Kyle Reese est envoyé par John Connor en 1984. Mais les choses ont changé, Sarah Connor étant une guerrière avant même de le rencontrer...

Terminator Genisys (affiche)

Quand un film accumule les erreurs de promotion, c'est qu'il y a souvent un problème. Soit un film ambitieux que le studio ne sait pas vendre (le cas John Carter, archétype désormais chez Disney); soit le film est mauvais et le studio le vend à l'image de sa qualité. En soi, le cas Terminator Genisys risque d'être étudié d'ici quelques années comme cas d'école de ce que l'on peut faire de pire en terme de promotion marketing. On commence avec des photos douteuses d'Entertainment weekly (Emilia Clarke qui gueule en regardant vers l'horizon mais tirant vers le bas); une bande-annonce qui fait moyennement envie; deux autres qui spoilent la moitié du film à elles toute seules; des affiches photoshopées dans ce qui se fait de pire (un Schwarzy tellement modifié qu'il n'a plus de visage crédible; Emilia Clarke modifiée au niveau des seins et des fesses alors qu'elle n'a pas besoin de cela); une intervention de Big Jim qui sent le gros chèque (quand on voit le film, cela se confirme); et même pour la France, un spot avec Sam (vous savez "celui qui conduit c'est celui qui ne boit pas") dégueulasse qui tourne en boucle dans nos cinémas. Dans le genre "quand il n'y en a plus, il y en a encore", on a eu le gros lot. Mais bon, combien de films ont eu une campagne pourrie? Plein, cela ne dit pas que le film est mauvais. Manque de pot, Terminator Genisys fait très mal au ventre et réussit l'exploit incroyable de faire pire que Terminator Renaissance (McG, 2008).

Terminator Genisys : Photo Jai Courtney, Jason Clarke

On va donc commencer par les qualités qui se résument à deux. Dans un premier temps, les combats entre la Résistance et Skynet présentés dans le premier quart d'heure se déroulent de nuit et sont plutôt correctes, malgré les impayables robots immobiles (!). Alan Taylor reste donc cohérent par rapport aux films de James Cameron et Jonathan Mostow, au contraire de McG qui a plus réalisé un Mad Max qu'un Terminator. De plus, c'est enfin l'occasion de voir comment voyage les Terminators comme Kyle Reese au cours de la saga. On peut déjà dire qu'il y a quelque chose qui cloche. L'affrontement n'a aucune ampleur, aucune réelle violence, ça tire et explose à tout va mais sans réel intérêt visuel et dramaturgique pour le spectateur. Dans un second temps, il faut bien dire qu'Emilia Clarke s'en sort parfaitement en Sarah Connor, sachant être femme d'action au bon moment (ce que l'on n'aurait pas forcément pu deviner dans Game of thrones, où elle ne fait pas grand chose il faut bien le dire) et s'en sortant bien mieux que tous ses collègues. Au moins, elle échappe au cabotinage ambiant. Après cela, vous pouvez ronger votre frein et les ongles par la même occasion, vous êtes partis pour un massacre d'un peu plus de deux heures.

Terminator Genisys : Photo Emilia Clarke

Cette année, nous avons eu Mad Max Fury Road (George Miller), nouveau modèle du genre post-apocalyptique qui a su renouveler la franchise dont il est le quatrième opus; puis Jurassic World (Colin Trevorrow) qui a fait du neuf avec du vieux pour un bon divertissement, mais qui ne chargera pas sur ses deux aînés. Terminator Genisys renvoie en revanche à quelque chose de véritablement écoeurant: rendre nostalgique le spectateur devant un spectacle qui n'hésite pas à pomper sans vergogne ses aînés en se prenant pour meilleur qu'eux. Alan Taylor en vient carrément à retourner à l'identique des plans de Terminator (James Cameron, 1984), mais aussi à piller des arcs narratifs ou idées entières issus du reste de la saga. Tout le début de la partie du film se déroulant en 1984 est complètement pompée plan par plan sur le premier vrai film de Big Jim. Taylor ne cherche même pas à réinventer, vu que l'original est inimitable. Donc on refait la même connerie que sur le Psycho de Gus Van Sant (1998): du copier-collé bête et con fait par un tâcheron et des scénaristes sans idées. Dès lors, il est bon de faire attention à ces derniers qui ne sont pas étrangers au saccage que voilà. Patrick Lussier est connu des amateurs de navets et au mieux de nanars puisqu'on lui doit le délirant (et laid) Hell driver (2011); le misérable remake de Bloody Valentine (2009) et le bien connu (mais pour de mauvaises raisons) Dracula 2001 et ses merveilleuses suites.

Terminator Genisys : Photo Byung-Hun Lee

Quant à Laeta Kalogridis, le seul réel projet notable en tant que scénariste fut Shutter Island (Martin Scorsese, 2010) et à la rigueur Alexandre (Oliver Stone, 2004), le reste sentant souvent le sapin. Quant au réalisateur, s'il a fait ses marques sur la série Game of thrones (2011-) et tout un pan de séries HBO, il a aussi signé le bien pauvre Thor: The dark world (2013). Si sur ce dernier les ennuis avec la major Marvel furent notables, ici tout s'est bien déroulé. Ces trois cocos sont donc partis pour nous faire un best-of de toute la saga, en espérant faire oublier certains classiques. Le T-1000 apparaît mais en 1984 car il y a eu un paradoxe temporel, mais n'a rien d'intéressant. Pas que Lee Byung Hun ne fait pas le travail (il est même correct surtout au vue du rôle) mais n'a rien de menaçant au contraire de Robert Patrick qui, rien que par sa présence, réussissait à provoquer le frisson. Ici on connaît déjà le T-1000 et le personnage fait ce qu'on attend de lui sans jamais surprendre et surtout il ne fait pas peur. Ils en viennent même à ressortir la partie planquée du T-1000 sur le véhicule qui se fait éjecter de la voiture, avant d'être repris par la machine! Soit des inserts de T2 (James Cameron, 1991) ! Le T-1000 remplace juste le T-800 expédié le temps d'une scène. Schwarzy qui joue les psychologues de comptoir était déjà une idée de Terminator 3 (Jonathan Mostow, 2003). A cela est rajoutée le vieillissement des tissus du T-800.

Terminator Genisys : Photo Arnold Schwarzenegger

Un peu comme Bruce Willis sur Die Hard 5 (John Moore, 2013), Arnie se met à radoter, sort "vieux, pas obsolète" durant tout le film (au moins cinq fois sûr) et en vient même à évoquer qu'il a travaillé jusqu'à la retraite. L'acteur cabotine même s'il fait parfois ricaner jaune. Même son "I'll be back" sonne faux car on s'y attend et encore plus depuis Last action hero où Schwarzy s'en amusait. Le pillage continue jusqu'aux actions, le film ne faisant plus du fan-service comme il a souvent été reproché à Jurassic World depuis sa sortie, mais du pompage pur et dur. (attention spoilers) Tout le film est finalement un remake des deux premiers à la différence que Sarah Connor se défend du début à la fin. Le final se trouve à Cyberdine pour les mêmes raisons que dans le second opus, sauf que cette fois il faut détruire ce que va devenir Skynet (soit le fameux Genisys du titre qui est en fait un système permettant de connecter différents appareils électroniques en même temps) et non des bribes permettant de créer des Terminators. Sans compter l'affrontement entre deux Terminators. Le nouveau méchant est dorénavant John Connor devenu une machine suite à des nano-technologies insérées par le T-5000, qui est donc une machine entièrement faites de nano-technologies et est... le reste de Skynet après l'assaut final. Donc en gros, un homme qui devient un Terminator. Pourquoi pas? Mais le traitement est mal foutu (une sorte de squelette numérique) et visuellement cela pique vraiment. Alors que la franchise a toujours eu une bonne tenue visuelle (à part Salvation et son Schwarzy dégueulasse), celui-ci montre des carences fantastiques.

Le T-3000 ne ressemble à rien une fois la peau enlevée, si ce n'est à un vulgaire squelette et en sachant que son métabolisme revient comme le T-1000. Un plan complètement pompé sur celui de T2 nous le montre même se remettre progressivement en sortant des flammes! En sachant qu'une fois dans cet état, Jason Clarke est absolument pénible, cabotinant en grand méchant invincible. On a saccagé John Connor jusqu'au bout... Et Matt Smith, que nous n'avons pas vu dans une seule bande-annonce mais qui est un des acteurs présents dans le photocall du magazine suscité, dans tout cela? Hé bien c'est le fameux T-5000 que l'on voit contaminé John Connor et que l'on retrouvera à la fin sous forme d'hologramme. Soit moins de deux minutes de présence si l'on compte ses hologrammes. Un rôle tellement crucial qu'il est ancré dans la promotion depuis les premières photos... Quant à l'idée du voyage dans le temps du passé vers le futur, elle vient directement du pilote de la série Sarah Connor Chronicles (2008-09) ! Le postulat de départ de la série! Ils vont même jusqu'à reprendre le décor où les personnages dans la série: une autoroute! Changez juste 2007 par... 2017. Mieux, le temps d'une séquence où Sarah Connor parle au petit Kyle Reese, le réalisateur va jusqu'à reprendre L'armée des douze singes (voire La jetée) avec un ralenti où l'héroïne regarde l'enfant partir. (fin des spoilers)

Le réalisateur régurgite ce que l'on a déjà vu en espérant faire mieux et au combien que non. C'est donc avec regret que le spectateur subit du début à la fin un micmac de ce qu'il a déjà vu en pire et le rendrait nostalgique d'un passé cinématographique révolu. La saga Terminator semble tombée dans le processus du déjà vu, où l'on a l'impression que le reboot est en fait un mauvais remake qui fait mal au ventre. Le pire dans tout cela est de se dire que le film va suffisament marché pour mettre en place une trilogie du diable. Pour ce qui est de l'action, le film se révèle particulièrement classique, voire basiques. Il n'y a pas de morceaux de bravoure, la plupart annoncée tournant très court (à l'image du passage du bus qui n'a malheureusement aucune tension). Quant aux acteurs n'en parlons pas. Nous avons déjà évoqué les cas de Clarke, Schwarzy et Clarke mais que dire des autres? JK Simmons cachetonne en flic bizarre et que personne ne croit. Mais le comble vient surtout de Jai Courtney. Déjà mauvais sur Die Hard 5 (prédiction merveilleuse) et monolithique au possible dans Jack Reacher (ce qui n'est pas forcément un désavantage, mais pas non plus de quoi sauter au plafond), l'acteur se révèle au combien à la ramasse en Kyle Reese. Il ne dégage aucun charisme, on ne s'attache jamais à son personnage et il nous fait très rapidement regretter Michael Biehn. N'oublions pas non plus la musique de Lorne Balfe, un des nombreux suppléant d'Hans Zimmer (qui est producteur de la composition, ce qui s'en ressent beaucoup quand des moments typiques de Steve Jablonsky se dévoilent), qui massacre le thème de Brad Fiedel et ne parlons pas du choix douteux de certaines chansons (Bad Boys de Bob Marley utilisée comme pour l'émission Cops, au point de croire à une mauvaise blague).

Cela faisait longtemps qu'une franchise des années 80 n'avait pas touché le fond. Depuis au moins Die Hard. De quoi réhabiliter pour encore longtemps Le soulèvement des machines...