Une famille doit faire face à la mort de la grand-mère, engendrant une succession de drames de plus en plus horribles...

Hérédité

En ce moment, il y a deux films d'horreur américains qui font grincer des dents dans les salles françaises. Le premier est Sans un bruit (John Krasinski, 2018) chroniqué la semaine dernière (voir Chut). Le second Hérédité (2018) premier long-métrage d'Ari Aster déjà remarqué par plusieurs courts. Deux cas d'école pour deux optiques totalement différentes. Le premier joue beaucoup trop sur la mécanique actuelle du genre, là où Hérédité s'en abstient le plus possible. Présenté à Sundance cet hiver, le film avait déjà remué pas mal de spectateurs, mais on a souvent l'impression de devoir se méfier de la nouvelle bombe horrifique ces dernières années, à force de films en deça des attentes ou à la réputation surdimensionnée. Hérédité divise, certains n'y voyant qu'un film chiant et ennuyeux, d'autres une claque certaine qui déstabilise énormément le spectateur. Votre interlocuteur se positionne dans la seconde partie. Hérédité est un peu ce que n'est pas Mother (Darren Aronofsky, 2017).

Hérédité 2

Il y a la même volonté de vouloir entraîner le spectateur dans un cauchemar qui va devenir de plus en plus sombre jusqu'au point de non-retour. Sauf qu'à la différence d'Aronofsky, ici nous n'avons pas l'impression que le réalisateur / scénariste a mis tout et n'importe quoi dans un mixeur en espérant que cela forme un tout. Hérédité n'a rien à voir avec L'exorciste (William Friedkin, 1973) par rapport à ce que suggère la coupure du Time Out New York présente sur l'affiche, car il n'y a pas d'exorcisme dans le film au contraire d'un aspect religieux qui prendra de l'ampleur au fil du récit. Non, s'il y a à la rigueur une référence commune ce serait à un film comme The Witch (Robert Eggers, 2015) distribué par la même A24 et qui dévoile là aussi une famille qui va se désagréger à partir de deux points précis. 

Hérédité 3

Hérédité est une plongée malaisante dans une famille qui n'arrive pas à faire son deuil d'une manière ou d'une autre et tombant dans une folie malheureuse qui prend des proportions hallucinantes. Le film n'utilise pas les mécanismes grossiers du cinéma d'horreur actuel (et notamment américain). Vous ne verrez pas de jump-scares, tout est dans l'atmosphère. Idem pour la musique certes bien présente, mais qui n'en fait pas des caisses en reprenant soudainement avec un gros son. Ce qui en fait un ofni imprévisible, radical et choc. Le choc apparaît par les transitions (une d'entre elles est probablement une des visions d'horreur les plus impressionnantes des 2010's), des idées ou des plans précis. Le spectateur est désarçonné systématiquement et même quand un danger guette, le réalisateur fait régner une menace omniprésente y compris avec une simple silhouette dans le champ. Si bien que la tension est toujours palpable et c'est ça qui fait peur.

Hérédité 4

Une peur qui a également lieu au sein même de la maison au centre des actions de la famille. La peur de perdre les siens, de les affronter ou de dire ce qui ne va pas. Mais quand cela explose, cela donne des scènes aussi fracassantes que celle du dîner entre Toni Colette, Alex Wolff et Gabriel Byrne. Ce dernier incarne une sorte de médiateur, probablement le personnage le plus proche du spectateur. Il assiste aux drames en essayant toujours de garder le positif, même quand cela ne va plus du tout. Hérédité met en scène des gens qui s'en veulent de leurs actes et n'arrivent pas à s'en sortir. Le père est le seul qui peut apparaître comme éloigné de cela et pourtant il en est quand même victime. Tout le casting est plus que solide, signant des performances hallucinantes allant de Toni Collette merveilleusement excessive à Milly Shapiro angoissante avec son claquement de langue. (attention spoilers) Comme évoqué plus haut, la religion est également présente dans le film.

Hérédité 5

Le fait qu'elle arrive peut-être tard dans le récit a tendance à rendre l'histoire confuse selon certains. Pourtant, le cheminement se fait petit à petit avec l'arrivée d'Ann Dowd qui amène la partie fantastique pure et dure (on se contentait jusqu'à présent de quelques apparitions fantômatiques), entraînant la famille dans l'enfer du fanatisme. Une folie furieuse qui atteint son paroxysme dans des plans marquants, allant d'une décapitation au combien dérangeante à des personnes nus qui observent l'objet de leur convoitise. Le malaise est total, l'horreur immense et dans la tête du spectateur se rejoigne des images qui restent encore en tête bien après le visionnage. Comme une tête décapitée dont les restes sont bouffés par des fourmis. Le sacrifice des générations précédentes (comme un héritage trop grand) prend sens dans les dernières minutes, montrant le visage de l'horreur pour la génération suivante. Comme des pantins dans une maison de porcelaine que l'on manipule à sa guise. (fin des spoilers)

Hérédité 6

Tout le monde n'adhérera pas à Hérédité. Il n'en reste pas moins un choc horrifique marquant des 2010's et un malaise total de 2h06.