L'histoire vraie de Jake LaMotta, boxeur poids léger des années 40-50 ayant fini en gérant de boîte de nuit.

Affiche de 'Raging Bull'

En 1980, Martin Scorsese est mal en point. Epris par la cocaïne, suite à l'échec commercial de New York, New York et fatigué par The Last Waltz; Robert De Niro, son acteur fétiche et ami (ils avaient déjà tourné Mean Streets, Taxi Driver et New York, New York), vient lui montrer le script de Raging Bull, adapté de l'autobiographie de Jake LaMotta. Pour Marty, ce sera l'occasion d'une remise en question, lui permettant de signer l'un de ses plus grands chefs d'oeuvre. De Niro prend le rôle titre dans 2 grandes périodes de la vie du boxeur: boxeur et gérant de boîte de nuit. Un gros défi pour l'acteur, perdant et gagnant de nombreux kilos.

Robert De Niro & Joe Pesci dans Raging Bull

Une performance monstrueuse (30 kg), aussi impressionnante que celle de Christian Bale sur The Machinist. Joe Pesci, quant à lui, incarne le frère de LaMotta, signant pour le coup sa première apparition dans l'univers scorsesien. On retrouve également Cathy Moriarty. Raging Bull remportera 2 Oscars: meilleur acteur pour De Niro et meilleur montage. Pour la photographie, Marty opte pour le noir et blanc. C'est d'ailleurs assez bien trouvé, vu que cela va bien avec l'époque et c'est également un bel exercice de style, étant donné que ce procédé n'était quasiment plus utilisé à la sortie du film (tout comme le fera Sin City, 25 ans plus tard).

Robert De Niro dans Raging Bull

Ce procédé est d'autant plus percutant dans les scènes de boxe, où l'on voit les moindres mouvements de bras. Parfois de façon brutale comme le combat, avec un LaMotta totalement défoncé. Il y a peu de scènes de combats, mais Marty balance tellement dans la tronche que cela reste en mémoire. La vie de Jake est assez mouvementée. (Attention spoilers) Il ne fait quasiment rien avec sa femme et ses enfants, plus préoccupé par son poids à ne pas dépasser. Il est également très jaloux. Même si vous n'avez pas vu le film, vous devez connaître la fameuse réplique "You fuck my wife?", au moins par le sketch de José Garcia. Un moment impayable en VO, succédé par un poétique "Et lui en plus, il en a une plus grosse que la tienne!".

Pas de doute, on est bien chez Scorsese! Comme je vous le disais, il y a 2 parties dans ce film: la success story et la déchéance. Dès lors, on découvre un tout autre LaMotta. C'est un gros lard (De Niro est époustouflant), gérant d'un club à la mode, où il raconte sa vie. Par inadvertance, une mineure a des rapports sexuels dans le club. L'ancien boxeur se retrouve dans la merde et sa femme le quitte. Malgré tout ça, il réussit à se réconcillier avec son frère. Un homme en quête de redemption. C'est probablement la plus grande performance de De Niro, qu'on se le dise. Et pourtant, il a été magnifique dans d'autres films, mais là... La musique de Robbie Robertson reste indéniablement dans les mémoires.

Scorsese signe un biopic énorme, où De Niro trouve son meilleur rôle.

La critique d'Alice In Oliver:

Difficile de réaliser un film sur la boxe. Toutefois, dans son genre, Raging Bull, réalisé par Martin Scorsese en 1980, est probablement la référence absolue, suivi de très près par Million Dollar Baby et du premier Rocky dans une moindre mesure.
En vérité, Raging Bull est un biopic adapté d'un roman éponyme de Jack LaMotta, le célèbre boxeur revenant sur ses heures de gloire et sa déchéance.

Au niveau du casting, Raging Bull réunit Robert de Niro, Cathy Moriarty, Joe Pesci et Frank Vincent. Pendant longtemps, Raging Bull sera considéré comme un film maudit. En effet, à sa sortie, le long métrage de Martin Scorsese ne remportera pas le succès escompté. C'est probablement le noir et blanc et la durée du film (deux heures et dix minutes de bobine) qui expliquent son échec relatif au box office.
Nomminé huit fois aux oscars, Raging Bull en remportera seulement deux: meilleur acteur pour Robert de Niro et meilleur montage pour Thelma Schoonmaker.

Cependant, Raging Bull gagnera ses galons de classique du cinéma avec les années, certains cinéphiles le considérant comme le meilleur film de la décennie.
Là où le film se différencie des autres longs métrages sur la boxe, c'est sur les combats filmés par Martin Scorsese.
Le cinéaste choisit donc de placer une seule caméra à l'intérieur du ring. Pour Martin Scorsese, c'est une façon de plonger de le spectateur dans le match, la boxe devenant une sorte d'arène frénétique où les deux guerriers s'échangent des coups à une vitesse inouïe.

Ce procédé demandera beaucoup de travail au réalisateur et aux acteurs. D'ailleurs, Robert de Niro recevra un entraînement particulier pour les besoins du film.
Avec Voyage au bout de l'Enfer, c'est probablement son plus grand rôle au cinéma. Robert de Niro ne joue pas Jack LaMotta.
Il est Jack LaMotta.

Certes, la performance de Robert de Niro est énorme. Mais il ne faudrait pas oublier non plus la mise en scène de Scorsese.
Encore une fois, le réalisateur varie les plaisirs. Au moment de la gloire du boxeur, Martin Scorsese se concentre sur la rage de ce guerrier, prêt à en découdre avec ses adversaires. Hélas, Scorsese se montre tout aussi radical lorsque son héros touche le fond.

En un sens la vie de Jack LaMotta ressemble à un chemin de croix. Le boxeur passera de l'image d'un taureau du ring à un minable gérant de boîte de nuit.
C'est donc un personnage souvent antipathique et incroyablement narcissique qui nous est décrit. Pourtant, Martin Scorsese parvient à rendre son boxeur attachant.
Pour l'anecdote, Robert de Niro perdra 30 kilos pour interpréter le personnage au moment de sa déchéance. Un très grand film, l'un des meilleurs de Martin Scorsese.

Note: 19/20