Oubliez les franchises horrifiques qui reviennent sans cesse à la charge à base de remakes ou de suites tardives (le prochain Halloween comme le dernier Saw en sont bien la preuve). S'il y a bien une franchise horrifique qui s'avère très lucrative en ce moment, c'est bien The Purge ou American Nightmare par chez nous (2013-). Un investissement de base qui n'est pas énorme (entre 3 et 10 millions de dollars) mais qui rapporte énormément si l'on se base sur les chiffres des trois premiers opus (plus de 318 millions de dollars de recettes). Une recette que connaît bien le producteur Jason Blum, amateur du petit budget qui fait de gros bénéfices avec notamment un pourcentage sur les recettes pour certains acteurs. Un producteur pas toujours finaud, voire un poil radin, produisant à la chaîne pour une production globale qui ne finit pas toujours au cinéma, au contraire des bacs de DVD. Toutefois quand le coco a du flair, cela donne de sacrées poules aux oeufs d'or.

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Soit les franchises Paranormal activity (2007-2015), Insidious (2010-2017) ou Ouija (2014-2016), Split (M Night Shyamalan, 2016) ou Get out (Jordan Peele, 2017). A cela se rajoute la boîte de production Platinum Dunes, bien contente d'être associée à autre chose que des remakes. L'autre pilier de la franchise est James DeMonaco scénariste des quatre films (et de la série à venir) et réalisateur des trois premiers. La Cave de Borat va donc se charger d'évoquer dans les grandes largeurs les quatre films, le dernier étant sorti la semaine dernière avec Gerard McMurray à la réalisation (réalisateur de Burning sands et producteur de Fruitvale Station). Le dernier opus étant une préquelle, intéressons nous d'abord sur le contenu proposé par la première trilogie. La Purge existe depuis 18 ans si l'on se fit à ce qui est dit dans Election Year (2016). Elle a été instauré par les Nouveaux Pères Fondateurs de l'Amérique et se déroule dans la nuit du 21 au 22 mars aux USA.

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Le but est que les Américains puissent faire exploser leur violence refoulée durant ces douze heures et il est interdit de s'attaquer à des politiques en place comme d'utiliser des armes trop lourdes (ce qui sera changé dans Election Year pour des raisons évidentes). On remarque au cours des films que les cibles sont toujours les mêmes : globalement des sans-abris ou des gens pauvres dont pas mal d'afro-américains. Le personnage d'Edwin Hodge l'évoque d'ailleurs au début d'Election Year : avec ces cibles précises exécutées durant la Purge, moins d'allocations délivrées, de soins, de logements sociaux ou de dépenses pour le gouvernement américain. La sénatrice jouée par Elizabeth Mitchell va même plus loin en évoquant lors d'un débat pour la présidence que l'argent récolté par les Purges va dans les compagnies d'assurance ou la NRA.

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Dès lors, pourquoi stopper le massacre annuel, sujet de toutes les déviances et excentricités possibles, s'il est aussi rentable pour le gouvernement ? C'est là où DeMonaco réussit son coup car avec un événement bien décrit et une critique sociale forte pour des films distribués par une major (donc Universal), sa Purge n'en devient que plus crédible et furieusement politique. D'autant plus quand on voit que pas mal de tueries de masse ont eu lieu durant cette décennie notamment sur le sol américain et que ce type d'événement est tout à fait plausible dans notre société. D'autant qu'à partir du troisième opus, il est dit que les étrangers viennent durant la Purge en mode safari (un d'entre eux, probablement sud-africain, évoque même qu'il a l'impression de revenir au temps des afrikaners). Un contexte politique digne de ce nom qui n'est pas sans rappeler les charges politiques de John Carpenter effectuées entre la fin des 70's et la fin des 90's.

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Il est d'ailleurs amusant de se dire qu'en son temps, Big John aurait pu faire des merveilles avec un sujet pareil, à l'image de films comme They Live (1988) ou New York 1997 (1981). DeMonaco paye son tribut au Maître de l'horreur en citant ouvertement Assaut (lui-même un remake non-officielle de Rio Bravo) dans le premier opus. Un premier volet qui se pose comme un pur huis-clos, se concentrant sur la maison d'une famille qui fait rentrer Edwin Hodge traqué par des purgeurs. Hodge est afro-américain et joue un SDF, ce qui le présente d'office comme une cible. Les purgeurs le veulent à tout prix et la forteresse de la famille d'Ethan Hawke va vite être prise d'assaut par ces personnes masquées et armées jusqu'aux dents. Comme dans Assaut (1976), une personne tue quelqu'un, elle se réfugie dans un lieu et les camarades du mort rappliquent en masse pour rentrer dans le lieu.

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Si les scènes d'horreur pures sont rares, la tension comme les scènes d'action réservent leur lot de moments bien tranchés et avec quelques surprises. (attention spoilers) En apparence, la famille choisie par DeMonaco apparaît comme en retrait. Ils mettent des fleurs bleues devant leur maison à la fois pour soutenir la Purge comme pour ne pas être attaqué par les purgeurs. Mais le mari s'est enrichi grâce à des systèmes de sécurité, dévoilant toute sa richesse aux yeux de ses voisins qu'il a équipé et donc dans un sens endettés. S'ils s'attaquent aux purgeurs qui assaillent la famille, c'est pour mieux s'en occuper. Derrière les sourires se cachent les rancoeurs et cela amène à la sauvagerie la plus crasseuse : celle que l'on refoule durant un an avant de l'exploiter pleinement. A eux se rajoute le petit-ami de la fille (Tony Oller) qui veut tuer le père car il l'empêche de la voir. 

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Les apparences sont parfois trompeuses derrière les beaux sourires...

De la même manière, le père sera aussi radical que les purgeurs quand il le faudra. La violence ne va pas que dans un sens et les pulsions sont universelles. (fin des spoilers) C'est probablement ce discours pas si gentillet sur la violence qui fait peut-être de cette première Purge le meilleur opus de la franchise jusqu'à présent. Un épisode où personne n'est blanc blanc, d'autant plus qu'il joue sur une économie de lieu et de temps de manière efficace (les rares scènes montrées à l'extérieur sont dans le voisinage le plus proche ou venant de caméras de surveillance). Le véritable défaut qu'on pourrait citer est qu'on a l'impression que les personnages dès qu'ils sont dans le noir perdent leurs repères, au point de ne plus reconnaître leur propre maison. Si bien que les membres de la famille se cherchent régulièrement durant le film, au point que cela en devient ridicule. DeMonaco aurait pu se contenter chaque année de faire la même chose, en faisant systématiquement un film en huis-clos ou de perpétuer l'histoire des personnages.

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Pourtant, il choisit de faire d'Anarchy (2014) un film plus porté sur l'action, se déroulant dans la rue et le seul acteur qu'il garde du premier film est Edwin Hodge devenant progressivement une figure de la résistance anti-purge menée par Michael K Williams. Finalement le seul personnage qui apparaît dans chaque film de la trilogie, vite rejoint par Frank Grillo vedette des second et troisième films. Un personnage qui évoluera d'un film à l'autre. Dans le second film, il joue un personnage pas si éloigné du Punisher, homme voulant venger la mort de son fils en tuant l'homme qui l'a tué accidentellement. De plus, c'est un personnage très actif et se déplaçant en voiture blindée avec un petit armada d'armes et une certaine expérience. Dans le troisième, une fois libéré de son fardeau et de son chagrin, il devient le garde du corps de la sénatrice. Le second est peut-être le moins bon épisode de la trilogie.

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En cause, certains personnages inutiles à l'image de ce couple qui apparaît plus comme un boulet pour les autres membres du groupe formé par Grillo (Kiele Sanchez et Zach Gilford). Mais aussi un scénario moins intéressant, se contentant d'être une virée dans la Purge, alors que le premier comme le troisième misent davantage sur une tension omniprésente qui pèse sur leurs personnages. Reste quelques moments intéressants comme cette séquence type Running Man sans lumière ou l'aspect vengeur de Grillo. Ce second opus est également l'occasion d'évoquer un aspect qui reviendra dans les films suivants : les milices envoyées par le gouvernement pour faire plus de morts, quitte à s'attaquer à des cibles comme les gens qui résident dans des quartiers défavorisés. Un aspect qui prendra tout son sens dans Election Year où la milice traque la sénatrice et Grillo. Puis dans The First Purge qui dévoile un gouvernement prêt à tout pour imposer la Purge aux yeux des Américains, leur montrer qu'elle est utile.

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L'action d'Election Year n'est ironiquement pas datée et de ce qui est dit sur l'ami Wiki, la préquelle se situerait en 2014 (là non plus pas clairement dit), ce qui amènerait l'action de ce troisième volet aux alentours de 2032. La sénatrice Charlie Roan est la seule survivante de sa famille tuée lors d'une Purge quand elle était adolescente. On ne nous dira pas comment elle a survécu (on nous suggère que sa mère l'a choisi comme seule survivante du carnage), mais on la retrouve plus pugnace que jamais face aux Nouveaux Pères Fondateurs prêts à tout pour lui faire sauter la tête. D'où une Purge où même les politiciens peuvent se faire liquider, la volonté des NPFA étant de perdre leur adversaire le plus rapidement possible. Le combat de la sénatrice n'en devient que plus pertinent dans ce contexte, se faisant la porte-parole de minorités opprimées et décimées en ayant été dans le même cas qu'elles.

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(attention spoilers) Election Year s'apparente à une véritable conclusion à la trilogie, voire peut-être à la franchise même, laissant en filigrane dans son final une trace d'espoir et de changement avec l'élection de Roan à la présidence des USA. Toutefois, DeMonaco laisse plâner le doute en évoquant dans les dernières secondes une possible attaque des NPFA. Comme si malgré la défaite aux élections et des pertes diverses dans leurs rangs, les NPFA se sentaient obligés de riposter par la force hors de la Purge. (fin des spoilers) Outre le point de vue politique, cet opus est peut-être le plus bourrin avec plusieurs assauts armés et même un combat. Si des éléments semblent évidents quand on a vu les autres opus (milices, cibles particulières, magouilles) ou la prévisibilité de la fin, The First Purge permet un cadre différent. 

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Il ne s'agit plus de montrer des faits se déroulant dans tous les USA, mais de se focaliser sur un endroit fixe : Staten Island. Comme le suggère le titre, il s'agit de la première Purge qualifiée plus exactement d'expérience. L'expérience permettait de déterminer si la Purge pouvait être mise en place dans tout le pays. Sauf que la population de Staten Island ne tuant pas grand monde, le ménage s'opère de l'intérieur très rapidement y compris en liquidant certaines preuves encombrantes. Comme le suggère le membre des NPFA joué par Patch Darragh, le parti a peut-être été une alternative contre les Démocrates et les Républicains, mais ils ont hérité de toutes leurs dérives comme des restes de crise. Si la Purge n'est pas un succès, le pays s'écroulera. D'où les milices pour décimer certains quartiers, y compris si ces personnes n'ont rien pour se défendre. 

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De par son point de vue très politique, The First Purge est l'occasion d'évoquer une politique répressive et violente se faisant dans la tuerie de masse. Les NPFA se justifient partout en évoquant que les personnes souhaitant participer à la Purge (reconnaissables par des lentilles de contact spécifiques) doivent passer un test psychologique. Pourtant certains cas sont complètement déviants et on comprend assez vite que les NPFA cherchent inévitablement à donner lieu à un véritable massacre. La palme à ce fou drogué et scarifié (Rotimi Paul) qui se déchaîne dans une scène d'une certaine sauvagerie en pleine foule. L'autre point fort du film est qu'il met en scène un ensemble de personnages globalement afro-américains, soit les principales victimes de cette nuit. Certes Edwin Hodge était présent dans les trois films, mais il n'était qu'un second-rôle prenant de plus en plus de la place. 

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Des personnages des opus 2 et 3 étaient noirs, mais ils étaient globalement des second-rôles là aussi, derrière les personnages de Frank Grillo et Elizabeth Mitchell. The First Purge met en scène à la fois des gens tout ce qu'il y a de plus lambda, comme des dealers de drogue qui deviennent une sorte de milice de secours face à celles du gouvernement. Ce quatrième volet n'évite pas l'éparpillement des personnages amenant quelques longueurs, mais cette première Purge confirme que la franchise a encore des choses à dire et permet des récits d'anticipation pouvant varier entre l'horreur, le huis-clos ou l'action bourrine sans que cela soit incohérent. La franchise reviendra bien assez vite, mais cette fois à la télévision. Le contexte reste encore assez flou, mais une première bande-annonce a été dévoilé avant la sortie du dernier film. La diffusion est prévue à partir de septembre. A la prochaine !