Après une longue absence, revoilà l'Antichambre de Borat, ce petit coin où votre cher interlocuteur évoque trois films brièvement mais suffisamment pour avoir un avis construit. Voici le programme de cette nouvelle séance : un film d'animation particulièrement engagé ; une suite que l'on n'attendait pas forcément ; et un teen-movie qui sort du lot. Ready ? Go ! (attention spoilers)


 

Parvana

Après le remarqué Brendan et le secret de Kells (2009), Nora Twomey est revenue avec Parvana ou The Breadwinner en VO (2017), adaptation de la série de romans écrite par Deborah Ellis (2000-2012). Avant de finir dans les salles obscures françaises en juin dernier, le film a été nommé aux Oscars pour le meilleur film d'animation aux côtés de Pixar, Dreamworks, Blue Sky et La passion Van Gogh (Kobiela, Welchman, 2017).

Parvana mérite pleinement sa réputation, par contre il n'est pas à montrer à tout le monde. Un peu comme Persepolis (Satrapi, Paronnaud, 2007) sur un sujet pas si éloigné, Parvana s'adresse davantage à un public d'un certain âge. Bien qu'il ne soit pas non plus d'une violence insoutenable, le film a le mérite d'être assez radical par moments et ne fait jamais de cadeau à ses personnages. 

La réalisatrice décortique un quotidien morne et triste, où une enfant en vient à se couper les cheveux et à se faire passer pour un garçon pour subvenir aux besoins de sa famille. En effet, son père est en prison et la société afghane des 90's ne veut pas que les femmes sortent à une certaine heure, comme d'aller chercher de la nourriture sans un homme.

Dès lors, la cruauté du quotidien comme certaines scènes crues (comme le tabassage de la mère de Parvana par un homme) permettent à Parvana de s'imposer comme un film poignant et triste, où la lueur d'espoir est petite mais toujours là. 

L'animation se révèle de qualité et la réalisatrice opte pour des variations pour les récits racontés par l'héroïne à son petit frère. Un style qui n'est pas sans rappeler celui de Genndy Tartakovsky sur la série Samouraï Jack (2001-2017). Cela permet également d'en savoir plus sur une tragédie évoquée plusieurs fois au cours du film en passant par la métaphore.

Un film aussi nécessaire qu'intéressant sur une époque finalement pas si éloignée.


 

S2

En 2015, Denis Villeneuve s'imposait toujours un peu plus aux USA avec Sicario. Un film où Emily Blunt se faisait constamment voler la vedette par Benicio del Toro, se retrouvant dans un rôle d'observatrice au point d'être trop passive. 

Quand il fut question de produire une séquelle à Sicario, il fut rapidement décidé de miser sur le duo Benicio del Toro / Josh Brolin. Un choix logique au vue de cette séquelle qui pourrait bien être supérieure à son aîné. 

Là pas de personnage d'observateur, mais un récit qui va davantage à l'essentiel et s'intéresse à des personnages qui étaient déjà impeccables dans le premier film. Certes, rien de très nouveau dans le portrait des personnages, ni dans leurs méthodes.

Toutefois, Day of the Soldado (Stefano Sollima, 2018) n'a pas tellement besoin de son aîné pour exister et c'est même ce qui est plaisant. Certes, il sera préférable de voir le film de Villeneuve avant pour en savoir plus sur le personnage de Del Toro, mais le film se suffit à lui-même. 

Soit un polar où les USA se mordent la queue avant de voir le bordel qu'ils sont en train de faire. Une intrigue qui mélange passeurs, drogues et terrorisme avec justesse, même si comme le premier film, Sollima joue sur le suspense autour de certains éléments qui finiront par se rattacher entre eux. 

Day of the Soldado a même parfois le mérite d'être beaucoup plus radical que le premier, à l'image de cette scène dans un magasin particulièrement sinistre. Y compris à malmener son personnage principal et à alimenter toujours un peu plus sa mythologie de survivant. 

Del Toro et Brolin se révèlent toujours aussi impeccable, comme Isabela Moner (vue dans le dernier Transformers) s'en sort très bien. Pour une séquelle que personne n'attendait, Sicario 2 s'en sort donc très bien.


LS

Greg Berlanti n'est pas inconnu des histoires autour des adolescents. Comme évoqué en mai dernier, Berlanti fut durant plusieurs saisons le showrunner de la série Dawson (1998-2003). L'occasion d'évoquer les troubles adolescents comme le passage charnière à l'âge adulte. 

Après des années dans le monde des super-héros de DC Comics (il est le producteur de la plupart des séries produites depuis Arrow), il revient au teen movie avec Love, Simon (2018), adaptation du roman à succès Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens (Becky Albertalli, 2015).

Cette histoire a la particularité de mettre en scène deux jeunes homosexuels tombant amoureux en s'envoyant des mails. Mais aussi d'aborder la question du coming-out, cette révélation que l'on fait à ses proches mais aussi à tout le monde d'une certaine manière. Un thème très présent dans notre société et qui se retrouve dans un film accessible au plus grand nombre et produit par un studio hollywoodien. 

Une exposition majeure pour un film tendre et touchant. Love, Simon parle d'acceptation de ce que l'on est, aborde la révélation en question avec pédagogie et permet de voir les différentes réactions des protagonistes entre peur, jalousie ou amour.

Les aventures de Simon n'ont rien d'époustouflantes en soi, on peut même dire qu'elles sont assez banales. Tout est dans un certain sens carré, mais cela n'empêche pas le héros d'être attachant au même titre que ses amis. Et pour cela pas besoin d'être soi-même homosexuel pour trouver le film particulièrement pertinent et touchant.

D'autant que dans l'ensemble le casting fonctionne. On regrettera juste les têtes à claque Tony Hale et Logan Miller qui surjouent à un point insupportable, comme la présence de Claudia Tagbo au casting vocal.

En résulte, un beau film qui curieusement n'essaye pas d'être en mode 80's comme pas mal de teen movies sortis ces dernières années. Pas plus mal car on frise parfois l'overdose.

A la prochaine !