Alors que le Jour du Bis se prépare (*), Bis on Thionville revient pour vous parler des Nuits bis du cinéma La Scala. Comme d'habitude, deux films seront chroniqués, projetés durant ces fameuses nuits du bis ou durant le Jour du bis, conclusion de la saison où en général cinq films sont diffusés. Les deux films d'aujourd'hui ont justement été montré durant ce fameux jour en juillet dernier et ont pour particularité d'être réalisés par des italiens. Commençons donc avec Opéra (1987), considéré par beaucoup comme le dernier grand film du maître Dario Argento. Même si je n'ai pas vu la suite de sa carrière, il est vrai que les retours sont en général catastrophiques. D'autant plus que le réalisateur a eu de moins en moins de moyens pour ses films, même sur un film en 3D comme son adaptation de Dracula (2012). A l'origine, Opéra est né de son envie d'adapter Rigoletto (Guiseppe Verdi, 1850-51). Dégagé à cause de ses choix artistiques, Argento a finalement fait de la cantatrice d'un opéra l'héroïne tourmentée de son film. 

Jour du Bis 3 (juillet 2017)

Affiche réalisée par Grégory Lê.

Vanessa Redgrave n'ayant pas voulu jouer dans le film, le rôle de la grande cantatrice a été dégagé du script au point de n'apparaître qu'au début du film, accidentée par une voiture. La cantatrice remplaçante sera incarnée par Cristina Marsillach, actrice avec qui Argento a eu bien du mal à s'entendre. Il faut dire que l'actrice peine un peu à convaincre, manquant souvent d'ampathie ou  d'émotions après les catastrophes qui lui tombent sur la tête dans le film. Daria Nicolodi, ex-compagne et actrice fétiche de Dario, est toujours présente sur le pont, rédigeant ses dialogues, même si elle était déçue de ne pas incarner la cantatrice. Ce qui l'a encore plus dérangé fut la scène de sa mort particulièrement spectaculaire. "Terrible à tourner. Les gens des effets-spéciaux m'avaient collé sur l'oeil un préservatif rempli d'hémoglobine de synthèse. Le souffle envoyé par une sarbacane suffisait à le faire éclater et à donner l'expression de l'impact du projectile !" (**).

Opéra (Malleus)

Affiche réalisée par Malleus.

Comme si les déboires du tournage n'avaient pas suffit, la sortie du film fut également une catastrophe. L'accueil en Italie ne fut pas très bon. Aux USA, Orion souhaitait amputer le film de onze à vingt minutes, notamment le second climax en Suisse (ce qui à mon sens n'est pas une si mauvaise idée, mais on y reviendra). Refusant de couper le film, Argento a vu son film attérir directement en VHS au pays d'Abraham Lincoln. En France, son sort ne sera pas différent puisque malgré l'annonce de Gaumont pour le distribuer, cela n'arrivera jamais. Si bien que les projections au cinéma d'Opéra doivent se compter sur les doigts d'une main dans notre pays. Grâce aux équipes du Chat qui fume, la projection au Scala fut peut-être la première depuis bien longtemps en France (une projection avait eu lieu à Paris avant une éventuelle sortie). Comme souvent, Argento a écrit le film en fonction de scènes clés. Inévitablement, la scène phare du film reste celle des aiguilles scotchés devant les yeux.

Opéra 2

Un aspect morbide inévitable et permettant un suspense de tous les instants. Le tueur en question est plutôt bien amené, notamment le passage amenant à découvrir son identité, là encore par une image choc digne de ce nom. (attention spoilers) Le morbide prend tout son sens dans la relation masochiste dominant-dominée qu'il exerce sur l'héroïne. Il ne la tue pas, mais dézingue des gens de son entourage, allant de l'amant d'un soir à la costumière qui essaye de la sauver. D'autant plus que le tueur se montre sous un aspect rassurant sans son masque, au point que les oiseaux seront de rigueur pour le repérer. Comme évoqué plus haut, le climax en Suisse est probablement de trop, n'apportant rien par rapport au premier climax en flamme. Comme si Argento voulait toujours en montrer en plus, alors qu'il pourrait faire plus efficace en allant droit au but. En sachant qu'initialement il était prévu que l'héroïne tombe amoureuse du tueur suite à ces divers délires masochistes.

Opéra

A cela, Argento voit l'occasion de montrer le type de mise en scène qu'il aurait pu faire sur l'opéra de Verdi ou d'anticiper la future adaptation du Fantôme de l'opéra (Gaston Leroux, 1910) qu'il réalisera en 1998. L'opéra devient ici le lieu de certains crimes et l'attention principale du tueur, puisque la cantatrice est toujours au centre de ses agissements. On retiendra également une excellente séance de cache-cache dans les recoins de l'hôtel entre l'héroïne, une petite fille et le tueur. (fin des spoilers) On cite souvent Opéra comme le dernier grand cru de Dario Argento avant la chute. En tous cas, c'est un film ludique et très bien réalisé où le réalisateur signe encore de sacrés coups d'éclat. Passons maintenant à Troll 2, le nanar mythique de Claudio Fragasso (1990). Fragasso que les amateurs de films bis ou de grosses séries b italiennes connaissent bien, puisqu'il a été le scénariste régulier de feu Bruno Mattei. Ainsi, sur son cv on peut retrouver des films comme Virus Cannibale (1980), L'autre enfer (1981), Pénitencier de femmes (1982), Les rats de Manhattan (1984), Strike commando (1987), Zombi 3 (1988) ou Robowar (1988).

T2 

Un sacré palmarès dans le nanar à vous dégommer les zygomatiques dont Troll 2 se rapproche inévitablement. En sachant que Fragasso s'est révélé plus d'une fois agacé par le culte du film, en partie à cause des rires survenant durant certaines projections où il était présent. Chose que l'on peut voir dans le documentaire Best Worst Movie (2009) qui est réalisé par Michael Paul Stephenson, le héros de Troll 2. Comme le cas Avenging Force (voir Nuit Cannon), Troll 2 n'est pas la suite du film américain Troll (Joel Carl Buechler, 1986) et Troll 3 (Laurenti, D'Amato, 1993) n'est visiblement pas une séquelle de Troll 2, bien que Joe D'Amato est producteur des deux films. Comme avec un autre Troll 3 aka Ator l'invincible (D'Amato, 1990) qui est donc le quatrième... Ator. Si cela vous semble confus, regardez l'épisode de l'émission Chroma ci-dessous qui est consacré à Troll 2. En soi, le film n'est pas aussi mauvais qu'on veut bien le dire et a souvent des bonnes idées. 

Ainsi, Fragasso confronte son héros face à des parents qui n'acceptent pas vraiment sa différence (il parle avec son grand-père mort au point de passer pour un fou pour sa famille), ni ses avertissements dans une ville qui sent le végétarien très radical. Le lien entre le petit et son grand-père (Robert Ormsby) est assez fort pour qu'on y croit, même si ce dernier se matérialise quand ça lui chante et un peu n'importe où (comme ce passage délirant dans la chambre de sa petite-fille). Le jeune acteur s'en sort d'ailleurs avec les honneurs, probablement le seul acteur qui ne semble pas à côté de ses pompes, monolithique ou grimaçant. L'aspect végétarien cannibale est plutôt convaincant et le final se veut plutôt bien vu, faux happy-end de qualité même si Fragasso dégage certains personnages à la vitesse de l'éclair. Le problème vient du reste, car Troll 2 se paye des fautes de goût qui le font passer de film pas génial mais pas méchant à véritable pignolade en puissance.

T2 3

Ce n'est d'ailleurs pas une question de version française forçant le trait (le film a été projeté en VO), puisque les dialogues originaux ne sont clairement pas subtils ou déjà bien grâtinés. Si des maquillages sont plutôt pas mal (notamment l'adolescent-plante), d'autres sont sévèrement ratés à l'image des masques des gobelins (et non des trolls), celui que l'on peut voir ci-dessous tenant la palme du fou-rire immédiat à chaque fois qu'il apparaît. Outre certaines scènes tenant du grand nawak ("tiens si je pissais sur la nourriture contaminée pour que mes parents ne la mangent pas ?"), il y a bien sûr la sorcière jouée par Deborah Reed. Affublée d'un maquillage déjà un poil grossier dans un premier temps, le personnage est l'occasion de divers moments de gêne savoureux. Comme ce moment savoureux où elle fait une allusion à la fille de la famille (Connie Young) en disant qu'elle est appétissante. 

T2 2

Mais le meilleur arrive quand elle débarque près du camping-car des adolescents (le petit-copain de la fille est venu avec ses copains dans le coin pour la voir). Une scène surréaliste qui commence comme une pub pour les numéros cochons que vous pouvez voir après minuit sur les chaînes de télévision, avant de devenir réalité une fois sorti du camping-car. Rajoutez une version plagiée au synthétiseur de You can't leave you hat on (Randy Newman, 1972) tellement foirée qu'elle en devient hilarante (probablement du compositeur Carlo Maria Cordio) et une certaine vision de l'orgasme ; et vous aurez un exemple typique d'avoir les côtes cassées par une franche rigolade. Comme tout bon nanar, Troll 2 devient mauvais ou merveilleusement ridicule par des mauvais choix, rendant ses bonnes intentions moins pertinentes. Ce qui le rend en quelques sortes unique en son genre et donc à voir au moins une fois pour le plaisir. A la prochaine ! 


* Pour les curieux, voici la programmation de ce 30 juin : Piranha (Joe Dante, 1978), L'oiseau au plumage de cristal (Dario Argento, 1970) et les trois premiers Hellraiser (1987-1992). 

** Propos issus de Mad Movies numéro 309 (été 2017).