halloween 2018

Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 2018
Durée : 1h49

Synopsis : Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40 ans plus tôt.    

La critique d'Alice In Oliver :

Retour sur une saga horrifique et proverbiale, j'ai nommé Halloween, une franchise qui a signé son avènement et sa consécration via un premier chapitre en apothéose, Halloween, la nuit des masques (John Carpenter, 1978). Certes, pour les thuriféraires de l'épouvante, ce premier épisode marque la quintessence, ainsi que la naissance du slasher. Pourtant, pour les cinéphiles avisés, le genre trouve ses premières lettres de noblesse avec Black Christmas (Bob Clark, 1974). D'autres spectateurs érudits situent même les tous premiers reliquats quelques années auparavant avec La Baie Sanglante (Mario Bava, 1971). Toujours est-il que c'est bien le film de John Carpenter qui remporte le précieux pactole et qui apparaît, à l'époque, comme une oeuvre charnière.
Mieux, le métrage s'inscrit durablement dans la culture populaire américaine.

John Carpenter s'octroie le statut du maître de l'épouvante et invente une nouvelle forme de croquemitaine. Le cinéaste émérite se polarise sur un certain Michael Myers, un forcené évadé d'un hôpital psychiatrique. Quinze ans plus tôt, le criminel à peine âgé de six ans avait assassiné sa soeur de 16 ans. Pendant plusieurs années, le maniaque sera scruté, sondé et analysé par son psychiatre, le Docteur Loomis. Le diagnostic du médicastre est sans appel. Michael Myers n'est ni fou, ni conscient de ses actes. Il est le mal incarné, celui qui doit rester définitivement claustré. 
De retour à Haddonfield en 1978, le sociopathe a bien l'intention de perpétuer un nouveau massacre, au grand dam de Laurie Strode, une adulescente pudibonde. Dès lors, John Carpenter réalise un slasher âpre et virulent, dont les tendances scopophiles ne sont pas évoquer les tropismes sexuels du serial killer du film Le Voyeur (Michael Powell, 1960). 

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Succès commercial et pharaonique oblige, Halloween premier du nom devait se transmuter en une franchise lucrative et de qualité erratique. Magnanime, John Carpenter participera encore aux animosités dans Halloween 2 (Rick Rosenthal, 1981) et dans Halloween 3 : Le sang du sorcier (Tommy Lee Wallace, 1982). Mais le troisième opus essuie un camouflet et est unanimement chapitré par toute une pléthore de contempteurs acharnés. Dépité, John Carpenter délaisse la franchise à une myriade de tâcherons. Ces derniers se chargeront doctement d'avilir la saga vers les affres de la fastidiosité. L'ultime absoute sera prononcée par un Halloween 6 (Joe Chapelle, 1995) de sinistre mémoire. 
On croyait la franchise définitivement inhumée. Peut-être était-il temps pour Michael Myers d'exhaler son dernier soupir... 

Le croquemitaine échevelé effectuera encore quelques retours inopinés, notamment avec Halloween, 20 ans après (Steve Miner, 1998), un nouvel épisode qui marche dans le sillage et le continuum de Scream et de ses nombreux succédanés réalisés durant la décennie 1990. Le boogeyman au masque d'albâtre cèdera même aux modes concomitantes de la téléréalité et du found footage via un Halloween : Resurrection (Rick Rosenthal, 2002), qui commet l'exploit d'égaler la médiocrité et la cancrerie d'Halloween 6. Après plusieurs années de disette cinématographique et de tergiversations, la franchise se devait d'explorer la genèse psychopathique de Michael Myers. 
C'est dans cette dialectique que Rob Zombie s'attelle à un remake homonyme, puis à une suite quelques années plus tard. 

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A tort, son Halloween (2007) et son Halloween 2 (2009) sont stigmatisés par des critiques vachardes. Or, Halloween 2 reste probablement le chapitre le plus éloquent depuis celui de John Carpenter. Depuis la sortie élusive d'Halloween 2, qui a fait l'objet de curieux anathèmes, peu ou prou de nouvelles de Michael Myers. Le slasher est désormais obsolète. Mais le célèbre boogeyman se devait ressusciter un jour ou l'autre... Pendant longtemps, les producteurs hollywoodiens disserteront sur la sortie d'un Halloween 3D, mais le projet est prestement abandonné suite à la défection de Rob Zombie. De facto, plusieurs cinéastes seront approchés et envisagés pour signer un Halloween 3 putatif, entre autres Marcus Dunstan, puis Adam Wingard. Puis, sans fard, John Carpenter s'invite parmi les inimitiés. 
Le metteur en scène intime les producteurs de financer un reboot qui serait la suite logique et inhérente de Halloween, la nuit des masques.

John Carpenter devient alors le producteur délégué d'Halloween, finalement réalisé par David Gordon Green en 2018. La simple évocation de ce cinéaste a le mérite de susciter quelques frayeurs puisqu'il reste le réalisateur de All the real girls (2003), Délire Express (2008), ou encore Baby-Sitter malgré lui (2012). En optant pour la suite directe à Halloween, la nuit des masques, John Carpenter et David Gordon Green font volontairement fi des chapitres qui suivront par la suite. Au moment de sa sortie, Halloween triomphe et culmine parmi les premières places du box-office. 
En sus, les critiques sont unanimement dithyrambiques et encensent un slasher probe, virulent et même susceptible de faire ciller le film abominable de John Carpenter. Reste à savoir si Halloween, version 2018, mérite de telles idolâtries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

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La distribution du film se compose de Jamie Lee Curtis, James Jude Courtney, Nick Castle, Judy Greer, Andi Matichak, Virginia Gardner, Will Patton, Haluk Bilginer et Toby Huss. Attention, SPOILERS ! (1) Une équipe de podcasteurs britanniques se rend aux États-Unis pour réaliser un reportage sur le massacre perpétré par le psychopathe Michael Myers lors de la nuit d'Halloween en 1978. Le reportage prend soudain une tournure macabre lorsque Myers parvient à s'évader lors d'un transfert vers un nouvel asile psychiatrique. Sa seule préoccupation est de se venger de Laurie Strode, la survivante du massacre. Après le traumatisme qu'elle a vécu il y a quarante ans, Laurie se prépare au retour de Michael Myers, négligeant ainsi sa fille, Karen, et sa petite-fille, Allyson, dans le but d'affronter une ultime fois le désormais célèbre tueur d'Halloween (1). A l'aune de cette exégèse qui constitue tout de même le onzième chapitre de la franchise, on pouvait légitimement ergoter et maronner après ce Halloween (2018).

La saga pouvait-elle renaître de ses cendres désormais éparses ? En vérité, la presse a sciemment omis le cas d'Halloween 2, version Rob Zombie, un ixième épisode qui permettait d'apprécier Michael Myers sous des oripeaux sanglants et vertigineux. Contrairement aux apparences, ce n'est pas Halloween (2018) qui détient le record de meurtres et d'éviscérations sanguinolentes, mais bel et bien le second opus réalisé par Rob Zombie neuf ans plus tôt. Par ailleurs, à l'aune ce reboot, on peut se demander si Rob Zombie n'aurait pas dû revêtir les frusques thaumaturgiques de la franchise.
Si Halloween (2007) et Halloween 2 (2009) demeurent largement perfectibles, ces deux volets pouvaient au moins s'enhardir d'un certain didactisme à consonance familiale, sur fond de tragédie, de malédiction et de fantasmagorie déviante.

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Certes, le Halloween de David Gordon Green envoie prestement les quatrièmes, cinquièmes et sixièmes méfaits dans leurs pénates. Mais sur la forme comme sur le fond, cette résurrection est à peine supérieure à Halloween, 20 ans après ; à tel point que l'on pourrait légitimement invoquer un Halloween H40, ou un Halloween, 40 ans après (vous choisirez...). Autant l'annoncer sans ambages. La déception est de mise. La plus grande carence provient essentiellement d'un scénario lacunaire. Opportuniste, David Gordon Green opte pour l'hommage et la déification au film de John Carpenter. 
Le cinéaste reprend les codes, les préceptes et les dogmes inhérents qui ont érigé le succès du tout premier chapitre en son temps : l'évasion de l'asile psychiatrique, le retour de Michael Myers dans la ville d'Haddonfield, ainsi que l'effroi qu'il suscite.

Oui, Myers synthétise à lui seul ce fameux mal incarné. Le célèbre boogeyman préfigure les entrailles du mal dixit le propre aveu de David Gordon Green. Hélas, cette assertion aurait mérité un bien meilleur étayage. Dès lors, on se contrefout fichtrement des intrigues subsidiaires qui nimbent ce onzième opus. Ainsi, difficile de s'égayer, voire de s'enthousiasmer pour les vicissitudes familiales de Laurie Strode, en sérieuse déliquescence avec sa fille. En vérité, Halloween (2018) retrouve une certaine luminescence lorsqu'il se polarise sur cette confrontation homérique entre son héroïne, désormais chenue, et un adversaire d'une redoutable pugnacité. 
Vous l'avez donc compris. Hormis certaines apparences futiles, Halloween (2018) n'est pas ce slasher complexe, voire amphigourique décrié par certaines critiques extatiques. Il n'est qu'un tantième slasher de facture classique et conventionnel, certes plutôt efficace, en particulier pour les néophytes qui apprécieront sans doute les nouvelles forfaitures de Michael Myers. En revanche, pour les thuriféraires de ce registre cinématographique, Halloween (2018) constituera au mieux un nouvel épisode obsolescent qui ânonne benoîtement les recettes éculées de jadis.