Bis on Thionville est de retour en ces temps plus chauds. Tu as oublié ce qu'était cette rubrique ? Ne t'inquiète pas cher lecteur, Tonton Borat va te le rappeler : il s'agit d'un double-programme lié aux Nuits du bis du cinéma La Scala avec deux films diffusés dans une même nuit ou durant deux nuits différentes. Quitte dans le second cas à aborder des films qui ont des choses en commun, comme un thème (l'exorcisme) ou un studio (la Cannon). Aujourd'hui, nous allons rester dans une même décennie avec des films américains réalisés dans les 70's et qui ont la particuliarité d'être rattachés à deux drôles de franchises. Le premier cas est L'invasion des profanateurs (Philip Kaufman, 1978), seconde adaptation du roman The Body Snatchers (Jack Finney, 1955), diffusé durant la Nuit du bis de février 2017 avec La colline a des yeux (Wes Craven, 1977). La franchise Body Snatchers (1956-2007) n'en est pas vraiment une, puisqu'elle est formée de réadaptations et non de remakes à proprement parler ou de séquelles. 

Body snatchers vs La colline a des yeux (février 2017) 

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Une histoire où des cosses extraterrestres créaient des doubles de personnes endormies, prenant ainsi leur place. Parfait pour faire un film angoissant sur une société qui devient uniforme et donc pense exactement la même chose. Don Siegel ouvre le bal en 1956 avec un film qui fonctionne d'autant plus qu'il fut réalisé en pleine Guerre Froide. En plus de maquillages bien faits, le film pouvait s'appuyer sur l'excellent Kevin McCarthy (vu dans plusieurs films de Joe Dante par la suite) essayant à tout prix de ne pas dormir face à un envahisseur omniprésent de sa ville. Après le film de Kaufman, on parle d'une série télévisée produite par United Artists avortée car le studio n'avait pas les droits. Une troisième adaptation arrive enfin en 1993 après une pré-production aux scripts multiples. La cause serait les multiples changements des têtes pensantes de la Warner au cours des 80's-90's, entraînant des réécritures récurrentes. 

IDPS

BS

Larry Cohen (réalisateur d'It's alive et scénariste de Maniac cop) avait signé un script désavoué par le studio alors que le projet devait être réalisé par Stuart Gordon (Re-animator). D'une ville où règne des chrétiens fondamentalistes pas si sympathiques, on passe à un camp militaire sous la direction d'Abel Ferrara réalisateur final de Body Snatchers. Une adaptation un peu moins folle, mais qui dévoile un conflit en passe d'être plus global et à l'origine de scènes souvent horribles (celle de la mère dans son lit est monumentale). Outre The Faculty (Robert Rodriguez, 1998) où le scénariste Kevin Williamson reprenait le principe des Body Snatchers à la sauce post-moderne, il y a la dernière adaptation en date Invasion (Oliver Hirschbiegel, 2007). Un film dont la carrière de son réalisateur ne se remettra jamais (son biopic sur Lady Di n'a pas convaincu grand monde et il est revenu en Allemagne) et pour cause, Invasion a eu une production houleuse.

Invasion

Les cosses disparaissent pour laisser place à une bile qui contamine l'hôte quand elle l'avale. Nicole Kidman étant peu disponible, le film s'est tourné à la vitesse de l'éclair sans scénario terminé. Le film reste au placard durant plusieurs mois (Daniel Craig a même eu le temps de devenir James Bond) et le réalisateur est éjecté du projet par la Warner et le producteur Joel Silver. Les soeurs Wachowski et James McTeigue repassent sur le scénario et font des reshoots, rajoutant notamment une poursuite qui a failli coûter la mort à Miss Kidman. Un film mal produit, qui peine à convaincre à force d'aller dans toutes les directions (un thriller psychologique avec des scènes d'action pour réveiller le spectateur ?) et qui se solde par un gros bide des familles. Ce qui nous amène au film du réalisateur de L'étoffe des héros. Chaque adaptation est en soi intéressante, car elles reflètent souvent l'époque dans laquelle elles ont été produites. 

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Comme évoqué plus haut, le film de Siegel a été produit en pleine Guerre Froide engendrant la peur de voir l'ennemi être son propre conjoint. Le film de Ferrara montre le phénomène à travers des forces armées (qui plus est juste après la Guerre du Golfe légèrement évoquée), rendant la menace encore plus explosive. Quant à Invasion, il sort durant une décennie où le cinéma d'horreur revient vers le zombie avec des récits de contamination, à l'image du dyptique 28...later (Boyle, Fresnadillo, 2002-2007). L'invasion des profanateurs profite quant à lui d'une époque où les gens sont de plus en plus méfiants vis à vis du gouvernement ou même de ce que l'on veut leur faire croire. Des 70's où explose le Watergate, les casseroles sur la Guerre du Vietnam, sans compter l'assassinat d'Harvey Milk et un suicide collectif mené par la secte du Temple du peuple l'année de sortie du film.

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Parfait pour Kaufman (qui venait juste de quitter la production du premier film Star Trek) et le producteur Robert H Solo qui y voit également l'occasion de jouer avec des effets-spéciaux et de passer à la couleur (le film de Siegel étant en noir et blanc). Là où le film de Siegel commençait par un prologue où McCarthy débarquait apeuré dans un commissariat et racontait son histoire, Kaufman va directement au fond des choses et montre clairement que les plantes viennent de l'Espace. Une menace que l'on ne voit pas venir et pourtant juste à côté de nous, donnant lieu à un côté opressant dès le générique. Contrairement aux personnages du Siegel qui comprenaient rapidement le pot aux roses, ceux de Kaufman sont assez diversifiés. Le personnage de Donald Sutherland apparaît vite comme un inspecteur des services d'hygiène fouineur au point d'être menacé plusieurs fois. Un sceptique qui cherche la petite bête, mais veut à tout prix des preuves. 

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Une scientifique travaillant avec l'inspecteur (Brooke Adams) voit son compagnon changer du jour au lendemain. Quant à Jeff Goldblum, il assiste à une transformation malencontreusement. A partir de là, vous pouvez commencer à perdre foi en l'humanité et à assister à une angoisse de tous les instants face à une population en laquelle vous aurez de moins en moins confiance. D'autant plus quand certains jouent bien leur jeu. Le spectateur se retrouve comme la plupart des personnages principaux à se demander qui a encore une personnalité ou s'ils sont passés par la case double. Kaufman signe un film peut-être long à se mettre en place, mais c'est pour mieux préparer le spectateur à un grand film sous tension et paranoïaque jusqu'à la dernière minute pré-générique de fin. Une conclusion qui atteint des sommets grâce à un climax explosif mais évasif, laissant un suspense intenable avant un retournement de situation glaçant. 

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A l'image également du caméo de Kevin McCarthy, lanceur d'alerte dézingué le plus rapidement possible dans une indifférence quasi-totale (le mal est déjà fait). Le Code Hays étant dégagé, le réalisateur peut également jouer sur une nudité à double-tranchant, souvent synonyme de changement de personnalité (à la fois symbole de renaissance et d'un être moins embêté par l'apparence, puisque "tout le monde est pareil"). Idem pour signer un des personnages les plus horribles du cinéma d'horreur US avec cet hybride composé d'un sans-abri et de son chien issu d'une mauvaise transformation. Si le Siegel s'avérait déjà être une excellente course-contre-la-montre, le film de Kaufman s'apparente davantage à un cauchemar éveillé de près de deux heures. Depuis quelques mois, une nouvelle adaptation est en préparation chez Warner, produite par John Davis (I, robot, Alien VS Predator) et scénarisé par David Leslie Johnson-McGoldrick (The Conjuring 2, Esther). 

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Cette saga ayant toujours su aller dans une direction nouvelle, reste à savoir ce que la panique 2.0 peut apporter. Il ne serait pas si bête de voir nos chères copies essayer de trouver de futures victimes par les réseaux sociaux et ainsi provoquer des événements gigantesques avec de futures proies. Passons maintenant à Amityville, la maison du diable (Stuart Rosenberg, 1979), projeté en avril 2017 aux côtés de Maniac Cop (William Lustig, 1988). Là aussi Amityville est un cas à part dans les franchises horrifiques américaines, car il y a les séquelles officielles et les officieuses. Si votre serviteur se concentre sur wikipédia, la saga de base se concentre sur huit films / téléfilms produits entre 1979 et 1996 : trois films de cinéma (dont l'opus 3D de feu Richard Fleischer), un téléfilm et quatre direct-to-video. A cela, vous pouvez rajouter logiquement le remake d'Andrew Douglas (2005) produit par Michael Bay, avec Ryan Reynolds en t-shirt blanc sous la pluie.

Maniac cop vs Amityville (avril 2017)

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Puis il y a tout le reste. Des DTV qui surfent surtotu sur le nom de la célèbre ville (rappelons que c'est le nom de la ville dans laquelle est la maison et non de la maison elle-même) et le dernier du lot est bien connu car il est resté longtemps dans les cartons d'Harvey et Bob Weinstein. Prenez un réalisateur français auréolé d'un film remarqué (Franck Khalfoun réalisateur du remake de Maniac), une it girl (Bella Thorne) et une actrice sur le retour (Jennifer Jason Leigh qui a depuis enchaîné The Hateful Eight, Anomalisa, Good time et Annihilation). Tournez le en 2013 pour ensuite lancer des reshoots en 2015. Reportez le un nombre incalculable de fois en prenant bien soin de changer régulièrement de titre. Si en plus, vous avez un scandale sexuel aux fesses, sortez le une bonne fois pour toutes dans l'anonymat le plus total. Voilà comment résumer la production chaotique d'Amityville : The awakening ! Tout cela pour revenir 39 ans en arrière.

Amityville

Amityville, la maison du diable se base sur le roman de Jay Anson publié en 1977, lui-même se basant sur des faits divers survenus entre 1974 et 1976. Le film (comme le remake) se focalise sur l'histoire des Lutz qui ont raconté leur vécu en long, en large et en travers dans les 70's et non sur le meurtre de la famille DeFeo survenu le 13 novembre 1974 (qui lui sera utilisé en fond pour la séquelle réalisée par Damiano Damiani). Inutile de dire qu'inévitablement le film est romancé et que l'affaire Lutz elle-même n'est déjà pas très claire. Bien que la promotion a été savamment millimetrée (comme des rumeurs autour d'éléments étranges) et que le film comme le remake sortent la carte du "basé sur des faits réels", Amityville peine souvent à convaincre. La faute à un rythme mollasson et à une histoire qui en soi n'a pas grand chose d'extraordinaire. C'est une banale histoire de maison hantée où les fenêtres claquent, où les portes grincent et où le papa devient un peu fou comme désorienté.

Amityville

On critique très régulièrement les films d'horreur américains actuels et leurs jump scares inévitables, mais Amityville en était composé d'un grand nombre et pas forcément des meilleurs. A l'image de James Brolin qui a peur d'un chat en pleine nuit dans un silence de sourd. Si vous trouvez déjà ce type de pratique pénible dans des films récents, pas sûr que le visionnage d'Amityville soit plus fun. Il n'y a clairement rien de révolutionnaire, y compris du côté du film de maison hantée et activités paranormales. James Brolin semble parfois cantonné à une expression faciale. Margot Kidder (la Lois Lane des premiers films Superman) s'en sort un peu mieux et Rod Steiger aussi en prêtre confronté à l'horreur de la maison. Sur un contexte pas si différent, on peut préférer davantage Poltergeist (Tobe Hooper, 1982) ou plus récemment les Conjuring de James Wan (2013-2016). Allez à la prochaine ! 


Source :

  • Mad Movies numéro 223 (octobre 2009).