On évoque souvent l'expression "cinéma de genre" en France pour qualifier des films tenant du fantastique, de l'horreur, de la science-fiction ou même de l'action. Depuis 1999, la France essaye bien de trouver un nouveau souffle dedans (car rappelons-le aux plus jeunes, ce type de films a été longtemps très présent dans le paysage cinématographique français), mais se retrouve souvent avec des restrictions. Budgétaires d'abord, car les chaînes de télévision ne veulent pas miser sur des films qu'elles ne mettront pas en prime-time, notamment s'ils ne sont pas pour tous public. Ce qui entraîne des budgets moindres et des financements souvent difficiles à trouver. Ce qui amène parfois à des coproductions entre divers pays, voire à un tournage en anglais, ce qui est le cas des deux premiers films abordés aujourd'hui. A savoir Revenge (Coralie Fargeat, 2017) et Ghostland (Pascal Laugier, 2018). Outre le budget, il y a aussi la question de l'exploitation. 

LPDL

Le Pacte des loups (Christophe Gans, 2001), un des rares exemples de succès commercial de films de genre français depuis 1999.

On dit souvent que le public ne suit pas pour les films de genre français, mais il faut aussi pouvoir les voir. Si votre cher Borat a pu voir les trois films qui forment cet article, ce ne fut pas le cas de La nuit qui a dévoré le monde (Dominique Rocher, 2018) ou Les garçons sauvages (Bertrand Mandico, 2017). Certains exploitants ont peur de débordements (liés ironiquement à des films d'horreur américains), d'autres les programment mal en fonction des interdictions (souvent en soirée) et le nombre de copies se rajoutent à la fête. Toutefois, il semblerait que la sortie et l'accueil réservé à Grave (Julia Ducournau, 2016) ont eu un aspect bénéfique sur ses successeurs. Si les critiques négatives sont inévitablement présentes, l'accueil se révèle un peu moins froid. Quant aux spectateurs, même s'il ne faut pas s'attendre à des miracles au niveau des entrées, leurs avis sont également plus positifs qu'à une certaine époque. 

Revenge

On ne va pas s'en plaindre quand on se souvient de l'arrivée timide de Haute tension (Alexandre Aja, 2003) et de Martyrs (Laugier, 2008). Commençons donc par le premier long-métrage de Coralie Fargeat qui a fait un bon paquet de festivals (dont celui de Toronto) avant sa sortie début février. Sous des airs possiblement grossiers, voire beaufs (certains avis allaient dans ce sens), Revenge s'amuse plutôt bien du jeu des apparences. Le portrait des personnages qui est fait au début du film n'est pas forcément celui qui suit. Les personnages se cachent derrière des apparences avant de montrer leur vraie nature. (attention spoilers) Jennifer (Matilda Lutz) apparaît sous un air sexy. La jolie maîtresse qui plaît aux trois hommes de la villa. Son amant (Kevin Janssens) est un homme marié et businessman qui se présente comme un homme amoureux de son amante. Puis on a les deux associés de l'amant qui se rajoutent à la messe, un tchatcheur et un mec empoté (Vincent Colombe et Guillaume Bouchède). 

Revenge 2

Le viol de la fille va mener à un revirement de situation et les personnages vont alors devenir moins mignons qu'ils en ont l'air (y compris l'héroïne). L'amant devient un merveilleux salaud qui n'hésite pas à sauver ses fesses quand ça l'arrange. De même que sa virilité va progressivement s'effondrer dans un dernier quart d'heure où il va souffrir autant que son amante. Le violeur en question va sans cesse être dévoilé comme un personnage pathétique et pitoyable. Sa souffrance montrée en long, en large et en travers est avant tout là pour montrer l'impact de ses propres actes sur lui-même. Quant au petit dernier, il se révèle beaucoup plus actif que quand il se contentait de fermer les yeux en mangeant des oursons à la guimauve. Des mâles qui croient durant tout le film avoir le dessus sur la fille et finissent tous par s'écraser copieusement couverts de sang. Et notre héroïne dans tout cela ? Forgeat finit par lui donner une résurrection destructrice, la transformant petit à petit en femme forte et d'action aux méthodes dignes de l'ami Stallone dans le premier Rambo (Ted Kotcheff, 1982). 

Revenge 3

Forgeat la filme différemment à partir de là, laissant de côté l'image de jolie poupée pour en faire une action girl fracassante, mais pas sans difficulté. La réalisatrice se plaît à filmer le désert marocain, terres au soleil foudroyant et permettant une photographie portée sur le jaune d'autant plus logique. Comme les effets gore sont nombreux et très bien réalisés, souvent pour insister sur la souffrance récoltée par les personnages. Pour un premier film, Coralie Fargeat s'est faites plaisir à l'image de cette scène bad trip à différents étages qui permettent de voir un certain sens de l'expérimentation. Une réalisatrice à suivre indéniablement. (fin des spoilers) Passons maintenant à Ghostland. On avait quitté Pascal Laugier sur son premier film tourné en anglais The Secret (2012). Un film à contre-pied de Martyrs (2008) et où la perception des choses prenait un tout autre sens au fur et à mesure du film. Un aspect qui revient dans Ghostland avec une petite touche de Martyrs dedans.

Ghostland

Ghostland est un film qui emmène le spectateur dans un récit, joue avec lui même s'il se rendra peut-être compte que quelque chose cloche. Comme si tout était trop beau pour être vrai. (attention spoilers) Sur une durée somme toute correcte pour un film à twist (1h29), le film dévoile le voyage mental d'une jeune fille entre rêve et réalité, entre faits et illusions (Emilia Jones). L'héroïne est une adolescente qui se retrouve confrontée à une situation extrême et préfère s'imaginer une autre réalité, où tout semble aller mieux pour s'évader définitivement d'un quotidien horrible. Outre la métaphore visuelle où l'aspect coup de poing du réalisateur refait surface, l'affiche symbolise assez bien le parcours de l'héroïne : une poupée brisée et qui s'effrite petit à petit sous les coups. Après tout, ne vaut mieux t-il pas s'imaginer un futur avec mari, enfant et succès du métier que l'on veut exercer plutôt que de vivre une réalité trash où le meurtre et la violence physique comme sexuelle règnent. 

Ghostland 2

S'il se révèle plus mélancolique que sur Martyrs (la preuve avec le côté littéraire de l'héroïne), Ghostland n'en reste pas moins violent et ne lésine pas à montrer des personnages principaux (l'héroïne, sa soeur et sa mère) égorgées, violées et tabassées par un ogre et visiblement une transexuelle en pleine transition (dixit le réalisateur). Des êtres visiblement meurtris par la vie (l'ogre s'énerve quand les poupées lui disent qu'il est laid, elle met une perruque pour ne pas montrer qu'elle est chauve) et qui le font subir sur les autres. Le tout dans un contexte craspec et redneck pas si éloigné des Massacre à la tronçonneuse de feu Tobe Hooper (1974-86). En sachant que le réalisateur peut compter sur un casting de qualité, dont une Mylène Farmer en maman poule plus que juste (on voit que son expérience sur des clips pas si éloignés du court-métrage en a fait une actrice à part entière). (fin des spoilers) Enfin, terminons sur un exemple plus friqué, puisque Dans la brume (Daniel Roby, 2018) est une production budgété à environ 9 millions d'euros. 

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A l'heure où Taxi 5 (Frank Gastambide, 2018) fait 1 million d'entrées en première partie de semaine, intéressons nous à un film qui mérite peut-être plus d'attention au vue des moyens dépensés et de sa qualité globale. Si le film joue la carte du mystère au sujet de la dites brume (aucune explication concrète à ce sujet), il permet en revanche un survival à grand spectacle dans Paris, avec une tension suffisamment présente durant les péripéties pour avoir envie de suivre les personnages. Des personnages principaux constitués d'un homme (Romain Duris), de sa femme (Olga Kurylenko), leur fille (Fantine Harduin) et de leurs voisins âgés (Michel Robin et Anna Gaylor). Ce qui donne un côté intimiste que l'on ne retrouve pas tous les jours pour un tel budget en France et qui fait clairement du bien. Daniel Roby peut ainsi plus s'intéresser aux interractions entre des personnages sympathiques et courageux face à une situation trop grande pour eux. 

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Ils ne trouveront pas de solution au problème, ce ne sont que des gens qui essayent de survivre comme ils le peuvent. A cela rajoutez un élément qui deviendra un leitmotiv durant tout le film, puisque la petite est atteinte d'une maladie la contraignant à rester dans une bulle d'oxygène alimentée électroniquement. Sans électricité (car sinon ce ne serait pas drôle), il faut donc jouer sur les batteries de secours. Sauf que sans oxygène, on meurt dans la brume, ce qui entraîne une difficulté supplémentaire. On regrettera toutefois qu'un aspect de la résolution soit si évident et que sa mise en image paraisse si précipitée (à croire qu'il fallait finir le film en vitesse lumière). D'autant que la jeune actrice a des réactions franchement hasardeuses sur plusieurs scènes dramatiques. Une erreur de casting qui se confirme de plus en plus au fil du film, au contraire des autres acteurs clairement convaincants et attachants. Les effets-spéciaux tiennent largement la route (1 million d'euros dépensé rien que dans ce domaine et ça se voit) et on peut être assez impressionné par la violence visible à l'écran par les multiples corps morts au sol.

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Au point de se demander comment les producteurs ou le réalisateur ont pu convaincre TF1 de financer en grande partie le film (le label est montré au moins deux fois en présentation). Même si le film reste un film tous public, l'aspect un brin morbide est un peu éloigné de ce qu'a tendance à produire la chaîne, souvent réduite à des comédies ou alors quelques productions Besson pour pouvoir les passer plus facilement le dimanche à 21 heures. Une prise de risque salutaire mais qui a été bizarremment promeut par Mars Distribution. La presse n'a pas été convié à le voir, synonyme peut-être de film qui ne sent pas bon (officiellement car les effets-spéciaux n'étaient pas terminés). La promotion a été assez discrète, en plus de délivrer une affiche invraisemblable (pas celle montrée plus haut - NDB) et heureusement que le public a donné lieu à un bon bouche-à-oreille. A voir sur la durée, mais avec la concurrence Besson il sera peut-être difficile d'atteindre les symboliques 500 000 entrées.

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En tous cas, les trois films présents sont la preuve que des réalisateurs osent en France, se permettent d'aller vers l'horreur ou bien dans le contexte de science-fiction. Un cinéma français qui tente des choses et en bien, on ne va pas s'en plaindre.