Après un mois d'absence, revoilà l'Antichambre de Borat toujours ouverte pour des séances endiablées. Pour rappel, il s'agit d'une rubrique où chaque session est l'occasion de parler de trois films de manière plus directe, rapide mais toutefois pertinente. Au programme : le retour d'une célèbre Lara ; Albert Dupontel en pleine guerre ; et un film d'action américain sans néons. Ready ? Go !(attention spoilers).


 

TR

Il y a des reboots qui s'avèrent bénéfiques. Square Enix l'a très bien compris au sujet de la licence Tomb Raider (1996-)Fort d'un aspect survival plutôt efficace, le reboot vidéoludique de 2013 permettait à la franchise d'évoluer et de montrer une Lara Croft plus fragile et au début de ses aventures.

Après deux films ratés (West, De Bont, 2001-2003), un projet de reboot cinématographique revenait souvent depuis la sortie du jeu-vidéo Tomb Raider Legend (2006). Une idée qui est restée longtemps dans les cartons de la Warner et de la MGM. C'est finalement grâce au jeu de 2013 que les choses se sont enfin débloquées. 

Tomb Raider (Roar Uthaug, 2018) est donc une adaptation libre du reboot, ne prenant donc pas en compte l'identité de l'héroïne de la série originale, ni les films avec Angelina Jolie. Comme le jeu, il y a des aspects dignes d'un survival où Lara (Alicia Vikander) est confrontée à un environnement qui ne lui fera pas de cadeau. 

Le fantastique est un peu laissé de côté au contraire du jeu, permettant un aspect plus terre à terre plutôt intéressant. Les énigmes sont moindres comme dans le jeu, se concentrant avant tout sur la dernière partie. 

En dehors d'une introduction un peu trop appuyée, Tomb Raider est un film d'aventure qui se suit sans déplaisir, bourrin quand il le faut et est aidé par son actrice principale. Alicia Vikander est bien plus convaincante que Jolie en son temps, dans une vision différente soulignons-le encore une fois. Un rôle plus physique, même si on regrettera que Lara se contente des mêmes prises systématiquement.

Dans un monde où l'adaptation de jeux-vidéo est souvent synonyme de catastrophe industrielle, voir un film au moins divertissant et solide tient presque du miracle. Tomb Raider en fait partie.


 

ARLH

Quatre ans après le dégénéré Neuf mois ferme (2013), Albert Dupontel est revenu avec un projet plus gros : adapter le prix Goncourt 2013 Au revoir là-haut (Pierre Lemaître). Soit un film avec un grand besoin de reconstitution, de décors et de costumes.

Dupontel sort de son aspect foutraque et délirant pour un délire plus dramatique. La Ière Guerre Mondiale, la violence du conflit, les gueules cassées et l'après-guerre difficile à digérer. Dupontel aborde tout cela dans un choc visuel que l'on ne voit pas tous les jours dans le Cinéma Français récent.

On dit souvent que le Cinéma Français ne prend pas de risques en allant vers des gros budgets (on parle pour Au revoir là-haut de 20 millions d'euros), se contentant souvent de mettre les sous dans les cachets des acteurs. Mais là on peut dire que Gaumont a mis les bouchées doubles avec ce film où l'argent apparaît quasiment à chaque minute.

Si la guerre n'est pas omniprésente du récit (il se déroule les trois quarts du film dans le présent), les premières minutes sont assez folles entre plans-séquences et travellings explosifs. Elles scellent également le destin des personnages de Nahuel Pérez Biscayart (qui impose une véritable présence malgré un visage couvert) et de Dupontel (particulièrement émouvant), deux soldats l'un défiguré, l'autre non. Deux hommes essayant d'exister dans un anonymat de plus en plus troublant.

En face, un parfait salaud qui se frotte les mains et monte socialement (fantastique Laurent Laffite qui continue son ascension cinématographique savoureuse). Des atours qui font parfois penser qu'Au revoir là-haut est un conte, une oeuvre où l'imaginaire passe par des masques magnifiques et une violence graphique comme sociale omniprésente.

S'il y avait bien un film français à voir au cinéma l'an dernier, c'était bien celui-là.


 

thb

Le film d'action ricain est un peu fatigué ou alors fort fatiguant. Il n'y a pas si longtemps votre cher Borat revenait ici-même sur Atomic Blonde (voir Séance ensoleillée et explosive ), spécimen parmi tant d'autres de film d'action plus stylisé que fun et où l'émotion est assez peu palpable.

The Hitman's bodyguard (Patrick Hughes, 2017) est ironiquement très éloigné de cela, se rapprochant davantage du buddy movie. Pas de néons, pas de plans-séquences sentant plus le faux qu'autre chose et encore moins de ton purement sérieux. Si les effets numériques sont toujours là (il faut toujours quelques effusions de sang à droite et à gauche), l'ensemble s'avère bien plus agréable à regarder.

Quand une poursuite a lieu, on y croit un minimum (autant dire qu'il y a de la casse) et le film bénéficie parfois d'une telle folie furieuse que l'on s'étonne de certaines scènes. A l'image de celle où Ryan Reynolds parle alors qu'une poursuite armée se déroule juste à côté.  

Il mise sur un énième duo atypique (Reynolds en mode tchatcheur à la Deadpool, Samuel Jackson qui en fait tout autant) et s'amuse de leur animosité. D'un côté, le garde du corps magouilleur qui essaye de reconquérir son ex (peut-être un aspect trop insistant du film).

De l'autre, celui qu'il protège qui n'est autre qu'un tueur devant aller au tribunal. Les deux sont évidemment rapprochés par un fait cocasse et dégainent leurs cartouches avec envie.

Patrick Hughes avait fait parler de lui avec le lamentable Expendables 3 (2014). Il revient heureusement pour le meilleur avec un film qui n'est pas sous licence et où il peut faire un peu plus ce qu'il veut. Le réalisateur se fait plaisir et le spectateur aussi en conséquence. 

Au diable si le film est composé de personnages caricaturaux, à l'image du méchant (Gary Oldman) criminel de guerre ou de la tueuse au langage outrancier (Salma Hayek). Avec The Hitman's bodyguard, on retrouve un cinéma d'action à la fois décomplexé et fun que l'on a bien du mal à voir actuellement aux USA et pas si éloigné des 90's. Autant dire que cela fait du bien.

A la prochaine !