Frank Underwood est un homme politique ambitieux et pour obtenir ce qu'il veut, il n'hésitera pas à taper au bon endroit au bon moment...

House of Cards (US) : Affiche Affiche

Fin des années 90, dire qu'un réalisateur renommé serait attiré par le modèle sérielle aurait fait rire. En général, on y débute mais on ne s'y installe pas. Pourtant avec Histoires fantastiques (série anthologique créée par Steven Spielberg auquel de grands noms ont réalisé des épisodes allant de Clint Eastwood à Robert Zemeckis en passant par Joe Dante) comme Alfred Hitchcock présente (où le réalisateur a réalisé plusieurs crus). C'est surtout Twin Peaks le show culte de Mark Frost et David Lynch qui a remis les pendules à l'heure et a donné envie à des réalisateurs de cinéma de se lancer dans le format sérielle. Depuis, d'autres ont tenté l'expérience que ce soit sur des anthologies (Masters of horror, Les contes de la crypte) ou des séries prestigieuses (où HBO n'est jamais bien loin) comme Boardwalk Empire (pilote réalisé et série produite par Martin Scorsese), Rome (créée par John Millius et réalisée en grande partie par Michael Apted), les récents Believe (Alfonso Cuaron a produit et réalisé le pilote) et The strain (idem pour Guillermo del Toro d'après son roman) ou encore House of cards. Cette dernière est l'adaptation d'une série anglaise produite par David Fincher, qui a également réalisé les deux premiers épisodes de la saison 1, tout comme Joel Schumacher (un peu mal en point suite au ratage Effraction) ou Jodie Foster. 

Photo Kate Mara

Dix-huit ans après Seven, Fincher retrouve Kevin Spacey. A ses côtés, Robin Wright (déjà de The girl with the dragon tattoo), Kate Mara (soeur de Rooney, la Lisbeth de Fincher), Corey Stoll, Michael Kelly, Kristen Connolly, Sebastian Arcelus, Constance Zimmer, Sakina Jaffrey, Michel Gill, Mahershala Ali (le père adoptif de Benjamin Button), Sandrine Holt, Joanna Going, Molly Parker, Gerald McRaney, Reg E Cathey et Jimmi Simpson (une des victimes de Zodiac). Inédit, le procédé de Netflix, plateforme de VOD, a permis aux abonnés de voir l'intégralité de la saison en un seul coup, sans pub et quand ils le veulent. Une tactique payante puisque Amazon (avec The after, la nouvelle série de Chris Carter créateur d'X Files et Millennium ou Mozart in the jungle avec Gael Garcia Bernal) et bientôt Microsoft (notamment avec la série Halo produite par Ridley Scott) ont tout de suite répliqué sur le même principe. C'est surtout les chaînes de télévision qui y perdent. Malgré le prestige certain de la série (pas trop de nudité, pas de violence ou très peu, sujet ancré dans le quotidien), House of Cards n'est diffusé que sur Canal + en France et sinon uniquement en DVD (heureusement pour ma pomme) et mériterait certainement une audience sur une grosse chaîne. En tous cas plus que la millième déclinaison des Experts ou Grey's anatomy (toute allusion à la "première chaîne de France" est volontaire). 

Photo Corey Stoll

La première saison démarre sous les chapeaux de roue: un chien écrasé par une voiture en fuite, Spacey sort, lui brise le cou et repart avec son garde du corps sans que personne n'ait vu quoi que ce soit. Un homme qui fait assez froid dans le dos et qui ne cessera de se révéler par la suite comme un dangereux requin de la politique. L'introduction sert à nous montrer son imprévisibilité et sa brutalité au moment voulu, chose qu'il réitèrera durant les deux saisons du show (la troisième est déjà commandée pour début 2015). Dès cette séquence, on sait qu'il n'aura aucune pitié pour ses adversaires et compte bien les dézinguer un par un pour obtenir le trône, à savoir la présidence des USA. Fincher instaure également dès le pilote les apartés face caméra de Frank Underwood, vous dévoilant ses pensées à voix haute, parfois en pleine discussion comme pour prendre à parti le spectateur dans ses noirs desseins. Frank est un sénateur carnassier, rageux de n'avoir eu aucun poste dans le gouvernement du président Walker, et voulant gravir les échelons le plus vite possible. Il connaît le moindre détail sur les politiques l'entourant, a des relations proches avec le président et sait comment communiquer notamment via une jeune journaliste cherchant à sortir de la paperasse (ce qui lui attirera bien des ennuis).

Photo Kevin Spacey, Michel Gill

Il a également un atout de poids: sa femme, principal conseiller et égal parfait de son mari. Si l'un flanche l'autre a toujours la solution et vice versa. Madame Underwood se montre quelque peu discrète dans la première saison, son adultère étant peu intéressant. En revanche, dès la seconde saison, elle montre tout l'étendue de sa bestialité, devenant une sorte de Lady MacBeth en beauté en ayant un bureau à côté de celui de son mari de vice-président et s'attaque au féminisme. Mais attention pas n'importe lequel, celui des violences faites sur des militaires. Une bonne poire (une victime maniaco-dépressive se bourrant de cachets), une loi improbable que soutient à moitié la femme du président et un buzz monumental qui alimente les jalousies. Alors que son mari est en difficulté (commissions suite à des magouilles en tous genres), madame Underwood sort les armes afin que le couple puisse avoir un projecteur sur eux. Kevin Spacey et Robin Wright sont absolument fabuleux et s'il n'y avait qu'un argument pour regarder House of cards ce serait bien eux. Spacey est parfait en politique carnassier, un méchant en puissance comme il adore les incarner. Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'il a joué Richard III avant de tourner la première saison car les deux personnages parlent tout deux au public et ont un certain orgueil.

Photo Kevin Spacey

Quant à Robin Wright, elle qui a souvent incarné des personnages sensibles, se retrouve ici avec un rôle dur et passionnant, manipulatrice parfaite en son genre et savant jouer sur une image lisse. Un beau portrait de la politique: beaucoup d'apparences et de coups bas et autant dire que pour faire tomber un politique tous les coups sont permis. On sera néanmoins un peu moins gentil au sujet du couple présidentiel, au centre de grands nombres d'actions au cours de la saison 2. A vouloir trop le mettre en avant, les intrigues se perdent un peu surtout que le président n'est pas aussi imposants que Frank et ses adversaires, et la première dame est au mieux insignifiante. En soi la saison 2 est une évolution comme un peu décevante. On a les sous-intrigues présidentielles peu intéressantes (le président qui va voir un pasteur pour ses problèmes de couple mouaif), mais de l'autre côté un vice-président au bord du gouffre face à des dispositions qui ne lui conviennent pas. En soi, il y a des hauts et des bas, mais House of cards reste toujours un grand rendez-vous annuelle et la saison 3 est d'autant plus attendue après un final aussi riche. La série réussi aussi à dévoiler un certain visage des médias, certains journalistes étant prêts à tout pour toucher la vérité y compris à y perdre la chemise. Beaucoup ne passeront pas l'hiver. Malgré un sujet quelque peu bourré de dialogues, la réalisation est d'une classe folle. On voit que Netflix y a mis les moyens.

Deux premières saisons classieuses avec un duo aussi machiavélique que fascinant, même si la saison 2 a quelques défauts.