Sam va fêter son seizième anniversaire mais tout le monde semble l'avoir oublier dans sa famille. Le début d'une longue journée...

J'ai souvent évoqué le nom de John Hughes dans ces colonnes. Scénariste et réalisateur de teen-movies dans les 80's avant de produire et scénariser une flopée de bouses (dont les Beethoven et Flubber), Hughes est devenu une sorte d'icône dans la pop-culture mais il reste encore peu connu en France. Sa mort en 2009 a néanmoins suscité un regain d'intérêt pour son oeuvre (on parle bien sûr de ses réalisations), au point que sa première réalisation Seize bougies pour Sam a fini par sortir en BR en France. A cette époque, Hughes a scénarisé quelques films notamment un des premiers films d'Harold Ramis (National Lampoon's Vacation) ainsi qu'un film de pirates avec Tommy Lee Jones (Les naufragés de l'île perdue). Avec Sixteen Candles, Hughes signe son premier projet en solo et trouve dès ce film deux de ses acteurs fétiches: Molly Ringwald interprète-titre (tout du moins dans le titre français) et Anthony Michael Hall, futur méchant d'Edward aux mains d'argent. Premier succès pour Hughes et le début d'un long règne dans le genre du teen-movie. Un peu comme il le fera dans Maman j'ai raté l'avion (il est scénariste et producteur dessus), le début de Seize bougies pour Sam ressemble à un véritable ramdam familial. 

Seize bougies pour Sam (photo)

ça grouille dans la baraque, ça gueule, la grande soeur prend la salle de bains pour elle toute seule, on apprend que son mariage est au centre de tout voire beaucoup trop ("Elle a ses règles, son mari va surement pas se marrer, dit le petit frère. -Où t'as appris cela? , dit le père. -A l'école! -Ah bon. C'est mieux que de mon temps!")... puis une fois que tout se relache, on découvre Sam. L'ambiance est différente comme en contradiction avec l'excitation ambiante derrière la porte. Via un travelling, Hughes nous présente la chambre d'une jeune fille des années 80 qui plus est au téléphone et en train de choisir sa robe du jour. Molly Ringwald irradie le plan dès son introduction et on comprend pourquoi Hughes a voulu jouer sur l'attente avant de la dévoiler. En peu de temps, Hughes présente son personnage et son entourage et nous donne deux informations: Sam a seize ans et sa soeur va se marier le lendemain. Puis on débarque au lycée. Le beau-gosse d'un côté qui fait office de fantasme pour Sam (Michael Schoeffling), de l'autre le geek (d'ailleurs Hughes n'a pas été cherché loin puisque le personnage s'appelle ainsi dans le générique, tout du moins en surnom direct) qui cherche à tout prix à se la faire accompagner de sa bande de potes (dont un certain John Cusack dont la soeur Joan arbore un magnifique appareil dentaire foireux).

A cela rajoutez que c'est le bal de promo et vous aurez une merveilleuse soirée rocambolesque et fun à souer. L'unité de lieu: un jour et demi. Alors Hughes sait qu'il doit faire durer le plaisir à partir de la soirée. Le passage au lycée devait être une introduction, la soirée sera le point d'orgue. Comme la journée de sèche de Ferris Bueller, comme le baraquement contre les voleurs de Kevin dans Maman, j'ai raté l'avion, comme les heures de colle seul des élèves de Breakfast Club. C'est là où Hughes se permet toutes les excentricités, changeant même de lieu pour faire de la ville un vrai terrain de jeu et les répliques ne tardent pas à fuser avec une subtilité parfois jouissive au possible. Le personnage de l'asiatique (incarné par Gedde Watanabe) traînant chez Sam est une vraie machine à gag à lui tout seul. Un gimmick comique qui alcoolisé vous sort des perles comme jamais: "Personne ne m'a attrapé! -Toi rusée!", "Mes mains ne seront plus jamais vides" (amis poètes!) et enfin la meilleure "Ces américaines quelles chiennes! Leur ding dong a faim" (les amateurs de Touch my tralala comprendront)! En sachant qu'il n'hésite pas à sauter sur les gens avec un subtil "Banzaï!". Comme souvent c'est la description bien définie de John Hughes qui fait la différence. Sam est une jeune fille qui cherche le grand amour et voit d'un mauvais oeil le mariage de sa soeur. Chose dont elle aura finalement raison.

Le geek est décrit comme un dragueur invétéré cherchant à chaque fois à tirer sa crampe ("La barbe!, dit Sam -C'est sûr, je viens de me raser!"), par tous les moyens. Finalement cela arrivera probablement avec la personne la plus improbable possible et cela pour un grand moment d'hilarité ("Ce passage, c'est pas pour vous!" grand moment de face caméra entre Anthony Michael Hall et le spectateur, préludant les appartés de Ferris Bueller). Le bellâtre n'est finalement qu'un garçon friqué comme on en connaît tous et bel et bien blasé de son statut. Sa popularité ne vient que par sa richesse, y compris la reine de promo qui lui tourne autour (la géniale Haviland Morris que l'on retrouve quelques années après en rousse volcanique dans Gremlins 2!) qui finalement n'est pas si stupide que ça. C'est d'ailleurs grâce aux deux garçons que l'on a droit une nouvelle fois à un dialogue d'anthologie: "Pour ce qui est des fesses, je ne suis pas en manque, dit le bellâtre. J'ai déjà Caroline qui pionce dans la chambre à côté. Je pourrais la violer dix fois sans qu'elle se réveille! -Qu'est-ce que t'attends?!" Enfin le mariage est également l'occasion d'un pur moment de déconnade sous tranxen auquel je laisserais le mot de la fin: "Nom de dieu!, dit le père. -Elle s'est trouvée mal!, dit la mère. -Mais fout lui des claques qu'elle se réveille! -Veux-tu te calmer?! Tu veux tout de même pas que tout le monde sache qu'elle a ses règles! -Oh!, dit le public dans l'église. -Les mauvaises langues qui disent qu'elle est enceinte, ça va leur clouer le bec!, dit le marié."

Un teen movie jubilatoire, très bien écrit et aux personnages terriblement attachants.