sait trop pourquoi, si ce n'est jouer sur le cliché de la toxicomane de famille des bas quartiers. Ce n'est pas demain la veille que la chanteuse Rita Ora (déjà réduite à l'état de caméos dans Fast and furious 6 de Justin Lin et 50 nuances de Grey de Sam Taylor Johnson) va s'imposer au cinéma. La descente aux enfers du héros est même assez cliché jusqu'à ce qu'il aille dans la salle de Forest Whitaker et fait trop penser au misérable Rocky V d'Avildsen.

La Rage au ventre : Photo Jake Gyllenhaal, Rachel McAdams

Jugez plutôt: enfant qui ne s'entend plus avec son père, maison vendue, déménagement en banlieue, manager qui vous lâche au profit d'un jeune loup prétentieux (Curtis Jackson aka 50 Cent qui ne vaut décidément pas un kopeck au cinéma, ne réussissant jamais à convaincre). A cela rajoutez deuil, dépression et prétention. Le personnage principal devra renaître pour ce qui lui payait sa maison: la boxe. Si l'on est forcément en terrain connu, Southpaw s'en sort plutôt bien dans sa seconde partie. Kurt Sutter fait dans la simplicité mais le traitement est plus efficace. Plus qu'un film sur la boxe, c'est un drame familial qui se passe à l'écran. Le père en deuil cherchant à retrouver l'amour de sa fille qu'il a laissé de côté avant d'en perdre la garde. La boxe n'est plus un sport ou un catalyseur, mais un moyen de survie. Au détriment d'une marche pétaradante à la Rocky, Eminem sort un titre hargneux à l'image de son poulain à l'écran qui se débat dans un entraînement drastique à un match qui peut relancer sa carrière (et par conséquent sa vie). L'apprentissage d'une nouvelle méthode, plus tactique que sauvage, permet de montrer un homme dont la violence est partie, où il s'est pardonné à lui-même.

La Rage au ventre : Photo Jake Gyllenhaal

Une des raisons pour lesquelles sa femme est morte est qu'il s'est battu avec un autre boxeur. Si sa fille lui fut repris, c'est à cause de ses excès et son tempéramment suicidaire et nausif pour elle. Le voyage vers la rédemption sera rude mais nécessaire pour que le personnage évolue. C'est aussi là que le film d'Antoine Fuqua touche au but: c'est hors du ring que les coups se donnent le plus. Preuve en est cette série de séquences se trouvant au centre d'accueil où la petite refuse de voir son père. Des séquences émouvantes que magnifie Gyllenhaal par un jeu sobre et triste. Le nerf du film est évidemment là et en grande partie dans ces séquence. Moins subtile mais tout aussi poignante est la scène où Forest Whitaker frappe pour canaliser sa colère.
Gyllenhaal porte souvent le film à lui tout seul et une fois libéré des clichés du boxeur richard, il n'en devient que meilleur. Whitaker est parfait aussi en entraîneur des bas quartiers. Oona Laurence en impose face à Gyllenhaal quand Naomie Harris fait le job sans réel plus en assistante-sociale. La réalisation de Fuqua se veut simple, bien moins stylisée que pour The Equalizer et c'est plutôt dommage. Il en vient même à reprendre des techniques employées par Michael Mann sur Ali en filmant au plus près des boxeurs, sans jamais faire d'étincelle. Il n'en reste pas moins que certains plans sont assez puissants comme lors de la défaite de Billy Hope où les coups explosent le visage de Gyllenhaal.

La Rage au ventre : Photo Forest Whitaker, Jake Gyllenhaal

Une allusion évidente à Raging Bull et évidemment à Jake La Motta mais ici dans des conditions légèrement différentes. Kurt Sutters n'est pas toujours très subtil et notamment avec l'adversaire de Billy Hope qui est d'une rare vulgarité (ce qui n'aide évidemment pas Miguel Gomez à être charismatique pour deux sous) comme certains passages suscités. On citera également cette scène sur le lit où Rachel McAdams est en position lassive, histoire de la vulgarisé au possible. Par ce défaut d'écriture arrivant souvent, Southpaw souffre souvent avant de dévoiler ses dernières cartouches une bonne fois pour toutes. Southpaw aurait pu être meilleur sans ces gros sabots et breloques. Il n'en reste pas moins un film poignant qui ne manque souvent pas de punch. Le film fut endeuillé durant sa promotion par la mort du compositeur James Horner. Southpaw est une de ses dernières compositions avec The 33 (film sur les mineurs chiliens avec Antonio Banderas) et le remake des Sept Mercenaires que doit réaliser Antoine Fuqua. Le compositeur signe une ost douce, sortant du drame à Oscars en évitant le plus possible le pathos. Elle ne prend par exemple jamais de place sur le son général et magnifie même ce plan-séquence où la montagne de muscles s'effondre littéralement sous la douche sous le poids du deuil. Une composition parfaite pour ce genre de film.

Dommage que Southpaw possède des défauts aussi notables, car il s'agit d'un bon drame familial avec un trio d'acteurs impeccables.

12 août 2015

Apocalypse Johnson

La faille de San Andreas s'ouvre, condamnant la Californie. Une course contre la montre se joue pour un pompier-secouriste cherchant à retrouver sa fille...

San Andreas : Affiche

On ne le dira jamais assez: The Rock de son vrai nom Dwayne Johnson est certainement le catcheur qui s'est le plus imposé au cinéma. On aurait pu citer le regretté Roddy Pipper qui malgré des débuts fracassants (l'incontournable They Live signé Big John mais aussi le célèbre Hell comes to Frogtown) n'a pas vraiment suivi et Batista qui se retrouve dans une nouvelle franchise Marvel et sera du prochain James Bond, Spectre. L'air de rien au fil des années, l'ami Dwayne s'est fait une petite réputation, notamment au box-office, et particulièrement dans des franchises (Voyage au centre de la Terre, GI Joe, Fast and Furious et bientôt malheureusement dans le reboot des aventures de Jack Burton) au point d'en jouer au Saturday Night Live (voir Cuvée SNL #2). Le voilà désormais dans le film-catastrophe San Andreas qui n'a évidemment rien à voir avec le jeu culte de Rockstar. Si ce n'est que les deux oeuvres se situent en Californie. Voilà! Certains spectateurs verront là un film catastrophe de plus, d'autres même un bon film; mais votre cher Borat y a vu surtout un gros nanar donnant lieu à une inimitable rigolade (toujours mieux de payer quatre euros pour San Andreas que pour Ter... Mi... Na... enfin le cinquième volet d'une saga très connue). Devant la subtilité et la générosité du film présent, on ne peut que se taper sur la panse et se tordre dans son fauteuil qui heureusement est bien solide.

San Andreas : Photo Archie Panjabi, Paul Giamatti

(attention spoilers de la mort) Dès l'introduction, on en a pour notre argent: une fille aux cheveux blonds qui ne fait que des conneries (téléphone au volant, ne regarde pas la route, fait tomber quelque chose...), écoutant Style (Borat expert en Taylor Swift -NDB) et dont l'accident survient finalement d'un tremblement de terre! La pauvre n'est même pas victime de sa bêtise mais de Dame Nature. Après, on navigue de nouveau dans le cliché de base: la fille qui crie, le jeune secouriste qui fait une bourde car pas encore au niveau et évidemment le personnage de The Rock. A lui tout seul, The Rock réserve un bon lot de fous-rires et notamment à cause du rôle en lui-même. En moins de dix minutes, tout est dit du personnage: un ancien soldat devenu pompier-secouriste (merci l'interview!) qui est en instance de divorce, son ex-femme (Carla Gugino qui nous offre de merveilleux sauts en talons sans se casser la gueule, Bryce Dallas Howard ne peut pas test à côté) compte emménager avec un riche architecte (Ioan Gruffudd comme toujours tout sauf charismatique et ce depuis ses débuts dans Titanic de Big Jim) et ce dernier grille son dernier moment avec sa fille (Alexandra Daddario) avant son entrée à la fac. On dirait presque une version sérieuse de Jack Slater (divorce, grande fille, dur à cuire, sauve des gens) !

San Andreas : Photo Carla Gugino, Dwayne Johnson

Ce genre de héros over the top avec lequel on s'amuse bien (et c'est un compliment attention). Son ex est évidemment magnifique (Carla Gugino n'oublions pas) et on voit bien que les papiers du divorce vont rapidement être noyés dans l'Océan Pacifique (Gilbert couché!). Comme le fait que l'amant est un beau salaud arrivant comme Mr Fantastic dans le film de 2005 (tiens donc!) et finissant évidemment comme un salaud (plan logique jubilatoire). Si possible avec une petite réplique cinglante sur un répondeur: "Tu as laissé MA FILLE! Si tu n'es pas déjà mort, JE TE TUE!" Manque plus que The Rock rajoute quelque chose comme "ça c'est envoyé!" (ben voilà). Attendez une seconde, on ne serait pas en train d'évoquer 2012? Evidemment, impossible de ne pas penser au chef d'oeuvre naveteux de Roland Emmerich en voyant San Andreas. Un père divorcé qui essaye de sauver la mère de ses enfants alors que la Californie s'effondre et avec aussi une scène où le héros manque de se payer des immeubles alors qu'il pilote un avion. A cela, vous pouvez aussi rajouter que The Rock a droit à la séquence pathos du film, où il se confie à son ex sur leur fille décédée. Ce qui revient encore à Jack Slater avec son fils décédée dans un drame! L'allusion est tellement involontaire qu'elle n'en devient que plus jubilatoire! La séquence kleenex qui pour un nanar passe crème entre deux côtes cassées.

San Andreas : Photo Art Parkinson

Art Parkinson futur Dr Mamour Jr dans la vingtième saison de Grey's anatomy.

Petite anecdote amusante: The Rock est doublé ici par Guillaume Orsat ancien voix de Vin Diesel et le personnage d'Ioan Gruffudd s'appelle Riddick. Les joies de la VF que voulez vous?! Mais évidemment le film tourne aussi autour de sa fille sauvée par un love interest évident et son frère sosie juvénile de Patrick Dempsey (mais époque 80's avec les bouclettes qui vont avec). Alexandra Daddario dont le physique est bien mis en valeur durant tout le film, à l'image de ces plans sous-marins où le décolleté semble ravir le chef-opérateur. "Rien que pour vos yeux" disait Carole Bouquet à Roger Moore; elle ne croyait pas si bien dire... Heureusement dans ce monde over the top, de salauds, de guerre civile (évidemment on aura droit au mec embarquant dix télévisions, aux voleurs et aux francs-tireurs se croyant encore au Far West) et de belles filles, San Andreas a au moins le mérite de donner présence d'un personnage de scientifique qui ne soit ni illuminé, ni ravagé de la cafetière. Paul Giamatti a le rôle le plus intelligent du film, prévenant tout le monde de la catastrophe à venir avec la plus grande objectivité possible en tant de crise. Son discours est alarmant car il a les preuves de ce qu'il dit. Ce qui est déjà mieux que 2012 avec Chiwetel Ejiofor draguant la fille du président ou Woody Harrelson jouant les paranos typiques des USA depuis la mort de JFK. N'oublions pas non plus le personnage asiatique qui se sacrifie pour la bonne cause comme souvent dans le film-catastrophe (cf Armageddon) et même Kylie Minogue que l'on doit voir moins de trois minutes à l'écran avant le grand plongeon. 

San Andreas : Photo Alexandra Daddario, Art Parkinson, Hugo Johnstone-Burt

Outre 2012, le film cite aussi En pleine tempête avec son énorme vague que doit surmonter The Rock en bateau. Toujours plus gros, toujours plus grand. On a connu le scénariste Carlton Cuse un peu plus subtil sur certaines de ses séries (on évitera de parler de Lost dans ces colonnes). (fin des spoilers) Il n'en reste pas moins que dans sa bêtise, le film en est fun. Toute la différence de 2012 qui avait un menace quelque peu nauséabond (les riches sauvés, les pauvres peuvent crêver et s'il y en a qui survivent... bah tant mieux pour eux!). Beaucoup de spectateurs confondent souvent navet et nanar. Le navet est un mauvais film, que l'on déteste et qui ne passe pas du tout chez le spectateur. A la différence, le nanar a beau être un film mauvais il n'en reste pas moins sympathique et drôle à regarder. C'est le cas de San Andreas. En soi le film n'est pas sans rappeler Twister de Jan de Bont: film catastrophe assez stupide mais qui a le mérite de vous faire tenir par des éléments toujours plus gros. Ce qui arrive souvent avec le genre catastrophe mais il est plus amusant de le voir ainsi. Quant aux acteurs, soit ils sont bourrins soit mignons/gnonnes; le seul qui sort du lot étant Giamatti.

Un gros nanar qui se respecte dans un genre aussi cliché que le film catastrophe. De quoi passer un bon moment régressif entre deux cataclysmes.

11 août 2015

More than a feeling

Riley déménage, ce qui impacte ses émotions pour une aventure au sein même de l'imagination de la jeune fille...

Vice Versa : Affiche

Après trois films qui ont fait coulé beaucoup d'encre; Pixar s'est donné un an. Pas forcément de repos, mais un moyen de faire le point. The good dinosaur aurait dû sortir à l'été 2014, le film ayant changé de réalisateur (Bob Paterson laisse sa place à Peter Sohn), d'orientation (vraisemblablement une intrigue avec des dinosaures amish aurait été écarté) et même dans ses dialogue (John Lithgow a dit avoir tout redoubler), il sortira finalement en novembre prochain. Tout cela pour laisser la place au projet initial de 2015 Inside out du pionnier Pete Docter (Monstres et cie, Up). Un projet aussi casse-gueule qu'ambitieux: montrer le centre des émotions d'une enfant de onze ans (le sexe est certes choisie mais comme pour Le Petit Prince, cet aspect n'est pas très important en dehors d'un détail). Pour cela, Docter opte pour un QG des émotions mettant en scène cinq particulières: la Joie, la Tristesse, la Colère, le Goût et la Peur. Le tout régissant la vie de la petite Riley avec une table de commandes, un écran et des souvenirs qui passent avant de s'insérer dans la mémoire centrale qui contient différents pôles (la famille, le hockey...). Le mécanisme peut paraître compliqué sur le papier, mais à l'écran tout est parfaitement clair pour les adultes comme les enfants, tout étant plus ou moins présenté dans la séquence pré-générique de début.

Vice Versa : Photo

On nous fait rapidement les présentation, montrant Riley au fil des années jusqu'à ses onze ans, comme Docter l'avait déjà fait avec Up avec la vie d'un couple. Puis rupture totale avec un panneau "à vendre". Le déménagement est montré dans le générique de début comme pour une transition avec les images d'Epinal montrant le trajet jusqu'à San Francisco. C'est là où l'on se dit dans un premier temps que Pixar a atteint un niveau d'animation fulgurant au fil de vingt ans de production de long-métrages. Mangeant sans cesse un peu plus ses concurrents (Dreamworks étant hors jeu les trois quarts du temps et Disney commençant seulement à retrouver du poil de la bête), Pixar impressionne par des scène d'un photoréalisme sidérant au terme de 29 ans d'expérimentation. Les décors sont splendides de vérité, mais surtout les animateurs réussissent à combiner avec un souci du détail ahurissant le photoréalisme (la scène du bus semble tournée tel quel avec des acteurs) et un délire cartoonesque de qualité. Si les personnages ont des formes particulières (Colère est petit et a un bel embonpoint, Peur grand et longiligne...), Joie a une texture qui la différencie des autres comme auréollée d'une aura. Elle est la voix angélique de Riley, il est presque logique de la voir avec un halo lumineux autour d'elle.

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Le doublage originale se révèle très rapidement supérieur au doublage français (votre cher Borat l'a vu en avant-première en français, puis deux fois en VO). La VF est sympathique mais pas forcément intéressante. Les seuls qui sortent du lot sont Marilou Berry et Pierre Nimey; Charlotte Le Bon essayant vainement de cacher son accent québécois qui revient sans cesse au galop et Gilles Lellouche est meilleur acteur que doubleur. La VO est en revanche irréprochable et surtout les personnages semblent avoir été écrits pour les doubleurs. A l'image du duo Tom Hanks-Tim Allen sur les Toy Story. La plus flagrante raison étant Amy Poehler. Joie ressemble comme deux gouttes d'eau à Leslie Knope son personnage dans la sitcom Parks and recreation. Les mêmes convictions pour son travail, le même entrain, la même attitude quand elle est contrariée. Amy Poehler déborde d'énergie positive à l'image du personnage qu'elle a façonné durant sept années. Une vraie personnification que l'on ne retrouve pas dans la VF avec Charlotte Le Bon. Même régime pour les autres doubleurs: Bill Hader, Mindy Kaling, Lewis Black et Phyllis Smith ont de l'énergie à revendre et fonctionnent parfaitement avec leurs rôles. Votre interlocuteur n'a rien de méchant envers la VF (d'autant qu'il voit les films d'animation majoritairement ainsi), mais là il faut bien avouer que la VO est meilleure et le choix des acteurs n'est peut être pas anodin à cela.

Vice Versa : Photo

Docter nous montre alors le monde des émotions, mais aussi celui des rêves et des souvenirs, certains renvoyant directement à un côté précieux. Les essentiels servent de leitmotiv à la petite Riley, les souvenirs servant aux différents pôles et à les classer. Certains sont enfouis à l'image de connaissances (hop le piano viré!) ou d'éléments comme Big Bang, cet ami imaginaire crée par Riley, mélange de barbapapa, éléphant, chat et dauphin! Un adorable personnage à la chanson restant en tête à l'image de l'impayable publicité pour les dentifrices (en fait, quand nous nous souvenons de publicités aux slogans forts ou en chanson, ce sont les archivistes de la mémoire centrale qui nous l'envoient!). (attention spoilers) Le monde du rêve est également une idée formidable, représenté comme un studio hollywoodien et où le rêve est un film avec pour scénario ce qu'il s'est passé... en plus grotesque! Ce passage n'en est que plus jubilatoire que cet événement nous a déjà été dévoilé plus tôt et le rêve en devient un monde de clichés dont Hollywood n'aurait pas rechigné dans sa prévisibilité. Peur annonce la couleur avec la petite nue devant ses camarades bien avant les faits et pareil pour la maison cauchemardesque avec même un rat ressemblant copieusement à Rémy le héros de Ratatouille.

Vice Versa : Photo

Le monde du cauchemar est montré comme sous-scellé avec d'inévitables clichés, certains renvoyant à une imagerie très proche du cirque. Le passage abstrait est également une franche réussite renvoyant à notre imaginaire premier. Les personnages se déforment dans un maestrom qui n'aurait pas déplu aux dadaïstes. Docter va également très loin dans sa réflexion puisque montre que nous sommes régis par nos émotions et que ces dernières interragissent et nous influencent. Mais là où nos émotions pensent dans un premier temps que leurs fonctions (la joie, la colère...) est unique, Docter dévoile que nos émotions peuvent avoir des souvenirs divisées. C'est ce qu'apprend Joie: la tristesse amène à la joie comme la peur peut amener à la colère. Mieux encore, par leur fonction unique et leur table de commande, les émotions ont encore une vision innocente d'une enfant. Le final amène à une réflexion évidente: Riley va changer, connaître la puberté mais aussi les gros-mots (ou comment ravir Colère) et les petits-amis (encore un cliché dévoilé dans le film: le beau-gosse idéalisé, à la mèche rebelle et sweet-shirt, semblant sortir de Twilight et canadien, vraisemblablement fantasme des jeunes américaines!). Inside Out apparaît pile poil à l'intersection entre l'enfance et l'adolescence, un moment de doute, de changements et de complexité que ne comprennent pas toujours les adultes.

Vice Versa : Photo

Plutôt que de faire un film mignon, Docter montre une enfant en pleine dépression prête à la fugue amenant à un final émouvant. Une bonne chose également de partager d'autres points de vue que celui de Riley. Si la séquence du dîner donne lieu à une belle rigolade (où quand Kyle MacLachlan pense gérer une situation entre deux matchs de hockey ou football et où Diane Lane rêve d'un beau brésilien!); le générique aussi son lot de surprises jubilatoires prenant le point de vue de divers personnages vus au cours du film. Entre la professeur qui rêve aussi du même brésilien (on appelle ça un tomboy et c'est pas tous les jours que vous verrez cela dans un film d'animation!), l'adolescente soi-disant branchée, le chat, le chien ou le jeune garçon qui est clairement en alerte (ah les joies de l'adolescence!) réservent de bons fous-rires. (fin des spoilers) La musique de Michael Giacchino s'avère moins majesteuses que ses dernières compositions (Jupiter ascending, Jurassic World et Tomorrowland), mais n'en est pas moins grandiose et originale. Jouant sur les tons, la musique se veut apaisante et simple, renvoyant à une émotion palpable. Encore une grande composition de Giacchino dans un film Pixar.

Pixar s'offre un retour fracassant, explorant les méandres de notre esprit avec une jutesse incroyable.

10 août 2015

Love is all you need

Murphy se rappelle l'amour qu'il a éprouvé pour Electra, aujourd'hui portée disparue...

Love : Affiche

S'il y a bien quelque chose de dramatique avec le cinéma de Gaspar Noé est que ses films sont catalogués avant même leur sortie. Enter the void subissait déjà la réputation furieuse d'Irréversible, qui plus est à Cannes une nouvelle fois. Annoncé comme un gros film trash par la presse, il n'en fut rien le film étant un trip sur la renaissance et sur l'amour que porte un frère à sa soeur alors même qu'il vient de mourir. Rien de trash si ce n'est une pénétration en cgi et quelques scènes de sexe qui n'avaient rien du passage au club gay SM ou du viol de Monica Bellucci... Quand il annonce à Mad Movies en avril 2010 (lors de la promotion d'Enter the void donc) qu'il veut tourner un porno en 3D, on ressort les polémistes. C'est comme ça, Gaspar Noé est une grande gueule ne s'en est jamais caché et le montre à longueur d'interview. En sachant qu'initialement l'idée vient de 2001, Noé ayant proposé cela à Bellucci et Vincent Cassel mais ces derniers n'étaient pas d'accord, ce qui a amené à la réalisation d'Irréversible. Cinq ans plus tard, nous voilà face à l'objet et autant dire qu'encore une fois il n'y a rien de trash si ce n'est voir des gens baiser. Certes frontalement mais le cinéma n'en est pas à la première fois et ce n'est pas le XXIème siècle qui va changer cela. On ne peut même pas le comparer à un film comme Nymphomaniac de Lars von Trier, ce dernier étant un film violent et cru (son interdiction aux moins de 18 ans n'est clairement pas usurpé pour le coup) et amenant à une réflexion.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman, Klara Kristin

Love est au contraire un vrai film d'amour mais avec des scènes de sexe. Le réalisateur ne s'en cache pas c'est comme cela qu'il l'a annoncé et vendu. C'est donc avant tout pour les scènes de sexe (aussi nombreuses et variées soient-elles) que le film a écopé de cette interdiction aux moins de 16 ans. Stop. Attendez une seconde. Entre la rédaction de cette critique durant les vacances personnelles de votre cher Borat (même s'il fait mine de ne pas le montrer en vous faisant coucou) et la publication de cette critique que vous êtes en train de lire; il y a eu un hic. Love est passé au -18 via le tribunal de Paris. Pourquoi? Parce que l'association Promouvoir défendant "la dignité de la personne humaine et de protéger les mineurs, à travers la promotion des valeurs judéo-chrétiennes" * (soit des termes qui subjuguent au XXIème siècle mais passons) a posé un recours vis à vis du visa du film. Un recours du ministère de la culture pourrait avoir lieu dans les prochains jours, mais cette tentative interroge. Ce n'est pas la première fois que cela arrive, le dernier cas revenant à juin dernier lorsque l'association a fait contester avec succès le visa de Saw 3D qui n'a plus eu d'exploitation en salles françaises depuis janvier 2011 et impactant directement sur sa diffusion télévisée qui sera très restrictive. Idem pour Nymphomaniac.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman

Ce genre de nouvelles ne sont pas à prendre à la légère car montrent des cas de censure majeurs. A l'heure où l'on prône sans cesse la liberté artistique, ne pas la montrer au plus grand nombre avec une censure aussi sévère n'en est que plus révoltant. Il est d'autant plus ahurissant que cette association semblant sortir des années 1950 (dommage crée en 1996) puisse avoir un poids aussi flagrant sur l'Etat et les visas des films. On attend donc Promouvoir sur The Hateful Eight le prochain film de Quentin Tarantino trop violent pour nos chères têtes blondes ou Spotlight car il ne faut pas montrer la pédophilie chez les prêtres. On peut jouer longtemps à ce jeu là. Mais revenons enfin au film lui-même. Love ne ment pas dans son titre même s'il commence brutalement par une séquence de... masturbation aussi bien masculine que féminine. Direct, efficace et comme souvent chez Noé, la séquence dure assez longtemps. Un peu de subtilité n'aurait pas été en reste, mais au moins le spectateur sait qu'il n'est pas venu voir les Bisounours. D'autant que le réalisateur met ses scènes de sexe en musique si possible de manière éclectique: musique classique, Pink Floyd, électro, The Sword... Le réalisateur change de genres musicaux régulièrement, permettant une certaine diversité musicale durant ces moments intimes auxquels assiste le spectateur.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman

Il est déjà plus agréable de voir des actes sexuels en musique que de subir les scènes brut. Le spectateur ne subit pas les scènes, il les vit. De plus, le réalisateur filme superbement les corps et donne lieu à de belles séquences. Celle du plan à trois est superbe et bien que longue n'en devient pas chiante pour autant. Plus que du sexe, c'est de l'amour qui émerge de cette scène et des trois quarts du film. Le récit se veut simple et assez clair: un jeune homme nommé Murphy (une allusion à la loi de Murphy est inévitablement citée) a un coup de téléphone disant qu'une ancienne amante, Electra, n'a pas donné de nouvelles depuis plusieurs semaines à sa mère (que l'on ne verra jamais). Une époque révolue pour ce jeune père de famille, mais aussi bénie, éloignée d'un quotidien morne avec une femme qu'il n'aime pas. Omi qui s'apparente pourtant à un moyen de rester les pieds sur terre pour Murphy, le remet face à ses jugements dans une réalité bel et bien réelle, loin du souvenir d'Electra cette fille qu'il a aimé et qui n'est probablement plus là. La réalité paraît cruelle au contraire du souvenir qui oscille entre la joie et le drame. La manière de raconter n'est pas si différente de celle d'Irréversible: même si Noé revient toujours au présent pour des appartés comme des coups de téléphone, un joint ou un bain, le traitement tient de scénettes du passé qui vont de A à B avant de revenir sans cesse plus loin dans le passé. La fin; la relation et le début.

Love : Photo Aomi Muyock, Karl Glusman

Comme Irréversible, le récit est construit à l'envers pour mieux dévoiler l'amour entre deux personnes, cet amour qui passe donc par trois personnes. Chacun des personnages est à Paris pour divers choix: Murphy a suivi sa copine qui a fini par sortir avec un gourou; elles par la famille. Les premiers sont majeurs, Omi non. Omi apparaît à la fois comme la mort du couple et l'aboutissement d'un amour. Elle a brisé le couple de Murphy et Electra mais lui a donné un enfant. Murphy passe pour un salaud doublé d'un imbécile, dont l'appât du physique a fini par briser son couple. C'est là où Noé bouscule les choses et montre que la vie et particulièrement sentimentale n'est pas si simple et que tout n'est pas blanc ni noir. Il n'y a pas de gentil ou de méchant dans Love, ce sont juste trois personnes qui se sont égarés au même moment et où une seule semble avoir émergé. Murphy est enfermé dans une bulle où seul son fils lui permet de rester éveillé, Electra s'est évaporée dans la nature sans rien dire à personne. (attention légers spoilers) On ne saura pas le sort d'Electra, Noé laissant planer un certain mystère à ce propos. Murphy aura beau appelé différentes personnes, personne ne sait où elle est. Mais ses allusions au suicide évoqué lors de la scène du bain paraît assez évidente dans ce cas précis. Elle aura connu l'amour ultime et partira ainsi. (fin des spoilers)

La seconde partie nous dévoile un couple bien moins beau et idylique qu'il ne semble l'être. Lui est passionné, elle se perd trop souvent dans les bras d'un ex qui n'a pas de réel respect pour elle (il parrade avec sa femme à une exposition tout en restant collé à Elecctra comme si de rien n'était). C'est d'ailleurs Noé lui-même qui joue le rôle avec un bel air d'homme distingué. On ne peut pas vraiment parler de jalousie étant donné que Murphy défend sa compagne face à un être menteur et perfide. La seule aventure qu'il a eu fut avec une fille dans les toilettes. Cela ne dépassera pas le sexe. Et tout cela est contrebalancé par le fait qu'Electra est revenue voir son ex. Les deux sont fautifs dans les deux cas et n'ont pas de réelles excuses: ce fut uniquement sexuel et sans lendemain. Noé montre bien que l'amour passe par le sexe mais que l'inverse n'est pas vraiment le cas. Pareil pour le passage du clan échangiste beaucoup moins glauque que celui d'Eyes wide shut de Stanley Kubrick ou moins cru que le bar gay SM d'Irréversible. Le sexe est dérisoire puisque l'amour que se voue le couple est plus fort ensemble qu'avec quelqu'un d'autre. La dernière partie se veut plus violente car confronte la triste réalité à Murphy: la mort du couple et la naissance d'un autre à l'origine du second.

Si l'analyse que fait Noé est très intéressante, il n'en reste pas moins qu'il y a des défauts notables. Le film est souvent trop long et tire en longueur vers la fin. Par exemple, les scènes de coucheries concluant la deuxième partie s'accumulent au point de devenir gratuites. Par gratuit, on peut plutôt parler d'une surabondance de scènes pour finalement pas grand chose. Comme pour faire une explosion de sexe alors que Noé filmait des scènes longues mais armonieuses jusqu'à présent. On s'amusera également beaucoup des autocitations grossières de Noé (en plus de son caméo). Prénom que voudrait donner Electra à son enfant: Noé. Prénom que donne Omi à son enfant: Gaspar. Rire un bon coup! La 3D donne lieu à de beaux effets de profondeur mais peine à convaincre aussi sur la longueur. Il n'en reste pas moins deux scènes méritant le détour. La première est évidente car beaucoup cité depuis le passage cannois, à savoir l'éjaculation en 3D. Un plan au combien gadget et gratuit mais qui vaudra tous les rires des spectateurs. La seconde est plus artistique pour sûr. La scène dans la boîte de nuit est superbe en 3D et pour cause, Noé joue avec les faiseaux lumineux et de couleurs différentes pour un ballet sublime. Pour ce qui est des acteurs, Aomi Mickyock et Klara Kristin sont un peu plus naturelles que Karl Glusman, et les dialogues parfois à la ramasse n'aident pas non plus. On s'amusera également de l'accent terriblement français du producteur Vincent Maraval jouant l'ami policier de Murphy (le film est tourné en anglais), valant un bon lot de fous-rires.

Un film couillu sur un sujet aussi vaste que l'amour et réussissant son coup malgré quelques couacs.

 


 

* Propos tenus par André Bonnet donnés au magazine Première: http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Baise-moi-Nymphomaniac-Saw-rencontre-avec-l-homme-qui-fait-tomber-les-visas-4210793

08 août 2015

L'Armée de réserve du capitalisme

la loi du marché

 

genre: drame
année: 2015
durée: 1h37

l'histoire : À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ? 

La critique d'Alice In Oliver :

Superbe Vincent Lindon. Depuis plus de vingt ans maintenant, l'acteur a varié ses rôles au cinéma, mais s'est surtout spécialisé dans les films sociaux et engagés. On se souvient notamment de lui dans La Crise (1992), Ma petite entreprise (1999), Chaos(2001), ou encore Welcome (2009). Comme une évidence... 23 ans après La Crise intérieure proposée par Coline Serreau (sans doute le meilleur film de la réalisatrice...), Vincent Lindon se retrouve à nouveau dans une situation de précarité, à la fois sociale et morale.
Bienvenue dans La Loi du Marché, actuellement dans les salles de cinéma, et réalisé par Stéphane Brizé ! Présenté en sélection officielle du dernier festival de Cannes, La Loi du Marché fait désormais partie des grandes fiertés du cinéma français.

En effet, pour son rôle, Vincent Lindon a remporté le prix d'interprétation masculine. Quant à Stéphane Brizé, le réalisateur n'est pas spécialement connu du grand public. Pourtant, la carrière du cinéaste commence en 1993 avec un court-métrage, Bleu DommageLa Loi du Marché lui permet d'asseoir sa notoriété. Désormais, Stéphane Brizé est convié dans la grande cour cannoise parmi la haute bourgeoisie triomphante. Plus qu'un paradoxe, un oxymore. Celui qui prône un cinéma social et "indépendant" se retrouve dans la lumière, les paillettes, et l'opulence grandiloquente...
Mais le festival cannois apprécie les films revendicatifs, corrosifs et à caractère social. En outre, La Loi du Marché n'est pas sans rappeler les films des frères Dardenne.

 

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Attention, SPOILERS ! Thierry (Vincent Lindon), 51 ans, une femme au revenu modeste et un grand garçon handicapé mental à la maison, est viré de son entreprise pour cause de licenciement économique. Au bout de vingt mois de chômage et de vaine recherche d’emploi, il prend la décision d’accepter un poste de vigile dans une grande surface. Le film s'ouvre sur une séquence chez Pole Emploi.
A partir de là, le long-métrage examine au plus près le parcours de Thierry qui ressemble à un véritable chemin de croix. Stéphane Brizé ne relâche jamais son personnage principal, un quinquagénaire qui tente de rester digne et coi, dans une économie exsangue, de plus en plus folle, perverse et mercantile.

Quant à la caméra de Stéphane Brizé, elle filme Thierry de profil ou de dos comme pour marquer tout le poids et tout le fardeau qui pèsent sur ce père de famille : un fils lourdement handicapé, le chômage depuis presque vingt mois, des factures et des crédits à payer, des comptes à rendre à la banque... Ainsi, La Loi du Marché décrit un système anomique, totalement déshumanisé et pervers, qui prend à la gorge le citoyen ordinaire, le type lambda, bref le prolétaire. 
Ce n'est pas un hasard si la présidente du Medef, Laurence Parisot, a accusé le film de plagiat. Comme une évidence... Qu'on le veuille ou non, La Loi du Marché dérange et interroge sur un modèle économique français, non seulement en crise, mais qui plonge à la fois les chômeurs et les travailleurs dans le marasme, la solitude et la décrépitude. 

 

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Pour tenter de subsister, Thierry accepte des formations inadaptées et qui n'aboutissent nulle part. Il effectue également un stage de requalification durant lequel il est morigéné, jugé, humilié, bafoué, vitupéré... La tête basse, sans voix, mais digne et d'une placidité exemplaire, Thierry encaisse tous les coups portés par le système. C'est le parcours comme un autre d'un homme touché dans son coeur et dans sa chair. Noyé dans une boucle incoercible et inexpugnable, Thierry accepte un poste de vigile dans un supermarché, un travail comme un autre... Tout du moins, en apparence... 
La Loi du Marché décrit alors un univers clientéliste et consumériste. Il ne s'agit pas seulement de faire des bénéfices, mais aussi de dégager un maximum de profits, toujours dans un esprit de lucre.

Encore une fois, Thierry subit tout le poids d'un système qui marche complètement sur la tête. Il va même à l'encontre de ses convictions les plus profondes. Ainsi, le film aborde des thèmes hélas de plus en plus d'actualité dans le monde professionnel : le burn-out, la surveillance, le suicide sur le milieu de travail... A l'instar de ces caissières qui ont elles aussi leur propre fardeau, leur propre "crise" (comme le disait Coline Serreau dans son film homonyme...), Thierry fait partie de l'armée de réserve du capitalisme, de ces nouveaux pauvres annihilés par le système.
Quant à Stéphane Brizé, le réalisateur ne sombre jamais dans le romanesque. Le cinéaste opte pour un film presque documentaire qui soit le plus réaliste possible. Sur ce dernier point, il faut évidemment saluer l'immense performance de Vincent Lindon, aussi digne que son personnage, au visage émoussé mais incroyablement stoïque, à l'image de tous ces citoyens plongés dans cette perversité quotidienne... Phrase prémonitoire de Karl Marx : "Le capitalisme vaincra..."

 

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07 août 2015

L'incorruptible Arme X

A l'aube de la sortie d'X Men Origins Wolverine, deux autres projets de spin-off liés aux X Men sont plus ou moins annoncés. Tout d'abord X Men Origins Magneto de David S Goyer qui laissera petit à petit place à X Men First Class (il était déjà question de raconter la naissance des pouvoirs de Magneto et de son apprentissage), puis Deadpool. Ce dernier, anti-héros Marvel comme en a rarement fait aussi iconique, fait une apparition dans Wolverine et devait initialement faire ses preuves chez New Line Cinema avant l'acquisition de la Fox. Tout d'abord avec un t-shirt rouge et des sabres (même si sans costume moulant, rouge et au masque pas très éloigné de celui de Spider-man, faisant que votre cher Borat confondait parfois les deux personnages) au sein du bastion Arme X mais dans des scènes laides où l'on voyait les lames des sabres faire des mouvements totalement improbables. Sans compter le fait que le personnage était montré comme un tchatcheur ambulant, ce qui est différent d'un cabottin jouant sur le quatrième mur en interrogeant directement le lecteur sur ce qu'il lit ou voit à travers le dessin. Mais ce n'est rien en comparaison de ce que devient Deadpool (floué de tout le récit par ailleurs) dans le dernier acte qui reste probablement une des choses les plus horribles vues dans un film super-héroïque. Crâne rasé, yeux dont des marques rouges essayent de former le design du masque originel, la bouche cousue, des traces de stylo sur tout le corps, des sabres greffés aux mains et peut envoyer des rayons dignes de Cyclope.


 

Désolé de vous faire revivre ce très mauvais moment , mais il le fallait pour illustrer le propos. Encore désolé. 

La rédaction


 

Au départ on peut penser à une blague comme aurait adoré en faire Deadpool, mais rapidement on comprend que tout ceci est très sérieux. Une catastrophe créative (si on peut encore parler de créativité à ce stade du film) qui a plus ou moins foutu en l'air le possible spin-off de consacré au personnage après la sortie d'X Men Origins Wolverine. On évoque toujours la Fox derrière comme Ryan Reynolds qui ne lâche pas le personnage. On sent que l'acteur en veut et veut faire oublier la déconfiture du film de Gavin Hood. Au fil des années, le projet reste dans le development hell d'autant que la Fox veut priviléger les aventures des X Men alors en plein retour dans des films de groupe. Puis l'an dernier un test de prévisualisation arrive sur internet. On ne saura que plus tard que ce fut Ryan Reynolds qui l'a balancé sur la toile. Une boutade qui a tellement bien été accueilli par le public (il faut dire que le test revenait aux fondamentaux du personnage, soit un personnage bastonneur, violent et sortant des vannes foireuses entre deux private jokes au public) que la Fox finit par enfin donner sa chance à Reynolds et son personnage tant aimé de ses fans irréductibles. Aux commandes, Tim Miller animateur et artiste des effets visuels ayant travaillé sur le générique de The girl with the dragon tatoo et qui était à la tête du projet avorté autour d'Heavy Metal (Métal Hurlant chez nous).

Deadpool (photo promo Burt Reynolds)

Son premier film en soi, mais un certain sens du visuel comme on a pu le voir chez David Fincher. Dès lors, jouant sur le côté "quatrième mur brisé", Ryan Reynolds a tweeté toutes sortes de photos cocasses comme Deadpool reprenant une photo de Burt Reynolds au coin du feu ou aux toilettes. Sans compter juste avant le lancement de la bande-annonce, un teaser le montrant radoter dans un fauteuil, une pipe et un verre de whisky à disposition tout en évoquant "le studio qui lui a inexplicablement suturé la gueule la première fois". Une bande-annonce déjà dévoilée au Comic Con survenu début juillet et qui se révèle un peu tronqué dans cette version publique. Mais rassurez-vous il n'y a que deux scènes qui disparaissent: le caméo de Stan Lee (ce qui paraît évident même si on tient son meilleur caméo de tous les temps!) et une scène où Deadpool parle avec Colossus (qui ne sera pas joué par Daniel Cudmore mais Andre Tricoteux) et Negasonic Teenage Warhead (Briannna Hildebrand, télépathe) faisant clairement comprendre à cette dernière qu'elle a un nom de merde! La bande-annonce commence par un cliché évident: un homme (Wade Wilson aka Deadpool), une femme (Morena Baccarin, vue notamment dans Homeland, dans le rôle de Copycat qui dans les comics est une mutante polymorphe pouvant aussi acquérir les pouvoirs qui vont avec, un mélange de Mystique et Malicia!) et lui est malade.

Deadpool (photo promo)

On a presque l'impression de voir un drame hollywoodien type Nos étoiles contraires. Et puis tout change dès la première vanne: "Pas de costume vert, ni animé!" Reynolds fait directement référence à sa mésaventure sur Green Lantern de Martin Campbell, où il était dans une vulgaire combinaison verte de motion-capture avant que le costume n'apparaisse réellement en CGI. Dès lors, on sait plus ou moins que le film sera bien méta et que l'on risque de bien se marrer avec un héros qui n'en est pas vraiment un. Voilà donc notre cher Deadpool balancé dans ce qu'il semble être Arme X, soit ce merveilleux groupuscule ayant lancé Wolverine. Quant à une possible apparition de Hugh Jackman, Reynolds a évoqué que le film n'irait pas jusque là puisque le délire de Wolvy n'est pas forcément le même que celui de Deadpool. En sachant en plus que depuis Days of future past, la chaîne du temps dans la saga X Men a été considérablement modifiée. Wilson fait alors face à Angel Dust (incarnée par Gina Carano, développant une force surhumaine) et Ajax (Ed Skrein mutant résistant aux coups) qui vont le transformer malgré eux. Dès lors, le red band trailer dévoile un film qui s'annonce explosif et particulièrement violent. Ce point est à souligner car il s'agit du premier film Marvel (Sony, Fox, Marvel films confondus) depuis Punisher: War Zone à être classifié Restricted (interdit aux moins de 17 ans avec accompagnement).

Deadpool (photo)

A l'heure où le PG-13 est roi et notamment chez les super-héros (même les Batman de Nolan pourtant assez sombres le sont), Deadpool va faire plaisir avec des emboignades violentes, des head-shots par trois, du sang qui gicle, des trous dans les corps, peut être des têtes coupées... A l'image du personnage en soi et c'est aussi cela qui fait plaisir en voyant cette première bande-annonce. Il y aura aussi un peu de sexe vraisemblablement, puisque Copycat en plus d'être la copine de Wade (votre cher Borat vous laisse imaginer ce qui se passe quand les enfants sont couchés...) est aussi stripteaseuse. Instant beauf certains à l'horizon! On ne sait pas trop ce que fera TJ Miller mais il se paye notre héros tellement bien à coup de "Freddy Krueger qui viole une carte en relief" ou "Un avocat trop mûr qui aurait baiser avec un autre avocat". Deadpool a lui aussi un merveilleux répondant balançant une vanne alors même qu'il est cerné ou disant clairement qu'il va se toucher toute la nuit! On a aussi l'apparition de Al, sa collocataire vieillissante et aveugle que le personnage s'amuse à séquestrer continuellement et qu'elle envoie copieusement chier. Deadpool s'annonce comme un film de super-héros à tendance actionner particulièrement insolent et violent à l'image de son personnage et tant mieux. Enfin un film Marvel qui semble sortir de l'humour gamin et après un Fantastic Four aussi lamentable, la Fox n'a pas intérêt à se rater. Deadpool sortira le 10 février prochain. 

06 août 2015

Une déconfiture fantastique

Red Richards travaille au Baxter Building où il met au point une machine pouvant téléporter des gens dans un autre monde. Mais lors d'une expédition, un drame arrive...

Les 4 Fantastiques : Affiche

"Une nouvelle ère commence" Elle fait drôlement mal au ventre en tous cas.

On y revenait lundi: les Fantastic Four n'ont pas eu de chance au cinéma et ce depuis vingt et un ans. Pire encore aucun film ne peut réellement passer la moyenne, le film de 1994 étant très souvent une catastrophe visuelle due à un manque cruel d'argent et les autres sont des déconfitures se voulant comédie familiale et bousillant des personnages comme rarement (Galactus...). Le reboot a été annoncé en grande pompe par une Fox bien consciente que si elle ne montait pas un projet, elle finirait par perdre les droits tout comme avec Daredevil. Elle balance le jeune loup Josh Trank ressortant tout juste du found footage (le lamentable Chronicle qui faisait non seulement dans le déjà vu mais aussi dans le pompage volontaire d'Akira) et avec l'appui de Matthew Vaughn (producteur), Simon Kinberg (scénariste et producteur) et Mark Millar (superviseur des franchises super-héroïques de la Fox et ayant travaillé plus d'une fois sur les Fantastic Four en comics). Sauf que les langues se délient assez rapidement et petit à petit, des problèmes semblent se profiler. Ces derniers mois ont été ponctué de rumeurs de plus en plus insistantes annonçant des problèmes de production indéniables. On évoque que Kinberg se serait tellement mal entendu avec Trank qu'il aurait fortement déconseillé les gars de Lucasfilms de lui confier le deuxième Star Wars Anthology. Une rumeur qui a éclaté peu après le "départ volontaire" de Trank.

Les 4 Fantastiques : Photo Kate Mara, Miles Teller

On parle également d'un réalisateur solitaire et ne savant pas forcément ce qu'il doit faire. Bien que la direction a changé depuis le fou furieux Thomas Rothman, il semblerait que l'on ne soit pas très loin de l'éviction au montage et des reshoots à trois mois de la sortie ne sont pas à prendre à la légère non plus (Marvel fait pareil avec son Cinematic Universe et ce n'est jamais bon signe). Tout cela n'est pas aidé non plus par une Fox qui bousille toujours un peu plus la campagne promotionnelle à coups de bandes-annonces passant de mystérieuse à confuse (en plus de finalement dévoilé les trois quarts du film certains plans des bandes-annonces ne sont pas dans le film, comme c'était aussi le cas sur Die Hard 5... Prophétique...) et d'affiches sentant le photoshop dans toute sa splendeur (quelques imperfections gommées chez Miles Teller, une Chose que l'on met par ci par là dans le champ, des immeubles qui viennent d'on ne sait où dans l'arrière-plan). De plus, Fantastic Four devra faire face au poids-lourd Tom Cruise, dont le cinquième volet de Mission Impossible risque de faire une seconde semaine aux USA pour le moins colossale après une première redoutable. Sans compter une Fox frileuse ayant mis des embargos par ci, par là au point que les premières critiques ont dû attendre mercredi matin pour se dévoiler avec un résultat souvent unanime.

Les 4 Fantastiques : Photo Jamie Bell

Quelle belle photo exhibée sur la page Allociné qui montre un plan qui a été coupé au montage et issu du trailer. Clap clap.

Vu en avant-première mardi soir, Fantastic Four version 2015 est à nouveau un ratage digne de ce nom, peut être pas aussi évident que sur les films de Tim Story mais un échec indéniable et marque durablement son spectateur dans ce qu'il ne faut pas faire dans le genre super- héroïque. Pour donner une idée de la chose, prenons d'abord la durée: 1h46 générique compris. Combien de temps dure l'exposition? Environ 1h10. Dès lors, impossible de ne pas sentir un méchant arrière-goût. Alors qu'un Avengers: Age of Ultron dure 2h20 bourrées de longueurs, ce Fantastic Four aurait mieux fait de durer deux bonnes heures, quitte à être trop long mais au moins, moins expéditif lors d'un final bâclé en moins de dix minutes (vous pensiez l'affrontement entre les Fantastiques et Doom trop court dans le film de 2005? Ce n'est rien à côté de celui de 2015). Il y a donc un énorme problème de timing qui se confirme d'autant plus avec ce final aussi rapide que lamentable dans son contenu. Cela influe également dans le traitement de certains personnages. Ainsi des personnages comme Ben Grimm et Victor van Doom disparaissent à divers moments (l'un au début, l'autre à la fin) dans des laps de temps d'au moins vingt-trente minutes et reviennent comme un cheveu sur la soupe dans l'action. C'est un peu le même cas avec Johnny Storm qui est le dernier personnage central à entrer en scène, qui plus est en Mr Tunning que n'aurait pas renié les Striptease, Confessions intimes et autres Tellement vrai (bon pas autant mais son introduction est quand même sérieusement ridicule).

Les 4 Fantastiques : Photo

Il est tout simplement incroyable d'oublier des personnages pareils en cours de route en faisant comme si de rien n'était, d'autant que le film utilise au moins deux ellipses résumées par des cartons "10 ans plus tard" et "1 an plus tard". Ce qui renforce encore une fois un rythme trop rapide qui amène à une durée improbable. On voit que le film manque de temps pour développer ses personnages et son récit, qu'il y a probablement des scènes coupées au montage (ce qui renvoie à ce qui a été dit sur les bandes-annonces, comme ce plan avec Ben jouant au baseball, Red balançant son poing au loin vraisemblablement remplacé par un autre plan bien moins convaincant dans le film, cette conversation entre Doom sur un lit d'hôpital et Red qui terminait le premier teaser...), que tout est accéléré pour rester dans une certaine durée et cela nuit au film considérablement. Tout ce qui est découverte des pouvoirs est balancée à la poubelle par le carton "1 an plus tard". Alors oui, on voit que les héros ont évolué quelques minutes après, mais cette ellipse est aussi invraisemblable que mal venu. Invraisemblable car la distance temporaire est trop grosse et on comprend vite que cela pourrait être trois, cinq ou huit mois plus tard que cela n'aurait pas changer grand chose et preuve en est Red retrouvé comme un bleu alors qu'il aurait été sous aucun radar durant un an.

Les 4 Fantastiques : Photo

Mal venu car l'apprentissage des pouvoirs n'existent pas à l'écran puisqu'ils sont déjà expérimentés lorsqu'on les retrouve. Même en 2005 et malgré sa nullité, vous aviez tout un passage où les personnages cherchaient à comprendre leurs pouvoirs et à les utiliser correctement. Qu'en est-il de la souffrance de Johnny Storm? Balayée par un costume où il peut contrôler ses effusions. Qu'en est-il des pouvoirs de Susan Storm, femme magnifique qui devient invisible? Balayés aussi par un costume contrôlant son invisibilité. Qu'en est-il du contrôle de l'élasticité de Red Richards? On le voit faire des mimiques expérimentées pour ne pas être reconnu et c'est bien tout. On ne suit absolument rien de la prise de contrôle du pouvoir de chacun. Kinberg, ses camarades scénaristes et Trank veulent aller à l'essentiel pour être tranquille, pensant que le public fera le reste, mais en coupant aussi net, on ne peut s'imaginer l'état d'esprit des personnages. Surtout en voulant résumer cela dans un discours alors qu'on vient de subir un dernier carton. Quant à Ben, il fait l'Action Jones pour l'armée américaine pour oublier sa condition. Le personnage passe de sympathique gars du Bronx à personnage totalement effacé par sa masse spectaculaire. D'autant plus dramatique que jusqu'à sa transformation le personnage n'était pas montré comme une brute.

Les 4 Fantastiques : Photo Miles Teller

Il ne suffit pas de montrer le personnage seul et dans l'ombre pour montrer sa souffrance intérieure d'avoir perdu son corps comme d'en faire une brute rentre-dedans. Idem ses échanges entre Red et lui après l'exploration se résumant à "t'es un salaud tu m'as condamné". Il n'y a aucune profondeur dans le personnage, il ne sert qu'à défoncer des tanks (ce que fait très bien Hulk) ou à taper du poing (on a même droit à un coup de boule ridicule). Une déception surtout quand on voit ce qu'a fait Oley Sassone avec trois fois rien et avec bien plus de tendresse pour son personnage. Jamie Bell ne peut pas non plus faire grand chose avec un personnage aussi inconsistant, ayant l'air absent les trois quarts du temps et dont le jeu ne suscite aucune empathie une fois en Chose. Mais ce n'est rien comparé à Victor van Doom. Dévoilé comme un hypster ne sortant pas de chez lui, semblant être un ermitte dans tout le cliché du hacker avec des ordinateurs et des fils de partout; on nous dévoile un être impulsif et autoritaire (Johnny Storm l'appelle Adolf dès son arrivée, si ce n'est pas drôle...) qui évidemment est jaloux de Red Richards. Parce qu'il a réussi et pas lui. Parce qu'il drague Susan Storm et qu'il a vraisemblablement été avec elle ou a le béguin pour elle (le traitement est tellement pauvre que le spectateur peut faire toutes sortes de sous-entendus évidents).

Les 4 Fantastiques : Photo Jamie Bell, Kate Mara, Michael B. Jordan, Miles Teller

Parce qu'il est l'outsider du groupe (Ben n'arrive qu'après donc on peut difficilement le mettre dedans). Une prévisibilité à toute épreuve pas aidé par un traitement pauvre au possible. (attention spoilers) Quant à son changement de position, elle est tout simplement ahurissante. Doom rentre avec l'excursion, tue des mecs façon Scanners (Trank a cité Crocro comme inspiration, la référence est aussi évidente que grossière), revient dans la planète Zéro pour bousiller la Terre. Pourquoi? On ne sait pas! Certainement cette jalousie profondément enfouie et tellement mal mise en scène que Doom devient un méchant qui créer un vortex détruisant la Terre. Comme sa cape qui apparaît d'on ne sait où et revenant dès qu'il est sur Zéro. Vous le sentez le faux-raccord vestimentaire évident? Doom est en plus quasiment surpuissant, contrôlant vraisemblablement les éléments, ayant un champ de force (improbable car dans les comics c'est avec son armure. Or, à moins que son corps soit une armure... Ben voilà on a la justification) et ayant des capacités mentales lui permettant d'exploser des têtes. (fin des spoilers) Il est sinistre de voir à quel point le plus grand méchant de l'univers Marvel est traîté aussi mal, en tous cas plus mal encore que dans les films de 1994 et 2005.

Les 4 Fantastiques : Photo Jamie Bell

Toby Kebbell est comme à son habitude (ceux qui ont vu La colère des titans et Prince of Persia savent de quoi il s'agit) absolument mauvais, tout comme le rendu visuel final est absolument à en pleurer. Votre cher Borat en aura vu des horreurs cette année (Terminator Genisys en a de belles) mais Doom dans Fantastic Four est une calamité visuelle absolue. Mettez un fan du personnage dans les comics devant ce film et il sera peut être aussi horrifié que ceux qui ont vu Deadpool dans X Men Origins Wolverine. Red Richards et les Storm ont un bon traitement dans l'ensemble (le jeune scientifique gentil devenant un homme par une expérience malheureuse; le jeune fougueux qui apprend à se calmer en travaillant; la jeune femme forte et intelligente et le père de famille protégeant ses enfants comme ses collaborateurs face à l'armée et aux capitalistes), les acteurs faisant aussi le boulot (on regrettera tout de même que Miles Teller passe subitement du gentil au mec badass qui fronce sans cesse les sourcils, tout comme le fait de voir des acteurs censés jouer des jeunes de 18-20 ans alors qu'ils sont dans ou à ça de la trentaine). Quant au personnage de Tim Blake Nelson, il est à l'image de tous les salauds capitalistes et fervant amateurs de militarisme que l'on voit dans le cinéma depuis des décennies. Rien de nouveau sous le soleil. La durée affecte également énormément le récit puisque des allusions au cours du film disparaissent par le miracle de la machine à écrire.

On nous dit durant tout le film que la Terre est en danger. En danger de quoi? On ne sait pas et pourtant cette réplique "la Terre est danger" revient énormément de fois au cours du film pour une utilité se résumant à... zéro. (attention spoilers) Idem pour les héros souhaitant revenir sur Zéro pour essayer de trouver un remède à leurs pouvoirs accidentels. Une sous-intrigue qui aurait pu être intéressante mais balayée par le retour de Doom avant un retour sur Zéro qui se résumera à lui foutre sur la gueule avant de repartir. Le final annonce que les héros vont pouvoir avoir un bâtiment à eux tout seul pour travailler. Travailler sur quoi? Leurs recherches? Toujours Zéro? Votre cher Borat rigole bien de ce genre de fins ouvertes annonçant, comme souvent, des suites qui ne voient pas le jour quand le studio juge les chiffres décevants (remember John Carter ou Green Lantern). L'avenir des Fantastic Four reste encore plus flou avec un reboot aussi calamiteux. Zéro qui est d'ailleurs à peine explorer, relevant de va et vient aussi fugaces qu'inintéressants (en dehors de l'accident même). Zéro n'est pas explorée à sa juste valeur, servant juste de banal décor en cgi avec son lot de rochers et lave verte (qu'est-ce qu'elle est? On en sait rien soit une constante dans ce film). (fin des spoilers) La réalisation de Josh Trank est assez basique, ressemblant à tous les blockbusters type hollywoodiens filmés par des yes men. Le pire étant les cgi qui semblent avoir été faits à une semaine de la sortie du film tant ceux du dernier acte sont d'une laideur qui fait peur en 2015.

Tout le dernier acte n'est pas aidé du tout avec des plans truqués à faire peur (notamment le champ de force de Susan devenant une sorte de boule transparante avec lesquelles les enfants jouent accrochées à une raquette) et ne rendant pas service au film. Sans compter certaines répliques méritant toutes les claques du monde. Exemple? Johnny à Doom: "Ne sois pas fataliste!" Bruit de casserole. N'oublions pas ce dialogue final donnant lieu à un aussi gros fou-rire que pour celui de 50 Nuances de Grey (ce n'est pas un compliment). Pourtant, tout n'est pas à jeté dans Fantastic Four. Preuve en est ce début présentant l'amitié entre Red Richards et Ben Grimm alors qu'ils doivent avoir dix-onze ans qui confirme la note d'intention de Trank (il disait vouloir rendre hommage à Amblin). L'introduction fonctionne tout comme les aventures de Red au Baxter Building jusqu'à l'arrivée de Doom. Il faudra Johnny Storm pour remettre un peu de carburant avant un accident assez bien fait (qui arrive quand même dans les 50 min ou 1h de film!) et l'ellipse qui bousille tout sur son passage. D'autant plus que le film partait d'une bonne base en jouant sur les premiers opus d'Ultimate Fantastic Four de Millar (les personnages attérissaient bien en Zone N et n'allaient donc pas dans l'Espace). On a aussi cette impression de vouloir à tout prix faire un film sombre type Christopher Nolan, quitte à revenir dix ans après la guerre. Bien sinistre de ne retenir que des petites choses par ci, par là dans un film qui semble bousillé de l'intérieur.

Un reboot malade où les rares réussites sont prises dans un effet boule de neige malsain et destructeur.

05 août 2015

Marvel dans un trou de fourmis

Scott Lang voit une occasion de se racheter avec l'offre d'Hank Pym: prendre un costume afin d'éviter les plans de son ancien disciple...

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On ne va pas revenir sur le départ d'Edgar Wright de la production d'Ant Man, cela a déjà été fait dans ces colonnes (voir La Marvelverse gagne en épaisseur). Il n'en reste pas moins que cette affaire de divergences entre un réalisateur et la Marvvel n'est pas la première. Avant cela, Jon Favreau, Alan Taylor et même récemment Joss Whedon ont pointé du doigt certaines difficultés de plus en plus alarmantes. Cela interroge sur les intentions de la Marvel et son mode de fonctionnement, entraînant des problèmes de plus en plus nombreux dès lors que vous n'entrez pas dans le moule. Avec Peyton Reed évidemment c'est plus facile. Kevin Feige le connaît depuis l'échec de son Fantastic Four et Reed n'a jamais brillé par ses talents jusqu'à présent. Certains citeront Bye bye love quand même (une époque où Renée Zellweger ressemblait à quelque chose); mais ce serait oublier le teen-movie poussif American Girls (ah Kirsten Dunst...) ou le très bof Yes man (où Jim finissait bourré au Red Bull, donnant lieu à un magnifique placement de produit). C'est sûr ce choix est moins ambitieux que le réalisateur de Scott Pilgrim. Au final, Peyton Reed s'en sort assez bien et heureusement pour la Marvel et lui. Il faut dire que Reed a des atouts et notamment le duo principal engagé par Wright (et oui les idées de génie ça fuse chez l'english).

Ant-Man : Photo

Paul Rudd est automatiquement sympathique et c'est pour cela qu'il passe crème en cambrioleur au grand coeur. Il incarne un héros qui ne l'est pas pour son profit mais pour sa fille. S'il accepte le job de cambrioleur pour Hank Pym, c'est parce qu'il a besoin d'argent pour subvenir aux besoins de sa fille (il est divorcé) et lui faire honneur (il n'est pas bon d'avoir un père cambrioleur). Le personnage est montré comme plein de volonté et perd ses boulots à cause de son passé de criminel. La société accepte difficilement la rédemption d'anciens malfrats, quitte à les faire tomber dans leurs vieux démons (demandez au pauvre Carlito, il attend toujours d'aller aux Bahamas...). Paul Rudd donne à Scott Lang un tempérament sympathique et pince sans rire (Scott croyant être en forme à cause de la prison, mais se prend des déculottés fantastiques avec Hope!) qui permettent tout de suite de s'identifier au personnage. Sans compter que l'amigo est plutôt saillant dans son costume qui est fidèle aux comics. Autre gros atout du casting en la présence de Michael Douglas dans la peau d'Hank Pym, le premier Ant Man. Le fait d'opposer deux visions d'Ant Man dans un même film est une bonne idée, permettant un passage de flambeau.

Ant-Man : Photo Paul Rudd

Ce qui permet tout de même de montrer un Hank Pym à la personnalité acariâtre (Michael Douglas parfait comme à son habitude quand il est énervé ou cynique) et en action au cours de quelques plans où son passé de vengeur ancré dans la Guerre Froide est quelque peu tourné en ridicule. Une manière de montrer un concept de héros auquel le public ne croit pas forcément et agissant donc dans l'ombre. Si Hank Pym est un héros dans l'ombre du Shield (d'où une introduction avec Peggy Carter) de l'ancienne Guerre Froide, Scott Lang est un bon samaritain involontaire et en quête de rédemption. Et si Pym ne veut pas que sa fille agisse quitte à lui déplaire, c'est pour lui éviter le même sort que sa femme (mère). Une vision romantique et attendrissante qui apparaît dans une séquence au traitement trop tire-larme et arrivant comme un cheveu sur la soupe. Dommage pour le coup, Reed manquant clairement de tact. Si les deux Ant Man s'en sortent bien ce n'est pas forcément le cas de tout le monde. Michael Pena et ses potes ont beau être sympathiques, les gags à répétition finissent souvent par devenir lassants. Evangeline Lilly fait la moue et ne semble pas toujours à l'aise (vu comment s'est débrouillé Wright avec Mary Elizabeth Winstead et Rosamund Pike, cela aurait été mieux). (attention légers spoilers) On sent surtout que le personnage est là pour introduire la Guêpe.

Ant-Man : Photo Michael Douglas, Paul Rudd

Pas besoin d'une séquence post-générique pour faire comprendre cela, on s'y attendait dès l'annonce de l'actrice et qui plus est dans le rôle de la fille d'Hank Pym. Pas besoin non plus d'une séquence pour montrer qu'elle est un possible love interest pour un Scott Lang divorcé et pas prêt à reconquérir son ex-femme. Marvel en revanche n'a pas l'air de trop savoir s'y prendre, le spectateur ne sachant pas quand la Guêpe fera son apparition dans son costume de super-héroïne. Ce ne sera pas le cas dans Captain America: Civil War, peut être dans Avengers: Infinity War... (fin des spoilers) Quant à Corey Stoll, autant il était bon dans House of cards, autant il joue ici de la caricature du méchant. Il est méchant car il est trop ambitieux et que son mentor ne l'a pas remarqué ou beaucoup trop. Un traitement pauvre valant juste pour la baston entre le père protègeant son enfant et un méchant dont on ne comprend pas bien les intentions. Le moment de se dire qu'en dehors de quelques exceptions (Loki au bout d'un moment, Red Skull dans Captain America et surtout Wilson Fisk dans la série Daredevil), les méchants du Marvel Cinematic Universe peinent sérieusement à s'imposer dans l'inconscient du public regardant ses films. Reed s'en sort dans le divertissement pop corn, permettant au film de se savourer les trois quarts du temps comme une oeuvre originale entre dix aventures des Avengers.

Ant-Man : Photo

S'il ne réussi pas totalement ce pari (on y reviendra), le film est quasi intégralement un film de casse où le volé cherche un voleur et où le voleur se voit offrir un coup en or. Tout le film tend à préparer le casse avec un essai (on va chercher un élément dans une base) et enfin le casse lui-même. Pour prendre un exemple Paul Rudd est Matt Damon ; Evangeline Lilly, Brad Pitt; Michael Douglas, George Clooney; Michael Pena, Ti et David Dastmalchian les bras cassés campés par Casey Affleck, Scott Caan et Eddie Jemison; et Corey Stoll, Andy Garcia dans Ocean's eleven! On ne peut pas faire plus clair. Ant Man cite également et inévitablement L'homme qui rétrécit de Richard Matheson et Chérie, j'ai rétréci les gosses de Joe Johnston. (attention spoilers) Le premier par le fait que Lang vit l'infiniment petit mais aussi qu'il n'est qu'un vulgaire atome dans l'univers comme le montre la séquence dans l'espace-temps. Ce qui ne sera pas sans rappeler Interstellar de Christopher Nolan, dont la gestation a également duré plusieurs années. Sans compter que la théorie des cordes depuis bien longtemps. (fin des spoilers) Le second se trouve par le fait que l'entraînement de Scott se passe principalement dans le jardin et lui permettant d'apprivoiser les diverses espèces de fourmis pouvant l'aider et le défendre comme les enfants avec la fourmi dans la production Disney.

Ant-Man : Photo Evangeline Lilly

Ce qui donne des séquences amusantes, l'un des gimmicks comiques étant Scott s'agrandissant comme par automatisme, à l'image d'une taute sortant de son trou! Idem avec le fait que Scott donne des noms à certaines (sa monture s'appelle Antoinette). De plus, les scènes minuscules sont assez réussies visuellement même si reposent quasiment sur des cgi. Malheureusement, le problème d'Ant Man vient encore et toujours de Marvel. On va donc revenir à Edgar Wright. Quand il travaillait dessus au tout début il n'était pas question de Marvel Cinematic Universe, le projet évoluait certes à Marvel mais il n'y avvait pas d'Avengers encore annoncé. Il était surtout question d'Iron Man de Jon Favreau et L'incroyable Hulk de Louis Letterier. Sauf que le projet a duré à cause des projets sur la longueur de la Marvel et la direction artistique a également changé. Ant Man étant tout sauf un space-opera, il reste dans l'univers des Avengers et le projet original d'avoir des obligations comme des allusions ou des personnages du MCU à insérer dans le récit. Ce sont notamment ces raisons qui ont poussé Wright à partir. Le fait d'associer Ant Man aux Avengers n'est pas une mauvaise idée, mais à condition que cela ne gangrène pas le film ou que l'ajout ne soit pas inutile.

Ant-Man : Photo

Nick Fury à la fin de Captain America de Joe Johnston, totalement logique vu que c'est le directeur du Shield qui a récupéré Steve Rogers. C'est déjà moins le cas de Hawkeye faisant le vulgaire guest dans Thor de Kenneth Branagh. (attention spoilers) L'agent Peggy Carter pourrait ne pas être là dans l'introduction en 1989 que cela serait strictement la même. Faucon donne lieu à une apparition rigolote mais finalement inutile et fait sortir le spectateur du récit. Certes, l'élément recherché est utile mais le faire au qg du Shield avec Faucon paraît gratuit. Dommage de réduire Faucon à un vulgaire guest de passage. Egalement gratuite, une allusion à Spider-man sentant autant le reshoot (rappelons que l'annonce n'est arrivée qu'en février et le film était déjà tourné) que le clin d'oeil douteux. L'Hydra arrive également comme un cheveu sur la soupe, qui plus est sous une forme que l'on pourrait qualifier d'anachronique. L'Hydra présentée jusqu'à maintenant est plus ou moins éradiquée dans Age of Ultron et n'a pas forcément à voir avec celle présentée à la fin de la saison 2 d'Agents of Shield. On se serait bien passé de cet anachronisme. Autre détail douteux déjà entendu dans Agents of Shield: alors que les personnages vivent dans un monde avec un homme sorti d'un coma de soixante ans comme si c'était hier, un autre qui devient vert quand il s'énerve et régulièrement sous la menace de divers mondes extérieurs; comment peut-on encore parler de sorcellerie avec un mec changeant de taille avec son costume. Sérieusement les gars surtout quand on montre des figurines des Avengers dans AoS. Il y a une certaine normalité à ça qui paraît aberrant avec ce genre de réplique. A force de vouloir tout rassembler, on finit par se mordre la queue. (fin des spoilers)

Ant Man (photo)

Ant Man se sauve la mise d'un development hell catastrophique, mais souffre d'un manque d'indépendance made in Marvel que n'avait pas Les Gardiens de la galaxie.

04 août 2015

La Marvelverse se diversifie (ou pas)

Quatrième et dernier volet de cette série d'articles sur la Marvel Cinematic Universe avec les oeuvres futures comme les séries. (attention spoilers dans certaines parties)

La Phase 3 se prépare

Après Ant Man, le Marvel Cinematic Universe entre désormais dans sa Phase 3 et a dévoilé son planning depuis octobre 2014. Mais voilà un petit imprévu s'est fixé en février dernier:

Permalien de l'image intégrée

La présentation s'est avérée gargantuesque car les projets alors flous se sont un peu plus dévoilés et on remarque surtout au moins trois films avec des univers et personnages inédits. Mais les événements récents ont montré des signes impayables que la Marvel est surpuissante. Commençons dans l'ordre. Captain America prendra les rênes pour un troisième volet forcément attendu (on parle du héros qui a aligné le plus de bons films depuis le début du Marvel Cinematic Universe) d'autant plus qu'il se nomme Civil War (sortie en mai 2016). Pour ceux qui connaissent un peu les comics, Civil War est un grande saga combinant plusieurs super-héros voire plusieurs séries au nom de super-héros signée Mark Millar. Iron Man est l'ambassadeur d'une loi de recensement des super-héros suite au génocide par Nitro effectué lors d'une émission de téléréalité des New Warriors. Il a dans ses alliés Red Richards (au point de rester seul face à sa famille partant dans l'autre camp) et Spider-man (qui dévoilera inévitablement son identité) ce dernier reniant Stark par la suite. Mais Captain America n'est pas du même avis, engendrant une guerre dont le combat final risque d'être purement et simplement fatal (pour plus d'informations, voir Marvel scindée ). Si Marvel Studios ne peut/pouvait utiliser certains personnages (les Fantastiques et les X Men sont chez la Fox), l'optique d'un conflit entre Steve Rogers et Tony Stark, deux symboles forts des Avengers risque d'être un grand moment dans la saga. 

Dessin de Civil War, inspiration du prochain film Captain America.

D'ailleurs des rumeurs de plus en plus incessantes parle qu'un grand nombre des Avengers actuels risquent de passer à la casserole pour laisser la place à des petits nouveaux, à l'image du Faucon interprété par Anthony Mackie. On s'étonne même que ce ne soit pas un Avengers 2 ou 3, tant le nombre d'Avengers ou personnages issus du MCU est flagrant. Ainsi, le casting sera donc formé évidemment du trio Chris Evans (Captain), Anthony Mackie et Sebastian Stan (Bucky aka The Winter Soldier) comme le confirme la séquence post-générique d'Ant Man, de Scarlett Johansson (Black Widow), Robert Downey Jr (Iron Man), Elizabeth Olsen (Scarlet Witch), Jeremy Renner (Hawkeye), Mark Ruffalo (Hulk), Chadwick Boseman (qui fera sa première apparition en tant que Black Panther), Paul Bettany (Vision), Don Cheadle (War Machine), Paul Rudd (Ant Man), Frank Grillo (Crossbones), Daniel Brühl (le Baron Zemo), Martin Freeman dans un rôle encore secret, William Hurt (qui revient en Thunderbolt Ross), Emily Van Kamp et Tom Holland. C'est là que cela commence à être drôle puisque que depuis février dernier, Spider-man jouera dans la cour de Marvel. Après la débacle The Amazing Spider-man 2, Sony ne savait plus quoi faire de l'homme-araignée. Dans un premier temps, parti sur un Sinister Six, la perspective s'est plus ou moins essouflée devant tant de critiques assassines (et avec raison) autour du second volet du reboot. 

Spidey face aux médias.

Mais suite au Sony Hack en novembre dernier, nous avions pu avoir des informations au sujet du Spidey. Il se trouve que Sony avait déjà opté pour des négociations avec Marvel Studios (donc Disney), histoire d'insérer Spidey dans le Marvel Cinematic Universe. Cela n'avait pas marché et Sony songeait inévitablement à un troisième reboot. Une preuve irréfutable que Sony n'a pas réussi ce qui devait être une solution pour garder les droits face à la surpuissante Marvel (Spidey restait le dernier ressort contre Marvel). Donc voici Spidey dans le Marvel Cinematic Universe suite à un partenariat entre Sony et Marvel Studios, donc avec une troisième version (certains diront deuxième tant la première et la seconde se ressemblent) en quinze ans. Triste à apprendre. Il n'en reste pas moins que le fait de pouvoir le voir dans Captain America Civil War (toujours réalisé par les Russo) est une conséquence salvatrice car Spidey est une part intégrante du fil narratif de la saga de Mark Millar. On peut même dire qu'il symbolise à lui tout seul le conflit. Happé par Tony Stark qui s'en servira comme instrument de propagande (rappelons que l'on parle d'un des super-héros voire LE super-héros phare de la Marvel), il finira par rejoindre la rebellion de Steve Rogers. Son utilisation est cruciale mais il faut savoir l'introduire et le personnage sera relativement jeune (dans les 15-16 ans) et n'aura pas droit aux éternelles origines. Tom Holland a été officialisé dans le rôle tout comme Marisa Tomei en Tante May et celui qui s'occupera du film seul (juillet 2017) est John Watts, réalisateur de Cop car avec Kevin Bacon. 

Civil War (concept-art)

Avant cela viendra Docteur Strange pour novembre 2016. Le film sera réalisé par Scott Derrickson, ce qui n'est pas forcément rassurant quand on connaît son CV (s'il se serait refait une santé avec Sinister, n'oublions pas qu'il est l'auteur du sinistre remake du Jour où la Terre s'arrêta). Il est désormais certain que ce sera Benedict Cumberbatch dans le rôle de Strange, choix très intéressant quand on sait les qualités d'acteur du coco. On sait également que le film ne sera pas une histoire d'origines, changeant radicalement avec la politique initiale de Marvel. Un pari risqué car même si Strange est plus connu que les Gardiens de la galaxie avant la mise en production de leur film, il n'en reste pas moins que ce n'est pas non plus un personnage ultra-populaire de la Marvel. En tous cas, voilà un univers sortant une nouvelle fois du film de super-héros, Strange étant le maître des arts mystiques et n'ayant donc rien d'un super-héros. En soi le physique de Cumberbatch lui va comme un gant. Tilda Swinton s'est rajoutée dans le rôle de l'Ancien, soit le maître de Strange. Une version féminine du personnage qui devrait coller comme un gant à l'actrice. Les gardiens de la galaxie 2 est bel et bien confirmé pour mai 2017 avec toujours James Gunn aux commandes, confirmant que Marvel va construire son univers de space-opera et surtout faire revenir ces personnages tant adulés du public maintenant (alors qu'ils étaient à la limite de l'anonymat autrefois).

Docteur Strange, un projet de plus en plus avancé.

Le film abordera notamment le père de Peter Quill, annonçant peut être un délire à la Indiana Jones et la dernière croisade (pas étonnant puisque Les aventuriers de l'arche perdue était cité dans le premier film). On parle même d'une intrusion de ce cher Howard the Duck, Gunn étant bien content du buzz autour de sa séquence post-générique. Thor Ragnarok suivra Spider-Man en novembre 2017 et on ne sait rien du film. Ragnarok évoque un robot ressemblant à Thor crée par Tony Stark dans la saga Civil War, mais cela peut être tout à fait autre chose au royaume d'Asgard bien évidemment. Age of Ultron (2015) a peut être donné un avant-goût avec la vision de Thor sur un possible drame dans son royaume.  Il se pourrait même qu'il s'impose comme un pendant direct de Captain America Civil War, même si Thor n'en fera pas partie. A suivre donc... Voici venir un nouveau projet inédit avec Black Panther en novembre 2017. Un projet annoncé depuis quelques temps, voire qui revenait assez souvent. Même Stan Lee en parlait régulièrement dans des interviews. Voici donc un super-héros venant d'Afrique, prince du Wakanda. Un homme prenant le costume de la Panthère Noire, afin de préserver son royaume des ennemis potentiels et notamment surnaturels voulant mettre la main sur le vibranium.

Le robot Ragnarok dégommé par Hercule dans Civil War.

Un métal pouvant absorber les vibrations et presque aussi puissant que l'adamantium. L'acteur choisi pour l'incarner est trouvé et il s'agira de Chadwick Boseman qui a récemment incarné James Brown dans le biopic Get on up. Par ailleurs, il se peut très bien que le personnage d'Andy Serkis dans Age of Ultron fasse partie des méchants potentiels du film, puisque lié au vibranium. Juillet 2018 marquera l'entrée du premier film du Marvel Cinematic Universe à mettre en scène directement une héroïne avec Captain Marvel. Alors certes on pourra toujours dire qu'il y a eu Black Widow, mais jusqu'à maintenant la miss n'a toujours pas eu son film attitré. Il mettra en scène Carol Danvers, officier de l'armée de l'air (filliation avec Rhodes aka War Machine?) ayant fusionné avec un alien Kree, lui permettant de voler et d'avoir une grande force. Une manière pour Marvel de répondre à l'annonce d'un film sur Wonder Woman chez DC Comics/Warner. Toujours pas d'actrice choisie pour l'instant même si des bruits de couloirs résonnent. En revanche les scénaristes Nicole Perlman (Les gardiens de la galaxie) et Meg LeFauve (Inside out) sont engagé pour le scénario. En novembre 2018 sera attendu Inhumans, film déjà annoncé plus d'une fois par Vin Diesel, voix officielle de Groot dans Les Gardiens de la galaxie et dont certains éléments sont abordés dans la série Agents of Shield

Permalien de l'image intégrée

Un premier concept-art pour Black Panther.

Captain Marvel, première super-héroïne du Marvel Cinematic Universe et elle ne fait pas les choses à moitié.

Les Krees (ce qui permettrait ainsi de lier Agents of Shield, Captain Marvel et The Inhumans, histoire de rester dans le même univers connecté...) ont crée les Inhumains, ces êtres mutants laissés pour compte. Un d'entre eux, Randac, s'est inséré dans une brume spéciale lui donnant ensuite des dons mentaux. Ce qui créa des frictions entre les humains non-mutés et les mutants suitent à la brume. Une fois la paix arrivée, les Inhumains sont menés par Fléche noire un homme victime de sa voix destructrice et parmi les plus célèbres on retrouve la belle Crystal, le chien Gueule d'or ou Medusa. Un univers entre science-fiction et fantasy pour le moins particulier et lié ironiquement aux Fantastic Four (pour l'insert de la bande de Richards c'est rapé). Enfin il y aura le gros mastodonte Avengers: Infinity War qui sera réalisé par les frères Russo (Joss Whedon a déclaré forfait, voulant se consacrer à un univers plus personnel) et devant mettre en scène nos héros face à Thanos. Mais ce sera en deux parties... une en mai 2018 une en mai 2019... vous vous foutrez pas un peu de nous à Marvel? Surtout que ce n'est pas comme si vous aviez d'immenses scénarios pour les films Avengers... Néanmoins, le plus intéressant viendra certainement des conséquences de Captain America Civil War. Enfin bref wait and see...

Inhumans, un projet pour le moins mystérieux et particulier.

La Marvel s'attaque aux séries

Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. : Photo

Suite au succès d'Avengers (2012), la Marvel a cherché à se partager un peu plus sur différents médias et principalement la télévision. La première étape fut Agents of Shield diffusée depuis septembre dernier sur ABC. Il s'agit de la première série Marvel depuis L'incroyable Hulk, mais l'époque n'est plus la même. Le câble est passé par là, les audiences sont moins spectaculaires qu'autrefois sur les networks et surtout on peine à comprendre pourquoi la Marvel a privilégié l'antenne de Disney (ABC en fait partie) qui est une network au câble où elle aurait eu plus de libertés. Proximité indéniablement mais rappelons que Joss Whedon, également aux commandes de cette série, s'était plus d'une fois fait avoir pour les networks que ce soit avec la Fox pour Dollhouse (diffusée à la sauvette durant deux saisons) et Firefly (diffusée n'importe comment et n'importe quand) ou la WB avec Buffy contre les vampires (qui avait fini sur le câble avec UPN) et Angel (supprimée à cause d'un manque cruel de communication). Ensuite, il est ironique de voir que DC Comics s'en sort bien mieux sur ce point que ce soit avec Smallville qui quoi qu'on pense a tout de même durer dix saisons ou la série Arrow qui s'est imposé assez rapidement avec de multiples bonnes critiques. Ce qui n'est pas forcément le cas d'Agents of Shield depuis ses débuts. 

Photo Clark Gregg, Jaimie Alexander

Pas aidé par un manque cruel de personnages connus (Clark Gregg ressuscite en agent Coulson, les autres étant des personnages crées de toutes pièces), la série n'a cessé d'essayer de mettre en scène des caméos histoire de trouver le public de la Marvel Cinematic Universe. Sauf qu'en général, cela ne concerne jamais les Avengers et ce sont toujours des seconds-rôles. Nick Fury a beau être apparu dès le second épisode puis le dernier de la première saison, ce n'était qu'un guest de passage. Idem pour Cobie Smulders déjà bien occupé par le tournage de Captain America The Winter Soldier (2014) et surtout le final d'How I met your mother. Quant à Jaime Alexander, on peut vraiment parler de fond de tiroir car le personnage de Lady Sif est vraiment un très lointain second-rôle. Pas de quoi s'enflammer donc. Mais le pire vient surtout des audiences de la série qui sont réellement décevantes pour une série de ce type et ne parvient pas réellement à être stable. En deux semaines, la série est ainsi passée de 11,9 millions de téléspectateurs à 8,4. La semaine suivante c'était 7,79 et la série est restée dans les 7 millions durant plusieurs semaines avant de se relancer à 9,3 pour ensuite faire un vrai bide à 5,93 (les fêtes de noël surement) pour remonter à 6,62 et repartir en dessous des 6 millions et le dernier score est encore pire avec 4,91 millions de téléspectateurs. Des chiffres qui sont pour le moins catastrophiques et qui aurait dû amener à une annulation évidente, d'autant que la série est particulièrement chère. Pourtant ABC a reconduit la série pour une seconde saison puis une troisième, mais dans quel intérêt vu qu'elle n'est pas suivie du tout? 

Agents of Shield (affiche) (1)

Des séries plus ambitieuses ont été suprimé avec des audiences plus élevées. Mais là où Agents of Shield se sauve de la mouise c'est grâce tout simplement à un revirement de situation en totale adéquation avec Captain America The Winter Soldier. Après seize épisodes reposant sur un néant total (intrigues qui n'avancent pas, l'annonce de la résurrection de Coulson expliquée correctement au bout de onze épisodes alors que la révélation aurait pu arriver plus tôt, personnages sans relief, beaucoup trop de cgi pour pas grand chose), la série trouve enfin sa voie! Il est rare de voir une série trouver sa voie en cours de route et pourtant les derniers épisodes de la saison 1 s'avèrent vraiment de qualité, jouant habillement sur le côté sérielle et sur l'ambiance du film des Russo pour avancer vers de bonnes bases. Bill Paxton excelle en méchant aux pouvoirs improbables, jouant d'un merveilleux cabotinage (dans le bon sens), les personnages évoluent enfin, May s'imposant réellement comme la Cavalerie, Coulson comme le meneur et l'histoire d'amour confuse entre Ward (qui passe génialement du côté obscur) et Skye tout comme celle de Fitz et Simmons prennent une place importante et intéressante. Même si on s'y attend ces deux relations auront des conséquences dramatiques pour chacun. Quant à l'Hydra, elle fera désormais partie intégrante de la série jusqu'à Age of Ultron.

Agents of Shield (affiche) (2)

 

La saison 2, en revanche, est fantastique de bout en bout. Prenant le bel envol de la fin de la première saison, elle permet deux arcs narratifs fantastiques directement liés à Skye. Dans un premier temps avec la découverte de ses parents, faisant d'elle une inhumaine et permettant d'adapter Mister Hyde sous les traits de Kyle MacLachlan. Si le maquillage n'est pas toujours parfait, le personnage est plutôt bien traité jouant sur l'ambiguité de son rôle (père aimant et mari épleuré cherchant à tout prix à se venger d'Hydra et du Shield qui lui ont enlevé sa femme et sa fille). Sa mère nous est présentée en revanche comme une inhumaine ce qui amène au second arc. Après avoir réglé dans les grandes largeurs l'affaire Hydra, Agents of Shield s'attarde longuement sur les Inhumains avec des personnages atypiques. La transformation de Skye nous est montré dans un moment émouvant où comme souvent dans les séries de Joss Whedon, un personnage fort meurt dans des circonstances tristes au possible. Toute la partie Inhumaine entrouvre ce qui va arriver au fur et à mesure dans le MCU: l'arrivée des Kree mais aussi l'évocation d'un dossier comprenant toutes les personnes ayant des pouvoirs dans le monde. Une manière pour le gouvernement américain de tenir en laisse ses héros et ses possibles ennemis.

Agents of Shield (affiche) (3)

Un débat de fond qui annonce Civil War, mais aussi la formation d'une équipe alternative aux Avengers, les Secret Warriors, qui serait dirigée par Skye désormais baptisée Daisy Johnson. Quant au reste des personnages ils s'étoffent tous. Coulson entre en guerre contre une rebellion au sein du Shield (encore une phase géniale de cette saison, permettant de voir deux camps se mettre sur la tronche pour le pouvoir); Ward change de camp à tout va avant de tomber à nouveau dans la tragédie (Whedon ce briseur de coeur professionnel!); Fitz a un bloquage suite au passage du caisson et entre dans une schyzophrénie rendant le personnage terriblement émouvant et attachant. Simmons est présente au fur et à mesure mais le final de la saison 2 risque d'avoir des conséquences dramatiques (Whedon...). Quant à May, elle révèle le temps d'un épisode une sensibilité que l'on imaginait pas et de comprendre à quel point le surnom "Cavalerie" a des consonnances douloureuses. L'arrivée de Mockingbird et Lance Hunter permettent de belles batailles en couple entre le pro-shield et le pro-shield II. Un spin-off était d'ailleurs initialement prévu sur le duo mais a finalement été évincé par les producteurs et scénaristes, préférant continuer à développer les personnages dans le vaisseau-mère. 

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La saison 3 aura probablement des audiences désastreuses à moins d'un regain d'intérêt total, les critiques étant meilleures dorénavant. Mais est-ce que le public aura l'envie? Là on en est moins sûr. En tous cas on annonce notamment Lash, inhumain tuant ceux qui ne sont pas digne de l'être. Plus de réponse dès le mois de septembre. Pendant plusieurs années, Guillermo Del Toro a essayé de mettre en place une série servant de véhicule à Hulk, mais le projet Avengers a plus ou moins tout fait capoté. D'autant que le réalisateur de Pacific rim voulait surtout rendre hommage à la série de Bill Bixby. D'ailleurs à la question de savoir si le projet était annulé, Kevin Feige était plutôt évasif: "Non, pas du tout, nous tentons toujours de mener le projet à terme (...). Mais rien n'est totalement sûr pour l'instant, et aucune date de tournage n'est encore prévue..." 4 Par contre, la Marvel mise beaucoup sur les Defenders, groupe de super-héros qui comprendra Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist. Pour le premier, cela faisait un moment que la Marvel comptait reprendre les droits à la Fox, incapable de faire un reboot et ce malgré les atouts Joe Carnahan ou David Slade (qui sont partis à chaque fois devant le manque total d'ambition de la Fox).

Daredevil (affiche)

Ce n'est clairement pas un mal de revoir "l'Homme sans peur" que ce soit au cinéma ou en série même si j'ai bien du mal à le voir en héros sur le long terme. Massacré dans le film de Mark Steven Johnson avec un Ben Affleck tout bouffi dans son costume (cela pourrait changer en Batman vieillissant), le héros aveugle a bien besoin de revenir en forme. Incarné par Charlie Cox, vue dans la série Boardwalk Empire et le film Stardust , il est rejoint par Rosario Dawson, Elden Henson pour l'accolyte Foggy, Deborah Ann Woll et Vincent D'Onofrio dans le rôle phare de Wilson Fisk dit le Caïd. Réussite totale, abordant le personnage de la meilleure des manières (violente, bien scénarisé, s'attardant sur tous les personnages même les plus secondaires), Daredevil est une réussite rare dans le MCU (voir La résurrection de l'Homme sans peur). Une deuxième saison a d'ores et déjà été annoncé pour l'an prochain. Mais mieux, elle mettra en scène l'Homme sans peur face au Punisher qui sera incarné par Jon Bernthal, mais aussi le retour d'Elektra sous les traits de l'actrice française Elodie Yung. De quoi faire totalement oublier la débâcle des audiences d'Agents of Shield et imposer Marvel dans le milieu des séries. Avec Netflix, Marvel peut se permettre des projets plus sombres et violents. Jessica Jones mettra en scène en fin d'année une détective privée ancienne super-héroïne issue du comic-book de Brian Michael Bendis Alias (rien à voir avec la série de JJ Abrams qui a ironiquement commencé sur la même période) et elle tomba enceinte de Luke Cage qui est génétiquement modifié. 

Photo de tournage de Jessica Jones avec Krysten Ritter et Mike Colter.

Pendant plusieurs années, ce héros a été convoité par la Marvel et le plus vieux projet remonte à celui de John Singleton avec Tyrese Gibson. Cage sera introduit légitimement dans  Jessica Jones avant d'avoir sa propre série. Jessica Jones sera incarné par Krysten Ritter alias celle qui a brisé le coeur de Jesse Pickman dans Breaking Bad, David "Doctor Who" Tennant incarnera Kullgrave, méchant ayant un certain contrôle mental et aussi Carrie Anne Moss. La série sera diffusée dès fin 2015. Quant à Luke Cage, il sera incarné par Mike Colter et sa série sera sur Netflix début 2016. Iron Fist fut convoité pendant longtemps aussi pour le cinéma avec un projet avec Ray Park (Dark Maul dans La menace fantôme et le Crapaud dans X Men) et s'impose comme un adepte des arts-martiaux au coup de poing spécial. Il y a de fortes chances que le personnage Shang Chi fera partie de l'aventure puisque c'est avec lui que Daniel Rand fonde les Héros à louer. Les scénaristes auraient vraisemblablement du mal à trouver le ton juste, le personnage ayant quelques éléments fantastiques (ses pouvoirs viennent d'un dragon!) et il faut le bon ton afin de ne pas sombrer dans le grotesque. La série est prévue pour fin 2016 avant une série réunissant Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist sous le nom de The Defenders pour 2017. 

 

En sachant que les épisodes seront diffusés en intégralité sur Netflix, la politique de la plateforme de diffusion étant de tout diffuser d'un seul coup. Une rareté qui commence déjà à faire du mal aux chaînes. Quant à l'Agent Carter il peine à convaincre pour l'instant et ce malgré ses atours de mini-série et non possiblement de série sur la longueur. Une seconde saison est néanmoins prévue. Wait and see...


 Article original publié le 14 avril 2014.


** http://www.ecranlarge.com/article-details-27954.php

*** http://www.ecranlarge.com/article-details-27916.php

4 Propos recueillis dans Pop corn numéro 5 (avril-mai 2014).

Autres sources: http://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=11400.html

La Marvelverse gagne en épaisseur

Troisième volet des dessous de la Marvel Cinematic Universe avec la phase 2 présentée avec les films déjà sortis. (attention légers spoilers pour certaines parties)

Iron Man 3: Shane Black is back!

Iron Man 3 : Affiche

Bien avant la sortie d'Avengers (2012), les différents films de la Phase 1 furent annoncés et finalement pas grand chose de nouveau, puisqu'en dehors des Gardiens de la galaxie de James Gunn, tous sont des suites. Preuve en est avec cet Iron Man 3 (2013), quatrième film à mettre en scène le personnage de Tony Stark. Mais curieusement, avec la Phase 2, la Marvel semble vouloir réparer ses erreurs. Déjà moins de tâcherons aux commandes et plus de réalisateurs qui ont fait de la qualité. Sur Iron Man 3, les producteurs tout comme Robert Downey Jr ont amené Shane Black à la réalisation avec des arguments bétons. Pour le réalisateur, c'est l'occasion de retrouver une grosse production, seize ans après le flop retentissant d'Au revoir, à jamais de Renny Harlin (1997). Après des années de ruine au point de louer sa maison pour le tournage d'X Files (*), il était revenu sur le devant de la scène avec Kiss kiss bang bang (2005) où il sortait lui aussi Robert Downey Jr de sa déchéance. Il n'était donc pas étonnant que l'acteur fasse appel à l'un de ceux qui lui a fait relevé la pente. Mais ce qui frappe principalement avec Iron Man 3 c'est qu'il s'agit d'un vrai film de son réalisateur. 

Iron Man 3 : Photo

L'arme fatale 5?

Même s'il a eu quelques restrictions (cf La Marvelverse au commencement ou encore les rajouts pour les co-producteurs chinois qui seraient de la propagande merveilleuse), le réalisateur garde ses thèmes phares et ses automatismes d'écriture qui font que l'on retrouve le style du scénariste de L'arme fatale (1987). Personnage tourmenté par des faits précédents (Tony Stark traumatisé depuis son passage dans l'autre monde, comme Riggs dans le film de Richard Donner); fusillade à l'hélicoptère devant chez lui (explosion de sa villa quand la caravane de Riggs, décidemment, se faisait exploser sa caravane dans L'arme fatale 2); un enfant qui aide le héros en facheuse position (Ty Simpkins remplaçant Danielle Harris du Dernier samaritain ou Austin O'Brien de Last action hero); un méchant qui en cache un autre (le Mandarin sert de façade à Aldrich Killian comme l'Eventreur pour Benedict dans Last action hero); le buddy movie avec l'homme blanc et l'afro-américain (autrefois Riggs et Murtaugh ou le duo Bruce Willis-Damon Wayans, voici le duo d'action Iron Man-War Machine); le héros isolé de son habituel élément (Jack Slater sortait de son film quand Tony Stark se retrouve en pleine Amérique profonde); et bien évidemment de grosses scènes d'action.

Iron Man 3 : Affiche

On pense aussi bien au climax totalement bourrin ou à la scène de l'avion particulièrement déjanté dans son genre (même Iron Man tue des gens en étant cool), sans compter les gunfights sacrément foufou. Il est donc loin le temps où il fallait attendre les dernières minutes pour avoir un semblant d'action et encore ce n'était pas convaincant du tout. Comme le prouvait la séquence avec Iron Monger et l'autre encore plus expédiée avec Whisplash. Cela permet en plus au réalisateur de retrouver l'action bourrine d'antan qui a fait son succès et c'est le genre que les spectateurs des années 80-90 se souviennent encore aujourd'hui avec nostalgie. C'est dorénavant le cas de celui des années 2010. On restera néanmoins très sceptique sur le personnage du Mandarin, surtout quand on voit le court-métrage pour les bonus de Thor: The Dark World, confirmant la bêtise du twist en question. Pour le reste et ce malgré des rumeurs d'Iron man 4, ce troisième volet semble terminer l'arc narratif du personnage qui ne semble pas avoir tout dit, mais tout du moins il semblerait que le principal a été dit sur le personnage. Tout du moins avant Avengers 2 qui devrait faire la part belle au personnage de Tony Stark. 

Thor The Dark World: Un petit bon en avant

Thor : Le Monde des ténèbres : Affiche

Le film de Kenneth Branagh n'avait convaincu grand monde, en revanche le personnage de Loki semble plaire et le personnage de Thor a gagné en intérêt dans Avengers (2012). Comme il fait partie des personnages ayant eu leur film dans la Phase 1, il était donc logique de le voir revenir durant la Phase 2. Pourtant rien ne s'est passé comme prévu lors de la production, premiers couacs depuis Iron Man 2(2010). Dès le départ, rien ne va puisque Kenneth Branagh ne reprend pas son rôle de réalisateur, préférant Jack Ryan. Patty Jenkins (Monsters) est appelée selon le voeu de Natalie Portman qui joue Jane Forster, mais rapidement la réalisatrice doit faire face à des divergences scénaristiques avec la Marvel et les scénaristes. Elle quitte alors le navire et si elle n'avait pas un contrat sur plusieurs fims, Portman aurait fait de même en soutien avec Jenkins. Puis ce fut autour du méchant initial, Mads Mikkelsen, de claquer la porte préfèrant (à juste titre) la série Hannibal, laissant la place à Chistopher Eccleston. Les ennuis continueront lorsque des rumeurs évoquent des désaccords drastiques entre le réalisateur Alan Taylor (Game of thrones pour citer son plus bel ouvrage) et la Marvel. 

Thor : Le Monde des ténèbres : Photo Chris Hemsworth, Tom Hiddleston

Si les rumeurs seront immédiatement démenties (encore heureux), il n'en reste pas moins que les coulisses semblent contenir une sale ambiance y compris dans des points a priori mineur comme la musique. Carter Burwell, compositeur majeur pour les films des frères Coen, se voit donc remercier, Kevin Feige préférant Bryan Tyler, déjà compositeur sur Iron Man 3. Autant prendre les habitués après tout, quitte à lui faire faire une musique hyper formatée et déjà entendue des tonnes de fois. A cela rajoutez les fameux reshoots en plus (qui plus est trois mois avant sa sortie!) qui deviennent une merveilleuse habitude (dont une scène post-générique qui sert juste de bisou entre Chris Hemsworth et Elsa Pataky sa femme qui remplace Natalie Portman, trop occupée sur un tournage!) et vous obtiendrez une production particulièrement chaotique qui se reflète jusque dans son montage. Ainsi les reshoots se ressentent notamment dans les passages terriens puisque beaucoup de scènes semblent rajoutées et s'avèrent particulièrement inutiles. On pense notamment aux scènes avec Chris O'Dowd qui ne servent absolument à rien, pas même une quelconque amourette avec Natalie Portman qui semble être l'effet voulu. 

Thor : Le Monde des ténèbres : Affiche

Sans compter la plupart des scènes de Kat Dennings des propres aveux de l'actrice: "Bon, je ne sais pas quel sera le montage final, mais oui, j'ai tourné plus de scène. (...) Et on va faire quelques reshoots, donc je devrais en effet être plus visible" **. Vu la pauvreté du personnage, sorte de mauvais gimmick comique, on se demande où était l'intérêt des reshoots d'autant que le personnage ne sert réellement à rien. Mieux, le montage montre deux fois la même scène à savoir Stellan Skarsgard à poil en Islande ou je ne sais où, la première fois directement à la télé, la deuxième montrant Kat Dennings et son collègue le regardant à la télé avec un laps de temps d'au moins quinze-vingt minutes! Cherchez l'erreur. Il reste toutefois que ce Thor: The dark world est bien plus amusant que le premier, jouant habillement sur l'aspect heroic fantasy totalement absent du premier volet. Les batailles sont également plus soignées, Taylor ne venant pas de la série Game of thrones pour rien et décime même Asgard le temps d'une séquence  De plus, c'est l'occasion de voir un road-movie amusant entre Thor et Loki. On notera tout de même un méchant de pacotille auquel Mads Mikkelsen n'aurait pas servi à grand chose. Reste un film tout de même très moyen, non aidée par une production calamiteuse. Le grand monument fantasy de Marvel peut encore attendre. 

Captain America The Winter Soldier: Le Captain en pleine crise politique

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Chris Evans

Durant longtemps le parent pauvre de la Phase 2, Captain America The Winter Soldier (2014) est devenu finalement le meilleur film de la Phase 2 jusqu'à maintenant. Pourtant le choix des frères Russo n'apparaissait dans un premier lieu pas crédible, faiseur de comédies et pas forcément le genre que l'on verrait dans une aussi grosse production. De plus, un film Captain America une fois dans les années 2000 n'était pas forcément un cru très excitant (l'auteur de ces lignes l'était bien plus pour les films ci-dessus ou Les gardiens de la galaxie). Il est donc toujours amusant de se tromper. The Winter Soldier s'impose comme une bonne alternative à la série Agent of Shield qui joue aussi sur les affaires de l'agence très spéciale du gouvernement ricain. Ainsi, toute l'intrigue ne comprend que le Shield et se focalise donc sur les relations entre le Captain et l'agence pour laquelle il travaille. Pour accompagner le Captain, Black Widow (toujours en absence de film à son nom, malgré qu'il soit fréquemment évoqué) est de retour tout comme Nick Fury tout deux absents depuis Avengers (2012). L'occasion de voir un peu plus ces personnages en action et beaucoup moins en faire-valoir. 

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Chris Evans

C'est tout l'aspect intéressant de ce second volet puisque Nick Fury est au centre de toutes les conversations et ce même quand il n'est pas présent à l'écran, permettant une poursuite particulièrement explosive et bourrine. Surtout le personnage montre qu'il a davantage en commun avec le Captain que n'importe qui. Ce sont tous les deux d'anciens soldats qui ont survécu à une mort certaine (Steve Rogers à l'hibernation, Nick Fury à la perte de son oeil) et ayant plus ou moins un même sens de la justice. Quant à Black Widow, le personnage étonne par son efficacité, elle qui ne servait que de vulgaire porte-flingue depuis Iron Man 2 (2010). Là, elle sert réellement d'associée à Captain America, le suivant dans son enquête au point de faire un vrai duo. Dans Avengers, c'était Hulk dorénavant on sait que son association avec Steve Rogers est toute aussi explosive. A cela, rajoutez le Faucon qui fait sa première apparition au cinéma. Membre récurrent des Avengers dans les comics, un des premiers super-héros afro-américain avec Luke Cage et connu pour ses ailes, le personnage est ainsi modernisé à la sauce Marvelverse. Militaire ayant servi en Irak et depuis à la retraite, il reprend du service aux côtés du Captain avec des ailes mécaniques attachées à un harnet.

Captain America, le soldat de l'hiver : Affiche

Assez amusantes, ses scènes de vol fonctionnent prouvant tout le potentiel possible du personnage. D'autant qu'Anthony Mackie est vraiment à l'aise avec le personnage et on a hâte de voir ce que cela va donner sur le long terme. Pour ce qui est du long terme, le récit renvoie aux films des années 70 avec espionnage, coup d'Etat, organisation corrompue, complots... Il n'est donc pas étonnant que Robert Redford ait été convaincu par le script, lui-même ayant été au coeur de cette époque avec les films Les trois jours du condor et Les hommes du président. Le film se permet même de faire diverses transitions avec certains films à venir, Avengers 2: Age of Ultron en tête avec l'apparition de divers personnages qui auront droit à un temps de présence divers par la suite. Notamment un baron nazi incarné par Thomas Kretschmann, un Soldat de l'hiver qui risque de retrouver rapidement la mémoire et des jumeaux qui risquent de livrer de beaux moments dans la conclusion de la Phase 2. Ce Captain America: The Winter Soldier s'impose donc comme essentiel pour tout fan de la Marvel Cinematic Universe et annonce le meilleur pour la suite.

Les gardiens de la galaxie: Quand Marvel s'attaque au space-opera

Gardiens de la galaxie (concept-art 1)

Concept-art pour Les gardiens de la galaxie.

Les Gardiens de la galaxie de James Gunn termine la Phase 2 avant l'apothéose Avengers 2: Age of Ultron et même si des éléments rattache les différents projets (on pense aussi bien aux sphères évoquées à la fin de Thor The Dark World qu'à Thanos qui se dévoile plus largement avec la voix de Josh Brolin), le film de James Gunn réussi à avoir une identité bien propre dans un univers Marvel très cloisonné et parvenant souvent maladroitement à garder des volets non-reliés (tout le problème d'un film comme Iron Man 2, premier film à réellement avoir été construit dans l'optique Avengers). James Gunn a réussi à faire le meilleur film de la Marvel Cinematic Universe en faisant un film totalement dénué de super-héros. Les personnages ne sont pas des héros mais des sortes de mercenaires. Peter Quill est un petit voleur kidnappé par des aliens plus ou moins cannibales (et bleus par la même occasion) dans les années 80 et n'ayant que pour seul repère terrien un walk-man avec une cassette remplie de tubes. Gamora est une tueuse dont la famille a été décimé par le fameux Thanos et élevé par lui. Drax le destructeur a vu sa famille se faire décimer également. Quant à Rocket Racoon et Groot ils forment un duo de contrebandiers improbables avec un raton-laveur génétiquement modifié toujours avec une arme dans la main et le dernier d'une espèce d'arbre qui ne peut dire que "Je s'appelle Groot!"

Gardiens de la galaxie (affiche 2)

Une équipe de bras cassés qui aurait pu ne pas fonctionner au box-office et pour cause, ces personnages sont inconnus pour bons nombres de fans de Marvel voire du grand public. De plus, l'enjeu était d'autant plus complexe que le film se situe dans le space-opera, genre au combien risqué et nécessitant une tenue visuelle irréprochable. Si elle n'est pas impliqué directement dans la production, Disney n'en était pas à sa première tentative dans le space-opera et chacune avait raté le coche (que ce soit Le trou noir ou John Carter, deux oeuvres réhabilitées depuis). Avec Les gardiens de la galaxie, le carton a été plein dépassant même Captain America: The Winter Soldier(2014) aux USA. Quant à la bande-originale, elle s'est vendue comme des petits pains à cause de la compilation, cette dernière servant bien le film puisqu'elle évoque aussi bien des souvenirs à Peter Quill mais s'insère très bien dans l'action du film. L'utilisation des chansons n'est donc en rien arbitraire. D'un point de vue visuel, Les gardiens de la galaxie est certainement le film le mieux réalisé de la Marvel Cinematic Universe et réussi à faire accepter des personnages entièrement réalisés en CGI et n'ayant plus grand chose d'artificiel donc. Ce que n'avait pas réussi George Lucas avec sa prélogie Star Wars.

Gardiens de la galaxie (concept-art 3)

Concept-art des Gardiens de la galaxie.

Lucas est également présent dans les influences de Gunn avec Les aventuriers de l'arche perdue (1980), cité moult fois par interview et dans le film échange la sphère dans un point particulier avant de devoir fuir de manière explosive: "(Ce film) a une place très importante dans ma vie, et nous avons beaucoup analysé sa séquence d'ouverture au moment de tourner la nôtre. Mais ironiquement, la première ébauche du script signée Nicole Perlman rendait déjà hommage à Indiana JonesLes Gardiens de la galaxie a été pensé dès le départ comme un divertissement dans la droite lignée des films que Spielberg et Lucas nous ont donné à la fin des 70's et au début des 80's" ***. Une influence notable et que se ressent dans le ton terriblement fun du métrage. Et surtout pour d'illustres inconnus voire outsiders, Les gardiens de la galaxie peuvent désormais se damner d'être connu sur la planète Terre.

Avengers Age of Ultron: Avant les heures sombres...

The Avengers: Age of Ultron : Photo

The Avengers: Age of Ultron : Photo

Concept-arts représentant Quicksilver (Aaron Johnson) et Scarlet Witch (Elisabeth Olsen) pour Avengers 2.

Après avoir abordé des contrées bien plus originales avec Les gardiens de la galaxie de James Gunn, le MCU revient aux fondamentaux avec un film somme avec tous ses petits Avengers. Joss Whedon a eu de grosses difficultés sur ce film, lui-même s'avouant épuiser. En cause aussi, un trop plein de personnages à gérer: "Le film était vraiment un challenge pour moi, être certain que tous les personnages aient une véritable intrigue et ne pas réaliser, à un moment, oh, il faut aussi s’occuper de lui. Je voulais vraiment qu’ils fassent tous partie de l’histoire, qu’ils soient tous égaux. Être sûr qu’aucun n’est délaissé et qu’ils aient tous de quoi travailler."  Initialement prévu comme la conclusion de la Phase 2, ce sera finalement Ant Man en juillet prochain qui aura cette tâche même si Age of Ultron s'impose comme une conclusion plus légitime et surtout annonce les événements qui vont suivre dans la Phase 3. Dans un premier temps on peut voir que les opinions changent de plus en plus au sein du groupe. Tony Stark veut à tout prix trouver un moyen d'éviter aux Avengers d'intervenir en créant des armées de robots et dans son génie inconscient de lancer la bombe Ultron (changement radical puisque dans les comics c'est une invention d'Hank Pym aka le premier Ant Man). 

The Avengers: Age of Ultron : Photo

Concept-art d'Avengers 2.

De l'autre, Captain America et Thor ont bien du mal à être d'accord avec ses idéaux et tout cela annonce l'inévitable Captain America: Civil War qui sortira en mai prochain. L'idée d'une nouvelle équipe d'Avengers avec Captain America et Black Widow n'est pas non plus anodin à cela. D'ailleurs, Whedon a la bonne idée d'insérer des personnages héroïques ne faisant pour l'instant pas parti des Avengers, afin d'installer une cohésion légitime. War Machine et Faucon sont donc de l'aventure, le premier plus longtemps que le second néanmoins. Thor entrevoit également que le pire risque d'arriver à Asgard, anticipant les événements de Thor Ragnarok. Ce qui n'empêche pas une séquence inutile dans une grotte qui aurait très bien pu servir de séquence principale pour le rêve, si cela n'avait pas été montré plus tôt dans le film Sans compter la scène post-générique montrant Thanos avec le gant de l'infini (celui avec toutes les pierres) annonçant ni plus, ni moins que l'inévitable Avengers: Infinity War. Comme Thanos était présent dans le final d'Avengers, il était presque logique de le retrouver dans Age of Ultron. Le film met davantage en scène certains de ses personnages plus mineurs, à l'image de Black Widow et Hawkeye. Vilains petits canards du précédent opus, ils prennent plus d'importance, Whedon dévoilant aussi bien les origines de l'espionne russe (ce qui vaudra une polémique ridicule surtout quand on voit la place de la femme chez Joss Whedon depuis le début de sa carrière) que le statut dans la société de l'archer.

Avengers 2 (concept-art Vision)

Vision se dévoile.

Par ailleurs, le ressort comique de Jeremy Renner permet au personnage de sortir du monolithisme. Les aventures de Hulk sont ironiquement laissées en suspens et ce malgré un beau développement. Un éventuel Planet Hulk pourrait se faire mais ce n'est clairement pas à l'ordre du jour. Etant donné que c'est un super-héros très apprécié, il est toujours étonnant que Marvel n'arrive pas à en montrer plus avec. Le risque d'un film cher? Certainement. Compliqué? Aussi. Intéressant? Indéniablement, mais encore faut-il que ce soit bien amené. Quant aux nouveaux personnages ils tirent leur épingle du jeu à l'image de Vision et Scarlet Witch. On ne risque pas forcément d'en dire autant de Quicksilver qui fait un tour et puis s'en va, en faisant une belle publicité à Adidas. On regrettera également les origines ridicules des jumeaux, essayant de sauver les meubles pour ne pas avoir de problèmes avec la Fox. Il est néanmoins dommage que Whedon doit systématiquement revenir au fan-service en alignant les références à des films à venir (le passage d'Andy Serkis au combien inutile juste là pour annoncer Black Panther), mais aussi de faire parfois trop dans le bourrin histoire d'assumer son cahier des charges au risque de faire dans l'America Fuck yeah avec le Captain en point d'orgue de l'interventionisme américain à l'étranger. Néanmoins, le film réussi à être un peu mieux écrit qu'Avengers et ce n'est pas un mal.

Ant Man : Un héros qui fourmille

Ant-Man : Photo

Concept-art pour Ant Man.

Prévu depuis au moins 2011, Edgar Wright avait demandé à Marvel de le laisser faire The World's end (2013) avant tout pour faire honneur à son producteur, atteint d'un cancer et l'ayant toujours soutenu depuis Shaun of the dead (2004). C'est ainsi qu'Ant Man est vite devenu un des projets en amont de la Phase 3 et projet inédit comparé à ceux aux multitudes de suites qui parsèment déjà les deux premières phases du MCU. La première bonne nouvelle était que le script soit signé de Wright lui-même et Joe Cornish tout comme James Gunn a écrit Les gardiens de la galaxie (2014). Ensuite, le script devrait s'amuser avec les différentes identités du super-héros (au nombre de trois dans la mythologie Marvel) avec les personnages de Scott Lang et Hank Pym. Dans les comics, Lang est un électricien volant le costume de Pympour subvenir aux besoins de sa fille. Lang est incarné par Paul Rudd, l'amoureux de Phoebe dans Friends et maître-étalon de l'écurie Judd Apatow et Pym par Michael Douglas. Au vue du sujet, de ses acteurs et de son réalisateur, le film devait jouer sur la comédie super-héroïque et le spectacle pop, ce qui n'aurait pas été un mal à condition de bien aborder un personnage aussi particulier. En sachant que Patrick Wilson (Watchmen), Michael Pena (Collision), Corey Stoll (qui sera le méchant Yellow Jacket), Matt Gerald (déjà présent dans le court Longue vie au roi où l'on retrouvait le Mandarin, mais aussi dans la série Daredevil) et Evangeline Lilly (qui joue la fille de Douglas) sont engagés également.

Concept-art pour Ant Man.

Malheureusement tout change fin mai 2014 et le coupable est encore une fois la Marvel. Selon le Latino Review, le studio a demandé trois mois auparavant des réécritures à Wright sous le prétexte de la moralité de l'histoire (rien n'est dit mais on pense immédiatement au côté voleur du héros mais aussi à l'humour de Wright qui, tout comme celui de James Gunn, n'a rien de vraiment très gentillet) et aussi de pouvoir insérer des héros de la Marvel. Bien. Wright et Cornish se mettent au travail tout simplement, mais de nouveau les hauts pontes du studio trouvent les retouches insuffisantes et des script-doctors ont été envoyé pour retoucher le script. Soit le grand fléau des productions Marvel en plus des reshoots. C'est une pratique qui a eu lieu sur la plupart des films de la firme, qui agace plus d'un fan de comics et surtout qui nuie aux films. On a vu ça notamment sur les deux premiers Iron Man ou les Thor. En recevant le script, Edgar Wright aurait définitivement claqué la porte pour un film qu'il tenait en main depuis 2006. Soit une éternité dont la Marvel aurait pu tenir rigueur, en évitant des réécritures de dernière minute avant un tournage éminent (il fut finalement décalé d'au moins un mois). La situation est d'autant plus incompréhensible que Kevin Feige, producteur très influent des films de la Marvel Cinematic Universe, soutenait Wright depuis le début de l'entreprise.

Ant Man (affiche concept-art)

 

Le pire étant également qu'il y avait une grosse attente autour d'un film Marvel réalisé par le réalisateur de Shaun of the dead, Hot fuzz et Scott Pilgrim, bien plus que pour un film des frères Russo ou Jon Favreau. D'autant plus depuis la bande démo dont les concept-art ci-dessus en sont tirés. Le nom du réalisateur le remplaçant n'aide pas à faire passer la pillule. Il s'agit de Peyton Reed, réalisateur du très bof Yes man et des pitoyables La rupture et American Girls. Un autre niveau et beaucoup plus maléable que Wright, même si Feige à l'art du faux-cul de première à vanter les louanges de Reed comme quoi il aurait tant voulu faire les Fantastic Four avec lui en 2005, mais que ça ne s'est pas fait. Reste que le script est remanié par Adam McKay qui n'est pas le premier tocard venu (c'est lui qui a rendu Will Ferrell célèbre avec des films comme Ron Burgundy et sa suite ou Ricky Bobby) et avec l'aide de Paul Rudd. De plus, pile poil avant sa présentation au Comic-Con, Patrick Wilson part du projet faute de temps tout comme sont mis hors circuit par les récentes réécritures Matt Gerald et Kevin Weisman, dont les personnages ont totalement disparu du script. Après une production aussi catastrophique se retrouvait avec un bon film est déjà un miracle. Le film fonctionne en grande partie par son duo principal.

Ant Man (photo)

Yellow Jacket prêt à en découdre.

Hank Pym est présenté comme un vieux bougon dont la mort de sa femme a rendu seul et a fait arrêté ses aventures (dévoilées le temps de quelques magnétos tournés en ridicule par ses associés pensant à une blague). De l'autre côté, Scott Lang le repris de justice cherchant à retrouver la garde de sa fille et n'y parvenant pas, revenant inlassablement au vol. Ce sont deux personnages naviguant vers la rédemption que nous présente Peyton Reed. D'un côté le vieil homme cherchant retrouver un vrai contact avec sa fille après des années de chagrin. De l'autre, un homme faisant tout pour se refaire une conduite et donner à sa fille quelque chose de digne pour elle. Les scènes minuscules fonctionnent vraiment bien, Reed s'attardant suffisamment sur les fourmis, permettant même une certaine affection pour certaines. Des scènes évoquant souvent Chérie, j'ai rétréci les gosses de Joe Johnston (1989) de par l'apprivoisement qui se passe entre Lang et les fourmis et son affection pour la fourmi Antoinette. Quant au passage dans la quatrième dimension, il n'est pas sans évoquer la place de l'Homme dans l'univers comme l'évoquait Richard Matheson dans L'homme qui rétrécit (1956).

Ant-Man : Photo Michael Douglas, Paul Rudd

On regrettera néanmoins qu'Evangeline Lilly ne puisse pas porter plus son rôle, annonçant inévitablement la Guêpe (et pour cela il n'y avait pas forcément besoin d'une séquence post-générique pour y penser); tout comme Corey Stoll joue finalement un méchant peu intéressant et pas suffisament développé pour avoir de vraies interventions marquantes. On regrettera surtout qu'un film de casse typique (le braqueur avec Scott, le cerveau avec Hank, le guêt avec la fille Pym et les amuseurs de galerie avec les bons copains de Scott) pour le moins efficace (le but étant ni plus, ni moins de voler un objet pouvant nuire au monde entier)  soit gangréné par la Marvel. Tout d'abord par une volonté débile de juxtaposer des allusions aux Avengers par la parole (et hop une tirade sur Spider-man!) ou les actes (oh le bâtiment Stark devenu le QG des Avengers! Oh le Faucon qui fait coucou dans une séquence rigolote mais inutile et sortant du film! Oh l'Hydra sous son ancienne forme alors qu'on en est plus là depuis le final d'Agents of Shield! Oh l'Agent Carter dans la scène d'introduction). Tout cela empêche Ant Man d'être un film original comme l'aurait voulu Edgar Wright et c'est aussi pour cela qu'il serait parti. Bien sinistre d'en arriver là pour se faire entendre. La Phase 2 se termine donc plus correctement qu'on aurait pu le penser, laissant place à de nouveaux héros et à un futur éclatement.


 * http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/L-histoire-secrete-de-Shane-Black-De-Au-revoir-a-jamais-a-Kiss-Kiss-Bang-Bang-les-annees-noires-3719256) 

** Propos recueillis dans: http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Trois-mois-avant-sa-sortie-Thor-2-a-besoin-de-reshoots-3810799

*** Propos recueillis dans Mad Movies numéro 273 (Avril 2014).

4 Propos recueillis dans: http://www.melty.fr/the-avengers-l-ere-d-ultron-joss-whedon-avec-un-super-heros-de-plus-ma-tete-aurait-explose-exclu-a403640.html

5 Propos recueillis dans: http://www.ecranlarge.com/films/news/937071-the-avengers-l-ere-d-ultron-a-ete-un-cauchemar-pour-le-realisateur-joss-whedon

Autre source: http://www.allocine.fr/film/fichefilm-193108/secrets-tournage/