Après avoir fêter noël en retard, Bis on Thionville revient en ce mois de février plutôt enneigé. Pour les deux du fond, explications : nous allons parlé de deux films qui ont été projeté durant les Nuits du Bis du cinéma La Scala (soit une soirée, deux films diffusés), parfois venant de la même soirée, souvent de deux soirées différentes. Pour cette nouvelle chronique, nous sommes dans le deuxième cas de figure mais les deux films sont liés. Premièrement parce qu'ils sont réalisés par la même personne : Sam Firstenberg que l'on connaît pour avoir réaliser Electric Boogaloo (à ne pas confondre avec le documentaire du même nom qui lui fait évidemment référence). Ensuite, ce sont deux films produits par la Cannon, cette société de production fondée par les israéliens Menahem Golan et Yoram Globus que les amateurs de films d'action des 80's ont bien connu. 

Jack vs Ninja

Affiche réalisé par Grégory Lê. 

Pour rappel, on parle des types qui ont fait de Chuck Norris un actionner en puissance et on leur doit aussi bien Massacre à la tronçonneuse 2 (Tobe Hooper, 1986) que Les Maîtres de l'univers (Gary Goddard, 1987). La Cannon est toujours fascinante aujourd'hui, car au début des 80's c'étaient les petits qui voulaient être grands. Ils ont misé sur à peu près tous les genres possibles jusqu'à essayer de rivaliser avec les gros studios hollywoodiens. C'est à ce moment-là qu'ils se sont cassés la figure, au point de passer par la case banqueroute. Mais en 1985, tout se passe bien. Pas encore de trop grosses dépenses. Pas de folies des grandeurs. On restait dans le petit film à bas prix et que l'on pouvait écouler en VHS après son exploitation en salles. Commençons donc par parler de Ninja 3 : The Domination (1984) diffusé lors de la dernière Nuit du bis avec Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin (John Carpenter, 1985). Il s'agit du troisième opus de la franchise Ninja

Ninja III

Le premier volet est Enter the ninja (Golan, 1981) avec Franco Nero dans le rôle d'un... ninja (il était évidemment doublé vocalement car il avait un fort accent italien et physiquement pour les scènes de bastons). Le second n'ayant rien à voir avec le premier (ni avec le troisième, comme ça c'est clair) se nommait Revenge of the ninja (Firstenberg, 1984). Il est bon de savoir que l'on peut retrouver Sho Kosugi dans la trilogie dans des rôles à chaque fois différents. Au cours du documentaire Electric Boogaloo (Mark Hartley, 2014), Richard Kraft dit que "Ninja 3 était un mélange entre L'Exorcisteun film de ninja et Flashdance". On ne peut pas lui donner tord. Pour les deux premiers, le film présente une jeune femme (Lucinda Dickey, héroïne des Breakin') qui devient possédée par l'esprit d'un ninja qui est mort devant elle et qui lui offre son sabre (David Chung). 

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Dans ce cas, quoi de mieux qu'une pure scène de possession façon William Friedkin avec l'héroïne pâle qui braille des vilaines choses et se retourne dans tous les sens bien qu'elle soit attachée ? Evidemment, Christie venge le ninja mort en tuant les flics qui l'ont assassiné après son carnage, avant d'être stoppé par son petit-ami policier lui-aussi (Jordan Bennett) et Kosugi qui veut tuer le ninja qui la possède car il a tué son maître. Par ailleurs, l'héroïne se retrouve avec le même maquillage que le ninja lors des scènes où elle est possédée, histoire de faire dans la transformation totale. Il est bon de souligner qu'outre le film de Friedkin, Firstenberg cite aussi Ghostbusters (Ivan Reitman, 1984), reprenant l'idée de l'héroïne aspirée vers quelque chose, y compris dans un placard comme dans le film avec Bill Murray. Quant au point Flashdance, si l'héroïne ne rêve pas d'être danseuse et ne fait pas de danse dans un club de strip-tease, Christie est aussi une femme qui cumule les jobs d'ouvrière et de professeur de fitness

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Sans compter l'histoire d'amour entre le policier très douteux (un harceleur disons-le franchement) et la fille qui se rajoute à l'affaire. Avec une telle carte de visite, on sait dans quoi on va s'embarquer et Ninja 3 se révèle être un merveilleux nanar qui ne se prive d'aucune excentricité. L'invulnérabilité du ninja dans l'ouverture et ses techniques laissent songeur, comme le magnifique cache-oeil de Kosugi. Les sabres semblent en carton et lors des scènes où le sabre est en lévitation, on aura tendance à remarquer les fils. La séquence la plus délirante reste celle où une bande de mecs essaye de violer une jeune femme devant le gymnase avant que Dickey ne leur mette une trempe. La proximité entre le lieu de l'agression et la porte d'entrée a déjà tendance à faire sourire (les mecs ne se cachent même pas), alors voir une bande de bourricos regardant bêtement la fille rétamer les violeurs comme si c'était un match de catch (en plus devant un flic qui fait de même que le quidam) a tendance à dégommer les côtes du spectateur qui ne pourra s'empêcher de rire.

NINJA III THE DOMINATION

 

Sans compter que durant le final, la fille et le flic restent plantés de la même manière, regardant Kosugi affrontant le ninja-démon et attendant comme le spectateur la fin du film pour arrêter de se faire mal au ventre. Le second film de cette chronique est Avenging Force (1986), qui avait été projeté lors du Jour du bis en juillet dernier. Toutefois, il n'est pas connu sous ce titre en France, puisqu'il a été nommé American Warrior 2. Ce qui nous amène à un point traduction pour le moins succulent. Vous pensiez que les titres faits en France en anglais de films américains sont ridicules ? Attendez de voir ce cas. American Warrior 2 n'est pas la suite d'American Warrior (ou American Ninja en VO) avec déjà Michael Dudikoff et Steve James, mais une sorte de séquelle d'Invasion USA (Joseph Zito, 1985) où Dudikoff reprend le nom de Matt Hunter, le personnage de Chuck Norris. American Warrior a eu plusieurs suites, dont la première ne fut donc pas appelé American Warrior 2 en France, mais Le Ninja blanc (Firstenberg, 1987). 

AW2 

Mais vous pensez bien que ce ne serait pas drôle si le troisième American Ninja (Cedric Sundstrom, 1989) ne devenait pas American Warrior 3 par chez nous, alors qu'en France le second film n'a pas le bon titre. Après ce point traduction, passons au film lui-même qui curieusement est un peu moins rigolo que le précédent film chroniqué (donc Ninja 3 si vous suivez toujours). Il se trouve que le récit du film est finalement assez sérieux, bien que l'on finit par rigoler plus d'une fois. Dudikoff et James sont confrontés à un groupuscule d'hommes blancs riches qui se font un plaisir de traquer des gens qui ne sont pas de la race blanche ou ceux qui les côtoient. Autrement dit des racistes par excellence, dont le chef n'est pas sans rappeler un président en exercice actuellement. Ainsi, même si Dudikoff est blanc, il est vu comme un ennemi puisqu'il défend ses amis afro-américains (dont Steve James). 

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Comme si cela ne suffisait pas, ces hommes sans scrupule tuent également les femmes et les enfants. Firstenberg s'y prend tellement mal dans une des morts que le mannequin finit dans un état absolument délirant (il finit la tête la première sur une partie de la maison, partant ensuite dans tous les sens avant l'impact au sol). Les méchants sont tellement méchants qu'ils finissent même par faire de la soeur de Dudikoff (Allison Gereighty) une prostituée juvénile ! Le plus drôle évidemment est que nos suprématistes blancs se déguisent pour leurs parties de chasse avec des costumes de ninja. Un peu comme un raciste qui se déguiserait en cliché africain à un bal masqué... Par ailleurs un d'entre-eux se révèle absolument fabuleux, sorte de sosie en avance de Tom Hardy quand il est chauve, croisement savoureux entre Bronson pour la moustache et Bane pour le costume.

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Le film peut s'appuyer sur des scènes d'action plutôt longues, dont des affrontements en forêt entre Dudikoff et ses ennemis où il manque de mourir à chaque fois, avant de revenir aussi fort qu'un lion. D'autant que Dudikoff assure assez pour être convaincu. En résulte, un film d'action over the top mais pas si stupide qu'il n'en a l'air. Allez à la prochaine !