elephantman

Genre: drame
Année: 1980
Durée: 2h05

L'histoire: Londres, 1884. Le chirurgien Frederick Treves découvre un homme défiguré et difforme, devenu une attraction de foire. Le Docteur Treves achète John Merrick et l'arrache de la violence de son propriétaire. Dans un premier temps, il pense que cet homme est un idiot congénital.

La critique d'Alice In Oliver:

Pour une raison étrange, Elephant Man, réalisé par David Lynch en 1980, est souvent répertorié parmi les films fantastiques voire horrifiques, alors que l'histoire de John Merrick (donc, Elephant Man) est authentique.
Le film de David Lynch remportera un vif succès: huit nominations aux Oscars, quatre aux Golden Globes, César du meilleur film étranger et Grand prix du festival d’Avoriaz. David Lynch prendra alors une autre dimension.

Elephant Man est avant tout une fable humaniste dont les principales thématiques renvoient immédiatement au chef d'oeuvre de Tod Browning, Freaks La Monstrueuse Parade. Encore une fois, il s'agit d'un film sur la monstruosité de l'homme et l'humanité du soi-disant monstre.

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Toutefois, à travers l'histoire peu commune de cet être atypique, David Lynch s'intéresse au regard de l'autre.
De ce fait, le film se divise clairement en deux parties succintes. Attention, SPOILERS ! Dans la première, un médecin, le Docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins) découvre un être difforme et atrocement défiguré.

Cet homme est exposé par Byrnes, un propriétaire véreux et alcoolique, dans les foires et les fêtes foraines.
Pour Byrnes, John Merrick, alias l'homme-éléphant, est la "poule" aux yeux d'or. La difformité et la monstruosité de Merrick attirent évidemment les curieux, provoquant quelques cris hystériques.

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Pour Treves, John Merrick est une véritable aubaine. Il passe alors un marché avec Byrnes. Le but est de garder quelques jours l'homme-éléphant pour l'exposer au regard des scientifiques, le cas de John Merrick défiant les lois de la nature humaine. Pourtant, dans cette première partie, David Lynch cache volontairement le visage du "monstre". Les particularités physiques de John nous seront dévoilées par la suite.

Dans la seconde partie, le Docteur Treves fait connaissance avec John Merrick. Dans un premier temps, il est persuadé d'avoir affaire à un idiot congénital.
Pourtant, l'intéressé est doué de sensibilité et d'intelligence: il sait lire et écrire. Mieux encore, John Merrick n'a aucune animosité, David Lynch soulignant ainsi le contraste entre la cruauté des hommes et la bonté de Merrick.

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Le Docteur Treves décide alors de le garder et de le protéger. Ce nouveau cas scientifique fait alors la une des journeaux.
Très vite, la haute société de Londres vient lui rendre visite, le physique de Merrick attirant également la curiosité bourgeoise.
D'un phénomène de foire, John Merrick va devenir un phénomène de société. Ce qui amène Treves à s'interroger sur sa personnalité.
D'une certaine façon, n'expose-t-il pas également John Merrick au regard et au jugement des autres ?

Evidemment, Byrnes va vouloir récupérer son "bien". L'homme-éléphant est kidnappé et disparaît dans la nature.
Finalement, après de nombreuses recherches, Treves finira par récupérer John Merrick lors d'une séquence émouvante.
Malheureusement, John est malade. Si les autres ont le droit de l'épier, lui ne peut pas se regarder dans un miroir. Joli paradoxe...

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Avec Elephant Man, David Lynch signe un drame humaniste, bouleversant, poignant et tragique, l'image en noir et blanc renforçant cette impression de tristesse et de mélancolie. Un véritable hymne et plaidoyer à la tolérance.
Attention, chef d'oeuvre !

La critique de Borat

Souvenez-vous, ma dernière incursion dans l'univers de David Lynch dans ces colonnes revenait à Blue Velvet. Avec la bibliothèque de mon campus, je peux désormais m'adonner à son cinéma pleinement et qui plus est sans débourser le moindre sou. Dès que j'ai vu Elephant man dans les rayons, j'ai foncé. Après l'expérimental au possible Eraserhead ou Labyrinth man (c'est selon), David Lynch essaye de produire Ronnie Rocket sans grand succès (qu'il n'a jamais réussi à produire par ailleurs) jusqu'à ce qu'il trouve dans la vie de John Merrick un moyen de faire un film classieux tout en ne ménageant pas un peu de fantastique. Le sujet ravie Mel Brooks (oui il s'agit bien du réalisateur de Frankenstein Junior!) qui, une fois avoir vu le premier long de Lynch, lui donne le feu vert. Succès notable, nominations aux Oscars, Grand Prix à Avoriaz en 1981 (face à Hurlements notamment), César du meilleur film étranger... Elephant man devient rapidement une référence et surtout permet au public de comprendre le calvaire que fut la vie de John Merrick les trois quarts de sa vie. Au niveau du casting, on retrouve John Hurt, Anthony Hopkins, Anne Bancroft, John Gielgud, Michael Elphick et Freddie Jones. Elephant man est considéré un peu trop souvent comme un simple biopic, une vulgaire commande pour ravir les Oscars comme on en voit plein chaque année.

Ce serait beaucoup trop facile (même si le film appartient aux films de Lynch les plus accessibles avec Une histoire vraie et Dune) surtout quand on voit l'ouverture proposée par Lynch. Une femme et des éléphants défilent, comme un prémice de ce qui va se passer. La femme est probablement la mère, les éléphants ceux à quoi son enfant difforme sera surnommé. Une sorte d'autre monde avant la brutale réalité. Pourtant, Lynch ne nous montre pas celui que l'on nommait bien malheureusement Elephant man, laissant planer un certain suspense. C'est Frederick Treves (Hopkins tout en nuance) qui fait d'abord son apparition. Il s'agit d'un médecin et on le retrouve à une foire et évidemment son cirque. L'occasion de voir le reflet d'une exploitation déjà représentée dans Freaks de Tod Browning. A savoir des rebus de la société à l'image de siamoises ou de la femme à barbe. John Merrick fait partie de ces personnes différentes mais certainement pas détestables et exploitées vulgairement à cause de leur différence. Dans ce film, le personnage (si l'on peut parler encore en ce terme) est le plus humain de tous, celui auquel on a envie de s'attacher. Car les autres sont pour la plupart d'une cruauté extrême. Même les médecins qui encadrent Merrick cherchent le profit, à commencer par Treves.

Au départ, il n'en voit qu'une expérience à dévoiler à ses collègues chirurgien. Une bête de foire une nouvelle fois ou plutôt un cobaye. Pareil par la suite où il l'installe dans l'asile afin de l'avoir sous la main pour l'expérimenter. Sans compter les a-prioris de beaucoup dont l'aide-soignante le prenant au départ pour un vrai demeuré. Mais l'air de rien, Merrick va sortir de son mutisme, va commencer à s'instruire et va devenir un véritable gentil-homme. Le plus beau des cadeaux sera son amitié avec une dramaturge qui ne cessera de le mettre en valeur. Au final, le spectateur oublie totalement l'aspect physique pour l'humain et indéniablement on ne peut que tirer sa larme par certains moments de cruauté. Celui qui me vient en tête est le dernier carnage que fait le gardien en emmenant des gens voir Elephant Man. Lynch opte alors pour une musique frivole contrastant avec l'immense cruauté des "normaux". Au final, ce sont eux les malades de la société, ceux qui jugent sur l'apparence et non sur le reste. Impossible de ne pas pleurer devant le pauvre Merrick s'effondrant dans la gare en disant "je suis un humain, pas un animal". A ce titre, John Hurt est absolument impressionnant. Derrière toutes les prothèses, il parvient à délivrer une incroyable palette d'émotions et l'on ne peut que s'émouvoir devant une performance pareille. Son maquillage l'est tout autant, absolument caractéristique du pauvre John Merrick. 

David Lynch signe un de ses meilleurs films avec un de ses plus faciles d'accès, véritable hymne à la tolérance et d'une émotion rare.