Jurassic Park est devenu world et accueille désormais des milliers de visiteurs par jour. Mais un nouveau spécimen va causer destructions et morts sur son passage...

Jurassic World (affiche)

Au départ il y a un roman puis deux de Michael Crichton qui ont suscité une bataille sans précédent entre réalisateurs morfals tels que Joe Dante, Tim Burton et bien sûr Steven Spielberg. Voulant à tout prix son blockbuster de l'été, Universal suggère à Spielby de réaliser Jurassic Park avant La liste de Schindler. Résultat: deux chefs d'oeuvres pour le prix d'un dans la même année, dont un blockbuster qui reste parmi l'un des plus terrifiants et visuellement impressionnants. Le genre qui effraye encore votre magnétoscope (hé oui le Borat est vintage et a encore des VHS qui marchent) au moment de la scène du t-rex. Un modèle hollywoodien par excellence, jouant parfaitement sur des animatroniques d'une rare virtuosité et des cgi qui impressionnent même le gosse né dans les années 2000. Jurassic Park est un phénomène et Universal l'a bien compris. Une suite est alors vite lancé en 1996 pour une sortie l'année suivante dans une combinaison commando où Spielby enchaîne Le monde perdu, Amistad et Il faut sauver le soldat Ryan. Même si Spielby n'est pas trop inspiré à l'idée de tourner la séquelle (qui adapte toujours un roman de Crichton), il le fait pourtant bien et même mieux que pour une vulgaire commande.

Jurassic World : Photo

Tout aussi violent que le premier opus voire parfois plus gore (un protagoniste sympathique qui se fait écarteler avant d'être bouffé par deux t-rex en plan large, ce n'est pas tous les jours que l'on voit cela), cette séquelle était beaucoup plus cynique jouant du personnage de Malcolm. Le film n'en devenait donc que plus savoureux et alignait de très beaux moments de bravoure y compris dans son climax qui reste encore parmi les plus jouissif des 90's. Bon on passera tout de même sur le mauvais passage de gymnastique. En revanche le troisième a déçu à peu près tout le monde, pas aidé par des problèmes scénaristiques plus que visibles (comment croire à un gosse qui survit huit semaines seul et ne fait que des conneries une fois accompagné?), des animatroniques délaissées petit à petit au profit de cgi douteuses et même le retour de Sam Neill n'a pas aidé à faire oublier les personnages totalement creux qui l'entoure. Sans compter ce combat entre le spinosaure et le t-rex torché en deux temps, trois mouvements. Néanmoins un quatrième volet est tout de même envisagé malgré que le film de Joe Johnston n'a pas aussi bien marché que ses aînés (en plus des mauvaises critiques). On parle de tout et n'importe quoi: Keira Knightley dans une sorte de survival à dinosaures, des mix entre dinosaures et humains utilisés en vue de les envoyer sur le terrain, Joe Johnston à la réalisation, le retour possible du casting initial...

Finalement il est sorti le Jaws 19 prévu dans Retour vers le futur 2...

Pourtant en 2011, Spielby balance la chose: il produira Jurassic World sur un scénario de Rick Jaffa et Amanda Silver déjà aux commandes de Rise of the Planet of the apes. Puis arrive Colin Trevorrow réalisateur de l'inédit Safety Not Guaranteed film indépendant avec Aubrey Plaza et des voyages dans le temps. Visiblement ce serait le côté débrouillard du jeune réalisateur qui aurait plu au réalisateur de Jurassic Park. Le réalisateur s'approprie le scénario et met en scène un casting plutôt intéressant: Chris Pratt (annoncé avant même le carton des Gardiens de la galaxie), Bryce Dallas Howard, Vincent d'Onofrio, notre Omar Sy national, Nick Robinson, Ty Simpkins, Irfan Khan et Judy Greer. A la question de faire revenir des acteurs des précédents volets, la réponse est nette: pas de Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum mais BD Wong présent en scientifique dans le film de 1993. Un choix judicieux en soi car évite la nostalgie de revoir des personnages connus même pour un caméo. En revanche, Jurassic World développe des allusions inévitables à ses deux premiers opus (on évitera de parler de la bouse de 2001) que ce soit par des clins d'oeil inévitables à notre génération (en gros, pour que le spectateur soit bien en terrain connu, on privilégie de plus en plus les allusions aux classiques d'antan) ou même certaines allusions du scénario.

Jurassic World : Photo B.D. Wong, Irrfan Khan

(attention spoilers) Déjà Jurassic World est le parc d'attraction tel qu'aurait dû être Jurassic Park. Le temps d'un dialogue, on nous montre même une certaine mise en abîme avec un informaticien portant un t-shirt Jurassic Park, évoquant en soi une sorte de culte. Néanmoins, le fait de vouloir toujours plus ambitieux, plus complexe, plus spectaculaire (soit le propre de tous les parcs d'attraction) revient parfois créer le pire. C'est ce que symbolise à lui seul la présence de l'I Rex. Une créature insatiable et incontrôlable qui devient un danger dès lors que la chasse est ouverte, mais dont la recherche première était de faire la nouvelle attraction populaire du parc. Le problème étant qu'au contraire des deux premiers opus, il ne s'agit plus de petits groupes se retrouvant dans un drame humain qui n'est pas de leur volonté; mais de millions de visiteurs par jour venant voir des dinosaures devenus de vulgaires attractions. Les visiteurs viennent voir le T-rex bouffer la chèvre (clin d'oeil au premier); les bébés tricératops qui servent de petits poneys... Dans un manque évident de spectacle (humour!) et toujours pour chercher du sponsors (une scène nous montre Bryce Dallas Howard faire sa promo à des sponsors bien contents de s'associer à pareille aubaine), l'I Rex est donc crée pour un public toujours friand d'effroi (Irfan Khan dit quand on lui présente la chose "cela fera cauchemarder les parents") et de spectacle. Un pur parc d'attraction en soi avec Coca (bon pour ce dernier le placement est beaucoup moins crédible), Samsung, Mercedes et autres marques bien mis en évidence.

Jurassic World : Photo

L'informaticien en vient même à dire à Bryce Dallas Howard qu'elle devrait laisser les sponsors donner un nom aux dinosaures, comme "Pepsi Rex". Cet aspect est évident et même crédible de nos jours, en tous cas amené de cette manière. Certains trouveront cela abusif voire pénible, mais contrairement à d'autres blockbusters jouant sur du placement purement gratuits (pas besoin de voir Transformers 4, il suffit de voir Cinemasins pour voir des placements de produits pour le moins écoeurants et n'ayant pas lieu d'être), là l'aspect est volontaire, revendiqué par son réalisateur (voir le dernier Cinemateaser). La nostalgie qui peut parfois être abusive se voit aussi dans ce moment où les enfants tombent sur le bâtiment qui servait au parc d'origine et notamment en jouant sur l'I Rex se retrouvant à la place du t-rex à la fin de Jurassic Park. Pour ce qui est du reste, le film reprend quelques moments ou traces de scénario des deux premiers. Le complot militaire n'est pas sans rappeler la double-opération entre les scientifiques et les chasseurs du Monde perdu; Bryce Dallas Howard amène le t-rex de la même manière que lors de la scène sous la pluie du premier opus (mais avec des talons hauts, ce qui relève du génial!); et le personnage de BD Wong remplace littéralement celui de Wayne Knight dans le premier opus. Autrefois seulement "créateur" de dinosaures, il est désormais une pièce angulaire dans leur création mais garde ses secrets.

Jurassic World : Photo Chris Pratt

De plus, c'est sur lui que devrait reposer une suite (d'ores et déjà assuré au vue du succès fracassant et ahurissant de ce Jurassic World). Trevorrow l'a fait passer de protagoniste scientifique à véritable raclure machiavélique de laboratoire! On aurait pu trouver plus subtil mais il se trouve que cela fonctionne, tout du moins si on veut passer un bon moment. En sachant que le film révèle aussi un autre degré de lecture, en nous faisant clairement penser que l'ancien est bien meilleur que le nouveau. Le final en est bien la preuve. On peut aussi voir que Trevorrow ne cherche jamais à faire mieux que son aîné, préférant le valoriser comparé à moult reboot ou remake cherchant souvent à dézinguer l'original pour faire "soi-disant" mieux. Il signe un divertissement efficace ni plus, ni moins, soit ce que l'on pouvait s'attendre d'un reboot ou un nouveau volet de la saga. Au passage, le film a droit à un lot indéniable de moments de bravoure, l'I Rex réservant son lot de violence. Le passage dans la forêt avec la sphère en est la preuve, rappelant peut être un peu trop la scène du t-rex du premier film mais assez angoissante pour saisir le spectateur en manque de sensations fortes. Et puis il y a ce grand final qui vaut tout son pesant de cacahuète et faisant oublier le misérable combat avec le spinosaure. En sachant que les raptors, malgré l'absurdité du domptage (qui a aussi ses failles, ce qui est rassurant), ont également droit à leur quart d'heure de gloire notamment dans une séquence à la première personne et split-screen à volonté de qualité et réussissant à être violente.

Jurassic World : Photo Bryce Dallas Howard

La violence est assez bien traitée dans le film, surtout pour un PG13, réservant quand même quelques moments intenses à des spectateurs plus jeunes (et oui les parents toujours très fut fut pour le choix des films... -NDB). La preuve la plus évidente restant ce moment où plusieurs ptérodactyles se partagent l'assistante, mettant en suspend sa mort le temps de quelques secondes avnat que le grand manitou fasse le reste du travail! Une séquence totalement jubilatoire et pourtant terriblement violente. La nature même recrée peut être parfois impitoyable. (fin des spoilers) On regrettera toutefois, en plus d'une nostalgie parfois trop présente, des cgi beaucoup trop présents. Il est dommage que les animatroniques n'aient plus du tout leur place sur un film de ce type, surtout que tous les cgi ne peuvent compenser certains ratés (la séquence des tricératops est tout de même assez mal torchée). Le mélange cgi-animatroniques était au centre de la réussite des deux films de Spielby, déjà plus dans le 3 et Jurassic World ne semble pas avoir retenu la leçon. Bien dommageable à l'heure où un Mad Max Fury Road opte pour des effets à même le tournage...

Les deux gamins peuvent aussi irriter, le plus jeune étant un beau pleurnichard (d'autant que Ty Simpkins est du genre à en rajouter une couche à chaque scène où il est pris par l'émotion) quand le plus vieux drague tout ce qui bouge alors qu'on nous le présente avec une copine avant de partir à l'aéroport! Chris Pratt est à fond dans le personnage quelque peu beauf qu'il a hérité de Parks and recreation (en nettement moins con tout de même), tout en restant très sérieux en nouvel action jones d'Hollywood. Ce qu'on demande d'un personnage de ce type: un peu macho (ou tout du moins un peu gourmand et croquant avec madame), bourrin et sérieux à la fois. Quant à Bryce Dallas Howard son personnage est assez étonnant. C'est le cas typique du personnage qui est droit dans ses bottes avant de sortir de ses gonds. D'autant qu'elle s'en sort vraiment bien en femme d'affaires venimeuse mais pensant. Ce qui n'est pas un mal à l'heure des potiches à longueur de film hollywoodien (en parlant des auteurs du reboot de La planète des singes, remember Freida Pinto...). D'autant qu'elle est bien en femme d'action, malgré l'hilarité que peuvent provoquer ses courses en talons! Vincent d'Onofrio, BD Wong et Omar Sy sont plutôt bons chacun dans leur domaine.

Ce nouveau cru s'impose comme un divertissement de qualité, bien moins stupide qu'il ne semble l'être et relevant quelques pointes de cynisme bienvenue.