Bis on Thionville, la rubrique consacrée aux films projetés durant les Nuits bis du cinéma La Scala, fait son retour avant le passage à l'an 2019 (synonyme de chute de New York pour rappel). Pour la nuit de ce mois de décembre, revenons sur deux films plutôt référencés et jouant des codes des genres ou tendances qu'ils abordent. Débutons avec le film qui était diffusé avec Halloween (John Carpenter, 1978) le 31 octobre dernier, Une nuit en enfer (Robert Rodriguez, 1996) ou From dusk till dawn en vo, en référence à l'accroche du bar Titty Twister où atterrissent les personnages principaux du film. L'histoire ne vient pas de Quentin Tarantino comme on pourrait le croire (il est scénariste, producteur et acteur du film), mais de Robert Kurtzman réalisateur de Wishmaster (1997), mais aussi un des fondateurs de la société d'effets-spéciaux KNB.

Octobre 2018

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Une boîte connue notamment des fans de cinéma horrifique et fantastique depuis les 80's, puisqu'elle a travaillé sur Evil dead 2 et 3 (Sam Raimi, 1987-92), L'antre de la folie (John Carpenter, 1994) ou Scream (Wes Craven, 1996). Tarantino a ensuite repris l'histoire pour en faire un scénario, le premier où il fut payé pour écrire. Il rajoute la première partie de l'histoire, résumée en une page chez Kurtzman et envisage de le réaliser, avant de se concentrer uniquement au scénario et au rôle de Richard Gecko. Renny Harlin (Peur bleue, Cliffhanger) et feu Tony Scott (qui a réalisé True romance sur un script de Tarantino) se disent intéressés par le script, mais c'est finalement Robert Rodriguez qui rafle la mise. Tarantino et lui se connaissent depuis 1992 où ils étaient venus présenter Reservoir dogs et El mariachi au Festival de Toronto ; et sont depuis devenus amis et collaborateurs réguliers.

Une nuit en enfer 

Affiche réalisée par Frank Frazetta.

Le casting se révèle assez hétéroclite. Pour jouer Seth le frère de Richard, Rodriguez opte pour George Clooney, alors en plein boom grâce à la série Urgences (1994-2009) et qui retrouvait avec Une nuit en enfer le fantastique et l'horreur des années après Le retour des tomates tueuses (John De Bello, 1988) et Return to Horror High (Bill Froehlich, 1987). Pour la famille prise en otage par le duo de criminels, on retrouve Harvey Keitel, Juliette Lewis (qui venait de définitivement exploser avec Tueurs nés d'Oliver Stone, adapté d'un scénario de... Tarantino) et Ernest Liu. Autour d'eux se trouvent des trognes bien connues, que ce soit les habitués Salma Hayek, Cheech Marin, Danny Trejo et le maquilleur Tom Savini ; la vedette de la blaxploitation Fred Williamson et l'un des second-rôles phares du cinéma américain John Hawkes. 

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Pour 19 millions de dollars de budget, le film en rapport 59 millions en tout, ce qui est pas mal mais pas phénoménal. Toutefois, le film permet d'asseoir Robert Rodriguez comme un artisan intéressant après El Mariachi et sa séquelle / remake  Desperado (1995). Une époque où il semblait encore avoir des idées (soit un aspect que l'on retrouve très peu chez lui depuis 1998) et où il ne se la jouait pas old school avec des effets-spéciaux plus pourris que ceux des séries B qu'il pastiche, mais avec plus de budget (coucou Machete). Au contraire de Tarantino souvent plus dans le plagiat que dans l'hommage, Rodriguez joue davantage dans Une nuit en enfer sur un retour à l'ambiance du cinéma d'exploitation des 70's-80's avec une certaine décontraction, tout en évoquant une certaine violence. Avant de voir ce film, il vaut mieux ne pas en savoir trop sous peine d'y perdre en surprises.

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(attention spoilers) Les personnages principaux sont des criminels en cavale, l'un plus dangereux que l'autre puisque Richard est un violeur psychopathe. Seth est davantage un braqueur de banque qui tue uniquement en dernier recours, ce qui ne l'empêche pas d'avoir quelques coups de folie. La première partie ressemble davantage à un thriller psychologique mâtiné de road movie où se côtoient meurtres, viol et prises d'otages. Parmi ces derniers, une famille où le père est un ancien pasteur qui a renié sa foi suite à la mort de sa femme. Tarantino et Rodriguez parviennent à bien installer les différents enjeux du film dès le départ avec cette famille désunie et le duo souhaitant passer au Mexique. Une fois au bar, le réalisateur et le scénariste partent dans une direction différente, plus fun. Mais ils ne mettent pas d'indices aux spectateurs afin qu'ils découvrent la réalité des choses sur un coup de sang.

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D'une ambiance sous tension, Rodriguez passe à un film totalement décomplexé bien que gardant un peu de sérieux pour les enjeux humains, où les tirs s'enchaînent et les pieux de circonstance sont enfoncés dans les coeurs des suceurs de sang. Tarantino parodie même le célèbre monologue de Robert Shaw dans Jaws (Steven Spielberg, 1975) avec Williamson qui raconte une histoire tragique se déroulant durant la Guerre du Vietnam. Les excentricités se présentent également par le pistolet-coquille de Sex Machine (Savini), "la machine à pieu" utilisée par Clooney, les prises de Williamson comme à la belle époque ou encore cette danse incroyablement longue et torride de Salma Hayek. Si les maquillages sont classieux (KNB fait rarement du mauvais boulot), on ne peut pas en dire autant des transformations finales des vampires sous forme de liquide, sorte de morphing de piètre qualité.

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D'autant que cet effet a été tellement utilisé depuis Willow (Ron Howard, 1988) qu'il a fini par devenir un gimmick comique. Au passage signalons cet excellent plan final, permettant de voir l'arbre qui cache la forêt, comme le final laisse entrevoir une possibilité de suite avec le consommateur de café et la tueuse née. Malheureusement, les Weinstein ont préféré jouer la carte de l'économie en faisant des suites direct to video. Un fond de commerce alimenté par les franchises Hellraiser (dès le cinquième opus, après deux opus produits pour le cinéma), Mimic (1997-2003), Les démons du maïs (à partir du troisième), Dracula 2000 (2000-2005) et évidemment Une nuit en enfer. Entre 1999 et 2000 sont donc sorties deux suites réalisées par Scott Spiegel et PJ Pesce. Il y aura ensuite une sorte de remake télévisé diffusé entre 2014 et 2016.

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L'autre héritage d'Une nuit en enfer repose sur le personnage de feu Michael Parks. Le shérif Earl McGraw reviendra dans Kill Bill (Tarantino, 2003-2004) et le dyptique de films formant Grindhouse (2007). Une manière comme une autre de créer un micro-univers formaté par les mêmes réalisateurs. (fin des spoilers) Passons maintenant à Black Dynamite (Scott Sanders, 2009), projeté en décembre 2016 aux côtés de Basket case (Frank Henenlotter, 1982). Soit disons-le franchement, une des rares projections du film en France, tant sa distribution fut inexistante en janvier 2010. Donc merci à La Scala de nous proposer ce type de films trop peu visibles dans les salles françaises. Plus directement qu'Une nuit en enfer, Black Dynamite aborde la Blaxploitation frontalement. Soit un type de films qui mettait en scène des afro-américains pour un public globalement afro-américain. 

Black dynamite vs Basket Case 

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Parmi eux, on retrouve la série des Shaft (Parks, Guillermin, 1971-1973), Super Fly (Gordon Parks Jr, 1972), Black Caesar (Larry Cohen, 1973) avec Fred Williamson ou Foxy Brown (Jack Hill, 1974) avec Pam Grier. Après un passage à vide, la Blaxploitation a fini par revenir à travers des hommages souvent justifiés par la présence d'acteurs stars. Mais aussi par des simili-revivals à l'image des reboots de Shaft (le premier réalisé par John Singleton en 2000, le second prévu pour l'an prochain signé Tim Story) ou tout récemment la série Luke Cage (2016-2018), personnage créé dans les 70's par Marvel pour surfer sur la vague Blaxploitation. Entre ces deux-là est arrivé Black Dynamite, film indépendant ayant fait son petit buzz à Sundance avant d'avoir un petit culte permettant de réaliser une série animée avec la même équipe (2012-2015). 

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Le film est clairement une parodie tout en gardant les codes du courant sans s'en moquer. Les personnages blancs sont rares. Le personnage principal (soit Dynamite, Dynamite) est aussi charismatique que très sexualisé. La musique est formée de jazz, de funk et de soul. Sans compter ces scènes de baston où les coups sont très appuyés, même s'il fallait bien un Michael Jay White pour incarner cet homme d'action phénoménal. L'acteur se révèle parfait pour le rôle, d'autant que l'on sait que c'est lui qui tabasse les méchants (il pratique le Kyokushinkai, un style de karaté). Ce qui amène d'autres excentricités comme ces voitures qui explosent en plein vol comme c'était encore le cas dans les 60's (revoyez les James Bond avec Sean Connery, vous en verrez pas mal) ou alors ce plan avec Black Dynamite en parachute.

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Le film ne se prenant jamais au sérieux jusque dans son histoire (les afro-américains se retrouvent au centre d'un complot, où ils risquent d'avoir des pénis moins grands à cause d'une drogue et de l'alcool modifiés ! ), on finit par adhérer au délire ambiant. D'autant que Scott Sanders signe un film hilarant et merveilleusement fun. A partir de là, on ne peut que s'amuser devant les aventures surréalistes de cet ancien agent de la CIA partant venger son frère, quitte à taper dans le pif du président Nixon. Au passage, il semblerait que Sanders et White ont remis le couvert pour un second opus. On va rester attentif et attendre le retour de Dynamite, Dynamite. Allez à la prochaine !